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The Project Gutenberg eBook of Une grande dame de la cour de Louis
XV: La duchesse d'Aiguillon (1726-1796)
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Title: Une grande dame de la cour de Louis XV: La duchesse d'Aiguillon (1726-
1796)
Author: Paul d' Estrée
Albert Callet
Author of introduction, etc.: Frantz Funck-Brentano
Release date: December 26, 2021 [eBook #67010]
Most recently updated: October 18, 2024
Language: French
Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/67010
Credits: Chuck Greif, Clarity and the Online Distributed Proofreading Team at
https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously
made available by The Internet Archive/Canadian Libraries)
*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK UNE GRANDE DAME
DE LA COUR DE LOUIS XV: LA DUCHESSE D'AIGUILLON (1726-1796) ***
INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS
TABLE DES MATIÈRES
XV: La duchesse d'Aiguillon (1726-1796)
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Title: Une grande dame de la cour de Louis XV: La duchesse d'Aiguillon (1726-
1796)
Author: Paul d' Estrée
Albert Callet
Author of introduction, etc.: Frantz Funck-Brentano
Release date: December 26, 2021 [eBook #67010]
Most recently updated: October 18, 2024
Language: French
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DE LA COUR DE LOUIS XV: LA DUCHESSE D'AIGUILLON (1726-1796) ***
INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS
TABLE DES MATIÈRES
Page 4
LA
DUCHESSE D’AIGUILLON
OUVRAGES DE PAUL D’ESTRÉE
Œuvres inédites de Motin (avec notice et notes). Paris, librairie des bibliophiles,
1883.
Mémoires de Voltaire, écrits par lui-même (avec notes et commentaires). Paris,
Kolb, 1891.
Les Hohenzollern (en collaboration avec E. Neukomm). Paris, Perrin et Cⁱᵉ, 1892.
Un policier homme de lettres. L’Inspecteur Meusnier (1748-1757). Paris, aux
bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, 1892.
Les Explosifs au XVIIIᵉ siècle. Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue
rétrospective, 1894.
Journal inédit du lieutenant de police Feydeau de Marville (1744). Paris, aux
bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, 1897.
Les théâtres libertins du XVIIIᵉ siècle (en collaboration avec Henri d’Alméras).
Paris, Daragon, 1905. Épuisé.
Les organes de l’Opinion publique dans l’Ancienne France (en collaboration
avec Fr. Funck-Brentano). Paris, Hachette et Cⁱᵉ.
I. Les Nouvellistes, 2ᵉ édition, 1905.
II. Figaro et ses devanciers, 1909.
EN PRÉPARATION:
III. La Presse clandestine.
Le Père Duchesne. Hébert et la Commune de Paris (1792-1794). (Couronné par
l’Académie française). Paris, Ambert et Cⁱᵉ, 1909.
OUVRAGES DE ALBERT CALLET
Virien le Grand. Son château. Ses Seigneurs. Chez Montbarbon (Belley).
Ph. Berthelier, fondateur de la République de Genève. Chez Fishbacher.
Honoré Fabri. Un Savant oublié.
Le Vieux Paris Universitaire. Chez Delagrave.
L’agonie du Vieux Paris. Chez H. Daragon.
DUCHESSE D’AIGUILLON
OUVRAGES DE PAUL D’ESTRÉE
Œuvres inédites de Motin (avec notice et notes). Paris, librairie des bibliophiles,
1883.
Mémoires de Voltaire, écrits par lui-même (avec notes et commentaires). Paris,
Kolb, 1891.
Les Hohenzollern (en collaboration avec E. Neukomm). Paris, Perrin et Cⁱᵉ, 1892.
Un policier homme de lettres. L’Inspecteur Meusnier (1748-1757). Paris, aux
bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, 1892.
Les Explosifs au XVIIIᵉ siècle. Paris, aux bureaux de la Nouvelle Revue
rétrospective, 1894.
Journal inédit du lieutenant de police Feydeau de Marville (1744). Paris, aux
bureaux de la Nouvelle Revue rétrospective, 1897.
Les théâtres libertins du XVIIIᵉ siècle (en collaboration avec Henri d’Alméras).
Paris, Daragon, 1905. Épuisé.
Les organes de l’Opinion publique dans l’Ancienne France (en collaboration
avec Fr. Funck-Brentano). Paris, Hachette et Cⁱᵉ.
I. Les Nouvellistes, 2ᵉ édition, 1905.
II. Figaro et ses devanciers, 1909.
EN PRÉPARATION:
III. La Presse clandestine.
Le Père Duchesne. Hébert et la Commune de Paris (1792-1794). (Couronné par
l’Académie française). Paris, Ambert et Cⁱᵉ, 1909.
OUVRAGES DE ALBERT CALLET
Virien le Grand. Son château. Ses Seigneurs. Chez Montbarbon (Belley).
Ph. Berthelier, fondateur de la République de Genève. Chez Fishbacher.
Honoré Fabri. Un Savant oublié.
Le Vieux Paris Universitaire. Chez Delagrave.
L’agonie du Vieux Paris. Chez H. Daragon.
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La Duchesse d’Aiguillon, née Plélo
(Galerie du Marquis de Chabrillan)
(Galerie du Marquis de Chabrillan)
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UNE GRANDE DAME DE LA COUR DE LOUIS XV
LA
DUCHESSE D’AIGUILLON
(1726-1796)
d’après des documents inédits
PAR
PAUL D’ESTRÉE et ALBERT CALLET
PRÉFACE DE F. FUNCK-BRENTANO
———
TROISIÈME ÉDITION
———
PARIS
ÉMILE-PAUL, ÉDITEURS
100, RUE DU FAUBOURG-SAINT-HONORÉ, 100
——
1912
LA
DUCHESSE D’AIGUILLON
(1726-1796)
d’après des documents inédits
PAR
PAUL D’ESTRÉE et ALBERT CALLET
PRÉFACE DE F. FUNCK-BRENTANO
———
TROISIÈME ÉDITION
———
PARIS
ÉMILE-PAUL, ÉDITEURS
100, RUE DU FAUBOURG-SAINT-HONORÉ, 100
——
1912
Page 7
A Madame la Marquise de Chabrillan,
Ce livre est dédié en témoignage de notre profonde et respectueuse gratitude.
C’est à elle, c’est aux documents d’archives familiales dont sa bienveillance nous
ouvrit le trésor, que nous avons dû de mieux connaître, de mieux apprécier les vertus
de son illustre aïeule, la duchesse d’Aiguillon, cette noble inspiratrice de notre
travail.
Ainsi se perpétue d’âge en âge, entre de pieuses mains et pour le plus grand
honneur de l’Histoire, ce culte éclairé de la tradition qui n’est pas une des moindres
gloires de notre chère France.
Paul d’Estrée. Albert Callet.
Ce livre est dédié en témoignage de notre profonde et respectueuse gratitude.
C’est à elle, c’est aux documents d’archives familiales dont sa bienveillance nous
ouvrit le trésor, que nous avons dû de mieux connaître, de mieux apprécier les vertus
de son illustre aïeule, la duchesse d’Aiguillon, cette noble inspiratrice de notre
travail.
Ainsi se perpétue d’âge en âge, entre de pieuses mains et pour le plus grand
honneur de l’Histoire, ce culte éclairé de la tradition qui n’est pas une des moindres
gloires de notre chère France.
Paul d’Estrée. Albert Callet.
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PRÉFACE
Deux charmants érudits, M. Paul d’Estrée et M. A. Callet, ont uni leur savoir et
leur talent pour écrire ce livre, dont le cadre est beaucoup plus vaste que le titre en sa
modestie ne consent à nous l’indiquer; car voici en réalité une histoire de la fin du
règne de Louis XV et du commencement de celui de Louis XVI, de cette époque
inquiète, troublée, troublante, où, sans que les contemporains s’en doutassent, se
jouaient, autour de futiles intrigues de Cour, les destinées d’un peuple, on peut dire
d’une civilisation.
La bonne et intelligente duchesse d’Aiguillon sert de guide en ce dédale souvent
confus—confus, non par le fait des auteurs, mais par celui des événements, multiples
et complexes, qu’ils avaient à présenter. M. Paul d’Estrée est un historien du théâtre,
un des plus brillants lauréats de la Société de l’Histoire du Théâtre, et peut-être nous
pardonnera-t-il la familiarité trop grande de la comparaison que nous oserons
hasarder, et sans doute nous la pardonnera-t-il d’autant plus volontiers que c’est du
«petit» théâtre, du théâtre de foire et de tréteaux, qu’il s’est occupé avec le plus
d’érudition et de succès. Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon nous fait penser en ce livre à
une commère de revue; oh! à une commère très distinguée, très réservée, très grande
dame; mais en somme à une commère qui joue en réalité un rôle secondaire dans
l’ouvrage, mais qui en est le guide, parmi tant de faits divers et pressés l’un sur
l’autre; guide gracieux qui permet au spectateur, je veux dire au lecteur, de
comprendre et de s’y retrouver.
Et comme il s’agit d’un livre, notre commère ne parle pas comme en une pièce de
théâtre, elle écrit—d’une plume alerte, limpide, intelligente et gracieusement
française—des lettres qui sont autant de foyers de lumière dans l’ensemble du récit.
Ces lettres, pour la plupart inédites, retrouvées par MM. Paul d’Estrée et A. Callet en
des sources diverses, éclairent non seulement le caractère de l’active et charmante
duchesse, mais les nombreux événements auxquels, de par les fonctions et les faits et
gestes de son mari, elle s’est trouvée directement mêlée.
Nouvelle et importante contribution à cette histoire, tant discutée depuis quelques
années, du duc d’Aiguillon, de son administration, de sa direction au ministère des
Affaires étrangères, et dont Balzac, par ce génie de divination historique qui l’a si
étonnamment caractérisé, prévoyait dès 1828 les conclusions de plus en plus
généralement admises aujourd’hui, quand il écrivait dans la préface de ce livre
admirable, les Chouans:
«La prospérité de la Bretagne était le fond même du procès entre La Chalotais et
d’Aiguillon. Le mouvement rapide des esprits vers la Révolution a empêché jusqu’ici
la révision de ce célèbre procès, mais lorsqu’un ami de la vérité jettera quelque
lumière sur cette lutte, les physionomies historiques de l’oppresseur et de l’opprimé
Deux charmants érudits, M. Paul d’Estrée et M. A. Callet, ont uni leur savoir et
leur talent pour écrire ce livre, dont le cadre est beaucoup plus vaste que le titre en sa
modestie ne consent à nous l’indiquer; car voici en réalité une histoire de la fin du
règne de Louis XV et du commencement de celui de Louis XVI, de cette époque
inquiète, troublée, troublante, où, sans que les contemporains s’en doutassent, se
jouaient, autour de futiles intrigues de Cour, les destinées d’un peuple, on peut dire
d’une civilisation.
La bonne et intelligente duchesse d’Aiguillon sert de guide en ce dédale souvent
confus—confus, non par le fait des auteurs, mais par celui des événements, multiples
et complexes, qu’ils avaient à présenter. M. Paul d’Estrée est un historien du théâtre,
un des plus brillants lauréats de la Société de l’Histoire du Théâtre, et peut-être nous
pardonnera-t-il la familiarité trop grande de la comparaison que nous oserons
hasarder, et sans doute nous la pardonnera-t-il d’autant plus volontiers que c’est du
«petit» théâtre, du théâtre de foire et de tréteaux, qu’il s’est occupé avec le plus
d’érudition et de succès. Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon nous fait penser en ce livre à
une commère de revue; oh! à une commère très distinguée, très réservée, très grande
dame; mais en somme à une commère qui joue en réalité un rôle secondaire dans
l’ouvrage, mais qui en est le guide, parmi tant de faits divers et pressés l’un sur
l’autre; guide gracieux qui permet au spectateur, je veux dire au lecteur, de
comprendre et de s’y retrouver.
Et comme il s’agit d’un livre, notre commère ne parle pas comme en une pièce de
théâtre, elle écrit—d’une plume alerte, limpide, intelligente et gracieusement
française—des lettres qui sont autant de foyers de lumière dans l’ensemble du récit.
Ces lettres, pour la plupart inédites, retrouvées par MM. Paul d’Estrée et A. Callet en
des sources diverses, éclairent non seulement le caractère de l’active et charmante
duchesse, mais les nombreux événements auxquels, de par les fonctions et les faits et
gestes de son mari, elle s’est trouvée directement mêlée.
Nouvelle et importante contribution à cette histoire, tant discutée depuis quelques
années, du duc d’Aiguillon, de son administration, de sa direction au ministère des
Affaires étrangères, et dont Balzac, par ce génie de divination historique qui l’a si
étonnamment caractérisé, prévoyait dès 1828 les conclusions de plus en plus
généralement admises aujourd’hui, quand il écrivait dans la préface de ce livre
admirable, les Chouans:
«La prospérité de la Bretagne était le fond même du procès entre La Chalotais et
d’Aiguillon. Le mouvement rapide des esprits vers la Révolution a empêché jusqu’ici
la révision de ce célèbre procès, mais lorsqu’un ami de la vérité jettera quelque
lumière sur cette lutte, les physionomies historiques de l’oppresseur et de l’opprimé
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prendront des aspects bien différents de ceux que leur a donnés l’opinion des
contemporains. Le patriotisme national d’un homme (Aiguillon), qui ne cherchait
peut-être qu’à faire le bien qu’au profit du fisc et de la royauté, rencontra ce
patriotisme de localité si funeste au progrès des lumières. Le ministre avait raison,
mais il opprimait; la victime avait tort, mais elle était dans les fers; et en France le
sentiment de la générosité étouffe même la raison. L’oppression est aussi odieuse au
nom de la vérité qu’au nom de l’erreur.
«M. d’Aiguillon avait tenté d’abattre les haies de la Bretagne, de lui donner du
pain en introduisant la culture du blé, d’y tracer des chemins, des canaux, d’y faire
parler le français, d’y perfectionner le commerce et l’agriculture, enfin d’y mettre le
germe de l’aisance pour le plus grand nombre et la lumière pour tous: tels étaient les
résultats éloignés des mesures dont la pensée donna lieu à ce grand débat. L’avenir
du pays devenait une riche et féconde espérance.
«Que de gens de bonne foi seraient étonnés d’apprendre que la victime (La
Chalotais) défendait les abus, l’ignorance, la féodalité, l’aristocratie et n’invoquait la
tolérance que pour perpétuer le mal dans son pays! Il y avait deux hommes dans cet
homme: le Français qui, dans les hautes questions d’intérêt général, proclamait,
d’une voix généreuse, les plus salutaires principes; le Breton, auquel d’antiques
préjugés étaient si chers que, semblable au héros de Cervantès, il déraisonnait avec
éloquence et fermeté, aussitôt qu’il s’agissait de guérir les plaies de la Bretagne.»
Ces pages, admirables de clairvoyance et d’intelligence historique, méritaient
d’être imprimées en tête de ce livre consacré, en grande partie, au duc d’Aiguillon et
à sa lutte en Bretagne contre les partisans des traditions et des coutumes locales.
Balzac s’y est montré une fois de plus l’écrivain du XIXᵉ siècle qui a été le mieux
doué pour écrire l’histoire; de quoi il a d’ailleurs laissé des preuves ineffaçables dans
les Mémoires de deux jeunes mariées, dans le Cabinet des Antiques, dans l’Envers de
l’Histoire contemporaine et dans les Chouans que nous venons de citer.
On aura notamment remarqué le passage où il oppose l’esprit «national» du duc
d’Aiguillon à l’esprit tout imprégné d’idées locales et particularistes de La Chalotais;
c’est déjà le «patriotisme» des hommes de la Révolution, opposé au «fédéralisme»
qu’ils combattront avec une si terrifiante rigueur.
Le duc d’Aiguillon avait compris la nécessité de la réforme administrative qui
s’imposait dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle à la France entière.
Les hommes qui, comme lui, comme Maupeou, comme Vergennes, et quelques
autres, eurent l’intelligence des besoins d’une société nouvelle, ne purent
malheureusement réaliser leur tâche: les La Chalotais se trouvèrent trop nombreux
devant eux pour que les réformes pussent aboutir par des voies de douceur. La
Révolution les accomplira avec l’aide efficace de la guillotine; et la Restauration, en
pleine réaction, ne songera plus un instant à revenir sur l’œuvre accomplie.
contemporains. Le patriotisme national d’un homme (Aiguillon), qui ne cherchait
peut-être qu’à faire le bien qu’au profit du fisc et de la royauté, rencontra ce
patriotisme de localité si funeste au progrès des lumières. Le ministre avait raison,
mais il opprimait; la victime avait tort, mais elle était dans les fers; et en France le
sentiment de la générosité étouffe même la raison. L’oppression est aussi odieuse au
nom de la vérité qu’au nom de l’erreur.
«M. d’Aiguillon avait tenté d’abattre les haies de la Bretagne, de lui donner du
pain en introduisant la culture du blé, d’y tracer des chemins, des canaux, d’y faire
parler le français, d’y perfectionner le commerce et l’agriculture, enfin d’y mettre le
germe de l’aisance pour le plus grand nombre et la lumière pour tous: tels étaient les
résultats éloignés des mesures dont la pensée donna lieu à ce grand débat. L’avenir
du pays devenait une riche et féconde espérance.
«Que de gens de bonne foi seraient étonnés d’apprendre que la victime (La
Chalotais) défendait les abus, l’ignorance, la féodalité, l’aristocratie et n’invoquait la
tolérance que pour perpétuer le mal dans son pays! Il y avait deux hommes dans cet
homme: le Français qui, dans les hautes questions d’intérêt général, proclamait,
d’une voix généreuse, les plus salutaires principes; le Breton, auquel d’antiques
préjugés étaient si chers que, semblable au héros de Cervantès, il déraisonnait avec
éloquence et fermeté, aussitôt qu’il s’agissait de guérir les plaies de la Bretagne.»
Ces pages, admirables de clairvoyance et d’intelligence historique, méritaient
d’être imprimées en tête de ce livre consacré, en grande partie, au duc d’Aiguillon et
à sa lutte en Bretagne contre les partisans des traditions et des coutumes locales.
Balzac s’y est montré une fois de plus l’écrivain du XIXᵉ siècle qui a été le mieux
doué pour écrire l’histoire; de quoi il a d’ailleurs laissé des preuves ineffaçables dans
les Mémoires de deux jeunes mariées, dans le Cabinet des Antiques, dans l’Envers de
l’Histoire contemporaine et dans les Chouans que nous venons de citer.
On aura notamment remarqué le passage où il oppose l’esprit «national» du duc
d’Aiguillon à l’esprit tout imprégné d’idées locales et particularistes de La Chalotais;
c’est déjà le «patriotisme» des hommes de la Révolution, opposé au «fédéralisme»
qu’ils combattront avec une si terrifiante rigueur.
Le duc d’Aiguillon avait compris la nécessité de la réforme administrative qui
s’imposait dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle à la France entière.
Les hommes qui, comme lui, comme Maupeou, comme Vergennes, et quelques
autres, eurent l’intelligence des besoins d’une société nouvelle, ne purent
malheureusement réaliser leur tâche: les La Chalotais se trouvèrent trop nombreux
devant eux pour que les réformes pussent aboutir par des voies de douceur. La
Révolution les accomplira avec l’aide efficace de la guillotine; et la Restauration, en
pleine réaction, ne songera plus un instant à revenir sur l’œuvre accomplie.
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Pour Maupeou, l’un des collaborateurs du duc d’Aiguillon, MM. Paul d’Estrée et
A. Callet se montrent sévères, trop sévères à notre avis. Maupeou poursuivait, dans
le domaine de la justice, le même but que son collègue, l’ancien gouverneur de la
Bretagne, dans le domaine administratif; il le poursuivit par les mêmes moyens, et
l’histoire doit aujourd’hui lui donner raison, à lui également. Maupeou tombe du
ministère et les parlementaires qui voudront résister aux réformes qu’il avait
préconisées ne tarderont pas à expier leur résistance sous le couperet de la guillotine.
Après quoi, nous avons eu les réformes judiciaires que Maupeou avait voulu nous
donner.
Aiguillon et Maupeou ont donc connu le destin des précurseurs. Problèmes aux
vastes horizons, mais où le lecteur se promène en ce charmant ouvrage, dû à la
plume attentive de MM. d’Estrée et Callet, comme en une campagne infiniment
accidentée et pittoresque, où l’on ne circule que par mille agréables détours, non sans
être captivé, de-ci, de-là, par les points de vue les plus «flatteurs»—comme on disait
au temps de la bonne et séduisante duchesse d’Aiguillon.
Frantz Funck-Brentano.
LA
DUCHESSE D’AIGUILLON
A. Callet se montrent sévères, trop sévères à notre avis. Maupeou poursuivait, dans
le domaine de la justice, le même but que son collègue, l’ancien gouverneur de la
Bretagne, dans le domaine administratif; il le poursuivit par les mêmes moyens, et
l’histoire doit aujourd’hui lui donner raison, à lui également. Maupeou tombe du
ministère et les parlementaires qui voudront résister aux réformes qu’il avait
préconisées ne tarderont pas à expier leur résistance sous le couperet de la guillotine.
Après quoi, nous avons eu les réformes judiciaires que Maupeou avait voulu nous
donner.
Aiguillon et Maupeou ont donc connu le destin des précurseurs. Problèmes aux
vastes horizons, mais où le lecteur se promène en ce charmant ouvrage, dû à la
plume attentive de MM. d’Estrée et Callet, comme en une campagne infiniment
accidentée et pittoresque, où l’on ne circule que par mille agréables détours, non sans
être captivé, de-ci, de-là, par les points de vue les plus «flatteurs»—comme on disait
au temps de la bonne et séduisante duchesse d’Aiguillon.
Frantz Funck-Brentano.
LA
DUCHESSE D’AIGUILLON
Page 11
I
Mère et fille.—Parallèle de la duchesse de Choiseul et de la duchesse d’Aiguillon:
analogies de leurs destinées respectives.—Pourquoi l’Histoire les a traitées
inégalement.—La Correspondance et les Correspondants de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Son
style et son écriture.—Les papiers du chevalier de Balleroy.—Utilité documentaire
des lettres de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Leur corrélation avec la biographie du ministre de
Louis XV.
Une très grande dame de la Cour de Louis XV, la duchesse d’Aiguillon, était fille
du comte de Bréhan-Plélo, ambassadeur de France à Copenhague, qui fut tué au
siège de Dantzick en 1734 et de Louise-Françoise Phélypeaux de la Vrillière, morte
trois ans après, en mars 1737.
A l’exemple de cette martyre de l’amour conjugal, Louise-Félicité de Bréhan-
Plélo, sa fille, qui devait se marier, le 4 février 1740[1], avec le comte d’Agénois[2],
depuis duc accomplie, la mère attentive, la gardienne, vigilante et irréprochable, de la
fortune familiale et de l’honneur du nom, en un mot la femme forte de l’Écriture.
Si la nature, trop souvent ingrate aux belles âmes, ne départit pas à la mère et à la
fille les avantages physiques, toutes deux reçurent, en compensation, les dons les
plus heureux de l’esprit et du cœur. Mais, hélas! combien ces qualités, moins
brillantes que solides, pèsent peu dans les balances, où, trop souvent, la seule
frivolité détermine la valeur des réputations mondaines!
Aussi les noms de la comtesse de Plélo et de la duchesse d’Aiguillon n’ont-ils
laissé qu’une trace à peine visible dans les Mémoires et Souvenirs contemporains.
Depuis, le premier dut à une étude, parue ces dernières années, de sortir de l’oubli,
où il était resté si longtemps enseveli[3].
Le second a droit à la même justice.
Un des rares écrivains qui l’aient signalé, et le premier qui ait pris l’initiative de
cette tardive réparation, n’a, il est vrai, qu’une autorité très discutable.
Il importe néanmoins de citer la mention que Soulavie, ce publiciste discrédité, a
consacrée à la duchesse d’Aiguillon; car, non seulement, elle en résume, avec une
rigoureuse exactitude, la vie si droite et si pure, mais encore elle lui associe, par le
plus ingénieux des rapprochements, celle d’une autre femme qui, ayant connu, dans
les rangs adverses, la même fortune, subit la même disgrâce, sans rien perdre de la
noblesse de son attitude, ni du souci de sa dignité.
«Mᵐᵉˢ d’Aiguillon et de Choiseul, écrit Soulavie, veuves respectables par leur
caractère et leurs vertus, modestes et pleines de réserve pendant le ministère de leurs
époux, ne voulurent jamais se mêler d’aucune intrigue[4].»
Mère et fille.—Parallèle de la duchesse de Choiseul et de la duchesse d’Aiguillon:
analogies de leurs destinées respectives.—Pourquoi l’Histoire les a traitées
inégalement.—La Correspondance et les Correspondants de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Son
style et son écriture.—Les papiers du chevalier de Balleroy.—Utilité documentaire
des lettres de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Leur corrélation avec la biographie du ministre de
Louis XV.
Une très grande dame de la Cour de Louis XV, la duchesse d’Aiguillon, était fille
du comte de Bréhan-Plélo, ambassadeur de France à Copenhague, qui fut tué au
siège de Dantzick en 1734 et de Louise-Françoise Phélypeaux de la Vrillière, morte
trois ans après, en mars 1737.
A l’exemple de cette martyre de l’amour conjugal, Louise-Félicité de Bréhan-
Plélo, sa fille, qui devait se marier, le 4 février 1740[1], avec le comte d’Agénois[2],
depuis duc accomplie, la mère attentive, la gardienne, vigilante et irréprochable, de la
fortune familiale et de l’honneur du nom, en un mot la femme forte de l’Écriture.
Si la nature, trop souvent ingrate aux belles âmes, ne départit pas à la mère et à la
fille les avantages physiques, toutes deux reçurent, en compensation, les dons les
plus heureux de l’esprit et du cœur. Mais, hélas! combien ces qualités, moins
brillantes que solides, pèsent peu dans les balances, où, trop souvent, la seule
frivolité détermine la valeur des réputations mondaines!
Aussi les noms de la comtesse de Plélo et de la duchesse d’Aiguillon n’ont-ils
laissé qu’une trace à peine visible dans les Mémoires et Souvenirs contemporains.
Depuis, le premier dut à une étude, parue ces dernières années, de sortir de l’oubli,
où il était resté si longtemps enseveli[3].
Le second a droit à la même justice.
Un des rares écrivains qui l’aient signalé, et le premier qui ait pris l’initiative de
cette tardive réparation, n’a, il est vrai, qu’une autorité très discutable.
Il importe néanmoins de citer la mention que Soulavie, ce publiciste discrédité, a
consacrée à la duchesse d’Aiguillon; car, non seulement, elle en résume, avec une
rigoureuse exactitude, la vie si droite et si pure, mais encore elle lui associe, par le
plus ingénieux des rapprochements, celle d’une autre femme qui, ayant connu, dans
les rangs adverses, la même fortune, subit la même disgrâce, sans rien perdre de la
noblesse de son attitude, ni du souci de sa dignité.
«Mᵐᵉˢ d’Aiguillon et de Choiseul, écrit Soulavie, veuves respectables par leur
caractère et leurs vertus, modestes et pleines de réserve pendant le ministère de leurs
époux, ne voulurent jamais se mêler d’aucune intrigue[4].»
Page 12
A peu près oubliées par une Révolution qui devenait moins sanglante et plus
humaine, ces deux femmes vivaient encore, au moment où elles recevaient un
hommage si justement mérité.
L’une d’elles n’était déjà plus et l’autre allait, à son tour, disparaître, quand, dix
ans plus tard, Soulavie reprenait ce double éloge, au cours d’une[5] de ses
nombreuses publications[6], dans un parallèle moins concis et fort judicieux. Les
portraits restaient les mêmes, avec des nuances toutefois dans l’expression de la
physionomie.
«Mᵐᵉ de Choiseul, dit Soulavie, développa, comme son mari, un très grand
caractère... Elle voulut le défendre contre les dernières injustices de Louis XV... Elle
fut courageuse, patiente, résignée, mais fière comme son époux...
Mᵐᵉ d’Aiguillon était d’un caractère opposé, simple, timide, silencieuse, mais
vertueuse et sensible...»
Le panégyriste qui, partout ailleurs, s’est heurté à de si vives contradictions, n’a
reçu ici aucun démenti: il a trouvé la note juste.
Le crayon qu’il a tracé de Mᵐᵉ de Choiseul est en effet des plus ressemblants:
celui de Mᵐᵉ d’Aiguillon n’est pas moins exact. Mais ce que Soulavie a certainement
ignoré, c’est que, tout en paraissant «timide et silencieuse» à côté de Mᵐᵉ de
Choiseul, Mᵐᵉ d’Aiguillon a su, comme elle, défendre vaillamment son mari, le
soutenir et l’encourager dans les circonstances les plus critiques.
D’ailleurs que d’analogies entre les destinées respectives de ces deux femmes!
Elles étaient mariées à des hommes d’Etat, qui, sous le même roi, en devinrent
successivement le premier, ou «principal» ministre. Si elles leur gardèrent
pieusement la foi conjugale, elles ne furent certes pas payées de retour. Les bonnes
fortunes de Choiseul et de d’Aiguillon ne se comptaient plus; et chacun d’eux, s’il
faut en croire la chronique scandaleuse du temps, put inscrire, sur la liste de ses
conquêtes, au moins une favorite royale.
L’un et l’autre, frappés par la disgrâce, furent exilés dans leurs terres; et la vie de
château, à laquelle ils étaient désormais condamnés, démontra avec quelle dignité
souriante leurs femmes s’entendaient à leur en abréger les trop longues heures par la
variété des plus ingénieuses distractions.
Choiseul et d’Aiguillon, ces irréconciliables ennemis, se suivirent d’assez près
dans la tombe. Il fallut alors payer les dettes qu’avaient accumulées leur faste et
l’honneur d’avoir servi un maître ingrat. Leur fortune en fut singulièrement
amoindrie. Puis la Révolution survint qui en acheva la ruine. Les deux veuves
vécurent ignorées; et la mort les trouva pauvres.
Alors, pourquoi ce caprice du sort, qui, plus d’un demi-siècle après, met l’une en
belle lumière et laisse l’autre en pleine obscurité?
C’est qu’en restituant dans leur intégrité les lettres de Mᵐᵉ Du Deffand et de ses
amis, dont le XIXᵉ siècle n’avait connu jusqu’alors qu’une copie maladroite et une
humaine, ces deux femmes vivaient encore, au moment où elles recevaient un
hommage si justement mérité.
L’une d’elles n’était déjà plus et l’autre allait, à son tour, disparaître, quand, dix
ans plus tard, Soulavie reprenait ce double éloge, au cours d’une[5] de ses
nombreuses publications[6], dans un parallèle moins concis et fort judicieux. Les
portraits restaient les mêmes, avec des nuances toutefois dans l’expression de la
physionomie.
«Mᵐᵉ de Choiseul, dit Soulavie, développa, comme son mari, un très grand
caractère... Elle voulut le défendre contre les dernières injustices de Louis XV... Elle
fut courageuse, patiente, résignée, mais fière comme son époux...
Mᵐᵉ d’Aiguillon était d’un caractère opposé, simple, timide, silencieuse, mais
vertueuse et sensible...»
Le panégyriste qui, partout ailleurs, s’est heurté à de si vives contradictions, n’a
reçu ici aucun démenti: il a trouvé la note juste.
Le crayon qu’il a tracé de Mᵐᵉ de Choiseul est en effet des plus ressemblants:
celui de Mᵐᵉ d’Aiguillon n’est pas moins exact. Mais ce que Soulavie a certainement
ignoré, c’est que, tout en paraissant «timide et silencieuse» à côté de Mᵐᵉ de
Choiseul, Mᵐᵉ d’Aiguillon a su, comme elle, défendre vaillamment son mari, le
soutenir et l’encourager dans les circonstances les plus critiques.
D’ailleurs que d’analogies entre les destinées respectives de ces deux femmes!
Elles étaient mariées à des hommes d’Etat, qui, sous le même roi, en devinrent
successivement le premier, ou «principal» ministre. Si elles leur gardèrent
pieusement la foi conjugale, elles ne furent certes pas payées de retour. Les bonnes
fortunes de Choiseul et de d’Aiguillon ne se comptaient plus; et chacun d’eux, s’il
faut en croire la chronique scandaleuse du temps, put inscrire, sur la liste de ses
conquêtes, au moins une favorite royale.
L’un et l’autre, frappés par la disgrâce, furent exilés dans leurs terres; et la vie de
château, à laquelle ils étaient désormais condamnés, démontra avec quelle dignité
souriante leurs femmes s’entendaient à leur en abréger les trop longues heures par la
variété des plus ingénieuses distractions.
Choiseul et d’Aiguillon, ces irréconciliables ennemis, se suivirent d’assez près
dans la tombe. Il fallut alors payer les dettes qu’avaient accumulées leur faste et
l’honneur d’avoir servi un maître ingrat. Leur fortune en fut singulièrement
amoindrie. Puis la Révolution survint qui en acheva la ruine. Les deux veuves
vécurent ignorées; et la mort les trouva pauvres.
Alors, pourquoi ce caprice du sort, qui, plus d’un demi-siècle après, met l’une en
belle lumière et laisse l’autre en pleine obscurité?
C’est qu’en restituant dans leur intégrité les lettres de Mᵐᵉ Du Deffand et de ses
amis, dont le XIXᵉ siècle n’avait connu jusqu’alors qu’une copie maladroite et une
Page 13
version imparfaite, l’inspiration heureuse, et presque simultanée, de deux érudits sut
dégager de cette correspondance la noble et touchante figure de la duchesse de
Choiseul, hier ignorée, inoubliable aujourd’hui.
La femme naît épistolière. D’illustres exemples le prouvent de reste. Ils
déterminent mieux encore le degré de perfection auquel peut atteindre un don naturel
sous l’influence d’une culture intellectuelle raffinée et continue.
Or, dans la vie familiale et dans la vie mondaine—les deux pôles contraires de
notre organisme social—la femme trouve des éléments d’observation qui aiguisent
ses relations épistolaires, si banales soient-elles, des traits les plus fins et les plus
délicats. Et la plus humble, la moins lettrée saisira le détail qui sait peindre, le mot
qui sait toucher, s’agirait-il de l’incident le plus vulgaire de la vie courante; car la
femme écrit presque toujours sous l’impression de son imagination ou de sa
sensibilité.
C’est ainsi que nous apparaît Mᵐᵉ de Choiseul dans sa correspondance. Elle se
souvient quelquefois encore qu’elle fut la femme du ministre, mais elle est surtout
son amie vigilante et dévouée, soucieuse de son repos bien que glorieuse de son nom,
bonne, obligeante, affectueuse pour chacun, en un mot, la «grand’maman» comme se
plaisaient à l’appeler ses familiers.
Par sa disgrâce, son mari, cet égoïste voluptueux, l’avait, pour ainsi dire, mise en
vedette. L’opposition avait pris fait et cause pour Choiseul exilé à Chanteloup[7].
Chanteloup n’était pas trop éloigné de Versailles. Ce fut du dernier bon goût—le
snobisme d’alors—de faire le pèlerinage de Chanteloup. Les princes, les rois eux-
mêmes y coururent. Et, pour comble de fortune, Mᵐᵉ Du Deffand, l’amie des
philosophes, et ses entours devinrent les gazetiers de la magnifique retraite, dont la
duchesse faisait, avec la meilleure grâce du monde, les fatigants honneurs.
Mᵐᵉ d’Aiguillon eut un exil moins riant et moins doré. Son mari était tombé du
pouvoir, ne laissant de regrets qu’à ses créatures. Odieux à cette même opposition
parlementaire qui lui reprochait la détention des La Chalotais et la disgrâce de
Choiseul, méprisé des philosophes qui le croyaient acquis aux jésuites, exécré à la
Cour et détesté surtout de Marie-Antoinette qui ne lui avait jamais pardonné son
alliance avec la Du Barry, le duc d’Aiguillon avait dû se confiner à l’extrémité de la
France, dans son domaine de l’Agénois, où les visites du peu d’amis restés fidèles à
son infortune ne rappelaient que de très loin la cohue brillante des défilés de
Chanteloup.
La duchesse n’eut pas à lutter contre ce torrent de haine où se débattait vainement
son époux. Elle était ignorée de tous. D’ailleurs, sa personnalité s’était déjà effacée
dans l’ombre d’une autre duchesse d’Aiguillon, née Crussol, sa belle-mère la
douairière, qui, elle aussi, était grande amie de Mᵐᵉ Du Deffand et de sa coterie. Et
dégager de cette correspondance la noble et touchante figure de la duchesse de
Choiseul, hier ignorée, inoubliable aujourd’hui.
La femme naît épistolière. D’illustres exemples le prouvent de reste. Ils
déterminent mieux encore le degré de perfection auquel peut atteindre un don naturel
sous l’influence d’une culture intellectuelle raffinée et continue.
Or, dans la vie familiale et dans la vie mondaine—les deux pôles contraires de
notre organisme social—la femme trouve des éléments d’observation qui aiguisent
ses relations épistolaires, si banales soient-elles, des traits les plus fins et les plus
délicats. Et la plus humble, la moins lettrée saisira le détail qui sait peindre, le mot
qui sait toucher, s’agirait-il de l’incident le plus vulgaire de la vie courante; car la
femme écrit presque toujours sous l’impression de son imagination ou de sa
sensibilité.
C’est ainsi que nous apparaît Mᵐᵉ de Choiseul dans sa correspondance. Elle se
souvient quelquefois encore qu’elle fut la femme du ministre, mais elle est surtout
son amie vigilante et dévouée, soucieuse de son repos bien que glorieuse de son nom,
bonne, obligeante, affectueuse pour chacun, en un mot, la «grand’maman» comme se
plaisaient à l’appeler ses familiers.
Par sa disgrâce, son mari, cet égoïste voluptueux, l’avait, pour ainsi dire, mise en
vedette. L’opposition avait pris fait et cause pour Choiseul exilé à Chanteloup[7].
Chanteloup n’était pas trop éloigné de Versailles. Ce fut du dernier bon goût—le
snobisme d’alors—de faire le pèlerinage de Chanteloup. Les princes, les rois eux-
mêmes y coururent. Et, pour comble de fortune, Mᵐᵉ Du Deffand, l’amie des
philosophes, et ses entours devinrent les gazetiers de la magnifique retraite, dont la
duchesse faisait, avec la meilleure grâce du monde, les fatigants honneurs.
Mᵐᵉ d’Aiguillon eut un exil moins riant et moins doré. Son mari était tombé du
pouvoir, ne laissant de regrets qu’à ses créatures. Odieux à cette même opposition
parlementaire qui lui reprochait la détention des La Chalotais et la disgrâce de
Choiseul, méprisé des philosophes qui le croyaient acquis aux jésuites, exécré à la
Cour et détesté surtout de Marie-Antoinette qui ne lui avait jamais pardonné son
alliance avec la Du Barry, le duc d’Aiguillon avait dû se confiner à l’extrémité de la
France, dans son domaine de l’Agénois, où les visites du peu d’amis restés fidèles à
son infortune ne rappelaient que de très loin la cohue brillante des défilés de
Chanteloup.
La duchesse n’eut pas à lutter contre ce torrent de haine où se débattait vainement
son époux. Elle était ignorée de tous. D’ailleurs, sa personnalité s’était déjà effacée
dans l’ombre d’une autre duchesse d’Aiguillon, née Crussol, sa belle-mère la
douairière, qui, elle aussi, était grande amie de Mᵐᵉ Du Deffand et de sa coterie. Et
Page 14
cette coterie, celle des philosophes, des encyclopédistes, des économistes, fut, il faut
bien le reconnaître, la meilleure des agences de publicité pour les réputations du
XVIIIᵉ siècle.
... Nul n’aura d’esprit hors nous et nos amis.
La douairière d’Aiguillon lui doit ce surnom-réclame, qui la fit passer à la
postérité: la sœur du pot des philosophes.
Sa belle-fille, qui se serait bien gardée d’en briguer la survivance, ne reçut donc
pas des dispensateurs de renommée contemporaine l’investiture dont bénéficièrent la
douairière d’Aiguillon et la duchesse de Choiseul. Et cependant sa correspondance la
désignerait pour occuper un rang presque égal, quoiqu’elle n’ait eu pour destinataires
qu’un très petit nombre de privilégiés, eux-mêmes fort peu connus.
Car Mᵐᵉ d’Aiguillon est bien l’épistolière qui sommeille dans le cœur de toute
femme, mais l’épistolière d’élite. Elle a son originalité propre; elle a le mot qui fait
image, le trait qui porte loin. Ses lettres sont courtes d’ordinaire, mais substantielles.
Le style en est simple, net et concis, plutôt négligé; il ne vise pas à l’effet: il veut
surtout persuader.
Mᵐᵉ d’Aiguillon n’écrit pas, en effet, pour la galerie: elle cause en toute sincérité
avec des amis à qui elle ouvre son cœur, à qui elle confie successivement ses
espérances, ses joies, ses déceptions, ses rancœurs, ses tristesses, ses douleurs, sa
résignation. Elle sait d’avance la solidité de leur affection et peut compter sur leur
discrétion, surtout sur leur indulgence, d’autant qu’elle est affligée d’un terrible
défaut—même une tare pour quiconque veut avoir avec ses parents et ses amis une
correspondance suivie. Mᵐᵉ d’Aiguillon est illisible dans toute l’acception du mot.
Outre que l’orthographe est le moindre de ses soucis, elle a une écriture
déconcertante: c’est un fouillis de pattes de mouches, trop souvent microscopiques,
dépourvu de toute ponctuation, dans lequel un mot se trouve étroitement soudé à un
autre ou découpé en deux et même trois tranches.
«J’avais oublié de vous dire, de la part de la Reine, lui raconte, certain jour, sa
belle-mère, que votre écriture est indéchiffrable, qu’elle (la Reine) a mis 2 paires de
lunettes et Mᵐᵉ de Villars autant, sans en venir à bout.»
C’est peut-être à cette infirmité graphique qu’il faut attribuer sinon le peu de
lettres, du moins le peu de correspondants qu’ait jamais eus la duchesse d’Aiguillon.
La douairière et la comtesse de Maurepas se plaignent fréquemment de son
silence. La femme de l’ancien ministre était une La Vrillière, par conséquent la tante
propre de la duchesse: celle-ci lui rendait cependant de nombreuses visites à
Pontchartrain[8]; et nous verrons plus loin qu’elle avait pour sa belle-mère le plus
tendre attachement. Mais elle ne paraît jamais avoir eu de correspondance suivie
qu’avec Mᵐᵉ de Chauvelin, le comte de Scheffer et le chevalier de Balleroy.
C’est dans les papiers de ce dernier que nous avons découvert une liasse
considérable de lettres qui lui furent adressées par la duchesse d’Aiguillon,
bien le reconnaître, la meilleure des agences de publicité pour les réputations du
XVIIIᵉ siècle.
... Nul n’aura d’esprit hors nous et nos amis.
La douairière d’Aiguillon lui doit ce surnom-réclame, qui la fit passer à la
postérité: la sœur du pot des philosophes.
Sa belle-fille, qui se serait bien gardée d’en briguer la survivance, ne reçut donc
pas des dispensateurs de renommée contemporaine l’investiture dont bénéficièrent la
douairière d’Aiguillon et la duchesse de Choiseul. Et cependant sa correspondance la
désignerait pour occuper un rang presque égal, quoiqu’elle n’ait eu pour destinataires
qu’un très petit nombre de privilégiés, eux-mêmes fort peu connus.
Car Mᵐᵉ d’Aiguillon est bien l’épistolière qui sommeille dans le cœur de toute
femme, mais l’épistolière d’élite. Elle a son originalité propre; elle a le mot qui fait
image, le trait qui porte loin. Ses lettres sont courtes d’ordinaire, mais substantielles.
Le style en est simple, net et concis, plutôt négligé; il ne vise pas à l’effet: il veut
surtout persuader.
Mᵐᵉ d’Aiguillon n’écrit pas, en effet, pour la galerie: elle cause en toute sincérité
avec des amis à qui elle ouvre son cœur, à qui elle confie successivement ses
espérances, ses joies, ses déceptions, ses rancœurs, ses tristesses, ses douleurs, sa
résignation. Elle sait d’avance la solidité de leur affection et peut compter sur leur
discrétion, surtout sur leur indulgence, d’autant qu’elle est affligée d’un terrible
défaut—même une tare pour quiconque veut avoir avec ses parents et ses amis une
correspondance suivie. Mᵐᵉ d’Aiguillon est illisible dans toute l’acception du mot.
Outre que l’orthographe est le moindre de ses soucis, elle a une écriture
déconcertante: c’est un fouillis de pattes de mouches, trop souvent microscopiques,
dépourvu de toute ponctuation, dans lequel un mot se trouve étroitement soudé à un
autre ou découpé en deux et même trois tranches.
«J’avais oublié de vous dire, de la part de la Reine, lui raconte, certain jour, sa
belle-mère, que votre écriture est indéchiffrable, qu’elle (la Reine) a mis 2 paires de
lunettes et Mᵐᵉ de Villars autant, sans en venir à bout.»
C’est peut-être à cette infirmité graphique qu’il faut attribuer sinon le peu de
lettres, du moins le peu de correspondants qu’ait jamais eus la duchesse d’Aiguillon.
La douairière et la comtesse de Maurepas se plaignent fréquemment de son
silence. La femme de l’ancien ministre était une La Vrillière, par conséquent la tante
propre de la duchesse: celle-ci lui rendait cependant de nombreuses visites à
Pontchartrain[8]; et nous verrons plus loin qu’elle avait pour sa belle-mère le plus
tendre attachement. Mais elle ne paraît jamais avoir eu de correspondance suivie
qu’avec Mᵐᵉ de Chauvelin, le comte de Scheffer et le chevalier de Balleroy.
C’est dans les papiers de ce dernier que nous avons découvert une liasse
considérable de lettres qui lui furent adressées par la duchesse d’Aiguillon,
Page 15
accompagnées de quelques billets de son mari.
Le chevalier François-Auguste de Balleroy était petit-fils de cette marquise de La
Cour Balleroy, née Caumartin, qui, pendant la Régence, recevait, en son château,
près de Bayeux, des lettres parisiennes, si intéressantes et si piquantes, publiées en
1883 par E. de Barthélemy.
François-Auguste avait, comme son frère aîné, Charles-Auguste, marquis de
Balleroy, coopéré à la campagne menée victorieusement en Bretagne par le duc
d’Aiguillon contre les Anglais. Les deux frères furent guillotinés le 6 germinal an II.
Le marquis séjournait à Balleroy. Le chevalier, quand il fut arrêté, demeurait alors
rue Saint-Dominique[9] à Paris. Les papiers, saisis à son domicile, furent versés,
après sa condamnation, aux Archives Nationales.
On n’y trouve, pas plus du reste qu’au château de Balleroy, aucune lettre, ni
aucun document revêtu de sa signature.
Par contre, un carton des Archives[10] est, en partie, occupé par toute une série de
lettres à l’adresse du chevalier, lettres émanées de divers correspondants.
Celles de la duchesse d’Aiguillon, les seules qui nous intéressent, ne font pas
seulement valoir un beau caractère; elles apportent encore une contribution, qui n’est
pas à dédaigner, à l’histoire des dernières années du règne de Louis XV et des
premières du règne de Louis XVI.
Cette correspondance commence à la fin de 1767 et se termine en 1785. Elle
accompagne en quelque sorte le duc d’Aiguillon dans une des périodes les plus
agitées et les plus brillantes de sa vie politique, depuis l’heure où il quitte la
Bretagne, chargé de toutes les malédictions de la province, jusqu’au jour où sa
victoire sur ses adversaires, singulièrement appuyée par Mᵐᵉ Du Barry, reçoit la plus
éclatante des sanctions, dans la nomination de M. d’Aiguillon comme ministre des
affaires étrangères. Chemin faisant, la duchesse note les nouvelles de Cour les plus
importantes: la mort de la Reine, le mariage du comte de Provence,—sans parler des
intrigues et des cabales qui amèneront, après la mort du maître, la chute du favori.
L’exil dans ce domaine d’Aiguillon n’empêche pas la duchesse de donner, par
intermittences, quelques lignes à la politique: cadre qui s’élargira, quand il sera
permis au courtisan disgrâcié de rentrer à Paris. Et brusquement, la correspondance
s’arrête, trois années avant la mort de M. d’Aiguillon.
Notre étude serait incomplète, si nous la bornions à cet intervalle de dix-huit
années que remplit la correspondance. Il importe de rétablir intégralement la
biographie de la duchesse, d’après les documents que nous avons pu recueillir, et qui,
nous ne saurions trop le répéter, sont en fort petit nombre. Rapprochés de ceux que
l’histoire a conservés sur le duc d’Aiguillon, leur intérêt s’augmente de cette
comparaison et n’en accuse que d’un plus saisissant relief la noble figure de la digne
fille des Plélo.
Le chevalier François-Auguste de Balleroy était petit-fils de cette marquise de La
Cour Balleroy, née Caumartin, qui, pendant la Régence, recevait, en son château,
près de Bayeux, des lettres parisiennes, si intéressantes et si piquantes, publiées en
1883 par E. de Barthélemy.
François-Auguste avait, comme son frère aîné, Charles-Auguste, marquis de
Balleroy, coopéré à la campagne menée victorieusement en Bretagne par le duc
d’Aiguillon contre les Anglais. Les deux frères furent guillotinés le 6 germinal an II.
Le marquis séjournait à Balleroy. Le chevalier, quand il fut arrêté, demeurait alors
rue Saint-Dominique[9] à Paris. Les papiers, saisis à son domicile, furent versés,
après sa condamnation, aux Archives Nationales.
On n’y trouve, pas plus du reste qu’au château de Balleroy, aucune lettre, ni
aucun document revêtu de sa signature.
Par contre, un carton des Archives[10] est, en partie, occupé par toute une série de
lettres à l’adresse du chevalier, lettres émanées de divers correspondants.
Celles de la duchesse d’Aiguillon, les seules qui nous intéressent, ne font pas
seulement valoir un beau caractère; elles apportent encore une contribution, qui n’est
pas à dédaigner, à l’histoire des dernières années du règne de Louis XV et des
premières du règne de Louis XVI.
Cette correspondance commence à la fin de 1767 et se termine en 1785. Elle
accompagne en quelque sorte le duc d’Aiguillon dans une des périodes les plus
agitées et les plus brillantes de sa vie politique, depuis l’heure où il quitte la
Bretagne, chargé de toutes les malédictions de la province, jusqu’au jour où sa
victoire sur ses adversaires, singulièrement appuyée par Mᵐᵉ Du Barry, reçoit la plus
éclatante des sanctions, dans la nomination de M. d’Aiguillon comme ministre des
affaires étrangères. Chemin faisant, la duchesse note les nouvelles de Cour les plus
importantes: la mort de la Reine, le mariage du comte de Provence,—sans parler des
intrigues et des cabales qui amèneront, après la mort du maître, la chute du favori.
L’exil dans ce domaine d’Aiguillon n’empêche pas la duchesse de donner, par
intermittences, quelques lignes à la politique: cadre qui s’élargira, quand il sera
permis au courtisan disgrâcié de rentrer à Paris. Et brusquement, la correspondance
s’arrête, trois années avant la mort de M. d’Aiguillon.
Notre étude serait incomplète, si nous la bornions à cet intervalle de dix-huit
années que remplit la correspondance. Il importe de rétablir intégralement la
biographie de la duchesse, d’après les documents que nous avons pu recueillir, et qui,
nous ne saurions trop le répéter, sont en fort petit nombre. Rapprochés de ceux que
l’histoire a conservés sur le duc d’Aiguillon, leur intérêt s’augmente de cette
comparaison et n’en accuse que d’un plus saisissant relief la noble figure de la digne
fille des Plélo.
Page 16
Enfin, une autre série de lettres et de pièces, dont nous devons la communication
à la bienveillance de M. le marquis de Chabrillan, nous a permis de continuer la
biographie de la duchesse, jusqu’à la mort de la veuve du premier ministre.
à la bienveillance de M. le marquis de Chabrillan, nous a permis de continuer la
biographie de la duchesse, jusqu’à la mort de la veuve du premier ministre.
Page 17
II
Les premières années de Louise de Plélo: son conseil de famille.—Son mariage avec
le duc d’Agénois.—Le digne cousin du maréchal de Richelieu.—Ses amours avec la
marquise de la Tournelle.—Une scapinade de Richelieu.—Hésitations d’une
amante et coquetteries d’une maîtresse.—La duchesse d’Agénois et sa protectrice.
—Amitié véritable entre bru et belle-mère.—Une lettre de la grosse duchesse.—
D’Agénois un Caton!—Mᵐᵉ d’Agénois dame du palais.
Louise-Félicité de Bréhan Plélo était encore une enfant (elle avait onze ans à
peine), quand la mort de sa mère la laissa, sinon sans fortune, du moins dans une
situation fort embarrassée. L’orpheline était, surtout, moralement abandonnée. Ce
n’était pas qu’elle n’eût une famille nombreuse et bien en cour: malheureusement,
ses plus proches parents n’avaient guère qualité pour lui donner l’éducation qui
convînt à l’héritière des Plélo. La marquise de la Vrillière devenue, contre échange
de cent mille écus, duchesse de Mazarin, était la grand’mère de Louise-Félicité, et,
de ce fait, sa tutrice; mais elle n’était pas d’une conduite exemplaire[11]. Saint-
Florentin, le ministre, frère de la comtesse de Plélo, qui avait été désigné comme
tuteur de sa nièce, n’était pas non plus le modèle de toutes les vertus. C’était un
courtisan aussi plat qu’il était orgueilleux, autoritaire, opiniâtre et ne reculant devant
aucune mesure arbitraire pour satisfaire au moindre caprice de son maître. Il déclina
la mission qui lui incombait; et, à son défaut, Maurepas, ministre lui aussi, qui avait
épousé une sœur de Mᵐᵉ de Plélo, accepta la tutelle de l’orpheline. Aussi souple
d’échine que Saint-Florentin, mais plus fin, plus délié et plus aimable, quoique très
vain et très frivole, le comte de Maurepas ne professait, comme tant d’autres de ses
contemporains, que des principes d’une morale facile et sans préjugés.
Dans ses lettres, Louise-Félicité rappelle fort peu cette période de sa vie. Nous
avons été même assez surpris de n’y point trouver le souvenir de sa mère. Une seule
fois elle parle de son enfance, et à propos d’un mariage: la note ne laisse pas d’être
piquante.
«Ma vieillesse, écrit-elle, le 12 novembre 1769, au chevalier de Balleroy—et elle
n’a encore que quarante-trois ans—ma vieillesse me retient prisonnière chez moi, ce
qui, comme vous jugez bien, ne me coûte pas beaucoup, mais je sens que j’aurais de
l’humeur, si elle m’empêchait d’aller à la noce du cousin Quélen qui, enfin, va passer
sous le joug matrimonial. Ce n’est pas sans peine, en vérité, et il n’a pas perdu pour
attendre. Il épouse Mˡˡᵉ Hocquart, nièce de l’ancien intendant de la marine, qui a
200.000 livres en mariage et à qui on en assure encore autant. J’en suis aussi aise que
lui. Vous savez combien je m’y intéresse personnellement, et les obligations que j’ai
eues dans ma jeunesse à son père[12]. Si je parviens après à marier mon oncle
Bréhan, je ne désespérerai de rien, pas même pour vous[13].»
Les premières années de Louise de Plélo: son conseil de famille.—Son mariage avec
le duc d’Agénois.—Le digne cousin du maréchal de Richelieu.—Ses amours avec la
marquise de la Tournelle.—Une scapinade de Richelieu.—Hésitations d’une
amante et coquetteries d’une maîtresse.—La duchesse d’Agénois et sa protectrice.
—Amitié véritable entre bru et belle-mère.—Une lettre de la grosse duchesse.—
D’Agénois un Caton!—Mᵐᵉ d’Agénois dame du palais.
Louise-Félicité de Bréhan Plélo était encore une enfant (elle avait onze ans à
peine), quand la mort de sa mère la laissa, sinon sans fortune, du moins dans une
situation fort embarrassée. L’orpheline était, surtout, moralement abandonnée. Ce
n’était pas qu’elle n’eût une famille nombreuse et bien en cour: malheureusement,
ses plus proches parents n’avaient guère qualité pour lui donner l’éducation qui
convînt à l’héritière des Plélo. La marquise de la Vrillière devenue, contre échange
de cent mille écus, duchesse de Mazarin, était la grand’mère de Louise-Félicité, et,
de ce fait, sa tutrice; mais elle n’était pas d’une conduite exemplaire[11]. Saint-
Florentin, le ministre, frère de la comtesse de Plélo, qui avait été désigné comme
tuteur de sa nièce, n’était pas non plus le modèle de toutes les vertus. C’était un
courtisan aussi plat qu’il était orgueilleux, autoritaire, opiniâtre et ne reculant devant
aucune mesure arbitraire pour satisfaire au moindre caprice de son maître. Il déclina
la mission qui lui incombait; et, à son défaut, Maurepas, ministre lui aussi, qui avait
épousé une sœur de Mᵐᵉ de Plélo, accepta la tutelle de l’orpheline. Aussi souple
d’échine que Saint-Florentin, mais plus fin, plus délié et plus aimable, quoique très
vain et très frivole, le comte de Maurepas ne professait, comme tant d’autres de ses
contemporains, que des principes d’une morale facile et sans préjugés.
Dans ses lettres, Louise-Félicité rappelle fort peu cette période de sa vie. Nous
avons été même assez surpris de n’y point trouver le souvenir de sa mère. Une seule
fois elle parle de son enfance, et à propos d’un mariage: la note ne laisse pas d’être
piquante.
«Ma vieillesse, écrit-elle, le 12 novembre 1769, au chevalier de Balleroy—et elle
n’a encore que quarante-trois ans—ma vieillesse me retient prisonnière chez moi, ce
qui, comme vous jugez bien, ne me coûte pas beaucoup, mais je sens que j’aurais de
l’humeur, si elle m’empêchait d’aller à la noce du cousin Quélen qui, enfin, va passer
sous le joug matrimonial. Ce n’est pas sans peine, en vérité, et il n’a pas perdu pour
attendre. Il épouse Mˡˡᵉ Hocquart, nièce de l’ancien intendant de la marine, qui a
200.000 livres en mariage et à qui on en assure encore autant. J’en suis aussi aise que
lui. Vous savez combien je m’y intéresse personnellement, et les obligations que j’ai
eues dans ma jeunesse à son père[12]. Si je parviens après à marier mon oncle
Bréhan, je ne désespérerai de rien, pas même pour vous[13].»
Page 18
Quand elle s’était inclinée sous «ce joug matrimonial», qu’il lui semble si plaisant
de voir imposer aux autres, Mˡˡᵉ de Plélo n’était pas encore entrée dans sa quinzième
année.—S’il est des tuteurs qui ne sont jamais pressés d’établir leurs pupilles,
combien ont hâte d’en finir avec une responsabilité qu’ils repassent volontiers à un
mari! Maurepas s’était-il lassé de sa mission ou craignait-il de ne pas rencontrer pour
sa nièce un parti plus sortable? Toujours est-il qu’assisté de Saint-Florentin, il
demandait au roi son agrément pour le prochain mariage de Mˡˡᵉ de Plélo avec le
comte d’Agénois «à qui son père cédait son duché[14]». L’alliance d’Emmanuel-
Armand Du Plessis-Richelieu, qui devait, à la mort de son père, porter le titre de duc
d’Aiguillon, ne pouvait que jeter un nouvel éclat sur les familles de Mailly et de
Phélypeaux. Le nouveau duc d’Agénois descendait par une ligne collatérale, comme
son parent le duc de Richelieu, du cardinal-ministre. Il était âgé de vingt ans; et une
physionomie des plus heureuses, une noble prestance[15], une rare élégance de
manières le faisaient passer pour un des plus beaux hommes de la Cour. Les
avantages physiques de Mˡˡᵉ de Plélo ne répondaient certes pas à ceux de M.
d’Agénois: la jeune fiancée était plutôt laide et son «teint échauffé» avait des
variations de coloris sur lesquelles nous reviendrons plus tard.
Le mariage se fit néanmoins. Fut-il heureux? Il est permis d’en douter, étant
donné l’humeur volage et le tempérament passionné de l’époux, qu’il fût duc
d’Agénois ou duc d’Aiguillon. La duchesse ne put en ignorer; elle était intelligente et
fine; et elle dut beaucoup en souffrir; car elle avait en même temps qu’un véritable
culte pour la famille dans laquelle elle était entrée, un profond et sincère amour pour
l’homme qui en était un des représentants. Mais, comme elle était également très
digne, il ne semble pas qu’elle se soit jamais plainte des nombreuses infidélités de
son mari. En tout cas, aucune de ses lettres n’en laisse percer la moindre trace; elles
respirent au contraire un vif enjouement, tempéré d’une douce sérénité, si ce n’est
quand elle croit ou qu’elle voit son époux en butte à la calomnie ou à des manœuvres
perfides. Une telle égalité d’humeur, discrète et souriante, chez une femme trompée,
est plus et mieux que de la résignation: c’est, en quelque sorte, un héroïsme élégant.
Les illusions de Mᵐᵉ d’Agénois furent de courte durée. Elle était mariée du 4
février 1740; et, vers la fin de cette même année, le duc la trompait avec la marquise
de La Tournelle[16].
Peut-être se demandera-t-on s’il n’en avait pas été pour les d’Agénois comme
pour les Plélo. Louise-Félicité n’avait pas, nous l’avons dit, quinze ans, le jour de son
mariage. Voulut-on séparer momentanément un couple qu’avaient uni des raisons
d’intérêt ou des questions de convenance, et qui n’était pas encore mûr pour les
réalités du mariage? C’est fort possible. En tout cas, d’Agénois se serait bien gardé
d’enlever, à l’exemple de feu son beau-père[17], sa jeune femme; il était trop occupé
avec la maîtresse, si captivante dans son orgueilleuse beauté, qui l’avait choisi
comme le plus désirable des amants.
de voir imposer aux autres, Mˡˡᵉ de Plélo n’était pas encore entrée dans sa quinzième
année.—S’il est des tuteurs qui ne sont jamais pressés d’établir leurs pupilles,
combien ont hâte d’en finir avec une responsabilité qu’ils repassent volontiers à un
mari! Maurepas s’était-il lassé de sa mission ou craignait-il de ne pas rencontrer pour
sa nièce un parti plus sortable? Toujours est-il qu’assisté de Saint-Florentin, il
demandait au roi son agrément pour le prochain mariage de Mˡˡᵉ de Plélo avec le
comte d’Agénois «à qui son père cédait son duché[14]». L’alliance d’Emmanuel-
Armand Du Plessis-Richelieu, qui devait, à la mort de son père, porter le titre de duc
d’Aiguillon, ne pouvait que jeter un nouvel éclat sur les familles de Mailly et de
Phélypeaux. Le nouveau duc d’Agénois descendait par une ligne collatérale, comme
son parent le duc de Richelieu, du cardinal-ministre. Il était âgé de vingt ans; et une
physionomie des plus heureuses, une noble prestance[15], une rare élégance de
manières le faisaient passer pour un des plus beaux hommes de la Cour. Les
avantages physiques de Mˡˡᵉ de Plélo ne répondaient certes pas à ceux de M.
d’Agénois: la jeune fiancée était plutôt laide et son «teint échauffé» avait des
variations de coloris sur lesquelles nous reviendrons plus tard.
Le mariage se fit néanmoins. Fut-il heureux? Il est permis d’en douter, étant
donné l’humeur volage et le tempérament passionné de l’époux, qu’il fût duc
d’Agénois ou duc d’Aiguillon. La duchesse ne put en ignorer; elle était intelligente et
fine; et elle dut beaucoup en souffrir; car elle avait en même temps qu’un véritable
culte pour la famille dans laquelle elle était entrée, un profond et sincère amour pour
l’homme qui en était un des représentants. Mais, comme elle était également très
digne, il ne semble pas qu’elle se soit jamais plainte des nombreuses infidélités de
son mari. En tout cas, aucune de ses lettres n’en laisse percer la moindre trace; elles
respirent au contraire un vif enjouement, tempéré d’une douce sérénité, si ce n’est
quand elle croit ou qu’elle voit son époux en butte à la calomnie ou à des manœuvres
perfides. Une telle égalité d’humeur, discrète et souriante, chez une femme trompée,
est plus et mieux que de la résignation: c’est, en quelque sorte, un héroïsme élégant.
Les illusions de Mᵐᵉ d’Agénois furent de courte durée. Elle était mariée du 4
février 1740; et, vers la fin de cette même année, le duc la trompait avec la marquise
de La Tournelle[16].
Peut-être se demandera-t-on s’il n’en avait pas été pour les d’Agénois comme
pour les Plélo. Louise-Félicité n’avait pas, nous l’avons dit, quinze ans, le jour de son
mariage. Voulut-on séparer momentanément un couple qu’avaient uni des raisons
d’intérêt ou des questions de convenance, et qui n’était pas encore mûr pour les
réalités du mariage? C’est fort possible. En tout cas, d’Agénois se serait bien gardé
d’enlever, à l’exemple de feu son beau-père[17], sa jeune femme; il était trop occupé
avec la maîtresse, si captivante dans son orgueilleuse beauté, qui l’avait choisi
comme le plus désirable des amants.
Page 19
La liaison de la future duchesse de Châteauroux avec d’Agénois appartient à
l’histoire; et les Goncourt lui ont consacré quelques pages de leur curieuse
monographie sur la favorite, si longuement recherchée et si ardemment aimée du
plus indifférent des rois.
Le marquis d’Argenson, avec son philosophisme sceptique, grincheux, mais
presque toujours exact, définit, dans une note de ses Mémoires, la raison de
l’irrésistible entraînement de la Châteauroux pour d’Agénois, devenu son parent par
son mariage avec Mˡˡᵉ de Plélo: «Elle a eu jusqu’à trois affaires, M. de la Trémoïlle,
M. de Soubise, M. d’Agénois. Le premier la séduisit par ses charmes, M. de Soubise
par intérêt et par vues: elle avait besoin de lui pour que la maison de Rohan et Mᵐᵉ de
Tallard s’intéressassent à elle, en vue d’entrer chez la dauphine; elle ne lui permit que
la petite oie, et elle eut M. d’Agénois, pour se procurer les conseils de M. de
Richelieu, qui était en partie carrée avec elle, son cousin le petit d’Agénois et Mᵐᵉ de
Flavacourt[18].»
En effet, le duc de Richelieu joua dans cette «affaire» un singulier rôle, mais qui
ne saurait surprendre chez un courtisan aussi adroit et toujours si empressé à
devancer les désirs du maître. Certes, il aimait bien son cousin; et la correspondance
de Mᵐᵉ d’Aiguillon atteste que cette affection familiale était partagée. Mais,
précisément, parce qu’il était «en partie carrée», c’est-à-dire en communauté
d’intérêts politiques avec d’Agénois et Mᵐᵉ de la Tournelle, il n’entendit pas sacrifier
à leur délicieux roman la satisfaction de ses vues ambitieuses. Il voulut assurer au roi
l’entière et définitive possession d’une femme que le prince convoitait depuis
longtemps; et peut-être aussi dans l’intérêt, bien compris, d’un parent dont
l’obstination amoureuse pouvait compromettre la fortune et le crédit, il imagina, lui
aussi, un roman, ou plutôt une comédie à la Marivaux pour rompre une liaison qui
menaçait de s’éterniser.
Au cours d’un voyage en Languedoc, d’Agénois rencontre une jeune femme fort
jolie, très spirituelle et d’une grâce exquise, qui, à l’aspect de ce beau gentilhomme,
semble avoir reçu le coup de foudre. Jamais coquette ne fut plus aguichante, ni ne
mit autant de charmes dans un sourire. D’Agénois se laisse séduire par cette sirène.
Tous deux ne sauraient d’ailleurs se résigner à ce que l’aventure n’eût pas de
lendemain. On se sépare, mais en jurant de s’écrire, très secrètement bien entendu; et
d’Agénois compte bien que la marquise de la Tournelle ignorera toujours son
infidélité; mais, un matin, celle-ci voit entrer le Roi qui lui met sous les yeux tout un
paquet de lettres, brûlantes de passion: Ah! lui dit-il, le beau billet qu’a la Châtre!
tenez, voilà ce que m’envoie la poste.
La ruse de Richelieu avait réussi... C’était lui, en effet, qui, sous promesse d’une
«grande situation à Paris», avait «aposté» l’enchanteresse, chargée d’ensorceler
d’Agénois; c’était lui encore qui avait tendu le piège de la correspondance; et... le
Cabinet Noir avait fait le reste.
l’histoire; et les Goncourt lui ont consacré quelques pages de leur curieuse
monographie sur la favorite, si longuement recherchée et si ardemment aimée du
plus indifférent des rois.
Le marquis d’Argenson, avec son philosophisme sceptique, grincheux, mais
presque toujours exact, définit, dans une note de ses Mémoires, la raison de
l’irrésistible entraînement de la Châteauroux pour d’Agénois, devenu son parent par
son mariage avec Mˡˡᵉ de Plélo: «Elle a eu jusqu’à trois affaires, M. de la Trémoïlle,
M. de Soubise, M. d’Agénois. Le premier la séduisit par ses charmes, M. de Soubise
par intérêt et par vues: elle avait besoin de lui pour que la maison de Rohan et Mᵐᵉ de
Tallard s’intéressassent à elle, en vue d’entrer chez la dauphine; elle ne lui permit que
la petite oie, et elle eut M. d’Agénois, pour se procurer les conseils de M. de
Richelieu, qui était en partie carrée avec elle, son cousin le petit d’Agénois et Mᵐᵉ de
Flavacourt[18].»
En effet, le duc de Richelieu joua dans cette «affaire» un singulier rôle, mais qui
ne saurait surprendre chez un courtisan aussi adroit et toujours si empressé à
devancer les désirs du maître. Certes, il aimait bien son cousin; et la correspondance
de Mᵐᵉ d’Aiguillon atteste que cette affection familiale était partagée. Mais,
précisément, parce qu’il était «en partie carrée», c’est-à-dire en communauté
d’intérêts politiques avec d’Agénois et Mᵐᵉ de la Tournelle, il n’entendit pas sacrifier
à leur délicieux roman la satisfaction de ses vues ambitieuses. Il voulut assurer au roi
l’entière et définitive possession d’une femme que le prince convoitait depuis
longtemps; et peut-être aussi dans l’intérêt, bien compris, d’un parent dont
l’obstination amoureuse pouvait compromettre la fortune et le crédit, il imagina, lui
aussi, un roman, ou plutôt une comédie à la Marivaux pour rompre une liaison qui
menaçait de s’éterniser.
Au cours d’un voyage en Languedoc, d’Agénois rencontre une jeune femme fort
jolie, très spirituelle et d’une grâce exquise, qui, à l’aspect de ce beau gentilhomme,
semble avoir reçu le coup de foudre. Jamais coquette ne fut plus aguichante, ni ne
mit autant de charmes dans un sourire. D’Agénois se laisse séduire par cette sirène.
Tous deux ne sauraient d’ailleurs se résigner à ce que l’aventure n’eût pas de
lendemain. On se sépare, mais en jurant de s’écrire, très secrètement bien entendu; et
d’Agénois compte bien que la marquise de la Tournelle ignorera toujours son
infidélité; mais, un matin, celle-ci voit entrer le Roi qui lui met sous les yeux tout un
paquet de lettres, brûlantes de passion: Ah! lui dit-il, le beau billet qu’a la Châtre!
tenez, voilà ce que m’envoie la poste.
La ruse de Richelieu avait réussi... C’était lui, en effet, qui, sous promesse d’une
«grande situation à Paris», avait «aposté» l’enchanteresse, chargée d’ensorceler
d’Agénois; c’était lui encore qui avait tendu le piège de la correspondance; et... le
Cabinet Noir avait fait le reste.
Page 20
Richelieu avait voulu que Mᵐᵉ de la Tournelle oubliât son amant; les railleries
continuelles du roi sur la prétendue fidélité de d’Agénois hâtèrent cette solution.
Et cependant la marquise lutta longtemps encore contre l’idée d’une telle rupture.
Elle écrivait à Richelieu pour lui déclarer tout net qu’elle n’était pas dupe de «sa
fourberie»; mais elle sentait bien que, si elle congédiait d’Agénois, celui-ci ne lui
pardonnerait jamais cette injure: aussi voulait-elle qu’il lui rendît ses lettres, car elle
ne se souciait pas qu’il les communiquât à sa mère, et surtout à Maurepas. Puis elle
se ravisait: elle «revenait» à d’Agénois. Les lettres, interceptées par la poste, disait-
elle, ne prouvent pas que le duc ait trahi ses serments; tout au plus s’est-il permis un
caprice...[19], une passade.
Sans se prononcer aussi catégoriquement que le marquis d’Argenson, mais en se
gardant bien d’exposer la savante et perfide stratégie de Richelieu, le duc de Luynes
ne dissimule pas, dans ses Mémoires, que Mᵐᵉ de la Tournelle, après la disgrâce de sa
sœur, Mᵐᵉ de Mailly, se conduisit, en coquette consommée, envers le roi.
Soulavie[20], de son côté, précise le manège de l’artificieuse créature. Elle prenait un
faux air de modestie. Elle cachait son joli minois sous une baigneuse que le roi
relevait doucement pour l’admirer, puis pour dévorer ses joues d’ardents baisers,
alors qu’elle dardait sur lui des yeux étincelants. Et, tout aussitôt, elle se
ressaisissait... «elle faisait la fière.» C’était alors une autre antienne. Elle continuait à
dire et à faire dire, écrit le duc de Luynes[21], «qu’elle était aimée de M. d’Agénois,
et qu’elle l’aimait, qu’elle n’avait nul désir d’avoir le roi, qu’il lui ferait plaisir de la
laisser comme elle est et qu’elle ne veut consentir à ses propositions qu’à des
conditions sûres et avantageuses». Mise en scène évidemment réglée par Richelieu.
Elle les eut ces «conditions sûres et avantageuses» avec son brevet de duchesse
de Châteauroux. Mais elle avait su jouer, bien qu’on en fît une sotte, du duc
d’Agénois. Elle l’aimait cependant, et d’un amour qui survécut à leur séparation...,
peut-être moins réelle qu’on n’a voulu le prétendre. Lorsque d’Agénois, qui était
entré au service à dix-sept ans et s’était fait remarquer par sa vaillance pendant la
guerre de la succession d’Autriche, fut très grièvement blessé à la tête, au siège de
Château Dauphin, «la marquise de la Tournelle se sentit blessée du même coup[22]».
On ajoute qu’elle s’évanouit à cette nouvelle. Le roi en fut très vivement piqué. Il la
tança d’importance. Et ce ne fut pas la seule fois qu’il la querella pour des retours de
tendresse dont elle ne pouvait se défendre.
Que devenait, au milieu de ces intrigues de cour et de cœur, la petite duchesse
d’Agénois, si délaissée, si oubliée, si inconnue même du grand public, qu’elle
semblait n’avoir jamais existé?
Elle avait pour protectrice, pour amie, pour consolatrice peut-être, une grande
dame, la première de France, qui, elle aussi, était oubliée et délaissée pour la même
femme, si profondément énamourée du beau d’Agénois.
continuelles du roi sur la prétendue fidélité de d’Agénois hâtèrent cette solution.
Et cependant la marquise lutta longtemps encore contre l’idée d’une telle rupture.
Elle écrivait à Richelieu pour lui déclarer tout net qu’elle n’était pas dupe de «sa
fourberie»; mais elle sentait bien que, si elle congédiait d’Agénois, celui-ci ne lui
pardonnerait jamais cette injure: aussi voulait-elle qu’il lui rendît ses lettres, car elle
ne se souciait pas qu’il les communiquât à sa mère, et surtout à Maurepas. Puis elle
se ravisait: elle «revenait» à d’Agénois. Les lettres, interceptées par la poste, disait-
elle, ne prouvent pas que le duc ait trahi ses serments; tout au plus s’est-il permis un
caprice...[19], une passade.
Sans se prononcer aussi catégoriquement que le marquis d’Argenson, mais en se
gardant bien d’exposer la savante et perfide stratégie de Richelieu, le duc de Luynes
ne dissimule pas, dans ses Mémoires, que Mᵐᵉ de la Tournelle, après la disgrâce de sa
sœur, Mᵐᵉ de Mailly, se conduisit, en coquette consommée, envers le roi.
Soulavie[20], de son côté, précise le manège de l’artificieuse créature. Elle prenait un
faux air de modestie. Elle cachait son joli minois sous une baigneuse que le roi
relevait doucement pour l’admirer, puis pour dévorer ses joues d’ardents baisers,
alors qu’elle dardait sur lui des yeux étincelants. Et, tout aussitôt, elle se
ressaisissait... «elle faisait la fière.» C’était alors une autre antienne. Elle continuait à
dire et à faire dire, écrit le duc de Luynes[21], «qu’elle était aimée de M. d’Agénois,
et qu’elle l’aimait, qu’elle n’avait nul désir d’avoir le roi, qu’il lui ferait plaisir de la
laisser comme elle est et qu’elle ne veut consentir à ses propositions qu’à des
conditions sûres et avantageuses». Mise en scène évidemment réglée par Richelieu.
Elle les eut ces «conditions sûres et avantageuses» avec son brevet de duchesse
de Châteauroux. Mais elle avait su jouer, bien qu’on en fît une sotte, du duc
d’Agénois. Elle l’aimait cependant, et d’un amour qui survécut à leur séparation...,
peut-être moins réelle qu’on n’a voulu le prétendre. Lorsque d’Agénois, qui était
entré au service à dix-sept ans et s’était fait remarquer par sa vaillance pendant la
guerre de la succession d’Autriche, fut très grièvement blessé à la tête, au siège de
Château Dauphin, «la marquise de la Tournelle se sentit blessée du même coup[22]».
On ajoute qu’elle s’évanouit à cette nouvelle. Le roi en fut très vivement piqué. Il la
tança d’importance. Et ce ne fut pas la seule fois qu’il la querella pour des retours de
tendresse dont elle ne pouvait se défendre.
Que devenait, au milieu de ces intrigues de cour et de cœur, la petite duchesse
d’Agénois, si délaissée, si oubliée, si inconnue même du grand public, qu’elle
semblait n’avoir jamais existé?
Elle avait pour protectrice, pour amie, pour consolatrice peut-être, une grande
dame, la première de France, qui, elle aussi, était oubliée et délaissée pour la même
femme, si profondément énamourée du beau d’Agénois.
Page 21
Marie Lesczinska s’était toujours souvenue que Plélo avait sacrifié sa vie à la
cause du roi de Pologne Stanislas; elle tenait à payer à la fille la dette de
reconnaissance qu’elle avait contractée envers le père. Si, en raison des exigences du
protocole et de la tyrannie de l’étiquette, il lui fut d’abord impossible d’attacher
directement à sa personne Mᵐᵉ d’Agénois, elle lui fit assurer une pension honorable
sur la cassette royale et favorisa de toute son influence (hélas! bien restreinte)
l’accession de la jeune femme aux emplois et dignités de la cour. Le 21 septembre
1742, alors que la duchesse d’Agénois était une des «six dames du deuil de la
duchesse de Mazarin», le roi «fit envoyer chez elle un de ses gentilshommes[23]». A
un an de distance[24] la fatalité voulut (que de larmes coûtaient de tels honneurs!) que
Mᵐᵉ d’Agénois «fût à la présentation de Mᵐᵉ de la Tournelle comme duchesse de
Châteauroux»; elle était «parmi les huit dames dont cinq assises»; et sa belle-mère, la
duchesse d’Aiguillon, était également du nombre.
Mais, en dehors de cette vie officielle, Mᵐᵉ d’Agénois était du cercle de la reine;
admise dans l’intimité de la princesse et l’une de ses plus chères favorites, elle garda
toujours, comme nous le verrons plus tard par sa correspondance, un souvenir
attendri de Marie Lesczinska. Elle devait vouer la même gratitude à la mémoire de sa
belle-mère Mᵐᵉ d’Aiguillon, la grosse duchesse, la bonne duchesse, comme on
l’appelait encore dans le salon de Mᵐᵉ Du Deffand.
«Mon arrivée dans cette maison[25], écrit-elle de Paris, le 27 août 1772, a
renouvelé l’horreur de la perte que j’ai faite (la duchesse douairière était morte le 15
juin); j’étais accoutumée que, quand je revenais, la première personne que je voyais,
c’était ma malheureuse belle-mère.»
Et à quelques mois de là (6 décembre 1772), elle parle encore avec émotion de la
bonne duchesse, «qu’elle n’aurait ni plus aimée, ni plus respectée, quand elle aurait
été sa propre mère».
C’était justice. Car l’excellente femme qu’était la douairière avait su, dans les
circonstances les plus difficiles, conserver l’estime et l’affection de tous, sans rien
abdiquer de ses croyances, ni se soustraire à ses devoirs. Née Crussol, elle avait
épousé le duc d’Aiguillon, personnage «de la première distinction», mais le plus
insignifiant, le plus nul des hommes. Tout son orgueil d’épouse s’était alors confondu
avec ses espérances de mère. Et désormais elle ne vécut que par son fils, ce séduisant
gentilhomme qui avait si brillamment débuté à la cour.
Elle a pour lui une admiration qui fait sourire. Mᵐᵉ de Maurepas s’étant plaint de
voir trop rarement sa nièce, et le duc d’Agénois ayant opiné, sans doute par calcul,
dans le même sens, la grosse duchesse avait cru devoir présenter à sa bru «des
exhortations d’économie et d’honnêteté pour ses parents». Louise-Félicité lui avait
répondu un peu vivement. Et sa belle-mère s’était efforcée de calmer ce semblant
d’irritation s’adressant aussi bien à son intervention personnelle qu’aux observations
de Mᵐᵉ de Maurepas: «C’est par amitié qu’on se plaint de vous. Ce qui doit vous
occuper et conduire votre marche, est ce qui plaît à votre mari, et lui convient. C’est
cause du roi de Pologne Stanislas; elle tenait à payer à la fille la dette de
reconnaissance qu’elle avait contractée envers le père. Si, en raison des exigences du
protocole et de la tyrannie de l’étiquette, il lui fut d’abord impossible d’attacher
directement à sa personne Mᵐᵉ d’Agénois, elle lui fit assurer une pension honorable
sur la cassette royale et favorisa de toute son influence (hélas! bien restreinte)
l’accession de la jeune femme aux emplois et dignités de la cour. Le 21 septembre
1742, alors que la duchesse d’Agénois était une des «six dames du deuil de la
duchesse de Mazarin», le roi «fit envoyer chez elle un de ses gentilshommes[23]». A
un an de distance[24] la fatalité voulut (que de larmes coûtaient de tels honneurs!) que
Mᵐᵉ d’Agénois «fût à la présentation de Mᵐᵉ de la Tournelle comme duchesse de
Châteauroux»; elle était «parmi les huit dames dont cinq assises»; et sa belle-mère, la
duchesse d’Aiguillon, était également du nombre.
Mais, en dehors de cette vie officielle, Mᵐᵉ d’Agénois était du cercle de la reine;
admise dans l’intimité de la princesse et l’une de ses plus chères favorites, elle garda
toujours, comme nous le verrons plus tard par sa correspondance, un souvenir
attendri de Marie Lesczinska. Elle devait vouer la même gratitude à la mémoire de sa
belle-mère Mᵐᵉ d’Aiguillon, la grosse duchesse, la bonne duchesse, comme on
l’appelait encore dans le salon de Mᵐᵉ Du Deffand.
«Mon arrivée dans cette maison[25], écrit-elle de Paris, le 27 août 1772, a
renouvelé l’horreur de la perte que j’ai faite (la duchesse douairière était morte le 15
juin); j’étais accoutumée que, quand je revenais, la première personne que je voyais,
c’était ma malheureuse belle-mère.»
Et à quelques mois de là (6 décembre 1772), elle parle encore avec émotion de la
bonne duchesse, «qu’elle n’aurait ni plus aimée, ni plus respectée, quand elle aurait
été sa propre mère».
C’était justice. Car l’excellente femme qu’était la douairière avait su, dans les
circonstances les plus difficiles, conserver l’estime et l’affection de tous, sans rien
abdiquer de ses croyances, ni se soustraire à ses devoirs. Née Crussol, elle avait
épousé le duc d’Aiguillon, personnage «de la première distinction», mais le plus
insignifiant, le plus nul des hommes. Tout son orgueil d’épouse s’était alors confondu
avec ses espérances de mère. Et désormais elle ne vécut que par son fils, ce séduisant
gentilhomme qui avait si brillamment débuté à la cour.
Elle a pour lui une admiration qui fait sourire. Mᵐᵉ de Maurepas s’étant plaint de
voir trop rarement sa nièce, et le duc d’Agénois ayant opiné, sans doute par calcul,
dans le même sens, la grosse duchesse avait cru devoir présenter à sa bru «des
exhortations d’économie et d’honnêteté pour ses parents». Louise-Félicité lui avait
répondu un peu vivement. Et sa belle-mère s’était efforcée de calmer ce semblant
d’irritation s’adressant aussi bien à son intervention personnelle qu’aux observations
de Mᵐᵉ de Maurepas: «C’est par amitié qu’on se plaint de vous. Ce qui doit vous
occuper et conduire votre marche, est ce qui plaît à votre mari, et lui convient. C’est
Page 22
le devoir d’une femme en général, mais bien avec lui qui est un Caton et qui pourrait
gouverner père, mère, et toute la famille, et jusqu’aux cousins![26]»
D’Agénois, un Caton! C’était un peu excessif. Mais pourquoi ce mouvement
d’humeur chez la jeune femme? Toute sa vie, elle fut pour sa tante une nièce
respectueuse et même dévouée. Mais il semble qu’elle éprouvât vis-à-vis d’elle une
certaine gêne, et même quelque froideur. L’insistance de son mari avait-elle fait
ombrage à ses sentiments de délicatesse? Il y eut certainement dans les rapports de la
nièce avec la tante un de ces mystères du cœur féminin dont il est souvent impossible
de découvrir la clef.
La douairière d’Aiguillon s’était prise d’une tendresse sincère pour sa bru,
compagne aimante et fidèle de son fils, qui méritait mieux que les regards distraits et
l’affection intermittente de son mari, mais qui avait l’âme assez haute pour ne jamais
se plaindre. Et cependant Mᵐᵉ d’Aiguillon avait pénétré les secrètes douleurs de Mᵐᵉ
d’Agénois. Elle ne l’en aima que plus tendrement, la consolant sans en avoir reçu les
confidences, la réconfortant toutefois, si elle voyait fléchir une énergie qui n’accusait
personne de son découragement.
—Eh! si la vie est sans attrait pour vous, lui écrivait-elle[27], pour qui peut-elle
avoir des charmes?
Ce billet date de 1760. Et nous connaîtrons bientôt la cause probable de cette
tendance à la mélancolie que ne laisse certes pas supposer la correspondance
adressée au chevalier de Balleroy.
D’autre part, les Mémoires de Luynes nous disent assez avec quelle ardeur la
bonne duchesse, trop heureuse de servir les intentions de la reine, s’employait à la
fortune de Mᵐᵉ d’Agénois:
Mai 1744.—«Mᵐᵉ d’Aiguillon sollicitait le maréchal de Richelieu pour que sa
belle-fille pût être attachée à la Dauphine; et M. de Richelieu lui répondit en badinant
que la nièce de deux ministres n’avait pas besoin de protections.»
Enfin, le 2 mars 1748, la reine obtenait gain de cause et Mᵐᵉ d’Agénois «était
présentée comme nouvelle dame du palais».
gouverner père, mère, et toute la famille, et jusqu’aux cousins![26]»
D’Agénois, un Caton! C’était un peu excessif. Mais pourquoi ce mouvement
d’humeur chez la jeune femme? Toute sa vie, elle fut pour sa tante une nièce
respectueuse et même dévouée. Mais il semble qu’elle éprouvât vis-à-vis d’elle une
certaine gêne, et même quelque froideur. L’insistance de son mari avait-elle fait
ombrage à ses sentiments de délicatesse? Il y eut certainement dans les rapports de la
nièce avec la tante un de ces mystères du cœur féminin dont il est souvent impossible
de découvrir la clef.
La douairière d’Aiguillon s’était prise d’une tendresse sincère pour sa bru,
compagne aimante et fidèle de son fils, qui méritait mieux que les regards distraits et
l’affection intermittente de son mari, mais qui avait l’âme assez haute pour ne jamais
se plaindre. Et cependant Mᵐᵉ d’Aiguillon avait pénétré les secrètes douleurs de Mᵐᵉ
d’Agénois. Elle ne l’en aima que plus tendrement, la consolant sans en avoir reçu les
confidences, la réconfortant toutefois, si elle voyait fléchir une énergie qui n’accusait
personne de son découragement.
—Eh! si la vie est sans attrait pour vous, lui écrivait-elle[27], pour qui peut-elle
avoir des charmes?
Ce billet date de 1760. Et nous connaîtrons bientôt la cause probable de cette
tendance à la mélancolie que ne laisse certes pas supposer la correspondance
adressée au chevalier de Balleroy.
D’autre part, les Mémoires de Luynes nous disent assez avec quelle ardeur la
bonne duchesse, trop heureuse de servir les intentions de la reine, s’employait à la
fortune de Mᵐᵉ d’Agénois:
Mai 1744.—«Mᵐᵉ d’Aiguillon sollicitait le maréchal de Richelieu pour que sa
belle-fille pût être attachée à la Dauphine; et M. de Richelieu lui répondit en badinant
que la nièce de deux ministres n’avait pas besoin de protections.»
Enfin, le 2 mars 1748, la reine obtenait gain de cause et Mᵐᵉ d’Agénois «était
présentée comme nouvelle dame du palais».
Page 23
III
Les maternités de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Débuts de la guerre de Sept Ans.—Bataille de
Saint-Cast en Bretagne.—Félicitations de Mᵐᵉ de Pompadour au vainqueur.—Flirt
de la Grande Marquise.—Maussaderie de d’Aiguillon.—Cavendish.—Les «fols de
Bretons».—D’Aiguillon eût préféré le Languedoc.—Le commencement des
«Affaires de Bretagne».
Le duc d’Agénois, ce bourreau des cœurs, trompait ouvertement et copieusement
sa femme; mais, à l’exemple de la plupart des grands seigneurs du XVIIIᵉ siècle, il
estimait qu’il devait à son nom et à la conservation de sa race, de ne pas oublier,
quand l’occasion s’en présentait, qu’il existait encore de par le monde une duchesse
d’Agénois. D’où les six maternités qu’eut à subir Louise-Félicité, pendant une
période de vingt années (1746-1765); nous disons subir, parce qu’elle eut encore ce
trait commun de ressemblance avec sa mère, qu’elle passa par des couches
particulièrement laborieuses qui mirent ses jours en péril. La naissance de son
premier enfant, une fille, Armande-Félicité, qui devait mourir en 1751, avait
provoqué une certaine émotion dans le monde médical; et ce ne fut pas la dernière.
L’accouchement était difficile, et Pérat, l’opérateur, avait fait venir un chirurgien
célèbre, Pujos, qui, contrairement à l’avis de son confrère, avait réussi à délivrer la
patiente par l’application du forceps. Or, les ennemis de Pérat prétendirent qu’en
raison de son âge, le bonhomme n’avait plus ni la tête, ni la force voulue pour
continuer son service à la Cour, d’autant qu’il était désigné pour accoucher la
Dauphine. Et Pérat, un très honnête homme, à qui la dévotion donnait des scrupules,
écrivit à Bouillon, Helvétius et La Peyronie, médecins et chirurgiens du roi, pour
décliner la mission qui lui était confiée. Il avouait humblement qu’il «s’était trompé à
la couche de la duchesse d’Agénois». Mais on ne voulut pas tenir compte à la Cour
de cette résignation si touchante, et on le maintint dans ses fonctions[28].
La duchesse d’Agénois s’était rétablie, non sans peine, d’une telle alerte,
lorsqu’on apprit, dans les premiers mois de 1747, sa nouvelle grossesse: «L’état où
elle avait été à sa dernière couche, écrit le duc de Luynes, faisait beaucoup craindre
pour celle-ci[29], d’autant plus que Mᵐᵉ de Plélo, sa mère, était toujours fort mal en
accouchante.» On en fut quitte cette fois pour la peur, et, le 20 décembre, Mᵐᵉ
d’Agénois donnait facilement naissance à une seconde fille[30], Innocente-Aglaë, qui
devait être un jour la marquise de Chabrillan.
Cependant, le jeune duc, après avoir guerroyé fort honorablement à l’étranger,
était rentré en France, dans le courant de février 1749; et, devenu duc d’Aiguillon par
la mort de son père, en 1750, avait été nommé successivement lieutenant général au
comté Nantais, et commandant en chef de Bretagne—province dont M. de
Penthièvre était le gouverneur.
Les maternités de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Débuts de la guerre de Sept Ans.—Bataille de
Saint-Cast en Bretagne.—Félicitations de Mᵐᵉ de Pompadour au vainqueur.—Flirt
de la Grande Marquise.—Maussaderie de d’Aiguillon.—Cavendish.—Les «fols de
Bretons».—D’Aiguillon eût préféré le Languedoc.—Le commencement des
«Affaires de Bretagne».
Le duc d’Agénois, ce bourreau des cœurs, trompait ouvertement et copieusement
sa femme; mais, à l’exemple de la plupart des grands seigneurs du XVIIIᵉ siècle, il
estimait qu’il devait à son nom et à la conservation de sa race, de ne pas oublier,
quand l’occasion s’en présentait, qu’il existait encore de par le monde une duchesse
d’Agénois. D’où les six maternités qu’eut à subir Louise-Félicité, pendant une
période de vingt années (1746-1765); nous disons subir, parce qu’elle eut encore ce
trait commun de ressemblance avec sa mère, qu’elle passa par des couches
particulièrement laborieuses qui mirent ses jours en péril. La naissance de son
premier enfant, une fille, Armande-Félicité, qui devait mourir en 1751, avait
provoqué une certaine émotion dans le monde médical; et ce ne fut pas la dernière.
L’accouchement était difficile, et Pérat, l’opérateur, avait fait venir un chirurgien
célèbre, Pujos, qui, contrairement à l’avis de son confrère, avait réussi à délivrer la
patiente par l’application du forceps. Or, les ennemis de Pérat prétendirent qu’en
raison de son âge, le bonhomme n’avait plus ni la tête, ni la force voulue pour
continuer son service à la Cour, d’autant qu’il était désigné pour accoucher la
Dauphine. Et Pérat, un très honnête homme, à qui la dévotion donnait des scrupules,
écrivit à Bouillon, Helvétius et La Peyronie, médecins et chirurgiens du roi, pour
décliner la mission qui lui était confiée. Il avouait humblement qu’il «s’était trompé à
la couche de la duchesse d’Agénois». Mais on ne voulut pas tenir compte à la Cour
de cette résignation si touchante, et on le maintint dans ses fonctions[28].
La duchesse d’Agénois s’était rétablie, non sans peine, d’une telle alerte,
lorsqu’on apprit, dans les premiers mois de 1747, sa nouvelle grossesse: «L’état où
elle avait été à sa dernière couche, écrit le duc de Luynes, faisait beaucoup craindre
pour celle-ci[29], d’autant plus que Mᵐᵉ de Plélo, sa mère, était toujours fort mal en
accouchante.» On en fut quitte cette fois pour la peur, et, le 20 décembre, Mᵐᵉ
d’Agénois donnait facilement naissance à une seconde fille[30], Innocente-Aglaë, qui
devait être un jour la marquise de Chabrillan.
Cependant, le jeune duc, après avoir guerroyé fort honorablement à l’étranger,
était rentré en France, dans le courant de février 1749; et, devenu duc d’Aiguillon par
la mort de son père, en 1750, avait été nommé successivement lieutenant général au
comté Nantais, et commandant en chef de Bretagne—province dont M. de
Penthièvre était le gouverneur.
Page 24
De cette époque date l’ascension[31], lente, mais sûre, aux premières dignités de
l’État, de cet homme que la tourbe de ses ennemis, grossissant à mesure qu’il
s’élevait, nommait un «courtisan noir et profond».
La cause déterminante d’une faveur, si jalousée, fut le rôle décisif joué par
d’Aiguillon, en Bretagne, au commencement de cette guerre de Sept Ans, dont
l’issue devait être désastreuse pour la fortune et l’honneur de la France. Et, ici
encore, le cœur de la jeune duchesse eut peut-être à souffrir d’une profonde et
cuisante blessure. Car, si le triomphe du nouveau commandant de Bretagne sur les
armes anglaises fut mis à cette époque en pleine et belle lumière, ce fut grâce à la
marquise de Pompadour qui s’était prise d’un vif et tendre enthousiasme pour le
vainqueur.
Est-ce l’explication de la lettre, datée de 1760, où la jeune duchesse confiait à sa
belle-mère que «la vie était pour elle sans attrait»?
La suite de ce récit dira si notre hypothèse est fondée, si Mᵐᵉ d’Aiguillon était en
droit de reprocher à son mari—et jamais, que nous sachions, le grief n’est sorti de sa
bouche—de nouveaux torts et de graves infidélités.
On sait quelle fut une des causes principales de la guerre de Sept Ans[32]: la haine
irréductible de Mᵐᵉ de Pompadour contre Frédéric II qui avait cyniquement raillé
l’influence de la maîtresse du roi dans les conseils du prince et sa participation aux
affaires de l’État. La Grande Marquise voulut prouver à l’insolent monarque qu’il
avait deviné juste, en alliant la France à l’Autriche contre la Prusse et l’Angleterre.
Ce fut sa guerre à elle; et ce furent ses plus chers favoris, les hommes d’État ou les
généraux qui s’employèrent à servir sa cause, c’est-à-dire ses rancunes, pendant cette
période de sept années.
L’expédition, dirigée en 1758 par l’Angleterre contre les côtes de France, marqua
la première phase des hostilités. Une flotte considérable, qui avait embarqué un corps
d’armée de 15.000 hommes, cingla
l’État, de cet homme que la tourbe de ses ennemis, grossissant à mesure qu’il
s’élevait, nommait un «courtisan noir et profond».
La cause déterminante d’une faveur, si jalousée, fut le rôle décisif joué par
d’Aiguillon, en Bretagne, au commencement de cette guerre de Sept Ans, dont
l’issue devait être désastreuse pour la fortune et l’honneur de la France. Et, ici
encore, le cœur de la jeune duchesse eut peut-être à souffrir d’une profonde et
cuisante blessure. Car, si le triomphe du nouveau commandant de Bretagne sur les
armes anglaises fut mis à cette époque en pleine et belle lumière, ce fut grâce à la
marquise de Pompadour qui s’était prise d’un vif et tendre enthousiasme pour le
vainqueur.
Est-ce l’explication de la lettre, datée de 1760, où la jeune duchesse confiait à sa
belle-mère que «la vie était pour elle sans attrait»?
La suite de ce récit dira si notre hypothèse est fondée, si Mᵐᵉ d’Aiguillon était en
droit de reprocher à son mari—et jamais, que nous sachions, le grief n’est sorti de sa
bouche—de nouveaux torts et de graves infidélités.
On sait quelle fut une des causes principales de la guerre de Sept Ans[32]: la haine
irréductible de Mᵐᵉ de Pompadour contre Frédéric II qui avait cyniquement raillé
l’influence de la maîtresse du roi dans les conseils du prince et sa participation aux
affaires de l’État. La Grande Marquise voulut prouver à l’insolent monarque qu’il
avait deviné juste, en alliant la France à l’Autriche contre la Prusse et l’Angleterre.
Ce fut sa guerre à elle; et ce furent ses plus chers favoris, les hommes d’État ou les
généraux qui s’employèrent à servir sa cause, c’est-à-dire ses rancunes, pendant cette
période de sept années.
L’expédition, dirigée en 1758 par l’Angleterre contre les côtes de France, marqua
la première phase des hostilités. Une flotte considérable, qui avait embarqué un corps
d’armée de 15.000 hommes, cingla
Page 25
Le Duc d’Aiguillon
(Galerie du Marquis de Chabrillan)
vers la Normandie et la Bretagne, semant la terreur et la ruine sur son passage.
Cherbourg fut détruit et Saint-Malo bombardé: la flotte ennemie menaçait le littoral,
(Galerie du Marquis de Chabrillan)
vers la Normandie et la Bretagne, semant la terreur et la ruine sur son passage.
Cherbourg fut détruit et Saint-Malo bombardé: la flotte ennemie menaçait le littoral,
Page 26
du Havre à Brest. Enfin, elle débarqua, sur les Côtes-du-Nord, 13.000 hommes, qui
étaient à peine descendus à terre, qu’ils étaient aussitôt attaqués et battus à Saint-
Cast[33]. En effet, d’Aiguillon, accouru à leur rencontre, à la tête des miliciens
bretons, les avait enveloppés et culbutés, leur avait tué 3.000 hommes et fait 800
prisonniers, au nombre desquels se trouvait lord Cavendish, troisième fils du duc de
Devonshire. Le reste avait repris précipitamment la mer, sous la protection de la
flotte, qui avait dû assister, impuissante, à ce désastre.
Ce fut par toute la France un cri de triomphe, un élan de reconnaissance pour les
vaillants soldats qui avaient si bien défendu le sol de la patrie, pour le chef et pour les
officiers qui les avaient si valeureusement conduits à la victoire. Des estampes furent
gravées qui représentaient le commandant à Saint-Cast, et des médailles
commémoratives de ce haut fait d’armes furent frappées aux frais des Etats de
Bretagne; enfin d’Aiguillon recevait de la marquise de Pompadour la lettre suivante:
«C’est avec bien du regret, Monsieur, que je ne vous ai pas dit tout ce que je
pensais, avant-hier, sur la gloire dont vous venez de vous couvrir; mais ma tête était
si douloureuse que je n’eus de force que pour vous dire un mot.
«Nous avons chanté aujourd’hui votre Te Deum, et je vous assure que ç’a été avec
la plus grande satisfaction; j’avais prédit vos succès et, en effet, comment était-il
possible qu’avec autant de zèle, d’intelligence, une tête aussi froide et des troupes
qui brûlaient, ainsi que leur chef, de venger le roi, vous ne fussiez pas vainqueur?
Cela ne se pouvait pas. Un petit billet, que je vous ai écrit avant votre brillante
journée, a dû vous faire connaître ma façon de penser pour vous et la justice dont je
fais profession. Dites-moi, je vous prie, actuellement, si vous êtes bien fâché contre
moi de n’avoir pas cédé à vos instances et aux belles raisons que vous m’avez
contées. Elles ne valaient rien dans le temps; et je les trouverais encore plus
détestables aujourd’hui. Un autre n’aurait pas fait aussi bien que vous; je serais dans
la douleur au lieu d’être dans la joie. Vous seriez perdu et il y aurait bien de quoi.
Osez dire maintenant que ma tête ne vaut pas mieux que la vôtre, je vous en
défie[34].»
Cette lettre, si affectueuse, vibre en même temps comme une fanfare. Elle célèbre
la gloire d’un brillant protégé; mais il s’y mêle des accents de doux reproche.
Vraisemblablement, grâce à l’entremise de Richelieu qui avait tant de droits à la
bienveillance de la marquise, celle-ci s’était intéressée au nouveau duc d’Aiguillon et
l’avait fait nommer au commandement de Bretagne, d’autant que par sa femme, une
Plélo, il pouvait y prétendre, sans que cette grâce fût taxée de favoritisme. Mais les
Bretons étaient gens peu maniables, têtus et violents: d’Aiguillon ne s’en était que
trop aperçu et il est probable qu’avant l’affaire de Saint-Cast il s’était déjà adressé à
Mᵐᵉ de Pompadour pour être relevé d’un commandement de gestion si difficile. D’où
l’allusion de ton si amical qui perce dans les dernières lignes de la lettre, et le petit
air de bravoure qui la termine de si gentille façon.
étaient à peine descendus à terre, qu’ils étaient aussitôt attaqués et battus à Saint-
Cast[33]. En effet, d’Aiguillon, accouru à leur rencontre, à la tête des miliciens
bretons, les avait enveloppés et culbutés, leur avait tué 3.000 hommes et fait 800
prisonniers, au nombre desquels se trouvait lord Cavendish, troisième fils du duc de
Devonshire. Le reste avait repris précipitamment la mer, sous la protection de la
flotte, qui avait dû assister, impuissante, à ce désastre.
Ce fut par toute la France un cri de triomphe, un élan de reconnaissance pour les
vaillants soldats qui avaient si bien défendu le sol de la patrie, pour le chef et pour les
officiers qui les avaient si valeureusement conduits à la victoire. Des estampes furent
gravées qui représentaient le commandant à Saint-Cast, et des médailles
commémoratives de ce haut fait d’armes furent frappées aux frais des Etats de
Bretagne; enfin d’Aiguillon recevait de la marquise de Pompadour la lettre suivante:
«C’est avec bien du regret, Monsieur, que je ne vous ai pas dit tout ce que je
pensais, avant-hier, sur la gloire dont vous venez de vous couvrir; mais ma tête était
si douloureuse que je n’eus de force que pour vous dire un mot.
«Nous avons chanté aujourd’hui votre Te Deum, et je vous assure que ç’a été avec
la plus grande satisfaction; j’avais prédit vos succès et, en effet, comment était-il
possible qu’avec autant de zèle, d’intelligence, une tête aussi froide et des troupes
qui brûlaient, ainsi que leur chef, de venger le roi, vous ne fussiez pas vainqueur?
Cela ne se pouvait pas. Un petit billet, que je vous ai écrit avant votre brillante
journée, a dû vous faire connaître ma façon de penser pour vous et la justice dont je
fais profession. Dites-moi, je vous prie, actuellement, si vous êtes bien fâché contre
moi de n’avoir pas cédé à vos instances et aux belles raisons que vous m’avez
contées. Elles ne valaient rien dans le temps; et je les trouverais encore plus
détestables aujourd’hui. Un autre n’aurait pas fait aussi bien que vous; je serais dans
la douleur au lieu d’être dans la joie. Vous seriez perdu et il y aurait bien de quoi.
Osez dire maintenant que ma tête ne vaut pas mieux que la vôtre, je vous en
défie[34].»
Cette lettre, si affectueuse, vibre en même temps comme une fanfare. Elle célèbre
la gloire d’un brillant protégé; mais il s’y mêle des accents de doux reproche.
Vraisemblablement, grâce à l’entremise de Richelieu qui avait tant de droits à la
bienveillance de la marquise, celle-ci s’était intéressée au nouveau duc d’Aiguillon et
l’avait fait nommer au commandement de Bretagne, d’autant que par sa femme, une
Plélo, il pouvait y prétendre, sans que cette grâce fût taxée de favoritisme. Mais les
Bretons étaient gens peu maniables, têtus et violents: d’Aiguillon ne s’en était que
trop aperçu et il est probable qu’avant l’affaire de Saint-Cast il s’était déjà adressé à
Mᵐᵉ de Pompadour pour être relevé d’un commandement de gestion si difficile. D’où
l’allusion de ton si amical qui perce dans les dernières lignes de la lettre, et le petit
air de bravoure qui la termine de si gentille façon.
Page 27
Cette aimable familiarité se continue dans les billets suivants. La marquise,
suivant l’habitude qu’elle a prise avec ses entours, donne à son correspondant un
surnom, celui de M. de Cavendish, qui rappelle la capture faite par d’Aiguillon à
Saint-Cast. Le billet du 25 septembre 1758 est caractéristique. Elle lutte de
délicatesse avec le commandant de Bretagne: celui-ci avait «sollicité des grâces»
pour ses compagnons d’armes, le marquis de Balleroy entre autres, qui fut un des
héros de la journée. Mais Mᵐᵉ de Pompadour n’entend intervenir que pour
d’Aiguillon, qui d’ailleurs sera nommé lieutenant général. Bientôt la conversation
tourne au flirt, ainsi qu’on appelle aujourd’hui le galant badinage si prompt, en
maintes circonstances, à changer de voie.
«Vous voulez donc, absolument, écrit la marquise, que je compte sur votre cœur,
mais vraiment je ne me ferai pas une grande violence pour désirer que vous soyiez
capable d’une amitié digne de celle que je suis très disposée à avoir pour vous.»
C’est du Marivaux et du meilleur. Mais, au diapason atteint déjà par le dialogue,
ne semble-t-il pas qu’il doive en sortir l’aveu d’un sentiment plus tendre que
l’amitié; et n’est-on pas autorisé, de ce fait, à rechercher quelle était et quelle fut par
la suite la nature des relations qui s’établirent entre le duc d’Aiguillon et la marquise
de Pompadour[35]?
Or, la plus intelligente des maîtresses de Louis XV en fut aussi la moins
passionnée. Elle en convenait d’ailleurs elle-même, puisqu’elle disait qu’elle avait un
tempérament de «macreuse»[36]. Et quoique en aient prétendu des pamphlétaires, aux
gages de rivales plus ou moins agréées, il n’a jamais été prouvé que Mᵐᵉ de
Pompadour, pendant son règne, ait honoré tel ou tel de ses faveurs, le maréchal de
Richelieu, par exemple, ou même le duc de Choiseul. On a parlé moins encore de M.
d’Aiguillon.
Mais si, chez la marquise, les sens étaient en léthargie, le cerveau, par contre,
était toujours en ébullition. Elle avait une grande activité d’esprit; elle adorait la
politique, qui était alors un jeu d’intrigues, comme les grandes coquettes du théâtre
de ce temps se plaisaient aux intrigues qui sont la politique de l’amour. Mᵐᵉ de
Pompadour avait de plus infiniment de charme et savait employer le trésor de ses
séductions à se constituer une petite cour de fidèles, d’alliés et d’amis, dévoués à sa
fortune qui était en même temps la leur. Aussi, dans ses relations avec ceux qu’elle
distinguait plus particulièrement, jouait-elle à merveille de ce sentiment qu’un de nos
modernes a si bien dénommé amitié amoureuse et qui devait donner aux familiers de
la marquise des espérances suivies, hélas! de promptes désillusions.
A notre avis, les lettres ou billets de Mᵐᵉ de Pompadour au duc d’Aiguillon sont
écrits sous l’inspiration de l’amitié amoureuse, en cette langue spirituelle, un peu
subtile, légèrement maniérée, d’allure indépendante et de ton plaisant, qui caractérise
la correspondance de cette femme supérieure.
suivant l’habitude qu’elle a prise avec ses entours, donne à son correspondant un
surnom, celui de M. de Cavendish, qui rappelle la capture faite par d’Aiguillon à
Saint-Cast. Le billet du 25 septembre 1758 est caractéristique. Elle lutte de
délicatesse avec le commandant de Bretagne: celui-ci avait «sollicité des grâces»
pour ses compagnons d’armes, le marquis de Balleroy entre autres, qui fut un des
héros de la journée. Mais Mᵐᵉ de Pompadour n’entend intervenir que pour
d’Aiguillon, qui d’ailleurs sera nommé lieutenant général. Bientôt la conversation
tourne au flirt, ainsi qu’on appelle aujourd’hui le galant badinage si prompt, en
maintes circonstances, à changer de voie.
«Vous voulez donc, absolument, écrit la marquise, que je compte sur votre cœur,
mais vraiment je ne me ferai pas une grande violence pour désirer que vous soyiez
capable d’une amitié digne de celle que je suis très disposée à avoir pour vous.»
C’est du Marivaux et du meilleur. Mais, au diapason atteint déjà par le dialogue,
ne semble-t-il pas qu’il doive en sortir l’aveu d’un sentiment plus tendre que
l’amitié; et n’est-on pas autorisé, de ce fait, à rechercher quelle était et quelle fut par
la suite la nature des relations qui s’établirent entre le duc d’Aiguillon et la marquise
de Pompadour[35]?
Or, la plus intelligente des maîtresses de Louis XV en fut aussi la moins
passionnée. Elle en convenait d’ailleurs elle-même, puisqu’elle disait qu’elle avait un
tempérament de «macreuse»[36]. Et quoique en aient prétendu des pamphlétaires, aux
gages de rivales plus ou moins agréées, il n’a jamais été prouvé que Mᵐᵉ de
Pompadour, pendant son règne, ait honoré tel ou tel de ses faveurs, le maréchal de
Richelieu, par exemple, ou même le duc de Choiseul. On a parlé moins encore de M.
d’Aiguillon.
Mais si, chez la marquise, les sens étaient en léthargie, le cerveau, par contre,
était toujours en ébullition. Elle avait une grande activité d’esprit; elle adorait la
politique, qui était alors un jeu d’intrigues, comme les grandes coquettes du théâtre
de ce temps se plaisaient aux intrigues qui sont la politique de l’amour. Mᵐᵉ de
Pompadour avait de plus infiniment de charme et savait employer le trésor de ses
séductions à se constituer une petite cour de fidèles, d’alliés et d’amis, dévoués à sa
fortune qui était en même temps la leur. Aussi, dans ses relations avec ceux qu’elle
distinguait plus particulièrement, jouait-elle à merveille de ce sentiment qu’un de nos
modernes a si bien dénommé amitié amoureuse et qui devait donner aux familiers de
la marquise des espérances suivies, hélas! de promptes désillusions.
A notre avis, les lettres ou billets de Mᵐᵉ de Pompadour au duc d’Aiguillon sont
écrits sous l’inspiration de l’amitié amoureuse, en cette langue spirituelle, un peu
subtile, légèrement maniérée, d’allure indépendante et de ton plaisant, qui caractérise
la correspondance de cette femme supérieure.
Page 28
Mᵐᵉ d’Aiguillon ne s’y trouve pas oubliée: elle reçut même une lettre de la
marquise qui la félicitait du succès retentissant de son mari. Mais eut-elle jamais
connaissance des missives où l’expression un peu vive de la pensée pouvait lui
suggérer de fâcheuses interprétations?
Cependant, tout en échangeant de la quintessence de sentiment avec le vainqueur
de Saint-Cast, Mᵐᵉ de Pompadour ne perdait pas de vue la direction d’une guerre
dont les résultats, du moins l’espérait-elle, devaient la venger de l’outrage reçu. Et
pour mieux y inciter d’Aiguillon, elle le couvrait de fleurs: elle le reconnaissait
«citoyen, sujet zélé et éclairé, et une petite tête très bonne dans ce moment, dont elle
disait tous les biens du monde parce qu’elle les pensait».
Dans une autre lettre[37], elle le remerciait de «chercher des ressources pour nos
affaires». Le premier éditeur de cette correspondance croit voir dans la phrase qui
précède (et nous partageons son avis) une allusion aux préparatifs d’une descente en
Angleterre, pour laquelle d’Aiguillon réunissait secrètement à Vannes une armée et
des moyens de transport. Mais pourquoi faut-il que de tout temps l’argent soit le nerf
de la guerre? Et la vindicative marquise de s’écrier douloureusement: «Où trouver les
quarante millions?» Le Trésor français n’a que trop connu de telles impossibilités.
Néanmoins, à dix mois de là, alors que d’Aiguillon est encore à Vannes (il avait été
désigné pour commander l’expédition)[38], Mᵐᵉ de Pompadour lui écrit une lettre des
plus réconfortantes. Elle a vu le contrôleur général, Bertin, qui lui a «donné de
l’espérance sur notre projet», d’autant que «celui que va exécuter la marine est
grand».
Autant de rêves qu’une réalité cruelle se chargea de dissiper. Le projet de
descente sur la côte anglaise fut abandonné; et la marine française subit dans cette
funeste guerre des échecs dont elle ne put se relever.
Que le duc d’Aiguillon ait été ambitieux et, à ce titre, dépourvu de scrupules,
comme d’ailleurs tous les hommes d’Etat soucieux de parvenir, rien n’est moins
contestable; mais que, pour donner libre cours à ses aspirations politiques, il ait été
précisément choisir la Bretagne comme champ d’expérience, la seule lecture de la
correspondance à laquelle nous avons déjà fait divers emprunts, démontrerait, de
reste, l’inanité d’une telle hypothèse.
Que de fois, au contraire, d’Aiguillon, parlant du commandement de Bretagne à
sa protectrice, dut lui écrire: Détournez de moi ce calice d’amertume! Car Mᵐᵉ de
Pompadour ne cesse de le morigéner sur ce chapitre, tout en s’excusant de la liberté
grande:
«... J’ai osé vous dire qu’avec les meilleures et les plus grandes qualités vous
aviez une petite tête qui s’échauffait vite!... Vous voulez quitter la Bretagne, belle
folie qui vous passe par la tête!... Souvenez-vous bien que si vous aviez suivi votre
premier mouvement, vous ne seriez pas Cavendish... Ah! fi, je rougis de vous voir
moins de courage que moi. Vous avez le désagrément de votre petit commandement
marquise qui la félicitait du succès retentissant de son mari. Mais eut-elle jamais
connaissance des missives où l’expression un peu vive de la pensée pouvait lui
suggérer de fâcheuses interprétations?
Cependant, tout en échangeant de la quintessence de sentiment avec le vainqueur
de Saint-Cast, Mᵐᵉ de Pompadour ne perdait pas de vue la direction d’une guerre
dont les résultats, du moins l’espérait-elle, devaient la venger de l’outrage reçu. Et
pour mieux y inciter d’Aiguillon, elle le couvrait de fleurs: elle le reconnaissait
«citoyen, sujet zélé et éclairé, et une petite tête très bonne dans ce moment, dont elle
disait tous les biens du monde parce qu’elle les pensait».
Dans une autre lettre[37], elle le remerciait de «chercher des ressources pour nos
affaires». Le premier éditeur de cette correspondance croit voir dans la phrase qui
précède (et nous partageons son avis) une allusion aux préparatifs d’une descente en
Angleterre, pour laquelle d’Aiguillon réunissait secrètement à Vannes une armée et
des moyens de transport. Mais pourquoi faut-il que de tout temps l’argent soit le nerf
de la guerre? Et la vindicative marquise de s’écrier douloureusement: «Où trouver les
quarante millions?» Le Trésor français n’a que trop connu de telles impossibilités.
Néanmoins, à dix mois de là, alors que d’Aiguillon est encore à Vannes (il avait été
désigné pour commander l’expédition)[38], Mᵐᵉ de Pompadour lui écrit une lettre des
plus réconfortantes. Elle a vu le contrôleur général, Bertin, qui lui a «donné de
l’espérance sur notre projet», d’autant que «celui que va exécuter la marine est
grand».
Autant de rêves qu’une réalité cruelle se chargea de dissiper. Le projet de
descente sur la côte anglaise fut abandonné; et la marine française subit dans cette
funeste guerre des échecs dont elle ne put se relever.
Que le duc d’Aiguillon ait été ambitieux et, à ce titre, dépourvu de scrupules,
comme d’ailleurs tous les hommes d’Etat soucieux de parvenir, rien n’est moins
contestable; mais que, pour donner libre cours à ses aspirations politiques, il ait été
précisément choisir la Bretagne comme champ d’expérience, la seule lecture de la
correspondance à laquelle nous avons déjà fait divers emprunts, démontrerait, de
reste, l’inanité d’une telle hypothèse.
Que de fois, au contraire, d’Aiguillon, parlant du commandement de Bretagne à
sa protectrice, dut lui écrire: Détournez de moi ce calice d’amertume! Car Mᵐᵉ de
Pompadour ne cesse de le morigéner sur ce chapitre, tout en s’excusant de la liberté
grande:
«... J’ai osé vous dire qu’avec les meilleures et les plus grandes qualités vous
aviez une petite tête qui s’échauffait vite!... Vous voulez quitter la Bretagne, belle
folie qui vous passe par la tête!... Souvenez-vous bien que si vous aviez suivi votre
premier mouvement, vous ne seriez pas Cavendish... Ah! fi, je rougis de vous voir
moins de courage que moi. Vous avez le désagrément de votre petit commandement
Page 29
et moi ceux de toutes les administrations, puisqu’il n’est point de ministre qui ne
vienne me conter ses chagrins![39]»
Les parlements sont en révolte contre l’autorité royale et d’Aiguillon s’en irrite,
d’autant que celui de Bretagne lui a déjà donné de la tablature: «Le projet
d’arrangement de M. de Choiseul, adopté par le Conseil, écrit la marquise, m’a fait le
plus grand plaisir, parce qu’il nous donne le moyen de nous passer de ces indignes
citoyens qui abusent des besoins de l’Etat pour faire faire à leur maître des actes de
faiblesse. Il ne faut pas songer à quitter pendant la guerre ces fols de Bretons;
cherchez cependant qui pourra vous remplacer, je n’ai personne en vue...[40]»
D’Aiguillon devait donc rester à son poste; cette contrainte l’exaspérait et la
marquise recevait les éclaboussures de sa méchante humeur. Aussi ne lui épargne-t-
elle pas les reproches, mais toujours avec enjouement. Pourquoi «monte-t-il sur ses
grands chevaux» pour une inoffensive plaisanterie? Et voudrait-il la «pouiller»,
comme il l’a fait pour le contrôleur général; mais, qu’il prenne garde; elle n’est pas
«si douce» que ce ministre; et «s’ensuivrait que nous nous battrions et que j’aurais
peut-être la tête cassée[41]». Son protégé eût échangé volontiers le gouvernement de
Bretagne contre celui où se trouvait son domaine patrimonial d’Aiguillon; et
cependant, après la mort de son père, il n’avait guère eu à se louer du «corps de ville
d’Agen et de Condom» qui, lors de «son entrée dans son fief, s’étaient distingués par
leurs mauvaises façons, en voulant lui refuser les mêmes honneurs rendus en 1642, à
la duchesse d’Aiguillon, nièce du grand cardinal[42]. Il est vrai que le nouveau duc
avait exigé et obtenu ce cérémonial pour contenir les républicains du pays[43]». Mais
Mᵐᵉ de Pompadour lui dit positivement de ne pas compter sur le gouvernement de
son choix, en lui laissant toutefois cette fiche de consolation: «Il faudra bien vous
débarrasser de votre Bretagne, si elle vous chagrine trop».
Elle le chagrinait si bien qu’en 1761 il voulait donner sa démission. Et Mᵐᵉ de
Pompadour de l’admonester vivement, mais comme on gronde un enfant gâté:
«L’âme de M. d’Aiguillon doit être au-dessus de pareilles misères et n’avoir pour but
que l’utilité dont il peut être à son maître... Je suis fâchée, mais très fâchée contre
vous. La petite tête dont je vous parlais, le jour de votre départ, a joué un trop grand
rôle... Je ne sais quand je vous pardonnerai: vous mériteriez bien que je ne
m’intéresse pas à vous. Bonsoir, Monsieur, rancune tenante, et très fort.[44]»
Et «la rancune» tenait si peu que, quelque temps après, la marquise, sortant d’une
de ces poussées de tuberculose qui devait bientôt l’emporter, écrivait gaîment à cet
ami naturellement grincheux et maussade: «Réjouissez-vous, monsieur de
Cavendish, je ne suis pas morte et (malgré votre méchant petit cœur) je veux me
flatter que vous n’en êtes pas fâché...»
Ce qui ressort de ce gracieux caquetage, c’est que d’Aiguillon, à peine arrivé en
Bretagne, y jouait déjà le rôle du commandant malgré lui. Par conséquent, les
vienne me conter ses chagrins![39]»
Les parlements sont en révolte contre l’autorité royale et d’Aiguillon s’en irrite,
d’autant que celui de Bretagne lui a déjà donné de la tablature: «Le projet
d’arrangement de M. de Choiseul, adopté par le Conseil, écrit la marquise, m’a fait le
plus grand plaisir, parce qu’il nous donne le moyen de nous passer de ces indignes
citoyens qui abusent des besoins de l’Etat pour faire faire à leur maître des actes de
faiblesse. Il ne faut pas songer à quitter pendant la guerre ces fols de Bretons;
cherchez cependant qui pourra vous remplacer, je n’ai personne en vue...[40]»
D’Aiguillon devait donc rester à son poste; cette contrainte l’exaspérait et la
marquise recevait les éclaboussures de sa méchante humeur. Aussi ne lui épargne-t-
elle pas les reproches, mais toujours avec enjouement. Pourquoi «monte-t-il sur ses
grands chevaux» pour une inoffensive plaisanterie? Et voudrait-il la «pouiller»,
comme il l’a fait pour le contrôleur général; mais, qu’il prenne garde; elle n’est pas
«si douce» que ce ministre; et «s’ensuivrait que nous nous battrions et que j’aurais
peut-être la tête cassée[41]». Son protégé eût échangé volontiers le gouvernement de
Bretagne contre celui où se trouvait son domaine patrimonial d’Aiguillon; et
cependant, après la mort de son père, il n’avait guère eu à se louer du «corps de ville
d’Agen et de Condom» qui, lors de «son entrée dans son fief, s’étaient distingués par
leurs mauvaises façons, en voulant lui refuser les mêmes honneurs rendus en 1642, à
la duchesse d’Aiguillon, nièce du grand cardinal[42]. Il est vrai que le nouveau duc
avait exigé et obtenu ce cérémonial pour contenir les républicains du pays[43]». Mais
Mᵐᵉ de Pompadour lui dit positivement de ne pas compter sur le gouvernement de
son choix, en lui laissant toutefois cette fiche de consolation: «Il faudra bien vous
débarrasser de votre Bretagne, si elle vous chagrine trop».
Elle le chagrinait si bien qu’en 1761 il voulait donner sa démission. Et Mᵐᵉ de
Pompadour de l’admonester vivement, mais comme on gronde un enfant gâté:
«L’âme de M. d’Aiguillon doit être au-dessus de pareilles misères et n’avoir pour but
que l’utilité dont il peut être à son maître... Je suis fâchée, mais très fâchée contre
vous. La petite tête dont je vous parlais, le jour de votre départ, a joué un trop grand
rôle... Je ne sais quand je vous pardonnerai: vous mériteriez bien que je ne
m’intéresse pas à vous. Bonsoir, Monsieur, rancune tenante, et très fort.[44]»
Et «la rancune» tenait si peu que, quelque temps après, la marquise, sortant d’une
de ces poussées de tuberculose qui devait bientôt l’emporter, écrivait gaîment à cet
ami naturellement grincheux et maussade: «Réjouissez-vous, monsieur de
Cavendish, je ne suis pas morte et (malgré votre méchant petit cœur) je veux me
flatter que vous n’en êtes pas fâché...»
Ce qui ressort de ce gracieux caquetage, c’est que d’Aiguillon, à peine arrivé en
Bretagne, y jouait déjà le rôle du commandant malgré lui. Par conséquent, les
Page 30
premières années de son principat, si calmes, si belles, si heureuses, dont parlent
plusieurs historiens, furent peut-être l’âge d’or pour les Bretons, mais nullement pour
leur gouverneur. En effet, ils l’avaient pris en telle affection que les députés des États
vinrent, de leur part, solliciter l’honneur—Mᵐᵉ d’Aiguillon se trouvant sur la fin
d’une grossesse—de tenir l’enfant, s’il était mâle, sur les fonts baptismaux. Mais
l’enfant mourut avant terme. Et les députés recommencèrent leur démarche en 1764,
lors d’une nouvelle grossesse de Mᵐᵉ d’Aiguillon: la couche, cette fois, fut heureuse;
seulement ce fut une fille, Agathe-Rosalie, le sixième et dernier enfant de la
duchesse, qui naquit en 1765 et qui devait mourir en 1770. En somme, la Bretagne
avait eu à cœur de donner un témoignage solennel de sa reconnaissance[45] à
l’homme qui lui rendait chaque jour de nouveaux services, par son administration
éclairée et paternelle, s’efforçant d’importer en France les grains de la province,
défrichant les landes, ouvrant des canaux et jusqu’à huit cent lieues de voies de
communication, alors qu’à la veille de son avènement, il n’y avait encore qu’une
seule route, celle de Rennes à Brest.
Donc la désaffection des Bretons pour leur commandant ne se produisit guère
qu’en 1765. Et la tempête qu’elle souleva ne resta pas circonscrite à la province; elle
gagna Paris, envahit toute la France et déborda même à l’étranger. On ne parla
bientôt plus que des Affaires de Bretagne et pendant combien d’années! Les
parlements, les ministres, le roi lui-même furent mêlés à une querelle
qu’envenimaient les plus violents factums et les plus mordants pamphlets. Toujours
très ardente, au moment où commence la correspondance que nous avons retrouvée
de Mᵐᵉ d’Aiguillon, la lutte s’était cependant déplacée et, comme nous l’avons dit,
généralisée. La duchesse y soutint énergiquement, d’après les rares témoignages que
nous en ont conservés ses contemporains, la cause de son mari. Ses lettres au
chevalier de Balleroy le prouvent également, et—particularité qu’il est intéressant de
relever—chaque fois qu’elles mettent en cause les Bretons, c’est pour apprécier leur
conduite dans les termes mêmes dont s’est servi Mᵐᵉ de Pompadour.
Aujourd’hui encore, les Affaires de Bretagne ont eu le privilège de réveiller des
polémiques qui se sont traduites, soit par des thèses ou par des livres spécialement
écrits sur ce sujet, soit par des discussions dans divers ouvrages consacrés à d’autres
études. Nous aurons l’occasion d’y revenir au cours de ce travail; mais d’ores et déjà,
nous devons constater qu’à l’encontre des Correspondances et Mémoires
contemporains, presque unanimes à flétrir d’Aiguillon des termes les plus
ignominieux, un certain nombre de nos publicistes modernes ont entrepris, et non
sans succès, la réhabilitation de ce grand coupable qui, pour être désagréable et
antipathique au premier chef, n’en fut pas moins un fonctionnaire intègre et pénétré
de son devoir.
plusieurs historiens, furent peut-être l’âge d’or pour les Bretons, mais nullement pour
leur gouverneur. En effet, ils l’avaient pris en telle affection que les députés des États
vinrent, de leur part, solliciter l’honneur—Mᵐᵉ d’Aiguillon se trouvant sur la fin
d’une grossesse—de tenir l’enfant, s’il était mâle, sur les fonts baptismaux. Mais
l’enfant mourut avant terme. Et les députés recommencèrent leur démarche en 1764,
lors d’une nouvelle grossesse de Mᵐᵉ d’Aiguillon: la couche, cette fois, fut heureuse;
seulement ce fut une fille, Agathe-Rosalie, le sixième et dernier enfant de la
duchesse, qui naquit en 1765 et qui devait mourir en 1770. En somme, la Bretagne
avait eu à cœur de donner un témoignage solennel de sa reconnaissance[45] à
l’homme qui lui rendait chaque jour de nouveaux services, par son administration
éclairée et paternelle, s’efforçant d’importer en France les grains de la province,
défrichant les landes, ouvrant des canaux et jusqu’à huit cent lieues de voies de
communication, alors qu’à la veille de son avènement, il n’y avait encore qu’une
seule route, celle de Rennes à Brest.
Donc la désaffection des Bretons pour leur commandant ne se produisit guère
qu’en 1765. Et la tempête qu’elle souleva ne resta pas circonscrite à la province; elle
gagna Paris, envahit toute la France et déborda même à l’étranger. On ne parla
bientôt plus que des Affaires de Bretagne et pendant combien d’années! Les
parlements, les ministres, le roi lui-même furent mêlés à une querelle
qu’envenimaient les plus violents factums et les plus mordants pamphlets. Toujours
très ardente, au moment où commence la correspondance que nous avons retrouvée
de Mᵐᵉ d’Aiguillon, la lutte s’était cependant déplacée et, comme nous l’avons dit,
généralisée. La duchesse y soutint énergiquement, d’après les rares témoignages que
nous en ont conservés ses contemporains, la cause de son mari. Ses lettres au
chevalier de Balleroy le prouvent également, et—particularité qu’il est intéressant de
relever—chaque fois qu’elles mettent en cause les Bretons, c’est pour apprécier leur
conduite dans les termes mêmes dont s’est servi Mᵐᵉ de Pompadour.
Aujourd’hui encore, les Affaires de Bretagne ont eu le privilège de réveiller des
polémiques qui se sont traduites, soit par des thèses ou par des livres spécialement
écrits sur ce sujet, soit par des discussions dans divers ouvrages consacrés à d’autres
études. Nous aurons l’occasion d’y revenir au cours de ce travail; mais d’ores et déjà,
nous devons constater qu’à l’encontre des Correspondances et Mémoires
contemporains, presque unanimes à flétrir d’Aiguillon des termes les plus
ignominieux, un certain nombre de nos publicistes modernes ont entrepris, et non
sans succès, la réhabilitation de ce grand coupable qui, pour être désagréable et
antipathique au premier chef, n’en fut pas moins un fonctionnaire intègre et pénétré
de son devoir.
Page 31
IV
Privilèges et résistances des Bretons.—Premières escarmouches.—Griefs
réciproques de d’Aiguillon et de La Chalotais.—Attaques du Parlement.—
D’Aiguillon dissout les États.—La duchesse est son auxiliaire le plus dévoué.—Un
impair de la Noue.—D’Aiguillon se dit de plus en plus dégoûté de sa tâche: il part
pour Veretz.—Beautés de cette résidence seigneuriale.—L’amour de la retraite chez
le duc d’Aiguillon et chez la marquise de Pompadour.—Vie de château.—La
science économique de la duchesse.—Une histoire de chiens: Balleroy grand
veneur.
Le premier grief de d’Aiguillon contre ces Bretons, alors si contents de lui, grief
que l’on perçoit entre les lignes de la correspondance de Mᵐᵉ de Pompadour, ce fut la
résistance opiniâtre de ses administrés aux impôts, chaque jour plus nombreux et
plus lourds qu’il en réclamait, de la part d’un gouvernement prodigue, dissipateur,
partant toujours besogneux.
Depuis la réunion de la Bretagne à la Couronne de France, cette province dont
une administration habile et sage s’était efforcée de gagner et de conserver le cœur,
jouissait de privilèges séculaires. Pour prendre un exemple, elle n’avait à payer que
le minimum de taille par tête, alors que, dans d’autres pays, la capitation s’élevait au
double. Mais les besoins du Trésor augmentant, les gouverneurs de Bretagne durent
demander aux États des suppléments de ressources qui étaient régulièrement et
catégoriquement repoussés. Il suffit de parcourir les lettres de Mᵐᵉ de Sévigné, soit
aux Rochers, soit à Vitré, soit à Rennes, pour constater les luttes formidables et
parfois sanglantes que soutint, à ce sujet, le duc de Chaulnes, représentant fastueux
d’un roi qui n’était économe, ni du sang, ni de l’or de son peuple.
D’Aiguillon, qui devait occuper le poste et exercer les fonctions de gouverneur,
avec le titre de lieutenant général de Bretagne (1ᵉʳ janvier 1762)[46] joua tout d’abord
son rôle avec autant de modération que de fermeté[47]. Car si, dans le Conseil du roi,
il combattait l’aggravation des charges imposées aux contribuables, il lui fallait
encore combattre, pour faire accepter des États celles qu’il n’avait pu leur éviter.
Néanmoins, les Bretons ne lui en gardaient pas rigueur; et, d’autre part, son zèle
avait été apprécié à la Cour, puisqu’en 1762 il avait pu obtenir, favorisé évidemment
par la protection de la marquise, «ses entrées à la Chambre» et sa nomination de
Gouverneur en second, le duc de Penthièvre restant toujours gouverneur titulaire de
la province.
Il n’en persistait pas moins à réclamer son changement de poste; et le motif,
suffisamment avouable, qu’il alléguait à l’appui de sa demande, c’était qu’il était
«écrasé par les frais de représentation». Le Contrôleur général, qui s’était
Privilèges et résistances des Bretons.—Premières escarmouches.—Griefs
réciproques de d’Aiguillon et de La Chalotais.—Attaques du Parlement.—
D’Aiguillon dissout les États.—La duchesse est son auxiliaire le plus dévoué.—Un
impair de la Noue.—D’Aiguillon se dit de plus en plus dégoûté de sa tâche: il part
pour Veretz.—Beautés de cette résidence seigneuriale.—L’amour de la retraite chez
le duc d’Aiguillon et chez la marquise de Pompadour.—Vie de château.—La
science économique de la duchesse.—Une histoire de chiens: Balleroy grand
veneur.
Le premier grief de d’Aiguillon contre ces Bretons, alors si contents de lui, grief
que l’on perçoit entre les lignes de la correspondance de Mᵐᵉ de Pompadour, ce fut la
résistance opiniâtre de ses administrés aux impôts, chaque jour plus nombreux et
plus lourds qu’il en réclamait, de la part d’un gouvernement prodigue, dissipateur,
partant toujours besogneux.
Depuis la réunion de la Bretagne à la Couronne de France, cette province dont
une administration habile et sage s’était efforcée de gagner et de conserver le cœur,
jouissait de privilèges séculaires. Pour prendre un exemple, elle n’avait à payer que
le minimum de taille par tête, alors que, dans d’autres pays, la capitation s’élevait au
double. Mais les besoins du Trésor augmentant, les gouverneurs de Bretagne durent
demander aux États des suppléments de ressources qui étaient régulièrement et
catégoriquement repoussés. Il suffit de parcourir les lettres de Mᵐᵉ de Sévigné, soit
aux Rochers, soit à Vitré, soit à Rennes, pour constater les luttes formidables et
parfois sanglantes que soutint, à ce sujet, le duc de Chaulnes, représentant fastueux
d’un roi qui n’était économe, ni du sang, ni de l’or de son peuple.
D’Aiguillon, qui devait occuper le poste et exercer les fonctions de gouverneur,
avec le titre de lieutenant général de Bretagne (1ᵉʳ janvier 1762)[46] joua tout d’abord
son rôle avec autant de modération que de fermeté[47]. Car si, dans le Conseil du roi,
il combattait l’aggravation des charges imposées aux contribuables, il lui fallait
encore combattre, pour faire accepter des États celles qu’il n’avait pu leur éviter.
Néanmoins, les Bretons ne lui en gardaient pas rigueur; et, d’autre part, son zèle
avait été apprécié à la Cour, puisqu’en 1762 il avait pu obtenir, favorisé évidemment
par la protection de la marquise, «ses entrées à la Chambre» et sa nomination de
Gouverneur en second, le duc de Penthièvre restant toujours gouverneur titulaire de
la province.
Il n’en persistait pas moins à réclamer son changement de poste; et le motif,
suffisamment avouable, qu’il alléguait à l’appui de sa demande, c’était qu’il était
«écrasé par les frais de représentation». Le Contrôleur général, qui s’était
Page 32
définitivement brouillé avec lui, malgré l’obligeante intervention de la Pompadour,
disait, avec sa brusquerie ordinaire, au prince de Croÿ, candidat, en 1763, à cette
succession éventuelle, qu’il doutait fort de la gêne du plaignant, attendu «que celui-ci
portait tout sur ses états de dépense jusqu’à une chaise»; et le contrôleur général en
concluait que le duc d’Aiguillon aspirait, au contraire, à retourner dans son
gouvernement de Bretagne[48].
Il y retourna; mais de nouveaux tracas l’y attendaient. La reine avait écrit à Mᵐᵉ
d’Aiguillon que son mari profitât de la tenue des États pour protester contre les arrêts
du Parlement et provoquer le rappel des Jésuites; de son côté, le Dauphin, qui
protégeait d’Aiguillon, insistait auprès de lui pour qu’il s’opposât à la ruine des
maisons de la Société en Bretagne[49]. Et déjà le bruit courait dans la province que le
commandant prenait fait et cause pour les Jésuites. D’Aiguillon, énervé, en écrivit à
son oncle Saint-Florentin qui lui répondit immédiatement d’observer la plus stricte
neutralité[50].
Le Parlement de Rennes avait alors, comme procureur général parmi les gens du
roi, un homme d’une parfaite honnêteté mais de caractère entier, autoritaire, emporté,
orgueilleux, janséniste convaincu, à l’égal de presque tous les parlementaires et
prévenu jusqu’à la haine contre le duc d’Aiguillon: Caradeuc de la Chalotais. Voici,
au dire d’un historien[51], l’origine d’une telle animosité. Dans sa morgue d’homme
d’épée, le commandant de Bretagne s’était amusé aux dépens de la vanité du robin: il
prétendait que celui-ci ou l’un de ses ascendants avait transformé, dans un tableau de
famille, la toque et la toge d’un échevin en casque et en cuirasse de chevalier. La
Chalotais rendit coup pour coup au mauvais plaisant qui l’avait ainsi drapé.
Il rappela malicieusement que le vainqueur de Saint-Cast s’était abrité, pendant
une bonne partie de l’action (ce qui était inexact), dans un moulin, comme pour
diriger de cet observatoire les opérations militaires; cette attitude lui avait inspiré une
épigramme que les Mémoires de Bachaumont publièrent sous cette forme:
Couvert de farine et de gloire,
De Saint-Cast héros trop fameux,
Sois plus modeste en ta victoire;
On peut, d’un souffle dangereux,
Te les enlever toutes deux[52].
Ce fut à cette époque (1764), qu’à la suite de conférences tenues chez Mᵐᵉ de
Pompadour, entre La Chalotais et Choiseul, s’organisa, s’il faut en croire
Soulavie[53], une entente de ces trois personnages pour perdre le duc d’Aiguillon. Ce
coup de théâtre est inexplicable et invraisemblable, surtout en ce qui concerne Mᵐᵉ
de Pompadour. Quelle faute, ou plutôt quel crime avait donc commis le favori de la
maîtresse du roi, pour que celle-ci cherchât à l’abaisser autant qu’elle l’avait élevé?
Serait-ce qu’elle eût ajouté foi aux bruits de Cour qui faisaient du gouverneur de
Bretagne l’allié de ces jésuites qu’elle avait proscrits, et surtout le confident du
disait, avec sa brusquerie ordinaire, au prince de Croÿ, candidat, en 1763, à cette
succession éventuelle, qu’il doutait fort de la gêne du plaignant, attendu «que celui-ci
portait tout sur ses états de dépense jusqu’à une chaise»; et le contrôleur général en
concluait que le duc d’Aiguillon aspirait, au contraire, à retourner dans son
gouvernement de Bretagne[48].
Il y retourna; mais de nouveaux tracas l’y attendaient. La reine avait écrit à Mᵐᵉ
d’Aiguillon que son mari profitât de la tenue des États pour protester contre les arrêts
du Parlement et provoquer le rappel des Jésuites; de son côté, le Dauphin, qui
protégeait d’Aiguillon, insistait auprès de lui pour qu’il s’opposât à la ruine des
maisons de la Société en Bretagne[49]. Et déjà le bruit courait dans la province que le
commandant prenait fait et cause pour les Jésuites. D’Aiguillon, énervé, en écrivit à
son oncle Saint-Florentin qui lui répondit immédiatement d’observer la plus stricte
neutralité[50].
Le Parlement de Rennes avait alors, comme procureur général parmi les gens du
roi, un homme d’une parfaite honnêteté mais de caractère entier, autoritaire, emporté,
orgueilleux, janséniste convaincu, à l’égal de presque tous les parlementaires et
prévenu jusqu’à la haine contre le duc d’Aiguillon: Caradeuc de la Chalotais. Voici,
au dire d’un historien[51], l’origine d’une telle animosité. Dans sa morgue d’homme
d’épée, le commandant de Bretagne s’était amusé aux dépens de la vanité du robin: il
prétendait que celui-ci ou l’un de ses ascendants avait transformé, dans un tableau de
famille, la toque et la toge d’un échevin en casque et en cuirasse de chevalier. La
Chalotais rendit coup pour coup au mauvais plaisant qui l’avait ainsi drapé.
Il rappela malicieusement que le vainqueur de Saint-Cast s’était abrité, pendant
une bonne partie de l’action (ce qui était inexact), dans un moulin, comme pour
diriger de cet observatoire les opérations militaires; cette attitude lui avait inspiré une
épigramme que les Mémoires de Bachaumont publièrent sous cette forme:
Couvert de farine et de gloire,
De Saint-Cast héros trop fameux,
Sois plus modeste en ta victoire;
On peut, d’un souffle dangereux,
Te les enlever toutes deux[52].
Ce fut à cette époque (1764), qu’à la suite de conférences tenues chez Mᵐᵉ de
Pompadour, entre La Chalotais et Choiseul, s’organisa, s’il faut en croire
Soulavie[53], une entente de ces trois personnages pour perdre le duc d’Aiguillon. Ce
coup de théâtre est inexplicable et invraisemblable, surtout en ce qui concerne Mᵐᵉ
de Pompadour. Quelle faute, ou plutôt quel crime avait donc commis le favori de la
maîtresse du roi, pour que celle-ci cherchât à l’abaisser autant qu’elle l’avait élevé?
Serait-ce qu’elle eût ajouté foi aux bruits de Cour qui faisaient du gouverneur de
Bretagne l’allié de ces jésuites qu’elle avait proscrits, et surtout le confident du
Page 33
Dauphin de qui elle avait reçu le plus outrageant des surnoms? Toutefois, malgré le
peu de créance qu’on accorde aux assertions de Soulavie[54], et bien qu’on assigne à
la rivalité de Choiseul et d’Aiguillon une date postérieure, nombre d’historiens
admettent l’existence de ce pacte et en considèrent la mise à exécution comme le
point de départ des Affaires de Bretagne.
Ce qui est indiscutable, c’est qu’en 1765 le Parlement partit en guerre contre
d’Aiguillon, l’accusant d’abus de pouvoir, de tyrannie, d’exactions, méconnaissant
ainsi les ordres du Roi, feignant même de les ignorer, pour s’en tenir à la seule
responsabilité du sous-gouverneur, qu’avait mise en jeu, et dans les termes les plus
véhéments, le procureur général La Chalotais.
Encore aux yeux du chevalier de Fontette, grand ami de M. d’Aiguillon, La
Chalotais n’est-il pas le vrai coupable, mais son intime Kerguézec, dont «les
intrigues ont mis toute la province en combustion»[55].
Or, le duc qui n’entendait pas être sacrifié, comme l’avaient été certains de ses
collègues dans leur lutte contre les parlements provinciaux, se défendit
énergiquement et fit dissoudre les États[56]. Pendant la lutte, il avait trouvé,
combattant à ses côtés, le plus infatigable et le plus dévoué des auxiliaires dans la
personne de la duchesse «qui aimait son mari et qui poussait plus loin que lui le désir
de tirer une vengeance éclatante de la vilaine conduite du Parlement envers lui»[57].
En raison de son origine bretonne, elle parcourait le pays pour y chercher des armes
contre les adversaires de son mari. Ce fut ainsi qu’elle fit demander, de très bonne
foi, à M. de Robien, l’ennemi des Caradeuc de La Chalotais (le père et le fils détenus
étaient sous le coup d’un procès criminel) les preuves de culpabilité qu’il pouvait
produire, au cours de l’instance, contre les accusés. Robien ne connaissait rien à leur
charge: il le dit. La Noue, l’agent trop zélé de la duchesse, n’inscrivit pas moins
Robien sur la liste des témoins appelés à déposer contre les La Chalotais. Or le
témoin... malgré lui vint trouver, tout estomaqué, Mᵐᵉ d’Aiguillon qui le pria
simplement de «ne pas se faire le chevalier de ces Messieurs». Mais le duc, à qui La
Noue envoya sa fameuse liste à Bagnères où il était en traitement, se fâcha de ce
qu’il appelait «une bêtise et une platitude» et refusa de s’en servir[58].
L’anecdote tendrait à démontrer la sincérité des dénégations qu’avait opposées
d’Aiguillon à la déclaration du Parlement de Bretagne qui le représentait comme
l’auteur de la poursuite criminelle dirigée contre La Chalotais[59].
Le duc, rentré à Paris, dans le courant de mars 1765, après la dissolution des
États, avait rencontré Croÿ et lui avait annoncé l’apaisement des Bretons. Il comptait
bien achever «les Grands Chemins» de la province, mais il paraissait profondément
dégoûté, comme du reste presque tous ses collaborateurs[60], de la tâche ingrate à
laquelle l’avait trop longtemps rivé le despotisme d’une jolie femme.
En attendant de nouvelles luttes, il allait se refaire et goûter, dans sa magnifique
résidence de Veretz, les douceurs d’un repos bien mérité—si toutefois on peut donner
peu de créance qu’on accorde aux assertions de Soulavie[54], et bien qu’on assigne à
la rivalité de Choiseul et d’Aiguillon une date postérieure, nombre d’historiens
admettent l’existence de ce pacte et en considèrent la mise à exécution comme le
point de départ des Affaires de Bretagne.
Ce qui est indiscutable, c’est qu’en 1765 le Parlement partit en guerre contre
d’Aiguillon, l’accusant d’abus de pouvoir, de tyrannie, d’exactions, méconnaissant
ainsi les ordres du Roi, feignant même de les ignorer, pour s’en tenir à la seule
responsabilité du sous-gouverneur, qu’avait mise en jeu, et dans les termes les plus
véhéments, le procureur général La Chalotais.
Encore aux yeux du chevalier de Fontette, grand ami de M. d’Aiguillon, La
Chalotais n’est-il pas le vrai coupable, mais son intime Kerguézec, dont «les
intrigues ont mis toute la province en combustion»[55].
Or, le duc qui n’entendait pas être sacrifié, comme l’avaient été certains de ses
collègues dans leur lutte contre les parlements provinciaux, se défendit
énergiquement et fit dissoudre les États[56]. Pendant la lutte, il avait trouvé,
combattant à ses côtés, le plus infatigable et le plus dévoué des auxiliaires dans la
personne de la duchesse «qui aimait son mari et qui poussait plus loin que lui le désir
de tirer une vengeance éclatante de la vilaine conduite du Parlement envers lui»[57].
En raison de son origine bretonne, elle parcourait le pays pour y chercher des armes
contre les adversaires de son mari. Ce fut ainsi qu’elle fit demander, de très bonne
foi, à M. de Robien, l’ennemi des Caradeuc de La Chalotais (le père et le fils détenus
étaient sous le coup d’un procès criminel) les preuves de culpabilité qu’il pouvait
produire, au cours de l’instance, contre les accusés. Robien ne connaissait rien à leur
charge: il le dit. La Noue, l’agent trop zélé de la duchesse, n’inscrivit pas moins
Robien sur la liste des témoins appelés à déposer contre les La Chalotais. Or le
témoin... malgré lui vint trouver, tout estomaqué, Mᵐᵉ d’Aiguillon qui le pria
simplement de «ne pas se faire le chevalier de ces Messieurs». Mais le duc, à qui La
Noue envoya sa fameuse liste à Bagnères où il était en traitement, se fâcha de ce
qu’il appelait «une bêtise et une platitude» et refusa de s’en servir[58].
L’anecdote tendrait à démontrer la sincérité des dénégations qu’avait opposées
d’Aiguillon à la déclaration du Parlement de Bretagne qui le représentait comme
l’auteur de la poursuite criminelle dirigée contre La Chalotais[59].
Le duc, rentré à Paris, dans le courant de mars 1765, après la dissolution des
États, avait rencontré Croÿ et lui avait annoncé l’apaisement des Bretons. Il comptait
bien achever «les Grands Chemins» de la province, mais il paraissait profondément
dégoûté, comme du reste presque tous ses collaborateurs[60], de la tâche ingrate à
laquelle l’avait trop longtemps rivé le despotisme d’une jolie femme.
En attendant de nouvelles luttes, il allait se refaire et goûter, dans sa magnifique
résidence de Veretz, les douceurs d’un repos bien mérité—si toutefois on peut donner
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le nom de repos à cette vie de plaisirs et de fêtes, agitée, tumultueuse, turbulente que
menaient alors les grands seigneurs en leurs maisons des champs.
*
**
Par un de ces contrastes qui n’attestent que trop la vanité des choses humaines, il
ne reste rien ou presque rien de l’œuvre lapidaire créée par le grand ministre à qui la
France doit l’achèvement de son indestructible unité.
N’était le Palais-Royal—et encore combien semblerait-il méconnaissable à
Richelieu si cette ombre illustre revenait jamais errer dans son ancien jardin!—tous
les
Cliché Lauzun.
Le Château de Veretz en 1771, d’après Van Blarenberghe.
(Le Château de Veretz par Philippe Lauzun)
bâtiments, constructions et travaux entrepris par le ministre de Louis XIII n’existent
plus, à l’heure présente, qu’à l’état de vestiges. Richelieu, ce château grandiose,
édifié si amoureusement en quelque sorte par le cardinal dans le bourg qui rappelle
son nom, n’est plus qu’une ruine. A Ruel, on a peine à trouver les traces du superbe
manoir, dont Richelieu avait fait sa maison de campagne. Brouage, qui, dans la
pensée du premier ministre, devait anéantir la fortune commerciale et politique de La
Rochelle, n’est plus aujourd’hui, dans l’enceinte de ses fortifications délaissées,
qu’un misérable village de pêcheurs, et son port un marais fangeux.
menaient alors les grands seigneurs en leurs maisons des champs.
*
**
Par un de ces contrastes qui n’attestent que trop la vanité des choses humaines, il
ne reste rien ou presque rien de l’œuvre lapidaire créée par le grand ministre à qui la
France doit l’achèvement de son indestructible unité.
N’était le Palais-Royal—et encore combien semblerait-il méconnaissable à
Richelieu si cette ombre illustre revenait jamais errer dans son ancien jardin!—tous
les
Cliché Lauzun.
Le Château de Veretz en 1771, d’après Van Blarenberghe.
(Le Château de Veretz par Philippe Lauzun)
bâtiments, constructions et travaux entrepris par le ministre de Louis XIII n’existent
plus, à l’heure présente, qu’à l’état de vestiges. Richelieu, ce château grandiose,
édifié si amoureusement en quelque sorte par le cardinal dans le bourg qui rappelle
son nom, n’est plus qu’une ruine. A Ruel, on a peine à trouver les traces du superbe
manoir, dont Richelieu avait fait sa maison de campagne. Brouage, qui, dans la
pensée du premier ministre, devait anéantir la fortune commerciale et politique de La
Rochelle, n’est plus aujourd’hui, dans l’enceinte de ses fortifications délaissées,
qu’un misérable village de pêcheurs, et son port un marais fangeux.
Page 35
La même fatalité s’est acharnée après les domaines des petits-neveux du cardinal,
qu’ils fussent Richelieu ou d’Aiguillon.
Veretz a même complètement disparu comme château et presque entièrement
comme propriété. Sans les jolies gouaches de Vanblarenberghe[61] qui datent de 1771
et se trouvent actuellement à la préfecture d’Agen, on n’aurait plus aujourd’hui le
moindre aspect de l’antique demeure des De La Barre[62], édifiée au commencement
de la Renaissance et transformée, dans le cours des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, par les La
Porte et les d’Aiguillon.
Arrière-petit-neveu de Richelieu par son père, et de Mazarin par sa mère Marie-
Charlotte de la Porte de la Meilleraye, le duc d’Aiguillon, qui mourut en 1750, avait
fait un «Versailles en miniature»—un mot du temps—de cette propriété campée sur
un coteau dominant le Cher, aux portes de Veretz, petite ville à deux lieues de Tours.
C’était, disent les biographes, «un rendez-vous de lettrés et d’artistes»; mais la
chronique scandaleuse ajoute: un cabaret élégant s’ouvrant, dans un site admirable,
sur de voluptueux boudoirs, où le maître composa (et ce fut son seul titre de gloire)
le recueil de Veretz, qui n’est pas précisément un recueil de morale, en compagnie de
l’abbé de Grécourt et de Louise Elisabeth de Condé, princesse de Conti. Au reste,
tous les embellissements apportés par le duc d’Aiguillon aux constructions et au parc
de Veretz, étaient autant de témoignages d’une affection aussi tendre que
respectueuse à l’adresse de cette grande dame, qui était une protectrice, et mieux
peut-être pour le châtelain, s’il faut en croire les mauvaises langues du temps[63].
Nous ne connaissons qu’une seule description de ce beau domaine[64]: elle
remonte à 1736, et, sous forme d’une «lettre à M. D...», s’étend, avec une abondante
complaisance, rehaussée d’allégories mythologiques, sur toutes les merveilles
réunies dans ce ravissant séjour, pour la plus grande satisfaction de «la Déesse»; ce
qui, par parenthèse, ne l’était guère pour celle de la bonne «grosse duchesse».
Le château, féodal par ses deux tours massives, dans la partie qui regardait le
plateau, tout à fait moderne, avec son vaste corps de logis que flanquaient deux
pavillons carrés faisant face au vallon et à la rivière, accédait, en pente douce,
jusqu’au Cher, par un quai large de 8 toises et long de plus de 100, dans
l’encadrement vert et fleuri d’un parterre à jets d’eau.
Dans l’épaisseur du mur de la construction principale, se dressait, comme pour
faire un grandiose accueil au visiteur, qui entrait par la cour d’honneur, la statue
équestre de François Iᵉʳ, toute bardée de fer, dont la dorure avait résisté aux injures du
temps. L’effigie du roi-chevalier, celle des salamandres qui couraient sur la façade du
château, en indiquaient, de reste, la date et les origines. Mais les hautes et larges
croisées qui laissaient passer à flots l’air et la lumière dans les bâtiments, les balcons
ajourés qui les décoraient, et mieux encore la disposition élégante d’appartements
spacieux et commodes disait assez que le grand style du XVIIᵉ siècle et la grâce du
XVIIIᵉ avaient contribué à faire du château de Veretz une des plus belles résidences du
«beau pays de la Touraine».
qu’ils fussent Richelieu ou d’Aiguillon.
Veretz a même complètement disparu comme château et presque entièrement
comme propriété. Sans les jolies gouaches de Vanblarenberghe[61] qui datent de 1771
et se trouvent actuellement à la préfecture d’Agen, on n’aurait plus aujourd’hui le
moindre aspect de l’antique demeure des De La Barre[62], édifiée au commencement
de la Renaissance et transformée, dans le cours des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, par les La
Porte et les d’Aiguillon.
Arrière-petit-neveu de Richelieu par son père, et de Mazarin par sa mère Marie-
Charlotte de la Porte de la Meilleraye, le duc d’Aiguillon, qui mourut en 1750, avait
fait un «Versailles en miniature»—un mot du temps—de cette propriété campée sur
un coteau dominant le Cher, aux portes de Veretz, petite ville à deux lieues de Tours.
C’était, disent les biographes, «un rendez-vous de lettrés et d’artistes»; mais la
chronique scandaleuse ajoute: un cabaret élégant s’ouvrant, dans un site admirable,
sur de voluptueux boudoirs, où le maître composa (et ce fut son seul titre de gloire)
le recueil de Veretz, qui n’est pas précisément un recueil de morale, en compagnie de
l’abbé de Grécourt et de Louise Elisabeth de Condé, princesse de Conti. Au reste,
tous les embellissements apportés par le duc d’Aiguillon aux constructions et au parc
de Veretz, étaient autant de témoignages d’une affection aussi tendre que
respectueuse à l’adresse de cette grande dame, qui était une protectrice, et mieux
peut-être pour le châtelain, s’il faut en croire les mauvaises langues du temps[63].
Nous ne connaissons qu’une seule description de ce beau domaine[64]: elle
remonte à 1736, et, sous forme d’une «lettre à M. D...», s’étend, avec une abondante
complaisance, rehaussée d’allégories mythologiques, sur toutes les merveilles
réunies dans ce ravissant séjour, pour la plus grande satisfaction de «la Déesse»; ce
qui, par parenthèse, ne l’était guère pour celle de la bonne «grosse duchesse».
Le château, féodal par ses deux tours massives, dans la partie qui regardait le
plateau, tout à fait moderne, avec son vaste corps de logis que flanquaient deux
pavillons carrés faisant face au vallon et à la rivière, accédait, en pente douce,
jusqu’au Cher, par un quai large de 8 toises et long de plus de 100, dans
l’encadrement vert et fleuri d’un parterre à jets d’eau.
Dans l’épaisseur du mur de la construction principale, se dressait, comme pour
faire un grandiose accueil au visiteur, qui entrait par la cour d’honneur, la statue
équestre de François Iᵉʳ, toute bardée de fer, dont la dorure avait résisté aux injures du
temps. L’effigie du roi-chevalier, celle des salamandres qui couraient sur la façade du
château, en indiquaient, de reste, la date et les origines. Mais les hautes et larges
croisées qui laissaient passer à flots l’air et la lumière dans les bâtiments, les balcons
ajourés qui les décoraient, et mieux encore la disposition élégante d’appartements
spacieux et commodes disait assez que le grand style du XVIIᵉ siècle et la grâce du
XVIIIᵉ avaient contribué à faire du château de Veretz une des plus belles résidences du
«beau pays de la Touraine».
Page 36
C’était surtout dans l’appartement du premier étage, réservé à la princesse de
Conti, que les embellissements, réalisés par le duc d’Aiguillon, avaient multiplié des
créations d’un goût raffiné. Le grand salon, éclairé par quatre fenêtres très élevées
sur des balcons à courbes artistiques; les boudoirs délicieusement meublés de
bergères, de guéridons, de consoles délicatement ouvrés; la bibliothèque et le cabinet
de travail étaient ornés de glaces d’une pureté impeccable, hautes de six pieds sur
quatre de large, reflétant, à l’infini, les soirs de réception, le blanc et doux éclat des
lustres de cristal.
Une partie des pièces donnait sur le parc, dont les vues, très variées, étaient un
des plus grands attraits de Veretz et en constituaient, aux yeux de la princesse, le
véritable charme. Dans cette enceinte immense, où des prairies, que traversait une
superbe avenue, étaient également coupées de bouquets d’arbres et de ruisseaux, le
terrain montait jusqu’au sommet du coteau, pour y former une terrasse, jadis chantée
par les poètes et célébrée par Mᵐᵉ de Sévigné. Cette merveille de la nature, qu’avait
embellie encore la main de l’homme, ne comptait pas moins de 1.600 pieds de long
sur 45 de large. Elle atteignait, sur certains points, une hauteur de 80 pieds, et se
fermait, dans toute sa longueur, d’une balustrade en pierre de taille à hauteur d’appui;
la roche opposée disparaissait sous une odorante tapisserie de roses, de chèvrefeuille
et de jasmin. Une autre terrasse, de plain-pied avec le bois et le reste du parc, venait
croiser la première, pour aboutir avec elle à un belvédère dominant tout le paysage.
Comme si cette grandiose simplicité n’eût pas été une beauté suffisante,
d’Aiguillon lui avait prodigué tous les ornements d’une architecture à la fois savante
et gracieuse; à l’extrémité de la grande terrasse, en face du belvédère, la statue
d’Esculape; au milieu de la balustrade un balcon en saillie et vis-à-vis un escalier
accédant de la première à la seconde terrasse; sur les degrés des statues et des urnes,
le long des pilastres de riches motifs d’architecture; contre le balcon central un salon
élégamment décoré. Plus loin se dressait avec son «toit en impériale» un pavillon,
s’ouvrant du côté de la rivière, dans lequel pouvaient s’asseoir vingt-cinq personnes;
en dessous, un salon voûté, qui prenait vue sur le vallon et qui offrait au visiteur,
lassé par la fatigue et la chaleur, la fraîcheur d’un agréable repos.
C’était à l’intersection de la seconde terrasse par la première, sur le prolongement
du vallon, et près d’un petit belvédère ménageant à la vue un horizon de plusieurs
lieues, que la princesse de Conti s’était fait aménager le «petit ermitage», où elle se
confinait volontiers. Les pièces en étaient de moyenne grandeur mais délicieusement
ornées, les murs revêtus de carreaux de faïence qui formaient les plus jolis dessins du
monde. Cette galante retraite, entourée de bosquets, s’étendait par une suite de
parterres, qui s’encadraient d’arceaux de jasmin, jusqu’à la grande allée descendant
vers la rivière. Une glacière se trouvait dans les environs; et l’inspiration d’un
aimable poète, qui sait? peut-être de Grécourt? lui avait fait graver cette inscription:
Conti, que les embellissements, réalisés par le duc d’Aiguillon, avaient multiplié des
créations d’un goût raffiné. Le grand salon, éclairé par quatre fenêtres très élevées
sur des balcons à courbes artistiques; les boudoirs délicieusement meublés de
bergères, de guéridons, de consoles délicatement ouvrés; la bibliothèque et le cabinet
de travail étaient ornés de glaces d’une pureté impeccable, hautes de six pieds sur
quatre de large, reflétant, à l’infini, les soirs de réception, le blanc et doux éclat des
lustres de cristal.
Une partie des pièces donnait sur le parc, dont les vues, très variées, étaient un
des plus grands attraits de Veretz et en constituaient, aux yeux de la princesse, le
véritable charme. Dans cette enceinte immense, où des prairies, que traversait une
superbe avenue, étaient également coupées de bouquets d’arbres et de ruisseaux, le
terrain montait jusqu’au sommet du coteau, pour y former une terrasse, jadis chantée
par les poètes et célébrée par Mᵐᵉ de Sévigné. Cette merveille de la nature, qu’avait
embellie encore la main de l’homme, ne comptait pas moins de 1.600 pieds de long
sur 45 de large. Elle atteignait, sur certains points, une hauteur de 80 pieds, et se
fermait, dans toute sa longueur, d’une balustrade en pierre de taille à hauteur d’appui;
la roche opposée disparaissait sous une odorante tapisserie de roses, de chèvrefeuille
et de jasmin. Une autre terrasse, de plain-pied avec le bois et le reste du parc, venait
croiser la première, pour aboutir avec elle à un belvédère dominant tout le paysage.
Comme si cette grandiose simplicité n’eût pas été une beauté suffisante,
d’Aiguillon lui avait prodigué tous les ornements d’une architecture à la fois savante
et gracieuse; à l’extrémité de la grande terrasse, en face du belvédère, la statue
d’Esculape; au milieu de la balustrade un balcon en saillie et vis-à-vis un escalier
accédant de la première à la seconde terrasse; sur les degrés des statues et des urnes,
le long des pilastres de riches motifs d’architecture; contre le balcon central un salon
élégamment décoré. Plus loin se dressait avec son «toit en impériale» un pavillon,
s’ouvrant du côté de la rivière, dans lequel pouvaient s’asseoir vingt-cinq personnes;
en dessous, un salon voûté, qui prenait vue sur le vallon et qui offrait au visiteur,
lassé par la fatigue et la chaleur, la fraîcheur d’un agréable repos.
C’était à l’intersection de la seconde terrasse par la première, sur le prolongement
du vallon, et près d’un petit belvédère ménageant à la vue un horizon de plusieurs
lieues, que la princesse de Conti s’était fait aménager le «petit ermitage», où elle se
confinait volontiers. Les pièces en étaient de moyenne grandeur mais délicieusement
ornées, les murs revêtus de carreaux de faïence qui formaient les plus jolis dessins du
monde. Cette galante retraite, entourée de bosquets, s’étendait par une suite de
parterres, qui s’encadraient d’arceaux de jasmin, jusqu’à la grande allée descendant
vers la rivière. Une glacière se trouvait dans les environs; et l’inspiration d’un
aimable poète, qui sait? peut-être de Grécourt? lui avait fait graver cette inscription:
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Près d’un antre où l’hiver a renfermé ses glaces,
Il était un réduit ignoré de l’Amour.
Elisabeth y vient; elle y conduit les Grâces;
Et l’Amour à jamais y fixe son séjour.
On a souvent prétendu que le XVIIIᵉ siècle, partagé entre les conceptions d’une
audacieuse philosophie, le goût très prononcé des voluptés terrestres et le culte d’un
pastoralisme aussi mièvre qu’il était faux, n’a jamais eu le sentiment bien net des
beautés réelles de la nature, à ce point qu’il admira toujours moins, dans Jean-
Jacques, leur prestigieux évocateur que le déclamateur maladif des plus malsains
paradoxes.
Eh bien! il est facile de se convaincre par la lecture de la relation à laquelle nous
empruntons ses principales lignes, que le metteur en scène des sites de Veretz, et
l’écrivain, qui en trace la description, avaient la vision exacte de ces incomparables
paysages. Sans doute, notre narrateur s’attendrit à l’aspect des brebis et des agneaux
bondissant dans les grasses prairies, du fier taureau et des vaches «tigrées blanc et
noir», couchées au milieu des herbages; il note les cascades, les digues et les
moulins, il croque les honnêtes villageois qui peuplent ces riches vallées; mais il
admire, avec une émotion qui n’est pas factice, cette vue du fleuve et des prairies
jusqu’à Tours, embrassant une partie de la ville, l’abbaye de Marmoutier et la ligne
sinueuse des coteaux de la Loire. Au Nord, c’est la plaine entre le Cher et la Loire
avec la «maison» historique des La Bourdaisière, et courant aux pieds du château de
Veretz les eaux vives et transparentes de la rivière, que divisent, sans les ralentir, les
deux îles où le narrateur relevait tous les... accessoires de son tableau champêtre.
Et, comme s’il éprouvait quelque regret de s’être attardé à un aussi beau
spectacle, il termine, après avoir visité la «ménagerie» où il compte les paons et les
pintades, sur la description de la fête donnée par le duc d’Aiguillon à Mᵐᵉ de Conti
(l’abbesse). Que de splendeurs! le noble châtelain avait «illuminé tout le parc avec
quatre mille lampions!»[65].
*
**
Après la mort de ce père prodigue, sa femme, la bonne duchesse, ayant conservé
comme habitation Ruel, ancienne propriété du cardinal, le duc d’Agénois, devenu
duc d’Aiguillon, avait, comme bien on pense, préféré à sa gentilhommière du Midi,
la somptueuse demeure de Veretz.
Le pays était à mi-chemin de Rennes et de Versailles; et, depuis plusieurs années
déjà, le gouverneur de Bretagne y venait passer l’été au milieu de réceptions et de
fêtes, qui apportaient un puissant dérivatif à ses soucis d’homme d’État. Mais comme
il savait dissimuler son ambition sous un détachement affecté des vanités terrestres!
Mᵐᵉ de Pompadour était seule capable de lui donner à cet égard la réplique. En 1760,
alors que, dans une de ces heures de découragement, qui lui avaient déjà valu de si
Il était un réduit ignoré de l’Amour.
Elisabeth y vient; elle y conduit les Grâces;
Et l’Amour à jamais y fixe son séjour.
On a souvent prétendu que le XVIIIᵉ siècle, partagé entre les conceptions d’une
audacieuse philosophie, le goût très prononcé des voluptés terrestres et le culte d’un
pastoralisme aussi mièvre qu’il était faux, n’a jamais eu le sentiment bien net des
beautés réelles de la nature, à ce point qu’il admira toujours moins, dans Jean-
Jacques, leur prestigieux évocateur que le déclamateur maladif des plus malsains
paradoxes.
Eh bien! il est facile de se convaincre par la lecture de la relation à laquelle nous
empruntons ses principales lignes, que le metteur en scène des sites de Veretz, et
l’écrivain, qui en trace la description, avaient la vision exacte de ces incomparables
paysages. Sans doute, notre narrateur s’attendrit à l’aspect des brebis et des agneaux
bondissant dans les grasses prairies, du fier taureau et des vaches «tigrées blanc et
noir», couchées au milieu des herbages; il note les cascades, les digues et les
moulins, il croque les honnêtes villageois qui peuplent ces riches vallées; mais il
admire, avec une émotion qui n’est pas factice, cette vue du fleuve et des prairies
jusqu’à Tours, embrassant une partie de la ville, l’abbaye de Marmoutier et la ligne
sinueuse des coteaux de la Loire. Au Nord, c’est la plaine entre le Cher et la Loire
avec la «maison» historique des La Bourdaisière, et courant aux pieds du château de
Veretz les eaux vives et transparentes de la rivière, que divisent, sans les ralentir, les
deux îles où le narrateur relevait tous les... accessoires de son tableau champêtre.
Et, comme s’il éprouvait quelque regret de s’être attardé à un aussi beau
spectacle, il termine, après avoir visité la «ménagerie» où il compte les paons et les
pintades, sur la description de la fête donnée par le duc d’Aiguillon à Mᵐᵉ de Conti
(l’abbesse). Que de splendeurs! le noble châtelain avait «illuminé tout le parc avec
quatre mille lampions!»[65].
*
**
Après la mort de ce père prodigue, sa femme, la bonne duchesse, ayant conservé
comme habitation Ruel, ancienne propriété du cardinal, le duc d’Agénois, devenu
duc d’Aiguillon, avait, comme bien on pense, préféré à sa gentilhommière du Midi,
la somptueuse demeure de Veretz.
Le pays était à mi-chemin de Rennes et de Versailles; et, depuis plusieurs années
déjà, le gouverneur de Bretagne y venait passer l’été au milieu de réceptions et de
fêtes, qui apportaient un puissant dérivatif à ses soucis d’homme d’État. Mais comme
il savait dissimuler son ambition sous un détachement affecté des vanités terrestres!
Mᵐᵉ de Pompadour était seule capable de lui donner à cet égard la réplique. En 1760,
alors que, dans une de ces heures de découragement, qui lui avaient déjà valu de si
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tendres reproches, il avait sans doute exprimé à sa correspondante son intention de
finir ses jours dans la retraite, la marquise lui avait répondu, le 28 juin:
«Tout ce que vous me dites des âmes de Bretons n’est rien en comparaison des
âmes de ce pays-ci; et je pense absolument pour Ménars, comme vous pour Verest...
Quoique je ne me propose pas de vivre avec mon voisinage, vous serez excepté de la
loi générale. Vous voyez que je ne vous cède en rien pour l’horreur du monde...»
Mᵐᵉ de Pompadour n’alla guère à son château de Ménars.
Quant à cet autre amant de la solitude, il ne la comprenait que peuplée de ses
familiers, de ses amis, de sa petite cour.
En 1765[66] et en 1766[67], il mena grand train et joyeuse vie à Veretz, surtout en
1766; il ne pensait qu’aux prochaines noces de sa fille avec M. de Chabrillan.
C’était, chaque jour, fête nouvelle et réjouissances de toute sorte, en compagnie de
ses fidèles et féaux de la Châtre, de Broc, de Balleroy, de la Noue, etc.
Et Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui avait révélé, depuis longtemps déjà, des talents
d’organisation et d’administration de premier ordre, faisait les honneurs de Veretz,
avec ce tact de la femme intelligente qui ne veut paraître que l’auxiliaire de son mari,
avec l’attention délicate de la maîtresse de maison qui tient à prévenir le moindre
désir de ses hôtes.
Elle est en quelque sorte la surintendante du château. Elle en ordonne les
réparations et les aménagements. Elle surveille les plantations et reçoit les fermiers.
Mais c’est elle aussi qui s’occupe des pièces qui seront jouées au château, des décors,
des costumes, des partitions. Elle pense aux livres et aux gazettes. Il n’est pas jusqu’à
la chasse qui ne soit de son département. En 1768, avant que la vie de château ne soit
commencée, elle écrit de Paris, le 16 août, au chevalier de Balleroy, toujours
empressé à la servir, d’autant qu’il y trouve son intérêt, comme elle le laisse finement
entendre à ce grand chasseur devant l’Eternel:
«... Je vous réponds courrier par courrier; mais c’est qu’il est question d’une
grande nouvelle, d’une chienne de nouvelle, d’une nouvelle de chiens, oui de chiens,
très fort de chiens, puisque c’est de ces fameux chiens que Milord Ken fait venir à
Veretz. On a avis qu’ils sont arrivés à Nantes, non en quatre bateaux, mais dans un
seul vaisseau et qu’ils étaient accompagnés de plusieurs autres, mais ce qui est
fâcheux, c’est qu’on les avait adressés au bonhomme Laker, à qui M. d’Aiguillon
avait oublié d’en faire donner avis, qui a été très étonné de voir arriver chez lui 18
chiens et 1 conducteur, lesquelles 19 créatures ne disent pas un mot de français, et
ledit Laker pas un mot d’anglais. Cela fait que, très poliment, il a mis tout cela à la
porte; et il faut que vous, qui êtes le grand veneur, vous vous mettiez à la poursuite
de mes dits chiens et de leur gouverneur, et que vous donniez ordre pour faire
embarquer tout cela sur la Loire, pour se rendre à Veretz.»
finir ses jours dans la retraite, la marquise lui avait répondu, le 28 juin:
«Tout ce que vous me dites des âmes de Bretons n’est rien en comparaison des
âmes de ce pays-ci; et je pense absolument pour Ménars, comme vous pour Verest...
Quoique je ne me propose pas de vivre avec mon voisinage, vous serez excepté de la
loi générale. Vous voyez que je ne vous cède en rien pour l’horreur du monde...»
Mᵐᵉ de Pompadour n’alla guère à son château de Ménars.
Quant à cet autre amant de la solitude, il ne la comprenait que peuplée de ses
familiers, de ses amis, de sa petite cour.
En 1765[66] et en 1766[67], il mena grand train et joyeuse vie à Veretz, surtout en
1766; il ne pensait qu’aux prochaines noces de sa fille avec M. de Chabrillan.
C’était, chaque jour, fête nouvelle et réjouissances de toute sorte, en compagnie de
ses fidèles et féaux de la Châtre, de Broc, de Balleroy, de la Noue, etc.
Et Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui avait révélé, depuis longtemps déjà, des talents
d’organisation et d’administration de premier ordre, faisait les honneurs de Veretz,
avec ce tact de la femme intelligente qui ne veut paraître que l’auxiliaire de son mari,
avec l’attention délicate de la maîtresse de maison qui tient à prévenir le moindre
désir de ses hôtes.
Elle est en quelque sorte la surintendante du château. Elle en ordonne les
réparations et les aménagements. Elle surveille les plantations et reçoit les fermiers.
Mais c’est elle aussi qui s’occupe des pièces qui seront jouées au château, des décors,
des costumes, des partitions. Elle pense aux livres et aux gazettes. Il n’est pas jusqu’à
la chasse qui ne soit de son département. En 1768, avant que la vie de château ne soit
commencée, elle écrit de Paris, le 16 août, au chevalier de Balleroy, toujours
empressé à la servir, d’autant qu’il y trouve son intérêt, comme elle le laisse finement
entendre à ce grand chasseur devant l’Eternel:
«... Je vous réponds courrier par courrier; mais c’est qu’il est question d’une
grande nouvelle, d’une chienne de nouvelle, d’une nouvelle de chiens, oui de chiens,
très fort de chiens, puisque c’est de ces fameux chiens que Milord Ken fait venir à
Veretz. On a avis qu’ils sont arrivés à Nantes, non en quatre bateaux, mais dans un
seul vaisseau et qu’ils étaient accompagnés de plusieurs autres, mais ce qui est
fâcheux, c’est qu’on les avait adressés au bonhomme Laker, à qui M. d’Aiguillon
avait oublié d’en faire donner avis, qui a été très étonné de voir arriver chez lui 18
chiens et 1 conducteur, lesquelles 19 créatures ne disent pas un mot de français, et
ledit Laker pas un mot d’anglais. Cela fait que, très poliment, il a mis tout cela à la
porte; et il faut que vous, qui êtes le grand veneur, vous vous mettiez à la poursuite
de mes dits chiens et de leur gouverneur, et que vous donniez ordre pour faire
embarquer tout cela sur la Loire, pour se rendre à Veretz.»
Page 39
V
Le cure-dents de La Chalotais.—Le «bailliage d’Aiguillon».—Un échafaud
fantastique.—Le Gouvernement ne veut pas rappeler d’Aiguillon.—Ours et
Bretons.—Le Nouveau Parlement et les Etats de 1767.—Les trois duchesses.—La
politique du Gouvernement et celle de d’Aiguillon.—Le roi et la duchesse
d’Aiguillon chez la reine.—«Vous vous êtes conduit comme un ange!»
Le 11 novembre 1765[68], La Chalotais avait été arrêté avec son fils, sur la
dénonciation de Saint-Florentin et de Calonne, maître des requêtes, qui lui
reprochaient, tous deux, entre autres griefs, d’avoir écrit des lettres anonymes[69] peu
respectueuses pour le roi. Toujours avec son fils, La Chalotais fut enfermé dans une
tour de Saint-Malo, où «son cure-dent, écrit Voltaire, grave pour l’immortalité sur les
murs de son cachot[70]».
D’autre part, d’Aiguillon s’était rendu de Bagnères à Fontainebleau[71], où
séjournait alors la Cour, pour soumettre à Louis XV un projet de reconstitution du
Parlement de Bretagne, avec les débris de l’ancien. Le roi y consentit, mais réduisit
le nouveau à soixante charges. Or le gouverneur ne parvint que très péniblement à les
remplir[72]. Fort peu de conseillers étaient restés ses partisans; et ce que ses
adversaires appelaient, non sans dédain, le Bailliage d’Aiguillon, ne fut constitué que
le 16 janvier 1766.
Siégeant à Rennes, le nouveau Parlement dut juger les prisonniers, dont la
Chambre royale de Saint-Malo avait déjà commencé le procès.
Au dire de Soulavie, ce fut, pendant les deux premiers mois, une entente cordiale.
Les magistrats ne pouvaient évidemment oublier qu’ils étaient les créatures du
commandant: et, d’autre part, leur était-il facile de se soustraire à la pression de
l’opinion publique favorable aux accusés? Toujours est-il que, le 3 mars, «de concert
avec le premier président, le futur chancelier Maupeou», d’Aiguillon «faisait parler
le roi en souverain[73]». La duchesse dut en être charmée; car—nous le verrons plus
tard—elle tient pour le principe d’autorité, en un temps où le monarque, très
soucieux cependant de son pouvoir absolu, semblait le compromettre par son
indolence et son apathie. A l’encontre de son aïeul Louis XIV, il fuyait le tracas des
affaires et laissait à ses ministres tout le poids des responsabilités.
L’année avait donc commencé, au Parlement de Bretagne, sous les plus
favorables auspices. Le gouverneur venait à bout de toutes les difficultés; et, pour un
peu, Soulavie proclamerait le duc d’Aiguillon «un génie». Mais, comme il arrivait si
souvent à cette époque, les passions religieuses donnèrent à une affaire purement
administrative une orientation toute politique. Les Bretons prenaient chaque jour plus
à cœur la cause de La Chalotais qui était, nous l’avons dit, un janséniste renforcé. On
Le cure-dents de La Chalotais.—Le «bailliage d’Aiguillon».—Un échafaud
fantastique.—Le Gouvernement ne veut pas rappeler d’Aiguillon.—Ours et
Bretons.—Le Nouveau Parlement et les Etats de 1767.—Les trois duchesses.—La
politique du Gouvernement et celle de d’Aiguillon.—Le roi et la duchesse
d’Aiguillon chez la reine.—«Vous vous êtes conduit comme un ange!»
Le 11 novembre 1765[68], La Chalotais avait été arrêté avec son fils, sur la
dénonciation de Saint-Florentin et de Calonne, maître des requêtes, qui lui
reprochaient, tous deux, entre autres griefs, d’avoir écrit des lettres anonymes[69] peu
respectueuses pour le roi. Toujours avec son fils, La Chalotais fut enfermé dans une
tour de Saint-Malo, où «son cure-dent, écrit Voltaire, grave pour l’immortalité sur les
murs de son cachot[70]».
D’autre part, d’Aiguillon s’était rendu de Bagnères à Fontainebleau[71], où
séjournait alors la Cour, pour soumettre à Louis XV un projet de reconstitution du
Parlement de Bretagne, avec les débris de l’ancien. Le roi y consentit, mais réduisit
le nouveau à soixante charges. Or le gouverneur ne parvint que très péniblement à les
remplir[72]. Fort peu de conseillers étaient restés ses partisans; et ce que ses
adversaires appelaient, non sans dédain, le Bailliage d’Aiguillon, ne fut constitué que
le 16 janvier 1766.
Siégeant à Rennes, le nouveau Parlement dut juger les prisonniers, dont la
Chambre royale de Saint-Malo avait déjà commencé le procès.
Au dire de Soulavie, ce fut, pendant les deux premiers mois, une entente cordiale.
Les magistrats ne pouvaient évidemment oublier qu’ils étaient les créatures du
commandant: et, d’autre part, leur était-il facile de se soustraire à la pression de
l’opinion publique favorable aux accusés? Toujours est-il que, le 3 mars, «de concert
avec le premier président, le futur chancelier Maupeou», d’Aiguillon «faisait parler
le roi en souverain[73]». La duchesse dut en être charmée; car—nous le verrons plus
tard—elle tient pour le principe d’autorité, en un temps où le monarque, très
soucieux cependant de son pouvoir absolu, semblait le compromettre par son
indolence et son apathie. A l’encontre de son aïeul Louis XIV, il fuyait le tracas des
affaires et laissait à ses ministres tout le poids des responsabilités.
L’année avait donc commencé, au Parlement de Bretagne, sous les plus
favorables auspices. Le gouverneur venait à bout de toutes les difficultés; et, pour un
peu, Soulavie proclamerait le duc d’Aiguillon «un génie». Mais, comme il arrivait si
souvent à cette époque, les passions religieuses donnèrent à une affaire purement
administrative une orientation toute politique. Les Bretons prenaient chaque jour plus
à cœur la cause de La Chalotais qui était, nous l’avons dit, un janséniste renforcé. On
Page 40
vit dans les persécutions[74], réelles ou fausses, dont souffraient les captifs, une
revanche des Jésuites chassés de France. Il faut reconnaître aussi que l’instruction
avait commis maladresses sur maladresses. On avait éventré les bureaux du père et
du fils pour y trouver des preuves de leur félonie. Et le rapporteur Le Noir[75], aussi
bien que l’accusateur Calonne, avait fait du récit de ces perquisitions un pur
«amphigouri[76]».
Il n’en fallut pas tant pour présenter les La Chalotais comme des martyrs: ils
subissaient la plus étroite captivité[77] et les plus perfides interrogatoires. On affirma
même, très sérieusement, que, pendant une nuit, on avait dressé un échafaud pour les
exécuter dans l’intérieur de la prison; on avait vu entrer les planches et les madriers:
on avait entendu les coups de marteau qui les assemblaient. Et, naturellement, les
condamnés étaient innocents. C’était d’Aiguillon qui avait fabriqué les lettres
anonymes. L’indignation fut générale; et le Parlement de Paris lui-même en
murmura.
«La seule affaire dont on parlât, dit le prince de Croÿ dans son Journal (1766),
c’était la suite du procès criminel de MM. de La Chalotais où M. d’Aiguillon
paraissait avoir le dessous.»
Or, toutes ces nouvelles n’étaient, en majeure partie, que des racontars, ou, si
l’on préfère cette autre expression empruntée au même vocabulaire, un bluff
politique imaginé pour impressionner les masses. Ce sinistre convoi de planches,
entré nuitamment dans la tour, pour y être affecté à une destination plus sinistre
encore, était le matériel d’une équipe d’ouvriers qu’appelaient des réparations
urgentes. On avait imprimé que le ministre de la marine, Praslin, cousin de Choiseul,
avait expédié en toute hâte un courrier pour empêcher l’exécution. Cette fable avait
été imaginée, afin d’«en jeter l’odieux sur d’Aiguillon, qui n’avait pas plus influé
dans l’affaire de M. de la Chalotais que le roi de Prusse[78]».
Choiseul, lui-même, à qui les pamphlétaires attribuaient également l’expédition
mise au compte de Praslin, protestait contre une telle invention, dans une lettre qu’il
adressait, le 27 mai 1770, au duc d’Aiguillon: «Rien n’est si faux, si criminel et si
bête que l’assertion de l’envoi d’un courrier de ma part, pour empêcher une
exécution quelconque, en Bretagne[79]».
Entre temps, la reconstitution du Parlement de Bretagne, qui s’opérait si
péniblement, quoiqu’en dise l’enthousiaste Soulavie, n’en restait pas moins une
source très vive de griefs toujours renaissants contre le gouverneur, que l’opinion
rendait responsable de l’ordonnance royale. Lui, d’Aiguillon, qui voyait l’orage
s’amonceler sur sa tête, reprenait son éternelle antienne: il demandait, une fois de
plus, les 11 et 16 février, à quitter la Bretagne[80]. Vainement, il avait déconseillé une
procédure qui pouvait mettre en péril le prestige du pouvoir central et la tranquillité
de la province; le ministre, indécis, irrésolu, s’arrêtait aux mesures les plus violentes,
pour désavouer presque aussitôt ses agents, en prêtant l’oreille aux intrigues de Cour.
revanche des Jésuites chassés de France. Il faut reconnaître aussi que l’instruction
avait commis maladresses sur maladresses. On avait éventré les bureaux du père et
du fils pour y trouver des preuves de leur félonie. Et le rapporteur Le Noir[75], aussi
bien que l’accusateur Calonne, avait fait du récit de ces perquisitions un pur
«amphigouri[76]».
Il n’en fallut pas tant pour présenter les La Chalotais comme des martyrs: ils
subissaient la plus étroite captivité[77] et les plus perfides interrogatoires. On affirma
même, très sérieusement, que, pendant une nuit, on avait dressé un échafaud pour les
exécuter dans l’intérieur de la prison; on avait vu entrer les planches et les madriers:
on avait entendu les coups de marteau qui les assemblaient. Et, naturellement, les
condamnés étaient innocents. C’était d’Aiguillon qui avait fabriqué les lettres
anonymes. L’indignation fut générale; et le Parlement de Paris lui-même en
murmura.
«La seule affaire dont on parlât, dit le prince de Croÿ dans son Journal (1766),
c’était la suite du procès criminel de MM. de La Chalotais où M. d’Aiguillon
paraissait avoir le dessous.»
Or, toutes ces nouvelles n’étaient, en majeure partie, que des racontars, ou, si
l’on préfère cette autre expression empruntée au même vocabulaire, un bluff
politique imaginé pour impressionner les masses. Ce sinistre convoi de planches,
entré nuitamment dans la tour, pour y être affecté à une destination plus sinistre
encore, était le matériel d’une équipe d’ouvriers qu’appelaient des réparations
urgentes. On avait imprimé que le ministre de la marine, Praslin, cousin de Choiseul,
avait expédié en toute hâte un courrier pour empêcher l’exécution. Cette fable avait
été imaginée, afin d’«en jeter l’odieux sur d’Aiguillon, qui n’avait pas plus influé
dans l’affaire de M. de la Chalotais que le roi de Prusse[78]».
Choiseul, lui-même, à qui les pamphlétaires attribuaient également l’expédition
mise au compte de Praslin, protestait contre une telle invention, dans une lettre qu’il
adressait, le 27 mai 1770, au duc d’Aiguillon: «Rien n’est si faux, si criminel et si
bête que l’assertion de l’envoi d’un courrier de ma part, pour empêcher une
exécution quelconque, en Bretagne[79]».
Entre temps, la reconstitution du Parlement de Bretagne, qui s’opérait si
péniblement, quoiqu’en dise l’enthousiaste Soulavie, n’en restait pas moins une
source très vive de griefs toujours renaissants contre le gouverneur, que l’opinion
rendait responsable de l’ordonnance royale. Lui, d’Aiguillon, qui voyait l’orage
s’amonceler sur sa tête, reprenait son éternelle antienne: il demandait, une fois de
plus, les 11 et 16 février, à quitter la Bretagne[80]. Vainement, il avait déconseillé une
procédure qui pouvait mettre en péril le prestige du pouvoir central et la tranquillité
de la province; le ministre, indécis, irrésolu, s’arrêtait aux mesures les plus violentes,
pour désavouer presque aussitôt ses agents, en prêtant l’oreille aux intrigues de Cour.
Page 41
Pas plus qu’il n’avait adhéré à la politique de sage et ferme modération préconisée
par d’Aiguillon, il n’eut égard à sa demande de rappel.
Le roi ne voulut pas en entendre parler: il fut convenu, cependant, que
d’Aiguillon ne «tiendrait pas les Etats» à la fin de l’année. Déjà, le 26 février, Saint-
Florentin lui avait écrit[81]: «Il n’y a que votre présence à Rennes qui puisse
maintenir le zèle des bons serviteurs du roi.»
Et puis Choiseul, alors grand favori de Louis XV, «cherchait à tenir éloigné, et en
Bretagne, le duc d’Aiguillon, celui de ses ennemis qu’il craignait le plus[82]». Aussi
avait-il su gré au prince de Croÿ d’avoir suivi ses conseils, en cessant de prétendre à
la succession d’un gouverneur qui voulait toujours s’en aller. Mais, ajoute le
mémorialiste, «le duc d’Aiguillon en fit tant qu’il fallut le rappeler (1766)». La
phrase est ambiguë: elle semble laisser entendre que le fonctionnaire commit de tels
excès de pouvoir qu’on dût en débarrasser le pays.
Ce qui est certain, c’est que les attaques redoublaient contre le despote, le
«Bacha», comme l’appellera plus tard Mᵐᵉ Du Deffand. Choiseul, qui, en 1765,
opinait pour «l’extrême rigueur», affirme d’Aiguillon, mais à la condition que celui-
ci la conseillât d’abord,—tactique devant inévitablement servir à le discréditer
davantage—Choiseul, en bon ami des philosophes, penchait secrètement pour les
prisonniers de Saint-Malo. Il le prouva, du reste, par une manœuvre, que les ennemis
de d’Aiguillon purent croire dirigée contre un homme, qu’on supposait acharné à la
perte des détenus.
Ceux-ci furent, en effet, transférés de Rennes, où ils étaient incarcérés depuis le Iᵉʳ
août, au château de la Bastille. Puis, en novembre, Louis XV, évoquant l’affaire à son
conseil, s’y faisait rendre compte de la procédure, et, pour en finir, exilait, le 20
décembre, à Saintes les La Chalotais.
Au reste, leur procès ne fut jamais jugé; mais, déjà, en 1767, les violences du
procureur général l’avaient singulièrement diminué auprès du grand public: car il
faut reconnaître que ce «patriote» qui, du fond de son noir cachot, acceptait, de
Saint-Florentin, la permission d’assister au mariage de sa fille, n’avait, ni épargné les
sarcasmes, ni ménagé les injures aux «gens du roi» et au nouveau Parlement, qu’il
prétendait vendus à la Cour et au duc d’Aiguillon, son ennemi personnel. C’était
ainsi qu’il considérait le commandant de Bretagne, bien que celui-ci eût plutôt
prêché l’indulgence et «voulu qu’on épuisât tous les moyens de justification de la
Chalotais[83]». Car, aux yeux des juges, les fameux billets anonymes, dont l’origine
restait mystérieuse, ne pouvaient plus avoir qu’une importance secondaire: mais, ce
qui était d’ordre supérieur et de vérité indiscutable dans ce procès essentiellement
politique, c’est qu’un agent du pouvoir avait résisté aux injonctions du roi et
méconnu les ordres du gouvernement, prévariqué, en un mot, pour seconder les vues
d’une aristocratie turbulente et rebelle, décidée à frapper d’impuissance l’autorité
royale, sous le prétexte spécieux, perpétuellement invoqué, que la «religion du
prince» avait été surprise par le ministre.
par d’Aiguillon, il n’eut égard à sa demande de rappel.
Le roi ne voulut pas en entendre parler: il fut convenu, cependant, que
d’Aiguillon ne «tiendrait pas les Etats» à la fin de l’année. Déjà, le 26 février, Saint-
Florentin lui avait écrit[81]: «Il n’y a que votre présence à Rennes qui puisse
maintenir le zèle des bons serviteurs du roi.»
Et puis Choiseul, alors grand favori de Louis XV, «cherchait à tenir éloigné, et en
Bretagne, le duc d’Aiguillon, celui de ses ennemis qu’il craignait le plus[82]». Aussi
avait-il su gré au prince de Croÿ d’avoir suivi ses conseils, en cessant de prétendre à
la succession d’un gouverneur qui voulait toujours s’en aller. Mais, ajoute le
mémorialiste, «le duc d’Aiguillon en fit tant qu’il fallut le rappeler (1766)». La
phrase est ambiguë: elle semble laisser entendre que le fonctionnaire commit de tels
excès de pouvoir qu’on dût en débarrasser le pays.
Ce qui est certain, c’est que les attaques redoublaient contre le despote, le
«Bacha», comme l’appellera plus tard Mᵐᵉ Du Deffand. Choiseul, qui, en 1765,
opinait pour «l’extrême rigueur», affirme d’Aiguillon, mais à la condition que celui-
ci la conseillât d’abord,—tactique devant inévitablement servir à le discréditer
davantage—Choiseul, en bon ami des philosophes, penchait secrètement pour les
prisonniers de Saint-Malo. Il le prouva, du reste, par une manœuvre, que les ennemis
de d’Aiguillon purent croire dirigée contre un homme, qu’on supposait acharné à la
perte des détenus.
Ceux-ci furent, en effet, transférés de Rennes, où ils étaient incarcérés depuis le Iᵉʳ
août, au château de la Bastille. Puis, en novembre, Louis XV, évoquant l’affaire à son
conseil, s’y faisait rendre compte de la procédure, et, pour en finir, exilait, le 20
décembre, à Saintes les La Chalotais.
Au reste, leur procès ne fut jamais jugé; mais, déjà, en 1767, les violences du
procureur général l’avaient singulièrement diminué auprès du grand public: car il
faut reconnaître que ce «patriote» qui, du fond de son noir cachot, acceptait, de
Saint-Florentin, la permission d’assister au mariage de sa fille, n’avait, ni épargné les
sarcasmes, ni ménagé les injures aux «gens du roi» et au nouveau Parlement, qu’il
prétendait vendus à la Cour et au duc d’Aiguillon, son ennemi personnel. C’était
ainsi qu’il considérait le commandant de Bretagne, bien que celui-ci eût plutôt
prêché l’indulgence et «voulu qu’on épuisât tous les moyens de justification de la
Chalotais[83]». Car, aux yeux des juges, les fameux billets anonymes, dont l’origine
restait mystérieuse, ne pouvaient plus avoir qu’une importance secondaire: mais, ce
qui était d’ordre supérieur et de vérité indiscutable dans ce procès essentiellement
politique, c’est qu’un agent du pouvoir avait résisté aux injonctions du roi et
méconnu les ordres du gouvernement, prévariqué, en un mot, pour seconder les vues
d’une aristocratie turbulente et rebelle, décidée à frapper d’impuissance l’autorité
royale, sous le prétexte spécieux, perpétuellement invoqué, que la «religion du
prince» avait été surprise par le ministre.
Page 42
Mais alors que La Chalotais disparaissait en quelque sorte de la scène, cette
noblesse bretonne, loin de désarmer, continuait la lutte avec plus d’acharnement que
jamais.
Pendant que d’Aiguillon était en Touraine, tout entier au charme d’une
villégiature que goûtait avec lui sa petite cour, on racontait à Paris qu’il était exilé à
Veretz. Lui n’en savait pas un traître mot et ne s’en portait que mieux. Son médecin
l’avait mis au lait d’ânesse[84]. D’Aiguillon, comme la plupart des ambitieux et
surtout des ambitieux qui cachent leur jeu, était bilieux de tempérament; et la moitié
de sa vie (la correspondance de la duchesse le dit assez), se passa en traitements de
toute sorte chez lui, ou dans les stations d’eaux thermales, sans que son teint couleur
citron en fût sensiblement modifié.
Mais cette quiétude devait bientôt finir. La convocation des Etats, où d’Aiguillon
allait paraître en qualité de premier commissaire, était urgente: la tradition voulait
que cette réunion fût biennale, en raison du vote des impôts. Et l’aristocratie
bretonne, bien que peu satisfaite de l’issue du procès Chalotiste, avait conscience que
son ennemi en revenait à Rennes singulièrement amoindri. Aussi lui ménageait-elle
de nouvelles et désagréables surprises. D’Aiguillon s’y attendait d’ailleurs et s’y
préparait peu philosophiquement, nous dit Belleval[85] admis dans son intimité. Le 9
octobre 1766, le jeune officier avait été prié à souper par la duchesse; et comme il
n’était pas de service, il s’était rendu à l’invitation, d’autant que le duc, ainsi que la
duchesse, lui avaient «toujours témoigné beaucoup de bonté». Ce soir-là, d’Aiguillon
avait convié quelques amis. Il leur annonça qu’il avait pris congé du roi pour aller
tenir les États de Bretagne. Il n’en était pas autrement charmé, et il l’avouait d’un ton
si piteux que tout le monde se mit à rire.
—Et vous, le premier, dit-il, en marchant sur Belleval, vous, monsieur le rieur,
«allez-y donc à ma place, si cela vous amuse ou si vous croyez que je plaisante:
j’aimerais mieux brider des ours que des Bretons.
«Je lui répondis, continue Belleval, que je le croyais sur parole et qu’il s’entendait
mieux que moi à faire le service du roi, attendu que je ne sais ni brider les ours, ni les
Bretons.»
Avant de risquer toutes ces plaisanteries, on s’était assuré qu’il ne se trouvait
aucun fils d’Armor dans l’assemblée. L’entrée de la marquise de Guesbriant mit fin à
ce badinage, que la duchesse n’eût d’ailleurs pas toléré, en présence de cette dame, sa
parente, qu’elle aimait beaucoup et qu’elle avait présentée au roi pour être dame
d’honneur de la princesse de Lamballe.
La Noue, un fidèle, lui aussi, de M. d’Aiguillon, n’était guère plus optimiste que
le principal intéressé. Il confie ses inquiétudes et même ses angoisses à Fontette[86],
de passage à Rennes, où la duchesse le reverra avec plaisir, car elle le «maintient
honnête et galant homme». La Noue ne tarit pas d’éloges sur Mᵐᵉ d’Aiguillon:
noblesse bretonne, loin de désarmer, continuait la lutte avec plus d’acharnement que
jamais.
Pendant que d’Aiguillon était en Touraine, tout entier au charme d’une
villégiature que goûtait avec lui sa petite cour, on racontait à Paris qu’il était exilé à
Veretz. Lui n’en savait pas un traître mot et ne s’en portait que mieux. Son médecin
l’avait mis au lait d’ânesse[84]. D’Aiguillon, comme la plupart des ambitieux et
surtout des ambitieux qui cachent leur jeu, était bilieux de tempérament; et la moitié
de sa vie (la correspondance de la duchesse le dit assez), se passa en traitements de
toute sorte chez lui, ou dans les stations d’eaux thermales, sans que son teint couleur
citron en fût sensiblement modifié.
Mais cette quiétude devait bientôt finir. La convocation des Etats, où d’Aiguillon
allait paraître en qualité de premier commissaire, était urgente: la tradition voulait
que cette réunion fût biennale, en raison du vote des impôts. Et l’aristocratie
bretonne, bien que peu satisfaite de l’issue du procès Chalotiste, avait conscience que
son ennemi en revenait à Rennes singulièrement amoindri. Aussi lui ménageait-elle
de nouvelles et désagréables surprises. D’Aiguillon s’y attendait d’ailleurs et s’y
préparait peu philosophiquement, nous dit Belleval[85] admis dans son intimité. Le 9
octobre 1766, le jeune officier avait été prié à souper par la duchesse; et comme il
n’était pas de service, il s’était rendu à l’invitation, d’autant que le duc, ainsi que la
duchesse, lui avaient «toujours témoigné beaucoup de bonté». Ce soir-là, d’Aiguillon
avait convié quelques amis. Il leur annonça qu’il avait pris congé du roi pour aller
tenir les États de Bretagne. Il n’en était pas autrement charmé, et il l’avouait d’un ton
si piteux que tout le monde se mit à rire.
—Et vous, le premier, dit-il, en marchant sur Belleval, vous, monsieur le rieur,
«allez-y donc à ma place, si cela vous amuse ou si vous croyez que je plaisante:
j’aimerais mieux brider des ours que des Bretons.
«Je lui répondis, continue Belleval, que je le croyais sur parole et qu’il s’entendait
mieux que moi à faire le service du roi, attendu que je ne sais ni brider les ours, ni les
Bretons.»
Avant de risquer toutes ces plaisanteries, on s’était assuré qu’il ne se trouvait
aucun fils d’Armor dans l’assemblée. L’entrée de la marquise de Guesbriant mit fin à
ce badinage, que la duchesse n’eût d’ailleurs pas toléré, en présence de cette dame, sa
parente, qu’elle aimait beaucoup et qu’elle avait présentée au roi pour être dame
d’honneur de la princesse de Lamballe.
La Noue, un fidèle, lui aussi, de M. d’Aiguillon, n’était guère plus optimiste que
le principal intéressé. Il confie ses inquiétudes et même ses angoisses à Fontette[86],
de passage à Rennes, où la duchesse le reverra avec plaisir, car elle le «maintient
honnête et galant homme». La Noue ne tarit pas d’éloges sur Mᵐᵉ d’Aiguillon:
Page 43
«C’est une femme pleine de sens, de connaissance, bonne, vraie, droite, courageuse,
capable d’amitié».
La situation du commandant de Bretagne était, en effet, assez difficile à Rennes,
en cette année qu’on aurait pu appeler l’année des trois duchesses. Des questions
d’étiquette venaient encore la compliquer[87]. Nous voyons sur le registre des
délibérations des Etats qu’on avait nommé trois députations des membres des trois
ordres pour aller «complimenter suivant l’usage» la douairière, la duchesse
d’Aiguillon et la duchesse de la Trémoïlle—le mari de cette dame devant présider
l’ordre de la noblesse aux Etats.
Or, le duc d’Aiguillon, avec sa morgue native, qu’exaspérait encore sa rancune,
acquise, contre l’aristocratie bretonne, avait froissé le duc de la Trémoïlle, en ne
faisant pas arrêter sa voiture pour recevoir ce personnage, alors qu’il était à la tête de
la noblesse[88]. Faut-il attribuer à ce manque d’égards la mollesse que le ministère
reprochait au nouveau président? Le rôle de la Trémoïlle ne laissait pas d’ailleurs que
d’être difficile. L’opposition avait des prétentions inadmissibles et des exigences
inacceptables. La Trémoïlle résistait de son mieux. Alors le tumulte se déchaînait
dans la salle. C’était, au milieu de cris d’animaux, une obstruction perpétuelle. Le
duc, qui n’avait pas l’habitude des tempêtes parlementaires, restait souvent muet.
Etait-ce là «composer avec les brouillons et les mutins?» Ceux-ci, en tout cas, ne lui
ménageaient guère les avanies. Aussi, MMᵐᵉˢ de la Trémoïlle—la mère et la fille,
également duchesse—avaient-elles suspendu leurs réceptions; et il avait fallu que
Mᵐᵉ d’Aiguillon reprît les siennes, quoique à peine remise d’une «forte migraine et
d’une petite ébullition». Son salon n’en avait été que «plus honnêtement rempli[89]».
Entre temps, Fontette signalait à son ami un épisode de la guerre de pamphlets
qui sévissait alors en Bretagne: c’était l’apparition d’un «écrit abominable et plat, en
forme de dialogue des morts» où le cardinal de Richelieu et son arrière-petit-neveu
d’Aiguillon étaient drapés de la belle façon: hélas! disait Fontette, on ne punit pas
assez sévèrement les auteurs de libelles—comme si le camp ennemi eût été seul à se
servir de telles armes.
En sa qualité de premier commissaire, d’Aiguillon avait lu aux Etats, le 10 janvier
1767, une lettre qu’il disait avoir reçue du roi et qui défendait formellement «aux
Bretons de s’occuper des affaires de son Parlement». Les Etats répondirent par un
éclat de rire. Mais d’Aiguillon était pressé d’agir par le contrôleur général Laverdy
qui avait besoin d’argent; et il ne cessait de répéter aux ministres ses perpétuelles
variations sur le proverbe: Patience et longueur de temps, etc. Il les accompagnait de
récriminations amères contre l’incohérence et les inconséquences du pouvoir central,
qui avait si lestement soustrait le procès des Chalotistes à la juridiction du Parlement
de Rennes, et contre la correspondance scandaleuse des princes du sang avec les
factieux.
Le ministère le savait de reste; il en souffrait, mais n’aimait pas qu’on lui en
rabattît les oreilles. Il eût voulu que d’Aiguillon montrât plus d’initiative et surtout
capable d’amitié».
La situation du commandant de Bretagne était, en effet, assez difficile à Rennes,
en cette année qu’on aurait pu appeler l’année des trois duchesses. Des questions
d’étiquette venaient encore la compliquer[87]. Nous voyons sur le registre des
délibérations des Etats qu’on avait nommé trois députations des membres des trois
ordres pour aller «complimenter suivant l’usage» la douairière, la duchesse
d’Aiguillon et la duchesse de la Trémoïlle—le mari de cette dame devant présider
l’ordre de la noblesse aux Etats.
Or, le duc d’Aiguillon, avec sa morgue native, qu’exaspérait encore sa rancune,
acquise, contre l’aristocratie bretonne, avait froissé le duc de la Trémoïlle, en ne
faisant pas arrêter sa voiture pour recevoir ce personnage, alors qu’il était à la tête de
la noblesse[88]. Faut-il attribuer à ce manque d’égards la mollesse que le ministère
reprochait au nouveau président? Le rôle de la Trémoïlle ne laissait pas d’ailleurs que
d’être difficile. L’opposition avait des prétentions inadmissibles et des exigences
inacceptables. La Trémoïlle résistait de son mieux. Alors le tumulte se déchaînait
dans la salle. C’était, au milieu de cris d’animaux, une obstruction perpétuelle. Le
duc, qui n’avait pas l’habitude des tempêtes parlementaires, restait souvent muet.
Etait-ce là «composer avec les brouillons et les mutins?» Ceux-ci, en tout cas, ne lui
ménageaient guère les avanies. Aussi, MMᵐᵉˢ de la Trémoïlle—la mère et la fille,
également duchesse—avaient-elles suspendu leurs réceptions; et il avait fallu que
Mᵐᵉ d’Aiguillon reprît les siennes, quoique à peine remise d’une «forte migraine et
d’une petite ébullition». Son salon n’en avait été que «plus honnêtement rempli[89]».
Entre temps, Fontette signalait à son ami un épisode de la guerre de pamphlets
qui sévissait alors en Bretagne: c’était l’apparition d’un «écrit abominable et plat, en
forme de dialogue des morts» où le cardinal de Richelieu et son arrière-petit-neveu
d’Aiguillon étaient drapés de la belle façon: hélas! disait Fontette, on ne punit pas
assez sévèrement les auteurs de libelles—comme si le camp ennemi eût été seul à se
servir de telles armes.
En sa qualité de premier commissaire, d’Aiguillon avait lu aux Etats, le 10 janvier
1767, une lettre qu’il disait avoir reçue du roi et qui défendait formellement «aux
Bretons de s’occuper des affaires de son Parlement». Les Etats répondirent par un
éclat de rire. Mais d’Aiguillon était pressé d’agir par le contrôleur général Laverdy
qui avait besoin d’argent; et il ne cessait de répéter aux ministres ses perpétuelles
variations sur le proverbe: Patience et longueur de temps, etc. Il les accompagnait de
récriminations amères contre l’incohérence et les inconséquences du pouvoir central,
qui avait si lestement soustrait le procès des Chalotistes à la juridiction du Parlement
de Rennes, et contre la correspondance scandaleuse des princes du sang avec les
factieux.
Le ministère le savait de reste; il en souffrait, mais n’aimait pas qu’on lui en
rabattît les oreilles. Il eût voulu que d’Aiguillon montrât plus d’initiative et surtout
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moins de lenteur, d’autant que Louis XV, passant, suivant son habitude, par-dessus la
tête de ses ministres, correspondait directement avec «les mutins»—c’était l’anarchie
et le gâchis[90].
Et cependant le gouvernement ne pouvait nier que d’Aiguillon ne fût un agent
consciencieux, préoccupé de faire prévaloir les droits de l’autorité royale. Laverdy
n’écrivait-il pas, le 16 mars 1767, que «d’Aiguillon et Flesselles avaient tiré le
meilleur parti d’une situation désespérée[91]».
Les Etats venaient seulement de voter les impôts et ne devaient se séparer que le
23 mai, au milieu d’une recrudescence d’injures, de calomnies et de libelles à
l’adresse du gouverneur—campagne à laquelle se mêlait une ténébreuse histoire de
poisons, imaginée par les Chalotistes et visant un partisan de d’Aiguillon, l’ex-jésuite
Clémenceau.
C’est probablement à cette époque qu’il faut placer un billet écrit en 1767[92],
mais sans date précise, par le duc au chevalier de Balleroy, billet où il parle, à mots
couverts, de ses négociations, d’intrigues multiples, etc... D’Aiguillon est bien
l’homme de son style, méfiant, timoré, indécis, mystérieux, sous l’aspect sombre et
l’attitude hautaine que lui prêtent ses ennemis et qu’il croit être de la dignité.
La duchesse avait une allure bien différente. Elle était franche, crâne même et
marchait droit au but.—Elle était venue à Paris pendant que son mari restait en
Bretagne. Fontette l’eût désirée à Rennes. Mais «elle ne peut être partout. Elle est
bien aussi utile à M. d’Aiguillon à Paris qu’ici, et par cela seul je suis consolé de l’y
savoir[93]».
La Noue, d’ailleurs, ne tarde pas à rassurer son ami. Il dit même que l’«absence»
ou la «présence» du principal intéressé à la Cour semble «indifférente», Mᵐᵉ
d’Aiguillon ne quittant pas Versailles. «Favorite de la reine, elle est appelée chez sa
maîtresse dans les moments les plus particuliers» et, là, le roi «peut causer avec Mᵐᵉ
d’Aiguillon, qui le guide sur toutes les affaires de l’Etat et particulièrement de la
Bretagne».
Nous ne croyons pas que la duchesse ait jamais eu la prétention d’être l’Egérie
d’un monarque qui n’était ni sûr dans ses relations, ni constant dans ses idées. Les
ambitions de Mᵐᵉ d’Aiguillon se bornaient à défendre la réputation et l’honneur de
son mari, comme elle employait son crédit (La Noue l’avait bien jugée) à servir les
intérêts de ses amis. Et ce sera le duc, il fallait s’y attendre, qui en aura toute la
gloire. N’écrit-elle pas de Versailles, en octobre 1767, au chevalier de Balleroy[94],
que le concours de M. d’Aiguillon lui était tout acquis.
A cette époque, en effet, le gouverneur de Bretagne avait repris faveur à la Cour.
Et l’on a vu que la duchesse n’y avait épargné ni son temps, ni sa peine.
Mais la tâche n’avait pas laissé que d’être difficile. La résistance de la noblesse
aux demandes du roi, sa turbulence avaient provoqué un tel scandale que, peu de
temps avant la clôture des Etats, le gouvernement avait invité son premier
tête de ses ministres, correspondait directement avec «les mutins»—c’était l’anarchie
et le gâchis[90].
Et cependant le gouvernement ne pouvait nier que d’Aiguillon ne fût un agent
consciencieux, préoccupé de faire prévaloir les droits de l’autorité royale. Laverdy
n’écrivait-il pas, le 16 mars 1767, que «d’Aiguillon et Flesselles avaient tiré le
meilleur parti d’une situation désespérée[91]».
Les Etats venaient seulement de voter les impôts et ne devaient se séparer que le
23 mai, au milieu d’une recrudescence d’injures, de calomnies et de libelles à
l’adresse du gouverneur—campagne à laquelle se mêlait une ténébreuse histoire de
poisons, imaginée par les Chalotistes et visant un partisan de d’Aiguillon, l’ex-jésuite
Clémenceau.
C’est probablement à cette époque qu’il faut placer un billet écrit en 1767[92],
mais sans date précise, par le duc au chevalier de Balleroy, billet où il parle, à mots
couverts, de ses négociations, d’intrigues multiples, etc... D’Aiguillon est bien
l’homme de son style, méfiant, timoré, indécis, mystérieux, sous l’aspect sombre et
l’attitude hautaine que lui prêtent ses ennemis et qu’il croit être de la dignité.
La duchesse avait une allure bien différente. Elle était franche, crâne même et
marchait droit au but.—Elle était venue à Paris pendant que son mari restait en
Bretagne. Fontette l’eût désirée à Rennes. Mais «elle ne peut être partout. Elle est
bien aussi utile à M. d’Aiguillon à Paris qu’ici, et par cela seul je suis consolé de l’y
savoir[93]».
La Noue, d’ailleurs, ne tarde pas à rassurer son ami. Il dit même que l’«absence»
ou la «présence» du principal intéressé à la Cour semble «indifférente», Mᵐᵉ
d’Aiguillon ne quittant pas Versailles. «Favorite de la reine, elle est appelée chez sa
maîtresse dans les moments les plus particuliers» et, là, le roi «peut causer avec Mᵐᵉ
d’Aiguillon, qui le guide sur toutes les affaires de l’Etat et particulièrement de la
Bretagne».
Nous ne croyons pas que la duchesse ait jamais eu la prétention d’être l’Egérie
d’un monarque qui n’était ni sûr dans ses relations, ni constant dans ses idées. Les
ambitions de Mᵐᵉ d’Aiguillon se bornaient à défendre la réputation et l’honneur de
son mari, comme elle employait son crédit (La Noue l’avait bien jugée) à servir les
intérêts de ses amis. Et ce sera le duc, il fallait s’y attendre, qui en aura toute la
gloire. N’écrit-elle pas de Versailles, en octobre 1767, au chevalier de Balleroy[94],
que le concours de M. d’Aiguillon lui était tout acquis.
A cette époque, en effet, le gouverneur de Bretagne avait repris faveur à la Cour.
Et l’on a vu que la duchesse n’y avait épargné ni son temps, ni sa peine.
Mais la tâche n’avait pas laissé que d’être difficile. La résistance de la noblesse
aux demandes du roi, sa turbulence avaient provoqué un tel scandale que, peu de
temps avant la clôture des Etats, le gouvernement avait invité son premier
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commissaire à lui établir un projet de règlement pour la tenue de ces mêmes Etats.
D’Aiguillon obéit; mais, comme il avait toujours l’appréhension des responsabilités,
il voulut renvoyer à une session ultérieure la lecture et l’application du règlement. Il
fallut que le ministère insistât énergiquement, pour que le duc se décidât à lire son
projet le 23 mai, c’est-à-dire le jour même de la clôture des Etats.
Et, convaincu, d’autre part, que cette nouvelle exigence du pouvoir central le
rendrait, lui d’Aiguillon, encore plus odieux aux Bretons, il eut hâte de les quitter.
Mais, comme toujours, Saint-Florentin s’opposait au départ de son neveu. La
duchesse douairière quitta immédiatement Rennes pour Versailles, et, le 2 juin, elle
obtenait haut la main le rappel de son fils[95].
D’Aiguillon, malgré qu’il eût, par intervalles, en raison de son tempérament
bilieux, de terribles colères contre cette noblesse qui le vilipendait, d’Aiguillon
s’appliquait encore à la ménager. Sans tenir compte des objurgations de ses amis qui
lui reprochaient de s’obstiner à «vouloir être bon», il usait à peine des pouvoirs
discrétionnaires qu’il tenait du gouvernement, même contre les «bastionnaires»—on
appelait ainsi les chefs du bloc formé par l’opposition de l’aristocratie.
D’Aiguillon avait pour lui, aux Etats, le Tiers et une notable partie du clergé: il
aurait même eu la grande majorité de la noblesse, sans une poignée de cabaleurs qui
menaçaient leurs collègues hésitants de vengeances terribles, le jour où les
démissionnaires remonteraient sur leurs sièges du Parlement: car ils savaient bien
qu’il n’y avait pas de coalition possible entre les Etats et le bailliage d’Aiguillon.
En tout cas, quoique le ministère appelât «irrésolution et timidité» ce que le
commandant de Bretagne nommait «circonspection et fermeté», d’Aiguillon trouva,
quand il revint à Versailles, tout un cortège d’admirateurs. D’ardentes imaginations,
éprises de couleur locale, le représentèrent, sur ce littoral semé de récifs, «rocher au
milieu des vagues». Et le jour où il parut devant le roi pour lui faire sa cour:
—Vous vous êtes conduit comme un ange, lui dit Louis XV.
D’Aiguillon obéit; mais, comme il avait toujours l’appréhension des responsabilités,
il voulut renvoyer à une session ultérieure la lecture et l’application du règlement. Il
fallut que le ministère insistât énergiquement, pour que le duc se décidât à lire son
projet le 23 mai, c’est-à-dire le jour même de la clôture des Etats.
Et, convaincu, d’autre part, que cette nouvelle exigence du pouvoir central le
rendrait, lui d’Aiguillon, encore plus odieux aux Bretons, il eut hâte de les quitter.
Mais, comme toujours, Saint-Florentin s’opposait au départ de son neveu. La
duchesse douairière quitta immédiatement Rennes pour Versailles, et, le 2 juin, elle
obtenait haut la main le rappel de son fils[95].
D’Aiguillon, malgré qu’il eût, par intervalles, en raison de son tempérament
bilieux, de terribles colères contre cette noblesse qui le vilipendait, d’Aiguillon
s’appliquait encore à la ménager. Sans tenir compte des objurgations de ses amis qui
lui reprochaient de s’obstiner à «vouloir être bon», il usait à peine des pouvoirs
discrétionnaires qu’il tenait du gouvernement, même contre les «bastionnaires»—on
appelait ainsi les chefs du bloc formé par l’opposition de l’aristocratie.
D’Aiguillon avait pour lui, aux Etats, le Tiers et une notable partie du clergé: il
aurait même eu la grande majorité de la noblesse, sans une poignée de cabaleurs qui
menaçaient leurs collègues hésitants de vengeances terribles, le jour où les
démissionnaires remonteraient sur leurs sièges du Parlement: car ils savaient bien
qu’il n’y avait pas de coalition possible entre les Etats et le bailliage d’Aiguillon.
En tout cas, quoique le ministère appelât «irrésolution et timidité» ce que le
commandant de Bretagne nommait «circonspection et fermeté», d’Aiguillon trouva,
quand il revint à Versailles, tout un cortège d’admirateurs. D’ardentes imaginations,
éprises de couleur locale, le représentèrent, sur ce littoral semé de récifs, «rocher au
milieu des vagues». Et le jour où il parut devant le roi pour lui faire sa cour:
—Vous vous êtes conduit comme un ange, lui dit Louis XV.
Page 46
Les Etats «intermédiaires».—Chasse aux «Mandrins».—La coterie des
«Bastionnaires» et la pacification de la Bretagne.—Les variations du
contrôleur général, d’après d’Aiguillon.—Démission.—Cérémonial des
obsèques d’une reine.—Un cocher en couches.—Le duc de Penthièvre
jugé par Mᵐᵉ d’Aiguillon.—La duchesse est ravie de voir son mari «hors
d’une indigne galère».—Ce qu’en pense d’Aiguillon.
C’est dans le courant de l’année 1768 que s’engage réellement la double
correspondance de la duchesse d’Aiguillon et de son mari avec le chevalier
de Balleroy, l’une plus rare et roulant de préférence sur les choses de la
politique, celle de la duchesse autrement variée, souvent à bâtons rompus,
mais vive et piquante, volontiers pittoresque, demandant et acceptant sans
arrière-pensée les mêmes services que peut lui rendre le complaisant
célibataire, et s’employant pour lui, à la Cour, avec autant de
désintéressement empressé et sincère, qu’il en apporte lui-même à
témoigner de son loyalisme envers ses nobles patrons.
«Je n’ai pas besoin de vous dire, Monsieur le Chevalier, lui écrit-elle,
combien votre situation m’occupe: vous n’en devez pas douter, connaissant
ma façon de penser... Mais il est bien difficile de raisonner par lettre,
comme on voudrait. Il y a des choses sur lesquelles, en se voyant, en quatre
paroles, on s’explique très aisément, au lieu que, par lettre, il faut tant de
phrases et de périphrases, encore souvent pour ne se pas entendre[96]...»
Aussi, comme elle est sur le point de partir pour Veretz, invite-t-elle
Balleroy à l’y rejoindre; au moins pourront-ils y causer librement.
L’appréhension du Cabinet noir—cette institution permanente—se laisse
pressentir ici, comme dans toutes les correspondances du temps.
Mais le départ de Mᵐᵉ d’Aiguillon avait été précédé de notables
événements qu’il importe de rappeler.
Des Etats extraordinaires—intermédiaires ainsi qu’on les nommait
encore—s’étaient ouverts à Saint-Brieuc, au commencement de 1768,
présidés par l’évêque du diocèse, Girac[97], un des rares prélats qui fussent
hostiles à d’Aiguillon, par le duc de Duras, et par un magistrat, Ogier, qui
était le premier commissaire, «en réalité le porte-parole» du gouverneur[98].
Un bon billet qu’avait là le duc d’Aiguillon!
La «réalité», c’était l’entente tacite des deux représentants de la noblesse
et du clergé «pour ramener la réconciliation de l’opposition bretonne avec
«Bastionnaires» et la pacification de la Bretagne.—Les variations du
contrôleur général, d’après d’Aiguillon.—Démission.—Cérémonial des
obsèques d’une reine.—Un cocher en couches.—Le duc de Penthièvre
jugé par Mᵐᵉ d’Aiguillon.—La duchesse est ravie de voir son mari «hors
d’une indigne galère».—Ce qu’en pense d’Aiguillon.
C’est dans le courant de l’année 1768 que s’engage réellement la double
correspondance de la duchesse d’Aiguillon et de son mari avec le chevalier
de Balleroy, l’une plus rare et roulant de préférence sur les choses de la
politique, celle de la duchesse autrement variée, souvent à bâtons rompus,
mais vive et piquante, volontiers pittoresque, demandant et acceptant sans
arrière-pensée les mêmes services que peut lui rendre le complaisant
célibataire, et s’employant pour lui, à la Cour, avec autant de
désintéressement empressé et sincère, qu’il en apporte lui-même à
témoigner de son loyalisme envers ses nobles patrons.
«Je n’ai pas besoin de vous dire, Monsieur le Chevalier, lui écrit-elle,
combien votre situation m’occupe: vous n’en devez pas douter, connaissant
ma façon de penser... Mais il est bien difficile de raisonner par lettre,
comme on voudrait. Il y a des choses sur lesquelles, en se voyant, en quatre
paroles, on s’explique très aisément, au lieu que, par lettre, il faut tant de
phrases et de périphrases, encore souvent pour ne se pas entendre[96]...»
Aussi, comme elle est sur le point de partir pour Veretz, invite-t-elle
Balleroy à l’y rejoindre; au moins pourront-ils y causer librement.
L’appréhension du Cabinet noir—cette institution permanente—se laisse
pressentir ici, comme dans toutes les correspondances du temps.
Mais le départ de Mᵐᵉ d’Aiguillon avait été précédé de notables
événements qu’il importe de rappeler.
Des Etats extraordinaires—intermédiaires ainsi qu’on les nommait
encore—s’étaient ouverts à Saint-Brieuc, au commencement de 1768,
présidés par l’évêque du diocèse, Girac[97], un des rares prélats qui fussent
hostiles à d’Aiguillon, par le duc de Duras, et par un magistrat, Ogier, qui
était le premier commissaire, «en réalité le porte-parole» du gouverneur[98].
Un bon billet qu’avait là le duc d’Aiguillon!
La «réalité», c’était l’entente tacite des deux représentants de la noblesse
et du clergé «pour ramener la réconciliation de l’opposition bretonne avec
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le ministère, réconciliation dont le gouverneur devait faire les frais[99]».
Celui-ci n’avait été, même à Versailles, que le héros d’un jour. Les amis
des «bastionnaires» recommençaient la campagne: «Le duc de Rohan, écrit
La Noue à Fontette, le 10 février, a refusé le salut à M. d’Aiguillon, et sa
femme à notre duchesse, sans qu’ils sachent l’un et l’autre d’où provient
cette bouderie[100]».
A Saint-Brieuc, les opérations se poursuivaient activement. «Les Etats
prennent une délibération, pour rembarquer les généraux de Broc, Balleroy,
Barrin, La Noue, qui mangent la province et que M. d’Aiguillon y avait
entrés contre l’usage; et il faut espérer qu’ils en viendront à bout, et que,
peu à peu, on chassera en détail ces Mandrins[101]...»
On comprend si cette exécution dut toucher «notre duchesse».
M. de Calan, qui n’est certes pas un apologiste du gouverneur, est bien
obligé cependant de reconnaître et de signaler les petites vilenies mises en
œuvre pour forcer la main au roi et lui faire remplacer un ministre
«désagréable au parti dominateur», par un homme qui sera «l’instrument de
ce même parti». Cet impôt, qui semblait écrasant quand il était réclamé par
d’Aiguillon, est voté avec enthousiasme sur la proposition de M. de Duras.
Les pamphlets gémissent sur la misère du peuple; et «à Saint-Brieuc c’est
un bal perpétuel».
Bientôt il semble qu’un mot d’ordre soit donné, exprimé à peu près
partout dans les mêmes termes, «que la tranquillité ne peut se rétablir en
Bretagne que par la retraite de d’Aiguillon[102]»... Maupeou doit le
démontrer, s’il veut obtenir la place de chancelier. Et Mᵐᵉ Du Deffand écrit,
le 10 mai, à l’abbé Barthélemy: «Je fus lundi à souper, à Ruel, chez Mᵐᵉ
d’Aiguillon (la mère, sa grande amie) avec le chevalier de Listenoy et
l’évêque de Saint-Brieuc. Celui-ci me raconta toute la Bretagne... Un
honnête homme, sur son récit, en doit conclure que jamais l’ordre ne sera
rétabli dans cette province, tant que le duc d’Aiguillon y commandera. Si
j’étais le maître, je n’hésiterais pas un moment à envoyer M. de Penthièvre
tenir les prochains Etats jusqu’à ce que la paix y fût complètement
rétablie[103].»
Et ce n’était pas seulement l’entente commune d’une opposition
marchant avec une exacte discipline qui avait entraîné ainsi l’opinion;
c’était encore la presse, par ses journaux-pamphlets et par ses libelles, échos
des philosophes, des jansénistes et des parlementaires, qui mettaient
Celui-ci n’avait été, même à Versailles, que le héros d’un jour. Les amis
des «bastionnaires» recommençaient la campagne: «Le duc de Rohan, écrit
La Noue à Fontette, le 10 février, a refusé le salut à M. d’Aiguillon, et sa
femme à notre duchesse, sans qu’ils sachent l’un et l’autre d’où provient
cette bouderie[100]».
A Saint-Brieuc, les opérations se poursuivaient activement. «Les Etats
prennent une délibération, pour rembarquer les généraux de Broc, Balleroy,
Barrin, La Noue, qui mangent la province et que M. d’Aiguillon y avait
entrés contre l’usage; et il faut espérer qu’ils en viendront à bout, et que,
peu à peu, on chassera en détail ces Mandrins[101]...»
On comprend si cette exécution dut toucher «notre duchesse».
M. de Calan, qui n’est certes pas un apologiste du gouverneur, est bien
obligé cependant de reconnaître et de signaler les petites vilenies mises en
œuvre pour forcer la main au roi et lui faire remplacer un ministre
«désagréable au parti dominateur», par un homme qui sera «l’instrument de
ce même parti». Cet impôt, qui semblait écrasant quand il était réclamé par
d’Aiguillon, est voté avec enthousiasme sur la proposition de M. de Duras.
Les pamphlets gémissent sur la misère du peuple; et «à Saint-Brieuc c’est
un bal perpétuel».
Bientôt il semble qu’un mot d’ordre soit donné, exprimé à peu près
partout dans les mêmes termes, «que la tranquillité ne peut se rétablir en
Bretagne que par la retraite de d’Aiguillon[102]»... Maupeou doit le
démontrer, s’il veut obtenir la place de chancelier. Et Mᵐᵉ Du Deffand écrit,
le 10 mai, à l’abbé Barthélemy: «Je fus lundi à souper, à Ruel, chez Mᵐᵉ
d’Aiguillon (la mère, sa grande amie) avec le chevalier de Listenoy et
l’évêque de Saint-Brieuc. Celui-ci me raconta toute la Bretagne... Un
honnête homme, sur son récit, en doit conclure que jamais l’ordre ne sera
rétabli dans cette province, tant que le duc d’Aiguillon y commandera. Si
j’étais le maître, je n’hésiterais pas un moment à envoyer M. de Penthièvre
tenir les prochains Etats jusqu’à ce que la paix y fût complètement
rétablie[103].»
Et ce n’était pas seulement l’entente commune d’une opposition
marchant avec une exacte discipline qui avait entraîné ainsi l’opinion;
c’était encore la presse, par ses journaux-pamphlets et par ses libelles, échos
des philosophes, des jansénistes et des parlementaires, qui mettaient
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habilement en scène le martyre de la Chalotais, pour expliquer le
soulèvement de la Bretagne tout entière contre son tyran. Celui-ci avait
assurément des amis qualifiés pour répondre, amis qui s’acquittaient avec
conviction de cette tâche, mais par intermittences et non sans hésitations.
Car d’Aiguillon les désavouait en quelque sorte. Il méprisait les traits, pour
la plupart anonymes, de l’ennemi. Il se croyait suffisamment protégé par le
respect dû au représentant de l’autorité royale; et le gouvernement
n’admettait pas de polémique même à son profit, et surtout une polémique
soutenue par ses agents. «Les gens en place, comme le dit fort bien M.
Carré, devaient se taire par respect pour le maître[104].»
Il en résulta que d’Aiguillon dut jouer ce que notre modernisme appelle
«le guillotiné par persuasion». Certes, il ne demandait qu’à secouer la
poussière de ses sandales sur cette Bretagne qui lui avait si souvent échauffé
la bile. Que de fois il avait prié qu’on acceptât sa démission! Mais, alors, il
se retirait avec les honneurs de la guerre. C’était lui qui se refusait à
«brider» plus longtemps les Bretons, tandis qu’aujourd’hui l’opinion
semblait imposer au gouvernement le rappel d’un fonctionnaire exécré. Et
avant de se résigner à l’acte décisif qui, au dire de la coterie des
bastionnaires, devait amener la pacification de la Bretagne, par quelles
tergiversations passait un homme confondant trop volontiers la
circonspection et le calme avec la lenteur et l’irrésolution! Il écrivait, de
Paris, le 22 juin, au chevalier de Balleroy qui s’en allait rejoindre «son
général» à Rennes[105]:
«... Le dernier système du contrôleur général, dont, heureusement, il
change souvent, est qu’il faut que je retourne au plus tôt en Bretagne, parce
que personne ne peut faire les affaires du roi, si je la quitte, et que,
d’ailleurs dans tout ce qui s’est passé, il n’y a rien eu de personnel contre
moi, que, par conséquent, ce n’est pas le cas où il faut mettre sur la scène un
acteur nouveau; c’est en ma présence qu’il tient ce propos aux autres
ministres... Il avait dit tout le contraire un mois auparavant... A cela je
répétai mon refrain ordinaire: je désire ardemment sortir de Bretagne; je n’y
crois plus ma présence utile aux affaires du roi; mais s’il le veut
absolument, j’obéirai, après qu’il aura écouté mes représentations tant sur le
fond que sur la forme.»
Et il terminait par cet autre «refrain» qu’on retrouve sans cesse sur les
lèvres ou sous la plume du politicien soucieux de paraître détaché de toute
préoccupation ou calcul ambitieux:
soulèvement de la Bretagne tout entière contre son tyran. Celui-ci avait
assurément des amis qualifiés pour répondre, amis qui s’acquittaient avec
conviction de cette tâche, mais par intermittences et non sans hésitations.
Car d’Aiguillon les désavouait en quelque sorte. Il méprisait les traits, pour
la plupart anonymes, de l’ennemi. Il se croyait suffisamment protégé par le
respect dû au représentant de l’autorité royale; et le gouvernement
n’admettait pas de polémique même à son profit, et surtout une polémique
soutenue par ses agents. «Les gens en place, comme le dit fort bien M.
Carré, devaient se taire par respect pour le maître[104].»
Il en résulta que d’Aiguillon dut jouer ce que notre modernisme appelle
«le guillotiné par persuasion». Certes, il ne demandait qu’à secouer la
poussière de ses sandales sur cette Bretagne qui lui avait si souvent échauffé
la bile. Que de fois il avait prié qu’on acceptât sa démission! Mais, alors, il
se retirait avec les honneurs de la guerre. C’était lui qui se refusait à
«brider» plus longtemps les Bretons, tandis qu’aujourd’hui l’opinion
semblait imposer au gouvernement le rappel d’un fonctionnaire exécré. Et
avant de se résigner à l’acte décisif qui, au dire de la coterie des
bastionnaires, devait amener la pacification de la Bretagne, par quelles
tergiversations passait un homme confondant trop volontiers la
circonspection et le calme avec la lenteur et l’irrésolution! Il écrivait, de
Paris, le 22 juin, au chevalier de Balleroy qui s’en allait rejoindre «son
général» à Rennes[105]:
«... Le dernier système du contrôleur général, dont, heureusement, il
change souvent, est qu’il faut que je retourne au plus tôt en Bretagne, parce
que personne ne peut faire les affaires du roi, si je la quitte, et que,
d’ailleurs dans tout ce qui s’est passé, il n’y a rien eu de personnel contre
moi, que, par conséquent, ce n’est pas le cas où il faut mettre sur la scène un
acteur nouveau; c’est en ma présence qu’il tient ce propos aux autres
ministres... Il avait dit tout le contraire un mois auparavant... A cela je
répétai mon refrain ordinaire: je désire ardemment sortir de Bretagne; je n’y
crois plus ma présence utile aux affaires du roi; mais s’il le veut
absolument, j’obéirai, après qu’il aura écouté mes représentations tant sur le
fond que sur la forme.»
Et il terminait par cet autre «refrain» qu’on retrouve sans cesse sur les
lèvres ou sous la plume du politicien soucieux de paraître détaché de toute
préoccupation ou calcul ambitieux:
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«Je continue mon train de vie ordinaire; je passe quatre jours de la
semaine à Versailles et trois à Paris. Je dors et digère bien et je ne m’ennuie
pas.»
A six semaines de là, le ton change. D’Aiguillon a fait le cruel sacrifice
et il s’en explique, non sans mélancolie, mais avec une confiance en soi, qui
semble le comble de l’illusion, sinon de la duplicité[106].
«C’est sur l’avis du contrôleur général, écrit-il encore à Balleroy, que le
roi s’est décidé à me permettre de me retirer et je suis bien convaincu qu’il
ne s’y est déterminé, que parce qu’il a prévu que je serais encore une fois
trahi et abandonné par un ministre qui veut absolument qu’on croie que
c’est l’animosité qu’on a personnellement contre moi en Bretagne, et non sa
mauvaise administration, qui est cause du désordre dans lequel est cette
province... Je ne regrette pas le gouvernement de Bretagne, mais d’y laisser
des gens sages et de bons serviteurs qui seront exposés à la méchanceté et à
la violence des brouillons..... On prétend que M. de la Chalotais donnera sa
démission aussitôt que j’aurai donné la mienne.»
Entre temps, la duchesse, malgré toute sa vigilance, avait été absorbée
par d’autres soins et par d’autres devoirs, qu’elle n’eût pu décliner sans être
taxée d’indifférence et même d’ingratitude.
La reine Marie Lesczinska se mourait. La maladie n’avait pas été seule à
miner ses jours. Délaissée, en raison peut-être des exigences d’une dévotion
trop austère, pour des rivales souvent indignes, qui ne se comptaient plus et
qu’il fallait cependant accueillir, ne fût-ce que d’un signe de tête, la reine
s’était peu à peu consumée en un désespoir profond, muet, dissimulé sous
un sourire de Cour, mais rongeant, comme un cancer, les sources vives de
l’existence.
Une lettre de La Noue met en opposition, dans une phrase qui fait
portrait, la physionomie officielle des deux époux: «Le roi est plus beau et
plus frais que jamais...» mais «sa femme est dans un état affreux[107]...»
Aussi Mᵐᵉ d’Aiguillon ne l’avait-elle plus quittée: il avait fallu, pour qu’elle
revînt passer quelques jours à Paris, qu’elle y fût rappelée par une maladie
assez sérieuse de son fils et de l’une de ses filles: encore, aussitôt leur
rétablissement, avait-elle repris le chemin de Versailles.
La lente et douloureuse agonie de Marie Lesczinska dura plus de six
mois: «L’état de la reine, écrit la duchesse, est toujours le même, c’est-à-
dire que cette malheureuse princesse ne peut ni vivre, ni mourir; elle a, de
semaine à Versailles et trois à Paris. Je dors et digère bien et je ne m’ennuie
pas.»
A six semaines de là, le ton change. D’Aiguillon a fait le cruel sacrifice
et il s’en explique, non sans mélancolie, mais avec une confiance en soi, qui
semble le comble de l’illusion, sinon de la duplicité[106].
«C’est sur l’avis du contrôleur général, écrit-il encore à Balleroy, que le
roi s’est décidé à me permettre de me retirer et je suis bien convaincu qu’il
ne s’y est déterminé, que parce qu’il a prévu que je serais encore une fois
trahi et abandonné par un ministre qui veut absolument qu’on croie que
c’est l’animosité qu’on a personnellement contre moi en Bretagne, et non sa
mauvaise administration, qui est cause du désordre dans lequel est cette
province... Je ne regrette pas le gouvernement de Bretagne, mais d’y laisser
des gens sages et de bons serviteurs qui seront exposés à la méchanceté et à
la violence des brouillons..... On prétend que M. de la Chalotais donnera sa
démission aussitôt que j’aurai donné la mienne.»
Entre temps, la duchesse, malgré toute sa vigilance, avait été absorbée
par d’autres soins et par d’autres devoirs, qu’elle n’eût pu décliner sans être
taxée d’indifférence et même d’ingratitude.
La reine Marie Lesczinska se mourait. La maladie n’avait pas été seule à
miner ses jours. Délaissée, en raison peut-être des exigences d’une dévotion
trop austère, pour des rivales souvent indignes, qui ne se comptaient plus et
qu’il fallait cependant accueillir, ne fût-ce que d’un signe de tête, la reine
s’était peu à peu consumée en un désespoir profond, muet, dissimulé sous
un sourire de Cour, mais rongeant, comme un cancer, les sources vives de
l’existence.
Une lettre de La Noue met en opposition, dans une phrase qui fait
portrait, la physionomie officielle des deux époux: «Le roi est plus beau et
plus frais que jamais...» mais «sa femme est dans un état affreux[107]...»
Aussi Mᵐᵉ d’Aiguillon ne l’avait-elle plus quittée: il avait fallu, pour qu’elle
revînt passer quelques jours à Paris, qu’elle y fût rappelée par une maladie
assez sérieuse de son fils et de l’une de ses filles: encore, aussitôt leur
rétablissement, avait-elle repris le chemin de Versailles.
La lente et douloureuse agonie de Marie Lesczinska dura plus de six
mois: «L’état de la reine, écrit la duchesse, est toujours le même, c’est-à-
dire que cette malheureuse princesse ne peut ni vivre, ni mourir; elle a, de
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plus, depuis quelques jours, une fièvre d’une violence extrême qui lui cause
du délire tous les matins... Ne prenant presque plus de nourriture, il y a
aujourd’hui cinq semaines que cet état violent dure; cela fait horreur à
penser, même aux gens les plus indifférents. Jugez de l’effet que cela fait
sur moi qui aime la reine, non parce qu’elle est reine, mais parce qu’elle est
aimable et vertueuse, et que, dès ma plus tendre enfance, elle m’a toujours
comblée de bontés, j’ose même dire d’amitié[108].»
Pour qui savait les habitudes d’infidélité d’un mari, déjà tout disposé à
suivre l’exemple du maître, le mot vertueuse laissait percer une allusion
suffisamment claire; car la duchesse, aussi discrète et aussi intelligente
qu’elle était énergique et forte, connaissait trop bien les procédés de la poste
pour livrer naïvement à cette auxiliaire de l’Etat le fond de sa pensée.
Mais la reine est enfin délivrée de ses souffrances; et la douleur de la
duchesse, déjà si profonde et si sincère, éclate plus intense encore, à la vue
d’une sorte de profanation qu’exigeait alors le protocole des funérailles
royales[109].
«Ce qui m’a fait une impression que je ne peux pas rendre, c’est le
moment du transport, de voir sortir cette respectable princesse de ses
appartements par pièces et par morceaux, d’abord le cœur porté par
l’évêque de Chartres sur un carreau, ensuite ses entrailles, puis sa
personne...»
De même, à Saint-Denis, le minutieux cérémonial qui accompagne
l’arrivée de la défunte, est pénible pour une femme aussi peu éprise de
l’étiquette que l’était Mᵐᵉ d’Aiguillon. L’évêque adresse un discours au
prieur de l’abbaye qui s’empresse de lui rendre la politesse: puis la reine est
portée, toujours «par pièces et par morceaux», dans le chœur, sur une
estrade et sous un dais; prières, aspersions, discours, tout recommence, et
même la «promenade de ce malheureux corps» jusqu’à une chapelle où il
restera déposé en attendant le jour de l’inhumation.
Enfin l’heure fatale a sonné[110]:
«... Le spectacle de Saint-Denis était très beau et bien ordonné: c’était
une bien belle horreur. J’ai été en place en grand habit et grande mante,
depuis 10 heures du matin jusqu’à 5 h. 1/2, sur une petite banquette, qui
n’avait pas un demi-pied de large. Vous croirez sans peine que j’étais fort
lasse quand la cérémonie a été finie.»
du délire tous les matins... Ne prenant presque plus de nourriture, il y a
aujourd’hui cinq semaines que cet état violent dure; cela fait horreur à
penser, même aux gens les plus indifférents. Jugez de l’effet que cela fait
sur moi qui aime la reine, non parce qu’elle est reine, mais parce qu’elle est
aimable et vertueuse, et que, dès ma plus tendre enfance, elle m’a toujours
comblée de bontés, j’ose même dire d’amitié[108].»
Pour qui savait les habitudes d’infidélité d’un mari, déjà tout disposé à
suivre l’exemple du maître, le mot vertueuse laissait percer une allusion
suffisamment claire; car la duchesse, aussi discrète et aussi intelligente
qu’elle était énergique et forte, connaissait trop bien les procédés de la poste
pour livrer naïvement à cette auxiliaire de l’Etat le fond de sa pensée.
Mais la reine est enfin délivrée de ses souffrances; et la douleur de la
duchesse, déjà si profonde et si sincère, éclate plus intense encore, à la vue
d’une sorte de profanation qu’exigeait alors le protocole des funérailles
royales[109].
«Ce qui m’a fait une impression que je ne peux pas rendre, c’est le
moment du transport, de voir sortir cette respectable princesse de ses
appartements par pièces et par morceaux, d’abord le cœur porté par
l’évêque de Chartres sur un carreau, ensuite ses entrailles, puis sa
personne...»
De même, à Saint-Denis, le minutieux cérémonial qui accompagne
l’arrivée de la défunte, est pénible pour une femme aussi peu éprise de
l’étiquette que l’était Mᵐᵉ d’Aiguillon. L’évêque adresse un discours au
prieur de l’abbaye qui s’empresse de lui rendre la politesse: puis la reine est
portée, toujours «par pièces et par morceaux», dans le chœur, sur une
estrade et sous un dais; prières, aspersions, discours, tout recommence, et
même la «promenade de ce malheureux corps» jusqu’à une chapelle où il
restera déposé en attendant le jour de l’inhumation.
Enfin l’heure fatale a sonné[110]:
«... Le spectacle de Saint-Denis était très beau et bien ordonné: c’était
une bien belle horreur. J’ai été en place en grand habit et grande mante,
depuis 10 heures du matin jusqu’à 5 h. 1/2, sur une petite banquette, qui
n’avait pas un demi-pied de large. Vous croirez sans peine que j’étais fort
lasse quand la cérémonie a été finie.»
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Son affliction est alors plus grave et plus expressive. Tant que le corps
était resté à Versailles et à Saint-Denis, la duchesse était toujours au service
de la reine: «enfin elle était encore parmi nous»; mais «quand on l’a
descendue dans le caveau», cette nouvelle et définitive séparation détermina
chez Mᵐᵉ d’Aiguillon «un trouble inouï qui fit rire, à ce qu’il paraît, bien
des gens à portée de voir... il fallait assurément en avoir bien envie»
remarque-t-elle non sans amertume.
Il semble, à vrai dire, que la Cour fût en humeur de folâtrer ce jour-là;
car les commentaires de l’oraison funèbre s’accompagnent de «toutes les
gentillesses et de toutes les pointes» imaginables. On prétendait, avant que
le prédicateur—l’évêque du Puy—prît la parole «qu’il fallait se garantir de
la fraîcheur du puits[111]». Au reste, ce morceau d’éloquence était, de l’avis
des meilleurs juges, d’une valeur très discutable: «Il n’y a rien de si difficile
à faire, conclut la duchesse, qu’une oraison funèbre; et depuis M. Fléchier,
il n’y en a pas eu une complètement bonne».
Après s’être exclusivement consacrée à l’accomplissement du pieux
devoir que lui imposait sa dette de reconnaissance, Mᵐᵉ d’Aiguillon reprit
peu à peu avec le chevalier de Balleroy le cours de ces entretiens familiers,
où se confondaient les nouvelles de la politique et les incidents de la vie
mondaine. Les préoccupations familiales tiennent une certaine place dans
ces causeries intimes: «Notre cousine de Valentinois, écrit-elle le 26 juillet,
est toujours très mal; les uns disent que c’est une fièvre maligne, d’autres
que sa tête est partie. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est très mal et qu’elle a un
délire continuel et très extraordinaire. Le dernier était de vouloir que son
cocher fût dans sa chambre, sur une chaise longue, coiffé en femme, avec
un couvre-pieds de dentelle, parce qu’il était en couches[112].»
C’est à quelques jours de là qu’elle chargera Balleroy, «en sa qualité de
grand veneur», de courir après les chiens et «leur gouverneur», expédiés
d’Angleterre à Veretz et refusés par un garde à qui d’Aiguillon avait omis
d’en parler. Et, dans cette même lettre, la duchesse, le cerveau toujours
hanté des «affaires de Bretagne», ne peut s’empêcher d’en parler, avec une
pointe d’aigreur, inséparable désormais des souvenirs que lui a laissés son
séjour dans la province:
«M. de Broc[113] aura beau faire, il ne donnera jamais de courage à M. le
duc de Penthièvre[114], parce que ce n’est pas à son âge ce que l’on acquiert.
De plus, il est entouré de gens qui ont promis ou qui souhaitent qu’il en soit
était resté à Versailles et à Saint-Denis, la duchesse était toujours au service
de la reine: «enfin elle était encore parmi nous»; mais «quand on l’a
descendue dans le caveau», cette nouvelle et définitive séparation détermina
chez Mᵐᵉ d’Aiguillon «un trouble inouï qui fit rire, à ce qu’il paraît, bien
des gens à portée de voir... il fallait assurément en avoir bien envie»
remarque-t-elle non sans amertume.
Il semble, à vrai dire, que la Cour fût en humeur de folâtrer ce jour-là;
car les commentaires de l’oraison funèbre s’accompagnent de «toutes les
gentillesses et de toutes les pointes» imaginables. On prétendait, avant que
le prédicateur—l’évêque du Puy—prît la parole «qu’il fallait se garantir de
la fraîcheur du puits[111]». Au reste, ce morceau d’éloquence était, de l’avis
des meilleurs juges, d’une valeur très discutable: «Il n’y a rien de si difficile
à faire, conclut la duchesse, qu’une oraison funèbre; et depuis M. Fléchier,
il n’y en a pas eu une complètement bonne».
Après s’être exclusivement consacrée à l’accomplissement du pieux
devoir que lui imposait sa dette de reconnaissance, Mᵐᵉ d’Aiguillon reprit
peu à peu avec le chevalier de Balleroy le cours de ces entretiens familiers,
où se confondaient les nouvelles de la politique et les incidents de la vie
mondaine. Les préoccupations familiales tiennent une certaine place dans
ces causeries intimes: «Notre cousine de Valentinois, écrit-elle le 26 juillet,
est toujours très mal; les uns disent que c’est une fièvre maligne, d’autres
que sa tête est partie. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est très mal et qu’elle a un
délire continuel et très extraordinaire. Le dernier était de vouloir que son
cocher fût dans sa chambre, sur une chaise longue, coiffé en femme, avec
un couvre-pieds de dentelle, parce qu’il était en couches[112].»
C’est à quelques jours de là qu’elle chargera Balleroy, «en sa qualité de
grand veneur», de courir après les chiens et «leur gouverneur», expédiés
d’Angleterre à Veretz et refusés par un garde à qui d’Aiguillon avait omis
d’en parler. Et, dans cette même lettre, la duchesse, le cerveau toujours
hanté des «affaires de Bretagne», ne peut s’empêcher d’en parler, avec une
pointe d’aigreur, inséparable désormais des souvenirs que lui a laissés son
séjour dans la province:
«M. de Broc[113] aura beau faire, il ne donnera jamais de courage à M. le
duc de Penthièvre[114], parce que ce n’est pas à son âge ce que l’on acquiert.
De plus, il est entouré de gens qui ont promis ou qui souhaitent qu’il en soit
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ainsi. Je serai bien surprise, si je vois sortir quelque coup un peu ferme de
cette boutique. Il est l’homme du royaume qui a les vues les plus droites et
les plus honnêtes, qui est le plus vertueux dans toutes les règles; mais il est
faible par nature et par principes; et vous conviendrez que ce n’est pas le
moment de se flatter de donner du nerf. Il y en a tant d’autres à qui il en
manque.»
On ne saurait tracer un portrait plus exact et plus vrai de ce prince
estimable, mais toujours hésitant et irrésolu, que le sentiment de ses
responsabilités aurait dû faire partir, depuis longtemps, pour une province
dont il était le gouverneur titulaire, afin d’y étouffer le désordre si
savamment entretenu par ses propres cousins.
En s’exprimant avec autant de netteté et de fermeté, Mᵐᵉ d’Aiguillon
était absolument désintéressée. Elle avait dit un adieu définitif à la
Bretagne: «le sort de M. d’Aiguillon est décidé, écrivait-elle[115]. Qui sera
son successeur? Vraisemblablement M. de Duras.» En ce qui la concerne,
elle est fort aise que son mari soit débarrassé d’un aussi lourd fardeau; il
était «barré sur tous les points», partant impuissant «à faire le bien». «Je
suis ravie, répète-t-elle, qu’il soit dehors de cette indigne galère.» Il ne
s’éloigne pas cependant sans tristesse; il avait des partisans, des amis qu’il
laisse derrière lui. Et nous avons dit avec quelle joie féroce les Chalotistes
s’apprêtaient à les persécuter. Aussi la duchesse priait-elle Balleroy
d’exprimer à ces fidèles tous ses regrets.
Le duc, moins sincère ou plus emphatique, donnait sa démission pour un
acte d’héroïsme. Il écrivait à sa nièce (?), Mˡˡᵉ de Vedec à Vannes, une sorte
de lettre apologétique, où il faisait sonner bien haut l’éclat de son
abnégation: «La place n’était plus tenable pour lui; et il compte sur la bonté,
sur l’esprit de justice de sa parente pour qu’elle approuve «le parti forcé»
qu’il a pris. Il devait le sacrifice de sa place à ses amis qu’il eût autrement
«précipités dans la boue». Au reste, il affirmait «n’avoir rien fait en
Bretagne qui ne fût utile à la loi»; et il n’avait pour amis dans la province
que «les honnêtes gens, les vrais serviteurs du roi, les bons citoyens[116].»
Assurément son sacrifice fut volontaire. Depuis tantôt dix ans,
d’Aiguillon avait trop souvent réclamé son rappel pour n’en avoir pas
envisagé quelquefois l’éventualité comme un soulagement. Mais, par la
force des choses, ceux-là mêmes qui n’en voulaient pas entendre parler,
cette boutique. Il est l’homme du royaume qui a les vues les plus droites et
les plus honnêtes, qui est le plus vertueux dans toutes les règles; mais il est
faible par nature et par principes; et vous conviendrez que ce n’est pas le
moment de se flatter de donner du nerf. Il y en a tant d’autres à qui il en
manque.»
On ne saurait tracer un portrait plus exact et plus vrai de ce prince
estimable, mais toujours hésitant et irrésolu, que le sentiment de ses
responsabilités aurait dû faire partir, depuis longtemps, pour une province
dont il était le gouverneur titulaire, afin d’y étouffer le désordre si
savamment entretenu par ses propres cousins.
En s’exprimant avec autant de netteté et de fermeté, Mᵐᵉ d’Aiguillon
était absolument désintéressée. Elle avait dit un adieu définitif à la
Bretagne: «le sort de M. d’Aiguillon est décidé, écrivait-elle[115]. Qui sera
son successeur? Vraisemblablement M. de Duras.» En ce qui la concerne,
elle est fort aise que son mari soit débarrassé d’un aussi lourd fardeau; il
était «barré sur tous les points», partant impuissant «à faire le bien». «Je
suis ravie, répète-t-elle, qu’il soit dehors de cette indigne galère.» Il ne
s’éloigne pas cependant sans tristesse; il avait des partisans, des amis qu’il
laisse derrière lui. Et nous avons dit avec quelle joie féroce les Chalotistes
s’apprêtaient à les persécuter. Aussi la duchesse priait-elle Balleroy
d’exprimer à ces fidèles tous ses regrets.
Le duc, moins sincère ou plus emphatique, donnait sa démission pour un
acte d’héroïsme. Il écrivait à sa nièce (?), Mˡˡᵉ de Vedec à Vannes, une sorte
de lettre apologétique, où il faisait sonner bien haut l’éclat de son
abnégation: «La place n’était plus tenable pour lui; et il compte sur la bonté,
sur l’esprit de justice de sa parente pour qu’elle approuve «le parti forcé»
qu’il a pris. Il devait le sacrifice de sa place à ses amis qu’il eût autrement
«précipités dans la boue». Au reste, il affirmait «n’avoir rien fait en
Bretagne qui ne fût utile à la loi»; et il n’avait pour amis dans la province
que «les honnêtes gens, les vrais serviteurs du roi, les bons citoyens[116].»
Assurément son sacrifice fut volontaire. Depuis tantôt dix ans,
d’Aiguillon avait trop souvent réclamé son rappel pour n’en avoir pas
envisagé quelquefois l’éventualité comme un soulagement. Mais, par la
force des choses, ceux-là mêmes qui n’en voulaient pas entendre parler,
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durent s’y résigner; et comme dit fort bien M. Marcel Marion, d’Aiguillon
fut «sacrifié à l’espérance chimérique de rétablir le calme en Bretagne[117]».
fut «sacrifié à l’espérance chimérique de rétablir le calme en Bretagne[117]».
Page 54
VII
La première rencontre de d’Aiguillon avec Choiseul: présence d’esprit de la
duchesse.—Le régiment du roi: lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Louis XV.—Mᵐᵉ
Du Barry devient l’alliée de d’Aiguillon.—Maupeou et Terray
négociateurs du traité.—D’Aiguillon capitaine-lieutenant des chevau-
légers: le «beau cortège» de la duchesse.—Un amoureux fou mais
platonique de la Du Barry.—Le déserteur.
Le rédacteur des Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon dit que le
commandant de Bretagne «visait, en 1768, au ministère». Cette ambition
datait assurément de plus loin; car, déjà—toujours d’après les Mémoires—le
Dauphin l’avait «porté pour la marine[118]». En tout cas, Choiseul
pressentait depuis longtemps dans le duc d’Aiguillon un redoutable rival,
puisque, systématiquement, il l’obligeait à rester en Bretagne, ployant sous
le faix de l’impopularité, jusqu’à ce que la situation n’y fût plus tenable.
La lutte entre les deux adversaires allait donc s’engager, plus ardente et
plus directe, sur un terrain moins éloigné, mais autrement périlleux, celui de
la Cour.
Ces hommes s’étaient rencontrés, pour la première fois, dix années
auparavant, en complète opposition, dans une circonstance mémorable, où
la duchesse d’Aiguillon avait témoigné, pour le plus grand bien de son
mari, de cette sagacité et de cet esprit de décision qui la caractérisaient.
C’était dans les premiers jours de janvier 1757. Damiens venait de
frapper le roi. La duchesse était restée à Paris, pendant que son mari luttait
désespérément contre les États de Bretagne, s’obstinant à refuser les
subsides qu’il leur réclamait pour la guerre. Mᵐᵉ d’Aiguillon suivait ces
débats irritants, dont le dénouement semblait devoir s’éterniser, quand
l’attentat de Damiens fit surgir dans son esprit une inspiration soudaine. Le
mercredi 5, à 10 heures du soir, elle expédie à son mari un courrier porteur
d’une lettre, qui lui apprend la nouvelle, et lui indique peut-être le parti
qu’il en doit tirer. L’homme, voyageant à franc étrier, arrive à Rennes dans
la nuit du jeudi au vendredi. D’Aiguillon fait assembler immédiatement les
États, trace un tableau à la fois si terrifiant et si émouvant des horreurs d’un
tel régicide, qu’en moins d’un quart d’heure les États renoncent à leurs
La première rencontre de d’Aiguillon avec Choiseul: présence d’esprit de la
duchesse.—Le régiment du roi: lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Louis XV.—Mᵐᵉ
Du Barry devient l’alliée de d’Aiguillon.—Maupeou et Terray
négociateurs du traité.—D’Aiguillon capitaine-lieutenant des chevau-
légers: le «beau cortège» de la duchesse.—Un amoureux fou mais
platonique de la Du Barry.—Le déserteur.
Le rédacteur des Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon dit que le
commandant de Bretagne «visait, en 1768, au ministère». Cette ambition
datait assurément de plus loin; car, déjà—toujours d’après les Mémoires—le
Dauphin l’avait «porté pour la marine[118]». En tout cas, Choiseul
pressentait depuis longtemps dans le duc d’Aiguillon un redoutable rival,
puisque, systématiquement, il l’obligeait à rester en Bretagne, ployant sous
le faix de l’impopularité, jusqu’à ce que la situation n’y fût plus tenable.
La lutte entre les deux adversaires allait donc s’engager, plus ardente et
plus directe, sur un terrain moins éloigné, mais autrement périlleux, celui de
la Cour.
Ces hommes s’étaient rencontrés, pour la première fois, dix années
auparavant, en complète opposition, dans une circonstance mémorable, où
la duchesse d’Aiguillon avait témoigné, pour le plus grand bien de son
mari, de cette sagacité et de cet esprit de décision qui la caractérisaient.
C’était dans les premiers jours de janvier 1757. Damiens venait de
frapper le roi. La duchesse était restée à Paris, pendant que son mari luttait
désespérément contre les États de Bretagne, s’obstinant à refuser les
subsides qu’il leur réclamait pour la guerre. Mᵐᵉ d’Aiguillon suivait ces
débats irritants, dont le dénouement semblait devoir s’éterniser, quand
l’attentat de Damiens fit surgir dans son esprit une inspiration soudaine. Le
mercredi 5, à 10 heures du soir, elle expédie à son mari un courrier porteur
d’une lettre, qui lui apprend la nouvelle, et lui indique peut-être le parti
qu’il en doit tirer. L’homme, voyageant à franc étrier, arrive à Rennes dans
la nuit du jeudi au vendredi. D’Aiguillon fait assembler immédiatement les
États, trace un tableau à la fois si terrifiant et si émouvant des horreurs d’un
tel régicide, qu’en moins d’un quart d’heure les États renoncent à leurs
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prétentions, accordent au roi plus qu’il ne demande et décident qu’ils
«enverront des députés en Cour» attester leur «sensibilité» et leur
loyalisme.[119]
D’Aiguillon renvoie aussitôt à sa femme le même courrier avec le
résultat de la séance. Et quand les délégués arrivent peu de temps après à
Versailles, ils y sont acclamés et fêtés avec un enthousiasme qui tient du
délire.
Lorsque le procès criminel fut évoqué devant le Parlement, d’Aiguillon
vint y siéger, en sa qualité de pair. De son côté, le comte de Choiseul, alors
en mission à Venise, partit aussitôt, pour se rendre à Versailles où il ne tarda
pas à se rencontrer avec le duc. Celui-ci, suivant son habitude, très hautain
et très rancunier—peut-être avait-il sur le cœur les perpétuelles avanies des
États bretons—déclarait formellement que «le fanatisme des énergumènes
du Parlement avait armé le bras du parricide et qu’on en avait de bonnes
preuves». Il faisait ainsi indirectement sa cour au Dauphin. Le comte de
Choiseul répliquait qu’il apportait, lui aussi, des «preuves», non moins
«bonnes», mais de Rome, où il avait appris que les jésuites, surtout ceux de
la Silésie, n’étaient pas étrangers au crime. Choiseul abondait dans le sens
de la Pompadour, qui méditait déjà l’expulsion des Jésuites et qui, en
attendant, avait fait déclarer la guerre à la Prusse[120].
Nous avons vu, dans les chapitres précédents, comment cette opposition
de principes avait dégénéré peu à peu, chez les deux hommes d’État, en
rivalité politique, dissimulée d’abord par l’attitude réciproque du
fonctionnaire et du ministre, dans un conflit où l’autorité royale était en jeu.
Mais l’un et l’autre, dès qu’ils eurent les mains libres, ne tardèrent pas à
démasquer leurs batteries. Les adversaires devinrent des ennemis mortels.
Des conflits d’influence avaient marqué les premières escarmouches.
Une coutume, qui n’est pas prêt de tomber en désuétude, voulait que tout
ministre gorgeât de faveurs ses créatures. Choiseul n’avait pas manqué à la
règle. Et d’Aiguillon[121], qui s’était «morfondu» en Bretagne, pour
reprendre l’expression des Mémoires, réclamait énergiquement, mais
vainement, des compensations, en raison même du prodigieux surcroît de
dépenses qu’avait entraîné pour lui chaque tenue des États. Il avait jeté ses
vues sur le Régiment du Roi. Sa femme écrivit directement à Louis XV pour
solliciter cette grâce. Comme elle allait toujours droit au but et que son
horreur de l’intrigue lui faisait mépriser les petits moyens, elle ne parla ni
«enverront des députés en Cour» attester leur «sensibilité» et leur
loyalisme.[119]
D’Aiguillon renvoie aussitôt à sa femme le même courrier avec le
résultat de la séance. Et quand les délégués arrivent peu de temps après à
Versailles, ils y sont acclamés et fêtés avec un enthousiasme qui tient du
délire.
Lorsque le procès criminel fut évoqué devant le Parlement, d’Aiguillon
vint y siéger, en sa qualité de pair. De son côté, le comte de Choiseul, alors
en mission à Venise, partit aussitôt, pour se rendre à Versailles où il ne tarda
pas à se rencontrer avec le duc. Celui-ci, suivant son habitude, très hautain
et très rancunier—peut-être avait-il sur le cœur les perpétuelles avanies des
États bretons—déclarait formellement que «le fanatisme des énergumènes
du Parlement avait armé le bras du parricide et qu’on en avait de bonnes
preuves». Il faisait ainsi indirectement sa cour au Dauphin. Le comte de
Choiseul répliquait qu’il apportait, lui aussi, des «preuves», non moins
«bonnes», mais de Rome, où il avait appris que les jésuites, surtout ceux de
la Silésie, n’étaient pas étrangers au crime. Choiseul abondait dans le sens
de la Pompadour, qui méditait déjà l’expulsion des Jésuites et qui, en
attendant, avait fait déclarer la guerre à la Prusse[120].
Nous avons vu, dans les chapitres précédents, comment cette opposition
de principes avait dégénéré peu à peu, chez les deux hommes d’État, en
rivalité politique, dissimulée d’abord par l’attitude réciproque du
fonctionnaire et du ministre, dans un conflit où l’autorité royale était en jeu.
Mais l’un et l’autre, dès qu’ils eurent les mains libres, ne tardèrent pas à
démasquer leurs batteries. Les adversaires devinrent des ennemis mortels.
Des conflits d’influence avaient marqué les premières escarmouches.
Une coutume, qui n’est pas prêt de tomber en désuétude, voulait que tout
ministre gorgeât de faveurs ses créatures. Choiseul n’avait pas manqué à la
règle. Et d’Aiguillon[121], qui s’était «morfondu» en Bretagne, pour
reprendre l’expression des Mémoires, réclamait énergiquement, mais
vainement, des compensations, en raison même du prodigieux surcroît de
dépenses qu’avait entraîné pour lui chaque tenue des États. Il avait jeté ses
vues sur le Régiment du Roi. Sa femme écrivit directement à Louis XV pour
solliciter cette grâce. Comme elle allait toujours droit au but et que son
horreur de l’intrigue lui faisait mépriser les petits moyens, elle ne parla ni
Page 56
des tracasseries, ni des humiliations dont le Parlement de Rennes avait
abreuvé son mari; elle rappela simplement les services de d’Aiguillon,
l’affaire de Saint-Cast et les promesses de Belle-Isle, alors ministre de la
Guerre, qui n’avait pu lui accorder le bâton de maréchal, parce qu’il était
depuis trop peu de temps lieutenant général, mais qui lui eût réservé la
première place vacante. Belle-Isle était mort trop tôt pour tenir ses
engagements. La lettre de la duchesse fut remise au roi par la reine.
Mais Duras insinua au contrôleur général Laverdy que l’octroi d’une
telle distinction à un personnage aussi impopulaire que l’était d’Aiguillon,
ferait renaître les troubles en Bretagne. D’autre part, Choiseul, qui avait son
candidat, dit tout haut «à son café»: La reine demande pour M. d’Aiguillon,
moi pour M. Du Chatelet, nous verrons qui l’emportera. Et naturellement ce
fut le protégé de Choiseul, Du Chatelet, qui eut la préférence: faveur que ne
put pardonner au premier ministre le duc d’Aiguillon, chez qui «la
suffisance et la prétention» n’avaient d’égale que «la nullité du mérite»—
les termes mêmes de Choiseul[122].
Mais l’ancien commandant de Bretagne allait bientôt avoir dans son jeu
un atout imprévu qui devait lui assurer une éclatante revanche.
A ce moment même, Mᵐᵉ Du Barry, remarquée du roi à Compiègne, puis
«frénétiquement» désirée par lui, se voyait engagée, un peu malgré elle,
dans la mêlée des compétitions politiques.
Au dire de Sénac de Meilhan, elle avait chargé un ami de cet intendant
de déclarer à Choiseul qu’elle désirait vivre en bonne intelligence avec lui.
Le ministre accueillit assez dédaigneusement de telles avances. Il promit,
dans les termes les plus vagues, d’accorder les «grâces» qui lui
sembleraient justes et raisonnables[123]. En réalité, il détestait et méprisait la
nouvelle sultane. Il prétendit, depuis, que le choix du prince l’avait écœuré;
il le trouvait indigne d’un «aussi grand monarque». Après la mort de son
amie, la marquise, il avait discrètement autorisé, même dans ses entours, les
espérances de nobles dames impatientes de la remplacer. Mais aucune
n’avait eu l’heur de plaire absolument au roi. Louis XV avait des goûts
bourgeois. Son ministre ne chercha pas à les combattre; et le prudent Hardy
va jusqu’à dire—toujours suivant son habitude, d’après la voix publique—
que Choiseul les encouragea même, mais en opposant «au Soleil levant»
(un mot du premier commis Cromot)[124] un astre, un peu moins éclatant,
mais cependant de belle apparence, la femme du docteur Millin[125].
abreuvé son mari; elle rappela simplement les services de d’Aiguillon,
l’affaire de Saint-Cast et les promesses de Belle-Isle, alors ministre de la
Guerre, qui n’avait pu lui accorder le bâton de maréchal, parce qu’il était
depuis trop peu de temps lieutenant général, mais qui lui eût réservé la
première place vacante. Belle-Isle était mort trop tôt pour tenir ses
engagements. La lettre de la duchesse fut remise au roi par la reine.
Mais Duras insinua au contrôleur général Laverdy que l’octroi d’une
telle distinction à un personnage aussi impopulaire que l’était d’Aiguillon,
ferait renaître les troubles en Bretagne. D’autre part, Choiseul, qui avait son
candidat, dit tout haut «à son café»: La reine demande pour M. d’Aiguillon,
moi pour M. Du Chatelet, nous verrons qui l’emportera. Et naturellement ce
fut le protégé de Choiseul, Du Chatelet, qui eut la préférence: faveur que ne
put pardonner au premier ministre le duc d’Aiguillon, chez qui «la
suffisance et la prétention» n’avaient d’égale que «la nullité du mérite»—
les termes mêmes de Choiseul[122].
Mais l’ancien commandant de Bretagne allait bientôt avoir dans son jeu
un atout imprévu qui devait lui assurer une éclatante revanche.
A ce moment même, Mᵐᵉ Du Barry, remarquée du roi à Compiègne, puis
«frénétiquement» désirée par lui, se voyait engagée, un peu malgré elle,
dans la mêlée des compétitions politiques.
Au dire de Sénac de Meilhan, elle avait chargé un ami de cet intendant
de déclarer à Choiseul qu’elle désirait vivre en bonne intelligence avec lui.
Le ministre accueillit assez dédaigneusement de telles avances. Il promit,
dans les termes les plus vagues, d’accorder les «grâces» qui lui
sembleraient justes et raisonnables[123]. En réalité, il détestait et méprisait la
nouvelle sultane. Il prétendit, depuis, que le choix du prince l’avait écœuré;
il le trouvait indigne d’un «aussi grand monarque». Après la mort de son
amie, la marquise, il avait discrètement autorisé, même dans ses entours, les
espérances de nobles dames impatientes de la remplacer. Mais aucune
n’avait eu l’heur de plaire absolument au roi. Louis XV avait des goûts
bourgeois. Son ministre ne chercha pas à les combattre; et le prudent Hardy
va jusqu’à dire—toujours suivant son habitude, d’après la voix publique—
que Choiseul les encouragea même, mais en opposant «au Soleil levant»
(un mot du premier commis Cromot)[124] un astre, un peu moins éclatant,
mais cependant de belle apparence, la femme du docteur Millin[125].
Page 57
Certes la Du Barry n’avait ni la marotte des hautes conceptions
politiques, ni les rêves d’ambition mondiale auxquels Mᵐᵉ de Pompadour
avait sacrifié les soins d’une santé précaire et la durée d’une vie déjà
compromise. Elle était dans tout l’épanouissement d’une saine et
triomphante beauté: et, devenue, avec sa joyeuse humeur de bonne fille, son
esprit avisé de grisette parisienne et ses appétits de courtisane à la mode, la
maîtresse en titre du «plus grand roi du monde», elle trouvait la place à son
goût et prétendait la garder. Aussi l’orgueil revêche de Choiseul lui donna-t-
il à réfléchir. Et puisque ce ministre hautain lui faisait grise mine, elle
chercha autour d’elle d’autres alliés, dût-elle les prendre dans les rangs
ennemis.
«A Fontainebleau, dit M. Claude Saint-André, d’Aiguillon arriva, le
premier, dans le salon de la favorite, aussi amoureux qu’intéressé[126].»
D’Aiguillon était donc tout indiqué. Mᵐᵉ Du Barry lui accorda ses
faveurs, dit nettement Choiseul.
Dans le portrait élégant que, d’après Brissot[127], Mirabeau a laissé de la
dame, le célèbre tribun est moins affirmatif. Il avait les meilleures raisons
pour ménager un client comme l’était le rival de Choiseul. Aussi écrivait-il:
«Le duc d’Aiguillon avait une marche réglée, l’esprit d’ordre, de la suite
dans le travail, un plan accommodé aux circonstances (un opportuniste de la
veille!). Il était aimable sans être frivole. On prétendait qu’il avait imité le
duc de Choiseul, qui commença par lier sa destinée à Mᵐᵉ de Pompadour de
la manière accoutumée. Si cela n’est pas vrai, c’est bien vraisemblable;
lorsqu’on signe en tête-à-tête un traité d’alliance, il n’est pas à présumer
qu’on oublie les préliminaires.»
Le raisonnement est humain. Puis d’Aiguillon savait plaire aux femmes.
Qu’il fût le fils de la grosse duchesse ou le neveu de la comtesse de
Maurepas, il était, pour l’une comme pour l’autre, un homme délicieux,
pourvu de toutes les qualités, orné de toutes les vertus. Dans des régions
moins familiales, c’était, en dépit de son teint «jaune», le beau
gentilhomme, le séducteur irrésistible.
Quoi qu’il en soit et sans affirmer, avec la coterie des Choiseul, que le
duc était l’amant de la Du Barry, ni conclure, comme M. Vatel, qu’il était
simplement son ami, leur intérêt commun les avait amenés à signer ce
«traité d’alliance» dont parle Mirabeau, et qui, lui, était bien réel.
politiques, ni les rêves d’ambition mondiale auxquels Mᵐᵉ de Pompadour
avait sacrifié les soins d’une santé précaire et la durée d’une vie déjà
compromise. Elle était dans tout l’épanouissement d’une saine et
triomphante beauté: et, devenue, avec sa joyeuse humeur de bonne fille, son
esprit avisé de grisette parisienne et ses appétits de courtisane à la mode, la
maîtresse en titre du «plus grand roi du monde», elle trouvait la place à son
goût et prétendait la garder. Aussi l’orgueil revêche de Choiseul lui donna-t-
il à réfléchir. Et puisque ce ministre hautain lui faisait grise mine, elle
chercha autour d’elle d’autres alliés, dût-elle les prendre dans les rangs
ennemis.
«A Fontainebleau, dit M. Claude Saint-André, d’Aiguillon arriva, le
premier, dans le salon de la favorite, aussi amoureux qu’intéressé[126].»
D’Aiguillon était donc tout indiqué. Mᵐᵉ Du Barry lui accorda ses
faveurs, dit nettement Choiseul.
Dans le portrait élégant que, d’après Brissot[127], Mirabeau a laissé de la
dame, le célèbre tribun est moins affirmatif. Il avait les meilleures raisons
pour ménager un client comme l’était le rival de Choiseul. Aussi écrivait-il:
«Le duc d’Aiguillon avait une marche réglée, l’esprit d’ordre, de la suite
dans le travail, un plan accommodé aux circonstances (un opportuniste de la
veille!). Il était aimable sans être frivole. On prétendait qu’il avait imité le
duc de Choiseul, qui commença par lier sa destinée à Mᵐᵉ de Pompadour de
la manière accoutumée. Si cela n’est pas vrai, c’est bien vraisemblable;
lorsqu’on signe en tête-à-tête un traité d’alliance, il n’est pas à présumer
qu’on oublie les préliminaires.»
Le raisonnement est humain. Puis d’Aiguillon savait plaire aux femmes.
Qu’il fût le fils de la grosse duchesse ou le neveu de la comtesse de
Maurepas, il était, pour l’une comme pour l’autre, un homme délicieux,
pourvu de toutes les qualités, orné de toutes les vertus. Dans des régions
moins familiales, c’était, en dépit de son teint «jaune», le beau
gentilhomme, le séducteur irrésistible.
Quoi qu’il en soit et sans affirmer, avec la coterie des Choiseul, que le
duc était l’amant de la Du Barry, ni conclure, comme M. Vatel, qu’il était
simplement son ami, leur intérêt commun les avait amenés à signer ce
«traité d’alliance» dont parle Mirabeau, et qui, lui, était bien réel.
Page 58
Deux hommes l’avaient secrètement préparé: le chancelier Maupeou et
l’abbé Terray, contrôleur général.
Le premier était une créature de Choiseul. C’était un ambitieux «d’une
froide scélératesse», dont le visage, au teint blême, reflétait toute la
bassesse d’âme[128]. Choiseul en appréciait cependant l’activité et
l’intelligence: «Il n’y a personne, disait-il, plus capable que lui d’être
chancelier: au reste, s’il se conduit mal, je le chasserai». Maupeou connut-il
le propos? En tout cas, ce fut Choiseul qui fut «chassé» avant Maupeou.
L’abbé Terray, l’âme damnée du chancelier[129], valait moins encore;
c’était un audacieux coquin, cynique, impudent, fripon, sans conscience et
sans foi, fondant sa fortune et celle de ses entours sur les plus odieuses
exactions et sur la dilapidation des deniers publics. Ce qui ne l’empêchait
pas, dans son effronterie, d’exagérer le déficit du Trésor, pour en perdre
plus sûrement l’agent responsable, le duc de Choiseul.
D’Aiguillon, déjà peu sympathique, entrait donc en rapport avec Mᵐᵉ Du
Barry sous les auspices de deux fâcheux parrains. Il est vrai qu’il amenait
avec lui l’élite du parti dévot qui comptait parmi ses chefs le maréchal de
Richelieu et le duc de la Vauguyon. Et ce n’est certes pas un des spectacles
les moins piquants pour l’observateur, que l’aspect de cette jolie et fringante
Mˡˡᵉ Lange, marchant, la main dans la main, avec les amis des Jésuites, à
l’assaut d’un gouvernement qui, par l’expulsion des fils de Loyola, avait
assuré l’avènement de ceux de Jansénius, c’est-à-dire des Parlementaires.
Au reste, la politique a des raisons que l’honnêteté ne connaît pas. Il
avait fallu, pour hâter la chute du favori, que l’aimable fille (et c’en était
bien une) qu’était la Du Barry, eût pris rang à la Cour, qu’elle fût présentée.
Et Belleval, notant un bruit d’antichambre, dit, à la date du 20 décembre
1768, que Richelieu, d’Aiguillon et Bertin, l’un des prédécesseurs de
Terray, «mènent la présentation de la comtesse[130]».
L’ambition—suggérée—de la petite modiste devenue grande dame, ne
fut complètement satisfaite que le 22 avril 1769. L’opération avait été
laborieuse. Quand ce pince-sans-rire de Richelieu avait envoyé, suivant les
règles de l’étiquette, le duc de la Vauguyon annoncer officiellement la
présentation de la comtesse à Madame Adélaïde, la princesse lui avait
brusquement tourné le dos[131].
La protection de la Du Barry (car maintenant elle n’était plus une
protégée) arrivait fort à propos pour d’Aiguillon.
l’abbé Terray, contrôleur général.
Le premier était une créature de Choiseul. C’était un ambitieux «d’une
froide scélératesse», dont le visage, au teint blême, reflétait toute la
bassesse d’âme[128]. Choiseul en appréciait cependant l’activité et
l’intelligence: «Il n’y a personne, disait-il, plus capable que lui d’être
chancelier: au reste, s’il se conduit mal, je le chasserai». Maupeou connut-il
le propos? En tout cas, ce fut Choiseul qui fut «chassé» avant Maupeou.
L’abbé Terray, l’âme damnée du chancelier[129], valait moins encore;
c’était un audacieux coquin, cynique, impudent, fripon, sans conscience et
sans foi, fondant sa fortune et celle de ses entours sur les plus odieuses
exactions et sur la dilapidation des deniers publics. Ce qui ne l’empêchait
pas, dans son effronterie, d’exagérer le déficit du Trésor, pour en perdre
plus sûrement l’agent responsable, le duc de Choiseul.
D’Aiguillon, déjà peu sympathique, entrait donc en rapport avec Mᵐᵉ Du
Barry sous les auspices de deux fâcheux parrains. Il est vrai qu’il amenait
avec lui l’élite du parti dévot qui comptait parmi ses chefs le maréchal de
Richelieu et le duc de la Vauguyon. Et ce n’est certes pas un des spectacles
les moins piquants pour l’observateur, que l’aspect de cette jolie et fringante
Mˡˡᵉ Lange, marchant, la main dans la main, avec les amis des Jésuites, à
l’assaut d’un gouvernement qui, par l’expulsion des fils de Loyola, avait
assuré l’avènement de ceux de Jansénius, c’est-à-dire des Parlementaires.
Au reste, la politique a des raisons que l’honnêteté ne connaît pas. Il
avait fallu, pour hâter la chute du favori, que l’aimable fille (et c’en était
bien une) qu’était la Du Barry, eût pris rang à la Cour, qu’elle fût présentée.
Et Belleval, notant un bruit d’antichambre, dit, à la date du 20 décembre
1768, que Richelieu, d’Aiguillon et Bertin, l’un des prédécesseurs de
Terray, «mènent la présentation de la comtesse[130]».
L’ambition—suggérée—de la petite modiste devenue grande dame, ne
fut complètement satisfaite que le 22 avril 1769. L’opération avait été
laborieuse. Quand ce pince-sans-rire de Richelieu avait envoyé, suivant les
règles de l’étiquette, le duc de la Vauguyon annoncer officiellement la
présentation de la comtesse à Madame Adélaïde, la princesse lui avait
brusquement tourné le dos[131].
La protection de la Du Barry (car maintenant elle n’était plus une
protégée) arrivait fort à propos pour d’Aiguillon.
Page 59
Choiseul, sur la demande des États, avait rétabli l’ancien Parlement de
Bretagne[132], le 12 juillet 1769, et celui-ci, qui avait encore sur le cœur sa
disgrâce, s’entraînait à une campagne de revendications avec l’exilé de
Saintes, La Chalotais, non moins vindicatif que ces Bretons, dont les
pamphlets toujours virulents, échappaient aux «lacérations» et aux
«brûlures judiciaires» indéfiniment réclamées par d’Aiguillon[133].
Le duc obtenait, entre temps, de Louis XV, une compensation qui devait
quelque peu adoucir les cuisantes blessures d’un amour-propre si prompt à
s’ulcérer.
Il avait jeté son dévolu sur le régiment des chevau-légers. Or, son rival le
demandait pour le vicomte de Choiseul. Mais, affirme Belleval, qui paraît
bien informé, Mᵐᵉ Du Barry «a parlé très fort au roi pour le duc
d’Aiguillon»; et le prince n’a «rien à lui refuser». Au surplus, le candidat de
Mᵐᵉ Du Barry «a beaucoup d’esprit et de finesse; il connaît le Roi et la
Cour en homme qui l’a pratiquée toute sa vie».
En effet, Louis XV, après les tergiversations dont il était coutumier,
s’était décidé à nommer d’Aiguillon au commandement des chevau-légers.
La duchesse en fait part, le 24 septembre, à Balleroy: «Ce n’est que
d’avant-hier que M. d’Aiguillon a reçu la lettre du roi par laquelle il lui
accorde les chevau-légers. Jusque-là, il n’y avait que des apparences et des
vraisemblances; et par cela seul, il était bien difficile d’en rien dire et
encore moins d’en écrire avec le peu de sûreté de la poste (toujours la
hantise du cabinet noir). Vous trouverez sûrement que cette charge est
fortement payée: douze cent mille francs! C’est bien de l’argent, mais, par
la suite, c’est un si grand avantage pour mon fils que c’est à cela que nous
avons sacrifié notre aisance actuelle[134].»
Cependant, la réception tardait: «cela dépend, disait plaisamment la
duchesse, de son habit qui est très long à broder[135]».
Pour n’être pas encore officielle, la nomination n’en était pas moins
certaine. Le bruit s’en était répandu dans le public et Belleval, qui se savait
persona grata, vint complimenter le nouveau commandant[136], mais
d’Aiguillon, toujours mystérieux et toujours cachottier, l’accueille d’un
propos narquois:
—Il y a donc des sorciers dans votre pays; et peut-être en êtes-vous un?
Belleval insiste: il se porte garant de la respectueuse sympathie de ses
camarades.
Bretagne[132], le 12 juillet 1769, et celui-ci, qui avait encore sur le cœur sa
disgrâce, s’entraînait à une campagne de revendications avec l’exilé de
Saintes, La Chalotais, non moins vindicatif que ces Bretons, dont les
pamphlets toujours virulents, échappaient aux «lacérations» et aux
«brûlures judiciaires» indéfiniment réclamées par d’Aiguillon[133].
Le duc obtenait, entre temps, de Louis XV, une compensation qui devait
quelque peu adoucir les cuisantes blessures d’un amour-propre si prompt à
s’ulcérer.
Il avait jeté son dévolu sur le régiment des chevau-légers. Or, son rival le
demandait pour le vicomte de Choiseul. Mais, affirme Belleval, qui paraît
bien informé, Mᵐᵉ Du Barry «a parlé très fort au roi pour le duc
d’Aiguillon»; et le prince n’a «rien à lui refuser». Au surplus, le candidat de
Mᵐᵉ Du Barry «a beaucoup d’esprit et de finesse; il connaît le Roi et la
Cour en homme qui l’a pratiquée toute sa vie».
En effet, Louis XV, après les tergiversations dont il était coutumier,
s’était décidé à nommer d’Aiguillon au commandement des chevau-légers.
La duchesse en fait part, le 24 septembre, à Balleroy: «Ce n’est que
d’avant-hier que M. d’Aiguillon a reçu la lettre du roi par laquelle il lui
accorde les chevau-légers. Jusque-là, il n’y avait que des apparences et des
vraisemblances; et par cela seul, il était bien difficile d’en rien dire et
encore moins d’en écrire avec le peu de sûreté de la poste (toujours la
hantise du cabinet noir). Vous trouverez sûrement que cette charge est
fortement payée: douze cent mille francs! C’est bien de l’argent, mais, par
la suite, c’est un si grand avantage pour mon fils que c’est à cela que nous
avons sacrifié notre aisance actuelle[134].»
Cependant, la réception tardait: «cela dépend, disait plaisamment la
duchesse, de son habit qui est très long à broder[135]».
Pour n’être pas encore officielle, la nomination n’en était pas moins
certaine. Le bruit s’en était répandu dans le public et Belleval, qui se savait
persona grata, vint complimenter le nouveau commandant[136], mais
d’Aiguillon, toujours mystérieux et toujours cachottier, l’accueille d’un
propos narquois:
—Il y a donc des sorciers dans votre pays; et peut-être en êtes-vous un?
Belleval insiste: il se porte garant de la respectueuse sympathie de ses
camarades.
Page 60
—Peut-être, fait d’Aiguillon qui, vraisemblablement en Bretagne, est
devenu Normand; je ne dis ni oui, ni non. En attendant, mon cher marquis,
gardez au dedans de vous-même l’impression que peut faire naître notre
conversation et n’en sonnez mot à personne. Soyez persuadé que je serai
particulièrement charmé, si je suis votre capitaine, de pouvoir m’occuper de
vous satisfaire et de vous être agréable.
Voilà bien le grand seigneur, cérémonieux et méfiant que nous
connaissons, multipliant les chut! chut! autour d’un secret qui est, en
somme, celui de Polichinelle.
Mais son bel habit est enfin brodé; et la réception officielle fut un
triomphe pour le mari et... pour la femme. La duchesse est aux anges, et son
écriture n’en est que plus illisible.
Fontainebleau, 20 octobre 1769.
«... M. d’Aiguillon est tout à fait en possession de la compagnie de
chevau-légers. Il a été reçu mercredi. Voici comment cela s’est passé.
La troupe a monté à cheval à 10 heures, ayant à leur tête les officiers de
service actuel. Deux de ceux qui n’en sont pas sont venus prendre M.
d’Aiguillon et sont montés à cheval avec lui pour rejoindre les autres. Le roi
est venu à 11 heures à cheval. M. d’Aiguillon l’a suivi et s’est rangé à côté
de lui, en face de la troupe à qui le roi dit:
—Mes chevau-légers, je vous donne mon cousin le duc d’Aiguillon pour
capitaine-lieutenant; et je vous ordonne de lui obéir en ce qui concerne mon
service.
Ensuite, en partant, le roi lui a fait un geste de la main rempli de bonté.
Les maréchaux de Soubise et de Richelieu se sont avancés et ont reçu son
serment: après quoi, il s’est mis à la tête de la troupe et l’a emmenée au pas.
Il leur a donné à dîner. En tout ils étaient 80.
J’ai été les voir, quand ils sont sortis de table, et leur ai dit toutes les
gentillesses dont j’ai pu m’aviser: je me suis rappelé toute ma coquetterie
des États... Ils m’ont ramenée chez moi et j’ai traversé toutes les rues à leur
tête, ce qui faisait un beau cortège. Voilà une description exacte...»
En tout cas, elle ne manque pas d’un certain brio, qui était bien dans le
caractère ferme et décidé de la duchesse; mais nous ne voyons pas que le
beau régiment ait donné, avec la fougue brillante qui lui était familière, le
temps de galop traditionnel en pareil cas. Le duc «l’a emmenée au pas». Un
court billet de la duchesse nous révèle le secret de cette paisible allure.
devenu Normand; je ne dis ni oui, ni non. En attendant, mon cher marquis,
gardez au dedans de vous-même l’impression que peut faire naître notre
conversation et n’en sonnez mot à personne. Soyez persuadé que je serai
particulièrement charmé, si je suis votre capitaine, de pouvoir m’occuper de
vous satisfaire et de vous être agréable.
Voilà bien le grand seigneur, cérémonieux et méfiant que nous
connaissons, multipliant les chut! chut! autour d’un secret qui est, en
somme, celui de Polichinelle.
Mais son bel habit est enfin brodé; et la réception officielle fut un
triomphe pour le mari et... pour la femme. La duchesse est aux anges, et son
écriture n’en est que plus illisible.
Fontainebleau, 20 octobre 1769.
«... M. d’Aiguillon est tout à fait en possession de la compagnie de
chevau-légers. Il a été reçu mercredi. Voici comment cela s’est passé.
La troupe a monté à cheval à 10 heures, ayant à leur tête les officiers de
service actuel. Deux de ceux qui n’en sont pas sont venus prendre M.
d’Aiguillon et sont montés à cheval avec lui pour rejoindre les autres. Le roi
est venu à 11 heures à cheval. M. d’Aiguillon l’a suivi et s’est rangé à côté
de lui, en face de la troupe à qui le roi dit:
—Mes chevau-légers, je vous donne mon cousin le duc d’Aiguillon pour
capitaine-lieutenant; et je vous ordonne de lui obéir en ce qui concerne mon
service.
Ensuite, en partant, le roi lui a fait un geste de la main rempli de bonté.
Les maréchaux de Soubise et de Richelieu se sont avancés et ont reçu son
serment: après quoi, il s’est mis à la tête de la troupe et l’a emmenée au pas.
Il leur a donné à dîner. En tout ils étaient 80.
J’ai été les voir, quand ils sont sortis de table, et leur ai dit toutes les
gentillesses dont j’ai pu m’aviser: je me suis rappelé toute ma coquetterie
des États... Ils m’ont ramenée chez moi et j’ai traversé toutes les rues à leur
tête, ce qui faisait un beau cortège. Voilà une description exacte...»
En tout cas, elle ne manque pas d’un certain brio, qui était bien dans le
caractère ferme et décidé de la duchesse; mais nous ne voyons pas que le
beau régiment ait donné, avec la fougue brillante qui lui était familière, le
temps de galop traditionnel en pareil cas. Le duc «l’a emmenée au pas». Un
court billet de la duchesse nous révèle le secret de cette paisible allure.
Page 61
«M. d’Aiguillon est encore à Fontainebleau. Il en revient mardi,
escortant le Roi à la tête des chevau-légers. Il prendra Sa Majesté à la Cour
de France et la conduira jusqu’à Choisy: la course est un peu forte, n’étant
pas habitué d’être à cheval. Aussi j’ai de l’impatience qu’elle soit finie. Il
donne, en attendant le roi, une halte aux troupes qui sont d’autant plus
sensibles à cette attention, qu’ils ne sont pas gâtés sur cet article, M. de
Chaulnes (son prédécesseur qui venait de mourir) ne leur ayant jamais
donné un verre d’eau[137].»
Belleval rend compte, lui aussi, dans ses Souvenirs, de la cérémonie
d’investiture, mais en termes techniques et surtout plus concis. Par exemple,
il nous en apprend ce que dut ignorer Balleroy de sa correspondante, les
préliminaires; et l’information est d’autant plus vraie qu’il la tient de Mᵐᵉ
d’Aiguillon elle-même[138]. Il était constant que le roi avait promis à
Choiseul les chevau-légers pour le vicomte, son parent; et quand Mᵐᵉ Du
Barry vint le harceler avec la candidature de d’Aiguillon, il ne sut comment
se dédire vis-à-vis d’un ministre qui exerçait encore sur lui un si grand
empire. Il opposa à sa maîtresse sa parole:
—Tant mieux, répliqua Mᵐᵉ Du Barry; c’est une raison pour me
l’accorder. Ne faut-il pas punir Choiseul de ses méchancetés à mon égard?
Le roi ne put réprimer un sourire.
—Allons, allons, dites à M. d’Aiguillon qu’il a ma parole.
C’était Mᵐᵉ Du Barry qui avait rapporté la conversation à la duchesse. Et
Belleval, en la consignant pieusement dans son journal, de l’appuyer de
cette conclusion doucement ironique: «Ce qui prouve que les paroles des
rois ne sont pas toujours des paroles d’évangile».
Au reste, n’ayant qu’à se louer de la bonhomie bienveillante de son
commandant, alors qu’il voyait en Choiseul un grand seigneur si hautain et
si sec, Belleval glisse légèrement sur la nature des relations qui s’étaient
établies entre d’Aiguillon et la Du Barry. Il les tient plutôt pour deux alliés
devenus deux amis. Et si la comtesse se rend aussi fréquemment chez la
duchesse, c’est en raison du sentiment très vif que celle-ci lui inspire, du
fait même de son accord avec le duc.
Mᵐᵉ d’Aiguillon n’est pas moins discrète. A peine cite-t-elle une ou deux
fois, et incidemment, le nom de Mᵐᵉ Du Barry dans ses lettres à Balleroy.
Nous aurons l’occasion de reparler de son attitude à la Cour devant la
favorite, attitude qu’on sent commandée par le mari, mais qui n’était pas
escortant le Roi à la tête des chevau-légers. Il prendra Sa Majesté à la Cour
de France et la conduira jusqu’à Choisy: la course est un peu forte, n’étant
pas habitué d’être à cheval. Aussi j’ai de l’impatience qu’elle soit finie. Il
donne, en attendant le roi, une halte aux troupes qui sont d’autant plus
sensibles à cette attention, qu’ils ne sont pas gâtés sur cet article, M. de
Chaulnes (son prédécesseur qui venait de mourir) ne leur ayant jamais
donné un verre d’eau[137].»
Belleval rend compte, lui aussi, dans ses Souvenirs, de la cérémonie
d’investiture, mais en termes techniques et surtout plus concis. Par exemple,
il nous en apprend ce que dut ignorer Balleroy de sa correspondante, les
préliminaires; et l’information est d’autant plus vraie qu’il la tient de Mᵐᵉ
d’Aiguillon elle-même[138]. Il était constant que le roi avait promis à
Choiseul les chevau-légers pour le vicomte, son parent; et quand Mᵐᵉ Du
Barry vint le harceler avec la candidature de d’Aiguillon, il ne sut comment
se dédire vis-à-vis d’un ministre qui exerçait encore sur lui un si grand
empire. Il opposa à sa maîtresse sa parole:
—Tant mieux, répliqua Mᵐᵉ Du Barry; c’est une raison pour me
l’accorder. Ne faut-il pas punir Choiseul de ses méchancetés à mon égard?
Le roi ne put réprimer un sourire.
—Allons, allons, dites à M. d’Aiguillon qu’il a ma parole.
C’était Mᵐᵉ Du Barry qui avait rapporté la conversation à la duchesse. Et
Belleval, en la consignant pieusement dans son journal, de l’appuyer de
cette conclusion doucement ironique: «Ce qui prouve que les paroles des
rois ne sont pas toujours des paroles d’évangile».
Au reste, n’ayant qu’à se louer de la bonhomie bienveillante de son
commandant, alors qu’il voyait en Choiseul un grand seigneur si hautain et
si sec, Belleval glisse légèrement sur la nature des relations qui s’étaient
établies entre d’Aiguillon et la Du Barry. Il les tient plutôt pour deux alliés
devenus deux amis. Et si la comtesse se rend aussi fréquemment chez la
duchesse, c’est en raison du sentiment très vif que celle-ci lui inspire, du
fait même de son accord avec le duc.
Mᵐᵉ d’Aiguillon n’est pas moins discrète. A peine cite-t-elle une ou deux
fois, et incidemment, le nom de Mᵐᵉ Du Barry dans ses lettres à Balleroy.
Nous aurons l’occasion de reparler de son attitude à la Cour devant la
favorite, attitude qu’on sent commandée par le mari, mais qui n’était pas
Page 62
dépourvue d’une certaine gratitude affectueuse. Si d’Aiguillon était monté
jusqu’au faîte des grandeurs, c’était bien à Mᵐᵉ Du Barry qu’il le devait.
Et il a fallu que cette femme, en dépit de l’obscurité de sa naissance, de
l’indignité de ses débuts et du laisser-aller de sa vie à la Cour, eût encore
des qualités de charme et de bonté exceptionnelles, pour que les libellistes
qui la traînèrent si volontiers dans la boue, en aient éprouvé quelque
remords: car leurs pamphlets ignominieux rapportent des faits qui sont tout
à la louange de la favorite royale.
Bien avant M. Vatel, dont le livre restera classique, Belleval commença
la réhabilitation—quoique le mot soit un peu gros—de Mᵐᵉ Du Barry à
laquelle il avait voué un culte, qui fut presque de l’adoration, dans des
circonstances qu’il n’est pas inutile de faire connaître.
Un de ses camarades, nommé Carpentier, pris d’un subit accès de folie,
avait déserté avec armes et bagages. Il avait été bientôt arrêté, jugé et
condamné; il devait, dans les vingt-quatre heures, avoir «la tête cassée»,
comme on disait alors. Carpentier était très aimé du régiment; ses
camarades s’émurent et Belleval, qu’on savait au mieux avec d’Aiguillon,
«courut» à son hôtel lui demander la grâce du déserteur.
—Ce n’est pas par moi, lui répondit le duc, que vous l’obtiendrez du roi,
mais par Mᵐᵉ Du Barry. Revenez tantôt avec votre supplique et je vous
mènerai chez elle.
A l’heure indiquée, Belleval, en grand uniforme, est reçu par d’Aiguillon
qui l’attendait et l’introduit chez la favorite, «comme un homme devant qui
les portes sont toujours ouvertes».
Quand Belleval pénétra dans le sanctuaire, ce fut pour lui un
éblouissement.
«Elle était, dit-il, nonchalamment assise, plutôt même couchée dans un
grand fauteuil et avait une robe fond blanc, à guirlande de roses que je vois
encore. Mᵐᵉ Du Barry était une des plus jolies femmes de la Cour... et
certainement la plus séduisante par la perfection de toute sa personne. Ses
cheveux qu’elle portait souvent sans poudre étaient du plus beau blond. Ses
yeux bleus, bien ouverts, avaient un regard caressant et franc qui s’attachait
sur celui à qui elle parlait et semblait suivre sur son visage l’effet de sa
parole. Elle avait le nez mignon, une bouche petite et une peau d’une
blancheur de la santé.
jusqu’au faîte des grandeurs, c’était bien à Mᵐᵉ Du Barry qu’il le devait.
Et il a fallu que cette femme, en dépit de l’obscurité de sa naissance, de
l’indignité de ses débuts et du laisser-aller de sa vie à la Cour, eût encore
des qualités de charme et de bonté exceptionnelles, pour que les libellistes
qui la traînèrent si volontiers dans la boue, en aient éprouvé quelque
remords: car leurs pamphlets ignominieux rapportent des faits qui sont tout
à la louange de la favorite royale.
Bien avant M. Vatel, dont le livre restera classique, Belleval commença
la réhabilitation—quoique le mot soit un peu gros—de Mᵐᵉ Du Barry à
laquelle il avait voué un culte, qui fut presque de l’adoration, dans des
circonstances qu’il n’est pas inutile de faire connaître.
Un de ses camarades, nommé Carpentier, pris d’un subit accès de folie,
avait déserté avec armes et bagages. Il avait été bientôt arrêté, jugé et
condamné; il devait, dans les vingt-quatre heures, avoir «la tête cassée»,
comme on disait alors. Carpentier était très aimé du régiment; ses
camarades s’émurent et Belleval, qu’on savait au mieux avec d’Aiguillon,
«courut» à son hôtel lui demander la grâce du déserteur.
—Ce n’est pas par moi, lui répondit le duc, que vous l’obtiendrez du roi,
mais par Mᵐᵉ Du Barry. Revenez tantôt avec votre supplique et je vous
mènerai chez elle.
A l’heure indiquée, Belleval, en grand uniforme, est reçu par d’Aiguillon
qui l’attendait et l’introduit chez la favorite, «comme un homme devant qui
les portes sont toujours ouvertes».
Quand Belleval pénétra dans le sanctuaire, ce fut pour lui un
éblouissement.
«Elle était, dit-il, nonchalamment assise, plutôt même couchée dans un
grand fauteuil et avait une robe fond blanc, à guirlande de roses que je vois
encore. Mᵐᵉ Du Barry était une des plus jolies femmes de la Cour... et
certainement la plus séduisante par la perfection de toute sa personne. Ses
cheveux qu’elle portait souvent sans poudre étaient du plus beau blond. Ses
yeux bleus, bien ouverts, avaient un regard caressant et franc qui s’attachait
sur celui à qui elle parlait et semblait suivre sur son visage l’effet de sa
parole. Elle avait le nez mignon, une bouche petite et une peau d’une
blancheur de la santé.
Page 63
«Enfin on était bientôt sous le charme et c’est ce qui m’arriva si fort que
j’en oubliai presque ma supplique dans le ravissement où j’étais de la
contempler. J’avais vingt-cinq ans alors. Elle s’aperçut bien de mon trouble
que d’ailleurs le duc d’Aiguillon lui fit remarquer avec beaucoup de finesse
et en lui tournant un compliment comme il savait les faire.»
Belleval se ressaisit et présenta sa requête avec une éloquence si
pressante, eu égard au peu de temps dont il disposait, que Mᵐᵉ Du Barry lui
promit de parler immédiatement au roi, lui laissant espérer la grâce de son
protégé.
—Monsieur le duc, ajouta-t-elle, sait bien que ses amis sont aussi les
miens et je le remercie de ne pas l’oublier.
Puis, après quelques questions obligeantes sur la famille de Belleval et
ses états de service, elle congédia les deux auditeurs en disant au jeune
officier qu’il «aurait bientôt de ses nouvelles».
«Elle tendit la main au duc d’Aiguillon qui la baisa en lui disant:
—C’est pour le capitaine-lieutenant. N’y aura-t-il rien pour la
compagnie?
Ce qui la fit rire et me valut la même faveur qu’au duc.»
Naturellement le déserteur fut gracié[139].
Comment s’étonner si, après une telle audience, Belleval devint un
adorateur passionné de cette Déesse... des petits Appartements!
j’en oubliai presque ma supplique dans le ravissement où j’étais de la
contempler. J’avais vingt-cinq ans alors. Elle s’aperçut bien de mon trouble
que d’ailleurs le duc d’Aiguillon lui fit remarquer avec beaucoup de finesse
et en lui tournant un compliment comme il savait les faire.»
Belleval se ressaisit et présenta sa requête avec une éloquence si
pressante, eu égard au peu de temps dont il disposait, que Mᵐᵉ Du Barry lui
promit de parler immédiatement au roi, lui laissant espérer la grâce de son
protégé.
—Monsieur le duc, ajouta-t-elle, sait bien que ses amis sont aussi les
miens et je le remercie de ne pas l’oublier.
Puis, après quelques questions obligeantes sur la famille de Belleval et
ses états de service, elle congédia les deux auditeurs en disant au jeune
officier qu’il «aurait bientôt de ses nouvelles».
«Elle tendit la main au duc d’Aiguillon qui la baisa en lui disant:
—C’est pour le capitaine-lieutenant. N’y aura-t-il rien pour la
compagnie?
Ce qui la fit rire et me valut la même faveur qu’au duc.»
Naturellement le déserteur fut gracié[139].
Comment s’étonner si, après une telle audience, Belleval devint un
adorateur passionné de cette Déesse... des petits Appartements!
Page 64
VIII
Le Conseil accorde à d’Aiguillon l’évocation de son procès de Rennes
devant le parlement de Paris.—Appui prêté par Mᵐᵉ Du Barry, malgré la
résistance de Louis XV.—Le mémoire justificatif de Linguet; un
collaborateur masqué; récompense de Marmontel.—La procédure du
parlement de Paris.—Trêve matrimoniale.—Incidents.—Reprise des
séances: récit de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Le roi arrête le procès.—La
vengeance du parlement.—D’Aiguillon entaché.
Les Mémoires secrets publiaient, à la date du 12 mars 1770[140], comme
information, qu’on venait d’imprimer furtivement «la procédure de
Bretagne, ou procès extraordinairement instruit et jugé, au sujet
d’assemblées illicites, discours injurieux, subornation de témoins, complots
de poison et incident de calomnies, précédé d’un discours préliminaire, où
le duc d’Aiguillon est représenté comme l’ennemi implacable, l’instigateur
et presque le bourreau de six exilés, un sujet indigne de la confiance de son
prince, un chef de conjurés, un suborneur de témoins, le fauteur d’un projet
d’empoisonnement, le complice et peut-être même le premier auteur de ces
crimes».
Autant déclarer avec le fabuliste que la mort était seule capable d’expier
de tels forfaits.
Choiseul n’allait pas jusque-là; car, si, dans les Mémoires qui parurent
sous son nom, en 1790[141], il dit, à propos de cette instance judiciaire: «J’ai
cru que M. d’Aiguillon était déshonoré et je le regarde encore comme tel»,
il ajoute, par manière de correctif: «mais je n’ai jamais cru qu’on pût le
faire pendre». Il plaide même, avec une sorte de pitié dédaigneuse, les
circonstances atténuantes en faveur d’un adversaire qui, victime d’un
atavisme vaguement défini, n’est peut-être pas entièrement responsable de
son indignité: «Il avait porté dans son commandement le caractère
malheureux de despotisme, de basse vengeance et même de cruauté avec
lequel il était né.» Mais Choiseul ne l’était-il pas, lui aussi, responsable de
ces prétendus excès de pouvoir, pour en avoir si longtemps maintenu
l’auteur dans son commandement?
Le Conseil accorde à d’Aiguillon l’évocation de son procès de Rennes
devant le parlement de Paris.—Appui prêté par Mᵐᵉ Du Barry, malgré la
résistance de Louis XV.—Le mémoire justificatif de Linguet; un
collaborateur masqué; récompense de Marmontel.—La procédure du
parlement de Paris.—Trêve matrimoniale.—Incidents.—Reprise des
séances: récit de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Le roi arrête le procès.—La
vengeance du parlement.—D’Aiguillon entaché.
Les Mémoires secrets publiaient, à la date du 12 mars 1770[140], comme
information, qu’on venait d’imprimer furtivement «la procédure de
Bretagne, ou procès extraordinairement instruit et jugé, au sujet
d’assemblées illicites, discours injurieux, subornation de témoins, complots
de poison et incident de calomnies, précédé d’un discours préliminaire, où
le duc d’Aiguillon est représenté comme l’ennemi implacable, l’instigateur
et presque le bourreau de six exilés, un sujet indigne de la confiance de son
prince, un chef de conjurés, un suborneur de témoins, le fauteur d’un projet
d’empoisonnement, le complice et peut-être même le premier auteur de ces
crimes».
Autant déclarer avec le fabuliste que la mort était seule capable d’expier
de tels forfaits.
Choiseul n’allait pas jusque-là; car, si, dans les Mémoires qui parurent
sous son nom, en 1790[141], il dit, à propos de cette instance judiciaire: «J’ai
cru que M. d’Aiguillon était déshonoré et je le regarde encore comme tel»,
il ajoute, par manière de correctif: «mais je n’ai jamais cru qu’on pût le
faire pendre». Il plaide même, avec une sorte de pitié dédaigneuse, les
circonstances atténuantes en faveur d’un adversaire qui, victime d’un
atavisme vaguement défini, n’est peut-être pas entièrement responsable de
son indignité: «Il avait porté dans son commandement le caractère
malheureux de despotisme, de basse vengeance et même de cruauté avec
lequel il était né.» Mais Choiseul ne l’était-il pas, lui aussi, responsable de
ces prétendus excès de pouvoir, pour en avoir si longtemps maintenu
l’auteur dans son commandement?
Page 65
La situation devenait donc, sinon menaçante, du moins irritante pour
d’Aiguillon. Maupeou, par politique, beaucoup plus que par sympathie pour
le rival de Choiseul, estima que le procès devait être évoqué devant le
parlement de Paris; et, comme Maupeou, d’Aiguillon demanda et obtint du
roi, le 24 mars, cette juridiction qui était celle de ses pairs[142].
Ce n’était pas sans peine que le Conseil s’était arrêté à cette solution.
D’abord le parlement de Rennes, à qui Louis XV avait énergiquement
refusé le rappel des La Chalotais, n’entendait pas qu’on lui infligeât encore
une nouvelle déception, en lui retirant le procès de M. d’Aiguillon, cette
proie sur laquelle il s’était rejeté avec délices. Jusqu’au 17 mars, il
s’obstinait à ne point s’en dessaisir, sachant de reste que nombre de
parlementaires parisiens étaient de cœur avec lui[143].
D’Aiguillon, lui, ne pouvait oublier qu’à deux reprises différentes, en
1767 et 1769, il avait supplié le roi de lui laisser porter devant ses pairs une
plainte en règle contre ses accusateurs, et que chaque fois le Conseil lui
avait répondu par une fin de non-recevoir. Mais, aujourd’hui, en présence
de ces histoires de brigands auxquelles semblait croire le duc de Choiseul, il
ne pouvait point ne pas rompre ce silence, que le roi, dans son horreur de
tout bruit, avait si souvent exigé de la longanimité de son représentant. Le
maréchal de Richelieu et la comtesse de Forcalquier—une amie bien
chère[144]—appuyaient les revendications de l’ancien commandant de
Bretagne:
—Il lui faut, disaient-ils, une justification triomphante.
Dans le principe, Maupeou avait longtemps hésité: il savait le secret des
répugnances royales; et ce «Pantalon au regard faux et perfide», comme
l’appelait Sénac de Meilhan, mais déjà tacticien consommé, se demandait
peut-être l’avantage qu’il pouvait tirer du salut ou de la perte d’un homme
que protégeait si visiblement la sultane favorite.
Ne lui avait-elle pas déjà donné une preuve indéniable de sa
bienveillance, alors qu’il négociait l’achat des chevau-légers[145]?
D’Aiguillon sut l’amener à lui en ménager une nouvelle, à cette heure
décisive pour sa fortune. Richelieu, adroit et complaisant, obtint de Mᵐᵉ Du
Barry des entrevues, où, sous prétexte de l’intéresser à un procès, qu’au dire
des contemporains elle eut toujours beaucoup de mal à comprendre,
d’Aiguillon continua sur elle ce travail d’emprise qui devait le conduire au
pouvoir. «Doucement tendre, peu à peu, il s’empara d’elle. Sa mère, la
d’Aiguillon. Maupeou, par politique, beaucoup plus que par sympathie pour
le rival de Choiseul, estima que le procès devait être évoqué devant le
parlement de Paris; et, comme Maupeou, d’Aiguillon demanda et obtint du
roi, le 24 mars, cette juridiction qui était celle de ses pairs[142].
Ce n’était pas sans peine que le Conseil s’était arrêté à cette solution.
D’abord le parlement de Rennes, à qui Louis XV avait énergiquement
refusé le rappel des La Chalotais, n’entendait pas qu’on lui infligeât encore
une nouvelle déception, en lui retirant le procès de M. d’Aiguillon, cette
proie sur laquelle il s’était rejeté avec délices. Jusqu’au 17 mars, il
s’obstinait à ne point s’en dessaisir, sachant de reste que nombre de
parlementaires parisiens étaient de cœur avec lui[143].
D’Aiguillon, lui, ne pouvait oublier qu’à deux reprises différentes, en
1767 et 1769, il avait supplié le roi de lui laisser porter devant ses pairs une
plainte en règle contre ses accusateurs, et que chaque fois le Conseil lui
avait répondu par une fin de non-recevoir. Mais, aujourd’hui, en présence
de ces histoires de brigands auxquelles semblait croire le duc de Choiseul, il
ne pouvait point ne pas rompre ce silence, que le roi, dans son horreur de
tout bruit, avait si souvent exigé de la longanimité de son représentant. Le
maréchal de Richelieu et la comtesse de Forcalquier—une amie bien
chère[144]—appuyaient les revendications de l’ancien commandant de
Bretagne:
—Il lui faut, disaient-ils, une justification triomphante.
Dans le principe, Maupeou avait longtemps hésité: il savait le secret des
répugnances royales; et ce «Pantalon au regard faux et perfide», comme
l’appelait Sénac de Meilhan, mais déjà tacticien consommé, se demandait
peut-être l’avantage qu’il pouvait tirer du salut ou de la perte d’un homme
que protégeait si visiblement la sultane favorite.
Ne lui avait-elle pas déjà donné une preuve indéniable de sa
bienveillance, alors qu’il négociait l’achat des chevau-légers[145]?
D’Aiguillon sut l’amener à lui en ménager une nouvelle, à cette heure
décisive pour sa fortune. Richelieu, adroit et complaisant, obtint de Mᵐᵉ Du
Barry des entrevues, où, sous prétexte de l’intéresser à un procès, qu’au dire
des contemporains elle eut toujours beaucoup de mal à comprendre,
d’Aiguillon continua sur elle ce travail d’emprise qui devait le conduire au
pouvoir. «Doucement tendre, peu à peu, il s’empara d’elle. Sa mère, la
Page 66
vieille duchesse, «au regard fol», plaida aussi la cause de son fils, avec une
éloquence passionnée» qui parvint à convaincre la comtesse[146].
Tant d’influences, et de si diverses natures, finirent par l’emporter.
Maupeou et les autres ministres opinèrent en faveur de d’Aiguillon.
—Vous le voulez, dit Louis XV, qui fit un dernier semblant de résistance,
au Conseil du 24 mars; vous verrez ce qui arrivera.
Maupeou le pressentait peut-être.
Toujours est-il que des lettres patentes ordonnèrent au parlement de
Rennes de passer les procédures à celui de Paris, qui fut convoqué, à
Versailles, où devait s’ouvrir, le 4 avril, ce procès célèbre, prélude d’un plus
célèbre encore.
La première séance fut solennelle et magnifique: nos pères aimaient
l’apparat judiciaire. Le 7 avril, le procureur général concluait—et
l’assemblée adopta cette solution—à l’annulation des procédures de
Bretagne. Tout était à recommencer; informations, réassignations et
auditions de témoins; et du 16 avril au 7 mai, ce fut une série interminable
de dépositions—entre autres, celles d’Hévin et de Cornulier de Lucinière—
rebrassant, avec quelle animosité, les accusations d’assassinat, des crimes
les plus vils et les plus odieux, qui mettaient infailliblement d’Aiguillon au
ban de la société. L’émotion fut intense. Maupeou se rappela le mot du roi:
car ce n’était pas seulement le procès d’un agent de l’autorité, mais celui de
cette même autorité qui s’instruisait en public.
«Le gouvernement, écrit Linguet, à titre d’avocat-conseil, était donc
forcé d’arrêter cette explosion formidable.»
D’Aiguillon avait, en effet, choisi pour rédiger les mémoires justificatifs
qu’il voulait présenter au parlement, cet homme, dont la personnalité
stimulait déjà singulièrement la curiosité publique. Assez froidement
accueilli, lors de ses débuts, par d’Alembert qui s’était défendu d’appuyer
sa candidature à l’Académie, Linguet avait juré une haine éternelle aux
Encyclopédistes. Il avait fait une active campagne contre leurs idées
philosophiques et leurs doctrines d’économie politique, dans des livres où il
avait donné libre cours à la fougue de sa polémique outrancière qu’avivait
encore l’âpreté d’un esprit naturellement paradoxal et sarcastique. Puis,
estimant sans doute que ses contemporains ne lui décernaient pas assez de
couronnes, il se fit inscrire au barreau, où son plaidoyer en faveur du
éloquence passionnée» qui parvint à convaincre la comtesse[146].
Tant d’influences, et de si diverses natures, finirent par l’emporter.
Maupeou et les autres ministres opinèrent en faveur de d’Aiguillon.
—Vous le voulez, dit Louis XV, qui fit un dernier semblant de résistance,
au Conseil du 24 mars; vous verrez ce qui arrivera.
Maupeou le pressentait peut-être.
Toujours est-il que des lettres patentes ordonnèrent au parlement de
Rennes de passer les procédures à celui de Paris, qui fut convoqué, à
Versailles, où devait s’ouvrir, le 4 avril, ce procès célèbre, prélude d’un plus
célèbre encore.
La première séance fut solennelle et magnifique: nos pères aimaient
l’apparat judiciaire. Le 7 avril, le procureur général concluait—et
l’assemblée adopta cette solution—à l’annulation des procédures de
Bretagne. Tout était à recommencer; informations, réassignations et
auditions de témoins; et du 16 avril au 7 mai, ce fut une série interminable
de dépositions—entre autres, celles d’Hévin et de Cornulier de Lucinière—
rebrassant, avec quelle animosité, les accusations d’assassinat, des crimes
les plus vils et les plus odieux, qui mettaient infailliblement d’Aiguillon au
ban de la société. L’émotion fut intense. Maupeou se rappela le mot du roi:
car ce n’était pas seulement le procès d’un agent de l’autorité, mais celui de
cette même autorité qui s’instruisait en public.
«Le gouvernement, écrit Linguet, à titre d’avocat-conseil, était donc
forcé d’arrêter cette explosion formidable.»
D’Aiguillon avait, en effet, choisi pour rédiger les mémoires justificatifs
qu’il voulait présenter au parlement, cet homme, dont la personnalité
stimulait déjà singulièrement la curiosité publique. Assez froidement
accueilli, lors de ses débuts, par d’Alembert qui s’était défendu d’appuyer
sa candidature à l’Académie, Linguet avait juré une haine éternelle aux
Encyclopédistes. Il avait fait une active campagne contre leurs idées
philosophiques et leurs doctrines d’économie politique, dans des livres où il
avait donné libre cours à la fougue de sa polémique outrancière qu’avivait
encore l’âpreté d’un esprit naturellement paradoxal et sarcastique. Puis,
estimant sans doute que ses contemporains ne lui décernaient pas assez de
couronnes, il se fit inscrire au barreau, où son plaidoyer en faveur du
Page 67
chevalier de la Barre—cher pourtant aux philosophes—avait trouvé, à juste
titre, nombre d’approbateurs, quand d’Aiguillon lui confia sa défense.
S’il faut en croire un passage fort intéressant des Mémoires[147] de
Marmontel, le duc ne fut que médiocrement satisfait du travail de Linguet;
il en déplorait le ton déclamatoire et le verbiage ampoulé. C’étaient ses
propres expressions qu’un certain Garville, «honnête homme» et grand ami
de la Clairon, citait à Marmontel, chez Mᵐᵉ Geoffrin.
—J’ai appris, disait-il, à connaître M. d’Aiguillon au cours de mes
voyages en Bretagne et je suis convaincu que le procès qui lui est intenté est
tout simplement «une affaire de parti et d’intrigue. Malheureusement il n’a
pu trouver pour avocat qu’un enfant perdu», Linguet, «de qui le talent n’est
pas encore formé».
C’était le duc d’Aiguillon qui parlait, en ces termes, à Garville de son
défenseur et du mémoire qui l’avait si fort mécontenté.
—Mais, lui répliquait son interlocuteur, «voyez un homme de lettres...»
—Ils sont tous contre moi, interrompait le duc.
C’est alors, dit Garville, en s’adressant à Marmontel, que je «vous ai
nommé comme un ennemi-né de l’injustice et du mensonge».
Aussitôt le duc d’embrasser Garville: «Vous me rendrez le plus grand
des services, si vous engagez M. Marmontel à travailler à mon mémoire».
L’invite était formelle et pressante; et peut-être bien la rencontre de
«l’homme de lettres» avec le confident de M. d’Aiguillon n’était-elle pas
aussi fortuite que semble vouloir le dire le narrateur.
En tout cas, Marmontel déclare solennellement:
«—Ma plume ne se refuse pas à servir une bonne cause. Je veux
connaître celle du duc d’Aiguillon pour savoir si je dois travailler pour lui:
qu’il me confie ses papiers. Je m’emploierais de même à servir la cause de
l’homme du peuple (toujours l’humanitarisme vrai ou faux du XVIIIᵉ
siècle!). Je ne mets à mon acquiescement que deux conditions, que le secret
me sera gardé et qu’il ne sera jamais question de lui à moi de remercîments
ou de reconnaissance; je ne veux même pas le voir.»
Le petit couplet en l’honneur de la fierté et de l’indépendance du lettré
serait le plus joli du monde, s’il n’avait reçu, et même dans cette
occurrence, de forts accrocs, hélas! trop humiliants pour le siècle de la
philosophie.
titre, nombre d’approbateurs, quand d’Aiguillon lui confia sa défense.
S’il faut en croire un passage fort intéressant des Mémoires[147] de
Marmontel, le duc ne fut que médiocrement satisfait du travail de Linguet;
il en déplorait le ton déclamatoire et le verbiage ampoulé. C’étaient ses
propres expressions qu’un certain Garville, «honnête homme» et grand ami
de la Clairon, citait à Marmontel, chez Mᵐᵉ Geoffrin.
—J’ai appris, disait-il, à connaître M. d’Aiguillon au cours de mes
voyages en Bretagne et je suis convaincu que le procès qui lui est intenté est
tout simplement «une affaire de parti et d’intrigue. Malheureusement il n’a
pu trouver pour avocat qu’un enfant perdu», Linguet, «de qui le talent n’est
pas encore formé».
C’était le duc d’Aiguillon qui parlait, en ces termes, à Garville de son
défenseur et du mémoire qui l’avait si fort mécontenté.
—Mais, lui répliquait son interlocuteur, «voyez un homme de lettres...»
—Ils sont tous contre moi, interrompait le duc.
C’est alors, dit Garville, en s’adressant à Marmontel, que je «vous ai
nommé comme un ennemi-né de l’injustice et du mensonge».
Aussitôt le duc d’embrasser Garville: «Vous me rendrez le plus grand
des services, si vous engagez M. Marmontel à travailler à mon mémoire».
L’invite était formelle et pressante; et peut-être bien la rencontre de
«l’homme de lettres» avec le confident de M. d’Aiguillon n’était-elle pas
aussi fortuite que semble vouloir le dire le narrateur.
En tout cas, Marmontel déclare solennellement:
«—Ma plume ne se refuse pas à servir une bonne cause. Je veux
connaître celle du duc d’Aiguillon pour savoir si je dois travailler pour lui:
qu’il me confie ses papiers. Je m’emploierais de même à servir la cause de
l’homme du peuple (toujours l’humanitarisme vrai ou faux du XVIIIᵉ
siècle!). Je ne mets à mon acquiescement que deux conditions, que le secret
me sera gardé et qu’il ne sera jamais question de lui à moi de remercîments
ou de reconnaissance; je ne veux même pas le voir.»
Le petit couplet en l’honneur de la fierté et de l’indépendance du lettré
serait le plus joli du monde, s’il n’avait reçu, et même dans cette
occurrence, de forts accrocs, hélas! trop humiliants pour le siècle de la
philosophie.
Page 68
Donc, dès le lendemain, Garville apporte les papiers. Marmontel y
découvre la preuve que «le procès n’est qu’une persécution suscitée par des
animosités personnelles». Il prend alors le mémoire de Linguet, le «refond,
y met de l’ordre et de la clarté, en élague les métaphores incohérentes»,
complète enfin le travail d’un «nouvel exorde (celui de Linguet était trop
impertinent) et d’une conclusion également nouvelle, la première n’étant
pas suffisamment serrée».
D’Aiguillon, enchanté, «fait venir Linguet et le prie d’adopter les
changements» qu’il a introduits dans le mémoire.
Linguet jette feu et flamme: «C’est, dit-il, un homme de l’art qui a mis la
main à mon ouvrage: vous voulez me déshonorer, car je n’entends être
l’écolier de personne. Cherchez un avocat qui veuille être le vôtre: ce n’est
plus moi.»
D’Aiguillon, le personnage si hautain et si vaniteux, se voit obligé de
subir ces rebuffades, «puisqu’il ne pouvait trouver d’autre avocat». Il finit
donc par apaiser Linguet, qui reprend son mémoire pour y mettre la
dernière main. Il refait l’exorde et la conclusion, mais il conserve l’ordre
suivi par Marmontel et ne rétablit pas les bizarreries de style biffées par le
correcteur.
Nous avons cru qu’il ne serait pas indifférent au lecteur de connaître le
dénouement de cet épisode de la vie littéraire au XVIIIᵉ siècle.
Linguet, écrit Marmontel, parvint à savoir le nom du confrère qui avait
ainsi rhabillé sa prose: il fut dès lors «son plus cruel ennemi».
Quant à Marmontel qui, si l’histoire est exacte, serait le premier apôtre
de la réhabilitation du commandant de Bretagne, il ne tarda pas, de son
propre aveu, à rabattre quelque peu de son attitude républicaine vis-à-vis le
duc d’Aiguillon. L’obligeant Garville redoubla si fort ses instances qu’il
décida Marmontel à venir dîner chez son client de circonstance; et celui-ci,
quelque temps après, lui adressait, manu propria, ce succulent poulet:
«Je viens, monsieur, de demander pour vous au roi la place
d’historiographe de France, vacante par la mort de M. Duclos. Sa Majesté
vous l’a accordée. Je m’empresse de vous l’annoncer. Venez remercier le
roi.»
Quoi qu’il en soit, le «secret» exigé par Marmontel fut bien «gardé»; car
les malicieux rédacteurs des Mémoires dits de Bachaumont, toujours à
découvre la preuve que «le procès n’est qu’une persécution suscitée par des
animosités personnelles». Il prend alors le mémoire de Linguet, le «refond,
y met de l’ordre et de la clarté, en élague les métaphores incohérentes»,
complète enfin le travail d’un «nouvel exorde (celui de Linguet était trop
impertinent) et d’une conclusion également nouvelle, la première n’étant
pas suffisamment serrée».
D’Aiguillon, enchanté, «fait venir Linguet et le prie d’adopter les
changements» qu’il a introduits dans le mémoire.
Linguet jette feu et flamme: «C’est, dit-il, un homme de l’art qui a mis la
main à mon ouvrage: vous voulez me déshonorer, car je n’entends être
l’écolier de personne. Cherchez un avocat qui veuille être le vôtre: ce n’est
plus moi.»
D’Aiguillon, le personnage si hautain et si vaniteux, se voit obligé de
subir ces rebuffades, «puisqu’il ne pouvait trouver d’autre avocat». Il finit
donc par apaiser Linguet, qui reprend son mémoire pour y mettre la
dernière main. Il refait l’exorde et la conclusion, mais il conserve l’ordre
suivi par Marmontel et ne rétablit pas les bizarreries de style biffées par le
correcteur.
Nous avons cru qu’il ne serait pas indifférent au lecteur de connaître le
dénouement de cet épisode de la vie littéraire au XVIIIᵉ siècle.
Linguet, écrit Marmontel, parvint à savoir le nom du confrère qui avait
ainsi rhabillé sa prose: il fut dès lors «son plus cruel ennemi».
Quant à Marmontel qui, si l’histoire est exacte, serait le premier apôtre
de la réhabilitation du commandant de Bretagne, il ne tarda pas, de son
propre aveu, à rabattre quelque peu de son attitude républicaine vis-à-vis le
duc d’Aiguillon. L’obligeant Garville redoubla si fort ses instances qu’il
décida Marmontel à venir dîner chez son client de circonstance; et celui-ci,
quelque temps après, lui adressait, manu propria, ce succulent poulet:
«Je viens, monsieur, de demander pour vous au roi la place
d’historiographe de France, vacante par la mort de M. Duclos. Sa Majesté
vous l’a accordée. Je m’empresse de vous l’annoncer. Venez remercier le
roi.»
Quoi qu’il en soit, le «secret» exigé par Marmontel fut bien «gardé»; car
les malicieux rédacteurs des Mémoires dits de Bachaumont, toujours à
Page 69
l’affût des échos scandaleux, ne soufflent mot de ce passage à la teinture de
l’œuvre de Linguet. Lorsqu’ils signalent l’apparition de celle-ci dans leur
article du 21 juin 1770, ils démontrent, quoique plutôt hostiles à l’ancien
commandant de Bretagne, avec quelle habileté l’avocat avait fait valoir la
cause de son client. D’après Linguet, le duc avait su concilier les exigences
de l’Etat avec les intérêts de la province, à tel point que ses ennemis eux-
mêmes n’avaient osé lui refuser leurs éloges; mais le défenseur n’avait pu
«dissimuler que, dans la septième tenue des États, en 1768, le duc
d’Aiguillon n’eut pas le même succès et que, le trouble parvenu à son
comble, il crut devoir, par une retraite prudente, prévenir un plus grand et
plus long désordre».
C’était alors la conviction qu’avait l’avocat[148] ou qu’il prétendait avoir.
Car, depuis, quand il fut en contestation avec le duc pour le chiffre de ses
honoraires, il s’infligea à lui-même le plus sanglant démenti dans des
invectives restées classiques: palinodie écœurante, que constate, non sans
une joie maligne, dans ses Souvenirs, Brissot de Warville, et qu’y vient
confirmer une anecdote des plus piquantes. Le futur conventionnel avouait,
en effet, que d’Aiguillon «défendu par les mémoires de Linguet ne lui
semblait pas coupable» et il les appelle, ces «mémoires», un «monument
éternel de honte et d’infamie». A Mᵐᵉ Lem qui les lui avait reprochés,
Linguet n’avait-il pas eu le cynisme de déclarer:
«—Pourquoi les États de Bretagne ne se sont-ils pas adressés à moi? Je
les aurais défendus![149]»
Le parlement de Paris avait pris en main leur cause, de façon si
ostensible, et dans un esprit de malveillance si prononcé contre d’Aiguillon,
que, le 8 mai, le chancelier enjoignait, de l’ordre du roi, au premier
président d’apporter la grosse de l’information, close la veille. Le 9, le
parlement obéissait, mais avec cette raideur dont il était coutumier: il usait
de son arme familière,—les remontrances—pour déclarer solennellement
que «l’honneur ne se rétablit pas par voie d’autorité» et qu’«interrompre la
procédure serait porter préjudice à l’accusé, au bien de la justice et au
service du roi».
Une trève de courte durée interrompit ces premières hostilités.
Louis XV mariait le Dauphin, son petit-fils, avec l’archiduchesse
d’Autriche, Marie-Antoinette, fille de l’impératrice-reine Marie-Thérèse.
Dans les fêtes mêmes qui marquèrent cette nouvelle alliance entre deux
l’œuvre de Linguet. Lorsqu’ils signalent l’apparition de celle-ci dans leur
article du 21 juin 1770, ils démontrent, quoique plutôt hostiles à l’ancien
commandant de Bretagne, avec quelle habileté l’avocat avait fait valoir la
cause de son client. D’après Linguet, le duc avait su concilier les exigences
de l’Etat avec les intérêts de la province, à tel point que ses ennemis eux-
mêmes n’avaient osé lui refuser leurs éloges; mais le défenseur n’avait pu
«dissimuler que, dans la septième tenue des États, en 1768, le duc
d’Aiguillon n’eut pas le même succès et que, le trouble parvenu à son
comble, il crut devoir, par une retraite prudente, prévenir un plus grand et
plus long désordre».
C’était alors la conviction qu’avait l’avocat[148] ou qu’il prétendait avoir.
Car, depuis, quand il fut en contestation avec le duc pour le chiffre de ses
honoraires, il s’infligea à lui-même le plus sanglant démenti dans des
invectives restées classiques: palinodie écœurante, que constate, non sans
une joie maligne, dans ses Souvenirs, Brissot de Warville, et qu’y vient
confirmer une anecdote des plus piquantes. Le futur conventionnel avouait,
en effet, que d’Aiguillon «défendu par les mémoires de Linguet ne lui
semblait pas coupable» et il les appelle, ces «mémoires», un «monument
éternel de honte et d’infamie». A Mᵐᵉ Lem qui les lui avait reprochés,
Linguet n’avait-il pas eu le cynisme de déclarer:
«—Pourquoi les États de Bretagne ne se sont-ils pas adressés à moi? Je
les aurais défendus![149]»
Le parlement de Paris avait pris en main leur cause, de façon si
ostensible, et dans un esprit de malveillance si prononcé contre d’Aiguillon,
que, le 8 mai, le chancelier enjoignait, de l’ordre du roi, au premier
président d’apporter la grosse de l’information, close la veille. Le 9, le
parlement obéissait, mais avec cette raideur dont il était coutumier: il usait
de son arme familière,—les remontrances—pour déclarer solennellement
que «l’honneur ne se rétablit pas par voie d’autorité» et qu’«interrompre la
procédure serait porter préjudice à l’accusé, au bien de la justice et au
service du roi».
Une trève de courte durée interrompit ces premières hostilités.
Louis XV mariait le Dauphin, son petit-fils, avec l’archiduchesse
d’Autriche, Marie-Antoinette, fille de l’impératrice-reine Marie-Thérèse.
Dans les fêtes mêmes qui marquèrent cette nouvelle alliance entre deux
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maisons si longtemps rivales, les ennemis de d’Aiguillon trouvèrent
amplement matière à exercer leur malignité contre l’ancien commandant de
Bretagne. Ils se montraient dans les allées, brillamment illuminées, du parc
de Versailles, alors que Choiseul donnait le bras à la princesse de
Beauvau[150], d’Aiguillon offrant gracieusement le sien à l’ancienne
maîtresse du Roué. Et qui sait? peut-être signalèrent-ils le couple odieux,
par une allusion perfide, à l’adolescente, qui, devenue femme et plus tard
reine de France, devait envelopper dans la même exécration le favori et la
favorite de Louis XV. Car, si chastement que l’eût élevée sa mère, la future
Dauphine ne pouvait ignorer en quel milieu les exigences de la diplomatie
l’appelaient à vivre. Mais, Marie-Thérèse, qui avait un sens politique si
développé, lui avait recommandé une extrême prudence, la meilleure forme
de déférence que la jeune épousée dût observer envers un roi et un vieillard.
S’il faut en croire les Anecdotes de la comtesse Du Barry[151] qui parfois
sont bien informées, des émissaires de M. de Choiseul auraient tenté de
dissuader la maîtresse du roi d’assister à l’«entrée» de la Dauphine; ces
officieux l’engageaient même à prétexter une saison à Barèges, pour éviter
une rencontre qui pourrait désobliger la jeune princesse.
—Ah! madame, lui dit Richelieu, ignorez-vous les dangers de l’absence?
Et d’Aiguillon d’appuyer fortement l’argumentation de son cousin.
«Ils avaient raison, conclut le rédacteur des Anecdotes; car la chose se
passa fort bien.»
En apparence peut-être, mais nous ne serions pas autrement surpris si les
intrigues de cour, toujours souterraines et mystérieuses, n’avaient agi dans
le sens que nous indiquions plus haut.
Les fêtes officielles du mariage étaient à peine terminées que le
parlement, impatient de reprendre la piste, faisait prier le roi, le 26 mai, de
lui donner son jour pour prononcer sur deux requêtes qu’il avait reçues,
l’une de d’Aiguillon, l’autre de la Chalotais qui se portait partie civile.
—Je répondrai, dit Louis XV, quand j’aurai la grosse de la seconde
information.
Le parlement s’ajourne au 19 juin, mais avec le vague pressentiment que
se préparait un coup de force, d’ailleurs proposé au Conseil par Maupeou.
amplement matière à exercer leur malignité contre l’ancien commandant de
Bretagne. Ils se montraient dans les allées, brillamment illuminées, du parc
de Versailles, alors que Choiseul donnait le bras à la princesse de
Beauvau[150], d’Aiguillon offrant gracieusement le sien à l’ancienne
maîtresse du Roué. Et qui sait? peut-être signalèrent-ils le couple odieux,
par une allusion perfide, à l’adolescente, qui, devenue femme et plus tard
reine de France, devait envelopper dans la même exécration le favori et la
favorite de Louis XV. Car, si chastement que l’eût élevée sa mère, la future
Dauphine ne pouvait ignorer en quel milieu les exigences de la diplomatie
l’appelaient à vivre. Mais, Marie-Thérèse, qui avait un sens politique si
développé, lui avait recommandé une extrême prudence, la meilleure forme
de déférence que la jeune épousée dût observer envers un roi et un vieillard.
S’il faut en croire les Anecdotes de la comtesse Du Barry[151] qui parfois
sont bien informées, des émissaires de M. de Choiseul auraient tenté de
dissuader la maîtresse du roi d’assister à l’«entrée» de la Dauphine; ces
officieux l’engageaient même à prétexter une saison à Barèges, pour éviter
une rencontre qui pourrait désobliger la jeune princesse.
—Ah! madame, lui dit Richelieu, ignorez-vous les dangers de l’absence?
Et d’Aiguillon d’appuyer fortement l’argumentation de son cousin.
«Ils avaient raison, conclut le rédacteur des Anecdotes; car la chose se
passa fort bien.»
En apparence peut-être, mais nous ne serions pas autrement surpris si les
intrigues de cour, toujours souterraines et mystérieuses, n’avaient agi dans
le sens que nous indiquions plus haut.
Les fêtes officielles du mariage étaient à peine terminées que le
parlement, impatient de reprendre la piste, faisait prier le roi, le 26 mai, de
lui donner son jour pour prononcer sur deux requêtes qu’il avait reçues,
l’une de d’Aiguillon, l’autre de la Chalotais qui se portait partie civile.
—Je répondrai, dit Louis XV, quand j’aurai la grosse de la seconde
information.
Le parlement s’ajourne au 19 juin, mais avec le vague pressentiment que
se préparait un coup de force, d’ailleurs proposé au Conseil par Maupeou.
Page 71
Le 19, les gens du roi viennent annoncer que le prince «parlerait» le 27.
Louis XV ne «parla» que le 28.
Ici nous laisserons «parler» aussi Mᵐᵉ d’Aiguillon: car elle a très
véridiquement retracé la physionomie de la journée. Dès le lendemain, le
29, elle écrit au chevalier; elle est encore sous l’impression de l’événement;
et l’émotion qu’elle en éprouve n’altère ni la fermeté de son esprit, ni la
souplesse de sa belle humeur. Elle montre combien, dans ces heures
critiques, elle reste à la hauteur de son devoir, multipliant ses bons offices
auprès de son mari et prêchant d’exemple, par son attitude énergique, mais
enjouée, à cet homme que semble effarer la nécessité de prendre une
décision.
Elle dit tout d’abord à son confident combien elle est «affairée, quoique
n’ayant rien à faire» et s’excuse d’être en retard avec lui: ne s’est-elle pas
«persuadée que qui n’écrit pas de mémoires, ne doit pas écrire?»
Mais, par contre, ce qu’elle en lit! «Tout autre genre de littérature est
banni de chez moi: le code et le code criminel, voilà les livres que l’on
trouve dans mon boudoir et sur ma toilette.» Aussi dans quelle solitude vit-
elle! «Depuis votre départ, je n’ai vu qui que ce soit le soir: je reste seule
jusqu’à dix heures, dix heures et demie que M. d’Aiguillon revient et cause
avec moi jusqu’à près de minuit.» Comme son mari rentre très fatigué—elle
n’ose dire très déprimé—elle s’efforce de le distraire: elle court toute la
journée «pour attraper quelques nouvelles ou quelques histoires qui puissent
l’amuser un moment[152]».
Mais, sous ce badinage de surface, sa perspicacité reste toujours en éveil
et son raisonnement immuable: «Ce qui peut nous arriver de mieux serait
d’être jugé.»
Malheureusement «le ministère n’a pas pensé de même» ajoute-t-elle
sans commentaires. Et elle résume, à l’intention de son correspondant, les
divers épisodes du «lit de justice» qui s’est tenu la veille, «pour faire
enregistrer les lettres patentes par lesquelles le roi arrête la procédure et
défend de la continuer». Là-dessus, «le chancelier a fait un beau discours»
(la pointe d’ironie est à peine sensible) pour expliquer la pensée du prince.
«Le roi, dit-il, qui n’avait pas permis à M. d’Aiguillon, l’an passé, malgré
ses instances, de rendre publiques les requêtes qu’il lui avait présentées, a
voulu, cette année, savoir quelles étaient les accusations. Il a permis, en
conséquence, que les instructions se fissent avec le plus grand appareil
Louis XV ne «parla» que le 28.
Ici nous laisserons «parler» aussi Mᵐᵉ d’Aiguillon: car elle a très
véridiquement retracé la physionomie de la journée. Dès le lendemain, le
29, elle écrit au chevalier; elle est encore sous l’impression de l’événement;
et l’émotion qu’elle en éprouve n’altère ni la fermeté de son esprit, ni la
souplesse de sa belle humeur. Elle montre combien, dans ces heures
critiques, elle reste à la hauteur de son devoir, multipliant ses bons offices
auprès de son mari et prêchant d’exemple, par son attitude énergique, mais
enjouée, à cet homme que semble effarer la nécessité de prendre une
décision.
Elle dit tout d’abord à son confident combien elle est «affairée, quoique
n’ayant rien à faire» et s’excuse d’être en retard avec lui: ne s’est-elle pas
«persuadée que qui n’écrit pas de mémoires, ne doit pas écrire?»
Mais, par contre, ce qu’elle en lit! «Tout autre genre de littérature est
banni de chez moi: le code et le code criminel, voilà les livres que l’on
trouve dans mon boudoir et sur ma toilette.» Aussi dans quelle solitude vit-
elle! «Depuis votre départ, je n’ai vu qui que ce soit le soir: je reste seule
jusqu’à dix heures, dix heures et demie que M. d’Aiguillon revient et cause
avec moi jusqu’à près de minuit.» Comme son mari rentre très fatigué—elle
n’ose dire très déprimé—elle s’efforce de le distraire: elle court toute la
journée «pour attraper quelques nouvelles ou quelques histoires qui puissent
l’amuser un moment[152]».
Mais, sous ce badinage de surface, sa perspicacité reste toujours en éveil
et son raisonnement immuable: «Ce qui peut nous arriver de mieux serait
d’être jugé.»
Malheureusement «le ministère n’a pas pensé de même» ajoute-t-elle
sans commentaires. Et elle résume, à l’intention de son correspondant, les
divers épisodes du «lit de justice» qui s’est tenu la veille, «pour faire
enregistrer les lettres patentes par lesquelles le roi arrête la procédure et
défend de la continuer». Là-dessus, «le chancelier a fait un beau discours»
(la pointe d’ironie est à peine sensible) pour expliquer la pensée du prince.
«Le roi, dit-il, qui n’avait pas permis à M. d’Aiguillon, l’an passé, malgré
ses instances, de rendre publiques les requêtes qu’il lui avait présentées, a
voulu, cette année, savoir quelles étaient les accusations. Il a permis, en
conséquence, que les instructions se fissent avec le plus grand appareil
Page 72
judiciaire. Mais, très surpris de voir que quelques témoins avaient parlé de
choses étrangères au sujet et compromis ainsi l’administration, il défendait
la suite de cette affaire et ordonnait le silence le plus absolu.»
Ici se place un incident assez piquant:
«Comme, au moment de l’enregistrement, le duc d’Orléans avait paru y
mettre quelque obstacle, le roi lui a dit qu’il lui permettait ainsi qu’aux
autres pairs d’aller au Palais, mais qu’il lui ordonnait, au cas où l’on
parlerait de cette affaire, de lever le siège et de sortir.»
Une consolation restait à la duchesse, c’est que «dans les lettres patentes,
le roi disait qu’il n’avait jamais vu dans la conduite de M. d’Aiguillon que
le plus grand zèle pour son service et pour le bien de l’État[153]».
Pas plus qu’elle, aucun des amis, ni même des ennemis de M.
d’Aiguillon n’avait été dupe de cette solution inattendue. En vain, Louis
XV avait-il justifié publiquement le représentant de sa politique; en vain,
pour lui donner une preuve nouvelle de sa confiance, l’avait-il emmené
souper avec lui à Marly. Le duc n’en était pas moins victime d’un déni de
justice. Et son entourage en exprimait très haut son mécontentement; Mᵐᵉ
Du Deffand le note dans ses lettres. Le chevalier d’Abrieu, secrétaire intime
de d’Aiguillon, de Laigle, le vicomte de Barrin, Becdelièvre, Tinténiac et
combien d’autres déplorent un tel dénouement[154]. De la Guerre en écrit à
la duchesse. Tous stigmatisent la perfidie de Maupeou qui a voulu faire
coup double, et contre d’Aiguillon, et contre le parlement.
Voltaire, lui-même, écrit que le duc d’Aiguillon fut victime d’une
persécution publique et acharnée presque semblable à celle dont mourut
Lally. Avait-il oublié par hasard la galéjade que lui avait inspirée le cure-
dent de la Chalotais? Ou ne vaut-il pas mieux croire qu’il obéissait au
premier élan de son cœur qui le portait d’instinct vers les victimes de
l’injustice et de la calomnie? Et puis l’affection, un peu aveugle, qu’il avait
toujours vouée à Richelieu, ne pouvait-elle rejaillir sur un des plus proches
parents de son héros?
Pour nous, autrement précise est l’opinion de Condorcet, quand il écrit à
Turgot, le 29 juin, le même jour que la duchesse à Balleroy: «S’il est vrai
que le parlement de Rennes l’ait (le duc d’Aiguillon) calomnié en 1764 et
n’ait cessé de le faire calomnier depuis, j’avoue que la haine parlementaire
est aussi cruelle que le despotisme ministériel[155].»
choses étrangères au sujet et compromis ainsi l’administration, il défendait
la suite de cette affaire et ordonnait le silence le plus absolu.»
Ici se place un incident assez piquant:
«Comme, au moment de l’enregistrement, le duc d’Orléans avait paru y
mettre quelque obstacle, le roi lui a dit qu’il lui permettait ainsi qu’aux
autres pairs d’aller au Palais, mais qu’il lui ordonnait, au cas où l’on
parlerait de cette affaire, de lever le siège et de sortir.»
Une consolation restait à la duchesse, c’est que «dans les lettres patentes,
le roi disait qu’il n’avait jamais vu dans la conduite de M. d’Aiguillon que
le plus grand zèle pour son service et pour le bien de l’État[153]».
Pas plus qu’elle, aucun des amis, ni même des ennemis de M.
d’Aiguillon n’avait été dupe de cette solution inattendue. En vain, Louis
XV avait-il justifié publiquement le représentant de sa politique; en vain,
pour lui donner une preuve nouvelle de sa confiance, l’avait-il emmené
souper avec lui à Marly. Le duc n’en était pas moins victime d’un déni de
justice. Et son entourage en exprimait très haut son mécontentement; Mᵐᵉ
Du Deffand le note dans ses lettres. Le chevalier d’Abrieu, secrétaire intime
de d’Aiguillon, de Laigle, le vicomte de Barrin, Becdelièvre, Tinténiac et
combien d’autres déplorent un tel dénouement[154]. De la Guerre en écrit à
la duchesse. Tous stigmatisent la perfidie de Maupeou qui a voulu faire
coup double, et contre d’Aiguillon, et contre le parlement.
Voltaire, lui-même, écrit que le duc d’Aiguillon fut victime d’une
persécution publique et acharnée presque semblable à celle dont mourut
Lally. Avait-il oublié par hasard la galéjade que lui avait inspirée le cure-
dent de la Chalotais? Ou ne vaut-il pas mieux croire qu’il obéissait au
premier élan de son cœur qui le portait d’instinct vers les victimes de
l’injustice et de la calomnie? Et puis l’affection, un peu aveugle, qu’il avait
toujours vouée à Richelieu, ne pouvait-elle rejaillir sur un des plus proches
parents de son héros?
Pour nous, autrement précise est l’opinion de Condorcet, quand il écrit à
Turgot, le 29 juin, le même jour que la duchesse à Balleroy: «S’il est vrai
que le parlement de Rennes l’ait (le duc d’Aiguillon) calomnié en 1764 et
n’ait cessé de le faire calomnier depuis, j’avoue que la haine parlementaire
est aussi cruelle que le despotisme ministériel[155].»
Page 73
Cette «haine parlementaire» allait singulièrement justifier l’appréciation,
presque prophétique, de Condorcet.
La duchesse, dans sa lettre à Balleroy, qui dut partir fort tard le 29 juin,
disait que le jour même, le parlement avait tenu une très longue séance de
onze heures du matin à neuf heures et demie du soir. Le résultat en était
resté indécis et confus: «Vingt avis s’étaient ouverts plus biscornus les uns
que les autres et plus impertinents envers le roi.» De guerre lasse, on s’était
ajourné au lendemain. Mais la duchesse prenait facilement son parti
d’orages qu’elle avait vus tant de fois au-dessus de sa tête: «C’est l’affaire
du roi, écrit-elle, ce n’est plus la nôtre... Nous allons partir bientôt pour
Véret.»
Pouvait-elle prévoir le coup de tonnerre qui allait si brusquement retentir
par tout le royaume?
Le 2 juillet, le parlement assemblé sans les princes et les pairs qui
s’étaient, sur les ordres de Louis XV, abstenus de siéger, rédigeait les
remontrances et l’arrêt, dont il devait être, dans un avenir prochain, le
mauvais marchand.
Il s’élevait contre l’abus de pouvoir qui interrompait le cours de la
justice, violait les formes les plus précises et garantissait l’impunité aux
gouverneurs de province; il retenait ces dépositions qu’avait frappées de
suspicion le gouvernement et, sans débats, sans même que l’accusé eût été
entendu, il fulminait cet arrêt célèbre qui entachait d’Aiguillon et l’excluait
des fonctions de la pairie; «ces lettres patentes à lui données par le roi,
étaient des lettres d’abolition».
On eût dit que l’auteur de la Lettre d’un gentilhomme breton, le plus
vigoureux des pamphlets dirigés contre le commandant de Bretagne, avait
eu comme le pressentiment de cet arrêt inique et l’avait frappé, par
anticipation, de flétrissure, quand il déclarait que retenir les La Chalotais en
exil, après les avoir pour ainsi dire réhabilités, était un déni de justice: «Les
commencements de preuves, déclarait le pamphlétaire anonyme, ne sont pas
des preuves».
Cet aphorisme, bien qu’émané d’un adversaire, se retournait contre
l’arrêt du parlement; car c’était également un déni de justice que d’avoir
noté d’infamie le duc d’Aiguillon, en violant, avec une telle désinvolture,
les lois de la raison et de l’équité[156].
presque prophétique, de Condorcet.
La duchesse, dans sa lettre à Balleroy, qui dut partir fort tard le 29 juin,
disait que le jour même, le parlement avait tenu une très longue séance de
onze heures du matin à neuf heures et demie du soir. Le résultat en était
resté indécis et confus: «Vingt avis s’étaient ouverts plus biscornus les uns
que les autres et plus impertinents envers le roi.» De guerre lasse, on s’était
ajourné au lendemain. Mais la duchesse prenait facilement son parti
d’orages qu’elle avait vus tant de fois au-dessus de sa tête: «C’est l’affaire
du roi, écrit-elle, ce n’est plus la nôtre... Nous allons partir bientôt pour
Véret.»
Pouvait-elle prévoir le coup de tonnerre qui allait si brusquement retentir
par tout le royaume?
Le 2 juillet, le parlement assemblé sans les princes et les pairs qui
s’étaient, sur les ordres de Louis XV, abstenus de siéger, rédigeait les
remontrances et l’arrêt, dont il devait être, dans un avenir prochain, le
mauvais marchand.
Il s’élevait contre l’abus de pouvoir qui interrompait le cours de la
justice, violait les formes les plus précises et garantissait l’impunité aux
gouverneurs de province; il retenait ces dépositions qu’avait frappées de
suspicion le gouvernement et, sans débats, sans même que l’accusé eût été
entendu, il fulminait cet arrêt célèbre qui entachait d’Aiguillon et l’excluait
des fonctions de la pairie; «ces lettres patentes à lui données par le roi,
étaient des lettres d’abolition».
On eût dit que l’auteur de la Lettre d’un gentilhomme breton, le plus
vigoureux des pamphlets dirigés contre le commandant de Bretagne, avait
eu comme le pressentiment de cet arrêt inique et l’avait frappé, par
anticipation, de flétrissure, quand il déclarait que retenir les La Chalotais en
exil, après les avoir pour ainsi dire réhabilités, était un déni de justice: «Les
commencements de preuves, déclarait le pamphlétaire anonyme, ne sont pas
des preuves».
Cet aphorisme, bien qu’émané d’un adversaire, se retournait contre
l’arrêt du parlement; car c’était également un déni de justice que d’avoir
noté d’infamie le duc d’Aiguillon, en violant, avec une telle désinvolture,
les lois de la raison et de l’équité[156].
Page 74
Mais, dans ces affaires de Bretagne, les illégalités ne se comptaient déjà
plus.
plus.
Page 75
IX
Riposte de Maupeou: cassation de l’arrêté.—Pluie de couplets et
d’anecdotes satiriques.—Avanies prodiguées à Mᵐᵉ Du Barry.—Insolences
et mécomptes des parlementaires bretons d’après Mᵐᵉ d’Aiguillon.—La
journée du 3 septembre.—Louis XV revient aux traditions de son bisaïeul.
—Le sac du roi et le char de la blanchisseuse de d’Aiguillon.—Indulgence
et pitié.—Le Parlement de Paris courbe la tête.—Mᵐᵉ d’Aiguillon et ses
«chers Bretons».
L’arme qui blessait d’Aiguillon atteignait du même coup la royauté.
Maupeou, tout satisfait qu’il dût être de la flétrissure du fonctionnaire, ne
pouvait cependant admettre qu’elle s’étendît jusqu’au prince. Aussi
envoyait-il à Saint-Hubert, pavillon de chasse où séjournait volontiers Louis
XV, l’arrêté du parlement avec un projet de cassation que signa le roi et que
le chancelier envoya immédiatement à l’impression.
Cette riposte de Maupeou ne suffisait pas à laver d’Aiguillon de la honte
qu’il avait subie et que n’avait su lui éviter Mᵐᵉ Du Barry, si bien préparée
pourtant à ce rôle de sauveteur. La malignité des libellistes en prenait texte
pour cribler d’épigrammes la protectrice et le protégé. Un couplet de
vaudeville, écrit «sur l’air du Déserteur» fait dire au duc:
Oublions jusqu’à la trace
De mon procès suspendu.
Avec des lettres de grâce
On ne peut être pendu.
Je triomphe de l’envie,
Je jouis de la faveur.
Grâces aux soins d’une amie,
J’en suis quitte pour l’honneur[157].
Le duc de Brissac prétendait que d’Aiguillon «avait sauvé sa tête, mais
qu’on lui avait tordu le col». Et Maurepas qui ne laissait jamais échapper
l’occasion de placer un mot, fût-ce aux dépens d’un parent ou d’un ami,
ajoutait: «Je crains bien que de tout ceci, il ne reste à mon neveu que le
jaune[158].» On sait que d’Aiguillon avait le teint safrané.
Louis XV le voyait d’une autre couleur.
Riposte de Maupeou: cassation de l’arrêté.—Pluie de couplets et
d’anecdotes satiriques.—Avanies prodiguées à Mᵐᵉ Du Barry.—Insolences
et mécomptes des parlementaires bretons d’après Mᵐᵉ d’Aiguillon.—La
journée du 3 septembre.—Louis XV revient aux traditions de son bisaïeul.
—Le sac du roi et le char de la blanchisseuse de d’Aiguillon.—Indulgence
et pitié.—Le Parlement de Paris courbe la tête.—Mᵐᵉ d’Aiguillon et ses
«chers Bretons».
L’arme qui blessait d’Aiguillon atteignait du même coup la royauté.
Maupeou, tout satisfait qu’il dût être de la flétrissure du fonctionnaire, ne
pouvait cependant admettre qu’elle s’étendît jusqu’au prince. Aussi
envoyait-il à Saint-Hubert, pavillon de chasse où séjournait volontiers Louis
XV, l’arrêté du parlement avec un projet de cassation que signa le roi et que
le chancelier envoya immédiatement à l’impression.
Cette riposte de Maupeou ne suffisait pas à laver d’Aiguillon de la honte
qu’il avait subie et que n’avait su lui éviter Mᵐᵉ Du Barry, si bien préparée
pourtant à ce rôle de sauveteur. La malignité des libellistes en prenait texte
pour cribler d’épigrammes la protectrice et le protégé. Un couplet de
vaudeville, écrit «sur l’air du Déserteur» fait dire au duc:
Oublions jusqu’à la trace
De mon procès suspendu.
Avec des lettres de grâce
On ne peut être pendu.
Je triomphe de l’envie,
Je jouis de la faveur.
Grâces aux soins d’une amie,
J’en suis quitte pour l’honneur[157].
Le duc de Brissac prétendait que d’Aiguillon «avait sauvé sa tête, mais
qu’on lui avait tordu le col». Et Maurepas qui ne laissait jamais échapper
l’occasion de placer un mot, fût-ce aux dépens d’un parent ou d’un ami,
ajoutait: «Je crains bien que de tout ceci, il ne reste à mon neveu que le
jaune[158].» On sait que d’Aiguillon avait le teint safrané.
Louis XV le voyait d’une autre couleur.
Page 76
«—Comme il est pâle! disait-il, à son petit lever, en l’apercevant de loin.
—Votre Majesté juge toujours les gens bien favorablement, répliqua le
duc d’Ayen: tout le monde le voit bien noir[159].»
Un mauvais plaisant eut, paraît-il, l’audace d’envoyer à d’Aiguillon un
dégraisseur auquel il persuada que le duc était très sourd et qui lui cria en
présence d’une brillante assemblée: «On m’a dit que vous me demandiez
pour laver les taches qui sont sur votre cordon bleu[160]».
Des faits autrement graves que le colportage de couplets ou d’anecdotes
satiriques ne pouvaient échapper à l’observation du principal intéressé. La
future reine de France, qui n’avait pas encore atteint sa quinzième année,
était manifestement prévenue contre Mᵐᵉ Du Barry: il ne manquait pas de
bonnes volontés pour remplir cet office, ne fût-ce que celle de M. de
Choiseul, d’autant mieux écouté de la Dauphine, que la fille de Marie-
Thérèse devait son mariage à ce partisan résolu de l’alliance autrichienne.
Aussi, dès le 9 juillet, donnait-elle à sa mère cette impression de la Du
Barry, qu’«elle était la plus sotte et la plus impertinente créature qui fût
imaginable». Marie-Antoinette s’était trouvée à côté d’elle au jeu du roi:
«elle lui avait cependant parlé quand il le fallait[161]».
De leur côté, les ennemis de d’Aiguillon entendaient profiter de leur
victoire. L’arrêt du Parlement était à peine rendu, qu’ils le répandaient dans
tout Paris par des colporteurs, que pourchassait vainement d’Hémery,
l’inspecteur de police, chargé de la surveillance de la librairie[162]. La
rumeur publique voulait que la duchesse de Gramont[163], sœur de Choiseul,
traversant la Provence et le Languedoc pour aller à Barèges, eût tenté de
soulever les Parlements de ces deux provinces contre la décision du conseil
suspendant le procès de d’Aiguillon. Et le maréchal de Richelieu avait eu à
cet égard une explication des plus vives avec le duc de Choiseul.
L’ambassadeur d’Autriche en France, Mercy-Argenteau, relate
l’anecdote à Marie-Thérèse, puis lui en raconte une autre, démontrant de
reste comment d’habiles courtisans savaient développer chez Marie-
Antoinette une antipathie qui trouvait là un terrain si propice et qui devait
bientôt rejaillir de Mᵐᵉ Du Barry sur d’Aiguillon. La dauphine avait vu, non
sans déplaisir, qu’on entraînait son mari dans les soupers du pavillon de
l’Hermitage, où le roi, revenant de la chasse, se rencontrait avec sa
maîtresse. Or, Mᵐᵉ de Noailles, dame d’honneur de Marie-Antoinette, avait
conseillé à la jeune princesse d’y accompagner par politique le dauphin.
—Votre Majesté juge toujours les gens bien favorablement, répliqua le
duc d’Ayen: tout le monde le voit bien noir[159].»
Un mauvais plaisant eut, paraît-il, l’audace d’envoyer à d’Aiguillon un
dégraisseur auquel il persuada que le duc était très sourd et qui lui cria en
présence d’une brillante assemblée: «On m’a dit que vous me demandiez
pour laver les taches qui sont sur votre cordon bleu[160]».
Des faits autrement graves que le colportage de couplets ou d’anecdotes
satiriques ne pouvaient échapper à l’observation du principal intéressé. La
future reine de France, qui n’avait pas encore atteint sa quinzième année,
était manifestement prévenue contre Mᵐᵉ Du Barry: il ne manquait pas de
bonnes volontés pour remplir cet office, ne fût-ce que celle de M. de
Choiseul, d’autant mieux écouté de la Dauphine, que la fille de Marie-
Thérèse devait son mariage à ce partisan résolu de l’alliance autrichienne.
Aussi, dès le 9 juillet, donnait-elle à sa mère cette impression de la Du
Barry, qu’«elle était la plus sotte et la plus impertinente créature qui fût
imaginable». Marie-Antoinette s’était trouvée à côté d’elle au jeu du roi:
«elle lui avait cependant parlé quand il le fallait[161]».
De leur côté, les ennemis de d’Aiguillon entendaient profiter de leur
victoire. L’arrêt du Parlement était à peine rendu, qu’ils le répandaient dans
tout Paris par des colporteurs, que pourchassait vainement d’Hémery,
l’inspecteur de police, chargé de la surveillance de la librairie[162]. La
rumeur publique voulait que la duchesse de Gramont[163], sœur de Choiseul,
traversant la Provence et le Languedoc pour aller à Barèges, eût tenté de
soulever les Parlements de ces deux provinces contre la décision du conseil
suspendant le procès de d’Aiguillon. Et le maréchal de Richelieu avait eu à
cet égard une explication des plus vives avec le duc de Choiseul.
L’ambassadeur d’Autriche en France, Mercy-Argenteau, relate
l’anecdote à Marie-Thérèse, puis lui en raconte une autre, démontrant de
reste comment d’habiles courtisans savaient développer chez Marie-
Antoinette une antipathie qui trouvait là un terrain si propice et qui devait
bientôt rejaillir de Mᵐᵉ Du Barry sur d’Aiguillon. La dauphine avait vu, non
sans déplaisir, qu’on entraînait son mari dans les soupers du pavillon de
l’Hermitage, où le roi, revenant de la chasse, se rencontrait avec sa
maîtresse. Or, Mᵐᵉ de Noailles, dame d’honneur de Marie-Antoinette, avait
conseillé à la jeune princesse d’y accompagner par politique le dauphin.
Page 77
Choiseul, qu’avait consulté la dauphine, avait estimé que la place de Marie-
Antoinette n’était pas aux soupers de l’Hermitage, qu’elle «ne devait pas le
demander», mais que «si le roi le lui proposait, elle devait s’y prêter avec
une apparence de plaisir[164]».
Des avanies, visant plus directement la favorite, et de ce fait autrement
outrageantes, ne lui étaient pas épargnées par l’entourage et surtout par la
famille de Choiseul. La duchesse de Gramont, beauté arrogante et superbe,
qui avait convoité la succession de Mᵐᵉ de Pompadour auprès de Louis XV,
se faisait remarquer plus particulièrement par son insolence envers Mᵐᵉ Du
Barry. Si, certain jour, à Choisy, les dames de la cour s’étaient refusées à
laisser la maîtresse du roi prendre place au milieu d’elles, c’est que la
duchesse de Gramont était une des instigatrices les plus actives de ce
complot féminin. Sa parente, la comtesse, n’était pas une des ennemies les
moins acharnées de Mᵐᵉ Du Barry; et les propos injurieux dont elle l’avait
accablée lui avaient valu un exil à quinze lieues de Paris[165].
Ce dut être surtout à cette heure critique, dans le courant de juillet 1770,
que l’alliance se scella définitivement, sous les auspices du chancelier, entre
la femme si cruellement offensée par les affronts «des Choiseul» et
l’homme, au cœur débordant de rancune, que le Parlement croyait avoir
marqué d’une flétrissure indélébile.
D’Aiguillon n’était pas parti pour Veretz, comme l’avait écrit la
duchesse; mais il était toujours sur les chemins, suivant de près une affaire
qui touchait si fort à son honneur, alors que sa femme, fidèle au programme
qu’elle s’était précédemment tracé, restait à Paris pour surveiller les intérêts
de M. d’Aiguillon et pour lui apporter, dès son retour, le réconfort d’un
accueil toujours souriant.
Nous ne voyons pas, à moins que ses lettres ne se soient égarées, qu’elle
ait appris ni commenté à son correspondant l’arrêt qui avait noté d’infamie
le duc d’Aiguillon et provoqué, de ce fait, un tel retentissement dans le
pays.
La première lettre que nous retrouvions de sa main, depuis ce coup de
foudre, date du 23 août 1770 et ne parle que des affaires de Bretagne. Il
n’avait pas suffi au Parlement de Rennes de voir «entaché» l’ancien
commandant de la province; il avait voulu encore protester contre les lettres
patentes du 27 juin qui en avaient suspendu le procès; et rêvant d’une de ces
coalitions, qui étaient la négation même du pouvoir royal, il avait invité les
Antoinette n’était pas aux soupers de l’Hermitage, qu’elle «ne devait pas le
demander», mais que «si le roi le lui proposait, elle devait s’y prêter avec
une apparence de plaisir[164]».
Des avanies, visant plus directement la favorite, et de ce fait autrement
outrageantes, ne lui étaient pas épargnées par l’entourage et surtout par la
famille de Choiseul. La duchesse de Gramont, beauté arrogante et superbe,
qui avait convoité la succession de Mᵐᵉ de Pompadour auprès de Louis XV,
se faisait remarquer plus particulièrement par son insolence envers Mᵐᵉ Du
Barry. Si, certain jour, à Choisy, les dames de la cour s’étaient refusées à
laisser la maîtresse du roi prendre place au milieu d’elles, c’est que la
duchesse de Gramont était une des instigatrices les plus actives de ce
complot féminin. Sa parente, la comtesse, n’était pas une des ennemies les
moins acharnées de Mᵐᵉ Du Barry; et les propos injurieux dont elle l’avait
accablée lui avaient valu un exil à quinze lieues de Paris[165].
Ce dut être surtout à cette heure critique, dans le courant de juillet 1770,
que l’alliance se scella définitivement, sous les auspices du chancelier, entre
la femme si cruellement offensée par les affronts «des Choiseul» et
l’homme, au cœur débordant de rancune, que le Parlement croyait avoir
marqué d’une flétrissure indélébile.
D’Aiguillon n’était pas parti pour Veretz, comme l’avait écrit la
duchesse; mais il était toujours sur les chemins, suivant de près une affaire
qui touchait si fort à son honneur, alors que sa femme, fidèle au programme
qu’elle s’était précédemment tracé, restait à Paris pour surveiller les intérêts
de M. d’Aiguillon et pour lui apporter, dès son retour, le réconfort d’un
accueil toujours souriant.
Nous ne voyons pas, à moins que ses lettres ne se soient égarées, qu’elle
ait appris ni commenté à son correspondant l’arrêt qui avait noté d’infamie
le duc d’Aiguillon et provoqué, de ce fait, un tel retentissement dans le
pays.
La première lettre que nous retrouvions de sa main, depuis ce coup de
foudre, date du 23 août 1770 et ne parle que des affaires de Bretagne. Il
n’avait pas suffi au Parlement de Rennes de voir «entaché» l’ancien
commandant de la province; il avait voulu encore protester contre les lettres
patentes du 27 juin qui en avaient suspendu le procès; et rêvant d’une de ces
coalitions, qui étaient la négation même du pouvoir royal, il avait invité les
Page 78
autres Parlements à se fédérer pour demander des explications au souverain
sur la punition infligée aux deux procureurs généraux de Rennes.
La réplique ne s’était pas fait attendre. Dix-huit bretons avaient été
mandés à la Cour où ils devaient se rendre le 20 août[166]:
«Je ne veux pas, écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy, sur un ton d’aimable
ironie, que vous appreniez par d’autres que par moi la détention de votre
cher cousin, M. de Lohéac[167]: l’intimité qui était entre vous vous y rendra
sûrement très sensible. Voici le fait: Vous avez vu toutes les sottises de notre
Sénat breton et surtout celle des 18 membres qui se sont distingués, à la tête
desquels étaient MM. de Lohéac et La Noue: ce qui a déterminé le roi à en
faire justice. On dit qu’ils ont été menés au Château de Vincennes. Ce qu’il
y a de sûr, c’est qu’ils ont été arrêtés en sortant de chez le roi... Ces
messieurs s’étaient présentés, la veille, chez tous les ministres qui avaient
refusé de les voir. Ils ont voulu aller voir le Grand Couvert. L’huissier leur a
dit de la part du premier gentilhomme qu’ils eussent à se retirer. Vous voyez
qu’ils n’ont pas été tant fêtés. On croyait que cette nouvelle ferait plus de
bruit à Paris... et tout ce que le crédit du ministre qui les protège (Choiseul)
a pu faire, ce fut de suspendre leur peine...
«... Ces messieurs nous ont fait l’honneur de faire brûler notre mémoire
(celui de Linguet) par la main du bourreau. L’arrêt est lui-même un
mémoire. Si je peux en avoir, je vous l’enverrai: il vous paraîtra aussi plat
qu’il est long[168].»
Fut-ce l’effervescence nouvelle de ces incorrigibles bretons; ou la
malveillance avérée des Parlements de Bordeaux et de Toulouse, en ce
même mois d’août à l’égard de d’Aiguillon[169]; ou bien encore l’influence
de la Du Barry à qui le duc avait enfin fait comprendre que l’arrêt du
conseil du 3 juillet n’était pas une solution[170], influence qui précipita la
détermination d’un «homme dont on n’obtenait jamais ni un oui, ni un
non[171]?»—Toujours est-il que Louis XV prit, le 2 septembre, une décision
inattendue et que Maupeou reçut l’ordre, le même jour, d’en préparer
l’exécution.
Le 3, comme si le souvenir de son bisaïeul, entrant, botté et le fouet à la
main, au Parlement, pour lui dicter ses volontés, eût enfin secoué la torpeur
du plus indolent des monarques, Louis XV arrivait au Palais, dans sa
voiture de chasse, «ventre à terre, précédé des quatre compagnies rouges et
du vol[172]».
sur la punition infligée aux deux procureurs généraux de Rennes.
La réplique ne s’était pas fait attendre. Dix-huit bretons avaient été
mandés à la Cour où ils devaient se rendre le 20 août[166]:
«Je ne veux pas, écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy, sur un ton d’aimable
ironie, que vous appreniez par d’autres que par moi la détention de votre
cher cousin, M. de Lohéac[167]: l’intimité qui était entre vous vous y rendra
sûrement très sensible. Voici le fait: Vous avez vu toutes les sottises de notre
Sénat breton et surtout celle des 18 membres qui se sont distingués, à la tête
desquels étaient MM. de Lohéac et La Noue: ce qui a déterminé le roi à en
faire justice. On dit qu’ils ont été menés au Château de Vincennes. Ce qu’il
y a de sûr, c’est qu’ils ont été arrêtés en sortant de chez le roi... Ces
messieurs s’étaient présentés, la veille, chez tous les ministres qui avaient
refusé de les voir. Ils ont voulu aller voir le Grand Couvert. L’huissier leur a
dit de la part du premier gentilhomme qu’ils eussent à se retirer. Vous voyez
qu’ils n’ont pas été tant fêtés. On croyait que cette nouvelle ferait plus de
bruit à Paris... et tout ce que le crédit du ministre qui les protège (Choiseul)
a pu faire, ce fut de suspendre leur peine...
«... Ces messieurs nous ont fait l’honneur de faire brûler notre mémoire
(celui de Linguet) par la main du bourreau. L’arrêt est lui-même un
mémoire. Si je peux en avoir, je vous l’enverrai: il vous paraîtra aussi plat
qu’il est long[168].»
Fut-ce l’effervescence nouvelle de ces incorrigibles bretons; ou la
malveillance avérée des Parlements de Bordeaux et de Toulouse, en ce
même mois d’août à l’égard de d’Aiguillon[169]; ou bien encore l’influence
de la Du Barry à qui le duc avait enfin fait comprendre que l’arrêt du
conseil du 3 juillet n’était pas une solution[170], influence qui précipita la
détermination d’un «homme dont on n’obtenait jamais ni un oui, ni un
non[171]?»—Toujours est-il que Louis XV prit, le 2 septembre, une décision
inattendue et que Maupeou reçut l’ordre, le même jour, d’en préparer
l’exécution.
Le 3, comme si le souvenir de son bisaïeul, entrant, botté et le fouet à la
main, au Parlement, pour lui dicter ses volontés, eût enfin secoué la torpeur
du plus indolent des monarques, Louis XV arrivait au Palais, dans sa
voiture de chasse, «ventre à terre, précédé des quatre compagnies rouges et
du vol[172]».
Page 79
Mais laissons la parole à Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui, le lendemain, racontait la
scène au chevalier:
«Voilà donc enfin le roi tout à fait roi, Dieu soit loué! Sa Majesté a été
hier au Parlement et voici le détail de la bonne besogne qu’il y a faite: il a
ordonné qu’on lui apportât toutes les minutes et autres papiers ci-dessus
nommés (les informations relatives aux affaires de Bretagne) et les a fait
mettre dans un sac qu’il avait apporté tout exprès, ainsi que le registre sur
lequel était l’arrêt du 2 juillet, et celui dans lequel ils demandaient
réparation au roi...» Avant cette opération, Louis XV avait répondu aux
remontrances du Parlement sur la détention des magistrats de Rennes, qu’ils
avaient été justement punis et qu’il sévirait contre tous ceux qui imiteraient
leur conduite. Quand il eut enlevé jusqu’à la dernière pièce d’une procédure
aussi filandreuse qu’elle avait été irritante, le roi signifia au Parlement qu’il
eût à «se retirer dans ses chambres pour y remplir sa seule fonction, qui est
d’administrer la justice». La duchesse avait remarqué le discours du
chancelier, au nom du roi, discours «très long et très fort[173]». Elle ajoute
que Paris «n’a pas applaudi généralement» à cet acte d’autorité. Mais en
vérité «la folie et l’insolence des parlements étaient poussées trop loin».
Elle s’étonne cependant que le maréchal de Richelieu n’ait pas agi aussi
énergiquement avec celui de Bordeaux. Pourquoi n’a-t-il pas fait biffer sur
le registre du Parlement un arrêt identique à celui du 2 juillet, quoiqu’il en
eût l’ordre? Il faut qu’il ait eu quelques raisons particulières qu’il est
difficile d’élucider[174].
Quand Mᵐᵉ d’Aiguillon dit que «Paris n’a pas applaudi généralement»,
elle est, en vérité, bien indulgente, car le roi avait à peine enlevé «le sac
qu’il avait apporté avec lui», que les épigrammes pleuvaient de nouveau dru
comme grêle, sur la Du Barry et son obligé. Cette peste de Mairobert ouvrit
le premier le feu[175]. Avec quel luxe de détails il décrit l’élégant «vis-à-vis»
donné, prétend-il, à la comtesse par d’Aiguillon reconnaissant! Cette
voiture surpasse en magnificence les carrosses envoyés jadis à Vienne pour
la dauphine (encore une cause d’animadversion, si l’anecdote est vraie,
contre le duc et son amie). Sur les panneaux, les armoiries de la dame avec
son fameux cri: Boute en avant! Et que de galantes peintures! Colombes se
becquetant sur des nids semés de roses; cœurs transpercés de flèches, au
milieu des attributs de Cupidon coquettement enguirlandés. Les housses du
siège des cochers, les supports des laquais par derrière les roues, les
moyeux et jusqu’aux marchepieds, tout était du dernier fini. D’Aiguillon
scène au chevalier:
«Voilà donc enfin le roi tout à fait roi, Dieu soit loué! Sa Majesté a été
hier au Parlement et voici le détail de la bonne besogne qu’il y a faite: il a
ordonné qu’on lui apportât toutes les minutes et autres papiers ci-dessus
nommés (les informations relatives aux affaires de Bretagne) et les a fait
mettre dans un sac qu’il avait apporté tout exprès, ainsi que le registre sur
lequel était l’arrêt du 2 juillet, et celui dans lequel ils demandaient
réparation au roi...» Avant cette opération, Louis XV avait répondu aux
remontrances du Parlement sur la détention des magistrats de Rennes, qu’ils
avaient été justement punis et qu’il sévirait contre tous ceux qui imiteraient
leur conduite. Quand il eut enlevé jusqu’à la dernière pièce d’une procédure
aussi filandreuse qu’elle avait été irritante, le roi signifia au Parlement qu’il
eût à «se retirer dans ses chambres pour y remplir sa seule fonction, qui est
d’administrer la justice». La duchesse avait remarqué le discours du
chancelier, au nom du roi, discours «très long et très fort[173]». Elle ajoute
que Paris «n’a pas applaudi généralement» à cet acte d’autorité. Mais en
vérité «la folie et l’insolence des parlements étaient poussées trop loin».
Elle s’étonne cependant que le maréchal de Richelieu n’ait pas agi aussi
énergiquement avec celui de Bordeaux. Pourquoi n’a-t-il pas fait biffer sur
le registre du Parlement un arrêt identique à celui du 2 juillet, quoiqu’il en
eût l’ordre? Il faut qu’il ait eu quelques raisons particulières qu’il est
difficile d’élucider[174].
Quand Mᵐᵉ d’Aiguillon dit que «Paris n’a pas applaudi généralement»,
elle est, en vérité, bien indulgente, car le roi avait à peine enlevé «le sac
qu’il avait apporté avec lui», que les épigrammes pleuvaient de nouveau dru
comme grêle, sur la Du Barry et son obligé. Cette peste de Mairobert ouvrit
le premier le feu[175]. Avec quel luxe de détails il décrit l’élégant «vis-à-vis»
donné, prétend-il, à la comtesse par d’Aiguillon reconnaissant! Cette
voiture surpasse en magnificence les carrosses envoyés jadis à Vienne pour
la dauphine (encore une cause d’animadversion, si l’anecdote est vraie,
contre le duc et son amie). Sur les panneaux, les armoiries de la dame avec
son fameux cri: Boute en avant! Et que de galantes peintures! Colombes se
becquetant sur des nids semés de roses; cœurs transpercés de flèches, au
milieu des attributs de Cupidon coquettement enguirlandés. Les housses du
siège des cochers, les supports des laquais par derrière les roues, les
moyeux et jusqu’aux marchepieds, tout était du dernier fini. D’Aiguillon
Page 80
l’avait payé, paraît-il, 52.000 livres. Il eut la douleur de constater que la
comtesse ne s’en servait pas. Le roi l’avait trouvé trop somptueux pour sa
maîtresse et celle-ci le bouda. Que l’anecdote fût vraie ou fausse, un bel
esprit la saisit au vol et la métamorphosa en huitain:
Pourquoi ce brillant vis-à-vis?
Est-ce le char d’une déesse,
Ou de quelque jeune princesse?
S’écriait un badaud surpris,
—Non!... de la foule curieuse
Lui répond un caustique... non!
C’est le char de la blanchisseuse
De cet infâme d’Aiguillon.
Alors que Louis XV opérait son coup de force, Choiseul était en
villégiature, au château de la Ferté, chez le banquier de la cour, Laborde.
Mais son parti veillait. Estomaqués, un instant, par la séance du 3
septembre, comme l’avaient été les d’Aiguillon par l’arrêt déshonorant du
Parlement du 2 juillet, les Choiseul s’étaient ressaisis, pour abominer, avec
moins d’anecdotes, il est vrai, «l’infamie, les bassesses et les fourberies» de
leurs adversaires. Mᵐᵉ Du Deffand avait envoyé à Walpole «l’imprimé du
Parlement», le bulletin qu’elle avait reçu de «la grosse duchesse» (la
douairière d’Aiguillon) n’étant «ni exact, ni fidèle[176]». Et ce qui avait le
plus particulièrement irrité les amis de Choiseul, c’est que le chancelier,
dans son discours, avait représenté d’Aiguillon comme «honoré de la
confiance du roi et chargé de ses ordres»; c’est qu’il avait déclaré «sa
conduite irréprochable».
Quelques jours auparavant, la correspondante de Balleroy avait insisté
sur la signification véritable d’un acte qui exaspérait le parti Choiseul:
«Je comprends que vous ayiez été très aise en apprenant le détail de la
journée du 3: en vérité, on peut, à mon avis, l’appeler journée; car c’est une
vraie victoire que le roi a remportée sur les ennemis de son autorité, victoire
dont je fais plus de cas, que de celles de tous les conquérants, en ce qu’elle
peut et doit procurer la paix et qu’elle n’a fait répandre que de l’encre et
non du sang. Enfin, de ce moment, si le roi veut soutenir ce qu’il a fait et
seulement ne pas vaciller, il redevient roi, et, en vérité, il ne l’était pas.»
Après cet hommage, si ferme et si net, rendu au principe d’autorité, la
duchesse revient à ses «chers bretons», qui, quoiqu’elle en ait, la
préoccupent toujours. Une nièce de Lohéac, protégée de Mᵐᵉ d’Aiguillon
comtesse ne s’en servait pas. Le roi l’avait trouvé trop somptueux pour sa
maîtresse et celle-ci le bouda. Que l’anecdote fût vraie ou fausse, un bel
esprit la saisit au vol et la métamorphosa en huitain:
Pourquoi ce brillant vis-à-vis?
Est-ce le char d’une déesse,
Ou de quelque jeune princesse?
S’écriait un badaud surpris,
—Non!... de la foule curieuse
Lui répond un caustique... non!
C’est le char de la blanchisseuse
De cet infâme d’Aiguillon.
Alors que Louis XV opérait son coup de force, Choiseul était en
villégiature, au château de la Ferté, chez le banquier de la cour, Laborde.
Mais son parti veillait. Estomaqués, un instant, par la séance du 3
septembre, comme l’avaient été les d’Aiguillon par l’arrêt déshonorant du
Parlement du 2 juillet, les Choiseul s’étaient ressaisis, pour abominer, avec
moins d’anecdotes, il est vrai, «l’infamie, les bassesses et les fourberies» de
leurs adversaires. Mᵐᵉ Du Deffand avait envoyé à Walpole «l’imprimé du
Parlement», le bulletin qu’elle avait reçu de «la grosse duchesse» (la
douairière d’Aiguillon) n’étant «ni exact, ni fidèle[176]». Et ce qui avait le
plus particulièrement irrité les amis de Choiseul, c’est que le chancelier,
dans son discours, avait représenté d’Aiguillon comme «honoré de la
confiance du roi et chargé de ses ordres»; c’est qu’il avait déclaré «sa
conduite irréprochable».
Quelques jours auparavant, la correspondante de Balleroy avait insisté
sur la signification véritable d’un acte qui exaspérait le parti Choiseul:
«Je comprends que vous ayiez été très aise en apprenant le détail de la
journée du 3: en vérité, on peut, à mon avis, l’appeler journée; car c’est une
vraie victoire que le roi a remportée sur les ennemis de son autorité, victoire
dont je fais plus de cas, que de celles de tous les conquérants, en ce qu’elle
peut et doit procurer la paix et qu’elle n’a fait répandre que de l’encre et
non du sang. Enfin, de ce moment, si le roi veut soutenir ce qu’il a fait et
seulement ne pas vaciller, il redevient roi, et, en vérité, il ne l’était pas.»
Après cet hommage, si ferme et si net, rendu au principe d’autorité, la
duchesse revient à ses «chers bretons», qui, quoiqu’elle en ait, la
préoccupent toujours. Une nièce de Lohéac, protégée de Mᵐᵉ d’Aiguillon
Page 81
vraisemblablement à cause de sa parenté avec Balleroy, Mˡˡᵉ de Quéhillac,
vient d’écrire à la grande dame. Sollicitée par un autre de ses oncles, M. de
Goyon, de tenter une démarche auprès de la duchesse, pour qu’elle
intéressât La Vrillière (Saint-Florentin)[177] à la cause de Lohéac, Mˡˡᵉ de
Quéhillac s’en était d’abord défendue, ne sachant si M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon
ne déclineraient pas une telle mission. Puis, cédant à un mouvement de
pitié, et pour n’être pas taxée d’indifférence, elle avait déféré au désir de
Goyon. La duchesse lui répondit par une «lettre ostensible»—terme
employé jadis pour désigner ce que nous appelons aujourd’hui une «lettre
ouverte».
Celle de la duchesse prouve une bonté d’âme, une générosité plus fortes
que le juste ressentiment d’outrages et d’humiliations si longtemps endurés.
Depuis que M. d’Aiguillon a quitté le commandement de Bretagne, écrit sa
femme, il ne s’est plus mêlé en rien des affaires de la province, sinon pour
rendre service aux hommes «dont il connaît les bonnes qualités». Il ignore
donc «la punition» que le roi, «très mécontent», se réserve d’infliger au
Parlement de Bretagne; mais par amitié pour Mˡˡᵉ de Quéhillac, Mᵐᵉ
d’Aiguillon ira recommander à la bienveillance de son oncle M. de Lohéac.
Quelle délicatesse et quel tact chez cette femme que sa correspondance,
sa conduite, toute sa vie enfin présentent comme une énergique! Elle laisse
à son mari, ce personnage plutôt haineux et vindicatif, l’honneur d’une
décision, dont elle assurera, messagère officieuse, l’exécution.
Mais, comme chez elle, l’esprit d’observation, que nous savons très vif
et très aiguisé, ne perd jamais ses droits, elle termine sur ce trait le récit de
son anecdote: «M. de Goyon en a été très reconnaissant, mais il n’a pas
donné un écu à sa nièce; seulement elle a ainsi acquis le droit de lui dire
tout ce qu’elle veut». Droit de bien maigre rapport: car Mᵐᵉ d’Aiguillon dut
pourvoir, toujours en considération de Balleroy, à l’établissement de Mˡˡᵉ de
Quéhillac; et ce fut pour la duchesse un de ses plus cruels soucis. Sa
protégée était d’une famille où les facultés mentales étaient fort mal
équilibrées; et ses prétentions pécuniaires étaient si bizarres et si
exorbitantes que Mᵐᵉ d’Aiguillon s’en lamente à maintes reprises au cours
de sa correspondance avec Balleroy.
Le 4 septembre, le Parlement de Paris s’était assemblé. Encore tout
étourdi du coup qu’il venait de recevoir, il se débattit dans une lutte longue
et ardente sans pouvoir prendre de décision. La séance fut remise au
vient d’écrire à la grande dame. Sollicitée par un autre de ses oncles, M. de
Goyon, de tenter une démarche auprès de la duchesse, pour qu’elle
intéressât La Vrillière (Saint-Florentin)[177] à la cause de Lohéac, Mˡˡᵉ de
Quéhillac s’en était d’abord défendue, ne sachant si M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon
ne déclineraient pas une telle mission. Puis, cédant à un mouvement de
pitié, et pour n’être pas taxée d’indifférence, elle avait déféré au désir de
Goyon. La duchesse lui répondit par une «lettre ostensible»—terme
employé jadis pour désigner ce que nous appelons aujourd’hui une «lettre
ouverte».
Celle de la duchesse prouve une bonté d’âme, une générosité plus fortes
que le juste ressentiment d’outrages et d’humiliations si longtemps endurés.
Depuis que M. d’Aiguillon a quitté le commandement de Bretagne, écrit sa
femme, il ne s’est plus mêlé en rien des affaires de la province, sinon pour
rendre service aux hommes «dont il connaît les bonnes qualités». Il ignore
donc «la punition» que le roi, «très mécontent», se réserve d’infliger au
Parlement de Bretagne; mais par amitié pour Mˡˡᵉ de Quéhillac, Mᵐᵉ
d’Aiguillon ira recommander à la bienveillance de son oncle M. de Lohéac.
Quelle délicatesse et quel tact chez cette femme que sa correspondance,
sa conduite, toute sa vie enfin présentent comme une énergique! Elle laisse
à son mari, ce personnage plutôt haineux et vindicatif, l’honneur d’une
décision, dont elle assurera, messagère officieuse, l’exécution.
Mais, comme chez elle, l’esprit d’observation, que nous savons très vif
et très aiguisé, ne perd jamais ses droits, elle termine sur ce trait le récit de
son anecdote: «M. de Goyon en a été très reconnaissant, mais il n’a pas
donné un écu à sa nièce; seulement elle a ainsi acquis le droit de lui dire
tout ce qu’elle veut». Droit de bien maigre rapport: car Mᵐᵉ d’Aiguillon dut
pourvoir, toujours en considération de Balleroy, à l’établissement de Mˡˡᵉ de
Quéhillac; et ce fut pour la duchesse un de ses plus cruels soucis. Sa
protégée était d’une famille où les facultés mentales étaient fort mal
équilibrées; et ses prétentions pécuniaires étaient si bizarres et si
exorbitantes que Mᵐᵉ d’Aiguillon s’en lamente à maintes reprises au cours
de sa correspondance avec Balleroy.
Le 4 septembre, le Parlement de Paris s’était assemblé. Encore tout
étourdi du coup qu’il venait de recevoir, il se débattit dans une lutte longue
et ardente sans pouvoir prendre de décision. La séance fut remise au
Page 82
lendemain; et ce fut le 6 seulement que se terminèrent les débats. Le parti
de la modération l’avait emporté. D’un commun accord, on «ajournait
l’affaire au 3 décembre». Mais la cour rendait en même temps un arrêt pour
protester contre le piège tendu à sa bonne foi et contre les agissements,
injurieux pour elle, du chancelier et du contrôleur général[178].
Paris, loin «d’applaudir», s’était révolté... «généralement». La province
avait suivi le mouvement. «Tous les parlements se donnent la main, écrit
Mᵐᵉ Du Deffand; ils marquent leur mépris et leur indignation contre le
chancelier; le contrôleur général rendra bientôt sa déroute complète[179].»
La circonspection du Parlement de Paris déconcerta bien des gens, dit le
libraire Hardy[180]. Et comme s’ils avaient eu la prescience de l’avenir, les
mécontents regrettèrent que les parlementaires n’eussent pas porté un coup
plus vigoureux «pour ne pas laisser au chancelier le temps de faire de
nouvelles entreprises et de couronner son plan destructif de l’autorité des
magistrats».
L’effervescence, ainsi que l’écrivait Mᵐᵉ Du Deffand, n’en couvait pas
moins dans tous les parlements de province, au détriment des représentants
de l’autorité royale. Et la duchesse d’Aiguillon, si indulgente qu’elle fût, ne
pratiquait pas assez le pardon des injures pour ne pas éprouver un malin
plaisir à voir patauger dans le plus effroyable gâchis les politiciens de
Bretagne et le successeur de son mari, naguère si durs, si injustes, si
méprisants vis-à-vis de M. d’Aiguillon. Tenue au courant des affaires de la
province, elle en devisait allègrement avec Balleroy[181].
En vain, disait-elle, a-t-on pu apaiser l’agitation qui menaçait de
reprendre, en avisant la noblesse que sa turbulence «donnerait gain de
cause» à ses puissants ennemis. «Cet expédient a déjà réussi deux ou trois
fois; mais tout s’use à la longue»: sachant qu’ils sont redoutés du
commandant, ces brouillons finiront, à la tenue des Etats, par «s’échapper;
et aucun frein ne pourra les arrêter... Je compte que ce sera sur la demande
du roi et à la rentrée du Parlement qu’on jouera les grands jeux». Mᵐᵉ
d’Aiguillon ne «le regrette pas». «Il est juste que ce gentil prélat, ainsi que
vous l’appelez (Girac l’évêque de Rennes) et le premier commissaire
(Duras) ressentent les biens de la paix qu’ils ont mis dans cette province...
Ce qui ne laissera pas que de les y acheminer, c’est que l’on me mande que
l’évêque et le premier commissaire sont brouillés à tout jamais avec
l’intendant. Faux et sot, comme il est, il peut leur donner du fil à retordre...
de la modération l’avait emporté. D’un commun accord, on «ajournait
l’affaire au 3 décembre». Mais la cour rendait en même temps un arrêt pour
protester contre le piège tendu à sa bonne foi et contre les agissements,
injurieux pour elle, du chancelier et du contrôleur général[178].
Paris, loin «d’applaudir», s’était révolté... «généralement». La province
avait suivi le mouvement. «Tous les parlements se donnent la main, écrit
Mᵐᵉ Du Deffand; ils marquent leur mépris et leur indignation contre le
chancelier; le contrôleur général rendra bientôt sa déroute complète[179].»
La circonspection du Parlement de Paris déconcerta bien des gens, dit le
libraire Hardy[180]. Et comme s’ils avaient eu la prescience de l’avenir, les
mécontents regrettèrent que les parlementaires n’eussent pas porté un coup
plus vigoureux «pour ne pas laisser au chancelier le temps de faire de
nouvelles entreprises et de couronner son plan destructif de l’autorité des
magistrats».
L’effervescence, ainsi que l’écrivait Mᵐᵉ Du Deffand, n’en couvait pas
moins dans tous les parlements de province, au détriment des représentants
de l’autorité royale. Et la duchesse d’Aiguillon, si indulgente qu’elle fût, ne
pratiquait pas assez le pardon des injures pour ne pas éprouver un malin
plaisir à voir patauger dans le plus effroyable gâchis les politiciens de
Bretagne et le successeur de son mari, naguère si durs, si injustes, si
méprisants vis-à-vis de M. d’Aiguillon. Tenue au courant des affaires de la
province, elle en devisait allègrement avec Balleroy[181].
En vain, disait-elle, a-t-on pu apaiser l’agitation qui menaçait de
reprendre, en avisant la noblesse que sa turbulence «donnerait gain de
cause» à ses puissants ennemis. «Cet expédient a déjà réussi deux ou trois
fois; mais tout s’use à la longue»: sachant qu’ils sont redoutés du
commandant, ces brouillons finiront, à la tenue des Etats, par «s’échapper;
et aucun frein ne pourra les arrêter... Je compte que ce sera sur la demande
du roi et à la rentrée du Parlement qu’on jouera les grands jeux». Mᵐᵉ
d’Aiguillon ne «le regrette pas». «Il est juste que ce gentil prélat, ainsi que
vous l’appelez (Girac l’évêque de Rennes) et le premier commissaire
(Duras) ressentent les biens de la paix qu’ils ont mis dans cette province...
Ce qui ne laissera pas que de les y acheminer, c’est que l’on me mande que
l’évêque et le premier commissaire sont brouillés à tout jamais avec
l’intendant. Faux et sot, comme il est, il peut leur donner du fil à retordre...
Page 83
Quand il est question de nuire, il n’y a pas de sot qui ne trouve de
l’assurance...»
La duchesse n’a plus d’autre pensée que la Bretagne. Toutes les lettres
qui vont se succéder jusqu’à la rentrée du Parlement de Paris sont
uniquement consacrées au malaise intérieur d’une province dont les
hommes politiques prétendent singer l’Angleterre (l’anglomanie était alors
fort à la mode). Or le Parlement britannique rentre le 20 novembre. Celui de
Rennes ne tardera pas à reprendre séance. Les Etats y comptent bien. «En
attendant, on pelote... On a nommé une commission pour répondre au
mémoire de Linguet.» Les évêques se récusent; celui de Rennes tout le
premier, «parce que M. d’Aiguillon est son plus mortel ennemi». Et la
duchesse de protester. «Le fat! ce serait lui faire trop d’honneur que d’avoir
pour lui d’autre sentiment que celui du mépris.» Le haut clergé se refusant
d’ailleurs à siéger dans cette commission, «trois abbés Chalotinistes» furent
nommés qui durent «travailler à force» et nous «verrons leur bonne
besogne: elle ne m’inquiète pas beaucoup[182]».
Les distractions des villégiatures suburbaines ne détournent guère Mᵐᵉ
d’Aiguillon de son unique pensée: il est vrai qu’elle se trouve dans la
«thébaïde» d’Aulnay[183], la propriété de Mᵐᵉ de Laigle, dont la solitude ne
lui est pas désagréable: «ce n’est pas la beauté du lieu, je n’en connais pas
de plus triste; ce n’est pas la beauté du temps, il en fait un à ne pas mettre le
nez dehors». Elle n’en pense pas moins à «la chère Bretagne».
«Il me semble, dit-elle, que les cartes se brouillent tant qu’elles peuvent;
et je vous avoue que je n’en suis pas fâchée... M. de Duras et le joli évêque
sont dans le plus grand embarras: Dieu les y maintienne! On dit que l’on
envoie 40 bataillons en Bretagne...»
Evidemment, la duchesse exagère: mais la fermentation d’un pays
qu’elle connaissait trop bien ne lui échappait pas; et malgré qu’un autre
théâtre, qu’un drame bien plus grandiose, s’imposent désormais à son
attention, elle ne cessera de suivre, parallèlement à l’action dirigée par
Maupeou contre le Parlement de Paris, le mouvement de la Cour de Rennes,
condamnée cependant à s’effacer dans l’ombre de sa grande sœur.
l’assurance...»
La duchesse n’a plus d’autre pensée que la Bretagne. Toutes les lettres
qui vont se succéder jusqu’à la rentrée du Parlement de Paris sont
uniquement consacrées au malaise intérieur d’une province dont les
hommes politiques prétendent singer l’Angleterre (l’anglomanie était alors
fort à la mode). Or le Parlement britannique rentre le 20 novembre. Celui de
Rennes ne tardera pas à reprendre séance. Les Etats y comptent bien. «En
attendant, on pelote... On a nommé une commission pour répondre au
mémoire de Linguet.» Les évêques se récusent; celui de Rennes tout le
premier, «parce que M. d’Aiguillon est son plus mortel ennemi». Et la
duchesse de protester. «Le fat! ce serait lui faire trop d’honneur que d’avoir
pour lui d’autre sentiment que celui du mépris.» Le haut clergé se refusant
d’ailleurs à siéger dans cette commission, «trois abbés Chalotinistes» furent
nommés qui durent «travailler à force» et nous «verrons leur bonne
besogne: elle ne m’inquiète pas beaucoup[182]».
Les distractions des villégiatures suburbaines ne détournent guère Mᵐᵉ
d’Aiguillon de son unique pensée: il est vrai qu’elle se trouve dans la
«thébaïde» d’Aulnay[183], la propriété de Mᵐᵉ de Laigle, dont la solitude ne
lui est pas désagréable: «ce n’est pas la beauté du lieu, je n’en connais pas
de plus triste; ce n’est pas la beauté du temps, il en fait un à ne pas mettre le
nez dehors». Elle n’en pense pas moins à «la chère Bretagne».
«Il me semble, dit-elle, que les cartes se brouillent tant qu’elles peuvent;
et je vous avoue que je n’en suis pas fâchée... M. de Duras et le joli évêque
sont dans le plus grand embarras: Dieu les y maintienne! On dit que l’on
envoie 40 bataillons en Bretagne...»
Evidemment, la duchesse exagère: mais la fermentation d’un pays
qu’elle connaissait trop bien ne lui échappait pas; et malgré qu’un autre
théâtre, qu’un drame bien plus grandiose, s’imposent désormais à son
attention, elle ne cessera de suivre, parallèlement à l’action dirigée par
Maupeou contre le Parlement de Paris, le mouvement de la Cour de Rennes,
condamnée cependant à s’effacer dans l’ombre de sa grande sœur.
Page 84
X
Maupeou «la Bigarade».—Sa double action contre Choiseul et contre le
Parlement.—Le «beau pacte de famille».—Les larmes de Mᵐᵉ Du Barry.—
Remontrances du Parlement et refus d’enregistrer l’édit.—Choiseul
pressent sa disgrâce.—Duplicité de Louis XV.—Lettres de cachet.—
Impressions de la duchesse d’Aiguillon.—Exil des parlementaires.—Le
Parlement Maupeou.
Tous les fourbes ne sont pas nécessairement des hommes d’Etat; mais
combien d’hommes d’Etat sont des fourbes! Et Maupeou, «la
Bigarade[184]», en était un de première force, comme il était un homme
d’Etat supérieur. Il ne procédait pas par la ruse, ainsi que l’avait fait
Mazarin avec le Parlement de Paris, mais par la brutalité[185]: car il avait
conscience qu’il ne pouvait triompher autrement d’une usurpation de
pouvoir, encouragée par la mollesse du gouvernement et menaçant
d’amoindrir, voire d’asservir, l’autorité royale.
S’il avait tout d’abord usé de duplicité avec le duc d’Aiguillon, il
comprit bientôt qu’il faisait fausse route et que le procès, gagné ou perdu,
de l’inculpé découvrait la personne même du roi. D’où cette suppression,
par à-coups successifs et précipités, d’une procédure dans laquelle il ne
pouvait se flatter d’avoir le dernier mot; car il sentait bien que le Parlement
irait jusqu’aux dernières limites d’une inlassable résistance, protégé qu’il
était, et cette fois ouvertement, par le duc de Choiseul.
Le ministre ayant partie liée avec les magistrats, Maupeou estima qu’il
devait combattre les coalisés simultanément. Ses auxiliaires, nous les
connaissons: le souci de leurs intérêts était le plus sûr garant de leur
loyauté.
Les escarmouches avaient commencé dès les premiers jours de 1770.
Choiseul, fastueux pour l’Etat comme il l’était pour lui-même, dédaignait
de tenir des comptes. Il avait reçu 64 millions, affectés au département de la
guerre et ne se pressait pas d’en spécifier l’emploi. Terray, avisé et poussé
par des ennemis du ministre, réclama cette justification. La scène fut vive
au Conseil; et Choiseul alla jusqu’à offrir les diamants de sa femme[186], la
petite-fille du riche financier Crozat.
Maupeou «la Bigarade».—Sa double action contre Choiseul et contre le
Parlement.—Le «beau pacte de famille».—Les larmes de Mᵐᵉ Du Barry.—
Remontrances du Parlement et refus d’enregistrer l’édit.—Choiseul
pressent sa disgrâce.—Duplicité de Louis XV.—Lettres de cachet.—
Impressions de la duchesse d’Aiguillon.—Exil des parlementaires.—Le
Parlement Maupeou.
Tous les fourbes ne sont pas nécessairement des hommes d’Etat; mais
combien d’hommes d’Etat sont des fourbes! Et Maupeou, «la
Bigarade[184]», en était un de première force, comme il était un homme
d’Etat supérieur. Il ne procédait pas par la ruse, ainsi que l’avait fait
Mazarin avec le Parlement de Paris, mais par la brutalité[185]: car il avait
conscience qu’il ne pouvait triompher autrement d’une usurpation de
pouvoir, encouragée par la mollesse du gouvernement et menaçant
d’amoindrir, voire d’asservir, l’autorité royale.
S’il avait tout d’abord usé de duplicité avec le duc d’Aiguillon, il
comprit bientôt qu’il faisait fausse route et que le procès, gagné ou perdu,
de l’inculpé découvrait la personne même du roi. D’où cette suppression,
par à-coups successifs et précipités, d’une procédure dans laquelle il ne
pouvait se flatter d’avoir le dernier mot; car il sentait bien que le Parlement
irait jusqu’aux dernières limites d’une inlassable résistance, protégé qu’il
était, et cette fois ouvertement, par le duc de Choiseul.
Le ministre ayant partie liée avec les magistrats, Maupeou estima qu’il
devait combattre les coalisés simultanément. Ses auxiliaires, nous les
connaissons: le souci de leurs intérêts était le plus sûr garant de leur
loyauté.
Les escarmouches avaient commencé dès les premiers jours de 1770.
Choiseul, fastueux pour l’Etat comme il l’était pour lui-même, dédaignait
de tenir des comptes. Il avait reçu 64 millions, affectés au département de la
guerre et ne se pressait pas d’en spécifier l’emploi. Terray, avisé et poussé
par des ennemis du ministre, réclama cette justification. La scène fut vive
au Conseil; et Choiseul alla jusqu’à offrir les diamants de sa femme[186], la
petite-fille du riche financier Crozat.
Page 85
Maupeou l’attaqua sur un autre terrain. Il lui reprocha de vouloir
provoquer une guerre entre l’Angleterre et les puissances de la Maison de
Bourbon[187]. Il avait dû, sinon persuader, du moins être écouté avec un
certain intérêt; car Marie-Thérèse annonçait, dès le 1ᵉʳ septembre, à Mercy-
Argenteau, que la disgrâce de Choiseul était chose résolue. Et
l’ambassadeur d’Autriche, qui, de son côté, avait pris ses informations,
douta, pendant deux mois, du maintien de la paix.
C’était, d’ailleurs, l’opinion générale: «On parle beaucoup de guerre,
écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui se montre toujours pacifiste convaincue. Dieu
veuille que ce soit en vain! Mais, en vérité, nous n’en avons pas besoin.
C’est un produit du beau pacte de famille qui a retardé la paix d’un an et l’a
rendue plus mauvaise[188]».
Coup de griffe, en passant, au duc de Choiseul, le principal artisan de ce
fameux traité signé, le 15 août 1761, entre les rois de France, d’Espagne et
le duc de Parme, pour faire échec, par l’union des puissances de la maison
de Bourbon, à la supériorité de la marine anglaise!
Rarement la duchesse d’Aiguillon prend à partie, même par voie
d’allusion, le premier ministre. Mais son mari allait, parallèlement à
Maupeou, entrer en guerre ouverte avec Choiseul, et suivant le mot de
Soulavie, «travailler à renverser le visir par la maîtresse».
«La coquine me donne bien de l’embarras» disait, en plaisantant,
Choiseul, de Mᵐᵉ Du Barry. D’Aiguillon avait, il est vrai, manœuvré dans la
coulisse, pour compliquer encore la situation, déjà difficile, du «visir».
N’ayant plus à se défendre, il pouvait prendre l’offensive. Un homme qui
l’a bien étudié et bien compris, Sénac de Meilhan, définit, à souhait, le rôle
de ce courtisan qui «possédait l’art et le jargon de la galanterie[189]».
«Il fit insinuer par ses conseils à la Du Barry qu’elle n’aurait aucun
crédit tant que Choiseul serait au pouvoir et de le remplacer par un homme
qui jouerait, grâce à son rang, le même rôle et lui serait tout reconnaissant
de l’y avoir poussé.»
Bien stylée par d’Aiguillon, soufflée par Maupeou, cette femme, qui
n’avait été jusqu’alors qu’une bonne fille, devint une adroite comédienne.
Par intervalles, elle semblait toute mélancolique.
—Qu’avez-vous donc? disait le roi, qu’amusait d’ordinaire la bruyante
gaîté de sa maîtresse.
—Les Choiseul débitent des horreurs sur mon compte.
provoquer une guerre entre l’Angleterre et les puissances de la Maison de
Bourbon[187]. Il avait dû, sinon persuader, du moins être écouté avec un
certain intérêt; car Marie-Thérèse annonçait, dès le 1ᵉʳ septembre, à Mercy-
Argenteau, que la disgrâce de Choiseul était chose résolue. Et
l’ambassadeur d’Autriche, qui, de son côté, avait pris ses informations,
douta, pendant deux mois, du maintien de la paix.
C’était, d’ailleurs, l’opinion générale: «On parle beaucoup de guerre,
écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui se montre toujours pacifiste convaincue. Dieu
veuille que ce soit en vain! Mais, en vérité, nous n’en avons pas besoin.
C’est un produit du beau pacte de famille qui a retardé la paix d’un an et l’a
rendue plus mauvaise[188]».
Coup de griffe, en passant, au duc de Choiseul, le principal artisan de ce
fameux traité signé, le 15 août 1761, entre les rois de France, d’Espagne et
le duc de Parme, pour faire échec, par l’union des puissances de la maison
de Bourbon, à la supériorité de la marine anglaise!
Rarement la duchesse d’Aiguillon prend à partie, même par voie
d’allusion, le premier ministre. Mais son mari allait, parallèlement à
Maupeou, entrer en guerre ouverte avec Choiseul, et suivant le mot de
Soulavie, «travailler à renverser le visir par la maîtresse».
«La coquine me donne bien de l’embarras» disait, en plaisantant,
Choiseul, de Mᵐᵉ Du Barry. D’Aiguillon avait, il est vrai, manœuvré dans la
coulisse, pour compliquer encore la situation, déjà difficile, du «visir».
N’ayant plus à se défendre, il pouvait prendre l’offensive. Un homme qui
l’a bien étudié et bien compris, Sénac de Meilhan, définit, à souhait, le rôle
de ce courtisan qui «possédait l’art et le jargon de la galanterie[189]».
«Il fit insinuer par ses conseils à la Du Barry qu’elle n’aurait aucun
crédit tant que Choiseul serait au pouvoir et de le remplacer par un homme
qui jouerait, grâce à son rang, le même rôle et lui serait tout reconnaissant
de l’y avoir poussé.»
Bien stylée par d’Aiguillon, soufflée par Maupeou, cette femme, qui
n’avait été jusqu’alors qu’une bonne fille, devint une adroite comédienne.
Par intervalles, elle semblait toute mélancolique.
—Qu’avez-vous donc? disait le roi, qu’amusait d’ordinaire la bruyante
gaîté de sa maîtresse.
—Les Choiseul débitent des horreurs sur mon compte.
Page 86
Et elle citait tel ou tel mot du ministre ou de son entourage. Elle n’avait
pas besoin d’inventer.
Un autre jour, elle versait des torrents de larmes: «Les vilains Choiseul,
disait-elle en sanglotant, me tourmentent.
—Patience, répliquait le roi, qui ne se décidait pas encore, cela
finira[190].»
A en croire Mᵐᵉ Campan, la Du Barry «sifflée par ses amis» (et c’était
Maupeou qui devait lui seriner l’air) se retournait contre le Parlement,
quand le roi restait irrésolu devant les manœuvres des magistrats. Elle le
menait alors devant le magnifique portrait de Charles Iᵉʳ par Van Dyck,
portrait acheté à Londres et devenu depuis la propriété de la favorite. Quelle
leçon que cette fin d’un roi qui avait fléchi devant son Parlement!
La comtesse n’avait pas besoin de cette mise en scène—si tant est que
Mᵐᵉ Campan ne l’ait pas imaginée comme un avertissement prophétique—
pour inspirer à son royal amant l’horreur et la haine des parlementaires.
C’était déjà chez lui de l’atavisme. Puis, ne se plaignait-il pas volontiers de
ces «grandes robes qui prétendaient le mettre en tutelle» et qui inscrivaient,
en tête de leur programme, la Convocation des Etats Généraux[191]?
Maupeou trouvait donc le terrain tout préparé pour mener à fond son
attaque contre les parlements.
Quelques jours avant la rentrée des magistrats, le 27 novembre, il faisait
signer au roi l’Edit de règlement ou de discipline—rappel de la déclaration
du 3 mars 1766—interdisant au Parlement de Paris toute correspondance
avec les autres parlements du royaume, la cessation du service judiciaire,
les démissions en corps. L’Edit leur défendait enfin de retarder la
publication des édits royaux par l’ajournement de leur enregistrement;
Louis XV déclarait dans le même document qu’il ne tenait sa couronne que
de Dieu et qu’à lui seul appartenait le droit de faire des lois.
Le Parlement de Paris rentrait le 4 décembre. Son premier acte fut de
repousser l’édit; il est vrai qu’il l’enregistrait trois jours plus tard.
Mᵐᵉ d’Aiguillon raconte le conflit. Le premier Président, écrit-elle, avait
été délégué auprès du roi pour lui faire «les remontrances les plus vives». Et
le prince lui avait répondu: «J’ordonne que mon Parlement enregistre mon
édit demain dans la journée; et je vous charge, Monsieur, de m’en rendre
compte à 7 heures du soir... Cette réponse ne les a pas contentés: ils ont fait
d’itératives représentations dans lesquelles ils disaient qu’ils ne devaient, ni
pas besoin d’inventer.
Un autre jour, elle versait des torrents de larmes: «Les vilains Choiseul,
disait-elle en sanglotant, me tourmentent.
—Patience, répliquait le roi, qui ne se décidait pas encore, cela
finira[190].»
A en croire Mᵐᵉ Campan, la Du Barry «sifflée par ses amis» (et c’était
Maupeou qui devait lui seriner l’air) se retournait contre le Parlement,
quand le roi restait irrésolu devant les manœuvres des magistrats. Elle le
menait alors devant le magnifique portrait de Charles Iᵉʳ par Van Dyck,
portrait acheté à Londres et devenu depuis la propriété de la favorite. Quelle
leçon que cette fin d’un roi qui avait fléchi devant son Parlement!
La comtesse n’avait pas besoin de cette mise en scène—si tant est que
Mᵐᵉ Campan ne l’ait pas imaginée comme un avertissement prophétique—
pour inspirer à son royal amant l’horreur et la haine des parlementaires.
C’était déjà chez lui de l’atavisme. Puis, ne se plaignait-il pas volontiers de
ces «grandes robes qui prétendaient le mettre en tutelle» et qui inscrivaient,
en tête de leur programme, la Convocation des Etats Généraux[191]?
Maupeou trouvait donc le terrain tout préparé pour mener à fond son
attaque contre les parlements.
Quelques jours avant la rentrée des magistrats, le 27 novembre, il faisait
signer au roi l’Edit de règlement ou de discipline—rappel de la déclaration
du 3 mars 1766—interdisant au Parlement de Paris toute correspondance
avec les autres parlements du royaume, la cessation du service judiciaire,
les démissions en corps. L’Edit leur défendait enfin de retarder la
publication des édits royaux par l’ajournement de leur enregistrement;
Louis XV déclarait dans le même document qu’il ne tenait sa couronne que
de Dieu et qu’à lui seul appartenait le droit de faire des lois.
Le Parlement de Paris rentrait le 4 décembre. Son premier acte fut de
repousser l’édit; il est vrai qu’il l’enregistrait trois jours plus tard.
Mᵐᵉ d’Aiguillon raconte le conflit. Le premier Président, écrit-elle, avait
été délégué auprès du roi pour lui faire «les remontrances les plus vives». Et
le prince lui avait répondu: «J’ordonne que mon Parlement enregistre mon
édit demain dans la journée; et je vous charge, Monsieur, de m’en rendre
compte à 7 heures du soir... Cette réponse ne les a pas contentés: ils ont fait
d’itératives représentations dans lesquelles ils disaient qu’ils ne devaient, ni
Page 87
ne pouvaient enregistrer l’édit». Mais le vendredi 7, au lit de justice à
Versailles, le chancelier «avait fait un beau discours» au nom du roi, pour
démontrer «l’attention de S. M. à veiller au bonheur du peuple, etc., etc.».
Le premier Président avait répliqué par «des lieux communs et très
platement...» L’édit avait été enregistré immédiatement; et «à midi et demi
tout était dit[192]».
Mais la duchesse ne dissimulait pas cette fois l’agitation des Parisiens,
surexcitée encore par les protestations des parlementaires rentrés à Paris. De
fait, la cabale philosophique et le parti des Encyclopédistes se rangeaient
résolument de leur côté, après les avoir si rudement combattus. Mais, là
encore, la question religieuse était en jeu. Un prédicateur n’avait-il pas eu
l’étrange idée d’appeler Mᵐᵉ Du Barry, la nouvelle Esther et le duc de
Choiseul le nouvel Aman? A ce compte, Maupeou devait être le nouveau
Mardochée. Aussi les chefs des Philosophes, d’Alembert et Duclos, prirent-
ils parti pour Choiseul qu’ils avaient jusqu’alors cordialement détesté, et
décidèrent-ils de lui offrir un fauteuil à l’Académie, en le dispensant des
visites traditionnelles. L’homme d’Etat, qui était encore ministre, avait,
paraît-il, accepté la combinaison[193].
Cependant, le Parlement, escomptant l’appui de Choiseul, entendait
avoir le dernier mot dans ce conflit d’autorité. Le 10 décembre, il se
défendit formellement de rendre la justice, en dépit de cinq sommations
successives que lui fit adresser Maupeou.
«Les esprits sont si échauffés, dit la duchesse d’Aiguillon, qu’ils (les
parlementaires) prendront quelque parti violent; les esprits ne sont pas plus
calmes en Bretagne, suivant les dernières nouvelles; et l’évêque, malgré son
insolente confiance, et le duc sa sotte méchanceté, sont très
embarrassés[194].»
En présence de l’acharnement que mettait le chancelier à briser la
résistance du Parlement de Paris, Choiseul commençait à perdre sa belle
assurance. On parlait à la Cour de l’avènement prochain de d’Aiguillon.
Impatient d’en finir avec des commérages qui l’agaçaient, le ministre écrivit
au roi pour les lui signaler. Louis XV tint à rassurer Choiseul, tout en lui
donnant l’explication de l’intérêt qu’il portait à d’Aiguillon: «Comment
pouvez-vous croire, lui disait-il, qu’il puisse vous remplacer!... Je l’aime
assez, il est vrai, à cause du tour que je lui ai joué, il y a bien longtemps;
mais, haï comme il est, quel bien pourrait-il faire[195]?»
Versailles, le chancelier «avait fait un beau discours» au nom du roi, pour
démontrer «l’attention de S. M. à veiller au bonheur du peuple, etc., etc.».
Le premier Président avait répliqué par «des lieux communs et très
platement...» L’édit avait été enregistré immédiatement; et «à midi et demi
tout était dit[192]».
Mais la duchesse ne dissimulait pas cette fois l’agitation des Parisiens,
surexcitée encore par les protestations des parlementaires rentrés à Paris. De
fait, la cabale philosophique et le parti des Encyclopédistes se rangeaient
résolument de leur côté, après les avoir si rudement combattus. Mais, là
encore, la question religieuse était en jeu. Un prédicateur n’avait-il pas eu
l’étrange idée d’appeler Mᵐᵉ Du Barry, la nouvelle Esther et le duc de
Choiseul le nouvel Aman? A ce compte, Maupeou devait être le nouveau
Mardochée. Aussi les chefs des Philosophes, d’Alembert et Duclos, prirent-
ils parti pour Choiseul qu’ils avaient jusqu’alors cordialement détesté, et
décidèrent-ils de lui offrir un fauteuil à l’Académie, en le dispensant des
visites traditionnelles. L’homme d’Etat, qui était encore ministre, avait,
paraît-il, accepté la combinaison[193].
Cependant, le Parlement, escomptant l’appui de Choiseul, entendait
avoir le dernier mot dans ce conflit d’autorité. Le 10 décembre, il se
défendit formellement de rendre la justice, en dépit de cinq sommations
successives que lui fit adresser Maupeou.
«Les esprits sont si échauffés, dit la duchesse d’Aiguillon, qu’ils (les
parlementaires) prendront quelque parti violent; les esprits ne sont pas plus
calmes en Bretagne, suivant les dernières nouvelles; et l’évêque, malgré son
insolente confiance, et le duc sa sotte méchanceté, sont très
embarrassés[194].»
En présence de l’acharnement que mettait le chancelier à briser la
résistance du Parlement de Paris, Choiseul commençait à perdre sa belle
assurance. On parlait à la Cour de l’avènement prochain de d’Aiguillon.
Impatient d’en finir avec des commérages qui l’agaçaient, le ministre écrivit
au roi pour les lui signaler. Louis XV tint à rassurer Choiseul, tout en lui
donnant l’explication de l’intérêt qu’il portait à d’Aiguillon: «Comment
pouvez-vous croire, lui disait-il, qu’il puisse vous remplacer!... Je l’aime
assez, il est vrai, à cause du tour que je lui ai joué, il y a bien longtemps;
mais, haï comme il est, quel bien pourrait-il faire[195]?»
Page 88
Duplicité insigne et pure comédie! Car Sénac de Meilhan affirme que «le
roi haïssait le duc d’Aiguillon comme ayant été l’amant de Mᵐᵉ de
Châteauroux» et raconte en même temps par quelle voie détournée Louis
XV apprit à Mᵐᵉ Du Barry le succès, presque définitif, de sa campagne
contre le premier ministre.
«Un jour, elle le vit occupé à cacheter une enveloppe:
—Voilà, lui dit-il, une lettre qui vous intéresse.
Elle supplie le prince de lui montrer au moins l’adresse; et elle lit: Au
Roi d’Espagne.
—Qu’ai-je de commun avec ce monarque? demande la favorite.
—Comme c’est Choiseul qui a donné l’idée du pacte de famille et que le
roi d’Espagne a la plus grande confiance en lui, je crois devoir, par
déférence, le prévenir avant de renvoyer le duc, ce qui ne tardera pas[196].»
Bientôt, s’il faut en croire une anecdote, rappelée en juin 1774 par l’abbé
Baudeau, le ministre n’eut plus à douter de son sort[197]: «Peu de jours
avant son renvoi, il trouve la porte du roi fermée; et avisant d’Aiguillon
vers une croisée, il lui dit:
—Vous me chassez donc? J’espère qu’ils m’enverront à Chanteloup.
Vous prendrez ma place; quelque autre vous chassera; ils vous enverront
à Veretz; nous serons voisins; nous n’aurons plus d’affaires politiques, nous
voisinerons et nous en dirons de bonnes.
D’Aiguillon ne répondit rien.»
La disgrâce éclata. En se servant d’un billet de Choiseul, non daté, à
l’adresse des Jésuites (déjà le coup de la fausse dépêche!) Maupeou avait su
persuader au roi que son premier ministre excitait sous main le Parlement
dans sa révolte[198]. Et le 24 décembre, Choiseul recevait de Louis XV cette
lettre de cachet:
«J’ordonne à mon cousin, le duc de Choiseul, de remettre la démission
de sa charge de secrétaire d’Etat et de surintendant des Postes entre les
mains du duc de la Vrillière et de se retirer à Chanteloup jusqu’à nouvel
ordre.»
Le lendemain, Mᵐᵉ d’Aiguillon écrivait à Balleroy:
«Si vous avez quelques affaires à la guerre, aux affaires étrangères, ou à
la marine, différez-les, Monsieur le chevalier; car ces trois départements
sont actuellement nuls, les ministres qui les possédaient ayant été exilés,
roi haïssait le duc d’Aiguillon comme ayant été l’amant de Mᵐᵉ de
Châteauroux» et raconte en même temps par quelle voie détournée Louis
XV apprit à Mᵐᵉ Du Barry le succès, presque définitif, de sa campagne
contre le premier ministre.
«Un jour, elle le vit occupé à cacheter une enveloppe:
—Voilà, lui dit-il, une lettre qui vous intéresse.
Elle supplie le prince de lui montrer au moins l’adresse; et elle lit: Au
Roi d’Espagne.
—Qu’ai-je de commun avec ce monarque? demande la favorite.
—Comme c’est Choiseul qui a donné l’idée du pacte de famille et que le
roi d’Espagne a la plus grande confiance en lui, je crois devoir, par
déférence, le prévenir avant de renvoyer le duc, ce qui ne tardera pas[196].»
Bientôt, s’il faut en croire une anecdote, rappelée en juin 1774 par l’abbé
Baudeau, le ministre n’eut plus à douter de son sort[197]: «Peu de jours
avant son renvoi, il trouve la porte du roi fermée; et avisant d’Aiguillon
vers une croisée, il lui dit:
—Vous me chassez donc? J’espère qu’ils m’enverront à Chanteloup.
Vous prendrez ma place; quelque autre vous chassera; ils vous enverront
à Veretz; nous serons voisins; nous n’aurons plus d’affaires politiques, nous
voisinerons et nous en dirons de bonnes.
D’Aiguillon ne répondit rien.»
La disgrâce éclata. En se servant d’un billet de Choiseul, non daté, à
l’adresse des Jésuites (déjà le coup de la fausse dépêche!) Maupeou avait su
persuader au roi que son premier ministre excitait sous main le Parlement
dans sa révolte[198]. Et le 24 décembre, Choiseul recevait de Louis XV cette
lettre de cachet:
«J’ordonne à mon cousin, le duc de Choiseul, de remettre la démission
de sa charge de secrétaire d’Etat et de surintendant des Postes entre les
mains du duc de la Vrillière et de se retirer à Chanteloup jusqu’à nouvel
ordre.»
Le lendemain, Mᵐᵉ d’Aiguillon écrivait à Balleroy:
«Si vous avez quelques affaires à la guerre, aux affaires étrangères, ou à
la marine, différez-les, Monsieur le chevalier; car ces trois départements
sont actuellement nuls, les ministres qui les possédaient ayant été exilés,
Page 89
l’un à Chanteloup et l’autre à Praslin, cela s’appelle une nouvelle: aussi ne
vous en dirai-je pas d’autre: en voilà assez pour aujourd’hui[199].»
Malgré son empressement à lancer «la nouvelle», la duchesse avait été
devancée auprès de Balleroy; et peut-être le chevalier lui en avait-il fait
l’observation, non sans malice, car elle lui écrit, presque dix jours après, et
plus longuement, sur un sujet qui lui tient si fort au cœur. Pour la première
fois, elle n’a plus peur du cabinet noir; mais elle donne l’impression exacte
de l’inquiétude, de l’angoisse même qu’elle ressentait auparavant de la
présence de Choiseul aux affaires: et comme elle parle tout aussitôt du
contre-coup qui s’est produit en Bretagne, à la chute du ministre, il semble
que, par une association d’idées bien excusable, la duchesse rende Choiseul
responsable des tribulations qui avaient assailli son mari pendant et après
l’exercice de son commandement.
«Je suis bien fâchée, Monsieur le chevalier, de n’avoir pas été la
première à vous apprendre la grande nouvelle; mais enfin, je respire et je
respire en paix, ce que je n’aurais jamais pu faire, tant que cet homme y
(sic) aurait été. Je suis comme des gens qui échappent d’un violent orage,
qui sur terre croient encore sentir l’agitation des vagues. J’ai encore de la
peine à le croire.» Le «petit faquin d’évêque de Rennes, en apprenant la
nouvelle» avait paru, mandait-on à la duchesse, ne point s’en émouvoir;
mais, «malgré toute sa fausseté, on voyait la rage qui perçait... M. de Duras
est arrivé à Versailles, le jour de l’an, pour prendre son service: il m’a paru
—et d’autres gens que moi l’ont trouvé—qu’il avait le visage bien long: il
ne l’a pas autant qu’il le mérite et que je lui souhaite[200]».
La disgrâce de Choiseul était le prélude du coup d’état que Maupeou
méditait contre le Parlement de Paris. Ce dénouement était inévitable: si
l’imprévoyance du premier ministre, le désordre qui régnait dans toutes les
administrations, le gaspillage et la gabegie dont la Cour était la première à
donner l’exemple, avaient amené le déficit creusé dans les finances, il
fallait, pour le combler, une nouvelle série d’impôts; et le chancelier savait
que le Parlement se refuserait énergiquement à les voter. Ce fut la cause,
non avouée, mais réelle, qui détermina Maupeou.
En outre, les Etats de Bretagne menaçaient de lui donner de nouveau de
la tablature. Un pamphlet, répondant au Mémoire de Linguet, avait
reproduit les éternels griefs des Bretons contre un homme «qui était l’auteur
des troubles de la province, du procès de M. de la Chalotais et des autres
vous en dirai-je pas d’autre: en voilà assez pour aujourd’hui[199].»
Malgré son empressement à lancer «la nouvelle», la duchesse avait été
devancée auprès de Balleroy; et peut-être le chevalier lui en avait-il fait
l’observation, non sans malice, car elle lui écrit, presque dix jours après, et
plus longuement, sur un sujet qui lui tient si fort au cœur. Pour la première
fois, elle n’a plus peur du cabinet noir; mais elle donne l’impression exacte
de l’inquiétude, de l’angoisse même qu’elle ressentait auparavant de la
présence de Choiseul aux affaires: et comme elle parle tout aussitôt du
contre-coup qui s’est produit en Bretagne, à la chute du ministre, il semble
que, par une association d’idées bien excusable, la duchesse rende Choiseul
responsable des tribulations qui avaient assailli son mari pendant et après
l’exercice de son commandement.
«Je suis bien fâchée, Monsieur le chevalier, de n’avoir pas été la
première à vous apprendre la grande nouvelle; mais enfin, je respire et je
respire en paix, ce que je n’aurais jamais pu faire, tant que cet homme y
(sic) aurait été. Je suis comme des gens qui échappent d’un violent orage,
qui sur terre croient encore sentir l’agitation des vagues. J’ai encore de la
peine à le croire.» Le «petit faquin d’évêque de Rennes, en apprenant la
nouvelle» avait paru, mandait-on à la duchesse, ne point s’en émouvoir;
mais, «malgré toute sa fausseté, on voyait la rage qui perçait... M. de Duras
est arrivé à Versailles, le jour de l’an, pour prendre son service: il m’a paru
—et d’autres gens que moi l’ont trouvé—qu’il avait le visage bien long: il
ne l’a pas autant qu’il le mérite et que je lui souhaite[200]».
La disgrâce de Choiseul était le prélude du coup d’état que Maupeou
méditait contre le Parlement de Paris. Ce dénouement était inévitable: si
l’imprévoyance du premier ministre, le désordre qui régnait dans toutes les
administrations, le gaspillage et la gabegie dont la Cour était la première à
donner l’exemple, avaient amené le déficit creusé dans les finances, il
fallait, pour le combler, une nouvelle série d’impôts; et le chancelier savait
que le Parlement se refuserait énergiquement à les voter. Ce fut la cause,
non avouée, mais réelle, qui détermina Maupeou.
En outre, les Etats de Bretagne menaçaient de lui donner de nouveau de
la tablature. Un pamphlet, répondant au Mémoire de Linguet, avait
reproduit les éternels griefs des Bretons contre un homme «qui était l’auteur
des troubles de la province, du procès de M. de la Chalotais et des autres
Page 90
magistrats», un homme «qui avait tout mis en usage à Rennes et à Saint-
Malo pour faire périr les détenus et surtout M. de la Chalotais».
Les Etats n’avaient pas, il est vrai, osé couvrir de leur approbation un tel
factum; mais leur propre réponse au Mémoire de Linguet n’en avait pas été
moins frappée, le 2 janvier 1771, d’un arrêt du Conseil, comme
«attentatoire à l’autorité du roi et contenant des propos injurieux contre une
personne honorée de la confiance de S. M. et dont elle a de tout temps
approuvé l’administration.»
Estimant qu’il n’avait plus de ménagements à garder avec des magistrats
qui pratiquaient une politique d’irréductible obstruction, qui allaient même
jusqu’à refuser l’impôt, Maupeou leur envoya, dans la nuit du 19 au 20
janvier 1771, par des mousquetaires, une dernière sommation d’avoir à
reprendre leurs fonctions. Les récalcitrants, bientôt suivis d’une minorité à
qui la frayeur avait arraché tout d’abord une sorte de soumission, durent
partir pour l’exil; et le 24 janvier, Maupeou confiait à une Commission du
Conseil d’Etat le soin de rendre provisoirement la justice. Sans tenir compte
des protestations que formulèrent aussitôt les autres Chambres de la Cour et
les Parlements de province, Maupeou reconstitua péniblement celui de Paris
avec des membres de la Cour des Aides et des juristes de mince notoriété.
On sait quelle pluie de quolibets, d’épigrammes, de satires, de libelles se
déchaîna sur ce nouvel organe judiciaire, sur son initiateur Maupeou, et sur
ses zélateurs. Ce fut, en quelque sorte, un recommencement des affaires de
Bretagne. Presque toute la France fit partie de l’opposition anti-
gouvernementale: il n’y eut pas jusqu’aux princes du sang—excepté
cependant le prince de Condé—qui ne se montrèrent hostiles à l’œuvre du
chancelier: mais celui-ci était enfin le maître; et, moins d’un an après, la
pacification était presque complète.
Malo pour faire périr les détenus et surtout M. de la Chalotais».
Les Etats n’avaient pas, il est vrai, osé couvrir de leur approbation un tel
factum; mais leur propre réponse au Mémoire de Linguet n’en avait pas été
moins frappée, le 2 janvier 1771, d’un arrêt du Conseil, comme
«attentatoire à l’autorité du roi et contenant des propos injurieux contre une
personne honorée de la confiance de S. M. et dont elle a de tout temps
approuvé l’administration.»
Estimant qu’il n’avait plus de ménagements à garder avec des magistrats
qui pratiquaient une politique d’irréductible obstruction, qui allaient même
jusqu’à refuser l’impôt, Maupeou leur envoya, dans la nuit du 19 au 20
janvier 1771, par des mousquetaires, une dernière sommation d’avoir à
reprendre leurs fonctions. Les récalcitrants, bientôt suivis d’une minorité à
qui la frayeur avait arraché tout d’abord une sorte de soumission, durent
partir pour l’exil; et le 24 janvier, Maupeou confiait à une Commission du
Conseil d’Etat le soin de rendre provisoirement la justice. Sans tenir compte
des protestations que formulèrent aussitôt les autres Chambres de la Cour et
les Parlements de province, Maupeou reconstitua péniblement celui de Paris
avec des membres de la Cour des Aides et des juristes de mince notoriété.
On sait quelle pluie de quolibets, d’épigrammes, de satires, de libelles se
déchaîna sur ce nouvel organe judiciaire, sur son initiateur Maupeou, et sur
ses zélateurs. Ce fut, en quelque sorte, un recommencement des affaires de
Bretagne. Presque toute la France fit partie de l’opposition anti-
gouvernementale: il n’y eut pas jusqu’aux princes du sang—excepté
cependant le prince de Condé—qui ne se montrèrent hostiles à l’œuvre du
chancelier: mais celui-ci était enfin le maître; et, moins d’un an après, la
pacification était presque complète.
Page 91
XI
Page 92
Six mois d’attente!—«Le tyran breton le deviendra de toute l’Europe».—Le
futur roi de Suède à Ruel: enthousiasme de la «grosse duchesse».—
L’«Agrippine» de Mᵐᵉ Du Deffand et le «triumvirat» du Président de
Brosses.—Mariage du comte de Provence.—Comment Mᵐᵉ Du Barry fait
entrer d’Aiguillon au Ministère; ce qu’en pense la duchesse; ce qu’en pense
le public.—Hostilité de la comtesse d’Egmont; avanie subie par Mᵐᵉ
d’Aiguillon et colère de M. de Richelieu.—Débuts du nouveau ministère.—
Appréciation de Mercy-Argenteau.
La lettre, dans laquelle Louis XV évoquait, pour rassurer Choiseul, le
souvenir du «bon tour qu’il avait joué» à d’Aiguillon, retarda de six mois, dit
M. Marcel Marion, l’entrée de l’ancien commandant de Bretagne au
ministère.—La Vrillière était devenu, par intérim, secrétaire d’Etat aux
affaires étrangères.
De fait, Choiseul était à peine tombé, que la voix publique lui désignait
déjà pour successeur le duc d’Aiguillon.
«Le tyran breton le deviendra de toute l’Europe, écrit Mᵐᵉ Du Deffand:
cela veut dire qu’il aura les affaires étrangères.» Et la duchesse de Choiseul
lui répond, non sans malice, que ce serait son vœu le plus cher, si le
Parlement, du même coup, reprenait le procès de M. d’Aiguillon[201].
Voltaire s’en inquiétait dans sa retraite: «Nomme-t-on toujours le duc
d’Aiguillon? demandait-il. On peut être très entaché par le Parlement et bien
servir le roi». Opinion que ne lui pardonna pas facilement Choiseul.
Or, dans la correspondance saisie chez le chevalier de Balleroy, nous ne
voyons pas la moindre allusion à des bruits qui circulaient, avec insistance,
aussi bien dans les cercles mondains que dans les sphères politiques. Il
semble même que la duchesse d’Aiguillon—à moins que ses lettres n’aient
disparu—ait cessé d’écrire, pendant quelques mois, au chevalier. Et pourtant,
des événements s’étaient produits, dans l’intervalle, qui devaient éveiller en
sa mémoire des réminiscences bien flatteuses pour l’honneur du nom—
légitime orgueil dont elle n’avait pu se défendre, depuis qu’elle était entrée
dans la maison des Richelieu. Sa belle-mère, la «grosse duchesse», ne s’était
même pas fait faute d’évoquer la grande ombre du cardinal, quand elle avait
reçu, le 9 mars, dans son château de Ruel, Gustave de Suède, avec le duc et la
duchesse d’Aiguillon, le comte de Maurepas et le duc de Nivernois[202]. Au
cours d’un souper, «arrangé comme par hasard», n’avait-elle pas souhaité la
bienvenue, «en vers vigoureux», au prince voyageur, au nom du Cardinal?
futur roi de Suède à Ruel: enthousiasme de la «grosse duchesse».—
L’«Agrippine» de Mᵐᵉ Du Deffand et le «triumvirat» du Président de
Brosses.—Mariage du comte de Provence.—Comment Mᵐᵉ Du Barry fait
entrer d’Aiguillon au Ministère; ce qu’en pense la duchesse; ce qu’en pense
le public.—Hostilité de la comtesse d’Egmont; avanie subie par Mᵐᵉ
d’Aiguillon et colère de M. de Richelieu.—Débuts du nouveau ministère.—
Appréciation de Mercy-Argenteau.
La lettre, dans laquelle Louis XV évoquait, pour rassurer Choiseul, le
souvenir du «bon tour qu’il avait joué» à d’Aiguillon, retarda de six mois, dit
M. Marcel Marion, l’entrée de l’ancien commandant de Bretagne au
ministère.—La Vrillière était devenu, par intérim, secrétaire d’Etat aux
affaires étrangères.
De fait, Choiseul était à peine tombé, que la voix publique lui désignait
déjà pour successeur le duc d’Aiguillon.
«Le tyran breton le deviendra de toute l’Europe, écrit Mᵐᵉ Du Deffand:
cela veut dire qu’il aura les affaires étrangères.» Et la duchesse de Choiseul
lui répond, non sans malice, que ce serait son vœu le plus cher, si le
Parlement, du même coup, reprenait le procès de M. d’Aiguillon[201].
Voltaire s’en inquiétait dans sa retraite: «Nomme-t-on toujours le duc
d’Aiguillon? demandait-il. On peut être très entaché par le Parlement et bien
servir le roi». Opinion que ne lui pardonna pas facilement Choiseul.
Or, dans la correspondance saisie chez le chevalier de Balleroy, nous ne
voyons pas la moindre allusion à des bruits qui circulaient, avec insistance,
aussi bien dans les cercles mondains que dans les sphères politiques. Il
semble même que la duchesse d’Aiguillon—à moins que ses lettres n’aient
disparu—ait cessé d’écrire, pendant quelques mois, au chevalier. Et pourtant,
des événements s’étaient produits, dans l’intervalle, qui devaient éveiller en
sa mémoire des réminiscences bien flatteuses pour l’honneur du nom—
légitime orgueil dont elle n’avait pu se défendre, depuis qu’elle était entrée
dans la maison des Richelieu. Sa belle-mère, la «grosse duchesse», ne s’était
même pas fait faute d’évoquer la grande ombre du cardinal, quand elle avait
reçu, le 9 mars, dans son château de Ruel, Gustave de Suède, avec le duc et la
duchesse d’Aiguillon, le comte de Maurepas et le duc de Nivernois[202]. Au
cours d’un souper, «arrangé comme par hasard», n’avait-elle pas souhaité la
bienvenue, «en vers vigoureux», au prince voyageur, au nom du Cardinal?
Page 93
Le Château de Ruel et ses jardins
d’après Israël Silvestre
Mᵐᵉ Du Deffand note un convive de plus, d’ailleurs bien indiqué pour la
circonstance: le maréchal de Richelieu. Le comte de Haga—le futur Gustave
III—attendait précisément, ce jour-là, un frère de l’ancien ambassadeur de
Suède, M. de Scheffer qui fut un grand ami des d’Aiguillon, au temps de leur
prospérité et qui, nous le verrons plus tard, leur resta fidèle dans les mauvais
jours[203].
La duchesse de Choiseul ne put s’empêcher de remarquer, dans sa réponse
à Mᵐᵉ Du Deffand[204], que le prince «ménageait bien les d’Aiguillon». A son
point de vue, elle était dans le vrai; et M. Vatel a dit, avec juste raison, que le
comte de Haga avait agi, en cette occurrence, comme un «fourbe parfait»,
donnant de l’encensoir aux deux partis opposés. Il envoyait le matin ses
compliments à Chanteloup, soupait le soir à Ruel, et, le lendemain, obtenait
l’insigne honneur d’offrir un riche collier au petit chien de Mᵐᵉ Du Barry.
La veille de ce fameux souper, il avait reçu à sa table les d’Aiguillon; et
Mᵐᵉ Du Deffand, qui était du repas, en écrit à Mᵐᵉ de Choiseul, avec une
abondance de maladresse, dont elle n’allait pas tarder à se repentir: «Rien de
si aimable que le roi... Mᵐᵉ d’Aiguillon (la mère) est toujours très gaie... elle
est charmante, elle ne tire point tout à elle, quoique très parlante... elle m’a
mis en valeur autant qu’elle a pu... Après le souper, Mᵐᵉ d’Aiguillon fit
chanter la Chanson des Philosophes[205]».
d’après Israël Silvestre
Mᵐᵉ Du Deffand note un convive de plus, d’ailleurs bien indiqué pour la
circonstance: le maréchal de Richelieu. Le comte de Haga—le futur Gustave
III—attendait précisément, ce jour-là, un frère de l’ancien ambassadeur de
Suède, M. de Scheffer qui fut un grand ami des d’Aiguillon, au temps de leur
prospérité et qui, nous le verrons plus tard, leur resta fidèle dans les mauvais
jours[203].
La duchesse de Choiseul ne put s’empêcher de remarquer, dans sa réponse
à Mᵐᵉ Du Deffand[204], que le prince «ménageait bien les d’Aiguillon». A son
point de vue, elle était dans le vrai; et M. Vatel a dit, avec juste raison, que le
comte de Haga avait agi, en cette occurrence, comme un «fourbe parfait»,
donnant de l’encensoir aux deux partis opposés. Il envoyait le matin ses
compliments à Chanteloup, soupait le soir à Ruel, et, le lendemain, obtenait
l’insigne honneur d’offrir un riche collier au petit chien de Mᵐᵉ Du Barry.
La veille de ce fameux souper, il avait reçu à sa table les d’Aiguillon; et
Mᵐᵉ Du Deffand, qui était du repas, en écrit à Mᵐᵉ de Choiseul, avec une
abondance de maladresse, dont elle n’allait pas tarder à se repentir: «Rien de
si aimable que le roi... Mᵐᵉ d’Aiguillon (la mère) est toujours très gaie... elle
est charmante, elle ne tire point tout à elle, quoique très parlante... elle m’a
mis en valeur autant qu’elle a pu... Après le souper, Mᵐᵉ d’Aiguillon fit
chanter la Chanson des Philosophes[205]».
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Et—brusque changement de langage—à un mois de là, en corneille
étourdie qui abat des noix, Mᵐᵉ Du Deffand s’écrie: «Mᵐᵉ d’Aiguillon me
parut fort sérieuse; je me figure qu’elle est occupée de tous les changements
qui pourront arriver. Je lui trouve bien des rapports avec Agrippine, avec la
différence que le trône de son Néron ne lui aura pas coûté de crimes, mais
elle pourra bien être une de ses victimes[206]».
On n’est pas plus obligeant[207].
Au reste, par un singulier contraste, en ce siècle léger et futile, où la
plaisanterie a souvent tant de grâce, et le scepticisme de si fine ironie, la note
mélodramatique vibre à plaisir. Elle se continue sur le mode romain, dans les
lettres du Président de Brosses, qui, bien entendu, en sa qualité de
parlementaire, abomine les ennemis de la «grande robe[208]»:
«Voilà donc le triumvirat bien établi (Maupeou, d’Aiguillon, Terray) et
cordialement uni, si ce n’est dans l’intérieur, du moins pour tout détruire au
dehors.»
Ce pacte n’était pas officiel, puisque d’Aiguillon n’était pas encore
ministre; mais il se laissait pressentir par le crédit et la faveur dont jouissait
déjà le rival de Choiseul. Ses amis commençaient à en éprouver les effets. La
duchesse nous l’apprend dans la première lettre que nous trouvons d’elle en
1771. Elle vient d’«embrasser son mari de tout cœur», heureuse que le duc ait
pu rendre service au chevalier. Et en même temps, comme elle a été, malgré
elle, «dans les fêtes jusqu’au cou», elle lui décrit méthodiquement celles qui
ont accompagné le mariage du comte de Provence avec une princesse de la
maison de Savoie. Elle fait un portrait fort exact de cette fille de sang
royal[209]:
«J’ai été à Choisy attendre le roi qui nous a amené Mᵐᵉ la comtesse de
Provence qu’il est de mode de trouver épouvantable. Moi, qui, comme bien
savez, ne suis pas la mode, je ne la trouve pas mal; elle est petite, assez bien
faite, surtout une belle gorge; elle a les yeux noirs comme jais, fort grands et
fort beaux, les cheveux noirs bien plantés, peut-être un peu bas, mais qui ne
choquent, le teint de brune, mais uni et mat, le nez gros, la bouche un peu
avancée et la forme du visage longue. Ce qui choque au premier coup d’œil,
ce sont ses sourcils qui sont très arqués et qui s’éloignent de ses yeux et lui
donnent, quand ses yeux sont baissés, par la distance qu’il y a, l’air chinois.
Quand elle a les yeux ouverts, cela choque moins, parce que ses paupières
qui sont grandes et fort noires, remplissent l’intervalle. En tout, elle a de la
physionomie, et l’air de bonté et d’esprit, ce qui fait que sa figure est, à mon
étourdie qui abat des noix, Mᵐᵉ Du Deffand s’écrie: «Mᵐᵉ d’Aiguillon me
parut fort sérieuse; je me figure qu’elle est occupée de tous les changements
qui pourront arriver. Je lui trouve bien des rapports avec Agrippine, avec la
différence que le trône de son Néron ne lui aura pas coûté de crimes, mais
elle pourra bien être une de ses victimes[206]».
On n’est pas plus obligeant[207].
Au reste, par un singulier contraste, en ce siècle léger et futile, où la
plaisanterie a souvent tant de grâce, et le scepticisme de si fine ironie, la note
mélodramatique vibre à plaisir. Elle se continue sur le mode romain, dans les
lettres du Président de Brosses, qui, bien entendu, en sa qualité de
parlementaire, abomine les ennemis de la «grande robe[208]»:
«Voilà donc le triumvirat bien établi (Maupeou, d’Aiguillon, Terray) et
cordialement uni, si ce n’est dans l’intérieur, du moins pour tout détruire au
dehors.»
Ce pacte n’était pas officiel, puisque d’Aiguillon n’était pas encore
ministre; mais il se laissait pressentir par le crédit et la faveur dont jouissait
déjà le rival de Choiseul. Ses amis commençaient à en éprouver les effets. La
duchesse nous l’apprend dans la première lettre que nous trouvons d’elle en
1771. Elle vient d’«embrasser son mari de tout cœur», heureuse que le duc ait
pu rendre service au chevalier. Et en même temps, comme elle a été, malgré
elle, «dans les fêtes jusqu’au cou», elle lui décrit méthodiquement celles qui
ont accompagné le mariage du comte de Provence avec une princesse de la
maison de Savoie. Elle fait un portrait fort exact de cette fille de sang
royal[209]:
«J’ai été à Choisy attendre le roi qui nous a amené Mᵐᵉ la comtesse de
Provence qu’il est de mode de trouver épouvantable. Moi, qui, comme bien
savez, ne suis pas la mode, je ne la trouve pas mal; elle est petite, assez bien
faite, surtout une belle gorge; elle a les yeux noirs comme jais, fort grands et
fort beaux, les cheveux noirs bien plantés, peut-être un peu bas, mais qui ne
choquent, le teint de brune, mais uni et mat, le nez gros, la bouche un peu
avancée et la forme du visage longue. Ce qui choque au premier coup d’œil,
ce sont ses sourcils qui sont très arqués et qui s’éloignent de ses yeux et lui
donnent, quand ses yeux sont baissés, par la distance qu’il y a, l’air chinois.
Quand elle a les yeux ouverts, cela choque moins, parce que ses paupières
qui sont grandes et fort noires, remplissent l’intervalle. En tout, elle a de la
physionomie, et l’air de bonté et d’esprit, ce qui fait que sa figure est, à mon
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gré, loin de déplaire.» Et, raison qui prime toutes les autres, «le comte de
Provence en est fort content». La duchesse parle de la cérémonie nuptiale,
avec cette sincérité et cette indépendance d’allures que ne sauraient entamer
les cailletages de cour:
«Le mariage s’est fait à midi; et il y a eu, le soir, appartement et banquet...
Il est encore de mode de dire qu’il n’y avait personne: ce que je puis vous
dire en toute vérité, c’est qu’il y avait des barrières depuis l’appartement du
roi jusqu’à la chapelle, et que, derrière, sur des gradins, il y avait du monde à
s’étouffer, qu’à la chapelle tous les gradins derrière les travées étaient pleins,
ainsi que le bas de la chapelle (il me semble que cela s’appelle du monde) et
que, pour le banquet, je voulus aller voir la salle et qu’il me fut impossible
d’entrer, tant la foule était grande.»
En bonne historiographe, Mᵐᵉ d’Aiguillon signale les illuminations du
mercredi «autour des terrasses... en feux de couleur... le portrait du roi, celui
de M. le Dauphin, de Mᵐᵉ la Dauphine, de M. et Mᵐᵉ le comte et la comtesse
de Provence, au milieu d’une gloire de feu»; le jeudi, au théâtre, la Reine de
Golconde qui, comme spectacle, c’est-à-dire pour la décoration et la beauté
de la salle, était superbe; comme opéra, c’était le plus mauvais de tous: il n’y
a ni musique, ni paroles, mais force cabrioles et décorations...»
Enfin le bal du lundi. La duchesse en est enthousiasmée: «Je n’avais pas
d’idée de la beauté de ce spectacle-là. La salle était superbe, éclairée à
merveille, remplie jusqu’en haut d’hommes et de femmes extrêmement parés,
le carré de la danse, de même environné de femmes très parées; c’est le plus
beau spectacle que j’aie vu de ma vie.»
Après ces fêtes, comme après celles du mariage du Dauphin, la politique
reprit ses droits. Le duc de la Vrillière, chargé de l’intérim des affaires
étrangères, restait inactif, alors que toutes les ambassades frémissaient
d’impatience devant les difficultés diplomatiques qui surgissaient à l’horizon.
—C’est bien de tailler, disait Catherine de Médicis à ses fils: il faut
recoudre maintenant.
Mᵐᵉ Du Barry n’était pas une Catherine de Médicis. Et l’habileté toute
féminine dont elle usa, d’abord pour renverser Choiseul, puis pour lui
substituer d’Aiguillon, serait fort invraisemblable chez un esprit aussi court,
si l’on ne savait qu’elle suivait ponctuellement les instructions de Maupeou et
d’Aiguillon, et mieux encore, comme nous le croyons avec M. Claude Saint-
André, les conseils de sa très fine et très déliée belle-sœur Mˡˡᵉ Claire-Félicité
Du Barry[210]. Cette intelligente personne était absolument dévouée à
Provence en est fort content». La duchesse parle de la cérémonie nuptiale,
avec cette sincérité et cette indépendance d’allures que ne sauraient entamer
les cailletages de cour:
«Le mariage s’est fait à midi; et il y a eu, le soir, appartement et banquet...
Il est encore de mode de dire qu’il n’y avait personne: ce que je puis vous
dire en toute vérité, c’est qu’il y avait des barrières depuis l’appartement du
roi jusqu’à la chapelle, et que, derrière, sur des gradins, il y avait du monde à
s’étouffer, qu’à la chapelle tous les gradins derrière les travées étaient pleins,
ainsi que le bas de la chapelle (il me semble que cela s’appelle du monde) et
que, pour le banquet, je voulus aller voir la salle et qu’il me fut impossible
d’entrer, tant la foule était grande.»
En bonne historiographe, Mᵐᵉ d’Aiguillon signale les illuminations du
mercredi «autour des terrasses... en feux de couleur... le portrait du roi, celui
de M. le Dauphin, de Mᵐᵉ la Dauphine, de M. et Mᵐᵉ le comte et la comtesse
de Provence, au milieu d’une gloire de feu»; le jeudi, au théâtre, la Reine de
Golconde qui, comme spectacle, c’est-à-dire pour la décoration et la beauté
de la salle, était superbe; comme opéra, c’était le plus mauvais de tous: il n’y
a ni musique, ni paroles, mais force cabrioles et décorations...»
Enfin le bal du lundi. La duchesse en est enthousiasmée: «Je n’avais pas
d’idée de la beauté de ce spectacle-là. La salle était superbe, éclairée à
merveille, remplie jusqu’en haut d’hommes et de femmes extrêmement parés,
le carré de la danse, de même environné de femmes très parées; c’est le plus
beau spectacle que j’aie vu de ma vie.»
Après ces fêtes, comme après celles du mariage du Dauphin, la politique
reprit ses droits. Le duc de la Vrillière, chargé de l’intérim des affaires
étrangères, restait inactif, alors que toutes les ambassades frémissaient
d’impatience devant les difficultés diplomatiques qui surgissaient à l’horizon.
—C’est bien de tailler, disait Catherine de Médicis à ses fils: il faut
recoudre maintenant.
Mᵐᵉ Du Barry n’était pas une Catherine de Médicis. Et l’habileté toute
féminine dont elle usa, d’abord pour renverser Choiseul, puis pour lui
substituer d’Aiguillon, serait fort invraisemblable chez un esprit aussi court,
si l’on ne savait qu’elle suivait ponctuellement les instructions de Maupeou et
d’Aiguillon, et mieux encore, comme nous le croyons avec M. Claude Saint-
André, les conseils de sa très fine et très déliée belle-sœur Mˡˡᵉ Claire-Félicité
Du Barry[210]. Cette intelligente personne était absolument dévouée à
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l’ancien commandant de Bretagne. Elle avait compris de quel poids pouvait
être pour la fortune de sa famille le crédit d’un grand seigneur tel que le duc
d’Aiguillon. Et, certainement, elle ne dut pas être étrangère au second acte de
la comédie que la comtesse joua, pendant six mois, avec un monarque, chez
qui l’impatience de la volupté promise finissait toujours par l’emporter sur la
résistance d’une méfiance instinctive.
«C’est un fait certain et connu des amis de M. d’Aiguillon, raconte
Chamfort, que le roi ne l’a jamais nommé ministre des affaires étrangères. Ce
fut Mᵐᵉ Du Barry qui lui dit: Il faut que tout ceci finisse; et je veux que vous
alliez demain remercier le roi de vous avoir nommé à la place. Elle dit au roi:
M. d’Aiguillon ira demain vous remercier de sa nomination à la place de
secrétaire d’Etat des affaires étrangères. Le roi ne dit mot. M. d’Aiguillon
n’osait pas y aller. Mᵐᵉ Du Barry le lui ordonna. Il y alla. Le roi le lui dit, et
M. d’Aiguillon entra en fonctions sur le champ[211].»
Cette nomination à la muette datait du 2 juin. Mᵐᵉ d’Aiguillon, alors à
Pontchartrain chez Maurepas, écrivait, le 8, à Balleroy:
«On vous a sûrement mandé que le voilà maintenant ministre des affaires
étrangères: il y a si longtemps que le public avait désigné cette nomination
que l’on a eu du reste le temps de réfléchir à ce que l’on doit en penser.» La
nouvelle ministresse ne paraît pas autrement ravie de ce changement de
fortune; elle dit sans phrase: «Mon parti est pris et je sacrifie ma liberté aux
volontés de mon maître... Je suis accablée déjà de lettres plus plates et plus
basses les unes que les autres, qui m’inspirent pour le plus grand nombre des
écrivains le plus profond mépris, mais auxquelles il faut pourtant répondre
comme si elles étaient sincères.»
La duchesse était assez perspicace pour ne pas ignorer quel venin distillait
cette adulation.
Ce n’était pas que son mari ne fût pris directement à partie, au milieu de
son triomphe, par des libelles, des vaudevilles, des épigrammes, presque tous
anonymes, il est vrai. Le roi lui-même n’était pas épargné. Dans tous les
salons courait ce huitain sous le titre: La Clique de Mᵐᵉ Du Barry:[212]
être pour la fortune de sa famille le crédit d’un grand seigneur tel que le duc
d’Aiguillon. Et, certainement, elle ne dut pas être étrangère au second acte de
la comédie que la comtesse joua, pendant six mois, avec un monarque, chez
qui l’impatience de la volupté promise finissait toujours par l’emporter sur la
résistance d’une méfiance instinctive.
«C’est un fait certain et connu des amis de M. d’Aiguillon, raconte
Chamfort, que le roi ne l’a jamais nommé ministre des affaires étrangères. Ce
fut Mᵐᵉ Du Barry qui lui dit: Il faut que tout ceci finisse; et je veux que vous
alliez demain remercier le roi de vous avoir nommé à la place. Elle dit au roi:
M. d’Aiguillon ira demain vous remercier de sa nomination à la place de
secrétaire d’Etat des affaires étrangères. Le roi ne dit mot. M. d’Aiguillon
n’osait pas y aller. Mᵐᵉ Du Barry le lui ordonna. Il y alla. Le roi le lui dit, et
M. d’Aiguillon entra en fonctions sur le champ[211].»
Cette nomination à la muette datait du 2 juin. Mᵐᵉ d’Aiguillon, alors à
Pontchartrain chez Maurepas, écrivait, le 8, à Balleroy:
«On vous a sûrement mandé que le voilà maintenant ministre des affaires
étrangères: il y a si longtemps que le public avait désigné cette nomination
que l’on a eu du reste le temps de réfléchir à ce que l’on doit en penser.» La
nouvelle ministresse ne paraît pas autrement ravie de ce changement de
fortune; elle dit sans phrase: «Mon parti est pris et je sacrifie ma liberté aux
volontés de mon maître... Je suis accablée déjà de lettres plus plates et plus
basses les unes que les autres, qui m’inspirent pour le plus grand nombre des
écrivains le plus profond mépris, mais auxquelles il faut pourtant répondre
comme si elles étaient sincères.»
La duchesse était assez perspicace pour ne pas ignorer quel venin distillait
cette adulation.
Ce n’était pas que son mari ne fût pris directement à partie, au milieu de
son triomphe, par des libelles, des vaudevilles, des épigrammes, presque tous
anonymes, il est vrai. Le roi lui-même n’était pas épargné. Dans tous les
salons courait ce huitain sous le titre: La Clique de Mᵐᵉ Du Barry:[212]
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Par elle on devient ministre.
C’est, sur son ordre sinistre,
Que d’Aiguillon tient registre
Des élus et des proscrits[213].
Le public indigné crie;
Mais du roi l’âme avilie,
Sûre de son infamie,
Est insensible au mépris.
Il était cependant des outrages auxquels le nouveau ministre était plus
particulièrement sensible, et sa femme par contre-coup: ceux qu’ils
recevaient de leur propre famille, de ces Richelieu auxquels la duchesse était
si fière d’appartenir et qui ne se cachaient pas pour leur cingler au visage leur
insolent dédain.
La comtesse Septimanie d’Egmont, la propre fille du maréchal, leur
meilleur ami, était précisément de ces adversaires implacables, trop hautaine
et trop franche pour rien dissimuler de son aversion. Mᵐᵉ d’Armaillé,
biographe de la comtesse, explique cette animosité par la rancune des
«tyrannies intérieures» que Septimanie avait eues à subir du fait de «ce
personnage peu sympathique, son cousin d’Aiguillon[214]».
Peut-être Mˡˡᵉ de Richelieu avait-elle raison; mais oubliait-elle que «la
grosse duchesse» lui avait toujours témoigné une si vive sollicitude et une si
ardente tendresse, que sa bru et ses petites-filles en avaient un instant pris
ombrage? Cette bonne personne qu’était la douairière avait voulu consoler
Septimanie dans sa tristesse d’orpheline: car le maréchal, si délicieux homme
de cour, était un père autoritaire et despote jusqu’à la dureté. Après s’être
débarrassé de la surveillance de sa fille adolescente, en la confiant à
l’affection bruyante de sa cousine d’Aiguillon, Richelieu avait marié
Septimanie, sans même la consulter, au comte d’Egmont, alliance qui flattait
sa vanité. Cet égoïste, d’une sécheresse de cœur égale à la fatuité de son
esprit, n’avait jamais pratiqué qu’à ce point de vue le culte de la famille. Il
semble que sa fille, quoiqu’en disent ses panégyristes, ne l’ait pas mieux
connu. En tout cas, dans une circonstance où les lois de la solidarité familiale
étaient en jeu, elle ne sut pas faire le sacrifice de ses ressentiments à la
reconnaissance dont elle aurait dû se sentir pénétrée pour la douairière
d’Aiguillon.
Il était d’usage, à la Cour, que la femme d’un ministre vînt, peu de jours
après la nomination de son mari, remercier le roi, accompagnée d’une de ses
plus proches parentes. La duchesse d’Aiguillon avait prié sa cousine
C’est, sur son ordre sinistre,
Que d’Aiguillon tient registre
Des élus et des proscrits[213].
Le public indigné crie;
Mais du roi l’âme avilie,
Sûre de son infamie,
Est insensible au mépris.
Il était cependant des outrages auxquels le nouveau ministre était plus
particulièrement sensible, et sa femme par contre-coup: ceux qu’ils
recevaient de leur propre famille, de ces Richelieu auxquels la duchesse était
si fière d’appartenir et qui ne se cachaient pas pour leur cingler au visage leur
insolent dédain.
La comtesse Septimanie d’Egmont, la propre fille du maréchal, leur
meilleur ami, était précisément de ces adversaires implacables, trop hautaine
et trop franche pour rien dissimuler de son aversion. Mᵐᵉ d’Armaillé,
biographe de la comtesse, explique cette animosité par la rancune des
«tyrannies intérieures» que Septimanie avait eues à subir du fait de «ce
personnage peu sympathique, son cousin d’Aiguillon[214]».
Peut-être Mˡˡᵉ de Richelieu avait-elle raison; mais oubliait-elle que «la
grosse duchesse» lui avait toujours témoigné une si vive sollicitude et une si
ardente tendresse, que sa bru et ses petites-filles en avaient un instant pris
ombrage? Cette bonne personne qu’était la douairière avait voulu consoler
Septimanie dans sa tristesse d’orpheline: car le maréchal, si délicieux homme
de cour, était un père autoritaire et despote jusqu’à la dureté. Après s’être
débarrassé de la surveillance de sa fille adolescente, en la confiant à
l’affection bruyante de sa cousine d’Aiguillon, Richelieu avait marié
Septimanie, sans même la consulter, au comte d’Egmont, alliance qui flattait
sa vanité. Cet égoïste, d’une sécheresse de cœur égale à la fatuité de son
esprit, n’avait jamais pratiqué qu’à ce point de vue le culte de la famille. Il
semble que sa fille, quoiqu’en disent ses panégyristes, ne l’ait pas mieux
connu. En tout cas, dans une circonstance où les lois de la solidarité familiale
étaient en jeu, elle ne sut pas faire le sacrifice de ses ressentiments à la
reconnaissance dont elle aurait dû se sentir pénétrée pour la douairière
d’Aiguillon.
Il était d’usage, à la Cour, que la femme d’un ministre vînt, peu de jours
après la nomination de son mari, remercier le roi, accompagnée d’une de ses
plus proches parentes. La duchesse d’Aiguillon avait prié sa cousine
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Septimanie de lui rendre ce service. Mᵐᵉ d’Egmont refusa net, sous prétexte
que le roi devait ordonner aux deux dames de faire également visite, d’abord
aux «princesses», puis à Mᵐᵉ Du Barry. Entraînée par son exemple, la
douairière se récusa, elle aussi. Le maréchal de Richelieu s’emporta avec la
dernière violence contre sa fille: certes, ce n’était pas l’amour de la famille,
mais l’orgueil du nom qui excitait sa colère. Celui de la comtesse d’Egmont
fut plus fort, et la duchesse subit cet affront de se présenter devant le roi avec
une parente très éloignée, alors que son mari était déjà mal reçu par la
Dauphine. Le maréchal, exaspéré, chassa Septimanie de sa présence et, de
plus, exigea de la douairière qu’elle cessât de la voir et de lui écrire.
Aussi intransigeante que son père, la comtesse ne désarma pas. Quand elle
devint la correspondante du roi de Suède, Gustave III, elle ne cessa de
vilipender, par écrit, son cousin d’Aiguillon:
«Son orgueil est tel, dit une de ses lettres, qu’il ne conçoit pas qu’on
puisse soupçonner l’art qu’il emploie, si grossier qu’il soit. Par exemple, il
croit qu’il lui suffit de dire à propos de la grande affaire de Bretagne: «J’étais
à Bannière (sic) quand M. de la Chalotais a été arrêté», pour qu’on reste
persuadé qu’il n’y a eu aucune part.»
Mᵐᵉ d’Egmont reconnaît cependant que «si son amour-propre ne se trouve
point en opposition avec le bien, il pourra faire de grandes choses, nul
homme n’ayant plus de moyens pour réussir à ce qu’il entreprend, tant par la
fermeté de son caractère que par l’application et la suite qu’il met aux
affaires».
A vrai dire, les avis étaient bien partagés sur le rôle qu’allait jouer
d’Aiguillon, parvenu au pouvoir. Ils se ressentaient, en général, de l’opinion
qu’on s’était faite, vraie ou fausse, des affaires de Bretagne. Horace Walpole,
le familier du salon Du Deffand, déclarait qu’«avec des talents médiocres, le
nouveau ministre s’était hissé près du trône en se faisant l’instrument de sa
tyrannie».
Le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur d’Autriche, qui sera
désormais en relations suivies avec d’Aiguillon, en parle sur un ton moins
dédaigneux. Mais il le voit sous l’angle où l’envisage Mᵐᵉ d’Egmont: peut-il
oublier que Choiseul fut le grand artisan de l’alliance entre la France et
l’Autriche? Aussi écrit-il, le 22 juin, à Kaunitz, le ministre des affaires
étrangères de Marie-Thérèse:
«Il est de notoriété publique que M. d’Aiguillon a de l’esprit, un cœur
haineux et méchant, qu’il est intrigant, adroit, grand travailleur, ennemi
que le roi devait ordonner aux deux dames de faire également visite, d’abord
aux «princesses», puis à Mᵐᵉ Du Barry. Entraînée par son exemple, la
douairière se récusa, elle aussi. Le maréchal de Richelieu s’emporta avec la
dernière violence contre sa fille: certes, ce n’était pas l’amour de la famille,
mais l’orgueil du nom qui excitait sa colère. Celui de la comtesse d’Egmont
fut plus fort, et la duchesse subit cet affront de se présenter devant le roi avec
une parente très éloignée, alors que son mari était déjà mal reçu par la
Dauphine. Le maréchal, exaspéré, chassa Septimanie de sa présence et, de
plus, exigea de la douairière qu’elle cessât de la voir et de lui écrire.
Aussi intransigeante que son père, la comtesse ne désarma pas. Quand elle
devint la correspondante du roi de Suède, Gustave III, elle ne cessa de
vilipender, par écrit, son cousin d’Aiguillon:
«Son orgueil est tel, dit une de ses lettres, qu’il ne conçoit pas qu’on
puisse soupçonner l’art qu’il emploie, si grossier qu’il soit. Par exemple, il
croit qu’il lui suffit de dire à propos de la grande affaire de Bretagne: «J’étais
à Bannière (sic) quand M. de la Chalotais a été arrêté», pour qu’on reste
persuadé qu’il n’y a eu aucune part.»
Mᵐᵉ d’Egmont reconnaît cependant que «si son amour-propre ne se trouve
point en opposition avec le bien, il pourra faire de grandes choses, nul
homme n’ayant plus de moyens pour réussir à ce qu’il entreprend, tant par la
fermeté de son caractère que par l’application et la suite qu’il met aux
affaires».
A vrai dire, les avis étaient bien partagés sur le rôle qu’allait jouer
d’Aiguillon, parvenu au pouvoir. Ils se ressentaient, en général, de l’opinion
qu’on s’était faite, vraie ou fausse, des affaires de Bretagne. Horace Walpole,
le familier du salon Du Deffand, déclarait qu’«avec des talents médiocres, le
nouveau ministre s’était hissé près du trône en se faisant l’instrument de sa
tyrannie».
Le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur d’Autriche, qui sera
désormais en relations suivies avec d’Aiguillon, en parle sur un ton moins
dédaigneux. Mais il le voit sous l’angle où l’envisage Mᵐᵉ d’Egmont: peut-il
oublier que Choiseul fut le grand artisan de l’alliance entre la France et
l’Autriche? Aussi écrit-il, le 22 juin, à Kaunitz, le ministre des affaires
étrangères de Marie-Thérèse:
«Il est de notoriété publique que M. d’Aiguillon a de l’esprit, un cœur
haineux et méchant, qu’il est intrigant, adroit, grand travailleur, ennemi
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implacable, mais aussi ami très constant du peu de gens auxquels il a voué ce
sentiment. Son début vis-à-vis des ministres étrangers annonce un grand désir
de plaire; et il ne serait peut-être pas impossible que, par nécessité et par
système, il réformât en partie les vices qu’on attribue à son caractère. Il y a
grande apparence que, dans les premiers temps, il s’occupera moins des
affaires d’Etat que d’intrigues de cour; et malheureusement, il y a ici, dans ce
genre, de quoi remplir la vie d’un homme[215].»
En effet, la première rencontre du nouveau ministre avec les représentants
des autres puissances leur avait laissé une impression plutôt favorable. Elle
s’était faite sous les plus heureux auspices et sur un terrain où l’on se met
presque toujours d’accord. D’Aiguillon avait donné le 5 juin son premier
dîner diplomatique; et Mᵐᵉ Du Deffand, qui semble vouloir se tourner vers le
soleil levant, décrit avec une certaine complaisance la solennité. Cinquante-
cinq convives prenaient part au festin; et la douairière en faisait les honneurs
avec sa bru. Tous les diplomates avaient trouvé «la grosse duchesse»
charmante, simple et naturelle dans sa joie, «exempte de hauteur et de fausse
gloire et si éloignée d’être avantageuse que tous les partis sont contents
d’elle, l’estiment, l’aiment et lui veulent du bien[216]».
Pour n’être pas aussi démonstrative, la «joie» de sa belle-fille n’était pas
moindre. C’était, pour elle, comme la revanche des mauvais jours et l’espoir
d’une vie meilleure, sinon moins agitée, ce qu’elle eût préféré, sans nul
doute, à tout ce tumulte triomphal. Elle savait reconnaître ses vrais amis.
Belleval nous dit comme elle fut touchée de la démarche du jeune officier
«revenu de si loin» à Versailles pour lui présenter ses félicitations; elle
n’ignorait pas «le fond d’affection qu’elle peut faire sur lui[217]».
Balleroy avait sa part, comme bien on pense, dans cette distribution, entre
intimes, de bonnes paroles. Le billet qu’elle lui adresse de Versailles, le 8
juillet, témoigne assez de sa quiétude d’âme: elle ne lui parle plus politique;
elle le plaisante sur un sujet qui devait revenir souvent dans leurs
conversations. «Vous aurez encore le temps de déchiffrer ma lettre: vous êtes
assez habile pour cela»; puis elle a d’autres préoccupations, mais qui
n’altèrent en rien sa belle humeur: «je ne compte retourner à Paris que
mercredi matin; ma fille n’est pas encore accouchée; je me flatte que,
puisqu’elle a eu la complaisance d’attendre jusqu’à présent, elle
n’accouchera que mercredi; ce serait faire les choses bien galamment...» Tout
enfin serait pour le mieux, si son mari n’était recrû de fatigue, avec ses
exercices de chevau-légers.
sentiment. Son début vis-à-vis des ministres étrangers annonce un grand désir
de plaire; et il ne serait peut-être pas impossible que, par nécessité et par
système, il réformât en partie les vices qu’on attribue à son caractère. Il y a
grande apparence que, dans les premiers temps, il s’occupera moins des
affaires d’Etat que d’intrigues de cour; et malheureusement, il y a ici, dans ce
genre, de quoi remplir la vie d’un homme[215].»
En effet, la première rencontre du nouveau ministre avec les représentants
des autres puissances leur avait laissé une impression plutôt favorable. Elle
s’était faite sous les plus heureux auspices et sur un terrain où l’on se met
presque toujours d’accord. D’Aiguillon avait donné le 5 juin son premier
dîner diplomatique; et Mᵐᵉ Du Deffand, qui semble vouloir se tourner vers le
soleil levant, décrit avec une certaine complaisance la solennité. Cinquante-
cinq convives prenaient part au festin; et la douairière en faisait les honneurs
avec sa bru. Tous les diplomates avaient trouvé «la grosse duchesse»
charmante, simple et naturelle dans sa joie, «exempte de hauteur et de fausse
gloire et si éloignée d’être avantageuse que tous les partis sont contents
d’elle, l’estiment, l’aiment et lui veulent du bien[216]».
Pour n’être pas aussi démonstrative, la «joie» de sa belle-fille n’était pas
moindre. C’était, pour elle, comme la revanche des mauvais jours et l’espoir
d’une vie meilleure, sinon moins agitée, ce qu’elle eût préféré, sans nul
doute, à tout ce tumulte triomphal. Elle savait reconnaître ses vrais amis.
Belleval nous dit comme elle fut touchée de la démarche du jeune officier
«revenu de si loin» à Versailles pour lui présenter ses félicitations; elle
n’ignorait pas «le fond d’affection qu’elle peut faire sur lui[217]».
Balleroy avait sa part, comme bien on pense, dans cette distribution, entre
intimes, de bonnes paroles. Le billet qu’elle lui adresse de Versailles, le 8
juillet, témoigne assez de sa quiétude d’âme: elle ne lui parle plus politique;
elle le plaisante sur un sujet qui devait revenir souvent dans leurs
conversations. «Vous aurez encore le temps de déchiffrer ma lettre: vous êtes
assez habile pour cela»; puis elle a d’autres préoccupations, mais qui
n’altèrent en rien sa belle humeur: «je ne compte retourner à Paris que
mercredi matin; ma fille n’est pas encore accouchée; je me flatte que,
puisqu’elle a eu la complaisance d’attendre jusqu’à présent, elle
n’accouchera que mercredi; ce serait faire les choses bien galamment...» Tout
enfin serait pour le mieux, si son mari n’était recrû de fatigue, avec ses
exercices de chevau-légers.
Page 100
XII
Pronostics sur le futur ministère.—Dîners diplomatiques.—Entrevue de
Mercy-Argenteau avec la favorite et Louis XV.—Echange de lettres aigres-
douces entre Mᵐᵉ Du Deffand et la duchesse de Choiseul.—Le dîner de
Luciennes.—Jugement sévère de la duchesse de Choiseul.—Au
décintrement du pont de Neuilly.—Conspiration de Mesdames contre la Du
Barry.—Le régiment des Suisses.
Le duc d’Aiguillon allait connaître un travail autrement difficile, délicat et
pénible que celui d’une cavalcade sur un champ de manœuvres, un travail
auquel il n’était pas suffisamment préparé, mais que son ambition, servie par
une présomption sans bornes, se croyait assuré de mener à bonne fin.
Or la situation que lui avait laissée Choiseul était, à l’extérieur comme à
l’intérieur, enchevêtrée de telles complications, qu’eût-il pratiqué une
politique toute personnelle, ou continué celle de son prédécesseur, il ne
pouvait s’attendre à d’éclatantes victoires diplomatiques. Et, de fait, dans les
trois années de son ministère, il ne compta guère que des insuccès et des
échecs: son manque de décision, sa crainte de déplaire et surtout sa complète
ignorance de la mentalité royale, ondoyante et diverse en son indolence
voulue, le condamnaient fatalement à cette politique sans résultats. Habile
administrateur en Bretagne, il devait être à Versailles le plus médiocre des
ministres.
Son avènement avait exercé néanmoins l’imagination, toujours en éveil,
des courtisans. On lui prêtait, ainsi qu’à ses collègues, les combinaisons les
plus subtiles. On le voyait déjà, avec le chancelier et M. de Boynes[218] «se
porter au grand pouvoir» et travailler «longtemps de front» à l’expédition des
affaires. Mais, disait-on, des causes de conflit divisaient Maupeou et
d’Aiguillon: celui-ci, en prévision des «troubles de l’Europe» qui pourraient
«entraîner la France», demandait au conseil des impôts que refusait le
chancelier; mais son esprit souple et avisé l’emporterait enfin sur
l’autoritarisme de Maupeou pour être mis à son tour en échec par la
pondération de M. de Boynes[219].
Mᵐᵉ Du Deffand n’édifiait pas de moindres romans. Elle voyait déjà
Terray «sauter», pour s’être permis d’avoir payé, sans consulter le ministre,
les sommes dues à la Chalotais[220]. Or, c’était d’Aiguillon qui, soucieux de
Pronostics sur le futur ministère.—Dîners diplomatiques.—Entrevue de
Mercy-Argenteau avec la favorite et Louis XV.—Echange de lettres aigres-
douces entre Mᵐᵉ Du Deffand et la duchesse de Choiseul.—Le dîner de
Luciennes.—Jugement sévère de la duchesse de Choiseul.—Au
décintrement du pont de Neuilly.—Conspiration de Mesdames contre la Du
Barry.—Le régiment des Suisses.
Le duc d’Aiguillon allait connaître un travail autrement difficile, délicat et
pénible que celui d’une cavalcade sur un champ de manœuvres, un travail
auquel il n’était pas suffisamment préparé, mais que son ambition, servie par
une présomption sans bornes, se croyait assuré de mener à bonne fin.
Or la situation que lui avait laissée Choiseul était, à l’extérieur comme à
l’intérieur, enchevêtrée de telles complications, qu’eût-il pratiqué une
politique toute personnelle, ou continué celle de son prédécesseur, il ne
pouvait s’attendre à d’éclatantes victoires diplomatiques. Et, de fait, dans les
trois années de son ministère, il ne compta guère que des insuccès et des
échecs: son manque de décision, sa crainte de déplaire et surtout sa complète
ignorance de la mentalité royale, ondoyante et diverse en son indolence
voulue, le condamnaient fatalement à cette politique sans résultats. Habile
administrateur en Bretagne, il devait être à Versailles le plus médiocre des
ministres.
Son avènement avait exercé néanmoins l’imagination, toujours en éveil,
des courtisans. On lui prêtait, ainsi qu’à ses collègues, les combinaisons les
plus subtiles. On le voyait déjà, avec le chancelier et M. de Boynes[218] «se
porter au grand pouvoir» et travailler «longtemps de front» à l’expédition des
affaires. Mais, disait-on, des causes de conflit divisaient Maupeou et
d’Aiguillon: celui-ci, en prévision des «troubles de l’Europe» qui pourraient
«entraîner la France», demandait au conseil des impôts que refusait le
chancelier; mais son esprit souple et avisé l’emporterait enfin sur
l’autoritarisme de Maupeou pour être mis à son tour en échec par la
pondération de M. de Boynes[219].
Mᵐᵉ Du Deffand n’édifiait pas de moindres romans. Elle voyait déjà
Terray «sauter», pour s’être permis d’avoir payé, sans consulter le ministre,
les sommes dues à la Chalotais[220]. Or, c’était d’Aiguillon qui, soucieux de
Page 101
se rendre populaire, avait pris l’initiative de faire restituer ses pensions à
l’exilé de Saintes.
Il mettait à profit les dîners que donnaient en son honneur «ses amis»,
pour pratiquer le plus largement possible avec les cours étrangères cette
politique d’apaisement qu’il avait inaugurée dès son entrée au ministère. Le
28 juillet, à Compiègne, la duchesse de Valentinois, dame d’atours de la
comtesse de Provence, avait prié à souper, avec le duc et la duchesse
d’Aiguillon et le duc de la Vrillière, une partie du corps diplomatique, le
nonce, les ambassadeurs d’Autriche et de Sardaigne. Il est vrai que, Mᵐᵉ Du
Barry étant de la fête, Fuentès et Carracioli, représentants de l’Espagne et des
Deux-Siciles, s’étaient fait excuser. Mercy-Argenteau a raconté la scène.
C’était la première fois qu’il se rencontrait avec la sultane favorite: à celle-ci
le nonce et l’ambassadeur de Sardaigne prodiguaient leurs grâces. Mercy
attendit qu’elle lui adressât la parole; et, très sensible à cet accueil, le
diplomate écrit: «Je reçus plus de distinction que n’en avaient éprouvé les
autres». Aussi, quand le duc d’Aiguillon, toujours dans l’esprit de son rôle, le
prit à part et l’avertit que le roi lui donnait un rendez-vous pour le
surlendemain chez Mᵐᵉ Du Barry, Mercy n’eut-il garde d’y manquer.
D’ailleurs d’Aiguillon l’y conduisit, et, sous prétexte d’aller examiner des
estampes dans une pièce voisine, laissa Mercy en tête-à-tête avec la dame du
logis, qui s’empressa de faire asseoir le diplomate à côté d’elle et de lui
conter ses doléances. Elle était désolée «qu’on l’eût prévenue auprès de la
Dauphine par les calomnies les plus atroces, en lui attribuant des propos
irrespectueux pour son Altesse Royale», alors qu’elle avait «fait les plus
justes éloges des charmes» de la princesse.
On sait en effet le mot prêté à la Du Barry et rapporté—naturellement—à
Marie-Antoinette; elle aurait appelé la vigilance du vieux monarque sur les
périlleuses inconséquences de cette «petite rousse»; paroles imprudentes
autant que cyniques, si jamais elles furent prononcées;[221] car elles ne
pouvaient que révolter la pudeur de la femme et blesser cruellement l’orgueil
de la future reine.
La Dauphine, poursuit la comtesse, «n’a cessé de me témoigner une sorte
de mépris».
Mercy lui prodiguant de bonnes paroles, Mᵐᵉ Du Barry entre en confiance,
et, le cœur sur la main, ne lui cache rien de son histoire. Elle lui parle de son
entrée à Versailles, lui dit comme elle s’ingénie à désennuyer le roi et ce
qu’elle pense des gens de la cour: si elle s’exprime ainsi en toute liberté, c’est
l’exilé de Saintes.
Il mettait à profit les dîners que donnaient en son honneur «ses amis»,
pour pratiquer le plus largement possible avec les cours étrangères cette
politique d’apaisement qu’il avait inaugurée dès son entrée au ministère. Le
28 juillet, à Compiègne, la duchesse de Valentinois, dame d’atours de la
comtesse de Provence, avait prié à souper, avec le duc et la duchesse
d’Aiguillon et le duc de la Vrillière, une partie du corps diplomatique, le
nonce, les ambassadeurs d’Autriche et de Sardaigne. Il est vrai que, Mᵐᵉ Du
Barry étant de la fête, Fuentès et Carracioli, représentants de l’Espagne et des
Deux-Siciles, s’étaient fait excuser. Mercy-Argenteau a raconté la scène.
C’était la première fois qu’il se rencontrait avec la sultane favorite: à celle-ci
le nonce et l’ambassadeur de Sardaigne prodiguaient leurs grâces. Mercy
attendit qu’elle lui adressât la parole; et, très sensible à cet accueil, le
diplomate écrit: «Je reçus plus de distinction que n’en avaient éprouvé les
autres». Aussi, quand le duc d’Aiguillon, toujours dans l’esprit de son rôle, le
prit à part et l’avertit que le roi lui donnait un rendez-vous pour le
surlendemain chez Mᵐᵉ Du Barry, Mercy n’eut-il garde d’y manquer.
D’ailleurs d’Aiguillon l’y conduisit, et, sous prétexte d’aller examiner des
estampes dans une pièce voisine, laissa Mercy en tête-à-tête avec la dame du
logis, qui s’empressa de faire asseoir le diplomate à côté d’elle et de lui
conter ses doléances. Elle était désolée «qu’on l’eût prévenue auprès de la
Dauphine par les calomnies les plus atroces, en lui attribuant des propos
irrespectueux pour son Altesse Royale», alors qu’elle avait «fait les plus
justes éloges des charmes» de la princesse.
On sait en effet le mot prêté à la Du Barry et rapporté—naturellement—à
Marie-Antoinette; elle aurait appelé la vigilance du vieux monarque sur les
périlleuses inconséquences de cette «petite rousse»; paroles imprudentes
autant que cyniques, si jamais elles furent prononcées;[221] car elles ne
pouvaient que révolter la pudeur de la femme et blesser cruellement l’orgueil
de la future reine.
La Dauphine, poursuit la comtesse, «n’a cessé de me témoigner une sorte
de mépris».
Mercy lui prodiguant de bonnes paroles, Mᵐᵉ Du Barry entre en confiance,
et, le cœur sur la main, ne lui cache rien de son histoire. Elle lui parle de son
entrée à Versailles, lui dit comme elle s’ingénie à désennuyer le roi et ce
qu’elle pense des gens de la cour: si elle s’exprime ainsi en toute liberté, c’est
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que sa belle-sœur, «surveillante qui la garde à vue pour le duc d’Aiguillon»,
est absente. Et cet aimable bavardage (au fait Mercy est-il bien exact?) se
continue jusqu’au moment où paraît le roi.
—Dois-je me retirer, Monsieur? dit-elle (elle ne l’appelle pas encore la
France).
Louis XV est seul avec l’ambassadeur. Lui aussi se plaint amèrement. Son
petit-fils est incapable de diriger la Dauphine, dont la jeunesse trop
exubérante a besoin d’être mise en garde contre les pièges qui l’entourent.
Aussi veut-il confier à Mercy-Argenteau la surveillance de la princesse. Il
remarque chez elle «des préventions et des haines qui lui sont suggérées». Il
invite donc le diplomate à «voir souvent» Marie-Antoinette: il l’autorise
même à lui parler en son nom.
Mercy trouve la mission délicate: il le dit. Le roi, embarrassé à son tour,
rappelle d’Aiguillon et la comtesse restés dans le cabinet de toilette. Il se
lève:
—Il est tard, je vais souper avec mes enfants.
Quand il est parti, le premier ministre et la favorite pressent Mercy de
revenir souvent causer aussi simplement avec le roi[222].
Louis XV, volontiers timide, n’avait pas dit à son interlocuteur d’où
venaient ces «préventions», ces «haines». Et Mercy, qui en connaît la source
et qui veut répondre à la confiance du roi, ne dissimule pas que ses tentatives
de conciliation trouvent du côté de Mesdames une opposition irréductible.
En effet, ce n’étaient pas seulement de grandes dames, mais les propres
filles de Louis XV et surtout Madame Adélaïde, qui menaient la campagne,
poussant devant elles la Dauphine, déjà fort entraînée à subir cette pression
familiale. Mercy-Argenteau, redoutant un éclat, s’était efforcé, le 31 juillet,
après son entretien avec le roi, de faire appel à la prudence de la jeune
princesse, si impulsive de sa nature. Reprenant le thème cher à Marie-
Thérèse et à Kaunitz, Mercy redoublait d’instances et de prières auprès de
Marie-Antoinette, pour qu’elle eût «l’air d’ignorer le vrai état de la favorite et
la traitât sans affectation comme toute femme présentée...» et surtout pour
qu’à aucun prix elle ne suivît «les directions de Mesdames». Il crut l’avoir
persuadée: car elle lui promit d’adresser la parole à Mᵐᵉ Du Barry, lorsqu’elle
entrerait au cercle de la cour. Et comme il la suppliait de persévérer dans sa
résolution, sans, bien entendu, en instruire Mesdames, la Dauphine parut
choquée d’une insistance qui semblait mettre en doute la parole donnée. Il est
vrai qu’elle ne la tint guère; car, le 11 août, alors que, suivant sa convention
est absente. Et cet aimable bavardage (au fait Mercy est-il bien exact?) se
continue jusqu’au moment où paraît le roi.
—Dois-je me retirer, Monsieur? dit-elle (elle ne l’appelle pas encore la
France).
Louis XV est seul avec l’ambassadeur. Lui aussi se plaint amèrement. Son
petit-fils est incapable de diriger la Dauphine, dont la jeunesse trop
exubérante a besoin d’être mise en garde contre les pièges qui l’entourent.
Aussi veut-il confier à Mercy-Argenteau la surveillance de la princesse. Il
remarque chez elle «des préventions et des haines qui lui sont suggérées». Il
invite donc le diplomate à «voir souvent» Marie-Antoinette: il l’autorise
même à lui parler en son nom.
Mercy trouve la mission délicate: il le dit. Le roi, embarrassé à son tour,
rappelle d’Aiguillon et la comtesse restés dans le cabinet de toilette. Il se
lève:
—Il est tard, je vais souper avec mes enfants.
Quand il est parti, le premier ministre et la favorite pressent Mercy de
revenir souvent causer aussi simplement avec le roi[222].
Louis XV, volontiers timide, n’avait pas dit à son interlocuteur d’où
venaient ces «préventions», ces «haines». Et Mercy, qui en connaît la source
et qui veut répondre à la confiance du roi, ne dissimule pas que ses tentatives
de conciliation trouvent du côté de Mesdames une opposition irréductible.
En effet, ce n’étaient pas seulement de grandes dames, mais les propres
filles de Louis XV et surtout Madame Adélaïde, qui menaient la campagne,
poussant devant elles la Dauphine, déjà fort entraînée à subir cette pression
familiale. Mercy-Argenteau, redoutant un éclat, s’était efforcé, le 31 juillet,
après son entretien avec le roi, de faire appel à la prudence de la jeune
princesse, si impulsive de sa nature. Reprenant le thème cher à Marie-
Thérèse et à Kaunitz, Mercy redoublait d’instances et de prières auprès de
Marie-Antoinette, pour qu’elle eût «l’air d’ignorer le vrai état de la favorite et
la traitât sans affectation comme toute femme présentée...» et surtout pour
qu’à aucun prix elle ne suivît «les directions de Mesdames». Il crut l’avoir
persuadée: car elle lui promit d’adresser la parole à Mᵐᵉ Du Barry, lorsqu’elle
entrerait au cercle de la cour. Et comme il la suppliait de persévérer dans sa
résolution, sans, bien entendu, en instruire Mesdames, la Dauphine parut
choquée d’une insistance qui semblait mettre en doute la parole donnée. Il est
vrai qu’elle ne la tint guère; car, le 11 août, alors que, suivant sa convention
Page 103
avec Mercy, elle s’approchait de l’ambassadeur, debout à côté de la comtesse,
elle rebroussa aussitôt chemin: la voix impérieuse de Mᵐᵉ Adélaïde lui avait
crié qu’il était temps de partir; et la petite Dauphine avait suivi docilement sa
tante.
Mᵐᵉ Du Barry ne put dissimuler au roi le dépit qu’elle avait ressenti d’un
tel affront, et Louis XV qui, de bonne foi, avait supposé à l’ambassadeur
d’Autriche une influence réelle sur l’esprit de Marie-Antoinette, lui dit, le
lendemain, d’un ton moqueur:
—M. de Mercy, vos avis ne fructifient guère; il faudra que je vienne à
votre secours[223].
D’autre part, les débuts de d’Aiguillon qu’avait accueillis, avec une
certaine faveur, la diplomatie étrangère, avaient rencontré plutôt de la
méfiance chez les Choiseul. Et même la duchesse avait failli se brouiller avec
Mᵐᵉ Du Deffand, après un échange de lettres où elle s’était départie quelque
peu de son aménité coutumière, dans une note de vivacité et d’aigreur que ne
méritait pas sa correspondante. Mᵐᵉ de Choiseul lui avait écrit le 9 juillet[224]
que, si elle respectait la mère, elle n’était pas éblouie de la politesse
qu’affectait le fils. «Je suis seulement ennuyée d’en entendre parler. Il fait le
mort, mais gare à la résurrection! Car les bons ne seront pas assis à sa
droite.» Du fait même de cette déclaration, Mᵐᵉ Du Deffand, qui rêvait peut-
être d’accommodements futurs, s’était crue autorisée à des avances qu’elle
trouvait toutes naturelles:
«Je dirai à Mᵐᵉ d’Aiguillon tout ce que vous me dites d’elle, mande-t-elle
à la duchesse de Choiseul. La fortune de son fils ne lui tourne pas la tête:
c’est une très aimable femme.»
La dame de Chanteloup se montra excessivement froissée que sa
correspondante eût répété un éloge qui serait «une bassesse indigne d’elle»,
car elle aurait «l’air de quémander la bienveillance» de la douairière.
Pendant un long mois, la «petite-fille» et la «grand’maman» disputèrent, à
perte de vue, sur cette question de... point d’honneur, qui semblait tout de
même au bon abbé Barthélemy, intermédiaire bénévole entre les deux parties,
un raffinement de «délicatesse» chez la duchesse de Choiseul. Mais cette
exagération de susceptibilité allait trouver en quelque sorte sa justification
dans un de ces petits événements de cour, qui prenaient alors les proportions
d’un gros scandale et dont parle incidemment une lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon
au chevalier de Balleroy. La femme du ministre raconte à son confident ses
elle rebroussa aussitôt chemin: la voix impérieuse de Mᵐᵉ Adélaïde lui avait
crié qu’il était temps de partir; et la petite Dauphine avait suivi docilement sa
tante.
Mᵐᵉ Du Barry ne put dissimuler au roi le dépit qu’elle avait ressenti d’un
tel affront, et Louis XV qui, de bonne foi, avait supposé à l’ambassadeur
d’Autriche une influence réelle sur l’esprit de Marie-Antoinette, lui dit, le
lendemain, d’un ton moqueur:
—M. de Mercy, vos avis ne fructifient guère; il faudra que je vienne à
votre secours[223].
D’autre part, les débuts de d’Aiguillon qu’avait accueillis, avec une
certaine faveur, la diplomatie étrangère, avaient rencontré plutôt de la
méfiance chez les Choiseul. Et même la duchesse avait failli se brouiller avec
Mᵐᵉ Du Deffand, après un échange de lettres où elle s’était départie quelque
peu de son aménité coutumière, dans une note de vivacité et d’aigreur que ne
méritait pas sa correspondante. Mᵐᵉ de Choiseul lui avait écrit le 9 juillet[224]
que, si elle respectait la mère, elle n’était pas éblouie de la politesse
qu’affectait le fils. «Je suis seulement ennuyée d’en entendre parler. Il fait le
mort, mais gare à la résurrection! Car les bons ne seront pas assis à sa
droite.» Du fait même de cette déclaration, Mᵐᵉ Du Deffand, qui rêvait peut-
être d’accommodements futurs, s’était crue autorisée à des avances qu’elle
trouvait toutes naturelles:
«Je dirai à Mᵐᵉ d’Aiguillon tout ce que vous me dites d’elle, mande-t-elle
à la duchesse de Choiseul. La fortune de son fils ne lui tourne pas la tête:
c’est une très aimable femme.»
La dame de Chanteloup se montra excessivement froissée que sa
correspondante eût répété un éloge qui serait «une bassesse indigne d’elle»,
car elle aurait «l’air de quémander la bienveillance» de la douairière.
Pendant un long mois, la «petite-fille» et la «grand’maman» disputèrent, à
perte de vue, sur cette question de... point d’honneur, qui semblait tout de
même au bon abbé Barthélemy, intermédiaire bénévole entre les deux parties,
un raffinement de «délicatesse» chez la duchesse de Choiseul. Mais cette
exagération de susceptibilité allait trouver en quelque sorte sa justification
dans un de ces petits événements de cour, qui prenaient alors les proportions
d’un gros scandale et dont parle incidemment une lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon
au chevalier de Balleroy. La femme du ministre raconte à son confident ses
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petites misères. Elle a souffert d’un rhume qui «dégénéra en fluxion sur un
œil qu’elle eut poché» pendant quelques jours:
«Comme j’étais engagée à dîner chez Mᵐᵉ Du Barry à Luciennes avec tout
le corps diplomatique et que ma belle-mère devait y débuter, j’avais fort à
cœur de n’y pas manquer. J’ai imaginé de mettre ma tête sur de l’eau
bouillante pour finir plus tôt cette fluxion. La chaleur de l’eau et peut-être la
disposition m’ont fait porter le sang à la tête.» Ce beau remède lui valut
presque une attaque d’apoplexie. Elle eut un «étourdissement suivi de perte
de la parole» et des «douleurs dans la tête qui la firent crier comme une
femme qui accouche». Aussitôt on la saigna; elle garda le lit le samedi et le
dimanche; et «le lundi, j’ai été à Luciennes, de là à Versailles où j’ai donné à
souper et le mardi à dîner[225]».
Le «début» de la «grosse duchesse» à Luciennes fait sensation. Le clan
des philosophes en reste abasourdi, Mᵐᵉ Du Deffand, qui, jusqu’alors, n’a
cessé de rompre des lances en l’honneur de la «sœur du pot», semble fort
embarrassée pour annoncer une telle défection à la «grand’maman». Elle lui
écrit le 1ᵉʳ octobre: «La mère du Bacha (c’est le nom dont elle se plaît à flétrir
d’Aiguillon) est franche, désintéressée; tous ses sentiments sont honnêtes.
Elle fit hier une action qui ne vous paraîtra pas une preuve de ce que je dis.
Elle dîna chez la sultane. Il y avait huit jours qu’elle résistait au Bacha. Elle
se serait brouillée avec lui, si elle avait persisté à résister[226].»
Mᵐᵉ de Choiseul triomphe: «Vous avez beau dire, Mᵐᵉ d’Aiguillon s’est
souillée et je rabats de l’estime. Il n’y a point d’autorité, ni de considération
qui puisse excuser une infamie[227].»
Si dure pour la belle-mère, Mᵐᵉ de Choiseul se tait sur la bru. Elle qui se
sacrifia toujours, sans jamais se plaindre, pour un époux volage, autoritaire et
prodigue, elle n’ignore pas que la femme du ministre actuel n’est guère plus
heureuse avec son mari. Si M. d’Aiguillon a pu décider sa mère à la plus
pénible des démarches, quelle pression ne dût-il pas exercer sur l’esprit de sa
femme, pour exiger une absolue soumission aux caprices de ses visées
ambitieuses! Désormais la duchesse sera en quelque sorte la dame d’honneur
de la favorite: le duc entend qu’elle soit l’inséparable compagne de Mᵐᵉ Du
Barry. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon subira cette contrainte avec une résignation qui
semblera de l’enjouement, tant elle s’applique à ne laisser voir à personne
qu’elle obéit à un ordre. Pidansat de Mairobert, observateur perspicace,
quand il n’est pas préoccupé de la fabrication de ses nouvelles scandaleuses,
a bien compris le caractère de Mᵐᵉ d’Aiguillon jeune[228]. C’est «pour
œil qu’elle eut poché» pendant quelques jours:
«Comme j’étais engagée à dîner chez Mᵐᵉ Du Barry à Luciennes avec tout
le corps diplomatique et que ma belle-mère devait y débuter, j’avais fort à
cœur de n’y pas manquer. J’ai imaginé de mettre ma tête sur de l’eau
bouillante pour finir plus tôt cette fluxion. La chaleur de l’eau et peut-être la
disposition m’ont fait porter le sang à la tête.» Ce beau remède lui valut
presque une attaque d’apoplexie. Elle eut un «étourdissement suivi de perte
de la parole» et des «douleurs dans la tête qui la firent crier comme une
femme qui accouche». Aussitôt on la saigna; elle garda le lit le samedi et le
dimanche; et «le lundi, j’ai été à Luciennes, de là à Versailles où j’ai donné à
souper et le mardi à dîner[225]».
Le «début» de la «grosse duchesse» à Luciennes fait sensation. Le clan
des philosophes en reste abasourdi, Mᵐᵉ Du Deffand, qui, jusqu’alors, n’a
cessé de rompre des lances en l’honneur de la «sœur du pot», semble fort
embarrassée pour annoncer une telle défection à la «grand’maman». Elle lui
écrit le 1ᵉʳ octobre: «La mère du Bacha (c’est le nom dont elle se plaît à flétrir
d’Aiguillon) est franche, désintéressée; tous ses sentiments sont honnêtes.
Elle fit hier une action qui ne vous paraîtra pas une preuve de ce que je dis.
Elle dîna chez la sultane. Il y avait huit jours qu’elle résistait au Bacha. Elle
se serait brouillée avec lui, si elle avait persisté à résister[226].»
Mᵐᵉ de Choiseul triomphe: «Vous avez beau dire, Mᵐᵉ d’Aiguillon s’est
souillée et je rabats de l’estime. Il n’y a point d’autorité, ni de considération
qui puisse excuser une infamie[227].»
Si dure pour la belle-mère, Mᵐᵉ de Choiseul se tait sur la bru. Elle qui se
sacrifia toujours, sans jamais se plaindre, pour un époux volage, autoritaire et
prodigue, elle n’ignore pas que la femme du ministre actuel n’est guère plus
heureuse avec son mari. Si M. d’Aiguillon a pu décider sa mère à la plus
pénible des démarches, quelle pression ne dût-il pas exercer sur l’esprit de sa
femme, pour exiger une absolue soumission aux caprices de ses visées
ambitieuses! Désormais la duchesse sera en quelque sorte la dame d’honneur
de la favorite: le duc entend qu’elle soit l’inséparable compagne de Mᵐᵉ Du
Barry. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon subira cette contrainte avec une résignation qui
semblera de l’enjouement, tant elle s’applique à ne laisser voir à personne
qu’elle obéit à un ordre. Pidansat de Mairobert, observateur perspicace,
quand il n’est pas préoccupé de la fabrication de ses nouvelles scandaleuses,
a bien compris le caractère de Mᵐᵉ d’Aiguillon jeune[228]. C’est «pour
Page 105
complaire à son mari», qu’elle fait une «cour assidue» à la protectrice de cet
époux peu scrupuleux. Elle y gagne l’insigne honneur d’une «familiarité» qui
la met souvent dans l’embarras. Un jour, elle complimente, par bienséance, la
comtesse Du Barry sur le goût exquis d’une toilette qu’on vient de lui
apporter. Là-dessus, la bonne fille qu’est la maîtresse du roi, prend feu: elle
court embrasser la duchesse et la supplie, au nom de leur amitié, d’accepter la
robe. Mᵐᵉ d’Aiguillon se défend de recevoir un cadeau «qui ne convient pas à
une aussi vieille femme»—aveu qui ne lui coûte guère, et qu’on trouve
fréquemment dans sa correspondance. Sur ces entrefaites arrive le roi qui
donne gain de cause à la comtesse; et les courtisans de trouver l’aventure
plaisante.
Mᵐᵉ d’Aiguillon était donc devenue le chaperon de la Du Barry dans les
cérémonies officielles. L’année suivante, au décintrement du pont de Neuilly
(22 décembre 1772), la famille royale brillant par son absence, «la favorite,
écrit Mairobert, resta seule en possession de tous les honneurs». On avait
«dressé une loge» à son intention. Elle arriva dans un carrosse dont le fond
était occupé par la maréchale de Mirepoix et la duchesse d’Aiguillon: elle se
tenait sur le devant avec le comte de la Marche, le seul prince du sang qui fût
présent et qui lui servit d’écuyer pour la circonstance[229].
Malgré son peu de goût pour la représentation, la femme du nouveau
ministre s’était décidée à «faire ses visites», puis elle s’était «suivant l’usage
livrée au public[230]».
De Fontainebleau où elle n’était «pas aussi bien logée qu’à Compiègne»,
elle continuait ses confidences à Balleroy qu’elle priait, par la même
occasion, de lui rapporter un manchon d’hermine doublé de taffetas[231]. Ce
n’était pas sans une certaine ironie qu’elle recevait les courbettes empressées
de tous ces gens de cour qui l’avaient fuie comme la peste, pendant les heures
difficiles des Etats de Bretagne et du procès de Paris: «tout ce qui est ici a
passé chez moi indistinctement; même Mᵐᵉ de Chauvelin, que vous avez vue
à Compiègne si hautaine, est douce comme un mouton et ne bouge de chez
moi. Il n’y a que quatre femmes qui n’y ont pas mis les pieds: Mᵐᵉ d’Egmont
et sa grosse belle-fille[232] et Mᵐᵉ de Duras». Elle est d’ailleurs animée du
plus grand esprit de conciliation; et les aphorismes qu’elle énonce pour en
témoigner seront repris cinquante ans plus tard par Brillat-Savarin: «Il ne faut
changer mon cuisinier: il met d’accord les gens les plus opposés: aussi je
nomme Martin le pacificateur de la cour». Toutefois l’attitude hostile de Mᵐᵉ
d’Egmont avait quelque peu altéré sa bonne humeur: «Ma chère cousine a été
époux peu scrupuleux. Elle y gagne l’insigne honneur d’une «familiarité» qui
la met souvent dans l’embarras. Un jour, elle complimente, par bienséance, la
comtesse Du Barry sur le goût exquis d’une toilette qu’on vient de lui
apporter. Là-dessus, la bonne fille qu’est la maîtresse du roi, prend feu: elle
court embrasser la duchesse et la supplie, au nom de leur amitié, d’accepter la
robe. Mᵐᵉ d’Aiguillon se défend de recevoir un cadeau «qui ne convient pas à
une aussi vieille femme»—aveu qui ne lui coûte guère, et qu’on trouve
fréquemment dans sa correspondance. Sur ces entrefaites arrive le roi qui
donne gain de cause à la comtesse; et les courtisans de trouver l’aventure
plaisante.
Mᵐᵉ d’Aiguillon était donc devenue le chaperon de la Du Barry dans les
cérémonies officielles. L’année suivante, au décintrement du pont de Neuilly
(22 décembre 1772), la famille royale brillant par son absence, «la favorite,
écrit Mairobert, resta seule en possession de tous les honneurs». On avait
«dressé une loge» à son intention. Elle arriva dans un carrosse dont le fond
était occupé par la maréchale de Mirepoix et la duchesse d’Aiguillon: elle se
tenait sur le devant avec le comte de la Marche, le seul prince du sang qui fût
présent et qui lui servit d’écuyer pour la circonstance[229].
Malgré son peu de goût pour la représentation, la femme du nouveau
ministre s’était décidée à «faire ses visites», puis elle s’était «suivant l’usage
livrée au public[230]».
De Fontainebleau où elle n’était «pas aussi bien logée qu’à Compiègne»,
elle continuait ses confidences à Balleroy qu’elle priait, par la même
occasion, de lui rapporter un manchon d’hermine doublé de taffetas[231]. Ce
n’était pas sans une certaine ironie qu’elle recevait les courbettes empressées
de tous ces gens de cour qui l’avaient fuie comme la peste, pendant les heures
difficiles des Etats de Bretagne et du procès de Paris: «tout ce qui est ici a
passé chez moi indistinctement; même Mᵐᵉ de Chauvelin, que vous avez vue
à Compiègne si hautaine, est douce comme un mouton et ne bouge de chez
moi. Il n’y a que quatre femmes qui n’y ont pas mis les pieds: Mᵐᵉ d’Egmont
et sa grosse belle-fille[232] et Mᵐᵉ de Duras». Elle est d’ailleurs animée du
plus grand esprit de conciliation; et les aphorismes qu’elle énonce pour en
témoigner seront repris cinquante ans plus tard par Brillat-Savarin: «Il ne faut
changer mon cuisinier: il met d’accord les gens les plus opposés: aussi je
nomme Martin le pacificateur de la cour». Toutefois l’attitude hostile de Mᵐᵉ
d’Egmont avait quelque peu altéré sa bonne humeur: «Ma chère cousine a été
Page 106
ridicule avec moi; et il n’aurait tenu qu’à moi, si je n’avais pas été plus sage
qu’elle, d’avoir quelques scènes avec elle; mais je les ai évitées avec soin; je
respecte en elle le nom que je porte et la fille d’un homme qui, depuis mon
mariage, m’a toujours traitée en père...»
D’autres haines, plus implacables encore et partant de plus haut, sur
lesquelles la duchesse se garde bien de s’expliquer, menaçaient déjà son
mari, trop fidèle allié de la Du Barry. M. d’Aiguillon devait son poste de
premier ministre à la maîtresse du roi: c’était de toute justice qu’il intervînt
en sa faveur dans la lutte qui s’engageait contre elle, plus ardente que jamais:
«il la gouverne moins par un ascendant décidé que par la souplesse, les
égards et les soins», écrit Mercy-Argenteau, à Kaunitz.
Marie-Antoinette ne pardonna jamais à d’Aiguillon l’appui qu’il prêta à
Mᵐᵉ Du Barry.
Mesdames applaudissaient à des sentiments d’animosité qui se
retournaient contre la maîtresse de leur père; et, dans l’horreur que celle-ci
leur inspirait, elles en étaient arrivées à se rapprocher de Choiseul, que
l’expulsion des jésuites leur avait rendu plus particulièrement odieux[233].
L’affectation qu’elles apportaient à défendre le ministre disgracié ne pouvait
qu’indisposer davantage Mᵐᵉ Du Barry contre un homme qui s’était affirmé
si résolument son ennemi. Au reste, Louis XV n’attendait pas après des
influences étrangères pour prendre en grippe son ancien favori. L’exil
triomphal de Chanteloup et toutes les manifestations en l’honneur du vaincu
dont une publicité savante amplifiait l’éclat, avaient fini par énerver ce
monarque, parfois si ombrageux sous son apparente indifférence. Aussi,
quand on vint lui proposer d’enlever à Choiseul, un an à peine après sa chute,
sa charge de colonel-général des Suisses et Grisons (et d’Aiguillon dut
participer à la manœuvre), Louis XV se laissa-t-il facilement persuader.
D’ailleurs, le principal intéressé, dès qu’il reçut l’ordre de se démettre, ne
put s’y tromper un seul instant. Vainement il avait cru à la parole royale
l’assurant, en 1762, qu’il resterait toujours titulaire et possesseur de sa
charge. Or, d’Aiguillon venait d’écrire à M. Du Chatelet, l’ami et le
représentant de l’ancien ministre, qu’elle n’était pas «inamovible»,
déclaration confirmée en ces termes de la main même du prince: «ce que
dessus ma façon de vouloir[234]!» Et Choiseul d’en tirer cette conclusion qui
fait peu d’honneur à sa clairvoyance, si toutefois elle est bien l’expression
sincère de sa pensée: «Je n’ai commencé que de ce moment à être vraiment
l’ennemi personnel de M. d’Aiguillon et la conduite du roi à mon égard
qu’elle, d’avoir quelques scènes avec elle; mais je les ai évitées avec soin; je
respecte en elle le nom que je porte et la fille d’un homme qui, depuis mon
mariage, m’a toujours traitée en père...»
D’autres haines, plus implacables encore et partant de plus haut, sur
lesquelles la duchesse se garde bien de s’expliquer, menaçaient déjà son
mari, trop fidèle allié de la Du Barry. M. d’Aiguillon devait son poste de
premier ministre à la maîtresse du roi: c’était de toute justice qu’il intervînt
en sa faveur dans la lutte qui s’engageait contre elle, plus ardente que jamais:
«il la gouverne moins par un ascendant décidé que par la souplesse, les
égards et les soins», écrit Mercy-Argenteau, à Kaunitz.
Marie-Antoinette ne pardonna jamais à d’Aiguillon l’appui qu’il prêta à
Mᵐᵉ Du Barry.
Mesdames applaudissaient à des sentiments d’animosité qui se
retournaient contre la maîtresse de leur père; et, dans l’horreur que celle-ci
leur inspirait, elles en étaient arrivées à se rapprocher de Choiseul, que
l’expulsion des jésuites leur avait rendu plus particulièrement odieux[233].
L’affectation qu’elles apportaient à défendre le ministre disgracié ne pouvait
qu’indisposer davantage Mᵐᵉ Du Barry contre un homme qui s’était affirmé
si résolument son ennemi. Au reste, Louis XV n’attendait pas après des
influences étrangères pour prendre en grippe son ancien favori. L’exil
triomphal de Chanteloup et toutes les manifestations en l’honneur du vaincu
dont une publicité savante amplifiait l’éclat, avaient fini par énerver ce
monarque, parfois si ombrageux sous son apparente indifférence. Aussi,
quand on vint lui proposer d’enlever à Choiseul, un an à peine après sa chute,
sa charge de colonel-général des Suisses et Grisons (et d’Aiguillon dut
participer à la manœuvre), Louis XV se laissa-t-il facilement persuader.
D’ailleurs, le principal intéressé, dès qu’il reçut l’ordre de se démettre, ne
put s’y tromper un seul instant. Vainement il avait cru à la parole royale
l’assurant, en 1762, qu’il resterait toujours titulaire et possesseur de sa
charge. Or, d’Aiguillon venait d’écrire à M. Du Chatelet, l’ami et le
représentant de l’ancien ministre, qu’elle n’était pas «inamovible»,
déclaration confirmée en ces termes de la main même du prince: «ce que
dessus ma façon de vouloir[234]!» Et Choiseul d’en tirer cette conclusion qui
fait peu d’honneur à sa clairvoyance, si toutefois elle est bien l’expression
sincère de sa pensée: «Je n’ai commencé que de ce moment à être vraiment
l’ennemi personnel de M. d’Aiguillon et la conduite du roi à mon égard
Page 107
achève l’opinion que j’avais de lui et le dégoût que sa faiblesse cruelle
m’inspirait[235]».
Les Mémoires, parus en 1790 sous le nom de Choiseul, sont consacrés en
grande partie, le deuxième volume surtout, à l’histoire des négociations qui
s’engagèrent et des correspondances qui furent échangées pour la cession de
ce brevet de colonel-général. La charge rapportait cent mille livres[236] et les
dettes du titulaire étaient énormes. Du Chatelet, intermédiaire très actif et très
dévoué, en dépit de tous les tracas que lui valent la raideur et l’aigreur de
Choiseul, a trop bien pénétré la volonté arrêtée et irréductible du roi pour ne
pas inviter instamment son ami à donner sa démission. Enfin Choiseul cède.
Les lettres de continuer.
Il s’agit du prix à débattre. Du Chatelet rend compte à Chanteloup de ses
conférences, tantôt avec Mᵐᵉ Du Barry, tantôt avec d’Aiguillon. S’il faut en
croire la favorite, le nouveau ministre ne témoigne d’aucun «acharnement»
contre son prédécesseur, elle encore moins; c’est le roi qui estime intolérables
les chroniques de Chanteloup. Au surplus, «d’Aiguillon ne la gouverne pas;
elle écoute tout le monde et ne fait que ce qu’elle veut[237]».
Ce qui n’est pas douteux, c’est que Mᵐᵉ Du Barry se montra, dans la
circonstance, plus conciliante que Choiseul ne pouvait raisonnablement
l’espérer: «M. Du Chatelet, écrit Mᵐᵉ Du Deffand à Walpole, ne trouvant pas
de facilité auprès de M. d’Aiguillon, se détermina à parler à Mᵐᵉ Du Barry,
en qui il trouva plus de douceur et de facilité».
Choiseul, dont cette intervention humiliait la fierté, conservait son ton
cassant et son attitude de grande victime. Il crut devoir à son orgueil de faire
passer sous les yeux du roi, dans les salons de Choisy, une lettre qui l’irritât
au possible. Mais la favorite se tourna vers d’Aiguillon et lui dit tout haut:
—Il faut bien que cela soit comme cela.
Enfin, après une conversation des plus animées entre Louis XV, sa
maîtresse et son premier ministre, le roi laissa tomber ces mots, en se mettant
au jeu:
—Cent mille écus argent comptant, soixante mille livres de pension dont
cinquante mille reversibles sur Mᵐᵉ de Choiseul[238].
D’Aiguillon fit part à Du Châtelet de la décision royale. Le
dédommagement dépassait les prévisions de l’ex-colonel-général[239]; mais
son amour-propre sortait singulièrement froissé de l’aventure:
m’inspirait[235]».
Les Mémoires, parus en 1790 sous le nom de Choiseul, sont consacrés en
grande partie, le deuxième volume surtout, à l’histoire des négociations qui
s’engagèrent et des correspondances qui furent échangées pour la cession de
ce brevet de colonel-général. La charge rapportait cent mille livres[236] et les
dettes du titulaire étaient énormes. Du Chatelet, intermédiaire très actif et très
dévoué, en dépit de tous les tracas que lui valent la raideur et l’aigreur de
Choiseul, a trop bien pénétré la volonté arrêtée et irréductible du roi pour ne
pas inviter instamment son ami à donner sa démission. Enfin Choiseul cède.
Les lettres de continuer.
Il s’agit du prix à débattre. Du Chatelet rend compte à Chanteloup de ses
conférences, tantôt avec Mᵐᵉ Du Barry, tantôt avec d’Aiguillon. S’il faut en
croire la favorite, le nouveau ministre ne témoigne d’aucun «acharnement»
contre son prédécesseur, elle encore moins; c’est le roi qui estime intolérables
les chroniques de Chanteloup. Au surplus, «d’Aiguillon ne la gouverne pas;
elle écoute tout le monde et ne fait que ce qu’elle veut[237]».
Ce qui n’est pas douteux, c’est que Mᵐᵉ Du Barry se montra, dans la
circonstance, plus conciliante que Choiseul ne pouvait raisonnablement
l’espérer: «M. Du Chatelet, écrit Mᵐᵉ Du Deffand à Walpole, ne trouvant pas
de facilité auprès de M. d’Aiguillon, se détermina à parler à Mᵐᵉ Du Barry,
en qui il trouva plus de douceur et de facilité».
Choiseul, dont cette intervention humiliait la fierté, conservait son ton
cassant et son attitude de grande victime. Il crut devoir à son orgueil de faire
passer sous les yeux du roi, dans les salons de Choisy, une lettre qui l’irritât
au possible. Mais la favorite se tourna vers d’Aiguillon et lui dit tout haut:
—Il faut bien que cela soit comme cela.
Enfin, après une conversation des plus animées entre Louis XV, sa
maîtresse et son premier ministre, le roi laissa tomber ces mots, en se mettant
au jeu:
—Cent mille écus argent comptant, soixante mille livres de pension dont
cinquante mille reversibles sur Mᵐᵉ de Choiseul[238].
D’Aiguillon fit part à Du Châtelet de la décision royale. Le
dédommagement dépassait les prévisions de l’ex-colonel-général[239]; mais
son amour-propre sortait singulièrement froissé de l’aventure:
Page 108
—Ni moi, ni Mᵐᵉ de Choiseul, écrit l’ancien ministre, ne fîmes de
remerciement. L’injustice et surtout la manière dure qu’on avait employée
nous dispensaient de la reconnaissance.
Dans l’origine, c’était le comte de Provence que Louis XV avait donné
pour successeur à Choiseul. Mais, devant l’opposition du Dauphin, la charge
fut attribuée au comte d’Artois.
N’importe, dans l’âme vindicative de d’Aiguillon, l’affaire du régiment
des Suisses dut être la contrepartie de celle du régiment du roi.
remerciement. L’injustice et surtout la manière dure qu’on avait employée
nous dispensaient de la reconnaissance.
Dans l’origine, c’était le comte de Provence que Louis XV avait donné
pour successeur à Choiseul. Mais, devant l’opposition du Dauphin, la charge
fut attribuée au comte d’Artois.
N’importe, dans l’âme vindicative de d’Aiguillon, l’affaire du régiment
des Suisses dut être la contrepartie de celle du régiment du roi.
Page 109
XIII
Le partage de la Pologne et ses responsabilités.—Ambitions du comte de
Broglie.—Le cardinal de Rohan nommé ambassadeur à Vienne.—Tactique
autrichienne: condescendance de la Dauphine.—L’amitié suédoise et le
lyrisme de la duchesse d’Aiguillon.—«Deux brigands et une dévote».—Les
gémissements de Marie-Thérèse.—L’irréparable.—Conseils du comte de
Provence.—La révolte de la Dauphine.—La vie à Fontainebleau.—La
«croquante» de Versailles.—Mort de «la grosse duchesse».
Trop longtemps, le duc d’Aiguillon a supporté, à lui seul, devant
l’Histoire la responsabilité du partage de la Pologne. Certes ce fut, sous son
principat, que cette iniquité fut consommée; mais il la subit, comme, cent ans
plus tard, des ministres français signaient, contraints et forcés, le traité qui
arrachait à leur patrie l’Alsace-Lorraine. Aurait-il pu, avec plus de décision et
de fermeté, conjurer la catastrophe? Rien n’est moins certain. Choiseul
n’avait pas surveillé d’assez près la coalition qui se formait dans le Nord: il
avait trop laissé décliner en ces pays lointains le prestige de la France.
Surpris, il voulut faire face au danger; il lança Dumouriez comme un brûlot;
mais il était trop tard. N’eût-il pas été atteint par la disgrâce, que tout son brio
de diplomate, toute sa vigueur d’homme d’État auraient échoué devant
l’irréparable.
Le duc de Broglie le reconnaît dans son Secret du roi, de même qu’il y fait
le procès en règle de d’Aiguillon, qu’il accuse presque d’aveuglement et
d’imbécillité. Il est vrai qu’il est un peu juge et partie dans l’affaire: car il
semble sous-entendre qu’un de ses ancêtres, le comte de Broglie, aurait pu
sauver la situation, s’il avait été appelé alors au secrétariat des affaires
étrangères.
Le comte de Broglie était le principal agent, très perspicace, il faut le
reconnaître, de la politique secrète, que menait, à l’insu du cabinet de
Versailles, le roi Louis XV, ce prince déconcertant, qui paraissait indifférent
aux tractations de ses ministres, alors qu’il en contrecarrait la plupart du
temps la stratégie diplomatique par des instructions données à des acteurs
restant dans la coulisse[240]. Aussitôt Choiseul disgracié, le comte de Broglie
s’était mis sur les rangs pour lui succéder[241]: il était cependant un des bons
amis de d’Aiguillon; mais le roi, estimant sans doute le mystérieux concours
Le partage de la Pologne et ses responsabilités.—Ambitions du comte de
Broglie.—Le cardinal de Rohan nommé ambassadeur à Vienne.—Tactique
autrichienne: condescendance de la Dauphine.—L’amitié suédoise et le
lyrisme de la duchesse d’Aiguillon.—«Deux brigands et une dévote».—Les
gémissements de Marie-Thérèse.—L’irréparable.—Conseils du comte de
Provence.—La révolte de la Dauphine.—La vie à Fontainebleau.—La
«croquante» de Versailles.—Mort de «la grosse duchesse».
Trop longtemps, le duc d’Aiguillon a supporté, à lui seul, devant
l’Histoire la responsabilité du partage de la Pologne. Certes ce fut, sous son
principat, que cette iniquité fut consommée; mais il la subit, comme, cent ans
plus tard, des ministres français signaient, contraints et forcés, le traité qui
arrachait à leur patrie l’Alsace-Lorraine. Aurait-il pu, avec plus de décision et
de fermeté, conjurer la catastrophe? Rien n’est moins certain. Choiseul
n’avait pas surveillé d’assez près la coalition qui se formait dans le Nord: il
avait trop laissé décliner en ces pays lointains le prestige de la France.
Surpris, il voulut faire face au danger; il lança Dumouriez comme un brûlot;
mais il était trop tard. N’eût-il pas été atteint par la disgrâce, que tout son brio
de diplomate, toute sa vigueur d’homme d’État auraient échoué devant
l’irréparable.
Le duc de Broglie le reconnaît dans son Secret du roi, de même qu’il y fait
le procès en règle de d’Aiguillon, qu’il accuse presque d’aveuglement et
d’imbécillité. Il est vrai qu’il est un peu juge et partie dans l’affaire: car il
semble sous-entendre qu’un de ses ancêtres, le comte de Broglie, aurait pu
sauver la situation, s’il avait été appelé alors au secrétariat des affaires
étrangères.
Le comte de Broglie était le principal agent, très perspicace, il faut le
reconnaître, de la politique secrète, que menait, à l’insu du cabinet de
Versailles, le roi Louis XV, ce prince déconcertant, qui paraissait indifférent
aux tractations de ses ministres, alors qu’il en contrecarrait la plupart du
temps la stratégie diplomatique par des instructions données à des acteurs
restant dans la coulisse[240]. Aussitôt Choiseul disgracié, le comte de Broglie
s’était mis sur les rangs pour lui succéder[241]: il était cependant un des bons
amis de d’Aiguillon; mais le roi, estimant sans doute le mystérieux concours
Page 110
du comte trop précieux pour s’en priver, avait fait la sourde oreille. Broglie,
lassé d’une besogne sans gloire et sans profit, se retourna vers d’Aiguillon,
dès qu’il le sut pourvu du ministère et lui écrivit, le 8 juin 1771, pour postuler
l’ambassade de Vienne. Mais le successeur de Choiseul, dit amèrement le duc
de Broglie, «n’y voulait avoir un ambassadeur qui comprît une ligne
politique et fût en état de la suivre, pour la raison très simple que n’ayant lui
aucune politique, il ne pouvait lui plaire qu’un autre en eût à sa place[242]».
Peut-être aussi avait-il appris par son alliée, Mᵐᵉ Du Barry, les compétitions
d’un ami dont il ignorait encore le rôle auprès de Louis XV.
Assurément, le poste, alors vacant, de Vienne exigeait un diplomate avisé,
actif et très ferme, sans cesser un instant d’être souple et conciliant. Le
ministre qui remplissait alors par intérim ces fonctions, M. Durand, était un
homme de réelle valeur, mais il n’était pas né. D’Aiguillon eut donc la
malencontreuse idée d’envoyer à Vienne le cardinal de Rohan, un très grand
seigneur, mais le personnage le moins propre à s’acquitter avec succès de la
délicate mission qui lui était confiée. Ce prélat bellâtre, infatué de son nom et
de son titre, était étourdi, frivole, dissipé, libertin, fastueux jusqu’à la plus
folle prodigalité, incapable de la moindre direction politique et dépourvu de
tout scrupule. D’Aiguillon, en le nommant, s’était attiré les bonnes grâces de
la puissante maison de Rohan, du prince de Soubise et de la comtesse de
Marsan; mais pouvait-il ignorer combien ce choix était déplorable, étant
donnés le caractère et les principes de Marie-Thérèse, cette impératrice qui
avait une si haute idée de ses devoirs comme souveraine et que la dignité de
sa vie avait toujours imposée au respect de l’Europe?
A vrai dire, cette rigidité de mœurs n’excluait, ni les calculs ambitieux qui
ont le pressentiment des annexions futures, ni les accommodements de
conscience qu’expliquent, qu’excusent au besoin les intérêts supérieurs de
l’État.
Ceux-ci, néanmoins, n’exigeaient-ils pas qu’en présence d’un nouveau
ministre, évidemment prévenu contre la politique de son prédécesseur, son
plus mortel ennemi, on lui prodiguât toutes les promesses, on lui consentît
toutes les concessions susceptibles d’endormir sa défiance?
Tactique, en vérité bien superflue, que révèlent les réponses de Mercy aux
instructions précises de sa souveraine! Car notre secrétariat des affaires
étrangères ne savait pas appuyer sa conception d’une Pologne intangible et
libre, d’un ultimatum inflexible; et d’autre part, Louis XV ne se désintéressait
que trop de ses devoirs de roi.
lassé d’une besogne sans gloire et sans profit, se retourna vers d’Aiguillon,
dès qu’il le sut pourvu du ministère et lui écrivit, le 8 juin 1771, pour postuler
l’ambassade de Vienne. Mais le successeur de Choiseul, dit amèrement le duc
de Broglie, «n’y voulait avoir un ambassadeur qui comprît une ligne
politique et fût en état de la suivre, pour la raison très simple que n’ayant lui
aucune politique, il ne pouvait lui plaire qu’un autre en eût à sa place[242]».
Peut-être aussi avait-il appris par son alliée, Mᵐᵉ Du Barry, les compétitions
d’un ami dont il ignorait encore le rôle auprès de Louis XV.
Assurément, le poste, alors vacant, de Vienne exigeait un diplomate avisé,
actif et très ferme, sans cesser un instant d’être souple et conciliant. Le
ministre qui remplissait alors par intérim ces fonctions, M. Durand, était un
homme de réelle valeur, mais il n’était pas né. D’Aiguillon eut donc la
malencontreuse idée d’envoyer à Vienne le cardinal de Rohan, un très grand
seigneur, mais le personnage le moins propre à s’acquitter avec succès de la
délicate mission qui lui était confiée. Ce prélat bellâtre, infatué de son nom et
de son titre, était étourdi, frivole, dissipé, libertin, fastueux jusqu’à la plus
folle prodigalité, incapable de la moindre direction politique et dépourvu de
tout scrupule. D’Aiguillon, en le nommant, s’était attiré les bonnes grâces de
la puissante maison de Rohan, du prince de Soubise et de la comtesse de
Marsan; mais pouvait-il ignorer combien ce choix était déplorable, étant
donnés le caractère et les principes de Marie-Thérèse, cette impératrice qui
avait une si haute idée de ses devoirs comme souveraine et que la dignité de
sa vie avait toujours imposée au respect de l’Europe?
A vrai dire, cette rigidité de mœurs n’excluait, ni les calculs ambitieux qui
ont le pressentiment des annexions futures, ni les accommodements de
conscience qu’expliquent, qu’excusent au besoin les intérêts supérieurs de
l’État.
Ceux-ci, néanmoins, n’exigeaient-ils pas qu’en présence d’un nouveau
ministre, évidemment prévenu contre la politique de son prédécesseur, son
plus mortel ennemi, on lui prodiguât toutes les promesses, on lui consentît
toutes les concessions susceptibles d’endormir sa défiance?
Tactique, en vérité bien superflue, que révèlent les réponses de Mercy aux
instructions précises de sa souveraine! Car notre secrétariat des affaires
étrangères ne savait pas appuyer sa conception d’une Pologne intangible et
libre, d’un ultimatum inflexible; et d’autre part, Louis XV ne se désintéressait
que trop de ses devoirs de roi.
Page 111
Mais un revirement était possible. Et c’était pour s’assurer une neutralité
bienveillante, autant que pour maintenir l’alliance des deux pays, que Marie-
Thérèse d’abord, puis son ambassadeur, s’efforçaient d’amener la Dauphine à
montrer moins d’hostilité contre Mᵐᵉ Du Barry et contre le duc d’Aiguillon.
Mercy n’en prisait pas mieux celui-ci qu’il appelait «ministre médiocre à
petites ruses et manœuvres sourdes». Mais il se faisait fort d’y porter remède,
si Mᵐᵉ l’archiduchesse «moins légère et moins obstinée» dans sa conduite
envers Mᵐᵉ Du Barry «lui donnait un peu de jeu[243]». Les instances de
Mercy auprès de Marie-Antoinette finirent par obtenir gain de cause. Le 1ᵉʳ
janvier 1772, quand Mᵐᵉ Du Barry, accompagnée de la maréchale de
Mirepoix et de Mᵐᵉ d’Aiguillon, se présenta chez la Dauphine, celle-ci dit à
la duchesse, en regardant la favorite: «Il y a bien du monde aujourd’hui[244]».
Et chacun, dans l’entourage du premier ministre, de célébrer la grâce,
l’aménité, la modération de la jeune princesse. En vérité, on se contentait de
peu. Par contre, la coterie de Mesdames était indignée; et les filles du roi
firent grise mine à leur nièce.
Cependant, malgré ses tâtonnements, ses incertitudes, son désir de ne
déplaire à personne, d’Aiguillon avait encore un certain respect des
traditions. Il ne pouvait oublier par quelle ligne de conduite son illustre
ancêtre, le cardinal de Richelieu, avait assuré la prépondérance européenne
de la France et rendu son propre nom immortel. Il était, par exemple, telles
amitiés séculaires qu’il fallait pieusement conserver, tel engagement sacré
qu’il importait de tenir. La Suède attendait les subsides, promis, de la grande
nation, dont elle défendait les intérêts politiques dans le Nord.
Mais, hélas! le trésor de la France était vide. Creutz, l’adroit ministre de
Suède à Versailles, écrivit alors au roi Gustave d’envoyer à Louis XV «une
lettre touchante, une très flatteuse à Mᵐᵉ Du Barry et une pleine de confiance
et d’amitié à M. d’Aiguillon[245]». En dépit de Mᵐᵉ d’Egmont, qui ne voulait
donner son portrait au roi de Suède que si le jeune souverain s’engageait à ne
pas réclamer celui de la comtesse Du Barry, Gustave suivit le conseil de son
ministre et reçut les subsides. D’Aiguillon continua cet accord amical; et le
coup d’état du 19 août 1772, qui libéra le roi de Suède du joug de sa
turbulente noblesse, et qu’avaient si bien préparé les conseils de Vergennes,
le représentant de la France, fut presque un triomphe pour d’Aiguillon. Aussi
la duchesse, chez qui nous avons déjà signalé la préoccupation constante de
l’honneur du nom, écrivait-elle, sur le mode lyrique, elle d’ordinaire si
simple de ton et si naturelle d’allure:
bienveillante, autant que pour maintenir l’alliance des deux pays, que Marie-
Thérèse d’abord, puis son ambassadeur, s’efforçaient d’amener la Dauphine à
montrer moins d’hostilité contre Mᵐᵉ Du Barry et contre le duc d’Aiguillon.
Mercy n’en prisait pas mieux celui-ci qu’il appelait «ministre médiocre à
petites ruses et manœuvres sourdes». Mais il se faisait fort d’y porter remède,
si Mᵐᵉ l’archiduchesse «moins légère et moins obstinée» dans sa conduite
envers Mᵐᵉ Du Barry «lui donnait un peu de jeu[243]». Les instances de
Mercy auprès de Marie-Antoinette finirent par obtenir gain de cause. Le 1ᵉʳ
janvier 1772, quand Mᵐᵉ Du Barry, accompagnée de la maréchale de
Mirepoix et de Mᵐᵉ d’Aiguillon, se présenta chez la Dauphine, celle-ci dit à
la duchesse, en regardant la favorite: «Il y a bien du monde aujourd’hui[244]».
Et chacun, dans l’entourage du premier ministre, de célébrer la grâce,
l’aménité, la modération de la jeune princesse. En vérité, on se contentait de
peu. Par contre, la coterie de Mesdames était indignée; et les filles du roi
firent grise mine à leur nièce.
Cependant, malgré ses tâtonnements, ses incertitudes, son désir de ne
déplaire à personne, d’Aiguillon avait encore un certain respect des
traditions. Il ne pouvait oublier par quelle ligne de conduite son illustre
ancêtre, le cardinal de Richelieu, avait assuré la prépondérance européenne
de la France et rendu son propre nom immortel. Il était, par exemple, telles
amitiés séculaires qu’il fallait pieusement conserver, tel engagement sacré
qu’il importait de tenir. La Suède attendait les subsides, promis, de la grande
nation, dont elle défendait les intérêts politiques dans le Nord.
Mais, hélas! le trésor de la France était vide. Creutz, l’adroit ministre de
Suède à Versailles, écrivit alors au roi Gustave d’envoyer à Louis XV «une
lettre touchante, une très flatteuse à Mᵐᵉ Du Barry et une pleine de confiance
et d’amitié à M. d’Aiguillon[245]». En dépit de Mᵐᵉ d’Egmont, qui ne voulait
donner son portrait au roi de Suède que si le jeune souverain s’engageait à ne
pas réclamer celui de la comtesse Du Barry, Gustave suivit le conseil de son
ministre et reçut les subsides. D’Aiguillon continua cet accord amical; et le
coup d’état du 19 août 1772, qui libéra le roi de Suède du joug de sa
turbulente noblesse, et qu’avaient si bien préparé les conseils de Vergennes,
le représentant de la France, fut presque un triomphe pour d’Aiguillon. Aussi
la duchesse, chez qui nous avons déjà signalé la préoccupation constante de
l’honneur du nom, écrivait-elle, sur le mode lyrique, elle d’ordinaire si
simple de ton et si naturelle d’allure:
Page 112
«... Je ne vous manderai aucunes nouvelles d’ici: celle de Suède les a
toutes absorbées: je ne doute pas du plaisir qu’elle y a fait. Votre amitié vous
fait partager tout ce qui est à la gloire de M. d’Aiguillon. Il est vrai que le
nom de Gustave et celui de Richelieu ne peuvent se séparer pour les grandes
choses. Il est plaisant que la France n’ait bien secondé la Suède que sous le
règne d’un Gustave et le ministère d’un Richelieu[246].»
Par contre, Mᵐᵉ d’Aiguillon ne parle jamais de la gloire de son époux en
Pologne.
Celui-ci, vers la fin de 1771, soit qu’il fût hanté des souvenirs de la
politique d’antan, soit qu’il voulût répondre aux «cajoleries» de Frédéric,
s’était avisé de lui faire connaître «les pourparlers qui lui étaient offerts du
côté de Vienne et de Saint-Pétersbourg». Et, naturellement, le roi de Prusse
ne l’avait pas laissé ignorer à Marie-Thérèse. Mais, quand Mercy, quelque
peu interloqué, vint demander au ministre si ce fait était réel, d’Aiguillon en
convint très volontiers, et, par réciprocité, s’empressa de montrer à
l’ambassadeur sa correspondance avec Frédéric, qui le priait «de ne pas
s’opposer à la prise de possession de Dantzick[247]».
Louis XV expliquait ainsi cette double indiscrétion au comte de Broglie:
«C’est pour marquer toute notre confiance à la Cour de Vienne que M.
d’Aiguillon a communiqué la lettre de Prusse à M. de Mercy et pour juger si
elle ne voudrait pas avoir sa part du gâteau, comme il y a tout lieu de le
croire[248]».
En tout cas, au point de vue des usages diplomatiques, le procédé n’était
pas banal. Certes, il justifie l’irritation hargneuse de Mercy, dans sa dépêche
du 23 janvier à Kaunitz; il exprime le très vif désir de trouver «le moyen de
retirer Mᵐᵉ Du Barry de la dépendance de M. d’Aiguillon» pour être
débarrassé au plus tôt de «cet homme faux, vindicatif et méchant».
Mais, en somme, cette... franchise, qui était presque une pantalonnade,
n’apprenait rien aux puissances intéressées, puisque, d’après la
correspondance de Frédéric, bien avant le départ de Rohan pour Vienne, le
projet de partage de la Pologne était arrêté entre la Russie et la Prusse, avec
le consentement tacite de l’Autriche[249]. On comprend donc le mot de Louis
XV, déjà renseigné par de Broglie sur cet accord, ainsi que le sera
d’Aiguillon, le 12 février, par Gaulard de Saudray, chargé d’affaires à
Berlin[250]. Aussi, avons-nous peine à croire qu’à la même époque Mercy-
Argenteau ait tenté, avec beaucoup de mystère toutefois, mais sans succès,
une démarche auprès du successeur de Choiseul, pour donner plus de
toutes absorbées: je ne doute pas du plaisir qu’elle y a fait. Votre amitié vous
fait partager tout ce qui est à la gloire de M. d’Aiguillon. Il est vrai que le
nom de Gustave et celui de Richelieu ne peuvent se séparer pour les grandes
choses. Il est plaisant que la France n’ait bien secondé la Suède que sous le
règne d’un Gustave et le ministère d’un Richelieu[246].»
Par contre, Mᵐᵉ d’Aiguillon ne parle jamais de la gloire de son époux en
Pologne.
Celui-ci, vers la fin de 1771, soit qu’il fût hanté des souvenirs de la
politique d’antan, soit qu’il voulût répondre aux «cajoleries» de Frédéric,
s’était avisé de lui faire connaître «les pourparlers qui lui étaient offerts du
côté de Vienne et de Saint-Pétersbourg». Et, naturellement, le roi de Prusse
ne l’avait pas laissé ignorer à Marie-Thérèse. Mais, quand Mercy, quelque
peu interloqué, vint demander au ministre si ce fait était réel, d’Aiguillon en
convint très volontiers, et, par réciprocité, s’empressa de montrer à
l’ambassadeur sa correspondance avec Frédéric, qui le priait «de ne pas
s’opposer à la prise de possession de Dantzick[247]».
Louis XV expliquait ainsi cette double indiscrétion au comte de Broglie:
«C’est pour marquer toute notre confiance à la Cour de Vienne que M.
d’Aiguillon a communiqué la lettre de Prusse à M. de Mercy et pour juger si
elle ne voudrait pas avoir sa part du gâteau, comme il y a tout lieu de le
croire[248]».
En tout cas, au point de vue des usages diplomatiques, le procédé n’était
pas banal. Certes, il justifie l’irritation hargneuse de Mercy, dans sa dépêche
du 23 janvier à Kaunitz; il exprime le très vif désir de trouver «le moyen de
retirer Mᵐᵉ Du Barry de la dépendance de M. d’Aiguillon» pour être
débarrassé au plus tôt de «cet homme faux, vindicatif et méchant».
Mais, en somme, cette... franchise, qui était presque une pantalonnade,
n’apprenait rien aux puissances intéressées, puisque, d’après la
correspondance de Frédéric, bien avant le départ de Rohan pour Vienne, le
projet de partage de la Pologne était arrêté entre la Russie et la Prusse, avec
le consentement tacite de l’Autriche[249]. On comprend donc le mot de Louis
XV, déjà renseigné par de Broglie sur cet accord, ainsi que le sera
d’Aiguillon, le 12 février, par Gaulard de Saudray, chargé d’affaires à
Berlin[250]. Aussi, avons-nous peine à croire qu’à la même époque Mercy-
Argenteau ait tenté, avec beaucoup de mystère toutefois, mais sans succès,
une démarche auprès du successeur de Choiseul, pour donner plus de
Page 113
cohésion à l’alliance austro-française et empêcher ainsi le partage de la
Pologne, «marché qui révoltait la conscience de Marie-Thérèse et fut le
remords de sa vie[251]». A quoi bon resserrer les liens de l’alliance, puisque
d’Aiguillon avait écrit, le 6 février, à Rohan: «le roi n’a contracté qu’une
obligation formelle, celle de secourir la Maison d’Autriche si elle est attaquée
dans ses possessions[252]»? Et de l’avis même de M. de Broglie, grand
admirateur de Marie-Thérèse, l’impératrice-reine, qui occupait déjà une
partie de la Pologne, espérait bien continuer et «finir» la conversation sur la
base de l’uti possidetis. Ces scrupules, un peu tardifs et si atténués, de Marie-
Thérèse, mettaient en joie son cynique voisin de Potsdam. Il en écrivait à
d’Alembert qu’il savait un écho complaisant: «L’impératrice Catherine et
moi sommes deux brigands; mais cette dévote d’impératrice-reine, comment
a-t-elle arrangé cela avec son confesseur?»
Marie-Thérèse avait donc, par grâce d’Etat, la conscience absolument
tranquille; et la correspondance de Mercy-Argenteau le démontre de reste,
comme elle nous fait assister aux tergiversations, aux inquiétudes et surtout à
la veulerie de ce malheureux d’Aiguillon, qui pressentait l’imminente
catastrophe, mais ne savait l’enrayer: tout au plus risquait-il une épigramme
pour prouver qu’il n’était pas dupe de la comédie.
«M. d’Aiguillon traite les affaires sans énergie, sans nerf et sans vues: son
génie le porte à employer des petits moyens de fausseté...[253]»
Mercy note en même temps les intrigues de Cour qui se nouent autour des
deux antagonistes, le ministre des affaires étrangères et le chancelier
Maupeou. Le roi les estime peu et ne semble guère disposé à intervenir dans
la lutte[254].
Déjà l’ambassadeur d’Autriche avait signalé, dans sa lettre du 23 janvier à
Kaunitz, la «guerre très rude» que préparait le chancelier[255] au ministre
«généralement haï» et dont «le despotisme» commençait à fatiguer la
favorite.
Cependant, le bruit s’est répandu en France de l’accord conclu entre les
trois puissances. D’Aiguillon veut parler haut et ferme à Mercy; mais il est
bien obligé de baisser de ton: l’argent manque, la France est discréditée et
l’Angleterre lui refuse son concours[256]. Il n’en écrit pas moins à Rohan le 5
mai, après avoir reçu les dépêches de Kaunitz et de Marie-Thérèse,
transmises par l’ambassadeur que, la Cour de Vienne gémissant sur la triste
nécessité où elle se voyait réduite de donner les mains à l’arrangement
prusso-russe, le roi ne pourrait sans doute que gémir avec elle[257].
Pologne, «marché qui révoltait la conscience de Marie-Thérèse et fut le
remords de sa vie[251]». A quoi bon resserrer les liens de l’alliance, puisque
d’Aiguillon avait écrit, le 6 février, à Rohan: «le roi n’a contracté qu’une
obligation formelle, celle de secourir la Maison d’Autriche si elle est attaquée
dans ses possessions[252]»? Et de l’avis même de M. de Broglie, grand
admirateur de Marie-Thérèse, l’impératrice-reine, qui occupait déjà une
partie de la Pologne, espérait bien continuer et «finir» la conversation sur la
base de l’uti possidetis. Ces scrupules, un peu tardifs et si atténués, de Marie-
Thérèse, mettaient en joie son cynique voisin de Potsdam. Il en écrivait à
d’Alembert qu’il savait un écho complaisant: «L’impératrice Catherine et
moi sommes deux brigands; mais cette dévote d’impératrice-reine, comment
a-t-elle arrangé cela avec son confesseur?»
Marie-Thérèse avait donc, par grâce d’Etat, la conscience absolument
tranquille; et la correspondance de Mercy-Argenteau le démontre de reste,
comme elle nous fait assister aux tergiversations, aux inquiétudes et surtout à
la veulerie de ce malheureux d’Aiguillon, qui pressentait l’imminente
catastrophe, mais ne savait l’enrayer: tout au plus risquait-il une épigramme
pour prouver qu’il n’était pas dupe de la comédie.
«M. d’Aiguillon traite les affaires sans énergie, sans nerf et sans vues: son
génie le porte à employer des petits moyens de fausseté...[253]»
Mercy note en même temps les intrigues de Cour qui se nouent autour des
deux antagonistes, le ministre des affaires étrangères et le chancelier
Maupeou. Le roi les estime peu et ne semble guère disposé à intervenir dans
la lutte[254].
Déjà l’ambassadeur d’Autriche avait signalé, dans sa lettre du 23 janvier à
Kaunitz, la «guerre très rude» que préparait le chancelier[255] au ministre
«généralement haï» et dont «le despotisme» commençait à fatiguer la
favorite.
Cependant, le bruit s’est répandu en France de l’accord conclu entre les
trois puissances. D’Aiguillon veut parler haut et ferme à Mercy; mais il est
bien obligé de baisser de ton: l’argent manque, la France est discréditée et
l’Angleterre lui refuse son concours[256]. Il n’en écrit pas moins à Rohan le 5
mai, après avoir reçu les dépêches de Kaunitz et de Marie-Thérèse,
transmises par l’ambassadeur que, la Cour de Vienne gémissant sur la triste
nécessité où elle se voyait réduite de donner les mains à l’arrangement
prusso-russe, le roi ne pourrait sans doute que gémir avec elle[257].
Page 114
«J’ai lieu de croire, dit Mercy, blessé de ce persiflage, à M. de Kaunitz,
j’ai lieu de croire que vous serez surpris de la médiocrité du langage tenu par
M. d’Aiguillon à cette nouvelle importante. Depuis que M. d’Aiguillon traite
les affaires de l’Etat, sa réputation d’homme d’esprit s’éclipse chaque jour
davantage; je crois que l’on ne doit être en garde que contre sa bonne volonté
qui ne peut même pas produire de grands effets dans la position où tout se
trouve maintenant à la Cour[258].»
D’autre part, d’après l’abbé Georgel[259], secrétaire de Rohan, le cardinal,
que l’évidence obligeait à parler, adressait à son ministre cette fameuse
dépêche qui renforçait le croquis esquissé par d’Aiguillon, en accentuant
d’un trait plus vif la duplicité de l’impératrice: «Elle paraît avoir les larmes à
son commandement; d’une main, elle a le mouchoir pour essuyer ses pleurs,
de l’autre elle manie le glaive des négociations». Toujours au dire de
Georgel, le ministre des affaires étrangères avait eu la coupable indiscrétion
de montrer cette dépêche à Mᵐᵉ Du Barry et la favorite en avait fait des
gorges chaudes dans ses salons, laissant croire qu’elle en était la destinataire.
Le duc de Broglie accepte l’anecdote comme authentique dans son Secret
du Roi. Mais Vatel la déclare controuvée. L’ambassadeur de France se serait
permis une telle inconvenance, que Marie-Thérèse, déjà très mécontente de la
légèreté et des incorrections du cardinal, en eût aussitôt exigé le rappel.
D’ailleurs, la correspondance de Marie-Thérèse et de Mercy-Argenteau ne
fait aucune allusion à cette mystérieuse dépêche, qui, par parenthèse, ne se
trouve pas au dépôt des affaires étrangères. C’est à se demander si celle que
nous avons citée de M. d’Aiguillon sur les «gémissements» de l’impératrice-
reine, n’aurait pas quelque peu stimulé l’imagination, naturellement très vive,
de l’abbé Georgel[260].
Mercy avait surtout pour instruction de bien persuader au ministre français
que l’Autriche resterait en état d’infériorité devant la Prusse et la Russie qui
arrondissaient leur domaine, si elle ne suivait leur exemple... la part du
gâteau dont Louis XV parlait au comte de Broglie! «Le Roi Très Chrétien,
écrit l’ambassadeur, envisage cet objet d’un œil de justice et de
modération...» «Et, concluait-il, il ne restera plus qu’à calmer les effets de
l’amour-propre du duc d’Aiguillon qui est piqué du triste rôle qu’il joue dans
le début de son ministère.» Mais pour le «ramener», il faudrait que lui,
Mercy-Argenteau, pût compter sur l’accueil que la Dauphine, préalablement
«avertie» par sa mère, ferait à la comtesse Du Barry[261].
j’ai lieu de croire que vous serez surpris de la médiocrité du langage tenu par
M. d’Aiguillon à cette nouvelle importante. Depuis que M. d’Aiguillon traite
les affaires de l’Etat, sa réputation d’homme d’esprit s’éclipse chaque jour
davantage; je crois que l’on ne doit être en garde que contre sa bonne volonté
qui ne peut même pas produire de grands effets dans la position où tout se
trouve maintenant à la Cour[258].»
D’autre part, d’après l’abbé Georgel[259], secrétaire de Rohan, le cardinal,
que l’évidence obligeait à parler, adressait à son ministre cette fameuse
dépêche qui renforçait le croquis esquissé par d’Aiguillon, en accentuant
d’un trait plus vif la duplicité de l’impératrice: «Elle paraît avoir les larmes à
son commandement; d’une main, elle a le mouchoir pour essuyer ses pleurs,
de l’autre elle manie le glaive des négociations». Toujours au dire de
Georgel, le ministre des affaires étrangères avait eu la coupable indiscrétion
de montrer cette dépêche à Mᵐᵉ Du Barry et la favorite en avait fait des
gorges chaudes dans ses salons, laissant croire qu’elle en était la destinataire.
Le duc de Broglie accepte l’anecdote comme authentique dans son Secret
du Roi. Mais Vatel la déclare controuvée. L’ambassadeur de France se serait
permis une telle inconvenance, que Marie-Thérèse, déjà très mécontente de la
légèreté et des incorrections du cardinal, en eût aussitôt exigé le rappel.
D’ailleurs, la correspondance de Marie-Thérèse et de Mercy-Argenteau ne
fait aucune allusion à cette mystérieuse dépêche, qui, par parenthèse, ne se
trouve pas au dépôt des affaires étrangères. C’est à se demander si celle que
nous avons citée de M. d’Aiguillon sur les «gémissements» de l’impératrice-
reine, n’aurait pas quelque peu stimulé l’imagination, naturellement très vive,
de l’abbé Georgel[260].
Mercy avait surtout pour instruction de bien persuader au ministre français
que l’Autriche resterait en état d’infériorité devant la Prusse et la Russie qui
arrondissaient leur domaine, si elle ne suivait leur exemple... la part du
gâteau dont Louis XV parlait au comte de Broglie! «Le Roi Très Chrétien,
écrit l’ambassadeur, envisage cet objet d’un œil de justice et de
modération...» «Et, concluait-il, il ne restera plus qu’à calmer les effets de
l’amour-propre du duc d’Aiguillon qui est piqué du triste rôle qu’il joue dans
le début de son ministère.» Mais pour le «ramener», il faudrait que lui,
Mercy-Argenteau, pût compter sur l’accueil que la Dauphine, préalablement
«avertie» par sa mère, ferait à la comtesse Du Barry[261].
Page 115
«L’intérêt personnel, dit encore le diplomate, rend méfiant M.
d’Aiguillon.» Sa «mauvaise volonté» des premiers jours venait de ses
appréhensions. Il craignait que Marie-Thérèse «n’accordât une trop haute
protection à M. de Choiseul». Mais il commence à parler avec un peu plus de
modération sur les affaires de Pologne; et Mercy ne désespère pas d’en avoir
raison, si «Madame la Dauphine veut bien appuyer ses démarches[262]».
De fait, il semble que cette princesse, considérée par Kaunitz «comme un
mauvais payeur dont il faut se contenter de tirer ce que l’on peut[263]», veuille
maintenant en devenir un bon; car, à quelque temps de là, rencontrant
d’Aiguillon chez le roi, elle lui parle fort longuement: «Jamais, confie le
ministre à l’ambassadeur, je n’avais été si bien traité[264]». Un autre jour, Mᵐᵉ
Du Barry s’étant rendue à la messe avec la duchesse d’Aiguillon, la
Dauphine adresse d’abord la parole à la grande dame, puis se tournant vers la
favorite, elle donne un tour si adroit à la conversation que les deux femmes
peuvent se croire également visées par la princesse. Le roi et Mᵐᵉ Du Barry
étaient aux anges[265].
Louis XV, fier de ce succès, encourage sa maîtresse à se présenter chez la
Dauphine; Mercy, à qui d’Aiguillon fait la confidence, approuve la démarche
pour «éviter toute fermentation dans la famille royale»; mais il estime que la
comtesse «devrait se contenter d’être bien reçue deux à trois fois par an[266]».
Entre temps, l’acte diplomatique du 5 août consacre officiellement le
dépeçage hypocrite de la malheureuse Pologne; et d’Aiguillon conserve
l’attitude favorable déjà signalée par Mercy. Mais l’ambassadeur d’Autriche
se tient toujours sur ses gardes. Le caractère du ministre français est trop faux
et trop suspect aux yeux de Mercy, pour qu’on puisse «s’en reposer sur ses
assertions». D’Aiguillon, ne prenant d’autre guide que «sa convenance
personnelle», n’a «ni la force, ni le génie, ni la connaissance des affaires pour
résoudre un système». Toutefois comme Louis XV reste inviolablement
attaché à la politique actuelle, son secrétaire d’État aux affaires étrangères ne
«tentera pas d’entreprises impraticables». Il s’accommodera même très
volontiers de l’alliance autrichienne, dès qu’il pensera y trouver sûreté et
profit, ce que d’ailleurs lui «laisse prévoir» son interlocuteur[267].
L’impératrice partage l’opinion de son représentant sur d’Aiguillon qu’il
surveille de près. Il constate que le Premier tient toujours «un langage très
modéré», quoique «la confection des arrangements relatifs à la Pologne
devienne une nouvelle mortification pour le ministre français; mais le Roi
d’Aiguillon.» Sa «mauvaise volonté» des premiers jours venait de ses
appréhensions. Il craignait que Marie-Thérèse «n’accordât une trop haute
protection à M. de Choiseul». Mais il commence à parler avec un peu plus de
modération sur les affaires de Pologne; et Mercy ne désespère pas d’en avoir
raison, si «Madame la Dauphine veut bien appuyer ses démarches[262]».
De fait, il semble que cette princesse, considérée par Kaunitz «comme un
mauvais payeur dont il faut se contenter de tirer ce que l’on peut[263]», veuille
maintenant en devenir un bon; car, à quelque temps de là, rencontrant
d’Aiguillon chez le roi, elle lui parle fort longuement: «Jamais, confie le
ministre à l’ambassadeur, je n’avais été si bien traité[264]». Un autre jour, Mᵐᵉ
Du Barry s’étant rendue à la messe avec la duchesse d’Aiguillon, la
Dauphine adresse d’abord la parole à la grande dame, puis se tournant vers la
favorite, elle donne un tour si adroit à la conversation que les deux femmes
peuvent se croire également visées par la princesse. Le roi et Mᵐᵉ Du Barry
étaient aux anges[265].
Louis XV, fier de ce succès, encourage sa maîtresse à se présenter chez la
Dauphine; Mercy, à qui d’Aiguillon fait la confidence, approuve la démarche
pour «éviter toute fermentation dans la famille royale»; mais il estime que la
comtesse «devrait se contenter d’être bien reçue deux à trois fois par an[266]».
Entre temps, l’acte diplomatique du 5 août consacre officiellement le
dépeçage hypocrite de la malheureuse Pologne; et d’Aiguillon conserve
l’attitude favorable déjà signalée par Mercy. Mais l’ambassadeur d’Autriche
se tient toujours sur ses gardes. Le caractère du ministre français est trop faux
et trop suspect aux yeux de Mercy, pour qu’on puisse «s’en reposer sur ses
assertions». D’Aiguillon, ne prenant d’autre guide que «sa convenance
personnelle», n’a «ni la force, ni le génie, ni la connaissance des affaires pour
résoudre un système». Toutefois comme Louis XV reste inviolablement
attaché à la politique actuelle, son secrétaire d’État aux affaires étrangères ne
«tentera pas d’entreprises impraticables». Il s’accommodera même très
volontiers de l’alliance autrichienne, dès qu’il pensera y trouver sûreté et
profit, ce que d’ailleurs lui «laisse prévoir» son interlocuteur[267].
L’impératrice partage l’opinion de son représentant sur d’Aiguillon qu’il
surveille de près. Il constate que le Premier tient toujours «un langage très
modéré», quoique «la confection des arrangements relatifs à la Pologne
devienne une nouvelle mortification pour le ministre français; mais le Roi
Page 116
Très Chrétien envisage ces mêmes arrangements avec plus de raison et de
justice[268]».
Ah! le beau bill d’indemnité pour la conscience de Marie-Thérèse! Mais
aussi quel triomphe pour l’adresse de l’ambassadeur!
Il parviendra également à prévenir les tracasseries que peut susciter
d’Aiguillon, si «malhabile» et si discrédité qu’il soit, par ses démarches
auprès de l’Angleterre, de même qu’il compte «barrer» à Madrid, les
«insinuations» du ministre[269].
Or, cet homme qui savait si bien se faire valoir et qui, somme toute,
n’avait eu qu’à enfoncer des portes ouvertes, n’avait pas prévu un incident
susceptible de démolir l’échafaudage de combinaisons qu’il avait si
artificiellement accumulées pour soutenir «l’alliance». Un matin, la
Dauphine lui montre, en lui demandant «le secret absolu», une lettre que
vient de lui adresser le comte de Provence[270]. C’était tout une suite de
conseils, écrits de la main du prince, pour apprendre à sa belle-sœur comment
elle réussirait à se concilier l’amitié du roi, la considération de sa famille, le
dévouement de la Cour et de la Nation. Ils se résumaient ainsi:
1º Dépeindre, au monarque, le duc d’Aiguillon, «ce monstre», sous les
couleurs les plus noires; car c’est à lui qu’il faut imputer la discorde où se
débat la famille royale; il n’est pas question toutefois de la liaison du ministre
avec la favorite.
2º Pour que d’Aiguillon ne puisse inspirer aucune méfiance au roi sur la
correspondance de la Dauphine, cette princesse devra faire lire à Louis XV
les lettres qu’elle envoie et qu’elle reçoit.
3º Parler moins souvent en particulier à Mercy.
Mais déjà Marie-Antoinette n’était que trop disposée à suivre ces conseils,
sauf bien entendu le dernier, ou tout au moins à reprendre la liberté de son
attitude envers le duc d’Aiguillon. L’avant-veille de cette confidence, le 12
novembre, à sa toilette, elle avait très nettement demandé à Mercy-Argenteau
s’il y avait «danger de refroidissement entre les deux cours»; puis, sur la
réponse négative de son interlocuteur, elle avait fait une sortie très vive
contre le premier ministre qu’elle «dépeignait au naturel», soit du côté du
caractère, soit du côté des moyens d’agir et des talents[271].
Il semble que l’animosité, jusqu’alors si mal contenue de la Dauphine, se
soit principalement portée sur d’Aiguillon; car, quelques jours auparavant,
Mᵐᵉ Du Barry, survenue au moment du dîner, avec son inséparable
justice[268]».
Ah! le beau bill d’indemnité pour la conscience de Marie-Thérèse! Mais
aussi quel triomphe pour l’adresse de l’ambassadeur!
Il parviendra également à prévenir les tracasseries que peut susciter
d’Aiguillon, si «malhabile» et si discrédité qu’il soit, par ses démarches
auprès de l’Angleterre, de même qu’il compte «barrer» à Madrid, les
«insinuations» du ministre[269].
Or, cet homme qui savait si bien se faire valoir et qui, somme toute,
n’avait eu qu’à enfoncer des portes ouvertes, n’avait pas prévu un incident
susceptible de démolir l’échafaudage de combinaisons qu’il avait si
artificiellement accumulées pour soutenir «l’alliance». Un matin, la
Dauphine lui montre, en lui demandant «le secret absolu», une lettre que
vient de lui adresser le comte de Provence[270]. C’était tout une suite de
conseils, écrits de la main du prince, pour apprendre à sa belle-sœur comment
elle réussirait à se concilier l’amitié du roi, la considération de sa famille, le
dévouement de la Cour et de la Nation. Ils se résumaient ainsi:
1º Dépeindre, au monarque, le duc d’Aiguillon, «ce monstre», sous les
couleurs les plus noires; car c’est à lui qu’il faut imputer la discorde où se
débat la famille royale; il n’est pas question toutefois de la liaison du ministre
avec la favorite.
2º Pour que d’Aiguillon ne puisse inspirer aucune méfiance au roi sur la
correspondance de la Dauphine, cette princesse devra faire lire à Louis XV
les lettres qu’elle envoie et qu’elle reçoit.
3º Parler moins souvent en particulier à Mercy.
Mais déjà Marie-Antoinette n’était que trop disposée à suivre ces conseils,
sauf bien entendu le dernier, ou tout au moins à reprendre la liberté de son
attitude envers le duc d’Aiguillon. L’avant-veille de cette confidence, le 12
novembre, à sa toilette, elle avait très nettement demandé à Mercy-Argenteau
s’il y avait «danger de refroidissement entre les deux cours»; puis, sur la
réponse négative de son interlocuteur, elle avait fait une sortie très vive
contre le premier ministre qu’elle «dépeignait au naturel», soit du côté du
caractère, soit du côté des moyens d’agir et des talents[271].
Il semble que l’animosité, jusqu’alors si mal contenue de la Dauphine, se
soit principalement portée sur d’Aiguillon; car, quelques jours auparavant,
Mᵐᵉ Du Barry, survenue au moment du dîner, avec son inséparable
Page 117
compagne, Mᵐᵉ d’Aiguillon, avait reçu de la princesse cet accueil de
bienveillante indifférence, qui se traduisait, d’ordinaire, par une appréciation
banale sur les variations climatériques de la saison.
Évidemment la boutade de Marie-Antoinette, l’intervention inattendue de
son beau-frère durent faire trembler Mercy; mais il en fut quitte pour la peur;
car nous ne voyons pas que cette double manifestation d’hostilité ait aggravé
la situation. La correspondance de l’ambassadeur jusqu’aux premiers mois de
1773 ne s’occupe guère que du cardinal de Rohan. Les entrevues de Mercy
avec d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du Barry établissent que l’étourdi et présomptueux
prélat eût été volontiers sacrifié au mécontentement, chaque jour plus intense,
de Marie-Thérèse contre ce «panier percé»[272] (le nom que lui donnait le
ministre), s’il n’eût été de la dernière imprudence de froisser le maréchal de
Soubise et la comtesse de Marsan, grands partisans du chancelier Maupeou.
Pendant la marche ascensionnelle, quoique peu triomphale, de son époux,
Mᵐᵉ d’Aiguillon, cette victime du devoir, que nous voyons toujours à la
remorque de la Du Barry, attirait peu l’attention sur sa propre personne. Elle
s’effaçait, de la meilleure grâce, devant un maître aussi franchement admiré
que ponctuellement obéi, bien qu’elle goutât peu la fièvre et l’agitation de la
vie des cours. Et cependant comme elle se trouve entraînée dans ce
tourbillon! Elle est occupée, lors du séjour à Fontainebleau, depuis huit
heures du matin jusqu’à une heure après minuit. Et cependant «elle n’a rien
fait et dit des riens». Tout, d’ailleurs, en cette résidence, se trouve «dans
l’ordre accoutumé, on y chasse, on y joue, on s’y promène, car il fait le plus
beau temps du monde... je le sais par ouï-dire, car je n’ai pas mis le nez
dehors[273]».
Mᵐᵉ d’Aiguillon continua-t-elle, à Versailles, cette série de dîners
magnifiques que son mari jugeait nécessaires à sa gloire, dîners dont elle était
la savante ordonnatrice et qui mettait en si puissant relief le génie du cuisinier
Martin? Présida-t-elle, par exemple, aux apprêts du somptueux festin qui fut
l’objet de cet écho des Mémoires secrets du 13 février 1772[274]?
«On raconte que dernièrement à une fête que donnait le duc d’Aiguillon, il
se trouvait au dessert une croquante figurée représentant les diverses parties
de l’Europe et du globe auxquelles correspond son ministère. Ce seigneur en
offrit à Mᵐᵉ la vicomtesse de Fleury et lui demanda ce qu’elle voulait. Après
les petites simagrées des jolies femmes:
—Eh bien! Monsieur le duc, s’écria-t-elle, donnez-moi la France, je la
croquerai aussi bien qu’une autre.»
bienveillante indifférence, qui se traduisait, d’ordinaire, par une appréciation
banale sur les variations climatériques de la saison.
Évidemment la boutade de Marie-Antoinette, l’intervention inattendue de
son beau-frère durent faire trembler Mercy; mais il en fut quitte pour la peur;
car nous ne voyons pas que cette double manifestation d’hostilité ait aggravé
la situation. La correspondance de l’ambassadeur jusqu’aux premiers mois de
1773 ne s’occupe guère que du cardinal de Rohan. Les entrevues de Mercy
avec d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du Barry établissent que l’étourdi et présomptueux
prélat eût été volontiers sacrifié au mécontentement, chaque jour plus intense,
de Marie-Thérèse contre ce «panier percé»[272] (le nom que lui donnait le
ministre), s’il n’eût été de la dernière imprudence de froisser le maréchal de
Soubise et la comtesse de Marsan, grands partisans du chancelier Maupeou.
Pendant la marche ascensionnelle, quoique peu triomphale, de son époux,
Mᵐᵉ d’Aiguillon, cette victime du devoir, que nous voyons toujours à la
remorque de la Du Barry, attirait peu l’attention sur sa propre personne. Elle
s’effaçait, de la meilleure grâce, devant un maître aussi franchement admiré
que ponctuellement obéi, bien qu’elle goutât peu la fièvre et l’agitation de la
vie des cours. Et cependant comme elle se trouve entraînée dans ce
tourbillon! Elle est occupée, lors du séjour à Fontainebleau, depuis huit
heures du matin jusqu’à une heure après minuit. Et cependant «elle n’a rien
fait et dit des riens». Tout, d’ailleurs, en cette résidence, se trouve «dans
l’ordre accoutumé, on y chasse, on y joue, on s’y promène, car il fait le plus
beau temps du monde... je le sais par ouï-dire, car je n’ai pas mis le nez
dehors[273]».
Mᵐᵉ d’Aiguillon continua-t-elle, à Versailles, cette série de dîners
magnifiques que son mari jugeait nécessaires à sa gloire, dîners dont elle était
la savante ordonnatrice et qui mettait en si puissant relief le génie du cuisinier
Martin? Présida-t-elle, par exemple, aux apprêts du somptueux festin qui fut
l’objet de cet écho des Mémoires secrets du 13 février 1772[274]?
«On raconte que dernièrement à une fête que donnait le duc d’Aiguillon, il
se trouvait au dessert une croquante figurée représentant les diverses parties
de l’Europe et du globe auxquelles correspond son ministère. Ce seigneur en
offrit à Mᵐᵉ la vicomtesse de Fleury et lui demanda ce qu’elle voulait. Après
les petites simagrées des jolies femmes:
—Eh bien! Monsieur le duc, s’écria-t-elle, donnez-moi la France, je la
croquerai aussi bien qu’une autre.»
Page 118
Cette période de réceptions fut interrompue, dans le courant de l’année,
par un deuil dont souffrit cruellement la duchesse d’Aiguillon, et que
ravivait, en toutes circonstances, une sensibilité fort rare à cette époque où la
philosophie sceptique de la bonne compagnie prétendait cuirasser le cœur
humain contre les émotions les plus légitimes.
La «grosse duchesse» était morte subitement, au sortir du bain, d’une
indigestion, prétendent les Mémoires secrets, qui signalent le décès à la date
du 15 juin et font l’oraison funèbre de la défunte sur le ton moqueur dont ils
sont coutumiers:
«Beaucoup d’esprit, très instruite et fort entichée de la philosophie
moderne, c’est-à-dire de matérialisme et d’athéisme.»
Et la maligne gazette rappelait que la douairière était la protectrice attitrée
de l’Encyclopédie et des Encyclopédistes. L’abbé de Prades, auteur d’une
thèse des plus hardies, avait dû à la grosse duchesse un asile et des secours
qui lui avaient permis de se soustraire au fanatisme de ses ennemis.
Nous avons vu précédemment[275] quels regrets Mᵐᵉ d’Aiguillon avait
donnés à la mémoire de sa belle-mère. Six mois après, le souvenir des
bienfaits reçus lui arrachait encore des larmes, alors qu’elle «était allée en
Sorbonne», dans cette église dont les caveaux servaient de sépulture aux
Richelieu[276]. C’était là encore que reposaient les cendres de «ce qu’elle
avait le plus aimé», des enfants qu’elle avait perdus. «Il a fallu tout mon
courage, gémit-elle, pour y être sans qu’il y parût; j’y suis parvenue: il n’y a
eu que mes enfants qui s’en soient aperçus... Plus j’ai souffert et plus j’ai été
aise que M. d’Aiguillon n’ait pas pu y venir. Je craignais ce moment-là pour
lui...[277]»
Joli trait de tendresse conjugale! Attention délicate pour un homme à qui
la seule politique donnât vraisemblablement de l’émotion!
par un deuil dont souffrit cruellement la duchesse d’Aiguillon, et que
ravivait, en toutes circonstances, une sensibilité fort rare à cette époque où la
philosophie sceptique de la bonne compagnie prétendait cuirasser le cœur
humain contre les émotions les plus légitimes.
La «grosse duchesse» était morte subitement, au sortir du bain, d’une
indigestion, prétendent les Mémoires secrets, qui signalent le décès à la date
du 15 juin et font l’oraison funèbre de la défunte sur le ton moqueur dont ils
sont coutumiers:
«Beaucoup d’esprit, très instruite et fort entichée de la philosophie
moderne, c’est-à-dire de matérialisme et d’athéisme.»
Et la maligne gazette rappelait que la douairière était la protectrice attitrée
de l’Encyclopédie et des Encyclopédistes. L’abbé de Prades, auteur d’une
thèse des plus hardies, avait dû à la grosse duchesse un asile et des secours
qui lui avaient permis de se soustraire au fanatisme de ses ennemis.
Nous avons vu précédemment[275] quels regrets Mᵐᵉ d’Aiguillon avait
donnés à la mémoire de sa belle-mère. Six mois après, le souvenir des
bienfaits reçus lui arrachait encore des larmes, alors qu’elle «était allée en
Sorbonne», dans cette église dont les caveaux servaient de sépulture aux
Richelieu[276]. C’était là encore que reposaient les cendres de «ce qu’elle
avait le plus aimé», des enfants qu’elle avait perdus. «Il a fallu tout mon
courage, gémit-elle, pour y être sans qu’il y parût; j’y suis parvenue: il n’y a
eu que mes enfants qui s’en soient aperçus... Plus j’ai souffert et plus j’ai été
aise que M. d’Aiguillon n’ait pas pu y venir. Je craignais ce moment-là pour
lui...[277]»
Joli trait de tendresse conjugale! Attention délicate pour un homme à qui
la seule politique donnât vraisemblablement de l’émotion!
Page 119
XIV
Un mauvais jour de l’an pour Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Conseils de prudence.—Les
galas de d’Aiguillon et de Mᵐᵉ du Barry: «le noir serpent» et l’œuf
d’autruche.—On s’écrase chez Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Bouderies entre le
ministre et la favorite.—«Le mauvais sujet».—Confidences de Mˡˡᵉ Chon:
Mercy-Argenteau serait-il berné?—L’intrigue Narbonne.—Réconciliation
des deux alliés.—La contre-police de d’Aiguillon: Dumouriez et consorts
embastillés.—L’exil du comte de Broglie, d’après Mᵐᵉ d’Aiguillon.—
Indiscrétions de Septimanie.—Récriminations de Rohan.—Insuccès
diplomatiques du premier ministre.
L’affaire de la Pologne était moins instante. De ce fait, Marie-Antoinette
crut avoir retrouvé sa liberté d’allures; et le parti d’Aiguillon ne tarda pas à
s’en apercevoir.
Aux réceptions officielles de janvier 1773, Mᵐᵉ Du Barry s’était présentée
chez la Dauphine, accompagnée de ses deux dames, la maréchale de
Mirepoix[278] et la duchesse d’Aiguillon, et, de plus, flanquée de Mˡˡᵉ Chon,
sa belle-sœur. La princesse ne leur dit pas un mot. Seulement, la fine mouche,
pressentant quelque orage, prit les devants, et, dans une lettre qu’elle écrivait,
le 13 janvier, à sa mère: Je crois, insinue-t-elle, que M. d’Aiguillon a voulu
persuader à Mesdames Du Barry qu’elles avaient été mal traitées... J’ai parlé
à tout le monde en général... Mais le ministre ne s’est jamais plaint de moi
pour lui[279].
En tout cas, écrit de son côté Mercy, «je n’en fus pas quitte à si bon
marché vis-à-vis de M. d’Aiguillon, qui me dit, entr’autres choses piquantes,
qu’il semblait que Mᵐᵉ la Dauphine eût le projet de narguer le roi par la façon
dont elle traitait les personnes qu’il affectionnait le plus». A son tour, Mercy
se fâche: il réplique qu’il ne faut pas rejeter «l’odiosité» du conflit sur la
princesse, qui serait en droit de suivre l’exemple de son époux et de ses tantes
à l’égard de la favorite. Il conclut qu’on a lieu d’être «satisfait de la
Dauphine», mais que si elle était forcée de «se révolter», il répéterait au roi
son entretien avec d’Aiguillon. Aussitôt celui-ci de se radoucir, de protester
de «son zèle pour la Dauphine»; mais, «il désirerait qu’elle employât, pour
plaire au roi, toutes les grâces dont la nature l’a douée[280]».
Un mauvais jour de l’an pour Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Conseils de prudence.—Les
galas de d’Aiguillon et de Mᵐᵉ du Barry: «le noir serpent» et l’œuf
d’autruche.—On s’écrase chez Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Bouderies entre le
ministre et la favorite.—«Le mauvais sujet».—Confidences de Mˡˡᵉ Chon:
Mercy-Argenteau serait-il berné?—L’intrigue Narbonne.—Réconciliation
des deux alliés.—La contre-police de d’Aiguillon: Dumouriez et consorts
embastillés.—L’exil du comte de Broglie, d’après Mᵐᵉ d’Aiguillon.—
Indiscrétions de Septimanie.—Récriminations de Rohan.—Insuccès
diplomatiques du premier ministre.
L’affaire de la Pologne était moins instante. De ce fait, Marie-Antoinette
crut avoir retrouvé sa liberté d’allures; et le parti d’Aiguillon ne tarda pas à
s’en apercevoir.
Aux réceptions officielles de janvier 1773, Mᵐᵉ Du Barry s’était présentée
chez la Dauphine, accompagnée de ses deux dames, la maréchale de
Mirepoix[278] et la duchesse d’Aiguillon, et, de plus, flanquée de Mˡˡᵉ Chon,
sa belle-sœur. La princesse ne leur dit pas un mot. Seulement, la fine mouche,
pressentant quelque orage, prit les devants, et, dans une lettre qu’elle écrivait,
le 13 janvier, à sa mère: Je crois, insinue-t-elle, que M. d’Aiguillon a voulu
persuader à Mesdames Du Barry qu’elles avaient été mal traitées... J’ai parlé
à tout le monde en général... Mais le ministre ne s’est jamais plaint de moi
pour lui[279].
En tout cas, écrit de son côté Mercy, «je n’en fus pas quitte à si bon
marché vis-à-vis de M. d’Aiguillon, qui me dit, entr’autres choses piquantes,
qu’il semblait que Mᵐᵉ la Dauphine eût le projet de narguer le roi par la façon
dont elle traitait les personnes qu’il affectionnait le plus». A son tour, Mercy
se fâche: il réplique qu’il ne faut pas rejeter «l’odiosité» du conflit sur la
princesse, qui serait en droit de suivre l’exemple de son époux et de ses tantes
à l’égard de la favorite. Il conclut qu’on a lieu d’être «satisfait de la
Dauphine», mais que si elle était forcée de «se révolter», il répéterait au roi
son entretien avec d’Aiguillon. Aussitôt celui-ci de se radoucir, de protester
de «son zèle pour la Dauphine»; mais, «il désirerait qu’elle employât, pour
plaire au roi, toutes les grâces dont la nature l’a douée[280]».
Page 120
Marie-Thérèse morigène vertement sa fille. Déjà, en souvenir sans doute
des prévenances qu’elle-même avait prodiguées à Mᵐᵉ de Pompadour, elle
avait écrit, le 30 septembre 1771, à Marie-Antoinette: «Vous ne devez
connaître ni voir la Barry d’un autre œil que d’être une dame admise à la
Cour et à la société du roi».
Aujourd’hui elle veut que, «sans affectation», Marie-Antoinette «adresse
quatre à cinq fois par an la parole à la favorite», elle ne «saurait mieux
confondre M. d’Aiguillon[281]».
Mais, en vérité, ce pauvre Mercy a fort à faire avec l’humeur changeante
de son «archiduchesse». La semonce de Marie-Thérèse a-t-elle eu raison de
l’intransigeance de la jeune femme? Celle-ci a-t-elle «réparé» comme elle
l’avait promis à son conseiller intime? Toujours est-il que, quinze jours après
la mercuriale de la mère, la fille «se conduit avec plus de sagesse, de
prudence et de succès que ne semblent le comporter son âge», les ennuis dont
l’accablent ses entours et les «vilaines intrigues» qui l’enveloppent[282].
Deux mois plus tard, le vent a tourné; et voici que notre ambassadeur,
désorienté, explique, la mort dans l’âme, à sa souveraine, tous les efforts
qu’il a tentés, en pure perte, pour rendre un peu de stabilité à un esprit aussi
mobile. Il s’est évertué à lui faire comprendre, s’autorisant en cela de toutes
les règles de la diplomatie, qu’elle ne doit laisser jamais «apercevoir aux gens
qu’elle les a démasqués», attendu qu’elle «doit un jour gouverner ce
royaume[283]».
Toutefois, ces piqûres d’amour-propre étaient loin de décourager ceux
qu’elles blessaient si sûrement. Ils n’en sentaient que mieux la nécessité
d’«affirmer hautement leur ligue», pour nous servir d’un mot de Pidansat de
Mairobert. D’où ces deux fêtes magnifiques que se donnèrent
réciproquement à Versailles les d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du Barry, fêtes que le
chroniqueur décrit avec complaisance, et dans ses Anecdotes, et dans les
Mémoires de Bachaumont[284].
C’était à son hôtel de la place d’Armes, que la femme du ministre avait
reçu, le 18 février, la maîtresse du roi, au milieu d’un cercle de grandes
dames richement parées. Dans les salons aménagés avec un goût exquis, on
avait joué des petites pièces de circonstance, dansé un ballet, qu’avait suivi
un superbe souper; et cette brillante soirée s’était terminée par un bal masqué
d’un entrain extraordinaire. Parmi les divertissements, la Fête villageoise,
due à la plume alerte de l’abbé de Voisenon, l’oncle de Mᵐᵉ Favart, avait été
plus particulièrement applaudie. L’auteur y parlait d’un certain «serpent
des prévenances qu’elle-même avait prodiguées à Mᵐᵉ de Pompadour, elle
avait écrit, le 30 septembre 1771, à Marie-Antoinette: «Vous ne devez
connaître ni voir la Barry d’un autre œil que d’être une dame admise à la
Cour et à la société du roi».
Aujourd’hui elle veut que, «sans affectation», Marie-Antoinette «adresse
quatre à cinq fois par an la parole à la favorite», elle ne «saurait mieux
confondre M. d’Aiguillon[281]».
Mais, en vérité, ce pauvre Mercy a fort à faire avec l’humeur changeante
de son «archiduchesse». La semonce de Marie-Thérèse a-t-elle eu raison de
l’intransigeance de la jeune femme? Celle-ci a-t-elle «réparé» comme elle
l’avait promis à son conseiller intime? Toujours est-il que, quinze jours après
la mercuriale de la mère, la fille «se conduit avec plus de sagesse, de
prudence et de succès que ne semblent le comporter son âge», les ennuis dont
l’accablent ses entours et les «vilaines intrigues» qui l’enveloppent[282].
Deux mois plus tard, le vent a tourné; et voici que notre ambassadeur,
désorienté, explique, la mort dans l’âme, à sa souveraine, tous les efforts
qu’il a tentés, en pure perte, pour rendre un peu de stabilité à un esprit aussi
mobile. Il s’est évertué à lui faire comprendre, s’autorisant en cela de toutes
les règles de la diplomatie, qu’elle ne doit laisser jamais «apercevoir aux gens
qu’elle les a démasqués», attendu qu’elle «doit un jour gouverner ce
royaume[283]».
Toutefois, ces piqûres d’amour-propre étaient loin de décourager ceux
qu’elles blessaient si sûrement. Ils n’en sentaient que mieux la nécessité
d’«affirmer hautement leur ligue», pour nous servir d’un mot de Pidansat de
Mairobert. D’où ces deux fêtes magnifiques que se donnèrent
réciproquement à Versailles les d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du Barry, fêtes que le
chroniqueur décrit avec complaisance, et dans ses Anecdotes, et dans les
Mémoires de Bachaumont[284].
C’était à son hôtel de la place d’Armes, que la femme du ministre avait
reçu, le 18 février, la maîtresse du roi, au milieu d’un cercle de grandes
dames richement parées. Dans les salons aménagés avec un goût exquis, on
avait joué des petites pièces de circonstance, dansé un ballet, qu’avait suivi
un superbe souper; et cette brillante soirée s’était terminée par un bal masqué
d’un entrain extraordinaire. Parmi les divertissements, la Fête villageoise,
due à la plume alerte de l’abbé de Voisenon, l’oncle de Mᵐᵉ Favart, avait été
plus particulièrement applaudie. L’auteur y parlait d’un certain «serpent
Page 121
noir», où le roi, présent à la fête, voulut voir le chancelier Maupeou.
L’application était peut-être exacte. La haine grandissait chaque jour entre les
deux anciens alliés; et la galerie comptait les coups:
«On dit, prétend Mᵐᵉ Du Deffand, que le chancelier chancelle, que le duc
d’Aiguillon aiguillonne... que le combat est un combat à mort. Le ciel en soit
loué, qu’ils périssent tous deux...[285]»
Or, Maupeou saisit, comme le roi, l’allusion, mais trouva la plaisanterie
mauvaise, et la reprocha très âprement à Voisenon qui, l’année précédente,
avait écrit des couplets en son honneur.
La politesse que rendit la comtesse à d’Aiguillon dans un hôtel acheté par
elle à Versailles, était plus encore l’apothéose de la maîtresse du logis,
apothéose à laquelle le spectacle coupé, porté sur le programme, offrait un
cadre complaisant[286]. Un œuf d’autruche occupe le centre du grand salon:
une voix appelle Mᵐᵉ Du Barry dans cette direction; et, dès qu’elle
s’approche, Cupidon sort tout armé de l’œuf. Ce qui signifie qu’un seul
regard de la comtesse fait éclore l’amour. Mais ce «proverbe»—ainsi qu’on
dénommait les allégories mythologiques, alors si fort à la mode—en
comportait un second de sens moins précis ou passible tout au moins de
double sens, car les mauvais plaisants de la Cour pouvaient en appliquer le
mot à d’Aiguillon aussi bien qu’au roi: l’Amour perdait son bandeau,
démonstration évidente de la tendresse «éclairée (!!)» du prince pour la
déesse de ce délicieux palais[287].
La correspondance de Mᵐᵉ d’Aiguillon avec M. de Balleroy ne dit mot de
ces fabuleuses réceptions. D’ailleurs, nous avions déjà remarqué combien
elle est sobre de détails, quand il s’agit de Mᵐᵉ Du Barry. L’impression qui se
dégage d’abord (et nous l’avons également signalée) du compte rendu que la
duchesse croit devoir donner au chevalier de toutes ces fêtes officielles, c’est
son profond dégoût pour la basse adulation des courtisans courant s’aplatir
devant l’idole que, la veille encore, ils salissaient de leurs injures. En effet
dans ce même mois de février 1773, quelle ruée d’appétits serviles aux
sportules ministérielles! La lettre suivante, adressée au prince Henri de
Prusse, en dit plus que de banales déclamations sur une telle frénésie:
«L’empressement de se rendre chez M. le duc d’Aiguillon continue
tellement qu’on se cogne et se serre de tous côtés. Il y a tous les jours autant
de monde qu’il y peut en tenir. On s’appuie l’un sur l’autre en se haussant sur
la pointe du pied pour être aperçu. M. le prince de Tingry, enterré dans la
foule, élève la voix tout à coup en criant:
L’application était peut-être exacte. La haine grandissait chaque jour entre les
deux anciens alliés; et la galerie comptait les coups:
«On dit, prétend Mᵐᵉ Du Deffand, que le chancelier chancelle, que le duc
d’Aiguillon aiguillonne... que le combat est un combat à mort. Le ciel en soit
loué, qu’ils périssent tous deux...[285]»
Or, Maupeou saisit, comme le roi, l’allusion, mais trouva la plaisanterie
mauvaise, et la reprocha très âprement à Voisenon qui, l’année précédente,
avait écrit des couplets en son honneur.
La politesse que rendit la comtesse à d’Aiguillon dans un hôtel acheté par
elle à Versailles, était plus encore l’apothéose de la maîtresse du logis,
apothéose à laquelle le spectacle coupé, porté sur le programme, offrait un
cadre complaisant[286]. Un œuf d’autruche occupe le centre du grand salon:
une voix appelle Mᵐᵉ Du Barry dans cette direction; et, dès qu’elle
s’approche, Cupidon sort tout armé de l’œuf. Ce qui signifie qu’un seul
regard de la comtesse fait éclore l’amour. Mais ce «proverbe»—ainsi qu’on
dénommait les allégories mythologiques, alors si fort à la mode—en
comportait un second de sens moins précis ou passible tout au moins de
double sens, car les mauvais plaisants de la Cour pouvaient en appliquer le
mot à d’Aiguillon aussi bien qu’au roi: l’Amour perdait son bandeau,
démonstration évidente de la tendresse «éclairée (!!)» du prince pour la
déesse de ce délicieux palais[287].
La correspondance de Mᵐᵉ d’Aiguillon avec M. de Balleroy ne dit mot de
ces fabuleuses réceptions. D’ailleurs, nous avions déjà remarqué combien
elle est sobre de détails, quand il s’agit de Mᵐᵉ Du Barry. L’impression qui se
dégage d’abord (et nous l’avons également signalée) du compte rendu que la
duchesse croit devoir donner au chevalier de toutes ces fêtes officielles, c’est
son profond dégoût pour la basse adulation des courtisans courant s’aplatir
devant l’idole que, la veille encore, ils salissaient de leurs injures. En effet
dans ce même mois de février 1773, quelle ruée d’appétits serviles aux
sportules ministérielles! La lettre suivante, adressée au prince Henri de
Prusse, en dit plus que de banales déclamations sur une telle frénésie:
«L’empressement de se rendre chez M. le duc d’Aiguillon continue
tellement qu’on se cogne et se serre de tous côtés. Il y a tous les jours autant
de monde qu’il y peut en tenir. On s’appuie l’un sur l’autre en se haussant sur
la pointe du pied pour être aperçu. M. le prince de Tingry, enterré dans la
foule, élève la voix tout à coup en criant:
Page 122
—Je ne sais si Mᵐᵉ la duchesse m’entrevoit, mais je lui rends mes
hommages bien sincèrement[288].»
Que de palinodies et même sur le degré le plus rapproché du trône! La
Dauphine qui, malgré l’étourderie naturelle à son âge et à son caractère, est
entretenue par son entourage dans un état perpétuel de méfiance, s’inquiète
de la «façon de penser et d’agir» du comte de Provence, l’homme aux petits
papiers[289]. Le voici maintenant en rapports continus, par un commis des
affaires étrangères, avec le «monstre», ainsi qu’il appelait d’Aiguillon dans
ses instructions à sa belle-sœur. Aussi l’ombrageux Mercy-Argenteau,
consulté par Marie-Antoinette, lui conseille-t-il fort sagement, lui qui a peut-
être pénétré le louche et tortueux personnage qu’est déjà le comte de
Provence, «de ne jamais mêler dans ses entretiens avec lui aucune
confidence, ni discussion, sur des matières d’intrigue, ni sur les différentes
personnes qui y sont intéressées[290]».
Dans cette correspondance secrète qu’il entretient avec l’impératrice-reine
et qui, à côté de commérages insignifiants, ouvre souvent sur l’histoire du
temps des horizons inattendus, l’ambassadeur d’Autriche ne définit pas
autrement l’esprit, les vues, les tendances, les projets du comte de Provence;
mais nous ne serions pas surpris si les conférences mystérieuses qui
rapprochaient le frère du roi du premier ministre ne se rattachaient pas à une
nouvelle intrigue où le duc d’Aiguillon, tremblant toujours pour la solidité de
son crédit, s’était embarqué fort inconsidérément.
Depuis quelque temps, il était en froid avec la trop nombreuse et trop
avide parenté de Mᵐᵉ Du Barry. Il s’était très nettement refusé, après l’abbé
Terray,—honnête homme ce jour-là—à payer les dettes de jeu du Roué. Et
Mˡˡᵉ Chon en avait pris de l’humeur, d’autant que sa belle-sœur avait
approuvé la résistance du ministre des affaires étrangères[291]. Mais la
comtesse n’en avait pas moins une absolue confiance dans cette astucieuse
personne qu’était Mˡˡᵉ Chon. Aussi d’Aiguillon, redoutant une rupture
définitive et voulant la prévenir en se créant des titres essentiels à la gratitude
de Mᵐᵉ Du Barry, proposa-t-il à la maîtresse de Louis XV de la «faire rentrer
en grâce auprès de la famille royale». Le comte de Provence était tout
désigné, en raison de l’amitié que lui témoignait Mᵐᵉ Adélaïde, pour favoriser
la combinaison du ministre; et vraisemblablement d’Aiguillon dut le
pressentir à cet égard; mais l’intermédiaire qu’il jugea plus apte encore à le
seconder directement fut la comtesse de Narbonne, dame d’atours de Mᵐᵉ
Adélaïde, fort en faveur auprès de la fille de Louis XV. Et Mercy admire la
hommages bien sincèrement[288].»
Que de palinodies et même sur le degré le plus rapproché du trône! La
Dauphine qui, malgré l’étourderie naturelle à son âge et à son caractère, est
entretenue par son entourage dans un état perpétuel de méfiance, s’inquiète
de la «façon de penser et d’agir» du comte de Provence, l’homme aux petits
papiers[289]. Le voici maintenant en rapports continus, par un commis des
affaires étrangères, avec le «monstre», ainsi qu’il appelait d’Aiguillon dans
ses instructions à sa belle-sœur. Aussi l’ombrageux Mercy-Argenteau,
consulté par Marie-Antoinette, lui conseille-t-il fort sagement, lui qui a peut-
être pénétré le louche et tortueux personnage qu’est déjà le comte de
Provence, «de ne jamais mêler dans ses entretiens avec lui aucune
confidence, ni discussion, sur des matières d’intrigue, ni sur les différentes
personnes qui y sont intéressées[290]».
Dans cette correspondance secrète qu’il entretient avec l’impératrice-reine
et qui, à côté de commérages insignifiants, ouvre souvent sur l’histoire du
temps des horizons inattendus, l’ambassadeur d’Autriche ne définit pas
autrement l’esprit, les vues, les tendances, les projets du comte de Provence;
mais nous ne serions pas surpris si les conférences mystérieuses qui
rapprochaient le frère du roi du premier ministre ne se rattachaient pas à une
nouvelle intrigue où le duc d’Aiguillon, tremblant toujours pour la solidité de
son crédit, s’était embarqué fort inconsidérément.
Depuis quelque temps, il était en froid avec la trop nombreuse et trop
avide parenté de Mᵐᵉ Du Barry. Il s’était très nettement refusé, après l’abbé
Terray,—honnête homme ce jour-là—à payer les dettes de jeu du Roué. Et
Mˡˡᵉ Chon en avait pris de l’humeur, d’autant que sa belle-sœur avait
approuvé la résistance du ministre des affaires étrangères[291]. Mais la
comtesse n’en avait pas moins une absolue confiance dans cette astucieuse
personne qu’était Mˡˡᵉ Chon. Aussi d’Aiguillon, redoutant une rupture
définitive et voulant la prévenir en se créant des titres essentiels à la gratitude
de Mᵐᵉ Du Barry, proposa-t-il à la maîtresse de Louis XV de la «faire rentrer
en grâce auprès de la famille royale». Le comte de Provence était tout
désigné, en raison de l’amitié que lui témoignait Mᵐᵉ Adélaïde, pour favoriser
la combinaison du ministre; et vraisemblablement d’Aiguillon dut le
pressentir à cet égard; mais l’intermédiaire qu’il jugea plus apte encore à le
seconder directement fut la comtesse de Narbonne, dame d’atours de Mᵐᵉ
Adélaïde, fort en faveur auprès de la fille de Louis XV. Et Mercy admire la
Page 123
grandeur d’âme de Mᵐᵉ de Narbonne, gardant si peu rancune à d’Aiguillon
d’avoir voulu la faire chasser jadis du service de la princesse, qu’elle se
dévoue aujourd’hui aux intérêts du premier ministre. Il est vrai que le duc lui
avait promis, en cas de réussite, de l’intéresser[292] dans le renouvellement
des fermes générales et d’attribuer la mairie de Bordeaux à son fils—le futur
et le dernier conseiller de Napoléon. M. d’Aiguillon, s’exclame Mercy,
ignore donc le peu d’influence de Mᵐᵉ Adélaïde, «caractère faible,
inconséquent, léger» sur l’esprit de la Dauphine? Mais l’obligeante Narbonne
entretient par ses mensonges les illusions du ministre. Vain espoir en effet: un
jour Marie-Antoinette, à qui son mentor recommande instamment de «ne
jamais parler de ce qui pourra se dire dans la famille royale sur le compte de
M. d’Aiguillon» lui rapporte un mot très significatif de son mari à Mᵐᵉ
Adélaïde. Cette princesse l’entretenait des pourparlers du ministre; le
Dauphin lui répondit sèchement:
«—Ma tante, je vous conseille de ne point vous mêler dans les intrigues
du duc d’Aiguillon; c’est un mauvais sujet[293].»
«Mᵐᵉ Adélaïde, écrit Mercy-Argenteau, en eut la parole coupée[294].»
Marie-Thérèse s’indigne, à son tour, des «démarches du ministre aussi
déplacées que ses lumières sont bornées». Mais elle est «tranquille», parce
qu’elle voit que son ambassadeur met sa fille en «bon chemin».
Ainsi encouragé, Mercy provoque les confidences de Mˡˡᵉ Chon, devenue
l’ennemie de M. d’Aiguillon. Elle lui dit «tout ce qu’il veut». Elle se gausse
de la présomption de l’homme d’Etat qui prétend «amener à ses vues» la
famille royale par l’intermédiaire de Mᵐᵉ de Narbonne. Et elle a prévenu sa
belle-sœur, (elle le lui répète même devant l’ambassadeur), qu’elle serait «la
dupe» de ce chimérique projet. Lui, Mercy-Argenteau, s’étonne. Mᵐᵉ Du
Barry et M. d’Aiguillon le tourmentèrent jadis pour qu’il combattît
l’influence de Mᵐᵉ Adélaïde sur la Dauphine et pour qu’il inspirât à Marie-
Antoinette une salutaire défiance contre les manœuvres de Mᵐᵉ de Narbonne.
Il réussit. Et voici maintenant qu’on suit «des voies que l’on avait pris tant de
soin à détruire!» La favorite est toute déconcertée et prie le diplomate
étranger de l’aider à sortir d’embarras.
Entre temps Mᵐᵉ Adélaïde, sur le conseil de sa confidente, écrit au roi; et
celui-ci de lui répondre aussitôt, en l’invitant à user de son ascendant sur
l’esprit du Dauphin pour l’engager à se montrer plus sociable, etc... Colère de
la Dauphine, partagée par la famille royale, contre Mᵐᵉ Adélaïde, colère si
peu dissimulée que cette princesse déclare à Mᵐᵉ de Narbonne (et Mercy tient
d’avoir voulu la faire chasser jadis du service de la princesse, qu’elle se
dévoue aujourd’hui aux intérêts du premier ministre. Il est vrai que le duc lui
avait promis, en cas de réussite, de l’intéresser[292] dans le renouvellement
des fermes générales et d’attribuer la mairie de Bordeaux à son fils—le futur
et le dernier conseiller de Napoléon. M. d’Aiguillon, s’exclame Mercy,
ignore donc le peu d’influence de Mᵐᵉ Adélaïde, «caractère faible,
inconséquent, léger» sur l’esprit de la Dauphine? Mais l’obligeante Narbonne
entretient par ses mensonges les illusions du ministre. Vain espoir en effet: un
jour Marie-Antoinette, à qui son mentor recommande instamment de «ne
jamais parler de ce qui pourra se dire dans la famille royale sur le compte de
M. d’Aiguillon» lui rapporte un mot très significatif de son mari à Mᵐᵉ
Adélaïde. Cette princesse l’entretenait des pourparlers du ministre; le
Dauphin lui répondit sèchement:
«—Ma tante, je vous conseille de ne point vous mêler dans les intrigues
du duc d’Aiguillon; c’est un mauvais sujet[293].»
«Mᵐᵉ Adélaïde, écrit Mercy-Argenteau, en eut la parole coupée[294].»
Marie-Thérèse s’indigne, à son tour, des «démarches du ministre aussi
déplacées que ses lumières sont bornées». Mais elle est «tranquille», parce
qu’elle voit que son ambassadeur met sa fille en «bon chemin».
Ainsi encouragé, Mercy provoque les confidences de Mˡˡᵉ Chon, devenue
l’ennemie de M. d’Aiguillon. Elle lui dit «tout ce qu’il veut». Elle se gausse
de la présomption de l’homme d’Etat qui prétend «amener à ses vues» la
famille royale par l’intermédiaire de Mᵐᵉ de Narbonne. Et elle a prévenu sa
belle-sœur, (elle le lui répète même devant l’ambassadeur), qu’elle serait «la
dupe» de ce chimérique projet. Lui, Mercy-Argenteau, s’étonne. Mᵐᵉ Du
Barry et M. d’Aiguillon le tourmentèrent jadis pour qu’il combattît
l’influence de Mᵐᵉ Adélaïde sur la Dauphine et pour qu’il inspirât à Marie-
Antoinette une salutaire défiance contre les manœuvres de Mᵐᵉ de Narbonne.
Il réussit. Et voici maintenant qu’on suit «des voies que l’on avait pris tant de
soin à détruire!» La favorite est toute déconcertée et prie le diplomate
étranger de l’aider à sortir d’embarras.
Entre temps Mᵐᵉ Adélaïde, sur le conseil de sa confidente, écrit au roi; et
celui-ci de lui répondre aussitôt, en l’invitant à user de son ascendant sur
l’esprit du Dauphin pour l’engager à se montrer plus sociable, etc... Colère de
la Dauphine, partagée par la famille royale, contre Mᵐᵉ Adélaïde, colère si
peu dissimulée que cette princesse déclare à Mᵐᵉ de Narbonne (et Mercy tient
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le fait de Marie-Antoinette) que, tout en l’aimant beaucoup, elle «se
brouillerait avec elle,» si cette dame continuait à l’entretenir «d’idées
suggérées par M. d’Aiguillon et par la comtesse Du Barry». A quelques jours
de là, le duc somme l’intermédiaire de remplir sa mission; et Mᵐᵉ de
Narbonne est obligée de reconnaître qu’elle a trop présumé de son crédit. Le
ministre, à la fois irrité et mortifié, la tance de la belle façon: il avait promis à
Louis XV qu’elle emporterait l’affaire haut la main: à elle maintenant de s’en
tirer comme elle pourra[295].
Il faut dire que Mercy tenait de Mˡˡᵉ Chon toute cette histoire qui d’ailleurs
était la fable de Paris[296]. Mais nous ne serions pas autrement surpris que la
malicieuse créature l’eût quelque peu enjolivée, pour se divertir aux dépens
du bonhomme, avec la complicité de Mᵐᵉ Du Barry et de M. d’Aiguillon,
dont l’affection réciproque, un instant ébranlée, s’était mieux que jamais
ressaisie; car un intérêt commun et pressant leur commandait d’être en ce
moment plus unis que jamais.
Le comte de Broglie, toujours fort aigri contre le ministre, n’en continuait
pas moins sa correspondance avec le roi. Il avait fini par lui conseiller de se
chercher, lui aussi, un gâteau. Allait-il se montrer partisan d’une politique à la
Choiseul, politique qu’il avait si durement critiquée[297]? Ce qui n’est pas[298]
douteux, c’est qu’il travaillait à renverser d’Aiguillon, s’il ne pouvait le
supplanter. Même, s’il faut en croire l’Espion dévalisé, atroce pamphlet du
maître des requêtes, Baudoin de Guémadeuc, il avait projeté de «donner à
Mᵐᵉ Du Barry le chevalier de Jaucourt[299]». Le ministre en conçut un très vif
dépit, d’autant que l’officieux de Broglie avait obtenu, grâce à la favorite,
d’être envoyé au-devant de la future comtesse d’Artois, à la place de son
frère le maréchal. Cependant, Dumouriez, qui prétendit plus tard avoir voulu
protester contre l’abandon de la Pologne et l’inanité des promesses faites à la
Suède, Dumouriez, secrètement encouragé par Louis XV, préparait, ou était
censé préparer à Hambourg une expédition, qu’étouffèrent dans l’œuf son
arrestation et celle de Favier, autre agent du comte de Broglie et presque son
oracle.
C’était M. de Creutz, le ministre de Suède, seul admis du corps
diplomatique aux fêtes de M. d’Aiguillon et de la Du Barry[300], qui avait
donné l’éveil à celui-là[301]; c’était encore la maîtresse du roi qui avait révélé
à son ami le secret de son amant[302]. Et d’Aiguillon, pour en saisir les
preuves, d’organiser aussitôt cette contre-police que le baron de Gleichen[303]
considérait, à défaut de tout autre mérite, comme le seul titre de gloire du
brouillerait avec elle,» si cette dame continuait à l’entretenir «d’idées
suggérées par M. d’Aiguillon et par la comtesse Du Barry». A quelques jours
de là, le duc somme l’intermédiaire de remplir sa mission; et Mᵐᵉ de
Narbonne est obligée de reconnaître qu’elle a trop présumé de son crédit. Le
ministre, à la fois irrité et mortifié, la tance de la belle façon: il avait promis à
Louis XV qu’elle emporterait l’affaire haut la main: à elle maintenant de s’en
tirer comme elle pourra[295].
Il faut dire que Mercy tenait de Mˡˡᵉ Chon toute cette histoire qui d’ailleurs
était la fable de Paris[296]. Mais nous ne serions pas autrement surpris que la
malicieuse créature l’eût quelque peu enjolivée, pour se divertir aux dépens
du bonhomme, avec la complicité de Mᵐᵉ Du Barry et de M. d’Aiguillon,
dont l’affection réciproque, un instant ébranlée, s’était mieux que jamais
ressaisie; car un intérêt commun et pressant leur commandait d’être en ce
moment plus unis que jamais.
Le comte de Broglie, toujours fort aigri contre le ministre, n’en continuait
pas moins sa correspondance avec le roi. Il avait fini par lui conseiller de se
chercher, lui aussi, un gâteau. Allait-il se montrer partisan d’une politique à la
Choiseul, politique qu’il avait si durement critiquée[297]? Ce qui n’est pas[298]
douteux, c’est qu’il travaillait à renverser d’Aiguillon, s’il ne pouvait le
supplanter. Même, s’il faut en croire l’Espion dévalisé, atroce pamphlet du
maître des requêtes, Baudoin de Guémadeuc, il avait projeté de «donner à
Mᵐᵉ Du Barry le chevalier de Jaucourt[299]». Le ministre en conçut un très vif
dépit, d’autant que l’officieux de Broglie avait obtenu, grâce à la favorite,
d’être envoyé au-devant de la future comtesse d’Artois, à la place de son
frère le maréchal. Cependant, Dumouriez, qui prétendit plus tard avoir voulu
protester contre l’abandon de la Pologne et l’inanité des promesses faites à la
Suède, Dumouriez, secrètement encouragé par Louis XV, préparait, ou était
censé préparer à Hambourg une expédition, qu’étouffèrent dans l’œuf son
arrestation et celle de Favier, autre agent du comte de Broglie et presque son
oracle.
C’était M. de Creutz, le ministre de Suède, seul admis du corps
diplomatique aux fêtes de M. d’Aiguillon et de la Du Barry[300], qui avait
donné l’éveil à celui-là[301]; c’était encore la maîtresse du roi qui avait révélé
à son ami le secret de son amant[302]. Et d’Aiguillon, pour en saisir les
preuves, d’organiser aussitôt cette contre-police que le baron de Gleichen[303]
considérait, à défaut de tout autre mérite, comme le seul titre de gloire du
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ministre français. Seulement, si d’Aiguillon avait pu intercepter la
correspondance échangée entre Dumouriez et Favier[304], ses agents avaient
négligé de mettre sous les scellés les papiers de Favier; et le secrétaire du
comte de Broglie, Dubois-Martin, s’empressa de les subtiliser. Le premier
ministre, qui jusqu’alors avait mené grand bruit, constatant l’embarras du roi
fort peu soucieux d’expliquer son rôle dans l’affaire, jugea prudent de ne pas
le presser davantage. Au reste Louis XV lui avait fait comprendre l’inutilité
de ces recherches, en mettant sous ses yeux des notes insignifiantes qu’il
tenait du comte de Broglie. Puis il avait nommé une commission chargée
d’enquêter sur les faits et gestes de Dumouriez, Favier et consorts qui avaient
pris le chemin de la Bastille.
Mais Broglie entendait dégager pleinement sa responsabilité de
l’aventure: «Vous me rendrez la justice de croire, écrivait-il à d’Aiguillon,
que je n’ai jamais trempé et ne tremperai jamais dans de pareilles
saloperies[305].» Et il exigeait du ministre son entière justification, pendant
qu’il affirmait au roi: «C’est beaucoup plus à moi qu’au sieur Favier qu’en
veut M. d’Aiguillon.»
Le conflit s’envenima. Les amis du ministre allèrent répandre partout
(c’est la version adoptée par le duc de Broglie) que le comte avait usé du
secret du roi dans son intérêt personnel. Broglie, furieux, d’autant que Louis
XV lui avait amoindri sa mission auprès de la comtesse d’Artois, adressa au
ministre un insolent défi, dont la duchesse d’Aiguillon nous apprend ainsi le
châtiment:
«23 septembre.—Les nouvelles du jour sont l’exil du comte de Broglie
qui est envoyé à Ruffec apprendre à écrire et à parler. On dit beaucoup qu’il a
intrigué avec les gens qui sont à la Bastille. Tout ce que je sais, c’est qu’il en
est très capable et qu’il a écrit à M. d’Aiguillon une lettre dont le style n’a
pas plu au roi et qui lui a valu son exil[306].»
Ce dut être une décision pénible pour Louis XV, qui, tout égoïste qu’il fût,
affectionnait le comte de Broglie[307].
Car il savait pertinemment qu’il sacrifiait en lui un serviteur zélé et qu’il
était lui seul le vrai coupable, puisque, à force de vouloir multiplier sa
correspondance secrète, sans même en prévenir son principal agent, il l’avait
embrouillée au point de la rendre inextricable. D’Aiguillon en avait profité
pour compromettre Broglie auprès de Mercy. Il lui reprochait d’avoir usé du
secret royal pour combattre l’alliance autrichienne (les lettres de Favier
exaltaient la Prusse). L’ambassadeur de Marie-Thérèse, qui avait fait jadis de
correspondance échangée entre Dumouriez et Favier[304], ses agents avaient
négligé de mettre sous les scellés les papiers de Favier; et le secrétaire du
comte de Broglie, Dubois-Martin, s’empressa de les subtiliser. Le premier
ministre, qui jusqu’alors avait mené grand bruit, constatant l’embarras du roi
fort peu soucieux d’expliquer son rôle dans l’affaire, jugea prudent de ne pas
le presser davantage. Au reste Louis XV lui avait fait comprendre l’inutilité
de ces recherches, en mettant sous ses yeux des notes insignifiantes qu’il
tenait du comte de Broglie. Puis il avait nommé une commission chargée
d’enquêter sur les faits et gestes de Dumouriez, Favier et consorts qui avaient
pris le chemin de la Bastille.
Mais Broglie entendait dégager pleinement sa responsabilité de
l’aventure: «Vous me rendrez la justice de croire, écrivait-il à d’Aiguillon,
que je n’ai jamais trempé et ne tremperai jamais dans de pareilles
saloperies[305].» Et il exigeait du ministre son entière justification, pendant
qu’il affirmait au roi: «C’est beaucoup plus à moi qu’au sieur Favier qu’en
veut M. d’Aiguillon.»
Le conflit s’envenima. Les amis du ministre allèrent répandre partout
(c’est la version adoptée par le duc de Broglie) que le comte avait usé du
secret du roi dans son intérêt personnel. Broglie, furieux, d’autant que Louis
XV lui avait amoindri sa mission auprès de la comtesse d’Artois, adressa au
ministre un insolent défi, dont la duchesse d’Aiguillon nous apprend ainsi le
châtiment:
«23 septembre.—Les nouvelles du jour sont l’exil du comte de Broglie
qui est envoyé à Ruffec apprendre à écrire et à parler. On dit beaucoup qu’il a
intrigué avec les gens qui sont à la Bastille. Tout ce que je sais, c’est qu’il en
est très capable et qu’il a écrit à M. d’Aiguillon une lettre dont le style n’a
pas plu au roi et qui lui a valu son exil[306].»
Ce dut être une décision pénible pour Louis XV, qui, tout égoïste qu’il fût,
affectionnait le comte de Broglie[307].
Car il savait pertinemment qu’il sacrifiait en lui un serviteur zélé et qu’il
était lui seul le vrai coupable, puisque, à force de vouloir multiplier sa
correspondance secrète, sans même en prévenir son principal agent, il l’avait
embrouillée au point de la rendre inextricable. D’Aiguillon en avait profité
pour compromettre Broglie auprès de Mercy. Il lui reprochait d’avoir usé du
secret royal pour combattre l’alliance autrichienne (les lettres de Favier
exaltaient la Prusse). L’ambassadeur de Marie-Thérèse, qui avait fait jadis de
Page 126
Broglie le confident de ses inquiétudes[308], s’indigna de ce qu’il appelait une
trahison. L’impératrice-reine et le Dauphin lui donnèrent raison.
Et cependant comme cette disgrâce dérouta toutes les prévisions! Peu de
jours auparavant, le bruit avait couru dans les galeries de Versailles que le
comte de Broglie serait appelé à recueillir la succession de M. d’Aiguillon.
Mercy en avait fait pressentir l’éventualité à l’impératrice; et Marie-Thérèse
lui avait répété à peu près dans les mêmes termes que le 2 août: «M. le duc
d’Aiguillon, tout mauvais sujet qu’il est (le mot du Dauphin) nous convient
mieux, dans les circonstances présentes, que le comte de Broglie[309].»
Le ministre et son amie avaient compris le danger: ils oublièrent leurs
querelles. Mais d’Aiguillon n’en restait pas moins soupçonneux, inquiet,
agacé: car la crainte perpétuelle de se compromettre paralysait ses moyens
d’action. Il se sentait épié par des ennemis puissants et se croyait trahi par ses
plus fidèles auxiliaires. Le cabinet noir dont il usait largement, à l’égal
d’ailleurs des autres ministres européens, lui réservait souvent, à côté
d’indications utiles, d’amères déceptions. C’est ainsi que la correspondance
de Septimanie d’Egmont avec le roi de Suède l’avait désagréablement
surpris. Sa chère cousine ne le ménageait pas et l’accusait formellement
d’avoir abandonné la Pologne pour une misérable question d’écus[310]. Elle
faisait en outre un éloge immodéré de Choiseul. Passe encore, se dit
d’Aiguillon; mais la comtesse d’Egmont transmettait des nouvelles politiques
à Gustave de la part de Creutz! C’était intolérable. Et d’Aiguillon de s’en
expliquer avec l’ambassadeur de Suède. La scène vaut la peine d’être contée.
Le duc avise Creutz dans l’appartement du roi, le serre entre deux portes,
le saisit par un bouton de son habit et l’apostrophe:
—Comment voulez-vous que je réponde des secrets de votre maître,
puisqu’il passe son temps à les écrire aux belles dames de Paris?
—Oh! balbutia le Suédois, des bagatelles!
—Vous les connaissez donc? Et vous en avez parlé à la comtesse
d’Egmont!
Creutz, apeuré, court chez Septimanie et la supplie d’être à l’avenir plus
prudente[311].
D’Aiguillon n’est guère plus heureux avec Rohan. Cet écervelé
ambitionne, lui aussi, la place de premier ministre[312]. Et cependant le duc a
pour lui des trésors d’indulgence. Il ferme les yeux ou accepte la misérable
justification du prélat sur sa piteuse crédulité à Vienne, sur ses fredaines dans
trahison. L’impératrice-reine et le Dauphin lui donnèrent raison.
Et cependant comme cette disgrâce dérouta toutes les prévisions! Peu de
jours auparavant, le bruit avait couru dans les galeries de Versailles que le
comte de Broglie serait appelé à recueillir la succession de M. d’Aiguillon.
Mercy en avait fait pressentir l’éventualité à l’impératrice; et Marie-Thérèse
lui avait répété à peu près dans les mêmes termes que le 2 août: «M. le duc
d’Aiguillon, tout mauvais sujet qu’il est (le mot du Dauphin) nous convient
mieux, dans les circonstances présentes, que le comte de Broglie[309].»
Le ministre et son amie avaient compris le danger: ils oublièrent leurs
querelles. Mais d’Aiguillon n’en restait pas moins soupçonneux, inquiet,
agacé: car la crainte perpétuelle de se compromettre paralysait ses moyens
d’action. Il se sentait épié par des ennemis puissants et se croyait trahi par ses
plus fidèles auxiliaires. Le cabinet noir dont il usait largement, à l’égal
d’ailleurs des autres ministres européens, lui réservait souvent, à côté
d’indications utiles, d’amères déceptions. C’est ainsi que la correspondance
de Septimanie d’Egmont avec le roi de Suède l’avait désagréablement
surpris. Sa chère cousine ne le ménageait pas et l’accusait formellement
d’avoir abandonné la Pologne pour une misérable question d’écus[310]. Elle
faisait en outre un éloge immodéré de Choiseul. Passe encore, se dit
d’Aiguillon; mais la comtesse d’Egmont transmettait des nouvelles politiques
à Gustave de la part de Creutz! C’était intolérable. Et d’Aiguillon de s’en
expliquer avec l’ambassadeur de Suède. La scène vaut la peine d’être contée.
Le duc avise Creutz dans l’appartement du roi, le serre entre deux portes,
le saisit par un bouton de son habit et l’apostrophe:
—Comment voulez-vous que je réponde des secrets de votre maître,
puisqu’il passe son temps à les écrire aux belles dames de Paris?
—Oh! balbutia le Suédois, des bagatelles!
—Vous les connaissez donc? Et vous en avez parlé à la comtesse
d’Egmont!
Creutz, apeuré, court chez Septimanie et la supplie d’être à l’avenir plus
prudente[311].
D’Aiguillon n’est guère plus heureux avec Rohan. Cet écervelé
ambitionne, lui aussi, la place de premier ministre[312]. Et cependant le duc a
pour lui des trésors d’indulgence. Il ferme les yeux ou accepte la misérable
justification du prélat sur sa piteuse crédulité à Vienne, sur ses fredaines dans
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les boudoirs et ses fraudes à la douane. Evidemment l’inconséquence du
prélat rend sa concurrence peu dangereuse; mais son brusque rappel,
impatiemment désiré par Marie-Thérèse, rejetterait les Rohan dans le camp
de Maupeou. Et le cardinal se pose en victime: «On m’a cherché toutes les
chicanes, jusqu’à vouloir éplucher ma comptabilité![313]» Sa famille appuie
ses revendications. Si d’Aiguillon continue à rester neutre, le prince de
Soubise, qui l’accuse de «mauvais vouloir», exigera le retour immédiat de
son parent, et le ministre n’y saurait consentir qu’autant que le prélat
rentrerait en France disgracié[314].
Somme toute, l’année 1773 avait été plutôt mauvaise pour le prestige du
secrétaire d’Etat aux affaires étrangères; et Mercy soulignait malicieusement
les échecs successifs d’une politique s’ajustant trop volontiers à la
nonchalance du maître. La difficulté de «faire rentrer le prince de Parme dans
ses devoirs envers le roi d’Espagne»; l’obstacle apporté par l’Angleterre à
l’armement de Toulon[315]; la probabilité de la paix entre la Turquie et la
Russie laissant à cette dernière puissance les mains libres: autant d’atouts
dans celles de l’Autriche qui devaient rendre son alliance précieuse et
nécessaire pour la France, but impatiemment poursuivi par Marie-Thérèse et
favorable à l’extension de son empire[316].
Il n’était pas jusqu’à la Curie romaine, d’ordinaire dans les meilleurs
termes avec le gouvernement du Roi Très Chrétien, qui ne lui donnât de
l’ennui. C’était surtout depuis l’expulsion des Jésuites. D’Aiguillon qui
passait pour leur ami et qui savait la dévotion de Louis XV si souvent assiégé
par la peur de l’enfer, avait préparé, avec Maupeou, une déclaration rappelant
la congrégation, mais en la mettant sous l’autorité épiscopale. Or, les
partisans des Jésuites étaient trop exclusifs; et le savant ouvrage de M.
Frédéric Masson démontre, de reste, combien les négociations étaient
épineuses[317] et le peu de chances qu’elles avaient d’aboutir.
Aussi s’explique-t-on le jugement, peut-être trop sévère, car il ne tenait
pas assez compte des difficultés de l’heure, que portait Marie-Thérèse, sur le
premier ministre de son «bon frère» le roi de France: «Doué de peu de génie
et de talent et harcelé par les faits, il ne se trouve pas en mesure de nous
susciter des embarras. Notre besogne serait bien plus difficile, si le duc de
Choiseul, si bien intentionné qu’il était, se trouvait encore en place.»
Soit; mais quel bénéfice la France avait-elle tiré de l’alliance
autrichienne?
prélat rend sa concurrence peu dangereuse; mais son brusque rappel,
impatiemment désiré par Marie-Thérèse, rejetterait les Rohan dans le camp
de Maupeou. Et le cardinal se pose en victime: «On m’a cherché toutes les
chicanes, jusqu’à vouloir éplucher ma comptabilité![313]» Sa famille appuie
ses revendications. Si d’Aiguillon continue à rester neutre, le prince de
Soubise, qui l’accuse de «mauvais vouloir», exigera le retour immédiat de
son parent, et le ministre n’y saurait consentir qu’autant que le prélat
rentrerait en France disgracié[314].
Somme toute, l’année 1773 avait été plutôt mauvaise pour le prestige du
secrétaire d’Etat aux affaires étrangères; et Mercy soulignait malicieusement
les échecs successifs d’une politique s’ajustant trop volontiers à la
nonchalance du maître. La difficulté de «faire rentrer le prince de Parme dans
ses devoirs envers le roi d’Espagne»; l’obstacle apporté par l’Angleterre à
l’armement de Toulon[315]; la probabilité de la paix entre la Turquie et la
Russie laissant à cette dernière puissance les mains libres: autant d’atouts
dans celles de l’Autriche qui devaient rendre son alliance précieuse et
nécessaire pour la France, but impatiemment poursuivi par Marie-Thérèse et
favorable à l’extension de son empire[316].
Il n’était pas jusqu’à la Curie romaine, d’ordinaire dans les meilleurs
termes avec le gouvernement du Roi Très Chrétien, qui ne lui donnât de
l’ennui. C’était surtout depuis l’expulsion des Jésuites. D’Aiguillon qui
passait pour leur ami et qui savait la dévotion de Louis XV si souvent assiégé
par la peur de l’enfer, avait préparé, avec Maupeou, une déclaration rappelant
la congrégation, mais en la mettant sous l’autorité épiscopale. Or, les
partisans des Jésuites étaient trop exclusifs; et le savant ouvrage de M.
Frédéric Masson démontre, de reste, combien les négociations étaient
épineuses[317] et le peu de chances qu’elles avaient d’aboutir.
Aussi s’explique-t-on le jugement, peut-être trop sévère, car il ne tenait
pas assez compte des difficultés de l’heure, que portait Marie-Thérèse, sur le
premier ministre de son «bon frère» le roi de France: «Doué de peu de génie
et de talent et harcelé par les faits, il ne se trouve pas en mesure de nous
susciter des embarras. Notre besogne serait bien plus difficile, si le duc de
Choiseul, si bien intentionné qu’il était, se trouvait encore en place.»
Soit; mais quel bénéfice la France avait-elle tiré de l’alliance
autrichienne?
Page 128
XV
Comment d’Aiguillon devint ministre de la guerre.—Louis XV au Conseil.—
Nouvelle attitude de la dauphine.—Projet de rappel de l’ancien Parlement.
—Maladie et mort de Louis XV: départ de Mᵐᵉ Du Barry; les carrosses de
Ruel.—Sérénité de d’Aiguillon.—Nouveaux brocards contre les anciens
favoris.—Maurepas ministre d’Etat sans portefeuille.—Démission,
acceptée, de d’Aiguillon.—Marie-Antoinette veut que le roi l’exile.—La joie
du comte de Broglie et de Maupeou.—Deux portraits de d’Aiguillon.
Le 20 janvier 1774, écrit l’auteur des Mémoires du ministère d’Aiguillon,
le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères était «à l’apogée» de sa fortune. Le
roi avait retiré le département de la guerre à Monteynard, compromis dans
l’aventure de Broglie, pour le confier par interim à d’Aiguillon. La duchesse
conte assez plaisamment ce coup de théâtre:
Ce lundi (sans date).
«Eh bien! Monsieur le chevalier, voilà donc encore votre ami surchargé
d’affaires. Hier, après le Conseil, le roi l’appelle et lui dit: Je vous charge du
département de la guerre, jusqu’à ce que j’aie trouvé quelqu’un qui me
convienne. Je vous avertis que cela est difficile et que j’en trouverai
difficilement. Il lui répondit:
—J’obéis aux volontés de Votre Majesté et je désire vivement qu’elle
trouve quelqu’un à qui remettre ce dépôt.
—Je vous répète que je serai difficile et que de travailler avec vous me le
rendra encore davantage.
Après ce beau discours, il est sorti. Vous jugez les courbettes et les sots
compliments qu’il a reçus. Moi qui quittais le roi, je ne l’ai appris que chez
moi, en rentrant, parce que je suis une bête, car il n’avait cessé de me rire au
nez toute la journée. Simplement j’avais jugé qu’il était de bonne
humeur[318].»
Moreau, dans ses Souvenirs, reproduit à peu près en ces termes le dialogue
du roi et du ministre. Rien de plus naturel: il allait volontiers aux nouvelles
chez le duc, dont il enregistrait ensuite les confidences. Et nous citerons, à cet
égard, l’idée que lui donnait d’Aiguillon de la mentalité royale, les jours de
Comment d’Aiguillon devint ministre de la guerre.—Louis XV au Conseil.—
Nouvelle attitude de la dauphine.—Projet de rappel de l’ancien Parlement.
—Maladie et mort de Louis XV: départ de Mᵐᵉ Du Barry; les carrosses de
Ruel.—Sérénité de d’Aiguillon.—Nouveaux brocards contre les anciens
favoris.—Maurepas ministre d’Etat sans portefeuille.—Démission,
acceptée, de d’Aiguillon.—Marie-Antoinette veut que le roi l’exile.—La joie
du comte de Broglie et de Maupeou.—Deux portraits de d’Aiguillon.
Le 20 janvier 1774, écrit l’auteur des Mémoires du ministère d’Aiguillon,
le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères était «à l’apogée» de sa fortune. Le
roi avait retiré le département de la guerre à Monteynard, compromis dans
l’aventure de Broglie, pour le confier par interim à d’Aiguillon. La duchesse
conte assez plaisamment ce coup de théâtre:
Ce lundi (sans date).
«Eh bien! Monsieur le chevalier, voilà donc encore votre ami surchargé
d’affaires. Hier, après le Conseil, le roi l’appelle et lui dit: Je vous charge du
département de la guerre, jusqu’à ce que j’aie trouvé quelqu’un qui me
convienne. Je vous avertis que cela est difficile et que j’en trouverai
difficilement. Il lui répondit:
—J’obéis aux volontés de Votre Majesté et je désire vivement qu’elle
trouve quelqu’un à qui remettre ce dépôt.
—Je vous répète que je serai difficile et que de travailler avec vous me le
rendra encore davantage.
Après ce beau discours, il est sorti. Vous jugez les courbettes et les sots
compliments qu’il a reçus. Moi qui quittais le roi, je ne l’ai appris que chez
moi, en rentrant, parce que je suis une bête, car il n’avait cessé de me rire au
nez toute la journée. Simplement j’avais jugé qu’il était de bonne
humeur[318].»
Moreau, dans ses Souvenirs, reproduit à peu près en ces termes le dialogue
du roi et du ministre. Rien de plus naturel: il allait volontiers aux nouvelles
chez le duc, dont il enregistrait ensuite les confidences. Et nous citerons, à cet
égard, l’idée que lui donnait d’Aiguillon de la mentalité royale, les jours de
Page 129
Conseil, de même que nous avons recueilli, dans la correspondance de la
duchesse, le croquis du prince en ses heures de familiarité.
«C’était un homme, disait d’Aiguillon à Moreau[319], quelque temps après
la mort de Louis XV, qui, sans beaucoup d’esprit, avait un jugement droit et
une telle habitude des affaires qu’il voyait d’ordinaire très juste. Dans
certains conseils où les ministres dissertaient à perte de vue sur l’état de
l’Europe ou les intérêts de ses princes, il avait l’air distrait ou dormeur; mais,
tout à coup, sortant de là, il s’écriait: vous venez tous de battre la campagne:
il n’est point question de ceci ou de cela; ce n’est pas de telle manière qu’ils
agiraient: voici, au contraire, ce qu’ils feraient. Et il devinait toujours bien.»
«Ce fut, le dimanche, au soir, 30, consigne Moreau dans son Journal à la
date du mercredi 2 février, que le roi le nomma (le duc) au sortir du Conseil.
J’ai été voir M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon qui m’ont accueilli. Toute la terre était
chez eux. Le ministre avait l’air honnête et affable, Mᵐᵉ d’Aiguillon le
contentement même[320].»
Mais cette nouvelle faveur ne surprit personne. Le prince de Croÿ[321], la
dauphine[322] avaient prévu la disgrâce de Monteynard, dont ils rendaient
responsable celui qui devait en profiter.
Quel jugement lumineux! s’écrie Mercy-Argenteau, en signalant à sa
souveraine la déclaration de Marie-Antoinette, deux mois avant la chute du
ministre de la Guerre. En effet, le 23 octobre, Mercy était venu présenter à la
dauphine les doléances de d’Aiguillon, navré que la jeune princesse
n’adressât plus un mot à sa femme au cercle de la cour. Et Marie-Antoinette
avait répondu à l’ambassadeur qui la suppliait d’user de ménagements envers
les d’Aiguillon, que ni l’un ni l’autre n’avaient à se plaindre d’elle. Le comte
de Broglie et ses émissaires étaient seuls coupables, disait-elle, de la
fermentation qui régnait dans le ministère; et le duc d’Aiguillon «n’inculpait
si gravement Monteynard que parce qu’il convoitait sa place».
Au surplus, Marie-Antoinette devait y gagner. Car, d’Aiguillon, à peine
pourvu de son nouveau poste, avait prié Mercy d’assurer la dauphine «qu’il
se ferait une loi de lui obéir en tout». Marie-Antoinette l’avait pris au mot; et
les grâces avaient suivi de près les recommandations[323]. Depuis, sa mère
l’avait exhortée à reconnaître ces témoignages de déférence par de notables
concessions[324]. Aussi bien la princesse n’avait pas fait preuve jusqu’alors de
beaucoup de discernement, ni de modération, au cours de ses relations avec
le ministre[325]. Elle n’en mit pas davantage, s’il faut en croire Mercy[326],
duchesse, le croquis du prince en ses heures de familiarité.
«C’était un homme, disait d’Aiguillon à Moreau[319], quelque temps après
la mort de Louis XV, qui, sans beaucoup d’esprit, avait un jugement droit et
une telle habitude des affaires qu’il voyait d’ordinaire très juste. Dans
certains conseils où les ministres dissertaient à perte de vue sur l’état de
l’Europe ou les intérêts de ses princes, il avait l’air distrait ou dormeur; mais,
tout à coup, sortant de là, il s’écriait: vous venez tous de battre la campagne:
il n’est point question de ceci ou de cela; ce n’est pas de telle manière qu’ils
agiraient: voici, au contraire, ce qu’ils feraient. Et il devinait toujours bien.»
«Ce fut, le dimanche, au soir, 30, consigne Moreau dans son Journal à la
date du mercredi 2 février, que le roi le nomma (le duc) au sortir du Conseil.
J’ai été voir M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon qui m’ont accueilli. Toute la terre était
chez eux. Le ministre avait l’air honnête et affable, Mᵐᵉ d’Aiguillon le
contentement même[320].»
Mais cette nouvelle faveur ne surprit personne. Le prince de Croÿ[321], la
dauphine[322] avaient prévu la disgrâce de Monteynard, dont ils rendaient
responsable celui qui devait en profiter.
Quel jugement lumineux! s’écrie Mercy-Argenteau, en signalant à sa
souveraine la déclaration de Marie-Antoinette, deux mois avant la chute du
ministre de la Guerre. En effet, le 23 octobre, Mercy était venu présenter à la
dauphine les doléances de d’Aiguillon, navré que la jeune princesse
n’adressât plus un mot à sa femme au cercle de la cour. Et Marie-Antoinette
avait répondu à l’ambassadeur qui la suppliait d’user de ménagements envers
les d’Aiguillon, que ni l’un ni l’autre n’avaient à se plaindre d’elle. Le comte
de Broglie et ses émissaires étaient seuls coupables, disait-elle, de la
fermentation qui régnait dans le ministère; et le duc d’Aiguillon «n’inculpait
si gravement Monteynard que parce qu’il convoitait sa place».
Au surplus, Marie-Antoinette devait y gagner. Car, d’Aiguillon, à peine
pourvu de son nouveau poste, avait prié Mercy d’assurer la dauphine «qu’il
se ferait une loi de lui obéir en tout». Marie-Antoinette l’avait pris au mot; et
les grâces avaient suivi de près les recommandations[323]. Depuis, sa mère
l’avait exhortée à reconnaître ces témoignages de déférence par de notables
concessions[324]. Aussi bien la princesse n’avait pas fait preuve jusqu’alors de
beaucoup de discernement, ni de modération, au cours de ses relations avec
le ministre[325]. Elle n’en mit pas davantage, s’il faut en croire Mercy[326],
Page 130
dans le nombre et dans le choix des protégés dont elle encombra les bureaux
de la guerre. Peut-être était-ce de l’espièglerie?
D’Aiguillon voulut-il encore donner une dernière preuve de son aveugle
résignation aux antipathies irréductibles de la dauphine, en témoignant de son
irritation contre l’ineptie, les exigences et la légèreté de la favorite? C’est
Mercy-Argenteau qui l’affirme[327]; il est vrai qu’il est seul à signaler le fait;
et nous nous en étonnons à bon droit; car nous ne voyons pas que d’Aiguillon
ait jamais eu vis-à-vis de Mᵐᵉ Du Barry, même dans la disgrâce, d’autres
sentiments que ceux de la déférence et de la gratitude.
Parvenu enfin à la situation prépondérante qu’avait occupée Choiseul,
d’Aiguillon tenta de réaliser un projet qui s’imposait depuis longtemps à son
esprit et que la fatalité, s’attachant à la plupart de ses conceptions, devait
faire échouer: la restauration intégrale, sous son principat, de l’ancien
Parlement. Les magistrats qui le composaient l’ayant frappé de flétrissure,
c’eût été une noble revanche, bien inattendue chez un homme à qui son
intraitable orgueil conseillait les plus implacables représailles. Voulut-il
plutôt faire pièce à Maupeou? Toujours est-il qu’à la fin de décembre 1772,
dans le but d’une réconciliation des exilés avec le pouvoir royal, il rapprocha
d’abord de Louis XV la maison d’Orléans, puis obtint de ces princes qu’ils
remissent au souverain un mémoire tendant au retour de l’Ancien Parlement.
La mort du roi dans les premiers jours de mai et «la disgrâce de d’Aiguillon,
le 2 juin, firent échouer le plan[328]» du ministre. Louis XVI, en signant
l’ordre de rappel, devait seul bénéficier de la popularité qui récompense
toutes les mesures d’apaisement.
Dès que Louis XV était tombé malade (il était alors à Trianon avec Mᵐᵉ
Du Barry), d’Aiguillon, pénétré du sentiment de sa responsabilité, avait
décidé la comtesse à faire transporter le roi à Versailles. C’était l’avis du
chirurgien La Martinière. Lorry, médecin de M. d’Aiguillon, avait conseillé
d’avoir recours à celui de Mᵐᵉ Du Barry, Bordeu; et la favorite était restée
seule, avec le premier ministre, au chevet du malade[329]. Toute la cour était
en émoi. La foule se pressait aux portes des appartements. Le duc d’Aumont,
premier gentilhomme de la chambre, après avoir consulté La Borde et
d’Aiguillon, vient annoncer que le roi entend rester seul. Mais les ducs de
Bouillon et de Liancourt refusent de se retirer, et l’intérieur du palais reste
envahi.
Le 4, le roi s’entretient longuement avec le duc d’Orléans et M.
d’Aiguillon. Puis, vers minuit, il s’adresse à Mᵐᵉ Du Barry: «Je ne veux pas
de la guerre. Peut-être était-ce de l’espièglerie?
D’Aiguillon voulut-il encore donner une dernière preuve de son aveugle
résignation aux antipathies irréductibles de la dauphine, en témoignant de son
irritation contre l’ineptie, les exigences et la légèreté de la favorite? C’est
Mercy-Argenteau qui l’affirme[327]; il est vrai qu’il est seul à signaler le fait;
et nous nous en étonnons à bon droit; car nous ne voyons pas que d’Aiguillon
ait jamais eu vis-à-vis de Mᵐᵉ Du Barry, même dans la disgrâce, d’autres
sentiments que ceux de la déférence et de la gratitude.
Parvenu enfin à la situation prépondérante qu’avait occupée Choiseul,
d’Aiguillon tenta de réaliser un projet qui s’imposait depuis longtemps à son
esprit et que la fatalité, s’attachant à la plupart de ses conceptions, devait
faire échouer: la restauration intégrale, sous son principat, de l’ancien
Parlement. Les magistrats qui le composaient l’ayant frappé de flétrissure,
c’eût été une noble revanche, bien inattendue chez un homme à qui son
intraitable orgueil conseillait les plus implacables représailles. Voulut-il
plutôt faire pièce à Maupeou? Toujours est-il qu’à la fin de décembre 1772,
dans le but d’une réconciliation des exilés avec le pouvoir royal, il rapprocha
d’abord de Louis XV la maison d’Orléans, puis obtint de ces princes qu’ils
remissent au souverain un mémoire tendant au retour de l’Ancien Parlement.
La mort du roi dans les premiers jours de mai et «la disgrâce de d’Aiguillon,
le 2 juin, firent échouer le plan[328]» du ministre. Louis XVI, en signant
l’ordre de rappel, devait seul bénéficier de la popularité qui récompense
toutes les mesures d’apaisement.
Dès que Louis XV était tombé malade (il était alors à Trianon avec Mᵐᵉ
Du Barry), d’Aiguillon, pénétré du sentiment de sa responsabilité, avait
décidé la comtesse à faire transporter le roi à Versailles. C’était l’avis du
chirurgien La Martinière. Lorry, médecin de M. d’Aiguillon, avait conseillé
d’avoir recours à celui de Mᵐᵉ Du Barry, Bordeu; et la favorite était restée
seule, avec le premier ministre, au chevet du malade[329]. Toute la cour était
en émoi. La foule se pressait aux portes des appartements. Le duc d’Aumont,
premier gentilhomme de la chambre, après avoir consulté La Borde et
d’Aiguillon, vient annoncer que le roi entend rester seul. Mais les ducs de
Bouillon et de Liancourt refusent de se retirer, et l’intérieur du palais reste
envahi.
Le 4, le roi s’entretient longuement avec le duc d’Orléans et M.
d’Aiguillon. Puis, vers minuit, il s’adresse à Mᵐᵉ Du Barry: «Je ne veux pas
Page 131
recommencer Metz. Dites à M. d’Aiguillon de venir me parler demain matin
à dix heures.» D’après le Journal de Hardy, il avait déjà précisé sa volonté:
«Arrangez votre retraite avec M. d’Aiguillon; j’ai donné des ordres pour que
vous ne manquiez de rien.»
Le lendemain, le ministre était auprès du souverain: «Elle partira, lui dit
Louis XV, honnêtement, à quatre heures du soir, en évitant les duretés de
Metz et Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon la mènera à Ruel.»
Le prince de Croÿ, racontant par le menu ce départ historique, qui ne
devait pas avoir, comme celui de la Châteauroux, un lendemain, ajoute, en
guise de commentaire: «Le duc d’Aiguillon jouait un très gros jeu vis-à-vis
de la famille royale et de madame la dauphine, très décidée là-dessus si le roi
manquait...[330]» Des ennemis du régime insinuaient que Ruel était bien près
de Versailles et que si Louis XV «en revenait», l’ami de la Du Barry la
ramènerait promptement au maître.
En tout cas, le duc qui savait le roi irrémédiablement perdu, témoignait
d’une belle crânerie, en prenant, pour ainsi dire, sous son égide, la favorite
odieuse au futur règne. Et cette crânerie, c’était un acte de reconnaissance
honorant les deux alliés, quelles que puissent être leurs erreurs ou leurs fautes
devant l’Histoire. Au reste, le premier ministre ne fut pas seul à donner cette
preuve publique de sa gratitude envers la femme qui avait si généreusement
contribué à son salut et collaboré à sa fortune. Après que la duchesse
d’Aiguillon eût emmené Mᵐᵉ Du Barry, plusieurs gens de cour allèrent
présenter leurs devoirs à l’exilée; de mauvaises langues s’amusèrent à
dénombrer les douze ou quinze carrosses stationnant à la porte du château de
Ruel. On s’enquit du nom des propriétaires; et longtemps après, dans les
antichambres du nouveau roi, on les désignait comme autant de candidats à la
disgrâce, en disant: c’était un des carrosses de Ruel[331].
Et cependant que de racontars odieux, que d’ignobles calomnies, ne
répandirent pas les ennemis de d’Aiguillon—les cendres du feu roi à peine
refroidies—pour démontrer que le ministre cherchait à se faire, de son
ingratitude envers sa bienfaitrice, un titre à la bienveillance du nouveau
régime!
En bon économiste, exécrant, à l’exemple de ses amis les philosophes,
celui qu’on disait affilié aux jésuites, l’abbé Baudeau consignait dans sa
chronique manuscrite, cette anecdote qu’il tenait de «quelqu’un assez
instruit»: «D’Aiguillon avait fait investir la Du Barry de maréchaussée à
Ruel, avait fait dire à Mᵐᵉ Adélaïde qu’elle n’échapperait pas et avait mandé
à dix heures.» D’après le Journal de Hardy, il avait déjà précisé sa volonté:
«Arrangez votre retraite avec M. d’Aiguillon; j’ai donné des ordres pour que
vous ne manquiez de rien.»
Le lendemain, le ministre était auprès du souverain: «Elle partira, lui dit
Louis XV, honnêtement, à quatre heures du soir, en évitant les duretés de
Metz et Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon la mènera à Ruel.»
Le prince de Croÿ, racontant par le menu ce départ historique, qui ne
devait pas avoir, comme celui de la Châteauroux, un lendemain, ajoute, en
guise de commentaire: «Le duc d’Aiguillon jouait un très gros jeu vis-à-vis
de la famille royale et de madame la dauphine, très décidée là-dessus si le roi
manquait...[330]» Des ennemis du régime insinuaient que Ruel était bien près
de Versailles et que si Louis XV «en revenait», l’ami de la Du Barry la
ramènerait promptement au maître.
En tout cas, le duc qui savait le roi irrémédiablement perdu, témoignait
d’une belle crânerie, en prenant, pour ainsi dire, sous son égide, la favorite
odieuse au futur règne. Et cette crânerie, c’était un acte de reconnaissance
honorant les deux alliés, quelles que puissent être leurs erreurs ou leurs fautes
devant l’Histoire. Au reste, le premier ministre ne fut pas seul à donner cette
preuve publique de sa gratitude envers la femme qui avait si généreusement
contribué à son salut et collaboré à sa fortune. Après que la duchesse
d’Aiguillon eût emmené Mᵐᵉ Du Barry, plusieurs gens de cour allèrent
présenter leurs devoirs à l’exilée; de mauvaises langues s’amusèrent à
dénombrer les douze ou quinze carrosses stationnant à la porte du château de
Ruel. On s’enquit du nom des propriétaires; et longtemps après, dans les
antichambres du nouveau roi, on les désignait comme autant de candidats à la
disgrâce, en disant: c’était un des carrosses de Ruel[331].
Et cependant que de racontars odieux, que d’ignobles calomnies, ne
répandirent pas les ennemis de d’Aiguillon—les cendres du feu roi à peine
refroidies—pour démontrer que le ministre cherchait à se faire, de son
ingratitude envers sa bienfaitrice, un titre à la bienveillance du nouveau
régime!
En bon économiste, exécrant, à l’exemple de ses amis les philosophes,
celui qu’on disait affilié aux jésuites, l’abbé Baudeau consignait dans sa
chronique manuscrite, cette anecdote qu’il tenait de «quelqu’un assez
instruit»: «D’Aiguillon avait fait investir la Du Barry de maréchaussée à
Ruel, avait fait dire à Mᵐᵉ Adélaïde qu’elle n’échapperait pas et avait mandé
Page 132
au nouveau roi que l’intention du défunt était qu’elle fût mise dans un
couvent, puisqu’elle avait le secret de l’Etat[332]».
L’historiette suivante appartient à la même catégorie d’informations:
Louis XV, agonisant, avait remis secrètement à d’Aiguillon trois millions
pour Mᵐᵉ Du Barry; et le dépositaire infidèle s’était empressé, aussitôt la
mort du roi, d’aller porter au petit-fils les millions de l’aïeul[333].
Ce qui est certain, c’est qu’au lendemain d’un trépas ruinant l’édifice,
laborieusement construit, de sa fortune, d’Aiguillon affecta ou garda une
inébranlable sérénité. Sa compagne, si perspicace, si courageuse, si aimante,
lui avait, la première, donné le conseil de résigner immédiatement ses
fonctions[334]. Il voulut attendre quelques jours.
Croÿ, qui était avec lui en relations suivies, constate, à maintes reprises,
cette fermeté de l’homme d’Etat conservant le sourire à l’approche de la
disgrâce. Pendant la maladie de Louis XV, Croÿ avait dîné chez le ministre,
«il y avait trois tables et cinquante personnes». Après la mort du roi, «tout
Paris avait couru chez d’Aiguillon qui faisait bonne mine à mauvais jeu[335]».
Et cependant, avant même que son sort fût décidé, ses anciens ennemis,
les Choiseul, les philosophes et les encyclopédistes, les parlementaires et les
vengeurs de la Chalotais, Maupeou et son groupe de fidèles, la reine et la
famille royale, puis toute une nuée de nouveaux adversaires, le comte de
Broglie et ses associés, des académisables évincés[336], des journalistes
étrangers frappés d’exclusion, des auteurs dramatiques tels que
Beaumarchais, atteints par la censure; enfin des courtisans aspirant aux
faveurs du nouveau régime et des libellistes de l’ancien soucieux de placer
avantageusement leur prose ou leurs poésies venimeuses, partaient en guerre
contre le favori—l’idole aux pieds d’argile.
A l’avènement de Louis XVI, avait déjà couru cette épigramme—jeu de
mots par à peu près—d’ailleurs inoffensive.
couvent, puisqu’elle avait le secret de l’Etat[332]».
L’historiette suivante appartient à la même catégorie d’informations:
Louis XV, agonisant, avait remis secrètement à d’Aiguillon trois millions
pour Mᵐᵉ Du Barry; et le dépositaire infidèle s’était empressé, aussitôt la
mort du roi, d’aller porter au petit-fils les millions de l’aïeul[333].
Ce qui est certain, c’est qu’au lendemain d’un trépas ruinant l’édifice,
laborieusement construit, de sa fortune, d’Aiguillon affecta ou garda une
inébranlable sérénité. Sa compagne, si perspicace, si courageuse, si aimante,
lui avait, la première, donné le conseil de résigner immédiatement ses
fonctions[334]. Il voulut attendre quelques jours.
Croÿ, qui était avec lui en relations suivies, constate, à maintes reprises,
cette fermeté de l’homme d’Etat conservant le sourire à l’approche de la
disgrâce. Pendant la maladie de Louis XV, Croÿ avait dîné chez le ministre,
«il y avait trois tables et cinquante personnes». Après la mort du roi, «tout
Paris avait couru chez d’Aiguillon qui faisait bonne mine à mauvais jeu[335]».
Et cependant, avant même que son sort fût décidé, ses anciens ennemis,
les Choiseul, les philosophes et les encyclopédistes, les parlementaires et les
vengeurs de la Chalotais, Maupeou et son groupe de fidèles, la reine et la
famille royale, puis toute une nuée de nouveaux adversaires, le comte de
Broglie et ses associés, des académisables évincés[336], des journalistes
étrangers frappés d’exclusion, des auteurs dramatiques tels que
Beaumarchais, atteints par la censure; enfin des courtisans aspirant aux
faveurs du nouveau régime et des libellistes de l’ancien soucieux de placer
avantageusement leur prose ou leurs poésies venimeuses, partaient en guerre
contre le favori—l’idole aux pieds d’argile.
A l’avènement de Louis XVI, avait déjà couru cette épigramme—jeu de
mots par à peu près—d’ailleurs inoffensive.
Page 133
Les Barils s’enfuirent,
L’Aiguillon ne pique plus,
La Vrille est usée,
Le Pouls est lent.
Toutes les histoires de brigands qu’avaient ressassées les pamphlets
parisiens et français pendant les affaires de Bretagne retrouvaient un regain
d’actualité; et la chronique de Baudeau les reproduit avec une rare
complaisance.
Mais, en dépit de ces sollicitations plus ou moins directes, Louis XVI ne
prenait pas parti:
«Le roi, qui ne parle pas, écrivait Marie-Antoinette à sa mère, le 11 mai
1774, n’a pas dit un mot sur le choix d’un ministère. Il ne me semble pas
disposé à garder M. d’Aiguillon, l’âme damnée de la comtesse Du Barry et
qui a trop de penchant pour la Prusse. J’ai mis en avant le nom de M. de
Choiseul qui serait bien pris du pays, mais on ne m’a point répondu; on ne
me paraît pas lui être favorable[337].»
Le surlendemain, arrivait de Pontchartrain à Choisy le vieux comte de
Maurepas[338]: le roi l’avait nommé «ministre d’Etat sans portefeuille».
D’Aiguillon avait ménagé cette brillante rentrée à son oncle par l’entremise
de Mᵐᵉ Adélaïde[339]. Le ministre disgracié de Louis XV était resté plus de
vingt-cinq ans éloigné de la Cour: il était septuagénaire.
—Je ne vous trouve pas changé, lui dit aimablement la tante du roi.
Les frères de Louis XVI ne virent pas sans appréhension l’apparition de ce
revenant. Il leur semblait qu’il dissimulât derrière sa caducité la personnalité
très vigoureuse et très agissante de M. d’Aiguillon. Peut-être celui-ci
nourrissait-il cette arrière-pensée[340]. Nous saurons bientôt si elle fut jamais
justifiée.
En tout cas, les 20 et 26 mai, l’ancien ministre de Louis XV travaillait
encore avec Louis XVI. «Il paraissait aussi radieux que le chancelier», dit
l’abbé Baudeau.
Huit jours après, éclatait dans Paris la nouvelle de son départ:
«Le 6 juin, écrit en son journal le prince de Croÿ, je reçus une lettre très
curieuse de ma belle-fille, du 3, qui portait que, le 2, M. de Maurepas était
allé chez M. d’Aiguillon pour lui faire entendre qu’il fallait donner ses deux
démissions, que celui-ci lui avait demandé s’il était porteur d’ordres, que M.
L’Aiguillon ne pique plus,
La Vrille est usée,
Le Pouls est lent.
Toutes les histoires de brigands qu’avaient ressassées les pamphlets
parisiens et français pendant les affaires de Bretagne retrouvaient un regain
d’actualité; et la chronique de Baudeau les reproduit avec une rare
complaisance.
Mais, en dépit de ces sollicitations plus ou moins directes, Louis XVI ne
prenait pas parti:
«Le roi, qui ne parle pas, écrivait Marie-Antoinette à sa mère, le 11 mai
1774, n’a pas dit un mot sur le choix d’un ministère. Il ne me semble pas
disposé à garder M. d’Aiguillon, l’âme damnée de la comtesse Du Barry et
qui a trop de penchant pour la Prusse. J’ai mis en avant le nom de M. de
Choiseul qui serait bien pris du pays, mais on ne m’a point répondu; on ne
me paraît pas lui être favorable[337].»
Le surlendemain, arrivait de Pontchartrain à Choisy le vieux comte de
Maurepas[338]: le roi l’avait nommé «ministre d’Etat sans portefeuille».
D’Aiguillon avait ménagé cette brillante rentrée à son oncle par l’entremise
de Mᵐᵉ Adélaïde[339]. Le ministre disgracié de Louis XV était resté plus de
vingt-cinq ans éloigné de la Cour: il était septuagénaire.
—Je ne vous trouve pas changé, lui dit aimablement la tante du roi.
Les frères de Louis XVI ne virent pas sans appréhension l’apparition de ce
revenant. Il leur semblait qu’il dissimulât derrière sa caducité la personnalité
très vigoureuse et très agissante de M. d’Aiguillon. Peut-être celui-ci
nourrissait-il cette arrière-pensée[340]. Nous saurons bientôt si elle fut jamais
justifiée.
En tout cas, les 20 et 26 mai, l’ancien ministre de Louis XV travaillait
encore avec Louis XVI. «Il paraissait aussi radieux que le chancelier», dit
l’abbé Baudeau.
Huit jours après, éclatait dans Paris la nouvelle de son départ:
«Le 6 juin, écrit en son journal le prince de Croÿ, je reçus une lettre très
curieuse de ma belle-fille, du 3, qui portait que, le 2, M. de Maurepas était
allé chez M. d’Aiguillon pour lui faire entendre qu’il fallait donner ses deux
démissions, que celui-ci lui avait demandé s’il était porteur d’ordres, que M.
Page 134
de Maurepas l’avait assuré que non, mais qu’il l’avertissait en ami qu’il était
temps[341].
Sur quoi, le duc d’Aiguillon était monté au Conseil, à l’ordonnance, et,
avant de commencer, avait dit au roi que, ses services ne paraissant pas lui
être agréables et que, le bien de la chose demandant la confiance du maître, il
lui remettait sa double démission des deux ministères... que le roi avait paru
désirer qu’il les gardât encore, disant qu’il lui fallait encore voir et se mettre
au courant de son administration... mais que le duc ayant insisté, le roi les
avait prises en lui disant qu’il pouvait garder sa charge de capitaine des
chevau-légers et qu’il la lui verrait exercer volontiers[342]...»
Pour être si bien renseigné, ce fin renard de Maurepas avait dû écouter aux
portes de Mᵐᵉ Adélaïde.
Mais il savait aussi à quoi s’en tenir sur les sentiments de Marie-
Antoinette à l’égard de son neveu.
La reine harcelait son époux afin de lui arracher l’ordre d’exil de M.
d’Aiguillon. D’autre part, Maurepas défendait, avec sa ténacité coutumière,
mais infiniment courtoise, le secrétaire d’Etat, pour lui épargner un affront
personnel et lui rendre sa chute moins rude, à l’heure du remaniement
général. Peut-être Maurepas, hypnotisé par la perspective d’un contact
journalier avec un collègue autoritaire et ambitieux, ne fut-il pas
suffisamment persuasif. Il devait cependant plaider assez éloquemment la
cause de son neveu, pour que le roi, frappant du poing son bureau avec sa
brutalité ordinaire, se soit écrié:
—Eh! parbleu, je sais qu’il fait bien, et c’est ce qui me fâche, mais la
porte par laquelle il est entré et les troubles que sa haine a occasionnés[343]!
Tous les signes précurseurs de l’orage avaient dû ouvrir les yeux à
d’Aiguillon.
Peu de jours[344] avant que le duc ne donnât sa démission, la duchesse, à
la présentation chez la reine, avait subi la plus humiliante des mortifications.
Marie-Antoinette, aimable et gracieuse pour toutes les dames, avait affecté de
parler plus spécialement aux voisines de Mᵐᵉ d’Aiguillon et non seulement
n’avait rien dit à la duchesse, mais encore «l’avait regardée sous le nez d’un
air méprisant».
«Le duc et la duchesse d’Aiguillon, note Mercy-Argenteau, sont seuls
exceptés de la règle de bonté de la nouvelle reine[345].»
temps[341].
Sur quoi, le duc d’Aiguillon était monté au Conseil, à l’ordonnance, et,
avant de commencer, avait dit au roi que, ses services ne paraissant pas lui
être agréables et que, le bien de la chose demandant la confiance du maître, il
lui remettait sa double démission des deux ministères... que le roi avait paru
désirer qu’il les gardât encore, disant qu’il lui fallait encore voir et se mettre
au courant de son administration... mais que le duc ayant insisté, le roi les
avait prises en lui disant qu’il pouvait garder sa charge de capitaine des
chevau-légers et qu’il la lui verrait exercer volontiers[342]...»
Pour être si bien renseigné, ce fin renard de Maurepas avait dû écouter aux
portes de Mᵐᵉ Adélaïde.
Mais il savait aussi à quoi s’en tenir sur les sentiments de Marie-
Antoinette à l’égard de son neveu.
La reine harcelait son époux afin de lui arracher l’ordre d’exil de M.
d’Aiguillon. D’autre part, Maurepas défendait, avec sa ténacité coutumière,
mais infiniment courtoise, le secrétaire d’Etat, pour lui épargner un affront
personnel et lui rendre sa chute moins rude, à l’heure du remaniement
général. Peut-être Maurepas, hypnotisé par la perspective d’un contact
journalier avec un collègue autoritaire et ambitieux, ne fut-il pas
suffisamment persuasif. Il devait cependant plaider assez éloquemment la
cause de son neveu, pour que le roi, frappant du poing son bureau avec sa
brutalité ordinaire, se soit écrié:
—Eh! parbleu, je sais qu’il fait bien, et c’est ce qui me fâche, mais la
porte par laquelle il est entré et les troubles que sa haine a occasionnés[343]!
Tous les signes précurseurs de l’orage avaient dû ouvrir les yeux à
d’Aiguillon.
Peu de jours[344] avant que le duc ne donnât sa démission, la duchesse, à
la présentation chez la reine, avait subi la plus humiliante des mortifications.
Marie-Antoinette, aimable et gracieuse pour toutes les dames, avait affecté de
parler plus spécialement aux voisines de Mᵐᵉ d’Aiguillon et non seulement
n’avait rien dit à la duchesse, mais encore «l’avait regardée sous le nez d’un
air méprisant».
«Le duc et la duchesse d’Aiguillon, note Mercy-Argenteau, sont seuls
exceptés de la règle de bonté de la nouvelle reine[345].»
Page 135
Au lendemain de la mort de Louis XV, l’ambassadeur de Vienne avait
insisté auprès de la jeune souveraine pour qu’elle ne pressât pas le renvoi de
l’homme qu’elle haïssait le plus, celui qui avait osé la traiter, dans un cercle,
de «coquette![346]» La reine ne devait pas venger les injures de la dauphine.
Malheureusement Mercy constatait, dès le 17 mai, qu’elle était, au contraire,
très disposée à ne pas mettre en action le mot célèbre de Louis XII. Et la
perspective du retour, qu’il redoutait, de Choiseul, ne souriait pas davantage à
l’impératrice-reine.
Mercy, qui avait l’illusion facile, crut avoir persuadé Marie-Antoinette;
mais il ne tarda pas à reconnaître son erreur. La reine «n’a pu résister à sa
petite animosité». Le roi voulait garder le ministre; et c’est elle—preuve
indubitable de son crédit—qui en a obtenu le renvoi. «Le reste lui importe
peu; car chez elle la dissipation vient sans cesse effacer les impressions
sérieuses[347].»
La nouvelle de cette démission, masquant mal une véritable disgrâce,
provoqua une explosion de joie plus insultante encore que celle de la mort de
Louis XV. Ce fut un feu roulant de chansons et d’épigrammes, celle-ci entre
autres:
Amis, connaissez-vous l’enseigne ridicule
Qu’un peintre de Saint-Luc fait pour les parfumeurs?
Il met dans un flacon, en forme de pilule,
Boynes, Maupeou, Terray sous leurs propres couleurs.
Il y peint d’Aiguillon et puis il intitule:
Vinaigre des quatre voleurs.
Quand le comte de Broglie apprit que son heureux concurrent «n’était
plus rien», il ne put modérer ses transports d’allégresse; mais, en homme
pratique, qui sait tirer parti de tout, il s’adressa, le 6 juin, à Louis XVI pour
lui offrir la correspondance secrète du feu roi. Le nouveau lui répondit
sèchement de la brûler[348]. L’année suivante, en mai 1775, Broglie lui
écrivait pour lui demander la communication des pièces qui avaient précédé
et suivi son exil à Ruffec. Louis XVI l’invita tout simplement à se tenir
tranquille: la procédure de l’affaire de la Bastille, lui dit-il, a été brûlée[349].
—Le feu purifie tout; mais, dans l’espèce, il enlevait au comte de Broglie une
partie de ses moyens d’action contre l’ancien ministre de Louis XV.
Toutefois le procès de son beau-frère, le comte de Guines, ambassadeur de
France à Londres, allait lui offrir l’occasion de satisfaire plus amplement sa
rancune.
insisté auprès de la jeune souveraine pour qu’elle ne pressât pas le renvoi de
l’homme qu’elle haïssait le plus, celui qui avait osé la traiter, dans un cercle,
de «coquette![346]» La reine ne devait pas venger les injures de la dauphine.
Malheureusement Mercy constatait, dès le 17 mai, qu’elle était, au contraire,
très disposée à ne pas mettre en action le mot célèbre de Louis XII. Et la
perspective du retour, qu’il redoutait, de Choiseul, ne souriait pas davantage à
l’impératrice-reine.
Mercy, qui avait l’illusion facile, crut avoir persuadé Marie-Antoinette;
mais il ne tarda pas à reconnaître son erreur. La reine «n’a pu résister à sa
petite animosité». Le roi voulait garder le ministre; et c’est elle—preuve
indubitable de son crédit—qui en a obtenu le renvoi. «Le reste lui importe
peu; car chez elle la dissipation vient sans cesse effacer les impressions
sérieuses[347].»
La nouvelle de cette démission, masquant mal une véritable disgrâce,
provoqua une explosion de joie plus insultante encore que celle de la mort de
Louis XV. Ce fut un feu roulant de chansons et d’épigrammes, celle-ci entre
autres:
Amis, connaissez-vous l’enseigne ridicule
Qu’un peintre de Saint-Luc fait pour les parfumeurs?
Il met dans un flacon, en forme de pilule,
Boynes, Maupeou, Terray sous leurs propres couleurs.
Il y peint d’Aiguillon et puis il intitule:
Vinaigre des quatre voleurs.
Quand le comte de Broglie apprit que son heureux concurrent «n’était
plus rien», il ne put modérer ses transports d’allégresse; mais, en homme
pratique, qui sait tirer parti de tout, il s’adressa, le 6 juin, à Louis XVI pour
lui offrir la correspondance secrète du feu roi. Le nouveau lui répondit
sèchement de la brûler[348]. L’année suivante, en mai 1775, Broglie lui
écrivait pour lui demander la communication des pièces qui avaient précédé
et suivi son exil à Ruffec. Louis XVI l’invita tout simplement à se tenir
tranquille: la procédure de l’affaire de la Bastille, lui dit-il, a été brûlée[349].
—Le feu purifie tout; mais, dans l’espèce, il enlevait au comte de Broglie une
partie de ses moyens d’action contre l’ancien ministre de Louis XV.
Toutefois le procès de son beau-frère, le comte de Guines, ambassadeur de
France à Londres, allait lui offrir l’occasion de satisfaire plus amplement sa
rancune.
Page 136
Un autre homme d’Etat qui ne dissimula pas la satisfaction qu’il éprouvait
de la chute du premier ministre, son collègue, ce fut le chancelier Maupeou,
que devait bientôt atteindre la même disgrâce. Il avait rendu, prétendait-il, les
services les plus essentiels (ce dont il était permis de douter) au duc
d’Aiguillon; et il en avait été payé par la plus noire ingratitude. Les
anecdotiers ne tarissaient pas sur ce sujet.
—Un coquin que j’ai sauvé de la roue! affirmait le chancelier devant un
«prince aussi recommandable par sa haute naissance que par son mérite
personnel».
—Parbleu, monsieur, répliqua le grand seigneur, ce n’est pas ce que vous
avez fait de mieux dans votre vie[350].
A ce moment même où le duc d’Aiguillon descendait un peu tardivement,
mais non sans dignité, du pouvoir, deux hommes—des prêtres—traçaient de
son caractère, de son rôle politique, de ses tendances, un portrait qu’il nous a
paru curieux et utile de conserver.
L’abbé de Véri, auditeur de rote à Rome, qui a laissé un journal inédit où
M. de Ségur a puisé de précieux renseignements, étudie surtout le ministre:
«Les ambassadeurs étrangers, dit-il, reconnaissaient sa manière douce,
juste, toujours ouverte et son humeur accueillante avec les militaires.»
Dans la Chronique de l’abbé Baudeau la note change. Si le diplomate
flatte son modèle, l’économiste noircit singulièrement le sien, bien qu’avec
certaines atténuations, pour paraître impartial. Baudeau constate, à la date du
6 juin, que d’Aiguillon a refusé la pension de vingt mille livres à laquelle il
avait droit comme ministre: il n’avait jamais servi, disait-il, le roi pour de
l’argent[351].
«Ouais, objecte l’abbé, c’était par orgueil et pour placer ses adulateurs.»
Mais il ajoute:
«Il était parcimonieux pour la chose publique dans un règne de gaspillage,
vétilleux, absolu, travailleur, colère, rancunier, présomptueux, petit et
vindicatif à l’excès—tous les vices du cardinal de Richelieu, sans en avoir
l’esprit!»
de la chute du premier ministre, son collègue, ce fut le chancelier Maupeou,
que devait bientôt atteindre la même disgrâce. Il avait rendu, prétendait-il, les
services les plus essentiels (ce dont il était permis de douter) au duc
d’Aiguillon; et il en avait été payé par la plus noire ingratitude. Les
anecdotiers ne tarissaient pas sur ce sujet.
—Un coquin que j’ai sauvé de la roue! affirmait le chancelier devant un
«prince aussi recommandable par sa haute naissance que par son mérite
personnel».
—Parbleu, monsieur, répliqua le grand seigneur, ce n’est pas ce que vous
avez fait de mieux dans votre vie[350].
A ce moment même où le duc d’Aiguillon descendait un peu tardivement,
mais non sans dignité, du pouvoir, deux hommes—des prêtres—traçaient de
son caractère, de son rôle politique, de ses tendances, un portrait qu’il nous a
paru curieux et utile de conserver.
L’abbé de Véri, auditeur de rote à Rome, qui a laissé un journal inédit où
M. de Ségur a puisé de précieux renseignements, étudie surtout le ministre:
«Les ambassadeurs étrangers, dit-il, reconnaissaient sa manière douce,
juste, toujours ouverte et son humeur accueillante avec les militaires.»
Dans la Chronique de l’abbé Baudeau la note change. Si le diplomate
flatte son modèle, l’économiste noircit singulièrement le sien, bien qu’avec
certaines atténuations, pour paraître impartial. Baudeau constate, à la date du
6 juin, que d’Aiguillon a refusé la pension de vingt mille livres à laquelle il
avait droit comme ministre: il n’avait jamais servi, disait-il, le roi pour de
l’argent[351].
«Ouais, objecte l’abbé, c’était par orgueil et pour placer ses adulateurs.»
Mais il ajoute:
«Il était parcimonieux pour la chose publique dans un règne de gaspillage,
vétilleux, absolu, travailleur, colère, rancunier, présomptueux, petit et
vindicatif à l’excès—tous les vices du cardinal de Richelieu, sans en avoir
l’esprit!»
Page 137
XVI
La comédie à Veretz.—Goûts et plaisirs champêtres.—Toujours les affaires de
Bretagne.—Rentrée en scène de la Chalotais—Epidémie à Veretz et à
Chanteloup.—Réintégration de l’ancien Parlement: d’Aiguillon y prend
place sans que personne proteste.—Ce qu’on pense à Vienne de sa retraite.
—Campagne de libelles contre la reine: le duc d’Aiguillon en est, dit-on,
l’inspirateur.
«La duchesse, dit la chronique de Baudeau, à la date du 2 juin, est partie
pour Veretz, à ce qu’on assure: elle y va sans doute préparer le logement de
son cher époux.»
La nouvelle était peut-être prématurée, mais en somme très vraisemblable,
l’air de la Cour devant paraître irrespirable à Mᵐᵉ d’Aiguillon, depuis
l’avanie que lui avait infligée la reine.
Quoi qu’il en soit, la châtelaine de Veretz était en pleine villégiature dans
le courant du mois d’août; car une lettre du 26, à l’adresse de Balleroy, lui
décrit, dans cette langue, simple, naturelle et parfois un peu négligée, dont
nous connaissons la saveur, la vie agréable que faisaient à leurs invités les
possesseurs de ce beau domaine. La comédie de salon n’en était pas une des
moindres distractions:
«Notre comédie a été jouée avant-hier et a très bien réussi. Je vous assure
que l’on voit très bien que le rôle de Crispin est héréditaire (le duc et jadis
son père remplissaient-ils donc supérieurement cet emploi?); car mon fils, qui
n’avait jamais vu de théâtre que de loin, a très bien joué. Quant à la duchesse
(nous ignorons quelle était cette grande dame, à moins que ce ne fût Mᵐᵉ
d’Aiguillon elle-même qui se nommait Louise) il lui aurait fallu une autre
taille et un autre son de voix pour bien jouer son rôle; mais, malgré cela,
l’ensemble a été très bien. Pour petite pièce on a joué une petite scène
détachée, en son honneur, qui a amené une fête champêtre, pour lui souhaiter
la bonne fête, attendu qu’elle se nomme Louise...»
Ces divertissements étaient alors très fréquents sur les théâtres de société,
qui furent eux-mêmes si nombreux pendant le XVIIIᵉ siècle. Le Journal de
Collé[352], les Sociétés badines de Dinaux[353] en ont abondamment parlé.
Mais ce n’était peut-être pas «la comédie» qui plaisait le plus à la
duchesse dans cette vie de château. Nous avons dit ailleurs les goûts
La comédie à Veretz.—Goûts et plaisirs champêtres.—Toujours les affaires de
Bretagne.—Rentrée en scène de la Chalotais—Epidémie à Veretz et à
Chanteloup.—Réintégration de l’ancien Parlement: d’Aiguillon y prend
place sans que personne proteste.—Ce qu’on pense à Vienne de sa retraite.
—Campagne de libelles contre la reine: le duc d’Aiguillon en est, dit-on,
l’inspirateur.
«La duchesse, dit la chronique de Baudeau, à la date du 2 juin, est partie
pour Veretz, à ce qu’on assure: elle y va sans doute préparer le logement de
son cher époux.»
La nouvelle était peut-être prématurée, mais en somme très vraisemblable,
l’air de la Cour devant paraître irrespirable à Mᵐᵉ d’Aiguillon, depuis
l’avanie que lui avait infligée la reine.
Quoi qu’il en soit, la châtelaine de Veretz était en pleine villégiature dans
le courant du mois d’août; car une lettre du 26, à l’adresse de Balleroy, lui
décrit, dans cette langue, simple, naturelle et parfois un peu négligée, dont
nous connaissons la saveur, la vie agréable que faisaient à leurs invités les
possesseurs de ce beau domaine. La comédie de salon n’en était pas une des
moindres distractions:
«Notre comédie a été jouée avant-hier et a très bien réussi. Je vous assure
que l’on voit très bien que le rôle de Crispin est héréditaire (le duc et jadis
son père remplissaient-ils donc supérieurement cet emploi?); car mon fils, qui
n’avait jamais vu de théâtre que de loin, a très bien joué. Quant à la duchesse
(nous ignorons quelle était cette grande dame, à moins que ce ne fût Mᵐᵉ
d’Aiguillon elle-même qui se nommait Louise) il lui aurait fallu une autre
taille et un autre son de voix pour bien jouer son rôle; mais, malgré cela,
l’ensemble a été très bien. Pour petite pièce on a joué une petite scène
détachée, en son honneur, qui a amené une fête champêtre, pour lui souhaiter
la bonne fête, attendu qu’elle se nomme Louise...»
Ces divertissements étaient alors très fréquents sur les théâtres de société,
qui furent eux-mêmes si nombreux pendant le XVIIIᵉ siècle. Le Journal de
Collé[352], les Sociétés badines de Dinaux[353] en ont abondamment parlé.
Mais ce n’était peut-être pas «la comédie» qui plaisait le plus à la
duchesse dans cette vie de château. Nous avons dit ailleurs les goûts
Page 138
champêtres de Mᵐᵉ d’Aiguillon qui cadraient si bien avec son humeur plutôt
indépendante. C’était la maîtresse femme qui s’entendait à diriger, comme
nos gentleman farmer d’aujourd’hui, les plus vastes exploitations. Et nous
verrons plus tard comment elle sut transformer en un séjour de rêve la triste
et pauvre gentilhommière d’Aiguillon dans l’Agénois.
Elle acceptait gaîment toutes les corvées de la ferme: «En votre absence,
la belle Candide[354] s’était avisée d’être malade. Comme personne ne
soignait les petits cochons, il a fallu que je les soignasse moi-même.»
Elle ne... soignait pas avec moins de sollicitude l’humanité souffrante: à
l’exemple de toutes les châtelaines du temps, elle avait la douce manie des
«recettes» infaillibles contre telle ou telle maladie: elle envoyait celles «de
l’eau d’absinthe ou de coriandre» au chevalier qui en ferait profiter sa sœur.
La retraite de son mari était de date encore trop récente, pour que Mᵐᵉ
d’Aiguillon se désintéressât complètement des affaires de la Cour. Celles de
Bretagne lui tiennent surtout au cœur. Elle admire M. de Fitz-James[355] qui
se défend de tenir les Etats, si on les fait présider par l’évêque de Rennes. Et
comme celui-ci est persona grata, ce sera encore M. de Penthièvre qui aura
«la plate faiblesse d’y aller».
Puis, elle jette un regard sur Versailles: «On me mande que M. de
Maurepas est plus brillant que jamais: je ne l’envie pas; grand bien lui fasse!»
Sa perspicacité avait pénétré l’égoïsme du vieux courtisan sous ce vernis
d’affectueuse bienveillance dont il se piquait pour son neveu[356].
Trois semaines après, Mᵐᵉ d’Aiguillon donne un souvenir aigre-doux à la
personnalité, alors bien oubliée, de La Chalotais, de qui elle annonçait, dans
une lettre précédente, le retour imminent en Bretagne:
«Je ne doute pas que vous n’ayez été sensible au plaisir de savoir que M.
de la Chalotais passait dans la ville que vous habitez[357].»
Louis XVI venait en effet de rendre au procureur général sa liberté et sa
place.
C’est encore un disgracié qui rentre en scène, à propos d’une épidémie des
plus graves dont la Touraine eut alors à souffrir. Veretz et ses environs
comptèrent plusieurs malades qui «tous s’en sont bien tirés». Il n’en alla pas
de même «à Chanteloup, où, sur quarante malades, il y en a dix de morts,
dont M. de Boufflers...» Ce grand seigneur n’avait pas reçu les sacrements.
M. de Choiseul, le châtelain, a «sûrement oublié» avec «quel zèle ses
sectateurs» agitèrent la question, pendant «la maladie du roi[358]». C’était une
indépendante. C’était la maîtresse femme qui s’entendait à diriger, comme
nos gentleman farmer d’aujourd’hui, les plus vastes exploitations. Et nous
verrons plus tard comment elle sut transformer en un séjour de rêve la triste
et pauvre gentilhommière d’Aiguillon dans l’Agénois.
Elle acceptait gaîment toutes les corvées de la ferme: «En votre absence,
la belle Candide[354] s’était avisée d’être malade. Comme personne ne
soignait les petits cochons, il a fallu que je les soignasse moi-même.»
Elle ne... soignait pas avec moins de sollicitude l’humanité souffrante: à
l’exemple de toutes les châtelaines du temps, elle avait la douce manie des
«recettes» infaillibles contre telle ou telle maladie: elle envoyait celles «de
l’eau d’absinthe ou de coriandre» au chevalier qui en ferait profiter sa sœur.
La retraite de son mari était de date encore trop récente, pour que Mᵐᵉ
d’Aiguillon se désintéressât complètement des affaires de la Cour. Celles de
Bretagne lui tiennent surtout au cœur. Elle admire M. de Fitz-James[355] qui
se défend de tenir les Etats, si on les fait présider par l’évêque de Rennes. Et
comme celui-ci est persona grata, ce sera encore M. de Penthièvre qui aura
«la plate faiblesse d’y aller».
Puis, elle jette un regard sur Versailles: «On me mande que M. de
Maurepas est plus brillant que jamais: je ne l’envie pas; grand bien lui fasse!»
Sa perspicacité avait pénétré l’égoïsme du vieux courtisan sous ce vernis
d’affectueuse bienveillance dont il se piquait pour son neveu[356].
Trois semaines après, Mᵐᵉ d’Aiguillon donne un souvenir aigre-doux à la
personnalité, alors bien oubliée, de La Chalotais, de qui elle annonçait, dans
une lettre précédente, le retour imminent en Bretagne:
«Je ne doute pas que vous n’ayez été sensible au plaisir de savoir que M.
de la Chalotais passait dans la ville que vous habitez[357].»
Louis XVI venait en effet de rendre au procureur général sa liberté et sa
place.
C’est encore un disgracié qui rentre en scène, à propos d’une épidémie des
plus graves dont la Touraine eut alors à souffrir. Veretz et ses environs
comptèrent plusieurs malades qui «tous s’en sont bien tirés». Il n’en alla pas
de même «à Chanteloup, où, sur quarante malades, il y en a dix de morts,
dont M. de Boufflers...» Ce grand seigneur n’avait pas reçu les sacrements.
M. de Choiseul, le châtelain, a «sûrement oublié» avec «quel zèle ses
sectateurs» agitèrent la question, pendant «la maladie du roi[358]». C’était une
Page 139
allusion au conflit qui avait marqué les dernières heures de Louis XV.
D’Aiguillon et La Vrillière demandaient qu’on retardât, pour ne pas
épouvanter le moribond, l’administration des sacrements. Le cardinal de la
Roche-Aymon, qui la voulait immédiate, obtint gain de cause[359], avec
l’appui de La Martinière, premier chirurgien du roi.
Cependant la saison touchait à sa fin. Les d’Aiguillon étaient rentrés à
Paris. Leur fille, Mᵐᵉ de Chabrillan, longtemps malade à Veretz, s’était
rétablie; et la duchesse, qui l’avait soignée, n’avait fait que passer par Paris,
où elle «n’avait même pas eu le temps d’entendre un acte d’opéra», pour aller
se reposer chez une amie, dans la calme solitude de Trassey[360].
De plus graves soucis préoccupaient son mari. Maupeou était tombé[361] et
l’ancien Parlement rappelé. L’opinion publique attribuait à Maurepas
l’honneur de cette réintégration: aussi le «Mentor» de Louis XVI, comme on
se plaisait à le nommer, avait-il été acclamé à l’Opéra, le 8 novembre[362].
C’était le 12 que devait se réunir le Parlement, en présence du roi.
D’Aiguillon n’hésita pas. Malgré l’exclusion dont il avait été frappé en 1770,
hautain comme il l’était, et vraisemblablement assuré de l’appui de
Maurepas, il entra au Parlement; et pas un conseiller ne protesta. Mais
l’émotion fut grande dans Paris: «On a vu avec étonnement M. le duc
d’Aiguillon prendre place, comme pair de France, dans une assemblée où
toute la nation est persuadée qu’il ne devrait paraître que pour essayer de se
justifier[363]».
Il bravait ainsi le sentiment public. Peut-être voulut-il continuer
l’expérience, mais alors avec le roi et la Cour, quand il se présenta le 28
décembre, à Versailles, pour faire signer à Louis XVI son travail sur les
chevau-légers. Descendu chez Maurepas, il était passé, par l’Œil-de-Bœuf
pour entrer dans le cabinet du roi. Louis XVI l’avait fort bien accueilli; il lui
demanda même, après lui avoir donné sa signature, s’il n’avait pas quelque
requête à lui adresser. D’Aiguillon, toujours avec sa superbe ordinaire, se
contenta de reployer son portefeuille et de dire «qu’il bornait toute son
ambition à présenter personnellement ses hommages au roi». Et il sortit:
l’Œil-de-Bœuf était plein de courtisans qui attendaient, montre en main, pour
calculer le temps qu’aurait duré l’audience. Louis XVI, à ce spectacle, fit
entendre son «gros rire». D’Aiguillon était remonté chez son oncle, et, après
quelques visites, était reparti pour Paris, «où il resta tout l’hiver[364]».
Sa démission n’avait laissé aucun regret à Vienne. Je suis bien aise,
écrivait, le 16 juin, Marie-Thérèse à sa fille, de la retraite de MM.
D’Aiguillon et La Vrillière demandaient qu’on retardât, pour ne pas
épouvanter le moribond, l’administration des sacrements. Le cardinal de la
Roche-Aymon, qui la voulait immédiate, obtint gain de cause[359], avec
l’appui de La Martinière, premier chirurgien du roi.
Cependant la saison touchait à sa fin. Les d’Aiguillon étaient rentrés à
Paris. Leur fille, Mᵐᵉ de Chabrillan, longtemps malade à Veretz, s’était
rétablie; et la duchesse, qui l’avait soignée, n’avait fait que passer par Paris,
où elle «n’avait même pas eu le temps d’entendre un acte d’opéra», pour aller
se reposer chez une amie, dans la calme solitude de Trassey[360].
De plus graves soucis préoccupaient son mari. Maupeou était tombé[361] et
l’ancien Parlement rappelé. L’opinion publique attribuait à Maurepas
l’honneur de cette réintégration: aussi le «Mentor» de Louis XVI, comme on
se plaisait à le nommer, avait-il été acclamé à l’Opéra, le 8 novembre[362].
C’était le 12 que devait se réunir le Parlement, en présence du roi.
D’Aiguillon n’hésita pas. Malgré l’exclusion dont il avait été frappé en 1770,
hautain comme il l’était, et vraisemblablement assuré de l’appui de
Maurepas, il entra au Parlement; et pas un conseiller ne protesta. Mais
l’émotion fut grande dans Paris: «On a vu avec étonnement M. le duc
d’Aiguillon prendre place, comme pair de France, dans une assemblée où
toute la nation est persuadée qu’il ne devrait paraître que pour essayer de se
justifier[363]».
Il bravait ainsi le sentiment public. Peut-être voulut-il continuer
l’expérience, mais alors avec le roi et la Cour, quand il se présenta le 28
décembre, à Versailles, pour faire signer à Louis XVI son travail sur les
chevau-légers. Descendu chez Maurepas, il était passé, par l’Œil-de-Bœuf
pour entrer dans le cabinet du roi. Louis XVI l’avait fort bien accueilli; il lui
demanda même, après lui avoir donné sa signature, s’il n’avait pas quelque
requête à lui adresser. D’Aiguillon, toujours avec sa superbe ordinaire, se
contenta de reployer son portefeuille et de dire «qu’il bornait toute son
ambition à présenter personnellement ses hommages au roi». Et il sortit:
l’Œil-de-Bœuf était plein de courtisans qui attendaient, montre en main, pour
calculer le temps qu’aurait duré l’audience. Louis XVI, à ce spectacle, fit
entendre son «gros rire». D’Aiguillon était remonté chez son oncle, et, après
quelques visites, était reparti pour Paris, «où il resta tout l’hiver[364]».
Sa démission n’avait laissé aucun regret à Vienne. Je suis bien aise,
écrivait, le 16 juin, Marie-Thérèse à sa fille, de la retraite de MM.
Page 140
d’Aiguillon et La Vrillière[365], sans lettre de cachet «méthode dure».
Toutefois, nous l’avons vu, Mercy n’avait pas dissimulé, dès la première
heure, son appréhension du lendemain. Puis, la haine furieuse, et comme
inassouvie, de Marie-Antoinette contre l’ex-ministre, l’inquiétait; et
l’impératrice-reine (lettre du 15 août) s’étonnait de cet «esprit de vengeance».
Mercy, tout en rendant hommage à la «bonté» naturelle de la jeune femme,
avait constaté combien cette aversion pour d’Aiguillon avait arrêté les élans
de franchise dont l’avait jusqu’alors honoré la reine. Et Marie-Thérèse, qui
voit se perdre ainsi tous les efforts de sa politique, peint d’un trait une
mentalité qui n’a échappé, ni à la mère, ni à la souveraine. Le «caractère» de
sa fille est à la fois «indécis et volontaire» (lettre du 13 octobre).
D’autres soucis travaillent Mercy-Argenteau, par exemple la direction que
d’Aiguillon prétend donner désormais à sa vie. On le signale comme un des
meneurs les plus redoutables de la cabale formée contre la reine[366].
L’aventure romanesque de Beaumarchais en Autriche semble corroborer cette
imputation.
L’auteur, déjà célèbre, du Barbier de Séville, aussi ardent faiseur d’affaires
que fécond remueur d’idées, était parti, sous l’anagramme de Norac, pour
l’Allemagne, afin d’y négocier, avec un certain Angelucci, l’achat d’une
édition tout entière d’un pamphlet dirigé contre Marie-Antoinette[367]. Or,
son vendeur, un juif d’insigne mauvaise foi, après s’être fait largement payer,
s’était enfui, emportant un exemplaire de cette atroce publication.
Beaumarchais avait raconté, depuis, sur le mode tragique, toutes les
péripéties de son histoire de brigands. Mais, sur le moment, les autorités
autrichiennes, qu’elle avait trouvées incrédules, avaient mis le négociateur en
état d’arrestation. Mercy, à qui l’aventure avait paru également étrange, en
avait causé avec Sartine; et l’ancien lieutenant de police, alors ministre de la
marine, avait déchargé de toute culpabilité le «délicieux» Beaumarchais,
comme aimait à l’appeler le prince de Kaunitz, pour laisser retomber par
insinuation la responsabilité du pamphlet sur le duc d’Aiguillon[368].
Mercy, plus d’un mois après[369], signale de nouveau le bruit public
attribuant au ministre déchu une part très active dans la campagne de libelles
dirigée contre la reine. C’est ainsi que M. de Ségur[370] représente
d’Aiguillon, rentré à Paris, las, découragé, aigri et devenant le centre d’une
opposition féroce: d’où cette nuée d’écrits injurieux qui, suivant l’expression
de Mercy «se sont répandus contre le gouvernement, et en particulier, en vue
de nuire à la reine[371]».
Toutefois, nous l’avons vu, Mercy n’avait pas dissimulé, dès la première
heure, son appréhension du lendemain. Puis, la haine furieuse, et comme
inassouvie, de Marie-Antoinette contre l’ex-ministre, l’inquiétait; et
l’impératrice-reine (lettre du 15 août) s’étonnait de cet «esprit de vengeance».
Mercy, tout en rendant hommage à la «bonté» naturelle de la jeune femme,
avait constaté combien cette aversion pour d’Aiguillon avait arrêté les élans
de franchise dont l’avait jusqu’alors honoré la reine. Et Marie-Thérèse, qui
voit se perdre ainsi tous les efforts de sa politique, peint d’un trait une
mentalité qui n’a échappé, ni à la mère, ni à la souveraine. Le «caractère» de
sa fille est à la fois «indécis et volontaire» (lettre du 13 octobre).
D’autres soucis travaillent Mercy-Argenteau, par exemple la direction que
d’Aiguillon prétend donner désormais à sa vie. On le signale comme un des
meneurs les plus redoutables de la cabale formée contre la reine[366].
L’aventure romanesque de Beaumarchais en Autriche semble corroborer cette
imputation.
L’auteur, déjà célèbre, du Barbier de Séville, aussi ardent faiseur d’affaires
que fécond remueur d’idées, était parti, sous l’anagramme de Norac, pour
l’Allemagne, afin d’y négocier, avec un certain Angelucci, l’achat d’une
édition tout entière d’un pamphlet dirigé contre Marie-Antoinette[367]. Or,
son vendeur, un juif d’insigne mauvaise foi, après s’être fait largement payer,
s’était enfui, emportant un exemplaire de cette atroce publication.
Beaumarchais avait raconté, depuis, sur le mode tragique, toutes les
péripéties de son histoire de brigands. Mais, sur le moment, les autorités
autrichiennes, qu’elle avait trouvées incrédules, avaient mis le négociateur en
état d’arrestation. Mercy, à qui l’aventure avait paru également étrange, en
avait causé avec Sartine; et l’ancien lieutenant de police, alors ministre de la
marine, avait déchargé de toute culpabilité le «délicieux» Beaumarchais,
comme aimait à l’appeler le prince de Kaunitz, pour laisser retomber par
insinuation la responsabilité du pamphlet sur le duc d’Aiguillon[368].
Mercy, plus d’un mois après[369], signale de nouveau le bruit public
attribuant au ministre déchu une part très active dans la campagne de libelles
dirigée contre la reine. C’est ainsi que M. de Ségur[370] représente
d’Aiguillon, rentré à Paris, las, découragé, aigri et devenant le centre d’une
opposition féroce: d’où cette nuée d’écrits injurieux qui, suivant l’expression
de Mercy «se sont répandus contre le gouvernement, et en particulier, en vue
de nuire à la reine[371]».
Page 141
XVII
Influence et crédit de Mᵐᵉ de Maurepas.—Ses appels au calme et à la
patience.—D’Aiguillon «embusqué» dans son hôtel.—Procès du comte de
Guines.—Ce qu’était Tort de la Sonde.—Rôle de d’Aiguillon: griefs de
Guines.—La reine prend parti pour l’ambassadeur de France à Londres.—
Besenval excite M.-Antoinette contre d’Aiguillon.—Mémoires de Guines
«tissus d’horreurs et de mensonges».—Guines gagne son procès.—La reine
exige de Louis XVI l’exil du duc d’Aiguillon.—Incidents de la revue du Trou
d’Enfer.—Entrevue de Maurepas avec la reine.—D’Aiguillon devra partir
pour l’Agénois.
Les d’Aiguillon, au moment où leurs adulateurs de la veille s’éloignaient
d’eux, le lendemain, pour mieux faire leur cour à la reine, trouvèrent un
défenseur hardi, généreux, infatigable dans la personne de leur tante, Mᵐᵉ de
Maurepas, la digne sœur de la comtesse de Plélo. Jusqu’alors elle s’était
tenue discrètement à l’ombre, la disgrâce si longue de son mari l’ayant privée
de tout crédit. Mais le soleil était revenu; et Mᵐᵉ de Maurepas avait reconquis
une influence qu’elle allait mettre au service de son neveu; car si elle était,
comme l’a fort bien dit Linguet, «toute puissante sur l’esprit de son mari, elle
était elle-même aveuglément soumise à toutes les impressions de l’ancien
commandant de Bretagne[372]. Enfin, elle avait la plus tendre affection par sa
nièce, accourait la soigner quand elle avait «ses hépatiques (coliques)» et ne
cessait de lui répéter dans ses lettres: «Vous savez que je vous considère
comme ma fille; croyez-le bien, nul ne vous aime plus que moi». Et nous
verrons, d’après sa correspondance, avec quelle sollicitude elle embrassa la
cause de Mᵐᵉ d’Aiguillon à l’heure de l’adversité. Elle s’attristait cependant,
elle la sérieuse compagne de l’homme le plus léger du monde, à l’idée que sa
nièce pût douter du zèle de M. de Maurepas pour la défense de ses intérêts:
«Je suis pénétrée de douleur, lui écrit-elle, que vous croyiez que M. de
Maurepas ne mette pas toute la vivacité qu’il doit aux affaires qui vous
intéressent. M. d’Aiguillon doit savoir mieux que personne qu’on ne fait pas
parler les rois comme on veut. Nous serons toujours occupés de saisir le
moment qui pourra vous être utile[373].»
Son neveu perdait patience; peut-être n’avait-il, lui aussi, qu’une médiocre
confiance dans la sincérité d’un homme qui n’avait jamais pensé qu’à lui[374]:
Influence et crédit de Mᵐᵉ de Maurepas.—Ses appels au calme et à la
patience.—D’Aiguillon «embusqué» dans son hôtel.—Procès du comte de
Guines.—Ce qu’était Tort de la Sonde.—Rôle de d’Aiguillon: griefs de
Guines.—La reine prend parti pour l’ambassadeur de France à Londres.—
Besenval excite M.-Antoinette contre d’Aiguillon.—Mémoires de Guines
«tissus d’horreurs et de mensonges».—Guines gagne son procès.—La reine
exige de Louis XVI l’exil du duc d’Aiguillon.—Incidents de la revue du Trou
d’Enfer.—Entrevue de Maurepas avec la reine.—D’Aiguillon devra partir
pour l’Agénois.
Les d’Aiguillon, au moment où leurs adulateurs de la veille s’éloignaient
d’eux, le lendemain, pour mieux faire leur cour à la reine, trouvèrent un
défenseur hardi, généreux, infatigable dans la personne de leur tante, Mᵐᵉ de
Maurepas, la digne sœur de la comtesse de Plélo. Jusqu’alors elle s’était
tenue discrètement à l’ombre, la disgrâce si longue de son mari l’ayant privée
de tout crédit. Mais le soleil était revenu; et Mᵐᵉ de Maurepas avait reconquis
une influence qu’elle allait mettre au service de son neveu; car si elle était,
comme l’a fort bien dit Linguet, «toute puissante sur l’esprit de son mari, elle
était elle-même aveuglément soumise à toutes les impressions de l’ancien
commandant de Bretagne[372]. Enfin, elle avait la plus tendre affection par sa
nièce, accourait la soigner quand elle avait «ses hépatiques (coliques)» et ne
cessait de lui répéter dans ses lettres: «Vous savez que je vous considère
comme ma fille; croyez-le bien, nul ne vous aime plus que moi». Et nous
verrons, d’après sa correspondance, avec quelle sollicitude elle embrassa la
cause de Mᵐᵉ d’Aiguillon à l’heure de l’adversité. Elle s’attristait cependant,
elle la sérieuse compagne de l’homme le plus léger du monde, à l’idée que sa
nièce pût douter du zèle de M. de Maurepas pour la défense de ses intérêts:
«Je suis pénétrée de douleur, lui écrit-elle, que vous croyiez que M. de
Maurepas ne mette pas toute la vivacité qu’il doit aux affaires qui vous
intéressent. M. d’Aiguillon doit savoir mieux que personne qu’on ne fait pas
parler les rois comme on veut. Nous serons toujours occupés de saisir le
moment qui pourra vous être utile[373].»
Son neveu perdait patience; peut-être n’avait-il, lui aussi, qu’une médiocre
confiance dans la sincérité d’un homme qui n’avait jamais pensé qu’à lui[374]:
Page 142
«J’ai fait lire vos lettres à M. de Maurepas, disait encore la tante à sa nièce; il
prend aussi vivement que moi tout ce qui peut intéresser M. d’Aiguillon... Au
nom de Dieu, qu’il (le duc) se calme! Tous les honnêtes gens lui rendent
justice!»
Eh quoi! cet homme qu’on représente toujours si froid et si maître de lui,
se serait-il échappé en paroles violentes, dont ses ennemis, empressés à les
reproduire, pourraient se faire une arme contre lui?
L’hypothèse est admissible; car Augeard[375] affirme l’avoir vu, en
maintes circonstances, une fois par exemple à propos de Maupeou, entrer
dans une colère effroyable, presque convulsive, rappelant quelque peu les
crises de fureur dont, au dire de certaines chroniques, le cardinal de Richelieu
était coutumier.
Ce qui est certain, c’est que d’Aiguillon était resté tout l’hiver, à Paris[376],
«embusqué dans ce fastueux hôtel[377]» de la rue de l’Université qu’il avait
hérité de son père[378]. La cour de l’ancien ministre avait bien diminué; mais
les amis qui la composaient étaient si dévoués au maître que Mercy en
dénonçait les noirs complots. La «cabale» avait même recruté des adhérents
de marque, avec le cardinal de Rohan et ses parents, entraînés par Mᵐᵉ de
Maurepas, au grand déplaisir de l’impératrice, qui trouvait excessives les
rigueurs de sa fille contre d’Aiguillon[379]. Et la duchesse, toujours attentive
aux plaisirs de son mari, donnait chaque soir, à ses fidèles, le régal de la
comédie, comme à Veretz, sur un théâtre de société[380].
Mais, Marie-Antoinette, qui «attribuait l’odieux de la désaffection
populaire[381]» à d’Aiguillon et à son groupe, s’était offusquée des fréquentes
réunions de ce cercle frondeur et s’était juré d’en perdre le chef. L’incident de
Guines lui fournit l’occasion cherchée.
Une «note sur la vie politique de Barthélemy Tort de la Sonde, habitant de
Bruxelles» fixe le début de ce conflit, où personne n’eut raison, excepté peut-
être l’homme sur qui s’amassaient tant de colères, et principalement celle de
la reine: M. d’Aiguillon.
«J’ai été mis à la Bastille en 1770, déclare Tort de la Sonde,—d’ailleurs
un parfait aventurier—à la réquisition du fameux duc de Guines, alors
ambassadeur de France en Angleterre, parce que je m’étais fortement opposé
à ce qu’il volât 300.000 livres à MM. Bourdier, Chollet et Thélusson,
banquiers de Londres.
Après être sorti de la Bastille en 1771, j’ai attaqué l’escroc-ambassadeur
au Parlement. La reine et toute la canaille illustre de la Cour ont pris parti
prend aussi vivement que moi tout ce qui peut intéresser M. d’Aiguillon... Au
nom de Dieu, qu’il (le duc) se calme! Tous les honnêtes gens lui rendent
justice!»
Eh quoi! cet homme qu’on représente toujours si froid et si maître de lui,
se serait-il échappé en paroles violentes, dont ses ennemis, empressés à les
reproduire, pourraient se faire une arme contre lui?
L’hypothèse est admissible; car Augeard[375] affirme l’avoir vu, en
maintes circonstances, une fois par exemple à propos de Maupeou, entrer
dans une colère effroyable, presque convulsive, rappelant quelque peu les
crises de fureur dont, au dire de certaines chroniques, le cardinal de Richelieu
était coutumier.
Ce qui est certain, c’est que d’Aiguillon était resté tout l’hiver, à Paris[376],
«embusqué dans ce fastueux hôtel[377]» de la rue de l’Université qu’il avait
hérité de son père[378]. La cour de l’ancien ministre avait bien diminué; mais
les amis qui la composaient étaient si dévoués au maître que Mercy en
dénonçait les noirs complots. La «cabale» avait même recruté des adhérents
de marque, avec le cardinal de Rohan et ses parents, entraînés par Mᵐᵉ de
Maurepas, au grand déplaisir de l’impératrice, qui trouvait excessives les
rigueurs de sa fille contre d’Aiguillon[379]. Et la duchesse, toujours attentive
aux plaisirs de son mari, donnait chaque soir, à ses fidèles, le régal de la
comédie, comme à Veretz, sur un théâtre de société[380].
Mais, Marie-Antoinette, qui «attribuait l’odieux de la désaffection
populaire[381]» à d’Aiguillon et à son groupe, s’était offusquée des fréquentes
réunions de ce cercle frondeur et s’était juré d’en perdre le chef. L’incident de
Guines lui fournit l’occasion cherchée.
Une «note sur la vie politique de Barthélemy Tort de la Sonde, habitant de
Bruxelles» fixe le début de ce conflit, où personne n’eut raison, excepté peut-
être l’homme sur qui s’amassaient tant de colères, et principalement celle de
la reine: M. d’Aiguillon.
«J’ai été mis à la Bastille en 1770, déclare Tort de la Sonde,—d’ailleurs
un parfait aventurier—à la réquisition du fameux duc de Guines, alors
ambassadeur de France en Angleterre, parce que je m’étais fortement opposé
à ce qu’il volât 300.000 livres à MM. Bourdier, Chollet et Thélusson,
banquiers de Londres.
Après être sorti de la Bastille en 1771, j’ai attaqué l’escroc-ambassadeur
au Parlement. La reine et toute la canaille illustre de la Cour ont pris parti
Page 143
pour lui. J’ai fait justice des uns et des autres, en publiant contre eux les plus
sanglants mémoires, dans des moments où les prétendus patriotes
d’aujourd’hui faisaient les plats valets et n’osaient pas trop regarder un grand
seigneur en face[382]...»
Moreau, qui consacre plusieurs pages à cette affaire[383] et qui fut, il faut
le dire également, un des partisans les plus dévoués de l’ancien ministre,
expose, en quelques lignes, et avec impartialité, le différend divisant le comte
de Guines et son secrétaire Tort de la Sonde.
Celui-ci avait joué sur les fonds anglais, il avait perdu et s’était refusé à
régler les différences. Arrêté sur l’ordre de Guines, il prétendit n’avoir opéré
que pour le compte de l’ambassadeur. Il resta huit mois à la Bastille; mais les
créanciers anglais, qui voulaient être désintéressés, appuyaient la version de
Tort, l’homme de paille, assuraient-ils, du comte de Guines. La «permission
de rendre plainte» contre le diplomate français fut accordée par le Conseil.
D’Aiguillon qui était alors aux affaires étrangères, mais qui ne s’y trouvait
pas au moment du conflit entre Guines et Tort de la Sonde, avisa
l’ambassadeur de la requête obtenue contre lui. Mais déjà Sartine, lieutenant
de police, avait ouvert une instruction, avant que Guines ne fût rentré en
France, procédure que lui reprocha d’Aiguillon. Le ministre fit mieux encore:
il offrit à l’ambassadeur d’arrêter la plainte. Guines lui-même en convient
dans ses Mémoires. Son procès ne commença réellement qu’en août 1773. Il
se dit victime d’une machination de son ministre qui aurait prévenu contre lui
le roi, au lieu de le soutenir, lui l’envoyé de Louis XV[384].
Naturellement, d’Aiguillon avait pour adversaires le comte de Broglie,
Dumouriez, Favier et «tous les gens qu’il avait fait enfermer à la Bastille».
De Broglie, «rentré en grâce[385]», allait partout clabaudant que si M. de
Guines, son beau-frère, se trouvait lésé dans sa défense, il devait en rendre
responsable l’ancien secrétaire d’Etat aux affaires étrangères. Et précisément
il venait «d’imprimer que Tort n’ayant pas d’ordres verbaux à objecter contre
lui, les preuves testimoniales étaient périmées dans l’intervalle de ces quatre
années (1771-1774) et qu’il ne lui était plus possible de se défendre aussi
avantageusement en 1775 qu’il l’eût fait en 1771; enfin que M. d’Aiguillon
avait corrompu ceux qui avaient déposé dans l’instruction secrète[386]».
Le parti des Choiseul appuyait le comte de Guines; et Marie-Antoinette
apportait à protéger l’ambassadeur une animation extraordinaire. Mercy-
Argenteau regrettait même que, «pour faire pièce à d’Aiguillon», elle
témoignât autant d’intérêt à M. de Guines «dont il voulait bien croire la cause
sanglants mémoires, dans des moments où les prétendus patriotes
d’aujourd’hui faisaient les plats valets et n’osaient pas trop regarder un grand
seigneur en face[382]...»
Moreau, qui consacre plusieurs pages à cette affaire[383] et qui fut, il faut
le dire également, un des partisans les plus dévoués de l’ancien ministre,
expose, en quelques lignes, et avec impartialité, le différend divisant le comte
de Guines et son secrétaire Tort de la Sonde.
Celui-ci avait joué sur les fonds anglais, il avait perdu et s’était refusé à
régler les différences. Arrêté sur l’ordre de Guines, il prétendit n’avoir opéré
que pour le compte de l’ambassadeur. Il resta huit mois à la Bastille; mais les
créanciers anglais, qui voulaient être désintéressés, appuyaient la version de
Tort, l’homme de paille, assuraient-ils, du comte de Guines. La «permission
de rendre plainte» contre le diplomate français fut accordée par le Conseil.
D’Aiguillon qui était alors aux affaires étrangères, mais qui ne s’y trouvait
pas au moment du conflit entre Guines et Tort de la Sonde, avisa
l’ambassadeur de la requête obtenue contre lui. Mais déjà Sartine, lieutenant
de police, avait ouvert une instruction, avant que Guines ne fût rentré en
France, procédure que lui reprocha d’Aiguillon. Le ministre fit mieux encore:
il offrit à l’ambassadeur d’arrêter la plainte. Guines lui-même en convient
dans ses Mémoires. Son procès ne commença réellement qu’en août 1773. Il
se dit victime d’une machination de son ministre qui aurait prévenu contre lui
le roi, au lieu de le soutenir, lui l’envoyé de Louis XV[384].
Naturellement, d’Aiguillon avait pour adversaires le comte de Broglie,
Dumouriez, Favier et «tous les gens qu’il avait fait enfermer à la Bastille».
De Broglie, «rentré en grâce[385]», allait partout clabaudant que si M. de
Guines, son beau-frère, se trouvait lésé dans sa défense, il devait en rendre
responsable l’ancien secrétaire d’Etat aux affaires étrangères. Et précisément
il venait «d’imprimer que Tort n’ayant pas d’ordres verbaux à objecter contre
lui, les preuves testimoniales étaient périmées dans l’intervalle de ces quatre
années (1771-1774) et qu’il ne lui était plus possible de se défendre aussi
avantageusement en 1775 qu’il l’eût fait en 1771; enfin que M. d’Aiguillon
avait corrompu ceux qui avaient déposé dans l’instruction secrète[386]».
Le parti des Choiseul appuyait le comte de Guines; et Marie-Antoinette
apportait à protéger l’ambassadeur une animation extraordinaire. Mercy-
Argenteau regrettait même que, «pour faire pièce à d’Aiguillon», elle
témoignât autant d’intérêt à M. de Guines «dont il voulait bien croire la cause
Page 144
bonne». Il eût préféré que la reine déjouât, sans bruit, les intrigues du
ministre déchu, qui avait eu l’habileté, par son ascendant sur la comtesse de
Maurepas, d’exciter la jalousie de son oncle contre le crédit de Marie-
Antoinette. Mais la reine, plus irritée que jamais, avait exigé de son époux
qu’il exilât d’Aiguillon dans ses terres ou dans son gouvernement, avec
défense de paraître de longtemps. Le roi avait d’abord consenti; puis il s’était
ravisé, en faisant observer à la reine qu’il ne pouvait éloigner de Paris le duc
d’Aiguillon, au moment où il était aux prises avec le comte de Guines qui
avait laissé planer sur l’ancien fonctionnaire «les plus fâcheux soupçons». La
reine garda le silence; «mais assurément, ajoute Mercy, c’est M. de Maurepas
qui a dû suggérer ces réflexions au roi[387]».
Marie-Antoinette avait obéi, elle aussi, à des suggestions, mais d’un tout
autre genre et aussi perfides que cyniques. Si d’Aiguillon peut être représenté
par ses ennemis comme un «homme noir», méditant les complots les plus
affreux, Besenval, le conseiller de la reine, ne lui est certes pas inférieur,
devant l’Histoire, pour la dextérité et l’astuce avec laquelle il ourdit les plus
ténébreuses intrigues[388]. Il fallait décider Marie-Antoinette à précipiter, de
toute son influence sur Louis XVI, l’écrasement définitif du ministre tombé:
«... Je lui représentai avec feu le danger qu’il y avait pour elle de laisser
une cabale aussi inquiétante, ayant à sa tête le duc d’Aiguillon, dont le
caractère méchant, vindicatif et profond devait lui faire tout craindre... Je lui
fis comprendre la nécessité d’éloigner un tel homme. Je lui conseillai de
mettre en avant, vis-à-vis du roi, l’audace avec laquelle il avait poussé le
comte de Guines, quoiqu’il ne pût douter de la protection qu’elle lui accordait
et de lui faire comprendre qu’on ne devait jamais s’attendre à aucun repos,
tant qu’on laisserait un tel homme au milieu de Paris.»
Mais l’arrivisme du personnage, pour parler la langue à la mode, se trahit
bientôt:
«L’intérêt de la reine aurait suffi pour me faire attaquer M. d’Aiguillon;
mais d’autres considérations m’y portaient encore, c’était lui qui était l’auteur
de la chute de M. de Choiseul. Il convenait, à mon sentiment, de l’en punir.
Je ne pouvais me flatter d’aucun espoir de retour pour M. de Choiseul, tant
que M. d’Aiguillon serait à portée de pouvoir quelque chose; et en
l’éloignant, je croyais rendre un grand service à mes amis[389].»
Guines, «soufflé par le parti Choiseul[390]», venait d’envoyer «un violent
billet» à Louis XVI, pour lui demander justice contre les procédés de M.
d’Aiguillon. Celui-ci, «mis en cause», riposte par deux lettres que Vergennes,
ministre déchu, qui avait eu l’habileté, par son ascendant sur la comtesse de
Maurepas, d’exciter la jalousie de son oncle contre le crédit de Marie-
Antoinette. Mais la reine, plus irritée que jamais, avait exigé de son époux
qu’il exilât d’Aiguillon dans ses terres ou dans son gouvernement, avec
défense de paraître de longtemps. Le roi avait d’abord consenti; puis il s’était
ravisé, en faisant observer à la reine qu’il ne pouvait éloigner de Paris le duc
d’Aiguillon, au moment où il était aux prises avec le comte de Guines qui
avait laissé planer sur l’ancien fonctionnaire «les plus fâcheux soupçons». La
reine garda le silence; «mais assurément, ajoute Mercy, c’est M. de Maurepas
qui a dû suggérer ces réflexions au roi[387]».
Marie-Antoinette avait obéi, elle aussi, à des suggestions, mais d’un tout
autre genre et aussi perfides que cyniques. Si d’Aiguillon peut être représenté
par ses ennemis comme un «homme noir», méditant les complots les plus
affreux, Besenval, le conseiller de la reine, ne lui est certes pas inférieur,
devant l’Histoire, pour la dextérité et l’astuce avec laquelle il ourdit les plus
ténébreuses intrigues[388]. Il fallait décider Marie-Antoinette à précipiter, de
toute son influence sur Louis XVI, l’écrasement définitif du ministre tombé:
«... Je lui représentai avec feu le danger qu’il y avait pour elle de laisser
une cabale aussi inquiétante, ayant à sa tête le duc d’Aiguillon, dont le
caractère méchant, vindicatif et profond devait lui faire tout craindre... Je lui
fis comprendre la nécessité d’éloigner un tel homme. Je lui conseillai de
mettre en avant, vis-à-vis du roi, l’audace avec laquelle il avait poussé le
comte de Guines, quoiqu’il ne pût douter de la protection qu’elle lui accordait
et de lui faire comprendre qu’on ne devait jamais s’attendre à aucun repos,
tant qu’on laisserait un tel homme au milieu de Paris.»
Mais l’arrivisme du personnage, pour parler la langue à la mode, se trahit
bientôt:
«L’intérêt de la reine aurait suffi pour me faire attaquer M. d’Aiguillon;
mais d’autres considérations m’y portaient encore, c’était lui qui était l’auteur
de la chute de M. de Choiseul. Il convenait, à mon sentiment, de l’en punir.
Je ne pouvais me flatter d’aucun espoir de retour pour M. de Choiseul, tant
que M. d’Aiguillon serait à portée de pouvoir quelque chose; et en
l’éloignant, je croyais rendre un grand service à mes amis[389].»
Guines, «soufflé par le parti Choiseul[390]», venait d’envoyer «un violent
billet» à Louis XVI, pour lui demander justice contre les procédés de M.
d’Aiguillon. Celui-ci, «mis en cause», riposte par deux lettres que Vergennes,
Page 145
son ami, soumet au Conseil, en présence de Louis XVI. Maurepas fait savoir
à l’intéressé, par sa femme, le résultat négatif de la séance[391]. «On (le roi)
m’a répondu qu’on ne pouvait empêcher l’affaire de suivre son cours, qu’on
lui (à Guines) avait fait dire très fortement qu’on était mécontent du billet,
mais qu’on ne voulait pas faire de bruit de cette affaire. On a même ajouté
d’un ton à me fermer la bouche que vous ne devriez pas chercher de
nouvelles affaires. Je ne puis trop vous recommander le silence en ce
moment.»
Dès lors, la reine d’un côté, Vergennes et Maurepas de l’autre, se
combattent, «à coups fourrés» dit Besenval, sous les yeux de Louis XVI,
assez faible déjà pour subir alternativement toutes les influences.
D’Aiguillon avait obtenu l’autorisation de faire imprimer sa
correspondance ministérielle pour répondre aux imputations de Guines[392]:
elle prouverait plutôt qu’il avait pris parti contre Tort de la Sonde. Son
adversaire, «pour le noircir», fait mettre sous les yeux du procureur général
du Châtelet des extraits de sa correspondance diplomatique avec d’Aiguillon
et prétend donner ce second mémoire à l’impression[393]. Vergennes s’y
oppose: il démontre fort judicieusement au roi que si l’on accorde cette
permission à Guines, d’Aiguillon pourra la réclamer pour d’autres dépêches:
alors où s’arrêtera un tel abus? Louis XVI approuve son ministre. Mais
Guines passe outre; et le Conseil d’ordonner la suppression et la destruction
du mémoire imprimé:
«Si vous avez été surpris, écrit, le 24 mai, Mᵐᵉ d’Aiguillon au chevalier de
Balleroy, du ton du premier mémoire du comte de Guines, vous le serez un
peu plus du deuxième: c’est un tissu de noirceurs et de mensonges. Je joins à
ma lettre l’arrêt du Conseil qui a été rendu à cette vacation, qui a porté lui et
ses protecteurs au dernier degré de la rage. Ils remuent ciel et terre pour
trouver quelques nouvelles misères à faire et à dire. Je suis, sur cet article,
comme le sage pour la mort: je les attends sans les craindre[394]...»
La vaillante femme sait bien qu’elle et ses amis sont impuissants contre
les «protecteurs» qu’elle ne veut pas nommer et qu’elle ne nommera jamais.
Mᵐᵉ de Maurepas lui dira qu’«on ne put tenir» contre une reine qui use de
son ascendant sur son mari pour satisfaire sa haine. Marie-Antoinette fit
croire au roi que sa religion avait été surprise[395], lui rappelant, dans un
retour vers le passé, «la conduite atroce» de d’Aiguillon contre La Chalotais,
contre la Bretagne, contre le duc de Choiseul «protecteur» de Guines. Et
Louis XVI manda au Chatelet qu’il n’improuvait pas la publication des
à l’intéressé, par sa femme, le résultat négatif de la séance[391]. «On (le roi)
m’a répondu qu’on ne pouvait empêcher l’affaire de suivre son cours, qu’on
lui (à Guines) avait fait dire très fortement qu’on était mécontent du billet,
mais qu’on ne voulait pas faire de bruit de cette affaire. On a même ajouté
d’un ton à me fermer la bouche que vous ne devriez pas chercher de
nouvelles affaires. Je ne puis trop vous recommander le silence en ce
moment.»
Dès lors, la reine d’un côté, Vergennes et Maurepas de l’autre, se
combattent, «à coups fourrés» dit Besenval, sous les yeux de Louis XVI,
assez faible déjà pour subir alternativement toutes les influences.
D’Aiguillon avait obtenu l’autorisation de faire imprimer sa
correspondance ministérielle pour répondre aux imputations de Guines[392]:
elle prouverait plutôt qu’il avait pris parti contre Tort de la Sonde. Son
adversaire, «pour le noircir», fait mettre sous les yeux du procureur général
du Châtelet des extraits de sa correspondance diplomatique avec d’Aiguillon
et prétend donner ce second mémoire à l’impression[393]. Vergennes s’y
oppose: il démontre fort judicieusement au roi que si l’on accorde cette
permission à Guines, d’Aiguillon pourra la réclamer pour d’autres dépêches:
alors où s’arrêtera un tel abus? Louis XVI approuve son ministre. Mais
Guines passe outre; et le Conseil d’ordonner la suppression et la destruction
du mémoire imprimé:
«Si vous avez été surpris, écrit, le 24 mai, Mᵐᵉ d’Aiguillon au chevalier de
Balleroy, du ton du premier mémoire du comte de Guines, vous le serez un
peu plus du deuxième: c’est un tissu de noirceurs et de mensonges. Je joins à
ma lettre l’arrêt du Conseil qui a été rendu à cette vacation, qui a porté lui et
ses protecteurs au dernier degré de la rage. Ils remuent ciel et terre pour
trouver quelques nouvelles misères à faire et à dire. Je suis, sur cet article,
comme le sage pour la mort: je les attends sans les craindre[394]...»
La vaillante femme sait bien qu’elle et ses amis sont impuissants contre
les «protecteurs» qu’elle ne veut pas nommer et qu’elle ne nommera jamais.
Mᵐᵉ de Maurepas lui dira qu’«on ne put tenir» contre une reine qui use de
son ascendant sur son mari pour satisfaire sa haine. Marie-Antoinette fit
croire au roi que sa religion avait été surprise[395], lui rappelant, dans un
retour vers le passé, «la conduite atroce» de d’Aiguillon contre La Chalotais,
contre la Bretagne, contre le duc de Choiseul «protecteur» de Guines. Et
Louis XVI manda au Chatelet qu’il n’improuvait pas la publication des
Page 146
mémoires de Guines pour sa justification[396]. Louis XVI défendait seulement
au comte d’attaquer le duc d’Aiguillon; et le 2 juin, par 7 voix contre 6, le
Chatelet déclarait calomnieuses les accusations de Tort de la Sonde.
«La justice de Louis XVI, conclut Mᵐᵉ Campan, fit triompher l’innocence
du duc de Guines[397].»
Qu’en savait-elle? Jamais affaire ne fut plus embrouillée; et si Tort de la
Sonde, qui d’ailleurs en rappela, eut souvent des allures assez louches, la
conduite de son adversaire ne fut pas toujours bien correcte. La protection
presque tendre que lui accorda la reine était encore une de ces imprudences
qui furent si cruellement reprochées à la femme; et ce fut grâce à ses
instances qu’il reçut ce titre de duc dont Mᵐᵉ Campan le décore un peu trop
tôt.
La joie des vainqueurs fut insolente: «La sentence du Chatelet en faveur
du comte de Guines est imprimée en caractères gigantesques et se trouve
affichée à tous les coins de rue[398]».
Il semblait, en vérité, que la fatalité s’acharnât après d’Aiguillon. C’était
comme une reprise de l’éternelle affaire de Bretagne, qu’elle s’affirmât par la
réhabilitation des soi-disant victimes de l’ancien commandant ou par
l’apparition de nouveaux ennemis dans les rangs de ses propres défenseurs.
Tel Linguet qui se plaignait de n’avoir pas été suffisamment rémunéré par un
client ingrat et superbe au point de ne plus le reconnaître, une fois son procès
gagné[399]. En outre, Linguet avait été singulièrement persiflé, quand il était
allé demander à Maurepas la permission d’écrire contre d’Aiguillon: le vieil
homme d’Etat lui avait conseillé de se méfier de ses emportements. «—Ah!
Monseigneur, s’écria le publiciste, je vois qu’on vous a égaré sur mon
compte. Eh bien! je prends acte de vos préventions.»
Et Maurepas, ouvrant toute grande la porte de son cabinet:
—Vous êtes témoins, Messieurs, que je donne à M. Linguet la permission
de prendre acte de mon penchant à croire qu’il est quelquefois au delà du vrai
et que ses talents l’égarent[400].
Le gazetier, qui avait conté l’anecdote, annonçait un autre jour[401] que La
Chalotais venait de recevoir, à titre de compensation, 100.000 francs, 8.000
livres de pension, le titre de marquis et pour son fils celui de Président. Mais
il avait dû renoncer à «ses prétentions et griefs contre d’Aiguillon...».... «Cela
semblerait prouver que ce duc avait agi en Bretagne par ordre du feu roi, ou
que le monarque avait approuvé les procédures de ses représentants en
au comte d’attaquer le duc d’Aiguillon; et le 2 juin, par 7 voix contre 6, le
Chatelet déclarait calomnieuses les accusations de Tort de la Sonde.
«La justice de Louis XVI, conclut Mᵐᵉ Campan, fit triompher l’innocence
du duc de Guines[397].»
Qu’en savait-elle? Jamais affaire ne fut plus embrouillée; et si Tort de la
Sonde, qui d’ailleurs en rappela, eut souvent des allures assez louches, la
conduite de son adversaire ne fut pas toujours bien correcte. La protection
presque tendre que lui accorda la reine était encore une de ces imprudences
qui furent si cruellement reprochées à la femme; et ce fut grâce à ses
instances qu’il reçut ce titre de duc dont Mᵐᵉ Campan le décore un peu trop
tôt.
La joie des vainqueurs fut insolente: «La sentence du Chatelet en faveur
du comte de Guines est imprimée en caractères gigantesques et se trouve
affichée à tous les coins de rue[398]».
Il semblait, en vérité, que la fatalité s’acharnât après d’Aiguillon. C’était
comme une reprise de l’éternelle affaire de Bretagne, qu’elle s’affirmât par la
réhabilitation des soi-disant victimes de l’ancien commandant ou par
l’apparition de nouveaux ennemis dans les rangs de ses propres défenseurs.
Tel Linguet qui se plaignait de n’avoir pas été suffisamment rémunéré par un
client ingrat et superbe au point de ne plus le reconnaître, une fois son procès
gagné[399]. En outre, Linguet avait été singulièrement persiflé, quand il était
allé demander à Maurepas la permission d’écrire contre d’Aiguillon: le vieil
homme d’Etat lui avait conseillé de se méfier de ses emportements. «—Ah!
Monseigneur, s’écria le publiciste, je vois qu’on vous a égaré sur mon
compte. Eh bien! je prends acte de vos préventions.»
Et Maurepas, ouvrant toute grande la porte de son cabinet:
—Vous êtes témoins, Messieurs, que je donne à M. Linguet la permission
de prendre acte de mon penchant à croire qu’il est quelquefois au delà du vrai
et que ses talents l’égarent[400].
Le gazetier, qui avait conté l’anecdote, annonçait un autre jour[401] que La
Chalotais venait de recevoir, à titre de compensation, 100.000 francs, 8.000
livres de pension, le titre de marquis et pour son fils celui de Président. Mais
il avait dû renoncer à «ses prétentions et griefs contre d’Aiguillon...».... «Cela
semblerait prouver que ce duc avait agi en Bretagne par ordre du feu roi, ou
que le monarque avait approuvé les procédures de ses représentants en
Page 147
Bretagne. Cependant l’odieux qui a rejailli de cette affaire sur MM.
d’Aiguillon et de Calonne subsiste toujours dans l’opinion publique.»
Mais des outrages plus sanglants, des humiliations plus pénibles, une
chute plus profonde, et celle-ci définitive, attendaient le duc d’Aiguillon. Or,
cet homme de cour, rompu cependant à toutes les intrigues, n’avait jamais eu,
pour sa propre destinée, la clairvoyance dont sa femme était supérieurement
douée. Les événements qui se précipitaient auraient dû lui ouvrir les yeux; et
ses oreilles restaient obstinément fermées aux avertissements que ne lui
ménageaient pas de prudentes amitiés. Il se flattait qu’il reviendrait au
pouvoir. Sa fierté, réveillée par des voix autorisées, l’en avait fait, il est vrai,
spontanément descendre. Et la rapidité avec laquelle il fut remplacé ne
démontra que trop que sa révocation était imminente. Son optimisme
personnel en fut à peine effleuré: «J’avoue, disait-il à Belleval, que la haine
dont la reine me poursuit, après m’avoir honoré jadis de quelque
bienveillance, m’a trouvé moins résolu». Il était persuadé que, s’il n’avait
dépendu que du roi, il serait resté: «il n’est pas besoin de s’adorer pourvu que
les affaires de l’Etat marchent[402]». Faut-il rappeler, d’après les Mémoires du
ministère d’Aiguillon, ce rêve d’un projet qui le ramenait au pouvoir pour en
faire le coadjuteur de son oncle? Sa belle confiance escomptait toujours
l’avenir.
Le 24 septembre 1774, il avait annoncé à ses chevau-légers que la
compagnie serait passée en revue par le roi et qu’elle «irait au sacre de Sa
Majesté le printemps prochain».
Et Belleval, qui reçoit, en 1775 (avril), les confidences de son
commandant, déplore «l’état d’aveuglement où l’esprit le plus subtil reste
couvert de nuages». D’Aiguillon, sans prendre autrement garde au sentiment
du roi qui le tolère, ni à «la haine de la reine», qui ne le tolère pas, organise,
avec son faste ordinaire, pour les fêtes du sacre, de luxueux préparatifs dont
s’indigne Marie-Antoinette. Il annonce à ses officiers qu’ils seront reçus à
Reims, dans son hôtel et à sa propre table. Mais tout à coup il reçoit un ordre
qui le relève de son service à cette fête grandiose. C’est le «coup de tonnerre»
précurseur de la tempête. Et quel désarroi parmi les chevau-légers! Belleval
en esquisse un leste croquis[403]. Le comte de la Coste lui apprend, dans la
Grande Galerie de Versailles, qu’il doit commander la compagnie à la
cérémonie du sacre: communication toute confidentielle. Mais les officiers
pressentent l’événement. Le duc de Villequier vient à Belleval qu’il sait ami
de d’Aiguillon et tente vainement de le faire parler. Mais le lendemain:
d’Aiguillon et de Calonne subsiste toujours dans l’opinion publique.»
Mais des outrages plus sanglants, des humiliations plus pénibles, une
chute plus profonde, et celle-ci définitive, attendaient le duc d’Aiguillon. Or,
cet homme de cour, rompu cependant à toutes les intrigues, n’avait jamais eu,
pour sa propre destinée, la clairvoyance dont sa femme était supérieurement
douée. Les événements qui se précipitaient auraient dû lui ouvrir les yeux; et
ses oreilles restaient obstinément fermées aux avertissements que ne lui
ménageaient pas de prudentes amitiés. Il se flattait qu’il reviendrait au
pouvoir. Sa fierté, réveillée par des voix autorisées, l’en avait fait, il est vrai,
spontanément descendre. Et la rapidité avec laquelle il fut remplacé ne
démontra que trop que sa révocation était imminente. Son optimisme
personnel en fut à peine effleuré: «J’avoue, disait-il à Belleval, que la haine
dont la reine me poursuit, après m’avoir honoré jadis de quelque
bienveillance, m’a trouvé moins résolu». Il était persuadé que, s’il n’avait
dépendu que du roi, il serait resté: «il n’est pas besoin de s’adorer pourvu que
les affaires de l’Etat marchent[402]». Faut-il rappeler, d’après les Mémoires du
ministère d’Aiguillon, ce rêve d’un projet qui le ramenait au pouvoir pour en
faire le coadjuteur de son oncle? Sa belle confiance escomptait toujours
l’avenir.
Le 24 septembre 1774, il avait annoncé à ses chevau-légers que la
compagnie serait passée en revue par le roi et qu’elle «irait au sacre de Sa
Majesté le printemps prochain».
Et Belleval, qui reçoit, en 1775 (avril), les confidences de son
commandant, déplore «l’état d’aveuglement où l’esprit le plus subtil reste
couvert de nuages». D’Aiguillon, sans prendre autrement garde au sentiment
du roi qui le tolère, ni à «la haine de la reine», qui ne le tolère pas, organise,
avec son faste ordinaire, pour les fêtes du sacre, de luxueux préparatifs dont
s’indigne Marie-Antoinette. Il annonce à ses officiers qu’ils seront reçus à
Reims, dans son hôtel et à sa propre table. Mais tout à coup il reçoit un ordre
qui le relève de son service à cette fête grandiose. C’est le «coup de tonnerre»
précurseur de la tempête. Et quel désarroi parmi les chevau-légers! Belleval
en esquisse un leste croquis[403]. Le comte de la Coste lui apprend, dans la
Grande Galerie de Versailles, qu’il doit commander la compagnie à la
cérémonie du sacre: communication toute confidentielle. Mais les officiers
pressentent l’événement. Le duc de Villequier vient à Belleval qu’il sait ami
de d’Aiguillon et tente vainement de le faire parler. Mais le lendemain:
Page 148
—Eh! eh! la guêpe est écrasée. Il n’y a plus de coups d’aiguillon à
craindre.
Belleval s’échauffe:
—Parlons sérieusement, dit en riant Villequier. Aussi bien il serait puéril
de vouloir «cacher aujourd’hui ce que chacun sait».
Et Villequier lui confirme les nouvelles de la veille. Il lui annonce que la
reine, en raison de son estime pour Choiseul, l’a fait inviter au sacre.
—Sans doute, ajoute-t-il, «si le roi avait été abandonné à lui-même, il
aurait gardé M. d’Aiguillon, malgré la violence du parti que son imprudence
avait laissé se former et grandir contre lui». Ce n’est pas qu’il soit «un
homme d’Etat», mais il a «l’esprit fin et adroit»; courtisan délié, il avait une
intelligence capable de le faire louvoyer au milieu des écueils de l’entourage
hostile de la reine.
Il fallut, pour enlever à d’Aiguillon ses dernières illusions, l’insulte
suprême de la revue du Trou-d’Enfer (le 30 mai), où les devoirs de sa charge
l’obligeaient à défiler, à la tête de sa compagnie. Quelques jours auparavant,
il était allé prendre les ordres de la reine pour cette revue:
—Que n’allez-vous à Saint-Vrain, solliciter ceux de Mᵐᵉ Du Barry? lui
répondit durement Marie-Antoinette.
L’ancienne maîtresse de Louis XV avait obtenu depuis peu la permission
de quitter l’abbaye de Pont-aux-Dames où elle était exilée, pour la résidence
de Saint-Vrain située près d’Arpajon; et d’Aiguillon, à qui ses ennemis
faisaient un crime de cet acte de reconnaissance, était allé présenter ses
hommages, ainsi qu’il l’avait appris à Belleval, à la châtelaine de Saint-
Vrain[404].
Le «capitaine-lieutenant» des chevau-légers était donc venu de Paris au
camp de Marly pour la revue du Trou-d’Enfer. Le bruit de son exil avait
atteint le rinforzando que Beaumarchais donne à la rumeur de la calomnie; et
la reine avait annoncé qu’elle s’abstiendrait de paraître, si d’Aiguillon était
présent. La compagnie était enchantée que le roi n’eût pas interdit à son
commandant de remplir son emploi[405].
Mais, au moment de monter à cheval, le duc reçoit ce billet de
Maurepas[406]: «Quand le roi passera, ne lui remettez pas le papier», c’est-à-
dire «les grâces à demander», une liste que connaissait bien Belleval, car son
protecteur lui promettait souvent d’y faire figurer son nom.
craindre.
Belleval s’échauffe:
—Parlons sérieusement, dit en riant Villequier. Aussi bien il serait puéril
de vouloir «cacher aujourd’hui ce que chacun sait».
Et Villequier lui confirme les nouvelles de la veille. Il lui annonce que la
reine, en raison de son estime pour Choiseul, l’a fait inviter au sacre.
—Sans doute, ajoute-t-il, «si le roi avait été abandonné à lui-même, il
aurait gardé M. d’Aiguillon, malgré la violence du parti que son imprudence
avait laissé se former et grandir contre lui». Ce n’est pas qu’il soit «un
homme d’Etat», mais il a «l’esprit fin et adroit»; courtisan délié, il avait une
intelligence capable de le faire louvoyer au milieu des écueils de l’entourage
hostile de la reine.
Il fallut, pour enlever à d’Aiguillon ses dernières illusions, l’insulte
suprême de la revue du Trou-d’Enfer (le 30 mai), où les devoirs de sa charge
l’obligeaient à défiler, à la tête de sa compagnie. Quelques jours auparavant,
il était allé prendre les ordres de la reine pour cette revue:
—Que n’allez-vous à Saint-Vrain, solliciter ceux de Mᵐᵉ Du Barry? lui
répondit durement Marie-Antoinette.
L’ancienne maîtresse de Louis XV avait obtenu depuis peu la permission
de quitter l’abbaye de Pont-aux-Dames où elle était exilée, pour la résidence
de Saint-Vrain située près d’Arpajon; et d’Aiguillon, à qui ses ennemis
faisaient un crime de cet acte de reconnaissance, était allé présenter ses
hommages, ainsi qu’il l’avait appris à Belleval, à la châtelaine de Saint-
Vrain[404].
Le «capitaine-lieutenant» des chevau-légers était donc venu de Paris au
camp de Marly pour la revue du Trou-d’Enfer. Le bruit de son exil avait
atteint le rinforzando que Beaumarchais donne à la rumeur de la calomnie; et
la reine avait annoncé qu’elle s’abstiendrait de paraître, si d’Aiguillon était
présent. La compagnie était enchantée que le roi n’eût pas interdit à son
commandant de remplir son emploi[405].
Mais, au moment de monter à cheval, le duc reçoit ce billet de
Maurepas[406]: «Quand le roi passera, ne lui remettez pas le papier», c’est-à-
dire «les grâces à demander», une liste que connaissait bien Belleval, car son
protecteur lui promettait souvent d’y faire figurer son nom.
Page 149
D’Aiguillon ne comprend rien au message de Maurepas, et perd la tête
lorsque, en arrivant sur le terrain de la revue, il aperçoit, contre toute attente,
le carrosse de la reine et partout une foule énorme de curieux.
Le défilé commence. Au passage des chevau-légers devant le roi,
d’Aiguillon remet au prince «le papier». Louis XVI ne le regarde pas: le parti
de Guines affirma même plus tard qu’il l’avait refusé[407]. Mais voici le
capitaine-lieutenant, à la tête de sa compagnie, devant le carrosse de la reine;
Marie-Antoinette abaisse vivement le store de la portière. Les Mémoires de
d’Aiguillon disent même qu’«elle tira la langue» à l’ex-ministre... «Les
cheveux me dressent sur la tête quand j’aperçois cet homme-là», déclare-t-
elle le soir de la revue[408].
Le lendemain, le duc, qui voulait décidément faire contre mauvaise
fortune beau jeu, déclarait à Belleval qu’il «supportait légèrement cette
dureté».
Il n’était qu’au commencement de son calvaire.
Revue du Trou d’Enfer à Marly
(d’après Moreau et Le Paon)
Le 5 juin, trois jours avant le sacre, Marie-Antoinette mande Maurepas et
lui tient ce langage[409]: «Monsieur, je ne vous vois point avec peine avoir la
confiance du roi. Je connais votre probité, la droiture de vos intentions et
votre désintéressement. Mais je ne puis vous déguiser que vous me trouverez
contraire à tout projet de voir votre neveu dans ce pays-ci. J’ai lieu d’être
lorsque, en arrivant sur le terrain de la revue, il aperçoit, contre toute attente,
le carrosse de la reine et partout une foule énorme de curieux.
Le défilé commence. Au passage des chevau-légers devant le roi,
d’Aiguillon remet au prince «le papier». Louis XVI ne le regarde pas: le parti
de Guines affirma même plus tard qu’il l’avait refusé[407]. Mais voici le
capitaine-lieutenant, à la tête de sa compagnie, devant le carrosse de la reine;
Marie-Antoinette abaisse vivement le store de la portière. Les Mémoires de
d’Aiguillon disent même qu’«elle tira la langue» à l’ex-ministre... «Les
cheveux me dressent sur la tête quand j’aperçois cet homme-là», déclare-t-
elle le soir de la revue[408].
Le lendemain, le duc, qui voulait décidément faire contre mauvaise
fortune beau jeu, déclarait à Belleval qu’il «supportait légèrement cette
dureté».
Il n’était qu’au commencement de son calvaire.
Revue du Trou d’Enfer à Marly
(d’après Moreau et Le Paon)
Le 5 juin, trois jours avant le sacre, Marie-Antoinette mande Maurepas et
lui tient ce langage[409]: «Monsieur, je ne vous vois point avec peine avoir la
confiance du roi. Je connais votre probité, la droiture de vos intentions et
votre désintéressement. Mais je ne puis vous déguiser que vous me trouverez
contraire à tout projet de voir votre neveu dans ce pays-ci. J’ai lieu d’être
Page 150
mécontente de lui depuis longtemps. Vous l’avez soutenu et nous avons
combattu l’un contre l’autre. Vous avez tenu des propos sur tout cela; j’en ai
tenu de mon côté qui ne vous auront pas contenté. Laissons votre neveu loin
d’ici et oublions de part et d’autre nos propos mutuels.»
Maurepas, pris au dépourvu, se confond en vagues protestations. La reine
redouble de véhémence. Elle déclare qu’elle a obtenu du roi l’interdiction
pour d’Aiguillon de se rendre à Reims et son ordre d’exil dans ses terres.—
Mais, demande Maurepas, quels sont les nouveaux torts de mon neveu?
—Qu’importe? La mesure est comble. Il faut que le vase renverse.
—Mais, Madame, il semble que si le roi doit faire du mal à quelqu’un, ce
ne saurait être par vous.
—Vous pouvez avoir raison; et je compte dorénavant n’en plus faire, mais
je veux faire celui-là.
—Puis-je dire, Madame, que c’est votre volonté et non celle du roi?
—Soit, je prends tout sur moi.
Maurepas se rendit auprès de Louis XVI, qui, dès les premiers mots,
déclara qu’il ne voulait se mêler de rien et qu’il laissait à sa femme le soin de
régler le lieu et la durée de l’exil[410].
Est-il vrai que Guines et les Choiseul représentèrent à la reine que
Maurepas n’allant pas au sacre, les intrigues continueraient et que «des
courriers se croiseraient de Veretz à Pontchartrain[411]?» Ou bien que
d’Aiguillon, se sachant relégué à Veretz, ne tint aucun compte de cet ordre et
ne bougea de Paris[412]. Toujours est-il que, dans une troisième et dernière
conférence avec Maurepas, Marie-Antoinette lui signifia que l’ex-ministre
eût à prendre le chemin d’Aiguillon en Agénois[413]. Ce fut La Vrillière qui
remplit officiellement cette mission auprès de son neveu, comme il s’était
acquitté d’une semblable, l’année précédente, auprès de Mᵐᵉ Du Barry.
Quand ce faible et irrésolu monarque qu’était Louis XVI fit, au moment
de son départ pour Reims, ses adieux à Maurepas, il eut comme conscience
de sa mollesse, il regretta l’ordre d’exil et parlait déjà de revenir sur sa
décision. Maurepas refusa net.
—Oubliez tout, dit-il au roi, ne songez plus qu’à la cérémonie de Reims,
moi, j’irai me tranquilliser à Pontchartrain avec mes carpes. Votre Majesté
me fait espérer qu’elle me donnera des nouvelles qui me tiendront lieu de
tout. Mon neveu est sujet trop respectueux pour rien faire qui puisse déplaire
à la reine: il partira dans quelques jours[414].
combattu l’un contre l’autre. Vous avez tenu des propos sur tout cela; j’en ai
tenu de mon côté qui ne vous auront pas contenté. Laissons votre neveu loin
d’ici et oublions de part et d’autre nos propos mutuels.»
Maurepas, pris au dépourvu, se confond en vagues protestations. La reine
redouble de véhémence. Elle déclare qu’elle a obtenu du roi l’interdiction
pour d’Aiguillon de se rendre à Reims et son ordre d’exil dans ses terres.—
Mais, demande Maurepas, quels sont les nouveaux torts de mon neveu?
—Qu’importe? La mesure est comble. Il faut que le vase renverse.
—Mais, Madame, il semble que si le roi doit faire du mal à quelqu’un, ce
ne saurait être par vous.
—Vous pouvez avoir raison; et je compte dorénavant n’en plus faire, mais
je veux faire celui-là.
—Puis-je dire, Madame, que c’est votre volonté et non celle du roi?
—Soit, je prends tout sur moi.
Maurepas se rendit auprès de Louis XVI, qui, dès les premiers mots,
déclara qu’il ne voulait se mêler de rien et qu’il laissait à sa femme le soin de
régler le lieu et la durée de l’exil[410].
Est-il vrai que Guines et les Choiseul représentèrent à la reine que
Maurepas n’allant pas au sacre, les intrigues continueraient et que «des
courriers se croiseraient de Veretz à Pontchartrain[411]?» Ou bien que
d’Aiguillon, se sachant relégué à Veretz, ne tint aucun compte de cet ordre et
ne bougea de Paris[412]. Toujours est-il que, dans une troisième et dernière
conférence avec Maurepas, Marie-Antoinette lui signifia que l’ex-ministre
eût à prendre le chemin d’Aiguillon en Agénois[413]. Ce fut La Vrillière qui
remplit officiellement cette mission auprès de son neveu, comme il s’était
acquitté d’une semblable, l’année précédente, auprès de Mᵐᵉ Du Barry.
Quand ce faible et irrésolu monarque qu’était Louis XVI fit, au moment
de son départ pour Reims, ses adieux à Maurepas, il eut comme conscience
de sa mollesse, il regretta l’ordre d’exil et parlait déjà de revenir sur sa
décision. Maurepas refusa net.
—Oubliez tout, dit-il au roi, ne songez plus qu’à la cérémonie de Reims,
moi, j’irai me tranquilliser à Pontchartrain avec mes carpes. Votre Majesté
me fait espérer qu’elle me donnera des nouvelles qui me tiendront lieu de
tout. Mon neveu est sujet trop respectueux pour rien faire qui puisse déplaire
à la reine: il partira dans quelques jours[414].
Page 151
Il est vrai que le roi n’avait pas consenti à signer de lettre de cachet[415].
Et la reine s’attribuait tout l’honneur de cet «ordre verbal»[416], qu’elle
estimait moins dur et moins «barbare, quoique lui-même s’en fût servi[417]».
Et la reine s’attribuait tout l’honneur de cet «ordre verbal»[416], qu’elle
estimait moins dur et moins «barbare, quoique lui-même s’en fût servi[417]».
Page 152
XVIII
Impatience et joie exubérante de la reine.—Réaction de l’opinion publique en
faveur de l’exilé.—Fausse philosophie de d’Aiguillon: billet à Balleroy,
entretien avec Maurepas.—«Il n’y a rien perdu», le mot de Marie-
Antoinette justifié.—Les lettres de Mᵐᵉ de Maurepas.—La tâche de Mᵐᵉ
d’Aiguillon.—Voyage de Mᵐᵉ Du Barry: l’anecdote des «Entretiens de
l’autre monde».
«Il partira dans quelques jours», avait dit Maurepas à la reine. Or, Marie-
Antoinette n’avait eu de cesse que M. d’Aiguillon fût déjà sur le chemin de
l’exil. Un courrier de La Vrillière était venu réveiller Maurepas: «Rien ne
m’a plus étonné que l’empressement de la reine à savoir M. d’Aiguillon parti:
il faut qu’on lui ait fait encore quelque noire méchanceté», écrivait à sa nièce
la femme du ministre. Un autre émissaire avait couru chez la duchesse: «Que
les ennemis du duc se rassurent, dit Mᵐᵉ d’Aiguillon, il est parti ce
matin[418]». Noble et fière réponse qui laisse pressentir avec quelle dignité la
vaillante fille des Plélo s’efforcera d’adoucir pour son époux les rigueurs de
la disgrâce.
Jusqu’au dernier moment, elle avait douté de la catastrophe: elle ne
voulait pas que leur ami Balleroy pût y croire: «Cependant, à tout hasard, lui
disait-elle, je vous donne part qu’il n’en est rien, le roi ayant dispensé M.
d’Aiguillon d’aller à son sacre, et lui avancé son voyage pour Veretz de huit
jours.» Elle notait en passant que «le procès de M. de Guines n’était rien
moins que fini, puisque Tort en appelait».
Marie-Antoinette exultait de joie: «Ce départ, écrit-elle le 13 juillet au
comte de Rosemberg, est tout à fait mon ouvrage. La mesure était tout à fait à
son comble (l’avait-elle assez répété?). Ce vilain homme entretenait toutes
sortes d’espionnage et de fort mauvais propos. Il avait cherché à me braver
plus d’une fois dans l’affaire de Guines; aussitôt après le jugement (le 2 juin)
j’ai demandé au roi son éloignement. Il est vrai que je n’ai pas voulu de lettre
de cachet; mais il n’y a rien perdu; car, au lieu de rester en Touraine, comme
il le voulait, on l’a prié de continuer sa route jusqu’à Aiguillon qui est en
Gascogne[419].»
Cette prétendue clémence n’était donc qu’un raffinement de vengeance
féminine. On en saura tout à l’heure le motif.
Impatience et joie exubérante de la reine.—Réaction de l’opinion publique en
faveur de l’exilé.—Fausse philosophie de d’Aiguillon: billet à Balleroy,
entretien avec Maurepas.—«Il n’y a rien perdu», le mot de Marie-
Antoinette justifié.—Les lettres de Mᵐᵉ de Maurepas.—La tâche de Mᵐᵉ
d’Aiguillon.—Voyage de Mᵐᵉ Du Barry: l’anecdote des «Entretiens de
l’autre monde».
«Il partira dans quelques jours», avait dit Maurepas à la reine. Or, Marie-
Antoinette n’avait eu de cesse que M. d’Aiguillon fût déjà sur le chemin de
l’exil. Un courrier de La Vrillière était venu réveiller Maurepas: «Rien ne
m’a plus étonné que l’empressement de la reine à savoir M. d’Aiguillon parti:
il faut qu’on lui ait fait encore quelque noire méchanceté», écrivait à sa nièce
la femme du ministre. Un autre émissaire avait couru chez la duchesse: «Que
les ennemis du duc se rassurent, dit Mᵐᵉ d’Aiguillon, il est parti ce
matin[418]». Noble et fière réponse qui laisse pressentir avec quelle dignité la
vaillante fille des Plélo s’efforcera d’adoucir pour son époux les rigueurs de
la disgrâce.
Jusqu’au dernier moment, elle avait douté de la catastrophe: elle ne
voulait pas que leur ami Balleroy pût y croire: «Cependant, à tout hasard, lui
disait-elle, je vous donne part qu’il n’en est rien, le roi ayant dispensé M.
d’Aiguillon d’aller à son sacre, et lui avancé son voyage pour Veretz de huit
jours.» Elle notait en passant que «le procès de M. de Guines n’était rien
moins que fini, puisque Tort en appelait».
Marie-Antoinette exultait de joie: «Ce départ, écrit-elle le 13 juillet au
comte de Rosemberg, est tout à fait mon ouvrage. La mesure était tout à fait à
son comble (l’avait-elle assez répété?). Ce vilain homme entretenait toutes
sortes d’espionnage et de fort mauvais propos. Il avait cherché à me braver
plus d’une fois dans l’affaire de Guines; aussitôt après le jugement (le 2 juin)
j’ai demandé au roi son éloignement. Il est vrai que je n’ai pas voulu de lettre
de cachet; mais il n’y a rien perdu; car, au lieu de rester en Touraine, comme
il le voulait, on l’a prié de continuer sa route jusqu’à Aiguillon qui est en
Gascogne[419].»
Cette prétendue clémence n’était donc qu’un raffinement de vengeance
féminine. On en saura tout à l’heure le motif.
Page 153
La persécution, si justifiable que le prétende le persécuteur, finit par
donner l’auréole des martyrs à ses victimes, fussent-elles les moins
sympathiques du monde. Ce fut le cas de l’exilé. L’opinion publique
réprouva un tel acharnement. Et Besenval le remarque d’un ton pincé: «Le
sentiment de vengeance et de justice fut étouffé par une compassion
philosophique que les femmes, qui s’étaient érigées en législateurs, outrèrent,
ainsi qu’elles outrent toujours à tort. On n’entendit que les mots de tyrannie,
justice exacte, liberté du citoyen et loi[420]».
Le public, note Belleval[421], blâma la sévérité du roi:
«M. d’Aiguillon n’était pas plus coupable alors qu’en quittant le
ministère. Aussi lui écrivait-on que «la partie n’était pas perdue et qu’il y
avait lieu de profiter de ce mouvement de l’opinion qui se déclarait pour lui».
Il répondit qu’il était au-dessous de lui d’implorer sa grâce et qu’il laissait ses
amis libres de faire pour lui ce que bon leur semblerait. La question de retour
fut proposée et agitée; et la reine faiblit devant le bruit de la Cour et de la
ville...»
A notre avis, Belleval, que sa chaude amitié incita peut-être à cette
démarche, s’abuse sur la prétendue «faiblesse» de la reine. La fille des Césars
était trop férue de son autorité, trop absolue et trop pénétrée de la sûreté de
son jugement, pour ne pas persister dans sa résolution, même en présence des
protestations de l’opinion publique.
Puis elle se voyait enfin émancipée du joug de sa mère, et de plus, elle
avait conscience de l’infériorité intellectuelle de son époux. Comme une
autre Marie-Thérèse, elle gouvernait déjà. Dans les deux lettres qu’elle
écrivait à Rosemberg, cet ami d’enfance, elle affectait une indépendance
d’allures et un ton d’autorité vraiment étranges: elle s’était constitué une
petite cour «d’hommes aimables», et, de son boudoir, faisait marcher la
machine gouvernementale: «Nous allons être débarrassés de M. de la
Vrillière». Elle avait vu Choiseul à Reims et lui avait parlé, sans que le roi
l’ignorât, mais assez adroitement pour n’avoir pas l’air d’en demander la
permission au «pauvre homme» (elle appelait ainsi Louis XVI).
Marie-Thérèse, qui se plaignait déjà amèrement de la «vivacité, légèreté,
inapplication, entêtement» de sa fille, sent qu’elle lui échappe et ne peut
retenir son indignation, surtout après la lecture de la missive adressée à
Rosemberg, qu’elle n’avait «connue, disait-elle, que par tradition»:
«... Je l’ai fait copier, écrit-elle à Mercy, pour vous l’envoyer... J’avoue
que j’en suis pénétrée au fond du cœur. Quel style! Quelle façon de penser!
donner l’auréole des martyrs à ses victimes, fussent-elles les moins
sympathiques du monde. Ce fut le cas de l’exilé. L’opinion publique
réprouva un tel acharnement. Et Besenval le remarque d’un ton pincé: «Le
sentiment de vengeance et de justice fut étouffé par une compassion
philosophique que les femmes, qui s’étaient érigées en législateurs, outrèrent,
ainsi qu’elles outrent toujours à tort. On n’entendit que les mots de tyrannie,
justice exacte, liberté du citoyen et loi[420]».
Le public, note Belleval[421], blâma la sévérité du roi:
«M. d’Aiguillon n’était pas plus coupable alors qu’en quittant le
ministère. Aussi lui écrivait-on que «la partie n’était pas perdue et qu’il y
avait lieu de profiter de ce mouvement de l’opinion qui se déclarait pour lui».
Il répondit qu’il était au-dessous de lui d’implorer sa grâce et qu’il laissait ses
amis libres de faire pour lui ce que bon leur semblerait. La question de retour
fut proposée et agitée; et la reine faiblit devant le bruit de la Cour et de la
ville...»
A notre avis, Belleval, que sa chaude amitié incita peut-être à cette
démarche, s’abuse sur la prétendue «faiblesse» de la reine. La fille des Césars
était trop férue de son autorité, trop absolue et trop pénétrée de la sûreté de
son jugement, pour ne pas persister dans sa résolution, même en présence des
protestations de l’opinion publique.
Puis elle se voyait enfin émancipée du joug de sa mère, et de plus, elle
avait conscience de l’infériorité intellectuelle de son époux. Comme une
autre Marie-Thérèse, elle gouvernait déjà. Dans les deux lettres qu’elle
écrivait à Rosemberg, cet ami d’enfance, elle affectait une indépendance
d’allures et un ton d’autorité vraiment étranges: elle s’était constitué une
petite cour «d’hommes aimables», et, de son boudoir, faisait marcher la
machine gouvernementale: «Nous allons être débarrassés de M. de la
Vrillière». Elle avait vu Choiseul à Reims et lui avait parlé, sans que le roi
l’ignorât, mais assez adroitement pour n’avoir pas l’air d’en demander la
permission au «pauvre homme» (elle appelait ainsi Louis XVI).
Marie-Thérèse, qui se plaignait déjà amèrement de la «vivacité, légèreté,
inapplication, entêtement» de sa fille, sent qu’elle lui échappe et ne peut
retenir son indignation, surtout après la lecture de la missive adressée à
Rosemberg, qu’elle n’avait «connue, disait-elle, que par tradition»:
«... Je l’ai fait copier, écrit-elle à Mercy, pour vous l’envoyer... J’avoue
que j’en suis pénétrée au fond du cœur. Quel style! Quelle façon de penser!
Page 154
Cela ne confirme que trop mes inquiétudes. Elle court à grands pas à sa ruine,
trop heureuse encore, si, en se perdant, elle conserve les vertus dues à son
rang! Si Choiseul vient au ministère, elle est perdue, il en fera moins de cas
que de la Pompadour à qui il devait tout et qu’il a perdue le premier...»
A ces sinistres prédictions qui se terminent sur une révélation inattendue,
l’archiduc Joseph avait voulu joindre une sévère admonestation à sa sœur. Ce
ne fut qu’un projet de lettre; mais le ton en était vraiment dur: «De quoi vous
mêlez-vous, ma chère sœur, de déplacer des ministres, d’en faire envoyer un
autre sur ses terres, de faire donner tel département à celui-ci ou à celui-là, de
faire gagner un procès à l’un, etc..... Vous êtes-vous demandé une fois par
quel droit vous vous mêlez des affaires du gouvernement et de la monarchie
française... Quelles études avez-vous faites[422]?»
Marie-Thérèse brûla le brouillon de cette épître quelque peu cavalière,
quoique fort sensée. Mais elle invitait Mercy à redoubler «d’assiduités»
auprès de Marie-Antoinette: elle pressentait toutefois «l’éloignement» de son
autre agent, l’abbé de Vermond: alors, gémissait-elle, «ce serait la perte totale
de ma fille».
Au reste, la principale victime que l’impératrice-reine trouvait elle-même
trop rudement frappée, semblait accepter sa disgrâce avec un sang-froid et un
détachement philosophiques trop beaux pour être sincères. Il adressait, le 7
juin[423], ce billet au chevalier de Balleroy:
«Ce n’est plus à Veretz que je vous donne rendez-vous, mais à Aiguillon
où l’on m’envoie, sans que je puisse deviner la cause d’un traitement aussi
rigoureux, auquel je ne devais pas m’attendre après les services que j’ai été
assez heureux de rendre dans tous les genres depuis plus de quarante ans.
Vous serez mal logé; mais je compte sur votre amitié. Vous tirerez mes
lièvres et mes perdreaux; et je les mangerai[424].»
S’il faut ajouter foi à certains passages des Mémoires[425], dont l’éditeur
de 1792 affirme avoir «adouci» les termes, pour «ne pas offenser la reine
dans une circonstance malheureuse», d’Aiguillon, avant de partir pour Veretz
où il se croyait tout d’abord exilé, aurait eu, à Pontchartrain, devant
Maurepas, l’attitude d’un homme découragé, aigri et devenu particulièrement
amer. Il lui aurait dit toute sa lassitude de la vie combative qu’il menait
depuis un an, son dégoût du parti de la reine capable de la compromettre et
d’en faire une aventurière, sa pitié pour sa faiblesse à lui Maurepas. Et son
bonhomme d’oncle de s’excuser: «Je ne suis qu’un lourdier et je traîne le
timon; j’ai besoin d’aide... Aujourd’hui c’est Turgot dont le roi s’engoue,
trop heureuse encore, si, en se perdant, elle conserve les vertus dues à son
rang! Si Choiseul vient au ministère, elle est perdue, il en fera moins de cas
que de la Pompadour à qui il devait tout et qu’il a perdue le premier...»
A ces sinistres prédictions qui se terminent sur une révélation inattendue,
l’archiduc Joseph avait voulu joindre une sévère admonestation à sa sœur. Ce
ne fut qu’un projet de lettre; mais le ton en était vraiment dur: «De quoi vous
mêlez-vous, ma chère sœur, de déplacer des ministres, d’en faire envoyer un
autre sur ses terres, de faire donner tel département à celui-ci ou à celui-là, de
faire gagner un procès à l’un, etc..... Vous êtes-vous demandé une fois par
quel droit vous vous mêlez des affaires du gouvernement et de la monarchie
française... Quelles études avez-vous faites[422]?»
Marie-Thérèse brûla le brouillon de cette épître quelque peu cavalière,
quoique fort sensée. Mais elle invitait Mercy à redoubler «d’assiduités»
auprès de Marie-Antoinette: elle pressentait toutefois «l’éloignement» de son
autre agent, l’abbé de Vermond: alors, gémissait-elle, «ce serait la perte totale
de ma fille».
Au reste, la principale victime que l’impératrice-reine trouvait elle-même
trop rudement frappée, semblait accepter sa disgrâce avec un sang-froid et un
détachement philosophiques trop beaux pour être sincères. Il adressait, le 7
juin[423], ce billet au chevalier de Balleroy:
«Ce n’est plus à Veretz que je vous donne rendez-vous, mais à Aiguillon
où l’on m’envoie, sans que je puisse deviner la cause d’un traitement aussi
rigoureux, auquel je ne devais pas m’attendre après les services que j’ai été
assez heureux de rendre dans tous les genres depuis plus de quarante ans.
Vous serez mal logé; mais je compte sur votre amitié. Vous tirerez mes
lièvres et mes perdreaux; et je les mangerai[424].»
S’il faut ajouter foi à certains passages des Mémoires[425], dont l’éditeur
de 1792 affirme avoir «adouci» les termes, pour «ne pas offenser la reine
dans une circonstance malheureuse», d’Aiguillon, avant de partir pour Veretz
où il se croyait tout d’abord exilé, aurait eu, à Pontchartrain, devant
Maurepas, l’attitude d’un homme découragé, aigri et devenu particulièrement
amer. Il lui aurait dit toute sa lassitude de la vie combative qu’il menait
depuis un an, son dégoût du parti de la reine capable de la compromettre et
d’en faire une aventurière, sa pitié pour sa faiblesse à lui Maurepas. Et son
bonhomme d’oncle de s’excuser: «Je ne suis qu’un lourdier et je traîne le
timon; j’ai besoin d’aide... Aujourd’hui c’est Turgot dont le roi s’engoue,
Page 155
mais vous savez si l’engouement d’un Bourbon peut durer; mais tout cela ne
durera pas, il faudra changer d’adjudant». Un rêve dont Maurepas donnait le
mirage à son neveu pour le faire patienter et à sa femme pour avoir la paix!
D’Aiguillon gagna l’Agenois avec la persuasion qu’il n’y resterait que quinze
mois... «et voilà cinq ans!» dit le rédacteur des Mémoires[426].
Si le duc ne se plaignait pas, prétend Belleval, Mᵐᵉ de Maurepas jetait feu
et flammes; elle gourmandait son mari, elle écrivait à Mᵐᵉ d’Aiguillon lettres
sur lettres et combien tendres, combien désolées[427]:
De Pontchartrain, ce lundi (12 juin 1775).
«Jugez de ma douleur, ma chère nièce; j’ai cru jusqu’à présent que votre
exil n’était que des propos. Je n’ai su qu’hier, après les démarches que M. de
Maurepas avait faites, que ce n’était que trop vrai. J’espère que vous viendrez
me voir ici. Que je suis fâchée de n’être pas plus jeune! J’irais vous trouver
dans quelque lieu que vous soyiez; ne doutez jamais de ma tendre amitié; elle
ne finira qu’avec ma vie.
Dites mille choses tendres pour moi à M. d’Aiguillon; il doit savoir
l’intérêt sincère que je prends à lui.»
Les «démarches» de M. de Maurepas! Nous avons vu plus haut ses
«conférences» avec la reine, d’après l’abbé de Véri. Or, la correspondance de
Mercy les présente sous un tout autre jour. L’ambassadeur d’Autriche parle
d’une «audience» que le ministre a demandée. Marie-Antoinette a bien traité
Maurepas. Elle lui adresse les compliments que nous savons. Elle estime sa
droiture en regard de la méchanceté et des intrigues de son neveu. Et le rusé
courtisan se tut, ajoute Mercy, mais assura la reine de son «respectueux
attachement[428]».
Et quel était cet exil d’Aiguillon pour lequel Marie-Antoinette insinuait
que le duc «n’y avait rien perdu»?
Une lettre de la comtesse de Boisgelin à Balleroy[429] va nous le dire:
6 juin 1775.
«... On ne sait pour quel crime on traite le duc d’Aiguillon si cruellement.
Le public prétend que la reine s’en prend à lui de ce que le peuple n’a pas
crié aux deux dernières revues. Vous ne croirez pas plus que moi que c’est la
raison d’un traitement aussi dur...»
Et Mᵐᵉ de Boisgelin s’apitoyant sur la duchesse: «La pauvre femme se
désespère de ne pouvoir suivre son mari, puisqu’il venait de jeter en bas le
durera pas, il faudra changer d’adjudant». Un rêve dont Maurepas donnait le
mirage à son neveu pour le faire patienter et à sa femme pour avoir la paix!
D’Aiguillon gagna l’Agenois avec la persuasion qu’il n’y resterait que quinze
mois... «et voilà cinq ans!» dit le rédacteur des Mémoires[426].
Si le duc ne se plaignait pas, prétend Belleval, Mᵐᵉ de Maurepas jetait feu
et flammes; elle gourmandait son mari, elle écrivait à Mᵐᵉ d’Aiguillon lettres
sur lettres et combien tendres, combien désolées[427]:
De Pontchartrain, ce lundi (12 juin 1775).
«Jugez de ma douleur, ma chère nièce; j’ai cru jusqu’à présent que votre
exil n’était que des propos. Je n’ai su qu’hier, après les démarches que M. de
Maurepas avait faites, que ce n’était que trop vrai. J’espère que vous viendrez
me voir ici. Que je suis fâchée de n’être pas plus jeune! J’irais vous trouver
dans quelque lieu que vous soyiez; ne doutez jamais de ma tendre amitié; elle
ne finira qu’avec ma vie.
Dites mille choses tendres pour moi à M. d’Aiguillon; il doit savoir
l’intérêt sincère que je prends à lui.»
Les «démarches» de M. de Maurepas! Nous avons vu plus haut ses
«conférences» avec la reine, d’après l’abbé de Véri. Or, la correspondance de
Mercy les présente sous un tout autre jour. L’ambassadeur d’Autriche parle
d’une «audience» que le ministre a demandée. Marie-Antoinette a bien traité
Maurepas. Elle lui adresse les compliments que nous savons. Elle estime sa
droiture en regard de la méchanceté et des intrigues de son neveu. Et le rusé
courtisan se tut, ajoute Mercy, mais assura la reine de son «respectueux
attachement[428]».
Et quel était cet exil d’Aiguillon pour lequel Marie-Antoinette insinuait
que le duc «n’y avait rien perdu»?
Une lettre de la comtesse de Boisgelin à Balleroy[429] va nous le dire:
6 juin 1775.
«... On ne sait pour quel crime on traite le duc d’Aiguillon si cruellement.
Le public prétend que la reine s’en prend à lui de ce que le peuple n’a pas
crié aux deux dernières revues. Vous ne croirez pas plus que moi que c’est la
raison d’un traitement aussi dur...»
Et Mᵐᵉ de Boisgelin s’apitoyant sur la duchesse: «La pauvre femme se
désespère de ne pouvoir suivre son mari, puisqu’il venait de jeter en bas le
Page 156
château d’Aiguillon où l’on est à le rebâtir; et il ne reste pas même de quoi le
loger seul avec quelques domestiques...»
On a vu avec quelle hauteur méprisante la reine affectait de traiter la
duchesse d’Aiguillon. La femme devait donc prendre sa part du châtiment
infligé au mari. N’était-elle pas déjà prête, d’accord avec son époux, disaient
les mauvaises langues, à «faire sa cour», elle aussi, à la châtelaine de Saint-
Vrain, qui lui offrirait, pendant une bonne partie de l’été[430], une hospitalité
princière—digne remercîment de celle qu’elle avait reçue, à Ruel, de Mᵐᵉ
d’Aiguillon, dans des circonstances que la reine ne pouvait oublier?
Pour de grands seigneurs habitués aux splendeurs de Veretz, la nouvelle
résidence imposée au duc était donc inhabitable. «Aiguillon n’était ni bâti, ni
meublé!» déplore l’historien Moreau. Et la duchesse se lamente autant
qu’elle s’indigne. La disgrâce qui vient de s’abattre sur son époux est d’une
rigueur inouïe. M. de Maurepas, M. de Choiseul lui-même «dont le feu roi
avait plus d’une raison de se plaindre» avaient été envoyés dans leurs terres,
et lui M. d’Aiguillon est exilé à deux cents lieues de Versailles «dans un
endroit non bâti et où je ne puis pas aller[431]».
Elle y courut.
«J’ai su des nouvelles de votre arrivée par votre fille et par Mᵐᵉ de Laigle,
lui écrit, le 3 août, Mᵐᵉ de Maurepas. Vous devez avoir reçu deux lettres de
moi. Vous êtes, à ce que l’on m’a dit, très mal logée avec toutes les
incommodités possibles. Jugez de ma peine de ne pouvoir vous en tirer.
J’espère toujours avant l’hiver pouvoir faire parler aux gens qui vous tiennent
éloignés sans aucun sujet[432]...»
Une correspondance très active, surtout de la part de la comtesse de
Maurepas, dut s’engager entre elle et sa nièce.
Les lettres de celles-ci, relatives à cette néfaste période, ne se trouvent pas
dans les archives Chabrillan qui en contiennent déjà si peu de la duchesse à
d’autres époques. Ont-elles été détruites par Mᵐᵉ de Maurepas? Ont-elles
disparu pour des motifs que nous ignorons? En tout cas elles ont existé: car
celles qui subsistent de la comtesse répondent à des missives reçues, témoin
celle où l’oncle fait savoir au neveu qu’il peut aller prendre, sans permission,
les eaux de Bagnères, puisqu’il n’a pas de lettre de cachet. Et ce billet encore,
si intéressant dans ses premières lignes, pour l’histoire de la disgrâce qui
frappa le ministre de Louis XV.
Versailles, 22 août 1775.
loger seul avec quelques domestiques...»
On a vu avec quelle hauteur méprisante la reine affectait de traiter la
duchesse d’Aiguillon. La femme devait donc prendre sa part du châtiment
infligé au mari. N’était-elle pas déjà prête, d’accord avec son époux, disaient
les mauvaises langues, à «faire sa cour», elle aussi, à la châtelaine de Saint-
Vrain, qui lui offrirait, pendant une bonne partie de l’été[430], une hospitalité
princière—digne remercîment de celle qu’elle avait reçue, à Ruel, de Mᵐᵉ
d’Aiguillon, dans des circonstances que la reine ne pouvait oublier?
Pour de grands seigneurs habitués aux splendeurs de Veretz, la nouvelle
résidence imposée au duc était donc inhabitable. «Aiguillon n’était ni bâti, ni
meublé!» déplore l’historien Moreau. Et la duchesse se lamente autant
qu’elle s’indigne. La disgrâce qui vient de s’abattre sur son époux est d’une
rigueur inouïe. M. de Maurepas, M. de Choiseul lui-même «dont le feu roi
avait plus d’une raison de se plaindre» avaient été envoyés dans leurs terres,
et lui M. d’Aiguillon est exilé à deux cents lieues de Versailles «dans un
endroit non bâti et où je ne puis pas aller[431]».
Elle y courut.
«J’ai su des nouvelles de votre arrivée par votre fille et par Mᵐᵉ de Laigle,
lui écrit, le 3 août, Mᵐᵉ de Maurepas. Vous devez avoir reçu deux lettres de
moi. Vous êtes, à ce que l’on m’a dit, très mal logée avec toutes les
incommodités possibles. Jugez de ma peine de ne pouvoir vous en tirer.
J’espère toujours avant l’hiver pouvoir faire parler aux gens qui vous tiennent
éloignés sans aucun sujet[432]...»
Une correspondance très active, surtout de la part de la comtesse de
Maurepas, dut s’engager entre elle et sa nièce.
Les lettres de celles-ci, relatives à cette néfaste période, ne se trouvent pas
dans les archives Chabrillan qui en contiennent déjà si peu de la duchesse à
d’autres époques. Ont-elles été détruites par Mᵐᵉ de Maurepas? Ont-elles
disparu pour des motifs que nous ignorons? En tout cas elles ont existé: car
celles qui subsistent de la comtesse répondent à des missives reçues, témoin
celle où l’oncle fait savoir au neveu qu’il peut aller prendre, sans permission,
les eaux de Bagnères, puisqu’il n’a pas de lettre de cachet. Et ce billet encore,
si intéressant dans ses premières lignes, pour l’histoire de la disgrâce qui
frappa le ministre de Louis XV.
Versailles, 22 août 1775.
Page 157
«M. de Maurepas n’écrit pas à M. d’Aiguillon (toujours l’homme prudent
que hante la terreur du Cabinet noir) tant qu’il n’aura pas quelque chose
d’agréable à lui mander, à l’égard des motifs qui l’ont éloigné; car il n’y en a
point; il est difficile de les dire. Lorsque nous avons été à Bourges, je suis
encore à savoir pourquoi; on dit que c’était pour des chansons dont nous
n’avons jamais entendu parler. Il en est de même des discours que l’on vous
prête qui seront bien prouvés qu’ils ne sont pas de vous.
... Si nous pouvons obtenir votre liberté, je crois que M. d’Aiguillon fera
bien de n’en point profiter cet hiver pour Paris: il sera encore question de la
maudite affaire de Guines; et il serait à craindre qu’on ne le fît encore parler...
Il (évidemment Maurepas) a trouvé la reine avec la même résistance.»
En vérité, la comtesse fait un peu trop l’innocente. Elle ne pouvait ignorer
que son mari avait été bel et bien disgrâcié pour ces «chansons dont elle n’a
jamais entendu parler», sinon pour le couplet qui fleurissait à l’excès Mᵐᵉ de
Pompadour, du moins pour une infinité d’autres que le ministre récoltait par
les soins de la police, quand il ne les composait pas lui-même[433]. Et même,
en dépit de l’âge et de la plus élémentaire prudence, il s’amusait encore à ces
menues bagatelles. Il s’adressait plus particulièrement à l’entourage de la
reine sur lequel il décochait ses traits les plus acérés. Il en déclinait
hautement la paternité: sinon, dit Belleval, on l’eût «déchiré». Seul,
d’Aiguillon était épargné; il est vrai que Mᵐᵉ de Maurepas n’eût pas toléré
que son neveu fût chansonné par son mari[434].
Parfois elle assaisonnait ses lettres d’un grain de philosophie; il fallait
bien revigorer un homme qui sortait de Bagnères et lui prouver, par un
exemple familial, que l’exil, à l’occasion, peut devenir un brevet de santé:
«Vous savez, par mon expérience, qu’on peut vivre sans cela (la rentrée en
grâce). M. de Maurepas a été cinq ans sans pouvoir aller à Paris, et s’en est
fort bien porté.»
La saine raison, l’énergie et le sens pratique de Mᵐᵉ d’Aiguillon devaient
exercer une influence salutaire, non tant sur la santé, qui resta toujours
précaire, que sur le moral affaibli de l’homme politique, encore meurtri de sa
chute. Tout manquait à ce château d’Aiguillon qui commençait à sortir des
ruines de l’ancien. Et il fallait des prodiges d’économie domestique, pour
assurer rapidement à la nouvelle demeure le grand air, la confortable
opulence, l’attrait irrésistible et jusqu’aux aspects pittoresques de
l’inoubliable Veretz.
que hante la terreur du Cabinet noir) tant qu’il n’aura pas quelque chose
d’agréable à lui mander, à l’égard des motifs qui l’ont éloigné; car il n’y en a
point; il est difficile de les dire. Lorsque nous avons été à Bourges, je suis
encore à savoir pourquoi; on dit que c’était pour des chansons dont nous
n’avons jamais entendu parler. Il en est de même des discours que l’on vous
prête qui seront bien prouvés qu’ils ne sont pas de vous.
... Si nous pouvons obtenir votre liberté, je crois que M. d’Aiguillon fera
bien de n’en point profiter cet hiver pour Paris: il sera encore question de la
maudite affaire de Guines; et il serait à craindre qu’on ne le fît encore parler...
Il (évidemment Maurepas) a trouvé la reine avec la même résistance.»
En vérité, la comtesse fait un peu trop l’innocente. Elle ne pouvait ignorer
que son mari avait été bel et bien disgrâcié pour ces «chansons dont elle n’a
jamais entendu parler», sinon pour le couplet qui fleurissait à l’excès Mᵐᵉ de
Pompadour, du moins pour une infinité d’autres que le ministre récoltait par
les soins de la police, quand il ne les composait pas lui-même[433]. Et même,
en dépit de l’âge et de la plus élémentaire prudence, il s’amusait encore à ces
menues bagatelles. Il s’adressait plus particulièrement à l’entourage de la
reine sur lequel il décochait ses traits les plus acérés. Il en déclinait
hautement la paternité: sinon, dit Belleval, on l’eût «déchiré». Seul,
d’Aiguillon était épargné; il est vrai que Mᵐᵉ de Maurepas n’eût pas toléré
que son neveu fût chansonné par son mari[434].
Parfois elle assaisonnait ses lettres d’un grain de philosophie; il fallait
bien revigorer un homme qui sortait de Bagnères et lui prouver, par un
exemple familial, que l’exil, à l’occasion, peut devenir un brevet de santé:
«Vous savez, par mon expérience, qu’on peut vivre sans cela (la rentrée en
grâce). M. de Maurepas a été cinq ans sans pouvoir aller à Paris, et s’en est
fort bien porté.»
La saine raison, l’énergie et le sens pratique de Mᵐᵉ d’Aiguillon devaient
exercer une influence salutaire, non tant sur la santé, qui resta toujours
précaire, que sur le moral affaibli de l’homme politique, encore meurtri de sa
chute. Tout manquait à ce château d’Aiguillon qui commençait à sortir des
ruines de l’ancien. Et il fallait des prodiges d’économie domestique, pour
assurer rapidement à la nouvelle demeure le grand air, la confortable
opulence, l’attrait irrésistible et jusqu’aux aspects pittoresques de
l’inoubliable Veretz.
Page 158
La châtelaine entreprit cette tâche avec l’esprit de suite, le goût, la
persévérance qui la caractérisaient, s’inspirant toujours de cet orgueil du
nom, mitigé d’une tendresse presque maternelle, dont le trait le plus saillant
était de laisser croire que le maître et seigneur du logis était l’ordonnateur
suprême de toutes ces magnificences. Elle, se réléguant de la meilleure grâce
au second plan, n’était plus qu’une simple intendante, voire la fermière du
château. C’est ainsi que nous assisterons, dans sa correspondance, aux efforts
continus, aux développements successifs, aux améliorations progressives qui
devaient transformer une propriété, négligée jusqu’à l’abandon, en un
domaine prospère qu’allait ruiner de nouveau et bouleverser de fond en
comble la tempête révolutionnaire.
Nous n’avons aucune lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon, nous retraçant les
premières heures de ce que nous appellerions volontiers la période
d’incubation, c’est-à-dire les travaux d’installation et d’aménagement qui
suivirent l’arrivée des exilés dans les décombres du vieux manoir. Mais il
fallait que l’ensemble en fût assez satisfaisant pour que les propriétaires en
aient fait les honneurs, à deux reprises, pendant l’été et l’automne de 1775, à
la comtesse Du Barry[435].
Naturellement, la malignité publique s’empara de la nouvelle et la grossit
(sans jeu de mots) à plaisir. Nous en retrouvons l’écho dans un pamphlet du
temps. L’ignoble auteur des Entretiens de l’autre monde fait dire à Turgot
dans son Dialogue avec Louis XV: «Elle (la Du Barry) a déjà eu la liberté
d’aller à son château de Luciennes. Il paraît que le duc d’Aiguillon en est
toujours amoureux. Non seulement, pendant son dernier séjour à Paris, il n’a
pu contenir sa passion, au point d’en devenir plus odieux à la reine et de se
faire donner un ordre de se retirer dans ses terres de Gascogne; mais,
souffrant trop d’être éloigné de cette beauté, il l’a engagée à venir le voir. La
bretonne duchesse, accoutumée à ses infidélités, s’est prêtée à ce
concubinage; et le bruit général est que Mᵐᵉ Du Barry est grosse des œuvres
du duc[436].»
Nous avons cru devoir transcrire intégralement cette infâme calomnie
dirigée contre Mᵐᵉ d’Aiguillon, parce qu’elle est la seule que nous ayons
jamais trouvée à son adresse. Les pires ennemis du ministre, Marie-
Antoinette elle-même, n’ont jamais écrit une ligne, ni dit un mot qui pût faire
soupçonner la duchesse de la plus vile complaisance.
Quelques amis, plus fidèles au culte du souvenir qu’au souci de leur bien-
être et même de leur intérêt personnel, vinrent, à la fin de 1775, consoler les
persévérance qui la caractérisaient, s’inspirant toujours de cet orgueil du
nom, mitigé d’une tendresse presque maternelle, dont le trait le plus saillant
était de laisser croire que le maître et seigneur du logis était l’ordonnateur
suprême de toutes ces magnificences. Elle, se réléguant de la meilleure grâce
au second plan, n’était plus qu’une simple intendante, voire la fermière du
château. C’est ainsi que nous assisterons, dans sa correspondance, aux efforts
continus, aux développements successifs, aux améliorations progressives qui
devaient transformer une propriété, négligée jusqu’à l’abandon, en un
domaine prospère qu’allait ruiner de nouveau et bouleverser de fond en
comble la tempête révolutionnaire.
Nous n’avons aucune lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon, nous retraçant les
premières heures de ce que nous appellerions volontiers la période
d’incubation, c’est-à-dire les travaux d’installation et d’aménagement qui
suivirent l’arrivée des exilés dans les décombres du vieux manoir. Mais il
fallait que l’ensemble en fût assez satisfaisant pour que les propriétaires en
aient fait les honneurs, à deux reprises, pendant l’été et l’automne de 1775, à
la comtesse Du Barry[435].
Naturellement, la malignité publique s’empara de la nouvelle et la grossit
(sans jeu de mots) à plaisir. Nous en retrouvons l’écho dans un pamphlet du
temps. L’ignoble auteur des Entretiens de l’autre monde fait dire à Turgot
dans son Dialogue avec Louis XV: «Elle (la Du Barry) a déjà eu la liberté
d’aller à son château de Luciennes. Il paraît que le duc d’Aiguillon en est
toujours amoureux. Non seulement, pendant son dernier séjour à Paris, il n’a
pu contenir sa passion, au point d’en devenir plus odieux à la reine et de se
faire donner un ordre de se retirer dans ses terres de Gascogne; mais,
souffrant trop d’être éloigné de cette beauté, il l’a engagée à venir le voir. La
bretonne duchesse, accoutumée à ses infidélités, s’est prêtée à ce
concubinage; et le bruit général est que Mᵐᵉ Du Barry est grosse des œuvres
du duc[436].»
Nous avons cru devoir transcrire intégralement cette infâme calomnie
dirigée contre Mᵐᵉ d’Aiguillon, parce qu’elle est la seule que nous ayons
jamais trouvée à son adresse. Les pires ennemis du ministre, Marie-
Antoinette elle-même, n’ont jamais écrit une ligne, ni dit un mot qui pût faire
soupçonner la duchesse de la plus vile complaisance.
Quelques amis, plus fidèles au culte du souvenir qu’au souci de leur bien-
être et même de leur intérêt personnel, vinrent, à la fin de 1775, consoler les
Page 159
solitaires dans leur retraite d’Aiguillon; entre autres M. de Flesselles, qui
devait finir si misérablement, le 14 juillet 1789, à l’Hôtel de Ville de Paris,
comme prévôt des marchands. Les services qu’il avait rendus, en dépit de
quelques désaccords passagers[437], au duc d’Aiguillon, pendant les affaires
de Bretagne, lui avaient valu l’intendance de Lyon, après celle de Rennes.
devait finir si misérablement, le 14 juillet 1789, à l’Hôtel de Ville de Paris,
comme prévôt des marchands. Les services qu’il avait rendus, en dépit de
quelques désaccords passagers[437], au duc d’Aiguillon, pendant les affaires
de Bretagne, lui avaient valu l’intendance de Lyon, après celle de Rennes.
Page 160
XIX
Rappel imprévu du comte de Guines.—Pronostic qu’en déduit d’Aiguillon.—
Conférence significative d’un ami de d’Aiguillon avec Maurepas.—Les
fidèles courtisans du malheur.—Informations parisiennes: le procès Saint-
Vincent et le mariage de Fronsac.—Opéra et ménagerie.—«Le grand Pan
est à bas».—Mercy voit avec peine l’engouement de la reine pour le comte
de Guines.—La nouvelle école de courtisans.—Mort de Mᵐᵉ de Chabrillan:
lettre désespérée de la mère.—Emotion de M.-Antoinette.—Rappel de
d’Aiguillon à Paris.
L’année 1776 devait marquer pour Mᵐᵉ d’Aiguillon l’époque la plus
douloureuse de sa vie; car la mort, et dans quelles cruelles circonstances!
allait lui arracher sa fille bien-aimée, en ce château même, où pour elle, pour
son mari—ses deux grandes affections!—elle savait évoquer, ainsi qu’une fée
de sa baguette magique, les spectacles les plus variés et les plus attrayants.
Le duc souffrit, lui aussi, de cette perte irréparable; mais comme tous les
ambitieux et les ambitieux qui affectent de ne plus l’être, il fut moins
profondément touché au cœur que sa femme. L’année avait mal commencé
pour ses espérances: il avait constaté une fois de plus l’égoïsme de son oncle,
bien que dissimulé sous les plus belles promesses et sous les plus chaudes
protestations: le bonhomme, nous le verrons, trouvait le duc fort heureux
dans son exil d’Aiguillon et l’invitait à s’y tenir en repos, regrettant de ne
pouvoir l’imiter, mais non sans l’amuser de ses entretiens avec le roi et la
reine, qui n’étaient nullement disposés à faire rentrer en grâce le courtisan
banni.
Et depuis, faut-il le dire, d’Aiguillon avait pu sentir, au milieu de ses
larmes, sourdre en son cœur l’espoir des revanches futures: car la mort de sa
fille avait levé son ordre d’exil.
Le comte de Guines avait été subitement rappelé de son ambassade.
C’était, prétendait la princesse de Guéméné, qui était alors la favorite de
Marie-Antoinette, pour «avoir compromis la Cour de France au sujet du
Pacte de famille». Choiseul, auteur du traité, déclarait que la conduite du
comte était sans excuse; si Guines avait été son fils, il eût demandé, à titre de
Rappel imprévu du comte de Guines.—Pronostic qu’en déduit d’Aiguillon.—
Conférence significative d’un ami de d’Aiguillon avec Maurepas.—Les
fidèles courtisans du malheur.—Informations parisiennes: le procès Saint-
Vincent et le mariage de Fronsac.—Opéra et ménagerie.—«Le grand Pan
est à bas».—Mercy voit avec peine l’engouement de la reine pour le comte
de Guines.—La nouvelle école de courtisans.—Mort de Mᵐᵉ de Chabrillan:
lettre désespérée de la mère.—Emotion de M.-Antoinette.—Rappel de
d’Aiguillon à Paris.
L’année 1776 devait marquer pour Mᵐᵉ d’Aiguillon l’époque la plus
douloureuse de sa vie; car la mort, et dans quelles cruelles circonstances!
allait lui arracher sa fille bien-aimée, en ce château même, où pour elle, pour
son mari—ses deux grandes affections!—elle savait évoquer, ainsi qu’une fée
de sa baguette magique, les spectacles les plus variés et les plus attrayants.
Le duc souffrit, lui aussi, de cette perte irréparable; mais comme tous les
ambitieux et les ambitieux qui affectent de ne plus l’être, il fut moins
profondément touché au cœur que sa femme. L’année avait mal commencé
pour ses espérances: il avait constaté une fois de plus l’égoïsme de son oncle,
bien que dissimulé sous les plus belles promesses et sous les plus chaudes
protestations: le bonhomme, nous le verrons, trouvait le duc fort heureux
dans son exil d’Aiguillon et l’invitait à s’y tenir en repos, regrettant de ne
pouvoir l’imiter, mais non sans l’amuser de ses entretiens avec le roi et la
reine, qui n’étaient nullement disposés à faire rentrer en grâce le courtisan
banni.
Et depuis, faut-il le dire, d’Aiguillon avait pu sentir, au milieu de ses
larmes, sourdre en son cœur l’espoir des revanches futures: car la mort de sa
fille avait levé son ordre d’exil.
Le comte de Guines avait été subitement rappelé de son ambassade.
C’était, prétendait la princesse de Guéméné, qui était alors la favorite de
Marie-Antoinette, pour «avoir compromis la Cour de France au sujet du
Pacte de famille». Choiseul, auteur du traité, déclarait que la conduite du
comte était sans excuse; si Guines avait été son fils, il eût demandé, à titre de
Page 161
grâce, qu’on ne lui fît pas son procès, mais qu’on l’enfermât pour longtemps
à la Bastille[438].
Le duc d’Aiguillon, tout en se défendant de sortir de sa tour d’ivoire,
épiait, avec un intérêt passionné, les faits et gestes du comte de Guines.
C’était par lui qu’il avait connu l’amertume des heures d’exil; et on lui
laissait entendre qu’il lui devrait peut-être de goûter les joies du retour! Aussi
le contenu de sa lettre du 25 février 1776 au chevalier de Balleroy[439] ne
roule-t-il, pour ainsi dire, que sur la corrélation de ses intérêts avec ceux du
comte de Guines.
Sa version du rappel de l’ambassadeur est aussi vague que celle de la
princesse de Guéméné: une correspondance, interceptée, entre Choiseul et
Guines, qui aurait piqué le roi, était cause de tout le mal; et c’est
probablement Turgot qui, en sa qualité de surintendant des postes, avait
découvert le pot aux roses. Le secret des lettres n’en était jamais un pour le
gouvernement. D’Aiguillon le savait mieux que personne. Mais il était
persuadé que Guines, quelque coupable qu’il pût être, se justifierait et qu’il
serait renvoyé à son poste avec une gratification et la promesse du premier
cordon bleu disponible. Quant à son procès, il ne sera pas jugé, ce qui le
laisse, lui d’Aiguillon, fort indifférent, bien qu’on lui dise qu’il recouvrera sa
liberté, à l’ouverture des débats. Alors, aurait déclaré la reine à M. de
Maurepas, il lui serait loisible d’aller où bon lui semblerait, sauf à Paris. Il
n’en profitera certes pas; mais il n’en gardera ni humeur, ni mépris. Au reste,
sa réinstallation à Veretz lui coûterait trop cher, et il y serait espionné; puis il
a fort à faire à Aiguillon. Il termine sur un coup de patte à l’adresse de
Maurepas. Bien qu’il n’ait pas eu à se louer de son oncle, il serait fâché qu’il
lui arrivât malheur, crainte de pire.
Quelques jours après, la lettre, non signée, d’un ami, dut le confirmer dans
l’opinion peu flatteuse qu’il avait de son oncle. Sans nul doute, d’Aiguillon
avait envoyé cet ami pour tâter le terrain; mais la réponse de son confident lui
fit comprendre combien était chimérique l’espoir qu’on entendait lui donner
de lier ses destinées à celles de Guines, puisque la reine le croyait, lui ou ses
partisans, les auteurs du rappel de son protégé. D’ailleurs, nous publions
intégralement cette conversation de l’ami anonyme avec Maurepas, qui
dessine à souhait la silhouette de l’homme d’Etat, ne laissant dans l’ombre
aucune de ses finesses, de ses subtilités, de ses roueries, pour ne pas dire de
ses mensonges[440].
Paris, 11 mars 1776.
à la Bastille[438].
Le duc d’Aiguillon, tout en se défendant de sortir de sa tour d’ivoire,
épiait, avec un intérêt passionné, les faits et gestes du comte de Guines.
C’était par lui qu’il avait connu l’amertume des heures d’exil; et on lui
laissait entendre qu’il lui devrait peut-être de goûter les joies du retour! Aussi
le contenu de sa lettre du 25 février 1776 au chevalier de Balleroy[439] ne
roule-t-il, pour ainsi dire, que sur la corrélation de ses intérêts avec ceux du
comte de Guines.
Sa version du rappel de l’ambassadeur est aussi vague que celle de la
princesse de Guéméné: une correspondance, interceptée, entre Choiseul et
Guines, qui aurait piqué le roi, était cause de tout le mal; et c’est
probablement Turgot qui, en sa qualité de surintendant des postes, avait
découvert le pot aux roses. Le secret des lettres n’en était jamais un pour le
gouvernement. D’Aiguillon le savait mieux que personne. Mais il était
persuadé que Guines, quelque coupable qu’il pût être, se justifierait et qu’il
serait renvoyé à son poste avec une gratification et la promesse du premier
cordon bleu disponible. Quant à son procès, il ne sera pas jugé, ce qui le
laisse, lui d’Aiguillon, fort indifférent, bien qu’on lui dise qu’il recouvrera sa
liberté, à l’ouverture des débats. Alors, aurait déclaré la reine à M. de
Maurepas, il lui serait loisible d’aller où bon lui semblerait, sauf à Paris. Il
n’en profitera certes pas; mais il n’en gardera ni humeur, ni mépris. Au reste,
sa réinstallation à Veretz lui coûterait trop cher, et il y serait espionné; puis il
a fort à faire à Aiguillon. Il termine sur un coup de patte à l’adresse de
Maurepas. Bien qu’il n’ait pas eu à se louer de son oncle, il serait fâché qu’il
lui arrivât malheur, crainte de pire.
Quelques jours après, la lettre, non signée, d’un ami, dut le confirmer dans
l’opinion peu flatteuse qu’il avait de son oncle. Sans nul doute, d’Aiguillon
avait envoyé cet ami pour tâter le terrain; mais la réponse de son confident lui
fit comprendre combien était chimérique l’espoir qu’on entendait lui donner
de lier ses destinées à celles de Guines, puisque la reine le croyait, lui ou ses
partisans, les auteurs du rappel de son protégé. D’ailleurs, nous publions
intégralement cette conversation de l’ami anonyme avec Maurepas, qui
dessine à souhait la silhouette de l’homme d’Etat, ne laissant dans l’ombre
aucune de ses finesses, de ses subtilités, de ses roueries, pour ne pas dire de
ses mensonges[440].
Paris, 11 mars 1776.
Page 162
Je prends mes mesures pour que cette lettre vous arrive sans obstacle. Je
n’ai pas cru devoir attendre une occasion pour vous faire passer les détails
que vous y lirez de la part d’un grand nombre d’amis qui soupirent après
votre retour.
Je fus samedi à Versailles avec le plan de votre château dans ma poche. Je
passai près d’une heure avec M. de Maurepas. Je lui montrai sur le papier les
incommodités que vous avez éprouvées pendant l’hiver; il s’y est montré
sensible et m’a dit:
«—Vous les avez laissés en bonne santé?
—Ils se portaient à merveille.
—Mᵐᵉ d’Aiguillon a été fort incommodée de la grippe. Est-ce vrai?
—Elle a gardé le lit trois à quatre jours. Ils paraissent décidés à ne pas
quitter Aiguillon.
—Je penserais volontiers comme eux; ils y sont de grands seigneurs. A
Veretz, ils ne seraient que des bourgeois. Je sais ce que c’est que l’exil; ils ont
au moins l’agrément d’être chez eux. Moi, on m’envoya dans un pays où je
ne connaissais personne.
—Cela est vrai; mais vous étiez chez votre ami; et votre famille vint
bientôt vous y joindre, de sorte que vous étiez comme à Paris.
—Ils sont toujours éloignés, mais je suis charmé qu’ils soient contents.
—Il est bien étonnant, Monsieur le comte, que sous votre gouvernement,
qui n’est que liberté, on retienne un citoyen, un homme d’Etat, sans lui en
dire les raisons.
—Il ne les saura jamais, car il n’y a pas de pourquoi. La reine est irritée
contre lui; et elle ne cesse en toute occasion de lui lancer des brocards, sur lui
et sur son parti qui a fait rappeler M. de Guines; et tant que la reine et M. de
Guines vivront, cette princesse pensera toujours de même. Le roi me l’a dit
souvent: ils ne voient dans ce qui arrive à M. de Guines que les menées de M.
d’Aiguillon et de ses partisans; et ils ont toujours M. d’Aiguillon à
califourchon sur le nez. Le roi est tout le premier à dire qu’il n’y a aucun
rapport entre un homme à 200 lieues de Paris et un homme rappelé de son
ambassade. Mais la reine est aigrie par ses entours et surtout par Mᵐᵉ de
Guéméné qui est la favorite. Le duc de Choiseul se remue aussi tant qu’il
peut. Il a des conférences avec la reine. Ils ont été au bal de l’Opéra, masqués
tous les deux, en dominos noirs; et cette princesse est toujours entretenue
dans les dispositions les plus défavorables. On travaille aussi, autant que pour
n’ai pas cru devoir attendre une occasion pour vous faire passer les détails
que vous y lirez de la part d’un grand nombre d’amis qui soupirent après
votre retour.
Je fus samedi à Versailles avec le plan de votre château dans ma poche. Je
passai près d’une heure avec M. de Maurepas. Je lui montrai sur le papier les
incommodités que vous avez éprouvées pendant l’hiver; il s’y est montré
sensible et m’a dit:
«—Vous les avez laissés en bonne santé?
—Ils se portaient à merveille.
—Mᵐᵉ d’Aiguillon a été fort incommodée de la grippe. Est-ce vrai?
—Elle a gardé le lit trois à quatre jours. Ils paraissent décidés à ne pas
quitter Aiguillon.
—Je penserais volontiers comme eux; ils y sont de grands seigneurs. A
Veretz, ils ne seraient que des bourgeois. Je sais ce que c’est que l’exil; ils ont
au moins l’agrément d’être chez eux. Moi, on m’envoya dans un pays où je
ne connaissais personne.
—Cela est vrai; mais vous étiez chez votre ami; et votre famille vint
bientôt vous y joindre, de sorte que vous étiez comme à Paris.
—Ils sont toujours éloignés, mais je suis charmé qu’ils soient contents.
—Il est bien étonnant, Monsieur le comte, que sous votre gouvernement,
qui n’est que liberté, on retienne un citoyen, un homme d’Etat, sans lui en
dire les raisons.
—Il ne les saura jamais, car il n’y a pas de pourquoi. La reine est irritée
contre lui; et elle ne cesse en toute occasion de lui lancer des brocards, sur lui
et sur son parti qui a fait rappeler M. de Guines; et tant que la reine et M. de
Guines vivront, cette princesse pensera toujours de même. Le roi me l’a dit
souvent: ils ne voient dans ce qui arrive à M. de Guines que les menées de M.
d’Aiguillon et de ses partisans; et ils ont toujours M. d’Aiguillon à
califourchon sur le nez. Le roi est tout le premier à dire qu’il n’y a aucun
rapport entre un homme à 200 lieues de Paris et un homme rappelé de son
ambassade. Mais la reine est aigrie par ses entours et surtout par Mᵐᵉ de
Guéméné qui est la favorite. Le duc de Choiseul se remue aussi tant qu’il
peut. Il a des conférences avec la reine. Ils ont été au bal de l’Opéra, masqués
tous les deux, en dominos noirs; et cette princesse est toujours entretenue
dans les dispositions les plus défavorables. On travaille aussi, autant que pour
Page 163
vous (??) à l’éloigner de moi. En public elle me traite honnêtement, parce
qu’elle ne peut, à cause du roi, se comporter autrement; mais, dans le
particulier, son maintien est bien différent.
Je crois qu’on ne me rend pas justice à Aiguillon.
Cependant j’ai fait pour lui tout ce qu’il m’a été possible de faire et des
choses mêmes qu’ils ignoreront toujours. A Fontainebleau, connaissant les
dispositions peu favorables de la reine pour moi, j’ai mis en avant M. de
Muy[441] et l’abbé de Vermond[442] pour rompre la glace sur ce qui regardait
M. d’Aiguillon. Ils lui en parlèrent tous deux avec douceur et vivacité. Ils me
rapportèrent qu’elle paraissait étonnée que je ne lui en eusse pas parlé le
premier. Je me rendis chez elle. Je lui dis que j’avais voulu lui donner une
marque de mon respect, en ne prononçant pas devant elle un nom qui pourrait
lui déplaire, mais que, puisqu’elle le trouvait bon, je prendrais la liberté de lui
représenter que M. d’Aiguillon, ayant bien servi l’Etat, était traité comme un
homme qui l’aurait trahi, que, passant dans l’Europe pour la douceur et la
bienfaisance mêmes, il y aurait de la gloire de rendre la liberté à un
prisonnier qui était uniquement le sien, voulant lui faire entendre que le roi
n’y avait aucune part, que tout le monde avait les yeux sur elle et que je la
suppliais de rendre ses bontés à un homme qui n’avait aucun reproche à se
faire. Elle me parla de l’affaire de M. de Guines. Je l’assurai et lui donnai ma
parole que M. d’Aiguillon ne reparaîtrait pas à Paris, tant que cette affaire ne
serait pas finie; et j’insistai fortement sur ce que sa gloire était intéressée à
finir cette captivité.
—Il n’est pas encore temps, me répondit-elle sèchement. Nous verrons par
la suite.
Quelques personnes m’ont parlé depuis et m’ont engagé d’aller
directement au roi; mais comment faire une pareille démarche, malgré la
reine et en dépit d’elle? Elle n’est pas praticable. Si cette princesse me
donnait mainlevée, le sort de M. d’Aiguillon serait bientôt décidé. Le roi n’a
rien contre lui et m’en a parlé cent fois: il connaît et estime ses talents. Mais
M. d’Aiguillon a un péché originel vis-à-vis du roi, quoique j’aie travaillé
inutilement à le faire oublier à ce prince: c’est Mᵐᵉ Du Barry. J’ai eu beau lui
représenter que le besoin d’une protectrice puissante et ensuite la
reconnaissance l’avaient forcé à s’attacher à elle. Il m’a répondu que c’était
toujours un vilain moyen de parvenir. Croiriez-vous qu’on a poussé la
méchanceté à l’égard de Mᵐᵉ Du Barry et de M. d’Aiguillon, jusqu’à dire
qu’elle était grosse de lui? Mais cela est tombé et n’a pas été jusqu’au roi; car
qu’elle ne peut, à cause du roi, se comporter autrement; mais, dans le
particulier, son maintien est bien différent.
Je crois qu’on ne me rend pas justice à Aiguillon.
Cependant j’ai fait pour lui tout ce qu’il m’a été possible de faire et des
choses mêmes qu’ils ignoreront toujours. A Fontainebleau, connaissant les
dispositions peu favorables de la reine pour moi, j’ai mis en avant M. de
Muy[441] et l’abbé de Vermond[442] pour rompre la glace sur ce qui regardait
M. d’Aiguillon. Ils lui en parlèrent tous deux avec douceur et vivacité. Ils me
rapportèrent qu’elle paraissait étonnée que je ne lui en eusse pas parlé le
premier. Je me rendis chez elle. Je lui dis que j’avais voulu lui donner une
marque de mon respect, en ne prononçant pas devant elle un nom qui pourrait
lui déplaire, mais que, puisqu’elle le trouvait bon, je prendrais la liberté de lui
représenter que M. d’Aiguillon, ayant bien servi l’Etat, était traité comme un
homme qui l’aurait trahi, que, passant dans l’Europe pour la douceur et la
bienfaisance mêmes, il y aurait de la gloire de rendre la liberté à un
prisonnier qui était uniquement le sien, voulant lui faire entendre que le roi
n’y avait aucune part, que tout le monde avait les yeux sur elle et que je la
suppliais de rendre ses bontés à un homme qui n’avait aucun reproche à se
faire. Elle me parla de l’affaire de M. de Guines. Je l’assurai et lui donnai ma
parole que M. d’Aiguillon ne reparaîtrait pas à Paris, tant que cette affaire ne
serait pas finie; et j’insistai fortement sur ce que sa gloire était intéressée à
finir cette captivité.
—Il n’est pas encore temps, me répondit-elle sèchement. Nous verrons par
la suite.
Quelques personnes m’ont parlé depuis et m’ont engagé d’aller
directement au roi; mais comment faire une pareille démarche, malgré la
reine et en dépit d’elle? Elle n’est pas praticable. Si cette princesse me
donnait mainlevée, le sort de M. d’Aiguillon serait bientôt décidé. Le roi n’a
rien contre lui et m’en a parlé cent fois: il connaît et estime ses talents. Mais
M. d’Aiguillon a un péché originel vis-à-vis du roi, quoique j’aie travaillé
inutilement à le faire oublier à ce prince: c’est Mᵐᵉ Du Barry. J’ai eu beau lui
représenter que le besoin d’une protectrice puissante et ensuite la
reconnaissance l’avaient forcé à s’attacher à elle. Il m’a répondu que c’était
toujours un vilain moyen de parvenir. Croiriez-vous qu’on a poussé la
méchanceté à l’égard de Mᵐᵉ Du Barry et de M. d’Aiguillon, jusqu’à dire
qu’elle était grosse de lui? Mais cela est tombé et n’a pas été jusqu’au roi; car
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il ne m’en a pas parlé. Cette femme avait demandé permission de venir à
Paris dans un couvent; on le lui avait accordé, mais je ne sais pourquoi elle
n’a pas profité de cette grâce. Le Roué est à Paris; le roi le sait et trouve bon
qu’il y reste.
Mais, pour revenir à M. d’Aiguillon, il fait fort bien de rester où il est: il y
est grand seigneur; il a chez lui de la compagnie; et, suivant ce que vous me
dites, il est heureux. Mais à quoi s’occupe-t-il? Car les soirées sont longues.
Il ne monte point à cheval, il ne chasse point; et un esprit aussi actif que le
sien ne peut demeurer à rien faire.
—Il s’occupe dans son cabinet; il vit de souvenirs et vaque à ses affaires.
—Le séjour qu’il fera dans ce pays ne peut que les améliorer; car elles ne
sont pas entièrement en bon ordre. La retraite n’est pas un mal dans les
circonstances où nous sommes. Je me trouverais mieux à Fontainebleau
qu’ici: quand on est tourmenté de la goutte comme je le suis, la prison (?) est
maussade. Nous sommes dans une crise vis-à-vis le Parlement. J’espère que
nous nous en tirerons, en ne nous mettant point en colère[443].»
Voilà, M. le duc, la solution (?) de la conversation que j’eus samedi avec
M. de Maurepas. A l’en croire, il se donne de grands mouvements pour vous;
mais la reine arrête d’un côté les efforts de ses démarches; et il cherche, dit-il,
délicatement, à faire oublier au roi les liaisons avec Mᵐᵉ Du Barry qui sont la
seule prévention que ce prince ait contre vous.
Quel peut bien être le narrateur de cette scène si vive, si animée, si
piquante, qui appartient à l’Histoire et qui relève par intervalles de la
Comédie, ces deux interprétations de la vie et de la pensée humaines ayant
tant de fois entre elles de nombreux points de contact?
Est-ce Flesselles, La Noue, Fontette, Balleroy, Belleval??... un petit
groupe, mais tous des cœurs sincères, amis dévoués et courtisans du
malheur[444].
Notre anonyme terminait ainsi sa lettre:
«Dès le mois de septembre ou d’octobre, si je suis libre, monsieur le duc,
la disgrâce d’un ami est une raison de plus pour moi de lui donner toutes les
preuves qui sont en mon pouvoir de mon fidèle attachement et de ma
reconnaissance.»
Mais, à toute époque de l’année, à toute heure du jour, la porte de la
maison était ouverte et la table servie, comme aux temps heureux de Veretz et
Paris dans un couvent; on le lui avait accordé, mais je ne sais pourquoi elle
n’a pas profité de cette grâce. Le Roué est à Paris; le roi le sait et trouve bon
qu’il y reste.
Mais, pour revenir à M. d’Aiguillon, il fait fort bien de rester où il est: il y
est grand seigneur; il a chez lui de la compagnie; et, suivant ce que vous me
dites, il est heureux. Mais à quoi s’occupe-t-il? Car les soirées sont longues.
Il ne monte point à cheval, il ne chasse point; et un esprit aussi actif que le
sien ne peut demeurer à rien faire.
—Il s’occupe dans son cabinet; il vit de souvenirs et vaque à ses affaires.
—Le séjour qu’il fera dans ce pays ne peut que les améliorer; car elles ne
sont pas entièrement en bon ordre. La retraite n’est pas un mal dans les
circonstances où nous sommes. Je me trouverais mieux à Fontainebleau
qu’ici: quand on est tourmenté de la goutte comme je le suis, la prison (?) est
maussade. Nous sommes dans une crise vis-à-vis le Parlement. J’espère que
nous nous en tirerons, en ne nous mettant point en colère[443].»
Voilà, M. le duc, la solution (?) de la conversation que j’eus samedi avec
M. de Maurepas. A l’en croire, il se donne de grands mouvements pour vous;
mais la reine arrête d’un côté les efforts de ses démarches; et il cherche, dit-il,
délicatement, à faire oublier au roi les liaisons avec Mᵐᵉ Du Barry qui sont la
seule prévention que ce prince ait contre vous.
Quel peut bien être le narrateur de cette scène si vive, si animée, si
piquante, qui appartient à l’Histoire et qui relève par intervalles de la
Comédie, ces deux interprétations de la vie et de la pensée humaines ayant
tant de fois entre elles de nombreux points de contact?
Est-ce Flesselles, La Noue, Fontette, Balleroy, Belleval??... un petit
groupe, mais tous des cœurs sincères, amis dévoués et courtisans du
malheur[444].
Notre anonyme terminait ainsi sa lettre:
«Dès le mois de septembre ou d’octobre, si je suis libre, monsieur le duc,
la disgrâce d’un ami est une raison de plus pour moi de lui donner toutes les
preuves qui sont en mon pouvoir de mon fidèle attachement et de ma
reconnaissance.»
Mais, à toute époque de l’année, à toute heure du jour, la porte de la
maison était ouverte et la table servie, comme aux temps heureux de Veretz et
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de l’hôtel d’Aiguillon, pour ces hôtes que n’effrayait pas le ruban de 200
lieues qui les séparait de Versailles.
Nous en retrouverons les noms, les portraits, les habitudes et même les
aventures dans les lettres de la duchesse dont la gaîté, le naturel, la vivacité
d’impression contrastent avec le ton gourmé, mystérieux, morne et presque
mélancolique des épîtres maritales.
Si, comme l’affirme l’auteur des Mémoires, Mᵐᵉ d’Aiguillon ne s’est
jamais mêlée d’aucune intrigue politique, elle n’en a pas moins conservé sa
liberté d’appréciation sur les hommes du jour et sur leurs actes; elle dit son
mot, comme jadis à propos des affaires de Bretagne; elle enregistre nouvelles
et informations, elle rédige, en outre, la chronique du château, le tout pour ce
brave chevalier de Balleroy, où qu’il soit, en garnison, chez son frère en
Basse-Normandie, ou encore dans son petit appartement du faubourg Saint-
Germain.
M. de Maurepas se préoccupait, nous l’avons vu, d’une crise au
Parlement. «On me mande, écrit la duchesse au chevalier, qu’il y a eu un lit
de justice, j’en suis très aise, dans l’espérance que Messieurs, n’ayant plus de
discussions, ni de remontrances à faire, s’occuperont de l’affaire de M. de
Richelieu dont j’ai la plus grande impatience de voir la fin[445].»
Elle attendait alors sa fille et son gendre. Mais il paraît qu’on voulait faire
un crime à Chabrillan de cette visite.
Aussi prend-elle la mouche: «Il vient ici en droiture; je trouverais bien
plat qu’il crût avoir besoin de feindre un autre voyage; il peut sans embarras
afficher sa liaison avec nous: il ne peut être blâmé de qui que ce soit[446].»
A huit jours de là, elle revient sur «l’affaire de M. de Richelieu». C’était
une assez vilaine histoire. Une intrigante, nommée Saint-Vincent, que le
maréchal avait quelque peu chiffonnée en son jeune temps, avait mis en
circulation pour trois cent mille écus de billets souscrits à son profit par
Richelieu. Celui-ci prétendit qu’ils étaient faux et fit enfermer la Saint-
Vincent. Le procès fut évoqué devant le Parlement; et le maréchal put
constater une fois de plus ce que valait la haine des «robins». La faussaire fut
acquittée. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon de commenter l’arrêt, ainsi qu’un autre
événement, non moins scandaleux, survenu depuis peu dans la famille:
«Le pauvre maréchal finit d’une façon bien triste une carrière très longue,
très glorieuse et très brillante. Ce jugement est aussi injuste qu’absurde. On
me mande que Mᵐᵉˢ de Gramont, de Lyonne et de Chaulnes ont sollicité
indécemment pour cette scélérate de Saint-Vincent. Je le croirais très
lieues qui les séparait de Versailles.
Nous en retrouverons les noms, les portraits, les habitudes et même les
aventures dans les lettres de la duchesse dont la gaîté, le naturel, la vivacité
d’impression contrastent avec le ton gourmé, mystérieux, morne et presque
mélancolique des épîtres maritales.
Si, comme l’affirme l’auteur des Mémoires, Mᵐᵉ d’Aiguillon ne s’est
jamais mêlée d’aucune intrigue politique, elle n’en a pas moins conservé sa
liberté d’appréciation sur les hommes du jour et sur leurs actes; elle dit son
mot, comme jadis à propos des affaires de Bretagne; elle enregistre nouvelles
et informations, elle rédige, en outre, la chronique du château, le tout pour ce
brave chevalier de Balleroy, où qu’il soit, en garnison, chez son frère en
Basse-Normandie, ou encore dans son petit appartement du faubourg Saint-
Germain.
M. de Maurepas se préoccupait, nous l’avons vu, d’une crise au
Parlement. «On me mande, écrit la duchesse au chevalier, qu’il y a eu un lit
de justice, j’en suis très aise, dans l’espérance que Messieurs, n’ayant plus de
discussions, ni de remontrances à faire, s’occuperont de l’affaire de M. de
Richelieu dont j’ai la plus grande impatience de voir la fin[445].»
Elle attendait alors sa fille et son gendre. Mais il paraît qu’on voulait faire
un crime à Chabrillan de cette visite.
Aussi prend-elle la mouche: «Il vient ici en droiture; je trouverais bien
plat qu’il crût avoir besoin de feindre un autre voyage; il peut sans embarras
afficher sa liaison avec nous: il ne peut être blâmé de qui que ce soit[446].»
A huit jours de là, elle revient sur «l’affaire de M. de Richelieu». C’était
une assez vilaine histoire. Une intrigante, nommée Saint-Vincent, que le
maréchal avait quelque peu chiffonnée en son jeune temps, avait mis en
circulation pour trois cent mille écus de billets souscrits à son profit par
Richelieu. Celui-ci prétendit qu’ils étaient faux et fit enfermer la Saint-
Vincent. Le procès fut évoqué devant le Parlement; et le maréchal put
constater une fois de plus ce que valait la haine des «robins». La faussaire fut
acquittée. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon de commenter l’arrêt, ainsi qu’un autre
événement, non moins scandaleux, survenu depuis peu dans la famille:
«Le pauvre maréchal finit d’une façon bien triste une carrière très longue,
très glorieuse et très brillante. Ce jugement est aussi injuste qu’absurde. On
me mande que Mᵐᵉˢ de Gramont, de Lyonne et de Chaulnes ont sollicité
indécemment pour cette scélérate de Saint-Vincent. Je le croirais très
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facilement de ces trois femmes; mais quand des magistrats se prêtent aux
intrigues d’une cabale, c’est ce qui est incroyable et ce qui révoltera tous
ceux qui pensent honnêtement.»
Mᵐᵉ d’Aiguillon passe ensuite à l’autre scandale, la mésalliance de
Fronsac, le fils du maréchal: «Il fait un bien plat mariage, après avoir refusé
de très bons partis de filles de qualité. C’est le cas de dire:
Entre tant de héros choisir un Childebrand!
Il a 60.000 livres de rente, avant peu 200.000, duc et pair à deux pairies, une
belle charge, fils d’un homme qui a joué les plus grands rôles, que les
persécutions qu’il éprouve rendent plus grand encore aux yeux des honnêtes
gens... qui épouse Mˡˡᵉ Galliffet!! la transition est un peu forte et ce n’est plus
le cas de dire:
La chute en est heureuse![447]»
D’ailleurs peu intéressant, ce Fronsac! C’était lui que Gilbert avait flétri dans
sa fameuse Apologie, joueur et libertin, se faisant incendiaire pour enlever
une fille, qu’il abandonnait après l’avoir violée.
A ce moment, Mᵐᵉ de Maurepas qui tenait sa nièce au courant des
nouvelles familiales et lui avait annoncé, quelques mois auparavant, la
retraite définitive de son frère Saint-Florentin, duc de la Vrillière,
«s’arrangeant pour aller une fois encore la semaine à la Cour[448]», Mᵐᵉ de
Maurepas lui apprenait l’état très grave de cet oncle subitement frappé de
paralysie, et l’invitait à se rendre à Pontchartrain pour le règlement futur de
leurs intérêts respectifs. Mᵐᵉ d’Aiguillon fait part de la nouvelle à Balleroy,
prévoyant pour Saint-Florentin la même fin qu’avait eue son beau-père, à la
suite d’une attaque d’apoplexie. Elle avait écrit à sa tante qu’elle s’en
rapportait entièrement à elle et à son mari de la question de partage. Cet oncle
ne lui ayant jamais témoigné—comme l’autre d’ailleurs—qu’une affection
sans péril pour son égoïsme, la duchesse revient bien vite à des sujets qui lui
touchent autrement au cœur. C’est encore de Chabrillan qu’il s’agit. Le pays
lui plaît, mais pas autant qu’elle l’eût espéré. Aussi est-il parti «en très bonne
santé: je prétends, ajoute-t-elle, qu’il ne tiendra pas huit jours sans s’y
ennuyer. C’est une si belle chose que la Cour!» dit-elle malicieusement.
Enfin, elle renseigne Balleroy sur les distractions présentes d’Aiguillon et
sur les plaisirs qui l’attendent dans un avenir prochain:
intrigues d’une cabale, c’est ce qui est incroyable et ce qui révoltera tous
ceux qui pensent honnêtement.»
Mᵐᵉ d’Aiguillon passe ensuite à l’autre scandale, la mésalliance de
Fronsac, le fils du maréchal: «Il fait un bien plat mariage, après avoir refusé
de très bons partis de filles de qualité. C’est le cas de dire:
Entre tant de héros choisir un Childebrand!
Il a 60.000 livres de rente, avant peu 200.000, duc et pair à deux pairies, une
belle charge, fils d’un homme qui a joué les plus grands rôles, que les
persécutions qu’il éprouve rendent plus grand encore aux yeux des honnêtes
gens... qui épouse Mˡˡᵉ Galliffet!! la transition est un peu forte et ce n’est plus
le cas de dire:
La chute en est heureuse![447]»
D’ailleurs peu intéressant, ce Fronsac! C’était lui que Gilbert avait flétri dans
sa fameuse Apologie, joueur et libertin, se faisant incendiaire pour enlever
une fille, qu’il abandonnait après l’avoir violée.
A ce moment, Mᵐᵉ de Maurepas qui tenait sa nièce au courant des
nouvelles familiales et lui avait annoncé, quelques mois auparavant, la
retraite définitive de son frère Saint-Florentin, duc de la Vrillière,
«s’arrangeant pour aller une fois encore la semaine à la Cour[448]», Mᵐᵉ de
Maurepas lui apprenait l’état très grave de cet oncle subitement frappé de
paralysie, et l’invitait à se rendre à Pontchartrain pour le règlement futur de
leurs intérêts respectifs. Mᵐᵉ d’Aiguillon fait part de la nouvelle à Balleroy,
prévoyant pour Saint-Florentin la même fin qu’avait eue son beau-père, à la
suite d’une attaque d’apoplexie. Elle avait écrit à sa tante qu’elle s’en
rapportait entièrement à elle et à son mari de la question de partage. Cet oncle
ne lui ayant jamais témoigné—comme l’autre d’ailleurs—qu’une affection
sans péril pour son égoïsme, la duchesse revient bien vite à des sujets qui lui
touchent autrement au cœur. C’est encore de Chabrillan qu’il s’agit. Le pays
lui plaît, mais pas autant qu’elle l’eût espéré. Aussi est-il parti «en très bonne
santé: je prétends, ajoute-t-elle, qu’il ne tiendra pas huit jours sans s’y
ennuyer. C’est une si belle chose que la Cour!» dit-elle malicieusement.
Enfin, elle renseigne Balleroy sur les distractions présentes d’Aiguillon et
sur les plaisirs qui l’attendent dans un avenir prochain:
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«... Cette belle Candide nous a joué la Servante maîtresse très bien... Vous
trouverez ma ménagerie fort augmentée. J’ai acquis un perroquet qui fait les
délices du château, surtout du maître. Je forme une volière de toutes sortes
d’oiseaux chantants, que je compte mettre dans les bosquets. En attendant, ils
sont tous dans la salle à manger en cage; il y en a plus de 200, cela fait un
beau bruit[449]...»
Balleroy est bien partagé: sa correspondante ne lui mesure pas les
informations:
«Pour le coup, monsieur le chevalier, on ne peut pas se plaindre de la
disette de nouvelles; il y en a de toutes les couleurs. 1º Le Grand Pan est à
bas, puisque M. Turgot est renvoyé: que vont devenir les philosophes, les
encyclopédistes, les économistes? Que va dire M. d’Anville? Je ne vois que
ceux-là qui puissent s’en fâcher. Ce qui est sûr, c’est que ce ne sera pas moi;
et quand on aurait changé le conseil tout entier, je n’en serais pas plus triste.»
Le compliment n’est guère flatteur pour l’oncle Maurepas; mais nous
savons que la duchesse ne s’était jamais fait la moindre illusion sur l’homme,
ni sur le parent. Elle aborde ensuite un sujet qui répond aux préoccupations
immédiates de son mari.
A propos de Guines «qu’on accuse d’assez vilaines choses et qui n’est pas
encore jugé, on ne lui rend pas encore son ambassade; c’est donc que l’on
continue à être mécontent de lui».
Mais, la duchesse, partageant la sagacité de M. d’Aiguillon, prévoit que
l’intéressant accusé sortira de l’épreuve avec les honneurs de la guerre: «On
lui fait une grâce que des gens qui ont bien servi demandent en vain; le roi lui
écrit une lettre de sa main, comme en recevrait un général qui aurait sauvé
l’Etat!» Allusion rétrospective à la victoire de Saint-Cast[450].
Le diplomate chagrin, qui représentait l’Autriche à la Cour de France,
gémissait de cette nouvelle saute dans l’esprit léger et fantasque de Marie-
Antoinette; encore voulait-il y trouver des circonstances atténuantes: «la
reine est obsédée par ses entours pour M. de Guines». Cet heureux mortel est
sur le point d’être nommé duc. Et Mercy estime quelque peu excessive une
telle faveur, s’affichant au milieu de courses et de paris, à travers un
débordement de plaisirs et un déchaînement de dissipation auxquels préside
la princesse de Guéméné. Au reste la question Guines est devenue comme un
champ clos où se combattent les Choiseul et les d’Aiguillon: ceux-ci
continuent à lancer des épigrammes, des chansons, des libelles où le roi et la
trouverez ma ménagerie fort augmentée. J’ai acquis un perroquet qui fait les
délices du château, surtout du maître. Je forme une volière de toutes sortes
d’oiseaux chantants, que je compte mettre dans les bosquets. En attendant, ils
sont tous dans la salle à manger en cage; il y en a plus de 200, cela fait un
beau bruit[449]...»
Balleroy est bien partagé: sa correspondante ne lui mesure pas les
informations:
«Pour le coup, monsieur le chevalier, on ne peut pas se plaindre de la
disette de nouvelles; il y en a de toutes les couleurs. 1º Le Grand Pan est à
bas, puisque M. Turgot est renvoyé: que vont devenir les philosophes, les
encyclopédistes, les économistes? Que va dire M. d’Anville? Je ne vois que
ceux-là qui puissent s’en fâcher. Ce qui est sûr, c’est que ce ne sera pas moi;
et quand on aurait changé le conseil tout entier, je n’en serais pas plus triste.»
Le compliment n’est guère flatteur pour l’oncle Maurepas; mais nous
savons que la duchesse ne s’était jamais fait la moindre illusion sur l’homme,
ni sur le parent. Elle aborde ensuite un sujet qui répond aux préoccupations
immédiates de son mari.
A propos de Guines «qu’on accuse d’assez vilaines choses et qui n’est pas
encore jugé, on ne lui rend pas encore son ambassade; c’est donc que l’on
continue à être mécontent de lui».
Mais, la duchesse, partageant la sagacité de M. d’Aiguillon, prévoit que
l’intéressant accusé sortira de l’épreuve avec les honneurs de la guerre: «On
lui fait une grâce que des gens qui ont bien servi demandent en vain; le roi lui
écrit une lettre de sa main, comme en recevrait un général qui aurait sauvé
l’Etat!» Allusion rétrospective à la victoire de Saint-Cast[450].
Le diplomate chagrin, qui représentait l’Autriche à la Cour de France,
gémissait de cette nouvelle saute dans l’esprit léger et fantasque de Marie-
Antoinette; encore voulait-il y trouver des circonstances atténuantes: «la
reine est obsédée par ses entours pour M. de Guines». Cet heureux mortel est
sur le point d’être nommé duc. Et Mercy estime quelque peu excessive une
telle faveur, s’affichant au milieu de courses et de paris, à travers un
débordement de plaisirs et un déchaînement de dissipation auxquels préside
la princesse de Guéméné. Au reste la question Guines est devenue comme un
champ clos où se combattent les Choiseul et les d’Aiguillon: ceux-ci
continuent à lancer des épigrammes, des chansons, des libelles où le roi et la
Page 168
reine ne sont guère ménagés: l’irritation n’en est que plus vive contre le duc
d’Aiguillon[451].
Et maintenant que faut-il croire de la prétendue intervention de Lauzun en
faveur de Guines, alors qu’à la suite d’un conciliabule entre Coigny, la reine
et lui, Marie-Antoinette voulut abandonner l’ambassadeur? Lauzun se serait
énergiquement opposé à cette défection. Et la reine, se rangeant à cet avis,
aurait obtenu de Louis XVI que Guines fût admis à se justifier. Or celui-ci
avait su se disculper. Aussi avait-il été décidé entre Marie-Antoinette et son
mari, que le roi écrirait à Guines pour lui dire qu’il était content de ses
services et lui accorderait ensuite le brevet de duc. Bien mieux, la reine aurait
envoyé chercher Guines, à neuf heures du matin, pour lui annoncer cette
bonne nouvelle et lui remettre en mains propres le titre royal[452].
Ce qui résulte de tous ces racontars d’antichambre, de ces luttes
d’influences dans les salons de Versailles, de ces intrigues mesquines ourdies
au fond des boudoirs, de cette petite guerre à coups de bons mots, de couplets
et de libelles, c’est qu’une nouvelle école naissait à la vie politique: école de
vice, de corruption et de décadence. Sur les débris de cette société en
décomposition qu’était la Cour de Louis XV, s’élevait toute une génération
de jeunes et fringants gentilshommes, vaniteux, suffisants, arrogants,
déterminés viveurs, jouisseurs effrénés, sans morale, sans religion, sans
scrupules, escrocs à l’occasion, aussi besogneux qu’assoiffés de plaisirs,
braves et même magnifiques par destination, mais poussant jusqu’aux
dernières limites l’effronterie, l’impudence et le cynisme. Ils estimaient
aujourd’hui que, pour arriver à la Cour, il n’était plus nécessaire d’assiéger et
d’enlever le cœur des reines de la main gauche, puisqu’il s’en trouvait une
véritable, et combien séduisante, sinon d’une beauté accomplie, du moins
d’une élégance exquise, d’un charme capiteux, d’une grâce incomparable,
accueillant, avec ivresse, dans un délicieux sourire, les flots d’encens
montant jusqu’à elle. Et comme la conquête pour ces jeunes seigneurs devrait
en être facile! Quel être dépourvu de prestige et de poésie, que ce mari lourd,
épais et brutal, honnête homme par instinct, ayant pris, dans une atmosphère
imprégnée de philosophisme, comme une vague intention de faire le bien,
mais trop faible et trop mou pour la suivre, qui n’avait ni la majesté du Roi-
Soleil, ni la suprême beauté de Louis XV et qui ne tenait des Bourbons que la
gloutonnerie, la frénésie de la chasse et la passion du vin.
Ainsi pensait, ainsi même s’exprimait, sans la moindre contrainte, cette
jeunesse qui faisait litière de tous les grands sentiments et de toutes les nobles
d’Aiguillon[451].
Et maintenant que faut-il croire de la prétendue intervention de Lauzun en
faveur de Guines, alors qu’à la suite d’un conciliabule entre Coigny, la reine
et lui, Marie-Antoinette voulut abandonner l’ambassadeur? Lauzun se serait
énergiquement opposé à cette défection. Et la reine, se rangeant à cet avis,
aurait obtenu de Louis XVI que Guines fût admis à se justifier. Or celui-ci
avait su se disculper. Aussi avait-il été décidé entre Marie-Antoinette et son
mari, que le roi écrirait à Guines pour lui dire qu’il était content de ses
services et lui accorderait ensuite le brevet de duc. Bien mieux, la reine aurait
envoyé chercher Guines, à neuf heures du matin, pour lui annoncer cette
bonne nouvelle et lui remettre en mains propres le titre royal[452].
Ce qui résulte de tous ces racontars d’antichambre, de ces luttes
d’influences dans les salons de Versailles, de ces intrigues mesquines ourdies
au fond des boudoirs, de cette petite guerre à coups de bons mots, de couplets
et de libelles, c’est qu’une nouvelle école naissait à la vie politique: école de
vice, de corruption et de décadence. Sur les débris de cette société en
décomposition qu’était la Cour de Louis XV, s’élevait toute une génération
de jeunes et fringants gentilshommes, vaniteux, suffisants, arrogants,
déterminés viveurs, jouisseurs effrénés, sans morale, sans religion, sans
scrupules, escrocs à l’occasion, aussi besogneux qu’assoiffés de plaisirs,
braves et même magnifiques par destination, mais poussant jusqu’aux
dernières limites l’effronterie, l’impudence et le cynisme. Ils estimaient
aujourd’hui que, pour arriver à la Cour, il n’était plus nécessaire d’assiéger et
d’enlever le cœur des reines de la main gauche, puisqu’il s’en trouvait une
véritable, et combien séduisante, sinon d’une beauté accomplie, du moins
d’une élégance exquise, d’un charme capiteux, d’une grâce incomparable,
accueillant, avec ivresse, dans un délicieux sourire, les flots d’encens
montant jusqu’à elle. Et comme la conquête pour ces jeunes seigneurs devrait
en être facile! Quel être dépourvu de prestige et de poésie, que ce mari lourd,
épais et brutal, honnête homme par instinct, ayant pris, dans une atmosphère
imprégnée de philosophisme, comme une vague intention de faire le bien,
mais trop faible et trop mou pour la suivre, qui n’avait ni la majesté du Roi-
Soleil, ni la suprême beauté de Louis XV et qui ne tenait des Bourbons que la
gloutonnerie, la frénésie de la chasse et la passion du vin.
Ainsi pensait, ainsi même s’exprimait, sans la moindre contrainte, cette
jeunesse qui faisait litière de tous les grands sentiments et de toutes les nobles
Page 169
idées, qui avait abjuré tous les cultes et principalement celui de la famille,
objet de son mépris et de ses risées.
Mais cette sainte piété, qui prépare les cœurs aux plus héroïques
sacrifices, parce qu’elle est la source vive de l’amour de la patrie, n’était pas
morte dans tous les cœurs. Avec quelle force et de quel éclat elle brillait dans
l’âme généreuse de la duchesse d’Aiguillon!
Les sanglots que lui arracha la mort prématurée de la marquise de
Chabrillan, victime elle-même de sa tendresse filiale, démontrent, de reste, la
puissance et l’étendue de cet amour maternel.
Sa lettre du 21 juin au chevalier de Balleroy est le cri exaspéré de la
douleur qui sera éternelle:
Aiguillon, ce 21 juin 1776.
«Je n’ai point de termes pour vous peindre ma douleur: l’affreux spectacle
que je viens d’avoir m’a rouvert ma plaie qui n’était rien moins que fermée.
Toutes les circonstances de la maladie de ma fille sont si semblables à celles
qui m’ont enlevé ma fille aînée et qui sont toujours présentes à mon cœur,
qu’à chaque instant je voyais mes deux filles mortes et mourantes.
C’est un déchirement dont on n’a pas d’idée: l’une a passé au moment de
se former, cette humeur s’est jetée sur sa poitrine; et sa malheureuse sœur a
péri d’une fièvre de lait qui s’est de même jetée sur sa poitrine.
Aussi le fait est que je les ai perdues toutes les deux, et que c’est
l’acharnement de nos ennemis et de la reine en particulier qui l’ont tuée. Si
on ne nous eût pas forcés à passer ici l’année passée, nous aurions été à
Veretz, où elle serait venue avec nous; elle aurait été paisiblement faire ses
couches à Paris, où elle aurait eu tout le temps nécessaire pour faire passer
son lait; elle existerait encore; au lieu de cela, comme il y avait un an qu’elle
n’avait vu ni son père, ni moi, elle en avait la plus grande impatience; elle
s’est pressée et fait illusion à elle-même et est arrivée pour périr sous nos
yeux, victime de son attachement pour nous et de la haine de M. de Guines; il
est certain que nous sommes assez malheureux, nos ennemis doivent être
contents. Vous savez mieux que personne combien nous étions heureux et
contents ici; cet événement empoisonne un lieu qui est et doit être notre
retraite.
Je ne m’occupe qu’à diminuer ma douleur vis-à-vis de M. d’Aiguillon et
de lui faire croire que je me distrais. Je tâche de ne pas augmenter sa douleur
par la mienne. Je vois qu’il fait les mêmes efforts; nous nous contraignons
objet de son mépris et de ses risées.
Mais cette sainte piété, qui prépare les cœurs aux plus héroïques
sacrifices, parce qu’elle est la source vive de l’amour de la patrie, n’était pas
morte dans tous les cœurs. Avec quelle force et de quel éclat elle brillait dans
l’âme généreuse de la duchesse d’Aiguillon!
Les sanglots que lui arracha la mort prématurée de la marquise de
Chabrillan, victime elle-même de sa tendresse filiale, démontrent, de reste, la
puissance et l’étendue de cet amour maternel.
Sa lettre du 21 juin au chevalier de Balleroy est le cri exaspéré de la
douleur qui sera éternelle:
Aiguillon, ce 21 juin 1776.
«Je n’ai point de termes pour vous peindre ma douleur: l’affreux spectacle
que je viens d’avoir m’a rouvert ma plaie qui n’était rien moins que fermée.
Toutes les circonstances de la maladie de ma fille sont si semblables à celles
qui m’ont enlevé ma fille aînée et qui sont toujours présentes à mon cœur,
qu’à chaque instant je voyais mes deux filles mortes et mourantes.
C’est un déchirement dont on n’a pas d’idée: l’une a passé au moment de
se former, cette humeur s’est jetée sur sa poitrine; et sa malheureuse sœur a
péri d’une fièvre de lait qui s’est de même jetée sur sa poitrine.
Aussi le fait est que je les ai perdues toutes les deux, et que c’est
l’acharnement de nos ennemis et de la reine en particulier qui l’ont tuée. Si
on ne nous eût pas forcés à passer ici l’année passée, nous aurions été à
Veretz, où elle serait venue avec nous; elle aurait été paisiblement faire ses
couches à Paris, où elle aurait eu tout le temps nécessaire pour faire passer
son lait; elle existerait encore; au lieu de cela, comme il y avait un an qu’elle
n’avait vu ni son père, ni moi, elle en avait la plus grande impatience; elle
s’est pressée et fait illusion à elle-même et est arrivée pour périr sous nos
yeux, victime de son attachement pour nous et de la haine de M. de Guines; il
est certain que nous sommes assez malheureux, nos ennemis doivent être
contents. Vous savez mieux que personne combien nous étions heureux et
contents ici; cet événement empoisonne un lieu qui est et doit être notre
retraite.
Je ne m’occupe qu’à diminuer ma douleur vis-à-vis de M. d’Aiguillon et
de lui faire croire que je me distrais. Je tâche de ne pas augmenter sa douleur
par la mienne. Je vois qu’il fait les mêmes efforts; nous nous contraignons
Page 170
l’un pour l’autre; il en résultera que nous en prendrons l’habitude peut-être, et
véritablement nous nous désespérons.
Il est impossible de recevoir plus de marques d’amitié que je n’en ai reçu
dans cette malheureuse occasion[453].»
C’est la première fois et ce sera la dernière, que, dans le cours de sa
correspondance avec Balleroy, la mère parlera avec cette véhémence de la
femme à qui elle attribue la mort de son enfant. Elle, d’ordinaire si prudente,
ne peut retenir l’explosion de sa colère.
Sa lettre du 8 juillet cristallise en quelque sorte la souffrance qui fut
toujours son lot et qu’elle a soigneusement cachée sous sa gaîté coutumière,
par égard et par amour pour son mari: «Cette perte affreuse m’a rappelé la
mort de ma fille aînée... j’ai pleuré en même temps tous mes enfants... Il est
dur, avant cinquante ans, d’avoir éprouvé tout ce qui m’est arrivé». Moins
que jamais, elle veut quitter Aiguillon: «Le parti que nous prenons de rester
ici est celui que je crois être le plus sage, vu l’acharnement très actif de nos
ennemis et la tranquillité plus que passive de ceux qui sont à portée de
prendre notre parti et qui même le devraient.»
La fin, si touchante, de cette pauvre jeune femme, accourue, avant que sa
santé ne fût rétablie, auprès de ses parents en exil, avait ému les âmes
sensibles à la Cour et à la Ville[454]. Le roi, dit Moreau, écrivit au père qu’il
pouvait quitter la tombe de sa fille[455]. Nous ne croyons pas qu’un autre
mémorialiste ait signalé le fait. Mais ce qui est certain, c’est que l’Histoire
réserve à Marie-Antoinette, seule, l’honneur d’avoir spontanément réclamé le
rappel de l’homme qu’elle détestait, dès qu’elle apprit la situation, très grave,
de Mᵐᵉ de Chabrillan.
Le 20 juin, Mᵐᵉ de Maurepas adressait, toute affaire cessante, ce billet à sa
nièce:
«M. de Maurepas écrit à M. d’Aiguillon et lui mande que la reine, étant
touchée d’apprendre la maladie de votre malheureuse fille, est venue chez le
roi, où était M. de Maurepas et lui a dit qu’elle lui rendait toute liberté et
qu’il pouvait venir à Paris et dans tous les lieux qu’il voudra, excepté la Cour.
Si votre fille avait sa guérison, quel plaisir j’aurais[456]!»
La lettre de Maurepas, expédiée de Marly et datée du même jour, est
conçue à peu près dans les mêmes termes: «quel que fût l’événement», la
reine «touchée enfin de votre situation» consentait etc...[457]
véritablement nous nous désespérons.
Il est impossible de recevoir plus de marques d’amitié que je n’en ai reçu
dans cette malheureuse occasion[453].»
C’est la première fois et ce sera la dernière, que, dans le cours de sa
correspondance avec Balleroy, la mère parlera avec cette véhémence de la
femme à qui elle attribue la mort de son enfant. Elle, d’ordinaire si prudente,
ne peut retenir l’explosion de sa colère.
Sa lettre du 8 juillet cristallise en quelque sorte la souffrance qui fut
toujours son lot et qu’elle a soigneusement cachée sous sa gaîté coutumière,
par égard et par amour pour son mari: «Cette perte affreuse m’a rappelé la
mort de ma fille aînée... j’ai pleuré en même temps tous mes enfants... Il est
dur, avant cinquante ans, d’avoir éprouvé tout ce qui m’est arrivé». Moins
que jamais, elle veut quitter Aiguillon: «Le parti que nous prenons de rester
ici est celui que je crois être le plus sage, vu l’acharnement très actif de nos
ennemis et la tranquillité plus que passive de ceux qui sont à portée de
prendre notre parti et qui même le devraient.»
La fin, si touchante, de cette pauvre jeune femme, accourue, avant que sa
santé ne fût rétablie, auprès de ses parents en exil, avait ému les âmes
sensibles à la Cour et à la Ville[454]. Le roi, dit Moreau, écrivit au père qu’il
pouvait quitter la tombe de sa fille[455]. Nous ne croyons pas qu’un autre
mémorialiste ait signalé le fait. Mais ce qui est certain, c’est que l’Histoire
réserve à Marie-Antoinette, seule, l’honneur d’avoir spontanément réclamé le
rappel de l’homme qu’elle détestait, dès qu’elle apprit la situation, très grave,
de Mᵐᵉ de Chabrillan.
Le 20 juin, Mᵐᵉ de Maurepas adressait, toute affaire cessante, ce billet à sa
nièce:
«M. de Maurepas écrit à M. d’Aiguillon et lui mande que la reine, étant
touchée d’apprendre la maladie de votre malheureuse fille, est venue chez le
roi, où était M. de Maurepas et lui a dit qu’elle lui rendait toute liberté et
qu’il pouvait venir à Paris et dans tous les lieux qu’il voudra, excepté la Cour.
Si votre fille avait sa guérison, quel plaisir j’aurais[456]!»
La lettre de Maurepas, expédiée de Marly et datée du même jour, est
conçue à peu près dans les mêmes termes: «quel que fût l’événement», la
reine «touchée enfin de votre situation» consentait etc...[457]
Page 171
La dépêche envoyée, le 14 juillet, par Marie-Antoinette à Marie-
Thérèse[458] est très explicite: «Dès que j’ai su qu’elle (la marquise) était en
danger, j’ai trouvé que si M. d’Aiguillon venait à perdre sa fille, il serait
inhumain de l’obliger à rester dans l’endroit où sa fille était morte. J’ai
demandé au roi de lui laisser la liberté d’aller partout où il voudra, excepté la
Cour. Le roi me l’a accordé.»
Il est donc bien certain que Marie-Antoinette n’a pas attendu, comme l’ont
prétendu quelques historiens, la mort de la malheureuse jeune femme
survenue dans cette même journée du 20 juin, pour demander le rappel de
d’Aiguillon. Mais ce qui est non moins exact, à en croire Mercy, c’est que la
reine n’eut pas, la première, l’idée de cette démarche. La comtesse de
Polignac—une nouvelle amie—et le duc de Guines l’avaient incitée à la faire
«par politique». Ne valait-il pas mieux, disaient-ils, prévenir un acte de
clémence qui eût peut-être accordé à d’Aiguillon sa grâce tout entière, en
n’en demandant pour lui que la moitié[459]?
Et le confident de l’impératrice démontre combien Marie-Antoinette—
aussi faible en cela de caractère que Louis XVI—se laissait diriger par cette
tourbe d’intrigants des deux sexes qui aspiraient à devenir les maîtres de la
Cour: «Je trouvai la reine fort persuadée de l’adresse et de la sagacité de ses
conseillers; mais sa surprise fut grande, quand je lui fis voir la loucherie et la
mauvaise foi qui avaient dicté ces conseils.» Mᵐᵉ de Polignac et M. de
Guines n’étaient que des ambitieux, uniquement soucieux d’accaparer les
bonnes grâces de Maurepas. Et moi, disait avec amertume Mercy-Argenteau,
en s’adressant à Marie-Antoinette, quand je voulus m’employer également
pour M. d’Aiguillon, Votre Majesté «n’a mis aucunes bornes à ses
déclarations trop publiques et trop sévères!» Etait-ce une amende honorable?
En tout cas, l’ambassadeur termine sur ce mot: Il me semble que la reine m’a
«écouté avec attention[460]». Naïf diplomate, sous la maussade apparence de
sa défiance perpétuelle! Mais combien imprudente cette jeune souveraine,
qui devait expier plus tard si tragiquement dans des angoisses familiales aussi
douloureuses que celles de Mᵐᵉ d’Aiguillon, les erreurs et les caprices d’une
volonté, impatiente de toute contrainte, qu’asservissait cependant à
d’indignes courtisans la soif immodérée des plaisirs.
Thérèse[458] est très explicite: «Dès que j’ai su qu’elle (la marquise) était en
danger, j’ai trouvé que si M. d’Aiguillon venait à perdre sa fille, il serait
inhumain de l’obliger à rester dans l’endroit où sa fille était morte. J’ai
demandé au roi de lui laisser la liberté d’aller partout où il voudra, excepté la
Cour. Le roi me l’a accordé.»
Il est donc bien certain que Marie-Antoinette n’a pas attendu, comme l’ont
prétendu quelques historiens, la mort de la malheureuse jeune femme
survenue dans cette même journée du 20 juin, pour demander le rappel de
d’Aiguillon. Mais ce qui est non moins exact, à en croire Mercy, c’est que la
reine n’eut pas, la première, l’idée de cette démarche. La comtesse de
Polignac—une nouvelle amie—et le duc de Guines l’avaient incitée à la faire
«par politique». Ne valait-il pas mieux, disaient-ils, prévenir un acte de
clémence qui eût peut-être accordé à d’Aiguillon sa grâce tout entière, en
n’en demandant pour lui que la moitié[459]?
Et le confident de l’impératrice démontre combien Marie-Antoinette—
aussi faible en cela de caractère que Louis XVI—se laissait diriger par cette
tourbe d’intrigants des deux sexes qui aspiraient à devenir les maîtres de la
Cour: «Je trouvai la reine fort persuadée de l’adresse et de la sagacité de ses
conseillers; mais sa surprise fut grande, quand je lui fis voir la loucherie et la
mauvaise foi qui avaient dicté ces conseils.» Mᵐᵉ de Polignac et M. de
Guines n’étaient que des ambitieux, uniquement soucieux d’accaparer les
bonnes grâces de Maurepas. Et moi, disait avec amertume Mercy-Argenteau,
en s’adressant à Marie-Antoinette, quand je voulus m’employer également
pour M. d’Aiguillon, Votre Majesté «n’a mis aucunes bornes à ses
déclarations trop publiques et trop sévères!» Etait-ce une amende honorable?
En tout cas, l’ambassadeur termine sur ce mot: Il me semble que la reine m’a
«écouté avec attention[460]». Naïf diplomate, sous la maussade apparence de
sa défiance perpétuelle! Mais combien imprudente cette jeune souveraine,
qui devait expier plus tard si tragiquement dans des angoisses familiales aussi
douloureuses que celles de Mᵐᵉ d’Aiguillon, les erreurs et les caprices d’une
volonté, impatiente de toute contrainte, qu’asservissait cependant à
d’indignes courtisans la soif immodérée des plaisirs.
Page 172
XX
Arrêt dans la correspondance.—D’Aiguillon refuse de rentrer à Paris.—
L’opinion publique n’en dénonce pas moins ses intrigues avec son oncle
pour revenir à la Cour.—Action persistante de Mᵐᵉ de Maurepas dans
l’intérêt de son neveu.—Le buste de Louis XVI.—La succession de La
Vrillière et «la vilaine petite race».—Irritation de la duchesse contre
Guines.—Une saison à Bagnères dans la plus stricte intimité.—Mᵐᵉ
d’Aiguillon «écorchée comme saint Barthélemy».—«Mauvaise compagnie»
des gens de Cour.—Retour au château: nouvelles récriminations du
châtelain; «absorbement continuel» de la châtelaine.
La commotion avait été trop violente, le deuil était trop récent et trop
profond chez les d’Aiguillon, pour que, même dans un milieu où les
obligations mondaines créaient de tyranniques exigences, la vie du château
n’y restât de longtemps suspendue. Encore n’y reprit-elle, en 1777, que pour
un petit nombre d’intimes, mais à porte entre-baîllée, dans la tristesse des
voiles funèbres, devant le souvenir sans cesse rappelé de l’enfant à jamais
disparue.
Plus de correspondance pendant près de neuf mois. La duchesse a brisé sa
plume; et il semble que le duc se soit désintéressé de la politique. Par un
sentiment de fierté très légitime, il avait refusé, «comme un déshonneur[461]»,
cette demi-grâce qui lui interdisait de remplir une des fonctions les plus
précieuses de sa charge, celle de travailler personnellement avec le roi. Il
préférait, disait-il, vivre dans la solitude et ne reviendrait à Paris que «si
jamais le soin de ses affaires l’y appelait». Ce fut son oncle qu’il chargea de
«voir le roi et de lui porter ses mémoires (pour les chevau-légers)». Maurepas
les lui retournait «approuvés et signés sans difficulté[462]».
Paris n’en préjugeait pas moins, en ce moment, les secrètes pensées du
neveu. Les Noëls pour l’année 1777, qui couraient déjà par la ville, le
confondaient avec l’oncle dans le même couplet:
Arrêt dans la correspondance.—D’Aiguillon refuse de rentrer à Paris.—
L’opinion publique n’en dénonce pas moins ses intrigues avec son oncle
pour revenir à la Cour.—Action persistante de Mᵐᵉ de Maurepas dans
l’intérêt de son neveu.—Le buste de Louis XVI.—La succession de La
Vrillière et «la vilaine petite race».—Irritation de la duchesse contre
Guines.—Une saison à Bagnères dans la plus stricte intimité.—Mᵐᵉ
d’Aiguillon «écorchée comme saint Barthélemy».—«Mauvaise compagnie»
des gens de Cour.—Retour au château: nouvelles récriminations du
châtelain; «absorbement continuel» de la châtelaine.
La commotion avait été trop violente, le deuil était trop récent et trop
profond chez les d’Aiguillon, pour que, même dans un milieu où les
obligations mondaines créaient de tyranniques exigences, la vie du château
n’y restât de longtemps suspendue. Encore n’y reprit-elle, en 1777, que pour
un petit nombre d’intimes, mais à porte entre-baîllée, dans la tristesse des
voiles funèbres, devant le souvenir sans cesse rappelé de l’enfant à jamais
disparue.
Plus de correspondance pendant près de neuf mois. La duchesse a brisé sa
plume; et il semble que le duc se soit désintéressé de la politique. Par un
sentiment de fierté très légitime, il avait refusé, «comme un déshonneur[461]»,
cette demi-grâce qui lui interdisait de remplir une des fonctions les plus
précieuses de sa charge, celle de travailler personnellement avec le roi. Il
préférait, disait-il, vivre dans la solitude et ne reviendrait à Paris que «si
jamais le soin de ses affaires l’y appelait». Ce fut son oncle qu’il chargea de
«voir le roi et de lui porter ses mémoires (pour les chevau-légers)». Maurepas
les lui retournait «approuvés et signés sans difficulté[462]».
Paris n’en préjugeait pas moins, en ce moment, les secrètes pensées du
neveu. Les Noëls pour l’année 1777, qui couraient déjà par la ville, le
confondaient avec l’oncle dans le même couplet:
Page 173
D’Aiguillon à l’intrigue
Se borne maintenant.
Le Mentor pour lui brigue
Poste très important;
Et ce vieillard, dit-on,
Un peu dans la démence,
Voudrait auprès de son poupon
Placer le Docteur d’Aiguillon
Pour enterrer la France.
De son côté, Hardy consignait, dans son Journal, les échos des réflexions
bourgeoises sur ce croisement de menées souterraines, auxquelles se trouvait
encore mêlé un homme que ses amis espéraient enfin rendre sympathique par
l’étendue même de ses malheurs:
«Quelques personnes mêmes regardaient le rappel de M. d’Aiguillon
comme une preuve de crédit qu’avait encore le sieur comte de Maurepas, en
même temps qu’ils imaginaient que son séjour dans la capitale pourrait bien
influencer sur les intrigues qui avaient pour but d’écarter le duc de Choiseul
que la reine paraissait désirer voir remonter au ministère[463]...»
Hardy ajoutait que «s’il fallait s’en rapporter à des personnes qui se
disaient bien instruites, quoique le parti du duc d’Aiguillon se fortifiât de jour
en jour, au point que le roi, Monsieur et Mesdames de France étaient
notamment décidés en sa faveur, ledit comte de Maurepas mettrait encore
obstacle à ce qu’il rentrât dans le ministère, par la seule crainte qu’il avait
que son rétablissement ne vînt à diminuer le crédit dont il jouissait fort
tranquillement».
La détermination, réelle, de M. d’Aiguillon avait dû quelque peu
déconcerter Mᵐᵉ de Maurepas, non pas que la résolution des exilés lui parût
inexplicable; elle avait très vivement partagé leur désespoir et même voulu
arracher sa nièce au séjour qui lui en ravivait à toute heure les transports;
mais ce qu’elle ne pouvait comprendre, c’est que son neveu coupât ainsi les
ponts derrière soi. Elle qui s’était attachée si étroitement à la fortune de M.
d’Aiguillon, jusqu’à défendre sa cause en pleine adversité et à lui assurer le
concours d’un homme aussi ondoyant que M. de Maurepas, elle verrait donc
s’écrouler l’édifice si laborieusement construit de ses propres mains!
Quelle curieuse figure que celle de la sœur de Mᵐᵉ de Plélo! Restant
volontiers dans l’ombre, comme l’ambassadrice de Danemarck, à ce point
que la plupart des historiens ne l’ont pas connue, elle n’en avait pas moins
cette préoccupation intéressée de la politique que ne connut jamais sa sœur et
Se borne maintenant.
Le Mentor pour lui brigue
Poste très important;
Et ce vieillard, dit-on,
Un peu dans la démence,
Voudrait auprès de son poupon
Placer le Docteur d’Aiguillon
Pour enterrer la France.
De son côté, Hardy consignait, dans son Journal, les échos des réflexions
bourgeoises sur ce croisement de menées souterraines, auxquelles se trouvait
encore mêlé un homme que ses amis espéraient enfin rendre sympathique par
l’étendue même de ses malheurs:
«Quelques personnes mêmes regardaient le rappel de M. d’Aiguillon
comme une preuve de crédit qu’avait encore le sieur comte de Maurepas, en
même temps qu’ils imaginaient que son séjour dans la capitale pourrait bien
influencer sur les intrigues qui avaient pour but d’écarter le duc de Choiseul
que la reine paraissait désirer voir remonter au ministère[463]...»
Hardy ajoutait que «s’il fallait s’en rapporter à des personnes qui se
disaient bien instruites, quoique le parti du duc d’Aiguillon se fortifiât de jour
en jour, au point que le roi, Monsieur et Mesdames de France étaient
notamment décidés en sa faveur, ledit comte de Maurepas mettrait encore
obstacle à ce qu’il rentrât dans le ministère, par la seule crainte qu’il avait
que son rétablissement ne vînt à diminuer le crédit dont il jouissait fort
tranquillement».
La détermination, réelle, de M. d’Aiguillon avait dû quelque peu
déconcerter Mᵐᵉ de Maurepas, non pas que la résolution des exilés lui parût
inexplicable; elle avait très vivement partagé leur désespoir et même voulu
arracher sa nièce au séjour qui lui en ravivait à toute heure les transports;
mais ce qu’elle ne pouvait comprendre, c’est que son neveu coupât ainsi les
ponts derrière soi. Elle qui s’était attachée si étroitement à la fortune de M.
d’Aiguillon, jusqu’à défendre sa cause en pleine adversité et à lui assurer le
concours d’un homme aussi ondoyant que M. de Maurepas, elle verrait donc
s’écrouler l’édifice si laborieusement construit de ses propres mains!
Quelle curieuse figure que celle de la sœur de Mᵐᵉ de Plélo! Restant
volontiers dans l’ombre, comme l’ambassadrice de Danemarck, à ce point
que la plupart des historiens ne l’ont pas connue, elle n’en avait pas moins
cette préoccupation intéressée de la politique que ne connut jamais sa sœur et
Page 174
qui s’appelle vulgairement de l’ambition. Mais de l’ambition dans le noble
sens du mot. Elle voulut travailler à la grandeur des La Vrillière et à la gloire
des Plélo; non pas pour elle, mais pour les héritiers de ces deux noms et de
ces deux familles.
Le rôle de cette femme active et intelligente n’a pas échappé à ses
contemporains, bien que, depuis la disgrâce, si longue, de son mari, elle vécût
peu à la Cour et qu’elle dirigeât plus volontiers de sa chambre les opérations
dont elle attendait le triomphe des siens.
C’est ainsi qu’avec les conseils et l’aide de l’abbé de Véri[464], au dire de
certains mémorialistes, elle soutenait le crédit de Maurepas, pour le plus
grand profit de son neveu d’Aiguillon, sur qui s’étaient reportées toute son
affection et toutes ses espérances.
L’exil de l’un avait en quelque sorte coïncidé avec le rappel de l’autre. Et
nous avons vu par quelles savantes manœuvres, en présence de l’hostilité
irréductible de Marie-Antoinette, Mᵐᵉ de Maurepas s’était efforcée de
stimuler le zèle intermittent de son mari, de calmer l’irritation de son neveu,
d’encourager les amis de d’Aiguillon, de contre-carrer ses ennemis et
cependant de ne pas mécontenter la reine.
Toutes occasions lui étaient bonnes pour mettre en jeu l’intervention de
Maurepas. Et nous trouvons une nouvelle preuve de cette habile tactique dans
deux anecdotes que nous empruntons encore au journal de Hardy.
Quand La Vrillière tomba en paralysie, Maurepas se rendit un jour chez la
reine, pour lui dire combien, dans une affaire toute privée, la présence de son
neveu devenait nécessaire à Paris. «Je ne consentirai jamais au retour du duc
d’Aiguillon, répondit la reine. Il s’est montré mon ennemi personnel; et je
répudierai comme mes ennemis tous ceux qui oseront me parler en sa
faveur[465].»
La démarche du ministre était cependant très rationnelle; mais la judiciaire
de Marie-Antoinette, entretenue dans son entêtement par la coterie qui la
dominait, était brouillée depuis longtemps avec la logique. Mᵐᵉ de Maurepas
se le tint pour dit. La mort, si cruelle, de Mᵐᵉ de Chabrillan avait bien amené
une sorte de trève. Mais l’habile manœuvrière, avant de reprendre la
campagne, voulut savoir si son mari avait encore le crédit nécessaire pour la
recommencer. Elle s’avisa en conséquence d’une démonstration lui
permettant en quelque sorte de tâter le terrain. Elle fit persuader au roi de
donner son buste à Maurepas, qui en serait grandement honoré. C’était de
tradition, depuis tantôt deux siècles, chez les maîtres de la France, d’octroyer
sens du mot. Elle voulut travailler à la grandeur des La Vrillière et à la gloire
des Plélo; non pas pour elle, mais pour les héritiers de ces deux noms et de
ces deux familles.
Le rôle de cette femme active et intelligente n’a pas échappé à ses
contemporains, bien que, depuis la disgrâce, si longue, de son mari, elle vécût
peu à la Cour et qu’elle dirigeât plus volontiers de sa chambre les opérations
dont elle attendait le triomphe des siens.
C’est ainsi qu’avec les conseils et l’aide de l’abbé de Véri[464], au dire de
certains mémorialistes, elle soutenait le crédit de Maurepas, pour le plus
grand profit de son neveu d’Aiguillon, sur qui s’étaient reportées toute son
affection et toutes ses espérances.
L’exil de l’un avait en quelque sorte coïncidé avec le rappel de l’autre. Et
nous avons vu par quelles savantes manœuvres, en présence de l’hostilité
irréductible de Marie-Antoinette, Mᵐᵉ de Maurepas s’était efforcée de
stimuler le zèle intermittent de son mari, de calmer l’irritation de son neveu,
d’encourager les amis de d’Aiguillon, de contre-carrer ses ennemis et
cependant de ne pas mécontenter la reine.
Toutes occasions lui étaient bonnes pour mettre en jeu l’intervention de
Maurepas. Et nous trouvons une nouvelle preuve de cette habile tactique dans
deux anecdotes que nous empruntons encore au journal de Hardy.
Quand La Vrillière tomba en paralysie, Maurepas se rendit un jour chez la
reine, pour lui dire combien, dans une affaire toute privée, la présence de son
neveu devenait nécessaire à Paris. «Je ne consentirai jamais au retour du duc
d’Aiguillon, répondit la reine. Il s’est montré mon ennemi personnel; et je
répudierai comme mes ennemis tous ceux qui oseront me parler en sa
faveur[465].»
La démarche du ministre était cependant très rationnelle; mais la judiciaire
de Marie-Antoinette, entretenue dans son entêtement par la coterie qui la
dominait, était brouillée depuis longtemps avec la logique. Mᵐᵉ de Maurepas
se le tint pour dit. La mort, si cruelle, de Mᵐᵉ de Chabrillan avait bien amené
une sorte de trève. Mais l’habile manœuvrière, avant de reprendre la
campagne, voulut savoir si son mari avait encore le crédit nécessaire pour la
recommencer. Elle s’avisa en conséquence d’une démonstration lui
permettant en quelque sorte de tâter le terrain. Elle fit persuader au roi de
donner son buste à Maurepas, qui en serait grandement honoré. C’était de
tradition, depuis tantôt deux siècles, chez les maîtres de la France, d’octroyer
Page 175
libéralement un exemplaire de leur effigie à ceux de leurs sujets qu’ils en
jugeaient les plus dignes. Maurepas reçut donc de son souverain ce royal
cadeau et en témoigna une telle joie devant le prince, que celui-ci s’en
montra tout ému. La preuve était faite pour Mᵐᵉ de Maurepas, «le point
central et le nœud gordien de toutes les intrigues de la Cour», suivant l’image
quelque peu compliquée de l’honnête libraire[466].
On voulait donc servir ce neveu, malgré son obstination à s’enfermer dans
son castel de l’Agenois. Aussi fallait-il le garer de toutes les chausse-trappes
qui pourraient guetter son passage, si le désir lui revenait de reprendre le
chemin de Paris. Maurepas avait craint un instant que d’Aiguillon ne fût
impliqué dans l’affaire de la Cahouet de Villers, une des femmes de la reine,
qui avait jadis contribué à la fortune de la Du Barry. Il s’agissait d’une de ces
escroqueries qui prirent si souvent la reine pour point de mire et dont l’affaire
du collier devait être la synthèse la mieux réussie. Maurepas en fut quitte
pour la peur[467].
La mort, prévue, de son beau-frère La Vrillière, lui avait inspiré, comme à
sa femme, de nouvelles inquiétudes, mais celles-ci d’ordre privé. La perte
était médiocre: le secrétaire d’État avait été servile et plutôt malfaisant pour
ses administrés: ayant dans son département les lettres de cachet, il en avait
abusé, et même au profit de belles dames, prétendait la légende. L’homme ne
valait guère mieux: vain, présomptueux, ignorant et sot, il faisait peu
d’honneur à l’intelligente famille des La Vrillière. Le parent était taillé sur le
même modèle: après la mort de sa femme, la comtesse de Platen, dont il
n’avait pas eu d’enfants, il s’était acoquiné avec une intrigante qui avait
épousé Sabatin, commis des finances; et cette maîtresse, méchante et perfide
créature, qui lui avait donné plusieurs bâtards, avait éloigné peu à peu de sa
famille cet imbécile vieillard. Il avait soutenu d’Aiguillon, pendant ses procès
avec les Parlements, mais sans grande conviction, et parce qu’il n’eût pas osé
faire acte d’indépendance devant Louis XV. Qu’il eût éprouvé moins
d’embarras, s’il n’avait craint, d’autre part, de rompre en visière avec
Choiseul! La disgrâce de son neveu l’avait trouvé aussi perplexe: mais il lui
avait fallu, comme sa fonction le voulait, porter l’ordre d’exil au «mauvais
sujet» qu’avait désigné la reine.
Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui, depuis la mort de sa fille, avait «donné beaucoup
d’inquiétudes[468]» aux Maurepas, avait dû sortir de son marasme pour
s’occuper de cette succession, sur laquelle, par parenthèse, elle comptait fort
jugeaient les plus dignes. Maurepas reçut donc de son souverain ce royal
cadeau et en témoigna une telle joie devant le prince, que celui-ci s’en
montra tout ému. La preuve était faite pour Mᵐᵉ de Maurepas, «le point
central et le nœud gordien de toutes les intrigues de la Cour», suivant l’image
quelque peu compliquée de l’honnête libraire[466].
On voulait donc servir ce neveu, malgré son obstination à s’enfermer dans
son castel de l’Agenois. Aussi fallait-il le garer de toutes les chausse-trappes
qui pourraient guetter son passage, si le désir lui revenait de reprendre le
chemin de Paris. Maurepas avait craint un instant que d’Aiguillon ne fût
impliqué dans l’affaire de la Cahouet de Villers, une des femmes de la reine,
qui avait jadis contribué à la fortune de la Du Barry. Il s’agissait d’une de ces
escroqueries qui prirent si souvent la reine pour point de mire et dont l’affaire
du collier devait être la synthèse la mieux réussie. Maurepas en fut quitte
pour la peur[467].
La mort, prévue, de son beau-frère La Vrillière, lui avait inspiré, comme à
sa femme, de nouvelles inquiétudes, mais celles-ci d’ordre privé. La perte
était médiocre: le secrétaire d’État avait été servile et plutôt malfaisant pour
ses administrés: ayant dans son département les lettres de cachet, il en avait
abusé, et même au profit de belles dames, prétendait la légende. L’homme ne
valait guère mieux: vain, présomptueux, ignorant et sot, il faisait peu
d’honneur à l’intelligente famille des La Vrillière. Le parent était taillé sur le
même modèle: après la mort de sa femme, la comtesse de Platen, dont il
n’avait pas eu d’enfants, il s’était acoquiné avec une intrigante qui avait
épousé Sabatin, commis des finances; et cette maîtresse, méchante et perfide
créature, qui lui avait donné plusieurs bâtards, avait éloigné peu à peu de sa
famille cet imbécile vieillard. Il avait soutenu d’Aiguillon, pendant ses procès
avec les Parlements, mais sans grande conviction, et parce qu’il n’eût pas osé
faire acte d’indépendance devant Louis XV. Qu’il eût éprouvé moins
d’embarras, s’il n’avait craint, d’autre part, de rompre en visière avec
Choiseul! La disgrâce de son neveu l’avait trouvé aussi perplexe: mais il lui
avait fallu, comme sa fonction le voulait, porter l’ordre d’exil au «mauvais
sujet» qu’avait désigné la reine.
Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui, depuis la mort de sa fille, avait «donné beaucoup
d’inquiétudes[468]» aux Maurepas, avait dû sortir de son marasme pour
s’occuper de cette succession, sur laquelle, par parenthèse, elle comptait fort
Page 176
peu. Comme elle l’annonce à Balleroy, après neuf mois de silence, «la mort
de M. de la Vrillière (27 février 1777) a donné beaucoup à écrire».
«... Cet événement, tout prévu qu’il était, m’a fait de la peine; c’était le
frère de ma mère, dont je n’ai eu à me plaindre que de ses faiblesses: tout le
tort qu’il a jamais pu me faire ne vient que de cette cause, d’autant qu’il était
mené par des gens très mal intentionnés.
Son testament était fort avantageux pour les Langeac (ses bâtards); mais
«très honnêtement, il l’avait révoqué huit jours avant sa mort». Tout ce qui
me fâche, c’est que cette révocation était au bas du testament et subsiste; et
c’est une preuve qui a été faite dans des termes bien étranges. J’en suis
fâchée pour sa mémoire et voudrais que l’héritage fût moindre et qu’il fût
imprimé(?).
On m’a mandé que ce qui l’a engagé au changement, était le
mécontentement où il était de cette vilaine petite race qui avait jeté beaucoup
d’amertume sur les derniers jours de sa vie.
Mes parents me mandent que je dois venir pour nos partages. Ma réponse
a été que, comme eux-mêmes ont pensé avec raison que je ne devrais pas
revenir, tant que l’affaire de M. de Guines ne serait pas jugée, qu’il y aurait à
craindre qu’on nous supposât des intrigues aussi faussement qu’on l’a déjà
fait, que nous croyons plus sage de rester ici, que nous nous rapportons en
entier à tout ce qu’ils jugeront approprié pour nos affaires, que sur cela, je
priais M. de Maurepas de me servir encore une fois de tuteur[469]...»
Comme on voit, Mᵐᵉ d’Aiguillon était toujours préoccupée de l’affaire de
Guines. Elle y revient le mois suivant[470]:
«Vous me parlez de la requête de M. de Guines; mais vous ne savez pas:
1º que cette requête et la lettre qui l’accompagne et qu’il a envoyée à tous ces
messieurs du Parlement, est remplie d’atrocités personnelles contre M.
d’Aiguillon et qu’il a eu l’insolence d’envoyer à sa porte (rue de l’Université)
un paquet à son adresse, dont il a fait demander un reçu du suisse, qui
contient les deux derniers mémoires et la copie de ladite lettre. J’en ai écrit à
mes parents, pensant qu’il est plus que temps de faire taire ce vilain chien
enragé et que, actuellement que son procès est fini, il serait possible de lui
imposer silence. Il est ennuyeux, quand on ne demande qu’à rester tranquille,
de ne pouvoir pas l’obtenir et d’être toujours en butte à une cabale infernale.
Si ma lettre arrive à temps et que vous puissiez voir M. de Maurepas, vous
me feriez plaisir de lui en parler sur le même ton...»
de M. de la Vrillière (27 février 1777) a donné beaucoup à écrire».
«... Cet événement, tout prévu qu’il était, m’a fait de la peine; c’était le
frère de ma mère, dont je n’ai eu à me plaindre que de ses faiblesses: tout le
tort qu’il a jamais pu me faire ne vient que de cette cause, d’autant qu’il était
mené par des gens très mal intentionnés.
Son testament était fort avantageux pour les Langeac (ses bâtards); mais
«très honnêtement, il l’avait révoqué huit jours avant sa mort». Tout ce qui
me fâche, c’est que cette révocation était au bas du testament et subsiste; et
c’est une preuve qui a été faite dans des termes bien étranges. J’en suis
fâchée pour sa mémoire et voudrais que l’héritage fût moindre et qu’il fût
imprimé(?).
On m’a mandé que ce qui l’a engagé au changement, était le
mécontentement où il était de cette vilaine petite race qui avait jeté beaucoup
d’amertume sur les derniers jours de sa vie.
Mes parents me mandent que je dois venir pour nos partages. Ma réponse
a été que, comme eux-mêmes ont pensé avec raison que je ne devrais pas
revenir, tant que l’affaire de M. de Guines ne serait pas jugée, qu’il y aurait à
craindre qu’on nous supposât des intrigues aussi faussement qu’on l’a déjà
fait, que nous croyons plus sage de rester ici, que nous nous rapportons en
entier à tout ce qu’ils jugeront approprié pour nos affaires, que sur cela, je
priais M. de Maurepas de me servir encore une fois de tuteur[469]...»
Comme on voit, Mᵐᵉ d’Aiguillon était toujours préoccupée de l’affaire de
Guines. Elle y revient le mois suivant[470]:
«Vous me parlez de la requête de M. de Guines; mais vous ne savez pas:
1º que cette requête et la lettre qui l’accompagne et qu’il a envoyée à tous ces
messieurs du Parlement, est remplie d’atrocités personnelles contre M.
d’Aiguillon et qu’il a eu l’insolence d’envoyer à sa porte (rue de l’Université)
un paquet à son adresse, dont il a fait demander un reçu du suisse, qui
contient les deux derniers mémoires et la copie de ladite lettre. J’en ai écrit à
mes parents, pensant qu’il est plus que temps de faire taire ce vilain chien
enragé et que, actuellement que son procès est fini, il serait possible de lui
imposer silence. Il est ennuyeux, quand on ne demande qu’à rester tranquille,
de ne pouvoir pas l’obtenir et d’être toujours en butte à une cabale infernale.
Si ma lettre arrive à temps et que vous puissiez voir M. de Maurepas, vous
me feriez plaisir de lui en parler sur le même ton...»
Page 177
N’est-ce pas le langage d’une femme sincère, qui «ne demanda» toute sa
vie «qu’à rester tranquille» et que le sort jeta toute sa vie également au milieu
d’un enchevêtrement d’intrigues, auxquelles sa droiture lui défendit de
participer et dont elle prétend son mari—bel exemple d’héroïsme conjugal!—
l’éternelle victime?
Elle revient à la succession de son oncle: elle ignore si Châteauneuf—
actuellement La Vrillière—sera compris «dans son partage»; elle préférerait
qu’il fût attribué à son cousin Du Châtelet[471]. L’hôtel de La Vrillière était,
dit M. d’Aiguillon, le lot de Mᵐᵉ de Maurepas; et le duc de Fitz-James, qui
venait de perdre sa femme, voulait l’acheter. Mais M. de Maurepas lui en
demandait un prix trop élevé[472]. Chemin faisant, cet oncle, qui connut
toujours si bien ses intérêts, reçoit de sa nièce ce coup de griffe que nous ne
nous expliquons pas: «il dérange sa santé par de nouvelles imprudences
qu’on ne pardonnerait pas à un jeune homme[473]». M. de Maurepas était un
goutteux endurci. Il n’avait jamais eu, et pour cause, paraît-il, la réputation
d’un coureur de guilledou, mais il aimait les fins dîners et les vins généreux;
les chroniques du temps en font foi.
D’autres soins, plus pressants, s’imposaient à la vigilance de Mᵐᵉ
d’Aiguillon: de graves inquiétudes sur la santé de son mari venaient raviver
des plaies, qui, pour être déjà anciennes, n’en restaient pas moins saignantes.
Vraisemblablement l’affection bilieuse qui tracassait le duc et qui s’était
jadis accusée par ces irruptions de jaunisse, sur lesquelles la malignité des
libellistes s’était si souvent égayée, avait reparu plus pénible et plus
menaçante, depuis le passage de la mort dans le château d’Aiguillon. Des
infiltrations et des tumeurs s’étaient manifestées, qui avaient résisté à
l’emploi de topiques et de l’eau de Vals. Les médecins de Montpellier (ils
étaient quatre) que, sur les instances de sa femme[474], le malade avait
consultés, lui ordonnèrent de se rendre à Bagnères, puis à Barèges[475]. Mᵐᵉ
d’Aiguillon accompagna son mari. Quelle fut la durée de la cure? Nous
l’ignorons; mais les deux baigneurs, car la duchesse, sans doute par amour
conjugal, voulut suivre aussi un traitement, séjournèrent presque trois mois
dans les Pyrénées. Nous devons à leur correspondance avec Balleroy de
piquants détails sur la vie balnéaire à cette époque et sur le monde qui la
pratiquait.
Le duc se plaint du temps qui est «affreux»; mais il est satisfait de sa
santé; il est à peu près guéri. Son fils, qui est fort bien portant, boit tous les
jours deux verres d’eau; et «il mange, dort et danse plus que jamais[476]».
vie «qu’à rester tranquille» et que le sort jeta toute sa vie également au milieu
d’un enchevêtrement d’intrigues, auxquelles sa droiture lui défendit de
participer et dont elle prétend son mari—bel exemple d’héroïsme conjugal!—
l’éternelle victime?
Elle revient à la succession de son oncle: elle ignore si Châteauneuf—
actuellement La Vrillière—sera compris «dans son partage»; elle préférerait
qu’il fût attribué à son cousin Du Châtelet[471]. L’hôtel de La Vrillière était,
dit M. d’Aiguillon, le lot de Mᵐᵉ de Maurepas; et le duc de Fitz-James, qui
venait de perdre sa femme, voulait l’acheter. Mais M. de Maurepas lui en
demandait un prix trop élevé[472]. Chemin faisant, cet oncle, qui connut
toujours si bien ses intérêts, reçoit de sa nièce ce coup de griffe que nous ne
nous expliquons pas: «il dérange sa santé par de nouvelles imprudences
qu’on ne pardonnerait pas à un jeune homme[473]». M. de Maurepas était un
goutteux endurci. Il n’avait jamais eu, et pour cause, paraît-il, la réputation
d’un coureur de guilledou, mais il aimait les fins dîners et les vins généreux;
les chroniques du temps en font foi.
D’autres soins, plus pressants, s’imposaient à la vigilance de Mᵐᵉ
d’Aiguillon: de graves inquiétudes sur la santé de son mari venaient raviver
des plaies, qui, pour être déjà anciennes, n’en restaient pas moins saignantes.
Vraisemblablement l’affection bilieuse qui tracassait le duc et qui s’était
jadis accusée par ces irruptions de jaunisse, sur lesquelles la malignité des
libellistes s’était si souvent égayée, avait reparu plus pénible et plus
menaçante, depuis le passage de la mort dans le château d’Aiguillon. Des
infiltrations et des tumeurs s’étaient manifestées, qui avaient résisté à
l’emploi de topiques et de l’eau de Vals. Les médecins de Montpellier (ils
étaient quatre) que, sur les instances de sa femme[474], le malade avait
consultés, lui ordonnèrent de se rendre à Bagnères, puis à Barèges[475]. Mᵐᵉ
d’Aiguillon accompagna son mari. Quelle fut la durée de la cure? Nous
l’ignorons; mais les deux baigneurs, car la duchesse, sans doute par amour
conjugal, voulut suivre aussi un traitement, séjournèrent presque trois mois
dans les Pyrénées. Nous devons à leur correspondance avec Balleroy de
piquants détails sur la vie balnéaire à cette époque et sur le monde qui la
pratiquait.
Le duc se plaint du temps qui est «affreux»; mais il est satisfait de sa
santé; il est à peu près guéri. Son fils, qui est fort bien portant, boit tous les
jours deux verres d’eau; et «il mange, dort et danse plus que jamais[476]».
Page 178
La duchesse note l’effet des eaux—boissons, douches et bains—sur son
mari. Si celui-ci est enchanté de son traitement, elle ne l’est guère du sien:
convenait-il seulement à son affection du foie? «Je suis prise de la tête aux
pieds et écorchée comme saint Barthélemy. On dit: c’est une preuve que les
eaux chassent toutes les mauvaises humeurs qui sont en moi. Ce sera là une
belle opération surtout si elles chassent tous les sujets d’humeur que j’ai et
que je dois avoir[477].»
Les excursions lui font prendre ses maux en patience: «Ce pays est
singulier et très pittoresque; il y a entre autres une promenade qui offre des
points de vue frappants, tels que de voir des montagnes qui se perdent dans
les nues, qui sont toutes couvertes de neige et ne produisent que des rochers,
et de l’autre côté, des autres montagnes qui sont aussi très hautes, mais
cultivées jusqu’au sommet et couvertes de maisons et qui toutes ont un petit
jardin et un petit bois. L’intervalle de ces montagnes est un grand chemin
bordé des deux côtés par la rivière qui forme deux canaux très rapides
lesquels coulent sur des roches formant des cascades naturelles[478].»
Il était de mode, à cette époque, pour un grand seigneur, d’amener avec
soi quelques-uns de ses familiers aux stations balnéaires où l’on fréquentait:
c’était une petite cour qu’on se formait pour se garantir de l’ennui. Les
d’Aiguillon n’avaient voulu, en raison de leur deuil, qu’une «société très
bornée». Ils avaient, parmi leur commensaux, deux dames que nous
retrouverons bientôt au château d’Aiguillon, MMᵐᵉˢ Dubois de la Motte et de
la Muzanchère, qui ne pouvaient vivre côte à côte sans se disputer. L’une
d’elles, Mᵐᵉ Dubois de la Motte, semble une caricature: elle est «parée,
ajustée, coiffée comme pour une fête, et très affligée d’avoir un aussi petit
nombre d’admirateurs; il est vrai que les gens se moquent d’elle[479]». Mᵐᵉ
d’Aiguillon est toujours sur le qui-vive avec ces deux femmes, «ne s’étant
pas jetée dans le grand monde qui est très nombreux ici», d’autant qu’il s’y
trouve des personnages peu faits pour donner bonne opinion des gens de
Cour, «le prince de Salm et le duc de Mazarin qui vivent dans la plus
mauvaise compagnie en tout genre[480]».
Comme le fait se présente fréquemment dans les villes d’eaux,
d’Aiguillon avait subi une rechute pour avoir abusé des douches. Le médecin
de Bagnères lui prescrivit de les cesser et lui défendit d’aller à Barèges. Le
mieux s’accentua: «Je ne vous parle pas de ma santé, écrit la duchesse; elle
ne peut être mauvaise quand M. d’Aiguillon se rétablit[481]».
mari. Si celui-ci est enchanté de son traitement, elle ne l’est guère du sien:
convenait-il seulement à son affection du foie? «Je suis prise de la tête aux
pieds et écorchée comme saint Barthélemy. On dit: c’est une preuve que les
eaux chassent toutes les mauvaises humeurs qui sont en moi. Ce sera là une
belle opération surtout si elles chassent tous les sujets d’humeur que j’ai et
que je dois avoir[477].»
Les excursions lui font prendre ses maux en patience: «Ce pays est
singulier et très pittoresque; il y a entre autres une promenade qui offre des
points de vue frappants, tels que de voir des montagnes qui se perdent dans
les nues, qui sont toutes couvertes de neige et ne produisent que des rochers,
et de l’autre côté, des autres montagnes qui sont aussi très hautes, mais
cultivées jusqu’au sommet et couvertes de maisons et qui toutes ont un petit
jardin et un petit bois. L’intervalle de ces montagnes est un grand chemin
bordé des deux côtés par la rivière qui forme deux canaux très rapides
lesquels coulent sur des roches formant des cascades naturelles[478].»
Il était de mode, à cette époque, pour un grand seigneur, d’amener avec
soi quelques-uns de ses familiers aux stations balnéaires où l’on fréquentait:
c’était une petite cour qu’on se formait pour se garantir de l’ennui. Les
d’Aiguillon n’avaient voulu, en raison de leur deuil, qu’une «société très
bornée». Ils avaient, parmi leur commensaux, deux dames que nous
retrouverons bientôt au château d’Aiguillon, MMᵐᵉˢ Dubois de la Motte et de
la Muzanchère, qui ne pouvaient vivre côte à côte sans se disputer. L’une
d’elles, Mᵐᵉ Dubois de la Motte, semble une caricature: elle est «parée,
ajustée, coiffée comme pour une fête, et très affligée d’avoir un aussi petit
nombre d’admirateurs; il est vrai que les gens se moquent d’elle[479]». Mᵐᵉ
d’Aiguillon est toujours sur le qui-vive avec ces deux femmes, «ne s’étant
pas jetée dans le grand monde qui est très nombreux ici», d’autant qu’il s’y
trouve des personnages peu faits pour donner bonne opinion des gens de
Cour, «le prince de Salm et le duc de Mazarin qui vivent dans la plus
mauvaise compagnie en tout genre[480]».
Comme le fait se présente fréquemment dans les villes d’eaux,
d’Aiguillon avait subi une rechute pour avoir abusé des douches. Le médecin
de Bagnères lui prescrivit de les cesser et lui défendit d’aller à Barèges. Le
mieux s’accentua: «Je ne vous parle pas de ma santé, écrit la duchesse; elle
ne peut être mauvaise quand M. d’Aiguillon se rétablit[481]».
Page 179
Le duc était guéri et revint au commencement de septembre dans son
château, ramenant Mᵐᵉ Dubois de la Motte, pour ne pas la laisser en présence
de Mᵐᵉ de la Muzanchère restée à Bagnères[482].
Pendant leur cure, les d’Aiguillon s’étaient tenus assez éloignés du monde
extérieur (comme souvent la Faculté le recommande à sa clientèle), pour
n’être pas ressaisi par ces liens de toute nature dont il est si difficile de se
détacher.
Un mois avant de partir, la duchesse avait encore commenté avec
indignation le dénouement définitif de «l’incroyable et atroce affaire de M.
de Richelieu, finie par un jugement tout aussi incroyable et aussi atroce. Rien
ne prouve mieux la justice de sa cause que la peine que ces juges ont eue
pour trouver une tournure pour le condamner aux dommages et aux frais.
Enfin il en est quitte pour de l’argent; et c’est beaucoup qu’avec de telles
gens l’honneur soit sauf[483]».
Aussitôt son retour, ce furent de nouvelles obligations mondaines qui
vinrent la reprendre, le mariage d’une parente avec M. de Galibert
«amoureux comme un roman... C’est encore un secret, mais qui ressemble à
celui de la Comédie[484]». Elle s’occupait avec Mᵐᵉ de Flesselles et Mᵐᵉ de
Caen de tous les achats de ce Galibert «qui se ruinerait, si elle n’y mettait bon
ordre». Il fallait bien amuser «le grand châtelain», qui allait beaucoup mieux
et qui daignait en convenir[485].
Lui, déclarait au chevalier de Balleroy qu’il ne voulait pas remettre les
pieds à Paris. Son obstination irritait Maurepas qui obéissait évidemment aux
directions de sa femme et ne voyait pas d’autre moyen pour d’Aiguillon de
recouvrir sa pleine et entière liberté[486]. Avait-il seulement fait part à son
neveu de la démarche qu’il avait tentée, et vraisemblablement à l’instigation
de la comtesse, auprès du futur empereur Joseph, de passage à Versailles,
pour qu’il obtînt de sa sœur le retour du duc d’Aiguillon à la Cour? L’auguste
visiteur ne s’y était pas engagé. D’autre part, Marie-Antoinette, très vivement
sollicitée par les amis de Choiseul, se défendait de faire entrer le châtelain de
Chanteloup dans le ministère: elle savait la répulsion de son mari pour
Choiseul; mais le parti de cet homme d’Etat, qui entourait la reine, lui
représentait qu’après la mort de Maurepas il n’y avait, pour le remplacer, que
«deux sujets, le duc de Choiseul ou le duc d’Aiguillon». Et Mercy, qui
raconte ces incidents au jour le jour dans une sorte de gazette adressée à
Marie-Thérèse, de s’écrier: Idée neuve qui lui aura été suggérée par Coigny
château, ramenant Mᵐᵉ Dubois de la Motte, pour ne pas la laisser en présence
de Mᵐᵉ de la Muzanchère restée à Bagnères[482].
Pendant leur cure, les d’Aiguillon s’étaient tenus assez éloignés du monde
extérieur (comme souvent la Faculté le recommande à sa clientèle), pour
n’être pas ressaisi par ces liens de toute nature dont il est si difficile de se
détacher.
Un mois avant de partir, la duchesse avait encore commenté avec
indignation le dénouement définitif de «l’incroyable et atroce affaire de M.
de Richelieu, finie par un jugement tout aussi incroyable et aussi atroce. Rien
ne prouve mieux la justice de sa cause que la peine que ces juges ont eue
pour trouver une tournure pour le condamner aux dommages et aux frais.
Enfin il en est quitte pour de l’argent; et c’est beaucoup qu’avec de telles
gens l’honneur soit sauf[483]».
Aussitôt son retour, ce furent de nouvelles obligations mondaines qui
vinrent la reprendre, le mariage d’une parente avec M. de Galibert
«amoureux comme un roman... C’est encore un secret, mais qui ressemble à
celui de la Comédie[484]». Elle s’occupait avec Mᵐᵉ de Flesselles et Mᵐᵉ de
Caen de tous les achats de ce Galibert «qui se ruinerait, si elle n’y mettait bon
ordre». Il fallait bien amuser «le grand châtelain», qui allait beaucoup mieux
et qui daignait en convenir[485].
Lui, déclarait au chevalier de Balleroy qu’il ne voulait pas remettre les
pieds à Paris. Son obstination irritait Maurepas qui obéissait évidemment aux
directions de sa femme et ne voyait pas d’autre moyen pour d’Aiguillon de
recouvrir sa pleine et entière liberté[486]. Avait-il seulement fait part à son
neveu de la démarche qu’il avait tentée, et vraisemblablement à l’instigation
de la comtesse, auprès du futur empereur Joseph, de passage à Versailles,
pour qu’il obtînt de sa sœur le retour du duc d’Aiguillon à la Cour? L’auguste
visiteur ne s’y était pas engagé. D’autre part, Marie-Antoinette, très vivement
sollicitée par les amis de Choiseul, se défendait de faire entrer le châtelain de
Chanteloup dans le ministère: elle savait la répulsion de son mari pour
Choiseul; mais le parti de cet homme d’Etat, qui entourait la reine, lui
représentait qu’après la mort de Maurepas il n’y avait, pour le remplacer, que
«deux sujets, le duc de Choiseul ou le duc d’Aiguillon». Et Mercy, qui
raconte ces incidents au jour le jour dans une sorte de gazette adressée à
Marie-Thérèse, de s’écrier: Idée neuve qui lui aura été suggérée par Coigny
Page 180
et par Esterhazy! En attendant il priait l’archiduc de signaler à sa sœur le
piège qui s’ouvrait sous ses pas[487].
Dans une nouvelle lettre à Balleroy, d’Aiguillon se montrait cependant
plus explicite. Il le priait de l’aider à détruire cette calomnie qu’il prétendait
dicter au roi les conditions de son retour, en exigeant une réparation
authentique des injures qu’il avait subies. Non: il rentrera simplement à Paris
quand on lui permettra d’exercer les devoirs de sa charge; mais, ignorant les
motifs de son exil, il attend que la vérité fasse connaître son innocence[488].
Or, au milieu des rêves d’ambition qu’il poursuivait, sous les apparences
d’un renoncement inspiré par son orgueil, cet égoïste avait fini par constater
que sa malheureuse femme se consumait de tristesse et de douleur. «L’état
moral» de la duchesse, écrivait-il, reste toujours le même; et il redoutait que
«cet absorbement continuel dans ses tristes ressouvenirs ne détruisît à la fin
sa santé; et malheureusement rien ne peut la distraire quoi que je fasse». Il ne
voyait donc pas que c’était au contraire sa femme qui s’était toujours
sacrifiée et qui se sacrifiait encore pour le soigner et pour «le distraire[489]».
piège qui s’ouvrait sous ses pas[487].
Dans une nouvelle lettre à Balleroy, d’Aiguillon se montrait cependant
plus explicite. Il le priait de l’aider à détruire cette calomnie qu’il prétendait
dicter au roi les conditions de son retour, en exigeant une réparation
authentique des injures qu’il avait subies. Non: il rentrera simplement à Paris
quand on lui permettra d’exercer les devoirs de sa charge; mais, ignorant les
motifs de son exil, il attend que la vérité fasse connaître son innocence[488].
Or, au milieu des rêves d’ambition qu’il poursuivait, sous les apparences
d’un renoncement inspiré par son orgueil, cet égoïste avait fini par constater
que sa malheureuse femme se consumait de tristesse et de douleur. «L’état
moral» de la duchesse, écrivait-il, reste toujours le même; et il redoutait que
«cet absorbement continuel dans ses tristes ressouvenirs ne détruisît à la fin
sa santé; et malheureusement rien ne peut la distraire quoi que je fasse». Il ne
voyait donc pas que c’était au contraire sa femme qui s’était toujours
sacrifiée et qui se sacrifiait encore pour le soigner et pour «le distraire[489]».
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Programme de fêtes pour 1778.—Quelques invités et habitués.—Balleroy,
toujours l’empressé commissionnaire.—Ferme et château.—Nouvelles du
jour: mort de Jean-Jacques; procès du comte de Broglie, «le vilain petit
homme»; les châtelains et la guerre des Insurgents.—Une lettre de
d’Aiguillon à Mᵐᵉ Du Barry.—Autre année théâtrale; fêtes et bals.—
D’Aiguillon donne également ses commissions à Balleroy.—Il fait le juge de
paix au château.—Projets de mariage pour le comte d’Agénois.—Marie-
Antoinette signifie de nouveau à Maurepas sa résolution de ne plus voir
d’Aiguillon à la cour.
Le «Grand Châtelain», sincère ou non, se tient parole: il a dit un solennel
adieu à la Cour et à la Ville, aux affaires et à la politique: il va s’enfermer un
certain nombre d’années dans son domaine d’Aiguillon.
Sa femme, qui a compris le désarroi de cet homme, réduit à une «société
bornée» après avoir vu ses salons regorger d’adulateurs, a su, par un sursaut
d’énergie, sortir de son «absorbement» pour préparer, avec son entrain des
jours heureux, des occupations et des plaisirs au maître, oisif et ennuyé, sevré
aujourd’hui de ce qu’il appellera demain «les mouvements de la Cour».
Des invitations sont lancées, pour l’hiver de 1778, aux fidèles que
n’effraie pas une villégiature en un si lointain pays. Et Balleroy, cet obligeant
commissionnaire
toujours l’empressé commissionnaire.—Ferme et château.—Nouvelles du
jour: mort de Jean-Jacques; procès du comte de Broglie, «le vilain petit
homme»; les châtelains et la guerre des Insurgents.—Une lettre de
d’Aiguillon à Mᵐᵉ Du Barry.—Autre année théâtrale; fêtes et bals.—
D’Aiguillon donne également ses commissions à Balleroy.—Il fait le juge de
paix au château.—Projets de mariage pour le comte d’Agénois.—Marie-
Antoinette signifie de nouveau à Maurepas sa résolution de ne plus voir
d’Aiguillon à la cour.
Le «Grand Châtelain», sincère ou non, se tient parole: il a dit un solennel
adieu à la Cour et à la Ville, aux affaires et à la politique: il va s’enfermer un
certain nombre d’années dans son domaine d’Aiguillon.
Sa femme, qui a compris le désarroi de cet homme, réduit à une «société
bornée» après avoir vu ses salons regorger d’adulateurs, a su, par un sursaut
d’énergie, sortir de son «absorbement» pour préparer, avec son entrain des
jours heureux, des occupations et des plaisirs au maître, oisif et ennuyé, sevré
aujourd’hui de ce qu’il appellera demain «les mouvements de la Cour».
Des invitations sont lancées, pour l’hiver de 1778, aux fidèles que
n’effraie pas une villégiature en un si lointain pays. Et Balleroy, cet obligeant
commissionnaire
Page 183
Cliché Lauzun.
Plan de la Ville et du Château d’Aiguillon à la fin du XVIIIᵉ siècle. Mémoires de P. Verdolin, édités
par M. René Bonnat 1907
qu’on n’avait pas mis depuis longtemps à contribution, expédiera à la
châtelaine, soucieuse de s’approvisionner aux meilleures marques, des
poudres parfumées, des vinaigres de rose, de sauge et de millepertuis, achetés
chez «notre ami Maille», fournisseur des têtes couronnées[490].
Des réponses arrivent. On attend Mᵐᵉ d’Esparbès «qui aime le jeu autant
que la dévotion». Les Flesselles ne peuvent venir. Et Desnos, l’évêque de
Verdun[491], vieil ami de trente ans, retarde son voyage de quelques jours
pour assister aux débuts de Mᵐᵉ de la Muzanchère comme premier rôle dans
La Bohémienne[492].
Il n’est pas inutile de faire connaître cette dame, qui était veuve, comme
d’ailleurs son ennemie personnelle et rivale, Mᵐᵉ Dubois de la Motte, née de
Boisgelin de Cucé.
Le mari de celle-ci, d’une très bonne famille de Bretagne, ainsi que M. de
la Muzanchère, s’était montré, avec lui, un des plus chauds partisans de
l’ancien commandant. Quant à sa femme, elle avait, comme nous l’avons vu,
Plan de la Ville et du Château d’Aiguillon à la fin du XVIIIᵉ siècle. Mémoires de P. Verdolin, édités
par M. René Bonnat 1907
qu’on n’avait pas mis depuis longtemps à contribution, expédiera à la
châtelaine, soucieuse de s’approvisionner aux meilleures marques, des
poudres parfumées, des vinaigres de rose, de sauge et de millepertuis, achetés
chez «notre ami Maille», fournisseur des têtes couronnées[490].
Des réponses arrivent. On attend Mᵐᵉ d’Esparbès «qui aime le jeu autant
que la dévotion». Les Flesselles ne peuvent venir. Et Desnos, l’évêque de
Verdun[491], vieil ami de trente ans, retarde son voyage de quelques jours
pour assister aux débuts de Mᵐᵉ de la Muzanchère comme premier rôle dans
La Bohémienne[492].
Il n’est pas inutile de faire connaître cette dame, qui était veuve, comme
d’ailleurs son ennemie personnelle et rivale, Mᵐᵉ Dubois de la Motte, née de
Boisgelin de Cucé.
Le mari de celle-ci, d’une très bonne famille de Bretagne, ainsi que M. de
la Muzanchère, s’était montré, avec lui, un des plus chauds partisans de
l’ancien commandant. Quant à sa femme, elle avait, comme nous l’avons vu,
Page 184
beaucoup de prétentions, mais son tempérament combatif la rendait
insupportable.
Mᵐᵉ de la Muzanchère n’était guère plus traitable. Mais c’était une
amazone des temps héroïques, une manière de Lucrèce... à rebours, dont
certaine aventure avait défrayé, pour la plus grande joie des curieux, les
échos de la chronique scandaleuse.
On annonce un jour—en 1766 ou 1767—à Mᵐᵉ de la Muzanchère, parente
de l’évêque de Nantes, la visite de l’évêque de Saint-Brieuc, Monseigneur de
Girac, fils d’un second président au bailliage d’Angoulême. Le prélat, qui
avait trente-six ans à peine, était un mondain fort empressé auprès des dames
et grand amateur de théâtre: c’était lui qui plaçait les billets pour les
représentations de la Clairon. Fut-ce sous ce prétexte qu’il s’introduisit chez
Mᵐᵉ de la Muzanchère, fort jolie femme et très séduisante? Toujours est-il
qu’il la serrait de très près, quand soudain survint le mari. La jeune femme
s’élance sur l’épée du gentilhomme, la tire hors du fourreau et va la planter
dans la cuisse de son trop bouillant adorateur. On ne parla bientôt plus à la
Cour que de cet exploit, d’autant que M. de Girac, après avoir été le grand
ami de M. d’Aiguillon, en était devenu un des plus acharnés adversaires[493].
La duchesse ne dit pas à son correspondant si Mᵐᵉ de la Muzanchère, à qui
le rôle de bohémienne devait certainement convenir, était aussi tragique au
théâtre qu’à la ville. Elle ne lui donne plus de nouvelles qu’en juin. A cette
époque, la santé de son mari ne lui laisse plus d’inquiétudes[494]. Mais celle
du chevalier s’est trouvée fortement atteinte. La duchesse l’invite à venir «se
refaire» au château d’Aiguillon qu’il devait avoir déjà visité; car elle lui
annonce qu’il «y trouvera bien des changements dans les constructions». Les
travaux actuels sont exécutés par un «maçon» (entrepreneur) qui «a travaillé
à l’Orangerie de Versailles et qui a fait tous les bassins de Veretz». A la fin du
mois d’août on commencera la salle de comédie[495]. La basse-cour ne lui
donne pas moins de soucis que le temple consacré à Thalie et à Melpomène:
«la mode est aux canards»; la duchesse en aura bientôt une centaine[496].
Il est probable que le chevalier alla tuer, à cette époque de l’année, «les
perdreaux et les lièvres» du propriétaire d’Aiguillon, car la correspondance
ne reprend qu’en décembre avec Balleroy, qui passa l’hiver à Paris.
Ses hôtes ne paraissent pas avoir pris un bien vif intérêt aux nouvelles du
jour: tout au plus quelques mots jetés de-ci de-là laissent voir qu’ils ne les
ignorent pas. Ainsi la duchesse qui connaît ses auteurs et les cite à l’occasion,
sans avoir la moindre prétention au bas-bleuisme, a su la mort de Rousseau:
insupportable.
Mᵐᵉ de la Muzanchère n’était guère plus traitable. Mais c’était une
amazone des temps héroïques, une manière de Lucrèce... à rebours, dont
certaine aventure avait défrayé, pour la plus grande joie des curieux, les
échos de la chronique scandaleuse.
On annonce un jour—en 1766 ou 1767—à Mᵐᵉ de la Muzanchère, parente
de l’évêque de Nantes, la visite de l’évêque de Saint-Brieuc, Monseigneur de
Girac, fils d’un second président au bailliage d’Angoulême. Le prélat, qui
avait trente-six ans à peine, était un mondain fort empressé auprès des dames
et grand amateur de théâtre: c’était lui qui plaçait les billets pour les
représentations de la Clairon. Fut-ce sous ce prétexte qu’il s’introduisit chez
Mᵐᵉ de la Muzanchère, fort jolie femme et très séduisante? Toujours est-il
qu’il la serrait de très près, quand soudain survint le mari. La jeune femme
s’élance sur l’épée du gentilhomme, la tire hors du fourreau et va la planter
dans la cuisse de son trop bouillant adorateur. On ne parla bientôt plus à la
Cour que de cet exploit, d’autant que M. de Girac, après avoir été le grand
ami de M. d’Aiguillon, en était devenu un des plus acharnés adversaires[493].
La duchesse ne dit pas à son correspondant si Mᵐᵉ de la Muzanchère, à qui
le rôle de bohémienne devait certainement convenir, était aussi tragique au
théâtre qu’à la ville. Elle ne lui donne plus de nouvelles qu’en juin. A cette
époque, la santé de son mari ne lui laisse plus d’inquiétudes[494]. Mais celle
du chevalier s’est trouvée fortement atteinte. La duchesse l’invite à venir «se
refaire» au château d’Aiguillon qu’il devait avoir déjà visité; car elle lui
annonce qu’il «y trouvera bien des changements dans les constructions». Les
travaux actuels sont exécutés par un «maçon» (entrepreneur) qui «a travaillé
à l’Orangerie de Versailles et qui a fait tous les bassins de Veretz». A la fin du
mois d’août on commencera la salle de comédie[495]. La basse-cour ne lui
donne pas moins de soucis que le temple consacré à Thalie et à Melpomène:
«la mode est aux canards»; la duchesse en aura bientôt une centaine[496].
Il est probable que le chevalier alla tuer, à cette époque de l’année, «les
perdreaux et les lièvres» du propriétaire d’Aiguillon, car la correspondance
ne reprend qu’en décembre avec Balleroy, qui passa l’hiver à Paris.
Ses hôtes ne paraissent pas avoir pris un bien vif intérêt aux nouvelles du
jour: tout au plus quelques mots jetés de-ci de-là laissent voir qu’ils ne les
ignorent pas. Ainsi la duchesse qui connaît ses auteurs et les cite à l’occasion,
sans avoir la moindre prétention au bas-bleuisme, a su la mort de Rousseau:
Page 185
«Jean-Jacques a fait à votre ami M. Girardin une grande galanterie en
allant mourir chez lui. Il manquait vraiment à son jardin anglais un tombeau;
il en aura un véritable, puisqu’on dit qu’il le fait enterrer dans une île de son
jardin, que sûrement il décorera de tous les ornements convenables[497].»
Un procès du comte de Broglie, pendant au Châtelet, éveille dans l’esprit
de la duchesse un mouvement d’humeur: «Tant que ce vilain petit homme
existera, il tracassera et tourmentera son prochain[498]».
Un mot dans la même lettre sur un fait de guerre: «Je suis humiliée du Te
Deum chanté à Versailles: c’est un ridicule pour la nation[499]».
L’expédition d’Amérique trouvait, au surplus, la duchesse assez froide:
«—Je prends peu d’intérêt, comme bien savez, aux insurgents et pas
beaucoup plus aux Anglais[500].»
Le duc se prononçait plus catégoriquement, s’il faut en croire les
Mémoires publiés sur son ministère: «M. d’Aiguillon a toujours dit que
c’était une faute que la guerre entreprise contre l’Angleterre en 1778, à la
sollicitation de Sartine (qui était alors ministre de la marine)[501]».
En ce moment où la France jouait une si grosse partie, l’ancien secrétaire
d’État aux affaires étrangères dut ronger son frein d’être confiné dans sa
retraite d’Aiguillon. Se fût-il prononcé, s’il était resté au pouvoir, pour la
politique de neutralité? Laissa-t-il voir aux siens son dépit de n’être plus
employé? Nous ne pouvons que le supposer. Car le langage de la duchesse a
pris un ton inaccoutumé d’amertume et d’aigreur, qui s’exhale à tout propos.
Son pessimisme devient plus sombre encore, à la suite d’une escroquerie au
jeu commise par le général Smitt à la table du roi et «du premier prince du
sang». Le fait ne se présentait que trop souvent. «Il faut se flatter, dit Mᵐᵉ
d’Aiguillon, que cette démence ne durera pas, et s’il y a quelqu’un à être tout
à fait perdu, je souhaite que ce soit plus tôt que plus tard, afin qu’il ne soit
plus question de jeu quand mon fils entrera dans le monde[502].»
Précisément, à la même époque, venait de succomber en duel Adolphe Du
Barry, un neveu de la comtesse, que d’Aiguillon avait jadis nommé cornette
surnuméraire[503] de sa compagnie de chevau-légers, à la place de Pecquigny,
devenu, par la mort de son père, duc de Chaulnes. Il écrivit à Mᵐᵉ Du Barry
cette lettre de condoléances, d’une correction parfaite, qui fait honneur à des
sentiments de reconnaissance, dont se gaussait alors si volontiers la nouvelle
école des politiciens du temps[504]:
allant mourir chez lui. Il manquait vraiment à son jardin anglais un tombeau;
il en aura un véritable, puisqu’on dit qu’il le fait enterrer dans une île de son
jardin, que sûrement il décorera de tous les ornements convenables[497].»
Un procès du comte de Broglie, pendant au Châtelet, éveille dans l’esprit
de la duchesse un mouvement d’humeur: «Tant que ce vilain petit homme
existera, il tracassera et tourmentera son prochain[498]».
Un mot dans la même lettre sur un fait de guerre: «Je suis humiliée du Te
Deum chanté à Versailles: c’est un ridicule pour la nation[499]».
L’expédition d’Amérique trouvait, au surplus, la duchesse assez froide:
«—Je prends peu d’intérêt, comme bien savez, aux insurgents et pas
beaucoup plus aux Anglais[500].»
Le duc se prononçait plus catégoriquement, s’il faut en croire les
Mémoires publiés sur son ministère: «M. d’Aiguillon a toujours dit que
c’était une faute que la guerre entreprise contre l’Angleterre en 1778, à la
sollicitation de Sartine (qui était alors ministre de la marine)[501]».
En ce moment où la France jouait une si grosse partie, l’ancien secrétaire
d’État aux affaires étrangères dut ronger son frein d’être confiné dans sa
retraite d’Aiguillon. Se fût-il prononcé, s’il était resté au pouvoir, pour la
politique de neutralité? Laissa-t-il voir aux siens son dépit de n’être plus
employé? Nous ne pouvons que le supposer. Car le langage de la duchesse a
pris un ton inaccoutumé d’amertume et d’aigreur, qui s’exhale à tout propos.
Son pessimisme devient plus sombre encore, à la suite d’une escroquerie au
jeu commise par le général Smitt à la table du roi et «du premier prince du
sang». Le fait ne se présentait que trop souvent. «Il faut se flatter, dit Mᵐᵉ
d’Aiguillon, que cette démence ne durera pas, et s’il y a quelqu’un à être tout
à fait perdu, je souhaite que ce soit plus tôt que plus tard, afin qu’il ne soit
plus question de jeu quand mon fils entrera dans le monde[502].»
Précisément, à la même époque, venait de succomber en duel Adolphe Du
Barry, un neveu de la comtesse, que d’Aiguillon avait jadis nommé cornette
surnuméraire[503] de sa compagnie de chevau-légers, à la place de Pecquigny,
devenu, par la mort de son père, duc de Chaulnes. Il écrivit à Mᵐᵉ Du Barry
cette lettre de condoléances, d’une correction parfaite, qui fait honneur à des
sentiments de reconnaissance, dont se gaussait alors si volontiers la nouvelle
école des politiciens du temps[504]:
Page 186
«J’ai bien imaginé, Madame la comtesse, que vous étiez aussi touchée
qu’affectée de la perte cruelle que vous avez faite; et je n’ai point voulu
ajouter, à la douleur que vous en ressentez, l’importunité d’un compliment.
J’ai prié Mˡˡᵉ Du Barry (Mˡˡᵉ Chon) de vouloir bien y suppléer et de vous
renouveler dans cette triste occasion les assurances bien sincères de la part
que je ne cesserai de prendre à tous les événements qui vous intéressent.
Je me flatte que vous n’en doutez point et que je n’ai pas besoin de vous
répéter ma profession de foi à cet égard, dont vous devez être depuis
longtemps convaincue de la vérité.
Mᵐᵉ la vicomtesse Du Barry est certainement fort à plaindre dans ce
moment, mais je connais trop bien votre tendresse pour elle, pour ne pas être
persuadé que vous vous empresserez à adoucir son malheur et qu’elle
trouvera auprès de vous les secours et les consolations qui lui sont
nécessaires. Une amie telle que vous dédommage de tout; je désire que le
triste spectacle qu’elle vous donnera et les soins que vous lui donnerez
n’altèrent pas votre santé et qu’elle soit toujours aussi bonne et aussi brillante
qu’on m’assure qu’elle l’est actuellement.
Conservez-moi toujours vos bontés, Madame la comtesse, et ne doutez
jamais de ma reconnaissance, de mon attachement et de mon respect.
Le duc d’Aiguillon.
Mᵐᵉ d’Aiguillon me charge de vous témoigner toute sa sensibilité.
Aiguillon, ce 16 décembre 1778.»
L’année se termina sur une série de représentations dont Mᵐᵉ d’Aiguillon
salue les interprètes d’une critique assez dure et d’un mot quelque peu osé
qui, depuis, a conquis son droit de cité dans les coulisses de nos salles de
spectacle.
«Notre théâtre s’est ouvert hier par l’Épreuve (villageoise) et la Famille
extravagante; nos actrices qui sont Mᵐᵉ de Galibert et MMˡˡᵉˢ de Signac, de
Fontette, Turpin et Notest (?) ont joué assez mal, surtout la première qui a
joué comme un cochon. Vous le croirez aisément...»
Puis la duchesse donnait au chevalier sa liste de commissions:
«... Faites-moi le plaisir de m’acheter l’Élite des Almanachs, un Recueil
général des costumes et des modes chez Desnos, rue Saint-Jacques (4 livres
10 sous) broché, le Bijou des Dames avec les nouvelles coiffures de 1778 et
le Souvenir à la Hollandaise qui a pour frontispice les coiffures à la Belle
Poule et à l’Insurgent[505].»
qu’affectée de la perte cruelle que vous avez faite; et je n’ai point voulu
ajouter, à la douleur que vous en ressentez, l’importunité d’un compliment.
J’ai prié Mˡˡᵉ Du Barry (Mˡˡᵉ Chon) de vouloir bien y suppléer et de vous
renouveler dans cette triste occasion les assurances bien sincères de la part
que je ne cesserai de prendre à tous les événements qui vous intéressent.
Je me flatte que vous n’en doutez point et que je n’ai pas besoin de vous
répéter ma profession de foi à cet égard, dont vous devez être depuis
longtemps convaincue de la vérité.
Mᵐᵉ la vicomtesse Du Barry est certainement fort à plaindre dans ce
moment, mais je connais trop bien votre tendresse pour elle, pour ne pas être
persuadé que vous vous empresserez à adoucir son malheur et qu’elle
trouvera auprès de vous les secours et les consolations qui lui sont
nécessaires. Une amie telle que vous dédommage de tout; je désire que le
triste spectacle qu’elle vous donnera et les soins que vous lui donnerez
n’altèrent pas votre santé et qu’elle soit toujours aussi bonne et aussi brillante
qu’on m’assure qu’elle l’est actuellement.
Conservez-moi toujours vos bontés, Madame la comtesse, et ne doutez
jamais de ma reconnaissance, de mon attachement et de mon respect.
Le duc d’Aiguillon.
Mᵐᵉ d’Aiguillon me charge de vous témoigner toute sa sensibilité.
Aiguillon, ce 16 décembre 1778.»
L’année se termina sur une série de représentations dont Mᵐᵉ d’Aiguillon
salue les interprètes d’une critique assez dure et d’un mot quelque peu osé
qui, depuis, a conquis son droit de cité dans les coulisses de nos salles de
spectacle.
«Notre théâtre s’est ouvert hier par l’Épreuve (villageoise) et la Famille
extravagante; nos actrices qui sont Mᵐᵉ de Galibert et MMˡˡᵉˢ de Signac, de
Fontette, Turpin et Notest (?) ont joué assez mal, surtout la première qui a
joué comme un cochon. Vous le croirez aisément...»
Puis la duchesse donnait au chevalier sa liste de commissions:
«... Faites-moi le plaisir de m’acheter l’Élite des Almanachs, un Recueil
général des costumes et des modes chez Desnos, rue Saint-Jacques (4 livres
10 sous) broché, le Bijou des Dames avec les nouvelles coiffures de 1778 et
le Souvenir à la Hollandaise qui a pour frontispice les coiffures à la Belle
Poule et à l’Insurgent[505].»
Page 187
Ce fut encore par des représentations théâtrales que les châtelains
inaugurèrent la nouvelle année, devant un public d’anciens amis venus de
loin et de connaissances, toutes récentes, accourues des environs. Dès le 1ᵉʳ
janvier, Mᵐᵉ d’Aiguillon donne à Balleroy, après les compliments les plus
tendres, le programme des fêtes...: «les nouvelles d’ici sont l’ouverture de
nos théâtres... Dimanche, nos bals recommencent; vous êtes encore à temps
pour y venir danser une allemande[506]».
Et trois semaines après: «Nos comédies vont leur train; heureusement nos
acteurs n’ont pas été enrhumés... M. de Clairfontaine, en dansant un menuet
avec Alexandrine, s’est cassé le tendon d’Achille; et lundi il s’est fait
emballer dans sa voiture et a voulu retourner à Agen pour se guérir[507]».
Elle-même a été souffrante; elle a sans doute maigri beaucoup; car on la
bourre de soupe, de chocolat et de salep: «Je prétends, réclame-t-elle, qu’on
m’empâte comme un dindon[508]». Mais, en vérité, elle n’a point le temps de
s’occuper de ces misères: elle est fermière maintenant: «Je vous ferai manger
des œufs, comme il n’y en a point, pondus par mes poules... et des canards
élevés à la brochette par moi». Les travaux continuent: «le maître du château
s’en occupe et s’en amuse». Mᵐᵉ Dubois de la Motte s’extasie sur «la beauté
du teint et sur la gaîté» de M. d’Aiguillon. Mᵐᵉ de la Muzanchère qui vient
d’arriver—c’était fatal—est, elle aussi, en bonne santé et paraît plus
raisonnable. Elle lui apprend que le chevalier «a tout lieu d’espérer le
cordon». On en parlait déjà depuis longtemps, «je souhaite vivement qu’elle
ait raison[509]».
Le duc se préoccupe également pour son ami de «ce beau ruban rouge» et
il désire que le chevalier le tienne au courant de ses démarches. Lui-même, à
son travail de décembre, demandera la commission de capitaine pour M. de
Montaigle (sans doute un intime du chevalier), mais il n’a pas le temps
voulu; il faut qu’il attende l’an prochain. Balleroy est un correspondant
précieux pour le duc comme il l’est pour la duchesse. D’Aiguillon le prie de
s’arrêter à Veretz pour y jeter un coup d’œil sur les travaux en cours et lui en
parler quand il reviendra au château[510]; de même, il le chargera un mois
après d’un règlement de comptes[511] avec le duc de Fitz-James.
C’est un homme vraiment accablé de besogne que M. d’Aiguillon. A
peine a-t-il le temps de se remettre d’embarras gastriques, à force d’eau de
Vals en bain et en boisson, qu’il est obligé de s’interposer de nouveau entre
Mᵐᵉˢ Dubois de la Motte et de la Muzanchère. C’est maintenant celle-ci qui
devient intraitable, «malgré toutes les promesses qu’elles m’a faites à son
inaugurèrent la nouvelle année, devant un public d’anciens amis venus de
loin et de connaissances, toutes récentes, accourues des environs. Dès le 1ᵉʳ
janvier, Mᵐᵉ d’Aiguillon donne à Balleroy, après les compliments les plus
tendres, le programme des fêtes...: «les nouvelles d’ici sont l’ouverture de
nos théâtres... Dimanche, nos bals recommencent; vous êtes encore à temps
pour y venir danser une allemande[506]».
Et trois semaines après: «Nos comédies vont leur train; heureusement nos
acteurs n’ont pas été enrhumés... M. de Clairfontaine, en dansant un menuet
avec Alexandrine, s’est cassé le tendon d’Achille; et lundi il s’est fait
emballer dans sa voiture et a voulu retourner à Agen pour se guérir[507]».
Elle-même a été souffrante; elle a sans doute maigri beaucoup; car on la
bourre de soupe, de chocolat et de salep: «Je prétends, réclame-t-elle, qu’on
m’empâte comme un dindon[508]». Mais, en vérité, elle n’a point le temps de
s’occuper de ces misères: elle est fermière maintenant: «Je vous ferai manger
des œufs, comme il n’y en a point, pondus par mes poules... et des canards
élevés à la brochette par moi». Les travaux continuent: «le maître du château
s’en occupe et s’en amuse». Mᵐᵉ Dubois de la Motte s’extasie sur «la beauté
du teint et sur la gaîté» de M. d’Aiguillon. Mᵐᵉ de la Muzanchère qui vient
d’arriver—c’était fatal—est, elle aussi, en bonne santé et paraît plus
raisonnable. Elle lui apprend que le chevalier «a tout lieu d’espérer le
cordon». On en parlait déjà depuis longtemps, «je souhaite vivement qu’elle
ait raison[509]».
Le duc se préoccupe également pour son ami de «ce beau ruban rouge» et
il désire que le chevalier le tienne au courant de ses démarches. Lui-même, à
son travail de décembre, demandera la commission de capitaine pour M. de
Montaigle (sans doute un intime du chevalier), mais il n’a pas le temps
voulu; il faut qu’il attende l’an prochain. Balleroy est un correspondant
précieux pour le duc comme il l’est pour la duchesse. D’Aiguillon le prie de
s’arrêter à Veretz pour y jeter un coup d’œil sur les travaux en cours et lui en
parler quand il reviendra au château[510]; de même, il le chargera un mois
après d’un règlement de comptes[511] avec le duc de Fitz-James.
C’est un homme vraiment accablé de besogne que M. d’Aiguillon. A
peine a-t-il le temps de se remettre d’embarras gastriques, à force d’eau de
Vals en bain et en boisson, qu’il est obligé de s’interposer de nouveau entre
Mᵐᵉˢ Dubois de la Motte et de la Muzanchère. C’est maintenant celle-ci qui
devient intraitable, «malgré toutes les promesses qu’elles m’a faites à son
Page 188
débarqué de n’avoir aucune tracasserie avec personne, ni même de l’humeur.
Elle m’a fait deux ou trois querelles d’allemand, sans rime ni raison et sur des
sujets aussi importants que celui de la comédie qu’elle veut jouer sans
acteurs... Je l’ai rembarrée fortement, afin qu’elle prenne son parti, ou de s’en
aller, ou d’être plus douce et moins exigeante; et je lui ai déclaré que je ne lui
passerais rien et lui ferais des corrections publiques sans ménagement, si elle
m’y obligeait par ses incartades... Je ne m’en flatte pas, à moins que mon fils
à qui elle fait les coquetteries les plus fortes et qui ne paraît pas éloigné d’y
répondre, ne vienne à mon secours; mais il est aussi froid au moral qu’au
physique et bien nigaud encore...»
Voudrait-il, par hasard, ce père aux mœurs faciles, ce galant seigneur qui
ne connut jamais de cruelles, que son fils se fît déniaiser pour calmer
l’humeur belliqueuse d’une invitée encombrante?
Et puisqu’il parle de ce jeune comte d’Agénois, le seul survivant de ses
six enfants et si peu ressemblant à cet autre d’Agénois qui, lui, n’avait pas
attendu le nombre des années, il remercie Balleroy de la réponse qu’il a faite
à des propositions de mariage pour son fils et le prie instamment «d’y
persister», si on remet la question en train avant son retour à Paris.
«Continuez d’affirmer que j’ai moins de désir que jamais de reparaître à la
Cour, bien loin d’en chercher le moyen ou le prétexte.» Oui, ses «résolutions
sont invariables»; et son bonheur et son honneur exigent qu’il ne s’en écarte
jamais. Aussi concluait-il sur cette péroraison qu’Horace eût pu lui envier,
mais qui nous rappelle plus encore la morale de l’immortelle fable Le Renard
et les Raisins. «... Mes bosquets sont effectivement charmants, mes terrasses
charmantes, ma cour commence à se démasquer et à s’ouvrir, ma salle de
comédie s’élève à vue d’œil... Il faudrait que je fusse bien fol pour troquer
une aussi belle habitation où je jouis de la plus heureuse et de la plus
complète tranquillité contre ma triste maison de Paris ou quelque coin de
grenier à Versailles, où je serais continuellement tracassé, persécuté et
vilipendé[512].»
Ce mariage pour M. d’Agénois, était-ce celui auquel faisait allusion, six
mois auparavant, Mᵐᵉ d’Aiguillon, en ces termes: «Il n’est nullement
question du mariage de mon fils, et moins encore avec Mˡˡᵉ de Polignac[513]
qu’avec personne. Je n’y ai jamais pensé. Chabrillan m’en a parlé quand il est
venu ici, et, pour toute réponse, nous lui avons dit que nous n’y songions
pas».
Elle m’a fait deux ou trois querelles d’allemand, sans rime ni raison et sur des
sujets aussi importants que celui de la comédie qu’elle veut jouer sans
acteurs... Je l’ai rembarrée fortement, afin qu’elle prenne son parti, ou de s’en
aller, ou d’être plus douce et moins exigeante; et je lui ai déclaré que je ne lui
passerais rien et lui ferais des corrections publiques sans ménagement, si elle
m’y obligeait par ses incartades... Je ne m’en flatte pas, à moins que mon fils
à qui elle fait les coquetteries les plus fortes et qui ne paraît pas éloigné d’y
répondre, ne vienne à mon secours; mais il est aussi froid au moral qu’au
physique et bien nigaud encore...»
Voudrait-il, par hasard, ce père aux mœurs faciles, ce galant seigneur qui
ne connut jamais de cruelles, que son fils se fît déniaiser pour calmer
l’humeur belliqueuse d’une invitée encombrante?
Et puisqu’il parle de ce jeune comte d’Agénois, le seul survivant de ses
six enfants et si peu ressemblant à cet autre d’Agénois qui, lui, n’avait pas
attendu le nombre des années, il remercie Balleroy de la réponse qu’il a faite
à des propositions de mariage pour son fils et le prie instamment «d’y
persister», si on remet la question en train avant son retour à Paris.
«Continuez d’affirmer que j’ai moins de désir que jamais de reparaître à la
Cour, bien loin d’en chercher le moyen ou le prétexte.» Oui, ses «résolutions
sont invariables»; et son bonheur et son honneur exigent qu’il ne s’en écarte
jamais. Aussi concluait-il sur cette péroraison qu’Horace eût pu lui envier,
mais qui nous rappelle plus encore la morale de l’immortelle fable Le Renard
et les Raisins. «... Mes bosquets sont effectivement charmants, mes terrasses
charmantes, ma cour commence à se démasquer et à s’ouvrir, ma salle de
comédie s’élève à vue d’œil... Il faudrait que je fusse bien fol pour troquer
une aussi belle habitation où je jouis de la plus heureuse et de la plus
complète tranquillité contre ma triste maison de Paris ou quelque coin de
grenier à Versailles, où je serais continuellement tracassé, persécuté et
vilipendé[512].»
Ce mariage pour M. d’Agénois, était-ce celui auquel faisait allusion, six
mois auparavant, Mᵐᵉ d’Aiguillon, en ces termes: «Il n’est nullement
question du mariage de mon fils, et moins encore avec Mˡˡᵉ de Polignac[513]
qu’avec personne. Je n’y ai jamais pensé. Chabrillan m’en a parlé quand il est
venu ici, et, pour toute réponse, nous lui avons dit que nous n’y songions
pas».
Page 189
Il s’agissait cependant de Mˡˡᵉ de Polignac. On en avait discrètement
causé.
Mais le bruit avait fait du chemin; et la Correspondance secrète le
recueillait prestement pour le servir à ses abonnés en mars 1779.
Le projet de mariage entre le comte d’Agénois et la fille de la comtesse
Jules de Polignac avait été amorcé, prétendait la petite gazette, par la
comtesse de Maurepas dans l’intérêt de son neveu et de son mari.
—Mon fils est bien jeune, avait objecté le duc d’Aiguillon, mais la
volonté de la reine sera la mienne.
En tout cas, remarquait le rédacteur de la feuille satirique, dont nous avons
signalé déjà l’âpre hostilité contre le duc, le futur beau-père de Mˡˡᵉ de
Polignac ne mettait pas beaucoup d’empressement à la prendre comme bru.
C’était évidemment la tactique de ce soi-disant désabusé des ivresses du
pouvoir, et c’était aussi un acte de soumission aux ordres de la reine, marque
de déférence dont le bon apôtre pouvait espérer tirer quelque profit.
Les négociations se prolongèrent quelque temps encore, mais les ennemis
de d’Aiguillon y coupèrent bientôt court en faisant agréer au roi le mariage
de Mˡˡᵉ de Polignac avec le comte de Gramont, fils du duc[514].
La comtesse de Maurepas, qui s’était vraisemblablement entremise pour
son petit-neveu, ne se découragea pas: travailler pour le jeune d’Agénois,
c’était travailler pour le duc d’Aiguillon. Elle fit tenter, par des tiers, une
démarche à Marly auprès de Marie-Antoinette: le comte était en âge de se
marier; mais il faudrait, pour favoriser cet établissement, que son père eût la
liberté de reparaître à la Cour.
La reine manda immédiatement au château M. de Maurepas et lui déclara,
en toute franchise, qu’elle ne saurait se rendre aux désirs de la comtesse. Elle
ne voulait revoir de sa vie M. d’Aiguillon. Mais, en somme, le duc avait-il
besoin «d’aller à la Cour» pour marier son fils? Ce n’était pas qu’elle eût la
moindre prévention contre ce jeune homme: au contraire, elle l’accueillerait
avec bienveillance, quand il lui serait présenté, ne voulant pas l’envelopper
dans la disgrâce paternelle. En même temps Marie-Antoinette couvrait de
fleurs Maurepas. Le ministre, dûment chapitré par sa femme, insistait dans
l’intérêt de son neveu; mais il fut bien vite éconduit[515].
Le jeune coquebin était donc réservé à d’autres hyménées; mais il se
souvint plus tard de la conférence et de bien d’autres humiliations qui
devaient passer par-dessus la tête de son père pour l’atteindre.
causé.
Mais le bruit avait fait du chemin; et la Correspondance secrète le
recueillait prestement pour le servir à ses abonnés en mars 1779.
Le projet de mariage entre le comte d’Agénois et la fille de la comtesse
Jules de Polignac avait été amorcé, prétendait la petite gazette, par la
comtesse de Maurepas dans l’intérêt de son neveu et de son mari.
—Mon fils est bien jeune, avait objecté le duc d’Aiguillon, mais la
volonté de la reine sera la mienne.
En tout cas, remarquait le rédacteur de la feuille satirique, dont nous avons
signalé déjà l’âpre hostilité contre le duc, le futur beau-père de Mˡˡᵉ de
Polignac ne mettait pas beaucoup d’empressement à la prendre comme bru.
C’était évidemment la tactique de ce soi-disant désabusé des ivresses du
pouvoir, et c’était aussi un acte de soumission aux ordres de la reine, marque
de déférence dont le bon apôtre pouvait espérer tirer quelque profit.
Les négociations se prolongèrent quelque temps encore, mais les ennemis
de d’Aiguillon y coupèrent bientôt court en faisant agréer au roi le mariage
de Mˡˡᵉ de Polignac avec le comte de Gramont, fils du duc[514].
La comtesse de Maurepas, qui s’était vraisemblablement entremise pour
son petit-neveu, ne se découragea pas: travailler pour le jeune d’Agénois,
c’était travailler pour le duc d’Aiguillon. Elle fit tenter, par des tiers, une
démarche à Marly auprès de Marie-Antoinette: le comte était en âge de se
marier; mais il faudrait, pour favoriser cet établissement, que son père eût la
liberté de reparaître à la Cour.
La reine manda immédiatement au château M. de Maurepas et lui déclara,
en toute franchise, qu’elle ne saurait se rendre aux désirs de la comtesse. Elle
ne voulait revoir de sa vie M. d’Aiguillon. Mais, en somme, le duc avait-il
besoin «d’aller à la Cour» pour marier son fils? Ce n’était pas qu’elle eût la
moindre prévention contre ce jeune homme: au contraire, elle l’accueillerait
avec bienveillance, quand il lui serait présenté, ne voulant pas l’envelopper
dans la disgrâce paternelle. En même temps Marie-Antoinette couvrait de
fleurs Maurepas. Le ministre, dûment chapitré par sa femme, insistait dans
l’intérêt de son neveu; mais il fut bien vite éconduit[515].
Le jeune coquebin était donc réservé à d’autres hyménées; mais il se
souvint plus tard de la conférence et de bien d’autres humiliations qui
devaient passer par-dessus la tête de son père pour l’atteindre.
Page 190
XXII
Illusions d’un ministre tombé: plan fantastique.—Le troisième mariage du
maréchal de Richelieu: vengeance filiale.—L’année des évêques.—Oraison
funèbre de Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la Vallière.—Débuts dans le monde
d’Armand, comte d’Agénois.—Félicitations réciproques de d’Aiguillon et
de Balleroy.—La chasse aux pintades et la «Dédicace» de la comédie.—
Nouvelle saison du duc à Bagnères: ses pertes énormes au reversi.—
Nouveaux projets de mariage pour le comte d’Agénois.—Commérages
mondains.
Il est certain qu’en 1779 un grand effort fut tenté pour enlever haut la
main le rappel du duc d’Aiguillon à la Cour. La Correspondance de Mercy-
Argenteau le dit assez; et nous en trouvons encore la preuve dans les
Mémoires du ministère d’Aiguillon, qu’il faut évidemment consulter avec
prudence, mais dont les assertions sont souvent corroborées par des
documents officiels.
Un moment, le duc crut si fermement au succès qu’il envoya un courrier à
son intendant pour lui réclamer dans le plus bref délai les fourrures de la
duchesse et pour lui faire commander une provision de vin[516]. C’était
toujours Maurepas qui dirigeait la manœuvre; mais les Mémoires ne parlent
pas de sa femme; ils prétendent que l’unique Eminence grise du ministre est
un conseiller de Grand’chambre, M. d’Amécourt, ami de Mᵐᵉ de Forcalquier,
«la seule des nombreuses maîtresses de d’Aiguillon à qui il ait accordé
quelque confiance[517]».
Or, le retour de l’exilé était machiné comme un scénario de comédie:
dialogue entre le roi, la reine et Maurepas; monologue de Louis XVI; puis
scène finale consacrant l’abandon par Marie-Antoinette de ses préventions.
C’est bien imaginé comme fantaisie; mais, le plan d’un nouveau ministère
pour 1780, consécutif à cette intrigue de théâtre et tel que l’exposent les
Mémoires, se rapproche beaucoup plus de la vraisemblance. On dirait une
réplique de la prétendue conversation qui s’était engagée entre Maurepas et
son neveu, quand celui-ci avait dû quitter Paris après la revue du Trou-
d’Enfer.
Aux termes de cette combinaison[518], d’Aiguillon était rappelé au
Conseil. Le neveu devenait alors le coadjuteur de l’oncle et «ferait tout»,
Illusions d’un ministre tombé: plan fantastique.—Le troisième mariage du
maréchal de Richelieu: vengeance filiale.—L’année des évêques.—Oraison
funèbre de Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la Vallière.—Débuts dans le monde
d’Armand, comte d’Agénois.—Félicitations réciproques de d’Aiguillon et
de Balleroy.—La chasse aux pintades et la «Dédicace» de la comédie.—
Nouvelle saison du duc à Bagnères: ses pertes énormes au reversi.—
Nouveaux projets de mariage pour le comte d’Agénois.—Commérages
mondains.
Il est certain qu’en 1779 un grand effort fut tenté pour enlever haut la
main le rappel du duc d’Aiguillon à la Cour. La Correspondance de Mercy-
Argenteau le dit assez; et nous en trouvons encore la preuve dans les
Mémoires du ministère d’Aiguillon, qu’il faut évidemment consulter avec
prudence, mais dont les assertions sont souvent corroborées par des
documents officiels.
Un moment, le duc crut si fermement au succès qu’il envoya un courrier à
son intendant pour lui réclamer dans le plus bref délai les fourrures de la
duchesse et pour lui faire commander une provision de vin[516]. C’était
toujours Maurepas qui dirigeait la manœuvre; mais les Mémoires ne parlent
pas de sa femme; ils prétendent que l’unique Eminence grise du ministre est
un conseiller de Grand’chambre, M. d’Amécourt, ami de Mᵐᵉ de Forcalquier,
«la seule des nombreuses maîtresses de d’Aiguillon à qui il ait accordé
quelque confiance[517]».
Or, le retour de l’exilé était machiné comme un scénario de comédie:
dialogue entre le roi, la reine et Maurepas; monologue de Louis XVI; puis
scène finale consacrant l’abandon par Marie-Antoinette de ses préventions.
C’est bien imaginé comme fantaisie; mais, le plan d’un nouveau ministère
pour 1780, consécutif à cette intrigue de théâtre et tel que l’exposent les
Mémoires, se rapproche beaucoup plus de la vraisemblance. On dirait une
réplique de la prétendue conversation qui s’était engagée entre Maurepas et
son neveu, quand celui-ci avait dû quitter Paris après la revue du Trou-
d’Enfer.
Aux termes de cette combinaison[518], d’Aiguillon était rappelé au
Conseil. Le neveu devenait alors le coadjuteur de l’oncle et «ferait tout»,
Page 191
pendant que M. de Maurepas irait donner à manger à ses carpes. M.
d’Aiguillon démontrerait au roi la nécessité d’étayer «la machine qui croule»;
et le prince lui répondrait: Vous n’en aurez que plus de gloire; M. de
Maurepas a fait ce qu’il a pu.
L’auteur du plan, après avoir jonglé avec toutes ces chimères, serre de
plus près son argumentation. Il est hors de doute, dit-il, qu’avec les emprunts
et le gaspillage dont souffre l’État, «le royaume va à sa ruine». Pourquoi la
reine veut-elle écarter l’homme qui ferait succéder l’ordre à cette anarchie?
Nul ne connaît mieux l’administration. Et quel autre ministre pourrait-on lui
préférer? Le cardinal de Bernis? Il préfère rester à Rome. Choiseul? Il inspire
au roi une antipathie dont ce prince ne reviendra jamais. Marie-Antoinette, au
lieu de s’occuper d’affaires, serait chargée du «département des beaux-arts et
des bonnes œuvres»... Que la reine fasse terminer le Louvre; qu’on y trouve
un Muséum préférable à ceux d’Italie. Les tableaux sont «cubiquement
empilés» dans le dépôt de Versailles; et les marines de Vernet deviennent la
proie des rats dans les combles du Luxembourg[519].
Or, Marie-Antoinette, que sa mère tenait toujours en haleine par
l’intermédiaire de Mercy-Argenteau, n’était pas femme à se désintéresser de
la marche des affaires. Et ses entours ne l’eussent pas permis. Elle avait
signifié catégoriquement à Maurepas qu’elle ne voudrait voir de sa vie M.
d’Aiguillon. Il était donc impossible de lui imposer la présence du
«coadjuteur», ce personnage providentiel qui allait «tout remettre en état».
Celui-ci dut être avisé confidentiellement de l’échec d’une manœuvre
qu’il était censé ignorer. En tout cas, pour ne pas démentir l’apparente
fermeté de son attitude, et surtout pour obéir à un sentiment de bouderie
difficilement avouable, d’Aiguillon s’obstina à passer encore près de trois
années loin de Paris, dans un séjour que d’ailleurs l’ingéniosité de sa femme
rendait chaque jour plus vivant, plus animé, plus délectable.
«... Nos santés, écrit la duchesse, vont assez joliment dans ce moment; et
nous ne sommes occupés que de bals, de comédies. Hier, il y a eu bal;
aujourd’hui on joue la Métromanie, suivie de la Servante justifiée[520] et d’un
ballet-bouffon de la composition de mon fils, demain bal et après
souper[521].»
Un événement mondain, s’il en fut, vint apporter un nouvel aliment,
mais... des plus légers, à la conversation des hôtes du château: le mariage du
maréchal de Richelieu (c’était le troisième) avec une jeune veuve, Mᵐᵉ de
Roothe: le vieux galantin avait quatre-vingt-deux ans; mais il avait toujours
d’Aiguillon démontrerait au roi la nécessité d’étayer «la machine qui croule»;
et le prince lui répondrait: Vous n’en aurez que plus de gloire; M. de
Maurepas a fait ce qu’il a pu.
L’auteur du plan, après avoir jonglé avec toutes ces chimères, serre de
plus près son argumentation. Il est hors de doute, dit-il, qu’avec les emprunts
et le gaspillage dont souffre l’État, «le royaume va à sa ruine». Pourquoi la
reine veut-elle écarter l’homme qui ferait succéder l’ordre à cette anarchie?
Nul ne connaît mieux l’administration. Et quel autre ministre pourrait-on lui
préférer? Le cardinal de Bernis? Il préfère rester à Rome. Choiseul? Il inspire
au roi une antipathie dont ce prince ne reviendra jamais. Marie-Antoinette, au
lieu de s’occuper d’affaires, serait chargée du «département des beaux-arts et
des bonnes œuvres»... Que la reine fasse terminer le Louvre; qu’on y trouve
un Muséum préférable à ceux d’Italie. Les tableaux sont «cubiquement
empilés» dans le dépôt de Versailles; et les marines de Vernet deviennent la
proie des rats dans les combles du Luxembourg[519].
Or, Marie-Antoinette, que sa mère tenait toujours en haleine par
l’intermédiaire de Mercy-Argenteau, n’était pas femme à se désintéresser de
la marche des affaires. Et ses entours ne l’eussent pas permis. Elle avait
signifié catégoriquement à Maurepas qu’elle ne voudrait voir de sa vie M.
d’Aiguillon. Il était donc impossible de lui imposer la présence du
«coadjuteur», ce personnage providentiel qui allait «tout remettre en état».
Celui-ci dut être avisé confidentiellement de l’échec d’une manœuvre
qu’il était censé ignorer. En tout cas, pour ne pas démentir l’apparente
fermeté de son attitude, et surtout pour obéir à un sentiment de bouderie
difficilement avouable, d’Aiguillon s’obstina à passer encore près de trois
années loin de Paris, dans un séjour que d’ailleurs l’ingéniosité de sa femme
rendait chaque jour plus vivant, plus animé, plus délectable.
«... Nos santés, écrit la duchesse, vont assez joliment dans ce moment; et
nous ne sommes occupés que de bals, de comédies. Hier, il y a eu bal;
aujourd’hui on joue la Métromanie, suivie de la Servante justifiée[520] et d’un
ballet-bouffon de la composition de mon fils, demain bal et après
souper[521].»
Un événement mondain, s’il en fut, vint apporter un nouvel aliment,
mais... des plus légers, à la conversation des hôtes du château: le mariage du
maréchal de Richelieu (c’était le troisième) avec une jeune veuve, Mᵐᵉ de
Roothe: le vieux galantin avait quatre-vingt-deux ans; mais il avait toujours
Page 192
de la vaillance. La légende veut qu’étant rentré à son hôtel après la
bénédiction nuptiale, pour changer de vêtements, il ait jeté son cordon bleu
sur le lit de grand apparat et dit à son valet de chambre:
—Va, le Saint-Esprit fera le reste.
Mᵐᵉ d’Aiguillon ne semble pas très édifiée de cet appétit sénile: «Le
mariage de M. de Richelieu m’a surpris, comme vous pouvez bien le croire;
je suis fort aise qu’il ait bien pris dans le monde; je vous avoue que je
craignais le contraire; je fais des vœux pour que le parti violent qu’il prend
serve à faire le bonheur de ses dernières années[522]».
Le duc, lui, plaint Fronsac «qui paiera chèrement le plaisir de son père de
jouir pendant quelques années d’une compagne aimable et de vivre en
meilleure compagnie[523]».
Le malin vieillard avait cru faire pièce à son misérable fils; mais celui-ci
se vengea odieusement, le Saint-Esprit ayant opéré contre toute attente; il
soudoya une femme de chambre de la maréchale qui lui fit absorber, sans
qu’elle s’en doutât, une boisson abortive[524].
Richelieu ne connaissait plus d’obstacles: à l’exemple des jeunes maris,
très fiers de montrer partout leur femme, il voulut promener la sienne dans
son gouvernement; et la duchesse blâme cette nouvelle crânerie: «Je pense
sur le voyage de M. de Richelieu tout comme Madame la maréchale; et je
crois qu’un aussi grand voyage entrepris à son âge et pour un sujet tel que
celui d’une nouvelle salle[525] peut paraître étrange. Je crois aussi que, vu les
circonstances, il éprouvera à Bordeaux des désagréments de la part du
Parlement et nommément du premier président avec lequel il est brouillé... Si
quelqu’un peut le faire changer d’avis, ce ne peut être que Madame la
maréchale qui a du crédit sur son esprit et qui le voit journellement».
La duchesse est trop loin pour lui adresser des observations qui aient
quelques chances de succès. D’ailleurs il est fermement résolu à entreprendre
son voyage puisqu’il vient d’informer M. d’Aiguillon de son itinéraire: il
passera par Lyon où «il a demandé un logement à Flesselles», prendra le
chemin du Languedoc pour s’arrêter à Aiguillon et, de là, se rendre à
Bordeaux[526].
Cependant la duchesse s’est fait un cas de conscience d’écrire à son
cousin: «... Je n’espère pas qu’il se rende à mes représentations, puisqu’il a
résisté à celles de sa femme, qui a plus d’empire que moi sur son esprit».
Mais, s’il y persiste, «il ne prendra pas sa route par le Languedoc... parce que
nous irons le joindre à Fronsac, pour lui éviter la peine de venir ici...[527]»
bénédiction nuptiale, pour changer de vêtements, il ait jeté son cordon bleu
sur le lit de grand apparat et dit à son valet de chambre:
—Va, le Saint-Esprit fera le reste.
Mᵐᵉ d’Aiguillon ne semble pas très édifiée de cet appétit sénile: «Le
mariage de M. de Richelieu m’a surpris, comme vous pouvez bien le croire;
je suis fort aise qu’il ait bien pris dans le monde; je vous avoue que je
craignais le contraire; je fais des vœux pour que le parti violent qu’il prend
serve à faire le bonheur de ses dernières années[522]».
Le duc, lui, plaint Fronsac «qui paiera chèrement le plaisir de son père de
jouir pendant quelques années d’une compagne aimable et de vivre en
meilleure compagnie[523]».
Le malin vieillard avait cru faire pièce à son misérable fils; mais celui-ci
se vengea odieusement, le Saint-Esprit ayant opéré contre toute attente; il
soudoya une femme de chambre de la maréchale qui lui fit absorber, sans
qu’elle s’en doutât, une boisson abortive[524].
Richelieu ne connaissait plus d’obstacles: à l’exemple des jeunes maris,
très fiers de montrer partout leur femme, il voulut promener la sienne dans
son gouvernement; et la duchesse blâme cette nouvelle crânerie: «Je pense
sur le voyage de M. de Richelieu tout comme Madame la maréchale; et je
crois qu’un aussi grand voyage entrepris à son âge et pour un sujet tel que
celui d’une nouvelle salle[525] peut paraître étrange. Je crois aussi que, vu les
circonstances, il éprouvera à Bordeaux des désagréments de la part du
Parlement et nommément du premier président avec lequel il est brouillé... Si
quelqu’un peut le faire changer d’avis, ce ne peut être que Madame la
maréchale qui a du crédit sur son esprit et qui le voit journellement».
La duchesse est trop loin pour lui adresser des observations qui aient
quelques chances de succès. D’ailleurs il est fermement résolu à entreprendre
son voyage puisqu’il vient d’informer M. d’Aiguillon de son itinéraire: il
passera par Lyon où «il a demandé un logement à Flesselles», prendra le
chemin du Languedoc pour s’arrêter à Aiguillon et, de là, se rendre à
Bordeaux[526].
Cependant la duchesse s’est fait un cas de conscience d’écrire à son
cousin: «... Je n’espère pas qu’il se rende à mes représentations, puisqu’il a
résisté à celles de sa femme, qui a plus d’empire que moi sur son esprit».
Mais, s’il y persiste, «il ne prendra pas sa route par le Languedoc... parce que
nous irons le joindre à Fronsac, pour lui éviter la peine de venir ici...[527]»
Page 193
Autrement, le maréchal eût trouvé au château d’Aiguillon nombreuse et
brillante compagnie: les invités que nous connaissons déjà, puis le comte de
Chabrillan «gras comme un moine et frais comme une rose», et l’évêque de
Bayeux «bon et honnête homme» depuis longtemps attendu[528].
Car cette année aurait pu s’appeler l’année des évêques: les châtelains en
reçurent plusieurs. Le duc avait su conserver la dilection du clergé qui l’avait
toujours considéré, et pour ses attaches avec le Dauphin, père de Louis XVI,
et pour les outrages dont l’abreuvaient toujours parlementaires et
philosophes, comme un des plus solides défenseurs de l’Église.
C’étaient encore, parmi les prélats si bien accueillis à la petite Cour de
l’ancien ministre: l’évêque de Vendôme qui aura, l’an prochain, la visite des
amphytrions quand ils iront en Touraine[529]; l’évêque de Condom, «tout
triomphant d’avoir gagné son procès», qui les attend à sa maison de
campagne[530]; Monsieur de Verdun «qui mange et boit comme de
coutume[531]» et qui doit être, avec Mᵐᵉ d’Aiguillon marraine, le «parrain»
pour le mariage de la fille d’un métayer: «Vous voyez Monsieur le chevalier,
que ni les changements de ministres, ni les nouvelles publiques ne nous
dérangent de nos occupations champêtres[532]».
Ce qui n’empêche pas la bonne duchesse de gloser tout à son aise sur les
nouvelles qui lui parviennent et dont Balleroy est assurément avisé: telles la
mort de Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la Vallière: «la première mérite les regrets
de ceux qui l’ont connue; car, quoique dévote et sévère, elle était on ne peut
pas plus vraie: je n’ai jamais, dans aucun temps, ni circonstance, eu qu’à me
louer d’elle. Quant au deuxième, il sera oublié aisément, à moins que l’on ne
regrette un tripot de jeu de plus dans Paris[533]».
En ce moment, une grave question préoccupait chez Mᵐᵉ d’Aiguillon, et la
mère, et la grande dame: les débuts de son fils. Armand, comte d’Agénois,
était entré dans sa vingtième année: si le père ne le trouvait pas suffisamment
dégourdi, la mère signalait en lui une âme d’artiste. Mais, jadis, l’éducation
d’un jeune gentilhomme exigeait des connaissances un peu plus étendues; et
l’avenir d’un futur d’Aiguillon ne pouvait se borner à l’horizon trop restreint
des collines de l’Agénois. Quatre années auparavant, au plus fort de la
disgrâce, l’intermédiaire inconnu, de qui nous avons cité la longue et curieuse
lettre, y mettait ce post-scriptum: «J’avais oublié de vous dire que M. de
Maurepas m’avait beaucoup parlé de M. d’Agénois: il me dit que votre
intention était de rester à Aiguillon; mais sans doute vous ne garderiez pas
brillante compagnie: les invités que nous connaissons déjà, puis le comte de
Chabrillan «gras comme un moine et frais comme une rose», et l’évêque de
Bayeux «bon et honnête homme» depuis longtemps attendu[528].
Car cette année aurait pu s’appeler l’année des évêques: les châtelains en
reçurent plusieurs. Le duc avait su conserver la dilection du clergé qui l’avait
toujours considéré, et pour ses attaches avec le Dauphin, père de Louis XVI,
et pour les outrages dont l’abreuvaient toujours parlementaires et
philosophes, comme un des plus solides défenseurs de l’Église.
C’étaient encore, parmi les prélats si bien accueillis à la petite Cour de
l’ancien ministre: l’évêque de Vendôme qui aura, l’an prochain, la visite des
amphytrions quand ils iront en Touraine[529]; l’évêque de Condom, «tout
triomphant d’avoir gagné son procès», qui les attend à sa maison de
campagne[530]; Monsieur de Verdun «qui mange et boit comme de
coutume[531]» et qui doit être, avec Mᵐᵉ d’Aiguillon marraine, le «parrain»
pour le mariage de la fille d’un métayer: «Vous voyez Monsieur le chevalier,
que ni les changements de ministres, ni les nouvelles publiques ne nous
dérangent de nos occupations champêtres[532]».
Ce qui n’empêche pas la bonne duchesse de gloser tout à son aise sur les
nouvelles qui lui parviennent et dont Balleroy est assurément avisé: telles la
mort de Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la Vallière: «la première mérite les regrets
de ceux qui l’ont connue; car, quoique dévote et sévère, elle était on ne peut
pas plus vraie: je n’ai jamais, dans aucun temps, ni circonstance, eu qu’à me
louer d’elle. Quant au deuxième, il sera oublié aisément, à moins que l’on ne
regrette un tripot de jeu de plus dans Paris[533]».
En ce moment, une grave question préoccupait chez Mᵐᵉ d’Aiguillon, et la
mère, et la grande dame: les débuts de son fils. Armand, comte d’Agénois,
était entré dans sa vingtième année: si le père ne le trouvait pas suffisamment
dégourdi, la mère signalait en lui une âme d’artiste. Mais, jadis, l’éducation
d’un jeune gentilhomme exigeait des connaissances un peu plus étendues; et
l’avenir d’un futur d’Aiguillon ne pouvait se borner à l’horizon trop restreint
des collines de l’Agénois. Quatre années auparavant, au plus fort de la
disgrâce, l’intermédiaire inconnu, de qui nous avons cité la longue et curieuse
lettre, y mettait ce post-scriptum: «J’avais oublié de vous dire que M. de
Maurepas m’avait beaucoup parlé de M. d’Agénois: il me dit que votre
intention était de rester à Aiguillon; mais sans doute vous ne garderiez pas
Page 194
toujours cet enfant auprès de vous». L’invite était évidente. Nous ne voyons
pas que les parents l’aient relevée.[534]
Mais, dès le commencement de l’année 1780, le duc avait obtenu pour son
fils la survivance des chevau-légers[535]. Et, probablement, Maurepas, qui
avait gardé dans sa mémoire les promesses de la reine à l’adresse du jeune
d’Agénois, dut insister auprès de son neveu et de sa nièce pour que leur fils
fût présenté à la Cour[536]. C’eût été folie que de bouder encore pour le
compte et au détriment de M. d’Agénois. La grand’tante dut évidemment le
recevoir à Pontchartrain, l’interroger et commencer son éducation de
courtisan. Peut-être revivrait-elle un jour dans la personne de ce dernier
descendant mâle des La Vrillière et des Plélo. Et sans doute le débutant
répondit aux espérances de Mᵐᵉ de Maurepas, car sa mère le laisse entendre à
Balleroy, mais sur un ton aigre-doux, qui reflète l’arrière-pensée, amère et
revêche, du politicien évincé: «On lui (à son fils) a su gré de n’être pas de la
plus grande maussaderie... On s’imaginait qu’un homme de son âge qui,
depuis cinq ans, était dans le fond d’une province, devait être une espèce de
petit sauvage... Et ma tante m’a mandé sérieusement que ce qui l’avait le plus
surpris, c’est qu’il était très bien élevé. Elle avait oublié sûrement qu’il
l’avait été par son père, qui a bien autant qu’un autre ce qu’il faut pour
cela[537]».
De son côté le duc avait répondu aux félicitations de Balleroy pour la
survivance, par des compliments qui visaient le nouveau grade acquis par le
chevalier: cette distinction autorisait le bénéficiaire à postuler un
gouvernement ou tout au moins une «grâce pécuniaire». Mais d’Aiguillon eût
regretté de le voir partir pour «les guerres d’outre-mer». Décidément, il
n’était pas «Américain», ainsi qu’on appelait alors les amis des
«insurgents»[538]. Vers la fin de l’année, il reparlait à Balleroy de son
différend, qui n’était pas encore terminé, avec le duc de Fitz-James, et
témoignait son mécontentement de «la plate et indécente contestation» qui lui
était opposée. Ce n’était pas pour réclamer l’intervention du chevalier (il ne
demandait peut-être pas autre chose) mais pour que son porte-parole fût
édifié sur la conduite de Fitz-James[539].
Afin de n’en pas perdre l’habitude, la duchesse continue à entretenir son
correspondant de ces menus détails, petites anecdotes et grands
embellissements, qui furent de tout temps l’accompagnement obligé de la vie
de château.
pas que les parents l’aient relevée.[534]
Mais, dès le commencement de l’année 1780, le duc avait obtenu pour son
fils la survivance des chevau-légers[535]. Et, probablement, Maurepas, qui
avait gardé dans sa mémoire les promesses de la reine à l’adresse du jeune
d’Agénois, dut insister auprès de son neveu et de sa nièce pour que leur fils
fût présenté à la Cour[536]. C’eût été folie que de bouder encore pour le
compte et au détriment de M. d’Agénois. La grand’tante dut évidemment le
recevoir à Pontchartrain, l’interroger et commencer son éducation de
courtisan. Peut-être revivrait-elle un jour dans la personne de ce dernier
descendant mâle des La Vrillière et des Plélo. Et sans doute le débutant
répondit aux espérances de Mᵐᵉ de Maurepas, car sa mère le laisse entendre à
Balleroy, mais sur un ton aigre-doux, qui reflète l’arrière-pensée, amère et
revêche, du politicien évincé: «On lui (à son fils) a su gré de n’être pas de la
plus grande maussaderie... On s’imaginait qu’un homme de son âge qui,
depuis cinq ans, était dans le fond d’une province, devait être une espèce de
petit sauvage... Et ma tante m’a mandé sérieusement que ce qui l’avait le plus
surpris, c’est qu’il était très bien élevé. Elle avait oublié sûrement qu’il
l’avait été par son père, qui a bien autant qu’un autre ce qu’il faut pour
cela[537]».
De son côté le duc avait répondu aux félicitations de Balleroy pour la
survivance, par des compliments qui visaient le nouveau grade acquis par le
chevalier: cette distinction autorisait le bénéficiaire à postuler un
gouvernement ou tout au moins une «grâce pécuniaire». Mais d’Aiguillon eût
regretté de le voir partir pour «les guerres d’outre-mer». Décidément, il
n’était pas «Américain», ainsi qu’on appelait alors les amis des
«insurgents»[538]. Vers la fin de l’année, il reparlait à Balleroy de son
différend, qui n’était pas encore terminé, avec le duc de Fitz-James, et
témoignait son mécontentement de «la plate et indécente contestation» qui lui
était opposée. Ce n’était pas pour réclamer l’intervention du chevalier (il ne
demandait peut-être pas autre chose) mais pour que son porte-parole fût
édifié sur la conduite de Fitz-James[539].
Afin de n’en pas perdre l’habitude, la duchesse continue à entretenir son
correspondant de ces menus détails, petites anecdotes et grands
embellissements, qui furent de tout temps l’accompagnement obligé de la vie
de château.
Page 195
A quelques «chiffonnages près», M. d’Aiguillon va bien; quant à elle, «on
dira bientôt, comme la princesse de Talmont, qu’elle a une santé
ignoble[540]». Plus tard, le duc se trouvera pris d’une «forte fonte de
cerveau». Aussi a-t-il «une grande et grosse perruque à trois marteaux qui lui
fait la tête la plus ridicule. Comme elle est pareille à celle de M. de la
Vrillière, je prétends que c’est un effet de sa succession qu’il s’est approprié.
Comme il en est presque quitte, il nous flatte de reprendre bientôt ses
cheveux à l’ordinaire».
Innocente plaisanterie digne d’inspirer un livret d’opéra-bouffe dans le
genre de ceux qu’élaborait le jeune M. d’Agénois!
Entre temps, Mᵐᵉ d’Aiguillon pensait au plaisir favori du chevalier:
«Quand vous viendrez, je vous ménage une chasse fort agréable, c’est la
chasse aux pintades; j’en ai 80 lâchées et nées dans les îles, qui, l’année
prochaine, peupleront même beaucoup et se reproduiront partout. On les
chasse comme des perdrix; et elles deviennent sauvages très aisément. Ces 80
là sont les produits de 8 paires... C’est fort joli à voir; elles vont par petites
troupes de 8 à 10...»
Les travaux d’agrandissement et d’amélioration se poursuivaient, à peine
interrompus par la pluie: des constructions nouvelles s’élevaient: «on
commence les communs, on achève la Comédie[541]».
La Comédie! c’était la grande affaire. La duchesse avait trouvé pour son
mari la distraction par excellence:
«Je suis, en ce moment, écrit le duc, très occupé de ma salle de spectacle,
dont nous devons faire l’ouverture le 31. Elle est réellement très belle: et je
suis persuadé qu’elle aura le succès le plus complet et que vous en serez
content, lorsque vous la verrez: ce qui ne sera jamais aussi tôt que je le
désire[542].»
On devait l’inaugurer par le Joueur et le Babillard[543]. Mais cette
«dédicace[544]», comme l’appelle Mᵐᵉ d’Aiguillon, fut reculée jusqu’au
milieu de janvier. Le même mois, le second spectacle se composa de la
Métromanie et des Chasseurs et la Laitière[545]. La duchesse répète le mot de
son mari: «Vous serez content de la salle: elle est belle et dans le genre
noble». Le duc y revient pour la troisième fois: «Notre nouvelle salle de
spectacle a eu le plus grand succès. Elle fait l’admiration de toute la province.
Elle est effectivement belle, agréable et commode. Il est vrai qu’elle m’a
coûté un peu cher, mais elle est payée et je n’y pense plus[546]». Et, à propos
de tous ces divertissements, comédies, concerts, bals, qui se succèdent au
dira bientôt, comme la princesse de Talmont, qu’elle a une santé
ignoble[540]». Plus tard, le duc se trouvera pris d’une «forte fonte de
cerveau». Aussi a-t-il «une grande et grosse perruque à trois marteaux qui lui
fait la tête la plus ridicule. Comme elle est pareille à celle de M. de la
Vrillière, je prétends que c’est un effet de sa succession qu’il s’est approprié.
Comme il en est presque quitte, il nous flatte de reprendre bientôt ses
cheveux à l’ordinaire».
Innocente plaisanterie digne d’inspirer un livret d’opéra-bouffe dans le
genre de ceux qu’élaborait le jeune M. d’Agénois!
Entre temps, Mᵐᵉ d’Aiguillon pensait au plaisir favori du chevalier:
«Quand vous viendrez, je vous ménage une chasse fort agréable, c’est la
chasse aux pintades; j’en ai 80 lâchées et nées dans les îles, qui, l’année
prochaine, peupleront même beaucoup et se reproduiront partout. On les
chasse comme des perdrix; et elles deviennent sauvages très aisément. Ces 80
là sont les produits de 8 paires... C’est fort joli à voir; elles vont par petites
troupes de 8 à 10...»
Les travaux d’agrandissement et d’amélioration se poursuivaient, à peine
interrompus par la pluie: des constructions nouvelles s’élevaient: «on
commence les communs, on achève la Comédie[541]».
La Comédie! c’était la grande affaire. La duchesse avait trouvé pour son
mari la distraction par excellence:
«Je suis, en ce moment, écrit le duc, très occupé de ma salle de spectacle,
dont nous devons faire l’ouverture le 31. Elle est réellement très belle: et je
suis persuadé qu’elle aura le succès le plus complet et que vous en serez
content, lorsque vous la verrez: ce qui ne sera jamais aussi tôt que je le
désire[542].»
On devait l’inaugurer par le Joueur et le Babillard[543]. Mais cette
«dédicace[544]», comme l’appelle Mᵐᵉ d’Aiguillon, fut reculée jusqu’au
milieu de janvier. Le même mois, le second spectacle se composa de la
Métromanie et des Chasseurs et la Laitière[545]. La duchesse répète le mot de
son mari: «Vous serez content de la salle: elle est belle et dans le genre
noble». Le duc y revient pour la troisième fois: «Notre nouvelle salle de
spectacle a eu le plus grand succès. Elle fait l’admiration de toute la province.
Elle est effectivement belle, agréable et commode. Il est vrai qu’elle m’a
coûté un peu cher, mais elle est payée et je n’y pense plus[546]». Et, à propos
de tous ces divertissements, comédies, concerts, bals, qui se succèdent au
Page 196
château, le maître du logis a un de ces mots topiques où perce la mélancolie
de l’ambitieux rêvant d’autres plaisirs et d’autres jouissances: «Mon fils se
croit au comble du bonheur et n’imagine pas qu’on puisse être plus heureux
qu’il l’est». Mais si, doit penser intérieurement le père, quand on détient seul
le pouvoir.
Le théâtre vient de fermer sur une «superbe» représentation: celle de
Mazet et des Vacances du procureur, suivie d’un non moins «superbe» ballet.
Et la duchesse annonce une grande nouvelle à Balleroy: elle se décide à faire
le voyage de Paris avec son fils en avril ou en mai. Or, comme elle tient à
voir le chevalier pendant le mois qu’elle doit rester dans la capitale, elle le
prie d’ajourner à l’automne sa villégiature d’Aiguillon: «il verra ainsi les
vendanges, chassera les petits oiseaux et les pintades; elle mandera tous les
lièvres du pays; et c’est à Aiguillon la plus belle saison du monde[547]».
Puis elle passe à d’autres sujets, continuant la conversation avec sa verve
ordinaire, à bâtons rompus et sur ce ton de franchise dont elle ne saurait se
départir.
«... Je trouve que le Parlement s’est éveillé un peu tard sur le danger des
jeux de hasard: il serait à souhaiter pour le bien des familles qu’ils y eussent
pensé plus tôt; mais c’est le cas de dire qu’il vaut mieux tard que jamais. Il y
a longtemps que M. de Genlis tenait tripot. Quant aux ambassadeurs, je doute
qu’il soit du droit des gens de leur en laisser tenir: ce droit me semble bien
dangereux[548].
... Peu m’importe qui commande l’escadre, pourvu qu’il fasse bien; et je
doute qu’il y en ait un de meilleur que M. d’Estaing[549].»
Mᵐᵉ d’Aiguillon avait, avant tout, les sentiments d’un «citoyen», comme
on disait alors: «... Je désire que les changements qu’il y a eu et que l’on dit
qu’il y aura encore dans le ministère soient pour le mieux. Je ne prends
intérêt, comme bien vous savez, ni aux partants, ni aux arrivants, ni même
aux demeurants: je ne souhaite que la prospérité et le bien de l’État[550].»
L’imprévu et le pittoresque sont le charme de cette correspondance écrite
à la diable: «Vous vous trompez, monsieur le chevalier, en disant que le
maréchal de Tonnerre n’a pas de maladie: il en a une incurable qui est quatre-
vingt-quatorze ans. Je ne me soucie pas d’aller à cet âge; mais je souhaite que
certain Lorrain, de vos amis, y parvienne. Il en prend le chemin. Adieu,
monsieur le chevalier; c’est au milieu de douze ou quinze vases, ou pots de
fleurs, que je vous assure de la sincérité, etc...[551]»
de l’ambitieux rêvant d’autres plaisirs et d’autres jouissances: «Mon fils se
croit au comble du bonheur et n’imagine pas qu’on puisse être plus heureux
qu’il l’est». Mais si, doit penser intérieurement le père, quand on détient seul
le pouvoir.
Le théâtre vient de fermer sur une «superbe» représentation: celle de
Mazet et des Vacances du procureur, suivie d’un non moins «superbe» ballet.
Et la duchesse annonce une grande nouvelle à Balleroy: elle se décide à faire
le voyage de Paris avec son fils en avril ou en mai. Or, comme elle tient à
voir le chevalier pendant le mois qu’elle doit rester dans la capitale, elle le
prie d’ajourner à l’automne sa villégiature d’Aiguillon: «il verra ainsi les
vendanges, chassera les petits oiseaux et les pintades; elle mandera tous les
lièvres du pays; et c’est à Aiguillon la plus belle saison du monde[547]».
Puis elle passe à d’autres sujets, continuant la conversation avec sa verve
ordinaire, à bâtons rompus et sur ce ton de franchise dont elle ne saurait se
départir.
«... Je trouve que le Parlement s’est éveillé un peu tard sur le danger des
jeux de hasard: il serait à souhaiter pour le bien des familles qu’ils y eussent
pensé plus tôt; mais c’est le cas de dire qu’il vaut mieux tard que jamais. Il y
a longtemps que M. de Genlis tenait tripot. Quant aux ambassadeurs, je doute
qu’il soit du droit des gens de leur en laisser tenir: ce droit me semble bien
dangereux[548].
... Peu m’importe qui commande l’escadre, pourvu qu’il fasse bien; et je
doute qu’il y en ait un de meilleur que M. d’Estaing[549].»
Mᵐᵉ d’Aiguillon avait, avant tout, les sentiments d’un «citoyen», comme
on disait alors: «... Je désire que les changements qu’il y a eu et que l’on dit
qu’il y aura encore dans le ministère soient pour le mieux. Je ne prends
intérêt, comme bien vous savez, ni aux partants, ni aux arrivants, ni même
aux demeurants: je ne souhaite que la prospérité et le bien de l’État[550].»
L’imprévu et le pittoresque sont le charme de cette correspondance écrite
à la diable: «Vous vous trompez, monsieur le chevalier, en disant que le
maréchal de Tonnerre n’a pas de maladie: il en a une incurable qui est quatre-
vingt-quatorze ans. Je ne me soucie pas d’aller à cet âge; mais je souhaite que
certain Lorrain, de vos amis, y parvienne. Il en prend le chemin. Adieu,
monsieur le chevalier; c’est au milieu de douze ou quinze vases, ou pots de
fleurs, que je vous assure de la sincérité, etc...[551]»
Page 197
Le duc est plus posé, plus compassé, plus solennel. Il n’a pas encore
dépouillé complètement le vieil homme, nous voulons dire le ministre.
Reparlant de son différend avec M. de Fitz-James, il informe Balleroy que le
duc a reconnu «l’absurdité des prétentions de son fils et l’indécence des
procédés de son homme d’affaires»; et le conflit s’est terminé par un échange
de «mots d’honnêtetés[552]».
Mais l’heure du départ a sonné pour les deux voyageurs; et la duchesse
l’annonce, le 20 avril, au chevalier qui est de passage à Paris. Elle le prie, en
conséquence, d’aller faire un tour à l’hôtel de la rue de l’Université et de
l’informer si la maison est en état de la recevoir.
Quand la mère et le fils furent partis, le duc, qui était malade, se rendit, de
son côté, sur les conseils de son médecin, à Bagnères. Le temps était si
mauvais qu’il ne pouvait se promener; il s’en consolait au reversi, où il
«perdait régulièrement 17 ou 18 sols, ce qui est énorme[553]». Le
déplacement de sa femme avait pour but l’établissement d’Armand, comte
d’Agénois. Un billet du père au chevalier énumérait les alliances qui lui
semblaient sortables pour son fils:
«Nous serions fort aises d’avoir Mˡˡᵉ d’Havré; et c’est de tous les partis
auxquels nous avons songé celui qui nous conviendrait le mieux à tous
égards. On a déjà fait quelques ouvertures à ce sujet, mais on a demandé du
temps pour une réponse positive. Je ne suis pas également tenté de Mˡˡᵉ
d’Harcourt à cause des ridicules de caractère et de figure de la grand’mère et
de son fanatisme pour M. de Choiseul et de la passion effrénée du père pour
le jeu. Vous raisonnerez de tout cela avec Mᵐᵉ d’Aiguillon; et nous en
parlerons quand vous serez ici[554].»
Déjà, le 25 février, le duc, à l’exemple de sa femme, avait prié Balleroy
qui voulait, très affectueusement, l’accompagner à Bagnères, de remettre sa
visite au mois de juillet; c’était le moment où «la brillante et bruyante
compagnie» affluait au château. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon serait de retour.
Elle revint, en effet, avec son fils, sans avoir atteint le but que s’était
proposé son mari. Mais cet échec ne l’avait pas autrement attristée: car elle
écrivait au chevalier qui n’avait pu assister aux vendanges d’Aiguillon:
«Nous faisons la cérémonie du baptême de la cloche de l’hôpital; et Mˡˡᵉ
Massac, que vous connaissez bien, a invité tout ce qu’elle a pu trouver; nous
y allons en grand in fiocchi; et la curiosité est grande et l’église petite[555]».
L’entrain de la femme finit par gagner le mari; et ce sera aux dépens de
ses hôtes, que le châtelain se mettra en gaîté: «Le comte de Chabrillan paraît
dépouillé complètement le vieil homme, nous voulons dire le ministre.
Reparlant de son différend avec M. de Fitz-James, il informe Balleroy que le
duc a reconnu «l’absurdité des prétentions de son fils et l’indécence des
procédés de son homme d’affaires»; et le conflit s’est terminé par un échange
de «mots d’honnêtetés[552]».
Mais l’heure du départ a sonné pour les deux voyageurs; et la duchesse
l’annonce, le 20 avril, au chevalier qui est de passage à Paris. Elle le prie, en
conséquence, d’aller faire un tour à l’hôtel de la rue de l’Université et de
l’informer si la maison est en état de la recevoir.
Quand la mère et le fils furent partis, le duc, qui était malade, se rendit, de
son côté, sur les conseils de son médecin, à Bagnères. Le temps était si
mauvais qu’il ne pouvait se promener; il s’en consolait au reversi, où il
«perdait régulièrement 17 ou 18 sols, ce qui est énorme[553]». Le
déplacement de sa femme avait pour but l’établissement d’Armand, comte
d’Agénois. Un billet du père au chevalier énumérait les alliances qui lui
semblaient sortables pour son fils:
«Nous serions fort aises d’avoir Mˡˡᵉ d’Havré; et c’est de tous les partis
auxquels nous avons songé celui qui nous conviendrait le mieux à tous
égards. On a déjà fait quelques ouvertures à ce sujet, mais on a demandé du
temps pour une réponse positive. Je ne suis pas également tenté de Mˡˡᵉ
d’Harcourt à cause des ridicules de caractère et de figure de la grand’mère et
de son fanatisme pour M. de Choiseul et de la passion effrénée du père pour
le jeu. Vous raisonnerez de tout cela avec Mᵐᵉ d’Aiguillon; et nous en
parlerons quand vous serez ici[554].»
Déjà, le 25 février, le duc, à l’exemple de sa femme, avait prié Balleroy
qui voulait, très affectueusement, l’accompagner à Bagnères, de remettre sa
visite au mois de juillet; c’était le moment où «la brillante et bruyante
compagnie» affluait au château. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon serait de retour.
Elle revint, en effet, avec son fils, sans avoir atteint le but que s’était
proposé son mari. Mais cet échec ne l’avait pas autrement attristée: car elle
écrivait au chevalier qui n’avait pu assister aux vendanges d’Aiguillon:
«Nous faisons la cérémonie du baptême de la cloche de l’hôpital; et Mˡˡᵉ
Massac, que vous connaissez bien, a invité tout ce qu’elle a pu trouver; nous
y allons en grand in fiocchi; et la curiosité est grande et l’église petite[555]».
L’entrain de la femme finit par gagner le mari; et ce sera aux dépens de
ses hôtes, que le châtelain se mettra en gaîté: «Le comte de Chabrillan paraît
Page 198
enchanté de la réception que les carabiniers[556] lui ont faite. Il n’a jamais vu
un corps aussi bien composé en officiers, hommes et chevaux; mais, comme
il n’est jamais parfaitement content, il se désespère de ne pouvoir le mener à
la guerre et gagner à sa tête le bâton (de maréchal).»
Autre portrait... «Mᵐᵉ de Sérignac est arrivée ici pendant que nous étions
chez l’évêque de Condom; et nous l’y avons trouvée établie. Elle m’a paru
très enlaidie, ce que je ne croyais pas possible, mais du reste la même qu’elle
était et nullement embarrassée avec nous. Son mari qui l’était venue chercher
à Nérac et n’a pu parvenir jusqu’ici faute de chemise, l’a obligée de nous
quitter plus tôt qu’elle ne l’avait projeté, mais elle nous a annoncé qu’elle
reviendrait, dès qu’elle aurait rempli le devoir conjugal et satisfait les désirs
violents de son cher époux[557].» Or, la dame ne revint pas: peut-être avait-
elle été piquée des épigrammes de la galerie; mais le duc se consola de «ses
rigueurs», le château étant abondamment pourvu de «filles et de
femmes[558]».
La duchesse était déjà repartie, depuis un mois, avec son fils, pour Paris.
Le duc, qui en informait Balleroy, ajoutait que leur séjour ne s’y prolongerait
pas, «Mᵐᵉ de Maurepas ayant sa société qui lui permet de ne pas avoir besoin
de ses proches[559]». Au reste, disait le duc dans une autre lettre «ce voyage
avait déplu à Mᵐᵉ d’Aiguillon autant qu’à moi, mais elle ne pouvait s’en
dispenser[560]».
Toujours cachottier et mystérieux, suivant son habitude, le correspondant
de Balleroy ne donnait pas la moindre explication sur ce nouveau voyage,
entrepris presque au commencement de l’hiver. S’agissait-il d’autres partis
pour le comte d’Agénois? Ou les négociations précédentes avaient-elles
repris faveur? Mᵐᵉ de Maurepas, toujours si dévouée aux intérêts de
d’Aiguillon, avait-elle mal secondé ces projets d’union? En un mot, quels
sujets de mécontentement le neveu pouvait-il avoir contre sa tante pour
manifester à son égard autant d’aigreur? Et n’était-ce pas, de la part de l’exilé
volontaire, la dernière des maladresses, à ce moment même où le vieux
Maurepas disparaissait pour toujours?
En effet le premier ministre de Louis XVI mourait à Versailles, le 21
novembre 1781[561]. Quand le duc d’Estissac, ami du défunt, vint annoncer
au roi, avec des larmes dans les yeux, le décès de Maurepas: «Si vous faites
une grande perte, lui dit Louis XVI, j’en fais, moi, une bien plus grande».
Mais l’influence de la comtesse, toujours si considérable auprès du roi, ne
pouvait-elle survivre à l’homme d’Etat?
un corps aussi bien composé en officiers, hommes et chevaux; mais, comme
il n’est jamais parfaitement content, il se désespère de ne pouvoir le mener à
la guerre et gagner à sa tête le bâton (de maréchal).»
Autre portrait... «Mᵐᵉ de Sérignac est arrivée ici pendant que nous étions
chez l’évêque de Condom; et nous l’y avons trouvée établie. Elle m’a paru
très enlaidie, ce que je ne croyais pas possible, mais du reste la même qu’elle
était et nullement embarrassée avec nous. Son mari qui l’était venue chercher
à Nérac et n’a pu parvenir jusqu’ici faute de chemise, l’a obligée de nous
quitter plus tôt qu’elle ne l’avait projeté, mais elle nous a annoncé qu’elle
reviendrait, dès qu’elle aurait rempli le devoir conjugal et satisfait les désirs
violents de son cher époux[557].» Or, la dame ne revint pas: peut-être avait-
elle été piquée des épigrammes de la galerie; mais le duc se consola de «ses
rigueurs», le château étant abondamment pourvu de «filles et de
femmes[558]».
La duchesse était déjà repartie, depuis un mois, avec son fils, pour Paris.
Le duc, qui en informait Balleroy, ajoutait que leur séjour ne s’y prolongerait
pas, «Mᵐᵉ de Maurepas ayant sa société qui lui permet de ne pas avoir besoin
de ses proches[559]». Au reste, disait le duc dans une autre lettre «ce voyage
avait déplu à Mᵐᵉ d’Aiguillon autant qu’à moi, mais elle ne pouvait s’en
dispenser[560]».
Toujours cachottier et mystérieux, suivant son habitude, le correspondant
de Balleroy ne donnait pas la moindre explication sur ce nouveau voyage,
entrepris presque au commencement de l’hiver. S’agissait-il d’autres partis
pour le comte d’Agénois? Ou les négociations précédentes avaient-elles
repris faveur? Mᵐᵉ de Maurepas, toujours si dévouée aux intérêts de
d’Aiguillon, avait-elle mal secondé ces projets d’union? En un mot, quels
sujets de mécontentement le neveu pouvait-il avoir contre sa tante pour
manifester à son égard autant d’aigreur? Et n’était-ce pas, de la part de l’exilé
volontaire, la dernière des maladresses, à ce moment même où le vieux
Maurepas disparaissait pour toujours?
En effet le premier ministre de Louis XVI mourait à Versailles, le 21
novembre 1781[561]. Quand le duc d’Estissac, ami du défunt, vint annoncer
au roi, avec des larmes dans les yeux, le décès de Maurepas: «Si vous faites
une grande perte, lui dit Louis XVI, j’en fais, moi, une bien plus grande».
Mais l’influence de la comtesse, toujours si considérable auprès du roi, ne
pouvait-elle survivre à l’homme d’Etat?
Page 199
Déjà, une année auparavant[562], et quelques jours après la mort de Marie-
Thérèse[563], Mercy avait envisagé l’éventualité de celle de Maurepas et
s’était préoccupé des candidats à une succession qui n’était pas encore
ouverte. De sa propre autorité, il avait pressenti Marie-Antoinette à cet égard;
et la princesse avait prié l’ambassadeur de lui chercher «un sujet qui lui
convînt ainsi qu’à la chose... Je ne pourrais mieux m’en rapporter qu’à vous,
lui disait-elle...». Proposition illusoire! gémit Mercy-Argenteau qui se défend
d’accepter une telle responsabilité. «Sans cesse excité par la reine à lui dire
ce qu’il pense, il est perpétuellement déjoué par des alentours que le goût
immodéré de la dissipation rend nécessaires et qui par leurs importunités
obtiennent les choses les plus absurdes... Timide et incertaine dans ses
démarches», quand elle est livrée à elle-même, Marie-Antoinette devient
entreprenante et active..., dès qu’elle est obsédée par sa société perfide et
intrigante...»
Ce diplomate, qu’une pénible expérience a rendu enfin clairvoyant et
sage, est las d’une telle mobilité d’esprit qui tourne à l’incohérence: peut-être
même a-t-il constaté que cette prétendue franchise, après tant de crises
d’étourderie, masque une certaine dissimulation; et, dans son découragement,
il laisse entendre à son ministre qu’il serait bien aise d’être remplacé.
Quant à d’Aiguillon, toujours terré dans son domaine, il ne semble pas
avoir regretté outre mesure son cher oncle, puisqu’il nous apparaît de si belle
humeur, au milieu de cette foule de «filles et de femmes» qui le charment de
leur présence.
Thérèse[563], Mercy avait envisagé l’éventualité de celle de Maurepas et
s’était préoccupé des candidats à une succession qui n’était pas encore
ouverte. De sa propre autorité, il avait pressenti Marie-Antoinette à cet égard;
et la princesse avait prié l’ambassadeur de lui chercher «un sujet qui lui
convînt ainsi qu’à la chose... Je ne pourrais mieux m’en rapporter qu’à vous,
lui disait-elle...». Proposition illusoire! gémit Mercy-Argenteau qui se défend
d’accepter une telle responsabilité. «Sans cesse excité par la reine à lui dire
ce qu’il pense, il est perpétuellement déjoué par des alentours que le goût
immodéré de la dissipation rend nécessaires et qui par leurs importunités
obtiennent les choses les plus absurdes... Timide et incertaine dans ses
démarches», quand elle est livrée à elle-même, Marie-Antoinette devient
entreprenante et active..., dès qu’elle est obsédée par sa société perfide et
intrigante...»
Ce diplomate, qu’une pénible expérience a rendu enfin clairvoyant et
sage, est las d’une telle mobilité d’esprit qui tourne à l’incohérence: peut-être
même a-t-il constaté que cette prétendue franchise, après tant de crises
d’étourderie, masque une certaine dissimulation; et, dans son découragement,
il laisse entendre à son ministre qu’il serait bien aise d’être remplacé.
Quant à d’Aiguillon, toujours terré dans son domaine, il ne semble pas
avoir regretté outre mesure son cher oncle, puisqu’il nous apparaît de si belle
humeur, au milieu de cette foule de «filles et de femmes» qui le charment de
leur présence.
Page 200
XXIII
Une «crillonnade».—La requête de «monsieur Lustucru».—Voyages à Paris
de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Mission infructueuse de Balleroy auprès de Mᵐᵉ de
Maurepas.—Entrée sensationnelle à Paris.—Les Espagnols devant
Gibraltar.—Les travaux de Cherbourg.—Mᵐᵉ d’Aiguillon, la politique et les
voleurs.—Une créance sur Mᵐᵉ Du Barry.—Mariage du duc d’Agénois avec
Mˡˡᵉ de Navailles.—La petite vérole de Mᵐᵉ d’Agénois et les perdreaux de
Ruel.—«Laïus est mort».—Le procès Linguet.—Morts successives du duc de
Richelieu et d’Aiguillon.—Mercier devant les caveaux de la Sorbonne.
A partir de 1782, la correspondance entre Balleroy et ses illustres amis
devient plus rare. Le chevalier n’en reste pas moins l’«attentif» aux petits
soins pour la duchesse, et l’homme de confiance de son ancien chef. Il en est
toujours récompensé par les compliments les plus flatteurs, les billets les plus
aimables, les invitations les plus pressantes aux tirés du domaine d’Aiguillon.
Mais la duchesse est le plus souvent maintenant à Paris: il faut bien
produire M. d’Agénois et ne pas négliger Mᵐᵉ de Maurepas. Et le duc,
toujours mécontent et boudeur, sans vouloir le paraître, n’écrit que de loin en
loin, soit pour se plaindre de sa tante, soit pour jouer au propriétaire surmené
de besogne.
Mᵐᵉ d’Aiguillon était rentrée au mois de janvier. Elle dit à Balleroy tout
son bonheur de revoir son époux et de partager avec lui les devoirs de
l’hospitalité. Ils ont en ce moment les évêques d’Agen, de Condom et de
Couseran—la province mitrée—; et pour les divertir, ils leur donneront les
Caquets et le Devin de village[564]. Il était alors très bien reçu qu’on offrît à
des prélats, sur un théâtre de société, la représentation de telle ou telle pièce
en vogue. Beaumarchais, quand il protesta, vers la même époque, contre
l’interdiction de son Figaro, disait qu’il l’avait fait jouer devant une
«assemblée de prélats» qui en avait félicité l’auteur.
Avant son départ pour Paris, Mᵐᵉ d’Aiguillon commente, suivant son
habitude, une nouvelle qui lui arrive de la capitale et qui a trait à la guerre
maritime engagée entre la France et l’Angleterre: «Il est certain, monsieur le
chevalier, que le général Crillon nous a donné là une très bonne crillonnade et
que, dans le temps qu’il n’était connu que pour cet amphigouri, on ne se
serait pas douté qu’il dût si bien faire parler de lui. Je souhaite qu’il réussisse
Une «crillonnade».—La requête de «monsieur Lustucru».—Voyages à Paris
de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Mission infructueuse de Balleroy auprès de Mᵐᵉ de
Maurepas.—Entrée sensationnelle à Paris.—Les Espagnols devant
Gibraltar.—Les travaux de Cherbourg.—Mᵐᵉ d’Aiguillon, la politique et les
voleurs.—Une créance sur Mᵐᵉ Du Barry.—Mariage du duc d’Agénois avec
Mˡˡᵉ de Navailles.—La petite vérole de Mᵐᵉ d’Agénois et les perdreaux de
Ruel.—«Laïus est mort».—Le procès Linguet.—Morts successives du duc de
Richelieu et d’Aiguillon.—Mercier devant les caveaux de la Sorbonne.
A partir de 1782, la correspondance entre Balleroy et ses illustres amis
devient plus rare. Le chevalier n’en reste pas moins l’«attentif» aux petits
soins pour la duchesse, et l’homme de confiance de son ancien chef. Il en est
toujours récompensé par les compliments les plus flatteurs, les billets les plus
aimables, les invitations les plus pressantes aux tirés du domaine d’Aiguillon.
Mais la duchesse est le plus souvent maintenant à Paris: il faut bien
produire M. d’Agénois et ne pas négliger Mᵐᵉ de Maurepas. Et le duc,
toujours mécontent et boudeur, sans vouloir le paraître, n’écrit que de loin en
loin, soit pour se plaindre de sa tante, soit pour jouer au propriétaire surmené
de besogne.
Mᵐᵉ d’Aiguillon était rentrée au mois de janvier. Elle dit à Balleroy tout
son bonheur de revoir son époux et de partager avec lui les devoirs de
l’hospitalité. Ils ont en ce moment les évêques d’Agen, de Condom et de
Couseran—la province mitrée—; et pour les divertir, ils leur donneront les
Caquets et le Devin de village[564]. Il était alors très bien reçu qu’on offrît à
des prélats, sur un théâtre de société, la représentation de telle ou telle pièce
en vogue. Beaumarchais, quand il protesta, vers la même époque, contre
l’interdiction de son Figaro, disait qu’il l’avait fait jouer devant une
«assemblée de prélats» qui en avait félicité l’auteur.
Avant son départ pour Paris, Mᵐᵉ d’Aiguillon commente, suivant son
habitude, une nouvelle qui lui arrive de la capitale et qui a trait à la guerre
maritime engagée entre la France et l’Angleterre: «Il est certain, monsieur le
chevalier, que le général Crillon nous a donné là une très bonne crillonnade et
que, dans le temps qu’il n’était connu que pour cet amphigouri, on ne se
serait pas douté qu’il dût si bien faire parler de lui. Je souhaite qu’il réussisse
Page 201
aussi bien à Gibraltar, si on l’y envoie...» Elle croyait d’ailleurs à une paix
prochaine; et, après avoir rappelé tous les services rendus à l’Etat par son
mari, annoncé l’affluence des habitués au château, elle terminait sur cette
petite phrase: «Monsieur Lustucru, de grognante et de gourmande mémoire,
vous présente requête pour lui apporter une provision de gimblettes et de
croquignoles[565]».
M. le chevalier disait connaître son Molière et pratiquer le fameux vers
Jusqu’au chien du logis il s’efforce de plaire.
Quinze jours après, le duc lui écrivait pour l’instruire de la gravité de ses
occupations: les solliciteurs étaient si nombreux qu’il se voyait obligé de
sérier, comme on dit aujourd’hui, ses invitations: nous relevons, entre autres
noms, sur sa liste, ceux de Coniac, Saint-Aignan, d’Esterno, Tinténiac,
beaucoup de noblesse de Bretagne[566], l’ancien «bailliage d’Aiguillon».
Depuis le retour de sa femme au château—sans doute au printemps—le
duc, visiblement tourmenté par les nouvelles qu’elle avait rapportées de
Paris, avait chargé son confident d’une mission délicate auprès de Mᵐᵉ de
Maurepas. La «négociation» avait été «malheureuse»; il n’en remerciait pas
moins le négociateur: «Il est bien difficile, concluait d’Aiguillon, de
persuader à des gens de leur âge, prévenus, opiniâtres et accoutumés au
despotisme le plus absolu dans leurs famille et société, qu’ils ont tort».
L’autoritarisme de Mᵐᵉ de Maurepas s’expliquait, étant donnée l’influence
qu’elle avait toujours exercée sur l’esprit de son époux.
Il s’agissait, ainsi que le laisse comprendre la lettre de d’Aiguillon,
d’affaires d’intérêt; et les vieillards, même ceux qui ont, comme Mᵐᵉ de
Maurepas, des trésors de tendresse pour leurs neveux, sont bien souvent
intraitables sur les questions pécuniaires. Mais Mᵐᵉ d’Aiguillon, quand elle
serait auprès de sa tante, reprendrait la conversation et saurait quelles étaient
les exigences et les appréhensions de la vieille dame, «pourvu que celle-ci en
parlât préalablement à M. Amelot[567]».
Ce fut à cette époque que «Mᵐᵉˢ Du Barry» furent reçues au château. Mᵐᵉ
d’Aiguillon y signale simplement leur présence, à propos d’un dîner donné
pour l’évêque d’Agen[568]. Et quelques jours après, elle annonce au chevalier
son départ, le 17 ou le 18, «si elle n’a la maladie à la mode (la grippe)», pour
arriver à Paris le 22 ou le 23. Elle demande en même temps: «Que dites-vous
de la prise de Gibraltar? Il faut convenir que M. de Crillon a eu une heureuse
étoile[569]!» Une étoile bientôt éteinte! La nouvelle était fausse.
prochaine; et, après avoir rappelé tous les services rendus à l’Etat par son
mari, annoncé l’affluence des habitués au château, elle terminait sur cette
petite phrase: «Monsieur Lustucru, de grognante et de gourmande mémoire,
vous présente requête pour lui apporter une provision de gimblettes et de
croquignoles[565]».
M. le chevalier disait connaître son Molière et pratiquer le fameux vers
Jusqu’au chien du logis il s’efforce de plaire.
Quinze jours après, le duc lui écrivait pour l’instruire de la gravité de ses
occupations: les solliciteurs étaient si nombreux qu’il se voyait obligé de
sérier, comme on dit aujourd’hui, ses invitations: nous relevons, entre autres
noms, sur sa liste, ceux de Coniac, Saint-Aignan, d’Esterno, Tinténiac,
beaucoup de noblesse de Bretagne[566], l’ancien «bailliage d’Aiguillon».
Depuis le retour de sa femme au château—sans doute au printemps—le
duc, visiblement tourmenté par les nouvelles qu’elle avait rapportées de
Paris, avait chargé son confident d’une mission délicate auprès de Mᵐᵉ de
Maurepas. La «négociation» avait été «malheureuse»; il n’en remerciait pas
moins le négociateur: «Il est bien difficile, concluait d’Aiguillon, de
persuader à des gens de leur âge, prévenus, opiniâtres et accoutumés au
despotisme le plus absolu dans leurs famille et société, qu’ils ont tort».
L’autoritarisme de Mᵐᵉ de Maurepas s’expliquait, étant donnée l’influence
qu’elle avait toujours exercée sur l’esprit de son époux.
Il s’agissait, ainsi que le laisse comprendre la lettre de d’Aiguillon,
d’affaires d’intérêt; et les vieillards, même ceux qui ont, comme Mᵐᵉ de
Maurepas, des trésors de tendresse pour leurs neveux, sont bien souvent
intraitables sur les questions pécuniaires. Mais Mᵐᵉ d’Aiguillon, quand elle
serait auprès de sa tante, reprendrait la conversation et saurait quelles étaient
les exigences et les appréhensions de la vieille dame, «pourvu que celle-ci en
parlât préalablement à M. Amelot[567]».
Ce fut à cette époque que «Mᵐᵉˢ Du Barry» furent reçues au château. Mᵐᵉ
d’Aiguillon y signale simplement leur présence, à propos d’un dîner donné
pour l’évêque d’Agen[568]. Et quelques jours après, elle annonce au chevalier
son départ, le 17 ou le 18, «si elle n’a la maladie à la mode (la grippe)», pour
arriver à Paris le 22 ou le 23. Elle demande en même temps: «Que dites-vous
de la prise de Gibraltar? Il faut convenir que M. de Crillon a eu une heureuse
étoile[569]!» Une étoile bientôt éteinte! La nouvelle était fausse.
Page 202
Mais voici la duchesse aux portes de la «bonne ville». Son entrée ne laisse
pas que d’y faire sensation:
«Il n’y a que moi, je crois, qui arrive de 200 lieues, à pied, à Paris. C’est
exactement ainsi que j’ai fait mon entrée. Une des petites roues a cassé net à
Bourg-la-Reine, à cinq heures du matin, par un très vilain temps. Je n’en suis
pas moins partie...»
Vainement elle cherche un fiacre... déjà à cette époque!... Mais elle
continue son chemin: «A huit heures, nous sommes arrivés avec mon fils, M.
d’Abrieu, Mˡˡᵉ Delong (sans doute une femme de charge), mes chiens et moi,
à la barrière où je harangue le commis de l’octroi pour qu’il n’arrêtât pas ma
voiture. Il m’a d’abord pris pour fort mauvaise compagnie»; et l’éloquence
de la voyageuse eût été sans doute en pure perte sans la croix du chevalier
d’Abrieu et l’uniforme du comte d’Agénois.
Mᵐᵉ d’Aiguillon écrit du jardin de Madrid où demeure sa tante: «Nous
avons tous les soirs, et même à dîner, les courtisans désœuvrés de la
Muette[570]». Elle annonce le bruit du jour, la banqueroute du prince de
Guéméné: «On dit qu’il emporte 28[571] millions. La maison de Rohan a
toujours voulu trancher du souverain; dans cette occasion, ce n’est pas du bon
côté; elle et les siens y sont pour la forte somme[572].»
Elle est retournée à Paris, dans son hôtel, d’où elle écrit à Balleroy que le
démon de la chasse entraîne un peu partout: «J’ai voulu, monsieur le
chevalier, vous laisser le temps de détruire tout le gibier de la terre où vous
êtes, pour ne prendre pour vous écrire que le moment où je vous crois fatigué
de carnage. Ne les tuez pas tous; laissez-en pour renouveler vos plaisirs pour
l’année qui vient». Et, sans plus de préambule, la narratrice défile son
chapelet de nouvelles: «On vous a mandé que les Espagnols avaient pris ce
généreux parti vis-à-vis les Anglais; ils les ont laissé passer tranquilles, à leur
barbe, jeter neuf vaisseaux dans le port de Gibraltar, faire une promenade
dans la Méditerranée[573]». Elle note les impressions de la population
parisienne en présence d’une campagne menée avec autant d’incapacité et
d’inertie, et passe, sans autre transition, à des affaires d’ordre privé. Malgré
les «mots d’honnêteté» échangés entre M. d’Aiguillon et M. de Fitz-James,
celui-ci est encore à payer les dettes de son fils. Puis la duchesse parle
théâtre: «Les nouvelles des spectacles, dont vous jugez bien que je suis plus
instruite par mon fils que par moi, sont qu’il y a eu hier aux Italiens deux
pièces nouvelles, que toutes deux sont tombées à plat, avec justice, ce dit-
on[574]».
pas que d’y faire sensation:
«Il n’y a que moi, je crois, qui arrive de 200 lieues, à pied, à Paris. C’est
exactement ainsi que j’ai fait mon entrée. Une des petites roues a cassé net à
Bourg-la-Reine, à cinq heures du matin, par un très vilain temps. Je n’en suis
pas moins partie...»
Vainement elle cherche un fiacre... déjà à cette époque!... Mais elle
continue son chemin: «A huit heures, nous sommes arrivés avec mon fils, M.
d’Abrieu, Mˡˡᵉ Delong (sans doute une femme de charge), mes chiens et moi,
à la barrière où je harangue le commis de l’octroi pour qu’il n’arrêtât pas ma
voiture. Il m’a d’abord pris pour fort mauvaise compagnie»; et l’éloquence
de la voyageuse eût été sans doute en pure perte sans la croix du chevalier
d’Abrieu et l’uniforme du comte d’Agénois.
Mᵐᵉ d’Aiguillon écrit du jardin de Madrid où demeure sa tante: «Nous
avons tous les soirs, et même à dîner, les courtisans désœuvrés de la
Muette[570]». Elle annonce le bruit du jour, la banqueroute du prince de
Guéméné: «On dit qu’il emporte 28[571] millions. La maison de Rohan a
toujours voulu trancher du souverain; dans cette occasion, ce n’est pas du bon
côté; elle et les siens y sont pour la forte somme[572].»
Elle est retournée à Paris, dans son hôtel, d’où elle écrit à Balleroy que le
démon de la chasse entraîne un peu partout: «J’ai voulu, monsieur le
chevalier, vous laisser le temps de détruire tout le gibier de la terre où vous
êtes, pour ne prendre pour vous écrire que le moment où je vous crois fatigué
de carnage. Ne les tuez pas tous; laissez-en pour renouveler vos plaisirs pour
l’année qui vient». Et, sans plus de préambule, la narratrice défile son
chapelet de nouvelles: «On vous a mandé que les Espagnols avaient pris ce
généreux parti vis-à-vis les Anglais; ils les ont laissé passer tranquilles, à leur
barbe, jeter neuf vaisseaux dans le port de Gibraltar, faire une promenade
dans la Méditerranée[573]». Elle note les impressions de la population
parisienne en présence d’une campagne menée avec autant d’incapacité et
d’inertie, et passe, sans autre transition, à des affaires d’ordre privé. Malgré
les «mots d’honnêteté» échangés entre M. d’Aiguillon et M. de Fitz-James,
celui-ci est encore à payer les dettes de son fils. Puis la duchesse parle
théâtre: «Les nouvelles des spectacles, dont vous jugez bien que je suis plus
instruite par mon fils que par moi, sont qu’il y a eu hier aux Italiens deux
pièces nouvelles, que toutes deux sont tombées à plat, avec justice, ce dit-
on[574]».
Page 203
La correspondance de 1783 est en déficit. Celle de 1784 se réduit à trois
lettres. Mais nous y découvrons cet intéressant détail que le duc d’Aiguillon a
renoncé enfin à son splendide isolement. Il est revenu à Paris; et il en écrit au
chevalier qui, lui, n’y est plus: «Le duc d’Harcourt (gouverneur de la
Normandie) mettra sûrement du zèle, de l’activité et de l’économie dans la
direction des travaux de Cherbourg; mais, à en croire la marine, la réussite est
physiquement impossible; et tout l’argent qu’on y emploiera est inutilement
perdu; je souhaite qu’ils se trompent et ce ne sera pas la première fois[575]».
D’Aiguillon voyait encore Mᵐᵉ de Maurepas; car il dit l’avoir ramenée de la
Comédie à sa maison de Madrid.
Le chevalier était sans doute à Balleroy, dans le château ancestral; car Mᵐᵉ
d’Aiguillon lui écrit sur le ton moqueur qui lui est propre: «Votre province est
dans ce moment favorisée du ciel, puisqu’elle possède Mᵐᵉ de Flamarens et
tous ses charmes, Mᵐᵉ Seguin (?) et toutes ses grâces, Mᵍʳ l’archevêque de
Bourges et toute sa sueur[576]».
Vers la fin de l’année, elle se décide à faire le voyage de Ruel, une terre
qu’elle n’aime pourtant pas, disait jadis la grosse duchesse. Elle y va
«prendre des alignements pour des plantations». Les promenades sont belles
et le parc regorge de lapins (ceci à l’intention du chevalier), et brusquement:
«Je ne vous parlerai pas politique, 1º parce que je n’y entends rien, 2º parce
que cela m’ennuie. Je ne vous parlerai pas plus de voleurs, quoiqu’on en
raconte de superbes histoires[577]».
Par une coïncidence assez curieuse, Mᵐᵉ Du Barry, qui avait précisément
passé à Ruel les premières heures de sa déchéance, réglait, dans cette même
année 1784, ses comptes avec M. d’Aiguillon. Le roi venait de rembourser
les millions qui étaient dus à l’ancienne maîtresse de Louis XV. Mᵐᵉ Du
Barry paya donc au duc 227.000 livres qu’il lui avait prêtés sous le nom de
Binet de Beaupré. Il avait même fait opposition pour le montant de cette
somme sur toutes les valeurs appartenant à l’ex-favorite. Et M. Vatel en
déduit cette assertion, un peu aventurée, que si M. d’Aiguillon avait été
réellement l’amant de la Du Barry, il n’aurait pas exercé une aussi rigoureuse
répétition[578].
Le dossier Balleroy ne contient également, pour l’année 1785, que trois
lettres des d’Aiguillon; et ce sont les dernières. Elles nous apprennent un
nouvel événement survenu dans la famille, événement qui lui permet
lettres. Mais nous y découvrons cet intéressant détail que le duc d’Aiguillon a
renoncé enfin à son splendide isolement. Il est revenu à Paris; et il en écrit au
chevalier qui, lui, n’y est plus: «Le duc d’Harcourt (gouverneur de la
Normandie) mettra sûrement du zèle, de l’activité et de l’économie dans la
direction des travaux de Cherbourg; mais, à en croire la marine, la réussite est
physiquement impossible; et tout l’argent qu’on y emploiera est inutilement
perdu; je souhaite qu’ils se trompent et ce ne sera pas la première fois[575]».
D’Aiguillon voyait encore Mᵐᵉ de Maurepas; car il dit l’avoir ramenée de la
Comédie à sa maison de Madrid.
Le chevalier était sans doute à Balleroy, dans le château ancestral; car Mᵐᵉ
d’Aiguillon lui écrit sur le ton moqueur qui lui est propre: «Votre province est
dans ce moment favorisée du ciel, puisqu’elle possède Mᵐᵉ de Flamarens et
tous ses charmes, Mᵐᵉ Seguin (?) et toutes ses grâces, Mᵍʳ l’archevêque de
Bourges et toute sa sueur[576]».
Vers la fin de l’année, elle se décide à faire le voyage de Ruel, une terre
qu’elle n’aime pourtant pas, disait jadis la grosse duchesse. Elle y va
«prendre des alignements pour des plantations». Les promenades sont belles
et le parc regorge de lapins (ceci à l’intention du chevalier), et brusquement:
«Je ne vous parlerai pas politique, 1º parce que je n’y entends rien, 2º parce
que cela m’ennuie. Je ne vous parlerai pas plus de voleurs, quoiqu’on en
raconte de superbes histoires[577]».
Par une coïncidence assez curieuse, Mᵐᵉ Du Barry, qui avait précisément
passé à Ruel les premières heures de sa déchéance, réglait, dans cette même
année 1784, ses comptes avec M. d’Aiguillon. Le roi venait de rembourser
les millions qui étaient dus à l’ancienne maîtresse de Louis XV. Mᵐᵉ Du
Barry paya donc au duc 227.000 livres qu’il lui avait prêtés sous le nom de
Binet de Beaupré. Il avait même fait opposition pour le montant de cette
somme sur toutes les valeurs appartenant à l’ex-favorite. Et M. Vatel en
déduit cette assertion, un peu aventurée, que si M. d’Aiguillon avait été
réellement l’amant de la Du Barry, il n’aurait pas exercé une aussi rigoureuse
répétition[578].
Le dossier Balleroy ne contient également, pour l’année 1785, que trois
lettres des d’Aiguillon; et ce sont les dernières. Elles nous apprennent un
nouvel événement survenu dans la famille, événement qui lui permet
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d’espérer qu’elle ne s’éteindra pas du côté mâle: le duc d’Agénois[579] s’est
marié avec Mˡˡᵉ de Navailles. Mais le jeune ménage a cependant éprouvé une
déception: «Mᵐᵉ d’Agénois n’est plus grosse: elle en a pris tout de suite son
parti». Son médecin l’a trouvée en bon état. «En conséquence, elle a été
inoculée[580] hier matin. Elle est établie au Gros-Caillou. M. d’Aiguillon y
passe toutes les journées; et son mari est établi avec elle: elle est très contente
et jamais il n’y a eu un tel zèle... Je l’ai vu partir (sans doute de l’hôtel
d’Aiguillon) avec attendrissement, mais je me suis bien gardée de le faire
paraître[581]».
A son tour, le duc tient son ami au courant de la santé de sa bru, dont il
estime que «le caractère s’est un peu plus développé». Veut-il dire (car c’est
toujours le même homme de qui l’allure, le geste et la parole sont volontiers
énigmatiques), veut-il dire que la nouvelle duchesse d’Agénois est moins
sotte?... En tout cas l’inoculation a réussi: la jeune femme ne sera pas
marquée. Mais il a eu encore d’autres tracasseries: le procès des Langeac (les
bâtards de La Vrillière) sera prochainement jugé; la santé de Mᵐᵉ de
Maurepas est dérangée et il part pour Madrid. Puis il tympanise le beau-père
de son fils. Comme il attend Balleroy pour chasser les perdreaux de Ruel, il
tâchera de les lui conserver «contre la rage de M. de Navailles qui, entre
mille prétentions, a celle d’être un grand chasseur: il n’a pas celle d’être un
bon père, à peine a-t-il vu sa fille dans sa maladie quoiqu’il dise l’aimer à la
folie[582].»
Mᵐᵉ d’Aiguillon était restée depuis quelque temps à Madrid auprès de sa
tante. Elle n’en est pas moins à l’affût des nouvelles et fait part au chevalier
de son butin:
«Je ne vous parle pas seulement de la mort de notre voisin de
Touraine[583]:
Laïus est mort; laissons en paix sa cendre.
Vous savez que c’est M. Du Châtelet qui est exécuteur testamentaire. S’il
trouve moyen de payer ses dettes[584], je le tiens bien habile.
On dit qu’elles iront à huit millions...
La reine vient mardi à Paris et doit aller à l’Opéra et le soir voir les
illuminations[585]. Vous ne serez pas fâché d’apprendre que l’ambassadeur
d’Espagne tira hier un feu d’artifice sur le toit de sa maison, ce qui effraya un
peu ses voisins, surtout M. de la Reynière[586].»
marié avec Mˡˡᵉ de Navailles. Mais le jeune ménage a cependant éprouvé une
déception: «Mᵐᵉ d’Agénois n’est plus grosse: elle en a pris tout de suite son
parti». Son médecin l’a trouvée en bon état. «En conséquence, elle a été
inoculée[580] hier matin. Elle est établie au Gros-Caillou. M. d’Aiguillon y
passe toutes les journées; et son mari est établi avec elle: elle est très contente
et jamais il n’y a eu un tel zèle... Je l’ai vu partir (sans doute de l’hôtel
d’Aiguillon) avec attendrissement, mais je me suis bien gardée de le faire
paraître[581]».
A son tour, le duc tient son ami au courant de la santé de sa bru, dont il
estime que «le caractère s’est un peu plus développé». Veut-il dire (car c’est
toujours le même homme de qui l’allure, le geste et la parole sont volontiers
énigmatiques), veut-il dire que la nouvelle duchesse d’Agénois est moins
sotte?... En tout cas l’inoculation a réussi: la jeune femme ne sera pas
marquée. Mais il a eu encore d’autres tracasseries: le procès des Langeac (les
bâtards de La Vrillière) sera prochainement jugé; la santé de Mᵐᵉ de
Maurepas est dérangée et il part pour Madrid. Puis il tympanise le beau-père
de son fils. Comme il attend Balleroy pour chasser les perdreaux de Ruel, il
tâchera de les lui conserver «contre la rage de M. de Navailles qui, entre
mille prétentions, a celle d’être un grand chasseur: il n’a pas celle d’être un
bon père, à peine a-t-il vu sa fille dans sa maladie quoiqu’il dise l’aimer à la
folie[582].»
Mᵐᵉ d’Aiguillon était restée depuis quelque temps à Madrid auprès de sa
tante. Elle n’en est pas moins à l’affût des nouvelles et fait part au chevalier
de son butin:
«Je ne vous parle pas seulement de la mort de notre voisin de
Touraine[583]:
Laïus est mort; laissons en paix sa cendre.
Vous savez que c’est M. Du Châtelet qui est exécuteur testamentaire. S’il
trouve moyen de payer ses dettes[584], je le tiens bien habile.
On dit qu’elles iront à huit millions...
La reine vient mardi à Paris et doit aller à l’Opéra et le soir voir les
illuminations[585]. Vous ne serez pas fâché d’apprendre que l’ambassadeur
d’Espagne tira hier un feu d’artifice sur le toit de sa maison, ce qui effraya un
peu ses voisins, surtout M. de la Reynière[586].»
Page 205
Ainsi l’adversaire acharné, l’ennemi implacable du duc d’Aiguillon,
Choiseul, qui, renversé par lui, avait réussi à l’abattre à son tour, était mort,
sans avoir pu remonter au pouvoir, malgré l’appui, non dissimulé, de Marie-
Antoinette. C’est qu’il était aussi odieux au roi que d’Aiguillon l’était à la
reine. Non pas que Louis XVI ait jamais partagé contre Choiseul la
prévention de certain parti qui le représentait, suivant une note de
Soulavie[587], comme l’e.d.s.p., (l’Empoisonneur de son père), c’est-à-dire du
Dauphin, fils de Louis XV. Le roi, très dévot, éduqué par M. de la
Vauguyon[588] et Mesdames, ne pardonnait pas à Choiseul d’avoir été l’amant
de la Pompadour, de même que son vrai grief contre d’Aiguillon était la
liaison du ministre avec la Du Barry.
Le duc retourna-t-il jamais dans ce domaine qu’il avait habité pendant
près de huit années consécutives, qu’il avait amélioré, embelli et qui, grâce à
l’habile gestion d’une femme d’un dévouement infatigable, lui avait permis
de tenir une petite cour, moins brillante, il est vrai, que celle de Choiseul,
mais digne de son nom et de sa maison?
Nous ne voyons nulle part qu’il ait repris le chemin d’Aiguillon. Et il n’en
eut certes pas la pensée. Il était maintenant à Paris et l’espoir lui était revenu
en y fixant désormais ses pénates. Pourquoi ne serait-il pas plus heureux que
Choiseul, maintenant surtout que ce formidable adversaire avait disparu?
Tombé du pouvoir, l’ambitieux, fût-il doué d’une perspicacité géniale,
s’illusionne toujours plus que personne. Il ne tient compte ni des leçons du
passé, ni des contingences futures. Il se croit victime des injustices humaines,
mais trop indispensable à la marche des affaires pour ne pas obtenir un jour
ou l’autre une éclatante réparation. D’Aiguillon n’avait-il pas, dans sa propre
famille, un exemple de ces retours inespérés de la fortune? Maurepas, son
oncle, après une disgrâce qui avait duré plus d’un quart de siècle, n’était-il
pas mort, les mains au gouvernail?
La vie que traîna désormais d’Aiguillon, toujours malade, soit à Paris, soit
à Ruel, n’a pas assez occupé l’Histoire, pour qu’elle ait gardé les moindres
traces des faits et gestes du politicien déchu, pendant les trois ou quatre
années qui précédèrent sa mort. Les Mémoires du temps citent à peine son
nom: encore cet éphémère souvenir n’est-il qu’un vague écho de
l’interminable procès que soutenait le duc contre Linguet. L’attitude du grand
seigneur vis-à-vis du publiciste ne s’était pas modifiée. Cet orgueil, renforcé
de mépris, voulait ignorer le faquin qui, se croyant insuffisamment payé pour
ses peines et services, osait attaquer un descendant du grand cardinal devant
Choiseul, qui, renversé par lui, avait réussi à l’abattre à son tour, était mort,
sans avoir pu remonter au pouvoir, malgré l’appui, non dissimulé, de Marie-
Antoinette. C’est qu’il était aussi odieux au roi que d’Aiguillon l’était à la
reine. Non pas que Louis XVI ait jamais partagé contre Choiseul la
prévention de certain parti qui le représentait, suivant une note de
Soulavie[587], comme l’e.d.s.p., (l’Empoisonneur de son père), c’est-à-dire du
Dauphin, fils de Louis XV. Le roi, très dévot, éduqué par M. de la
Vauguyon[588] et Mesdames, ne pardonnait pas à Choiseul d’avoir été l’amant
de la Pompadour, de même que son vrai grief contre d’Aiguillon était la
liaison du ministre avec la Du Barry.
Le duc retourna-t-il jamais dans ce domaine qu’il avait habité pendant
près de huit années consécutives, qu’il avait amélioré, embelli et qui, grâce à
l’habile gestion d’une femme d’un dévouement infatigable, lui avait permis
de tenir une petite cour, moins brillante, il est vrai, que celle de Choiseul,
mais digne de son nom et de sa maison?
Nous ne voyons nulle part qu’il ait repris le chemin d’Aiguillon. Et il n’en
eut certes pas la pensée. Il était maintenant à Paris et l’espoir lui était revenu
en y fixant désormais ses pénates. Pourquoi ne serait-il pas plus heureux que
Choiseul, maintenant surtout que ce formidable adversaire avait disparu?
Tombé du pouvoir, l’ambitieux, fût-il doué d’une perspicacité géniale,
s’illusionne toujours plus que personne. Il ne tient compte ni des leçons du
passé, ni des contingences futures. Il se croit victime des injustices humaines,
mais trop indispensable à la marche des affaires pour ne pas obtenir un jour
ou l’autre une éclatante réparation. D’Aiguillon n’avait-il pas, dans sa propre
famille, un exemple de ces retours inespérés de la fortune? Maurepas, son
oncle, après une disgrâce qui avait duré plus d’un quart de siècle, n’était-il
pas mort, les mains au gouvernail?
La vie que traîna désormais d’Aiguillon, toujours malade, soit à Paris, soit
à Ruel, n’a pas assez occupé l’Histoire, pour qu’elle ait gardé les moindres
traces des faits et gestes du politicien déchu, pendant les trois ou quatre
années qui précédèrent sa mort. Les Mémoires du temps citent à peine son
nom: encore cet éphémère souvenir n’est-il qu’un vague écho de
l’interminable procès que soutenait le duc contre Linguet. L’attitude du grand
seigneur vis-à-vis du publiciste ne s’était pas modifiée. Cet orgueil, renforcé
de mépris, voulait ignorer le faquin qui, se croyant insuffisamment payé pour
ses peines et services, osait attaquer un descendant du grand cardinal devant
Page 206
le Parlement. Le journaliste, si âpre dans ses revendications, après s’être
montré si peu scrupuleux comme avocat, n’était guère intéressant; mais le
duc et pair qui apportait à défendre ses louis un tel esprit de chicane, l’était-il
davantage? En tout cas, Linguet n’était pour lui qu’une espèce et sa
réclamation une fadaise. Dans leur correspondance avec Balleroy, ni le duc,
ni la duchesse ne soufflent mot d’un procès qui défraya si longtemps les
conversations de la Cour et de la Ville.
Persuadé que d’Aiguillon l’avait fait rayer du barreau, le 11 février 1774,
par un arrêt du parlement Maupeou, Linguet entendit lui imputer la
responsabilité de toutes ses disgrâces. L’occasion lui parut favorable, en
1786, une fois que le duc fut rentré à Paris, de lui intenter un procès. Marie-
Antoinette en tressaillit de joie. Et alors que, forçant l’entrée de la
grand’chambre, à la tête de 300 avocats nouvellement inscrits, Linguet
prononçait, au milieu d’une foule immense, une plaidoirie triomphale, des
amies de la reine notaient fidèlement tous ces incidents d’audience que la
malignité publique allait appuyer de si perfides commentaires.
Linguet était-il si convaincu de la bonté de sa cause? On dit qu’à son
heure dernière, presque sur les marches de l’échafaud, il reconnut ses torts
envers d’Aiguillon.
Il en est de certaines existences officielles, qui furent longtemps agitées et
tumultueuses, se répandant au loin, soumises aux fluctuations les plus
diverses de l’opinion et ballottées par les souffles les plus contraires, comme
de ces grands fleuves qui, après un cours souvent contrarié par les résistances
du sol et par les lois de la nature, se perdent et disparaissent pour ainsi dire
avant de s’abîmer dans la mer. Quand d’Aiguillon mourut le 1ᵉʳ septembre
1788[589], il était déjà bien oublié dans la mémoire des hommes. Le Journal
de Paris n’enregistra son décès que le 4, et la Gazette de France n’en parla
seulement que le 9. Son cousin, le maréchal duc de Richelieu, l’avait
«précédé de trois semaines, dit Mercier, dans les caveaux de la Sorbonne».
Tous deux «rejoignaient ainsi le fameux ministre qu’ils avaient voulu
singer». Résumant le rôle de chacun au XVIIIᵉ siècle, le chroniqueur
philosophe ajoutait: «Nous devons nos mœurs modernes au duc (de
Richelieu) et la nouvelle fermentation politique à l’ancien commandant de
Bretagne: sans le duc de Richelieu mon Tableau aurait eu certainement
d’autres couleurs». Et comme ce précurseur du romantisme, disciple
convaincu de Rousseau, ne manque jamais une occasion de chevaucher le
montré si peu scrupuleux comme avocat, n’était guère intéressant; mais le
duc et pair qui apportait à défendre ses louis un tel esprit de chicane, l’était-il
davantage? En tout cas, Linguet n’était pour lui qu’une espèce et sa
réclamation une fadaise. Dans leur correspondance avec Balleroy, ni le duc,
ni la duchesse ne soufflent mot d’un procès qui défraya si longtemps les
conversations de la Cour et de la Ville.
Persuadé que d’Aiguillon l’avait fait rayer du barreau, le 11 février 1774,
par un arrêt du parlement Maupeou, Linguet entendit lui imputer la
responsabilité de toutes ses disgrâces. L’occasion lui parut favorable, en
1786, une fois que le duc fut rentré à Paris, de lui intenter un procès. Marie-
Antoinette en tressaillit de joie. Et alors que, forçant l’entrée de la
grand’chambre, à la tête de 300 avocats nouvellement inscrits, Linguet
prononçait, au milieu d’une foule immense, une plaidoirie triomphale, des
amies de la reine notaient fidèlement tous ces incidents d’audience que la
malignité publique allait appuyer de si perfides commentaires.
Linguet était-il si convaincu de la bonté de sa cause? On dit qu’à son
heure dernière, presque sur les marches de l’échafaud, il reconnut ses torts
envers d’Aiguillon.
Il en est de certaines existences officielles, qui furent longtemps agitées et
tumultueuses, se répandant au loin, soumises aux fluctuations les plus
diverses de l’opinion et ballottées par les souffles les plus contraires, comme
de ces grands fleuves qui, après un cours souvent contrarié par les résistances
du sol et par les lois de la nature, se perdent et disparaissent pour ainsi dire
avant de s’abîmer dans la mer. Quand d’Aiguillon mourut le 1ᵉʳ septembre
1788[589], il était déjà bien oublié dans la mémoire des hommes. Le Journal
de Paris n’enregistra son décès que le 4, et la Gazette de France n’en parla
seulement que le 9. Son cousin, le maréchal duc de Richelieu, l’avait
«précédé de trois semaines, dit Mercier, dans les caveaux de la Sorbonne».
Tous deux «rejoignaient ainsi le fameux ministre qu’ils avaient voulu
singer». Résumant le rôle de chacun au XVIIIᵉ siècle, le chroniqueur
philosophe ajoutait: «Nous devons nos mœurs modernes au duc (de
Richelieu) et la nouvelle fermentation politique à l’ancien commandant de
Bretagne: sans le duc de Richelieu mon Tableau aurait eu certainement
d’autres couleurs». Et comme ce précurseur du romantisme, disciple
convaincu de Rousseau, ne manque jamais une occasion de chevaucher le
Page 207
trépied sybillin, il conclut sur cette prosopopée que n’eût pas désavouée son
illustre maître:
«Sainte et véridique histoire, quand je voudrai t’écrire, je me transporterai
à la porte du caveau de la Sorbonne: et là, j’interrogerai de mon mieux les
singuliers personnages qu’elle renferme; et que sait-on? si en faveur de mon
amour pour la vérité, leurs voix ne me répondraient pas[590].»
La duchesse d’Aiguillon, dans cette lugubre solitude, avait trouvé des
accents d’émotion plus sincères et d’expression moins ampoulée: il est vrai
qu’elle parlait, en mère et en fille désolée, devant les tombes encore récentes
de «ce qu’elle avait aimé le plus au monde».
illustre maître:
«Sainte et véridique histoire, quand je voudrai t’écrire, je me transporterai
à la porte du caveau de la Sorbonne: et là, j’interrogerai de mon mieux les
singuliers personnages qu’elle renferme; et que sait-on? si en faveur de mon
amour pour la vérité, leurs voix ne me répondraient pas[590].»
La duchesse d’Aiguillon, dans cette lugubre solitude, avait trouvé des
accents d’émotion plus sincères et d’expression moins ampoulée: il est vrai
qu’elle parlait, en mère et en fille désolée, devant les tombes encore récentes
de «ce qu’elle avait aimé le plus au monde».
Page 208
XXIV
Effacement de la duchesse d’Aiguillon pendant plusieurs années.—Rôle de
son fils au commencement de la Révolution.—Prétendues représailles
contre la reine.—Le fils et la mère émigrent.—Rentrée en France de la
duchesse.—Son incarcération.—Le 9 thermidor sauve Mᵐᵉ d’Aiguillon.—
Vente et liquidation des propriétés du duc pour désintéresser les créanciers.
—La duchesse se retire à Ruel pour exploiter la propriété.—Heures
difficiles.—Deux lettres du baron de Scheffer.
La figure de la duchesse, qu’on avait jusqu’alors perçue dans l’ombre de
d’Aiguillon, s’efface, après la mort de celui-ci, pendant plusieurs années. Elle
ne reparaît, pour fuir définitivement quinze mois après, que dans une
correspondance de l’étranger et encore à l’état de reflet: car les lettres où
nous la retrouvons ne sont plus de la duchesse, mais d’un ami aussi fidèle et
aussi empressé que l’avait été Balleroy, de son vivant.
Quelle détermination prit Mᵐᵉ d’Aiguillon après la mort de son mari?
Quelle fut sa part dans la liquidation d’une succession aussi embarrassée que
devait l’être celle d’un homme fastueux comme l’était l’ancien ministre, qui
pouvait bien avoir cinq cent mille livres de revenu, ainsi que l’affirmait
Linguet, mais qui était surchargé de dettes? Nous n’avons eu à notre
disposition aucun document qui nous permît d’établir au vrai la situation
financière de la duchesse. Elle était désormais toute seule[591]: demeura-t-elle
à Ruel ou se résigna-t-elle à vivre auprès de sa tante, Mᵐᵉ de Maurepas, qui
ne devait mourir que cinq ans après le décès de son neveu, au plus fort de la
tourmente révolutionnaire et sans jamais en avoir éprouvé la moindre
secousse[592].
Peut-être aussi cette succession, qui s’ouvrait dix mois à peine avant la
période d’anarchie si funeste à la fortune française, en fut-elle, comme tant
d’autres, singulièrement retardée et finalement amoindrie: nous verrons
bientôt un exemple de ces désastreuses liquidations. Mais l’heure eût été mal
choisie pour s’en plaindre.
D’ailleurs la duchesse, qui s’était toujours défendue, sinon de parler, du
moins de faire de la politique, n’eût pas voulu se mêler à aucune intrigue sous
le nouveau régime, alors que, sous l’ancien, elle s’était abstenue de participer
Effacement de la duchesse d’Aiguillon pendant plusieurs années.—Rôle de
son fils au commencement de la Révolution.—Prétendues représailles
contre la reine.—Le fils et la mère émigrent.—Rentrée en France de la
duchesse.—Son incarcération.—Le 9 thermidor sauve Mᵐᵉ d’Aiguillon.—
Vente et liquidation des propriétés du duc pour désintéresser les créanciers.
—La duchesse se retire à Ruel pour exploiter la propriété.—Heures
difficiles.—Deux lettres du baron de Scheffer.
La figure de la duchesse, qu’on avait jusqu’alors perçue dans l’ombre de
d’Aiguillon, s’efface, après la mort de celui-ci, pendant plusieurs années. Elle
ne reparaît, pour fuir définitivement quinze mois après, que dans une
correspondance de l’étranger et encore à l’état de reflet: car les lettres où
nous la retrouvons ne sont plus de la duchesse, mais d’un ami aussi fidèle et
aussi empressé que l’avait été Balleroy, de son vivant.
Quelle détermination prit Mᵐᵉ d’Aiguillon après la mort de son mari?
Quelle fut sa part dans la liquidation d’une succession aussi embarrassée que
devait l’être celle d’un homme fastueux comme l’était l’ancien ministre, qui
pouvait bien avoir cinq cent mille livres de revenu, ainsi que l’affirmait
Linguet, mais qui était surchargé de dettes? Nous n’avons eu à notre
disposition aucun document qui nous permît d’établir au vrai la situation
financière de la duchesse. Elle était désormais toute seule[591]: demeura-t-elle
à Ruel ou se résigna-t-elle à vivre auprès de sa tante, Mᵐᵉ de Maurepas, qui
ne devait mourir que cinq ans après le décès de son neveu, au plus fort de la
tourmente révolutionnaire et sans jamais en avoir éprouvé la moindre
secousse[592].
Peut-être aussi cette succession, qui s’ouvrait dix mois à peine avant la
période d’anarchie si funeste à la fortune française, en fut-elle, comme tant
d’autres, singulièrement retardée et finalement amoindrie: nous verrons
bientôt un exemple de ces désastreuses liquidations. Mais l’heure eût été mal
choisie pour s’en plaindre.
D’ailleurs la duchesse, qui s’était toujours défendue, sinon de parler, du
moins de faire de la politique, n’eût pas voulu se mêler à aucune intrigue sous
le nouveau régime, alors que, sous l’ancien, elle s’était abstenue de participer
Page 209
à tant de misérables manœuvres. Son fils, Armand, au dire des
contemporains, n’eut pas les mêmes scrupules.
Député à la Constituante, il se rangea du côté des libéraux et même
accentua si énergiquement son opposition, qu’il ameuta contre lui, non
seulement ses collègues de la droite[593], mais encore toutes les petites
feuilles royalistes, où l’invective s’enveloppait souvent d’amusantes
pasquinades[594]. On alla jusqu’à écrire qu’aux 5 et 6 octobre 1789, le duc
d’Aiguillon avait revêtu le casaquin et la jupe d’une poissarde pour injurier,
en toute sécurité, Marie-Antoinette. Il est vrai que, dans la famille, on n’avait
guère eu à se louer de la reine. Et lui-même pouvait-il oublier qu’ayant
obtenu la survivance de son père pour les chevau-légers, ce régiment avait été
licencié[595] et que Marie-Antoinette en avait manifesté une joie insultante? Il
serait intéressant de savoir si Mᵐᵉ d’Aiguillon approuva l’attitude politique de
son fils, et dans quelle mesure? A vrai dire, cinq ans après, Armand, inquiet
de la tournure donnée aux événements par ses meilleurs amis, s’empressait
de fausser compagnie à ces démocrates convaincus, en gagnant au plus vite la
frontière[596]. Il devait mourir en 1800, à Hambourg[597], sans postérité; et, de
ce fait, toute la fortune de la maison d’Aiguillon revenait à son unique
héritier, le jeune Hippolyte de Chabrillan.
D’après M. Claude Saint-André, la duchesse d’Aiguillon avait fui, elle
aussi, par la diligence de Calais où Mᵐᵉ Du Barry avait pris place,
l’emmenant avec elle en qualité de camériste.[598] Ainsi, Mᵐᵉ d’Aiguillon,
cette femme jusqu’alors si forte et si intrépide, avait cédé au mouvement de
panique qui emportait dans le torrent de l’émigration tant de familles de
l’aristocratie.
L’Assemblée législative avait voulu arrêter un exode qui menaçait de
dépeupler et d’appauvrir la France: d’où cette loi sur l’émigration, dont les
dispositions et le caractère provoquèrent, alors et depuis, des débats si
passionnés[599].
Un homme de loi, M. Bernet, à qui les d’Aiguillon avaient confié le soin
de leurs affaires, s’entendit sans doute avec un de leurs fidèles, nommé
Rousseau, pour les démarches que nécessitait l’observation de cette loi, car il
en recevait la lettre suivante:
«J’ai été au comité de législation; on m’a dit que les personnes hors de
France doivent, d’après la loi, y rentrer. Il n’y a pas un moment à perdre pour
faire revenir Mᵐᵉ d’Aiguillon. Le moyen le plus expéditif est celui qu’il faut
employer de préférence[600].»
contemporains, n’eut pas les mêmes scrupules.
Député à la Constituante, il se rangea du côté des libéraux et même
accentua si énergiquement son opposition, qu’il ameuta contre lui, non
seulement ses collègues de la droite[593], mais encore toutes les petites
feuilles royalistes, où l’invective s’enveloppait souvent d’amusantes
pasquinades[594]. On alla jusqu’à écrire qu’aux 5 et 6 octobre 1789, le duc
d’Aiguillon avait revêtu le casaquin et la jupe d’une poissarde pour injurier,
en toute sécurité, Marie-Antoinette. Il est vrai que, dans la famille, on n’avait
guère eu à se louer de la reine. Et lui-même pouvait-il oublier qu’ayant
obtenu la survivance de son père pour les chevau-légers, ce régiment avait été
licencié[595] et que Marie-Antoinette en avait manifesté une joie insultante? Il
serait intéressant de savoir si Mᵐᵉ d’Aiguillon approuva l’attitude politique de
son fils, et dans quelle mesure? A vrai dire, cinq ans après, Armand, inquiet
de la tournure donnée aux événements par ses meilleurs amis, s’empressait
de fausser compagnie à ces démocrates convaincus, en gagnant au plus vite la
frontière[596]. Il devait mourir en 1800, à Hambourg[597], sans postérité; et, de
ce fait, toute la fortune de la maison d’Aiguillon revenait à son unique
héritier, le jeune Hippolyte de Chabrillan.
D’après M. Claude Saint-André, la duchesse d’Aiguillon avait fui, elle
aussi, par la diligence de Calais où Mᵐᵉ Du Barry avait pris place,
l’emmenant avec elle en qualité de camériste.[598] Ainsi, Mᵐᵉ d’Aiguillon,
cette femme jusqu’alors si forte et si intrépide, avait cédé au mouvement de
panique qui emportait dans le torrent de l’émigration tant de familles de
l’aristocratie.
L’Assemblée législative avait voulu arrêter un exode qui menaçait de
dépeupler et d’appauvrir la France: d’où cette loi sur l’émigration, dont les
dispositions et le caractère provoquèrent, alors et depuis, des débats si
passionnés[599].
Un homme de loi, M. Bernet, à qui les d’Aiguillon avaient confié le soin
de leurs affaires, s’entendit sans doute avec un de leurs fidèles, nommé
Rousseau, pour les démarches que nécessitait l’observation de cette loi, car il
en recevait la lettre suivante:
«J’ai été au comité de législation; on m’a dit que les personnes hors de
France doivent, d’après la loi, y rentrer. Il n’y a pas un moment à perdre pour
faire revenir Mᵐᵉ d’Aiguillon. Le moyen le plus expéditif est celui qu’il faut
employer de préférence[600].»
Page 210
Bien ou mal conseillée (car le point est encore discutable, tant d’émigrés
de la première heure ayant payé de leur tête leur rentrée en France!) Mᵐᵉ
d’Aiguillon revint donc à Paris.
La même obscurité règne toujours sur sa vie. Il était sage, d’ailleurs, en
ces heures difficiles, de se faire oublier. Mais le passif de la succession
d’Aiguillon était tellement énorme, qu’on avait dû vendre et liquider les
biens pour éteindre les dettes. La duchesse avait des droits sur le domaine de
l’Agenois[601]; car il fallut son consentement pour la vente des «effets restés à
Aiguillon». Elle donne sa procuration, en conséquence, au «citoyen
Gauthier», un ancien prêtre, qui demeurait 12 rue des Marmousets et qui
s’était établi «homme de loi». Dans son pouvoir, la duchesse abandonnait
tout, sauf «les tableaux, c’est-à-dire les portraits de famille».
Or, l’administration n’avait pas attendu pour mettre la main, et sur le
château, et sur le mobilier qu’il contenait. Le tout avait été confisqué en 1792
comme bien d’émigré[602].
Comment vécut Mᵐᵉ d’Aiguillon? Où se trouvait-elle, quand mourut Mᵐᵉ
de Maurepas, en 1793? Put-elle lui fermer les yeux? Autant de problèmes
dont nous avons vainement cherché la solution.
Ce qui est certain, c’est qu’en dépit de tous les sacrifices qu’elle avait
consentis, depuis son retour d’émigration et dans le cours d’une vie restée
silencieuse, elle ne sut désarmer la méfiance des sociétés révolutionnaires qui
encombraient de leurs dénonciations les comités de Sûreté Générale et de
Salut Public.
Victime de l’esprit de délation qui était à l’ordre du jour, Mᵐᵉ d’Aiguillon
fut arrêtée et enfermée aux Filles anglaises[603]. Le 9 thermidor la sauva[604].
Elle se résolut alors à quitter définitivement Paris pour aller s’enfermer à
Ruel avec les misérables débris que lui avaient laissés tant de ventes après
tant de confiscations. Elle se remit à cette vie de fermière qu’elle menait si
allègrement au temps des splendeurs d’Aiguillon. L’ancienne propriété du
cardinal, déjà très morcelée et dépouillée de tous ses ornements, abrita les
derniers jours de cette grande dame qui avait vu les premières maisons de
France s’écraser dans ses salons trop étroits pour recevoir tant de servile
ingratitude et de basse méchanceté.
La duchesse d’Aiguillon fit valoir elle-même l’exploitation qu’elle créa
dans ce domaine abandonné. Elle le mit en culture maraîchère. Les pelouses
d’antan furent divisées en carrés de légumes; et là où s’étaient promenés, en
devisant de galanterie ou de politique et même des deux, tant d’élégants
de la première heure ayant payé de leur tête leur rentrée en France!) Mᵐᵉ
d’Aiguillon revint donc à Paris.
La même obscurité règne toujours sur sa vie. Il était sage, d’ailleurs, en
ces heures difficiles, de se faire oublier. Mais le passif de la succession
d’Aiguillon était tellement énorme, qu’on avait dû vendre et liquider les
biens pour éteindre les dettes. La duchesse avait des droits sur le domaine de
l’Agenois[601]; car il fallut son consentement pour la vente des «effets restés à
Aiguillon». Elle donne sa procuration, en conséquence, au «citoyen
Gauthier», un ancien prêtre, qui demeurait 12 rue des Marmousets et qui
s’était établi «homme de loi». Dans son pouvoir, la duchesse abandonnait
tout, sauf «les tableaux, c’est-à-dire les portraits de famille».
Or, l’administration n’avait pas attendu pour mettre la main, et sur le
château, et sur le mobilier qu’il contenait. Le tout avait été confisqué en 1792
comme bien d’émigré[602].
Comment vécut Mᵐᵉ d’Aiguillon? Où se trouvait-elle, quand mourut Mᵐᵉ
de Maurepas, en 1793? Put-elle lui fermer les yeux? Autant de problèmes
dont nous avons vainement cherché la solution.
Ce qui est certain, c’est qu’en dépit de tous les sacrifices qu’elle avait
consentis, depuis son retour d’émigration et dans le cours d’une vie restée
silencieuse, elle ne sut désarmer la méfiance des sociétés révolutionnaires qui
encombraient de leurs dénonciations les comités de Sûreté Générale et de
Salut Public.
Victime de l’esprit de délation qui était à l’ordre du jour, Mᵐᵉ d’Aiguillon
fut arrêtée et enfermée aux Filles anglaises[603]. Le 9 thermidor la sauva[604].
Elle se résolut alors à quitter définitivement Paris pour aller s’enfermer à
Ruel avec les misérables débris que lui avaient laissés tant de ventes après
tant de confiscations. Elle se remit à cette vie de fermière qu’elle menait si
allègrement au temps des splendeurs d’Aiguillon. L’ancienne propriété du
cardinal, déjà très morcelée et dépouillée de tous ses ornements, abrita les
derniers jours de cette grande dame qui avait vu les premières maisons de
France s’écraser dans ses salons trop étroits pour recevoir tant de servile
ingratitude et de basse méchanceté.
La duchesse d’Aiguillon fit valoir elle-même l’exploitation qu’elle créa
dans ce domaine abandonné. Elle le mit en culture maraîchère. Les pelouses
d’antan furent divisées en carrés de légumes; et là où s’étaient promenés, en
devisant de galanterie ou de politique et même des deux, tant d’élégants
Page 211
cavaliers et de belles dames, poussèrent des navets, des carottes, des choux
que Mᵐᵉ d’Aiguillon allait vendre elle-même sur les marchés de Paris. Elle
installa, en outre, une laiterie qui, assurément, n’avait rien de commun avec
les étables pomponnées et enrubannées de Marie-Antoinette à Trianon-Idylle.
La lettre suivante qu’elle dut écrire à son homme d’affaires, dès qu’elle
entreprit de gérer elle-même sa propriété, atteste une fois de plus cet esprit de
décision, ce sentiment de la vie pratique et cette intelligence alerte dont elle
ne cessa de faire preuve en tout temps:
«Je vous renvoye le mémoire que vous m’avez envoyé à signer, parce que
je le trouve trop verbiageux et que je suis persuadée que les mémoires longs
ne sont pas bons et par conséquent (quatre mots illisibles) ne servent à rien.
Le commencement est très bien, mais l’article qui veut prouver que je me
serais opposée à l’émigration de mon fils se répète trop et ne signifie rien. Il
y faut dire simplement que depuis un an je n’avais pas vu mon fils et qu’étant
à cent lieues j’ignorais le parti qu’il prenait. J’ai barré l’endroit que je trouve
trop long; renvoyez-le moi tout de suite pour le signer. Je crois, quoi que
vous en disiez, que 5.000 francs ou même 4.500 valent mieux que rien,
qu’une maison qui n’est pas habitée se dégrade et perd beaucoup de sa
valeur. Ainsi donc, j’opine pour la laisser à ce prix, mais seulement pour trois
ans: il ne faut pas faire comme la fille de la fable qui, à force de refus, n’a pu
trouver à se marier. Quant au cheval, j’ai peine à me résoudre à en acheter un
autre, que celui-là ne soit vendu. Au reste, vous verrez si cela est nécessaire.
J’ai vu hier M. de Quélen qui m’a dit l’arrangement que vous aviez fait
ensemble.
On dit que, sous trois jours, le décret sur les réquisitions (?)[605]... Je le
souhaite plus que je ne l’espère.
Rien encore de fini pour la basse-cour; mandez-moi tout de suite si vous
apprenez quelque chose de M. Joly. Je vous assure de toute la considération
que j’ai pour vous.»
Plélo d’Aiguillon.
De quelle maison voulait-elle parler? De l’hôtel d’Aiguillon, du château
de Veretz, d’un immeuble ayant appartenu à Mᵐᵉ de Maurepas? Autant de
problèmes.
Mais, là encore, nous retrouvons l’influence bienfaisante d’un Quélen. La
fille, comme la mère, rencontrait appui, soutien, dévouement chez un parent,
héritier des mêmes traditions familiales.
que Mᵐᵉ d’Aiguillon allait vendre elle-même sur les marchés de Paris. Elle
installa, en outre, une laiterie qui, assurément, n’avait rien de commun avec
les étables pomponnées et enrubannées de Marie-Antoinette à Trianon-Idylle.
La lettre suivante qu’elle dut écrire à son homme d’affaires, dès qu’elle
entreprit de gérer elle-même sa propriété, atteste une fois de plus cet esprit de
décision, ce sentiment de la vie pratique et cette intelligence alerte dont elle
ne cessa de faire preuve en tout temps:
«Je vous renvoye le mémoire que vous m’avez envoyé à signer, parce que
je le trouve trop verbiageux et que je suis persuadée que les mémoires longs
ne sont pas bons et par conséquent (quatre mots illisibles) ne servent à rien.
Le commencement est très bien, mais l’article qui veut prouver que je me
serais opposée à l’émigration de mon fils se répète trop et ne signifie rien. Il
y faut dire simplement que depuis un an je n’avais pas vu mon fils et qu’étant
à cent lieues j’ignorais le parti qu’il prenait. J’ai barré l’endroit que je trouve
trop long; renvoyez-le moi tout de suite pour le signer. Je crois, quoi que
vous en disiez, que 5.000 francs ou même 4.500 valent mieux que rien,
qu’une maison qui n’est pas habitée se dégrade et perd beaucoup de sa
valeur. Ainsi donc, j’opine pour la laisser à ce prix, mais seulement pour trois
ans: il ne faut pas faire comme la fille de la fable qui, à force de refus, n’a pu
trouver à se marier. Quant au cheval, j’ai peine à me résoudre à en acheter un
autre, que celui-là ne soit vendu. Au reste, vous verrez si cela est nécessaire.
J’ai vu hier M. de Quélen qui m’a dit l’arrangement que vous aviez fait
ensemble.
On dit que, sous trois jours, le décret sur les réquisitions (?)[605]... Je le
souhaite plus que je ne l’espère.
Rien encore de fini pour la basse-cour; mandez-moi tout de suite si vous
apprenez quelque chose de M. Joly. Je vous assure de toute la considération
que j’ai pour vous.»
Plélo d’Aiguillon.
De quelle maison voulait-elle parler? De l’hôtel d’Aiguillon, du château
de Veretz, d’un immeuble ayant appartenu à Mᵐᵉ de Maurepas? Autant de
problèmes.
Mais, là encore, nous retrouvons l’influence bienfaisante d’un Quélen. La
fille, comme la mère, rencontrait appui, soutien, dévouement chez un parent,
héritier des mêmes traditions familiales.
Page 212
Depuis un an, Mᵐᵉ d’Aiguillon demandait donc à son labeur rustique le
pain quotidien, quand elle reçut d’Ek, en Suède, les deux lettres
suivantes[606]:
14 juillet 1795.
«... La brebis égarée, Madame la duchesse, est retrouvée, c’est-à-dire que
j’ai eu, cette semaine, deux lettres de vous...
15 juillet 1795.
... J’ai tressailli de joie, Madame la duchesse, en recevant une lettre où j’ai
reconnu vos caractères, où cette main si précieuse était peinte. La vivacité
avec laquelle je l’ai ouverte est (illisible); mais ma surprise
a été grande en trouvant qu’elle a été écrite le 24 août de l’année passée. Vous
vous y plaigniez d’un concierge barbare qui vous a privée de toute
communication avec le reste du genre humain. Un nouveau surveillant vous
était donné plus humain; mais, malgré cela, votre lettre du mois d’août 1794
ne m’est parvenue que dans un moment, un mois (? sans doute un an) après
qu’elle a été écrite.
Cette lettre vous apprendra toute la douleur dont mon âme est pénétrée par
les malheurs qui m’ont privé de vos nouvelles.
Etes-vous libre? Etes-vous enfermée entre quatre murs? Enfin, madame, si
ces lignes ont le bonheur de tomber entre vos mains, au nom de Dieu,
apprenez-moi quel est celui (sans doute le sort) de vos enfants. Je suis
(illisible) et je touche peut-être aux derniers moments de ma vie[607]. Ne me
refusez pas cette consolation: elle adoucira les peines que j’ai souffertes, elle
rendra les derniers jours de ma vie heureux.»
Le signataire de ces deux lettres était le baron de Scheffer, ancien
secrétaire d’Etat aux affaires étrangères en Suède et frère du comte du même
nom, ancien ambassadeur de Stockholm à Versailles. On sait la particulière
affection que les d’Aiguillon et les Richelieu avaient vouée à la patrie de
Gustave-Adolphe, constante alliée du cardinal. Nous avons vu l’accueil fait,
précisément à Ruel, par la grosse duchesse au futur roi de Suède et la liaison
très intime de son fils, le ministre, avec le comte de Creutz, successeur du
baron de Scheffer. Or celui-ci avait gardé des relations d’amitié avec les
d’Aiguillon, et son frère, le comte était en correspondance réglée avec eux
depuis 1754[608].
pain quotidien, quand elle reçut d’Ek, en Suède, les deux lettres
suivantes[606]:
14 juillet 1795.
«... La brebis égarée, Madame la duchesse, est retrouvée, c’est-à-dire que
j’ai eu, cette semaine, deux lettres de vous...
15 juillet 1795.
... J’ai tressailli de joie, Madame la duchesse, en recevant une lettre où j’ai
reconnu vos caractères, où cette main si précieuse était peinte. La vivacité
avec laquelle je l’ai ouverte est (illisible); mais ma surprise
a été grande en trouvant qu’elle a été écrite le 24 août de l’année passée. Vous
vous y plaigniez d’un concierge barbare qui vous a privée de toute
communication avec le reste du genre humain. Un nouveau surveillant vous
était donné plus humain; mais, malgré cela, votre lettre du mois d’août 1794
ne m’est parvenue que dans un moment, un mois (? sans doute un an) après
qu’elle a été écrite.
Cette lettre vous apprendra toute la douleur dont mon âme est pénétrée par
les malheurs qui m’ont privé de vos nouvelles.
Etes-vous libre? Etes-vous enfermée entre quatre murs? Enfin, madame, si
ces lignes ont le bonheur de tomber entre vos mains, au nom de Dieu,
apprenez-moi quel est celui (sans doute le sort) de vos enfants. Je suis
(illisible) et je touche peut-être aux derniers moments de ma vie[607]. Ne me
refusez pas cette consolation: elle adoucira les peines que j’ai souffertes, elle
rendra les derniers jours de ma vie heureux.»
Le signataire de ces deux lettres était le baron de Scheffer, ancien
secrétaire d’Etat aux affaires étrangères en Suède et frère du comte du même
nom, ancien ambassadeur de Stockholm à Versailles. On sait la particulière
affection que les d’Aiguillon et les Richelieu avaient vouée à la patrie de
Gustave-Adolphe, constante alliée du cardinal. Nous avons vu l’accueil fait,
précisément à Ruel, par la grosse duchesse au futur roi de Suède et la liaison
très intime de son fils, le ministre, avec le comte de Creutz, successeur du
baron de Scheffer. Or celui-ci avait gardé des relations d’amitié avec les
d’Aiguillon, et son frère, le comte était en correspondance réglée avec eux
depuis 1754[608].
Page 213
La duchesse lui avait écrit, après que la chute de Robespierre et de ses
partisans eût rendu aux prisonniers une liberté relative, en attendant que la
porte de leurs cachots s’ouvrît toute grande devant leur impatience et celle de
leurs amis. Mᵐᵉ d’Aiguillon avait cherché un peu partout, comme ses
compagnons de captivité, réconfort, consolation, espérance, le souffle de la
Terreur ayant balayé dans toutes les directions, quand il ne les avait pas
anéantis, les membres de cette société polie et raffinée dont le premier crime
était son blason.
partisans eût rendu aux prisonniers une liberté relative, en attendant que la
porte de leurs cachots s’ouvrît toute grande devant leur impatience et celle de
leurs amis. Mᵐᵉ d’Aiguillon avait cherché un peu partout, comme ses
compagnons de captivité, réconfort, consolation, espérance, le souffle de la
Terreur ayant balayé dans toutes les directions, quand il ne les avait pas
anéantis, les membres de cette société polie et raffinée dont le premier crime
était son blason.
Page 214
XXV
Le baron de Scheffer, ancien ministre des affaires étrangères de Suède.—Sa
joie quand il apprend que Mᵐᵉ d’Aiguillon a pu échapper «aux mains des
tigres sanguinaires».—Il s’inquiète de la situation financière de Mᵐᵉ
d’Aiguillon et se désole de la voir se rendre à Paris en charrette.—Que sont
devenues les amies de la duchesse et surtout Mᵐᵉ de Laigle?—Travaux
rustiques: basse-cour et arbres fruitiers.—Apparition des Mémoires de
Richelieu, d’Aiguillon, de Maurepas: opinion de Scheffer sur des
compilations que Mᵐᵉ d’Aiguillon déclare apocryphes.—La bru et le petit-
fils de la duchesse sont avec elle.—La dernière lettre de Scheffer.
Les lettres du baron de Scheffer méritent de fixer l’attention, non qu’elles
soient des modèles de style, mais elles constituent une documentation
précieuse, qui, tout en permettant d’achever le crayon de Mᵐᵉ d’Aiguillon,
apporte des renseignements curieux sur la vie économique et littéraire du
temps.
La seconde lettre de Scheffer, datée du 22 juillet 1795, nous montre un
homme pleinement rassuré:
«Elle est libre, m’écriai-je! elle est sortie de prison, elle est retournée à sa
chère habitation de Ruel... Vous a-t-on rendu vos biens en sortant des mains
(!!!) de ces tigres sanguinaires?... Vous avez dû renvoyer une partie de vos
domestiques; et votre homme d’affaires a bien mal géré les vôtres... Il faut
qu’on vous ait dépouillée.
Mᵐᵉ de Laigle est-elle sortie du naufrage général?
J’ai adressé une lettre aux Filles anglaises (Mᵐᵉ d’Aiguillon avait écrit au
baron de sa prison).
Nous avons un ministre accrédité du 2 juillet: c’est le citoyen Rival (?)»
La Révolution avait si brusquement séparé, surtout depuis trois ans, la
France du reste de l’Europe, que les amis qui se revoyaient ou reprenaient
leur correspondance après un temps d’arrêt aussi long et aussi imprévu,
pressaient et précipitaient leurs questions, comme s’ils eussent craint une
nouvelle et brutale interruption: ce qui explique le décousu de la lettre du
baron de Scheffer, décousu qu’on retrouve dans beaucoup d’autres
correspondances du temps. Le gentilhomme suédois reparlera souvent de Mᵐᵉ
Le baron de Scheffer, ancien ministre des affaires étrangères de Suède.—Sa
joie quand il apprend que Mᵐᵉ d’Aiguillon a pu échapper «aux mains des
tigres sanguinaires».—Il s’inquiète de la situation financière de Mᵐᵉ
d’Aiguillon et se désole de la voir se rendre à Paris en charrette.—Que sont
devenues les amies de la duchesse et surtout Mᵐᵉ de Laigle?—Travaux
rustiques: basse-cour et arbres fruitiers.—Apparition des Mémoires de
Richelieu, d’Aiguillon, de Maurepas: opinion de Scheffer sur des
compilations que Mᵐᵉ d’Aiguillon déclare apocryphes.—La bru et le petit-
fils de la duchesse sont avec elle.—La dernière lettre de Scheffer.
Les lettres du baron de Scheffer méritent de fixer l’attention, non qu’elles
soient des modèles de style, mais elles constituent une documentation
précieuse, qui, tout en permettant d’achever le crayon de Mᵐᵉ d’Aiguillon,
apporte des renseignements curieux sur la vie économique et littéraire du
temps.
La seconde lettre de Scheffer, datée du 22 juillet 1795, nous montre un
homme pleinement rassuré:
«Elle est libre, m’écriai-je! elle est sortie de prison, elle est retournée à sa
chère habitation de Ruel... Vous a-t-on rendu vos biens en sortant des mains
(!!!) de ces tigres sanguinaires?... Vous avez dû renvoyer une partie de vos
domestiques; et votre homme d’affaires a bien mal géré les vôtres... Il faut
qu’on vous ait dépouillée.
Mᵐᵉ de Laigle est-elle sortie du naufrage général?
J’ai adressé une lettre aux Filles anglaises (Mᵐᵉ d’Aiguillon avait écrit au
baron de sa prison).
Nous avons un ministre accrédité du 2 juillet: c’est le citoyen Rival (?)»
La Révolution avait si brusquement séparé, surtout depuis trois ans, la
France du reste de l’Europe, que les amis qui se revoyaient ou reprenaient
leur correspondance après un temps d’arrêt aussi long et aussi imprévu,
pressaient et précipitaient leurs questions, comme s’ils eussent craint une
nouvelle et brutale interruption: ce qui explique le décousu de la lettre du
baron de Scheffer, décousu qu’on retrouve dans beaucoup d’autres
correspondances du temps. Le gentilhomme suédois reparlera souvent de Mᵐᵉ
Page 215
de Laigle, qui était une grande amie de la duchesse et pour laquelle il
manifestait en toute occasion la plus vive sympathie. Cette dame avait une
santé des plus précaires, et se soignait peu ou mal: «Elle se croit encore à dix
ans, écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy; son mari devrait l’avertir[609].»
En général, les lettres de Scheffer sont plutôt des billets, où les phrases,
courtes et heurtées, continuent à n’avoir aucune liaison entre elles. Elles ne
sont pas toujours datées. En voici cependant quelques-unes qui paraissent se
rapporter aux premiers mois de 1796.
Encore des questions sur la société de la duchesse, des dames que nous
avons vu se succéder au château d’Aiguillon: «Que sont devenues Mᵐᵉˢ
d’Esparbès, de Flamarens, si elles vivent encore? Et Mᵐᵉ de Laigle?»
La situation de fortune de sa correspondante préoccupe beaucoup
Scheffer. Il compte bien que les hommes du gouvernement lui rendront ses
biens séquestrés: «Je l’attends de leur équité pour chanter de loin leurs
louanges». «... Je vois que vous avez trouvé quelque ressource pécuniaire, et
j’en suis très aise; mais que cela ne soit que par l’ouvrage de vos mains, cela
fait toujours mon étonnement et ma peine. Je reçois des détails fort
intéressants sur votre genre de vie, sur la société que vous recevez...» Les
prisonniers s’étaient créé, sous les verrous, des relations qu’ils conservèrent
après leur mise en liberté: «Si vous n’avez pas tiré quelque autre parti de
votre captivité, écrit Scheffer, c’est de vous avoir attaché quelques personnes
qui peuvent vous tenir compagnie».
Tous les siens n’étaient pas partis pour l’émigration ou quelques-uns en
étaient revenus: «Je vous félicite de recevoir chez vous Madame votre belle-
fille et votre Armand[610]. Il doit être bien grandi, depuis qu’il était à demeure
chez vous».
Mais voici l’avril. Mᵐᵉ d’Aiguillon doit tenir son ami au courant de ses
travaux, et lui de répondre: «Vous êtes en pleine occupation pour faire
labourer et semer vos champs et planter dans votre garenne». (7 avril 1796.)
Puis, c’est une publication qui fait grand bruit et dont la lecture a
certainement intéressé la duchesse: «Je viens de lire les Mémoires du
maréchal de Richelieu. Louis XV est assez malmené. Je lui sais (à l’auteur)
pourtant gré d’avoir parlé fort avantageusement de M. le duc d’Aiguillon. M.
le duc de Choiseul n’y est rien moins que ménagé[611].»
L’horizon est moins sombre; et l’apparence de sécurité que le
gouvernement du Directoire, cependant si faible et si divisé, offre au pays, a
rendu à Mᵐᵉ d’Aiguillon un semblant de belle humeur: elle a retrouvé la
manifestait en toute occasion la plus vive sympathie. Cette dame avait une
santé des plus précaires, et se soignait peu ou mal: «Elle se croit encore à dix
ans, écrit Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy; son mari devrait l’avertir[609].»
En général, les lettres de Scheffer sont plutôt des billets, où les phrases,
courtes et heurtées, continuent à n’avoir aucune liaison entre elles. Elles ne
sont pas toujours datées. En voici cependant quelques-unes qui paraissent se
rapporter aux premiers mois de 1796.
Encore des questions sur la société de la duchesse, des dames que nous
avons vu se succéder au château d’Aiguillon: «Que sont devenues Mᵐᵉˢ
d’Esparbès, de Flamarens, si elles vivent encore? Et Mᵐᵉ de Laigle?»
La situation de fortune de sa correspondante préoccupe beaucoup
Scheffer. Il compte bien que les hommes du gouvernement lui rendront ses
biens séquestrés: «Je l’attends de leur équité pour chanter de loin leurs
louanges». «... Je vois que vous avez trouvé quelque ressource pécuniaire, et
j’en suis très aise; mais que cela ne soit que par l’ouvrage de vos mains, cela
fait toujours mon étonnement et ma peine. Je reçois des détails fort
intéressants sur votre genre de vie, sur la société que vous recevez...» Les
prisonniers s’étaient créé, sous les verrous, des relations qu’ils conservèrent
après leur mise en liberté: «Si vous n’avez pas tiré quelque autre parti de
votre captivité, écrit Scheffer, c’est de vous avoir attaché quelques personnes
qui peuvent vous tenir compagnie».
Tous les siens n’étaient pas partis pour l’émigration ou quelques-uns en
étaient revenus: «Je vous félicite de recevoir chez vous Madame votre belle-
fille et votre Armand[610]. Il doit être bien grandi, depuis qu’il était à demeure
chez vous».
Mais voici l’avril. Mᵐᵉ d’Aiguillon doit tenir son ami au courant de ses
travaux, et lui de répondre: «Vous êtes en pleine occupation pour faire
labourer et semer vos champs et planter dans votre garenne». (7 avril 1796.)
Puis, c’est une publication qui fait grand bruit et dont la lecture a
certainement intéressé la duchesse: «Je viens de lire les Mémoires du
maréchal de Richelieu. Louis XV est assez malmené. Je lui sais (à l’auteur)
pourtant gré d’avoir parlé fort avantageusement de M. le duc d’Aiguillon. M.
le duc de Choiseul n’y est rien moins que ménagé[611].»
L’horizon est moins sombre; et l’apparence de sécurité que le
gouvernement du Directoire, cependant si faible et si divisé, offre au pays, a
rendu à Mᵐᵉ d’Aiguillon un semblant de belle humeur: elle a retrouvé la
Page 216
rondeur et la bonhomie de la fermière d’autrefois; et le baron lui réplique sur
le même ton:
«Votre lettre m’a fait grand plaisir par le détail qu’elle contient de la
société dont vous jouissez à présent, qui, quoique diminuée à raison de ce
qu’elle était auparavant, doit être fort bonne puisqu’elle vous convient ainsi.
Je vous en fais mon compliment, de même qu’aux petits cochons de lait qui
viennent de vous naître. C’est un bon produit de votre basse-cour. Vous avez
des boutons à vos arbres fruitiers (lettre du 21 avril)... Je vous fais mille
remercîments de votre lettre qui m’apprend les malheurs arrivés dans votre
basse-cour. Je vous ai fait part de la mort d’une belle vache; mais ce n’est
qu’entre nous que nous pouvons nous confier de pareils chagrins; les gens de
la ville se moqueraient de nous.» (Lettre du 28 avril.)
Une lettre, datée du 5 mai 1796, nous apprend une particularité, tout à fait
inattendue, sur le domaine de Veretz. La duchesse avait annoncé à Scheffer la
mort de son homme d’affaires en Touraine, mort qui ne lui avait pas laissé de
profonds regrets; et le baron l’avait «félicitée» de l’avoir «perdu». Puis il
ajoutait: «C’est quelque chose d’avoir pu disposer des meubles qui étaient à
Veretz[612]; mais cette terre vous appartient en propre». Elle venait cependant
du père de M. d’Aiguillon. Le fils l’avait-il reconnue, comme douaire, à sa
mère?[613] En tout cas, Scheffer argumentait sur ces prémisses: «Pourquoi ne
la voulez-vous pas? Vous n’êtes ni émigrée, ni vous n’avez jamais rien fait
contre la République et la Constitution. Avec la permission de votre
gouvernement, je trouve que cela n’est pas juste. Si l’administration, jadis
violente et tyrannique, l’a mise en séquestre, c’est à un gouvernement juste et
sage d’y remédier».
Notre octogénaire a, par moments, des velléités d’optimisme; il est vrai
qu’il rend ainsi, et par voie détournée, un délicat hommage à la bonté, bien
connue, de son amie: «Votre domestique est aujourd’hui peu nombreux;
quelquefois on n’en est que mieux servi. Et comme vos gens vous ont été
toujours fort attachés, je compte que vous ne regretterez rien».
Mais le dévouement de la domesticité ne pouvant prévaloir contre la
maladie, Mᵐᵉ d’Aiguillon s’était plainte de ce que «ses chevaux étant sur la
paille, elle était obligée d’aller à Paris dans sa charrette». Et ce brave
Scheffer de déplorer l’aventure: «Je voudrais du moins vous savoir hors de
cette charrette, lorsque vous allez de Ruel à Paris et dans une bonne berline
où l’on est moins secoué».
le même ton:
«Votre lettre m’a fait grand plaisir par le détail qu’elle contient de la
société dont vous jouissez à présent, qui, quoique diminuée à raison de ce
qu’elle était auparavant, doit être fort bonne puisqu’elle vous convient ainsi.
Je vous en fais mon compliment, de même qu’aux petits cochons de lait qui
viennent de vous naître. C’est un bon produit de votre basse-cour. Vous avez
des boutons à vos arbres fruitiers (lettre du 21 avril)... Je vous fais mille
remercîments de votre lettre qui m’apprend les malheurs arrivés dans votre
basse-cour. Je vous ai fait part de la mort d’une belle vache; mais ce n’est
qu’entre nous que nous pouvons nous confier de pareils chagrins; les gens de
la ville se moqueraient de nous.» (Lettre du 28 avril.)
Une lettre, datée du 5 mai 1796, nous apprend une particularité, tout à fait
inattendue, sur le domaine de Veretz. La duchesse avait annoncé à Scheffer la
mort de son homme d’affaires en Touraine, mort qui ne lui avait pas laissé de
profonds regrets; et le baron l’avait «félicitée» de l’avoir «perdu». Puis il
ajoutait: «C’est quelque chose d’avoir pu disposer des meubles qui étaient à
Veretz[612]; mais cette terre vous appartient en propre». Elle venait cependant
du père de M. d’Aiguillon. Le fils l’avait-il reconnue, comme douaire, à sa
mère?[613] En tout cas, Scheffer argumentait sur ces prémisses: «Pourquoi ne
la voulez-vous pas? Vous n’êtes ni émigrée, ni vous n’avez jamais rien fait
contre la République et la Constitution. Avec la permission de votre
gouvernement, je trouve que cela n’est pas juste. Si l’administration, jadis
violente et tyrannique, l’a mise en séquestre, c’est à un gouvernement juste et
sage d’y remédier».
Notre octogénaire a, par moments, des velléités d’optimisme; il est vrai
qu’il rend ainsi, et par voie détournée, un délicat hommage à la bonté, bien
connue, de son amie: «Votre domestique est aujourd’hui peu nombreux;
quelquefois on n’en est que mieux servi. Et comme vos gens vous ont été
toujours fort attachés, je compte que vous ne regretterez rien».
Mais le dévouement de la domesticité ne pouvant prévaloir contre la
maladie, Mᵐᵉ d’Aiguillon s’était plainte de ce que «ses chevaux étant sur la
paille, elle était obligée d’aller à Paris dans sa charrette». Et ce brave
Scheffer de déplorer l’aventure: «Je voudrais du moins vous savoir hors de
cette charrette, lorsque vous allez de Ruel à Paris et dans une bonne berline
où l’on est moins secoué».
Page 217
Les intérêts de la duchesse nécessitaient alors sa présence à la ville: elle
devait assister à la levée des scellés apposés dans l’hôtel d’Aiguillon (lettre
du 3 juin).
Elle avait en conséquence élu domicile chez sa vieille amie Mᵐᵉ de Laigle,
qui était frappée de paralysie; elle craignait des rechutes. Et le bon Scheffer,
quoique comprenant ces appréhensions, se défendait de croire à l’imminence
d’une fin prochaine pour une personne dont il ne cessait de réclamer des
nouvelles dans chacune de ses lettres, car il avait vu des paralytiques «vivre
encore longtemps même avec la bouche de travers».
Le frère de l’ancien ambassadeur de Suède aborde des sujets d’ordre
moins intime. Il annonce l’arrivée prochaine, comme envoyé de la
République, «du fameux Pichegru[614], qui a conquis la Flandre et la
Hollande: on le loue pour ses qualités morales». Et, tout en félicitant
«Madame la duchesse de sa correspondance bien rentrée dans son train
ordinaire»—elle devait être en effet fort irrégulière—il traite une question
intéressant au plus haut point la veuve de l’ancien ministre et dont elle avait
déjà entretenu son correspondant:
«Je n’ai point vu les Mémoires du duc d’Aiguillon et du comte de
Maurepas[615], bien que je lirais avec le plus vif intérêt tout ce qui regarde
des personnes si illustres et avec qui j’ai été lié à Paris; mais je voudrais alors
voir la vérité et non un fatras d’anecdotes, vraies ou fausses, mais à qui on
donne une tournure odieuse et (illisible) vers le but de l’objet que les auteurs
se proposent.
Les Mémoires de Richelieu sont venus dans ce pays. C’est un ouvrage de
deux gros volumes mais qui ne sont pas proprement la vie du maréchal.
L’objet principal a été de dire tout le mal possible de Louis XV, de la reine et
de la Cour. J’ai vu avec plaisir que vous n’étiez pas nommée; apparemment
qu’il n’a pas pu dire de mal de vous. Et votre mari, quoique nommé, n’y est
pas aussi barbouillé que d’autres; il n’est pas sans avoir eu quelque coup de
patte.» (Lettre du 9 juin 1796.)
Quand il pense à ses amies de Paris, avec lesquelles il a tant de
confidences à échanger «sur le bon vieux temps passé», l’honnête diplomate
se rassure et s’inquiète tour à tour, suivant les nouvelles qu’il reçoit de la
duchesse, ou qu’il lit dans la «Gazette». Mᵐᵉ d’Aiguillon l’«instruit des
carrés(?)» qu’elle se propose d’établir dans sa propriété, et de la «situation de
son économie de Ruel qui assurément va mieux que la sienne à Ek, où il est
entouré d’un grand lac». (Lettre du 23 juin). Il est tout à fait tranquille,
devait assister à la levée des scellés apposés dans l’hôtel d’Aiguillon (lettre
du 3 juin).
Elle avait en conséquence élu domicile chez sa vieille amie Mᵐᵉ de Laigle,
qui était frappée de paralysie; elle craignait des rechutes. Et le bon Scheffer,
quoique comprenant ces appréhensions, se défendait de croire à l’imminence
d’une fin prochaine pour une personne dont il ne cessait de réclamer des
nouvelles dans chacune de ses lettres, car il avait vu des paralytiques «vivre
encore longtemps même avec la bouche de travers».
Le frère de l’ancien ambassadeur de Suède aborde des sujets d’ordre
moins intime. Il annonce l’arrivée prochaine, comme envoyé de la
République, «du fameux Pichegru[614], qui a conquis la Flandre et la
Hollande: on le loue pour ses qualités morales». Et, tout en félicitant
«Madame la duchesse de sa correspondance bien rentrée dans son train
ordinaire»—elle devait être en effet fort irrégulière—il traite une question
intéressant au plus haut point la veuve de l’ancien ministre et dont elle avait
déjà entretenu son correspondant:
«Je n’ai point vu les Mémoires du duc d’Aiguillon et du comte de
Maurepas[615], bien que je lirais avec le plus vif intérêt tout ce qui regarde
des personnes si illustres et avec qui j’ai été lié à Paris; mais je voudrais alors
voir la vérité et non un fatras d’anecdotes, vraies ou fausses, mais à qui on
donne une tournure odieuse et (illisible) vers le but de l’objet que les auteurs
se proposent.
Les Mémoires de Richelieu sont venus dans ce pays. C’est un ouvrage de
deux gros volumes mais qui ne sont pas proprement la vie du maréchal.
L’objet principal a été de dire tout le mal possible de Louis XV, de la reine et
de la Cour. J’ai vu avec plaisir que vous n’étiez pas nommée; apparemment
qu’il n’a pas pu dire de mal de vous. Et votre mari, quoique nommé, n’y est
pas aussi barbouillé que d’autres; il n’est pas sans avoir eu quelque coup de
patte.» (Lettre du 9 juin 1796.)
Quand il pense à ses amies de Paris, avec lesquelles il a tant de
confidences à échanger «sur le bon vieux temps passé», l’honnête diplomate
se rassure et s’inquiète tour à tour, suivant les nouvelles qu’il reçoit de la
duchesse, ou qu’il lit dans la «Gazette». Mᵐᵉ d’Aiguillon l’«instruit des
carrés(?)» qu’elle se propose d’établir dans sa propriété, et de la «situation de
son économie de Ruel qui assurément va mieux que la sienne à Ek, où il est
entouré d’un grand lac». (Lettre du 23 juin). Il est tout à fait tranquille,
Page 218
maintenant que ce travail est «achevé sans accident ni événement fâcheux».
Mais le voici dans des transes nouvelles, depuis qu’il sait par la gazette
«qu’une femme près de Paris a été attaquée dans sa maison». (Lettre du 30.)
Evidemment les environs de la grande ville sont infestés de rôdeurs; c’est
une maladie endémique dont a souffert de tout temps la banlieue suburbaine.
Mais la duchesse n’est pas femme à s’effrayer: qu’a-t-elle à craindre? écrit-
elle; il n’y a rien à prendre chez une fermière; on ne peut pas tondre un œuf.
«Ce mépris du danger» fait de la peine à Scheffer. Il est toutefois d’autres
rapines dont se préoccuperait davantage «la fermière». Nous l’apprenons par
son correspondant: «J’avais espéré qu’on vous rendrait justice sur vos justes
prétentions; mais je vois que vous êtes à la veille d’être inquiétée sur la
garenne de Ruel que vous possédez à si juste titre.» L’ami de la France
s’affirme dans ces petites phrases: «Je vous félicite du succès de vos armées
en Italie[616]. Si cela continue, on va vous gorger d’argent... Votre
ambassadeur Lehoc a été fort regretté[617]».
Puis le digne gentilhomme fait un retour sur lui-même et termine sa lettre
par un mot charmant:
«Dans quinze jours, j’entre dans ma quatre-vingtième année; ma main est
bien tremblante, mais mon cœur est toujours le même pour vous.» (Lettre du
21 juillet.)
Cette noble affection s’affirme plus encore, à la réception d’une lettre où
Mᵐᵉ d’Aiguillon se désole de la situation de Mᵐᵉ de Laigle qui empire chaque
jour: «Que ne puis-je être auprès de vous pour vous sauver de vous-même,
pour vous prouver qu’il existe un ami tendre et fidèle; mais cette consolation
m’est refusée et j’en suis au désespoir». (Lettre du 28 juillet.)
Mᵐᵉ de Laigle s’était rétablie de sa crise; mais les intérêts de la duchesse
se trouvaient de jour en jour plus compromis. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui avait
reporté toute sa tendresse maternelle sur l’enfant de son fils, dont elle n’était
pas séparée, pressentait dans un avenir prochain une spoliation qui l’eût
ruinée infailliblement. Scheffer s’indigne:
«Mais, s’écrie-t-il, votre petit-fils n’est pas sorti de France et on le
dépouille de ses biens! Vous n’avez jamais eu de part aux (illisible) de ceux
dont on est mécontent. Vous ne l’avez pas fait; et cependant on vous punit!
C’est inouï!» (Lettre du 2 août.)
Dans celle du 11 août, l’ancien diplomate revient sur un sujet dont
s’occupe volontiers la grande dame:
Mais le voici dans des transes nouvelles, depuis qu’il sait par la gazette
«qu’une femme près de Paris a été attaquée dans sa maison». (Lettre du 30.)
Evidemment les environs de la grande ville sont infestés de rôdeurs; c’est
une maladie endémique dont a souffert de tout temps la banlieue suburbaine.
Mais la duchesse n’est pas femme à s’effrayer: qu’a-t-elle à craindre? écrit-
elle; il n’y a rien à prendre chez une fermière; on ne peut pas tondre un œuf.
«Ce mépris du danger» fait de la peine à Scheffer. Il est toutefois d’autres
rapines dont se préoccuperait davantage «la fermière». Nous l’apprenons par
son correspondant: «J’avais espéré qu’on vous rendrait justice sur vos justes
prétentions; mais je vois que vous êtes à la veille d’être inquiétée sur la
garenne de Ruel que vous possédez à si juste titre.» L’ami de la France
s’affirme dans ces petites phrases: «Je vous félicite du succès de vos armées
en Italie[616]. Si cela continue, on va vous gorger d’argent... Votre
ambassadeur Lehoc a été fort regretté[617]».
Puis le digne gentilhomme fait un retour sur lui-même et termine sa lettre
par un mot charmant:
«Dans quinze jours, j’entre dans ma quatre-vingtième année; ma main est
bien tremblante, mais mon cœur est toujours le même pour vous.» (Lettre du
21 juillet.)
Cette noble affection s’affirme plus encore, à la réception d’une lettre où
Mᵐᵉ d’Aiguillon se désole de la situation de Mᵐᵉ de Laigle qui empire chaque
jour: «Que ne puis-je être auprès de vous pour vous sauver de vous-même,
pour vous prouver qu’il existe un ami tendre et fidèle; mais cette consolation
m’est refusée et j’en suis au désespoir». (Lettre du 28 juillet.)
Mᵐᵉ de Laigle s’était rétablie de sa crise; mais les intérêts de la duchesse
se trouvaient de jour en jour plus compromis. Et Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui avait
reporté toute sa tendresse maternelle sur l’enfant de son fils, dont elle n’était
pas séparée, pressentait dans un avenir prochain une spoliation qui l’eût
ruinée infailliblement. Scheffer s’indigne:
«Mais, s’écrie-t-il, votre petit-fils n’est pas sorti de France et on le
dépouille de ses biens! Vous n’avez jamais eu de part aux (illisible) de ceux
dont on est mécontent. Vous ne l’avez pas fait; et cependant on vous punit!
C’est inouï!» (Lettre du 2 août.)
Dans celle du 11 août, l’ancien diplomate revient sur un sujet dont
s’occupe volontiers la grande dame:
Page 219
«Vous me parlez des mémoires d’Aiguillon, de Richelieu, de Maurepas et
vous les regardez tous comme apocryphes[618].
«Je suis assez de votre avis, surtout n’ayant point vu les deux premiers et
ne sachant s’ils existent. Quant à ceux du maréchal, comme il est uniquement
en vue de favoriser le gouvernement révolutionnaire chez vous, il est assez
naturel qu’on veuille se servir de noms aussi connus pour remplir ce but.
L’auteur des Mémoires ne dit pas qu’ils soient écrits sous sa dictée ou par lui-
même; mais il peut avoir du maréchal un amas immense de lettres, des
annotations, des notes, sur lesquels il a composé son livre. Ce livre se fait lire
avidement; et bien des gens y croient comme à l’Evangile.»
Ce fut la dernière lettre de son vieil ami que put lire, si elle la lut, la
duchesse d’Aiguillon. Elle lui était adressée le 11 août 1796; et la grande
dame, devenue fermière, mourait, dans son exploitation de Ruel, le 15
septembre suivant[619], d’une maladie de langueur causée par ses douleurs et
ses deuils.
Par une cruelle ironie du sort, Scheffer lui écrivait dans cette même lettre:
«Votre lettre, madame la duchesse, du 13 du passé (juillet) m’est bien
arrivée. Vous m’apprenez que votre amie est hors d’affaire, mais que les
craintes pour l’avenir vous restent. Dans la joie de mon âme, je me réjouis de
savoir qu’elle vous reste encore. Vous êtes trop nécessaires l’une à l’autre
pour jamais vous séparer et si mes vœux pour vous sont exaucés, vous irez au
moins aussi loin que Mᵐᵉ votre tante, Mᵐᵉ de Maurepas. Dieu veuille
seulement que les temps puissent changer pour vous et que je vous sache plus
heureuse que vous n’êtes actuellement!»
Mᵐᵉ de Laigle avait-elle survécu à son amie?
Ainsi disparaissait dans l’obscurité, dans la solitude, dans l’abandon et
presque dans la misère, une femme qui avait été jadis si entourée, si fêtée, si
courtisée, une des premières à la première cour du monde. Elle avait habité
de superbes palais, s’était assise à la table des rois et avait présidé aux fêtes
les plus somptueuses. Mais, au milieu du luxe et des grandeurs, elle était
restée simple, vraie et bienveillante. Dans l’incessant conflit entre les
passions les plus viles et les intrigues les plus basses, elle avait conservé sa
franchise, sa droiture, sa loyauté. Car elle n’était ni vaine, ni ambitieuse. Elle
n’avait dans le cœur d’autre sentiment que celui de la famille, d’autre amour
que celui de son mari, d’autre idéal que l’honneur du nom. Aussi, frappée
dans toutes ses tendresses et dans toutes ses affections, passa-t-elle sa vie à
souffrir. Mais la douleur n’eut jamais raison de son énergie. L’adversité
vous les regardez tous comme apocryphes[618].
«Je suis assez de votre avis, surtout n’ayant point vu les deux premiers et
ne sachant s’ils existent. Quant à ceux du maréchal, comme il est uniquement
en vue de favoriser le gouvernement révolutionnaire chez vous, il est assez
naturel qu’on veuille se servir de noms aussi connus pour remplir ce but.
L’auteur des Mémoires ne dit pas qu’ils soient écrits sous sa dictée ou par lui-
même; mais il peut avoir du maréchal un amas immense de lettres, des
annotations, des notes, sur lesquels il a composé son livre. Ce livre se fait lire
avidement; et bien des gens y croient comme à l’Evangile.»
Ce fut la dernière lettre de son vieil ami que put lire, si elle la lut, la
duchesse d’Aiguillon. Elle lui était adressée le 11 août 1796; et la grande
dame, devenue fermière, mourait, dans son exploitation de Ruel, le 15
septembre suivant[619], d’une maladie de langueur causée par ses douleurs et
ses deuils.
Par une cruelle ironie du sort, Scheffer lui écrivait dans cette même lettre:
«Votre lettre, madame la duchesse, du 13 du passé (juillet) m’est bien
arrivée. Vous m’apprenez que votre amie est hors d’affaire, mais que les
craintes pour l’avenir vous restent. Dans la joie de mon âme, je me réjouis de
savoir qu’elle vous reste encore. Vous êtes trop nécessaires l’une à l’autre
pour jamais vous séparer et si mes vœux pour vous sont exaucés, vous irez au
moins aussi loin que Mᵐᵉ votre tante, Mᵐᵉ de Maurepas. Dieu veuille
seulement que les temps puissent changer pour vous et que je vous sache plus
heureuse que vous n’êtes actuellement!»
Mᵐᵉ de Laigle avait-elle survécu à son amie?
Ainsi disparaissait dans l’obscurité, dans la solitude, dans l’abandon et
presque dans la misère, une femme qui avait été jadis si entourée, si fêtée, si
courtisée, une des premières à la première cour du monde. Elle avait habité
de superbes palais, s’était assise à la table des rois et avait présidé aux fêtes
les plus somptueuses. Mais, au milieu du luxe et des grandeurs, elle était
restée simple, vraie et bienveillante. Dans l’incessant conflit entre les
passions les plus viles et les intrigues les plus basses, elle avait conservé sa
franchise, sa droiture, sa loyauté. Car elle n’était ni vaine, ni ambitieuse. Elle
n’avait dans le cœur d’autre sentiment que celui de la famille, d’autre amour
que celui de son mari, d’autre idéal que l’honneur du nom. Aussi, frappée
dans toutes ses tendresses et dans toutes ses affections, passa-t-elle sa vie à
souffrir. Mais la douleur n’eut jamais raison de son énergie. L’adversité
Page 220
fortifia son âme au lieu de l’abattre. Elle ne fut jamais si grande, ni d’humeur
si égale que lorsqu’elle fut le jouet de la tempête. Elle fut tour à tour victime
des manœuvres perfides de ses pairs et de l’aveugle violence du populaire.
Septuagénaire, elle se résigna, sans récriminations, mais au contraire le
sourire sur ses lèvres, à n’être plus qu’une simple fermière; mais, dans un
temps où des seigneurs de l’ancienne cour se cachaient sous une défroque
jacobine, elle signait fièrement Plélo d’Aiguillon: les noms du héros que fut
son père et de l’admirable femme qu’était sa mère, associés à celui du prêtre
génial qui, le siècle précédent, avait assuré l’unité de la France.
La grande famille[620] à qui sont revenues d’aussi glorieuses traditions,
perpétuées par le trésor de magnifiques archives, ne pouvait recueillir de plus
noble héritage[621].
si égale que lorsqu’elle fut le jouet de la tempête. Elle fut tour à tour victime
des manœuvres perfides de ses pairs et de l’aveugle violence du populaire.
Septuagénaire, elle se résigna, sans récriminations, mais au contraire le
sourire sur ses lèvres, à n’être plus qu’une simple fermière; mais, dans un
temps où des seigneurs de l’ancienne cour se cachaient sous une défroque
jacobine, elle signait fièrement Plélo d’Aiguillon: les noms du héros que fut
son père et de l’admirable femme qu’était sa mère, associés à celui du prêtre
génial qui, le siècle précédent, avait assuré l’unité de la France.
La grande famille[620] à qui sont revenues d’aussi glorieuses traditions,
perpétuées par le trésor de magnifiques archives, ne pouvait recueillir de plus
noble héritage[621].
Page 221
APPENDICE I
L’ŒUVRE DE SOULAVIE
Les diverses publications historiques ou prétendues telles, entreprises de
1788 à 1801 par Soulavie, tiennent trop au cœur même de notre sujet, pour
que nous n’accordions pas quelques lignes à l’homme et à l’œuvre, d’après
M. Mazon (Histoire de Soulavie, Paris, 2 vol. in-8º 1893) et d’après Soulavie
lui-même.
Une société s’était formée, en 1790-91, pour imprimer et éditer à Paris,
rue de Condé, nº 7, une collection de Mémoires relatifs à l’histoire du règne
de Louis XV.
L’idée n’était pas neuve. Des spéculations de librairie, remontant à une
époque antérieure, avaient déjà attaché des aventuriers de lettres, à la plume
et à l’imagination faciles, à la confection de prétendus mémoires historiques
des règnes de Louis XIII et de Louis XIV. Quelques miettes de vérité
délayées dans un lourd fatras de faits douteux et d’anecdotes controuvées,
telle était la recette de ces indigestes compositions, dont le secret n’est pas
encore perdu.
Il semblait que la société de 1790 dût présenter plus de garanties. M. de
Laborde était, en grande partie, «propriétaire de la collection» projetée; et
Soulavie, ancien ecclésiastique, savant doublé d’un érudit, devait diriger la
publication.
Ce n’était pas, toutefois, qu’il ne fût, lui aussi, sujet à caution. Du vivant
du maréchal de Richelieu, et pendant trois années, il avait pu, grâce à la
confiance de ce grand seigneur, que ses attaches et ses intrigues avaient mis
en possession de si précieux documents, explorer les portefeuilles mis à sa
disposition par Losques, le bibliothécaire du vieux courtisan. Il venait
précisément d’en tirer les premiers volumes des Mémoires du duc de
Richelieu, récit, quelquefois fidèle et amusant, mais trop souvent
romanesque, invraisemblable et satirique, d’événements auxquels le maréchal
avait été si particulièrement mêlé. Aussi le duc de Fronsac, qui avait pourtant
fourni des notes à Soulavie, crut-il devoir protester, au nom de la mémoire de
son père, contre les inexactitudes et l’esprit tendancieux d’une publication
L’ŒUVRE DE SOULAVIE
Les diverses publications historiques ou prétendues telles, entreprises de
1788 à 1801 par Soulavie, tiennent trop au cœur même de notre sujet, pour
que nous n’accordions pas quelques lignes à l’homme et à l’œuvre, d’après
M. Mazon (Histoire de Soulavie, Paris, 2 vol. in-8º 1893) et d’après Soulavie
lui-même.
Une société s’était formée, en 1790-91, pour imprimer et éditer à Paris,
rue de Condé, nº 7, une collection de Mémoires relatifs à l’histoire du règne
de Louis XV.
L’idée n’était pas neuve. Des spéculations de librairie, remontant à une
époque antérieure, avaient déjà attaché des aventuriers de lettres, à la plume
et à l’imagination faciles, à la confection de prétendus mémoires historiques
des règnes de Louis XIII et de Louis XIV. Quelques miettes de vérité
délayées dans un lourd fatras de faits douteux et d’anecdotes controuvées,
telle était la recette de ces indigestes compositions, dont le secret n’est pas
encore perdu.
Il semblait que la société de 1790 dût présenter plus de garanties. M. de
Laborde était, en grande partie, «propriétaire de la collection» projetée; et
Soulavie, ancien ecclésiastique, savant doublé d’un érudit, devait diriger la
publication.
Ce n’était pas, toutefois, qu’il ne fût, lui aussi, sujet à caution. Du vivant
du maréchal de Richelieu, et pendant trois années, il avait pu, grâce à la
confiance de ce grand seigneur, que ses attaches et ses intrigues avaient mis
en possession de si précieux documents, explorer les portefeuilles mis à sa
disposition par Losques, le bibliothécaire du vieux courtisan. Il venait
précisément d’en tirer les premiers volumes des Mémoires du duc de
Richelieu, récit, quelquefois fidèle et amusant, mais trop souvent
romanesque, invraisemblable et satirique, d’événements auxquels le maréchal
avait été si particulièrement mêlé. Aussi le duc de Fronsac, qui avait pourtant
fourni des notes à Soulavie, crut-il devoir protester, au nom de la mémoire de
son père, contre les inexactitudes et l’esprit tendancieux d’une publication
Page 222
qu’il condamnait. Soulavie affirma que le maréchal avait au contraire
encouragé un travail dont il avait fourni les matériaux.
Presque en même temps, paraissait dans la collection de Laborde, où
Soulavie était seul en nom, la première édition de ces Mémoires, célèbres
entre tous, monument littéraire et historique qui a rendu impérissable le nom
de Saint-Simon.
Nombreuses furent les publications, annoncées ou parues, connues ou
ignorées, qui, en se succédant, ne démontrèrent que trop avec quelle
déplorable désinvolture Soulavie traitait les documents historiques, mutilant,
défigurant, supprimant ou interpolant, suivant les besoins de la cause.
Nous ne retiendrons de cette liste que trois ouvrages, plus ou moins
attribués à Soulavie, deux surtout que nous ne pouvions négliger pour la mise
au point de notre travail.
1º Les Mémoires du comte de Maurepas qui s’arrêtent à la disgrâce de ce
ministre, sacrifié à la rancune de Mᵐᵉ de Pompadour.
2º Les Mémoires du duc de Choiseul, compilation, en diverses parties, des
pièces officielles émanées de cet homme d’Etat, en même temps qu’une
longue diatribe, sous son nom, contre le duc d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du Barry.
Soulavie dut y ajouter certainement du sien. Nous verrons la thèse contraire
dans les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon. Rien que cette façon de
plaider le pour et le contre en dit assez sur la probité littéraire et sur la
moralité du rédacteur.
3º Les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon. C’est Soulavie qui en
déterminera lui-même l’attribution dans un passage de ses Mémoires sur le
règne de Louis XVI (tome I, p. 241). Il reconnaît qu’il a publié ceux du
ministère du duc d’Aiguillon d’après les notes fournies à Mirabeau par le
maréchal de Richelieu. Mais celles-ci, à en croire les indications inédites de
Soulavie recueillies par M. de Monmerqué, subirent, avant et pendant
l’impression, des modifications importantes dont certaines méritent d’être
signalées. D’abord, M. de Laborde, qui n’aimait pas Choiseul, avait révisé
soigneusement les chapitres concernant l’ancien ministre. Il est de fait que
soixante pages du livre (110-172) sont une exécution en règle de Choiseul.
Une autre note inédite de Soulavie, transcrite par M. de Monmerqué à la
page 327, nous donne le mot du chapitre dont elle est l’en-tête et qui est
intitulé Remarques sur les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon—autant
de rectifications de certaines assertions contenues dans le volume,
rectifications ainsi affirmées: «Ces notes ont été données à M. Soulavie par
encouragé un travail dont il avait fourni les matériaux.
Presque en même temps, paraissait dans la collection de Laborde, où
Soulavie était seul en nom, la première édition de ces Mémoires, célèbres
entre tous, monument littéraire et historique qui a rendu impérissable le nom
de Saint-Simon.
Nombreuses furent les publications, annoncées ou parues, connues ou
ignorées, qui, en se succédant, ne démontrèrent que trop avec quelle
déplorable désinvolture Soulavie traitait les documents historiques, mutilant,
défigurant, supprimant ou interpolant, suivant les besoins de la cause.
Nous ne retiendrons de cette liste que trois ouvrages, plus ou moins
attribués à Soulavie, deux surtout que nous ne pouvions négliger pour la mise
au point de notre travail.
1º Les Mémoires du comte de Maurepas qui s’arrêtent à la disgrâce de ce
ministre, sacrifié à la rancune de Mᵐᵉ de Pompadour.
2º Les Mémoires du duc de Choiseul, compilation, en diverses parties, des
pièces officielles émanées de cet homme d’Etat, en même temps qu’une
longue diatribe, sous son nom, contre le duc d’Aiguillon et Mᵐᵉ Du Barry.
Soulavie dut y ajouter certainement du sien. Nous verrons la thèse contraire
dans les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon. Rien que cette façon de
plaider le pour et le contre en dit assez sur la probité littéraire et sur la
moralité du rédacteur.
3º Les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon. C’est Soulavie qui en
déterminera lui-même l’attribution dans un passage de ses Mémoires sur le
règne de Louis XVI (tome I, p. 241). Il reconnaît qu’il a publié ceux du
ministère du duc d’Aiguillon d’après les notes fournies à Mirabeau par le
maréchal de Richelieu. Mais celles-ci, à en croire les indications inédites de
Soulavie recueillies par M. de Monmerqué, subirent, avant et pendant
l’impression, des modifications importantes dont certaines méritent d’être
signalées. D’abord, M. de Laborde, qui n’aimait pas Choiseul, avait révisé
soigneusement les chapitres concernant l’ancien ministre. Il est de fait que
soixante pages du livre (110-172) sont une exécution en règle de Choiseul.
Une autre note inédite de Soulavie, transcrite par M. de Monmerqué à la
page 327, nous donne le mot du chapitre dont elle est l’en-tête et qui est
intitulé Remarques sur les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon—autant
de rectifications de certaines assertions contenues dans le volume,
rectifications ainsi affirmées: «Ces notes ont été données à M. Soulavie par
Page 223
M. d’Aiguillon et sa mère, veuve, à condition que tant qu’ils vivraient, M.
Soulavie ne dirait jamais les tenir de leurs mains».
Enfin, suivant son habitude, Soulavie apporte sa part de collaboration à
l’œuvre de Mirabeau; son biographe, M. Mazon, la signale à la fin du
volume, à propos d’un plan gouvernemental, que nous retrouverons en son
temps, et d’embellissements de Paris où Soulavie s’annonce comme un
précurseur du baron Haussmann.
Et cependant, en tenant compte de toutes ces réserves, il importe de
reconnaître que les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon constituent
pour l’étude qui nous occupe un document de premier ordre. Il s’accorde
mieux assurément avec les pièces officielles du temps que toutes les autres
compilations de Soulavie.
Cet homme avait le génie de l’inexactitude... voulue, qui ressemble
singulièrement à de la mauvaise foi, alors que les circonstances l’avaient si
bien servi. En bonne posture auprès des Jacobins, il avait été chargé, après le
10 août, de dresser l’inventaire des papiers de Louis XVI. Mieux encore, la
protection de Robespierre—faveur si rare—l’avait fait nommer ministre de la
République à Genève. Et le diplomate improvisé (à quoi mène le
publicisme!) dut assurément profiter de la bienveillance du maître pour
consulter ces archives des affaires étrangères que l’Incorruptible avait eu le
bon sens de laisser, comme le ministère lui-même, entre les mains expertes
des premiers commis de l’ancien régime.
Sans doute, la carrière diplomatique de Soulavie ne fut pas exempte de
déboires; mais cet infatigable compilateur sut s’en consoler par une série de
nouvelles publications qu’il faut contrôler aussi minutieusement que les
précédentes.—Ce fut ainsi qu’il fit paraître, en 1801, ses Mémoires
historiques et politiques du règne de Louis XVI, dans lesquels il reconnaît
(tome I, p. 192) avoir composé cet ouvrage diffus et prolixe, mais bourré de
faits curieux, sur des notes que lui avaient remises Richelieu, le duc de
Fronsac, Mᵐᵉ d’Aiguillon, M. de Laborde et le cardinal de Luynes.
Soulavie ne dirait jamais les tenir de leurs mains».
Enfin, suivant son habitude, Soulavie apporte sa part de collaboration à
l’œuvre de Mirabeau; son biographe, M. Mazon, la signale à la fin du
volume, à propos d’un plan gouvernemental, que nous retrouverons en son
temps, et d’embellissements de Paris où Soulavie s’annonce comme un
précurseur du baron Haussmann.
Et cependant, en tenant compte de toutes ces réserves, il importe de
reconnaître que les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon constituent
pour l’étude qui nous occupe un document de premier ordre. Il s’accorde
mieux assurément avec les pièces officielles du temps que toutes les autres
compilations de Soulavie.
Cet homme avait le génie de l’inexactitude... voulue, qui ressemble
singulièrement à de la mauvaise foi, alors que les circonstances l’avaient si
bien servi. En bonne posture auprès des Jacobins, il avait été chargé, après le
10 août, de dresser l’inventaire des papiers de Louis XVI. Mieux encore, la
protection de Robespierre—faveur si rare—l’avait fait nommer ministre de la
République à Genève. Et le diplomate improvisé (à quoi mène le
publicisme!) dut assurément profiter de la bienveillance du maître pour
consulter ces archives des affaires étrangères que l’Incorruptible avait eu le
bon sens de laisser, comme le ministère lui-même, entre les mains expertes
des premiers commis de l’ancien régime.
Sans doute, la carrière diplomatique de Soulavie ne fut pas exempte de
déboires; mais cet infatigable compilateur sut s’en consoler par une série de
nouvelles publications qu’il faut contrôler aussi minutieusement que les
précédentes.—Ce fut ainsi qu’il fit paraître, en 1801, ses Mémoires
historiques et politiques du règne de Louis XVI, dans lesquels il reconnaît
(tome I, p. 192) avoir composé cet ouvrage diffus et prolixe, mais bourré de
faits curieux, sur des notes que lui avaient remises Richelieu, le duc de
Fronsac, Mᵐᵉ d’Aiguillon, M. de Laborde et le cardinal de Luynes.
Page 224
APPENDICE II
NÉGOCIATIONS SECRÈTES DE BEAUMARCHAIS
Quelques mois auparavant, Louis XV avait employé Beaumarchais pour
le rachat d’un libelle de Théveneau de Morande contre Mᵐᵉ Du Barry. M.
Robiquet a donné dans son Théveneau de Morande (Paris, 1882, p. 43) le
récit de cette négociation:
«C’est La Borde... qui désigna Beaumarchais au vieux roi, alors à la
recherche d’un homme supérieur dans la négociation...» pour avoir raison du
terrible biographe de Mᵐᵉ Du Barry.
Beaumarchais accepta la mission délicate qui lui était proposée et se
rendit à Londres, en mars 1774, sous le nom de Ronac, anagramme de Caron.
Morande ne demandait qu’à se laisser corrompre. Dans les lettres qu’il
avait adressées au duc d’Aiguillon et à M. de Sartine, l’auteur des Mémoires
secrets d’une fille publique avait lui-même fait son prix. D’après ce que
raconte Dutens dans les Mémoires d’un voyageur qui se repose, il fut
convenu, entre l’envoyé de Louis XV et le libelliste, que ce dernier
supprimerait toute l’édition, moyennant une somme de 32.000 livres et une
pension de 4.000, dont la moitié serait reversible sur la tête de sa femme.
M. de Loménie dit, nous ne savons sur la foi de quels témoignages, que
Morande ne toucha qu’un capital de 20.000 francs comptant; mais la Police
dévoilée (de Manuel) et le Diable dans un bénitier (de Lafite de Pellepore)
donnent le même chiffre que Dutens qui tenait ces renseignements de
Beaumarchais en personne.
Quant à la pension de 4.000 livres, d’autres disent 4.800, c’était un contrat
de rente bien authentique.
Tous les exemplaires de la biographie de Mᵐᵉ Du Barry furent brûlés dans
un foyer à briques aux environs de Londres. On n’épargna qu’un seul
exemplaire. Les feuillets furent coupés en deux moitiés: Beaumarchais garda
l’une et Morande l’autre. Si l’ouvrage reparaissait, le contrat serait frappé de
nullité...
... Le duc d’Aiguillon aurait bien voulu savoir quelles personnes de la
cour renseignaient Morande avec une perfidie et une exactitude si
NÉGOCIATIONS SECRÈTES DE BEAUMARCHAIS
Quelques mois auparavant, Louis XV avait employé Beaumarchais pour
le rachat d’un libelle de Théveneau de Morande contre Mᵐᵉ Du Barry. M.
Robiquet a donné dans son Théveneau de Morande (Paris, 1882, p. 43) le
récit de cette négociation:
«C’est La Borde... qui désigna Beaumarchais au vieux roi, alors à la
recherche d’un homme supérieur dans la négociation...» pour avoir raison du
terrible biographe de Mᵐᵉ Du Barry.
Beaumarchais accepta la mission délicate qui lui était proposée et se
rendit à Londres, en mars 1774, sous le nom de Ronac, anagramme de Caron.
Morande ne demandait qu’à se laisser corrompre. Dans les lettres qu’il
avait adressées au duc d’Aiguillon et à M. de Sartine, l’auteur des Mémoires
secrets d’une fille publique avait lui-même fait son prix. D’après ce que
raconte Dutens dans les Mémoires d’un voyageur qui se repose, il fut
convenu, entre l’envoyé de Louis XV et le libelliste, que ce dernier
supprimerait toute l’édition, moyennant une somme de 32.000 livres et une
pension de 4.000, dont la moitié serait reversible sur la tête de sa femme.
M. de Loménie dit, nous ne savons sur la foi de quels témoignages, que
Morande ne toucha qu’un capital de 20.000 francs comptant; mais la Police
dévoilée (de Manuel) et le Diable dans un bénitier (de Lafite de Pellepore)
donnent le même chiffre que Dutens qui tenait ces renseignements de
Beaumarchais en personne.
Quant à la pension de 4.000 livres, d’autres disent 4.800, c’était un contrat
de rente bien authentique.
Tous les exemplaires de la biographie de Mᵐᵉ Du Barry furent brûlés dans
un foyer à briques aux environs de Londres. On n’épargna qu’un seul
exemplaire. Les feuillets furent coupés en deux moitiés: Beaumarchais garda
l’une et Morande l’autre. Si l’ouvrage reparaissait, le contrat serait frappé de
nullité...
... Le duc d’Aiguillon aurait bien voulu savoir quelles personnes de la
cour renseignaient Morande avec une perfidie et une exactitude si
Page 225
dangereuses pour le repos du roi. Mais le pamphlétaire ne livra pas des
secrets qui faisaient sa force, et Beaumarchais affirme, dans un mémoire
adressé à Louis XVI, qu’il refusa, de son côté, de «jouer le rôle infâme de
délateur».
secrets qui faisaient sa force, et Beaumarchais affirme, dans un mémoire
adressé à Louis XVI, qu’il refusa, de son côté, de «jouer le rôle infâme de
délateur».
Page 226
APPENDICE III
NOUVELLISTES A LA MAIN EN 1774
Le duc d’Aiguillon fut-il réellement, sinon l’inspirateur, du moins le
commanditaire de cette fabrique d’ignobles opuscules qui couvrirent de fiel
et de boue Marie-Antoinette? Cette œuvre de scandale et de calomnie n’entra
en activité, dans ce qui concerne, et la reine de France, et la femme du roi,
qu’à l’avènement de Louis XVI. Or, nos recherches personnelles[622] nous
ont fait découvrir un acte d’association, dans cette même année, pour la
composition et l’exploitation des Nouvelles à la main, entre un gazetier
famélique et le chevalier d’Abrieu, secrétaire intime de M. d’Aiguillon. Le
traité suivit-il son cours entre les deux parties contractantes? Nous n’avons
trouvé aucune pièce qui autorise à l’affirmer.
Mais, dans un autre carton des archives de la Bastille[623], nous avons
rencontré, parmi les papiers d’un gazetier de la même époque, des pièces
intéressantes qui établissent une sorte de connexion entre l’abandon de son
industrie par le nouvelliste et la démission du ministre de Louis XV.
Signalons tout d’abord le registre d’abonnement de ce journaliste à la
main[624], registre où nous relevons, entre autres noms, ceux de «M. le duc de
Choiseul en son château à Chanteloup, par Amboise» et de «Monseigneur le
comte d’Artois» par l’intermédiaire de son premier valet de chambre, avec
cette mention: «Il faut mettre un point à l’A». Nous retrouvons sur l’un des
feuillets l’adresse du cardinal de Bernis à Rome et celle du «chevalier de
Balleroy, brigadier des armées du roi à Bayeux», mais tous deux ont cessé
leur abonnement depuis le 14 janvier 1774.
Le document le plus curieux du dossier Surgeon est encore cette note
qu’adresse, le 25 juillet 1774, au lieutenant général de police, l’inspecteur
Goupil.[625]
«... J’ai l’honneur de vous rendre compte que, dans les recherches et
démarches que j’ai faites à l’occasion des Nouvelles à la main dont vous avez
bien voulu me charger, je suis parvenu à savoir du sieur Renaud et son
épouse que plusieurs personnes se mêlaient d’abonner pour les provinces.
J’ai même été sans succès dans les endroits qu’ils m’ont indiqués, puisque
NOUVELLISTES A LA MAIN EN 1774
Le duc d’Aiguillon fut-il réellement, sinon l’inspirateur, du moins le
commanditaire de cette fabrique d’ignobles opuscules qui couvrirent de fiel
et de boue Marie-Antoinette? Cette œuvre de scandale et de calomnie n’entra
en activité, dans ce qui concerne, et la reine de France, et la femme du roi,
qu’à l’avènement de Louis XVI. Or, nos recherches personnelles[622] nous
ont fait découvrir un acte d’association, dans cette même année, pour la
composition et l’exploitation des Nouvelles à la main, entre un gazetier
famélique et le chevalier d’Abrieu, secrétaire intime de M. d’Aiguillon. Le
traité suivit-il son cours entre les deux parties contractantes? Nous n’avons
trouvé aucune pièce qui autorise à l’affirmer.
Mais, dans un autre carton des archives de la Bastille[623], nous avons
rencontré, parmi les papiers d’un gazetier de la même époque, des pièces
intéressantes qui établissent une sorte de connexion entre l’abandon de son
industrie par le nouvelliste et la démission du ministre de Louis XV.
Signalons tout d’abord le registre d’abonnement de ce journaliste à la
main[624], registre où nous relevons, entre autres noms, ceux de «M. le duc de
Choiseul en son château à Chanteloup, par Amboise» et de «Monseigneur le
comte d’Artois» par l’intermédiaire de son premier valet de chambre, avec
cette mention: «Il faut mettre un point à l’A». Nous retrouvons sur l’un des
feuillets l’adresse du cardinal de Bernis à Rome et celle du «chevalier de
Balleroy, brigadier des armées du roi à Bayeux», mais tous deux ont cessé
leur abonnement depuis le 14 janvier 1774.
Le document le plus curieux du dossier Surgeon est encore cette note
qu’adresse, le 25 juillet 1774, au lieutenant général de police, l’inspecteur
Goupil.[625]
«... J’ai l’honneur de vous rendre compte que, dans les recherches et
démarches que j’ai faites à l’occasion des Nouvelles à la main dont vous avez
bien voulu me charger, je suis parvenu à savoir du sieur Renaud et son
épouse que plusieurs personnes se mêlaient d’abonner pour les provinces.
J’ai même été sans succès dans les endroits qu’ils m’ont indiqués, puisque
Page 227
j’ai appris des sieurs Fréret et Landriau, avec la plus grande ingénuité, qu’ils
ne s’en étaient pas occupés depuis la retraite de M. le duc d’Aiguillon.»
Personne n’ignore que la plupart de ces gazettes étaient souvent très
mordicantes, comme on disait alors, et valaient à leurs auteurs ou leurs
colporteurs les honneurs de la Bastille.
Goupil, poursuivant ses perquisitions, retourne chez les Renaud. Ceux-ci
lui disent de s’adresser au domestique de Pidansat de Mairobert, le
continuateur des Mémoires de Bachaumont, mais lui recommandent de
«prendre bien garde à trouver le maître». Mairobert n’était pas d’humeur
accommodante. Aussi le policier ne peut-il dissimuler sa répugnance à tenter
une telle démarche. D’où cette petite scène de ménage que note
scrupuleusement Goupil:
«L’épouse, en regardant avec bonté son époux, lui a dit:
—Evitez à monsieur ce nouvel embarras et lui dites au plus juste où il
s’adressera.
L’époux, d’un air courroucé, a juré contre son épouse en lui disant:
—Taisez-vous, madame, et ne me compromettez. Vous savez que j’ai des
défenses de la police et que, depuis un mois, je ne me mêle plus de ces
nouvelles.
Ce qui m’a déterminé à me retirer», conclut l’inspecteur. Peut-être aussi
avait-il constaté que sa véritable personnalité était découverte.
Mais il n’avait pas abandonné la partie.
Le motif avoué de toutes ces recherches était bien l’interdiction des
Nouvelles à la main, mais le but véritable, soigneusement dissimulé, des
enquêtes policières était la capture d’un pamphlétaire qui avait lancé contre la
reine un libelle infâme, Le lever de l’Aurore. Or, Goupil le croyait, non sans
raison, affilié à l’une de ces agences de gazettes manuscrites, qui pullulaient
alors à Paris et qui, fort souvent, empruntaient leur misérable prose à un
office central de nouvelles dont elles étaient les abonnées. Goupil apprenait,
en effet, le 27 juillet 1774, les relations... littéraires de l’homme qu’il filait—
l’abbé Mercier, secrétaire de Marin, rédacteur à la Gazette de France—avec
les publicistes nommés Pignatel et Dubec. Et, pour en finir au plus vite,
l’inspecteur, armé de lettres de cachet, expédiait à la Bastille, le 28, tout ce
lot de journalistes de contrebande, y compris Arnoux, directeur-caissier de la
feuille officielle. Or, ce Dubec était précisément l’associé éventuel du
chevalier d’Abrieu; et l’une de ses lettres, conservée dans son dossier, certifie
ne s’en étaient pas occupés depuis la retraite de M. le duc d’Aiguillon.»
Personne n’ignore que la plupart de ces gazettes étaient souvent très
mordicantes, comme on disait alors, et valaient à leurs auteurs ou leurs
colporteurs les honneurs de la Bastille.
Goupil, poursuivant ses perquisitions, retourne chez les Renaud. Ceux-ci
lui disent de s’adresser au domestique de Pidansat de Mairobert, le
continuateur des Mémoires de Bachaumont, mais lui recommandent de
«prendre bien garde à trouver le maître». Mairobert n’était pas d’humeur
accommodante. Aussi le policier ne peut-il dissimuler sa répugnance à tenter
une telle démarche. D’où cette petite scène de ménage que note
scrupuleusement Goupil:
«L’épouse, en regardant avec bonté son époux, lui a dit:
—Evitez à monsieur ce nouvel embarras et lui dites au plus juste où il
s’adressera.
L’époux, d’un air courroucé, a juré contre son épouse en lui disant:
—Taisez-vous, madame, et ne me compromettez. Vous savez que j’ai des
défenses de la police et que, depuis un mois, je ne me mêle plus de ces
nouvelles.
Ce qui m’a déterminé à me retirer», conclut l’inspecteur. Peut-être aussi
avait-il constaté que sa véritable personnalité était découverte.
Mais il n’avait pas abandonné la partie.
Le motif avoué de toutes ces recherches était bien l’interdiction des
Nouvelles à la main, mais le but véritable, soigneusement dissimulé, des
enquêtes policières était la capture d’un pamphlétaire qui avait lancé contre la
reine un libelle infâme, Le lever de l’Aurore. Or, Goupil le croyait, non sans
raison, affilié à l’une de ces agences de gazettes manuscrites, qui pullulaient
alors à Paris et qui, fort souvent, empruntaient leur misérable prose à un
office central de nouvelles dont elles étaient les abonnées. Goupil apprenait,
en effet, le 27 juillet 1774, les relations... littéraires de l’homme qu’il filait—
l’abbé Mercier, secrétaire de Marin, rédacteur à la Gazette de France—avec
les publicistes nommés Pignatel et Dubec. Et, pour en finir au plus vite,
l’inspecteur, armé de lettres de cachet, expédiait à la Bastille, le 28, tout ce
lot de journalistes de contrebande, y compris Arnoux, directeur-caissier de la
feuille officielle. Or, ce Dubec était précisément l’associé éventuel du
chevalier d’Abrieu; et l’une de ses lettres, conservée dans son dossier, certifie
Page 228
qu’il était le prête-nom du titulaire de la Gazette de France, le trop fameux
Marin-Quesaco de Beaumarchais; car, celui-ci, à côté de son organe reconnu
et commandité par le gouvernement, avait un service de nouvelles, plus ou
moins licites, qu’il faisait distribuer en province. Dubec reconnaissait, sans
difficulté, qu’il avait fait commerce de nouvelles, mais qu’il avait cessé, sur
l’ordre de la police et repassé à son ancien associé Arnoux ses listes
d’abonnés. Il avouait également, comme d’ailleurs l’abbé Mercier, que le
secrétaire de Marin, dénoncé par son patron, avait collaboré à ses gazettes
manuscrites.
Evidemment, les diverses coïncidences que nous venons de relater entre la
suppression des Nouvelles, l’arrestation du pamphlétaire Mercier et la
démission du duc d’Aiguillon, ne doivent pas être passées sous silence; mais
elles ne peuvent fournir les éléments d’un acte d’accusation contre l’ancien
ministre[626].
Marin-Quesaco de Beaumarchais; car, celui-ci, à côté de son organe reconnu
et commandité par le gouvernement, avait un service de nouvelles, plus ou
moins licites, qu’il faisait distribuer en province. Dubec reconnaissait, sans
difficulté, qu’il avait fait commerce de nouvelles, mais qu’il avait cessé, sur
l’ordre de la police et repassé à son ancien associé Arnoux ses listes
d’abonnés. Il avouait également, comme d’ailleurs l’abbé Mercier, que le
secrétaire de Marin, dénoncé par son patron, avait collaboré à ses gazettes
manuscrites.
Evidemment, les diverses coïncidences que nous venons de relater entre la
suppression des Nouvelles, l’arrestation du pamphlétaire Mercier et la
démission du duc d’Aiguillon, ne doivent pas être passées sous silence; mais
elles ne peuvent fournir les éléments d’un acte d’accusation contre l’ancien
ministre[626].
Page 229
APPENDICE IV
Page 230
LE DERNIER D’AIGUILLON.—SON ROLE A LA CONSTITUANTE ET A
L’ARMÉE.—SON SÉJOUR A LONDRES.
Harcelé et vilipendé par les épigrammes et les pamphlets qui le représentaient,
travesti en poissarde, au milieu des furies des 5 et 6 octobre, d’Aiguillon avait fini par
s’émouvoir de tant d’outrages. Il en écrivit au Moniteur qui publia sa lettre dans le
numéro du 21 janvier 1790 (quelle coïncidence!). Après avoir «résisté longtemps»,
disait-il, à sa mère, à ses parents, à ses amis qui le pressaient de démentir «les lâches
accusations» portées contre lui, d’Aiguillon s’était décidé à se défendre, énumérait ses
démarches auprès du comité des recherches de l’Assemblée nationale, de la ville de
Paris, etc., etc. Il leur avait demandé de faire procéder à une enquête sur sa conduite. Il
mettait au défi ses accusateurs d’établir le bien-fondé de leurs griefs. Et il poursuivrait,
comme calomniateur, celui de ses ennemis qui renoncerait à l’anonymat, pour déclarer
que d’Aiguillon était réellement coupable des «horreurs» qu’on lui prêtait.
Il ne paraît pas que cette invitation ait été relevée sur le terrain où se plaçait
d’Aiguillon... Mais, le Journal général de la Cour et de la Ville, du 5 mai, ayant inséré
un quatrain des plus injurieux, signé De Meude-Monpas où se lisait le mot d’Aiguill...,
le député de la Constituante somma le journal et l’auteur de l’épigramme de
s’expliquer catégoriquement. Meude-Monpas répondit qu’il n’avait pas entendu
désigner sous le nom d’Aiguill... le duc d’Aiguillon. Celui-ci fit publier cette
déclaration signée dans le nº 145 du Moniteur (25 mai 1790) en l’accompagnant d’un
rappel de sa lettre parue le 21 janvier.
Mais la haine politique n’avait pas encore lâché sa proie. Et ce fut à la Constituante
qu’elle vint la ressaisir, non plus dans sa personnalité, mais dans celle de son père.
Le nº 343 du Moniteur nous en fournit la preuve.
Au cours de la séance du mardi soir 7 décembre 1790, le député royaliste Cazalès
s’exprimait ainsi:
«... La suppression d’un acte de procédure est une tyrannie. Qu’il me soit permis de
rappeler à ces Bretons, qui siègent dans cette assemblée, quelle fut leur juste
indignation, quand le feu roi fit enlever du greffe du Parlement de Paris la procédure
dirigée contre M. d’Aiguillon. Cette indignation fut juste: la France la partagea. Il n’y
eut pas un bon citoyen qui ne fût profondément affligé de voir le vertueux La Chalotais
rester sous le coup d’une accusation calomnieuse, quand le coupable d’Aiguillon
jouissait en paix des crimes qu’il avait commis dans cette province.»
Des murmures éclatèrent sur un grand nombre de bancs, car c’était surtout le fils
qui était visé plus que le père. Et l’attaque était d’autant plus illogique que celui-ci
avait défendu les prérogatives royales contre les Etats de Bretagne et que lui, Cazalès,
combattait pour elles au sein de l’Assemblée nationale.
D’Aiguillon fils avait demandé la parole; il répondit en ces termes à l’attaque de
son collègue:
L’ARMÉE.—SON SÉJOUR A LONDRES.
Harcelé et vilipendé par les épigrammes et les pamphlets qui le représentaient,
travesti en poissarde, au milieu des furies des 5 et 6 octobre, d’Aiguillon avait fini par
s’émouvoir de tant d’outrages. Il en écrivit au Moniteur qui publia sa lettre dans le
numéro du 21 janvier 1790 (quelle coïncidence!). Après avoir «résisté longtemps»,
disait-il, à sa mère, à ses parents, à ses amis qui le pressaient de démentir «les lâches
accusations» portées contre lui, d’Aiguillon s’était décidé à se défendre, énumérait ses
démarches auprès du comité des recherches de l’Assemblée nationale, de la ville de
Paris, etc., etc. Il leur avait demandé de faire procéder à une enquête sur sa conduite. Il
mettait au défi ses accusateurs d’établir le bien-fondé de leurs griefs. Et il poursuivrait,
comme calomniateur, celui de ses ennemis qui renoncerait à l’anonymat, pour déclarer
que d’Aiguillon était réellement coupable des «horreurs» qu’on lui prêtait.
Il ne paraît pas que cette invitation ait été relevée sur le terrain où se plaçait
d’Aiguillon... Mais, le Journal général de la Cour et de la Ville, du 5 mai, ayant inséré
un quatrain des plus injurieux, signé De Meude-Monpas où se lisait le mot d’Aiguill...,
le député de la Constituante somma le journal et l’auteur de l’épigramme de
s’expliquer catégoriquement. Meude-Monpas répondit qu’il n’avait pas entendu
désigner sous le nom d’Aiguill... le duc d’Aiguillon. Celui-ci fit publier cette
déclaration signée dans le nº 145 du Moniteur (25 mai 1790) en l’accompagnant d’un
rappel de sa lettre parue le 21 janvier.
Mais la haine politique n’avait pas encore lâché sa proie. Et ce fut à la Constituante
qu’elle vint la ressaisir, non plus dans sa personnalité, mais dans celle de son père.
Le nº 343 du Moniteur nous en fournit la preuve.
Au cours de la séance du mardi soir 7 décembre 1790, le député royaliste Cazalès
s’exprimait ainsi:
«... La suppression d’un acte de procédure est une tyrannie. Qu’il me soit permis de
rappeler à ces Bretons, qui siègent dans cette assemblée, quelle fut leur juste
indignation, quand le feu roi fit enlever du greffe du Parlement de Paris la procédure
dirigée contre M. d’Aiguillon. Cette indignation fut juste: la France la partagea. Il n’y
eut pas un bon citoyen qui ne fût profondément affligé de voir le vertueux La Chalotais
rester sous le coup d’une accusation calomnieuse, quand le coupable d’Aiguillon
jouissait en paix des crimes qu’il avait commis dans cette province.»
Des murmures éclatèrent sur un grand nombre de bancs, car c’était surtout le fils
qui était visé plus que le père. Et l’attaque était d’autant plus illogique que celui-ci
avait défendu les prérogatives royales contre les Etats de Bretagne et que lui, Cazalès,
combattait pour elles au sein de l’Assemblée nationale.
D’Aiguillon fils avait demandé la parole; il répondit en ces termes à l’attaque de
son collègue:
Page 231
«J’aurais plus tôt demandé la parole pour solliciter de l’Assemblée une justice
éclatante des injures et des calomnies que M. Cazalès s’est permises contre la mémoire
de mon père, si je n’avais considéré combien les principes de M. Cazalès ont peu
d’influence sur l’Assemblée nationale et sur la nation (nombreux applaudissements), si
je n’avais pensé que je devais les outrageantes personnalités de M. Cazalès à la
différence d’opinion qui existe entre nous.
D’ailleurs les applaudissements que l’Assemblée a bien voulu me donner vengent
assez, et moi, et la mémoire de mon père. Je demande donc que, pour ce qui me
regarde personnellement, M. Cazalès ne soit pas rappelé à l’ordre (applaudissements
prolongés).»
Cazalès regretta publiquement son intempérance de langage; mais elle n’en
démontrait pas moins combien était encore vivace l’animosité qui avait survécu au
brusque dénouement des affaires de Bretagne.
La Biographie universelle et portative des contemporains (1826) et les Papiers de
Barthélemy (Paris, 1886, t. I) nous donnent la suite de la biographie de «Richelieu
d’Aiguillon» jusqu’au moment de son départ pour l’émigration.
Après la clôture de l’Assemblée constituante, il reprend du service en qualité de
maréchal de camp. Remplaçant Custines dans son commandement de Porentruy, il dut
échanger des dépêches avec Dumouriez. (Autre coïncidence! Le père avait fait mettre
le futur vainqueur de Valmy à la Bastille!)
Une lettre interceptée lui valut d’être dénoncé à la Convention et décrété
d’accusation, bien qu’il eût traité publiquement les émigrés et leurs compagnons de
«hordes de traîtres et d’embaucheurs». Ce qui ne l’empêcha pas d’émigrer à son tour,
mais, avant, il crut devoir expliquer à ses soldats pourquoi il les abandonnait. Il quitta
donc la France pour se retirer à Londres où il fut fort mal reçu des émigrés. Il en partit
pour se fixer définitivement à Hambourg. Il y mourut le 4 mai 1800; mais, au dire de la
Biographie portative, il venait d’obtenir sa radiation de la liste des émigrés, ce que
semble contredire la procédure suivie pour la vente du domaine et du château
d’Aiguillon.
Les Mémoires de Brissot (1832, 4 vol.) insèrent, à la page 179 du tome III, cette
note:
«Extrait des Mémoires du chanteur anglais Michel Kelly qui était en relations avec
le duc d’Aiguillon pendant le séjour de celui-ci à Londres:
«Un matin, le duc me fit appeler: «Je vous ai beaucoup d’obligation, me dit-il, pour
la bienveillance et l’hospitalité avec lesquelles vous m’avez traité, ainsi que mes amis.
Mais bien que je sois toujours harcelé par le malheur, il m’est impossible d’oublier que
je suis le duc d’Aiguillon; et je ne saurais me résoudre à vivre d’emprunts et
d’aumônes. J’avoue que je suis réduit à mon dernier schelling, cependant, je conserve
ma santé et toutes mes facultés.
éclatante des injures et des calomnies que M. Cazalès s’est permises contre la mémoire
de mon père, si je n’avais considéré combien les principes de M. Cazalès ont peu
d’influence sur l’Assemblée nationale et sur la nation (nombreux applaudissements), si
je n’avais pensé que je devais les outrageantes personnalités de M. Cazalès à la
différence d’opinion qui existe entre nous.
D’ailleurs les applaudissements que l’Assemblée a bien voulu me donner vengent
assez, et moi, et la mémoire de mon père. Je demande donc que, pour ce qui me
regarde personnellement, M. Cazalès ne soit pas rappelé à l’ordre (applaudissements
prolongés).»
Cazalès regretta publiquement son intempérance de langage; mais elle n’en
démontrait pas moins combien était encore vivace l’animosité qui avait survécu au
brusque dénouement des affaires de Bretagne.
La Biographie universelle et portative des contemporains (1826) et les Papiers de
Barthélemy (Paris, 1886, t. I) nous donnent la suite de la biographie de «Richelieu
d’Aiguillon» jusqu’au moment de son départ pour l’émigration.
Après la clôture de l’Assemblée constituante, il reprend du service en qualité de
maréchal de camp. Remplaçant Custines dans son commandement de Porentruy, il dut
échanger des dépêches avec Dumouriez. (Autre coïncidence! Le père avait fait mettre
le futur vainqueur de Valmy à la Bastille!)
Une lettre interceptée lui valut d’être dénoncé à la Convention et décrété
d’accusation, bien qu’il eût traité publiquement les émigrés et leurs compagnons de
«hordes de traîtres et d’embaucheurs». Ce qui ne l’empêcha pas d’émigrer à son tour,
mais, avant, il crut devoir expliquer à ses soldats pourquoi il les abandonnait. Il quitta
donc la France pour se retirer à Londres où il fut fort mal reçu des émigrés. Il en partit
pour se fixer définitivement à Hambourg. Il y mourut le 4 mai 1800; mais, au dire de la
Biographie portative, il venait d’obtenir sa radiation de la liste des émigrés, ce que
semble contredire la procédure suivie pour la vente du domaine et du château
d’Aiguillon.
Les Mémoires de Brissot (1832, 4 vol.) insèrent, à la page 179 du tome III, cette
note:
«Extrait des Mémoires du chanteur anglais Michel Kelly qui était en relations avec
le duc d’Aiguillon pendant le séjour de celui-ci à Londres:
«Un matin, le duc me fit appeler: «Je vous ai beaucoup d’obligation, me dit-il, pour
la bienveillance et l’hospitalité avec lesquelles vous m’avez traité, ainsi que mes amis.
Mais bien que je sois toujours harcelé par le malheur, il m’est impossible d’oublier que
je suis le duc d’Aiguillon; et je ne saurais me résoudre à vivre d’emprunts et
d’aumônes. J’avoue que je suis réduit à mon dernier schelling, cependant, je conserve
ma santé et toutes mes facultés.
Page 232
«Quand j’étais autrefois grand amateur, j’aimais beaucoup à copier de la
musique[627], c’était alors un amusement pour moi; ce serait, à présent, mon bon ami,
une précieuse ressource. La grâce que je vous demande c’est de vouloir bien me faire
copier de la musique pour vos théâtres au prix que vous donneriez à un copiste
ordinaire qui vous serait totalement étranger. Je suis maintenant fait aux privations, j’ai
peu de besoins. Jadis logé dans des palais, je me contente aujourd’hui d’une seule
chambre à coucher au second étage, et si vous m’accordez ce que j’attends de votre
amitié, vous me procurerez la satisfaction après laquelle je soupire de ne devoir ma
subsistance qu’au travail de mes mains.»
«Je fus ému jusqu’aux larmes en voyant l’extrémité où se trouvait réduit un homme
né dans la plus haute classe de la société et qui avait joui d’une aussi grande fortune. Je
lui promis de lui procurer toute la musique qu’il pourrait copier; il parut au comble de
ses vœux. Le lendemain, je lui donnai de l’ouvrage.
«Depuis ce moment, il se levait avec le jour et travaillait jusqu’au soir pour remplir
sa tâche; ensuite il s’habillait proprement et se rendait au parterre de l’Opéra. Là, il
pouvait encore se croire le duc d’Aiguillon, et personne n’eût deviné qu’il avait passé
la journée à copier de la musique pour un schelling la feuille.
«Dans cet état de gêne, il doit paraître étrange que son humeur ne se soit jamais
altérée et qu’il ait toujours conservé sa gaîté. Il n’est pas douteux que sur dix Anglais
placés dans les mêmes circonstances, neuf au moins ne se fussent ôté la vie. Cependant
la tranquillité passagère que ce malheureux duc goûtait alors ne fut pas de longue
durée. Un ordre émané de l’alien office, aussi cruel qu’il était inattendu, ne lui donna
qu’un délai de deux jours pour quitter l’Angleterre. Il partit pour Hambourg où il
mourut bientôt après.»
musique[627], c’était alors un amusement pour moi; ce serait, à présent, mon bon ami,
une précieuse ressource. La grâce que je vous demande c’est de vouloir bien me faire
copier de la musique pour vos théâtres au prix que vous donneriez à un copiste
ordinaire qui vous serait totalement étranger. Je suis maintenant fait aux privations, j’ai
peu de besoins. Jadis logé dans des palais, je me contente aujourd’hui d’une seule
chambre à coucher au second étage, et si vous m’accordez ce que j’attends de votre
amitié, vous me procurerez la satisfaction après laquelle je soupire de ne devoir ma
subsistance qu’au travail de mes mains.»
«Je fus ému jusqu’aux larmes en voyant l’extrémité où se trouvait réduit un homme
né dans la plus haute classe de la société et qui avait joui d’une aussi grande fortune. Je
lui promis de lui procurer toute la musique qu’il pourrait copier; il parut au comble de
ses vœux. Le lendemain, je lui donnai de l’ouvrage.
«Depuis ce moment, il se levait avec le jour et travaillait jusqu’au soir pour remplir
sa tâche; ensuite il s’habillait proprement et se rendait au parterre de l’Opéra. Là, il
pouvait encore se croire le duc d’Aiguillon, et personne n’eût deviné qu’il avait passé
la journée à copier de la musique pour un schelling la feuille.
«Dans cet état de gêne, il doit paraître étrange que son humeur ne se soit jamais
altérée et qu’il ait toujours conservé sa gaîté. Il n’est pas douteux que sur dix Anglais
placés dans les mêmes circonstances, neuf au moins ne se fussent ôté la vie. Cependant
la tranquillité passagère que ce malheureux duc goûtait alors ne fut pas de longue
durée. Un ordre émané de l’alien office, aussi cruel qu’il était inattendu, ne lui donna
qu’un délai de deux jours pour quitter l’Angleterre. Il partit pour Hambourg où il
mourut bientôt après.»
Page 233
APPENDICE V
THOLIN
Documents sur le mobilier du château d’Aiguillon confisqué en 1792, Agen 1882
(Biblioth. nat. Impr. LK7 24985.)
Résumé de ce précieux opuscule:
L’histoire du château d’Aiguillon et de ses hôtes tient une telle place dans notre
livre, la destruction de l’immeuble fut si rapide et la dispersion de son mobilier si
radicale, que nous avons cru devoir résumer en quelques pages la brochure de M.
Tholin, qui les fait revivre par sa documentation précise et sincère, à l’exemple de ces
pièces d’archives, inventaires et procès-verbaux, dont les descriptions exactes et
détaillées permettent de reconstituer... sur le papier, les appartements, et l’aspect
général des intérieurs d’autrefois.
Ce fut le 18 septembre 1792 que la Commission du département de Lot-et-Garonne
apposa les scellés sur toutes les portes du château d’Aiguillon, propriété de «Vignerot
émigré».[628] Huit mois après, le Conseil de Lot-et-Garonne s’inspirait du décret de
l’Assemblée nationale (14 novembre 1789) concernant la conservation des livres et
objets
THOLIN
Documents sur le mobilier du château d’Aiguillon confisqué en 1792, Agen 1882
(Biblioth. nat. Impr. LK7 24985.)
Résumé de ce précieux opuscule:
L’histoire du château d’Aiguillon et de ses hôtes tient une telle place dans notre
livre, la destruction de l’immeuble fut si rapide et la dispersion de son mobilier si
radicale, que nous avons cru devoir résumer en quelques pages la brochure de M.
Tholin, qui les fait revivre par sa documentation précise et sincère, à l’exemple de ces
pièces d’archives, inventaires et procès-verbaux, dont les descriptions exactes et
détaillées permettent de reconstituer... sur le papier, les appartements, et l’aspect
général des intérieurs d’autrefois.
Ce fut le 18 septembre 1792 que la Commission du département de Lot-et-Garonne
apposa les scellés sur toutes les portes du château d’Aiguillon, propriété de «Vignerot
émigré».[628] Huit mois après, le Conseil de Lot-et-Garonne s’inspirait du décret de
l’Assemblée nationale (14 novembre 1789) concernant la conservation des livres et
objets
Page 234
Page 235
JEAN CAUSEUR,
BOUCHER DE PROFESSION,
âgé de cent trente ans, né au Village de Ploumoguer, en Basse-Bretagne.
Peint en Août 1771 par Charles Caffieri Sculpteur Breveté du Roi pour
la Marine à Brest
Jean Causeur, âgé de cent trente ans, d’après Charles Caffieri
(Collection Désiré Lacroix)
précieux provenant des établissements supprimés, pour «empêcher le pillage,
régulariser la vente et faire exécuter le triage des livres, archives et objets d’art».
Le 28 mai 1793, de concert avec l’administration de Tonneins, le Conseil de Lot-et-
Garonne nommait Lespinasse père, négociant, à fin d’expertiser, le lendemain 29, les
meubles et effets dudit château, à lui présentés par Nugues aîné, administrateur du
district de Tonneins, et de se conformer aux prescriptions de Nugues, commissaire du
district et de Saint-Amans, commissaire particulier du département.
Le 5 juin 1793, le Conseil du département déléguait Durand, en qualité de
commissaire, à Aiguillon, pour y vendre, le 6, les effets inventoriés, «conformément au
mode usité pour la vente des meubles et effets nationaux», l’administration se réservant
tous les tableaux et autres objets désignés dans l’état Saint-Amans et Noubel du 30
mai[629], «ensemble deux lustres, celui dans le salon de compagnie et autre à choisir
dans les autres salles, poëles et cartons et papiers qui devront être gardés au prix de
l’estimation».
La vente sur place comporta 52 vacations du 6 juin au 4 septembre 1793 et s’éleva
à 98.686 livres 17 sous. Le catalogue, qui ne compte pas moins de 300 pages[630], ne
donne cependant que des indications sommaires sur les objets mis en vente:
porcelaines, faïences, chandeliers, candélabres en bronze et en argent, meubles en
marqueterie, tentures, canapés et fauteuils en tapisserie ne trouvèrent acquéreur qu’à vil
prix.
Vingt-deux glaces furent vendues de 165 à 570 livres; quatre cabriolets (petits
meubles) garnis en damas, 105 livres; une pendule portative montée sur rhinocéros,
340 livres; une pendule à l’antique, 210 livres... Dix-sept tableaux (portraits) de la
famille Vignerot, compris une gravure ovale et deux autres ovales, 400 livres... Un
tableau représentant Rennes; un autre, l’enlèvement d’Europe... Des portraits, des vues
et des monuments sans désignation.
A ce propos, M. Tholin cite le passage suivant du chroniqueur Proché: «Dans une
fête célébrée à Agen, le 22 septembre 1793, on livra aux flammes tous les tableaux
qu’on avait retirés des églises, ceux qui représentaient des rois ou des princes, ou qui
retraçaient quelques vestiges de féodalité, en un mot tous ceux qu’on avait trouvés dans
les maisons des particuliers et au château d’Aiguillon. Tous ces tableaux, dont
quelques-uns étaient des chefs-d’œuvre, avaient été portés sur un tombereau qui suivait
le cortège. On y remarquait le portrait de Louis XV, représenté en grand, le sceptre à la
main, placé sur le devant du tombereau.» La Revue de l’Agenais (1878, tome V, p. 190)
suppose que ce fut sans doute ce jour-là qu’on brûla en même temps les tableaux
BOUCHER DE PROFESSION,
âgé de cent trente ans, né au Village de Ploumoguer, en Basse-Bretagne.
Peint en Août 1771 par Charles Caffieri Sculpteur Breveté du Roi pour
la Marine à Brest
Jean Causeur, âgé de cent trente ans, d’après Charles Caffieri
(Collection Désiré Lacroix)
précieux provenant des établissements supprimés, pour «empêcher le pillage,
régulariser la vente et faire exécuter le triage des livres, archives et objets d’art».
Le 28 mai 1793, de concert avec l’administration de Tonneins, le Conseil de Lot-et-
Garonne nommait Lespinasse père, négociant, à fin d’expertiser, le lendemain 29, les
meubles et effets dudit château, à lui présentés par Nugues aîné, administrateur du
district de Tonneins, et de se conformer aux prescriptions de Nugues, commissaire du
district et de Saint-Amans, commissaire particulier du département.
Le 5 juin 1793, le Conseil du département déléguait Durand, en qualité de
commissaire, à Aiguillon, pour y vendre, le 6, les effets inventoriés, «conformément au
mode usité pour la vente des meubles et effets nationaux», l’administration se réservant
tous les tableaux et autres objets désignés dans l’état Saint-Amans et Noubel du 30
mai[629], «ensemble deux lustres, celui dans le salon de compagnie et autre à choisir
dans les autres salles, poëles et cartons et papiers qui devront être gardés au prix de
l’estimation».
La vente sur place comporta 52 vacations du 6 juin au 4 septembre 1793 et s’éleva
à 98.686 livres 17 sous. Le catalogue, qui ne compte pas moins de 300 pages[630], ne
donne cependant que des indications sommaires sur les objets mis en vente:
porcelaines, faïences, chandeliers, candélabres en bronze et en argent, meubles en
marqueterie, tentures, canapés et fauteuils en tapisserie ne trouvèrent acquéreur qu’à vil
prix.
Vingt-deux glaces furent vendues de 165 à 570 livres; quatre cabriolets (petits
meubles) garnis en damas, 105 livres; une pendule portative montée sur rhinocéros,
340 livres; une pendule à l’antique, 210 livres... Dix-sept tableaux (portraits) de la
famille Vignerot, compris une gravure ovale et deux autres ovales, 400 livres... Un
tableau représentant Rennes; un autre, l’enlèvement d’Europe... Des portraits, des vues
et des monuments sans désignation.
A ce propos, M. Tholin cite le passage suivant du chroniqueur Proché: «Dans une
fête célébrée à Agen, le 22 septembre 1793, on livra aux flammes tous les tableaux
qu’on avait retirés des églises, ceux qui représentaient des rois ou des princes, ou qui
retraçaient quelques vestiges de féodalité, en un mot tous ceux qu’on avait trouvés dans
les maisons des particuliers et au château d’Aiguillon. Tous ces tableaux, dont
quelques-uns étaient des chefs-d’œuvre, avaient été portés sur un tombereau qui suivait
le cortège. On y remarquait le portrait de Louis XV, représenté en grand, le sceptre à la
main, placé sur le devant du tombereau.» La Revue de l’Agenais (1878, tome V, p. 190)
suppose que ce fut sans doute ce jour-là qu’on brûla en même temps les tableaux
Page 236
religieux et les portraits des souverains (Louis XIII et Henri IV, inventaire de 1613) qui
étaient à l’Hôtel de Ville d’Agen.
M. Tholin estime qu’il faut «en rabattre» de l’appréciation du chroniqueur, et que
l’autodafé se borna à la destruction des portraits de roi ou de prince. C’était déjà trop:
les vandales qui croyaient faire œuvre de bon patriote en brûlant ces effigies royales,
pouvaient-ils savoir si, par exemple, ce portrait de Louis XV, en pied, avec les attributs
de la royauté, n’était pas l’œuvre d’un maître, sortant surtout du château d’Aiguillon?
En 1795, le Directoire de Lot-et-Garonne, tenant ses séances dans l’ancien couvent
des Carmélites, sur l’emplacement du lycée actuel, se préoccupa d’approprier un local
pour le musée départemental. Le directeur des travaux publics communiqua son
rapport constatant l’existence d’objets d’art dispersés dans tout le département et
l’arrivée de gravures et de moulages envoyés de Paris pour l’école de dessin. Il fit
préparer un local pour recevoir ces divers objets; et Tonellé, conducteur des travaux
publics, fut chargé de l’aménagement.
Dix jours auparavant, le 6 nivôse an III, le Directoire avait nommé une commission
pour inventorier les tableaux du château d’Aiguillon déposés au musée. Ce travail,
confié à Saint-Amans, qui l’exécuta avec deux adjoints, fut terminé le 25 nivôse[631],
«dans la forme imposée par la Convention, le 8 pluviôse an II, pour les bibliothèques
publiques». La notation en usage vaut la peine d’être rappelée. + désignait les objets
d’une certaine valeur; ++ ceux qui étaient très remarquables; +++ les plus rares et
les plus précieux.
Bon nombre de ces tableaux se trouvent encore à la préfecture d’Agen; et M. Tholin
les signale, d’après l’étude critique qui en fut faite (1879) par MM. Boudet, de
Monbrison, A. Magen et Payen, architecte départemental:
Pastel de Caffieri (portrait de J. Le Causeur, âgé de cent trente-deux ans[632]); en
déficit.
Pastels de Volaine;
Deux vues du château de Veretz par Van Blarenbergue. Travail fort beau et dont la
dimension contraste avec le genre du peintre qui était un miniaturiste. Ces vues sont à
la préfecture;
Saint-Jean-Baptiste dans le désert, d’après Raphaël (?);
Portrait d’Hortense Mancini (école de Mignard);
Portrait de Mᵐᵉ Du Barry, de Drouais «retouché pour M. d’Aiguillon».
Ne serait-ce pas cette «copie du portrait de Mᵐᵉ Du Barry en Flore retouché d’après
nature pour M. le duc d’Aiguillon, au prix de 600 livres» tel que l’indiquent les
Goncourt dans leur livre La Du Barry, p. 368? Ce portrait est à la préfecture.
De même ceux de la comtesse de Provence, par Drouais; de Mᵐᵉ de Pompadour, par
Nattier; de Mᵐᵉ de Mazarin-Mailly, attribué à Nattier; de Louise de Crussol (école de
étaient à l’Hôtel de Ville d’Agen.
M. Tholin estime qu’il faut «en rabattre» de l’appréciation du chroniqueur, et que
l’autodafé se borna à la destruction des portraits de roi ou de prince. C’était déjà trop:
les vandales qui croyaient faire œuvre de bon patriote en brûlant ces effigies royales,
pouvaient-ils savoir si, par exemple, ce portrait de Louis XV, en pied, avec les attributs
de la royauté, n’était pas l’œuvre d’un maître, sortant surtout du château d’Aiguillon?
En 1795, le Directoire de Lot-et-Garonne, tenant ses séances dans l’ancien couvent
des Carmélites, sur l’emplacement du lycée actuel, se préoccupa d’approprier un local
pour le musée départemental. Le directeur des travaux publics communiqua son
rapport constatant l’existence d’objets d’art dispersés dans tout le département et
l’arrivée de gravures et de moulages envoyés de Paris pour l’école de dessin. Il fit
préparer un local pour recevoir ces divers objets; et Tonellé, conducteur des travaux
publics, fut chargé de l’aménagement.
Dix jours auparavant, le 6 nivôse an III, le Directoire avait nommé une commission
pour inventorier les tableaux du château d’Aiguillon déposés au musée. Ce travail,
confié à Saint-Amans, qui l’exécuta avec deux adjoints, fut terminé le 25 nivôse[631],
«dans la forme imposée par la Convention, le 8 pluviôse an II, pour les bibliothèques
publiques». La notation en usage vaut la peine d’être rappelée. + désignait les objets
d’une certaine valeur; ++ ceux qui étaient très remarquables; +++ les plus rares et
les plus précieux.
Bon nombre de ces tableaux se trouvent encore à la préfecture d’Agen; et M. Tholin
les signale, d’après l’étude critique qui en fut faite (1879) par MM. Boudet, de
Monbrison, A. Magen et Payen, architecte départemental:
Pastel de Caffieri (portrait de J. Le Causeur, âgé de cent trente-deux ans[632]); en
déficit.
Pastels de Volaine;
Deux vues du château de Veretz par Van Blarenbergue. Travail fort beau et dont la
dimension contraste avec le genre du peintre qui était un miniaturiste. Ces vues sont à
la préfecture;
Saint-Jean-Baptiste dans le désert, d’après Raphaël (?);
Portrait d’Hortense Mancini (école de Mignard);
Portrait de Mᵐᵉ Du Barry, de Drouais «retouché pour M. d’Aiguillon».
Ne serait-ce pas cette «copie du portrait de Mᵐᵉ Du Barry en Flore retouché d’après
nature pour M. le duc d’Aiguillon, au prix de 600 livres» tel que l’indiquent les
Goncourt dans leur livre La Du Barry, p. 368? Ce portrait est à la préfecture.
De même ceux de la comtesse de Provence, par Drouais; de Mᵐᵉ de Pompadour, par
Nattier; de Mᵐᵉ de Mazarin-Mailly, attribué à Nattier; de Louise de Crussol (école de
Page 237
Mignard); de Cinq-Mars, qu’on suppose provenir des d’Effiat, propriétaires de Veretz
avant les d’Aiguillon.
Douze tableaux, consignés par l’inventaire du 25 nivôse an III, ont disparu, et parmi
eux le Passage de la mer Rouge, attribué par les experts au Poussin, qui avait travaillé
pour Mᵐᵉ de Combalet, duchesse d’Aiguillon et nièce du cardinal de Richelieu.
Nous avons simplement analysé le catalogue, annoté, de M. Tholin, sans nous
prononcer pour ou contre des attributions, qui ont d’ailleurs varié, suivant les dates
d’expertise.
Le Museum d’Agen, qui devait être constitué avec le fonds d’Aiguillon, dans
l’Ecole centrale de Lot-et-Garonne, fondée le 21 novembre 1799, ne semble pas avoir
jamais existé. En tout cas, un inventaire du mobilier de la préfecture en 1812, aussi
incomplet qu’il est sommaire, porte que les tableaux ont été «trouvés à l’administration
centrale. Ils viennent du château d’Aiguillon» et l’inventaire note «portraits de famille
pour mémoire». Ils ne sont catalogués que très imparfaitement.
En réalité, tableaux et meubles ont... émigré dans les salons de la préfecture.
L’opuscule de M. Tholin offre le plus grand intérêt, non seulement au point de vue
qui nous occupe, mais encore à un point de vue général. Il ouvre de curieux horizons
sur la vie économique dans les châteaux de l’ancien régime, quelques années avant la
Révolution. Déjà les lettres de M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon nous l’ont fait entrevoir. Ici, nous
avons des documents précis, des comptes et des chiffres. Voici, par exemple, l’état du
sommelier en 1782:
Dans cette année, 577 bouteilles de 60 crus différents parurent «à la grande table».
L’office, y compris le personnel du théâtre, qui fut servi à part, consomma 888
bouteilles pour les hommes, 360 pour les femmes, 101 pour les musiciens, 135 pour les
garçons, soit un total de 1484 bouteilles.
La vente de la cave, en 1793, qui présentait à peu près la même composition de vins
qu’en 1782, ne comporte pas des renseignements moins instructifs. Ce sont les vins de
liqueur qui ont toutes les préférences: Malvoisie, Chypre, Xérès, Malaga, Rancio, les
muscats du pays (crus Galibert et Reignac situés à la Croix-Blanche, près d’Agen).
Certains furent vendus jusqu’à 6 livres la bouteille. Pas de Bourgogne, ni de
Champagne. Les Margaux, Saint-Emilion et Barsac sont achetés 1 livre 16 sous, à
peine quelques sous de plus que les vins de Cahors et d’Aiguillon.
Le château n’était pas terminé au moment de la Révolution; mais M. Tholin estime,
à juste raison, que le corps de logis principal devait être très vaste et complètement
meublé, en raison des réceptions qu’y donnaient les châtelains et des hôtes qui venaient
y villégiaturer. M. Tholin ajoute que les invitations furent très nombreuses dans le
principe et qu’elles furent «acceptées avec reconnaissance», mais bientôt les visites se
firent plus rares: la noblesse agenaise était pauvre et le duc d’Aiguillon trop hautain.
C’était, en effet, un de ses péchés mignons; mais nous avons vu, d’après la
avant les d’Aiguillon.
Douze tableaux, consignés par l’inventaire du 25 nivôse an III, ont disparu, et parmi
eux le Passage de la mer Rouge, attribué par les experts au Poussin, qui avait travaillé
pour Mᵐᵉ de Combalet, duchesse d’Aiguillon et nièce du cardinal de Richelieu.
Nous avons simplement analysé le catalogue, annoté, de M. Tholin, sans nous
prononcer pour ou contre des attributions, qui ont d’ailleurs varié, suivant les dates
d’expertise.
Le Museum d’Agen, qui devait être constitué avec le fonds d’Aiguillon, dans
l’Ecole centrale de Lot-et-Garonne, fondée le 21 novembre 1799, ne semble pas avoir
jamais existé. En tout cas, un inventaire du mobilier de la préfecture en 1812, aussi
incomplet qu’il est sommaire, porte que les tableaux ont été «trouvés à l’administration
centrale. Ils viennent du château d’Aiguillon» et l’inventaire note «portraits de famille
pour mémoire». Ils ne sont catalogués que très imparfaitement.
En réalité, tableaux et meubles ont... émigré dans les salons de la préfecture.
L’opuscule de M. Tholin offre le plus grand intérêt, non seulement au point de vue
qui nous occupe, mais encore à un point de vue général. Il ouvre de curieux horizons
sur la vie économique dans les châteaux de l’ancien régime, quelques années avant la
Révolution. Déjà les lettres de M. et Mᵐᵉ d’Aiguillon nous l’ont fait entrevoir. Ici, nous
avons des documents précis, des comptes et des chiffres. Voici, par exemple, l’état du
sommelier en 1782:
Dans cette année, 577 bouteilles de 60 crus différents parurent «à la grande table».
L’office, y compris le personnel du théâtre, qui fut servi à part, consomma 888
bouteilles pour les hommes, 360 pour les femmes, 101 pour les musiciens, 135 pour les
garçons, soit un total de 1484 bouteilles.
La vente de la cave, en 1793, qui présentait à peu près la même composition de vins
qu’en 1782, ne comporte pas des renseignements moins instructifs. Ce sont les vins de
liqueur qui ont toutes les préférences: Malvoisie, Chypre, Xérès, Malaga, Rancio, les
muscats du pays (crus Galibert et Reignac situés à la Croix-Blanche, près d’Agen).
Certains furent vendus jusqu’à 6 livres la bouteille. Pas de Bourgogne, ni de
Champagne. Les Margaux, Saint-Emilion et Barsac sont achetés 1 livre 16 sous, à
peine quelques sous de plus que les vins de Cahors et d’Aiguillon.
Le château n’était pas terminé au moment de la Révolution; mais M. Tholin estime,
à juste raison, que le corps de logis principal devait être très vaste et complètement
meublé, en raison des réceptions qu’y donnaient les châtelains et des hôtes qui venaient
y villégiaturer. M. Tholin ajoute que les invitations furent très nombreuses dans le
principe et qu’elles furent «acceptées avec reconnaissance», mais bientôt les visites se
firent plus rares: la noblesse agenaise était pauvre et le duc d’Aiguillon trop hautain.
C’était, en effet, un de ses péchés mignons; mais nous avons vu, d’après la
Page 238
correspondance, qu’il y avait toujours foule au château et même dans la salle de
spectacle.
De celle-ci, qui existe encore, mais qui a reçu une autre appropriation, M. Tholin
nous donne une description assez précise. C’était une aile du château consacrée à cette
destination (nous savons qu’elle avait été construite à cet effet par les d’Aiguillon).
Cette salle contenait, outre la scène et un amphithéâtre pour les spectateurs, un
chauffoir pour les dames et deux foyers isolés par des portes matelassées. Deux portes,
qui subsistent, devaient ouvrir, l’une sur l’escalier du château, l’autre sur la rue. La
salle était éclairée par des lustres de cristal, et entourée de loges garnies d’accoudoirs,
de banquettes rembourrées et d’autres plus simples. C’est aujourd’hui l’Hôtel du Tapis
Vert.
Les décors, les costumes et la bibliothèque du théâtre ne furent pas vendus. Isabeau,
le conventionnel en mission, le même qui distribuait aux acteurs de la région les
ornements d’église pour s’en faire des costumes, mit, le 16 octobre 1794, à la
disposition du Comité dramatique d’Agen le mobilier théâtral du château. Le 19, le
Directoire de Tonneins en fit dresser l’inventaire par la municipalité d’Aiguillon.
Les décors servirent quelque temps aux représentations données par le Comité
dramatique; mais, en 1797, certains de ses membres se refusant à prendre la
responsabilité de la conservation de ces décors, la municipalité agenoise en référa au
ministre de l’intérieur.
Celui-ci, d’autre part, avait reçu des citoyens Garnier et Cressant, artistes du théâtre
de Montauban, une requête pour l’obtention de ces mêmes décors. Le ministre des
finances, avisé, le 26 pluviôse an VI, par son collègue de l’intérieur, lui répondit, le 29,
qu’il en avait écrit au département de Lot-et-Garonne. D’Aiguillon sollicitait alors sa
radiation de la liste des émigrés: si le Directoire exécutif rejetait la demande, disait le
ministre des finances, on pourrait mettre toiles et décors à la disposition des comédiens
montalbanais.
Les démarches de d’Aiguillon ne durent pas être accueillies favorablement, car la
ville d’Agen fut autorisée à prendre possession du mobilier théâtral du château, sur
l’évaluation qui en avait été faite à 478 livres 10 sous, le 10 avril 1798, par le
commissaire délégué J. Raymond.
La description des costumes et accessoires comprend trois grandes pages de
l’inventaire, pêle-mêle pittoresque de robes de soie de toutes couleurs, corsets «variés»,
manteaux brodés, culottes à la musulmane, toges romaines, habits espagnols, chapeaux
de Scapin, cuirasses, brassières, peau d’ours... Le répertoire, dont la correspondance de
Mᵐᵉ d’Aiguillon indique différentes pièces, appelait évidemment cette variété de
costumes.
Parmi les accessoires, nous voyons une «machine pour le tonnerre» et «un tableau
avec son chevalet» pour le Tableau parlant de la Comédie-Italienne.
Certes tous ces chiffons et ces fanfreluches, ces oripeaux et ce clinquant, qu’avait
déjà dû disperser et ternir l’âpre bise de la tourmente révolutionnaire,—ludibria ventis
spectacle.
De celle-ci, qui existe encore, mais qui a reçu une autre appropriation, M. Tholin
nous donne une description assez précise. C’était une aile du château consacrée à cette
destination (nous savons qu’elle avait été construite à cet effet par les d’Aiguillon).
Cette salle contenait, outre la scène et un amphithéâtre pour les spectateurs, un
chauffoir pour les dames et deux foyers isolés par des portes matelassées. Deux portes,
qui subsistent, devaient ouvrir, l’une sur l’escalier du château, l’autre sur la rue. La
salle était éclairée par des lustres de cristal, et entourée de loges garnies d’accoudoirs,
de banquettes rembourrées et d’autres plus simples. C’est aujourd’hui l’Hôtel du Tapis
Vert.
Les décors, les costumes et la bibliothèque du théâtre ne furent pas vendus. Isabeau,
le conventionnel en mission, le même qui distribuait aux acteurs de la région les
ornements d’église pour s’en faire des costumes, mit, le 16 octobre 1794, à la
disposition du Comité dramatique d’Agen le mobilier théâtral du château. Le 19, le
Directoire de Tonneins en fit dresser l’inventaire par la municipalité d’Aiguillon.
Les décors servirent quelque temps aux représentations données par le Comité
dramatique; mais, en 1797, certains de ses membres se refusant à prendre la
responsabilité de la conservation de ces décors, la municipalité agenoise en référa au
ministre de l’intérieur.
Celui-ci, d’autre part, avait reçu des citoyens Garnier et Cressant, artistes du théâtre
de Montauban, une requête pour l’obtention de ces mêmes décors. Le ministre des
finances, avisé, le 26 pluviôse an VI, par son collègue de l’intérieur, lui répondit, le 29,
qu’il en avait écrit au département de Lot-et-Garonne. D’Aiguillon sollicitait alors sa
radiation de la liste des émigrés: si le Directoire exécutif rejetait la demande, disait le
ministre des finances, on pourrait mettre toiles et décors à la disposition des comédiens
montalbanais.
Les démarches de d’Aiguillon ne durent pas être accueillies favorablement, car la
ville d’Agen fut autorisée à prendre possession du mobilier théâtral du château, sur
l’évaluation qui en avait été faite à 478 livres 10 sous, le 10 avril 1798, par le
commissaire délégué J. Raymond.
La description des costumes et accessoires comprend trois grandes pages de
l’inventaire, pêle-mêle pittoresque de robes de soie de toutes couleurs, corsets «variés»,
manteaux brodés, culottes à la musulmane, toges romaines, habits espagnols, chapeaux
de Scapin, cuirasses, brassières, peau d’ours... Le répertoire, dont la correspondance de
Mᵐᵉ d’Aiguillon indique différentes pièces, appelait évidemment cette variété de
costumes.
Parmi les accessoires, nous voyons une «machine pour le tonnerre» et «un tableau
avec son chevalet» pour le Tableau parlant de la Comédie-Italienne.
Certes tous ces chiffons et ces fanfreluches, ces oripeaux et ce clinquant, qu’avait
déjà dû disperser et ternir l’âpre bise de la tourmente révolutionnaire,—ludibria ventis
Page 239
—ne sont plus aujourd’hui que de vains souvenirs. Mais il reste, de ce même théâtre
d’Aiguillon, d’impérissables monuments, actuellement à l’Hôtel de Ville d’Agen, 400
volumes in-folio d’œuvres musicales que le duc avait collectionnées. Ils sont aux armes
d’Aiguillon, et plusieurs portent l’ex-libris des grands bibliophiles du XVIIIᵉ siècle,
Bonnier de la Mosson, chevalier de Polignac, Rouillé, Du Tillet, marquis de la
Chétardie, etc. Il en est qui contiennent des curiosités comme la mise en scène du ballet
des Turcs dans le Bourgeois gentilhomme, ou des pièces inédites, telles les Cantatilles
de Barthélemy sur le Siège de Saint-Malo et la Bataille de Saint-Cast.
M. Tholin constate, avec juste raison, d’après le catalogue de l’importante
bibliothèque musicale de Fétis, achetée par la ville de Bruxelles, que cette collection
est moins riche que celle de d’Aiguillon pour certaines séries, «celle des auteurs
français de musique dramatique, tragédies mises en musique, comédies, pastorales et
ballets».
d’Aiguillon, d’impérissables monuments, actuellement à l’Hôtel de Ville d’Agen, 400
volumes in-folio d’œuvres musicales que le duc avait collectionnées. Ils sont aux armes
d’Aiguillon, et plusieurs portent l’ex-libris des grands bibliophiles du XVIIIᵉ siècle,
Bonnier de la Mosson, chevalier de Polignac, Rouillé, Du Tillet, marquis de la
Chétardie, etc. Il en est qui contiennent des curiosités comme la mise en scène du ballet
des Turcs dans le Bourgeois gentilhomme, ou des pièces inédites, telles les Cantatilles
de Barthélemy sur le Siège de Saint-Malo et la Bataille de Saint-Cast.
M. Tholin constate, avec juste raison, d’après le catalogue de l’importante
bibliothèque musicale de Fétis, achetée par la ville de Bruxelles, que cette collection
est moins riche que celle de d’Aiguillon pour certaines séries, «celle des auteurs
français de musique dramatique, tragédies mises en musique, comédies, pastorales et
ballets».
Page 240
PIÈCES JUSTIFICATIVES I
Archives de la Bastille, 12391 fº 198
Dossier Tort
Monsieur,
Je m’étais déjà présenté à votre porte pour tâcher de vous rendre mes hommages
respectueux, lorsque vous avez bien voulu me mander afin de me prévenir des
intentions du roi et de son ministre relativement à la conduite que je dois tenir sur
quelques points essentiels de mon affaire contre M. de Guines. Il a toujours été dans
mon cœur, Monsieur, le désir le plus vif de ne pas déplaire à mes maîtres, et il n’y a pas
de sacrifices que je ne sois prêt à faire pour éviter un pareil inconvénient.
J’ai été malheureusement forcé d’intenter une action criminelle contre M. de
Guines (non parce que ce même M. de Guines m’a cruellement persécuté en me faisant
traîner dans différentes prisons après m’avoir enlevé toute ma fortune) mais parce qu’il
a osé ajouter à ces injustices celle de m’avoir accusé auprès du roi, et publiquement,
d’être un voleur domestique et d’avoir trahi les intérêts de la France en vendant à prix
d’argent les secrets de l’Etat à différents négociants anglais, etc...
Des accusations de cette espèce ne me laissaient que le choix de mourir dans
l’opprobre, ou de me justifier en employant les voies de droit. Ce dernier parti était
sans doute dangereux parce que mes démarches, quoique très légales, pouvaient
choquer à tout instant les vues d’une administration à laquelle mon adversaire tenait
par sa place.
Voilà, Monsieur, quelle était ma position. Il fallut chercher des expédients pour
tâcher d’en diminuer l’horreur; et je n’en trouvai pas de meilleur que celui de supplier
M. de Sartine de vouloir bien être le juge de la conduite que je me proposais de tenir.
Ce magistrat daigna m’écouter; il me promit même avec bonté de m’arrêter sur les
objets qui pourraient m’attirer le blâme de la Cour, mais à cette condition que je le
préviendrais d’avance de tous les partis que je serais dans le cas de prendre
relativement à l’instance que j’allais commencer. Mes intentions étaient trop pures
pour ne pas souscrire aux conditions que m’imposait M. de Sartine. Je lui ai tenu
scrupuleusement parole. J’ose l’en prendre à témoin. Sa haute sagesse m’a préservé de
mille écarts. Mon innocence et ma fermeté ont fait le reste.
Vous devez être bien assuré, Monsieur, d’après ce détail, qu’étant heureusement
parvenu au moment d’être jugé, je ne chercherai point à me compromettre en faisant
insérer des faits qui puissent intéresser le Gouvernement dans les mémoires que je serai
bientôt forcé de donner à mes juges et au public.
Archives de la Bastille, 12391 fº 198
Dossier Tort
Monsieur,
Je m’étais déjà présenté à votre porte pour tâcher de vous rendre mes hommages
respectueux, lorsque vous avez bien voulu me mander afin de me prévenir des
intentions du roi et de son ministre relativement à la conduite que je dois tenir sur
quelques points essentiels de mon affaire contre M. de Guines. Il a toujours été dans
mon cœur, Monsieur, le désir le plus vif de ne pas déplaire à mes maîtres, et il n’y a pas
de sacrifices que je ne sois prêt à faire pour éviter un pareil inconvénient.
J’ai été malheureusement forcé d’intenter une action criminelle contre M. de
Guines (non parce que ce même M. de Guines m’a cruellement persécuté en me faisant
traîner dans différentes prisons après m’avoir enlevé toute ma fortune) mais parce qu’il
a osé ajouter à ces injustices celle de m’avoir accusé auprès du roi, et publiquement,
d’être un voleur domestique et d’avoir trahi les intérêts de la France en vendant à prix
d’argent les secrets de l’Etat à différents négociants anglais, etc...
Des accusations de cette espèce ne me laissaient que le choix de mourir dans
l’opprobre, ou de me justifier en employant les voies de droit. Ce dernier parti était
sans doute dangereux parce que mes démarches, quoique très légales, pouvaient
choquer à tout instant les vues d’une administration à laquelle mon adversaire tenait
par sa place.
Voilà, Monsieur, quelle était ma position. Il fallut chercher des expédients pour
tâcher d’en diminuer l’horreur; et je n’en trouvai pas de meilleur que celui de supplier
M. de Sartine de vouloir bien être le juge de la conduite que je me proposais de tenir.
Ce magistrat daigna m’écouter; il me promit même avec bonté de m’arrêter sur les
objets qui pourraient m’attirer le blâme de la Cour, mais à cette condition que je le
préviendrais d’avance de tous les partis que je serais dans le cas de prendre
relativement à l’instance que j’allais commencer. Mes intentions étaient trop pures
pour ne pas souscrire aux conditions que m’imposait M. de Sartine. Je lui ai tenu
scrupuleusement parole. J’ose l’en prendre à témoin. Sa haute sagesse m’a préservé de
mille écarts. Mon innocence et ma fermeté ont fait le reste.
Vous devez être bien assuré, Monsieur, d’après ce détail, qu’étant heureusement
parvenu au moment d’être jugé, je ne chercherai point à me compromettre en faisant
insérer des faits qui puissent intéresser le Gouvernement dans les mémoires que je serai
bientôt forcé de donner à mes juges et au public.
Page 241
M. de Sartine avait encore bien voulu me promettre d’entendre la lecture de ces
mémoires avant qu’ils ne fussent mis sous la presse.
Puis-je me flatter de trouver le même intérêt et les mêmes bontés dans son
successeur? J’oserais l’espérer, Monsieur, si le désir de les mériter pouvait être compté
pour quelque chose. Mais, puisque ce n’est pas un titre, je me bornerai à vous supplier
de devenir l’interprète de mes sentiments, en daignant assurer le roi et ses ministres que
S. M. n’aura jamais de sujet plus fidèle, plus soumis et plus respectueux que moi.
Je suis, etc.
Tort.
Paris, le 22 septembre 1774.
Lettre de Tort de la Sonde au lieutenant de police. Son dossier est accompagné de
ses interrogatoires et de lettres du comte de Guines au duc de La Vrillière.
mémoires avant qu’ils ne fussent mis sous la presse.
Puis-je me flatter de trouver le même intérêt et les mêmes bontés dans son
successeur? J’oserais l’espérer, Monsieur, si le désir de les mériter pouvait être compté
pour quelque chose. Mais, puisque ce n’est pas un titre, je me bornerai à vous supplier
de devenir l’interprète de mes sentiments, en daignant assurer le roi et ses ministres que
S. M. n’aura jamais de sujet plus fidèle, plus soumis et plus respectueux que moi.
Je suis, etc.
Tort.
Paris, le 22 septembre 1774.
Lettre de Tort de la Sonde au lieutenant de police. Son dossier est accompagné de
ses interrogatoires et de lettres du comte de Guines au duc de La Vrillière.
Page 242
PIÈCES JUSTIFICATIVES II
ANT 243 Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon
Paris, 16 juin 1775.
... Je n’ai pas besoin de vous dire ce que j’ai éprouvé, en voyant partir lundi M.
d’Aiguillon seul et sans savoir quand et comment je pourrai l’aller trouver. Ce qui est
certain, c’est que, si j’ai la possibilité de voir ma tête à couvert, je partirai. Il faut
convenir que notre position est plus cruelle que celle de tous les autres exilés que j’aie
vus.
M. de M(aurepas) a été envoyé à Bourges dans la maison de son cousin et de son
ami; et sa femme a pu ne pas le quitter. De plus, cet éloignement ne marquait pas un
acharnement comme le nôtre le prouve. Il n’avait qu’une terre bâtie (Pontchartrain) qui
était à quatre lieues de Versailles où le roi allait souvent chasser... Nous en avons une
bien bâtie à 60 lieues où nous serions bien à notre aise; c’est pour cela qu’on nous
envoie à 200 lieues dans un endroit non bâti et où je ne puis aller... M. de Choiseul,
dont assurément le feu roi avait plus d’une raison de se plaindre, a été envoyé chez lui,
où non seulement sa femme et sa sœur, mais tous ses amis l’ont suivi. Jamais on n’a
imaginé de trouver 60 lieues trop près: cela était réservé pour nous.
ANT 243 Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon
Paris, 16 juin 1775.
... Je n’ai pas besoin de vous dire ce que j’ai éprouvé, en voyant partir lundi M.
d’Aiguillon seul et sans savoir quand et comment je pourrai l’aller trouver. Ce qui est
certain, c’est que, si j’ai la possibilité de voir ma tête à couvert, je partirai. Il faut
convenir que notre position est plus cruelle que celle de tous les autres exilés que j’aie
vus.
M. de M(aurepas) a été envoyé à Bourges dans la maison de son cousin et de son
ami; et sa femme a pu ne pas le quitter. De plus, cet éloignement ne marquait pas un
acharnement comme le nôtre le prouve. Il n’avait qu’une terre bâtie (Pontchartrain) qui
était à quatre lieues de Versailles où le roi allait souvent chasser... Nous en avons une
bien bâtie à 60 lieues où nous serions bien à notre aise; c’est pour cela qu’on nous
envoie à 200 lieues dans un endroit non bâti et où je ne puis aller... M. de Choiseul,
dont assurément le feu roi avait plus d’une raison de se plaindre, a été envoyé chez lui,
où non seulement sa femme et sa sœur, mais tous ses amis l’ont suivi. Jamais on n’a
imaginé de trouver 60 lieues trop près: cela était réservé pour nous.
Page 243
PIÈCES JUSTIFICATIVES III
Certificat de résidence
Commune de Marly.—District de Versailles.
Extrait des Délibérations de la commune de Marly.
Nous, soussignés, maire, officiers municipaux, membres du conseil général de
Marly, sur la demande faite par la citoyenne ci-après nommée, sur l’attestation des
citoyens Gervais, Mottet, J.-Louis Chicaneau, Claude Blein, Jean-Pierre Leroy, L.
Durand, Louis Rousseau, J.-J. Hauvy, L. Talveau.
Que la citoyenne de Plélo, veuve d’Aiguillon, douairrière (sic), âgée de soixante-six
ans, taille de 4 pieds 10 pouces, visage plein, yeux bleus, cheveux grisonnants, bouche
grande, est demeurant actuellement à Rueil[633], maison appartenant à elle-même et
qu’il (sic) y réside sans interruption depuis juin dernier jusqu’à ce jour, qu’elle a payé
ses impôts depuis 1789 et qu’il nous a justifié de la prestation du serment sur la
Constitution.
Fait en la maison commune le 5 février 1793.
Signé: Langevin (maire), Gagne, Fournier, Couturier.
Enregistré à Versailles, le 28 février 1793 (reçu 20 sols).
Certificat d’affiches pendant quinze jours
à Marly, Langevin, maire,
à Rueil, Lavoipierre, maire.
Visa du Directoire du district de Versailles, Chaillou.
Visa du département, Lavoltere.
Certificat de résidence
Commune de Marly.—District de Versailles.
Extrait des Délibérations de la commune de Marly.
Nous, soussignés, maire, officiers municipaux, membres du conseil général de
Marly, sur la demande faite par la citoyenne ci-après nommée, sur l’attestation des
citoyens Gervais, Mottet, J.-Louis Chicaneau, Claude Blein, Jean-Pierre Leroy, L.
Durand, Louis Rousseau, J.-J. Hauvy, L. Talveau.
Que la citoyenne de Plélo, veuve d’Aiguillon, douairrière (sic), âgée de soixante-six
ans, taille de 4 pieds 10 pouces, visage plein, yeux bleus, cheveux grisonnants, bouche
grande, est demeurant actuellement à Rueil[633], maison appartenant à elle-même et
qu’il (sic) y réside sans interruption depuis juin dernier jusqu’à ce jour, qu’elle a payé
ses impôts depuis 1789 et qu’il nous a justifié de la prestation du serment sur la
Constitution.
Fait en la maison commune le 5 février 1793.
Signé: Langevin (maire), Gagne, Fournier, Couturier.
Enregistré à Versailles, le 28 février 1793 (reçu 20 sols).
Certificat d’affiches pendant quinze jours
à Marly, Langevin, maire,
à Rueil, Lavoipierre, maire.
Visa du Directoire du district de Versailles, Chaillou.
Visa du département, Lavoltere.
Page 244
PIÈCES JUSTIFICATIVES IV
Arch. Chabrillan, carton 7, p. 117.
Le 13 pluviôse, an II.—Vu la déclaration, le Comité de sûreté générale arrête que la
ci-devant duchesse d’Aiguillon, en son domaine à Ruel, d. de Versailles, sera transférée
en la maison d’arrêt, dite des Anglaises, à Paris, que préalablement, les scellés seront
apposés sur ses papiers, distraction faite de ceux qui se trouveront suspects et apportés
au Comité de sûreté générale avec le procès-verbal; charge de l’exécution du présent
arrêté les citoyens Caplain et Quitelette, membres du comité de sûreté de Saint-Cloud,
qui s’adjoindront deux autres membres du comité de sûreté ou deux officiers de Ruel,
lesquels pourront requérir la force armée nécessaire dudit lieu.
Dubarran, Jagot, Louis du Bas-Rhin, Guffroy.
Arch. Chabrillan, carton 7, p. 117.
Le 13 pluviôse, an II.—Vu la déclaration, le Comité de sûreté générale arrête que la
ci-devant duchesse d’Aiguillon, en son domaine à Ruel, d. de Versailles, sera transférée
en la maison d’arrêt, dite des Anglaises, à Paris, que préalablement, les scellés seront
apposés sur ses papiers, distraction faite de ceux qui se trouveront suspects et apportés
au Comité de sûreté générale avec le procès-verbal; charge de l’exécution du présent
arrêté les citoyens Caplain et Quitelette, membres du comité de sûreté de Saint-Cloud,
qui s’adjoindront deux autres membres du comité de sûreté ou deux officiers de Ruel,
lesquels pourront requérir la force armée nécessaire dudit lieu.
Dubarran, Jagot, Louis du Bas-Rhin, Guffroy.
Page 245
PIÈCES JUSTIFICATIVES V
Arch. Chabrillan, carton 25, p. 122.
Le 30 vendémiaire, an III.—Vu les différentes attestations des autorités constituées
de la commune de Ruel, près Paris, en faveur de la dame veuve d’Aiguillon, détenue
aux Anglaises, rue Saint-Victor, le Comité arrête qu’elle sera sur-le-champ mise en
liberté et les scellés levés au vu du présent.
Les membres du Comité de sûreté générale.
Legendre, Lesage-Senault, Laporte, Dumont, Clauzel,
Reverchon.
Arch. Chabrillan, carton 25, p. 122.
Le 30 vendémiaire, an III.—Vu les différentes attestations des autorités constituées
de la commune de Ruel, près Paris, en faveur de la dame veuve d’Aiguillon, détenue
aux Anglaises, rue Saint-Victor, le Comité arrête qu’elle sera sur-le-champ mise en
liberté et les scellés levés au vu du présent.
Les membres du Comité de sûreté générale.
Legendre, Lesage-Senault, Laporte, Dumont, Clauzel,
Reverchon.
Page 246
PIÈCES JUSTIFICATIVES VI
Archives de la commune de Rueil. Communiqué par G. Tausend. Acte de décès et
d’inhumation de Mᵐᵉ d’Aiguillon.
Commune de Rueil.
Aujourd’hui trente fructidor an quatre de la République française, onze heures du
matin, devant nous, agents municipaux de la commune de Rueil, département de Seine
et Oise, est comparu le citoyen Jean Charles Antoine Chauvet[634], âgé de 44 ans,
lequel nous a dit que, le jour d’hier, vers les sept heures du matin, est décédée, en sa
demeure ordinaire, rue ci-devant dite du Château, la citoyenne Louise Félicité de Bréan
de Plélo, veuve d’Emmanuel Armand Duplessis-Richelieu d’Aiguillon, âgée de 70 ans,
d’une maladie de langueur; nous, agents municipaux de la dite commune, nous nous
sommes transportés en la demeure de la dite citoyenne d’Aiguillon pour nous assurer
de son décès, lequel avons reconnu vrai et l’avons conduite au lieu destiné au repos des
corps[635], en présence des citoyens A. N. J. Bonvalet, âgé de 30 ans, demeurant à
Paris, rue de la Chaise, Section de la Croix Rouge et de Jean Jacques Hauvy, officier
invalide, âgé de 55 ans, demeurant en cette commune, témoins qui ont signé avec nous;
Signé: Quelen[636]. Chauvet. Hauvi. Bonau. Hugues.
Chambel. Debourges.
Archives de la commune de Rueil. Communiqué par G. Tausend. Acte de décès et
d’inhumation de Mᵐᵉ d’Aiguillon.
Commune de Rueil.
Aujourd’hui trente fructidor an quatre de la République française, onze heures du
matin, devant nous, agents municipaux de la commune de Rueil, département de Seine
et Oise, est comparu le citoyen Jean Charles Antoine Chauvet[634], âgé de 44 ans,
lequel nous a dit que, le jour d’hier, vers les sept heures du matin, est décédée, en sa
demeure ordinaire, rue ci-devant dite du Château, la citoyenne Louise Félicité de Bréan
de Plélo, veuve d’Emmanuel Armand Duplessis-Richelieu d’Aiguillon, âgée de 70 ans,
d’une maladie de langueur; nous, agents municipaux de la dite commune, nous nous
sommes transportés en la demeure de la dite citoyenne d’Aiguillon pour nous assurer
de son décès, lequel avons reconnu vrai et l’avons conduite au lieu destiné au repos des
corps[635], en présence des citoyens A. N. J. Bonvalet, âgé de 30 ans, demeurant à
Paris, rue de la Chaise, Section de la Croix Rouge et de Jean Jacques Hauvy, officier
invalide, âgé de 55 ans, demeurant en cette commune, témoins qui ont signé avec nous;
Signé: Quelen[636]. Chauvet. Hauvi. Bonau. Hugues.
Chambel. Debourges.
Page 247
PIÈCES JUSTIFICATIVES VII
Inventaire après décès de Mᵐᵉ d’Aiguillon, morte le 15 septembre 1796, fait par le
citoyen Ardent, juge de paix (extrait).
Le 16 prairial an V.
1º..... Dans la chambre de Mᵐᵉ d’Aiguillon, ayant vue sur la pièce d’eau, au 1ᵉʳ
étage:
1º Devant de cheminée et garniture cuivre;
2º Une bergère couverte en toile coton blanc, brodé vert;
3º Grand lit à couverture brodée et rideaux;
4º Un lit de repos, 6 chaises, 4 fauteuils;
5º Chiffonnier avec métier à tapisserie;
6º Bercelonnette d’enfant, glaces, canapé, tableaux de paysage, vue de Veretz,
portraits de famille.
Serre: 26 orangers et autres plantes diverses.
Dans un grand salon: Glaces, fauteuils, portraits de famille. Buste en bronze
représentant le cardinal de Richelieu.[637] Bustes en biscuit représentant M.
d’Aiguillon, Mˡˡᵉ de Navailles.
Dans les caves: Vins de Hongrie, de Veretz, de Cahors, de Chypre, de Bordeaux, de
Saumur.
Dans la ferme: tombereaux, charrues, herses, 20 têtes de mouton, bélier, 5 vaches,
61 têtes de volaille.
Inventaire après décès de Mᵐᵉ d’Aiguillon, morte le 15 septembre 1796, fait par le
citoyen Ardent, juge de paix (extrait).
Le 16 prairial an V.
1º..... Dans la chambre de Mᵐᵉ d’Aiguillon, ayant vue sur la pièce d’eau, au 1ᵉʳ
étage:
1º Devant de cheminée et garniture cuivre;
2º Une bergère couverte en toile coton blanc, brodé vert;
3º Grand lit à couverture brodée et rideaux;
4º Un lit de repos, 6 chaises, 4 fauteuils;
5º Chiffonnier avec métier à tapisserie;
6º Bercelonnette d’enfant, glaces, canapé, tableaux de paysage, vue de Veretz,
portraits de famille.
Serre: 26 orangers et autres plantes diverses.
Dans un grand salon: Glaces, fauteuils, portraits de famille. Buste en bronze
représentant le cardinal de Richelieu.[637] Bustes en biscuit représentant M.
d’Aiguillon, Mˡˡᵉ de Navailles.
Dans les caves: Vins de Hongrie, de Veretz, de Cahors, de Chypre, de Bordeaux, de
Saumur.
Dans la ferme: tombereaux, charrues, herses, 20 têtes de mouton, bélier, 5 vaches,
61 têtes de volaille.
Page 248
INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS
N.—Les numéros indiquent les pages. Ceux suivis d’un astérisque indiquent les
notes. Les noms en italique désignent les noms de lieu et d’ouvrages.
A, B, C, D, E, F, G, H, I, J, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, U, V, W.
N.—Les numéros indiquent les pages. Ceux suivis d’un astérisque indiquent les
notes. Les noms en italique désignent les noms de lieu et d’ouvrages.
A, B, C, D, E, F, G, H, I, J, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, U, V, W.
Page 249
A
Abrieu (Chevalier d’), secrétaire du duc d’Aiguillon, 116, 326*, 342, 380,
382.
Actes des Apôtres, 354354*. Adélaïde (Mᵐᵉ), fille de Louis XV, 92, 164,
201, 2201*, 202, 202*, 203, 216, 222, 223.
Agen, 36, 49, 314, 339, 341, 387*, 390, 392, 394, 395.
Ayen (Duc d’), 119.
Agénois, ancien pays de France, 1, 254, 261, 295, 326.
Agénois (Domaine d’), 357.
Agénois (Comte puis duc d’), 1, 1*, 14, 16, 17, 18, 19, 20, 25, 26, 53, 316.
Agénois (Armand, comte d’), fils du duc d’Aiguillon, 316, 317, 318, 326,
327, 328, 332, 335, 338, 342, 345, 345*. Agénois (Duchesse), 16, 20, 21,
23, 24.
Agénois (Duchesse d’), née Navailles, 346.
Agénois (Hôtel d’, puis d’Aiguillon), 239*, 277, 346, 360, 368, 388*.
Aiguillon (Château d’), 6, 10, 254*, 256, 257, 260, 263, 266, 268, 269, 271,
272, 280, 285, 286, 300, 301, 305, 309*, 311, 312, 314, 326, 330, 333, 338,
355*, 357, 357*, 358, 365, 385, 386*, 387, 388*, 389, 390, 391, 392, 394,
395.
Aiguillon (Duchesse d’), nièce du cardinal de Richelieu, 36, 36*, 392.
Aiguillon (Duc d’), père du duc d’Agénois, 22, 47, 48, 48*, 49, 50, 52.
Aiguillon (Duchesse douairière d’), née Crussol, 7, 21, 23, 24, 74, 127,
147, 154, 167.
Aiguillon (Comte et duc d’Agénois, puis duc d’), 1, 4, 6, 9, 10, 27, 29, 30,
31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 38*, 39, 40, 41, 41*, 42, 42*, 43*, 44, 45*,
46*, 47, 54, 57, 58, 59, 60, 60*, 61, 62, 63, 64, 65, 65*, 66, 67, 68, 69, 70,
72, 72*, 73, 74, 75, 76, 79, 81*, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92,
93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 102, 103, 104, 104*, 105, 106, 107, 108, 109,
110, 110*, 111, 112, 113, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 120, 121, 124, 126,
127, 128, 130, 131, 133, 134, 135*, 136, 140, 141, 145, 146, 147, 148, 151,
152, 152*, 153, 154, 155, 156, 157, 159, 160, 161, 162, 163*, 165, 167,
168*, 170, 171, 172, 173, 174, 175, 175*, 176, 177, 178, 179, 179*, 180,
181, 182, 183, 183*, 183*, 183*, 184*, 185, 186, 186*, 187, 188, 188*,
189, 189*, 190, 191, 193, 194, 195, 196, 197, 198, 199, 200, 201, 202, 203,
204, 205, 205*, 206, 206*, 206*, 207, 208, 208*, 208*, 209, 209*, 210,
210*, 210*, 210*, 211, 212, 213*, 214, 214*, 215, 215*, 216, 217, 218,
Abrieu (Chevalier d’), secrétaire du duc d’Aiguillon, 116, 326*, 342, 380,
382.
Actes des Apôtres, 354354*. Adélaïde (Mᵐᵉ), fille de Louis XV, 92, 164,
201, 2201*, 202, 202*, 203, 216, 222, 223.
Agen, 36, 49, 314, 339, 341, 387*, 390, 392, 394, 395.
Ayen (Duc d’), 119.
Agénois, ancien pays de France, 1, 254, 261, 295, 326.
Agénois (Domaine d’), 357.
Agénois (Comte puis duc d’), 1, 1*, 14, 16, 17, 18, 19, 20, 25, 26, 53, 316.
Agénois (Armand, comte d’), fils du duc d’Aiguillon, 316, 317, 318, 326,
327, 328, 332, 335, 338, 342, 345, 345*. Agénois (Duchesse), 16, 20, 21,
23, 24.
Agénois (Duchesse d’), née Navailles, 346.
Agénois (Hôtel d’, puis d’Aiguillon), 239*, 277, 346, 360, 368, 388*.
Aiguillon (Château d’), 6, 10, 254*, 256, 257, 260, 263, 266, 268, 269, 271,
272, 280, 285, 286, 300, 301, 305, 309*, 311, 312, 314, 326, 330, 333, 338,
355*, 357, 357*, 358, 365, 385, 386*, 387, 388*, 389, 390, 391, 392, 394,
395.
Aiguillon (Duchesse d’), nièce du cardinal de Richelieu, 36, 36*, 392.
Aiguillon (Duc d’), père du duc d’Agénois, 22, 47, 48, 48*, 49, 50, 52.
Aiguillon (Duchesse douairière d’), née Crussol, 7, 21, 23, 24, 74, 127,
147, 154, 167.
Aiguillon (Comte et duc d’Agénois, puis duc d’), 1, 4, 6, 9, 10, 27, 29, 30,
31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 38*, 39, 40, 41, 41*, 42, 42*, 43*, 44, 45*,
46*, 47, 54, 57, 58, 59, 60, 60*, 61, 62, 63, 64, 65, 65*, 66, 67, 68, 69, 70,
72, 72*, 73, 74, 75, 76, 79, 81*, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92,
93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 102, 103, 104, 104*, 105, 106, 107, 108, 109,
110, 110*, 111, 112, 113, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 120, 121, 124, 126,
127, 128, 130, 131, 133, 134, 135*, 136, 140, 141, 145, 146, 147, 148, 151,
152, 152*, 153, 154, 155, 156, 157, 159, 160, 161, 162, 163*, 165, 167,
168*, 170, 171, 172, 173, 174, 175, 175*, 176, 177, 178, 179, 179*, 180,
181, 182, 183, 183*, 183*, 183*, 184*, 185, 186, 186*, 187, 188, 188*,
189, 189*, 190, 191, 193, 194, 195, 196, 197, 198, 199, 200, 201, 202, 203,
204, 205, 205*, 206, 206*, 206*, 207, 208, 208*, 208*, 209, 209*, 210,
210*, 210*, 210*, 211, 212, 213*, 214, 214*, 215, 215*, 216, 217, 218,
Page 250
219, 220, 220*, 221, 222, 223, 224, 225, 226, 227, 227*, 231*, 231*, 232,
233, 234, 234*, 235, 235*, 236, 237, 238, 239, 240, 240*, 241, 242, 242*,
243, 243*, 244, 244*, 245, 246, 247, 248, 249, 250, 251, 252, 253, 253*,
254, 256*, 256, 257, 258, 260, 260*, 261, 261*, 262, 268, 270, 271, 273,
274, 274*, 275, 281, 286, 287, 288, 289, 290, 291, 292, 292*, 294, 296,
296*, 298, 299, 301, 302, 302*, 302*, 303, 303*, 304, 307, 309, 310, 311,
312, 314, 315, 315*, 315*, 316*, 317, 318*, 319, 320, 320*, 321, 322, 324,
326, 327, 328, 329*, 330*, 335, 337, 340, 341, 341*, 343, 344, 345, 346,
347, 348, 349, 350, 350*, 352, 356, 362, 362*, 366, 367, 376, 377, 379,
380, 381, 382, 384, 388*, 391, 392, 393, 395.
Aiguillon (Louise-Félicité de Bréhan Plélo, duchesse d’), 1, 2, 3, 4, 6, 7, 8,
9, 12, 13, 14, 17, 33, 37, 38*, 42, 43*, 45, 54, 64, 65, 66, 68, 71, 72, 77, 78,
79, 80, 81, 85, 96, 97, 104, 113, 124, 125*, 126, 127, 128, 129, 130, 131,
132, 135, 138, 139, 141, 146, 147, 148, 150, 152, 160, 165, 165*, 166,
167*, 178, 180, 186, 190, 191, 192, 194, 194*, 197, 198, 206, 214, 218,
224, 224*, 229, 230, 231, 231*, 232, 233, 237, 238, 246, 256, 261*, 261*,
263, 264, 265, 266, 267, 269, 272, 276*, 277, 278, 279, 280, 282, 284,
288*, 289, 290, 296, 298, 298*, 299, 299*, 300, 301, 302, 302*, 302*, 308,
311, 313, 317*, 322*, 323, 323*, 325, 326, 328, 329, 329*, 331, 333, 335,
338, 339, 339*, 340, 341, 342, 342*, 342*, 344, 346, 347*, 351, 353, 355,
356, 356*, 357, 358, 358*, 360, 362, 362*, 363, 364, 365, 366, 367, 369,
371, 372, 373, 378, 386*, 388*, 389*, 391, 392, 394.
Aiguillon (Agathe-Rosalie d’), 38.
Aiguillon (Armande-Félicité d’), 25.
Aiguillon (Duchesse d’), née Navailles, 356*. Aiguillon (Armand, duc d’),
354, 354*, 355, 355*, 383, 384, 385, 386, 387*, 388*, 389*, 394.
Aiguillon (Maison d’), 355, 361, 365*, 392.
Alembert (D’), 106, 139, 182, 2220*. Alexandrine, 314.
Allemagne, 235.
Almeras (Henri d’). Les amoureux de Marie-Antoinette, 219*, 235*.
Alsace, 42.
Alsace-Lorraine, 174.
Amboise, 380.
Amécourt (D’), conseiller à la Grand’Chambre, 319.
Amelot, intendant, 341, 341*. Amérique, 310, 331*. Angelucci, libelliste,
235.
Anglais, 310, 343.
233, 234, 234*, 235, 235*, 236, 237, 238, 239, 240, 240*, 241, 242, 242*,
243, 243*, 244, 244*, 245, 246, 247, 248, 249, 250, 251, 252, 253, 253*,
254, 256*, 256, 257, 258, 260, 260*, 261, 261*, 262, 268, 270, 271, 273,
274, 274*, 275, 281, 286, 287, 288, 289, 290, 291, 292, 292*, 294, 296,
296*, 298, 299, 301, 302, 302*, 302*, 303, 303*, 304, 307, 309, 310, 311,
312, 314, 315, 315*, 315*, 316*, 317, 318*, 319, 320, 320*, 321, 322, 324,
326, 327, 328, 329*, 330*, 335, 337, 340, 341, 341*, 343, 344, 345, 346,
347, 348, 349, 350, 350*, 352, 356, 362, 362*, 366, 367, 376, 377, 379,
380, 381, 382, 384, 388*, 391, 392, 393, 395.
Aiguillon (Louise-Félicité de Bréhan Plélo, duchesse d’), 1, 2, 3, 4, 6, 7, 8,
9, 12, 13, 14, 17, 33, 37, 38*, 42, 43*, 45, 54, 64, 65, 66, 68, 71, 72, 77, 78,
79, 80, 81, 85, 96, 97, 104, 113, 124, 125*, 126, 127, 128, 129, 130, 131,
132, 135, 138, 139, 141, 146, 147, 148, 150, 152, 160, 165, 165*, 166,
167*, 178, 180, 186, 190, 191, 192, 194, 194*, 197, 198, 206, 214, 218,
224, 224*, 229, 230, 231, 231*, 232, 233, 237, 238, 246, 256, 261*, 261*,
263, 264, 265, 266, 267, 269, 272, 276*, 277, 278, 279, 280, 282, 284,
288*, 289, 290, 296, 298, 298*, 299, 299*, 300, 301, 302, 302*, 302*, 308,
311, 313, 317*, 322*, 323, 323*, 325, 326, 328, 329, 329*, 331, 333, 335,
338, 339, 339*, 340, 341, 342, 342*, 342*, 344, 346, 347*, 351, 353, 355,
356, 356*, 357, 358, 358*, 360, 362, 362*, 363, 364, 365, 366, 367, 369,
371, 372, 373, 378, 386*, 388*, 389*, 391, 392, 394.
Aiguillon (Agathe-Rosalie d’), 38.
Aiguillon (Armande-Félicité d’), 25.
Aiguillon (Duchesse d’), née Navailles, 356*. Aiguillon (Armand, duc d’),
354, 354*, 355, 355*, 383, 384, 385, 386, 387*, 388*, 389*, 394.
Aiguillon (Maison d’), 355, 361, 365*, 392.
Alembert (D’), 106, 139, 182, 2220*. Alexandrine, 314.
Allemagne, 235.
Almeras (Henri d’). Les amoureux de Marie-Antoinette, 219*, 235*.
Alsace, 42.
Alsace-Lorraine, 174.
Amboise, 380.
Amécourt (D’), conseiller à la Grand’Chambre, 319.
Amelot, intendant, 341, 341*. Amérique, 310, 331*. Angelucci, libelliste,
235.
Anglais, 310, 343.
Page 251
Angleterre, 80, 111, 135, 183, 188, 209*, 210, 241, 310, 339, 386.
Angoulème (Bailliage d’), 308.
Anseaume, auteur comique, 329*. Anville (M. d’), 281.
Apologie de Gilbert, 279.
Archives de la Bastille, 117, 296*, 303*, 380*, 382*. Archives d’Ille-et-
Vilaine, 67*, 81.
Archives nationales, 67*, 68*, 72*, 75*, 76*, 78*, 78*, 79*, 80*, 82*, 93*,
94*, 96*, 115*, 124*, 130*, 132*, 138*, 139*, 143*, 149*, 167*, 169*,
169*, 180*, 191*, 207*, 213*, 230*, 232*, 246*, 246*, 263*, 278*, 280*,
281*, 298*, 298*, 299*, 299*, 299*, 300*, 300*, 300*, 301*, 301*, 302*,
302*, 302*, 302*, 303*, 303*, 303*, 303*, 307*, 307*, 308*, 309*, 309*,
309*, 310*, 310*, 311*, 313*, 313*, 314*, 314*, 314*, 315*, 315*, 320*,
324*, 324*, 324*, 325*, 325*, 325*, 325*, 325*, 327*, 328*, 331*, 332*,
332*, 332*, 333*, 333*, 334*, 334*, 335*, 335*, 339*, 339*, 340*, 341*,
341*, 341*, 343*, 344*, 344*, 344*, 346*, 346*, 347*, 358*, 364*, 387*,
388.
Argenson (Mémoires du marquis d’), 16, 17*. Armaillé (Mᵐᵉ d’), La
comtesse d’Egmont, 154, 154*, 208*, 209*. Armes (Place d’), Versailles,
197.
Arneth (Comte d’), 223*. Arneth-Flammermont (D’). Correspondance
secrète entre Mercy-Argenteau et le prince de Kaunitz, 156*, 163*, 178*,
185*, 186*, 187*, 196*, 210*, 336*. Arneth-Geffroy (D’).
Correspondance de Marie-Thérèse et de Marie-Antoinette, 120*, 121*,
210*, 211*, 215*, 222*. Arneth-Geffroy (D’), Correspondance secrète
entre Marie-Thérèse et Mercy-Argenteau, 163*, 187*, 187*, 188*, 188*,
190*, 196*, 196*, 221*, 224*, 225*, 227*, 236*, 236*. Arnoux, 382.
Arpajon, 251.
Artois (Comte d’), 173, 206, 380.
Asie, 331*. Augeard. Mémoires secrets, 239, 239*. Aulnay, 132.
Aumont (Duc d’), premier gentilhomme de la Chambre, 217.
Autriche, 20, 135, 156, 161, 163, 165, 181, 183, 185, 187, 188*, 200, 211,
235, 262, 281, 283*.
B
Babillard (Le) de Boissy, 329, 329*. Bacha, surnom d’Aiguillon, 167.
Bachaumont (Mémoires secrets dits de), 43*, 43*, 82*, 93*, 101, 101*,
109, 110*, 112", 119*, 120*, 137*, 191, 191*, 197, 247*, 263*, 296*,
Angoulème (Bailliage d’), 308.
Anseaume, auteur comique, 329*. Anville (M. d’), 281.
Apologie de Gilbert, 279.
Archives de la Bastille, 117, 296*, 303*, 380*, 382*. Archives d’Ille-et-
Vilaine, 67*, 81.
Archives nationales, 67*, 68*, 72*, 75*, 76*, 78*, 78*, 79*, 80*, 82*, 93*,
94*, 96*, 115*, 124*, 130*, 132*, 138*, 139*, 143*, 149*, 167*, 169*,
169*, 180*, 191*, 207*, 213*, 230*, 232*, 246*, 246*, 263*, 278*, 280*,
281*, 298*, 298*, 299*, 299*, 299*, 300*, 300*, 300*, 301*, 301*, 302*,
302*, 302*, 302*, 303*, 303*, 303*, 303*, 307*, 307*, 308*, 309*, 309*,
309*, 310*, 310*, 311*, 313*, 313*, 314*, 314*, 314*, 315*, 315*, 320*,
324*, 324*, 324*, 325*, 325*, 325*, 325*, 325*, 327*, 328*, 331*, 332*,
332*, 332*, 333*, 333*, 334*, 334*, 335*, 335*, 339*, 339*, 340*, 341*,
341*, 341*, 343*, 344*, 344*, 344*, 346*, 346*, 347*, 358*, 364*, 387*,
388.
Argenson (Mémoires du marquis d’), 16, 17*. Armaillé (Mᵐᵉ d’), La
comtesse d’Egmont, 154, 154*, 208*, 209*. Armes (Place d’), Versailles,
197.
Arneth (Comte d’), 223*. Arneth-Flammermont (D’). Correspondance
secrète entre Mercy-Argenteau et le prince de Kaunitz, 156*, 163*, 178*,
185*, 186*, 187*, 196*, 210*, 336*. Arneth-Geffroy (D’).
Correspondance de Marie-Thérèse et de Marie-Antoinette, 120*, 121*,
210*, 211*, 215*, 222*. Arneth-Geffroy (D’), Correspondance secrète
entre Marie-Thérèse et Mercy-Argenteau, 163*, 187*, 187*, 188*, 188*,
190*, 196*, 196*, 221*, 224*, 225*, 227*, 236*, 236*. Arnoux, 382.
Arpajon, 251.
Artois (Comte d’), 173, 206, 380.
Asie, 331*. Augeard. Mémoires secrets, 239, 239*. Aulnay, 132.
Aumont (Duc d’), premier gentilhomme de la Chambre, 217.
Autriche, 20, 135, 156, 161, 163, 165, 181, 183, 185, 187, 188*, 200, 211,
235, 262, 281, 283*.
B
Babillard (Le) de Boissy, 329, 329*. Bacha, surnom d’Aiguillon, 167.
Bachaumont (Mémoires secrets dits de), 43*, 43*, 82*, 93*, 101, 101*,
109, 110*, 112", 119*, 120*, 137*, 191, 191*, 197, 247*, 263*, 296*,
Page 252
320*. Bagnères, 45, 57, 155, 264, 265, 300, 302, 332, 333.
Bâle, 387*. Balleroy (F.-A. Chevalier de), 8, 9, 13, 23, 31, 39, 54, 67, 68,
71, 72, 74, 76, 82, 93, 96, 97, 116, 127, 128, 129, 130, 141, 152, 158, 166,
169, 191*, 193*, 198*, 207*, 213*, 229, 231*, 246, 260, 262, 263*, 270,
276, 277, 280, 281, 284, 286, 297, 298*, 299*, 300, 303, 304, 305, 309,
309*, 313, 315, 316, 320, 322*, 323*, 325, 326*, 326*, 327, 328*, 330,
332, 333, 334, 335, 338, 343*, 344, 345, 346, 349, 352, 364, 380.
Balleroy (Charles-Auguste, marquis de), 9, 73.
Balleroy (Marquise de la Cour de), 9.
Barbier (Journal de), 12*, 34*, 85*. Barbier de Séville (Le), 235.
Barèges, 112, 120, 300, 300*. Bardin (Abbé). Châteauneuf, 299*. Barrin
(Général, vicomte de), 73, 115.
Barthélemy (Abbé), 166, 197, 385.
Barthélemy, 395.
Barthélemy (E. de), 9, 76.
Basse-Normandie, 277.
Bastille (Château de la), 61, 206, 206*, 207, 225, 240, 241, 242, 270, 283*,
380, 382, 385.
Baudeau (Chronique de l’abbé) Revue rétrospective, 141, 141*, 219, 219*,
220, 222, 224, 227, 239.
Baudry, 65.
Bayeux, 9, 324, 380.
Baulieu, général autrichien, 370*. Beaumarchais (Caron de), 220*, 235,
236, 236*, 251, 339, 378, 379.
Beauvau (Princesse de), 151, 253*. Bec-de-Lièvre, 115.
Belle-Isle (Maréchal de), 32, 87.
Belle-Poule (Coiffure à la), 313.
Belleval (De). Souvenirs d’un Chevau-Léger, 63, 63*, 64, 89, 92, 92*, 94,
94*, 96, 96*, 97, 99, 100, 100*, 104*, 158, 158*, 249, 250, 250*, 251,
251*, 252, 252*, 252*, 254*, 258, 258*, 260, 261, 265, 265*, 276, 287,
290*, 311*, 355*. Berlin, 181, 209*. Bernet, homme d’affaires de la
famille d’Aiguillon, 355, 356.
Bernis (Cardinal de), ambassadeur à Rome, 321, 380.
Bertin, contrôleur général, 34, 34*, 92.
Besenval (Mémoires de), 173*, 244, 244*, 245, 245*, 256*, 257, 258.
Bouillon, médecin du Roi, 26.
Bijou des Dames, 313.
Bâle, 387*. Balleroy (F.-A. Chevalier de), 8, 9, 13, 23, 31, 39, 54, 67, 68,
71, 72, 74, 76, 82, 93, 96, 97, 116, 127, 128, 129, 130, 141, 152, 158, 166,
169, 191*, 193*, 198*, 207*, 213*, 229, 231*, 246, 260, 262, 263*, 270,
276, 277, 280, 281, 284, 286, 297, 298*, 299*, 300, 303, 304, 305, 309,
309*, 313, 315, 316, 320, 322*, 323*, 325, 326*, 326*, 327, 328*, 330,
332, 333, 334, 335, 338, 343*, 344, 345, 346, 349, 352, 364, 380.
Balleroy (Charles-Auguste, marquis de), 9, 73.
Balleroy (Marquise de la Cour de), 9.
Barbier (Journal de), 12*, 34*, 85*. Barbier de Séville (Le), 235.
Barèges, 112, 120, 300, 300*. Bardin (Abbé). Châteauneuf, 299*. Barrin
(Général, vicomte de), 73, 115.
Barthélemy (Abbé), 166, 197, 385.
Barthélemy, 395.
Barthélemy (E. de), 9, 76.
Basse-Normandie, 277.
Bastille (Château de la), 61, 206, 206*, 207, 225, 240, 241, 242, 270, 283*,
380, 382, 385.
Baudeau (Chronique de l’abbé) Revue rétrospective, 141, 141*, 219, 219*,
220, 222, 224, 227, 239.
Baudry, 65.
Bayeux, 9, 324, 380.
Baulieu, général autrichien, 370*. Beaumarchais (Caron de), 220*, 235,
236, 236*, 251, 339, 378, 379.
Beauvau (Princesse de), 151, 253*. Bec-de-Lièvre, 115.
Belle-Isle (Maréchal de), 32, 87.
Belle-Poule (Coiffure à la), 313.
Belleval (De). Souvenirs d’un Chevau-Léger, 63, 63*, 64, 89, 92, 92*, 94,
94*, 96, 96*, 97, 99, 100, 100*, 104*, 158, 158*, 249, 250, 250*, 251,
251*, 252, 252*, 252*, 254*, 258, 258*, 260, 261, 265, 265*, 276, 287,
290*, 311*, 355*. Berlin, 181, 209*. Bernet, homme d’affaires de la
famille d’Aiguillon, 355, 356.
Bernis (Cardinal de), ambassadeur à Rome, 321, 380.
Bertin, contrôleur général, 34, 34*, 92.
Besenval (Mémoires de), 173*, 244, 244*, 245, 245*, 256*, 257, 258.
Bouillon, médecin du Roi, 26.
Bijou des Dames, 313.
Page 253
Binet de Beaupré, 345.
Biographie universelle des Contemporains, 385.
Blache, 356*. Blome (Baron de), ministre de France en Danemark, 186.
Bohémienne (La), 307, 307*. Boigne (Mémoires de Mᵐᵉ de), 222*.
Boisgelin (Comtesse de), 262, 263.
Boissy, auteur comique, 329*. Bonaparte (Général), 370*. Bonnier de la
Mosson, 395.
Bordeaux, 124, 125, 125*, 201, 323*, 324.
Bordeu, médecin de Mᵐᵉ Du Barry, 241.
Bossebeuf (Abbé), Histoire du château de Veretz, 52*, 367*. Bouchot
(Henri). La miniature française, 240*. Boudet de Monbrison, 391.
Boufflers (De), 232.
Bouillon (Duc de), 217.
Bourbon (Maison de), 134, 135, 188*, 235*, 261, 284.
Bourdier, banquier de Londres, 241.
Bourges, 264, 344.
Bourg-la-Reine, 341.
Boutaric. Correspondance de Louis XV, 140*, 180*, 206*, 226*. Boutry.
Autour de Marie-Antoinette, 181, 182, 183*. Boynes (M. de), ministre de la
Marine, 160, 160*, 209*, 210*, 210*, 225.
Boysse, 198*. Brehan Plelo (Le comte de), ambassadeur à Copenhague, 1,
14*, 16*, 20.
Brehan Plelo (Louise-Françoise de la Vrillière, comtesse de), 1, 11, 12, 13.
Brehan Plelo (Louise-Françoise-Félicité), 1, 2, 3, 4, 12, 13, 14, 15, 16.
Brehan (Marquis de), frère consanguin du comte de Plelo, 14.
Brehan (Marquis de), Généalogie de la Maison de Brehan, 373*. Brest, 29,
38.
Bretagne, 9, 10, 34, 35, 36, 37, 38, 40, 41, 42, 44, 46, 60, 60*, 63, 66, 68,
73, 74, 75, 76, 82, 83, 88, 94, 101, 106, 110, 117, 125, 128, 130, 132, 139,
143, 144, 145, 151, 155, 156, 159, 169, 220, 231, 231*, 232, 247, 248, 268,
277, 307, 350, 384.
Bretagne féodale et militaire (La), 256*. Brillat-Savarin, 170.
Brionne (Comtesse de), 240*. Brissac (Duc de), 119, 133, 353*. Brissac
(Duchesse de), 342*. Brissot (Mémoires de), 54, 90, 90*, 110*, 110, 385.
British Museum, 20.
Broc (Général de), 54, 73.
Broglie (Comte de), 143, 175, 175*, 176, 180, 181, 185, 204, 205, 206,
Biographie universelle des Contemporains, 385.
Blache, 356*. Blome (Baron de), ministre de France en Danemark, 186.
Bohémienne (La), 307, 307*. Boigne (Mémoires de Mᵐᵉ de), 222*.
Boisgelin (Comtesse de), 262, 263.
Boissy, auteur comique, 329*. Bonaparte (Général), 370*. Bonnier de la
Mosson, 395.
Bordeaux, 124, 125, 125*, 201, 323*, 324.
Bordeu, médecin de Mᵐᵉ Du Barry, 241.
Bossebeuf (Abbé), Histoire du château de Veretz, 52*, 367*. Bouchot
(Henri). La miniature française, 240*. Boudet de Monbrison, 391.
Boufflers (De), 232.
Bouillon (Duc de), 217.
Bourbon (Maison de), 134, 135, 188*, 235*, 261, 284.
Bourdier, banquier de Londres, 241.
Bourges, 264, 344.
Bourg-la-Reine, 341.
Boutaric. Correspondance de Louis XV, 140*, 180*, 206*, 226*. Boutry.
Autour de Marie-Antoinette, 181, 182, 183*. Boynes (M. de), ministre de la
Marine, 160, 160*, 209*, 210*, 210*, 225.
Boysse, 198*. Brehan Plelo (Le comte de), ambassadeur à Copenhague, 1,
14*, 16*, 20.
Brehan Plelo (Louise-Françoise de la Vrillière, comtesse de), 1, 11, 12, 13.
Brehan Plelo (Louise-Françoise-Félicité), 1, 2, 3, 4, 12, 13, 14, 15, 16.
Brehan (Marquis de), frère consanguin du comte de Plelo, 14.
Brehan (Marquis de), Généalogie de la Maison de Brehan, 373*. Brest, 29,
38.
Bretagne, 9, 10, 34, 35, 36, 37, 38, 40, 41, 42, 44, 46, 60, 60*, 63, 66, 68,
73, 74, 75, 76, 82, 83, 88, 94, 101, 106, 110, 117, 125, 128, 130, 132, 139,
143, 144, 145, 151, 155, 156, 159, 169, 220, 231, 231*, 232, 247, 248, 268,
277, 307, 350, 384.
Bretagne féodale et militaire (La), 256*. Brillat-Savarin, 170.
Brionne (Comtesse de), 240*. Brissac (Duc de), 119, 133, 353*. Brissac
(Duchesse de), 342*. Brissot (Mémoires de), 54, 90, 90*, 110*, 110, 385.
British Museum, 20.
Broc (Général de), 54, 73.
Broglie (Comte de), 143, 175, 175*, 176, 180, 181, 185, 204, 205, 206,
Page 254
206*, 207, 208, 212, 215, 220, 225, 242, 310, 310*. Broglie (Duc de). Le
Secret du Roi, 67*, 146*, 174*, 175*, 176, 176*, 180, 182, 184, 184*,
185*, 188*, 204*, 205*, 205*, 206*, 206*, 207*, 209*, 225*, 225*, 310*.
Brosses (Lettres du Président de), 148.
Brouage, 47.
Bruxelles, 240, 395.
Buffenoir. Feuilles d’histoire, 362*. Bulletin de la Société archéologique
de Touraine, 48.
Bulletin du Bibliophile, 76, 260*, 262*, 270*, 286*, 304*, 323*.
C
Caen (Mᵐᵉ de), 303.
Caffieri, 391.
Cahouet de Villers (Affaire de la), 295.
Calais, 355.
Calan, Revue de Bretagne et Vendée, 65*, 72*, 73*, 308*. Calonne,
contrôleur général, 56, 56*, 58, 249.
Campan (Mᵐᵉ). Mémoires sur Marie-Antoinette, 185*, 219*, 247, 247*,
355*. Canada, 28.
Candide, 230, 231*, 280.
Caquets (Les), Comédie de Riccoboni, 339, 339*. Carné. Etats de
Bretagne, 41*. Carnet historique (Le), 26*. Carpentier, 98.
Carracioli, ambassadeur des Deux-Siciles, 161.
Carré. La Chalotais et d’Aiguillon, 44*, 60*, 62*, 63*, 64*, 65*, 66*, 67*,
68*, 69*, 72*, 73*, 74, 74*, 77*, 231*, 239*, 268*. Catherine, impératrice
de Russie, 182.
Catherine de Médicis, 151.
Cavendish (Lord), 29, 31, 35.
Cazalès, 354*, 384.
Cedoz (Abbé). Un couvent de Religieuses anglaises à Paris, 358*.
Chabrillan (Comte de), 239*. Chabrillan (Marquis de), mari de Mˡˡᵉ
d’Aiguillon, 54, 278, 280, 317.
Chabrillan (Comte de), 324, 333, 334*. Chabrillan (Innocente-Aglaë
d’Aiguillon, marquise de), 27, 233, 284, 287, 295, 373*. Chabrillan
(Emmanuel, vicomte de), 355, 365.
Chabrillan (Hippolyte-César de Moreton de), 373*, 374*. Chabrillan
(Pierre-Charles-Fort-de-Moreton de), 374*. Chabrillan (Marquis de), 11,
Secret du Roi, 67*, 146*, 174*, 175*, 176, 176*, 180, 182, 184, 184*,
185*, 188*, 204*, 205*, 205*, 206*, 206*, 207*, 209*, 225*, 225*, 310*.
Brosses (Lettres du Président de), 148.
Brouage, 47.
Bruxelles, 240, 395.
Buffenoir. Feuilles d’histoire, 362*. Bulletin de la Société archéologique
de Touraine, 48.
Bulletin du Bibliophile, 76, 260*, 262*, 270*, 286*, 304*, 323*.
C
Caen (Mᵐᵉ de), 303.
Caffieri, 391.
Cahouet de Villers (Affaire de la), 295.
Calais, 355.
Calan, Revue de Bretagne et Vendée, 65*, 72*, 73*, 308*. Calonne,
contrôleur général, 56, 56*, 58, 249.
Campan (Mᵐᵉ). Mémoires sur Marie-Antoinette, 185*, 219*, 247, 247*,
355*. Canada, 28.
Candide, 230, 231*, 280.
Caquets (Les), Comédie de Riccoboni, 339, 339*. Carné. Etats de
Bretagne, 41*. Carnet historique (Le), 26*. Carpentier, 98.
Carracioli, ambassadeur des Deux-Siciles, 161.
Carré. La Chalotais et d’Aiguillon, 44*, 60*, 62*, 63*, 64*, 65*, 66*, 67*,
68*, 69*, 72*, 73*, 74, 74*, 77*, 231*, 239*, 268*. Catherine, impératrice
de Russie, 182.
Catherine de Médicis, 151.
Cavendish (Lord), 29, 31, 35.
Cazalès, 354*, 384.
Cedoz (Abbé). Un couvent de Religieuses anglaises à Paris, 358*.
Chabrillan (Comte de), 239*. Chabrillan (Marquis de), mari de Mˡˡᵉ
d’Aiguillon, 54, 278, 280, 317.
Chabrillan (Comte de), 324, 333, 334*. Chabrillan (Innocente-Aglaë
d’Aiguillon, marquise de), 27, 233, 284, 287, 295, 373*. Chabrillan
(Emmanuel, vicomte de), 355, 365.
Chabrillan (Hippolyte-César de Moreton de), 373*, 374*. Chabrillan
(Pierre-Charles-Fort-de-Moreton de), 374*. Chabrillan (Marquis de), 11,
Page 255
41*, 245*, 261*. Chabrillan (Archives), 23*, 29*, 264, 272, 279*, 287*,
356*, 360*, 360*. Chaise (Rue de la), 353*. Chamfort, 152*. Chamfort.
Œuvres, 152*. Chanson des Philosophes, 147.
Chanteloup. Château du duc de Choiseul, 6, 141, 147,
356*, 360*, 360*. Chaise (Rue de la), 353*. Chamfort, 152*. Chamfort.
Œuvres, 152*. Chanson des Philosophes, 147.
Chanteloup. Château du duc de Choiseul, 6, 141, 147,
Page 256
166, 171, 172, 232*, 340, 380.
Charles Iᵉʳ, 137.
Chartres (Evêque de), 78.
Chartres (Duc de), 310*. Chasseurs et la Laitière (Les), d’Anseaume,
musique de Duni, 329, 329*. Châteauneuf-sur-Loire (Château patrimonial
des La Vrillière), 299, 299*. Château-Dauphin, château-fort près de
Saluces, 20.
Chatelet (Du), 87, 171, 172, 173, 299, 299*, 347, 347*. Chateauroux
(Marquise de la Tournelle, duchesse de), 16, 17, 18, 19, 20, 21, 140, 218.
Chaulnes (Duc de), 45, 96.
Chaulnes (Mᵐᵉ de), 278.
Chauvelin (Mᵐᵉ de), 8, 169.
Chesnaye-Desbois (Dictionnaire de la), 1.
Cher, 48, 48*, 49.
Cherbourg, 29, 344, 344*, 344*. Chétardie (Marquis de la), 395.
Choiseul (Duc de), 4, 6, 32, 35, 43, 44*, 59, 61, 78*, 84, 86, 87, 88, 89,
89*, 90, 91, 92, 96, 97, 102, 103, 104*, 111, 112, 120, 121, 127, 133*, 134,
135, 135*, 136, 137*, 139, 140, 141, 142, 142*, 143, 145, 146, 149, 151,
156, 159, 165, 170, 171, 172, 173, 173*, 174, 175, 176, 179*, 181, 186,
204, 208, 211, 214*, 216, 220, 221, 225, 232, 242, 244, 245, 247, 250, 254,
259, 263, 270, 271, 273, 282, 292, 296, 304, 321, 333, 346*, 347, 347*,
348, 366, 377, 380.
Choiseul (Duchesse de), 2, 3, 4, 5, 7, 127, 145, 145*, 147, 153*, 165, 166,
167, 173, 220, 356*. Choiseul (Vicomte de), 93.
Choisy, 27, 96, 121, 149, 173, 221, 222*. Chollet, banquier de Londres,
241.
Chronique scandaleuse, 354*. Cinq Mars, 392.
Clairfontaine (M. de), 314.
Clairon (Mˡˡᵉ), 101, 308.
Claude Saint-André (Mᵐᵉ du Barry), 89*, 104*, 151, 151*, 311*, 355,
355*, 356*. Clémenceau, jésuite, 67.
Coigny (Duc de), 282, 304.
Collé (Journal et Mémoires de), 230, 230*. Compiègne, 88, 160, 169.
Condé (Prince de), 89*, 144, 214*, 214*. Condom (Evêque de), 36, 325,
339.
Condorcet, 116.
Coniac (M. de), 45, 340.
Charles Iᵉʳ, 137.
Chartres (Evêque de), 78.
Chartres (Duc de), 310*. Chasseurs et la Laitière (Les), d’Anseaume,
musique de Duni, 329, 329*. Châteauneuf-sur-Loire (Château patrimonial
des La Vrillière), 299, 299*. Château-Dauphin, château-fort près de
Saluces, 20.
Chatelet (Du), 87, 171, 172, 173, 299, 299*, 347, 347*. Chateauroux
(Marquise de la Tournelle, duchesse de), 16, 17, 18, 19, 20, 21, 140, 218.
Chaulnes (Duc de), 45, 96.
Chaulnes (Mᵐᵉ de), 278.
Chauvelin (Mᵐᵉ de), 8, 169.
Chesnaye-Desbois (Dictionnaire de la), 1.
Cher, 48, 48*, 49.
Cherbourg, 29, 344, 344*, 344*. Chétardie (Marquis de la), 395.
Choiseul (Duc de), 4, 6, 32, 35, 43, 44*, 59, 61, 78*, 84, 86, 87, 88, 89,
89*, 90, 91, 92, 96, 97, 102, 103, 104*, 111, 112, 120, 121, 127, 133*, 134,
135, 135*, 136, 137*, 139, 140, 141, 142, 142*, 143, 145, 146, 149, 151,
156, 159, 165, 170, 171, 172, 173, 173*, 174, 175, 176, 179*, 181, 186,
204, 208, 211, 214*, 216, 220, 221, 225, 232, 242, 244, 245, 247, 250, 254,
259, 263, 270, 271, 273, 282, 292, 296, 304, 321, 333, 346*, 347, 347*,
348, 366, 377, 380.
Choiseul (Duchesse de), 2, 3, 4, 5, 7, 127, 145, 145*, 147, 153*, 165, 166,
167, 173, 220, 356*. Choiseul (Vicomte de), 93.
Choisy, 27, 96, 121, 149, 173, 221, 222*. Chollet, banquier de Londres,
241.
Chronique scandaleuse, 354*. Cinq Mars, 392.
Clairfontaine (M. de), 314.
Clairon (Mˡˡᵉ), 101, 308.
Claude Saint-André (Mᵐᵉ du Barry), 89*, 104*, 151, 151*, 311*, 355,
355*, 356*. Clémenceau, jésuite, 67.
Coigny (Duc de), 282, 304.
Collé (Journal et Mémoires de), 230, 230*. Compiègne, 88, 160, 169.
Condé (Prince de), 89*, 144, 214*, 214*. Condom (Evêque de), 36, 325,
339.
Condorcet, 116.
Coniac (M. de), 45, 340.
Page 257
Contant, 387.
Conti (Prince de), 342*. Conti (Louise-Elisabeth de Condé, princesse de),
48, 48*, 49, 51.
Conti (Abbesse de), 52.
Copenhague, 14.
Cornulier de Lucinière, 105.
Correspondance de Condorcet et de Turgot, 116.
Correspondance Fontette-de la Noue, 268*. Correspondance littéraire, 30*.
Correspondance secrète, 292*, 293*, 296*, 302*, 310*, 311*, 317, 318*,
342*, 342*, 343*, 344*, 345*, 347*, 354*. Côtes-du-Nord, 29.
Couseran (Evêque de), 339.
Coutausse, 387.
Cressant., 394.
Creutz (Baron de), ministre de Suède à Versailles, 179, 205, 209*, 283,
362.
Crillon (Général duc de), 339, 339*, 341.
Cromot, premier commis des Finances, 89, 89*, 214*. Crozat, financier,
134.
Croy (Prince de), 42, 46, 61, 214, 218, 220.
Croy (Journal de), 27*, 34*, 41*, 42*, 46*, 160*, 214*, 218*, 220*, 222*,
223*. Crussol (Louise de), 392.
Custines, 385.
D
Damiens, 85.
Danemark, 292.
Dancourt, 330*. Danton, 353*. Dantzick, 180.
Dauphin (Le), père de Louis XVI, 325, 348.
Dauphin (Le), 42, 44, 84, 86, 111, 150, 151, 173, 185, 185*, 202, 203, 207,
208, 274*. Dauphin (Le), fils de Louis XVI, 347.
Dauphine (La), Marie-Antoinette, 111, 112, 122, 150, 155, 161, 162, 163*,
164, 169*, 178, 178*, 186, 187, 188, 189, 194, 195, 199*, 199, 201, 201*,
203, 214, 274*. Delille (Abbé), 220.
Delong (Mˡˡᵉ), 342.
Desnos, évêque de Rennes puis évêque de Verdun, 132, 276*, 307, 307*.
Desnos, imprimeur, 313.
Conti (Prince de), 342*. Conti (Louise-Elisabeth de Condé, princesse de),
48, 48*, 49, 51.
Conti (Abbesse de), 52.
Copenhague, 14.
Cornulier de Lucinière, 105.
Correspondance de Condorcet et de Turgot, 116.
Correspondance Fontette-de la Noue, 268*. Correspondance littéraire, 30*.
Correspondance secrète, 292*, 293*, 296*, 302*, 310*, 311*, 317, 318*,
342*, 342*, 343*, 344*, 345*, 347*, 354*. Côtes-du-Nord, 29.
Couseran (Evêque de), 339.
Coutausse, 387.
Cressant., 394.
Creutz (Baron de), ministre de Suède à Versailles, 179, 205, 209*, 283,
362.
Crillon (Général duc de), 339, 339*, 341.
Cromot, premier commis des Finances, 89, 89*, 214*. Crozat, financier,
134.
Croy (Prince de), 42, 46, 61, 214, 218, 220.
Croy (Journal de), 27*, 34*, 41*, 42*, 46*, 160*, 214*, 218*, 220*, 222*,
223*. Crussol (Louise de), 392.
Custines, 385.
D
Damiens, 85.
Danemark, 292.
Dancourt, 330*. Danton, 353*. Dantzick, 180.
Dauphin (Le), père de Louis XVI, 325, 348.
Dauphin (Le), 42, 44, 84, 86, 111, 150, 151, 173, 185, 185*, 202, 203, 207,
208, 274*. Dauphin (Le), fils de Louis XVI, 347.
Dauphine (La), Marie-Antoinette, 111, 112, 122, 150, 155, 161, 162, 163*,
164, 169*, 178, 178*, 186, 187, 188, 189, 194, 195, 199*, 199, 201, 201*,
203, 214, 274*. Delille (Abbé), 220.
Delong (Mˡˡᵉ), 342.
Desnos, évêque de Rennes puis évêque de Verdun, 132, 276*, 307, 307*.
Desnos, imprimeur, 313.
Page 258
Déserteur (Le), 100, 118.
Devin de village, de J.-J. Rousseau, 339, 339*. Dinaux. Sociétés Badines,
230, 230*. Dino (Duchesse de), Chronique, 323*. Doillot, notaire, 342*.
Drouais, 391, 392.
Du Barry (Marie-Jeanne Vaubernier, comtesse), 6, 10, 88, 88*, 91, 92, 93,
96, 97, 98, 99, 104*, 118, 120, 121, 124, 126, 135*, 136, 137, 137*, 139*,
140, 147, 151, 152, 153, 155, 161, 164, 165, 166, 168, 168*, 170, 171, 172,
175*, 178, 179, 181, 183*, 184, 185, 186, 187, 190, 194, 195, 197, 198,
200, 201, 202*, 203, 204, 205, 214, 214*, 216, 217, 218, 221, 251, 254,
267, 275, 276, 295, 311, 311*, 312, 341, 345, 353*, 353*, 355, 356*, 376,
378, 379, 391.
Du Barry (Adolphe), neveu de la comtesse, 311.
Du Barry (Claire-Félicité, surnommée Chon), belle-sœur
de la Favorite, 151, 151*, 194, 195, 200, 202, 204, 312.
Dubec, 382.
Dubois-Martin, secrétaire du comte de Broglie, 205.
Dubois de la Motte, (Mᵐᵉ), née Boisgelin de Cucé, 302, 307, 314, 315*.
Duclos. Mémoires, 109, 139.
Du Deffand (Mᵐᵉ), 5, 6, 7, 21*, 61, 73, 74*, 91*, 103*, 104, 104*, 115,
127, 130, 145, 145*, 147, 148, 156, 157, 160, 165, 167, 172, 173, 176, 197,
197*, 205*. Du Deffand (Lettres de Mᵐᵉ), 127*, 130*, 145*, 147, 148, 153,
157, 160*, 165*, 205*. Du Gas du Bois Saint-Just. Paris, Versailles et les
Provinces, 119, 120.
Dumouriez, 174, 176*, 205, 206, 206*, 206*, 214*, 241, 242, 385.
Duni, compositeur de musique, 329*. Duras (Duc de), 72, 73, 82, 87, 110*,
131, 132, 142, 170, 231.
Dufort de Cheverny, Mémoires, 353*. Durand, 389.
Durand, chargé d’affaires, 176, 176*. Dutens. Mémoires d’un voyageur qui
se repose, 379.
Du Tillet, 395.
E
Effiat, 392.
Egmont (Comtesse Septimanie d’), fille du maréchal de Richelieu, 153,
154, 155*, 156, 169, 170, 179, 208, 209*. Egmont (Comte d’), 154, 170*.
Egmont (Alphonsine-Louise-Félicité d’), 170*. Ek. Domaine du baron de
Devin de village, de J.-J. Rousseau, 339, 339*. Dinaux. Sociétés Badines,
230, 230*. Dino (Duchesse de), Chronique, 323*. Doillot, notaire, 342*.
Drouais, 391, 392.
Du Barry (Marie-Jeanne Vaubernier, comtesse), 6, 10, 88, 88*, 91, 92, 93,
96, 97, 98, 99, 104*, 118, 120, 121, 124, 126, 135*, 136, 137, 137*, 139*,
140, 147, 151, 152, 153, 155, 161, 164, 165, 166, 168, 168*, 170, 171, 172,
175*, 178, 179, 181, 183*, 184, 185, 186, 187, 190, 194, 195, 197, 198,
200, 201, 202*, 203, 204, 205, 214, 214*, 216, 217, 218, 221, 251, 254,
267, 275, 276, 295, 311, 311*, 312, 341, 345, 353*, 353*, 355, 356*, 376,
378, 379, 391.
Du Barry (Adolphe), neveu de la comtesse, 311.
Du Barry (Claire-Félicité, surnommée Chon), belle-sœur
de la Favorite, 151, 151*, 194, 195, 200, 202, 204, 312.
Dubec, 382.
Dubois-Martin, secrétaire du comte de Broglie, 205.
Dubois de la Motte, (Mᵐᵉ), née Boisgelin de Cucé, 302, 307, 314, 315*.
Duclos. Mémoires, 109, 139.
Du Deffand (Mᵐᵉ), 5, 6, 7, 21*, 61, 73, 74*, 91*, 103*, 104, 104*, 115,
127, 130, 145, 145*, 147, 148, 156, 157, 160, 165, 167, 172, 173, 176, 197,
197*, 205*. Du Deffand (Lettres de Mᵐᵉ), 127*, 130*, 145*, 147, 148, 153,
157, 160*, 165*, 205*. Du Gas du Bois Saint-Just. Paris, Versailles et les
Provinces, 119, 120.
Dumouriez, 174, 176*, 205, 206, 206*, 206*, 214*, 241, 242, 385.
Duni, compositeur de musique, 329*. Duras (Duc de), 72, 73, 82, 87, 110*,
131, 132, 142, 170, 231.
Dufort de Cheverny, Mémoires, 353*. Durand, 389.
Durand, chargé d’affaires, 176, 176*. Dutens. Mémoires d’un voyageur qui
se repose, 379.
Du Tillet, 395.
E
Effiat, 392.
Egmont (Comtesse Septimanie d’), fille du maréchal de Richelieu, 153,
154, 155*, 156, 169, 170, 179, 208, 209*. Egmont (Comte d’), 154, 170*.
Egmont (Alphonsine-Louise-Félicité d’), 170*. Ek. Domaine du baron de
Page 259
Scheffer, 360, 369.
Elite des Almanachs, 313.
Entretiens de l’autre monde (Les), 267, 267*. Epreuve villageoise (L’), de
Gretry, 313, 313*. Escourre (Chevalier d’), écuyer du duc de Brissac,
353*. Espagne, 135, 140, 216, 339*, 347.
Espagnols, 343.
Esparbès (Mᵐᵉ), 307, 365.
Espion anglais (L’), 204*, 238*. Espion dévalisé (L’), Baudoin de
Guemadec, 204*. Espion français (L’), 308*. Esterhazy, 304.
Esterno (D’), 340.
Etats-Unis, 310*, 331*. Europe, 160, 186*, 188*, 191, 194, 274, 364.
F
Fagon, auteur comique, 346*.
Famille extravagante, de Legrand, musique de Guillion, 313, 313*.
Fauchet (Abbé), 353*. Favart, auteur comique, 322*. Favart (Mᵐᵉ), 197.
Favier, 175, 205, 206, 207, 242.
Fête villageoise (La), de Voisenon, 197.
Fetis, 395.
Figaro (Le mariage de), de Beaumarchais, 339.
Filles anglaises (Les). Couvent transformé en prison, 358, 364*. Fitz James
(Duc de), gouverneur de Bretagne, 230, 231*, 299, 299*, 315, 327, 328*,
332, 343.
Flamarens (Mᵐᵉ de), nièce de Mᵐᵉ de Maurepas, 342*, 344, 353*, 365.
Flammermont. Correspondance des agents diplomatiques étrangers, 208*.
Flammermont. Le chancelier Maupeou et les Parlements, 125*, 134*,
163*. Flandre, 368.
Flavacourt (Mᵐᵉ de), 17.
Fléchier, 80.
Flesselles (De), intendant de Rennes et puis de Lyon, 67, 268, 276, 307,
324.
Flesselles (Mᵐᵉ de), 303, 307.
Fleury (Vicomtesse de), 191.
Fleury (Comte). Louis XV, intime, 217*. Foisset. Le Président de Brosses,
148*. Fontaine de Resbecq. Les Tombeaux des Richelieu à la Sorbonne,
192*. Fontainebleau, 57, 87, 95, 167*, 169, 274, 276.
Elite des Almanachs, 313.
Entretiens de l’autre monde (Les), 267, 267*. Epreuve villageoise (L’), de
Gretry, 313, 313*. Escourre (Chevalier d’), écuyer du duc de Brissac,
353*. Espagne, 135, 140, 216, 339*, 347.
Espagnols, 343.
Esparbès (Mᵐᵉ), 307, 365.
Espion anglais (L’), 204*, 238*. Espion dévalisé (L’), Baudoin de
Guemadec, 204*. Espion français (L’), 308*. Esterhazy, 304.
Esterno (D’), 340.
Etats-Unis, 310*, 331*. Europe, 160, 186*, 188*, 191, 194, 274, 364.
F
Fagon, auteur comique, 346*.
Famille extravagante, de Legrand, musique de Guillion, 313, 313*.
Fauchet (Abbé), 353*. Favart, auteur comique, 322*. Favart (Mᵐᵉ), 197.
Favier, 175, 205, 206, 207, 242.
Fête villageoise (La), de Voisenon, 197.
Fetis, 395.
Figaro (Le mariage de), de Beaumarchais, 339.
Filles anglaises (Les). Couvent transformé en prison, 358, 364*. Fitz James
(Duc de), gouverneur de Bretagne, 230, 231*, 299, 299*, 315, 327, 328*,
332, 343.
Flamarens (Mᵐᵉ de), nièce de Mᵐᵉ de Maurepas, 342*, 344, 353*, 365.
Flammermont. Correspondance des agents diplomatiques étrangers, 208*.
Flammermont. Le chancelier Maupeou et les Parlements, 125*, 134*,
163*. Flandre, 368.
Flavacourt (Mᵐᵉ de), 17.
Fléchier, 80.
Flesselles (De), intendant de Rennes et puis de Lyon, 67, 268, 276, 307,
324.
Flesselles (Mᵐᵉ de), 303, 307.
Fleury (Vicomtesse de), 191.
Fleury (Comte). Louis XV, intime, 217*. Foisset. Le Président de Brosses,
148*. Fontaine de Resbecq. Les Tombeaux des Richelieu à la Sorbonne,
192*. Fontainebleau, 57, 87, 95, 167*, 169, 274, 276.
Page 260
Fontette (Le chevalier de), 44, 58, 63, 66, 68, 73, 276.
Fontette (Mˡˡᵉ de), 313.
Forcalquier (Comtesse de), 103, 103*, 231*, 320, 320*. Fouquet, 326.
Fouquier-Tinville, 236*. France, 111, 119, 135, 144, 146, 156, 163*, 174,
178*, 179, 180, 183*, 185, 186*, 191, 210, 211, 226, 233, 235, 241, 242,
270, 281, 291, 295*, 310, 310*, 339, 345*, 356, 356*, 358, 364, 364*, 370,
371, 373, 385.
France (M. et Mᵐᵉˢ de), 292.
François Iᵉʳ, 49.
Frédéric II, roi de Prusse, 28, 176*, 180, 181.
Frédéric II (Mémoires de), 185.
Fronsac, près Libourne, 324.
Fronsac (Duc de), fils du maréchal de Richelieu, 279, 323.
Fuentès, ambassadeur d’Espagne, 161.
Funck Brentano (Fr.). Nouvelle revue rétrospective de Paul Cottin, 206*.
Funck Brentano (Fr.). Les Nouvellistes, 175.
Funck Brentano (Fr.). Figaro et ses devanciers, 380*.
G
Gaigneux, 47.
Galibert (M. de), 303, 313.
Galliffet (Mˡˡᵉ de), 279.
Garnier, 394.
Garville, 106, 107, 108, 109.
Gascogne, 257, 267.
Gaston (Abbé), Une prison parisienne sous la Terreur, 358*. Gaulard de
Saudray, chargé d’affaires à Berlin, 181.
Gauthier, homme de loi, 357.
Gazette de France, 213*, 350, 369.
Geffroy. Gustave III et la Cour de France, 179*, 207*. Geoffrin (Mᵐᵉ),
106.
Genève, 378.
Genlis (Mᵐᵉ de). Souvenirs de Félicité, 293*. Genlis (M. de), 331.
Georgel (Abbé), secrétaire du cardinal de Rohan, Mémoires, 84, 184*, 185,
310*. Gibraltar, 339, 339*, 341, 343.
Gilbert, 279.
Girac, évêque de Saint-Brieuc, 72, 131, 132, 307*, 308.
Fontette (Mˡˡᵉ de), 313.
Forcalquier (Comtesse de), 103, 103*, 231*, 320, 320*. Fouquet, 326.
Fouquier-Tinville, 236*. France, 111, 119, 135, 144, 146, 156, 163*, 174,
178*, 179, 180, 183*, 185, 186*, 191, 210, 211, 226, 233, 235, 241, 242,
270, 281, 291, 295*, 310, 310*, 339, 345*, 356, 356*, 358, 364, 364*, 370,
371, 373, 385.
France (M. et Mᵐᵉˢ de), 292.
François Iᵉʳ, 49.
Frédéric II, roi de Prusse, 28, 176*, 180, 181.
Frédéric II (Mémoires de), 185.
Fronsac, près Libourne, 324.
Fronsac (Duc de), fils du maréchal de Richelieu, 279, 323.
Fuentès, ambassadeur d’Espagne, 161.
Funck Brentano (Fr.). Nouvelle revue rétrospective de Paul Cottin, 206*.
Funck Brentano (Fr.). Les Nouvellistes, 175.
Funck Brentano (Fr.). Figaro et ses devanciers, 380*.
G
Gaigneux, 47.
Galibert (M. de), 303, 313.
Galliffet (Mˡˡᵉ de), 279.
Garnier, 394.
Garville, 106, 107, 108, 109.
Gascogne, 257, 267.
Gaston (Abbé), Une prison parisienne sous la Terreur, 358*. Gaulard de
Saudray, chargé d’affaires à Berlin, 181.
Gauthier, homme de loi, 357.
Gazette de France, 213*, 350, 369.
Geffroy. Gustave III et la Cour de France, 179*, 207*. Geoffrin (Mᵐᵉ),
106.
Genève, 378.
Genlis (Mᵐᵉ de). Souvenirs de Félicité, 293*. Genlis (M. de), 331.
Georgel (Abbé), secrétaire du cardinal de Rohan, Mémoires, 84, 184*, 185,
310*. Gibraltar, 339, 339*, 341, 343.
Gilbert, 279.
Girac, évêque de Saint-Brieuc, 72, 131, 132, 307*, 308.
Page 261
Girardin (M. de), 309.
Gisors (Mᵐᵉ de) née Fouquet, 325, 325*. Gleichen (Souvenirs du baron de),
205, 205*. Goncourt (E. et J. de). La Du Barry, 111*, 135*, 151*, 153*,
214*, 392.
Goncourt (E. et J. de). Mᵐᵉ de Pompadour, 32*. Goncourt (E. et J. de). La
Duchesse de Châteauroux et ses sœurs, 16, 16*, 19*. Goupil, inspecteur de
police, 380, 381, 382.
Goyon (Comte de), 124*, 128, 129.
Gramont (Mᵐᵉ de), 278.
Gramont (Duchesse de), 120, 121, 347*. Gramont (Comte de), 218.
Grasset. Mᵐᵉ de Choiseul et son temps, 92.
Grécourt (Abbé de), 48, 51.
Grenelle (Rue de), 353*. Gretry, 313.
Grimm (Correspondance de), 80*, 146*. Grimblot, 205*. Gros-Caillou
(Hôpital du), 345.
Grün. Feuillets d’histoire, 103*. Gueméné (Princesse de), 270, 273, 282.
Gueméné-Montbazon (Prince de), 199*, 342.
Guerre (De la), 115.
Guerre de Sept Ans, 27, 28.
Guesbriant (Marquise de), 64.
Guibert (Comte de), auteur de la Tactique, 206*. Guilloneau, notaire.
Inventaire du château de Veretz, 367*. Guilliers, compositeur de musique,
313*. Guimbaud. P. Auget de Montyon, 353*. Guines (Comte, puis duc de),
ambassadeur de France à Londres, 226, 240, 241, 242, 243, 243*, 244, 245,
246, 247, 247*, 252, 254, 257, 265, 270, 271, 273, 274, 281, 282, 282*,
283, 283*, 285, 288, 297, 298.
Grandsaigne et H.-C. Duchesne, Histoire du Château de Madrid, 342*.
Gustave-Adolphe, 361.
Gustave, prince de Suède, 146, 146*. Gustave, roi de Suède, 155, 179, 180,
208*, 209, 209*.
H
Haga (Comte de), 147.
Hambourg, 205*, 206*, 214*, 385, 386.
Harcourt (Duc d’), 344.
Harcourt (Mᵐᵉ d’), 333.
Hardy (Journal de), 58, 88, 89*, 130, 218, 291, 294, 294*. Hausset (Mᵐᵉ
Gisors (Mᵐᵉ de) née Fouquet, 325, 325*. Gleichen (Souvenirs du baron de),
205, 205*. Goncourt (E. et J. de). La Du Barry, 111*, 135*, 151*, 153*,
214*, 392.
Goncourt (E. et J. de). Mᵐᵉ de Pompadour, 32*. Goncourt (E. et J. de). La
Duchesse de Châteauroux et ses sœurs, 16, 16*, 19*. Goupil, inspecteur de
police, 380, 381, 382.
Goyon (Comte de), 124*, 128, 129.
Gramont (Mᵐᵉ de), 278.
Gramont (Duchesse de), 120, 121, 347*. Gramont (Comte de), 218.
Grasset. Mᵐᵉ de Choiseul et son temps, 92.
Grécourt (Abbé de), 48, 51.
Grenelle (Rue de), 353*. Gretry, 313.
Grimm (Correspondance de), 80*, 146*. Grimblot, 205*. Gros-Caillou
(Hôpital du), 345.
Grün. Feuillets d’histoire, 103*. Gueméné (Princesse de), 270, 273, 282.
Gueméné-Montbazon (Prince de), 199*, 342.
Guerre (De la), 115.
Guerre de Sept Ans, 27, 28.
Guesbriant (Marquise de), 64.
Guibert (Comte de), auteur de la Tactique, 206*. Guilloneau, notaire.
Inventaire du château de Veretz, 367*. Guilliers, compositeur de musique,
313*. Guimbaud. P. Auget de Montyon, 353*. Guines (Comte, puis duc de),
ambassadeur de France à Londres, 226, 240, 241, 242, 243, 243*, 244, 245,
246, 247, 247*, 252, 254, 257, 265, 270, 271, 273, 274, 281, 282, 282*,
283, 283*, 285, 288, 297, 298.
Grandsaigne et H.-C. Duchesne, Histoire du Château de Madrid, 342*.
Gustave-Adolphe, 361.
Gustave, prince de Suède, 146, 146*. Gustave, roi de Suède, 155, 179, 180,
208*, 209, 209*.
H
Haga (Comte de), 147.
Hambourg, 205*, 206*, 214*, 385, 386.
Harcourt (Duc d’), 344.
Harcourt (Mᵐᵉ d’), 333.
Hardy (Journal de), 58, 88, 89*, 130, 218, 291, 294, 294*. Hausset (Mᵐᵉ
Page 262
du), Souvenirs, 32*. Havré (Mᵐᵉ d’), 333.
Hébert, procureur de la Commune, 236*. Helvétius, médecin du roi, 217.
Hemery (D’), inspecteur de Police, 120.
Henri IV, 390.
Hermitage (L’), 121, 335.
Hévin, 105.
Hocquart (Mˡˡᵉ), 13.
Hollande, 368.
Horst (D’), 208*. Hunolstein (D’). Correspondance inédite de Marie-
Antoinette, 221*.
I
Insurgent (Coiffure à l’), 313.
Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 391*. Isabeau, 394.
Italie, 321.
J
Jacquin et Duesberg. Histoire de Ruel, 219*. Jean-Jacques (Rousseau), 52.
Jaucourt (Le chevalier de), 204.
Jaucourt (Marquise de), 302*. Jobez. Histoire de Louis XV, 42*, 43*, 205*.
Joly, 360.
Joly de Fleury, 103*. Joseph, archiduc, 257*, 259, 304.
Joseph II, empereur d’Allemagne, 184*, 196*, 304*, 336*. Joueur (Le), de
Regnard, 229, 329*. Journal de la Cour et de la Ville, 354*, 383.
Journal historique de la Révolution opérée dans la Constitution de la
monarchie française par M. de Maupeou, 307*. Journal de Paris, 350.
K
Kaunitz (Prince de), ministre des Affaires étrangères à la Cour de Vienne,
96, 157*, 163*, 164, 170*, 180, 183, 186, 188, 196*, 210*, 236, 236*,
336*. Kelly (Michel). Mémoires, 385.
Ken (Milord), 5.
Kerguezec, 44.
L
Hébert, procureur de la Commune, 236*. Helvétius, médecin du roi, 217.
Hemery (D’), inspecteur de Police, 120.
Henri IV, 390.
Hermitage (L’), 121, 335.
Hévin, 105.
Hocquart (Mˡˡᵉ), 13.
Hollande, 368.
Horst (D’), 208*. Hunolstein (D’). Correspondance inédite de Marie-
Antoinette, 221*.
I
Insurgent (Coiffure à l’), 313.
Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 391*. Isabeau, 394.
Italie, 321.
J
Jacquin et Duesberg. Histoire de Ruel, 219*. Jean-Jacques (Rousseau), 52.
Jaucourt (Le chevalier de), 204.
Jaucourt (Marquise de), 302*. Jobez. Histoire de Louis XV, 42*, 43*, 205*.
Joly, 360.
Joly de Fleury, 103*. Joseph, archiduc, 257*, 259, 304.
Joseph II, empereur d’Allemagne, 184*, 196*, 304*, 336*. Joueur (Le), de
Regnard, 229, 329*. Journal de la Cour et de la Ville, 354*, 383.
Journal historique de la Révolution opérée dans la Constitution de la
monarchie française par M. de Maupeou, 307*. Journal de Paris, 350.
K
Kaunitz (Prince de), ministre des Affaires étrangères à la Cour de Vienne,
96, 157*, 163*, 164, 170*, 180, 183, 186, 188, 196*, 210*, 236, 236*,
336*. Kelly (Michel). Mémoires, 385.
Ken (Milord), 5.
Kerguezec, 44.
L
Page 263
La Borde, banquier de la cour, 127, 217, 375, 377, 378.
La Barre (Le chevalier de), 47, 106.
La Bourdaisière, 52.
La Chalotais (Caradeuc de), 6, 42, 43, 44, 45, 46, 56, 56*, 58, 58*, 59, 61,
67, 74, 76, 92, 102, 112, 115, 117, 143, 155, 160, 220, 232, 247, 248.
La Chalotais (Caradeuc de), fils du précédent, 45.
La Chatre, 54.
La Coste (Comte de), 250.
Lacour, 270.
La Ferté (Château de), 127.
La Ferté (Journal de Papillon de), 198.
Lafite de Pellepore. Diable dans un bénitier (Le), 379.
Laker, 55.
La Harpe, 347*. Laigle (De), 115.
Laigle (Mᵐᵉ de), 132, 264, 364, 364*, 365, 368, 371, 372.
Laffray (Abbé), 347*. Lalanne (Correspondance de), 30*, 33*. Lally
Tollendal (De), 115.
La Marche (Comte de), 169.
Lamballe (Princesse de), 64.
La Martinière, premier chirurgien du roi, 217, 233.
Lamoignon, premier président du Parlement de Paris, 217*. La Motte (Mᵐᵉ
de), 380*. Lange (Mˡˡᵉ), 91.
Langeac (Les), bâtards du comte de Saint-Florentin, 297, 346.
Languedoc, 120, 324.
La Noue, 41, 45, 54, 63, 64*, 68, 73, 77, 276.
La Peyronie, médecin du roi, 26.
La Porte de la Meilleraye (De), 47.
La Reynière (M. de la), 347.
La Rochelle, 47.
La Rocheterie (De). Marie-Antoinette, 86*, 181*, 184.
La Trémoille (Duc de), 17, 65.
La Trémoille (Duchesse de), 65.
La Trémoille (Duchesse de), fille des précédents, 65.
Lauzun (Philippe). Documents relatifs à l’entrée du duc d’Aiguillon à Agen,
36*. Lauzun (Duc de). Mémoires, 270*, 282*, 283*. La Vallière (M. de),
325, 326*. Laverdy (De), contrôleur général, 60, 66, 67, 87, 89*. La
Vrillière (Maison de), 293, 296, 327.
La Barre (Le chevalier de), 47, 106.
La Bourdaisière, 52.
La Chalotais (Caradeuc de), 6, 42, 43, 44, 45, 46, 56, 56*, 58, 58*, 59, 61,
67, 74, 76, 92, 102, 112, 115, 117, 143, 155, 160, 220, 232, 247, 248.
La Chalotais (Caradeuc de), fils du précédent, 45.
La Chatre, 54.
La Coste (Comte de), 250.
Lacour, 270.
La Ferté (Château de), 127.
La Ferté (Journal de Papillon de), 198.
Lafite de Pellepore. Diable dans un bénitier (Le), 379.
Laker, 55.
La Harpe, 347*. Laigle (De), 115.
Laigle (Mᵐᵉ de), 132, 264, 364, 364*, 365, 368, 371, 372.
Laffray (Abbé), 347*. Lalanne (Correspondance de), 30*, 33*. Lally
Tollendal (De), 115.
La Marche (Comte de), 169.
Lamballe (Princesse de), 64.
La Martinière, premier chirurgien du roi, 217, 233.
Lamoignon, premier président du Parlement de Paris, 217*. La Motte (Mᵐᵉ
de), 380*. Lange (Mˡˡᵉ), 91.
Langeac (Les), bâtards du comte de Saint-Florentin, 297, 346.
Languedoc, 120, 324.
La Noue, 41, 45, 54, 63, 64*, 68, 73, 77, 276.
La Peyronie, médecin du roi, 26.
La Porte de la Meilleraye (De), 47.
La Reynière (M. de la), 347.
La Rochelle, 47.
La Rocheterie (De). Marie-Antoinette, 86*, 181*, 184.
La Trémoille (Duc de), 17, 65.
La Trémoille (Duchesse de), 65.
La Trémoille (Duchesse de), fille des précédents, 65.
Lauzun (Philippe). Documents relatifs à l’entrée du duc d’Aiguillon à Agen,
36*. Lauzun (Duc de). Mémoires, 270*, 282*, 283*. La Vallière (M. de),
325, 326*. Laverdy (De), contrôleur général, 60, 66, 67, 87, 89*. La
Vrillière (Maison de), 293, 296, 327.
Page 264
La Vrillière (Hôtel), rue Saint-Dominique, 299.
Lebrun. Opinions, 184*. Le Causeur, 391.
Leclerc, 48*. Lesczinsky (Stanislas), 20.
Lesczinska (Marie), reine de France, 20, 21, 77.
Legrand, auteur comique, 313*. Le Havre, 29.
Lehoc, ambassadeur de France en Suède, 370, 370*. Lem (Mᵐᵉ), 56, 110*.
Lemoy. Le Parlement de Bretagne et le Pouvoir royal, 57*, 65*, 124, 231*.
Lenoir, conseiller d’Etat, 58, 58*. Lescure (De), 130*, 136*, 140, 157*,
205*, 238*, 292*, 293*, 296*, 302*, 310*, 311*, 318*, 320*, 342*, 343*,
344*, 345*, 354*. Lespinasse, 389.
Le Tellier, peintre, 240*. Lever de l’aurore. Pamphlet, 382.
Levis (Duc de). Souvenirs, 244*. Liancourt (Duc de), 217.
Libri, 235*. Linguet, 32*, 103*, 105, 106, 108, 109, 110, 124, 127, 131,
133*, 248, 349, 350, 352.
Linguet. Aiguillonana, 133*, 237*, 248*. Listenay (Chevalier de), 74.
Lodi, 370*. Lohéac (M. de), 128, 129.
Loire, 52, 55.
Loménie (L. de). Beaumarchais et son temps, 235*, 379.
Londres, 226, 241, 378, 379, 385.
Lorry, médecin du duc d’Aiguillon, 217.
Lot-et-Garonne, 387, 389, 390, 392, 394.
Louis, architecte, 323*. Louis XII, 225.
Louis XIII, 47, 375, 388, 390.
Louis XIV, 58, 375.
Louis XV, 1, 1*, 3, 57, 61, 67*, 70, 87, 88, 93, 102, 105, 111, 112, 113, 115,
118, 119, 121, 122, 125, 127, 135*, 137*, 138, 140, 141, 145, 157*, 162,
163, 163*, 164, 165, 170, 173, 175, 175*, 175*, 176, 177, 179, 180, 181,
185, 187, 189, 201, 203, 205, 206, 207, 207*, 211, 214*, 214*, 216, 217,
217*, 218, 219, 220, 220*, 220*, 222, 224, 225, 232, 242, 251, 264, 267,
283, 284, 296, 345, 348, 366, 378, 379, 380, 390.
Louis XVI, 163*, 175*, 217, 221, 222, 225, 230, 233, 234, 235*, 244, 245,
246, 247, 252, 254, 255, 259, 276*, 282, 288, 320, 325, 331*, 335, 344*,
347, 377, 379, 380.
Louvre, 321.
Luciennes (Louveciennes), 166, 167, 267.
Luxembourg (Palais du), 321.
Luynes (Cardinal de), 378.
Lebrun. Opinions, 184*. Le Causeur, 391.
Leclerc, 48*. Lesczinsky (Stanislas), 20.
Lesczinska (Marie), reine de France, 20, 21, 77.
Legrand, auteur comique, 313*. Le Havre, 29.
Lehoc, ambassadeur de France en Suède, 370, 370*. Lem (Mᵐᵉ), 56, 110*.
Lemoy. Le Parlement de Bretagne et le Pouvoir royal, 57*, 65*, 124, 231*.
Lenoir, conseiller d’Etat, 58, 58*. Lescure (De), 130*, 136*, 140, 157*,
205*, 238*, 292*, 293*, 296*, 302*, 310*, 311*, 318*, 320*, 342*, 343*,
344*, 345*, 354*. Lespinasse, 389.
Le Tellier, peintre, 240*. Lever de l’aurore. Pamphlet, 382.
Levis (Duc de). Souvenirs, 244*. Liancourt (Duc de), 217.
Libri, 235*. Linguet, 32*, 103*, 105, 106, 108, 109, 110, 124, 127, 131,
133*, 248, 349, 350, 352.
Linguet. Aiguillonana, 133*, 237*, 248*. Listenay (Chevalier de), 74.
Lodi, 370*. Lohéac (M. de), 128, 129.
Loire, 52, 55.
Loménie (L. de). Beaumarchais et son temps, 235*, 379.
Londres, 226, 241, 378, 379, 385.
Lorry, médecin du duc d’Aiguillon, 217.
Lot-et-Garonne, 387, 389, 390, 392, 394.
Louis, architecte, 323*. Louis XII, 225.
Louis XIII, 47, 375, 388, 390.
Louis XIV, 58, 375.
Louis XV, 1, 1*, 3, 57, 61, 67*, 70, 87, 88, 93, 102, 105, 111, 112, 113, 115,
118, 119, 121, 122, 125, 127, 135*, 137*, 138, 140, 141, 145, 157*, 162,
163, 163*, 164, 165, 170, 173, 175, 175*, 175*, 176, 177, 179, 180, 181,
185, 187, 189, 201, 203, 205, 206, 207, 207*, 211, 214*, 214*, 216, 217,
217*, 218, 219, 220, 220*, 220*, 222, 224, 225, 232, 242, 251, 264, 267,
283, 284, 296, 345, 348, 366, 378, 379, 380, 390.
Louis XVI, 163*, 175*, 217, 221, 222, 225, 230, 233, 234, 235*, 244, 245,
246, 247, 252, 254, 255, 259, 276*, 282, 288, 320, 325, 331*, 335, 344*,
347, 377, 379, 380.
Louvre, 321.
Luciennes (Louveciennes), 166, 167, 267.
Luxembourg (Palais du), 321.
Luynes (Cardinal de), 378.
Page 265
Lyon, 268, 324.
Lyonne (Mᵐᵉ de), 278.
M
Machines du gouvernement français. Pamphlet, 276*. Madrid, 188.
Madrid (Château de), au bois de Boulogne, 342, 342*, 344, 346.
Magen, 391.
Maille, parfumeur, 307.
Mailly (Maison de), 299*. Mailly (Comtesse de), 19.
Malesherbes, 276*. Malouines (Iles), 135*. Mancini (H.), 391.
Mannequins (Les), 276*. Manuel. Police dévoilée, 379.
Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, 36*, 42*, 43*, 45, 45*,
54, 65, 83,
Lyonne (Mᵐᵉ de), 278.
M
Machines du gouvernement français. Pamphlet, 276*. Madrid, 188.
Madrid (Château de), au bois de Boulogne, 342, 342*, 344, 346.
Magen, 391.
Maille, parfumeur, 307.
Mailly (Maison de), 299*. Mailly (Comtesse de), 19.
Malesherbes, 276*. Malouines (Iles), 135*. Mancini (H.), 391.
Mannequins (Les), 276*. Manuel. Police dévoilée, 379.
Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, 36*, 42*, 43*, 45, 45*,
54, 65, 83,
Page 266
83*, 103, 115, 117*, 145.
Marie-Antoinette, 6, 24, 111, 120, 121, 163*, 165, 170, 189, 190, 194,
195, 195*, 196, 200, 201, 203, 210*, 215, 215*, 221, 222*, 223, 224, 225,
234, 234*, 235, 240, 240*, 243, 244, 246, 250, 251, 252, 253, 253*, 254,
256, 257, 260, 262, 268, 270, 282, 282*, 283*, 287, 288, 294, 304, 318,
320, 321, 336, 347, 348*, 349, 354, 354*, 359, 380.
Marie-Thérèse (L’impératrice), 111, 120, 135, 156, 163*, 164,
169*, 177, 178*, 180, 181, 181*, 182, 183, 184*, 184*, 185, 185*, 186,
188, 188*, 190, 195, 195*, 196, 199*, 200*, 202, 202*, 207, 208, 208*,
210, 211, 215*, 215*, 221*, 222*, 225*, 234, 235, 236*, 240, 243*, 258,
259, 259*, 260, 262*, 274*, 282*, 283*, 287, 289*, 296*, 304, 336, 336*.
Marin, 382.
Marivaux, 17.
Marly, 115, 287, 311*, 318.
Marmontel, 106, 106*. Marmontel (Mémoires de), 106, 107, 108, 109.
Marmousets (Rue des), 357.
Marmoutier (Abbaye de), 52.
Marsan (Comtesse de), 177, 190.
Martin, cuisinier, 191, 240*. Massac (Mˡˡᵉ), 338.
Masson (Frédéric). Le cardinal de Bernis, 211, 211*. Masson (Frédéric).
Napoléon intime, 237*. Maugras. M. et Mᵐᵉ de Choiseul, 91*, 121*, 135*,
137*, 139*, 141, 171*, 172*. Maugras. Disgrâce de Choiseul, 199*, 346*.
Maupeou (Le chancelier), 57, 73, 90, 91, 91*, 91*, 102, 103, 105, 112, 115,
118, 124, 125*, 132, 133, 133*, 134, 135, 135*, 136, 137, 139, 141, 143,
144, 148, 151, 160, 182, 183, 183*, 189*, 190, 197, 200, 211, 216, 217*,
220, 225, 226, 233, 239, 349.
Maurepas (Comte de), 12, 14, 18, 19*, 146, 152, 222, 222*, 222*, 223,
224, 231, 232*, 234, 234*, 238, 238*, 239, 245, 248, 252, 253, 253*, 254,
255, 256, 260, 260*, 261, 262, 263, 265, 266, 271, 272, 274*, 276, 277,
279*, 281, 287, 288, 291, 292, 293*, 294, 295, 296, 296*, 298, 299, 299*,
310*, 317, 319, 320, 320*, 321, 326, 334, 335, 335*, 335*, 340, 342*, 348,
353, 353*, 360.
Maurepas (Phélypeaux de la Vrillière, comtesse de), 8, 22, 90, 119, 146,
233, 233*, 237, 238*, 240, 240*, 243, 245*, 246, 253*, 253*, 264, 265,
279, 287, 292, 293*, 294, 294*, 295, 303, 318, 327, 335*, 338, 342*, 344,
346, 357, 372.
Maurepas (Hôtel), rue de Grenelle, 299*. Maximilien (Archiduc), 240*,
Marie-Antoinette, 6, 24, 111, 120, 121, 163*, 165, 170, 189, 190, 194,
195, 195*, 196, 200, 201, 203, 210*, 215, 215*, 221, 222*, 223, 224, 225,
234, 234*, 235, 240, 240*, 243, 244, 246, 250, 251, 252, 253, 253*, 254,
256, 257, 260, 262, 268, 270, 282, 282*, 283*, 287, 288, 294, 304, 318,
320, 321, 336, 347, 348*, 349, 354, 354*, 359, 380.
Marie-Thérèse (L’impératrice), 111, 120, 135, 156, 163*, 164,
169*, 177, 178*, 180, 181, 181*, 182, 183, 184*, 184*, 185, 185*, 186,
188, 188*, 190, 195, 195*, 196, 199*, 200*, 202, 202*, 207, 208, 208*,
210, 211, 215*, 215*, 221*, 222*, 225*, 234, 235, 236*, 240, 243*, 258,
259, 259*, 260, 262*, 274*, 282*, 283*, 287, 289*, 296*, 304, 336, 336*.
Marin, 382.
Marivaux, 17.
Marly, 115, 287, 311*, 318.
Marmontel, 106, 106*. Marmontel (Mémoires de), 106, 107, 108, 109.
Marmousets (Rue des), 357.
Marmoutier (Abbaye de), 52.
Marsan (Comtesse de), 177, 190.
Martin, cuisinier, 191, 240*. Massac (Mˡˡᵉ), 338.
Masson (Frédéric). Le cardinal de Bernis, 211, 211*. Masson (Frédéric).
Napoléon intime, 237*. Maugras. M. et Mᵐᵉ de Choiseul, 91*, 121*, 135*,
137*, 139*, 141, 171*, 172*. Maugras. Disgrâce de Choiseul, 199*, 346*.
Maupeou (Le chancelier), 57, 73, 90, 91, 91*, 91*, 102, 103, 105, 112, 115,
118, 124, 125*, 132, 133, 133*, 134, 135, 135*, 136, 137, 139, 141, 143,
144, 148, 151, 160, 182, 183, 183*, 189*, 190, 197, 200, 211, 216, 217*,
220, 225, 226, 233, 239, 349.
Maurepas (Comte de), 12, 14, 18, 19*, 146, 152, 222, 222*, 222*, 223,
224, 231, 232*, 234, 234*, 238, 238*, 239, 245, 248, 252, 253, 253*, 254,
255, 256, 260, 260*, 261, 262, 263, 265, 266, 271, 272, 274*, 276, 277,
279*, 281, 287, 288, 291, 292, 293*, 294, 295, 296, 296*, 298, 299, 299*,
310*, 317, 319, 320, 320*, 321, 326, 334, 335, 335*, 335*, 340, 342*, 348,
353, 353*, 360.
Maurepas (Phélypeaux de la Vrillière, comtesse de), 8, 22, 90, 119, 146,
233, 233*, 237, 238*, 240, 240*, 243, 245*, 246, 253*, 253*, 264, 265,
279, 287, 292, 293*, 294, 294*, 295, 303, 318, 327, 335*, 338, 342*, 344,
346, 357, 372.
Maurepas (Hôtel), rue de Grenelle, 299*. Maximilien (Archiduc), 240*,
Page 267
257*. Maynon d’Invau, contrôleur général, 91*. Mazarin (Le cardinal de),
133.
Mazarin (Marquise de la Vrillière, duchesse de), 12, 21, 392.
Mazarin (Duc de), 302.
Mazet. Comédie d’Anseaume et Duni, 330*, 330.
Mazon. Histoire de Soulavie, 375, 377.
Méditerranée, 343.
Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI, Soulavie, 3*,
102*, 111*, 179*, 194*, 350*, 377, 378.
Mémoires historiques et anecdotes
de la Cour de France, 347*. Mémoires de Maurepas, 20, 369, 369*, 371,
376.
Mémoires du duc de Luynes, 14, 19, 21, 23, 26*, 38*, 192.
Mémoires relatifs à l’histoire du règne de Louis XV, 101, 191, 191*, 247*,
263*, 296*, 320*. Mémoires secrets (Nouveaux). Musset-Pathay, 191*,
293*. Mémoires du duc de Richelieu, 17*, 136*, 366, 369, 371, 372, 376.
Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon, 3*, 73*, 84, 84*, 87, 87*, 88,
92, 104*, 111*, 113*, 119*, 124, 124*, 134, 204*, 212, 217*, 232*, 233*,
234*, 239*, 242*, 242*, 246*, 249, 252*, 252*, 254*, 255, 256*, 260,
260*, 261, 271*, 277, 310, 310*, 319*, 320, 321*, 347*, 368, 371, 376,
377.
Mémoires du duc de Choiseul, 88, 102, 102*, 124, 172, 172*, 376.
Ménars (Château de), 53.
Mercier. Tableau de Paris, 347*, 350, 351*. Mercier (Abbé), 382.
Mercy-Argenteau (Correspondance secrète de), 92*, 120, 120*, 135,
156*, 157*, 161, 162, 163, 163*, 165, 165*, 169*, 170, 177, 178, 178*,
178*, 178*, 178*, 180, 181, 181*, 182, 182*, 182*, 183, 183*, 184, 184*,
185, 186, 186*, 187, 188*, 189, 189*, 190, 195, 195*, 196*, 199, 199*,
200, 200*, 201, 202, 203, 204, 204*, 204*, 207, 208, 208*, 209*, 210*,
210*, 214*, 215, 215*, 216, 216*, 216*, 224, 225, 225*, 234, 235, 235*,
236, 240*, 243, 255*, 257*, 259, 259*, 260, 262, 262*, 274*, 282, 282*,
283*, 287*, 288, 289*, 304, 304*, 318*, 319, 321, 336, 336*, 348*. Metra
(Correspondance secrète dite de), 133*, 220*, 222*, 223*, 227*, 233*,
247*, 248, 248*. Métromanie (La), de Piron, 322, 322*, 329, 329*. Metz,
217, 218.
Millin, docteur, 89.
Millesimo, 370*. Ministère de M. de Maurepas. Pamphlet, 213*, 341*.
133.
Mazarin (Marquise de la Vrillière, duchesse de), 12, 21, 392.
Mazarin (Duc de), 302.
Mazet. Comédie d’Anseaume et Duni, 330*, 330.
Mazon. Histoire de Soulavie, 375, 377.
Méditerranée, 343.
Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI, Soulavie, 3*,
102*, 111*, 179*, 194*, 350*, 377, 378.
Mémoires historiques et anecdotes
de la Cour de France, 347*. Mémoires de Maurepas, 20, 369, 369*, 371,
376.
Mémoires du duc de Luynes, 14, 19, 21, 23, 26*, 38*, 192.
Mémoires relatifs à l’histoire du règne de Louis XV, 101, 191, 191*, 247*,
263*, 296*, 320*. Mémoires secrets (Nouveaux). Musset-Pathay, 191*,
293*. Mémoires du duc de Richelieu, 17*, 136*, 366, 369, 371, 372, 376.
Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon, 3*, 73*, 84, 84*, 87, 87*, 88,
92, 104*, 111*, 113*, 119*, 124, 124*, 134, 204*, 212, 217*, 232*, 233*,
234*, 239*, 242*, 242*, 246*, 249, 252*, 252*, 254*, 255, 256*, 260,
260*, 261, 271*, 277, 310, 310*, 319*, 320, 321*, 347*, 368, 371, 376,
377.
Mémoires du duc de Choiseul, 88, 102, 102*, 124, 172, 172*, 376.
Ménars (Château de), 53.
Mercier. Tableau de Paris, 347*, 350, 351*. Mercier (Abbé), 382.
Mercy-Argenteau (Correspondance secrète de), 92*, 120, 120*, 135,
156*, 157*, 161, 162, 163, 163*, 165, 165*, 169*, 170, 177, 178, 178*,
178*, 178*, 178*, 180, 181, 181*, 182, 182*, 182*, 183, 183*, 184, 184*,
185, 186, 186*, 187, 188*, 189, 189*, 190, 195, 195*, 196*, 199, 199*,
200, 200*, 201, 202, 203, 204, 204*, 204*, 207, 208, 208*, 209*, 210*,
210*, 214*, 215, 215*, 216, 216*, 216*, 224, 225, 225*, 234, 235, 235*,
236, 240*, 243, 255*, 257*, 259, 259*, 260, 262, 262*, 274*, 282, 282*,
283*, 287*, 288, 289*, 304, 304*, 318*, 319, 321, 336, 336*, 348*. Metra
(Correspondance secrète dite de), 133*, 220*, 222*, 223*, 227*, 233*,
247*, 248, 248*. Métromanie (La), de Piron, 322, 322*, 329, 329*. Metz,
217, 218.
Millin, docteur, 89.
Millesimo, 370*. Ministère de M. de Maurepas. Pamphlet, 213*, 341*.
Page 268
Mirabeau, 90, 347*, 377.
Mirepoix (Maréchale de), 169, 178, 194, 194*. Molière, 340.
Mondovi, 370*. Moniteur (Le), 383, 384.
Montenotte, 370*. Montmerqué (De), 3*, 377.
Monston, auteur comique, 307*. Montaigle (M. de), 314.
Montbarrey (Princesse de), 238*. Montauban, 394.
Montcornet-les-Ardennes, 388.
Monteynard (M. de), ministre de la guerre, 206*, 212, 214, 214*, 214*,
215.
Montigny (Mˡˡᵉ de), gouvernante de Mˡˡᵉ de Plelo d’Aiguillon, 14*.
Montyon (A. de), 353*. Montpellier, 300.
Moreau. Mes souvenirs, 56, 92*, 100, 213, 213*, 214, 214*, 217*, 222*,
223*, 225*, 241*, 253*, 255*, 263, 276*, 287, 287*. Morlaix, 56*. Muette
(Château de la), 342.
Moufle d’Angerville. Histoire du règne de Louis XV, 161*, 168*, 213*.
Muzenchère (M. de la), 307.
Muzenchère (Mᵐᵉ de la), 302, 307, 308, 314, 315.
Muy (M. de), ministre de la guerre, 274, 274*.
N
Nantes, 54, 308.
Naples, 331*. Napoléon, 201, 238*. Narbonne (Comtesse de), 201, 201*,
202*, 203.
Nattier, 392.
Navailles (M. de), 346.
Navailles (Mˡˡᵉ de), femme du duc d’Agenois, 345.
Neny, secrétaire intime de Marie-Thérèse, 92*, 163*, 165*, 182*, 208*.
Nesle (Mᵐᵉ de), 328*. Neuilly (Pont de), 169.
Nivernois (Duc de), 146, 326, 342*. Nolhac (De). La reine Marie-
Antoinette, 253*. Noailles (Mᵐᵉ de), 121.
Normandie, 344.
Norac. Anagramme de Caron de Beaumarchais, 235.
Notest (Mˡˡᵉ), 313.
Noubel, 389.
Nouvelles à la main, 26, 27, 380, 381, 382.
Nouvellistes (Les), 175, 379.
Nugnes, 309.
Mirepoix (Maréchale de), 169, 178, 194, 194*. Molière, 340.
Mondovi, 370*. Moniteur (Le), 383, 384.
Montenotte, 370*. Montmerqué (De), 3*, 377.
Monston, auteur comique, 307*. Montaigle (M. de), 314.
Montbarrey (Princesse de), 238*. Montauban, 394.
Montcornet-les-Ardennes, 388.
Monteynard (M. de), ministre de la guerre, 206*, 212, 214, 214*, 214*,
215.
Montigny (Mˡˡᵉ de), gouvernante de Mˡˡᵉ de Plelo d’Aiguillon, 14*.
Montyon (A. de), 353*. Montpellier, 300.
Moreau. Mes souvenirs, 56, 92*, 100, 213, 213*, 214, 214*, 217*, 222*,
223*, 225*, 241*, 253*, 255*, 263, 276*, 287, 287*. Morlaix, 56*. Muette
(Château de la), 342.
Moufle d’Angerville. Histoire du règne de Louis XV, 161*, 168*, 213*.
Muzenchère (M. de la), 307.
Muzenchère (Mᵐᵉ de la), 302, 307, 308, 314, 315.
Muy (M. de), ministre de la guerre, 274, 274*.
N
Nantes, 54, 308.
Naples, 331*. Napoléon, 201, 238*. Narbonne (Comtesse de), 201, 201*,
202*, 203.
Nattier, 392.
Navailles (M. de), 346.
Navailles (Mˡˡᵉ de), femme du duc d’Agenois, 345.
Neny, secrétaire intime de Marie-Thérèse, 92*, 163*, 165*, 182*, 208*.
Nesle (Mᵐᵉ de), 328*. Neuilly (Pont de), 169.
Nivernois (Duc de), 146, 326, 342*. Nolhac (De). La reine Marie-
Antoinette, 253*. Noailles (Mᵐᵉ de), 121.
Normandie, 344.
Norac. Anagramme de Caron de Beaumarchais, 235.
Notest (Mˡˡᵉ), 313.
Noubel, 389.
Nouvelles à la main, 26, 27, 380, 381, 382.
Nouvellistes (Les), 175, 379.
Nugnes, 309.
Page 269
O
Observateur anglais (L’), 202*. Observateur hollandais (L’), 133.
Ogier, 72.
Orléans, 353*. Orléans (Duc d’), 114, 217.
Orléans (Maison d’), 216.
P
Pacte de famille, 270.
Paris, 10, 38, 63, 68, 75, 76, 77, 85, 102, 105, 120, 125, 129, 130, 131, 132,
133, 133*, 139, 143, 144, 158, 169, 204, 209, 220, 222, 233, 234, 236, 239,
243, 244, 251, 254, 265, 266, 267, 268, 271, 272, 273, 274, 275, 285, 287,
291, 294, 295, 303, 304, 309, 316, 320, 322, 325, 330, 332, 334, 338, 339,
340, 341, 342, 343, 347, 348, 349, 353*, 356, 358, 359, 361*, 368, 369,
370, 391.
Parme (Duc de), 135, 210.
Payen, 391.
Penthémont (Abbaye de), 14*. Penthièvre (Duc de), 27, 41, 74, 81, 81*,
81*, 231, 299*. Pérat, chirurgien, 25, 26.
Pichegru (Général), 368, 368*, 370*. Pidansat de Mairobert. Anecdotes de
la comtesse du Barry, 112, 112*, 119, 126, 137*, 168, 168*, 169*, 197,
198*, 217*, 224*, 381.
Picquigny (Duc de), puis duc de Chaulnes, 311.
Pimodan (Comte de), 157*, 184*. Pinard (Dame), 389*. Piron, 322*.
Platen (Comtesse de), 296.
Plelo (Maison de), 256, 293, 327, 388*. Plélo (Comtesse de), 2.
Pocquet. Le duc d’Aiguillon et le Chalotais, 43*, 65*. Polignac (Chevalier
de), 395.
Polignac (Comtesse de), 288, 317.
Polignac (Mˡˡᵉ de), 317, 318.
Politique de tous les gouvernements (La), 175*. Pologne, 174, 176*, 177,
180, 181, 182, 184*, 186, 186*, 187, 188, 194, 205, 208, 209*. Pompadour
(Antoinette Poisson, marquise de), 28, 29, 30*, 31, 32, 32*, 33, 34, 35, 36,
39, 40, 42, 43, 44, 53, 86, 89, 90, 121, 195, 259, 265, 348, 392.
Pont aux Dames, 251.
Pontchartrain. Château du comte de Maurepas, 8*, 152, 221, 254, 255,
Observateur anglais (L’), 202*. Observateur hollandais (L’), 133.
Ogier, 72.
Orléans, 353*. Orléans (Duc d’), 114, 217.
Orléans (Maison d’), 216.
P
Pacte de famille, 270.
Paris, 10, 38, 63, 68, 75, 76, 77, 85, 102, 105, 120, 125, 129, 130, 131, 132,
133, 133*, 139, 143, 144, 158, 169, 204, 209, 220, 222, 233, 234, 236, 239,
243, 244, 251, 254, 265, 266, 267, 268, 271, 272, 273, 274, 275, 285, 287,
291, 294, 295, 303, 304, 309, 316, 320, 322, 325, 330, 332, 334, 338, 339,
340, 341, 342, 343, 347, 348, 349, 353*, 356, 358, 359, 361*, 368, 369,
370, 391.
Parme (Duc de), 135, 210.
Payen, 391.
Penthémont (Abbaye de), 14*. Penthièvre (Duc de), 27, 41, 74, 81, 81*,
81*, 231, 299*. Pérat, chirurgien, 25, 26.
Pichegru (Général), 368, 368*, 370*. Pidansat de Mairobert. Anecdotes de
la comtesse du Barry, 112, 112*, 119, 126, 137*, 168, 168*, 169*, 197,
198*, 217*, 224*, 381.
Picquigny (Duc de), puis duc de Chaulnes, 311.
Pimodan (Comte de), 157*, 184*. Pinard (Dame), 389*. Piron, 322*.
Platen (Comtesse de), 296.
Plelo (Maison de), 256, 293, 327, 388*. Plélo (Comtesse de), 2.
Pocquet. Le duc d’Aiguillon et le Chalotais, 43*, 65*. Polignac (Chevalier
de), 395.
Polignac (Comtesse de), 288, 317.
Polignac (Mˡˡᵉ de), 317, 318.
Politique de tous les gouvernements (La), 175*. Pologne, 174, 176*, 177,
180, 181, 182, 184*, 186, 186*, 187, 188, 194, 205, 208, 209*. Pompadour
(Antoinette Poisson, marquise de), 28, 29, 30*, 31, 32, 32*, 33, 34, 35, 36,
39, 40, 42, 43, 44, 53, 86, 89, 90, 121, 195, 259, 265, 348, 392.
Pont aux Dames, 251.
Pontchartrain. Château du comte de Maurepas, 8*, 152, 221, 254, 255,
Page 270
260, 261*, 280, 327, 342*. Pordic. Bourg de Bretagne, 374*. Portugal,
331*. Potsdam, 182, 238*. Poussin, 392.
Poyanne (Marquis de), 238*. Prades (Abbé de), 192.
Praslin (Duc de), 59, 137*, 142*. Praslin (Château de), 141.
Proché, 390.
Provence (Comte de), 149, 150, 178, 188, 188*, 199, 200, 201, 276*.
Provence (Réflexions historiques du comte de), 225*. Provence (Comtesse
de), 149, 150, 160, 199, 199*, 200, 201, 202, 392.
Provence, 120.
Prusse (Prince Henri de), 199, 206*. Prusse, 86, 146, 151*, 180, 181, 185*,
207, 221.
Pujos, chirurgien, 25.
Puy (Evêque du), 79.
Pyrénées, 300.
Q
Quehillac (Mˡˡᵉ de), 128, 129.
Quelen (M. de), parent des d’Aiguillon, 14, 359*, 360, 401.
R
Ravaisson, 147.
Raymond, 394.
Recueil général des Costumes et des Modes, 313.
Reims, 250, 253, 255, 259.
Reine de Golconde (La), 150.
Renard et les Raisins (Le), 316.
Rennes, 38, 41, 42, 53, 57, 61, 63, 64, 66, 68, 69, 75, 85, 102, 105, 110*,
116, 124, 125, 131, 132, 142, 143, 231, 268, 307*, 390.
Revue de l’Agenais, 267*, 390.
Revue de Paris, 140.
Revue d’histoire littéraire de la France, 265.
Revue hebdomadaire. Une Idylle d’amour conjugal sous la Régence, 2*,
16*. Richelieu (Famille de), 192, 192*, 361.
Richelieu (Cardinal de), 15, 46, 47, 66, 178, 179, 180, 228, 239, 388.
Richelieu (Maréchal, duc de), 17, 91, 92, 95, 103, 104, 112, 116, 120, 125,
146, 147, 153, 209*, 220*, 278, 303, 322, 323, 347, 350, 366*, 375, 377,
331*. Potsdam, 182, 238*. Poussin, 392.
Poyanne (Marquis de), 238*. Prades (Abbé de), 192.
Praslin (Duc de), 59, 137*, 142*. Praslin (Château de), 141.
Proché, 390.
Provence (Comte de), 149, 150, 178, 188, 188*, 199, 200, 201, 276*.
Provence (Réflexions historiques du comte de), 225*. Provence (Comtesse
de), 149, 150, 160, 199, 199*, 200, 201, 202, 392.
Provence, 120.
Prusse (Prince Henri de), 199, 206*. Prusse, 86, 146, 151*, 180, 181, 185*,
207, 221.
Pujos, chirurgien, 25.
Puy (Evêque du), 79.
Pyrénées, 300.
Q
Quehillac (Mˡˡᵉ de), 128, 129.
Quelen (M. de), parent des d’Aiguillon, 14, 359*, 360, 401.
R
Ravaisson, 147.
Raymond, 394.
Recueil général des Costumes et des Modes, 313.
Reims, 250, 253, 255, 259.
Reine de Golconde (La), 150.
Renard et les Raisins (Le), 316.
Rennes, 38, 41, 42, 53, 57, 61, 63, 64, 66, 68, 69, 75, 85, 102, 105, 110*,
116, 124, 125, 131, 132, 142, 143, 231, 268, 307*, 390.
Revue de l’Agenais, 267*, 390.
Revue de Paris, 140.
Revue d’histoire littéraire de la France, 265.
Revue hebdomadaire. Une Idylle d’amour conjugal sous la Régence, 2*,
16*. Richelieu (Famille de), 192, 192*, 361.
Richelieu (Cardinal de), 15, 46, 47, 66, 178, 179, 180, 228, 239, 388.
Richelieu (Maréchal, duc de), 17, 91, 92, 95, 103, 104, 112, 116, 120, 125,
146, 147, 153, 209*, 220*, 278, 303, 322, 323, 347, 350, 366*, 375, 377,
Page 271
378.
Riccoboni, auteur comique, 339*. Rival, 364.
Robespierre, 236*, 378.
Robien (Le président de), 45, 45*, 73, 103*. Robiquet. v. Théveneau de
Morande.
Roche-Aymon (Cardinal de la), 233.
Rochers (Les), 41.
Rohan (Maison de), 117, 209, 342.
Rohan (Cardinal de), 176, 181, 181*, 183, 190, 202*, 209, 210*, 210*, 240.
Roland, 387*. Rome, 86, 227, 321, 380.
Ronac, anagramme de Caron de Beaumarchais, 378.
Roothe (Mᵐᵉ de), 373.
Rosemberg (Comte de), 257, 257*, 258, 259.
Roué (Du Barry dit Le), 111, 200, 275.
Rouillé, 395.
Rousseau, intendant de la famille d’Aiguillon, 355*, 356, 356*. Rousseau
(J.-J.), 309, 339*, 351.
Ruel (Château des d’Aiguillon), 45, 53, 74, 146, 218, 219, 243, 344, 345,
346, 349, 353*, 357*, 358, 361, 363, 368, 369, 370, 372, 388*. Ruffec, 207,
225.
Russie, 146, 176*, 181, 185, 206*, 211.
S
saint-Aignan (M. de), 340.
Saint-Amans, 389, 391.
Sainte-Aulaire, 145*, 147*, 153*, 160*, 165*, 167*, 197*. Saint-
Barthélemy, 301.
Saint-Bihi (Château de), 388, 388*. Saint-Brieuc, 72, 73, 74, 132, 308.
Saint-Cast, 29, 31*, 38, 43, 81*, 87, 281, 395.
Saint-Denis, 78, 79.
Saint-Dominique (Rue), 9.
Saintes, 61*, 92, 160.
Saint-Germain (Boulevard), 239*. Saint-Germain (Faubourg), 277.
Saint-Florentin (Duc de la Vrillière, comte de), 12, 14, 42, 56, 56*, 60, 62,
69, 128, 141, 151, 160, 176*, 213*, 232, 232*, 234, 234*, 254, 256, 258,
279, 279*, 280, 294, 296, 297, 298*, 328, 346.
Riccoboni, auteur comique, 339*. Rival, 364.
Robespierre, 236*, 378.
Robien (Le président de), 45, 45*, 73, 103*. Robiquet. v. Théveneau de
Morande.
Roche-Aymon (Cardinal de la), 233.
Rochers (Les), 41.
Rohan (Maison de), 117, 209, 342.
Rohan (Cardinal de), 176, 181, 181*, 183, 190, 202*, 209, 210*, 210*, 240.
Roland, 387*. Rome, 86, 227, 321, 380.
Ronac, anagramme de Caron de Beaumarchais, 378.
Roothe (Mᵐᵉ de), 373.
Rosemberg (Comte de), 257, 257*, 258, 259.
Roué (Du Barry dit Le), 111, 200, 275.
Rouillé, 395.
Rousseau, intendant de la famille d’Aiguillon, 355*, 356, 356*. Rousseau
(J.-J.), 309, 339*, 351.
Ruel (Château des d’Aiguillon), 45, 53, 74, 146, 218, 219, 243, 344, 345,
346, 349, 353*, 357*, 358, 361, 363, 368, 369, 370, 372, 388*. Ruffec, 207,
225.
Russie, 146, 176*, 181, 185, 206*, 211.
S
saint-Aignan (M. de), 340.
Saint-Amans, 389, 391.
Sainte-Aulaire, 145*, 147*, 153*, 160*, 165*, 167*, 197*. Saint-
Barthélemy, 301.
Saint-Bihi (Château de), 388, 388*. Saint-Brieuc, 72, 73, 74, 132, 308.
Saint-Cast, 29, 31*, 38, 43, 81*, 87, 281, 395.
Saint-Denis, 78, 79.
Saint-Dominique (Rue), 9.
Saintes, 61*, 92, 160.
Saint-Germain (Boulevard), 239*. Saint-Germain (Faubourg), 277.
Saint-Florentin (Duc de la Vrillière, comte de), 12, 14, 42, 56, 56*, 60, 62,
69, 128, 141, 151, 160, 176*, 213*, 232, 232*, 234, 234*, 254, 256, 258,
279, 279*, 280, 294, 296, 297, 298*, 328, 346.
Page 272
Saint-Florentin (Hôtel), 299*. Saint-Hubert. Rendez-vous de chasse. 118.
Saint-Jacques (Rue), 313.
Saint-Malo, 29, 56, 56*, 57, 58*, 61, 143, 310*, 395.
Saint-Séverin d’Aragon (Alphonsine de), 170*. Saint-Pétersbourg, 180,
209*. Saint-Simon, 376.
Saint-Vincent (Mᵐᵉ de), 278, 303*. Saint-Vrain, 251, 263.
Salé, secrétaire de Maurepas, 369*. Salm Kitzbourg (Prince de), 302,
302*, 347*. Salmon, 388*. Sandoz, envoyé de Prusse, 157*. Sardaigne,
161.
Sartines, ministre de la Marine, 236, 242, 379.
Savoie (Maison de), 149.
Scheffer (Comte de), 8, 147.
Scheffer (Baron de), 231*, 358*, 361, 361*, 362, 363, 364, 364*, 365, 367,
368, 370, 371.
Sedaine, 100.
Seguin (Mˡˡᵉ), 344.
Ségur (Marquis de). Au couchant de la Monarchie, 217, 224*, 225*, 236,
236*, 238*, 239*, 240*, 242*, 245*, 245*, 246*, 253*, 254*, 254*, 255*,
261*, 280, 293*. Sénac de Meilhan. Le Gouvernement, Les Mœurs, 88*,
91*, 104, 140, 152, 258*. Sénac de Meilhan. Portraits et Caractères du
XVIIIᵉ siècle, 136, 136*, 140*. Servante justifiée (La), 322, 322*. Servante
maîtresse (La), 280.
Sévigné (Mᵐᵉ de), 41, 50.
Silhouette, contrôleur général, 34*. Silésie, 86.
Signac (Mˡˡᵉ de), 313.
Smitt (Général), 311.
Songe de M. de Maurepas. Pamphlet, 276*. Sorbonne, 192, 192*, 350, 351.
Soubise (Prince de), 95, 177, 190, 210.
Soulavie, 2, 3, 19, 20, 43, 43*, 44, 44*, 45, 57, 58, 60, 78, 88*, 102, 104,
111, 136, 175*, 179*, 347, 347*, 356*, 366*, 369*, 375, 376, 377, 378.
Souvenir à la Hollandaise, 313.
Stahremberg, 157*, 159*. Stockolm, 179*, 361, 370*. Suard, 220*. Suède,
146, 147, 179, 180, 205, 208, 361, 366, 368.
Surgeon, 380.
T
Saint-Jacques (Rue), 313.
Saint-Malo, 29, 56, 56*, 57, 58*, 61, 143, 310*, 395.
Saint-Séverin d’Aragon (Alphonsine de), 170*. Saint-Pétersbourg, 180,
209*. Saint-Simon, 376.
Saint-Vincent (Mᵐᵉ de), 278, 303*. Saint-Vrain, 251, 263.
Salé, secrétaire de Maurepas, 369*. Salm Kitzbourg (Prince de), 302,
302*, 347*. Salmon, 388*. Sandoz, envoyé de Prusse, 157*. Sardaigne,
161.
Sartines, ministre de la Marine, 236, 242, 379.
Savoie (Maison de), 149.
Scheffer (Comte de), 8, 147.
Scheffer (Baron de), 231*, 358*, 361, 361*, 362, 363, 364, 364*, 365, 367,
368, 370, 371.
Sedaine, 100.
Seguin (Mˡˡᵉ), 344.
Ségur (Marquis de). Au couchant de la Monarchie, 217, 224*, 225*, 236,
236*, 238*, 239*, 240*, 242*, 245*, 245*, 246*, 253*, 254*, 254*, 255*,
261*, 280, 293*. Sénac de Meilhan. Le Gouvernement, Les Mœurs, 88*,
91*, 104, 140, 152, 258*. Sénac de Meilhan. Portraits et Caractères du
XVIIIᵉ siècle, 136, 136*, 140*. Servante justifiée (La), 322, 322*. Servante
maîtresse (La), 280.
Sévigné (Mᵐᵉ de), 41, 50.
Silhouette, contrôleur général, 34*. Silésie, 86.
Signac (Mˡˡᵉ de), 313.
Smitt (Général), 311.
Songe de M. de Maurepas. Pamphlet, 276*. Sorbonne, 192, 192*, 350, 351.
Soubise (Prince de), 95, 177, 190, 210.
Soulavie, 2, 3, 19, 20, 43, 43*, 44, 44*, 45, 57, 58, 60, 78, 88*, 102, 104,
111, 136, 175*, 179*, 347, 347*, 356*, 366*, 369*, 375, 376, 377, 378.
Souvenir à la Hollandaise, 313.
Stahremberg, 157*, 159*. Stockolm, 179*, 361, 370*. Suard, 220*. Suède,
146, 147, 179, 180, 205, 208, 361, 366, 368.
Surgeon, 380.
T
Page 273
Tallard (Mᵐᵉ de), 17.
Talmont (Princesse de), 318.
Taureau (Château du), 54*. Terray (Abbé), contrôleur général, 89*, 90, 91,
91*, 92, 134, 148, 160, 160*, 200, 225.
Thélusson, banquier de Londres, 241.
Théveneau de Morande, 378, 379.
Thiébault (Mémoires de), 242*. Tholin (Documents sur le mobillier
du château d’Aiguillon), 355*, 357*, 386*, 387, 389*, 390, 391, 392, 393,
395.
Tingry (Prince de), 199.
Tinteniac (De), 45, 340.
Tonellé, 391.
Tonneins, 389, 394.
Tonnerre (Maréchal de), 331.
Tort de la Sonde (Barthelemy), 240, 241, 242, 245, 247, 257.
Toulon, 209*, 210.
Toulouse (Comte de), 100*. Toulouse, 124.
Touraine, 49, 62, 232, 325, 346, 367.
Tourneux, 80*, 146*. Tourny, 36*. Tours, 42, 52, 388.
Traité de Paris, 28*. Trassé (Trappes?), 233, 233*. Trevedy. Quelques mots
à propos de Pordic, 374*. Trianon, 217, 359.
Trou d’Enfer, 251, 320.
Tuetey, 388.
Turgot, 116, 238*, 261, 267,
Talmont (Princesse de), 318.
Taureau (Château du), 54*. Terray (Abbé), contrôleur général, 89*, 90, 91,
91*, 92, 134, 148, 160, 160*, 200, 225.
Thélusson, banquier de Londres, 241.
Théveneau de Morande, 378, 379.
Thiébault (Mémoires de), 242*. Tholin (Documents sur le mobillier
du château d’Aiguillon), 355*, 357*, 386*, 387, 389*, 390, 391, 392, 393,
395.
Tingry (Prince de), 199.
Tinteniac (De), 45, 340.
Tonellé, 391.
Tonneins, 389, 394.
Tonnerre (Maréchal de), 331.
Tort de la Sonde (Barthelemy), 240, 241, 242, 245, 247, 257.
Toulon, 209*, 210.
Toulouse (Comte de), 100*. Toulouse, 124.
Touraine, 49, 62, 232, 325, 346, 367.
Tourneux, 80*, 146*. Tourny, 36*. Tours, 42, 52, 388.
Traité de Paris, 28*. Trassé (Trappes?), 233, 233*. Trevedy. Quelques mots
à propos de Pordic, 374*. Trianon, 217, 359.
Trou d’Enfer, 251, 320.
Tuetey, 388.
Turgot, 116, 238*, 261, 267,
Page 274
271, 281, 283*. Turpin (Mˡˡᵉ), 313.
Turquie, 176*, 211.
U
Université (Rue de l’). Hôtel d’Aiguillon, 9*, 239, 298, 332.
V
Vacances du Procureur, comédie de Dancourte, 330, 330*. Valentinois
(Mᵐᵉ de), 80, 160.
Valmy, 385.
Vals, 300, 315.
Van Blarenbergue, 47, 391.
Van Dyck, 137.
Vannes, 34, 82.
Vatel. Mᵐᵉ Du Barry, 96, 98, 124*, 147, 172*, 181*, 181*, 183*, 185*,
185*, 197*, 345, 345*. Vauguyon (Duc de la), 91, 92, 347*, 348, 348*.
Vedec (Mˡˡᵉ de), 82, 82*. Vendôme, 325.
Venise, 86.
Verdun, 307, 307*, 325.
Veretz (Château de), 46, 47, 47*, 48, 48*, 49, 50, 52, 53, 54, 55, 63, 72, 80,
116, 141, 229, 232, 233, 240, 254, 254*, 257, 260, 263, 266, 271, 272, 277,
285, 309, 315, 360, 367, 367*, 388*, 391, 392.
Vergennes (M. de), ministre des Affaires étrangères, 179, 179*, 245, 246,
283*. Véri (Abbé de), auditeur de Rote, 227, 238*, 276*, 292, 304*, 342*.
Véri (Journal de), 253*, 293*. Vermond (Abbé de), confesseur de Marie-
Antoinette, 163*, 260, 274, 274*. Vernet, 321.
Versailles, 4, 8, 53, 68, 69, 70, 72, 74, 77, 85, 86, 105, 111, 125*, 142, 158,
159, 162, 163*, 167, 175, 191, 197, 198, 207, 217, 218, 231*, 234, 250,
251, 253*, 263, 264, 272, 277, 283, 293*, 304, 309, 310, 316, 321, 335,
335*, 353*, 361, 388*. Vienne, 136, 157*, 163*, 176, 180, 181, 181*, 183,
186*, 188*, 209, 225, 234.
Villars (Duchesse de), 8.
Villequier (Comte de), 250.
Vincennes, 381*. Vitré, 41.
Voisenon (Abbé de), 197, 198.
Turquie, 176*, 211.
U
Université (Rue de l’). Hôtel d’Aiguillon, 9*, 239, 298, 332.
V
Vacances du Procureur, comédie de Dancourte, 330, 330*. Valentinois
(Mᵐᵉ de), 80, 160.
Valmy, 385.
Vals, 300, 315.
Van Blarenbergue, 47, 391.
Van Dyck, 137.
Vannes, 34, 82.
Vatel. Mᵐᵉ Du Barry, 96, 98, 124*, 147, 172*, 181*, 181*, 183*, 185*,
185*, 197*, 345, 345*. Vauguyon (Duc de la), 91, 92, 347*, 348, 348*.
Vedec (Mˡˡᵉ de), 82, 82*. Vendôme, 325.
Venise, 86.
Verdun, 307, 307*, 325.
Veretz (Château de), 46, 47, 47*, 48, 48*, 49, 50, 52, 53, 54, 55, 63, 72, 80,
116, 141, 229, 232, 233, 240, 254, 254*, 257, 260, 263, 266, 271, 272, 277,
285, 309, 315, 360, 367, 367*, 388*, 391, 392.
Vergennes (M. de), ministre des Affaires étrangères, 179, 179*, 245, 246,
283*. Véri (Abbé de), auditeur de Rote, 227, 238*, 276*, 292, 304*, 342*.
Véri (Journal de), 253*, 293*. Vermond (Abbé de), confesseur de Marie-
Antoinette, 163*, 260, 274, 274*. Vernet, 321.
Versailles, 4, 8, 53, 68, 69, 70, 72, 74, 77, 85, 86, 105, 111, 125*, 142, 158,
159, 162, 163*, 167, 175, 191, 197, 198, 207, 217, 218, 231*, 234, 250,
251, 253*, 263, 264, 272, 277, 283, 293*, 304, 309, 310, 316, 321, 335,
335*, 353*, 361, 388*. Vienne, 136, 157*, 163*, 176, 180, 181, 181*, 183,
186*, 188*, 209, 225, 234.
Villars (Duchesse de), 8.
Villequier (Comte de), 250.
Vincennes, 381*. Vitré, 41.
Voisenon (Abbé de), 197, 198.
Page 275
Volaine, 391.
Voltaire, 28*, 56, 56*, 115, 146, 309*, 310*.
W
Walpole (Horace), 127, 127*, 130*, 156, 172, 205*. Welwert. Feuilles
d’histoire. Autour d’une dame d’honneur, 171*, 201*.
Voltaire, 28*, 56, 56*, 115, 146, 309*, 310*.
W
Walpole (Horace), 127, 127*, 130*, 156, 172, 205*. Welwert. Feuilles
d’histoire. Autour d’une dame d’honneur, 171*, 201*.
Page 276
Page 277
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE PREMIER
Mère et fille.—Parallèle de la duchesse de Choiseul et
de la duchesse d’Aiguillon; analogie de leurs
destinées respectives.—Pourquoi l’Histoire les a
traitées inégalement.—La Correspondance et les
Correspondants de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Son style et
son écriture.—Les papiers du Chevalier de Balleroy.
—Utilité documentaire des lettres de Mᵐᵉ
d’Aiguillon.—Leur corrélation avec la biographie du
ministre de Louis XV 1
CHAPITRE II
Les premières années de Louise de Plélo: son conseil de
famille.—Son mariage avec le duc d’Agénois.—Le
digne cousin du maréchal de Richelieu.—Ses amours
avec la marquise de la Tournelle.—Une scapinade de
Richelieu.—Hésitations d’une amante et coquetteries
d’une maîtresse.—La duchesse d’Agénois et sa
protectrice.—Amitié véritable entre bru et belle-
mère.—Une lettre de la «Grosse Duchesse».—
D’Agénois un «Caton!»—Mᵐᵉ d’Agénois dame du
Palais 12
CHAPITRE III
Les maternités de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Début de la
guerre de Sept ans.—Bataille de Saint-Cast en
Bretagne.—Félicitations de Mᵐᵉ de Pompadour au
vainqueur.—Flirt de la Grande Marquise.—
Maussaderie de d’Aiguillon-Cavendish.—Les «fols
de Bretons».—D’Aiguillon eût préféré le Languedoc.
—Le commencement des «Affaires de Bretagne» 25
CHAPITRE IV
Privilèges et résistances des Bretons.—Premières 40
escarmouches.—Griefs réciproques de d’Aiguillon et
CHAPITRE PREMIER
Mère et fille.—Parallèle de la duchesse de Choiseul et
de la duchesse d’Aiguillon; analogie de leurs
destinées respectives.—Pourquoi l’Histoire les a
traitées inégalement.—La Correspondance et les
Correspondants de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Son style et
son écriture.—Les papiers du Chevalier de Balleroy.
—Utilité documentaire des lettres de Mᵐᵉ
d’Aiguillon.—Leur corrélation avec la biographie du
ministre de Louis XV 1
CHAPITRE II
Les premières années de Louise de Plélo: son conseil de
famille.—Son mariage avec le duc d’Agénois.—Le
digne cousin du maréchal de Richelieu.—Ses amours
avec la marquise de la Tournelle.—Une scapinade de
Richelieu.—Hésitations d’une amante et coquetteries
d’une maîtresse.—La duchesse d’Agénois et sa
protectrice.—Amitié véritable entre bru et belle-
mère.—Une lettre de la «Grosse Duchesse».—
D’Agénois un «Caton!»—Mᵐᵉ d’Agénois dame du
Palais 12
CHAPITRE III
Les maternités de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Début de la
guerre de Sept ans.—Bataille de Saint-Cast en
Bretagne.—Félicitations de Mᵐᵉ de Pompadour au
vainqueur.—Flirt de la Grande Marquise.—
Maussaderie de d’Aiguillon-Cavendish.—Les «fols
de Bretons».—D’Aiguillon eût préféré le Languedoc.
—Le commencement des «Affaires de Bretagne» 25
CHAPITRE IV
Privilèges et résistances des Bretons.—Premières 40
escarmouches.—Griefs réciproques de d’Aiguillon et
Page 278
de la Chalotais.—Attaques du Parlement.—
D’Aiguillon dissout les Etats.—La duchesse est son
auxiliaire le plus dévoué.—Un impair de La Noue.—
D’Aiguillon se dit de plus en plus dégoûté de sa
tâche: il part pour Veretz.—Beautés de cette
résidence seigneuriale.—L’amour de la retraite chez
le duc d’Aiguillon et chez la marquise de
Pompadour.—Vie de château.—La science
économique de la duchesse.—Une histoire de chasse:
Balleroy grand-veneur
CHAPITRE V
Le cure-dents de la Chalotais.—Le «bailliage
d’Aiguillon».—Un échafaud fantastique.—Le
Gouvernement ne veut pas rappeler d’Aiguillon.—
Ours et Bretons.—Le nouveau Parlement et les Etats
de 1767.—Les trois duchesses.—La politique du
Gouvernement et celle de d’Aiguillon.—Le roi et la
duchesse d’Aiguillon chez la Reine.—«Vous vous
êtes conduit comme un ange!» 56
CHAPITRE VI
Les Etats «intermédiaires».—Chasse aux «Mandrins».
—La coterie des «Bastionnaires» et la pacification de
la Bretagne.—Les variations du Contrôleur général
d’après d’Aiguillon.—Démission.—Cérémonial aux
obsèques d’une Reine.—Un cocher en couches.—Le
duc de Penthièvre jugé par Mᵐᵉ d’Aiguillon.—La
duchesse est ravie de voir son mari «hors d’une
indigne galère».—Ce qu’en pense d’Aiguillon 71
CHAPITRE VII
La première rencontre de d’Aiguillon avec Choiseul: 84
présence d’esprit de la Duchesse.—Le Régiment du
roi: lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Louis XV.—Mᵐᵉ Du
Barry devient l’alliée de d’Aiguillon.—Maupeou et
Terray, négociateurs du traité.—D’Aiguillon
capitaine-lieutenant des chevau-légers: le «beau
D’Aiguillon dissout les Etats.—La duchesse est son
auxiliaire le plus dévoué.—Un impair de La Noue.—
D’Aiguillon se dit de plus en plus dégoûté de sa
tâche: il part pour Veretz.—Beautés de cette
résidence seigneuriale.—L’amour de la retraite chez
le duc d’Aiguillon et chez la marquise de
Pompadour.—Vie de château.—La science
économique de la duchesse.—Une histoire de chasse:
Balleroy grand-veneur
CHAPITRE V
Le cure-dents de la Chalotais.—Le «bailliage
d’Aiguillon».—Un échafaud fantastique.—Le
Gouvernement ne veut pas rappeler d’Aiguillon.—
Ours et Bretons.—Le nouveau Parlement et les Etats
de 1767.—Les trois duchesses.—La politique du
Gouvernement et celle de d’Aiguillon.—Le roi et la
duchesse d’Aiguillon chez la Reine.—«Vous vous
êtes conduit comme un ange!» 56
CHAPITRE VI
Les Etats «intermédiaires».—Chasse aux «Mandrins».
—La coterie des «Bastionnaires» et la pacification de
la Bretagne.—Les variations du Contrôleur général
d’après d’Aiguillon.—Démission.—Cérémonial aux
obsèques d’une Reine.—Un cocher en couches.—Le
duc de Penthièvre jugé par Mᵐᵉ d’Aiguillon.—La
duchesse est ravie de voir son mari «hors d’une
indigne galère».—Ce qu’en pense d’Aiguillon 71
CHAPITRE VII
La première rencontre de d’Aiguillon avec Choiseul: 84
présence d’esprit de la Duchesse.—Le Régiment du
roi: lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Louis XV.—Mᵐᵉ Du
Barry devient l’alliée de d’Aiguillon.—Maupeou et
Terray, négociateurs du traité.—D’Aiguillon
capitaine-lieutenant des chevau-légers: le «beau
Page 279
cortège» de la duchesse.—Un amoureux fou, mais
platonique, de la Du Barry.—Le déserteur
CHAPITRE VIII
Le Conseil accorde à d’Aiguillon l’évocation de son
procès de Rennes devant le Parlement de Paris.—
Appui prêté par Mᵐᵉ Du Barry malgré la résistance
de Louis XV.—Le «Mémoire justificatif» de Linguet;
un collaborateur masqué; récompense de Marmontel.
—Procédure du Parlement de Paris.—Trêve
matrimoniale: incidents.—Reprise des séances: récit
de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Le roi arrête le procès.—
Vengeance du Parlement.—D’Aiguillon entaché 101
CHAPITRE IX
Riposte de Maupeou: cassation de l’arrêté.—Pluie de
couplets et d’anecdotes satiriques.—Avanies
prodiguées à Mᵐᵉ Du Barry.—Insolences et
mécomptes des parlementaires bretons d’après Mᵐᵉ
d’Aiguillon.—La journée du 3 septembre.—Louis
XV revient aux traditions de son bisaïeul.—Le sac du
roi et le char de la blanchisseuse de d’Aiguillon.—
Indulgence et pitié.—Le Parlement de Paris courbe la
tête.—Mᵐᵉ d’Aiguillon et ses «chers Bretons» 118
CHAPITRE X
Maupeou «la bigarade».—Sa double action contre
Choiseul et le Parlement.—Le «beau pacte de
famille».—Les larmes de Mᵐᵉ Du Barry.—
Remontrances du Parlement et refus d’enregistrer
l’édit.—Choiseul pressent sa disgrâce.—Duplicité de
Louis XV.—Lettre de cachet.—Impressions de la
duchesse d’Aiguillon.—Exil des parlementaires.—Le
Parlement Maupeou 133
CHAPITRE XI
Six mois d’attente!—«Le tyran breton le deviendra de 145
toute l’Europe».—Le futur roi de Suède à Ruel:
enthousiasme de la «Grosse Duchesse».—
L’«Agrippine» de Mᵐᵉ Du Deffand et «le Triumvirat»
platonique, de la Du Barry.—Le déserteur
CHAPITRE VIII
Le Conseil accorde à d’Aiguillon l’évocation de son
procès de Rennes devant le Parlement de Paris.—
Appui prêté par Mᵐᵉ Du Barry malgré la résistance
de Louis XV.—Le «Mémoire justificatif» de Linguet;
un collaborateur masqué; récompense de Marmontel.
—Procédure du Parlement de Paris.—Trêve
matrimoniale: incidents.—Reprise des séances: récit
de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Le roi arrête le procès.—
Vengeance du Parlement.—D’Aiguillon entaché 101
CHAPITRE IX
Riposte de Maupeou: cassation de l’arrêté.—Pluie de
couplets et d’anecdotes satiriques.—Avanies
prodiguées à Mᵐᵉ Du Barry.—Insolences et
mécomptes des parlementaires bretons d’après Mᵐᵉ
d’Aiguillon.—La journée du 3 septembre.—Louis
XV revient aux traditions de son bisaïeul.—Le sac du
roi et le char de la blanchisseuse de d’Aiguillon.—
Indulgence et pitié.—Le Parlement de Paris courbe la
tête.—Mᵐᵉ d’Aiguillon et ses «chers Bretons» 118
CHAPITRE X
Maupeou «la bigarade».—Sa double action contre
Choiseul et le Parlement.—Le «beau pacte de
famille».—Les larmes de Mᵐᵉ Du Barry.—
Remontrances du Parlement et refus d’enregistrer
l’édit.—Choiseul pressent sa disgrâce.—Duplicité de
Louis XV.—Lettre de cachet.—Impressions de la
duchesse d’Aiguillon.—Exil des parlementaires.—Le
Parlement Maupeou 133
CHAPITRE XI
Six mois d’attente!—«Le tyran breton le deviendra de 145
toute l’Europe».—Le futur roi de Suède à Ruel:
enthousiasme de la «Grosse Duchesse».—
L’«Agrippine» de Mᵐᵉ Du Deffand et «le Triumvirat»
Page 280
du président de Brosses.—Mariage du comte de
Provence.—Comment Mᵐᵉ Du Barry fait entrer
d’Aiguillon au ministère: ce qu’en pense la duchesse;
ce qu’en pense le public.—Hostilité de la comtesse
d’Egmont: avanie subie par Mᵐᵉ d’Aiguillon et
colère du maréchal de Richelieu.—Débuts du
nouveau ministre.—Appréciation de l’ambassadeur
d’Autriche, le comte de Mercy-Argenteau
CHAPITRE XII
Pronostics sur le futur ministère.—Dîners
diplomatiques.—Entrevue de Mercy-Argenteau avec
«la favorite» et Louis XV.—Echange de lettres
aigres-douces entre Mᵐᵉ Du Deffand et la duchesse
de Choiseul.—Le dîner de Luciennes.—Jugement
sévère de Mᵐᵉ de Choiseul.—Au décintrement du
pont de Neuilly.—Conspiration de Mesdames contre
la Du Barry.—Le Régiment des Suisses 159
CHAPITRE XIII
Le partage de la Pologne et ses responsabilités.—
Ambitions du comte de Broglie.—Le cardinal de
Rohan nommé ambassadeur à Vienne.—Tactique
autrichienne: condescendance de la Dauphine.—
L’amitié suédoise et le lyrisme de la duchesse
d’Aiguillon.—«Deux brigands et une dévote».—Les
gémissements de Marie-Thérèse.—L’irréparable.—
Conseils du comte de Provence.—La révolte de la
Dauphine.—La vie à Fontainebleau.—La
«croquante» de Versailles.—Mort de la «Grosse
Duchesse» 174
CHAPITRE XIV
Un mauvais jour de l’an pour Mᵐᵉ d’Aiguillon.— 194
Conseils de prudence.—Les galas de d’Aiguillon et
de Mᵐᵉ Du Barry: le «noir serpent» et l’œuf
d’autruche.—On s’écrase chez Mᵐᵉ d’Aiguillon.—
Bouderies entre le ministre et la favorite.—Le
«mauvais sujet».—Confidences de Mˡˡᵉ Chon:
Provence.—Comment Mᵐᵉ Du Barry fait entrer
d’Aiguillon au ministère: ce qu’en pense la duchesse;
ce qu’en pense le public.—Hostilité de la comtesse
d’Egmont: avanie subie par Mᵐᵉ d’Aiguillon et
colère du maréchal de Richelieu.—Débuts du
nouveau ministre.—Appréciation de l’ambassadeur
d’Autriche, le comte de Mercy-Argenteau
CHAPITRE XII
Pronostics sur le futur ministère.—Dîners
diplomatiques.—Entrevue de Mercy-Argenteau avec
«la favorite» et Louis XV.—Echange de lettres
aigres-douces entre Mᵐᵉ Du Deffand et la duchesse
de Choiseul.—Le dîner de Luciennes.—Jugement
sévère de Mᵐᵉ de Choiseul.—Au décintrement du
pont de Neuilly.—Conspiration de Mesdames contre
la Du Barry.—Le Régiment des Suisses 159
CHAPITRE XIII
Le partage de la Pologne et ses responsabilités.—
Ambitions du comte de Broglie.—Le cardinal de
Rohan nommé ambassadeur à Vienne.—Tactique
autrichienne: condescendance de la Dauphine.—
L’amitié suédoise et le lyrisme de la duchesse
d’Aiguillon.—«Deux brigands et une dévote».—Les
gémissements de Marie-Thérèse.—L’irréparable.—
Conseils du comte de Provence.—La révolte de la
Dauphine.—La vie à Fontainebleau.—La
«croquante» de Versailles.—Mort de la «Grosse
Duchesse» 174
CHAPITRE XIV
Un mauvais jour de l’an pour Mᵐᵉ d’Aiguillon.— 194
Conseils de prudence.—Les galas de d’Aiguillon et
de Mᵐᵉ Du Barry: le «noir serpent» et l’œuf
d’autruche.—On s’écrase chez Mᵐᵉ d’Aiguillon.—
Bouderies entre le ministre et la favorite.—Le
«mauvais sujet».—Confidences de Mˡˡᵉ Chon:
Page 281
Mercy-Argenteau serait-il berné?—Réconciliation
des deux alliés.—La contre-police de d’Aiguillon:
Dumouriez et consorts embastillés.—L’exil du comte
de Broglie d’après Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Indiscrétions
de Septimanie.—Récriminations de Rohan.—
Insuccès diplomatiques du premier ministre
CHAPITRE XV
Comment d’Aiguillon devint ministre de la Guerre.—
Louis XV au Conseil.—Nouvelle attitude de la
Dauphine.—Projet de rappel de l’ancien Parlement.
—Maladie et mort de Louis XV; départ de Mᵐᵉ Du
Barry; les carrosses de Ruel.—Sérénité de
d’Aiguillon.—Nouveaux brocards contre les anciens
favoris.—Maurepas ministre d’Etat sans portefeuille.
—Démission, acceptée, de d’Aiguillon.—Marie-
Antoinette veut que le roi l’exile.—La joie du comte
de Broglie et de Maupeou.—Deux portraits du duc
d’Aiguillon 212
CHAPITRE XVI
La comédie à Veretz.—Goûts et plaisirs champêtres.—
Toujours les affaires de Bretagne.—Rentrée en scène
de La Chalotais.—Epidémie à Veretz et à
Chanteloup.—Réintégration de l’ancien Parlement;
d’Aiguillon y prend place sans que personne
proteste.—Ce qu’on pense à Vienne de sa retraite.—
Campagne de libelles contre la reine: d’Aiguillon en
est, dit-on, l’inspirateur 229
CHAPITRE XVII
Influence et crédit de Mᵐᵉ de Maurepas.—Ses appels au 237
calme et à la patience.—D’Aiguillon «embusqué»
dans son hôtel.—Procès du comte de Guines.—Ce
qu’était Tort de la Sonde.—Rôle de d’Aiguillon:
griefs de Guines.—La reine prend parti pour
l’ambassadeur de France à Londres.—Besenval
excite Marie-Antoinette contre d’Aiguillon.—
Mémoires de Guines «tissu d’horreurs et de
des deux alliés.—La contre-police de d’Aiguillon:
Dumouriez et consorts embastillés.—L’exil du comte
de Broglie d’après Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Indiscrétions
de Septimanie.—Récriminations de Rohan.—
Insuccès diplomatiques du premier ministre
CHAPITRE XV
Comment d’Aiguillon devint ministre de la Guerre.—
Louis XV au Conseil.—Nouvelle attitude de la
Dauphine.—Projet de rappel de l’ancien Parlement.
—Maladie et mort de Louis XV; départ de Mᵐᵉ Du
Barry; les carrosses de Ruel.—Sérénité de
d’Aiguillon.—Nouveaux brocards contre les anciens
favoris.—Maurepas ministre d’Etat sans portefeuille.
—Démission, acceptée, de d’Aiguillon.—Marie-
Antoinette veut que le roi l’exile.—La joie du comte
de Broglie et de Maupeou.—Deux portraits du duc
d’Aiguillon 212
CHAPITRE XVI
La comédie à Veretz.—Goûts et plaisirs champêtres.—
Toujours les affaires de Bretagne.—Rentrée en scène
de La Chalotais.—Epidémie à Veretz et à
Chanteloup.—Réintégration de l’ancien Parlement;
d’Aiguillon y prend place sans que personne
proteste.—Ce qu’on pense à Vienne de sa retraite.—
Campagne de libelles contre la reine: d’Aiguillon en
est, dit-on, l’inspirateur 229
CHAPITRE XVII
Influence et crédit de Mᵐᵉ de Maurepas.—Ses appels au 237
calme et à la patience.—D’Aiguillon «embusqué»
dans son hôtel.—Procès du comte de Guines.—Ce
qu’était Tort de la Sonde.—Rôle de d’Aiguillon:
griefs de Guines.—La reine prend parti pour
l’ambassadeur de France à Londres.—Besenval
excite Marie-Antoinette contre d’Aiguillon.—
Mémoires de Guines «tissu d’horreurs et de
Page 282
mensonges».—Guines gagne son procès.—La reine
exige de Louis XVI l’exil du duc d’Aiguillon.—
Incidents de la revue du Trou d’Enfer.—Entrevue de
Maurepas avec la reine.—D’Aiguillon devra partir
pour l’Agénois
CHAPITRE XVIII
Impatience et joie exubérante de la reine.—Réaction de
l’opinion publique en faveur de l’exilé.—Fausse
philosophie de d’Aiguillon: billet à Balleroy;
entretien avec Maurepas.—«Il n’y a rien perdu»; le
mot de Marie-Antoinette justifié.—Les lettres de Mᵐᵉ
de Maurepas.—La tâche de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—
Voyage de Mᵐᵉ Du Barry.—L’anecdote des
«Entretiens de l’autre monde» 256
CHAPITRE XIX
Rappel imprévu du comte de Guines.—Pronostics
qu’en déduit d’Aiguillon.—Conférence significative
d’un ami de d’Aiguillon avec Maurepas.—Les
fidèles courtisans du malheur.—Informations
parisiennes: le procès Saint-Vincent et le mariage de
Fronsac.—Opéra et ménagerie.—«Le grand Pan est à
bas».—Mercy voit avec peine l’engouement de la
reine pour le comte de Guines.—La nouvelle école
de courtisans.—Mort de Mᵐᵉ de Chabrillan; lettre
désespérée de la mère.—Emotion de Marie-
Antoinette.—Rappel de d’Aiguillon à Paris 269
CHAPITRE XX
Arrêt dans la correspondance.—D’Aiguillon refuse de 290
rentrer à Paris.—L’opinion n’en dénonce pas moins
ses intrigues avec son oncle pour revenir à la Cour.—
Action persistante de Mᵐᵉ de Maurepas dans l’intérêt
de son neveu.—Le buste de Louis XVI.—La
succession de La Vrillière et la «vilaine petite race».
—Irritation de la duchesse contre de Guines.—Une
saison à Bagnères dans la plus stricte intimité.—Mᵐᵉ
d’Aiguillon «écorchée comme saint Barthélemy».
exige de Louis XVI l’exil du duc d’Aiguillon.—
Incidents de la revue du Trou d’Enfer.—Entrevue de
Maurepas avec la reine.—D’Aiguillon devra partir
pour l’Agénois
CHAPITRE XVIII
Impatience et joie exubérante de la reine.—Réaction de
l’opinion publique en faveur de l’exilé.—Fausse
philosophie de d’Aiguillon: billet à Balleroy;
entretien avec Maurepas.—«Il n’y a rien perdu»; le
mot de Marie-Antoinette justifié.—Les lettres de Mᵐᵉ
de Maurepas.—La tâche de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—
Voyage de Mᵐᵉ Du Barry.—L’anecdote des
«Entretiens de l’autre monde» 256
CHAPITRE XIX
Rappel imprévu du comte de Guines.—Pronostics
qu’en déduit d’Aiguillon.—Conférence significative
d’un ami de d’Aiguillon avec Maurepas.—Les
fidèles courtisans du malheur.—Informations
parisiennes: le procès Saint-Vincent et le mariage de
Fronsac.—Opéra et ménagerie.—«Le grand Pan est à
bas».—Mercy voit avec peine l’engouement de la
reine pour le comte de Guines.—La nouvelle école
de courtisans.—Mort de Mᵐᵉ de Chabrillan; lettre
désespérée de la mère.—Emotion de Marie-
Antoinette.—Rappel de d’Aiguillon à Paris 269
CHAPITRE XX
Arrêt dans la correspondance.—D’Aiguillon refuse de 290
rentrer à Paris.—L’opinion n’en dénonce pas moins
ses intrigues avec son oncle pour revenir à la Cour.—
Action persistante de Mᵐᵉ de Maurepas dans l’intérêt
de son neveu.—Le buste de Louis XVI.—La
succession de La Vrillière et la «vilaine petite race».
—Irritation de la duchesse contre de Guines.—Une
saison à Bagnères dans la plus stricte intimité.—Mᵐᵉ
d’Aiguillon «écorchée comme saint Barthélemy».
Page 283
—«Mauvaise compagnie» des gens de cour.—Retour
au château: nouvelles récriminations du châtelain;
«absorbement continuel» de la châtelaine
CHAPITRE XXI
Programme de fêtes pour 1778.—Quelques invités et
habitués.—Balleroy toujours l’empressé
commissionnaire.—Ferme et château.—Nouvelles du
jour: mort de Jean-Jacques; procès du comte de
Broglie «le vilain petit homme»; les châtelains et la
guerre des Insurgents.—Une lettre de d’Aiguillon à
Mᵐᵉ Du Barry.—Autre année théâtrale: fêtes et bals.
—D’Aiguillon donne également ses commissions à
Balleroy.—Il fait le juge de paix au château.—Projets
de mariage pour le comte d’Agénois.—Marie-
Antoinette signifie de nouveau à Maurepas sa
résolution de ne plus voir d’Aiguillon à la Cour 306
CHAPITRE XXII
Illusions d’un ministre tombé: plan fantastique.—Le
troisième mariage du maréchal de Richelieu:
vengeance filiale.—L’année des évêques.—Oraison
funèbre de Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la Vallière.—
Débuts, dans le monde, d’Armand, comte d’Agénois.
—Félicitations réciproques de d’Aiguillon et de
Balleroy.—La chasse aux pintades et la «Dédicace»
de la Comédie.—Nouvelle saison du duc à Bagnères:
ses pertes énormes au reversi.—Nouveaux projets de
mariage pour le comte d’Agénois.—Commérages
mondains 319
CHAPITRE XXIII
Une «crillonnade».—La «requête de Monsieur 338
Lustucru».—Voyages à Paris de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—
Mission infructueuse de Balleroy auprès de Mᵐᵉ de
Maurepas.—Entrée sensationnelle à Paris.—Les
Espagnols devant Gibraltar.—Les travaux de
Cherbourg.—Mᵐᵉ d’Aiguillon, la politique et les
voleurs.—Une créance sur Mᵐᵉ Du Barry.—Mariage
au château: nouvelles récriminations du châtelain;
«absorbement continuel» de la châtelaine
CHAPITRE XXI
Programme de fêtes pour 1778.—Quelques invités et
habitués.—Balleroy toujours l’empressé
commissionnaire.—Ferme et château.—Nouvelles du
jour: mort de Jean-Jacques; procès du comte de
Broglie «le vilain petit homme»; les châtelains et la
guerre des Insurgents.—Une lettre de d’Aiguillon à
Mᵐᵉ Du Barry.—Autre année théâtrale: fêtes et bals.
—D’Aiguillon donne également ses commissions à
Balleroy.—Il fait le juge de paix au château.—Projets
de mariage pour le comte d’Agénois.—Marie-
Antoinette signifie de nouveau à Maurepas sa
résolution de ne plus voir d’Aiguillon à la Cour 306
CHAPITRE XXII
Illusions d’un ministre tombé: plan fantastique.—Le
troisième mariage du maréchal de Richelieu:
vengeance filiale.—L’année des évêques.—Oraison
funèbre de Mᵐᵉ de Gisors et de M. de la Vallière.—
Débuts, dans le monde, d’Armand, comte d’Agénois.
—Félicitations réciproques de d’Aiguillon et de
Balleroy.—La chasse aux pintades et la «Dédicace»
de la Comédie.—Nouvelle saison du duc à Bagnères:
ses pertes énormes au reversi.—Nouveaux projets de
mariage pour le comte d’Agénois.—Commérages
mondains 319
CHAPITRE XXIII
Une «crillonnade».—La «requête de Monsieur 338
Lustucru».—Voyages à Paris de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—
Mission infructueuse de Balleroy auprès de Mᵐᵉ de
Maurepas.—Entrée sensationnelle à Paris.—Les
Espagnols devant Gibraltar.—Les travaux de
Cherbourg.—Mᵐᵉ d’Aiguillon, la politique et les
voleurs.—Une créance sur Mᵐᵉ Du Barry.—Mariage
Page 284
du duc d’Agénois avec Mˡˡᵉ de Navailles.—La petite
vérole de Mᵐᵉ d’Agénois et les perdreaux de Ruel.
—«Laïus est mort».—Le procès Linguet.—Morts
successives des ducs de Richelieu et d’Aiguillon.—
Mercier devant les caveaux de la Sorbonne
CHAPITRE XXIV
Effacement de la duchesse d’Aiguillon pendant
plusieurs années.—Rôle de son fils au
commencement de la Révolution.—Prétendues
représailles contre la reine.—Le fils et la mère
émigrent.—Rentrée en France de la duchesse.—Son
incarcération.—Le 9 thermidor sauve Mᵐᵉ
d’Aiguillon.—Vente et liquidation des propriétés du
duc pour désintéresser les créanciers.—La duchesse
se retire à Ruel pour exploiter la propriété.—Heures
difficiles.—Deux lettres du baron de Scheffer 352
CHAPITRE XXV
Le baron de Scheffer, ancien ministre des affaires
étrangères de Suède.—Sa joie, quand il apprend que
Mᵐᵉ d’Aiguillon a pu échapper «aux mains des tigres
sanguinaires».—Il s’inquiète de la situation
financière de Mᵐᵉ d’Aiguillon et se désole de la voir
se rendre à Paris en charrette.—Que sont devenus les
amis de la duchesse et surtout Mᵐᵉ de Laigle?—
Travaux rustiques: basse-cour et arbres fruitiers.—
Apparition des Mémoires de Richelieu, de
d’Aiguillon, de Maurepas: opinion de Scheffer sur
des compilations que Mᵐᵉ d’Aiguillon déclare
apocryphes.—La bru et le petit-fils de la duchesse
sont avec elle.—La dernière lettre de Scheffer 363
Appendices et pièces justificatives 375
Table des matières 403
ÉVREUX, IMPRIMERIE CH. HÉRISSEY, PAUL HÉRISSEY, SUCCʳ
vérole de Mᵐᵉ d’Agénois et les perdreaux de Ruel.
—«Laïus est mort».—Le procès Linguet.—Morts
successives des ducs de Richelieu et d’Aiguillon.—
Mercier devant les caveaux de la Sorbonne
CHAPITRE XXIV
Effacement de la duchesse d’Aiguillon pendant
plusieurs années.—Rôle de son fils au
commencement de la Révolution.—Prétendues
représailles contre la reine.—Le fils et la mère
émigrent.—Rentrée en France de la duchesse.—Son
incarcération.—Le 9 thermidor sauve Mᵐᵉ
d’Aiguillon.—Vente et liquidation des propriétés du
duc pour désintéresser les créanciers.—La duchesse
se retire à Ruel pour exploiter la propriété.—Heures
difficiles.—Deux lettres du baron de Scheffer 352
CHAPITRE XXV
Le baron de Scheffer, ancien ministre des affaires
étrangères de Suède.—Sa joie, quand il apprend que
Mᵐᵉ d’Aiguillon a pu échapper «aux mains des tigres
sanguinaires».—Il s’inquiète de la situation
financière de Mᵐᵉ d’Aiguillon et se désole de la voir
se rendre à Paris en charrette.—Que sont devenus les
amis de la duchesse et surtout Mᵐᵉ de Laigle?—
Travaux rustiques: basse-cour et arbres fruitiers.—
Apparition des Mémoires de Richelieu, de
d’Aiguillon, de Maurepas: opinion de Scheffer sur
des compilations que Mᵐᵉ d’Aiguillon déclare
apocryphes.—La bru et le petit-fils de la duchesse
sont avec elle.—La dernière lettre de Scheffer 363
Appendices et pièces justificatives 375
Table des matières 403
ÉVREUX, IMPRIMERIE CH. HÉRISSEY, PAUL HÉRISSEY, SUCCʳ
Page 285
NOTES:
[1] Date donnée par le Dictionnaire de La Chesnaye-Desbois.
[2] Son père avait obtenu très difficilement, de Louis XV, de lui céder, en le mariant, le
duché d’Agénois.
[3] Revue hebdomadaire du 27 avril 1901. Une idylle sous la Régence.
[4] Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon (3ᵉ édition, 1792), p. 173.
L’exemplaire que nous avons consulté est catalogué à la Bibliothèque de la ville de Paris
sous le nº 10469. Il est accompagné de notes autographes de M. de Monmerqué reproduisant
des annotations inédites de Soulavie.
[5] Soulavie. Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI (Paris, 1801, 6
vol.), t. I, pp. 69-70.
[6] Voir Appendice nº I.
[7] Chanteloup, hameau de l’arrondissement d’Amboise (Indre-et-Loire).
[8] Pontchartrain, canton de Chevreuse (Seine-et-Oise).
[9] Le chevalier avait encore demeuré rue de l’Université. Mais il restait rarement à Paris,
soit que le devoir militaire le retînt en province, soit qu’il partît en villégiature: «Je ne connais
pas, M. le Chevalier, lui écrit la duchesse, un être plus errant que vous.»
[10] Archives nationales, T 243.
[11] Saint-Simon donne de curieux détails, dans ses Mémoires, sur la vie peu édifiante de
cette grande dame; et le Journal de Barbier (t. III, p. 384) en signale simplement la mort en ces
termes: «Mᵐᵉ la duchesse de Mazarin, dame d’atours de la reine, est morte, en huit jours de
temps, le 11 du mois de septembre 1742, âgée de cinquante-cinq ans.»
[12] AN.T. 243.
[13] Il n’est pas inutile de rappeler, à cet égard, la lettre (inédite) qu’écrivait à ce même
Quélen le comte de Plélo, le 30 janvier 1729, un mois avant son départ pour Copenhague:
«Nous laissons nos enfants ici, mon fils encore quelques mois et ma fille quelques années;
le premier viendra me joindre cet été. A l’égard de ma fille, elle restera au couvent jusqu’à six
ou sept ans; et alors je la ferai venir auprès de moi, si Dieu me la conserve jusque-là.»
Cette fille, c’était Louise-Félicité, qui avait alors trois ans. Conformément aux intentions du
père, elle fut mise au couvent de la rue Bellechasse, la célèbre abbaye de Panthémont où sa
mère avait fait son éducation. Louise-Félicité avait pour gouvernante Mᵐᵉ de Montigny, à qui
Mᵐᵉ de Plélo avait légué 200 livres de rente viagère et qui resta près d’un an à l’abbaye de
Panthémont avec son élève.
[14] Mémoires du duc de Luynes, t. III, pp. 105-106.
[15] Quoique très bien fait, il était de petite taille: aussi, plus tard, à propos des affaires de
Bretagne, ses adversaires le désignaient-ils ironiquement sous le nom de Petit duc.
[16] Edmond et Jules de Goncourt. La duchesse de Châteauroux et ses sœurs (Paris,
1879).
[17] Revue hebdomadaire du 27 avril 1901. Le comte de Plélo était fort épris de sa femme;
et sa correspondance dit assez quelles furent sa tendresse et sa fidélité.
[18] Mémoires du Mⁱˢ d’Argenson (t. IV, p. 44).—Mémoires de Richelieu par Soulavie, t.
VI. A tort, les Goncourt appellent d’Agénois le neveu de Richelieu. C’était Mᵐᵉ de
Châteauroux qui lui donnait ce nom et traitait de «cher oncle» le duc de Richelieu.
[1] Date donnée par le Dictionnaire de La Chesnaye-Desbois.
[2] Son père avait obtenu très difficilement, de Louis XV, de lui céder, en le mariant, le
duché d’Agénois.
[3] Revue hebdomadaire du 27 avril 1901. Une idylle sous la Régence.
[4] Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon (3ᵉ édition, 1792), p. 173.
L’exemplaire que nous avons consulté est catalogué à la Bibliothèque de la ville de Paris
sous le nº 10469. Il est accompagné de notes autographes de M. de Monmerqué reproduisant
des annotations inédites de Soulavie.
[5] Soulavie. Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI (Paris, 1801, 6
vol.), t. I, pp. 69-70.
[6] Voir Appendice nº I.
[7] Chanteloup, hameau de l’arrondissement d’Amboise (Indre-et-Loire).
[8] Pontchartrain, canton de Chevreuse (Seine-et-Oise).
[9] Le chevalier avait encore demeuré rue de l’Université. Mais il restait rarement à Paris,
soit que le devoir militaire le retînt en province, soit qu’il partît en villégiature: «Je ne connais
pas, M. le Chevalier, lui écrit la duchesse, un être plus errant que vous.»
[10] Archives nationales, T 243.
[11] Saint-Simon donne de curieux détails, dans ses Mémoires, sur la vie peu édifiante de
cette grande dame; et le Journal de Barbier (t. III, p. 384) en signale simplement la mort en ces
termes: «Mᵐᵉ la duchesse de Mazarin, dame d’atours de la reine, est morte, en huit jours de
temps, le 11 du mois de septembre 1742, âgée de cinquante-cinq ans.»
[12] AN.T. 243.
[13] Il n’est pas inutile de rappeler, à cet égard, la lettre (inédite) qu’écrivait à ce même
Quélen le comte de Plélo, le 30 janvier 1729, un mois avant son départ pour Copenhague:
«Nous laissons nos enfants ici, mon fils encore quelques mois et ma fille quelques années;
le premier viendra me joindre cet été. A l’égard de ma fille, elle restera au couvent jusqu’à six
ou sept ans; et alors je la ferai venir auprès de moi, si Dieu me la conserve jusque-là.»
Cette fille, c’était Louise-Félicité, qui avait alors trois ans. Conformément aux intentions du
père, elle fut mise au couvent de la rue Bellechasse, la célèbre abbaye de Panthémont où sa
mère avait fait son éducation. Louise-Félicité avait pour gouvernante Mᵐᵉ de Montigny, à qui
Mᵐᵉ de Plélo avait légué 200 livres de rente viagère et qui resta près d’un an à l’abbaye de
Panthémont avec son élève.
[14] Mémoires du duc de Luynes, t. III, pp. 105-106.
[15] Quoique très bien fait, il était de petite taille: aussi, plus tard, à propos des affaires de
Bretagne, ses adversaires le désignaient-ils ironiquement sous le nom de Petit duc.
[16] Edmond et Jules de Goncourt. La duchesse de Châteauroux et ses sœurs (Paris,
1879).
[17] Revue hebdomadaire du 27 avril 1901. Le comte de Plélo était fort épris de sa femme;
et sa correspondance dit assez quelles furent sa tendresse et sa fidélité.
[18] Mémoires du Mⁱˢ d’Argenson (t. IV, p. 44).—Mémoires de Richelieu par Soulavie, t.
VI. A tort, les Goncourt appellent d’Agénois le neveu de Richelieu. C’était Mᵐᵉ de
Châteauroux qui lui donnait ce nom et traitait de «cher oncle» le duc de Richelieu.
Page 286
[19] Les Goncourt. Mᵐᵉ de Châteauroux (Collection Leber, 5815, Lettres Mss. à la Bibl.
de Rouen). Mᵐᵉ de Châteauroux avait une haine féroce contre Maurepas: elle écrivait, le 3 juin
1744, à Richelieu que Maurepas «avait fait le tourment de sa vie».
[20] Soulavie. Anecdotes de la Cour de France, 1802, p. 24.
[21] Mémoires du duc de Luynes, t. IV. p. 269.
[22] Maurepas. Mémoires, t. IV, p. 114-115. Ils sont de Soulavie (voir appendice nº 1).
[23] Duc de Luynes. Mémoires, t. IV, septembre 1742, p. 240. Mᵐᵉ de Mazarin était morte
le 10.
[24] Duc de Luynes. Mémoires, t. V, octobre 1743, p. 22.
[25] AN.T. 243.
[26] Archives du marquis de Chabrillan. Lettre de 1747.
[27] Archives du marquis de Chabrillan.
[28] Mémoires du duc de Luynes, t. VII, mars 1746.
[29] Déjà les Mémoires de Luynes, annonçant, en avril 1736, la mort du dernier des fils de
Plélo, parlaient d’une «fille de huit à dix ans qui n’avait pas une bonne santé»: c’était Louise-
Félicité.
[30] Les Nouvelles à la main publiées, d’après les manuscrits Anisson Duperron, par M. le
vicomte de Grouchy dans le Carnet historique de 1898 (t. II, p. 683) donnent, à la date du 4
février 1764, une anecdote sur les couches de Mᵐᵉ d’Aiguillon, la représentant comme un
véritable phénomène: «Elle est très bien de figure, elle a la peau assez blanche; dans sa
première grossesse, elle devint, par degrés, noire comme une négresse du Sénégal de la tête aux
pieds. Après être accouchée, elle reprit aussi par degrés son teint ordinaire. Elle est grosse pour
la deuxième fois et la même révolution se fait chez elle. Elle n’est encore que mulâtresse parce
qu’elle n’est pas avancée; dans ses derniers mois, elle sera noire comme du jais. Au reste,
l’enfant qu’elle a mis au monde la première fois n’avait aucune teinte de noir; il était comme
l’enfant d’un blanc...» Mᵐᵉ d’Aiguillon accoucha, en effet, en 1764, d’un enfant qui vint avant
terme. Mais nous n’avons vu nulle part, excepté dans un autre recueil de Nouvelles à la main,
que Mᵐᵉ d’Aiguillon ait présenté, pendant ses couches, les variations de couleur dont parle le
gazetier. Elle était sujette aux coliques néphrétiques: peut-être eut-elle, comme son mari, des
jaunisses. Elle en parle, mais jamais du phénomène physiologique cité par les Nouvelles à la
main. D’ailleurs, sa deuxième grossesse datait de 1747 et non de 1764.
[31] D’Aiguillon n’était encore qu’en très mince faveur à la Cour: le Roi se souvenait-il
toujours des hésitations de la marquise de la Tournelle? En tout cas d’après le Journal de Croÿ
(t. I, p. 150) d’Aiguillon n’était admis à Choisy qu’à titre «d’externe» ou de «polisson».
[32] Cette guerre, si désastreuse pour la France, commença en 1756 et finit en 1763 par le
traité de Paris qui nous enleva le Canada, «ces quelques arpents de neige», disait Voltaire.
[33] Village et baie dans le département des Côtes-du-Nord.
[34] Première lettre d’une correspondance autographe adressée par Mᵐᵉ de Pompadour au
duc d’Aiguillon et conservée au British Museum (fonds Egerton). Cette correspondance fut
publiée pour la première fois en 1856-1857 (t. I, pp. 244 et suiv.), dans la Correspondance
littéraire de Ludovic Lalanne et comprend une période de cinq années (1758-1762).
[35] «M. d’Aiguillon, dit Linguet (Aiguillonana, 1777, p. 9) avait toujours eu un ascendant
marqué sur les maîtresses du feu roi. La marquise de Pompadour l’avait protégé hautement: la
trop prompte mort du maréchal de Belle-Isle l’avait seule empêché de le lui donner pour
successeur (au ministère de la Guerre).»
de Rouen). Mᵐᵉ de Châteauroux avait une haine féroce contre Maurepas: elle écrivait, le 3 juin
1744, à Richelieu que Maurepas «avait fait le tourment de sa vie».
[20] Soulavie. Anecdotes de la Cour de France, 1802, p. 24.
[21] Mémoires du duc de Luynes, t. IV. p. 269.
[22] Maurepas. Mémoires, t. IV, p. 114-115. Ils sont de Soulavie (voir appendice nº 1).
[23] Duc de Luynes. Mémoires, t. IV, septembre 1742, p. 240. Mᵐᵉ de Mazarin était morte
le 10.
[24] Duc de Luynes. Mémoires, t. V, octobre 1743, p. 22.
[25] AN.T. 243.
[26] Archives du marquis de Chabrillan. Lettre de 1747.
[27] Archives du marquis de Chabrillan.
[28] Mémoires du duc de Luynes, t. VII, mars 1746.
[29] Déjà les Mémoires de Luynes, annonçant, en avril 1736, la mort du dernier des fils de
Plélo, parlaient d’une «fille de huit à dix ans qui n’avait pas une bonne santé»: c’était Louise-
Félicité.
[30] Les Nouvelles à la main publiées, d’après les manuscrits Anisson Duperron, par M. le
vicomte de Grouchy dans le Carnet historique de 1898 (t. II, p. 683) donnent, à la date du 4
février 1764, une anecdote sur les couches de Mᵐᵉ d’Aiguillon, la représentant comme un
véritable phénomène: «Elle est très bien de figure, elle a la peau assez blanche; dans sa
première grossesse, elle devint, par degrés, noire comme une négresse du Sénégal de la tête aux
pieds. Après être accouchée, elle reprit aussi par degrés son teint ordinaire. Elle est grosse pour
la deuxième fois et la même révolution se fait chez elle. Elle n’est encore que mulâtresse parce
qu’elle n’est pas avancée; dans ses derniers mois, elle sera noire comme du jais. Au reste,
l’enfant qu’elle a mis au monde la première fois n’avait aucune teinte de noir; il était comme
l’enfant d’un blanc...» Mᵐᵉ d’Aiguillon accoucha, en effet, en 1764, d’un enfant qui vint avant
terme. Mais nous n’avons vu nulle part, excepté dans un autre recueil de Nouvelles à la main,
que Mᵐᵉ d’Aiguillon ait présenté, pendant ses couches, les variations de couleur dont parle le
gazetier. Elle était sujette aux coliques néphrétiques: peut-être eut-elle, comme son mari, des
jaunisses. Elle en parle, mais jamais du phénomène physiologique cité par les Nouvelles à la
main. D’ailleurs, sa deuxième grossesse datait de 1747 et non de 1764.
[31] D’Aiguillon n’était encore qu’en très mince faveur à la Cour: le Roi se souvenait-il
toujours des hésitations de la marquise de la Tournelle? En tout cas d’après le Journal de Croÿ
(t. I, p. 150) d’Aiguillon n’était admis à Choisy qu’à titre «d’externe» ou de «polisson».
[32] Cette guerre, si désastreuse pour la France, commença en 1756 et finit en 1763 par le
traité de Paris qui nous enleva le Canada, «ces quelques arpents de neige», disait Voltaire.
[33] Village et baie dans le département des Côtes-du-Nord.
[34] Première lettre d’une correspondance autographe adressée par Mᵐᵉ de Pompadour au
duc d’Aiguillon et conservée au British Museum (fonds Egerton). Cette correspondance fut
publiée pour la première fois en 1856-1857 (t. I, pp. 244 et suiv.), dans la Correspondance
littéraire de Ludovic Lalanne et comprend une période de cinq années (1758-1762).
[35] «M. d’Aiguillon, dit Linguet (Aiguillonana, 1777, p. 9) avait toujours eu un ascendant
marqué sur les maîtresses du feu roi. La marquise de Pompadour l’avait protégé hautement: la
trop prompte mort du maréchal de Belle-Isle l’avait seule empêché de le lui donner pour
successeur (au ministère de la Guerre).»
Page 287
[36] Edmond et Jules de Goncourt. Mᵐᵉ de Pompadour (1878, Paris), p. 147, d’après les
Souvenirs de Mᵐᵉ du Hausset.
[37] Lettre du 6 février 1759, Correspondance de Lalanne, t. I, p. 246.
[38] Journal de Croÿ (du duc) édité par le vicomte de Grouchy et Paul Cottin (1906, 4
vol.), juillet 1759, pp. 476 et suiv.—Le Journal de Barbier (t. VII, p. 210) parle d’un imprimé,
répandu dans Paris en décembre 1759, qui énumère les préparatifs du débarquement.—Bertin
avait remplacé Silhouette le 24 novembre 1759 (Barbier, VIII, 119).
[39] Lettre de 1760.—Quel livre à écrire sur les politiciennes!
[40] Lettre du 10 septembre 1760: il est vrai que, le 14, elle le complimentait d’avoir
obtenu du «zèle des Bretons» un don gratuit de 700.000 livres pour le Roi.
[41] Lettre du 26 décembre.
[42] Lettre de Tourny à la duchesse d’Aiguillon, du 24 avril 1751 (d’après Marcel
Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, Paris, 1898).
[43] Lauzun. Documents inédits relatifs à l’entrée du duc d’Aiguillon à Agen, 1885.
[44] Lettre du 26 août 1761.
[45] Déjà, le 7 décembre 1754, le duc de Luynes écrit dans ses Mémoires: «On continue à
donner à M. le duc d’Aiguillon toutes les louanges que méritent son esprit, sa politesse, son
application aux affaires... Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon a aussi très bien réussi en ce pays: il
paraît que l’on est fort content de l’un et de l’autre.»
[46] Journal de Croÿ, t. II, p. 12.
[47] Carné. Etats de Bretagne, t. II.—Cet historien a dû à l’obligeance de M. le marquis de
Chabrillan, possesseur des papiers du duc d’Aiguillon, de pouvoir consulter le «Journal du
Commandement de Bretagne».
[48] Journal de Croÿ, t. II, p. 48.—Ce même journal signale, également en 1763, le bruit
qui s’était répandu que d’Aiguillon aurait le commandement de l’Alsace; et il l’eut
nominalement.
[49] Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon (Paris, 1898), p. 189.
[50] Jobez. Histoire de Louis XV, t. VI (Paris, 1864-1870, 6 vol.).
[51] Jobez. Histoire de Louis XV, t. VI. Les hostilités s’ouvrirent le 1ᵉʳ octobre 1764, entre
La Chalotais et d’Aiguillon, sur le refus de celui-ci d’accepter le fils comme successeur du
père.
[52] Mémoires secrets dits de Bachaumont, 15 octobre 1764.—M. Pocquet (Le Pouvoir
absolu et l’esprit provincial. Le duc d’Aiguillon et La Chalotais, 3 vol., 1900-1902) affirme
que La Chalotais ne fut pas l’auteur de l’épigramme.
[53] Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon, p. 5.—M. Marcel Marion adopte la version
de Soulavie.
[54] Soulavie affirme encore que la marquise devint la maîtresse de Choiseul.
[55] Bibl. Nat. Impr. Ln²⁷ 41577. H. Carré. La Chalotais et d’Aiguillon (Paris, 1893),
d’après la Correspondance du chevalier de Fontette avec de la Noue: «un forcené républicain»
dit Fontette de Kerguézec.
[56] Soulavie. Mém. du min. du duc d’Aiguillon, pp. 176 et suiv.
[57] Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, p. 348.
Souvenirs de Mᵐᵉ du Hausset.
[37] Lettre du 6 février 1759, Correspondance de Lalanne, t. I, p. 246.
[38] Journal de Croÿ (du duc) édité par le vicomte de Grouchy et Paul Cottin (1906, 4
vol.), juillet 1759, pp. 476 et suiv.—Le Journal de Barbier (t. VII, p. 210) parle d’un imprimé,
répandu dans Paris en décembre 1759, qui énumère les préparatifs du débarquement.—Bertin
avait remplacé Silhouette le 24 novembre 1759 (Barbier, VIII, 119).
[39] Lettre de 1760.—Quel livre à écrire sur les politiciennes!
[40] Lettre du 10 septembre 1760: il est vrai que, le 14, elle le complimentait d’avoir
obtenu du «zèle des Bretons» un don gratuit de 700.000 livres pour le Roi.
[41] Lettre du 26 décembre.
[42] Lettre de Tourny à la duchesse d’Aiguillon, du 24 avril 1751 (d’après Marcel
Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, Paris, 1898).
[43] Lauzun. Documents inédits relatifs à l’entrée du duc d’Aiguillon à Agen, 1885.
[44] Lettre du 26 août 1761.
[45] Déjà, le 7 décembre 1754, le duc de Luynes écrit dans ses Mémoires: «On continue à
donner à M. le duc d’Aiguillon toutes les louanges que méritent son esprit, sa politesse, son
application aux affaires... Mᵐᵉ la duchesse d’Aiguillon a aussi très bien réussi en ce pays: il
paraît que l’on est fort content de l’un et de l’autre.»
[46] Journal de Croÿ, t. II, p. 12.
[47] Carné. Etats de Bretagne, t. II.—Cet historien a dû à l’obligeance de M. le marquis de
Chabrillan, possesseur des papiers du duc d’Aiguillon, de pouvoir consulter le «Journal du
Commandement de Bretagne».
[48] Journal de Croÿ, t. II, p. 48.—Ce même journal signale, également en 1763, le bruit
qui s’était répandu que d’Aiguillon aurait le commandement de l’Alsace; et il l’eut
nominalement.
[49] Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon (Paris, 1898), p. 189.
[50] Jobez. Histoire de Louis XV, t. VI (Paris, 1864-1870, 6 vol.).
[51] Jobez. Histoire de Louis XV, t. VI. Les hostilités s’ouvrirent le 1ᵉʳ octobre 1764, entre
La Chalotais et d’Aiguillon, sur le refus de celui-ci d’accepter le fils comme successeur du
père.
[52] Mémoires secrets dits de Bachaumont, 15 octobre 1764.—M. Pocquet (Le Pouvoir
absolu et l’esprit provincial. Le duc d’Aiguillon et La Chalotais, 3 vol., 1900-1902) affirme
que La Chalotais ne fut pas l’auteur de l’épigramme.
[53] Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon, p. 5.—M. Marcel Marion adopte la version
de Soulavie.
[54] Soulavie affirme encore que la marquise devint la maîtresse de Choiseul.
[55] Bibl. Nat. Impr. Ln²⁷ 41577. H. Carré. La Chalotais et d’Aiguillon (Paris, 1893),
d’après la Correspondance du chevalier de Fontette avec de la Noue: «un forcené républicain»
dit Fontette de Kerguézec.
[56] Soulavie. Mém. du min. du duc d’Aiguillon, pp. 176 et suiv.
[57] Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, p. 348.
Page 288
[58] Marcel Marion. Id., p. 361. Lettre de M. de Robien à M. de Coniac (partisan
d’Aiguillon), 3 décembre 1765.
[59] Mémoires du minist. du duc d’Aiguillon, p. 178.
[60] Journal de Croÿ, t. II, p. 192.
[61] Arrivé de Lille en 1771, cet artiste avait été accueilli avec distinction par les châtelains
de Veretz.
[62] Un dessin de Gaignières nous a cependant conservé le croquis du château de Veretz en
1699.
[63] Bibl. Arsenal Mss. 10016 (Arch. Bastille). Rapport du policier Le Clerc au lieutenant
général de police, 20 août (?) «Etant à Tours, je fus à Veretz, château situé sur le Cher. S. A. S.
Mᵐᵉ la P(rincesse) de C(onti), deuxième douairière, y était. Par respect, je n’oserai dire ce que
les habitants du pays disent de cette P(rincesse)» et du d(uc) d’Aiguillon.»
[64] Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. X, pp. 247 et suiv. (1895-1896).
Bibliothèque de Tours, Mss. 963.
[65] Nous signalons une très complète Histoire du château de Veretz et de ses environs, par
l’abbé Bossebœuf (Tours, 1903, in-4º), histoire dont certains documents, inédits, appartiennent
à l’époque révolutionnaire. Nous en donnons plus loin les intitulés.
[66] Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon, p. 32.
[67] Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, p. 417.
[68] Moreau. Mes Souvenirs, t. II, pp. 54 et suiv.
[69] «Mais voilà de l’écriture de M. de La Chalotais!» s’était écrié Calonne, quand Saint-
Florentin lui avait présenté les lettres anonymes (Mém. du ministère d’Aiguillon, pp. 5 et suiv.).
Honnête prétexte! Le véritable motif des poursuites, c’était l’assistance que La Chalotais, agent
du roi, prêtait aux revendications du Parlement de Bretagne.
[70] Sa première prison fut le château du Taureau près de Morlaix. Ce fut à Saint-Malo
qu’il écrivit, les 15 janvier et 17 février 1766, ses deux premiers Mémoires. Ceux de Brissot
(Paris, 1830, t. I, p. 158) nous édifient sur la métaphore quelque peu prudhommesque de
Voltaire: «L’histoire de ces pages écrites avec de la suie, au fond d’un cachot, sur des
enveloppes de pain de sucre, m’avait toujours paru bien romanesque. Mᵐᵉ Lem (attachée au
Parlement et qui avait beaucoup vécu chez M. de La Chalotais) m’a révélé que c’était elle qui
avait fait passer à La Chalotais, dans le château du Taureau, ce fameux Mémoire, qu’il a
prétendu avoir composé et écrit avec un cure-dents.»
[71] Mém. du minist. d’Aiguillon, p. 347.
[72] Lemoy. Le Parlement de Bretagne et le pouvoir royal au XVIIIᵉ siècle. Angers, 1909,
p. 382.
[73] Mém. du minist. d’Aiguillon, p. 14.
[74] Le Journal de Hardy (Bibl. Nat. Mss. franç. 6680) en donne le 18 novembre une
description terrifiante.
[75] Lenoir, conseiller d’Etat, rapporteur de la Chambre de Saint-Malo.
[76] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 16.
[77] M. Carré établit, dans les premières pages de son livre, que La Chalotais, toujours
irascible et toujours violent, était plutôt le persécuteur de Fontette, commandant du château de
Saint-Malo.
d’Aiguillon), 3 décembre 1765.
[59] Mémoires du minist. du duc d’Aiguillon, p. 178.
[60] Journal de Croÿ, t. II, p. 192.
[61] Arrivé de Lille en 1771, cet artiste avait été accueilli avec distinction par les châtelains
de Veretz.
[62] Un dessin de Gaignières nous a cependant conservé le croquis du château de Veretz en
1699.
[63] Bibl. Arsenal Mss. 10016 (Arch. Bastille). Rapport du policier Le Clerc au lieutenant
général de police, 20 août (?) «Etant à Tours, je fus à Veretz, château situé sur le Cher. S. A. S.
Mᵐᵉ la P(rincesse) de C(onti), deuxième douairière, y était. Par respect, je n’oserai dire ce que
les habitants du pays disent de cette P(rincesse)» et du d(uc) d’Aiguillon.»
[64] Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. X, pp. 247 et suiv. (1895-1896).
Bibliothèque de Tours, Mss. 963.
[65] Nous signalons une très complète Histoire du château de Veretz et de ses environs, par
l’abbé Bossebœuf (Tours, 1903, in-4º), histoire dont certains documents, inédits, appartiennent
à l’époque révolutionnaire. Nous en donnons plus loin les intitulés.
[66] Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon, p. 32.
[67] Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, p. 417.
[68] Moreau. Mes Souvenirs, t. II, pp. 54 et suiv.
[69] «Mais voilà de l’écriture de M. de La Chalotais!» s’était écrié Calonne, quand Saint-
Florentin lui avait présenté les lettres anonymes (Mém. du ministère d’Aiguillon, pp. 5 et suiv.).
Honnête prétexte! Le véritable motif des poursuites, c’était l’assistance que La Chalotais, agent
du roi, prêtait aux revendications du Parlement de Bretagne.
[70] Sa première prison fut le château du Taureau près de Morlaix. Ce fut à Saint-Malo
qu’il écrivit, les 15 janvier et 17 février 1766, ses deux premiers Mémoires. Ceux de Brissot
(Paris, 1830, t. I, p. 158) nous édifient sur la métaphore quelque peu prudhommesque de
Voltaire: «L’histoire de ces pages écrites avec de la suie, au fond d’un cachot, sur des
enveloppes de pain de sucre, m’avait toujours paru bien romanesque. Mᵐᵉ Lem (attachée au
Parlement et qui avait beaucoup vécu chez M. de La Chalotais) m’a révélé que c’était elle qui
avait fait passer à La Chalotais, dans le château du Taureau, ce fameux Mémoire, qu’il a
prétendu avoir composé et écrit avec un cure-dents.»
[71] Mém. du minist. d’Aiguillon, p. 347.
[72] Lemoy. Le Parlement de Bretagne et le pouvoir royal au XVIIIᵉ siècle. Angers, 1909,
p. 382.
[73] Mém. du minist. d’Aiguillon, p. 14.
[74] Le Journal de Hardy (Bibl. Nat. Mss. franç. 6680) en donne le 18 novembre une
description terrifiante.
[75] Lenoir, conseiller d’Etat, rapporteur de la Chambre de Saint-Malo.
[76] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 16.
[77] M. Carré établit, dans les premières pages de son livre, que La Chalotais, toujours
irascible et toujours violent, était plutôt le persécuteur de Fontette, commandant du château de
Saint-Malo.
Page 289
[78] Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon, p. 20.
[79] Vatel. Madame Du Barry (Paris, 1883, 3 vol.), t. I, p. 385.
[80] AN. H. 439. M. Carré dit, avec raison (pp. 57 et suiv.) et sans arrière-pensée de
réhabilitation, qu’on s’est trop habitué à juger les affaires de Bretagne et la conduite de
d’Aiguillon d’après les pamphlets contemporains, et que la vérité, comme la justification du
prétendu coupable, apparaît mieux dans les papiers du Contrôle général et dans les Bulletins de
Bretagne adressés à cet égard à Laverdy par le Commandant de Bretagne.
[81] AN. O¹ 462.
[82] Journal du Prince de Croÿ, t. II, p. 454.
[83] H. Carré. La Chalotais et d’Aiguillon, p. 65.
[84] H. Carré. La Chalotais et d’Aiguillon. Lettre de La Noue (à Veretz), à Fontette, 25
septembre 1766.
[85] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger (Paris, 1866), p. 103.
[86] Carré. La Chalotais et d’Aiguillon. Lettre de La Noue à Fontette (Paris, 23 décembre
et 23 février 1767).
[87] Dans sa thèse de doctorat, Le Parlement de Bretagne et le pouvoir royal au XVIIIᵉ
siècle. M. Le Moy donne (pp. 64 et suiv.) un croquis intéressant de la Société parlementaire,
pendant le principat de d’Aiguillon, d’après les livres autorisés de MM. Carré, Pocquet, Marcel
Marion, Baudry et les papiers d’archives du temps.
[88] Revue de Bretagne et de Vendée, 1894. Article de Calan: Chute du duc d’Aiguillon.
[89] H. Carré. La Chalotais, etc. Lettres des 7 et 12 mars 1767, de Fontette à La Noue.
[90] H. Carré. La Chalotais, etc., pp. 79 et suiv. Louis XV pratiquait le même système
avec son ministre des Affaires étrangères. (Voir: Le duc de Broglie. Le secret du roi.)
[91] Archives d’Ille-et-Vilaine, C. 1780.
[92] Archives nationales. Dossier Balleroy, T. 243.
[93] H. Carré. La Chalotais, etc... Lettre du 2 juin, de Fontette à La Noue.
[94] Archiv. Nation. Dossier Balleroy, T 243.
[95] H. Carré. La Chalotais, etc., pp. 79-84.
[96] AN.T 243. Papiers Balleroy.
[97] «Ce n’est qu’un petit brigand qui veut jouer au personnage» dit Fontette; jusqu’alors il
avait été un des plus chauds partisans du gouverneur.
[98] H. Carré. La Chalotais, etc., p. 84.
[99] Revue de Bretagne et de Vendée, 1894. Article Calan sur la chute du duc d’Aiguillon.
[100] H. Carré. La Chalotais, etc., p. 524.
[101] Revue de Bretagne, etc. Article Calan.
[102] Mém. d’Aiguillon (du ministère).
[103] Correspondance Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire), t. I, p. 162. Lettre de Mᵐᵉ Du
Deffand à l’abbé Barthélemy.
[104] H. Carré. La Chalotais, etc., pp. 93 et suiv.
[105] AN.T 243.
[79] Vatel. Madame Du Barry (Paris, 1883, 3 vol.), t. I, p. 385.
[80] AN. H. 439. M. Carré dit, avec raison (pp. 57 et suiv.) et sans arrière-pensée de
réhabilitation, qu’on s’est trop habitué à juger les affaires de Bretagne et la conduite de
d’Aiguillon d’après les pamphlets contemporains, et que la vérité, comme la justification du
prétendu coupable, apparaît mieux dans les papiers du Contrôle général et dans les Bulletins de
Bretagne adressés à cet égard à Laverdy par le Commandant de Bretagne.
[81] AN. O¹ 462.
[82] Journal du Prince de Croÿ, t. II, p. 454.
[83] H. Carré. La Chalotais et d’Aiguillon, p. 65.
[84] H. Carré. La Chalotais et d’Aiguillon. Lettre de La Noue (à Veretz), à Fontette, 25
septembre 1766.
[85] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger (Paris, 1866), p. 103.
[86] Carré. La Chalotais et d’Aiguillon. Lettre de La Noue à Fontette (Paris, 23 décembre
et 23 février 1767).
[87] Dans sa thèse de doctorat, Le Parlement de Bretagne et le pouvoir royal au XVIIIᵉ
siècle. M. Le Moy donne (pp. 64 et suiv.) un croquis intéressant de la Société parlementaire,
pendant le principat de d’Aiguillon, d’après les livres autorisés de MM. Carré, Pocquet, Marcel
Marion, Baudry et les papiers d’archives du temps.
[88] Revue de Bretagne et de Vendée, 1894. Article de Calan: Chute du duc d’Aiguillon.
[89] H. Carré. La Chalotais, etc. Lettres des 7 et 12 mars 1767, de Fontette à La Noue.
[90] H. Carré. La Chalotais, etc., pp. 79 et suiv. Louis XV pratiquait le même système
avec son ministre des Affaires étrangères. (Voir: Le duc de Broglie. Le secret du roi.)
[91] Archives d’Ille-et-Vilaine, C. 1780.
[92] Archives nationales. Dossier Balleroy, T. 243.
[93] H. Carré. La Chalotais, etc... Lettre du 2 juin, de Fontette à La Noue.
[94] Archiv. Nation. Dossier Balleroy, T 243.
[95] H. Carré. La Chalotais, etc., pp. 79-84.
[96] AN.T 243. Papiers Balleroy.
[97] «Ce n’est qu’un petit brigand qui veut jouer au personnage» dit Fontette; jusqu’alors il
avait été un des plus chauds partisans du gouverneur.
[98] H. Carré. La Chalotais, etc., p. 84.
[99] Revue de Bretagne et de Vendée, 1894. Article Calan sur la chute du duc d’Aiguillon.
[100] H. Carré. La Chalotais, etc., p. 524.
[101] Revue de Bretagne, etc. Article Calan.
[102] Mém. d’Aiguillon (du ministère).
[103] Correspondance Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire), t. I, p. 162. Lettre de Mᵐᵉ Du
Deffand à l’abbé Barthélemy.
[104] H. Carré. La Chalotais, etc., pp. 93 et suiv.
[105] AN.T 243.
Page 290
[106] Bulletin du bibliophile. Année 1882, p. 119. Publication (p. 104, p. 125) par M.
Edouard de Barthélemy d’un choix de lettres acquises dans la vente d’une correspondance
adressée au chevalier de Balleroy: celle-ci avait dû échapper aux perquisitions révolutionnaires
ou disparaître des Archives nationales.
[107] H. Carré. La Chalotais, etc. Lettre du 3 février 1768.
[108] AN.T 243. Lettre du 24 juin.
[109] AN.T 243. Lettre du 10 juillet.—«La Reine, victime de M. le duc de Choiseul» (note
Soulavie).
[110] AN.T 243. Lettre du 16 août 1768.
[111] Le mot est rapporté par la Correspondance de Grimm (Edit. M. Tourneux), t. VIII, p.
184.
[112] AN.T 243.
[113] M. de Broc, lieutenant général, était un des vainqueurs de Saint-Cast.
[114] Un mémoire pour la tenue des Etats de 1766-1767 (Archives d’Ille-et-Vilaine, C.
1780) réglait ainsi la situation respective des ducs de Penthièvre et d’Aiguillon: Celui-ci était
désigné «pair de France, chevalier des ordres du roi, Gouverneur d’Alsace, lieutenant général,
commandant en chef de Bretagne. Il réside dans la province, en l’absence du duc de
Penthièvre, le gouverneur. Placé à la tête de l’ordre militaire, il est le premier et principal
commissaire du Roi aux Etats».
[115] AN.T 243. Lettre du 27 août 1768.
[116] Mémoires secrets de Bachaumont, 26 septembre 1768. Lettre du 29 août. Nous
n’avons trouvé nulle part de trace de cette demoiselle de Vedec.
[117] Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, p. 574.
[118] Les Remarques (renvoi à la page 27 des Mém. du minist. d’Aiguillon) disent que le
duc n’avait pas plus pensé au ministère que le Dauphin n’y avait pensé pour lui.
[119] Journal de Barbier, t. VI, p. 446.
[120] De la Rocheterie. Marie-Antoinette (1905), t. I, p. 302.
[121] Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon, p. 35.
[122] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 41.—Mémoires du duc de Choiseul (attribués à
Soulavie), 1790, t. I, pp. 244 et suiv.
[123] Sénac de Meilhan. Le gouvernement, les mœurs, etc. Portraits des personnages les
plus distingués du XVIIIᵉ siècle (édition Lescure), p. 338. «S’il voulait se rapprocher d’elle, elle
ferait la moitié du chemin...»
[124] Ce premier commis des finances, chassé en 1768 par Choiseul pour avoir poussé le
contrôleur général Laverdy à entraver la marche du tout-puissant ministre, avait été remis en
place par Terray en 1769. Cromot, par esprit de vengeance, laissait entrevoir au prince de
Condé, qui, seul des princes du sang, soutenait le gouvernement contre les parlementaires, la
possibilité de supplanter Choiseul.
[125] Biblioth. Nat. Mss. Journal de Hardy, 6680, t. I, p. 143, 15 janvier 1769.—
Belleval. Souvenirs, p. 118.
[126] Claude Saint-André. Madame Du Barry (Paris, 1909), p. 82.
[127] Brissot. Mémoires, t. I, p. 268.
Edouard de Barthélemy d’un choix de lettres acquises dans la vente d’une correspondance
adressée au chevalier de Balleroy: celle-ci avait dû échapper aux perquisitions révolutionnaires
ou disparaître des Archives nationales.
[107] H. Carré. La Chalotais, etc. Lettre du 3 février 1768.
[108] AN.T 243. Lettre du 24 juin.
[109] AN.T 243. Lettre du 10 juillet.—«La Reine, victime de M. le duc de Choiseul» (note
Soulavie).
[110] AN.T 243. Lettre du 16 août 1768.
[111] Le mot est rapporté par la Correspondance de Grimm (Edit. M. Tourneux), t. VIII, p.
184.
[112] AN.T 243.
[113] M. de Broc, lieutenant général, était un des vainqueurs de Saint-Cast.
[114] Un mémoire pour la tenue des Etats de 1766-1767 (Archives d’Ille-et-Vilaine, C.
1780) réglait ainsi la situation respective des ducs de Penthièvre et d’Aiguillon: Celui-ci était
désigné «pair de France, chevalier des ordres du roi, Gouverneur d’Alsace, lieutenant général,
commandant en chef de Bretagne. Il réside dans la province, en l’absence du duc de
Penthièvre, le gouverneur. Placé à la tête de l’ordre militaire, il est le premier et principal
commissaire du Roi aux Etats».
[115] AN.T 243. Lettre du 27 août 1768.
[116] Mémoires secrets de Bachaumont, 26 septembre 1768. Lettre du 29 août. Nous
n’avons trouvé nulle part de trace de cette demoiselle de Vedec.
[117] Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, p. 574.
[118] Les Remarques (renvoi à la page 27 des Mém. du minist. d’Aiguillon) disent que le
duc n’avait pas plus pensé au ministère que le Dauphin n’y avait pensé pour lui.
[119] Journal de Barbier, t. VI, p. 446.
[120] De la Rocheterie. Marie-Antoinette (1905), t. I, p. 302.
[121] Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon, p. 35.
[122] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 41.—Mémoires du duc de Choiseul (attribués à
Soulavie), 1790, t. I, pp. 244 et suiv.
[123] Sénac de Meilhan. Le gouvernement, les mœurs, etc. Portraits des personnages les
plus distingués du XVIIIᵉ siècle (édition Lescure), p. 338. «S’il voulait se rapprocher d’elle, elle
ferait la moitié du chemin...»
[124] Ce premier commis des finances, chassé en 1768 par Choiseul pour avoir poussé le
contrôleur général Laverdy à entraver la marche du tout-puissant ministre, avait été remis en
place par Terray en 1769. Cromot, par esprit de vengeance, laissait entrevoir au prince de
Condé, qui, seul des princes du sang, soutenait le gouvernement contre les parlementaires, la
possibilité de supplanter Choiseul.
[125] Biblioth. Nat. Mss. Journal de Hardy, 6680, t. I, p. 143, 15 janvier 1769.—
Belleval. Souvenirs, p. 118.
[126] Claude Saint-André. Madame Du Barry (Paris, 1909), p. 82.
[127] Brissot. Mémoires, t. I, p. 268.
Page 291
[128] Maugras. M. et Mᵐᵉ de Choiseul, Paris, 1904, p. 449, «figure de juif, au teint
olivâtre» dit Sénac de Meilhan de Maupeou (le Gouvernement, les Mœurs, etc., p. 407, édition
Lescure). Il était chancelier depuis le 15 septembre 1768.
[129] Maupeou avait remplacé par Terray, l’honnête, mais incapable Maynon d’Invau, le 20
décembre 1769 (Correspondance Du Deffand, édit. Lescure, t. II, p. 19).
[130] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger (Paris, 1866), p. 116.
[131] Grasset. Mᵐᵉ de Choiseul et son temps (Paris, 1874), p. 109. L’auteur donne tous les
détails de cette présentation. Voir également la lettre de Mercy-Argenteau à Nény du 3 mai
1769.
[132] Moreau. Mes Souvenirs, t. II, p. 56.—Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 43.
[133] Mémoires secrets, dits de Bachaumont, janvier 1769.
[134] AN.T 243.
[135] AN.T 243. Lettre du 5 octobre.
[136] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, octobre 1769, p. 126.
[137] AN.T 243. Lettre de 1769, s. d.
[138] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, 20 octobre 1769, p. 126.
[139] A la date où Belleval place l’anecdote, le Déserteur, la pièce de Sedaine, avait déjà
six mois d’existence: elle n’était d’ailleurs que la dramatisation d’une historiette du même
genre dont la comtesse de Toulouse avait été l’héroïne en 1736.
[140] Mémoires secrets, dits de Bachaumont, t. V, p. 92.
[141] Mémoires, 1790, t. I, pp. 243-244. La même phrase se retrouve dans les Mémoires
historiques et politiques de Soulavie (1801), t. I, p. 141.
[142] Moreau. Mes souvenirs, etc., t. II, p. 56.
[143] Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, pp. 555-562. Lettre du président
de Robien.
[144] «On ne peut pas être plus jolie, dit Linguet, que Mᵐᵉ de Forcalquier était; elle est
petite, mais fort bien faite; un beau teint, un visage rond, de grands yeux, un très beau regard, et
tous les mouvements de son visage l’embellissent.»
Citation de M. Grün dans son article sur la correspondance de Mᵐᵉ de Forcalquier avec Joly
de Fleury (Feuillets d’histoire du 1ᵉʳ mai 1910).
C’était le Bellissima de Mᵐᵉ Du Deffand.
Ayant reçu un soufflet de son mari, elle alla consulter, en vue d’une séparation possible.
Son avocat n’ayant pas sans doute trouvé la raison suffisante, la comtesse rentra chez elle et
administra un maître soufflet à son mari:
«—Je vous le rends, Monsieur, lui dit-elle, je n’en puis rien faire.»
[145] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 332. «Ce n’est pas pendant son procès que M.
d’Aiguillon a fait connaissance avec Mᵐᵉ Du Barry, qu’il n’avait jamais vue. Comme elle
n’aimait pas M. de Choiseul parce qu’elle avait à se plaindre de lui, et comme elle voyait qu’il
cherchait à opprimer M. d’Aiguillon, elle fit offrir son crédit à celui-ci qui n’avait fait aucune
démarche pour se le procurer; et il a eu ensuite avec elle des liaisons de reconnaissance et
d’amitié.»
Cette note fait partie d’un des derniers chapitres du livre écrit pour rectifier certaines
erreurs qui se sont glissées dans les précédents. Et comme on sent bien la pensée de la duchesse
olivâtre» dit Sénac de Meilhan de Maupeou (le Gouvernement, les Mœurs, etc., p. 407, édition
Lescure). Il était chancelier depuis le 15 septembre 1768.
[129] Maupeou avait remplacé par Terray, l’honnête, mais incapable Maynon d’Invau, le 20
décembre 1769 (Correspondance Du Deffand, édit. Lescure, t. II, p. 19).
[130] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger (Paris, 1866), p. 116.
[131] Grasset. Mᵐᵉ de Choiseul et son temps (Paris, 1874), p. 109. L’auteur donne tous les
détails de cette présentation. Voir également la lettre de Mercy-Argenteau à Nény du 3 mai
1769.
[132] Moreau. Mes Souvenirs, t. II, p. 56.—Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 43.
[133] Mémoires secrets, dits de Bachaumont, janvier 1769.
[134] AN.T 243.
[135] AN.T 243. Lettre du 5 octobre.
[136] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, octobre 1769, p. 126.
[137] AN.T 243. Lettre de 1769, s. d.
[138] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, 20 octobre 1769, p. 126.
[139] A la date où Belleval place l’anecdote, le Déserteur, la pièce de Sedaine, avait déjà
six mois d’existence: elle n’était d’ailleurs que la dramatisation d’une historiette du même
genre dont la comtesse de Toulouse avait été l’héroïne en 1736.
[140] Mémoires secrets, dits de Bachaumont, t. V, p. 92.
[141] Mémoires, 1790, t. I, pp. 243-244. La même phrase se retrouve dans les Mémoires
historiques et politiques de Soulavie (1801), t. I, p. 141.
[142] Moreau. Mes souvenirs, etc., t. II, p. 56.
[143] Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, pp. 555-562. Lettre du président
de Robien.
[144] «On ne peut pas être plus jolie, dit Linguet, que Mᵐᵉ de Forcalquier était; elle est
petite, mais fort bien faite; un beau teint, un visage rond, de grands yeux, un très beau regard, et
tous les mouvements de son visage l’embellissent.»
Citation de M. Grün dans son article sur la correspondance de Mᵐᵉ de Forcalquier avec Joly
de Fleury (Feuillets d’histoire du 1ᵉʳ mai 1910).
C’était le Bellissima de Mᵐᵉ Du Deffand.
Ayant reçu un soufflet de son mari, elle alla consulter, en vue d’une séparation possible.
Son avocat n’ayant pas sans doute trouvé la raison suffisante, la comtesse rentra chez elle et
administra un maître soufflet à son mari:
«—Je vous le rends, Monsieur, lui dit-elle, je n’en puis rien faire.»
[145] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 332. «Ce n’est pas pendant son procès que M.
d’Aiguillon a fait connaissance avec Mᵐᵉ Du Barry, qu’il n’avait jamais vue. Comme elle
n’aimait pas M. de Choiseul parce qu’elle avait à se plaindre de lui, et comme elle voyait qu’il
cherchait à opprimer M. d’Aiguillon, elle fit offrir son crédit à celui-ci qui n’avait fait aucune
démarche pour se le procurer; et il a eu ensuite avec elle des liaisons de reconnaissance et
d’amitié.»
Cette note fait partie d’un des derniers chapitres du livre écrit pour rectifier certaines
erreurs qui se sont glissées dans les précédents. Et comme on sent bien la pensée de la duchesse
Page 292
d’Aiguillon, avouée par les remarques manuscrites de Soulavie! C’est évidemment une pieuse
inexactitude, commise par respect pour la mémoire du défunt; mais les Souvenirs de Belleval
nous apprennent précisément le contraire.
[146] Claude Saint-André. Madame Du Barry (Paris, Emile Paul, 1909), p. 101. C’est
très discutable. Les Choiseul n’eussent pas manqué de relever le fait. Et rien, dans la
correspondance Du Deffand, à cette époque, ne démontre que la douairière ait été en relation
avec Mᵐᵉ Du Barry.
[147] Mémoires de Marmontel. (Edition M. Tourneux, Paris, 1891), t. II, p. 342-346.
[148] M. Cruppi, qui a consacré une étude, très documentée, à Linguet (Un avocat
journaliste au XVIIIᵉ siècle, 1895, pp. 222 et suiv.), reconnaît, lui aussi, qu’il «n’y avait pas de
preuves dans la procédure de 1770 à l’appui des crimes dont on accusait d’Aiguillon. Après
avoir été remplacé par Duras, il présenta pour sa défense des pièces brûlées à Rennes par le
bourreau».
[149] Brissot. Mémoires, t. I, p. 152.
[150] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 48.—Soulavie. Mémoires historiques et
politiques du règne de Louis XVI, an X, t. I, d’après les Goncourt (La Du Barry).
[151] Assurément les Anecdotes de la comtesse Du Barry ne sont pas une autorité, mais
tout n’est pas mensonge ni calomnie dans ce fatras, dont le rédacteur Pidansat de Mairobert
insérait la quintessence dans les Mémoires de Bachaumont. Ce reporter de grande allure puisait
directement aux sources.
[152] A rapprocher de cette phrase des Mémoires du ministère d’Aiguillon (chapitre des
rectifications, p. 332) où l’on croit lire les pattes de mouche de la duchesse: «Pendant tout le
temps de ses affaires, il n’a pas manqué de rentrer chez lui de très bonne heure pour lire ou
faire les écrits relatifs à son procès et n’en ressortait point.» Pour un grand seigneur et un
mondain, dix heures du soir, c’était de «très bonne heure».
[153] AN.T 243. Lettre du 29 juin.
[154] Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, pp. 563 et suiv.
[155] Correspondance de Condorcet et de Turgot, éditée par Ch. Henry (Paris, 1882), 16-
29 juin 1770.
[156] Marcel Marion. Op. cit., pp. 579-581. Le titre est: Lettre d’un gentilhomme breton à
un noble espagnol. Les auteurs de ce pamphlet furent traqués et embastillés. Voir Archives de
la Bastille (Ravaisson), t. XIX. pp. 20 et suiv., et BN. Mss. nouv. acquis. françaises. 1214, pp.
527 et suiv.
[157] Mémoires secrets, 3 juillet 1770, et Anecdotes Du Barry.
[158] Mémoires d’Aiguillon (du ministère), p. 48.
[159] Du Gas de Bois-Saint-Just. Paris, Versailles et les provinces, t. III, p. 113 et suiv.
[160] Du Gas de Bois-Saint-Just. Paris, Versailles et les provinces, t. III, p. 113 et suiv.
[161] D’Arneth. Correspondance de Maria-Theresia und Marie-Antoinette, 1865, p. 1.
[162] Mémoires secrets, 21 juillet 1770.
[163] Anecdotes de la comtesse Du Barry, p. 145.—Correspondance de M. Argenteau, I,
37. Les historiens ont attribué ce rôle à la comtesse de Choiseul, parente, elle aussi, du
ministre, et qui ne dissimulait pas son insolent mépris pour la maîtresse du roi.
[164] D’Arneth et Geffroy. Corresp. secrète entre Mercy-Argenteau et M.-Thérèse, t. I,
pp. 37-39.
inexactitude, commise par respect pour la mémoire du défunt; mais les Souvenirs de Belleval
nous apprennent précisément le contraire.
[146] Claude Saint-André. Madame Du Barry (Paris, Emile Paul, 1909), p. 101. C’est
très discutable. Les Choiseul n’eussent pas manqué de relever le fait. Et rien, dans la
correspondance Du Deffand, à cette époque, ne démontre que la douairière ait été en relation
avec Mᵐᵉ Du Barry.
[147] Mémoires de Marmontel. (Edition M. Tourneux, Paris, 1891), t. II, p. 342-346.
[148] M. Cruppi, qui a consacré une étude, très documentée, à Linguet (Un avocat
journaliste au XVIIIᵉ siècle, 1895, pp. 222 et suiv.), reconnaît, lui aussi, qu’il «n’y avait pas de
preuves dans la procédure de 1770 à l’appui des crimes dont on accusait d’Aiguillon. Après
avoir été remplacé par Duras, il présenta pour sa défense des pièces brûlées à Rennes par le
bourreau».
[149] Brissot. Mémoires, t. I, p. 152.
[150] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 48.—Soulavie. Mémoires historiques et
politiques du règne de Louis XVI, an X, t. I, d’après les Goncourt (La Du Barry).
[151] Assurément les Anecdotes de la comtesse Du Barry ne sont pas une autorité, mais
tout n’est pas mensonge ni calomnie dans ce fatras, dont le rédacteur Pidansat de Mairobert
insérait la quintessence dans les Mémoires de Bachaumont. Ce reporter de grande allure puisait
directement aux sources.
[152] A rapprocher de cette phrase des Mémoires du ministère d’Aiguillon (chapitre des
rectifications, p. 332) où l’on croit lire les pattes de mouche de la duchesse: «Pendant tout le
temps de ses affaires, il n’a pas manqué de rentrer chez lui de très bonne heure pour lire ou
faire les écrits relatifs à son procès et n’en ressortait point.» Pour un grand seigneur et un
mondain, dix heures du soir, c’était de «très bonne heure».
[153] AN.T 243. Lettre du 29 juin.
[154] Marcel Marion. La Bretagne et le duc d’Aiguillon, pp. 563 et suiv.
[155] Correspondance de Condorcet et de Turgot, éditée par Ch. Henry (Paris, 1882), 16-
29 juin 1770.
[156] Marcel Marion. Op. cit., pp. 579-581. Le titre est: Lettre d’un gentilhomme breton à
un noble espagnol. Les auteurs de ce pamphlet furent traqués et embastillés. Voir Archives de
la Bastille (Ravaisson), t. XIX. pp. 20 et suiv., et BN. Mss. nouv. acquis. françaises. 1214, pp.
527 et suiv.
[157] Mémoires secrets, 3 juillet 1770, et Anecdotes Du Barry.
[158] Mémoires d’Aiguillon (du ministère), p. 48.
[159] Du Gas de Bois-Saint-Just. Paris, Versailles et les provinces, t. III, p. 113 et suiv.
[160] Du Gas de Bois-Saint-Just. Paris, Versailles et les provinces, t. III, p. 113 et suiv.
[161] D’Arneth. Correspondance de Maria-Theresia und Marie-Antoinette, 1865, p. 1.
[162] Mémoires secrets, 21 juillet 1770.
[163] Anecdotes de la comtesse Du Barry, p. 145.—Correspondance de M. Argenteau, I,
37. Les historiens ont attribué ce rôle à la comtesse de Choiseul, parente, elle aussi, du
ministre, et qui ne dissimulait pas son insolent mépris pour la maîtresse du roi.
[164] D’Arneth et Geffroy. Corresp. secrète entre Mercy-Argenteau et M.-Thérèse, t. I,
pp. 37-39.
Page 293
[165] Maugras. Le duc et la duchesse de Choiseul, pp. 453 et suiv. Bien que favorable à
Choiseul, en considération de la duchesse, M. Maugras ne méconnaît pas les imprudences et les
maladresses d’un parti qui fut le premier à précipiter la chute de son chef.—Les Goncourt. La
Du Barry (1878), p. 91.
[166] Jules Flammermont. Le chancelier Maupeou et les Parlements (1883), pp. 98 et
suiv.—Lemoy. Le Parlement de Bretagne et le Pouvoir royal au XVIIIᵉ siècle (1909), pp. 399 et
suiv.
[167] Jean-Amaury Gouyon Angier de Lohéac.
[168] AN.T 243. L’arrêt du Parlement de Rennes était des 11 et 14 août. Le comte de
Goyon le fit casser à la Cour le 23 (Lemoy loco citato, p. 413.)
[169] Vatel. La Comtesse du Barry, t. 1, p. 425.
[170] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 49.
[171] Mémoires du duc de Choiseul, t. II, p. 80.
[172] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 50.
[173] Flammermont dit que la séance dura trente minutes à peine et qu’elle fut à peu près
remplie par le discours de Maupeou.
[174] Dans une lettre du 25 septembre, Mᵐᵉ d’Aiguillon écrit que le Roi a fait biffer devant
lui cet arrêt par les députés du Parlement de Bordeaux, mandés à Versailles pour le 22 et reçus
en audience le 23.
[175] Anecdotes de la comtesse Du Barry, p. 148.
[176] Lettres de Mᵐᵉ Du Deffand (édit. Lescure). Lettre à Walpole du 5 septembre 1770, p.
94.
[177] Le Roi avait nommé le comte de Saint-Florentin duc de la Vrillière en 1770.
[178] Flammermont. Loco cit., p. 105.
[179] Lettre du 17 août à Walpole. (Correspondance de Mᵐᵉ Du Deffand, édit. Lescure), p.
86.
[180] Journal, t. I, p. 183.
[181] AN.T 243. Lettre du 25 octobre.
[182] AN.T 243. Lettre du 4 novembre. Girac, l’évêque de Saint-Brieuc, avait remplacé
Desnos, un ami des d’Aiguillon, au siège épiscopal de Rennes.
[183] AN.T 243. Lettre du 10 novembre.
[184] Le duc de Brissac avait donné ce surnom à Maupeou en raison de son teint jaune et
vert; et au dire de l’Observateur Hollandais (Correspondance secrète de Metra, t. V, p. 149), le
chancelier, «pour prévenir par la figure», se peignait le visage en blanc et mettait ensuite une
légère couche de rouge.
[185] «Aussi éloigné de l’impétuosité loyale et expéditive du duc de Choiseul que de la
circonspection oblique et laborieuse du duc d’Aiguillon, écrit Linguet dans son Aiguillonana,
Maupeou avait un autre génie et n’était pas moins propre à jouer un grand rôle dans ce
tourbillon de cabales, de jalousies, de bassesses, de vengeances, de perfidies qui s’appelle la
Cour... Vindicatif avec petitesse, éprouvant la haine en homme de cour et l’exerçant en
bourgeois, il se distinguait surtout par l’intrépidité d’un grenadier.»
[186] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 76.
Choiseul, en considération de la duchesse, M. Maugras ne méconnaît pas les imprudences et les
maladresses d’un parti qui fut le premier à précipiter la chute de son chef.—Les Goncourt. La
Du Barry (1878), p. 91.
[166] Jules Flammermont. Le chancelier Maupeou et les Parlements (1883), pp. 98 et
suiv.—Lemoy. Le Parlement de Bretagne et le Pouvoir royal au XVIIIᵉ siècle (1909), pp. 399 et
suiv.
[167] Jean-Amaury Gouyon Angier de Lohéac.
[168] AN.T 243. L’arrêt du Parlement de Rennes était des 11 et 14 août. Le comte de
Goyon le fit casser à la Cour le 23 (Lemoy loco citato, p. 413.)
[169] Vatel. La Comtesse du Barry, t. 1, p. 425.
[170] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 49.
[171] Mémoires du duc de Choiseul, t. II, p. 80.
[172] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 50.
[173] Flammermont dit que la séance dura trente minutes à peine et qu’elle fut à peu près
remplie par le discours de Maupeou.
[174] Dans une lettre du 25 septembre, Mᵐᵉ d’Aiguillon écrit que le Roi a fait biffer devant
lui cet arrêt par les députés du Parlement de Bordeaux, mandés à Versailles pour le 22 et reçus
en audience le 23.
[175] Anecdotes de la comtesse Du Barry, p. 148.
[176] Lettres de Mᵐᵉ Du Deffand (édit. Lescure). Lettre à Walpole du 5 septembre 1770, p.
94.
[177] Le Roi avait nommé le comte de Saint-Florentin duc de la Vrillière en 1770.
[178] Flammermont. Loco cit., p. 105.
[179] Lettre du 17 août à Walpole. (Correspondance de Mᵐᵉ Du Deffand, édit. Lescure), p.
86.
[180] Journal, t. I, p. 183.
[181] AN.T 243. Lettre du 25 octobre.
[182] AN.T 243. Lettre du 4 novembre. Girac, l’évêque de Saint-Brieuc, avait remplacé
Desnos, un ami des d’Aiguillon, au siège épiscopal de Rennes.
[183] AN.T 243. Lettre du 10 novembre.
[184] Le duc de Brissac avait donné ce surnom à Maupeou en raison de son teint jaune et
vert; et au dire de l’Observateur Hollandais (Correspondance secrète de Metra, t. V, p. 149), le
chancelier, «pour prévenir par la figure», se peignait le visage en blanc et mettait ensuite une
légère couche de rouge.
[185] «Aussi éloigné de l’impétuosité loyale et expéditive du duc de Choiseul que de la
circonspection oblique et laborieuse du duc d’Aiguillon, écrit Linguet dans son Aiguillonana,
Maupeou avait un autre génie et n’était pas moins propre à jouer un grand rôle dans ce
tourbillon de cabales, de jalousies, de bassesses, de vengeances, de perfidies qui s’appelle la
Cour... Vindicatif avec petitesse, éprouvant la haine en homme de cour et l’exerçant en
bourgeois, il se distinguait surtout par l’intrépidité d’un grenadier.»
[186] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 76.
Page 294
[187] Flammermont (Le chancelier Maupeou et les Parlements, p. 111), affirme très
nettement que Choiseul voulait la guerre.—M. Maugras (Le duc et la duchesse de Choiseul),
soutient la version contraire. Mᵐᵉ Du Barry fut chargée d’insinuer au roi que Choiseul désirait
recommencer la guerre avec l’Angleterre, alors qu’il l’avait évitée en faisant des concessions à
cette puissance à propos des îles Malouines.
De leur côté les Goncourt déclarent (La Du Barry, p. 96), que le plan Maupeou-d’Aiguillon
était de ruiner dans l’esprit de Louis XV cette conviction, que la présence de Choiseul aux
affaires (et ce fut une des principales forces du ministre) était le maintien d’une paix dont
s’accommodait si bien l’égoïsme royal.
[188] Lettre du 25 octobre.
[189] Sénac de Meilhan. Portraits et caractères du XVIIIᵉ siècle (édit. Lescure), p. 337.—
Soulavie (Mém. de Richelieu, 1792, t. II, p. 217) dit que Sénac était la créature de Choiseul.
[190] Notons à ce propos les gestes et les mots de... Gavroche que les Mémoires de
Bachaumont, les Anecdotes de Mairobert, la Vie privée de Louis XV,—tous livres sortant, il est
vrai, de la même officine—prêtent à la Du Barry... Tantôt elle jongle avec deux oranges en
disant: «Saute Choiseul! Saute Praslin!» Tantôt elle raconte à Louis XV qu’elle a «renvoyé son
Choiseul»; c’était un cuisinier qui ressemblait à l’homme d’Etat. Et bien d’autres gamineries
dont l’imprévu amusait l’ennui de Louis XV.
[191] Maugras. M. et Mᵐᵉ de Choiseul, p. 453, t. I.
[192] AN.T 243. Lettre du 9 décembre.
[193] Maugras. M. et Mᵐᵉ Choiseul, p. 453.
[194] AN.T 243. Lettre du 12 décembre.
[195] Revue de Paris, 1829, t. IV, p. 59.—Boutaric. Correspondance de Louis XV, t. I, p.
409.
[196] Sénac de Meilhan. Portraits et caractères du XVIIIᵉ siècle (éd. Lescure), p. 337.
[197] Revue rétrospective, t. III, 1ᵉʳ juin 1834.—Chronique de l’abbé Baudeau, p. 69.
[198] Maugras. Le duc et la duchesse de Choiseul, pp. 453 et suiv.
[199] AN.T 243. Lettre du 21 décembre. Choiseul avait les départements des affaires
étrangères et de la guerre; son cousin Praslin, celui de la marine.
[200] AN.T 243. Lettre du 3 janvier 1771.
[201] Correspondance de Mᵐᵉ Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire), t. I, pp. 308 et 312. Lettre
de Mᵐᵉ Du Deffand à la duchesse de Choiseul, 8 janvier 1771; lettre de la duchesse à Mᵐᵉ Du
Deffand, 12 janvier.
[202] Grimm. Correspondance (édit. M. Tourneux), t. IX, p. 279.
Le but réel du voyage de Gustave, dit le duc de Broglie dans le Secret du roi, était d’obtenir
des secours de la France pour la Suède, dont les dissensions intestines pouvaient exciter,
comme la Pologne, les convoitises de la Prusse et de la Russie. Quand la mort de son père
rappela Gustave en Suède (mai 1771), il n’avait pas encore les subsides espérés.
[203] Corresp. Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire), t. I, p. 368. Lettre du 8 mars.
[204] Corresp. Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire). Lettre du 11 mars.
[205] Corresp. Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire). Lettre du 8 mars.
[206] Corresp. Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire). 15 avril, t. I, p. 402.
[207] Elle a, du reste, laissé de celle qu’elle appelait son amie ce peu gracieux portrait:
nettement que Choiseul voulait la guerre.—M. Maugras (Le duc et la duchesse de Choiseul),
soutient la version contraire. Mᵐᵉ Du Barry fut chargée d’insinuer au roi que Choiseul désirait
recommencer la guerre avec l’Angleterre, alors qu’il l’avait évitée en faisant des concessions à
cette puissance à propos des îles Malouines.
De leur côté les Goncourt déclarent (La Du Barry, p. 96), que le plan Maupeou-d’Aiguillon
était de ruiner dans l’esprit de Louis XV cette conviction, que la présence de Choiseul aux
affaires (et ce fut une des principales forces du ministre) était le maintien d’une paix dont
s’accommodait si bien l’égoïsme royal.
[188] Lettre du 25 octobre.
[189] Sénac de Meilhan. Portraits et caractères du XVIIIᵉ siècle (édit. Lescure), p. 337.—
Soulavie (Mém. de Richelieu, 1792, t. II, p. 217) dit que Sénac était la créature de Choiseul.
[190] Notons à ce propos les gestes et les mots de... Gavroche que les Mémoires de
Bachaumont, les Anecdotes de Mairobert, la Vie privée de Louis XV,—tous livres sortant, il est
vrai, de la même officine—prêtent à la Du Barry... Tantôt elle jongle avec deux oranges en
disant: «Saute Choiseul! Saute Praslin!» Tantôt elle raconte à Louis XV qu’elle a «renvoyé son
Choiseul»; c’était un cuisinier qui ressemblait à l’homme d’Etat. Et bien d’autres gamineries
dont l’imprévu amusait l’ennui de Louis XV.
[191] Maugras. M. et Mᵐᵉ de Choiseul, p. 453, t. I.
[192] AN.T 243. Lettre du 9 décembre.
[193] Maugras. M. et Mᵐᵉ Choiseul, p. 453.
[194] AN.T 243. Lettre du 12 décembre.
[195] Revue de Paris, 1829, t. IV, p. 59.—Boutaric. Correspondance de Louis XV, t. I, p.
409.
[196] Sénac de Meilhan. Portraits et caractères du XVIIIᵉ siècle (éd. Lescure), p. 337.
[197] Revue rétrospective, t. III, 1ᵉʳ juin 1834.—Chronique de l’abbé Baudeau, p. 69.
[198] Maugras. Le duc et la duchesse de Choiseul, pp. 453 et suiv.
[199] AN.T 243. Lettre du 21 décembre. Choiseul avait les départements des affaires
étrangères et de la guerre; son cousin Praslin, celui de la marine.
[200] AN.T 243. Lettre du 3 janvier 1771.
[201] Correspondance de Mᵐᵉ Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire), t. I, pp. 308 et 312. Lettre
de Mᵐᵉ Du Deffand à la duchesse de Choiseul, 8 janvier 1771; lettre de la duchesse à Mᵐᵉ Du
Deffand, 12 janvier.
[202] Grimm. Correspondance (édit. M. Tourneux), t. IX, p. 279.
Le but réel du voyage de Gustave, dit le duc de Broglie dans le Secret du roi, était d’obtenir
des secours de la France pour la Suède, dont les dissensions intestines pouvaient exciter,
comme la Pologne, les convoitises de la Prusse et de la Russie. Quand la mort de son père
rappela Gustave en Suède (mai 1771), il n’avait pas encore les subsides espérés.
[203] Corresp. Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire), t. I, p. 368. Lettre du 8 mars.
[204] Corresp. Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire). Lettre du 11 mars.
[205] Corresp. Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire). Lettre du 8 mars.
[206] Corresp. Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire). 15 avril, t. I, p. 402.
[207] Elle a, du reste, laissé de celle qu’elle appelait son amie ce peu gracieux portrait:
Page 295
«Sa bouche est enfoncée, son nez de travers, son regard fol et hardi. Malgré cela elle est
belle. L’éclat de son teint l’emporte sur l’irrégularité de ses traits. Sa taille est grossière; sa
gorge, ses bras sont énormes... Son esprit a beaucoup de rapports à sa figure: il est pour ainsi
dire aussi mal dessiné que son visage et aussi éclatant: l’abondance, l’activité, l’impétuosité
sont ses qualités dominantes. Sans goût, sans grâce et sans justesse, elle étonne, elle surprend,
mais elle ne plaît ni n’intéresse; sa physionomie n’a nulle expression. Tout ce qu’elle dit sort
d’une imagination déréglée. C’est quelquefois un prophète, un démon agité, qui ne prévoit, ni
n’a le choix de ce qu’il va dire.»
[208] Foisset. Le Président de Brosses (Paris 1842), p. 287.
[209] AN.T 243. 24 mai 1771.
[210] Claude Saint André. Mᵐᵉ Du Barry, pp. 99 et suiv. On avait surnommé Chon, la
sœur de Du Barry le Roué, cette laide et intelligente personne «légèrement boiteuse, légèrement
bossue» disent les Goncourt.
[211] Chamfort. Œuvres (1851), p. 68.—Sénac de Meilhan (loco citato, p. 337) raconte
l’anecdote à peu près dans les mêmes termes avec cette variante que d’Aiguillon avait fait la
leçon à la comtesse et qu’elle devait interpréter le silence, toujours obstiné du prince, par le
proverbe: «Qui ne dit mot, consent.»
[212] Nous trouvons le mot dans une lettre de Marie-Antoinette à sa mère (D’Arneth.
Correspondance de M.-Thérèse et de M.-Antoinette, 1865, p. 37, 13 septembre 1771).
[213] Goncourt. La Du Barry, p. 116. «Ce furent quelques mois de terreur», disent les
Goncourt, en parlant des exécutions ordonnées par le nouveau ministre dans les rangs ennemis.
N’est-ce pas, hélas! l’histoire de tous les changements de ministère. «Il ressemble au méchant
génie des Mille et une Nuits» écrit Mᵐᵉ de Choiseul du concurrent heureux de son mari (Lettre
à Mᵐᵉ Du Deffand, 11 septembre 1771, édit. Sainte-Aulaire).
[214] Comtesse d’Armaillé. La comtesse d’Egmont, Paris, 1898, pp. 29 et suiv.
[215] Correspondance secrète entre Mercy-Argenteau et le prince de Kaunitz, par
d’Arneth (édit. Flammermont), 1889, 2 vol., t. II, p. 396. Si Mercy-Argenteau avait des
préventions contre le nouveau ministre, celui-ci n’était guère mieux disposé pour la diplomatie
autrichienne: il se plaignit un jour à Sandoz, envoyé de Prusse, de la morgue de Vienne (même
correspondance, Lettre de Kaunitz à Mercy, 1ᵉʳ novembre 1771, t. II, p. 399.)
Mercy-Argenteau avait succédé, en 1766, au comte de Stahremberg, grâce à la protection
de Kaunitz, qui l’avait eu comme attaché, pendant son ambassade à la Cour de Louis XV. Ce
brillant et magnifique diplomate rendait justice à la douceur, à la prudence et à la sagesse de
son subordonné, bien qu’il le trouvât «timide, taciturne et gauche jusqu’à la maussaderie». Le
comte de Pimodan, biographe de Mercy, en loue le bon sens, la mesure, l’adresse et la
discrétion. Mais cette discrétion «habile» alla, nous le verrons bientôt, jusqu’à la dissimulation,
et cette correction diplomatique n’était que l’attitude froide et gourmée d’un homme qui se
croyait très fort parce qu’il n’avait devant lui qu’un prince indifférent et des ministres décriés.
Il prétendit jouer au Mentor avec une adolescente que se disputaient de multiples influences et
qui avait déjà la volonté de ses caprices; et ce fut lui qui fut joué par une reine, lasse de ce
conseiller, marionnette docile d’une mère impérieuse.
[216] Correspondance de Mᵐᵉ Du Deffand (édit. Lescure, 1865), t. II, p. 175.
[217] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger (1868, Paris), juillet 1771, p. 150.
[218] De Boynes avait été nommé en avril 1771 au ministère de la marine, après un intérim
de trois mois rempli par Terray.
[219] Journal de Croÿ (loco citato), t. II, p. 505.
belle. L’éclat de son teint l’emporte sur l’irrégularité de ses traits. Sa taille est grossière; sa
gorge, ses bras sont énormes... Son esprit a beaucoup de rapports à sa figure: il est pour ainsi
dire aussi mal dessiné que son visage et aussi éclatant: l’abondance, l’activité, l’impétuosité
sont ses qualités dominantes. Sans goût, sans grâce et sans justesse, elle étonne, elle surprend,
mais elle ne plaît ni n’intéresse; sa physionomie n’a nulle expression. Tout ce qu’elle dit sort
d’une imagination déréglée. C’est quelquefois un prophète, un démon agité, qui ne prévoit, ni
n’a le choix de ce qu’il va dire.»
[208] Foisset. Le Président de Brosses (Paris 1842), p. 287.
[209] AN.T 243. 24 mai 1771.
[210] Claude Saint André. Mᵐᵉ Du Barry, pp. 99 et suiv. On avait surnommé Chon, la
sœur de Du Barry le Roué, cette laide et intelligente personne «légèrement boiteuse, légèrement
bossue» disent les Goncourt.
[211] Chamfort. Œuvres (1851), p. 68.—Sénac de Meilhan (loco citato, p. 337) raconte
l’anecdote à peu près dans les mêmes termes avec cette variante que d’Aiguillon avait fait la
leçon à la comtesse et qu’elle devait interpréter le silence, toujours obstiné du prince, par le
proverbe: «Qui ne dit mot, consent.»
[212] Nous trouvons le mot dans une lettre de Marie-Antoinette à sa mère (D’Arneth.
Correspondance de M.-Thérèse et de M.-Antoinette, 1865, p. 37, 13 septembre 1771).
[213] Goncourt. La Du Barry, p. 116. «Ce furent quelques mois de terreur», disent les
Goncourt, en parlant des exécutions ordonnées par le nouveau ministre dans les rangs ennemis.
N’est-ce pas, hélas! l’histoire de tous les changements de ministère. «Il ressemble au méchant
génie des Mille et une Nuits» écrit Mᵐᵉ de Choiseul du concurrent heureux de son mari (Lettre
à Mᵐᵉ Du Deffand, 11 septembre 1771, édit. Sainte-Aulaire).
[214] Comtesse d’Armaillé. La comtesse d’Egmont, Paris, 1898, pp. 29 et suiv.
[215] Correspondance secrète entre Mercy-Argenteau et le prince de Kaunitz, par
d’Arneth (édit. Flammermont), 1889, 2 vol., t. II, p. 396. Si Mercy-Argenteau avait des
préventions contre le nouveau ministre, celui-ci n’était guère mieux disposé pour la diplomatie
autrichienne: il se plaignit un jour à Sandoz, envoyé de Prusse, de la morgue de Vienne (même
correspondance, Lettre de Kaunitz à Mercy, 1ᵉʳ novembre 1771, t. II, p. 399.)
Mercy-Argenteau avait succédé, en 1766, au comte de Stahremberg, grâce à la protection
de Kaunitz, qui l’avait eu comme attaché, pendant son ambassade à la Cour de Louis XV. Ce
brillant et magnifique diplomate rendait justice à la douceur, à la prudence et à la sagesse de
son subordonné, bien qu’il le trouvât «timide, taciturne et gauche jusqu’à la maussaderie». Le
comte de Pimodan, biographe de Mercy, en loue le bon sens, la mesure, l’adresse et la
discrétion. Mais cette discrétion «habile» alla, nous le verrons bientôt, jusqu’à la dissimulation,
et cette correction diplomatique n’était que l’attitude froide et gourmée d’un homme qui se
croyait très fort parce qu’il n’avait devant lui qu’un prince indifférent et des ministres décriés.
Il prétendit jouer au Mentor avec une adolescente que se disputaient de multiples influences et
qui avait déjà la volonté de ses caprices; et ce fut lui qui fut joué par une reine, lasse de ce
conseiller, marionnette docile d’une mère impérieuse.
[216] Correspondance de Mᵐᵉ Du Deffand (édit. Lescure, 1865), t. II, p. 175.
[217] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger (1868, Paris), juillet 1771, p. 150.
[218] De Boynes avait été nommé en avril 1771 au ministère de la marine, après un intérim
de trois mois rempli par Terray.
[219] Journal de Croÿ (loco citato), t. II, p. 505.
Page 296
[220] Correspondance Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire). Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand, du 27
juillet, t. II, p. 24.
[221] Moufle d’Angerville. Histoire du règne de Louis XV (Londres, 6 volumes, 1783) t.
VI, p. 365.
[222] D’Arneth (édit. Geffroy). Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et Mercy-
Argenteau (1876, 3 v.), t. I, pp. 198-199.
Il n’est pas inutile d’indiquer ici l’origine de cette correspondance, qui, réserve faite de la
mentalité respective de ses deux principaux protagonistes, apporte une contribution si précieuse
à l’histoire des dernières années du règne de Louis XV et des premières de celui de Louis XVI.
Au moment où Marie-Antoinette allait échanger la discipline familiale, mais austère, du
gynécée de Vienne contre les mondanités frivoles, mais séduisantes, du palais de Versailles,
Marie-Thérèse avait voulu placer sa fille sous une sorte de tutelle qu’elle avait confiée à son
lecteur l’abbé de Vermond et à l’ambassadeur comte de Mercy-Argenteau. Dès lors, elle avait
institué, avec celui-ci, une correspondance secrète, pour être renseignée, et sur la politique de la
Cour de Versailles, et sur l’attitude de Marie-Antoinette comme Dauphine, puis comme reine
de France. Dans son esprit, Mercy-Argenteau était une sorte de gouverneur qui devait régenter
la jeune princesse, au nom de sa mère et dans l’intérêt de l’Autriche. C’était bien l’homme qui
convenait à la mission: méthodique, méticuleux, méfiant, rigide observateur de l’étiquette, il
dut maintes fois fatiguer de ses observations la Dauphine, et même l’irriter, surtout quand il lui
disait qu’il avertirait Marie-Thérèse du peu d’égards qu’elle marquait aux avertissements
réitérés de sa mère. Car celle-ci traitait encore comme une petite fille Marie-Antoinette et ne lui
ménageait pas les semonces.
Le prince de Kaunitz, ministre des affaires étrangères, aurait pu se formaliser, comme le fit
plus tard d’Aiguillon de la Correspondance secrète de Louis XV avec le comte de Broglie. Il
feignit, au contraire, d’ignorer le plaisir innocent que prenait sa souveraine à ces rapports
secrets, mais à la condition que Mercy lui en rédigerait un extrait... que l’on retrouve d’ailleurs,
presque avec les mêmes phrases, dans les lettres de l’ambassadeur d’Autriche au ministre de
Vienne (D’Arneth-Flammermont. Correspondance secrète, 1889, 2 v., t. II, p. 243, 11
novembre 1768). Mercy, dans sa réponse du 9 décembre, prétendait n’avoir cédé qu’aux
instances de Nény, secrétaire intime de l’impératrice, et promettait à Kaunitz de lui donner la
satisfaction qu’il désirait.
Au reste, Mercy-Argenteau apportait, dans ses relations diplomatiques, des sentiments de
défiance tâtillonne, et presque grincheuse, qu’alimentait encore un appétit démesuré de
commérages. Il n’aimait ni la France, ni son gouvernement: «Ce royaume, écrivait-il à Kaunitz,
est sans justice, sans ministère, sans argent.» Ah! la bonne alliance que nous avions là.
[223] Corresp. secrète de M. Argenteau. Lettre de Mercy du 2 septembre 1771, t. I, pp.
200-214. Mercy n’était pas d’ailleurs sans indulgence pour Mᵐᵉ Du Barry: «Elle n’est ni
méchante, ni intrigante» écrit-il le 15 septembre 1779 à Nény.
[224] Corresp. Du Deffand (édition Sainte-Aulaire, 1866), t. II, pp. 13, 14 et suiv.
[225] AN. T. 243 Lettre du 9 octobre 1771 (de Fontainebleau).
[226] Corresp. Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire), 1ᵉʳ octobre 1771, t. II, p. 59.
[227] Corresp. Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire), 3 octobre 1771, t. II, p. 59.
[228] Anecdotes de la comtesse Du Barry, Londres, 1776, p. 249.—Moufle d’Angerville
dit également dans sa Vie privée de Louis XV (t. IV, p. 285), à propos des complaisances de
d’Aiguillon pour Mᵐᵉ Du Barry, qu’il «forçait sa femme à s’associer à sa bassesse servile».
juillet, t. II, p. 24.
[221] Moufle d’Angerville. Histoire du règne de Louis XV (Londres, 6 volumes, 1783) t.
VI, p. 365.
[222] D’Arneth (édit. Geffroy). Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et Mercy-
Argenteau (1876, 3 v.), t. I, pp. 198-199.
Il n’est pas inutile d’indiquer ici l’origine de cette correspondance, qui, réserve faite de la
mentalité respective de ses deux principaux protagonistes, apporte une contribution si précieuse
à l’histoire des dernières années du règne de Louis XV et des premières de celui de Louis XVI.
Au moment où Marie-Antoinette allait échanger la discipline familiale, mais austère, du
gynécée de Vienne contre les mondanités frivoles, mais séduisantes, du palais de Versailles,
Marie-Thérèse avait voulu placer sa fille sous une sorte de tutelle qu’elle avait confiée à son
lecteur l’abbé de Vermond et à l’ambassadeur comte de Mercy-Argenteau. Dès lors, elle avait
institué, avec celui-ci, une correspondance secrète, pour être renseignée, et sur la politique de la
Cour de Versailles, et sur l’attitude de Marie-Antoinette comme Dauphine, puis comme reine
de France. Dans son esprit, Mercy-Argenteau était une sorte de gouverneur qui devait régenter
la jeune princesse, au nom de sa mère et dans l’intérêt de l’Autriche. C’était bien l’homme qui
convenait à la mission: méthodique, méticuleux, méfiant, rigide observateur de l’étiquette, il
dut maintes fois fatiguer de ses observations la Dauphine, et même l’irriter, surtout quand il lui
disait qu’il avertirait Marie-Thérèse du peu d’égards qu’elle marquait aux avertissements
réitérés de sa mère. Car celle-ci traitait encore comme une petite fille Marie-Antoinette et ne lui
ménageait pas les semonces.
Le prince de Kaunitz, ministre des affaires étrangères, aurait pu se formaliser, comme le fit
plus tard d’Aiguillon de la Correspondance secrète de Louis XV avec le comte de Broglie. Il
feignit, au contraire, d’ignorer le plaisir innocent que prenait sa souveraine à ces rapports
secrets, mais à la condition que Mercy lui en rédigerait un extrait... que l’on retrouve d’ailleurs,
presque avec les mêmes phrases, dans les lettres de l’ambassadeur d’Autriche au ministre de
Vienne (D’Arneth-Flammermont. Correspondance secrète, 1889, 2 v., t. II, p. 243, 11
novembre 1768). Mercy, dans sa réponse du 9 décembre, prétendait n’avoir cédé qu’aux
instances de Nény, secrétaire intime de l’impératrice, et promettait à Kaunitz de lui donner la
satisfaction qu’il désirait.
Au reste, Mercy-Argenteau apportait, dans ses relations diplomatiques, des sentiments de
défiance tâtillonne, et presque grincheuse, qu’alimentait encore un appétit démesuré de
commérages. Il n’aimait ni la France, ni son gouvernement: «Ce royaume, écrivait-il à Kaunitz,
est sans justice, sans ministère, sans argent.» Ah! la bonne alliance que nous avions là.
[223] Corresp. secrète de M. Argenteau. Lettre de Mercy du 2 septembre 1771, t. I, pp.
200-214. Mercy n’était pas d’ailleurs sans indulgence pour Mᵐᵉ Du Barry: «Elle n’est ni
méchante, ni intrigante» écrit-il le 15 septembre 1779 à Nény.
[224] Corresp. Du Deffand (édition Sainte-Aulaire, 1866), t. II, pp. 13, 14 et suiv.
[225] AN. T. 243 Lettre du 9 octobre 1771 (de Fontainebleau).
[226] Corresp. Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire), 1ᵉʳ octobre 1771, t. II, p. 59.
[227] Corresp. Du Deffand (édit. Sainte-Aulaire), 3 octobre 1771, t. II, p. 59.
[228] Anecdotes de la comtesse Du Barry, Londres, 1776, p. 249.—Moufle d’Angerville
dit également dans sa Vie privée de Louis XV (t. IV, p. 285), à propos des complaisances de
d’Aiguillon pour Mᵐᵉ Du Barry, qu’il «forçait sa femme à s’associer à sa bassesse servile».
Page 297
[229] Anecdotes de la comtesse Du Barry. La Dauphine y serait allée sans l’opposition de
Mesdames, affirme Mercy dans sa lettre du 16 octobre 1772 à M.-Thérèse. Corresp., t. I, pp.
357-358.
[230] AN.T. 243. Lettre du 9 octobre 1771.
[231] AN.T. 243. Lettre du 12 novembre 1771.
[232] Alphonsine-Louise-Félicité, née en 1754, du premier mariage du comte d’Egmont
avec Alphonsine de Saint-Severin d’Aragon.
[233] Welvert. Feuilles d’histoire, 1ᵉʳ juin 1910.
[234] Maugras. La disgrâce du duc et de la duchesse de Choiseul, p. 149.
[235] Vatel. La comtesse Du Barry, t. II, pp. 100 et suiv.
[236] Maugras. Loco citato, p. 149.
[237] Mémoires de Choiseul, t. II, p. 70.
[238] Mémoires de Besenval, t. II, pp. 148-50.
[239] Des historiens ont dit que Choiseul demandait 3 millions.
[240] Il est vraiment curieux de constater quelle activité ce prince, toujours indolent et
toujours ennuyé, apportait à sa correspondance secrète, menant plusieurs intrigues à la fois, au
point de les confondre toutes dans un même imbroglio. Il avait un tempérament d’auteur
dramatique, voire de chroniqueur. Un livre, récemment paru, les Nouvellistes, a démontré,
d’après d’indiscutables documents, combien Louis XV recherchait les échos du jour, les
anecdotes scandaleuses, les rapports de police, et pour dire le mot boulevardier, les potins qui
défrayaient ses appétits de curiosité et mettaient à sa merci la vie intime de ses courtisans.—
Mais après lui, le Secret du roi devint, qu’on nous passe le mot, le Secret de Polichinelle. Et un
livre de Soulavie parut en 1793 (Paris, 2 vol.), qui divulguait la Politique de tous les Cabinets
de l’Europe pendant les règnes de Louis XV et de Louis XVI, contenant des pièces authentiques
sur la correspondance secrète du comte de Broglie, un ouvrage dirigé par lui et exécuté par M.
Favier.
[241] Il écrivait au roi, le 17 mars, qu’il venait de recevoir la visite de M. d’Aiguillon, et
que celui-ci, en présence de la résistance opiniâtre opposée par le prince aux suggestions de
Mᵐᵉ Du Barry, déclinait toute prétention au ministère; et lui, de Broglie, ajoutait: «J’attendrai
avec respect ce qu’il plairait à Votre Majesté de faire de moi».
[242] Duc de Broglie. Le Secret du Roi, t. II, p. 375. Evidemment le comte de Broglie était
plutôt désigné pour la place que l’incapable Rohan, même assisté de Durand. Dès le 20 janvier
1771, il avait prévenu le roi des accords suggérés par Frédéric pour éviter une guerre entre la
Russie et l’Autriche à propos de la Turquie, accords dont la Pologne devait payer les frais.
L’inertie de La Vrillière et l’échauffourée de Dumouriez firent le reste.
[243] Corr. secrète d’Arneth-Flammermont. Lettre de Mercy à Kaunitz, du 19 décembre, t.
II, p. 400.
[244] Corresp. secrète d’Arneth-Geffroy. Lettre de Mercy à M.-Thérèse, du 23 janvier
1772, t. I, p. 263.
Il est vrai que, par manière de correctif, la Dauphine déclarait à Mercy: «Je suis bien
décidée à en rester là; et cette femme n’entendra plus le son de ma voix».
[245] Geffroy. Gustave III et la Cour de France (Paris, 1867, 2 vol.), t. I, p. 249.—
Vergennes, disgracié par Choiseul (Soulavie. Mémoires historiques, I, 120), avait été envoyé à
Stockolm en mai 1771 par d’Aiguillon.
Mesdames, affirme Mercy dans sa lettre du 16 octobre 1772 à M.-Thérèse. Corresp., t. I, pp.
357-358.
[230] AN.T. 243. Lettre du 9 octobre 1771.
[231] AN.T. 243. Lettre du 12 novembre 1771.
[232] Alphonsine-Louise-Félicité, née en 1754, du premier mariage du comte d’Egmont
avec Alphonsine de Saint-Severin d’Aragon.
[233] Welvert. Feuilles d’histoire, 1ᵉʳ juin 1910.
[234] Maugras. La disgrâce du duc et de la duchesse de Choiseul, p. 149.
[235] Vatel. La comtesse Du Barry, t. II, pp. 100 et suiv.
[236] Maugras. Loco citato, p. 149.
[237] Mémoires de Choiseul, t. II, p. 70.
[238] Mémoires de Besenval, t. II, pp. 148-50.
[239] Des historiens ont dit que Choiseul demandait 3 millions.
[240] Il est vraiment curieux de constater quelle activité ce prince, toujours indolent et
toujours ennuyé, apportait à sa correspondance secrète, menant plusieurs intrigues à la fois, au
point de les confondre toutes dans un même imbroglio. Il avait un tempérament d’auteur
dramatique, voire de chroniqueur. Un livre, récemment paru, les Nouvellistes, a démontré,
d’après d’indiscutables documents, combien Louis XV recherchait les échos du jour, les
anecdotes scandaleuses, les rapports de police, et pour dire le mot boulevardier, les potins qui
défrayaient ses appétits de curiosité et mettaient à sa merci la vie intime de ses courtisans.—
Mais après lui, le Secret du roi devint, qu’on nous passe le mot, le Secret de Polichinelle. Et un
livre de Soulavie parut en 1793 (Paris, 2 vol.), qui divulguait la Politique de tous les Cabinets
de l’Europe pendant les règnes de Louis XV et de Louis XVI, contenant des pièces authentiques
sur la correspondance secrète du comte de Broglie, un ouvrage dirigé par lui et exécuté par M.
Favier.
[241] Il écrivait au roi, le 17 mars, qu’il venait de recevoir la visite de M. d’Aiguillon, et
que celui-ci, en présence de la résistance opiniâtre opposée par le prince aux suggestions de
Mᵐᵉ Du Barry, déclinait toute prétention au ministère; et lui, de Broglie, ajoutait: «J’attendrai
avec respect ce qu’il plairait à Votre Majesté de faire de moi».
[242] Duc de Broglie. Le Secret du Roi, t. II, p. 375. Evidemment le comte de Broglie était
plutôt désigné pour la place que l’incapable Rohan, même assisté de Durand. Dès le 20 janvier
1771, il avait prévenu le roi des accords suggérés par Frédéric pour éviter une guerre entre la
Russie et l’Autriche à propos de la Turquie, accords dont la Pologne devait payer les frais.
L’inertie de La Vrillière et l’échauffourée de Dumouriez firent le reste.
[243] Corr. secrète d’Arneth-Flammermont. Lettre de Mercy à Kaunitz, du 19 décembre, t.
II, p. 400.
[244] Corresp. secrète d’Arneth-Geffroy. Lettre de Mercy à M.-Thérèse, du 23 janvier
1772, t. I, p. 263.
Il est vrai que, par manière de correctif, la Dauphine déclarait à Mercy: «Je suis bien
décidée à en rester là; et cette femme n’entendra plus le son de ma voix».
[245] Geffroy. Gustave III et la Cour de France (Paris, 1867, 2 vol.), t. I, p. 249.—
Vergennes, disgracié par Choiseul (Soulavie. Mémoires historiques, I, 120), avait été envoyé à
Stockolm en mai 1771 par d’Aiguillon.
Page 298
[246] AN.T 243. Lettre du 15 septembre 1772.
[247] Duc de Broglie. Le secret du roi, t. II, p. 385.
[248] Lettre du 12 janvier 1772, dans Boutaric. Correspondance secrète de Louis XV,
1866, 2 vol., t. I, p. 430.
[249] Vatel. Mᵐᵉ Du Barry, t. II, p. 175.—Rohan fit son entrée à Vienne le 6 janvier 1772.
[250] Boutry. Autour de M.-Antoinette (Paris, 1906), p. 211.
[251] De la Rocheterie. Marie-Antoinette (Paris, 1905), t. I, pp. 108 et suiv.
Vatel cite dans son Histoire de Mᵐᵉ Du Barry (t. II, p. 163) une dépêche de Marie-Thérèse à
Mercy, datée du 31 janvier 1773, où elle reconnaît que «contraire à cet inique partage si inégal
et à se lier avec ces deux monstres» le malheur des temps «l’a tellement accablée qu’elle a
cédé, mais bien contre sa conviction.»
[252] Boutry. Autour de M.-Antoinette, p. 208 (d’après les archives des affaires
étrangères).
[253] Corresp. M. Argenteau, I, 298. Lettre de Mercy du 15 avril 1772.
[254] Corresp. M. Argenteau, I, 298. Lettre de Mercy du 15 juin 1772 au baron Nény.
[255] Sans rappeler l’ancienne malveillance du Chancelier contre d’Aiguillon, Lebrun,
celui qui devait être plus tard le prince architrésorier de l’Empire, donne dans ses Opinions
(1831, p. 40) l’origine de l’antagonisme signalé par Mercy. Quand la Du Barry sollicitait pour
son allié le poste des affaires étrangères, d’Aiguillon envoya auprès de Lebrun, inspecteur
général des domaines de la Couronne, un de ses collègues, M. de C***, avec prière de
«déterminer Maupeou à parler pour le duc». Et l’émissaire ajoutait que si d’Aiguillon «n’avait
pas l’obligation de sa place» au chancelier, il «serait son ennemi». Lebrun résume ainsi
l’anecdote: «Le roi céda de lassitude: M. d’Aiguillon fut nommé. Il se souvint bien qu’il ne le
devait pas à M. de Maupeou; et sans doute il me fit l’honneur de croire que j’avais été pour
quelque chose dans son silence.»
[256] Vatel. Mᵐᵉ Du Barry, t. II, pp. 175 et suiv.
[257] Boutry. Autour de M.-Antoinette, pp. 216 et suiv.
[258] D’Arneth-Flammermont. Corresp. Mercy-Kaunitz, t. II, p. 408. Lettre de Mercy du
6 mai.
[259] L’abbé Georgel. Mémoires (1820, 6 vol.), t. I, p. 251.
Plusieurs historiens, entre autres le duc de Broglie et M. de la Rocheterie, se sont apitoyés
sur les angoisses de Marie-Thérèse, très consciente cependant du coup de force qui se
préparait, quand un mois avant l’exécution (le 2 juillet 1772) elle écrivait à Mercy: «Rien au
monde ne m’a fait plus de peine, mais surtout le tort que nous avons vis-à-vis de nos alliés et
de l’Europe, comme si nous préférions un intérêt particulier à toute honnêteté et égards.» Ce
qui ne l’empêche pas, à la fin de cette même lettre, d’invoquer la raison d’état qui doit justifier
à ses yeux l’attentat imminent du 5 août. Dans un livre tout récent, M. de Pimodan exécute, lui
aussi, mais avec certaines réserves, la duplicité de l’impératrice-reine: il met, en effet, le
démembrement de la Pologne à l’actif de Joseph II, le fils de Marie-Thérèse, que sa mère avait
fait nommer pour la forme corégent, après la mort de l’Empereur.
[260] Mᵐᵉ Campan raconte l’anecdote, mais sans commentaires, dans ses Souvenirs, sur
M.-Antoinette.
D’après le duc de Broglie (Le Secret du Roi, II, 390) et Vatel (Mᵐᵉ Du Barry, II, 165),
Frédéric II dit, dans ses Mémoires, de Marie-Thérèse: «Elle pleurait et prenait toujours, et nous
eûmes beaucoup de peine à obtenir qu’elle se contentât de sa part de gâteau.»
[247] Duc de Broglie. Le secret du roi, t. II, p. 385.
[248] Lettre du 12 janvier 1772, dans Boutaric. Correspondance secrète de Louis XV,
1866, 2 vol., t. I, p. 430.
[249] Vatel. Mᵐᵉ Du Barry, t. II, p. 175.—Rohan fit son entrée à Vienne le 6 janvier 1772.
[250] Boutry. Autour de M.-Antoinette (Paris, 1906), p. 211.
[251] De la Rocheterie. Marie-Antoinette (Paris, 1905), t. I, pp. 108 et suiv.
Vatel cite dans son Histoire de Mᵐᵉ Du Barry (t. II, p. 163) une dépêche de Marie-Thérèse à
Mercy, datée du 31 janvier 1773, où elle reconnaît que «contraire à cet inique partage si inégal
et à se lier avec ces deux monstres» le malheur des temps «l’a tellement accablée qu’elle a
cédé, mais bien contre sa conviction.»
[252] Boutry. Autour de M.-Antoinette, p. 208 (d’après les archives des affaires
étrangères).
[253] Corresp. M. Argenteau, I, 298. Lettre de Mercy du 15 avril 1772.
[254] Corresp. M. Argenteau, I, 298. Lettre de Mercy du 15 juin 1772 au baron Nény.
[255] Sans rappeler l’ancienne malveillance du Chancelier contre d’Aiguillon, Lebrun,
celui qui devait être plus tard le prince architrésorier de l’Empire, donne dans ses Opinions
(1831, p. 40) l’origine de l’antagonisme signalé par Mercy. Quand la Du Barry sollicitait pour
son allié le poste des affaires étrangères, d’Aiguillon envoya auprès de Lebrun, inspecteur
général des domaines de la Couronne, un de ses collègues, M. de C***, avec prière de
«déterminer Maupeou à parler pour le duc». Et l’émissaire ajoutait que si d’Aiguillon «n’avait
pas l’obligation de sa place» au chancelier, il «serait son ennemi». Lebrun résume ainsi
l’anecdote: «Le roi céda de lassitude: M. d’Aiguillon fut nommé. Il se souvint bien qu’il ne le
devait pas à M. de Maupeou; et sans doute il me fit l’honneur de croire que j’avais été pour
quelque chose dans son silence.»
[256] Vatel. Mᵐᵉ Du Barry, t. II, pp. 175 et suiv.
[257] Boutry. Autour de M.-Antoinette, pp. 216 et suiv.
[258] D’Arneth-Flammermont. Corresp. Mercy-Kaunitz, t. II, p. 408. Lettre de Mercy du
6 mai.
[259] L’abbé Georgel. Mémoires (1820, 6 vol.), t. I, p. 251.
Plusieurs historiens, entre autres le duc de Broglie et M. de la Rocheterie, se sont apitoyés
sur les angoisses de Marie-Thérèse, très consciente cependant du coup de force qui se
préparait, quand un mois avant l’exécution (le 2 juillet 1772) elle écrivait à Mercy: «Rien au
monde ne m’a fait plus de peine, mais surtout le tort que nous avons vis-à-vis de nos alliés et
de l’Europe, comme si nous préférions un intérêt particulier à toute honnêteté et égards.» Ce
qui ne l’empêche pas, à la fin de cette même lettre, d’invoquer la raison d’état qui doit justifier
à ses yeux l’attentat imminent du 5 août. Dans un livre tout récent, M. de Pimodan exécute, lui
aussi, mais avec certaines réserves, la duplicité de l’impératrice-reine: il met, en effet, le
démembrement de la Pologne à l’actif de Joseph II, le fils de Marie-Thérèse, que sa mère avait
fait nommer pour la forme corégent, après la mort de l’Empereur.
[260] Mᵐᵉ Campan raconte l’anecdote, mais sans commentaires, dans ses Souvenirs, sur
M.-Antoinette.
D’après le duc de Broglie (Le Secret du Roi, II, 390) et Vatel (Mᵐᵉ Du Barry, II, 165),
Frédéric II dit, dans ses Mémoires, de Marie-Thérèse: «Elle pleurait et prenait toujours, et nous
eûmes beaucoup de peine à obtenir qu’elle se contentât de sa part de gâteau.»
Page 299
[261] Corresp. M. Argenteau (d’Arneth-Geffroy), II, p. 515. Lettre de Mercy du 15 juin.
Une note, insérée au bas de la page 315, rapporte d’après le baron de Blöme, ministre de
France en Danemarck, une réponse que dut faire, à cette occasion, le duc d’Aiguillon: «qu’il
convient que la conduite de la Cour de Vienne est aussi juste que nécessaire, mais que ce serait
toujours un grand mal pour la balance de l’Europe, si le partage en question venait à se réaliser.
Au reste ce ministre n’a avisé aucun moyen pour rétablir les choses sur l’ancien pied». Telle
était l’incertitude, la pusillanimité de cet homme d’Etat, qu’il n’osait désavouer la parole du
maître. Et, cependant, il avait conscience de cette vérité essentielle, toujours hélas! d’actualité,
que l’existence d’une Pologne unie, forte, indépendante, était une nécessité pour l’Europe
continentale et surtout pour la France.
[262] Corresp. M. Argenteau (d’Arneth-Geffroy). Lettre de Mercy du 18 juillet.
[263] D’Arneth-Flammermont. Corresp. Mercy-Kaunitz. Lettre de Kaunitz, du 10 février
1772, t. II, p. 404.
[264] D’Arneth-Geffroy. Corresp. M. Argenteau. Lettre de Mercy à M.-Thérèse, du 14
août.
[265] D’Arneth-Geffroy. Corresp. M. Argenteau. Lettre de Mercy à M.-Thérèse, du 26
août.
[266] Corresp. M. Argenteau (d’Arneth-Geffroy). Lettre de Mercy, du 16 septembre 1772.
[267] Corresp. M. Argenteau (d’Arneth-Flammermont), t. II, p. 410. Lettre de Mercy, du
14 août 1772, au prince de Kaunitz.—Le duc de Broglie (Secret du Roi, II, 391), dit que
d’Aiguillon, après le 5 août 1772, se plaignit à Vienne de «n’avoir pas été prévenu».
[268] Corresp. M. Argenteau (d’Arneth-Geffroy). Lettre de Mercy, du 16 septembre 1772.
[269] Corresp. M. Argenteau (d’Arneth-Geffroy). Lettre de Mercy, du 16 octobre 1772.
Ces manœuvres correspondaient à la politique de M.-Thérèse qui tendait à faire prédominer
l’Autriche en Europe par l’influence de ses alliances familiales avec la maison de Bourbon.
[270] Lettre du 14 novembre. Le Comte de Provence, d’après M. Argenteau, saisissait
toutes les occasions de dire du mal de d’Aiguillon et du bien de Maupeou.
[271] Lettre du 14 novembre.
[272] Correspondance M. Argenteau. Lettre à M.-Thérèse, 14 novembre 1772, p. 378.
[273] Lettre du 5 novembre 1772 à Balleroy, AN.T 243.
[274] Mémoires secrets, t. VI, p. 95.—Musset-Pathay a reproduit cette anecdote dans ses
Nouveaux mémoires secrets (Paris, 1829), p. 248.
[275] Voir pp. 21-22.
[276] Fontaine de Resbecq. Les tombeaux de Richelieu à la Sorbonne, Paris, 1867.
[277] Lettre du 6 décembre 1772 au chevalier de Balleroy.
[278] «Mᵐᵉ de Mirepoix, éternelle joueuse qui avait besoin d’argent et qui en recevait par le
canal de la favorite, devint sa complaisante; et Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui avait dans les mœurs et le
caractère bien plus de décence et de retenue, fut contrainte par son mari de la fréquenter.»
(Soulavie. Mém. histor. et politiq. du règne de Louis XV, 1801, t. I, p. 70.)
[279] Corresp. secrète entre Marie-Thérèse et M. Argenteau. Lettre de M.-Antoinette à M.-
Thérèse, t. I, p. 396.
[280] Lettre du 16 janvier, de M. Argenteau à Marie-Thérèse, t. I, p. 402.—Mercy avait
préalablement admonesté la Dauphine (p. 401); et celle-ci avait prié l’ambassadeur de mitiger
Une note, insérée au bas de la page 315, rapporte d’après le baron de Blöme, ministre de
France en Danemarck, une réponse que dut faire, à cette occasion, le duc d’Aiguillon: «qu’il
convient que la conduite de la Cour de Vienne est aussi juste que nécessaire, mais que ce serait
toujours un grand mal pour la balance de l’Europe, si le partage en question venait à se réaliser.
Au reste ce ministre n’a avisé aucun moyen pour rétablir les choses sur l’ancien pied». Telle
était l’incertitude, la pusillanimité de cet homme d’Etat, qu’il n’osait désavouer la parole du
maître. Et, cependant, il avait conscience de cette vérité essentielle, toujours hélas! d’actualité,
que l’existence d’une Pologne unie, forte, indépendante, était une nécessité pour l’Europe
continentale et surtout pour la France.
[262] Corresp. M. Argenteau (d’Arneth-Geffroy). Lettre de Mercy du 18 juillet.
[263] D’Arneth-Flammermont. Corresp. Mercy-Kaunitz. Lettre de Kaunitz, du 10 février
1772, t. II, p. 404.
[264] D’Arneth-Geffroy. Corresp. M. Argenteau. Lettre de Mercy à M.-Thérèse, du 14
août.
[265] D’Arneth-Geffroy. Corresp. M. Argenteau. Lettre de Mercy à M.-Thérèse, du 26
août.
[266] Corresp. M. Argenteau (d’Arneth-Geffroy). Lettre de Mercy, du 16 septembre 1772.
[267] Corresp. M. Argenteau (d’Arneth-Flammermont), t. II, p. 410. Lettre de Mercy, du
14 août 1772, au prince de Kaunitz.—Le duc de Broglie (Secret du Roi, II, 391), dit que
d’Aiguillon, après le 5 août 1772, se plaignit à Vienne de «n’avoir pas été prévenu».
[268] Corresp. M. Argenteau (d’Arneth-Geffroy). Lettre de Mercy, du 16 septembre 1772.
[269] Corresp. M. Argenteau (d’Arneth-Geffroy). Lettre de Mercy, du 16 octobre 1772.
Ces manœuvres correspondaient à la politique de M.-Thérèse qui tendait à faire prédominer
l’Autriche en Europe par l’influence de ses alliances familiales avec la maison de Bourbon.
[270] Lettre du 14 novembre. Le Comte de Provence, d’après M. Argenteau, saisissait
toutes les occasions de dire du mal de d’Aiguillon et du bien de Maupeou.
[271] Lettre du 14 novembre.
[272] Correspondance M. Argenteau. Lettre à M.-Thérèse, 14 novembre 1772, p. 378.
[273] Lettre du 5 novembre 1772 à Balleroy, AN.T 243.
[274] Mémoires secrets, t. VI, p. 95.—Musset-Pathay a reproduit cette anecdote dans ses
Nouveaux mémoires secrets (Paris, 1829), p. 248.
[275] Voir pp. 21-22.
[276] Fontaine de Resbecq. Les tombeaux de Richelieu à la Sorbonne, Paris, 1867.
[277] Lettre du 6 décembre 1772 au chevalier de Balleroy.
[278] «Mᵐᵉ de Mirepoix, éternelle joueuse qui avait besoin d’argent et qui en recevait par le
canal de la favorite, devint sa complaisante; et Mᵐᵉ d’Aiguillon, qui avait dans les mœurs et le
caractère bien plus de décence et de retenue, fut contrainte par son mari de la fréquenter.»
(Soulavie. Mém. histor. et politiq. du règne de Louis XV, 1801, t. I, p. 70.)
[279] Corresp. secrète entre Marie-Thérèse et M. Argenteau. Lettre de M.-Antoinette à M.-
Thérèse, t. I, p. 396.
[280] Lettre du 16 janvier, de M. Argenteau à Marie-Thérèse, t. I, p. 402.—Mercy avait
préalablement admonesté la Dauphine (p. 401); et celle-ci avait prié l’ambassadeur de mitiger
Page 300
son rapport à sa souveraine, car Marie-Antoinette disait de sa mère: «J’aime l’Impératrice, mais
je la crains» (p. 404).
[281] Lettre du 31 janvier (Corr. secrète M. Argenteau. Lettre de M.-Thérèse), t. I, p. 407.
[282] D’Arneth-Flammermont. Corresp. M. Argenteau, Pr. de Kaunitz et Joseph. Lettre
de Mercy à Kaunitz, 17 février 1773, t. II, p. 415.
[283] D’Arneth-Geffroy. Corr. M. Argenteau et M.-Thérèse. Lettre de Mercy, 20 avril
1773, t. I, p. 445-446. «Elle a conçu pour le duc d’Aiguillon une horreur qui passe toute
mesure...»
[284] Version de la Gazette Mss. de la Bibliothèque Mazarine et Vatel. Mᵐᵉ Du Barry, t. II,
pp. 216 et suiv.
[285] Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand à l’abbé Barthélemy (édit. Sainte-Aulaire), janvier 1773, t.
II, p. 325.
[286] Journal de Papillon de la Ferté (édité par M. Boysse, Paris, 1887), p. 342, 18
février. «Nos ouvriers y travaillent jour et nuit, malgré le mauvais temps qu’il fait.»
[287] Anecdotes de la comtesse Du Barry, pp. 252-253.
[288] Lettre inédite publiée par M. Maugras dans la Disgrâce de Choiseul, p. 238.
[289] Lettre du 18 mai de M. Argenteau à M.-Thérèse, t. I, p. 454. La Dauphine confesse à
l’ambassadeur qu’elle a constaté «le peu de sincérité» du comte de Provence.
[290] Lettre du 16 juin de M. Argenteau à Marie-Thérèse, t. I, p. 461.
[291] Lettre de M. Argenteau, du 16 juin 1773, t. I, p. 465.
[292] M. Welvert, dans un article très fouillé des Feuilles d’Histoire (mai-juin 1910), que
suivit sa publication Autour d’une dame d’honneur, met en doute l’acceptation par Mᵐᵉ de
Narbonne des offres du ministre. Mercy-Argenteau, dit-il, puisait ses renseignements à des
sources frelatées et obéissait à ses préventions autrichiennes pour accuser à tort Mᵐᵉ Adélaïde
et Mᵐᵉ de Narbonne d’avoir voulu faire comprendre à la Dauphine ses nouveaux devoirs.
[293] Marie-Thérèse en avait dit autant de l’ambassadeur de France à Mercy le 18 mars
1772: «Le prince de Rohan est un bien mauvais sujet; je le verrais, avec plaisir, bientôt
dénicher d’ici.»
L’Observateur anglais, t. I, p. 448. «Mᵐᵉ la comtesse de Narbonne, dame d’atours de Mᵐᵉ
Adélaïde, dans la vue de parvenir à la faveur qui lui avait été promise, avait déterminé la
princesse, sa maîtresse, et Mesdames à ménager la comtesse Du Barry et à la recevoir
désormais avec des égards et de la bienveillance.
Mᵐᵉ la comtesse de Provence et le Comte s’étaient rendus à cet égard et on y avait même
engagé Mᵐᵉ la Dauphine, lorsque M. le Dauphin, par un refus formel, a rompu cette
réconciliation. Il a déclaré que, lui, personnellement, était disposé à donner, en tout temps, au
roi des marques de sa tendresse, de son respect et de sa soumission, mais qu’il était de son
intérêt, ainsi que de son devoir, plus encore de son attachement à Mᵐᵉ la Dauphine, de ne
laisser approcher d’elle aucun scandale.» Corresp. secrète de M. Argenteau. Lettre de Mercy
du 12 juillet, t. II. p. 5.
[294] Corresp. secrète de M. Argenteau. Lettre de Mercy du 17, t. II, p. 12.
[295] Corresp. secrète de Mercy. Lettres du 14 et 26 août 1773, t. II, pp. 18 et suiv.
[296] L’Espion anglais de 1779 (t. I. p. 37).
[297] De Broglie. Le Secret du roi. t. II, p. 398.
[298] Corresp. Mercy. Lettre de M.-Thérèse, du 2 août, t. 2, p. 15.
je la crains» (p. 404).
[281] Lettre du 31 janvier (Corr. secrète M. Argenteau. Lettre de M.-Thérèse), t. I, p. 407.
[282] D’Arneth-Flammermont. Corresp. M. Argenteau, Pr. de Kaunitz et Joseph. Lettre
de Mercy à Kaunitz, 17 février 1773, t. II, p. 415.
[283] D’Arneth-Geffroy. Corr. M. Argenteau et M.-Thérèse. Lettre de Mercy, 20 avril
1773, t. I, p. 445-446. «Elle a conçu pour le duc d’Aiguillon une horreur qui passe toute
mesure...»
[284] Version de la Gazette Mss. de la Bibliothèque Mazarine et Vatel. Mᵐᵉ Du Barry, t. II,
pp. 216 et suiv.
[285] Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand à l’abbé Barthélemy (édit. Sainte-Aulaire), janvier 1773, t.
II, p. 325.
[286] Journal de Papillon de la Ferté (édité par M. Boysse, Paris, 1887), p. 342, 18
février. «Nos ouvriers y travaillent jour et nuit, malgré le mauvais temps qu’il fait.»
[287] Anecdotes de la comtesse Du Barry, pp. 252-253.
[288] Lettre inédite publiée par M. Maugras dans la Disgrâce de Choiseul, p. 238.
[289] Lettre du 18 mai de M. Argenteau à M.-Thérèse, t. I, p. 454. La Dauphine confesse à
l’ambassadeur qu’elle a constaté «le peu de sincérité» du comte de Provence.
[290] Lettre du 16 juin de M. Argenteau à Marie-Thérèse, t. I, p. 461.
[291] Lettre de M. Argenteau, du 16 juin 1773, t. I, p. 465.
[292] M. Welvert, dans un article très fouillé des Feuilles d’Histoire (mai-juin 1910), que
suivit sa publication Autour d’une dame d’honneur, met en doute l’acceptation par Mᵐᵉ de
Narbonne des offres du ministre. Mercy-Argenteau, dit-il, puisait ses renseignements à des
sources frelatées et obéissait à ses préventions autrichiennes pour accuser à tort Mᵐᵉ Adélaïde
et Mᵐᵉ de Narbonne d’avoir voulu faire comprendre à la Dauphine ses nouveaux devoirs.
[293] Marie-Thérèse en avait dit autant de l’ambassadeur de France à Mercy le 18 mars
1772: «Le prince de Rohan est un bien mauvais sujet; je le verrais, avec plaisir, bientôt
dénicher d’ici.»
L’Observateur anglais, t. I, p. 448. «Mᵐᵉ la comtesse de Narbonne, dame d’atours de Mᵐᵉ
Adélaïde, dans la vue de parvenir à la faveur qui lui avait été promise, avait déterminé la
princesse, sa maîtresse, et Mesdames à ménager la comtesse Du Barry et à la recevoir
désormais avec des égards et de la bienveillance.
Mᵐᵉ la comtesse de Provence et le Comte s’étaient rendus à cet égard et on y avait même
engagé Mᵐᵉ la Dauphine, lorsque M. le Dauphin, par un refus formel, a rompu cette
réconciliation. Il a déclaré que, lui, personnellement, était disposé à donner, en tout temps, au
roi des marques de sa tendresse, de son respect et de sa soumission, mais qu’il était de son
intérêt, ainsi que de son devoir, plus encore de son attachement à Mᵐᵉ la Dauphine, de ne
laisser approcher d’elle aucun scandale.» Corresp. secrète de M. Argenteau. Lettre de Mercy
du 12 juillet, t. II. p. 5.
[294] Corresp. secrète de M. Argenteau. Lettre de Mercy du 17, t. II, p. 12.
[295] Corresp. secrète de Mercy. Lettres du 14 et 26 août 1773, t. II, pp. 18 et suiv.
[296] L’Espion anglais de 1779 (t. I. p. 37).
[297] De Broglie. Le Secret du roi. t. II, p. 398.
[298] Corresp. Mercy. Lettre de M.-Thérèse, du 2 août, t. 2, p. 15.
Page 301
[299] Mémoires du Ministère d’Aiguillon, t. II, p. 97.
[300] Corresp. Du Deffand (Edit. Lescure). Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand à Walpole (27
février 1773), t. II, p. 310.
[301] De Broglie. Le Secret du Roi, t. II, p. 441.
[302] Jobez. Histoire de Louis XV, t. VI.
[303] Souvenirs du baron de Gleichen (traduction Grimblot, Paris, 1878).
[304] Le duc de Broglie l’a retrouvée dans les archives Chabrillan (papiers d’Aiguillon).
[305] De Broglie. Le Secret du Roi, t. II, p. 450.—Boutaric. Corresp. secrète de Louis
XV, t. II, p. 30.
Le roi avait écrit au comte de Broglie: «M. d’Aiguillon a découvert une correspondance
d’un nommé Dumouriez, qui est à Hambourg, avec M. de Monteynard. Il parle aussi d’un fils
de Guibert (l’auteur de la Tactique), d’un nommé Favier en correspondance avec le prince de
Prusse et la Russie. Il dit que vous avez été en commerce avec M. de Monteynard. Eclaircissez
ce que vous pouvez savoir de tout cela; et, de là, il (d’Aiguillon) tombe fort sur le ministre et
sur vous.»
Voir l’article de M. Fr. Funck-Brentano, sur l’incarcération de Dumouriez à la Bastille
dans la Nouvelle Revue rétrospective de M. Paul Cottin.
[306] T. 243 (Arch. Nat.). Lettre au chevalier de Balleroy.
[307] D’après Geffroy (Gustave III et la Cour de France, t. I, p. 198), Louis XV envoya
un billet confidentiel à Broglie où il l’informait qu’il n’avait rien perdu de sa confiance; mais la
correspondance secrète ne se releva guère du coup qui l’avait frappée; elle se continua,
languissante, jusqu’à la mort du roi.
[308] Duc de Broglie. Le Secret du Roi, t. II, p. 457.
[309] Lettre de M.-Thérèse à Mercy-Argenteau du 31 août. (Corresp. secrète, t. II, p. 36).
[310] Comtesse d’Armaillé. La Comtesse d’Egmont (1880), p. 267: «J’ai vu moi-même
(daignez ne pas le répéter), écrivait, en 1772, la comtesse à Gustave III, les promesses les plus
positives de tout secours à la Confédération, écrites de la propre main de M.
d’Aiguillon.»—«Le tout n’a tenu qu’à l’argent qu’il fallait fournir aux confédérés pour
continuer la guerre (5 mai 1772, lettre de d’Horst à Nény). Flammermont. Correspondance des
agents diplomatiques étrangers, 1896, p. 66.
[311] Comtesse d’Armaillé. La Comtesse d’Egmont, p. 288. La scène se passe en avril
1773. Elle eut des conséquences tragiques. La colère de Richelieu fut terrible. Et l’année
suivante, la jeune femme, déjà très affaiblie et gravement atteinte, succombait à tant
d’émotions.
Le coup d’état de Gustave III avait démontré, comme le dit le duc de Broglie dans le Secret
du roi, «la supériorité d’une tradition monarchique sur le déplorable principe d’élection qui
avait perdu la Pologne». Berlin et Pétersbourg, que le partage de celle-ci avait mis en appétit,
témoignèrent une vive irritation. D’Aiguillon voulut envoyer une flotte de Toulon, mais se vit
barré par la méfiance de l’Angleterre.
[312] Boutry. Autour de Marie-Antoinette, p. 294.—Lettre de M. Argenteau, I, 446.
[313] Lettre de Rohan du 19 décembre 1773. Cependant d’Aiguillon le tançait: il lui
apprenait qu’une indiscrétion commise dans l’entourage du cardinal (Boutry, p. 214) avait fait
découvrir «le chiffre»; et il ne se faisait pas faute de rejeter sur l’incapacité du prélat tous ses
déboires dans la question polonaise (Boutry, p. 251-257).—Corresp. M. Argenteau, t. II, p. 92,
note.
[300] Corresp. Du Deffand (Edit. Lescure). Lettre de Mᵐᵉ Du Deffand à Walpole (27
février 1773), t. II, p. 310.
[301] De Broglie. Le Secret du Roi, t. II, p. 441.
[302] Jobez. Histoire de Louis XV, t. VI.
[303] Souvenirs du baron de Gleichen (traduction Grimblot, Paris, 1878).
[304] Le duc de Broglie l’a retrouvée dans les archives Chabrillan (papiers d’Aiguillon).
[305] De Broglie. Le Secret du Roi, t. II, p. 450.—Boutaric. Corresp. secrète de Louis
XV, t. II, p. 30.
Le roi avait écrit au comte de Broglie: «M. d’Aiguillon a découvert une correspondance
d’un nommé Dumouriez, qui est à Hambourg, avec M. de Monteynard. Il parle aussi d’un fils
de Guibert (l’auteur de la Tactique), d’un nommé Favier en correspondance avec le prince de
Prusse et la Russie. Il dit que vous avez été en commerce avec M. de Monteynard. Eclaircissez
ce que vous pouvez savoir de tout cela; et, de là, il (d’Aiguillon) tombe fort sur le ministre et
sur vous.»
Voir l’article de M. Fr. Funck-Brentano, sur l’incarcération de Dumouriez à la Bastille
dans la Nouvelle Revue rétrospective de M. Paul Cottin.
[306] T. 243 (Arch. Nat.). Lettre au chevalier de Balleroy.
[307] D’après Geffroy (Gustave III et la Cour de France, t. I, p. 198), Louis XV envoya
un billet confidentiel à Broglie où il l’informait qu’il n’avait rien perdu de sa confiance; mais la
correspondance secrète ne se releva guère du coup qui l’avait frappée; elle se continua,
languissante, jusqu’à la mort du roi.
[308] Duc de Broglie. Le Secret du Roi, t. II, p. 457.
[309] Lettre de M.-Thérèse à Mercy-Argenteau du 31 août. (Corresp. secrète, t. II, p. 36).
[310] Comtesse d’Armaillé. La Comtesse d’Egmont (1880), p. 267: «J’ai vu moi-même
(daignez ne pas le répéter), écrivait, en 1772, la comtesse à Gustave III, les promesses les plus
positives de tout secours à la Confédération, écrites de la propre main de M.
d’Aiguillon.»—«Le tout n’a tenu qu’à l’argent qu’il fallait fournir aux confédérés pour
continuer la guerre (5 mai 1772, lettre de d’Horst à Nény). Flammermont. Correspondance des
agents diplomatiques étrangers, 1896, p. 66.
[311] Comtesse d’Armaillé. La Comtesse d’Egmont, p. 288. La scène se passe en avril
1773. Elle eut des conséquences tragiques. La colère de Richelieu fut terrible. Et l’année
suivante, la jeune femme, déjà très affaiblie et gravement atteinte, succombait à tant
d’émotions.
Le coup d’état de Gustave III avait démontré, comme le dit le duc de Broglie dans le Secret
du roi, «la supériorité d’une tradition monarchique sur le déplorable principe d’élection qui
avait perdu la Pologne». Berlin et Pétersbourg, que le partage de celle-ci avait mis en appétit,
témoignèrent une vive irritation. D’Aiguillon voulut envoyer une flotte de Toulon, mais se vit
barré par la méfiance de l’Angleterre.
[312] Boutry. Autour de Marie-Antoinette, p. 294.—Lettre de M. Argenteau, I, 446.
[313] Lettre de Rohan du 19 décembre 1773. Cependant d’Aiguillon le tançait: il lui
apprenait qu’une indiscrétion commise dans l’entourage du cardinal (Boutry, p. 214) avait fait
découvrir «le chiffre»; et il ne se faisait pas faute de rejeter sur l’incapacité du prélat tous ses
déboires dans la question polonaise (Boutry, p. 251-257).—Corresp. M. Argenteau, t. II, p. 92,
note.
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[314] Corresp. M. Argenteau. Lettre à M.-Thérèse, 18 décembre 1771, t. II, p. 75.—
D’Arneth-Flammermont. Lettre de Mercy au prince de Kaunitz, 17 octobre 1773, t. II, p. 422.
Il parle de Rohan: «Il serait plus commode à M. d’Aiguillon d’écraser un de ses ennemis par la
main de l’Impératrice.»—Rohan ne fut définitivement rappelé que le 18 août 1774.
[315] D’Arneth. Corresp. de M.-Thérèse et de M.-Antoinette. Lettre de M.-Antoinette, 17
mars 1773, p. 81. «Je crois que M. d’Aiguillon est un peu honteux de n’avoir pas mieux pris
ses mesures pour l’escadre de Toulon.»
[316] Corresp. secrète de Mercy-Argenteau et de M.-Thérèse, t. II, passim.
[317] Frédéric Masson. Le Cardinal de Bernis. Année 1773 (septembre).
[318] AN.T 243. Lettre à Balleroy.—Nous retrouvons le même propos dans Moufle
d’Angerville. Vie privée de Louis XV (1782, 6 vol.), t. IV. p. 295: «Je vous avoue que je suis
difficile» dit le roi à M. d’Aiguillon.
Un pamphlet publié en 1781, le ministère de M. de Maurepas, fait remarquer, à propos de la
nomination de d’Aiguillon à la guerre: «Ce choix parut si ridicule que, pour prévenir toutes les
plaisanteries, il fut défendu de l’annoncer dans la Gazette de France.» En effet, la nomination
ne s’y trouva pas; mais le pamphlétaire se garde bien de dire que les intérimaires n’y
paraissaient pas. La Vrillière, qui tint, en 1771, l’intérim des affaires étrangères, n’est pas plus
cité que ne le fut son neveu.
[319] Moreau. Mes Souvenirs, t. I, p. 369.
[320] Journal de Moreau. Mercredi 2 février 1774.
[321] Journal de Croÿ. T. III, p. 55.
[322] Lettre de Mercy du 12 novembre 1773, t. II, p. 69 (Corresp. secrète).—La nomination
de Monteynard, à en croire les Goncourt, était due à une surprise. Cromot, d’accord avec la Du
Barry, avait laissé espérer au prince de Condé qu’il remplacerait Choiseul. Mais Louis XV ne
s’en souciait nullement; il fit même cette mauvaise plaisanterie au prince de Condé de le prier
de lui choisir un ministre de la guerre. Et l’autre, abasourdi, désigna Monteynard. Mais il s’en
prit à la favorite: «Vous m’aviez promis de me faire nommer grand maître de l’artillerie».—Eh
bien! répliqua la Du Barry, je vous dépromets.
Monteynard servait l’antipathie du prince de Condé contre d’Aiguillon; et ce fut peut-être
la véritable cause de sa disgrâce, plutôt que l’appui prêté par lui, à la recommandation de Louis
XV, aux projets de Dumouriez parti pour Hambourg.
[323] Lettre de Mercy du 22 mars 1774, II, p. 117-118 (Corresp. secrète).
[324] Correspondance de M.-Thérèse et de M.-Antoinette (1865), p. 97, 3 avril 1774. Lettre
de M.-Thérèse: «M. d’Aiguillon, étant ministre de la guerre, a commencé de vouloir gagner
vos bonnes grâces; c’est en règle, il faut que vous ayez de même de bons procédés tant qu’il les
méritera.»
[325] Correspondance de Mercy. Lettre de M.-Thérèse du 5 avril, II, 125.
[326] Correspondance de Mercy. Lettre de Mercy du 19 avril, II, 129.
[327] Correspondance de Mercy. Lettre de Mercy du 22 mars, II, 122.
[328] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 58.—Les Anecdotes de Mᵐᵉ Du Barry, par
Pidansat de Mairobert, enregistrent également cette version: d’après elles, la comtesse aurait
«engagé loyalement» Louis XV à signer l’ordre de rappel.—Moreau parle également d’une
combinaison qui aurait réintégré la grande majorité des parlementaires, à l’exclusion de
Maupeou. Celui-ci, pour parer à l’orage, avait consenti, à la fin de janvier 1774, la rentrée de
80 parlementaires, Lamoignon en tête.
D’Arneth-Flammermont. Lettre de Mercy au prince de Kaunitz, 17 octobre 1773, t. II, p. 422.
Il parle de Rohan: «Il serait plus commode à M. d’Aiguillon d’écraser un de ses ennemis par la
main de l’Impératrice.»—Rohan ne fut définitivement rappelé que le 18 août 1774.
[315] D’Arneth. Corresp. de M.-Thérèse et de M.-Antoinette. Lettre de M.-Antoinette, 17
mars 1773, p. 81. «Je crois que M. d’Aiguillon est un peu honteux de n’avoir pas mieux pris
ses mesures pour l’escadre de Toulon.»
[316] Corresp. secrète de Mercy-Argenteau et de M.-Thérèse, t. II, passim.
[317] Frédéric Masson. Le Cardinal de Bernis. Année 1773 (septembre).
[318] AN.T 243. Lettre à Balleroy.—Nous retrouvons le même propos dans Moufle
d’Angerville. Vie privée de Louis XV (1782, 6 vol.), t. IV. p. 295: «Je vous avoue que je suis
difficile» dit le roi à M. d’Aiguillon.
Un pamphlet publié en 1781, le ministère de M. de Maurepas, fait remarquer, à propos de la
nomination de d’Aiguillon à la guerre: «Ce choix parut si ridicule que, pour prévenir toutes les
plaisanteries, il fut défendu de l’annoncer dans la Gazette de France.» En effet, la nomination
ne s’y trouva pas; mais le pamphlétaire se garde bien de dire que les intérimaires n’y
paraissaient pas. La Vrillière, qui tint, en 1771, l’intérim des affaires étrangères, n’est pas plus
cité que ne le fut son neveu.
[319] Moreau. Mes Souvenirs, t. I, p. 369.
[320] Journal de Moreau. Mercredi 2 février 1774.
[321] Journal de Croÿ. T. III, p. 55.
[322] Lettre de Mercy du 12 novembre 1773, t. II, p. 69 (Corresp. secrète).—La nomination
de Monteynard, à en croire les Goncourt, était due à une surprise. Cromot, d’accord avec la Du
Barry, avait laissé espérer au prince de Condé qu’il remplacerait Choiseul. Mais Louis XV ne
s’en souciait nullement; il fit même cette mauvaise plaisanterie au prince de Condé de le prier
de lui choisir un ministre de la guerre. Et l’autre, abasourdi, désigna Monteynard. Mais il s’en
prit à la favorite: «Vous m’aviez promis de me faire nommer grand maître de l’artillerie».—Eh
bien! répliqua la Du Barry, je vous dépromets.
Monteynard servait l’antipathie du prince de Condé contre d’Aiguillon; et ce fut peut-être
la véritable cause de sa disgrâce, plutôt que l’appui prêté par lui, à la recommandation de Louis
XV, aux projets de Dumouriez parti pour Hambourg.
[323] Lettre de Mercy du 22 mars 1774, II, p. 117-118 (Corresp. secrète).
[324] Correspondance de M.-Thérèse et de M.-Antoinette (1865), p. 97, 3 avril 1774. Lettre
de M.-Thérèse: «M. d’Aiguillon, étant ministre de la guerre, a commencé de vouloir gagner
vos bonnes grâces; c’est en règle, il faut que vous ayez de même de bons procédés tant qu’il les
méritera.»
[325] Correspondance de Mercy. Lettre de M.-Thérèse du 5 avril, II, 125.
[326] Correspondance de Mercy. Lettre de Mercy du 19 avril, II, 129.
[327] Correspondance de Mercy. Lettre de Mercy du 22 mars, II, 122.
[328] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 58.—Les Anecdotes de Mᵐᵉ Du Barry, par
Pidansat de Mairobert, enregistrent également cette version: d’après elles, la comtesse aurait
«engagé loyalement» Louis XV à signer l’ordre de rappel.—Moreau parle également d’une
combinaison qui aurait réintégré la grande majorité des parlementaires, à l’exclusion de
Maupeou. Celui-ci, pour parer à l’orage, avait consenti, à la fin de janvier 1774, la rentrée de
80 parlementaires, Lamoignon en tête.
Page 303
[329] Comte Fleury. Louis XV intime (1899), pp. 331 et suiv.
[330] Journal de Croÿ, t. III, p. 70 et suiv.
[331] Jacquin et Duesberg. Histoire de Ruel, p. 249.—L’anecdote a été contée par Mᵐᵉ
Campan dans ses Mémoires sur M.-Antoinette.
[332] Revue rétrospective, 1834, t. III, 1ʳᵉ série, p. 43.
[333] Henri d’Alméras. Les amoureux de Marie-Antoinette, p. 68.
[334] Métra. Correspondance secrète, t. I, p. 3.
[335] Journal de Croÿ, t. III, p. 118.
[336] On avait amèrement reproché à Richelieu, et par ricochet à d’Aiguillon, d’avoir
«croisé» d’Alembert qui faisait campagne pour Delille et Suard et provoqué ainsi le veto
opposé par Louis XV à leur élection.
[337] D’Hunolstein. Correspondance inédite de M.-Antoinette (1868). Lettre de M.-
Antoinette à M.-Thérèse, p. 70.—L’authenticité de cette correspondance a été très vivement
contestée par M. d’Arneth. Il est certain que si cette lettre du 11 mai répond bien à l’état
d’esprit de la nouvelle reine, elle est trop correctement écrite pour une princesse encore peu
familiarisée avec notre langue, à en juger par la publication d’Arneth-Geffroy.
[338] La comtesse de Boigne raconte de façon fort piquante (Mémoires, 1907, t. I, p. 62),
mais sans indiquer la source de ses renseignements, comment Maurepas devint ministre. Il
avait été mandé à Choisy, pour les funérailles du feu roi qu’on ne savait régler: Louis XVI
s’entretenait avec lui, quand l’huissier vint l’appeler pour le Conseil: «le roi passe, sans oser lui
dire adieu, M. de Maurepas suivit, s’assit au Conseil et gouverna la France pendant dix ans.»...
Pardon, sept ans.
[339] Moreau. Mes Souvenirs, t. II, p. 3.—Arneth. Correspondance de M.-Thérèse et de
M.-Antoinette. Lettre de M.-Thérèse, 30 mai. «Il n’y a que le choix de Maurepas qui étonne,
mais on l’attribue à Mesdames».
[340] Métra (Correspondance secrète dite de), t. I, pp. 23 et suiv.—«C’était pour rester à
la Cour», dit le Journal de Croÿ.
[341] C’est également la version de la Correspondance de Métra.
[342] Journal de Croÿ, t. III, p. 126.—Moreau. (Mes Souvenirs) tenait de la bouche même
du ministre, que, sachant son exécution prochaine, il voulait prendre les devants.
[343] Marquis de Ségur. Au couchant de la monarchie (Paris, C. Lévy, 1910), p. 168.
[344] Cet affront sanglant avait certainement précédé la double démission du ministre, car
Baudeau, qui le signale dans sa chronique, date la scène du 2 juin (Revue rétrospective, 1834, t.
III, p. 69).
[345] Lettre de M. Argenteau à Marie-Thérèse, 7 juin 1774, t. II, p. 163.—D’après les
Anecdotes de la comtesse Du Barry (p. 329), la duchesse d’Aiguillon, piquée au vif de l’affront
qu’elle venait de subir, aurait exprimé à son mari son désir «d’aller s’ensevelir dans ses terres».
[346] Mⁱˢ de Ségur. Loco citato, d’après les Réflexions historiques du comte de Provence,
p. 66.—Coquette! La femme l’est volontiers, et peut-être toujours, mais n’aime pas qu’on le
dise trop haut.
[347] Corresp. M. Argenteau. Lettre de Mercy à M.-Thérèse du 15 juillet 1774, t. II, p. 197.
[348] Duc de Broglie. Le Secret du roi, t. II, p. 529.
[330] Journal de Croÿ, t. III, p. 70 et suiv.
[331] Jacquin et Duesberg. Histoire de Ruel, p. 249.—L’anecdote a été contée par Mᵐᵉ
Campan dans ses Mémoires sur M.-Antoinette.
[332] Revue rétrospective, 1834, t. III, 1ʳᵉ série, p. 43.
[333] Henri d’Alméras. Les amoureux de Marie-Antoinette, p. 68.
[334] Métra. Correspondance secrète, t. I, p. 3.
[335] Journal de Croÿ, t. III, p. 118.
[336] On avait amèrement reproché à Richelieu, et par ricochet à d’Aiguillon, d’avoir
«croisé» d’Alembert qui faisait campagne pour Delille et Suard et provoqué ainsi le veto
opposé par Louis XV à leur élection.
[337] D’Hunolstein. Correspondance inédite de M.-Antoinette (1868). Lettre de M.-
Antoinette à M.-Thérèse, p. 70.—L’authenticité de cette correspondance a été très vivement
contestée par M. d’Arneth. Il est certain que si cette lettre du 11 mai répond bien à l’état
d’esprit de la nouvelle reine, elle est trop correctement écrite pour une princesse encore peu
familiarisée avec notre langue, à en juger par la publication d’Arneth-Geffroy.
[338] La comtesse de Boigne raconte de façon fort piquante (Mémoires, 1907, t. I, p. 62),
mais sans indiquer la source de ses renseignements, comment Maurepas devint ministre. Il
avait été mandé à Choisy, pour les funérailles du feu roi qu’on ne savait régler: Louis XVI
s’entretenait avec lui, quand l’huissier vint l’appeler pour le Conseil: «le roi passe, sans oser lui
dire adieu, M. de Maurepas suivit, s’assit au Conseil et gouverna la France pendant dix ans.»...
Pardon, sept ans.
[339] Moreau. Mes Souvenirs, t. II, p. 3.—Arneth. Correspondance de M.-Thérèse et de
M.-Antoinette. Lettre de M.-Thérèse, 30 mai. «Il n’y a que le choix de Maurepas qui étonne,
mais on l’attribue à Mesdames».
[340] Métra (Correspondance secrète dite de), t. I, pp. 23 et suiv.—«C’était pour rester à
la Cour», dit le Journal de Croÿ.
[341] C’est également la version de la Correspondance de Métra.
[342] Journal de Croÿ, t. III, p. 126.—Moreau. (Mes Souvenirs) tenait de la bouche même
du ministre, que, sachant son exécution prochaine, il voulait prendre les devants.
[343] Marquis de Ségur. Au couchant de la monarchie (Paris, C. Lévy, 1910), p. 168.
[344] Cet affront sanglant avait certainement précédé la double démission du ministre, car
Baudeau, qui le signale dans sa chronique, date la scène du 2 juin (Revue rétrospective, 1834, t.
III, p. 69).
[345] Lettre de M. Argenteau à Marie-Thérèse, 7 juin 1774, t. II, p. 163.—D’après les
Anecdotes de la comtesse Du Barry (p. 329), la duchesse d’Aiguillon, piquée au vif de l’affront
qu’elle venait de subir, aurait exprimé à son mari son désir «d’aller s’ensevelir dans ses terres».
[346] Mⁱˢ de Ségur. Loco citato, d’après les Réflexions historiques du comte de Provence,
p. 66.—Coquette! La femme l’est volontiers, et peut-être toujours, mais n’aime pas qu’on le
dise trop haut.
[347] Corresp. M. Argenteau. Lettre de Mercy à M.-Thérèse du 15 juillet 1774, t. II, p. 197.
[348] Duc de Broglie. Le Secret du roi, t. II, p. 529.
Page 304
[349] Duc de Broglie. Le Secret du roi, t. II, p. 546.—Boutaric. Corresp. secrète, t. II, p.
497.
[350] Métra. Correspondance secrète, t. I, p. 17.
[351] Une note de la Corresp. secrète de M. Argenteau avec M.-Thérèse (t. II, p. 205)
établit néanmoins que d’Aiguillon toucha cinq cent mille livres de gratification comme
dédommagement de ses dépenses au cours de son ministère.
[352] Collé. Journal et Mémoires (édit. Honoré Bonhomme, 1868) 3 vol. in-8º.
[353] Dinaux. Sociétés badines, Paris, 1867, 2 vol. in-8º.
[354] Ce nom revient souvent dans la Correspondance des Archives comme dans celle de
Fontette et La Noue publiée par M. Carré; et le savant historien n’a pu identifier cette «belle
Candide». M. Lemoy (loco citato, p. 72) en fait le surnom de la duchesse d’Aiguillon. Ce n’est
guère vraisemblable, d’après cette lettre du 26 août adressée à Balleroy. Nous ne croyons pas
davantage qu’il s’agisse de la «bellissima» Mᵐᵉ de Forcalquier, qu’on a dit maîtresse de
d’Aiguillon (Mémoires sur son ministère) ou encore du baron Scheffer, frère du ministre
suédois. En tout cas, elle fut la fidèle et constante amie de d’Aiguillon, au point d’avoir donné
la démission de sa charge à la cour, le jour où le duc avait remis la sienne entre les mains du
roi. Notons seulement que, dans cette même lettre du 26 août, la duchesse annonçait à Balleroy
le départ de Mᵐᵉ de Forcalquier. Ailleurs (le 21 mai 1772) elle dit qu’elle «ne trouvera pas à
Versailles sa chère Candide».
[355] Devenu ministre, d’Aiguillon avait remplacé Duras au Gouvernement de Bretagne
par le duc de Fitz-James.
[356] Maurepas, disent les Mémoires du ministère d’Aiguillon (p. 61), regretta d’avoir
abandonné son neveu le 2 juin 1774.—On l’appela à cette époque chasse-cousin; d’aucuns
prononçaient Chasse-Coquin. On aurait dû dire chasse-neveu. Mais le mot visait plus encore
La Vrillière qui ne tarda pas du reste à se retirer.
[357] Lettre du 13 septembre 1774.
[358] Lettre du 13 septembre 1774. AN.T 243.
[359] Comte Fleury. Louis XV intime, p. 346.
[360] Lettre du 25 octobre. La mauvaise écriture de la duchesse nous fait lire ce nom: ne
serait-ce pas plutôt Trappes? En tout cas la localité de Trassey est inconnue.
[361] «Votre ami le chancelier a été renvoyé aujourd’hui», écrivait ironiquement le 24 août
à sa nièce, Mᵐᵉ de Maurepas.
[362] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 54 et suiv.
[363] Correspondance secrète (Métra), I (15 décembre).—Le chapitre des rectifications
(Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 333) dit que Maurepas envoya un courrier à la
duchesse, avec ordre d’en dépêcher un à son mari, pour lui mander que l’intention du roi était
que M. d’Aiguillon vînt siéger au Parlement.
[364] Mémoires du ministère d’Aiguillon, pp. 62 et suiv.
[365] La Vrillière n’avait pas encore résigné ses fonctions.
[366] Corresp. M. Argenteau, II, 163. Note donnant d’Aiguillon comme un des «cabaleurs
les plus redoutables pour relever les moindres imprudences de la reine et la calomnier sans
motif». Cette note ajoute que d’Aiguillon persista dans cette voie, même après 1775.
[367] L. de Loménie. Beaumarchais et son temps, 1856, I, pp. 392 et suiv.—Voici le titre de
ce pamphlet, d’après H. d’Almeras. Les Amoureux de M.-Antoinette, p. 192. «Avis à la
497.
[350] Métra. Correspondance secrète, t. I, p. 17.
[351] Une note de la Corresp. secrète de M. Argenteau avec M.-Thérèse (t. II, p. 205)
établit néanmoins que d’Aiguillon toucha cinq cent mille livres de gratification comme
dédommagement de ses dépenses au cours de son ministère.
[352] Collé. Journal et Mémoires (édit. Honoré Bonhomme, 1868) 3 vol. in-8º.
[353] Dinaux. Sociétés badines, Paris, 1867, 2 vol. in-8º.
[354] Ce nom revient souvent dans la Correspondance des Archives comme dans celle de
Fontette et La Noue publiée par M. Carré; et le savant historien n’a pu identifier cette «belle
Candide». M. Lemoy (loco citato, p. 72) en fait le surnom de la duchesse d’Aiguillon. Ce n’est
guère vraisemblable, d’après cette lettre du 26 août adressée à Balleroy. Nous ne croyons pas
davantage qu’il s’agisse de la «bellissima» Mᵐᵉ de Forcalquier, qu’on a dit maîtresse de
d’Aiguillon (Mémoires sur son ministère) ou encore du baron Scheffer, frère du ministre
suédois. En tout cas, elle fut la fidèle et constante amie de d’Aiguillon, au point d’avoir donné
la démission de sa charge à la cour, le jour où le duc avait remis la sienne entre les mains du
roi. Notons seulement que, dans cette même lettre du 26 août, la duchesse annonçait à Balleroy
le départ de Mᵐᵉ de Forcalquier. Ailleurs (le 21 mai 1772) elle dit qu’elle «ne trouvera pas à
Versailles sa chère Candide».
[355] Devenu ministre, d’Aiguillon avait remplacé Duras au Gouvernement de Bretagne
par le duc de Fitz-James.
[356] Maurepas, disent les Mémoires du ministère d’Aiguillon (p. 61), regretta d’avoir
abandonné son neveu le 2 juin 1774.—On l’appela à cette époque chasse-cousin; d’aucuns
prononçaient Chasse-Coquin. On aurait dû dire chasse-neveu. Mais le mot visait plus encore
La Vrillière qui ne tarda pas du reste à se retirer.
[357] Lettre du 13 septembre 1774.
[358] Lettre du 13 septembre 1774. AN.T 243.
[359] Comte Fleury. Louis XV intime, p. 346.
[360] Lettre du 25 octobre. La mauvaise écriture de la duchesse nous fait lire ce nom: ne
serait-ce pas plutôt Trappes? En tout cas la localité de Trassey est inconnue.
[361] «Votre ami le chancelier a été renvoyé aujourd’hui», écrivait ironiquement le 24 août
à sa nièce, Mᵐᵉ de Maurepas.
[362] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 54 et suiv.
[363] Correspondance secrète (Métra), I (15 décembre).—Le chapitre des rectifications
(Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 333) dit que Maurepas envoya un courrier à la
duchesse, avec ordre d’en dépêcher un à son mari, pour lui mander que l’intention du roi était
que M. d’Aiguillon vînt siéger au Parlement.
[364] Mémoires du ministère d’Aiguillon, pp. 62 et suiv.
[365] La Vrillière n’avait pas encore résigné ses fonctions.
[366] Corresp. M. Argenteau, II, 163. Note donnant d’Aiguillon comme un des «cabaleurs
les plus redoutables pour relever les moindres imprudences de la reine et la calomnier sans
motif». Cette note ajoute que d’Aiguillon persista dans cette voie, même après 1775.
[367] L. de Loménie. Beaumarchais et son temps, 1856, I, pp. 392 et suiv.—Voici le titre de
ce pamphlet, d’après H. d’Almeras. Les Amoureux de M.-Antoinette, p. 192. «Avis à la
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branche espagnole sur les droits de la Couronne de France, à défaut d’héritiers et qui peut être
utile à la famille des Bourbons, surtout à Louis XVI.»—Voir Appendice II.
[368] Corresp. M. Argenteau. Lettres des 28 août et 11 septembre à M.-Thérèse, t. II, p. 224
(note) et 230 (note).—Il est vrai que le 30 octobre, Kaunitz traitera Beaumarchais de «drôle».
[369] Corresp. M. Argenteau. Lettre de M.-Thérèse du 28 septembre, t. II. 239.
[370] Marquis de Ségur. Au couchant de la monarchie, p. 212. «La reine était comparée à
Messaline pour la débauche et pour la cruauté.» Cordeliers et Jacobins, Hébert, Robespierre et
F.-Tinville se rappelleront cette ignoble injure avant et pendant le procès de la reine.
[371] Voir Appendice III.
[372] Linguet. Aiguillonana (Londres, 1775).—Le Napoléon inconnu de M. Frédéric
Masson (1895, t. I, p. 454) donne, d’après le fonds Libri, cette note prise par Napoléon dans sa
jeunesse, sur l’Espion anglais, en février 1789: «Madame (de Maurepas) gouvernait Monsieur,
qui était gouverné par l’abbé de Véri, auditeur de rote à Rome. L’abbé de Véri était économiste
et ami de Turgot, et il le fit choisir pour occuper une place au ministère.»
Nous trouvons cette variante dans Sénac de Meilhan (Le gouvernement, les mœurs, etc.,
suivi des portraits des personnes distinguées de la fin du XVIIIᵉ siècle, édité par M. de
Lescure):
«Le marquis de Poyanne, lieutenant-général et ancien militaire, était un jour à souper à côté
de lui (de Maurepas), cet officier lui dit:
—Monsieur le Comte, quel est ce jeune homme qui est au bout de la table et qui paraît être
de la maison? Il est militaire, à ce que je vois, et je suis surpris de ne pas le connaître.
—Tant pis pour vous, lui dit M. de Maurepas, car c’est l’homme le plus important qu’il y
ait en France; il est l’amant de ma cousine *** (la princesse de Montbarrey) qu’il gouverne; ma
cousine gouverne ma femme, laquelle me gouverne et je gouverne la France.»
[373] Ces lettres appartiennent aux archives du marquis de Chabrillan. Consultées par M.
de Ségur pour son livre Au couchant de la monarchie (1910).
[374] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie.
[375] Augeard. Mémoires secrets (1866), p. 52.—H. Carré. (La Chalotais et le duc
d’Aiguillon, p. 71), signale ces emportements furieux.
[376] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie, p. 202.—D’Aiguillon l’appelait une
«triste demeure».
[377] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 239.
[378] C’était l’hôtel dénommé primitivement hôtel d’Agénois, qui appartint, de nos jours,
au comte de Chabrillan et qui disparut dans le tracé du boulevard Saint-Germain.
[379] Corresp. M. Argenteau. Lettre de M.-Thérèse, 1ᵉʳ avril 1775, t. II, p. 316.
L’impératrice répondait à une dépêche du 18 mars (t. II, p. 315), où Mercy lui signalait la
liaison de la comtesse de Marsan avec Mᵐᵉ de Maurepas «qui conduit son mari» et qu’il
soupçonnait de «mauvaise volonté envers la reine».
Est-ce pour amener une réconciliation entre les partis hostiles qu’à l’occasion du voyage
incognito d’un frère de M.-Antoinette, l’archiduc Maximilien, M. Argenteau avait prié, un mois
auparavant, au même dîner, d’Aiguillon et la comtesse de Brionne, deux irréconciliables
ennemis? Ce fut, en tout cas, un impair formidable. Car la comtesse jeta feu et flamme, et pour
refuser, usa d’un prétexte que lui fournit complaisamment la reine.
utile à la famille des Bourbons, surtout à Louis XVI.»—Voir Appendice II.
[368] Corresp. M. Argenteau. Lettres des 28 août et 11 septembre à M.-Thérèse, t. II, p. 224
(note) et 230 (note).—Il est vrai que le 30 octobre, Kaunitz traitera Beaumarchais de «drôle».
[369] Corresp. M. Argenteau. Lettre de M.-Thérèse du 28 septembre, t. II. 239.
[370] Marquis de Ségur. Au couchant de la monarchie, p. 212. «La reine était comparée à
Messaline pour la débauche et pour la cruauté.» Cordeliers et Jacobins, Hébert, Robespierre et
F.-Tinville se rappelleront cette ignoble injure avant et pendant le procès de la reine.
[371] Voir Appendice III.
[372] Linguet. Aiguillonana (Londres, 1775).—Le Napoléon inconnu de M. Frédéric
Masson (1895, t. I, p. 454) donne, d’après le fonds Libri, cette note prise par Napoléon dans sa
jeunesse, sur l’Espion anglais, en février 1789: «Madame (de Maurepas) gouvernait Monsieur,
qui était gouverné par l’abbé de Véri, auditeur de rote à Rome. L’abbé de Véri était économiste
et ami de Turgot, et il le fit choisir pour occuper une place au ministère.»
Nous trouvons cette variante dans Sénac de Meilhan (Le gouvernement, les mœurs, etc.,
suivi des portraits des personnes distinguées de la fin du XVIIIᵉ siècle, édité par M. de
Lescure):
«Le marquis de Poyanne, lieutenant-général et ancien militaire, était un jour à souper à côté
de lui (de Maurepas), cet officier lui dit:
—Monsieur le Comte, quel est ce jeune homme qui est au bout de la table et qui paraît être
de la maison? Il est militaire, à ce que je vois, et je suis surpris de ne pas le connaître.
—Tant pis pour vous, lui dit M. de Maurepas, car c’est l’homme le plus important qu’il y
ait en France; il est l’amant de ma cousine *** (la princesse de Montbarrey) qu’il gouverne; ma
cousine gouverne ma femme, laquelle me gouverne et je gouverne la France.»
[373] Ces lettres appartiennent aux archives du marquis de Chabrillan. Consultées par M.
de Ségur pour son livre Au couchant de la monarchie (1910).
[374] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie.
[375] Augeard. Mémoires secrets (1866), p. 52.—H. Carré. (La Chalotais et le duc
d’Aiguillon, p. 71), signale ces emportements furieux.
[376] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie, p. 202.—D’Aiguillon l’appelait une
«triste demeure».
[377] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 239.
[378] C’était l’hôtel dénommé primitivement hôtel d’Agénois, qui appartint, de nos jours,
au comte de Chabrillan et qui disparut dans le tracé du boulevard Saint-Germain.
[379] Corresp. M. Argenteau. Lettre de M.-Thérèse, 1ᵉʳ avril 1775, t. II, p. 316.
L’impératrice répondait à une dépêche du 18 mars (t. II, p. 315), où Mercy lui signalait la
liaison de la comtesse de Marsan avec Mᵐᵉ de Maurepas «qui conduit son mari» et qu’il
soupçonnait de «mauvaise volonté envers la reine».
Est-ce pour amener une réconciliation entre les partis hostiles qu’à l’occasion du voyage
incognito d’un frère de M.-Antoinette, l’archiduc Maximilien, M. Argenteau avait prié, un mois
auparavant, au même dîner, d’Aiguillon et la comtesse de Brionne, deux irréconciliables
ennemis? Ce fut, en tout cas, un impair formidable. Car la comtesse jeta feu et flamme, et pour
refuser, usa d’un prétexte que lui fournit complaisamment la reine.
Page 306
[380] Dans sa Miniature française (p. 93), M. H. Bouchot parle d’un décor de ce théâtre,
peint en 1775 d’après Le Tellier.
[381] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie, p. 202.
[382] Suite aux Mémoires de Dumouriez (Paris, Laran, an IV de la Répub.), p. 27 et pièces
justificatives, I.
[383] Moreau. Mes Souvenirs, t. II, pp. 132-137 et suiv.
[384] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie, pp. 207 et suiv.
Les Mémoires de Thiébaut, le père du général, publiés en 1827, prétendent au contraire,
d’après Guines, et ce fut son véritable grief, que d’Aiguillon ne parla même pas au roi de
l’affaire.
[385] Mémoires du ministère d’Aiguillon, pp. 64 et suiv.
[386] Mémoires du ministère d’Aiguillon, pp. 64 et suiv.
[387] Correspondance de M. Argenteau. Lettre du 20 avril à M.-Thérèse, II, 318-321. «On
a fait voir à la reine dans la protection qu’elle accorderait à M. de Guines un moyen de
vengeance contre le duc d’Aiguillon; et ce moyen est répréhensible... toutes mes
représentations n’ont rien arrêté.» Mercy ajoute, il est vrai, par manière de correctif, qu’il a
acquis la conviction que le duc est «le principal acteur de toutes les intrigues contre la reine».
Marie-Thérèse abonde dans le sens de son agent, les «démarches de sa fille contre le duc
d’Aiguillon, tout mauvais sujet qu’il est (elle y tient), lui fournissant une nouvelle preuve de
son penchant à suivre ses volontés et ses sentiments». (Lettre du 4 mai de M.-Thérèse, t. II, p.
327.)
Cette mère, par trop autoritaire, prétendait-elle donc toujours imposer à sa fille «ses
volontés et ses sentiments» à elle?
[388] Le duc de Lévis (Souvenirs, p. 146) reproche à Besenval d’avoir méconnu sciemment
et perfidement «les incontestables talents de M. le duc d’Aiguillon».
[389] Besenval. (Mémoires, 2 vol., collection Baudouin, 1821) t. II, p. 311 et suiv.
[390] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie, p. 211.
[391] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie. Lettres de Mᵐᵉ de Maurepas,
communiquées par M. le Mⁱˢ de Chabrillan.
[392] Moreau. Mes Souvenirs, t. II, p. 137 et suiv.
[393] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie, p. 214 et Arch. Nat. K, 164.
[394] AN.T 243.
[395] Elle fit croire au roi, disent les Mémoires du ministère d’Aiguillon (p. 69), qu’il avait
«intrigué, tripoté, trigaudé».
[396] Mémoires secrets, 8 juin 1775.
[397] Mᵐᵉ Campan. Mémoires, édit. Didot, 1858, p. 190.
[398] Corresp. secrète dite de Métra, t. II, p. 62.—Et les mauvais plaisants de dire: M. de
Guines peut avoir raison; mais il a eu tort pendant trois ans.
[399] Linguet. Aiguillonana, 1777.
[400] Métra. Correspondance secrète, t. I, p. 360, 22 mai 1775.
[401] Métra. Correspondance secrète, t. II, p. 115.
peint en 1775 d’après Le Tellier.
[381] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie, p. 202.
[382] Suite aux Mémoires de Dumouriez (Paris, Laran, an IV de la Répub.), p. 27 et pièces
justificatives, I.
[383] Moreau. Mes Souvenirs, t. II, pp. 132-137 et suiv.
[384] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie, pp. 207 et suiv.
Les Mémoires de Thiébaut, le père du général, publiés en 1827, prétendent au contraire,
d’après Guines, et ce fut son véritable grief, que d’Aiguillon ne parla même pas au roi de
l’affaire.
[385] Mémoires du ministère d’Aiguillon, pp. 64 et suiv.
[386] Mémoires du ministère d’Aiguillon, pp. 64 et suiv.
[387] Correspondance de M. Argenteau. Lettre du 20 avril à M.-Thérèse, II, 318-321. «On
a fait voir à la reine dans la protection qu’elle accorderait à M. de Guines un moyen de
vengeance contre le duc d’Aiguillon; et ce moyen est répréhensible... toutes mes
représentations n’ont rien arrêté.» Mercy ajoute, il est vrai, par manière de correctif, qu’il a
acquis la conviction que le duc est «le principal acteur de toutes les intrigues contre la reine».
Marie-Thérèse abonde dans le sens de son agent, les «démarches de sa fille contre le duc
d’Aiguillon, tout mauvais sujet qu’il est (elle y tient), lui fournissant une nouvelle preuve de
son penchant à suivre ses volontés et ses sentiments». (Lettre du 4 mai de M.-Thérèse, t. II, p.
327.)
Cette mère, par trop autoritaire, prétendait-elle donc toujours imposer à sa fille «ses
volontés et ses sentiments» à elle?
[388] Le duc de Lévis (Souvenirs, p. 146) reproche à Besenval d’avoir méconnu sciemment
et perfidement «les incontestables talents de M. le duc d’Aiguillon».
[389] Besenval. (Mémoires, 2 vol., collection Baudouin, 1821) t. II, p. 311 et suiv.
[390] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie, p. 211.
[391] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie. Lettres de Mᵐᵉ de Maurepas,
communiquées par M. le Mⁱˢ de Chabrillan.
[392] Moreau. Mes Souvenirs, t. II, p. 137 et suiv.
[393] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie, p. 214 et Arch. Nat. K, 164.
[394] AN.T 243.
[395] Elle fit croire au roi, disent les Mémoires du ministère d’Aiguillon (p. 69), qu’il avait
«intrigué, tripoté, trigaudé».
[396] Mémoires secrets, 8 juin 1775.
[397] Mᵐᵉ Campan. Mémoires, édit. Didot, 1858, p. 190.
[398] Corresp. secrète dite de Métra, t. II, p. 62.—Et les mauvais plaisants de dire: M. de
Guines peut avoir raison; mais il a eu tort pendant trois ans.
[399] Linguet. Aiguillonana, 1777.
[400] Métra. Correspondance secrète, t. I, p. 360, 22 mai 1775.
[401] Métra. Correspondance secrète, t. II, p. 115.
Page 307
[402] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, pp. 182-186.
[403] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, pp. 182-186.
[404] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, p. 184.
[405] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, pp. 185-186.
[406] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 70.
[407] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 70.
[408] Belleval. Souvenirs, p. 186.
[409] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie. (D’après le Journal de Véri).—Par une
coïncidence assez curieuse, Moreau (Souvenirs, t. II, pp. 196-197), raconte une partie de ces
conférences à peu près dans les mêmes termes. «La princesse de Beauvau et la duchesse de
Grammont soufflaient, dit-il, la haine dans le cœur de la reine.» Mais Véri le conseiller de Mᵐᵉ
de Maurepas, Moreau celui de d’Aiguillon, avaient dû recevoir une même impression des deux
côtés.
«Chaque jour, écrit M. de Nolhac (La Reine Marie-Antoinette, 1890, in-4º, p. 11), elle (la
reine) attaque le ministre chez le roi: Mᵐᵉ de Maurepas, qui est sa tante, le défend auprès de son
mari; mais celui-ci ne tient pas plus à ses amis qu’à ses principes: il abandonne d’Aiguillon à la
reine. C’était d’ailleurs un maigre service qu’il rendait à Marie-Antoinette... Maurepas habite à
Versailles très près du roi et peut pénétrer chez lui à toute heure par un escalier privé. Que de
fois la reine est surprise de voir détruit le soir, sans qu’elle sache comment, l’effet d’un
entretien du matin avec son mari!»
[410] Marquis de Ségur. Au couchant de la monarchie, p. 219.
[411] Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon, p. 70.
[412] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, p. 187.—Le 7 juin, Belleval reçut sa
commission de capitaine de cavalerie, il la devait aux démarches de d’Aiguillon.
[413] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie.—A entendre Besenval (Mémoires, I, p.
314), ce serait lui qui aurait indiqué le lieu d’exil à la reine dans ses entretiens avec elle. «Il
fallait qu’il allât à Aiguillon: il tournait en ridicule l’ordre d’aller à Véretz.»
[414] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 72.
[415] Moreau. Mes Souvenirs, t. II, p. 197.
[416] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie.
[417] Corresp. secrète M. Argenteau. Lettre de M.-Antoinette à M.-Thérèse, 22 juin 1775,
II, 344.
[418] La Bretagne féodale et militaire, 1879.—Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 336.
[419] Corresp. Mercy-Argenteau, t. II, 362.—Le comte de Rosemberg était un fidèle des
archiducs Joseph et Maximilien.
[420] Mémoires de Besenval, t. I, p. 316.
[421] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, p. 189.
[422] Corresp. M. Argenteau. Lettre de M.-Thérèse, 31 juillet 1775, t. II, p. 360. M.-
Thérèse lui recommande de brûler sa lettre et la copie.
[423] Belleval dit que d’Aiguillon reçut le 9 l’ordre verbal; mais Maurepas l’avait
évidemment prévenu deux ou trois jours à l’avance.
[424] Lettre publiée dans le Bulletin du Bibliophile de 1882, p. 104.
[403] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, pp. 182-186.
[404] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, p. 184.
[405] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, pp. 185-186.
[406] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 70.
[407] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 70.
[408] Belleval. Souvenirs, p. 186.
[409] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie. (D’après le Journal de Véri).—Par une
coïncidence assez curieuse, Moreau (Souvenirs, t. II, pp. 196-197), raconte une partie de ces
conférences à peu près dans les mêmes termes. «La princesse de Beauvau et la duchesse de
Grammont soufflaient, dit-il, la haine dans le cœur de la reine.» Mais Véri le conseiller de Mᵐᵉ
de Maurepas, Moreau celui de d’Aiguillon, avaient dû recevoir une même impression des deux
côtés.
«Chaque jour, écrit M. de Nolhac (La Reine Marie-Antoinette, 1890, in-4º, p. 11), elle (la
reine) attaque le ministre chez le roi: Mᵐᵉ de Maurepas, qui est sa tante, le défend auprès de son
mari; mais celui-ci ne tient pas plus à ses amis qu’à ses principes: il abandonne d’Aiguillon à la
reine. C’était d’ailleurs un maigre service qu’il rendait à Marie-Antoinette... Maurepas habite à
Versailles très près du roi et peut pénétrer chez lui à toute heure par un escalier privé. Que de
fois la reine est surprise de voir détruit le soir, sans qu’elle sache comment, l’effet d’un
entretien du matin avec son mari!»
[410] Marquis de Ségur. Au couchant de la monarchie, p. 219.
[411] Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon, p. 70.
[412] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, p. 187.—Le 7 juin, Belleval reçut sa
commission de capitaine de cavalerie, il la devait aux démarches de d’Aiguillon.
[413] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie.—A entendre Besenval (Mémoires, I, p.
314), ce serait lui qui aurait indiqué le lieu d’exil à la reine dans ses entretiens avec elle. «Il
fallait qu’il allât à Aiguillon: il tournait en ridicule l’ordre d’aller à Véretz.»
[414] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 72.
[415] Moreau. Mes Souvenirs, t. II, p. 197.
[416] Mⁱˢ de Ségur. Au couchant de la monarchie.
[417] Corresp. secrète M. Argenteau. Lettre de M.-Antoinette à M.-Thérèse, 22 juin 1775,
II, 344.
[418] La Bretagne féodale et militaire, 1879.—Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 336.
[419] Corresp. Mercy-Argenteau, t. II, 362.—Le comte de Rosemberg était un fidèle des
archiducs Joseph et Maximilien.
[420] Mémoires de Besenval, t. I, p. 316.
[421] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, p. 189.
[422] Corresp. M. Argenteau. Lettre de M.-Thérèse, 31 juillet 1775, t. II, p. 360. M.-
Thérèse lui recommande de brûler sa lettre et la copie.
[423] Belleval dit que d’Aiguillon reçut le 9 l’ordre verbal; mais Maurepas l’avait
évidemment prévenu deux ou trois jours à l’avance.
[424] Lettre publiée dans le Bulletin du Bibliophile de 1882, p. 104.
Page 308
[425] Mémoires du ministère d’Aiguillon, pp. 70 et suiv.
[426] Dans le chapitre des rectifications de ces Mémoires, écrit évidemment sous
l’inspiration et avec les notes de la duchesse, il est dit (page 336) que «M. d’Aiguillon alla à
Pontchartrain avec Mᵐᵉ d’Aiguillon, faire ses adieux à M. de Maurepas, mais qu’il n’y eut
aucune explication».
[427] Une partie de ces lettres a paru dans le livre de M. le Mⁱˢ de Ségur; nous devons la
communication des autres à la bienveillance du marquis de Chabrillan.
[428] Lettre de M. Argenteau à M.-Thérèse, 17 juillet.
[429] Bulletin du Bibliophile, 1882, p. 104.
[430] Mémoires secrets, 13 juin 1775.
[431] AN.T 243. Lettre du 16 juin à M. de Balleroy. Pièces justificatives, II.
[432] Lettre datée de Paris, 3 août 1775.
[433] Revue d’Histoire littéraire de la France, t. III, pp. 332-347.
[434] Belleval. Souvenirs, p. 187.
[435] Revue de l’Agenais, t. VI (1879), p. 469.
[436] Les Entretiens de l’autre monde (Cythère, 1785).
[437] H. Carré. La Chalotais et le duc d’Aiguillon, pp. 71-72 et passim dans la
Correspondance Fontette-de La Noue.
[438] Mémoires de Lauzun (édit. Lacour, 1858), p. 249.
[439] Bulletin du Bibliophile, année 1882.
[440] Cette lettre, si importante, appartient aux archives Chabrillan: elle est assez difficile à
déchiffrer; et plusieurs mots nous en sont restés peu intelligibles.
[441] Le maréchal comte de Muy avait succédé à d’Aiguillon comme ministre de la guerre.
C’était un honnête homme et un ami de Maurepas.
[442] L’abbé Jacques de Vermond était alors lecteur de la reine. C’était, nous l’avons dit,
un surveillant, que, sur l’indication de M. Argenteau, Marie-Thérèse avait donné à la Dauphine.
Le Dauphin ne l’aimait pas. Vermond reprit faveur à l’affaire du Collier.
[443] Sa situation était fortement battue en brèche. Et le comte de Provence, tout le
premier, lui décochait, le 1ᵉʳ avril 1776, sous le voile de l’anonyme, un terrible pamphlet
intitulé le Songe de M. de Maurepas, ou les Machines du gouvernement français, ou encore les
Mannequins (Louis XVI était le premier de tous), qui daubait vigoureusement sur le ministre,
sa femme et l’abbé de Véri. L’appréciation de la duchesse d’Aiguillon (p. 281) ne manquait
donc pas d’à-propos sur ce f... ministère, comme l’appelait Malesherbes, d’après les Souvenirs
de Moreau.
[444] Peut-être bien l’abbé de Véri, ou l’évêque Desnos.
[445] Lettre du 22 mars 1776.
[446] AN.T 243. Lettre du 5 avril.
[447] AN.T 243. Lettre du 12 avril.
[448] Archives Chabrillan. Lettre du 3 août 1775. La Vrillière, à moitié gâteux, ne
pouvait se résoudre à quitter sa place, malgré que Maurepas l’eût averti qu’il était temps de
partir. Il fallut que le roi lui dise brutalement: «Oui, Monsieur, je trouve bon que vous songiez à
[426] Dans le chapitre des rectifications de ces Mémoires, écrit évidemment sous
l’inspiration et avec les notes de la duchesse, il est dit (page 336) que «M. d’Aiguillon alla à
Pontchartrain avec Mᵐᵉ d’Aiguillon, faire ses adieux à M. de Maurepas, mais qu’il n’y eut
aucune explication».
[427] Une partie de ces lettres a paru dans le livre de M. le Mⁱˢ de Ségur; nous devons la
communication des autres à la bienveillance du marquis de Chabrillan.
[428] Lettre de M. Argenteau à M.-Thérèse, 17 juillet.
[429] Bulletin du Bibliophile, 1882, p. 104.
[430] Mémoires secrets, 13 juin 1775.
[431] AN.T 243. Lettre du 16 juin à M. de Balleroy. Pièces justificatives, II.
[432] Lettre datée de Paris, 3 août 1775.
[433] Revue d’Histoire littéraire de la France, t. III, pp. 332-347.
[434] Belleval. Souvenirs, p. 187.
[435] Revue de l’Agenais, t. VI (1879), p. 469.
[436] Les Entretiens de l’autre monde (Cythère, 1785).
[437] H. Carré. La Chalotais et le duc d’Aiguillon, pp. 71-72 et passim dans la
Correspondance Fontette-de La Noue.
[438] Mémoires de Lauzun (édit. Lacour, 1858), p. 249.
[439] Bulletin du Bibliophile, année 1882.
[440] Cette lettre, si importante, appartient aux archives Chabrillan: elle est assez difficile à
déchiffrer; et plusieurs mots nous en sont restés peu intelligibles.
[441] Le maréchal comte de Muy avait succédé à d’Aiguillon comme ministre de la guerre.
C’était un honnête homme et un ami de Maurepas.
[442] L’abbé Jacques de Vermond était alors lecteur de la reine. C’était, nous l’avons dit,
un surveillant, que, sur l’indication de M. Argenteau, Marie-Thérèse avait donné à la Dauphine.
Le Dauphin ne l’aimait pas. Vermond reprit faveur à l’affaire du Collier.
[443] Sa situation était fortement battue en brèche. Et le comte de Provence, tout le
premier, lui décochait, le 1ᵉʳ avril 1776, sous le voile de l’anonyme, un terrible pamphlet
intitulé le Songe de M. de Maurepas, ou les Machines du gouvernement français, ou encore les
Mannequins (Louis XVI était le premier de tous), qui daubait vigoureusement sur le ministre,
sa femme et l’abbé de Véri. L’appréciation de la duchesse d’Aiguillon (p. 281) ne manquait
donc pas d’à-propos sur ce f... ministère, comme l’appelait Malesherbes, d’après les Souvenirs
de Moreau.
[444] Peut-être bien l’abbé de Véri, ou l’évêque Desnos.
[445] Lettre du 22 mars 1776.
[446] AN.T 243. Lettre du 5 avril.
[447] AN.T 243. Lettre du 12 avril.
[448] Archives Chabrillan. Lettre du 3 août 1775. La Vrillière, à moitié gâteux, ne
pouvait se résoudre à quitter sa place, malgré que Maurepas l’eût averti qu’il était temps de
partir. Il fallut que le roi lui dise brutalement: «Oui, Monsieur, je trouve bon que vous songiez à
Page 309
votre retraite». Une pension de 60.000 livres le consola de sa démission forcée. (Mⁱˢ de Ségur.
Au couchant de la monarchie, p. 247.)
[449] AN.T 243. Lettre du 10 mai 1776.
[450] AN.T 243. Lettre du 24 mai.
[451] Lettre de M. Argenteau à M.-Thérèse, II, p. 447, 16 mai 1776.—Cet engouement de
M.-Antoinette sera encore d’assez longue durée. Mercy-Argenteau déplorait en 1779 que la
reine eût accepté comme garde-malade, pendant sa rougeole, le duc de Guines.
M.-Thérèse avait fini par écrire à sa fille que Guines passait pour la diriger. M.-Antoinette
répondit, non sans aigreur, à sa mère, pour nier une telle influence. Mais la faveur de Guines
commençait à baisser: d’autres amitiés fixaient déjà pour quelques heures la frivolité de la
reine.
[452] Mémoires de Lauzun. Edition L. Lacour (1858, Paris), p. 251.
Ce fut le 12 mai, écrit le comte de Creutz, que M. de Guines fut nommé duc; et dans une
lettre de Mercy à M.-Thérèse, du 16 mai, l’ambassadeur d’Autriche écrit que la faveur
accordée à Guines avait tellement surexcité Marie-Antoinette, que, sans les observations de
Mercy, elle eût fait envoyer Turgot à la Bastille et chasser Vergennes (t. II, p. 446).
[453] Bulletin du Bibliophile, année 1882, p. 122.
[454] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, p. 189.
[455] Moreau. Mes souvenirs, t. II, p. 197.
[456] Archives Chabrillan.
[457] Archives Chabrillan.
[458] Correspondance secrète de M. Argenteau, II, p. 462.
[459] Cette «demi-grâce», comme on dit alors, fut assez vivement critiquée. «Je
comprends, écrivait le 8 juillet la duchesse d’Aiguillon, que la restriction, très dure et inutile,
que la reine a voulu mettre à notre liberté, ait choqué le public.»
[460] Lettre du 16 juillet 1776, t. II, p. 465. (Corresp. secrète de M. Argenteau. Lettre de
Mercy à M.-Thérèse.)
[461] Belleval. Mémoires d’un chevau-léger, p. 189.
[462] Lettre de M. de Maurepas au duc d’Aiguillon, 20 décembre 1776.
[463] La Correspondance secrète, éditée par M. de Lescure (2 vol., 1865), dit, les 24
janvier et 4 mars 1777, «qu’il est toujours bruit du retour de d’Aiguillon au ministère».
[464] M. de Ségur, dans son livre si intéressant et si vrai, Au couchant de la monarchie (C.
Lévy, 1910), donne un joli portrait de Mᵐᵉ de Maurepas, d’après le Journal inédit de l’abbé de
Véri.
La comtesse était, comme sa sœur et sa nièce, dépourvue de beauté; de plus elle n’avait ni
«les grâces de l’esprit, ni les agréments de l’étude, mais un sens droit, un jugement vrai, un
sentiment noble, un désir toujours soutenu de faire plaisir aux autres, un attachement invariable
pour ceux qu’elle aimait».
Elle avait soixante-seize ans quand son mari revint au pouvoir, et si ce retour inespéré de
fortune, à un âge aussi avancé, lui laissa entrevoir ce que pouvait en attendre sa famille dans un
avenir prochain, elle en redouta le lourd fardeau pour Maurepas. Ses amis, dit Mᵐᵉ de Genlis
(Souvenirs de Félicie), appelaient ce couple, toujours tendrement uni, Philémon et Baucis. «Il
n’y a plus de Baucis à Versailles, soupirait mélancoliquement Mᵐᵉ de Maurepas; je ne vois plus
mon mari; tout ce travail le tuera.»
Au couchant de la monarchie, p. 247.)
[449] AN.T 243. Lettre du 10 mai 1776.
[450] AN.T 243. Lettre du 24 mai.
[451] Lettre de M. Argenteau à M.-Thérèse, II, p. 447, 16 mai 1776.—Cet engouement de
M.-Antoinette sera encore d’assez longue durée. Mercy-Argenteau déplorait en 1779 que la
reine eût accepté comme garde-malade, pendant sa rougeole, le duc de Guines.
M.-Thérèse avait fini par écrire à sa fille que Guines passait pour la diriger. M.-Antoinette
répondit, non sans aigreur, à sa mère, pour nier une telle influence. Mais la faveur de Guines
commençait à baisser: d’autres amitiés fixaient déjà pour quelques heures la frivolité de la
reine.
[452] Mémoires de Lauzun. Edition L. Lacour (1858, Paris), p. 251.
Ce fut le 12 mai, écrit le comte de Creutz, que M. de Guines fut nommé duc; et dans une
lettre de Mercy à M.-Thérèse, du 16 mai, l’ambassadeur d’Autriche écrit que la faveur
accordée à Guines avait tellement surexcité Marie-Antoinette, que, sans les observations de
Mercy, elle eût fait envoyer Turgot à la Bastille et chasser Vergennes (t. II, p. 446).
[453] Bulletin du Bibliophile, année 1882, p. 122.
[454] Belleval. Souvenirs d’un chevau-léger, p. 189.
[455] Moreau. Mes souvenirs, t. II, p. 197.
[456] Archives Chabrillan.
[457] Archives Chabrillan.
[458] Correspondance secrète de M. Argenteau, II, p. 462.
[459] Cette «demi-grâce», comme on dit alors, fut assez vivement critiquée. «Je
comprends, écrivait le 8 juillet la duchesse d’Aiguillon, que la restriction, très dure et inutile,
que la reine a voulu mettre à notre liberté, ait choqué le public.»
[460] Lettre du 16 juillet 1776, t. II, p. 465. (Corresp. secrète de M. Argenteau. Lettre de
Mercy à M.-Thérèse.)
[461] Belleval. Mémoires d’un chevau-léger, p. 189.
[462] Lettre de M. de Maurepas au duc d’Aiguillon, 20 décembre 1776.
[463] La Correspondance secrète, éditée par M. de Lescure (2 vol., 1865), dit, les 24
janvier et 4 mars 1777, «qu’il est toujours bruit du retour de d’Aiguillon au ministère».
[464] M. de Ségur, dans son livre si intéressant et si vrai, Au couchant de la monarchie (C.
Lévy, 1910), donne un joli portrait de Mᵐᵉ de Maurepas, d’après le Journal inédit de l’abbé de
Véri.
La comtesse était, comme sa sœur et sa nièce, dépourvue de beauté; de plus elle n’avait ni
«les grâces de l’esprit, ni les agréments de l’étude, mais un sens droit, un jugement vrai, un
sentiment noble, un désir toujours soutenu de faire plaisir aux autres, un attachement invariable
pour ceux qu’elle aimait».
Elle avait soixante-seize ans quand son mari revint au pouvoir, et si ce retour inespéré de
fortune, à un âge aussi avancé, lui laissa entrevoir ce que pouvait en attendre sa famille dans un
avenir prochain, elle en redouta le lourd fardeau pour Maurepas. Ses amis, dit Mᵐᵉ de Genlis
(Souvenirs de Félicie), appelaient ce couple, toujours tendrement uni, Philémon et Baucis. «Il
n’y a plus de Baucis à Versailles, soupirait mélancoliquement Mᵐᵉ de Maurepas; je ne vois plus
mon mari; tout ce travail le tuera.»
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Les nouvellistes ne lui épargnaient pas leurs moqueries. Ils les représentaient à un bal paré
de la Cour, le comte en Cupidon, la comtesse en Vénus (Corresp. secrète, éditée par Lescure, I,
246).
Les Mémoires secrets (t. XI, p. 233), sont autrement cruels pour Mᵐᵉ de Maurepas. Invitée,
en mai 1778, à Marly (c’était la première fois que lui incombait un tel honneur), elle avait été
reçue à dîner par la reine; et comme elle n’osait rien refuser à M.-Antoinette, elle revint à
Versailles avec une effroyable indigestion. Les Mémoires secrets profitent de la circonstance
pour railler la vanité excessive de Mᵐᵉ de Maurepas et pour parler de l’aversion qu’inspirent à
la reine le mari et la femme: «c’est un trait de politique de la reine pour plaire au roi qui a
beaucoup d’amitié pour la comtesse».
[465] Journal de Hardy (BN. Mss. 6682), 18 mai 1776.
[466] Journal de Hardy (BN. Mss. 6682), 17 août 1776.
[467] Lettre de Mercy à M.-Thérèse, t. III, p. 41, 16 avril 1777.—Voir les Archives de la
Bastille.—Mémoires secrets.—Correspondance secrète (édit. Lescure), t. I, pp. 36 et suiv.
[468] Lettre de M. de Maurepas à M. d’Aiguillon, 20 décembre 1776.
[469] AN.T 243. Lettre au chevalier de Balleroy, 10 mars 1779.—Le 14, Mᵐᵉ d’Aiguillon
lui demande si «M. de la Vrillière est mort de chagrin, comme on le lui a dit».
[470] AN.T 243. Lettre du 21 avril.
[471] AN.T 243. Lettre du 14 mars 1777. Ce Du Châtelet devait être de la branche Clémont
et, de ce fait, parent, par les Mailly, de la duchesse d’Aiguillon. Châteauneuf-La Vrillière fut
vendu, après la mort de son propriétaire, huit cent mille livres au prince de Guéméné-
Montbazon, de qui le duc de Penthièvre l’acheta en 1783. (L’abbé Bardin. Châteauneuf, 1864,
pp. 79 et suivantes.)
[472] AN.T 243. Lettre du 14 septembre 1777.—C’était un hôtel de la rue qui porte
aujourd’hui le nom de Saint-Florentin. Maurepas en demandait 250.000 francs. Le duc de Fitz-
James en fut l’acquéreur. L’hôtel des Maurepas était situé rue de Grenelle (nº 75 actuel).
[473] AN.T 243. Lettre du 7 avril 1777.—En mars, Maurepas était souffrant; et Balleroy
était allé prendre de ses nouvelles dont la duchesse le remerciait: «Votre lettre, lui disait-elle,
est une liste de malades».
[474] AN.T 243. Lettre du 5 mai.
[475] AN.T 243. Lettre du 19 mai.
[476] AN.T 243. Lettre du 25 juin.
[477] AN.T 243. Lettre du 26 juin.
[478] AN.T 243. Lettre du 26 juillet 1777.
[479] AN.T 243. Lettre du 25 juin (du duc d’Aiguillon).
[480] AN.T 243. Lettre du 7 août (de Mᵐᵉ d’Aiguillon). Le prince de Salm-Kirtzbourg était
un viveur qui ruina toutes ses maîtresses, la marquise de Jaucourt entre autres. Corresp. secrète
(édit. Lescure) I, 269.—Le duc de Mazarin devait être lord Mazarene, perdu de dettes et de
débauches, toujours sous le coup de la contrainte par corps.
[481] AN.T 243. Lettre du 7 août (de Mᵐᵉ d’Aiguillon).
[482] AN.T 243. Lettre du 14 septembre (de M. d’Aiguillon).
[483] AN.T 243. Lettre du 19 mai.—Voir le dossier Saint-Vincent aux Archives de la
Bastille, 12437.
de la Cour, le comte en Cupidon, la comtesse en Vénus (Corresp. secrète, éditée par Lescure, I,
246).
Les Mémoires secrets (t. XI, p. 233), sont autrement cruels pour Mᵐᵉ de Maurepas. Invitée,
en mai 1778, à Marly (c’était la première fois que lui incombait un tel honneur), elle avait été
reçue à dîner par la reine; et comme elle n’osait rien refuser à M.-Antoinette, elle revint à
Versailles avec une effroyable indigestion. Les Mémoires secrets profitent de la circonstance
pour railler la vanité excessive de Mᵐᵉ de Maurepas et pour parler de l’aversion qu’inspirent à
la reine le mari et la femme: «c’est un trait de politique de la reine pour plaire au roi qui a
beaucoup d’amitié pour la comtesse».
[465] Journal de Hardy (BN. Mss. 6682), 18 mai 1776.
[466] Journal de Hardy (BN. Mss. 6682), 17 août 1776.
[467] Lettre de Mercy à M.-Thérèse, t. III, p. 41, 16 avril 1777.—Voir les Archives de la
Bastille.—Mémoires secrets.—Correspondance secrète (édit. Lescure), t. I, pp. 36 et suiv.
[468] Lettre de M. de Maurepas à M. d’Aiguillon, 20 décembre 1776.
[469] AN.T 243. Lettre au chevalier de Balleroy, 10 mars 1779.—Le 14, Mᵐᵉ d’Aiguillon
lui demande si «M. de la Vrillière est mort de chagrin, comme on le lui a dit».
[470] AN.T 243. Lettre du 21 avril.
[471] AN.T 243. Lettre du 14 mars 1777. Ce Du Châtelet devait être de la branche Clémont
et, de ce fait, parent, par les Mailly, de la duchesse d’Aiguillon. Châteauneuf-La Vrillière fut
vendu, après la mort de son propriétaire, huit cent mille livres au prince de Guéméné-
Montbazon, de qui le duc de Penthièvre l’acheta en 1783. (L’abbé Bardin. Châteauneuf, 1864,
pp. 79 et suivantes.)
[472] AN.T 243. Lettre du 14 septembre 1777.—C’était un hôtel de la rue qui porte
aujourd’hui le nom de Saint-Florentin. Maurepas en demandait 250.000 francs. Le duc de Fitz-
James en fut l’acquéreur. L’hôtel des Maurepas était situé rue de Grenelle (nº 75 actuel).
[473] AN.T 243. Lettre du 7 avril 1777.—En mars, Maurepas était souffrant; et Balleroy
était allé prendre de ses nouvelles dont la duchesse le remerciait: «Votre lettre, lui disait-elle,
est une liste de malades».
[474] AN.T 243. Lettre du 5 mai.
[475] AN.T 243. Lettre du 19 mai.
[476] AN.T 243. Lettre du 25 juin.
[477] AN.T 243. Lettre du 26 juin.
[478] AN.T 243. Lettre du 26 juillet 1777.
[479] AN.T 243. Lettre du 25 juin (du duc d’Aiguillon).
[480] AN.T 243. Lettre du 7 août (de Mᵐᵉ d’Aiguillon). Le prince de Salm-Kirtzbourg était
un viveur qui ruina toutes ses maîtresses, la marquise de Jaucourt entre autres. Corresp. secrète
(édit. Lescure) I, 269.—Le duc de Mazarin devait être lord Mazarene, perdu de dettes et de
débauches, toujours sous le coup de la contrainte par corps.
[481] AN.T 243. Lettre du 7 août (de Mᵐᵉ d’Aiguillon).
[482] AN.T 243. Lettre du 14 septembre (de M. d’Aiguillon).
[483] AN.T 243. Lettre du 19 mai.—Voir le dossier Saint-Vincent aux Archives de la
Bastille, 12437.
Page 311
[484] AN.T 243. Lettre du 12 septembre.
[485] AN.T 213. Lettre du 3 octobre.
[486] AN.T 243. Lettre du 14 septembre, du duc d’Aiguillon.
[487] Corresp. M. Argenteau, t. III, 15 juin 1777.—Dans ce même journal (p. 75), Mercy
note que l’empereur Joseph et l’abbé de Véri sont restés une heure ensemble et seuls.
[488] Bulletin du Bibliophile, 1882 (lettre de décembre 1777).
[489] Lettre du duc, 3 novembre 1777.
[490] AN.T 243. Lettre du 3 janvier 1778.
[491] Ce Desnos avait été envoyé en disgrâce de Rennes à Verdun, après une querelle des
plus vives avec Girac, cet évêque de Saint-Brieuc qui avait si prestement tourné casaque à
d’Aiguillon. La cause du conflit qui s’était élevé entre les deux prélats ne laissait pas d’être
curieuse: les jésuites avaient fait vendre leur argenterie; et Desnos prétendait que Girac s’était
approprié le produit de la vente. Les haines des évêques entre eux sont bien des haines de
dévots. Girac remplaça Desnos à Rennes le 22 décembre 1769. (Journal historique de la
Révolution opérée dans la Constitution de la Monarchie française par M. de Maupeou, 7 vol.,
t. III, p. 170.)
[492] AN.T 243. Lettre du 21 janvier 1778.—La Bohémienne, comédie en 2 actes de
Monston (Opéra Comique, 1755).
[493] Revue de Bretagne et de Vendée, 1894 (article de Calan).—L’Espion français, t. VIII,
p. 91.
[494] AN.T 243. Lettre du 22 juin 1778.
[495] AN.T 243. Lettre du 28 août 1778.
[496] AN.T 243. Lettre du 21 septembre 1778.
[497] AN.T 243. Lettre du 24 juillet.—Nous sommes étonné que la duchesse n’ait pas parlé
à Balleroy de la mort de Voltaire, survenue près de trois mois auparavant. Les œuvres du
philosophe lui étaient cependant familières: car elle envoyait, en juillet 1768, au chevalier, une
pièce de vers de Voltaire sur un navire de Saint-Malo qui portait le nom du poète. Elle
appréciait cette œuvre, d’ailleurs médiocre, avec l’ironie qui perce sous le fait-divers du 24
juillet 1778.
[498] ANT. 243. Lettre du 21 août.—Le comte de Broglie avait intenté un procès à l’abbé
Georgel, sous prétexte que ce jésuite l’avait calomnié auprès de Maurepas. Le Parlement le
débouta purement et simplement. (De Broglie. Le secret du roi, II, 586.)
[499] C’était, dit la Correspondance secrète (édit. Lescure, I, 202), beaucoup plus pour la
grossesse de la reine que pour «la petite victoire navale du duc de Chartres».
[500] AN.T 243. Lettre du 22 décembre.
[501] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 198.—Le 6 février 1778, un traité d’alliance et
de commerce avait été conclu entre la France et les Etats-Unis.
[502] AN.T 243. Lettre du 25 décembre.—S’agit-il de ce rouleau de louis faux donné
comme payement à Marly, dont parle la Correspondance secrète (édit. Lescure), t. I, p. 236.
[503] Belleval. Souvenirs, p. 132.
[504] Cette lettre est reproduite en fac-similé dans l’édition illustrée du livre de M. Claude
Saint-André sur Mᵐᵉ Du Barry (éditeur Emile-Paul).
[485] AN.T 213. Lettre du 3 octobre.
[486] AN.T 243. Lettre du 14 septembre, du duc d’Aiguillon.
[487] Corresp. M. Argenteau, t. III, 15 juin 1777.—Dans ce même journal (p. 75), Mercy
note que l’empereur Joseph et l’abbé de Véri sont restés une heure ensemble et seuls.
[488] Bulletin du Bibliophile, 1882 (lettre de décembre 1777).
[489] Lettre du duc, 3 novembre 1777.
[490] AN.T 243. Lettre du 3 janvier 1778.
[491] Ce Desnos avait été envoyé en disgrâce de Rennes à Verdun, après une querelle des
plus vives avec Girac, cet évêque de Saint-Brieuc qui avait si prestement tourné casaque à
d’Aiguillon. La cause du conflit qui s’était élevé entre les deux prélats ne laissait pas d’être
curieuse: les jésuites avaient fait vendre leur argenterie; et Desnos prétendait que Girac s’était
approprié le produit de la vente. Les haines des évêques entre eux sont bien des haines de
dévots. Girac remplaça Desnos à Rennes le 22 décembre 1769. (Journal historique de la
Révolution opérée dans la Constitution de la Monarchie française par M. de Maupeou, 7 vol.,
t. III, p. 170.)
[492] AN.T 243. Lettre du 21 janvier 1778.—La Bohémienne, comédie en 2 actes de
Monston (Opéra Comique, 1755).
[493] Revue de Bretagne et de Vendée, 1894 (article de Calan).—L’Espion français, t. VIII,
p. 91.
[494] AN.T 243. Lettre du 22 juin 1778.
[495] AN.T 243. Lettre du 28 août 1778.
[496] AN.T 243. Lettre du 21 septembre 1778.
[497] AN.T 243. Lettre du 24 juillet.—Nous sommes étonné que la duchesse n’ait pas parlé
à Balleroy de la mort de Voltaire, survenue près de trois mois auparavant. Les œuvres du
philosophe lui étaient cependant familières: car elle envoyait, en juillet 1768, au chevalier, une
pièce de vers de Voltaire sur un navire de Saint-Malo qui portait le nom du poète. Elle
appréciait cette œuvre, d’ailleurs médiocre, avec l’ironie qui perce sous le fait-divers du 24
juillet 1778.
[498] ANT. 243. Lettre du 21 août.—Le comte de Broglie avait intenté un procès à l’abbé
Georgel, sous prétexte que ce jésuite l’avait calomnié auprès de Maurepas. Le Parlement le
débouta purement et simplement. (De Broglie. Le secret du roi, II, 586.)
[499] C’était, dit la Correspondance secrète (édit. Lescure, I, 202), beaucoup plus pour la
grossesse de la reine que pour «la petite victoire navale du duc de Chartres».
[500] AN.T 243. Lettre du 22 décembre.
[501] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 198.—Le 6 février 1778, un traité d’alliance et
de commerce avait été conclu entre la France et les Etats-Unis.
[502] AN.T 243. Lettre du 25 décembre.—S’agit-il de ce rouleau de louis faux donné
comme payement à Marly, dont parle la Correspondance secrète (édit. Lescure), t. I, p. 236.
[503] Belleval. Souvenirs, p. 132.
[504] Cette lettre est reproduite en fac-similé dans l’édition illustrée du livre de M. Claude
Saint-André sur Mᵐᵉ Du Barry (éditeur Emile-Paul).
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[505] AN.T 243. Lettre du 21 décembre.—L’épreuve villageoise de Grétry.—La famille
extravagante, 1 acte, de Legrand, musique de Guilliers (Comédie Française, 1769).
[506] AN.T 243. Lettre du 1ᵉʳ janvier 1779.
[507] AN.T 243. Lettre du 22 janvier 1779.
[508] AN.T 243. Lettre du 29 mars 1779.
[509] AN.T 243. Lettre du 3 avril.—Le 16 août, le duc le félicitera «par avance» de sa
nomination de commandeur.
[510] AN.T 243. Lettre du 26 juillet (lettre du duc d’Aiguillon).
[511] AN.T 243. Lettre du 28 août (lettre du duc d’Aiguillon).
[512] AN.T 243. Lettre du duc d’Aiguillon, du 8 mai 1779.
[513] AN.T 243. Lettre de la duchesse d’Aiguillon, du 11 décembre 1778.
[514] Corresp. secrète (édit. Lescure), 2 juillet 1779.
[515] Lettre M. Argenteau, t. III, p. 371. Lettre du 17 mars 1779.
[516] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 266.
[517] Cette assertion sur les rapports de Mᵐᵉ de Forcalquier avec d’Aiguillon a toujours été
très discutée.
[518] Là, encore, le chapitre des rectifications oppose un démenti formel (p. 334) à ce
roman. «Jamais M. de Maurepas n’a eu envie de s’associer M. d’Aiguillon au ministère;
jamais, ni en 1776, ni en 1780, ni en aucun autre temps, il n’a voulu s’étayer de lui, ni le
consulter; ni même celui-ci n’a pensé lui être associé.» Il est certain que la correspondance,
conservée par les Archives nationales, à l’adresse de Balleroy, ne laisse rien percer de ces
prétendues intentions de Maurepas, ni de l’espoir du duc d’Aiguillon de reparaître à la Cour.
Cependant, les bruits répandus à cet égard dans le public et surtout la longue lettre que nous
avons reproduite intégralement ici—conversation d’un ami de d’Aiguillon avec Maurepas—
pourraient faire croire que l’ancien ministre avait encore, malgré qu’il s’en défendît, de longs
espoirs et de vastes pensers. Mais quand furent publiés les Mémoires du ministère d’Aiguillon,
tout était bien fini pour la veuve; et elle ne voulut point laisser planer sur la mémoire de son
mari le ridicule d’illusions indignes de son caractère. Au reste sa correspondance démontre
assez le peu de confiance qu’elle avait dans les promesses de Maurepas.
En tout cas, les Mémoires secrets (édit. Lescure), du 8 octobre 1780, notent que Maurepas
fait l’impossible pour ramener son neveu au ministère.
[519] Mémoires du ministère d’Aiguillon, pp. 236 et suiv.
[520] Piron. La Métromanie.—Fagon et Favart. La Servante justifiée, 1 acte (1740,
théâtre de la foire Saint-Germain).
[521] AN.T 243. Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy, 7 janvier 1780.
[522] AN.T 243. Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy, 25 janvier 1780.
[523] Bulletin du Bibliophile, 1882. Lettre du duc à Balleroy, 2 mars 1780.
[524] Duchesse de Dino. Chronique (2 vol. Plon 1909), t. II, p. 379.
[525] Le grand théâtre de Bordeaux, construit par l’architecte Louis.
[526] AN.T 243. Lettre du 17 mars 1780.
[527] AN.T 243. Lettre du 23 mars 1780.
[528] AN.T 243. Lettre du 14 avril 1780.
extravagante, 1 acte, de Legrand, musique de Guilliers (Comédie Française, 1769).
[506] AN.T 243. Lettre du 1ᵉʳ janvier 1779.
[507] AN.T 243. Lettre du 22 janvier 1779.
[508] AN.T 243. Lettre du 29 mars 1779.
[509] AN.T 243. Lettre du 3 avril.—Le 16 août, le duc le félicitera «par avance» de sa
nomination de commandeur.
[510] AN.T 243. Lettre du 26 juillet (lettre du duc d’Aiguillon).
[511] AN.T 243. Lettre du 28 août (lettre du duc d’Aiguillon).
[512] AN.T 243. Lettre du duc d’Aiguillon, du 8 mai 1779.
[513] AN.T 243. Lettre de la duchesse d’Aiguillon, du 11 décembre 1778.
[514] Corresp. secrète (édit. Lescure), 2 juillet 1779.
[515] Lettre M. Argenteau, t. III, p. 371. Lettre du 17 mars 1779.
[516] Mémoires du ministère d’Aiguillon, p. 266.
[517] Cette assertion sur les rapports de Mᵐᵉ de Forcalquier avec d’Aiguillon a toujours été
très discutée.
[518] Là, encore, le chapitre des rectifications oppose un démenti formel (p. 334) à ce
roman. «Jamais M. de Maurepas n’a eu envie de s’associer M. d’Aiguillon au ministère;
jamais, ni en 1776, ni en 1780, ni en aucun autre temps, il n’a voulu s’étayer de lui, ni le
consulter; ni même celui-ci n’a pensé lui être associé.» Il est certain que la correspondance,
conservée par les Archives nationales, à l’adresse de Balleroy, ne laisse rien percer de ces
prétendues intentions de Maurepas, ni de l’espoir du duc d’Aiguillon de reparaître à la Cour.
Cependant, les bruits répandus à cet égard dans le public et surtout la longue lettre que nous
avons reproduite intégralement ici—conversation d’un ami de d’Aiguillon avec Maurepas—
pourraient faire croire que l’ancien ministre avait encore, malgré qu’il s’en défendît, de longs
espoirs et de vastes pensers. Mais quand furent publiés les Mémoires du ministère d’Aiguillon,
tout était bien fini pour la veuve; et elle ne voulut point laisser planer sur la mémoire de son
mari le ridicule d’illusions indignes de son caractère. Au reste sa correspondance démontre
assez le peu de confiance qu’elle avait dans les promesses de Maurepas.
En tout cas, les Mémoires secrets (édit. Lescure), du 8 octobre 1780, notent que Maurepas
fait l’impossible pour ramener son neveu au ministère.
[519] Mémoires du ministère d’Aiguillon, pp. 236 et suiv.
[520] Piron. La Métromanie.—Fagon et Favart. La Servante justifiée, 1 acte (1740,
théâtre de la foire Saint-Germain).
[521] AN.T 243. Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy, 7 janvier 1780.
[522] AN.T 243. Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon à Balleroy, 25 janvier 1780.
[523] Bulletin du Bibliophile, 1882. Lettre du duc à Balleroy, 2 mars 1780.
[524] Duchesse de Dino. Chronique (2 vol. Plon 1909), t. II, p. 379.
[525] Le grand théâtre de Bordeaux, construit par l’architecte Louis.
[526] AN.T 243. Lettre du 17 mars 1780.
[527] AN.T 243. Lettre du 23 mars 1780.
[528] AN.T 243. Lettre du 14 avril 1780.
Page 313
[529] AN.T 243. Lettre du 5 octobre 1780.
[530] AN.T 243. Lettre du 28 août 1780.
[531] AN.T 243. Lettre du 5 novembre 1780.
[532] AN.T 243. Lettre du 3 novembre 1780.
[533] AN.T 253. Lettre du 27 novembre 1780. Mᵐᵉ de Gisors née Fouquet et belle-fille du
duc de Nivernois, était veuve. M. de la Vallière était un terrible joueur; mais quel bibliophile!
[534] Voir plus haut pp. 272-276.
[535] AN.T 243. Lettre du 31 janvier. (Remerciements aux félicitations de Balleroy.)
[536] AN.T 243. Lettre du 26 juin. La duchesse annonce à Balleroy le départ de son fils
«pour la bonne ville et pour la Cour». Elle ajoute: «Ce départ m’a coûté; vous savez quelles
sont mes craintes sur son début et sur les exemples qu’il verra... M. d’Abrieu (le secrétaire),
comme vous le pouvez bien croire, est avec lui».
[537] AN.T 243. Lettre du 13 août.
[538] Lettre du duc du 23 mars.
[539] AN.T 243. Lettre du duc du 24 décembre. En septembre il avait annoncé à Balleroy
qu’il avait gagné son procès contre Fitz-James et contre Mᵐᵉ de Nesle.
[540] Lettre de la duchesse du 27 novembre.
[541] AN.T 243. Lettre du 15 septembre.
[542] AN.T 243. Lettre du 24 décembre (du duc d’Aiguillon).
[543] AN.T 243. Lettre du 22 décembre (de la duchesse d’Aiguillon). Le Joueur, de
Regnard (1696).—Le Babillard, de Boissy, comédie en 1 acte et en vers (1725).
[544] AN.T Lettre du 26 janvier 1781.
[545] La Métromanie, de Piron.—Les Chasseurs et la Laitière (1763), d’Anseaume,
musique de Duni.
[546] AN.T 243. Lettre du duc d’Aiguillon, 1ᵉʳ février 1781.
[547] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 26 janvier.—Anseaume et Duni. Mazet, comédie
en 2 actes (Théâtre italien. 1761).—Dancourt. Les Vacances du procureur, 1 acte (Comédie
Française, 1706).
[548] Une ordonnance de Louis XVI du 1ᵉʳ mars 1781 interdit les jeux de hasard dont les
chances étaient inégales, mais ne put avoir raison des tripots que certains ambassadeurs, ceux
de Hollande, de Portugal et de Naples, par exemple, tenaient impunément ouverts (voir les
pamphlets du temps).
[549] Le comte d’Estaing, vice-amiral des mers d’Asie et d’Amérique, était rentré en
triomphateur de sa campagne des Etats-Unis, dans les premiers mois de 1780.
[550] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 16 janvier.
[551] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 23 mars.
[552] AN.T 243. Lettre du duc du 1ᵉʳ février.
[553] AN.T 243. Lettre du duc du 24 mai.
[554] AN.T 243. Lettre du duc du 8 avril.
[555] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 23 septembre.
[530] AN.T 243. Lettre du 28 août 1780.
[531] AN.T 243. Lettre du 5 novembre 1780.
[532] AN.T 243. Lettre du 3 novembre 1780.
[533] AN.T 253. Lettre du 27 novembre 1780. Mᵐᵉ de Gisors née Fouquet et belle-fille du
duc de Nivernois, était veuve. M. de la Vallière était un terrible joueur; mais quel bibliophile!
[534] Voir plus haut pp. 272-276.
[535] AN.T 243. Lettre du 31 janvier. (Remerciements aux félicitations de Balleroy.)
[536] AN.T 243. Lettre du 26 juin. La duchesse annonce à Balleroy le départ de son fils
«pour la bonne ville et pour la Cour». Elle ajoute: «Ce départ m’a coûté; vous savez quelles
sont mes craintes sur son début et sur les exemples qu’il verra... M. d’Abrieu (le secrétaire),
comme vous le pouvez bien croire, est avec lui».
[537] AN.T 243. Lettre du 13 août.
[538] Lettre du duc du 23 mars.
[539] AN.T 243. Lettre du duc du 24 décembre. En septembre il avait annoncé à Balleroy
qu’il avait gagné son procès contre Fitz-James et contre Mᵐᵉ de Nesle.
[540] Lettre de la duchesse du 27 novembre.
[541] AN.T 243. Lettre du 15 septembre.
[542] AN.T 243. Lettre du 24 décembre (du duc d’Aiguillon).
[543] AN.T 243. Lettre du 22 décembre (de la duchesse d’Aiguillon). Le Joueur, de
Regnard (1696).—Le Babillard, de Boissy, comédie en 1 acte et en vers (1725).
[544] AN.T Lettre du 26 janvier 1781.
[545] La Métromanie, de Piron.—Les Chasseurs et la Laitière (1763), d’Anseaume,
musique de Duni.
[546] AN.T 243. Lettre du duc d’Aiguillon, 1ᵉʳ février 1781.
[547] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 26 janvier.—Anseaume et Duni. Mazet, comédie
en 2 actes (Théâtre italien. 1761).—Dancourt. Les Vacances du procureur, 1 acte (Comédie
Française, 1706).
[548] Une ordonnance de Louis XVI du 1ᵉʳ mars 1781 interdit les jeux de hasard dont les
chances étaient inégales, mais ne put avoir raison des tripots que certains ambassadeurs, ceux
de Hollande, de Portugal et de Naples, par exemple, tenaient impunément ouverts (voir les
pamphlets du temps).
[549] Le comte d’Estaing, vice-amiral des mers d’Asie et d’Amérique, était rentré en
triomphateur de sa campagne des Etats-Unis, dans les premiers mois de 1780.
[550] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 16 janvier.
[551] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 23 mars.
[552] AN.T 243. Lettre du duc du 1ᵉʳ février.
[553] AN.T 243. Lettre du duc du 24 mai.
[554] AN.T 243. Lettre du duc du 8 avril.
[555] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 23 septembre.
Page 314
[556] Le comte de Chabrillan (de la branche Chabrillan-Boisson), fut présenté au roi, le 2
octobre 1781, comme mestre-de-camp, lieutenant inspecteur des carabiniers; et le livre récent
de M. Dubois-Corneau Le comte de Provence à Brunoy (Paris, 1909), contient un portrait de
«Jacques Aymar, comte de Moreton-Chabrillan, lieutenant-général colonel, l’inspecteur des
carabiniers de Monsieur.»
[557] AN.T 243. Lettre du duc du 20 octobre.
[558] AN.T 243. Lettre du duc du 12 décembre.
[559] AN.T 243. Lettre du duc du 23 novembre 1781.
[560] AN.T 243. Lettre du duc du 12 décembre 1781.
[561] Mémoires secrets de Bachaumont, t. XVIII. pp. 171-172. Les Maurepas étaient logés
à l’Hermitage, petite maison dans le parc de Versailles, que Louis XVI leur avait donnée à vie.
La comtesse la quitta cependant: elle avait demandé un délai de six heures pour déménager.
[562] Correspondance secrète de M. Argenteau avec le Pr. de Kaunitz et Joseph II (édit.
d’Arneth-Flammermont, t. I, p. 7). Lettre du 22 décembre 1780, de Mercy à Kaunitz.
[563] Marie-Thérèse était morte le 29 novembre 1780.
[564] AN.T 243. 27 janvier 1782.—Riccoboni. Les Caquets, comédie en 3 actes (Comédie
Italienne, 1761).—J.-J. Rousseau. Le Devin de village.
[565] AN.T 243. 14 novembre 1782. Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Le duc de Crillon-
Mahon, qui était, depuis 1782, au service de l’Espagne, échoua précisément devant Gibraltar.
[566] AN.T 243. 27 mars 1782.
[567] AN.T 243. Lettre du duc d’Aiguillon du 4 août 1782.—Un pamphlet que nous avons
déjà signalé, le Ministère de M. de Maurepas, (1781) prétend que cet Amelot était le fils naturel
du ministre, ou du moins que celui-ci s’en croyait le père. En tout cas, ce qui serait piquant, ce
serait que ce même Amelot fût le maître des requêtes qui, en 1768, était le plus ardent
distributeur des libelles bretons, lancés à cette époque contre le duc d’Aiguillon.
[568] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 18 août 1782.
[569] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 8 septembre 1782.
[570] C’est un trait fort exact de la mentalité des gens de cour que vient confirmer cette
note de la Correspondance secrète, éditée par Lescure (I, 505, 24 septembre 1782): «L’ombre
du comte de Maurepas continue à nous gouverner. Mᵐᵉ de Maurepas et l’abbé de Véri, son
homme de confiance, en sont les organes. Le roi les consulte sur toutes les affaires
importantes».
Mᵐᵉ de Maurepas avait acheté le 27 février (acte notarié Doillot), au prince de Conti, un
domaine tout meublé qui prit le nom de Madrid-Maurepas, grâce aux 100.000 livres qu’elle
avait reçues du roi, comme elle l’écrit à la duchesse d’Aiguillon. Elle l’avait payé 150.000
francs, et par la suite, elle devait se montrer peu satisfaite de son acquisition. Elle la légua à
Mᵐᵉ de Flamarens, une de ses nièces, «engagiste du domaine». (H. de Grandsaigne et H.-G.
Duchesne. Histoire du Château de Madrid, 1911.)—Quant à la propriété de Pontchartrain, elle
était revenue, par héritage, à une petite-nièce de Maurepas, la duchesse de Brissac, fille du duc
de Nivernois.
[571] «Quinze» dit la Correspondance Lescure (t. I, pp. 509 et suiv.).
[572] AN.T 243. Lettre de la duchesse d’Aiguillon, du 11 octobre 1782.
[573] Corresp. secrète (édition Lescure), t. I, p. 515.
[574] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 6 novembre 1782.
octobre 1781, comme mestre-de-camp, lieutenant inspecteur des carabiniers; et le livre récent
de M. Dubois-Corneau Le comte de Provence à Brunoy (Paris, 1909), contient un portrait de
«Jacques Aymar, comte de Moreton-Chabrillan, lieutenant-général colonel, l’inspecteur des
carabiniers de Monsieur.»
[557] AN.T 243. Lettre du duc du 20 octobre.
[558] AN.T 243. Lettre du duc du 12 décembre.
[559] AN.T 243. Lettre du duc du 23 novembre 1781.
[560] AN.T 243. Lettre du duc du 12 décembre 1781.
[561] Mémoires secrets de Bachaumont, t. XVIII. pp. 171-172. Les Maurepas étaient logés
à l’Hermitage, petite maison dans le parc de Versailles, que Louis XVI leur avait donnée à vie.
La comtesse la quitta cependant: elle avait demandé un délai de six heures pour déménager.
[562] Correspondance secrète de M. Argenteau avec le Pr. de Kaunitz et Joseph II (édit.
d’Arneth-Flammermont, t. I, p. 7). Lettre du 22 décembre 1780, de Mercy à Kaunitz.
[563] Marie-Thérèse était morte le 29 novembre 1780.
[564] AN.T 243. 27 janvier 1782.—Riccoboni. Les Caquets, comédie en 3 actes (Comédie
Italienne, 1761).—J.-J. Rousseau. Le Devin de village.
[565] AN.T 243. 14 novembre 1782. Lettre de Mᵐᵉ d’Aiguillon.—Le duc de Crillon-
Mahon, qui était, depuis 1782, au service de l’Espagne, échoua précisément devant Gibraltar.
[566] AN.T 243. 27 mars 1782.
[567] AN.T 243. Lettre du duc d’Aiguillon du 4 août 1782.—Un pamphlet que nous avons
déjà signalé, le Ministère de M. de Maurepas, (1781) prétend que cet Amelot était le fils naturel
du ministre, ou du moins que celui-ci s’en croyait le père. En tout cas, ce qui serait piquant, ce
serait que ce même Amelot fût le maître des requêtes qui, en 1768, était le plus ardent
distributeur des libelles bretons, lancés à cette époque contre le duc d’Aiguillon.
[568] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 18 août 1782.
[569] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 8 septembre 1782.
[570] C’est un trait fort exact de la mentalité des gens de cour que vient confirmer cette
note de la Correspondance secrète, éditée par Lescure (I, 505, 24 septembre 1782): «L’ombre
du comte de Maurepas continue à nous gouverner. Mᵐᵉ de Maurepas et l’abbé de Véri, son
homme de confiance, en sont les organes. Le roi les consulte sur toutes les affaires
importantes».
Mᵐᵉ de Maurepas avait acheté le 27 février (acte notarié Doillot), au prince de Conti, un
domaine tout meublé qui prit le nom de Madrid-Maurepas, grâce aux 100.000 livres qu’elle
avait reçues du roi, comme elle l’écrit à la duchesse d’Aiguillon. Elle l’avait payé 150.000
francs, et par la suite, elle devait se montrer peu satisfaite de son acquisition. Elle la légua à
Mᵐᵉ de Flamarens, une de ses nièces, «engagiste du domaine». (H. de Grandsaigne et H.-G.
Duchesne. Histoire du Château de Madrid, 1911.)—Quant à la propriété de Pontchartrain, elle
était revenue, par héritage, à une petite-nièce de Maurepas, la duchesse de Brissac, fille du duc
de Nivernois.
[571] «Quinze» dit la Correspondance Lescure (t. I, pp. 509 et suiv.).
[572] AN.T 243. Lettre de la duchesse d’Aiguillon, du 11 octobre 1782.
[573] Corresp. secrète (édition Lescure), t. I, p. 515.
[574] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 6 novembre 1782.
Page 315
[575] AN.T 243. Lettre du duc, 2 octobre 1784. Louis XVI (Corresp. secrète, édit. Lescure,
I, 244), partit, en juillet 1786, pour présider aux opérations qui devaient assurer définitivement
l’avenir maritime de Cherbourg.
[576] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 7 juillet 1784.
[577] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 28 octobre 1784.
[578] Vatel. La comtesse Du Barry, t. III, p. 51.
[579] Corresp. secrète (édit. Lescure), I. 588. Le comte d’Agénois fut nommé duc en août
1785.
[580] D’abord inconnue, puis interdite en France, l’inoculation ne fut autorisée qu’en 1764;
et ce fut bientôt la mode dans les cercles mondains de se faire inoculer.
[581] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 12 juin 1785.
[582] AN.T 243. Lettre du duc, 7 juillet.
[583] Le duc de Choiseul était mort le 8 mai 1775. (Maugras. La disgrâce du duc et de la
duchesse de Choiseul, p. 395.)
[584] Du Châtelet était bien l’exécuteur testamentaire. La duchesse de Gramont était
héritière et légataire universelle: elle n’accepta que le legs universel.
[585] Corresp. secrète (édit. Lescure), t. I, 571.
[586] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 21 mai 1785.
[587] Mémoires du ministère d’Aiguillon (exemplaire de la Bibliothèque de la ville de
Paris), p. 198.—Le Dauphin mourut tuberculeux.
Le propos, dit la note Soulavie, venait de la Vauguyon. Du reste, l’auteur des Mémoires se
défend, en ces termes, de l’avoir tenu dans ses Mémoires historiques et anecdotes de la Cour
de France (Considérations, etc., LX.):
«M. de la Harpe m’attribue l’opinion qui accuse M. de Choiseul des empoisonnements (du
Dauphin, de la Dauphine, etc., etc.), quand je suis seul et le premier qui ai réfuté à cet égard
Mercier, Mirabeau, le prince de Salm, son précepteur l’abbé de Laffrey l’auteur d’une Histoire
de Louis XV; l’auteur anonyme du Noël de la Cour, chanté en 1766; Mᵐᵉ la duchesse
d’Aiguillon et son fils, député à l’Assemblée Constituante, le Maréchal de Richelieu, etc. Les
accusations de tous ces personnages ont été imprimées dans différents ouvrages.»
[588] Marie-Antoinette, quand elle était Dauphine, traitait la Vauguyon de «fripon».
(Correspondance secrète Mercy-Argenteau, I, p. 35.)
[589] Les Mémoires du règne de Louis XVI (6 vol. an X, t. I, p. 148) disent que d’Aiguillon
mourut «les os liquéfiés comme de la cire pendant la canicule».
[590] Mercier. Tableaux de Paris (Amsterdam, 1789).
[591] Une annotation de Fouquier-Tinville sur une pièce du procès Du Barry assigne Ruel
comme domicile à Mᵐᵉ d’Aiguillon en septembre 1793. Voir Pièces justificatives, III et
Appendice V, note (p. 388).
[592] Il semble même qu’elle ait joui d’un certain crédit auprès des maîtres du jour et de...
l’heure, alors que personne, à Paris, ne pouvait plus en être sûr. Nous lisons, dans une lettre du
6 septembre 1792 à Mᵐᵉ Du Barry, attribuée au chevalier d’Escourre, écuyer du duc de Brissac,
qui venait d’apprendre le départ des prisonniers d’Orléans:
«Mᵐᵉ de Maurepas, instruite de la translation de M. le duc (de Brissac), voulait tout de suite
aller à l’Assemblée. On l’a retenue. Elle a écrit à Danton et à l’abbé Fauchet...»
I, 244), partit, en juillet 1786, pour présider aux opérations qui devaient assurer définitivement
l’avenir maritime de Cherbourg.
[576] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 7 juillet 1784.
[577] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 28 octobre 1784.
[578] Vatel. La comtesse Du Barry, t. III, p. 51.
[579] Corresp. secrète (édit. Lescure), I. 588. Le comte d’Agénois fut nommé duc en août
1785.
[580] D’abord inconnue, puis interdite en France, l’inoculation ne fut autorisée qu’en 1764;
et ce fut bientôt la mode dans les cercles mondains de se faire inoculer.
[581] AN.T 243. Lettre de la duchesse, 12 juin 1785.
[582] AN.T 243. Lettre du duc, 7 juillet.
[583] Le duc de Choiseul était mort le 8 mai 1775. (Maugras. La disgrâce du duc et de la
duchesse de Choiseul, p. 395.)
[584] Du Châtelet était bien l’exécuteur testamentaire. La duchesse de Gramont était
héritière et légataire universelle: elle n’accepta que le legs universel.
[585] Corresp. secrète (édit. Lescure), t. I, 571.
[586] AN.T 243. Lettre de la duchesse du 21 mai 1785.
[587] Mémoires du ministère d’Aiguillon (exemplaire de la Bibliothèque de la ville de
Paris), p. 198.—Le Dauphin mourut tuberculeux.
Le propos, dit la note Soulavie, venait de la Vauguyon. Du reste, l’auteur des Mémoires se
défend, en ces termes, de l’avoir tenu dans ses Mémoires historiques et anecdotes de la Cour
de France (Considérations, etc., LX.):
«M. de la Harpe m’attribue l’opinion qui accuse M. de Choiseul des empoisonnements (du
Dauphin, de la Dauphine, etc., etc.), quand je suis seul et le premier qui ai réfuté à cet égard
Mercier, Mirabeau, le prince de Salm, son précepteur l’abbé de Laffrey l’auteur d’une Histoire
de Louis XV; l’auteur anonyme du Noël de la Cour, chanté en 1766; Mᵐᵉ la duchesse
d’Aiguillon et son fils, député à l’Assemblée Constituante, le Maréchal de Richelieu, etc. Les
accusations de tous ces personnages ont été imprimées dans différents ouvrages.»
[588] Marie-Antoinette, quand elle était Dauphine, traitait la Vauguyon de «fripon».
(Correspondance secrète Mercy-Argenteau, I, p. 35.)
[589] Les Mémoires du règne de Louis XVI (6 vol. an X, t. I, p. 148) disent que d’Aiguillon
mourut «les os liquéfiés comme de la cire pendant la canicule».
[590] Mercier. Tableaux de Paris (Amsterdam, 1789).
[591] Une annotation de Fouquier-Tinville sur une pièce du procès Du Barry assigne Ruel
comme domicile à Mᵐᵉ d’Aiguillon en septembre 1793. Voir Pièces justificatives, III et
Appendice V, note (p. 388).
[592] Il semble même qu’elle ait joui d’un certain crédit auprès des maîtres du jour et de...
l’heure, alors que personne, à Paris, ne pouvait plus en être sûr. Nous lisons, dans une lettre du
6 septembre 1792 à Mᵐᵉ Du Barry, attribuée au chevalier d’Escourre, écuyer du duc de Brissac,
qui venait d’apprendre le départ des prisonniers d’Orléans:
«Mᵐᵉ de Maurepas, instruite de la translation de M. le duc (de Brissac), voulait tout de suite
aller à l’Assemblée. On l’a retenue. Elle a écrit à Danton et à l’abbé Fauchet...»
Page 316
D’Escourre et Mᵐᵉ de Flamarens allèrent porter ses lettres aux destinataires (AN. W. 16,
dossier Du Barry).
Les massacres des 2 et 3 septembre à Paris, ne laissaient que trop pressentir ceux des
prisonniers d’Orléans à Versailles. Les lettres de Mᵐᵉ de Maurepas furent vaines. On prétend
même que Danton, qui porte la responsabilité de ces abominables tueries, déclara qu’il avait été
impuissant à les empêcher.
Mᵐᵉ de Maurepas mourut le 11 février 1793, rue de la Chaise, nº 519. En tout cas, telle que
nous la représente d’Escourre, elle ne ressemble guère au portrait qu’en trace Dufort de
Cheverny dans ses Mémoires (1886), t. I, p. 406. «La vieille Mᵐᵉ de Maurepas, sourde et
mourante, ne se doutait de rien. Tout fuit, excepté elle...» Il fallait, en tout cas, qu’elle fût au
mieux, comme nous l’avons dit, avec le nouveau Gouvernement, pour que la section l’eût
autorisée, en raison de son grand âge, à garder trois chevaux.
Un dernier trait de cette curieuse figure, laquelle appellerait une étude moins sommaire. Par
un acte devant le notaire Gondouin, du 24 mars 1789, Mᵐᵉ de Maurepas vendit son usufruit de
l’hôtel de son mari (aujourd’hui 75 rue de Grenelle), à l’ancien intendant de Montyon,
moyennant cent mille livres. Le bénéficiaire restaura l’immeuble, depuis longtemps abandonné,
de cette belle propriété, dont M. L. Guimbaud (Auget de Montyon, Paris, 1909), donne la
curieuse description d’après les termes mêmes de l’acte notarié.
[593] Voir Appendice IV.—Correspond. secrète (édit. Lescure), t. II, p. 403 et suiv. Duel (?)
du duc d’Aiguillon avec Cazalès, qui avait attaqué la mémoire de son père en 1789.
[594] Entre autres, les Actes des Apôtres, le Journal de la Cour et de la Ville, la Chronique
scandaleuse, etc.
[595] Ce fut en septembre 1787: «Tant mieux, s’écria Marie-Antoinette; nous ne verrons
plus ces habits rouges dans la galerie de Versailles». (Belleval. Souvenirs. p. 258 et Mᵐᵉ
Campan, Mémoires. I, 180.)—Déjà en 1769, alors qu’elle n’était que Dauphine, l’imprudente
princesse avait dit hautement qu’elle «n’aimait pas ces habits rouges» (Belleval. Souvenirs).
[596] Lettre de Rousseau à Bernet (voir p. 356):
«Il y a un siècle que je n’ai rien reçu de vous. J’ai appris avec peine que M. d’Aiguillon est
porté émigré: cela m’a causé une grande affliction, n’ayant jamais pu croire que ce citoyen si
zélé pour la Constitution se fût déterminé à émigrer, d’autant que lui et les siens n’avaient pas
eu à se louer de la famille ci-devant royale. Ce parti de quitter le territoire de la République
m’afflige d’autant plus que sa respectable mère en aura, j’en suis sûr, l’âme déchirée. J’ai un
absolu dévouement pour cette maison.»—Voir Appendice IV.
[597] Armand avait dû introduire, dès l’an VI, sa demande en radiation de la liste des
émigrés et, de ce fait, s’opposer à la vente du domaine et des meubles d’Aiguillon, car le
ministre avait recommandé aux autorités du Département d’attendre, pour réaliser une
opération consentie par elles, que «le directoire exécutif eût prononcé sur la radiation définitive
de l’émigré d’Aiguillon». M. Tholin (Documents sur le mobilier du château d’Aiguillon), croit
qu’Armand ne put l’obtenir.
[598] Claude Saint-André. Mᵐᵉ Du Barry, p. 382.—D’autre part dans la déposition de
Blache (AN. W. 16), nous lisons: «A cette époque (octobre 1792, la date donnée par M. Claude
Saint-André), la Du Barry fit émigrer la d’Aiguillon, la jeune, qu’elle avait fait passer pour une
de ses filles de chambre». Il y aurait donc eu confusion entre la bru et la belle-mère. Soulavie,
de son côté, dans son parallèle de Mᵐᵉ de Choiseul et de Mᵐᵉ d’Aiguillon, affirme que celle-ci
n’a pas émigré. Et cependant la lettre de Rousseau est formelle. La duchesse, d’après certaines
versions, aurait émigré après les journées des 5 et 6 octobre 1789.
dossier Du Barry).
Les massacres des 2 et 3 septembre à Paris, ne laissaient que trop pressentir ceux des
prisonniers d’Orléans à Versailles. Les lettres de Mᵐᵉ de Maurepas furent vaines. On prétend
même que Danton, qui porte la responsabilité de ces abominables tueries, déclara qu’il avait été
impuissant à les empêcher.
Mᵐᵉ de Maurepas mourut le 11 février 1793, rue de la Chaise, nº 519. En tout cas, telle que
nous la représente d’Escourre, elle ne ressemble guère au portrait qu’en trace Dufort de
Cheverny dans ses Mémoires (1886), t. I, p. 406. «La vieille Mᵐᵉ de Maurepas, sourde et
mourante, ne se doutait de rien. Tout fuit, excepté elle...» Il fallait, en tout cas, qu’elle fût au
mieux, comme nous l’avons dit, avec le nouveau Gouvernement, pour que la section l’eût
autorisée, en raison de son grand âge, à garder trois chevaux.
Un dernier trait de cette curieuse figure, laquelle appellerait une étude moins sommaire. Par
un acte devant le notaire Gondouin, du 24 mars 1789, Mᵐᵉ de Maurepas vendit son usufruit de
l’hôtel de son mari (aujourd’hui 75 rue de Grenelle), à l’ancien intendant de Montyon,
moyennant cent mille livres. Le bénéficiaire restaura l’immeuble, depuis longtemps abandonné,
de cette belle propriété, dont M. L. Guimbaud (Auget de Montyon, Paris, 1909), donne la
curieuse description d’après les termes mêmes de l’acte notarié.
[593] Voir Appendice IV.—Correspond. secrète (édit. Lescure), t. II, p. 403 et suiv. Duel (?)
du duc d’Aiguillon avec Cazalès, qui avait attaqué la mémoire de son père en 1789.
[594] Entre autres, les Actes des Apôtres, le Journal de la Cour et de la Ville, la Chronique
scandaleuse, etc.
[595] Ce fut en septembre 1787: «Tant mieux, s’écria Marie-Antoinette; nous ne verrons
plus ces habits rouges dans la galerie de Versailles». (Belleval. Souvenirs. p. 258 et Mᵐᵉ
Campan, Mémoires. I, 180.)—Déjà en 1769, alors qu’elle n’était que Dauphine, l’imprudente
princesse avait dit hautement qu’elle «n’aimait pas ces habits rouges» (Belleval. Souvenirs).
[596] Lettre de Rousseau à Bernet (voir p. 356):
«Il y a un siècle que je n’ai rien reçu de vous. J’ai appris avec peine que M. d’Aiguillon est
porté émigré: cela m’a causé une grande affliction, n’ayant jamais pu croire que ce citoyen si
zélé pour la Constitution se fût déterminé à émigrer, d’autant que lui et les siens n’avaient pas
eu à se louer de la famille ci-devant royale. Ce parti de quitter le territoire de la République
m’afflige d’autant plus que sa respectable mère en aura, j’en suis sûr, l’âme déchirée. J’ai un
absolu dévouement pour cette maison.»—Voir Appendice IV.
[597] Armand avait dû introduire, dès l’an VI, sa demande en radiation de la liste des
émigrés et, de ce fait, s’opposer à la vente du domaine et des meubles d’Aiguillon, car le
ministre avait recommandé aux autorités du Département d’attendre, pour réaliser une
opération consentie par elles, que «le directoire exécutif eût prononcé sur la radiation définitive
de l’émigré d’Aiguillon». M. Tholin (Documents sur le mobilier du château d’Aiguillon), croit
qu’Armand ne put l’obtenir.
[598] Claude Saint-André. Mᵐᵉ Du Barry, p. 382.—D’autre part dans la déposition de
Blache (AN. W. 16), nous lisons: «A cette époque (octobre 1792, la date donnée par M. Claude
Saint-André), la Du Barry fit émigrer la d’Aiguillon, la jeune, qu’elle avait fait passer pour une
de ses filles de chambre». Il y aurait donc eu confusion entre la bru et la belle-mère. Soulavie,
de son côté, dans son parallèle de Mᵐᵉ de Choiseul et de Mᵐᵉ d’Aiguillon, affirme que celle-ci
n’a pas émigré. Et cependant la lettre de Rousseau est formelle. La duchesse, d’après certaines
versions, aurait émigré après les journées des 5 et 6 octobre 1789.
Page 317
[599] Le décret de l’Assemblée législative (novembre 1791) déclarait coupable du crime de
lèse-nation tout émigré qui ne serait pas rentré en France avant le 1ᵉʳ janvier 1792.
[600] Archives Chabrillan.
[601] Voir la note de l’appendice V.
[602] Voir Appendice V.—Nous donnons le résumé d’un excellent travail publié par M.
Tholin sous le titre: Documents sur le mobilier du château confisqué en 1792, Agen 1882.—
Nous n’avons voulu nous occuper, pour cette étude un peu aride, que des deux domaines dont
la gestion mit en relief l’intéressante personnalité de la duchesse: Aiguillon où sa constante
activité avait fait merveille; Ruel où son indomptable énergie combattit jusqu’à son dernier
souffle la mauvaise fortune.
[603] Le baron de Scheffer lui enverra, en 1795, des lettres à cette prison; mais, nous
n’avons trouvé, ni dans le livre de l’abbé Cédoz, Un couvent de religieuses anglaises à Paris,
1891, ni dans l’opuscule de l’abbé Gaston, Une prison parisienne sous la Terreur (1908),
parmi les détenues, le nom de la duchesse d’Aiguillon. Cependant, il reste aux Archives
Nationales un document officiel attestant l’arrestation de la duchesse (voir Pièces justificatives,
IV).
[604] Voir Pièces justificatives, V.
[605] On peut lire «va les réquisitionner» (Archives Chabrillan).
[606] Ces deux lettres et celles qui suivent appartiennent aux Archives du marquis de
Chabrillan.
[607] Le baron Ulrich de Scheffer avait alors quatre-vingts ans. Il avait remplacé le comte,
comme ministre à Paris, de 1761 à 1769. Il fut un des principaux instruments de la révolution
de 1772. Il mourut le 4 mars 1799.
[608] Dans les Feuilles d’histoire (T. 2 1909), M. Buffenoir a publié un certain nombre de
lettres adressées au comte Ch. Frédéric Scheffer par diverses notabilités françaises de 1753 à
1784. Nous n’y relevons aucune lettre des d’Aiguillon.
[609] AN.T. 243, 7 janvier 1780 (lettre du).—Scheffer dira lui-même de Mᵐᵉ de Laigle
(lettre du 4 août 1796): «Il y a trente-deux ans que j’ai quitté la France; votre amie était bien
longtemps auparavant d’une santé faible et languissante: elle passait la plus grande partie de sa
vie dans son lit; c’est un miracle qu’elle ait pu aller jusqu’à ce moment.»
[610] Ce n’était pas Armand, mais Emmanuel que s’appelait le petit-fils de la duchesse. Il
mourut en 1798.
[611] Ce sont les fameux Mémoires rédigés par Soulavie et qui constituent à peu près la
seule biographie qu’on ait jusqu’ici du maréchal duc de Richelieu. Soulavie s’était servi de
notes et documents trouvés dans les papiers du maréchal; mais il y ajouta, paraît-il,
singulièrement du sien.
[612] Le livre déjà cité de l’abbé Bossebœuf (Le Château de Veretz, Tours, 1903), donne
entre autres pièces justificatives, p. 548, Mobilier de Veretz réservé par la Citoyenne
d’Aiguillon lors de la vente faite en 1792, 1ʳᵉ année de la République (étude de Mᵉ
Guillonneau, notaire à Saint-Avertin)—p. 551, Expertise du château en 1796—Comptes de la
démolition du château—Expertise en 1797.
[613] Appendice V (note) p. 388.
[614] Le Directoire avait, en effet, offert l’ambassade de Suède à Pichegru, mais celui-ci
refusa.
lèse-nation tout émigré qui ne serait pas rentré en France avant le 1ᵉʳ janvier 1792.
[600] Archives Chabrillan.
[601] Voir la note de l’appendice V.
[602] Voir Appendice V.—Nous donnons le résumé d’un excellent travail publié par M.
Tholin sous le titre: Documents sur le mobilier du château confisqué en 1792, Agen 1882.—
Nous n’avons voulu nous occuper, pour cette étude un peu aride, que des deux domaines dont
la gestion mit en relief l’intéressante personnalité de la duchesse: Aiguillon où sa constante
activité avait fait merveille; Ruel où son indomptable énergie combattit jusqu’à son dernier
souffle la mauvaise fortune.
[603] Le baron de Scheffer lui enverra, en 1795, des lettres à cette prison; mais, nous
n’avons trouvé, ni dans le livre de l’abbé Cédoz, Un couvent de religieuses anglaises à Paris,
1891, ni dans l’opuscule de l’abbé Gaston, Une prison parisienne sous la Terreur (1908),
parmi les détenues, le nom de la duchesse d’Aiguillon. Cependant, il reste aux Archives
Nationales un document officiel attestant l’arrestation de la duchesse (voir Pièces justificatives,
IV).
[604] Voir Pièces justificatives, V.
[605] On peut lire «va les réquisitionner» (Archives Chabrillan).
[606] Ces deux lettres et celles qui suivent appartiennent aux Archives du marquis de
Chabrillan.
[607] Le baron Ulrich de Scheffer avait alors quatre-vingts ans. Il avait remplacé le comte,
comme ministre à Paris, de 1761 à 1769. Il fut un des principaux instruments de la révolution
de 1772. Il mourut le 4 mars 1799.
[608] Dans les Feuilles d’histoire (T. 2 1909), M. Buffenoir a publié un certain nombre de
lettres adressées au comte Ch. Frédéric Scheffer par diverses notabilités françaises de 1753 à
1784. Nous n’y relevons aucune lettre des d’Aiguillon.
[609] AN.T. 243, 7 janvier 1780 (lettre du).—Scheffer dira lui-même de Mᵐᵉ de Laigle
(lettre du 4 août 1796): «Il y a trente-deux ans que j’ai quitté la France; votre amie était bien
longtemps auparavant d’une santé faible et languissante: elle passait la plus grande partie de sa
vie dans son lit; c’est un miracle qu’elle ait pu aller jusqu’à ce moment.»
[610] Ce n’était pas Armand, mais Emmanuel que s’appelait le petit-fils de la duchesse. Il
mourut en 1798.
[611] Ce sont les fameux Mémoires rédigés par Soulavie et qui constituent à peu près la
seule biographie qu’on ait jusqu’ici du maréchal duc de Richelieu. Soulavie s’était servi de
notes et documents trouvés dans les papiers du maréchal; mais il y ajouta, paraît-il,
singulièrement du sien.
[612] Le livre déjà cité de l’abbé Bossebœuf (Le Château de Veretz, Tours, 1903), donne
entre autres pièces justificatives, p. 548, Mobilier de Veretz réservé par la Citoyenne
d’Aiguillon lors de la vente faite en 1792, 1ʳᵉ année de la République (étude de Mᵉ
Guillonneau, notaire à Saint-Avertin)—p. 551, Expertise du château en 1796—Comptes de la
démolition du château—Expertise en 1797.
[613] Appendice V (note) p. 388.
[614] Le Directoire avait, en effet, offert l’ambassade de Suède à Pichegru, mais celui-ci
refusa.
Page 318
[615] D’après la préface de Soulavie, les Mémoires de Maurepas, se rapportant surtout à
son premier ministère, seraient l’œuvre de Salé, secrétaire de l’homme d’Etat. Soulavie, qui en
est considéré d’ordinaire comme l’auteur, dit n’avoir ajouté qu’un volume aux trois de la
première édition.—Ces quatre volumes sont datés de 1792.
[616] Après Montenotte, Millesimo, Mondovi et Lodi, après avoir culbuté Beaulieu, le plus
renommé des généraux autrichiens, Bonaparte était entré à Milan le 15 mai 1796.
[617] Ce dut être une absence temporaire: car Lehoc fut ministre plénipotentiaire à
Stockolm de 1795 à 1799. Peut-être le Directoire l’avait-il rappelé éventuellement, croyant que
Pichegru accepterait le poste.
[618] Voir Appendice I.
[619] Voir Pièces justificatives, VIIᵉ.
[620] Extrait de la Généalogie de la Maison Brehant, par le comte de Bréhant (1867):
«D’Innocente Aglaé et de Joseph Guignes de Moreton de Chabrillan:
1º Hippolyte-César de Moreton de Chabrillan, père du marquis de Chabrillan.
2º Pierre-Charles Fort de Moreton de Chabrillan.
Ont réuni sur leurs têtes les successions des La Vrillière et des d’Aiguillon.»
[621] Trévedy. Quelques mots à propos de Pordic, 1902, pp. 88-89.
«Hippolyte-César de Moreton de Chabrillan, sous la Restauration, obtint la restitution des
biens de sa grand’mère non aliénés par la nation.»
[622] Fr. Funck-Brentano. Figaro et ses devanciers (Hachette, 1909), p. 47.
[623] Archives Bastille 12438. Dossier Surgeon.
[624] Figaro et ses devanciers (Hachette, 1909), p. 68.
[625] Le type achevé du policier adroit, intelligent, bel-esprit et... fripon, assez fréquent à
cette époque, toujours à la piste des libelles et qui au besoin les fabrique pour s’en faire des
rentes. Grâce à sa femme, très jolie et très fine personne, qui avait su capter, comme le fera plus
tard l’astucieuse La Motte, la bienveillance de la Reine, il proposait à cette princesse l’achat
d’odieuses publications dirigées contre elle, achat qu’il négociait à des prix fabuleux... et dont
il était l’auteur. Sa prévarication fut découverte; et il fut enfermé à Vincennes où il mourut
subitement d’apoplexie.
[626] Arch. Bastille 12240. Dossier Pignatel, Mercier, Dubec, Arnoux.
[627] Nous avons vu, dans la correspondance de Mᵐᵉ d’Aiguillon, les goûts artistiques du
comte d’Agénois; et les documents rassemblés par M. Tholin disent assez en quel honneur était
tenue la musique au château d’Aiguillon.
[628] Des pièces retrouvées aux Archives nationales (F⁷ 5255³), nous ont fait connaître, et
les origines de cette confiscation, et l’argumentation captieuse qui permit à l’Etat de justifier
une spoliation absolument inique. Elles nous renseignent en outre sur la succession d’Aiguillon
(p. 352).
Le 7 octobre 1792, Coutausse, procureur général, syndic de Lot-et-Garonne, écrivait
d’Agen à Roland, ministre de l’intérieur, que le Directoire du Département avait reçu du
maréchal de camp d’Aiguillon un imprimé lui annonçant qu’il était «sorti de la République».
Le Directoire du Département estimait qu’en conséquence les biens de cet officier supérieur
devaient être mis «à la disposition de la Nation»; mais «comme l’émigration n’était pas
légalement constatée à ses yeux», le procureur général syndic priait Roland de «lui donner,
sans perte de temps, la connaissance certaine de l’état du maréchal de camp d’Aiguillon». Il
son premier ministère, seraient l’œuvre de Salé, secrétaire de l’homme d’Etat. Soulavie, qui en
est considéré d’ordinaire comme l’auteur, dit n’avoir ajouté qu’un volume aux trois de la
première édition.—Ces quatre volumes sont datés de 1792.
[616] Après Montenotte, Millesimo, Mondovi et Lodi, après avoir culbuté Beaulieu, le plus
renommé des généraux autrichiens, Bonaparte était entré à Milan le 15 mai 1796.
[617] Ce dut être une absence temporaire: car Lehoc fut ministre plénipotentiaire à
Stockolm de 1795 à 1799. Peut-être le Directoire l’avait-il rappelé éventuellement, croyant que
Pichegru accepterait le poste.
[618] Voir Appendice I.
[619] Voir Pièces justificatives, VIIᵉ.
[620] Extrait de la Généalogie de la Maison Brehant, par le comte de Bréhant (1867):
«D’Innocente Aglaé et de Joseph Guignes de Moreton de Chabrillan:
1º Hippolyte-César de Moreton de Chabrillan, père du marquis de Chabrillan.
2º Pierre-Charles Fort de Moreton de Chabrillan.
Ont réuni sur leurs têtes les successions des La Vrillière et des d’Aiguillon.»
[621] Trévedy. Quelques mots à propos de Pordic, 1902, pp. 88-89.
«Hippolyte-César de Moreton de Chabrillan, sous la Restauration, obtint la restitution des
biens de sa grand’mère non aliénés par la nation.»
[622] Fr. Funck-Brentano. Figaro et ses devanciers (Hachette, 1909), p. 47.
[623] Archives Bastille 12438. Dossier Surgeon.
[624] Figaro et ses devanciers (Hachette, 1909), p. 68.
[625] Le type achevé du policier adroit, intelligent, bel-esprit et... fripon, assez fréquent à
cette époque, toujours à la piste des libelles et qui au besoin les fabrique pour s’en faire des
rentes. Grâce à sa femme, très jolie et très fine personne, qui avait su capter, comme le fera plus
tard l’astucieuse La Motte, la bienveillance de la Reine, il proposait à cette princesse l’achat
d’odieuses publications dirigées contre elle, achat qu’il négociait à des prix fabuleux... et dont
il était l’auteur. Sa prévarication fut découverte; et il fut enfermé à Vincennes où il mourut
subitement d’apoplexie.
[626] Arch. Bastille 12240. Dossier Pignatel, Mercier, Dubec, Arnoux.
[627] Nous avons vu, dans la correspondance de Mᵐᵉ d’Aiguillon, les goûts artistiques du
comte d’Agénois; et les documents rassemblés par M. Tholin disent assez en quel honneur était
tenue la musique au château d’Aiguillon.
[628] Des pièces retrouvées aux Archives nationales (F⁷ 5255³), nous ont fait connaître, et
les origines de cette confiscation, et l’argumentation captieuse qui permit à l’Etat de justifier
une spoliation absolument inique. Elles nous renseignent en outre sur la succession d’Aiguillon
(p. 352).
Le 7 octobre 1792, Coutausse, procureur général, syndic de Lot-et-Garonne, écrivait
d’Agen à Roland, ministre de l’intérieur, que le Directoire du Département avait reçu du
maréchal de camp d’Aiguillon un imprimé lui annonçant qu’il était «sorti de la République».
Le Directoire du Département estimait qu’en conséquence les biens de cet officier supérieur
devaient être mis «à la disposition de la Nation»; mais «comme l’émigration n’était pas
légalement constatée à ses yeux», le procureur général syndic priait Roland de «lui donner,
sans perte de temps, la connaissance certaine de l’état du maréchal de camp d’Aiguillon». Il
Page 319
joignait en même temps à sa lettre l’imprimé, que nous n’avons pas retrouvé, par parenthèse,
dans le dossier des Archives.
A cette même date du 7 octobre 1792, une autre pièce, émanée du Directoire, certifiait
l’existence de l’imprimé, arrivé de Bâle sous le nom de Vignerot, «dit d’Aiguillon», et que lui,
Directoire, «instruit, par les nouvelles politiques, de l’émigration» du maréchal de camp, avait
rendu un arrêté, sur le rapport du procureur syndic général, concluant au séquestre des biens de
d’Aiguillon.
Or, consécutivement à cet arrêté, le 5 décembre 1792, une déclaration, signée Salmon,
établissait, en raison du contrat de mariage entre le duc et la duchesse d’Aiguillon, la situation
de la mère et du fils par rapport à leurs intérêts respectifs. Pendant la communauté de biens qui
existait entre les deux époux et à laquelle pouvait renoncer la veuve, pour «s’en tenir à ses
reprises et conventions matrimoniales, il avait été fait des emprunts considérables tant en
viager qu’en perpétuel, auxquels elle s’était obligée et avait même aliéné de ses propres»; de ce
fait, la succession de son mari lui devait une indemnité.
La duchesse s’en était d’abord tenue à ses reprises et son fils, qui s’était «porté héritier
bénéficiaire», avait recueilli, en 1790, la succession de son père, à charge d’en payer les dettes;
mais il l’avait bientôt rétrocédée à sa mère, qui s’était engagée à désintéresser les créanciers de
son mari et de plus à loger son fils et sa bru, en leur servant une rente annuelle de 24.000 livres.
La déclaration Salmon n’accepte pas cet arrangement familial: «M. d’Aiguillon s’étant
émigré, aux termes de la loi concernant les émigrés, l’acte de 1790 ne peut se soutenir; et la
Nation a le droit de faire poser les scellés sur tous les meubles et papiers qui sont à l’hôtel de
Paris, à celui de Versailles, au château de Ruel, à celui de Véretz, près de Tours, à celui
d’Aiguillon département du Lot (sic), à celui de Saint-Bihy{*} près Saint-Brieuc en Bretagne;
de faire reprendre ces terres, excepté celles de Saint-Bihy (propriété de la duchesse), par les
départements de leur situation, et celle de Montcornet-les-Ardennes, par le département de
celui-ci, sans que les revenus du duché d’Aiguillon puissent être tenus des dettes du père et des
reprises de la mère; et, dans le cas contraire, la nation pourrait, dès ce moment, rentrer dans les
objets compris dans la donation de Louis XIII (au cardinal de Richelieu).»
La duchesse douairière d’Aiguillon était donc rentrée d’émigration, quand Salmon donnait
sa consultation sur le cas du maréchal de camp Vignerot: autrement, il n’eût pas manqué
d’argumenter contre la mère, comme il l’avait fait contre le fils.
Mais ce qui dépasse les limites de la vraisemblance, c’est la note que nous donne le
répertoire Tuetey, d’après cette pièce des Archives nationales (F. IV, 1470) des 3 et 5 avril
1793: «On dénonce la présence à Paris des ci-devant duc et duchesse d’Aiguillon: celle-ci,
déguisée en petite ouvrière, allait même au spectacle aux places de 12 sols. La dame Pinard, de
leur intimité, a dit à son mari que s’il n’était pas si patriote, elle lui confierait bien des choses et
que, pour l’empêcher d’être assassiné, elle lui donnerait sous peu une médaille à l’effigie de
Louis Capet».
Que la jeune duchesse d’Aiguillon soit revenue en France, ce n’est pas improbable; mais
que le duc ait eu la témérité d’y reparaître, après son bruyant départ de l’armée, c’est
inadmissible. A vrai dire, les trois quarts des dénonciations que dictait alors l’esprit de délation
et qu’enregistrait la police étaient aussi absurdes que celle-ci.
{A} Le château de Saint-Bihi, demeure patrimoniale des Mauron-Plélo, avait été
reconstruit, vers 1750, par le duc d’Aiguillon. Ce château sert aujourd’hui de magasin à
fourrages.
[629] Cet état, dit M. Tholin, n’existe plus.
[630] Archives départementales, série 9.
[631] Se trouve aux archives départementales.
dans le dossier des Archives.
A cette même date du 7 octobre 1792, une autre pièce, émanée du Directoire, certifiait
l’existence de l’imprimé, arrivé de Bâle sous le nom de Vignerot, «dit d’Aiguillon», et que lui,
Directoire, «instruit, par les nouvelles politiques, de l’émigration» du maréchal de camp, avait
rendu un arrêté, sur le rapport du procureur syndic général, concluant au séquestre des biens de
d’Aiguillon.
Or, consécutivement à cet arrêté, le 5 décembre 1792, une déclaration, signée Salmon,
établissait, en raison du contrat de mariage entre le duc et la duchesse d’Aiguillon, la situation
de la mère et du fils par rapport à leurs intérêts respectifs. Pendant la communauté de biens qui
existait entre les deux époux et à laquelle pouvait renoncer la veuve, pour «s’en tenir à ses
reprises et conventions matrimoniales, il avait été fait des emprunts considérables tant en
viager qu’en perpétuel, auxquels elle s’était obligée et avait même aliéné de ses propres»; de ce
fait, la succession de son mari lui devait une indemnité.
La duchesse s’en était d’abord tenue à ses reprises et son fils, qui s’était «porté héritier
bénéficiaire», avait recueilli, en 1790, la succession de son père, à charge d’en payer les dettes;
mais il l’avait bientôt rétrocédée à sa mère, qui s’était engagée à désintéresser les créanciers de
son mari et de plus à loger son fils et sa bru, en leur servant une rente annuelle de 24.000 livres.
La déclaration Salmon n’accepte pas cet arrangement familial: «M. d’Aiguillon s’étant
émigré, aux termes de la loi concernant les émigrés, l’acte de 1790 ne peut se soutenir; et la
Nation a le droit de faire poser les scellés sur tous les meubles et papiers qui sont à l’hôtel de
Paris, à celui de Versailles, au château de Ruel, à celui de Véretz, près de Tours, à celui
d’Aiguillon département du Lot (sic), à celui de Saint-Bihy{*} près Saint-Brieuc en Bretagne;
de faire reprendre ces terres, excepté celles de Saint-Bihy (propriété de la duchesse), par les
départements de leur situation, et celle de Montcornet-les-Ardennes, par le département de
celui-ci, sans que les revenus du duché d’Aiguillon puissent être tenus des dettes du père et des
reprises de la mère; et, dans le cas contraire, la nation pourrait, dès ce moment, rentrer dans les
objets compris dans la donation de Louis XIII (au cardinal de Richelieu).»
La duchesse douairière d’Aiguillon était donc rentrée d’émigration, quand Salmon donnait
sa consultation sur le cas du maréchal de camp Vignerot: autrement, il n’eût pas manqué
d’argumenter contre la mère, comme il l’avait fait contre le fils.
Mais ce qui dépasse les limites de la vraisemblance, c’est la note que nous donne le
répertoire Tuetey, d’après cette pièce des Archives nationales (F. IV, 1470) des 3 et 5 avril
1793: «On dénonce la présence à Paris des ci-devant duc et duchesse d’Aiguillon: celle-ci,
déguisée en petite ouvrière, allait même au spectacle aux places de 12 sols. La dame Pinard, de
leur intimité, a dit à son mari que s’il n’était pas si patriote, elle lui confierait bien des choses et
que, pour l’empêcher d’être assassiné, elle lui donnerait sous peu une médaille à l’effigie de
Louis Capet».
Que la jeune duchesse d’Aiguillon soit revenue en France, ce n’est pas improbable; mais
que le duc ait eu la témérité d’y reparaître, après son bruyant départ de l’armée, c’est
inadmissible. A vrai dire, les trois quarts des dénonciations que dictait alors l’esprit de délation
et qu’enregistrait la police étaient aussi absurdes que celle-ci.
{A} Le château de Saint-Bihi, demeure patrimoniale des Mauron-Plélo, avait été
reconstruit, vers 1750, par le duc d’Aiguillon. Ce château sert aujourd’hui de magasin à
fourrages.
[629] Cet état, dit M. Tholin, n’existe plus.
[630] Archives départementales, série 9.
[631] Se trouve aux archives départementales.
Page 320
[632] Ce très beau portrait se trouve dans l’Intermédiaire des chercheurs et des curieux du
10 septembre 1911.
[633] Ruel (orthographe du XVIIIᵉ siècle que nous avons adoptée) devint Rueil avec la
Révolution.
[634] Fermier-régisseur de la duchesse d’Aiguillon.
[635] Le cimetière se trouvait, à cette époque, dans un emplacement situé maintenant rue
de la Réunion et où se tient le marché.
[636] Comte de Quelen, cousin de la duchesse d’Aiguillon.
[637] Ce buste se trouve actuellement chez le marquis de Chabrillan.
10 septembre 1911.
[633] Ruel (orthographe du XVIIIᵉ siècle que nous avons adoptée) devint Rueil avec la
Révolution.
[634] Fermier-régisseur de la duchesse d’Aiguillon.
[635] Le cimetière se trouvait, à cette époque, dans un emplacement situé maintenant rue
de la Réunion et où se tient le marché.
[636] Comte de Quelen, cousin de la duchesse d’Aiguillon.
[637] Ce buste se trouve actuellement chez le marquis de Chabrillan.
Page 321
*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK UNE GRANDE
DAME DE LA COUR DE LOUIS XV: LA DUCHESSE D'AIGUILLON
(1726-1796) ***
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electronic works
Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone. For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg eBooks with only a loose network of volunteer support.
Project Gutenberg eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
edition.
Most people start at our website which has the main PG search facility:
www.gutenberg.org.
This website includes information about Project Gutenberg, including
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