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The Project Gutenberg eBook of La Cryptographie, ou, l'art
d'écrire en chiffres
This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will
have to check the laws of the country where you are located before using
this eBook.
Title: La Cryptographie, ou, l'art d'écrire en chiffres
Author: P. L. Jacob
Release date: March 10, 2013 [eBook #42297]
Most recently updated: October 23, 2024
Language: French
Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/42297
Credits: Produced by Laurent Vogel, Christine P. Travers and the
Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
(This book was produced from scanned images of public
domain material from the Google Print project.)
*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA
CRYPTOGRAPHIE, OU, L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES ***
d'écrire en chiffres
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Author: P. L. Jacob
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CRYPTOGRAPHIE, OU, L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES ***
Page 4
LES SECRETS DE NOS PÈRES
RECUEILLIS
PAR LE BIBLIOPHILE JACOB
LA
CRYPTOGRAPHIE
OU
L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES
PARIS
ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-ÉDITEUR
4-6, RUE VOLTAIRE, 4-6
1858
PARIS.—IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.
LA
CRYPTOGRAPHIE
OU
L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES.
RECUEILLIS
PAR LE BIBLIOPHILE JACOB
LA
CRYPTOGRAPHIE
OU
L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES
PARIS
ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-ÉDITEUR
4-6, RUE VOLTAIRE, 4-6
1858
PARIS.—IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.
LA
CRYPTOGRAPHIE
OU
L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES.
Page 5
CHAPITRE PREMIER.
DÉFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE;
NOTIONS HISTORIQUES.
Nous allons essayer de faire connaître quelques-uns des procédés mis en
usage afin de permettre à des personnes séparées par des distances souvent
considérables, de communiquer entre elles, en recouvrant ces
communications du voile du mystère.
Ces procédés forment une véritable science qui a reçu, comme tant
d'autres, un nom tiré du grec.
La Cryptographie ou Stéganographie est l'art d'écrire de façon à dérober à
autrui la connaissance de ce qu'on a tracé.
On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'écrit. On emploie, en ce
but, les encres du sympathie dont nous parlerons plus tard, ou bien l'on
tâche de cacher soigneusement le papier auquel on a confié son secret.
Mais plus habituellement on a recours aux divers procédés en usage afin
de jeter, sur une dépêche qui peut tomber dans des mains indiscrètes, un
voile qu'on fait de son mieux pour rendre impénétrable.
Pour atteindre ce but:
On abrège les mots d'après un système convenu (c'est la Brachygraphie
ou Sténographie).
On fait usage des signes dont le sens est arrêté entre les correspondants:
des lettres, des chiffres, des signes employés dans les mathématiques et
dans la chimie, des points, des lignes, des figures quelconques ou de
DÉFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE;
NOTIONS HISTORIQUES.
Nous allons essayer de faire connaître quelques-uns des procédés mis en
usage afin de permettre à des personnes séparées par des distances souvent
considérables, de communiquer entre elles, en recouvrant ces
communications du voile du mystère.
Ces procédés forment une véritable science qui a reçu, comme tant
d'autres, un nom tiré du grec.
La Cryptographie ou Stéganographie est l'art d'écrire de façon à dérober à
autrui la connaissance de ce qu'on a tracé.
On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'écrit. On emploie, en ce
but, les encres du sympathie dont nous parlerons plus tard, ou bien l'on
tâche de cacher soigneusement le papier auquel on a confié son secret.
Mais plus habituellement on a recours aux divers procédés en usage afin
de jeter, sur une dépêche qui peut tomber dans des mains indiscrètes, un
voile qu'on fait de son mieux pour rendre impénétrable.
Pour atteindre ce but:
On abrège les mots d'après un système convenu (c'est la Brachygraphie
ou Sténographie).
On fait usage des signes dont le sens est arrêté entre les correspondants:
des lettres, des chiffres, des signes employés dans les mathématiques et
dans la chimie, des points, des lignes, des figures quelconques ou de
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fantaisie, des couleurs, etc., sont d'une grande ressource en semblable
occasion.
On emploie des mots et des phrases, auxquels on convient de donner un
sens tout autre que celui qu'on y attache dans le cours ordinaire des choses.
Il y a toujours eu, il y aura toujours des secrets, qu'il faudra bien confier
au papier afin de les transmettre à des correspondants dont on est séparé par
des distances plus ou moins grandes; mais on est bien aise de dérober aux
investigations d'une curiosité indiscrète ces communications mystérieuses.
Il a donc fallu recourir à des moyens destinés à voiler le sens des avis
qu'on voulait transmettre. De là l'origine de l'écriture en chiffres.
De même que tous les arts, celui-ci débute par des essais naïfs et
incomplets. Les écrivains de l'antiquité en ont conservé le souvenir.
§ Ier.
De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquité.
Hérodote nous fait connaître divers procédés un peu primitifs auxquels
eurent recours, faute de mieux, certains personnages plus ou moins célèbres
dans les annales de ces temps reculés.
C'est d'abord un esclave dont on rase la tête, et sur la peau nue de son
crâne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On laisse
aux cheveux le temps de repousser, et on expédie cette épître d'un nouveau
genre à l'ami qu'il s'agit d'instruire de choses importantes. Les perruques
n'avaient point été inventées à cette époque; elles auraient été d'une grande
utilité en pareille circonstance. Il va sans dire qu'un pareil procédé n'est
point susceptible d'une application fréquente.
Un seigneur de la Cour de Perse, ayant à transmettre à Cyrus un avis
essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas précisément dans
l'écriture chiffrée, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons parler
Hérodote:
occasion.
On emploie des mots et des phrases, auxquels on convient de donner un
sens tout autre que celui qu'on y attache dans le cours ordinaire des choses.
Il y a toujours eu, il y aura toujours des secrets, qu'il faudra bien confier
au papier afin de les transmettre à des correspondants dont on est séparé par
des distances plus ou moins grandes; mais on est bien aise de dérober aux
investigations d'une curiosité indiscrète ces communications mystérieuses.
Il a donc fallu recourir à des moyens destinés à voiler le sens des avis
qu'on voulait transmettre. De là l'origine de l'écriture en chiffres.
De même que tous les arts, celui-ci débute par des essais naïfs et
incomplets. Les écrivains de l'antiquité en ont conservé le souvenir.
§ Ier.
De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquité.
Hérodote nous fait connaître divers procédés un peu primitifs auxquels
eurent recours, faute de mieux, certains personnages plus ou moins célèbres
dans les annales de ces temps reculés.
C'est d'abord un esclave dont on rase la tête, et sur la peau nue de son
crâne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On laisse
aux cheveux le temps de repousser, et on expédie cette épître d'un nouveau
genre à l'ami qu'il s'agit d'instruire de choses importantes. Les perruques
n'avaient point été inventées à cette époque; elles auraient été d'une grande
utilité en pareille circonstance. Il va sans dire qu'un pareil procédé n'est
point susceptible d'une application fréquente.
Un seigneur de la Cour de Perse, ayant à transmettre à Cyrus un avis
essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas précisément dans
l'écriture chiffrée, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons parler
Hérodote:
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«Harpage voulut découvrir à Cyrus son projet, mais, comme ce prince
était en Perse et que les chemins étaient gardés, il ne put trouver, pour lui en
faire part, d'autre expédient que celui-ci: S'étant fait apporter un lièvre, il
ouvrit le ventre de cet animal d'une manière adroite et sans arracher le poil,
et, dans l'état où il était, il y mit une lettre où il avait écrit ce qu'il avait jugé
à propos. L'ayant ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en
qui il avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter à Cyrus, et de lui
dire, en le lui présentant, de l'ouvrir lui-même et sans témoins.»
§ II.
La scytale des Lacédémoniens.
Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres à ses généraux au
moyen d'une espèce de courroie. Voici de quelle façon Plutarque raconte le
fait dans la vie de Lysandre; nous faisons usage de la traduction naïve du
vieil Amyot:
«Les éphores luy envoyèrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale
(comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandèrent qu'il eust à
s'en retourner aussitost comme il l'auroit reçue. Cette scytale est une telle
chose: quand les éphores envoient à la guerre un général ou un admiral, ilz
font accoustrer deux petits bâtons ronds et les font entièrement égaler en
grosseur et en grandeur; desquelz deux bastons ilz en retiennent l'un par
devers eulx et donnent l'autre à celuy qu'ilz envoyent. Ilz appellent ces deux
petits bastons scytales, et, quand ilz veulent faire secrètement entendre
quelque chose de conséquence à leurs capitaines, ilz prennent un bandeau
de parchemin long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent à
l'entour de leur baston rond, sans laisser rien d'espace vuide entre les bords
du bandeau; puis quand ilz sont ainsi bien joints, alors ilz escrivent sur le
parchemin ainsi enrollé ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont achevé d'escrire,
ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent à leur capitaine, lequel n'y
sçauroit aultrement rien lire ny cognoistre, parce que les lettres n'ont point
de suitte ny de liaison continuée, mais sont escartées l'une ça, l'autre là,
jusqu'à ce que, prenant le petit rouleau de bois qu'on luy a baillé à son
partement, il estend la courroye de parchemin qu'il a reçue tout à l'entour,
tellement que le tour et le ply du parchemin venant à se retrouver en la
était en Perse et que les chemins étaient gardés, il ne put trouver, pour lui en
faire part, d'autre expédient que celui-ci: S'étant fait apporter un lièvre, il
ouvrit le ventre de cet animal d'une manière adroite et sans arracher le poil,
et, dans l'état où il était, il y mit une lettre où il avait écrit ce qu'il avait jugé
à propos. L'ayant ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en
qui il avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter à Cyrus, et de lui
dire, en le lui présentant, de l'ouvrir lui-même et sans témoins.»
§ II.
La scytale des Lacédémoniens.
Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres à ses généraux au
moyen d'une espèce de courroie. Voici de quelle façon Plutarque raconte le
fait dans la vie de Lysandre; nous faisons usage de la traduction naïve du
vieil Amyot:
«Les éphores luy envoyèrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale
(comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandèrent qu'il eust à
s'en retourner aussitost comme il l'auroit reçue. Cette scytale est une telle
chose: quand les éphores envoient à la guerre un général ou un admiral, ilz
font accoustrer deux petits bâtons ronds et les font entièrement égaler en
grosseur et en grandeur; desquelz deux bastons ilz en retiennent l'un par
devers eulx et donnent l'autre à celuy qu'ilz envoyent. Ilz appellent ces deux
petits bastons scytales, et, quand ilz veulent faire secrètement entendre
quelque chose de conséquence à leurs capitaines, ilz prennent un bandeau
de parchemin long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent à
l'entour de leur baston rond, sans laisser rien d'espace vuide entre les bords
du bandeau; puis quand ilz sont ainsi bien joints, alors ilz escrivent sur le
parchemin ainsi enrollé ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont achevé d'escrire,
ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent à leur capitaine, lequel n'y
sçauroit aultrement rien lire ny cognoistre, parce que les lettres n'ont point
de suitte ny de liaison continuée, mais sont escartées l'une ça, l'autre là,
jusqu'à ce que, prenant le petit rouleau de bois qu'on luy a baillé à son
partement, il estend la courroye de parchemin qu'il a reçue tout à l'entour,
tellement que le tour et le ply du parchemin venant à se retrouver en la
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mesme couche qu'il avoit esté plié premièrement, les lettres aussi viennent à
se rencontrer en la suitte continuée qu'elles doivent estre. Ce petit rouleau
de parchemin s'appelle aussi bien scytale comme le rouleau de bois, ne plus
ne moins que nous voyons ailleurs ordinairement que la chose mesurée
s'appelle du mesme nom que fait celle qui mesure.»
Un poëte latin donne une application conforme à celle de Plutarque;
transcrivons ici les cinq vers qui s'accordent avec le récit du biographe grec:
Vel Lacedemoniano scytalem imitare, libelli
Segmina Pergamei, tereti circumdata ligno
Perpetuo inscribens versu: qui deinde solutus
Non respondentes sparso dedit ordine formas:
Donec consimilis ligni replicetur in orbem.
Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas être bien
difficile à deviner. En effet, il était aisé de voir en tâtonnant un peu, quelle
était la ligne qui devait se joindre pour le sens à la ligne d'en bas du papier;
cette seconde ligne connue, tout le reste était aisé à trouver: en supposant
que cette seconde ligne, suite immédiate de la première dans le sens, fût,
par exemple, la cinquième, il n'y avait qu'à aller de là à la neuvième, à la
treizième, à la dix-septième, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait
toute la première ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu'à reprendre la
seconde ligne d'en bas, puis la sixième, la dixième, la quatorzième, et ainsi
de suite. Tout cela est aisé à voir, en considérant qu'une ligne écrite sur le
rouleau devait être formée par des lignes partielles également distantes les
unes des autres.
Un autre Lacédémonien, réfugié auprès du monarque de l'Asie, trouva
dans son patriotisme les moyens de transmettre à Sparte un avis de la plus
haute importance. C'est encore l'historien que nous avons déjà nommé qui
va nous raconter ce fait. Laissons parler Hérodote:
«Xerxès s'étant déterminé à faire la guerre aux Grecs, Démocrate, qui
était à Suse, et qui fut informé de ses desseins, voulut en faire part aux
Lacédémoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il était à
craindre qu'on ne le découvrit, il imagina cet artifice. Il prit des tablettes
doubles, en ratissa la cire, et écrivit ensuite sur le bois de ces tablettes les
se rencontrer en la suitte continuée qu'elles doivent estre. Ce petit rouleau
de parchemin s'appelle aussi bien scytale comme le rouleau de bois, ne plus
ne moins que nous voyons ailleurs ordinairement que la chose mesurée
s'appelle du mesme nom que fait celle qui mesure.»
Un poëte latin donne une application conforme à celle de Plutarque;
transcrivons ici les cinq vers qui s'accordent avec le récit du biographe grec:
Vel Lacedemoniano scytalem imitare, libelli
Segmina Pergamei, tereti circumdata ligno
Perpetuo inscribens versu: qui deinde solutus
Non respondentes sparso dedit ordine formas:
Donec consimilis ligni replicetur in orbem.
Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas être bien
difficile à deviner. En effet, il était aisé de voir en tâtonnant un peu, quelle
était la ligne qui devait se joindre pour le sens à la ligne d'en bas du papier;
cette seconde ligne connue, tout le reste était aisé à trouver: en supposant
que cette seconde ligne, suite immédiate de la première dans le sens, fût,
par exemple, la cinquième, il n'y avait qu'à aller de là à la neuvième, à la
treizième, à la dix-septième, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait
toute la première ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu'à reprendre la
seconde ligne d'en bas, puis la sixième, la dixième, la quatorzième, et ainsi
de suite. Tout cela est aisé à voir, en considérant qu'une ligne écrite sur le
rouleau devait être formée par des lignes partielles également distantes les
unes des autres.
Un autre Lacédémonien, réfugié auprès du monarque de l'Asie, trouva
dans son patriotisme les moyens de transmettre à Sparte un avis de la plus
haute importance. C'est encore l'historien que nous avons déjà nommé qui
va nous raconter ce fait. Laissons parler Hérodote:
«Xerxès s'étant déterminé à faire la guerre aux Grecs, Démocrate, qui
était à Suse, et qui fut informé de ses desseins, voulut en faire part aux
Lacédémoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il était à
craindre qu'on ne le découvrit, il imagina cet artifice. Il prit des tablettes
doubles, en ratissa la cire, et écrivit ensuite sur le bois de ces tablettes les
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projets du roi. Après cela, il couvrit de cire les lettres, afin que, ces tablettes
n'étant point écrites, il ne pût arriver au porteur rien de fâcheux de la part de
ceux qui gardaient les passages. L'envoyé de Démocrate les ayant rendues
aux Lacédémoniens, ils ne purent d'abord former aucune conjecture; mais
Gorgo, femme de Léonidas, imagina, dit-on, ce que ce pouvait être et leur
apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient des caractères sur le bois. On
suivit son conseil, et les caractères furent trouvés. Les Lacédémoniens
lurent ces lettres et les envoyèrent ensuite au reste des Grecs.»
§ III.
Autres systèmes cryptographiques connus des anciens.
Blaise de Vigenère, dans son Traité des chiffres, livre dont nous aurons à
parler en détail, mentionne quelques-uns des procédés qu'avaient imaginés
les anciens et dont nous venons de fournir des exemples:
«Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en sève
dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant inséré les lettres, la
laissent reprendre et reclorre, et coupent la verge. C'est de l'invention de
Théophraste, non des plus spirituelles pour un si subtil philosophe, joint que
cela a besoin de temps, et si la cicatrice y demeure empreinte tousjours. Le
mesme se peut effectuer et encore plus commodément dans un baston de
torche en semblable bois de sapin creusé, puis enduire la fente avec de la
sciure fort subtile et sassée, de la mesme estoffe destrempée avec de la colle
blanche: de quoy il semble qu'usa Brutus en allant à Delphes, comme le
marque Tite-Live à la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la
quatrième Décade, Polycrate et Diognète enfermèrent un brief de plomb
dans une tourte. Il y en a qui enferment leurs lettres dans un caillou artificiel
faict de ceste sorte: On prend des cailloux de rivière qu'on faict calciner et
réduire en poudre passée par un subtil tamis. Puis on l'incorpore avec sa
quarte partie de résine fondue et une de poix, meslant bien le tout avec un
baston, et estant cette composition encore chaulde et par conséquent molle,
enveloppant la lettre dedans, façonnant le caillou devant le feu à-tout les
mains trempées en eau tiède, de la sorte que bon leur semble; cela faict, on
le laisse sécher.»
n'étant point écrites, il ne pût arriver au porteur rien de fâcheux de la part de
ceux qui gardaient les passages. L'envoyé de Démocrate les ayant rendues
aux Lacédémoniens, ils ne purent d'abord former aucune conjecture; mais
Gorgo, femme de Léonidas, imagina, dit-on, ce que ce pouvait être et leur
apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient des caractères sur le bois. On
suivit son conseil, et les caractères furent trouvés. Les Lacédémoniens
lurent ces lettres et les envoyèrent ensuite au reste des Grecs.»
§ III.
Autres systèmes cryptographiques connus des anciens.
Blaise de Vigenère, dans son Traité des chiffres, livre dont nous aurons à
parler en détail, mentionne quelques-uns des procédés qu'avaient imaginés
les anciens et dont nous venons de fournir des exemples:
«Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en sève
dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant inséré les lettres, la
laissent reprendre et reclorre, et coupent la verge. C'est de l'invention de
Théophraste, non des plus spirituelles pour un si subtil philosophe, joint que
cela a besoin de temps, et si la cicatrice y demeure empreinte tousjours. Le
mesme se peut effectuer et encore plus commodément dans un baston de
torche en semblable bois de sapin creusé, puis enduire la fente avec de la
sciure fort subtile et sassée, de la mesme estoffe destrempée avec de la colle
blanche: de quoy il semble qu'usa Brutus en allant à Delphes, comme le
marque Tite-Live à la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la
quatrième Décade, Polycrate et Diognète enfermèrent un brief de plomb
dans une tourte. Il y en a qui enferment leurs lettres dans un caillou artificiel
faict de ceste sorte: On prend des cailloux de rivière qu'on faict calciner et
réduire en poudre passée par un subtil tamis. Puis on l'incorpore avec sa
quarte partie de résine fondue et une de poix, meslant bien le tout avec un
baston, et estant cette composition encore chaulde et par conséquent molle,
enveloppant la lettre dedans, façonnant le caillou devant le feu à-tout les
mains trempées en eau tiède, de la sorte que bon leur semble; cela faict, on
le laisse sécher.»
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Les Romains empruntèrent à la Grèce toutes les connaissances qu'elle
possédait, mais ils les perfectionnèrent. César employait pour sa
correspondance secrète une méthode que nous aurons occasion de faire
connaître plus tard, et qui aujourd'hui n'arrêterait pas longtemps le plus
novice des déchiffreurs.
On a attribué à Tullius Tiron, affranchi de Cicéron, l'invention de la
méthode d'écrire en notes tachygraphiques, et on leur a même donné le nom
de Notes tironiennes; mais cet art était déjà connu des Grecs. Tiron a
seulement le mérite très-réel d'avoir augmenté le nombre des signes et de
les avoir distribués dans un meilleur ordre. Sa méthode, perfectionnée par
Sénèque et d'autres, s'étendit dans tout l'empire. On s'en est servi pour les
actes publics, en Allemagne, jusqu'à la fin du dixième siècle; la France y
avait renoncé un peu plus tôt. C'est de là que les officiers publics chargés de
la transcription des actes ont reçu le nom de notaires, qu'ils conservent
encore. En cessant de faire usage des notes tironiennes, on en oublia la
signification. Quelques savants ont entrepris à cet égard des travaux
importants; citons surtout l'Alphabetum tironianum du bénédictin Dom
Carpentier (Paris, 1747, in-fol.); on peut recourir également au Nouveau
Traité de diplomatique de D. D. Tassin et Thuilier, ainsi qu'au Dictionnaire
diplomatique de Dom de Vaines. Un ouvrage de J. Gruter, Tyronis ac
Senecæ notæ (1603, in-folio), présente plusieurs milliers de ces notes;
chacune d'elles exprime un mot différent; les traits, les lignes, les points
dont elles se composent, devaient exposer à bien des méprises, à moins
qu'on n'écrivît avec beaucoup de lenteur et d'attention, et nul doute que
pareille écriture ne fût d'un emploi très-incommode.
Nous copions cinq notes tironiennes prises au hasard; elles sont un
échantillon fidèle de cette méthode sténographique.
Clemens.
Mars.
Legitimus.
Imperator.
Patres conscripti.
possédait, mais ils les perfectionnèrent. César employait pour sa
correspondance secrète une méthode que nous aurons occasion de faire
connaître plus tard, et qui aujourd'hui n'arrêterait pas longtemps le plus
novice des déchiffreurs.
On a attribué à Tullius Tiron, affranchi de Cicéron, l'invention de la
méthode d'écrire en notes tachygraphiques, et on leur a même donné le nom
de Notes tironiennes; mais cet art était déjà connu des Grecs. Tiron a
seulement le mérite très-réel d'avoir augmenté le nombre des signes et de
les avoir distribués dans un meilleur ordre. Sa méthode, perfectionnée par
Sénèque et d'autres, s'étendit dans tout l'empire. On s'en est servi pour les
actes publics, en Allemagne, jusqu'à la fin du dixième siècle; la France y
avait renoncé un peu plus tôt. C'est de là que les officiers publics chargés de
la transcription des actes ont reçu le nom de notaires, qu'ils conservent
encore. En cessant de faire usage des notes tironiennes, on en oublia la
signification. Quelques savants ont entrepris à cet égard des travaux
importants; citons surtout l'Alphabetum tironianum du bénédictin Dom
Carpentier (Paris, 1747, in-fol.); on peut recourir également au Nouveau
Traité de diplomatique de D. D. Tassin et Thuilier, ainsi qu'au Dictionnaire
diplomatique de Dom de Vaines. Un ouvrage de J. Gruter, Tyronis ac
Senecæ notæ (1603, in-folio), présente plusieurs milliers de ces notes;
chacune d'elles exprime un mot différent; les traits, les lignes, les points
dont elles se composent, devaient exposer à bien des méprises, à moins
qu'on n'écrivît avec beaucoup de lenteur et d'attention, et nul doute que
pareille écriture ne fût d'un emploi très-incommode.
Nous copions cinq notes tironiennes prises au hasard; elles sont un
échantillon fidèle de cette méthode sténographique.
Clemens.
Mars.
Legitimus.
Imperator.
Patres conscripti.
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Au neuvième siècle, Raban-Maur, archevêque de Mayence, a rapporté
deux exemples d'un chiffre dont les Bénédictins font connaître la clef dans
leur grand Traité de diplomatique. Dans le premier exemple, on supprime
les voyelles et on les remplace par des signes convenus; l'i est désigné par
un point, l'a par deux, l'e par trois, l'o par quatre, l'u par cinq, de telle sorte
que, pour écrire:
Incipit versus Bonifaciia rchi gloriosique martyris.
On mettra
.Nc.p.t v rs s B::n.f:c.. :rch. gl::r.::s.q m:rt.r.s
Dans le second exemple, on substitue à chaque voyelle la lettre suivante.
Toutefois les consonnes b, f, k, p, x, qui, dans ce système, tiennent lieu de
voyelles, conservent aussi leur valeur.
§ IV.
Le chiffre chez les modernes. Anecdotes.
Nous sommes peu disposé à ajouter foi à l'assertion d'un vieil historien,
d'après lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la monarchie
française aurait été versé dans les mystères de la Cryptographie.
«Pharamond, très-puissant roy des François en Germanie, et quarante-
troisième après Marcovir, lorsque par grande puissance il marchoit sur les
limites des Gaules, afin que secrètement il escrivist de ses affaires, adjousta
pour ses secrets des minuties pérégrines et estranges.»
Le moyen âge présente peu d'exemples de l'écriture en chiffres; mais, dès
l'époque de la Renaissance, la nécessité de moyens occultes de
communication se fait de plus en plus sentir au milieu des intrigues
diplomatiques qui se croisent en tous sens. Divers auteurs composent sur
pareil sujet de très-gros livres; des éditions multipliées attestent l'utilité de
pareils écrits, et chacun s'efforce de découvrir les moyens de rendre
impuissants tous les efforts des investigateurs.
deux exemples d'un chiffre dont les Bénédictins font connaître la clef dans
leur grand Traité de diplomatique. Dans le premier exemple, on supprime
les voyelles et on les remplace par des signes convenus; l'i est désigné par
un point, l'a par deux, l'e par trois, l'o par quatre, l'u par cinq, de telle sorte
que, pour écrire:
Incipit versus Bonifaciia rchi gloriosique martyris.
On mettra
.Nc.p.t v rs s B::n.f:c.. :rch. gl::r.::s.q m:rt.r.s
Dans le second exemple, on substitue à chaque voyelle la lettre suivante.
Toutefois les consonnes b, f, k, p, x, qui, dans ce système, tiennent lieu de
voyelles, conservent aussi leur valeur.
§ IV.
Le chiffre chez les modernes. Anecdotes.
Nous sommes peu disposé à ajouter foi à l'assertion d'un vieil historien,
d'après lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la monarchie
française aurait été versé dans les mystères de la Cryptographie.
«Pharamond, très-puissant roy des François en Germanie, et quarante-
troisième après Marcovir, lorsque par grande puissance il marchoit sur les
limites des Gaules, afin que secrètement il escrivist de ses affaires, adjousta
pour ses secrets des minuties pérégrines et estranges.»
Le moyen âge présente peu d'exemples de l'écriture en chiffres; mais, dès
l'époque de la Renaissance, la nécessité de moyens occultes de
communication se fait de plus en plus sentir au milieu des intrigues
diplomatiques qui se croisent en tous sens. Divers auteurs composent sur
pareil sujet de très-gros livres; des éditions multipliées attestent l'utilité de
pareils écrits, et chacun s'efforce de découvrir les moyens de rendre
impuissants tous les efforts des investigateurs.
Page 12
Au dix-septième siècle, les monarques, les ministres, les ambassadeurs,
font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cessé de s'étendre et de se
perfectionner jusqu'à nos jours.
Les dépêches chiffrées qui se sont amoncelées en quantité immense
durant cette période n'ont point été, la chose va sans dire, livrées à la
publicité; elles sont restées ensevelies dans les archives secrètes des
chancelleries; on peut toutefois rencontrer, dans des recueils de documents
éloignés de l'époque contemporaine, divers exemples de l'emploi de la
Cryptographie, divulgués par la voie de l'impression.
La correspondance imprimée d'un érudit célèbre qui exerça d'importantes
fonctions diplomatiques, H. Grotius, présente divers passages écrits en
chiffres. Empruntons quelques lignes à une dépêche adressée au chancelier
de Suède, Oxenstiern, dépêche qu'on lit dans l'édition d'Amsterdam (1687,
in-folio) des Epistolæ H. Grotii.
«Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20, 70, 6,
10, 72, 66, 81, 47, 31, 10, 33, 66, 14, 106, 10, 33, 31, 217, 246, ab Eusebio
Vindiceque auditus.... Egit plurimum cum 79, 59, 76, 72, 13, 42.»
Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne paraît pas avoir été fort
compliqué; sa Correspondance inédite avec Maurice le Savant, landgrave
de Hesse, publiée par M. de Rommel (Paris, 1840, 8o), en offre plusieurs
exemples, citons quelques lignes:
«Je vous assure que je fais grand estime de leur amitié 67, 69, 68, 62, 74,
74, 18, 63, 4[¨9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est l'entremetteur.
Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53.....»
Quelques chiffres sont surmontés d'un trait ou du deux points; des lettres
grecques et divers signes employés par les chimistes et les astronomes se
mêlent aux chiffres. L'éditeur a reproduit le tout, sans chercher à découvrir
ce que cachait un voile qu'il aurait dû s'efforcer de soulever.
Mentionnons, d'après la Biographie universelle, une anecdote qui se
rattache à l'époque dont nous parlons:
font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cessé de s'étendre et de se
perfectionner jusqu'à nos jours.
Les dépêches chiffrées qui se sont amoncelées en quantité immense
durant cette période n'ont point été, la chose va sans dire, livrées à la
publicité; elles sont restées ensevelies dans les archives secrètes des
chancelleries; on peut toutefois rencontrer, dans des recueils de documents
éloignés de l'époque contemporaine, divers exemples de l'emploi de la
Cryptographie, divulgués par la voie de l'impression.
La correspondance imprimée d'un érudit célèbre qui exerça d'importantes
fonctions diplomatiques, H. Grotius, présente divers passages écrits en
chiffres. Empruntons quelques lignes à une dépêche adressée au chancelier
de Suède, Oxenstiern, dépêche qu'on lit dans l'édition d'Amsterdam (1687,
in-folio) des Epistolæ H. Grotii.
«Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20, 70, 6,
10, 72, 66, 81, 47, 31, 10, 33, 66, 14, 106, 10, 33, 31, 217, 246, ab Eusebio
Vindiceque auditus.... Egit plurimum cum 79, 59, 76, 72, 13, 42.»
Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne paraît pas avoir été fort
compliqué; sa Correspondance inédite avec Maurice le Savant, landgrave
de Hesse, publiée par M. de Rommel (Paris, 1840, 8o), en offre plusieurs
exemples, citons quelques lignes:
«Je vous assure que je fais grand estime de leur amitié 67, 69, 68, 62, 74,
74, 18, 63, 4[¨9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est l'entremetteur.
Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53.....»
Quelques chiffres sont surmontés d'un trait ou du deux points; des lettres
grecques et divers signes employés par les chimistes et les astronomes se
mêlent aux chiffres. L'éditeur a reproduit le tout, sans chercher à découvrir
ce que cachait un voile qu'il aurait dû s'efforcer de soulever.
Mentionnons, d'après la Biographie universelle, une anecdote qui se
rattache à l'époque dont nous parlons:
Page 13
À la fin du seizième siècle, les Espagnols voulurent établir des relations
entre les membres épars de leur vaste monarchie, qui embrassait alors une
grande partie de l'Italie, les Pays-Bas, les Philippines, et d'immenses
contrées dans le Nouveau-Monde; car ils avaient le plus grand intérêt à ce
que leurs communications ne pussent être découvertes: ils imaginèrent un
chiffre qu'ils variaient de temps en temps, afin de déconcerter tous ceux qui
avaient tenté de percer les mystères de leurs correspondances. Ce chiffre,
composé de plus de cinquante signes, leur fut d'une grande utilité pendant
les troubles de la Ligue et les guerres qui désolèrent alors l'Europe.
Quelques-unes de ces dépêches ayant été interceptées, Henri IV les remit à
un géomètre habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la clef. Le
mathématicien y réussit, et il parvint même à saisir le chiffre dans toutes ses
variations. La France profita pendant deux ans de cette découverte. La Cour
d'Espagne, déconcertée, accusa le gouvernement français d'avoir à ses
ordres des sorciers et de recourir au diable afin d'obtenir la révélation des
secrets cryptographiques. Elle demanda que Viete fût jugé comme un
négromant: elle porta ses plaintes à Rome. Une prétention aussi ridicule
n'excita que le rire; le géomètre aurait pu cependant avoir des tracasseries
sérieuses, s'il n'eût été, en cette affaire, soutenu par un puissant monarque;
toute accusation de sorcellerie pouvait, en 1600, avoir des conséquences
extrêmement graves.
L'histoire conserve le souvenir de diverses anecdotes dont l'emploi des
chiffres a été la cause; nous allons en relater quelques-unes:
Dans le cours des longues négociations qui firent durer pendant tant
d'années le Congrès de Westphalie, les plénipotentiaires de diverses
puissances demandèrent à connaître les propositions que faisait l'Empereur
d'Allemagne concernant certains points en litige; son ambassadeur, Isaac
Voltmar, s'excusa de ne pouvoir les communiquer, en alléguant qu'elles
étaient écrites en chiffres et qu'il lui fallait trois semaines pour en avoir la
clef. Cette réponse excita un mécontentement général, et l'envoyé du duc de
Savoie s'écria: «N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il
pas certain que le Saint-Père a dans ses mains la clef qui lie et qui délie?
(clavem ligandi et solvendi). Adressons-nous donc à lui, afin qu'il nous
donne la clef qui est si nécessaire en ce moment.»
entre les membres épars de leur vaste monarchie, qui embrassait alors une
grande partie de l'Italie, les Pays-Bas, les Philippines, et d'immenses
contrées dans le Nouveau-Monde; car ils avaient le plus grand intérêt à ce
que leurs communications ne pussent être découvertes: ils imaginèrent un
chiffre qu'ils variaient de temps en temps, afin de déconcerter tous ceux qui
avaient tenté de percer les mystères de leurs correspondances. Ce chiffre,
composé de plus de cinquante signes, leur fut d'une grande utilité pendant
les troubles de la Ligue et les guerres qui désolèrent alors l'Europe.
Quelques-unes de ces dépêches ayant été interceptées, Henri IV les remit à
un géomètre habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la clef. Le
mathématicien y réussit, et il parvint même à saisir le chiffre dans toutes ses
variations. La France profita pendant deux ans de cette découverte. La Cour
d'Espagne, déconcertée, accusa le gouvernement français d'avoir à ses
ordres des sorciers et de recourir au diable afin d'obtenir la révélation des
secrets cryptographiques. Elle demanda que Viete fût jugé comme un
négromant: elle porta ses plaintes à Rome. Une prétention aussi ridicule
n'excita que le rire; le géomètre aurait pu cependant avoir des tracasseries
sérieuses, s'il n'eût été, en cette affaire, soutenu par un puissant monarque;
toute accusation de sorcellerie pouvait, en 1600, avoir des conséquences
extrêmement graves.
L'histoire conserve le souvenir de diverses anecdotes dont l'emploi des
chiffres a été la cause; nous allons en relater quelques-unes:
Dans le cours des longues négociations qui firent durer pendant tant
d'années le Congrès de Westphalie, les plénipotentiaires de diverses
puissances demandèrent à connaître les propositions que faisait l'Empereur
d'Allemagne concernant certains points en litige; son ambassadeur, Isaac
Voltmar, s'excusa de ne pouvoir les communiquer, en alléguant qu'elles
étaient écrites en chiffres et qu'il lui fallait trois semaines pour en avoir la
clef. Cette réponse excita un mécontentement général, et l'envoyé du duc de
Savoie s'écria: «N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il
pas certain que le Saint-Père a dans ses mains la clef qui lie et qui délie?
(clavem ligandi et solvendi). Adressons-nous donc à lui, afin qu'il nous
donne la clef qui est si nécessaire en ce moment.»
Page 14
Une autre circonstance originale se montra au commencement du dix-
huitième siècle:
L'électeur de Brandebourg, Frédéric III, avait formé le projet de s'élever
au rang des têtes couronnées et de convertir en royaume son duché de
Prusse. Il était presque impossible que ce projet pût s'effectuer sans
l'assentiment de l'Empereur d'Allemagne, suzerain du Corps germanique.
Des négociations furent donc ouvertes à Vienne: elles s'y traînèrent des
années entières; des difficultés nombreuses s'opposaient à
l'accomplissement des vœux de l'Électeur. Son ministre auprès de la cour
d'Autriche, le baron de Barthololi, se servait, pour sa correspondance, d'un
chiffre dans lequel chaque lettre de l'alphabet était représentée par un
nombre convenu; d'autres nombres exprimaient des noms de personnes ou
de lieux.
Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jésuite, le
père Wolf, qui avait accompagné à Berlin l'ambassadeur d'Autriche, en
qualité de chapelain, et qui se livrait avec activité à des intrigues politiques.
Le nombre 24 signifiait l'Électeur, 110 l'Empereur, 116 le père Wolf.
Barthololi écrivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer l'affaire, il
était indispensable que 24 (l'Électeur) adressât une lettre autographe à 110
(l'Empereur).
Le 0 de ce dernier nombre, étant tracé à la hâte, fut pris pour un 6, et l'on
en conclut à Berlin qu'il fallait que l'Électeur écrivît de sa main au père
Wolf.
Frédéric III n'hésita point, et, bien que cette démarche pût lui paraître
étrange et qu'elle choquât son orgueil, il adressa de suite au père Wolf une
longue épître écrite en entier de sa main et dans laquelle, expliquant,
justifiant ses projets, il s'efforçait d'obtenir l'appui du bon père, auquel il
prodiguait les compliments et les promesses.
Le jésuite fut aussi surpris que flatté de recevoir une pareille
communication: elle le décida à ne rien épargner pour faire réussir les vues
du prince qui venait ainsi se mettre sous sa protection; il s'adressa au
huitième siècle:
L'électeur de Brandebourg, Frédéric III, avait formé le projet de s'élever
au rang des têtes couronnées et de convertir en royaume son duché de
Prusse. Il était presque impossible que ce projet pût s'effectuer sans
l'assentiment de l'Empereur d'Allemagne, suzerain du Corps germanique.
Des négociations furent donc ouvertes à Vienne: elles s'y traînèrent des
années entières; des difficultés nombreuses s'opposaient à
l'accomplissement des vœux de l'Électeur. Son ministre auprès de la cour
d'Autriche, le baron de Barthololi, se servait, pour sa correspondance, d'un
chiffre dans lequel chaque lettre de l'alphabet était représentée par un
nombre convenu; d'autres nombres exprimaient des noms de personnes ou
de lieux.
Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jésuite, le
père Wolf, qui avait accompagné à Berlin l'ambassadeur d'Autriche, en
qualité de chapelain, et qui se livrait avec activité à des intrigues politiques.
Le nombre 24 signifiait l'Électeur, 110 l'Empereur, 116 le père Wolf.
Barthololi écrivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer l'affaire, il
était indispensable que 24 (l'Électeur) adressât une lettre autographe à 110
(l'Empereur).
Le 0 de ce dernier nombre, étant tracé à la hâte, fut pris pour un 6, et l'on
en conclut à Berlin qu'il fallait que l'Électeur écrivît de sa main au père
Wolf.
Frédéric III n'hésita point, et, bien que cette démarche pût lui paraître
étrange et qu'elle choquât son orgueil, il adressa de suite au père Wolf une
longue épître écrite en entier de sa main et dans laquelle, expliquant,
justifiant ses projets, il s'efforçait d'obtenir l'appui du bon père, auquel il
prodiguait les compliments et les promesses.
Le jésuite fut aussi surpris que flatté de recevoir une pareille
communication: elle le décida à ne rien épargner pour faire réussir les vues
du prince qui venait ainsi se mettre sous sa protection; il s'adressa au
Page 15
confesseur de l'Empereur; des lettres allèrent à Rome trouver le général de
la puissante société; bientôt tous les obstacles qui s'étaient jusqu'alors
accumulés s'aplanirent, et, grâce a cette méprise fortuite dans une dépêche
chiffrée, grâce à ce 0 qui parut transformé en un 6, l'Électeur obtint de la
cour de Vienne ce que peut-être, sans cet incident, elle lui aurait toujours
refusé. Autre chapitre à joindre à la piquante histoire des très-petites causes
qui amènent de grands événements.
§ V.
Cartes mystérieuses de M. de Vergennes.
Sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, l'écriture chiffrée devint de
plus en plus l'indispensable auxiliaire de la diplomatie; les divers cabinets
de l'Europe, engagés dans une interminable complication d'intrigues
politiques, s'efforçaient mutuellement de se dérober leurs secrets. On
enlevait les courriers, on corrompait à force d'or les employés des
chancelleries. Afin de résister aux tentatives d'une curiosité aussi irritée, il
fallut inventer des raffinements cryptographiques de plus en plus
mystérieux.
Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères sous Louis XVI,
faisait usage, dans ses relations avec les agents diplomatiques de la France,
de procédés occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz, avait, dit-on, été
l'inventeur. Ce chiffre était employé dans les lettres de recommandation ou
dans les passeports qu'on donnait aux étrangers qui se rendaient en France;
il servait à fournir, sur eux et à leur insu, des renseignements dont ils étaient
eux-mêmes porteurs sans le soupçonner le moins du monde. La patrie, l'âge,
la religion, la profession, le caractère, les vertus et les vices, le signalement
du personnage qu'on désignait ainsi au ministre, les motifs de son voyage,
tous ces détails et bien d'autres encore se trouvaient indiqués sur une simple
carte où rien ne sollicitait l'attention des profanes qui n'étaient point initiés à
de pareils mystères.
Entrons à ce sujet dans quelques particularités:
la puissante société; bientôt tous les obstacles qui s'étaient jusqu'alors
accumulés s'aplanirent, et, grâce a cette méprise fortuite dans une dépêche
chiffrée, grâce à ce 0 qui parut transformé en un 6, l'Électeur obtint de la
cour de Vienne ce que peut-être, sans cet incident, elle lui aurait toujours
refusé. Autre chapitre à joindre à la piquante histoire des très-petites causes
qui amènent de grands événements.
§ V.
Cartes mystérieuses de M. de Vergennes.
Sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, l'écriture chiffrée devint de
plus en plus l'indispensable auxiliaire de la diplomatie; les divers cabinets
de l'Europe, engagés dans une interminable complication d'intrigues
politiques, s'efforçaient mutuellement de se dérober leurs secrets. On
enlevait les courriers, on corrompait à force d'or les employés des
chancelleries. Afin de résister aux tentatives d'une curiosité aussi irritée, il
fallut inventer des raffinements cryptographiques de plus en plus
mystérieux.
Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères sous Louis XVI,
faisait usage, dans ses relations avec les agents diplomatiques de la France,
de procédés occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz, avait, dit-on, été
l'inventeur. Ce chiffre était employé dans les lettres de recommandation ou
dans les passeports qu'on donnait aux étrangers qui se rendaient en France;
il servait à fournir, sur eux et à leur insu, des renseignements dont ils étaient
eux-mêmes porteurs sans le soupçonner le moins du monde. La patrie, l'âge,
la religion, la profession, le caractère, les vertus et les vices, le signalement
du personnage qu'on désignait ainsi au ministre, les motifs de son voyage,
tous ces détails et bien d'autres encore se trouvaient indiqués sur une simple
carte où rien ne sollicitait l'attention des profanes qui n'étaient point initiés à
de pareils mystères.
Entrons à ce sujet dans quelques particularités:
Page 16
La couleur de la carte désignait la patrie de l'étranger. Le blanc était
affecté au Portugal, le rouge à l'Espagne, le jaune à l'Angleterre, le vert à la
Hollande, le blanc et le jaune à Venise, rouge et vert à la Suisse, rouge et
blanc aux États de l'Église, vert et jaune à la Suède, vert et rouge à la
Turquie, vert et blanc à la Russie, etc.
L'âge du porteur était exprimé par la forme de la carte. Si elle était
circulaire, c'était l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de 25 à 30,
ovale; de 30 à 45, la carte était octogone; de 45 à 50, elle était hexagone; de
55 à 60, c'était un carré; au-dessus de 60, un carré long.
Deux lignes placées au-dessous du nom du porteur de la carte indiquaient
sa taille. S'il était grand et maigre, les lignes étaient ondoyantes et
parallèles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une de l'autre; une stature
moyenne et petite se trouvait signalée par des lignes droites ou courbes
placées à des distances plus ou moins éloignées.
L'expression de la physionomie était indiquée au moyen de la figure
d'une fleur placée dans la bordure qui entourait la carte. Une rose désignait
une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un air pensif et
distingué.
Un ruban était entortillé autour de la bordure, et, selon qu'il descendait
plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommandé était célibataire, marié
ou veuf.
Des points placés également dans la bordure révélaient la position de
fortune.
La religion du personnage, qu'on signalait de la sorte, était indiquée au
moyen d'un signe de ponctuation placé après son nom. S'il était catholique,
on mettait un point; luthérien, un point et une virgule; calviniste, une
virgule; juif, un trait d'union. S'il passait pour athée, on ne mettait aucun
signe.
Des points placés au-dessus, au-dessous ou à côté de quelques mots, de
petits signes mis dans les angles de la carte, dans le genre de ceux-ci:
affecté au Portugal, le rouge à l'Espagne, le jaune à l'Angleterre, le vert à la
Hollande, le blanc et le jaune à Venise, rouge et vert à la Suisse, rouge et
blanc aux États de l'Église, vert et jaune à la Suède, vert et rouge à la
Turquie, vert et blanc à la Russie, etc.
L'âge du porteur était exprimé par la forme de la carte. Si elle était
circulaire, c'était l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de 25 à 30,
ovale; de 30 à 45, la carte était octogone; de 45 à 50, elle était hexagone; de
55 à 60, c'était un carré; au-dessus de 60, un carré long.
Deux lignes placées au-dessous du nom du porteur de la carte indiquaient
sa taille. S'il était grand et maigre, les lignes étaient ondoyantes et
parallèles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une de l'autre; une stature
moyenne et petite se trouvait signalée par des lignes droites ou courbes
placées à des distances plus ou moins éloignées.
L'expression de la physionomie était indiquée au moyen de la figure
d'une fleur placée dans la bordure qui entourait la carte. Une rose désignait
une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un air pensif et
distingué.
Un ruban était entortillé autour de la bordure, et, selon qu'il descendait
plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommandé était célibataire, marié
ou veuf.
Des points placés également dans la bordure révélaient la position de
fortune.
La religion du personnage, qu'on signalait de la sorte, était indiquée au
moyen d'un signe de ponctuation placé après son nom. S'il était catholique,
on mettait un point; luthérien, un point et une virgule; calviniste, une
virgule; juif, un trait d'union. S'il passait pour athée, on ne mettait aucun
signe.
Des points placés au-dessus, au-dessous ou à côté de quelques mots, de
petits signes mis dans les angles de la carte, dans le genre de ceux-ci:
Page 17
,
et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans conséquence,
indiquaient les qualités, les défauts, l'instruction du porteur de la carte. En y
jetant un coup d'œil, le ministre apprenait en une minute, aussi bien qu'il
l'eût fait en lisant une page entière de raisonnements, si l'individu auquel on
avait remis pareil billet, était joueur, vicieux ou duelliste; s'il venait en
France pour se marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer à
l'étude; s'il était médecin, journaliste, homme de lettres; s'il méritait d'être
soumis à une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer aucun soupçon.
Rien ne pouvait faire soupçonner qu'il y eût autant de secrets dans un
simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et conçu, par exemple en ces
termes:
ALPHONSE D'ANGEHA
recommandé à monsieur
le comte de Vergennes par le marquis
de Puysegur, ambassadeur de France
à la cour de Lisbonne.
Mais les lignes placées au-dessous du nom du porteur, les signes de
ponctuation, les ornemente très-peu multipliés jetés dans les coins de la
carte, étaient gros de révélations que nul n'aurait soupçonnées.
Tout ceci est d'ailleurs raconté beaucoup plus longuement que nous ne
devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprimée en langue
allemande vers 1793. Elle a pour titre: «Correspondance de la police secrète
du comte de Vergennes, ministre de l'infortuné roi Louis XVI.»
§ VI.
La Cryptographie au dix-neuvième siècle.
Les grands événements dont l'Europe a été le théâtre depuis une
soixantaine d'années, ont fait sentir de plus en plus l'utilité de l'écriture
chiffrée.
et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans conséquence,
indiquaient les qualités, les défauts, l'instruction du porteur de la carte. En y
jetant un coup d'œil, le ministre apprenait en une minute, aussi bien qu'il
l'eût fait en lisant une page entière de raisonnements, si l'individu auquel on
avait remis pareil billet, était joueur, vicieux ou duelliste; s'il venait en
France pour se marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer à
l'étude; s'il était médecin, journaliste, homme de lettres; s'il méritait d'être
soumis à une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer aucun soupçon.
Rien ne pouvait faire soupçonner qu'il y eût autant de secrets dans un
simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et conçu, par exemple en ces
termes:
ALPHONSE D'ANGEHA
recommandé à monsieur
le comte de Vergennes par le marquis
de Puysegur, ambassadeur de France
à la cour de Lisbonne.
Mais les lignes placées au-dessous du nom du porteur, les signes de
ponctuation, les ornemente très-peu multipliés jetés dans les coins de la
carte, étaient gros de révélations que nul n'aurait soupçonnées.
Tout ceci est d'ailleurs raconté beaucoup plus longuement que nous ne
devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprimée en langue
allemande vers 1793. Elle a pour titre: «Correspondance de la police secrète
du comte de Vergennes, ministre de l'infortuné roi Louis XVI.»
§ VI.
La Cryptographie au dix-neuvième siècle.
Les grands événements dont l'Europe a été le théâtre depuis une
soixantaine d'années, ont fait sentir de plus en plus l'utilité de l'écriture
chiffrée.
Page 18
Dans le cours des opérations militaires, les ordres, les dépêches, sont
très-fréquemment interceptés; il peut en résulter les conséquences les plus
graves. L'ennemi apprend de la sorte des choses qu'il est d'un intérêt
immense de lui tenir cachées: si le sens des lettres dont il s'empare est caché
sous un mystère qu'il ne peut percer, il n'a plus entre les mains qu'un chiffon
de papier qui ne lui est d'aucun secours.
Quelques lettres de l'empereur Napoléon, écrites dans le cours de ses
campagnes et publiées dans divers ouvrages historiques, montrent que deux
chiffres, le grand et le petit, étaient en usage parmi les généraux français
pour correspondre entre eux et avec l'état-major général. D'un autre côté, il
est certain que beaucoup de dépêches importantes n'ont jamais été chiffrées.
L'Histoire de la guerre de la Péninsule, par le colonel anglais Napier,
renferme un grand nombre de lettres écrites par le roi Joseph, par des
maréchaux, par des ambassadeurs, par le ministre de la guerre à Paris; ces
lettres, remplies de détails importants, furent interceptées par les guérillas et
saisies avec les voitures de la cour lors de la bataille de Vitoria. Si on avait
eu la précaution de les mettre à l'abri sous un procédé cryptographique
habilement choisi, elles n'auraient jamais figuré à la suite des récits d'un
adversaire des armées françaises.
Nul doute qu'à l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour leurs
communications les plus intimes et les plus secrètes, recours à l'art du
chiffre. Nous ne saurions dire quels sont maintenant les systèmes qui
obtiennent la préférence, mais nous pensons qu'ils ne s'imitent pas de ceux
dont nos pères faisaient usage et qu'il nous reste à faire connaître. Il est
difficile d'imaginer en ce genre quelque chose de mieux que ce qui a déjà
été découvert.
Nous avons à passer en revue les écrivains qui ont successivement
exposé les mystères de la Cryptographie.
très-fréquemment interceptés; il peut en résulter les conséquences les plus
graves. L'ennemi apprend de la sorte des choses qu'il est d'un intérêt
immense de lui tenir cachées: si le sens des lettres dont il s'empare est caché
sous un mystère qu'il ne peut percer, il n'a plus entre les mains qu'un chiffon
de papier qui ne lui est d'aucun secours.
Quelques lettres de l'empereur Napoléon, écrites dans le cours de ses
campagnes et publiées dans divers ouvrages historiques, montrent que deux
chiffres, le grand et le petit, étaient en usage parmi les généraux français
pour correspondre entre eux et avec l'état-major général. D'un autre côté, il
est certain que beaucoup de dépêches importantes n'ont jamais été chiffrées.
L'Histoire de la guerre de la Péninsule, par le colonel anglais Napier,
renferme un grand nombre de lettres écrites par le roi Joseph, par des
maréchaux, par des ambassadeurs, par le ministre de la guerre à Paris; ces
lettres, remplies de détails importants, furent interceptées par les guérillas et
saisies avec les voitures de la cour lors de la bataille de Vitoria. Si on avait
eu la précaution de les mettre à l'abri sous un procédé cryptographique
habilement choisi, elles n'auraient jamais figuré à la suite des récits d'un
adversaire des armées françaises.
Nul doute qu'à l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour leurs
communications les plus intimes et les plus secrètes, recours à l'art du
chiffre. Nous ne saurions dire quels sont maintenant les systèmes qui
obtiennent la préférence, mais nous pensons qu'ils ne s'imitent pas de ceux
dont nos pères faisaient usage et qu'il nous reste à faire connaître. Il est
difficile d'imaginer en ce genre quelque chose de mieux que ce qui a déjà
été découvert.
Nous avons à passer en revue les écrivains qui ont successivement
exposé les mystères de la Cryptographie.
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CHAPITRE II.
AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE.
§ Ier.
L'abbé Trithème.
Le premier auteur qui ait traité ex professo et en détail l'art d'écrire en
chiffres fut le célèbre Trithème, mort en 1516, abbé de Saint-Jacques à
Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe, auteur d'un grand
nombre de livres ascétiques, il ne nous appartient que comme ayant mis au
jour deux ouvrages, l'un sur la Polygraphie, l'autre sur la Stéganographie
(Steganographia, hoc est, ars per occultam scripturam animi sui
voluntatem absentibus aperiendi certa). La Polygraphie fut publiée pour la
première fois à Oppenheim, en 1518, deux ans après la mort de l'auteur; elle
a souvent été réimprimée durant le siècle qui suivit sa mise au jour. Il en
existe une traduction française par Gabriel de Collange, sous le titre de
Polygraphie et universelle escriture cabalistique, avec la clavicule, etc.
(Paris, 1541. 4o). Ce mot de Polygraphie ne doit point s'appliquer, comme
d'usage, à des mélanges d'écrits de différents genres ou sur divers sujets:
Trithème veut seulement enseigner à écrire un même mot, de plusieurs
manières. Il donne des alphabets nouveaux, composés, soit de lettres
étrangères les unes aux autres, soit de caractères de convention. Quant à la
Stéganographie, les expressions bizarres qui y abondent firent prendre ce
traité pour un livre de magie, et telles furent les clameurs de quelques
individus faciles à épouvanter, que le comte palatin Frédéric II, surnommé
pourtant le Sage, livra aux flammes le manuscrit autographe qui se
conservait dans sa bibliothèque.
AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE.
§ Ier.
L'abbé Trithème.
Le premier auteur qui ait traité ex professo et en détail l'art d'écrire en
chiffres fut le célèbre Trithème, mort en 1516, abbé de Saint-Jacques à
Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe, auteur d'un grand
nombre de livres ascétiques, il ne nous appartient que comme ayant mis au
jour deux ouvrages, l'un sur la Polygraphie, l'autre sur la Stéganographie
(Steganographia, hoc est, ars per occultam scripturam animi sui
voluntatem absentibus aperiendi certa). La Polygraphie fut publiée pour la
première fois à Oppenheim, en 1518, deux ans après la mort de l'auteur; elle
a souvent été réimprimée durant le siècle qui suivit sa mise au jour. Il en
existe une traduction française par Gabriel de Collange, sous le titre de
Polygraphie et universelle escriture cabalistique, avec la clavicule, etc.
(Paris, 1541. 4o). Ce mot de Polygraphie ne doit point s'appliquer, comme
d'usage, à des mélanges d'écrits de différents genres ou sur divers sujets:
Trithème veut seulement enseigner à écrire un même mot, de plusieurs
manières. Il donne des alphabets nouveaux, composés, soit de lettres
étrangères les unes aux autres, soit de caractères de convention. Quant à la
Stéganographie, les expressions bizarres qui y abondent firent prendre ce
traité pour un livre de magie, et telles furent les clameurs de quelques
individus faciles à épouvanter, que le comte palatin Frédéric II, surnommé
pourtant le Sage, livra aux flammes le manuscrit autographe qui se
conservait dans sa bibliothèque.
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Il est impossible de ne pas convenir que, surchargés de détails inutiles,
accablés d'une foule de réflexions mystiques, de considérations
allégoriques, et se traînant sous le poids d'une immense érudition
cabalistique qui étale hors de tout propos les rêveries creuses et les
imaginations folles des vieux rabbins[1], les ouvrages de Trithème sont des
lectures les plus indigestes et les plus pénibles auxquelles on puisse se
condamner. Il faut du courage et de l'attention, pour démêler au milieu de
toutes ces digressions et de toutes ces rêveries les procédés de
Cryptographie qu'indique l'abbé de Saint-Jacques.
Essayons de donner une analyse succincte des quatre livres dont se
compose la Stéganographie.
Le premier livre comprend trois cent soixante-seize répétitions de
l'alphabet formé de vingt-quatre lettres; à chaque lettre correspond un mot
de la langue; le tout forme un total de neuf mille vingt-quatre mots. Afin de
faire bien comprendre ce système, il convient de transcrire quelques-uns de
ces alphabets; nous reproduirons le premier, et nous y joindrons trois autres
pris au hasard (les 23e, 216e et 319e).
a Jésus, l'amour.
b le Dieu, la dilection.
c le Sauveur, la charité.
d le modérateur, la révérence.
e le pasteur, l'obéissance.
f l'auteur, le service.
g le rédempteur, le zèle.
h le prince, la mémoire.
i le fabricateur, le souvenir.
k le conservateur, la souvenance.
l le gouverneur, la faveur.
m l'empereur, l'affection.
n le roi, la loi.
o le recteur, la foi.
p le juge, l'espérance.
q l'illustrateur, le commandement.
accablés d'une foule de réflexions mystiques, de considérations
allégoriques, et se traînant sous le poids d'une immense érudition
cabalistique qui étale hors de tout propos les rêveries creuses et les
imaginations folles des vieux rabbins[1], les ouvrages de Trithème sont des
lectures les plus indigestes et les plus pénibles auxquelles on puisse se
condamner. Il faut du courage et de l'attention, pour démêler au milieu de
toutes ces digressions et de toutes ces rêveries les procédés de
Cryptographie qu'indique l'abbé de Saint-Jacques.
Essayons de donner une analyse succincte des quatre livres dont se
compose la Stéganographie.
Le premier livre comprend trois cent soixante-seize répétitions de
l'alphabet formé de vingt-quatre lettres; à chaque lettre correspond un mot
de la langue; le tout forme un total de neuf mille vingt-quatre mots. Afin de
faire bien comprendre ce système, il convient de transcrire quelques-uns de
ces alphabets; nous reproduirons le premier, et nous y joindrons trois autres
pris au hasard (les 23e, 216e et 319e).
a Jésus, l'amour.
b le Dieu, la dilection.
c le Sauveur, la charité.
d le modérateur, la révérence.
e le pasteur, l'obéissance.
f l'auteur, le service.
g le rédempteur, le zèle.
h le prince, la mémoire.
i le fabricateur, le souvenir.
k le conservateur, la souvenance.
l le gouverneur, la faveur.
m l'empereur, l'affection.
n le roi, la loi.
o le recteur, la foi.
p le juge, l'espérance.
q l'illustrateur, le commandement.
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r l'illuminateur, la recordation.
s le consolateur, la parole.
t le Seigneur, la connaissance.
u le dominateur, le saint.
x le créateur, l'amitié.
y le psalmateur, la promesse.
z le souverain, l'ordonnance.
& le protecteur, la bienveillance.
a fragiles, Europe.
b misérables, Candie.
c ingrats, Hongrie.
d ignorants, Panonie.
e iniques, Pologne.
f injustes, Germanie.
g malheureux, Saxe.
h malicieux, Helvétie.
i obstinés, Suède.
k perdus, Italie.
l pécheurs, Romanie.
m criminels, Lombardie.
n volontaires, Espagne.
o vains, Andalousie.
p mauvais, Castille.
q détestables, Gaule.
r abominables, Bretagne.
s damnables, Normandie.
t immondes, Aquitaine.
u indigents, Guyenne.
x pauvres, Gascogne.
y pusillanimes, Auvergne.
z pervers, Bourgogne.
& abjects, France.
s le consolateur, la parole.
t le Seigneur, la connaissance.
u le dominateur, le saint.
x le créateur, l'amitié.
y le psalmateur, la promesse.
z le souverain, l'ordonnance.
& le protecteur, la bienveillance.
a fragiles, Europe.
b misérables, Candie.
c ingrats, Hongrie.
d ignorants, Panonie.
e iniques, Pologne.
f injustes, Germanie.
g malheureux, Saxe.
h malicieux, Helvétie.
i obstinés, Suède.
k perdus, Italie.
l pécheurs, Romanie.
m criminels, Lombardie.
n volontaires, Espagne.
o vains, Andalousie.
p mauvais, Castille.
q détestables, Gaule.
r abominables, Bretagne.
s damnables, Normandie.
t immondes, Aquitaine.
u indigents, Guyenne.
x pauvres, Gascogne.
y pusillanimes, Auvergne.
z pervers, Bourgogne.
& abjects, France.
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Vous pouvez, au moyen de ces alphabets, exprimer votre pensée d'une
façon inintelligible pour les non initiés, et voici comment: Écrivez d'abord
sur un morceau de papier, que vous détruirez ensuite, ce que vous voulez
faire savoir, et traduisez, en posant pour la première lettre le mot qui lui
correspond dans le premier alphabet; pour la seconde lettre, cherchez dans
le second alphabet le mot à côté duquel elle est placée; ainsi de suite. On a
de la sorte une suite de mots qui ne présente qu'une série de non-sens, mais,
si notre correspondant est muni (comme il doit l'être) de la copie exacte des
alphabets dont vous avez fait usage, il n'aura nulle peine à découvrir le sens
qui se cache sous cette enfilade de mots, étonnés de s'y trouver placés dans
une série bizarre.
Trithème rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le
reproduire exactement: Un méchant vous demande une lettre d'introduction
auprès d'un de vos amis avec lequel il veut se lier. Vous avez des motifs
pour ne pas repousser cette prière; d'un autre côté, vous voulez transmettre
des renseignements exacts sur votre recommandé. Vous le chargez alors de
remettre à celui qu'il va trouver, un écrit qui présente les phrases suivantes:
«Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sûreté
immortelle avec ses sanctifiés en béatitude Amen. La charité
incompréhensible évangéliquement dénoncée aux hommes, reluctante
d'exhortation, réduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant de
vilipender la recordation du Rédempteur des cieux et aussi la compagnie de
la volupté ineffable que poursuivre. Parquoy, ô immondes, soutenez pureté
et serez recueillis aux règnes des déifiés et là perpétuellement prédestinés.
Abolissez donc les dissimulations de cette charnalité, puisqu'estes
heureusement compris aux exaltations du modérateur tout voyant.»
Cherchez à quelle lettre du premier alphabet correspond le premier mot
de cette oraison polygraphique, et vous trouvez la lettre n à côté du mot le
roi. Passant au second alphabet, vous verrez que le mot universel signifie e.
Au troisième alphabet, vous remarquerez la lettre v à côté du mot exornant.
Au quatrième alphabet vous noterez la lettre o comme étant en regard de les
corps: et le cinquième montrera un v dans la même ligne que le mot
manifeste. En continuant de la sorte, vous trouverez que la phrase ci-dessus
se traduit exactement par:
façon inintelligible pour les non initiés, et voici comment: Écrivez d'abord
sur un morceau de papier, que vous détruirez ensuite, ce que vous voulez
faire savoir, et traduisez, en posant pour la première lettre le mot qui lui
correspond dans le premier alphabet; pour la seconde lettre, cherchez dans
le second alphabet le mot à côté duquel elle est placée; ainsi de suite. On a
de la sorte une suite de mots qui ne présente qu'une série de non-sens, mais,
si notre correspondant est muni (comme il doit l'être) de la copie exacte des
alphabets dont vous avez fait usage, il n'aura nulle peine à découvrir le sens
qui se cache sous cette enfilade de mots, étonnés de s'y trouver placés dans
une série bizarre.
Trithème rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le
reproduire exactement: Un méchant vous demande une lettre d'introduction
auprès d'un de vos amis avec lequel il veut se lier. Vous avez des motifs
pour ne pas repousser cette prière; d'un autre côté, vous voulez transmettre
des renseignements exacts sur votre recommandé. Vous le chargez alors de
remettre à celui qu'il va trouver, un écrit qui présente les phrases suivantes:
«Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sûreté
immortelle avec ses sanctifiés en béatitude Amen. La charité
incompréhensible évangéliquement dénoncée aux hommes, reluctante
d'exhortation, réduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant de
vilipender la recordation du Rédempteur des cieux et aussi la compagnie de
la volupté ineffable que poursuivre. Parquoy, ô immondes, soutenez pureté
et serez recueillis aux règnes des déifiés et là perpétuellement prédestinés.
Abolissez donc les dissimulations de cette charnalité, puisqu'estes
heureusement compris aux exaltations du modérateur tout voyant.»
Cherchez à quelle lettre du premier alphabet correspond le premier mot
de cette oraison polygraphique, et vous trouvez la lettre n à côté du mot le
roi. Passant au second alphabet, vous verrez que le mot universel signifie e.
Au troisième alphabet, vous remarquerez la lettre v à côté du mot exornant.
Au quatrième alphabet vous noterez la lettre o comme étant en regard de les
corps: et le cinquième montrera un v dans la même ligne que le mot
manifeste. En continuant de la sorte, vous trouverez que la phrase ci-dessus
se traduit exactement par:
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«Ne vous servez de ce porteur, car il est menteur et larron.»
Trithème explique qu'avec ce système on peut s'exprimer très-facilement
dans quelque langue que ce soit, il en fournit des exemples pour l'italien et
le latin; la phrase suivante:
«Imaginez, terriens immondes, très-vite se ruinent terriennes, ardemment
fraudes avez; glace faillirez, présumerez, malheureux, etc.»
Signifie tout simplement: Te moneo, amice, ne in hoc negocio immisceas.
L'auteur fait remarquer:
Qu'il ne faut jamais «qu'en aucun ordre et rang alphabétique une diction
soit doublée, répétée, réitérée, ni mise en écrit par deux fois.»
Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oubliées ni d'omises.
On ne doit prendre qu'un seul mot dans chaque alphabet, et il est essentiel
de ne pas laisser passer un seul alphabet sans y prendre une expression.
Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent être écrits tout
au long, sans abréviation, distinctement et dûment séparés.
Il va sans dire que l'individu avec lequel vous correspondez de la sorte
doit posséder un recueil d'alphabets exactement et de tout point semblable à
celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en ce genre un livre
analogue à celui de Trithème, et il est bon que les rois et princes en
possèdent un certain nombre, afin de s'entendre avec leurs ambassadeurs et
leurs généraux, d'une manière qui ne soit pas uniforme.
On peut aussi convenir qu'on changera ou transportera l'ordre des mots
contenus dans chaque alphabet, et ces transpositions, qu'il y a moyen de
varier à l'infini, augmentent beaucoup la difficulté qu'offre le déchiffrement
d'une lettre écrite selon la méthode polygraphique.
Il serait possible qu'on trouvât des inconvénients à recourir, soit à la
langue française, soit à tout autre idiome, pour la formation des alphabets.
Trithème a prévu cette difficulté; il s'est efforcé de la résoudre, en
Trithème explique qu'avec ce système on peut s'exprimer très-facilement
dans quelque langue que ce soit, il en fournit des exemples pour l'italien et
le latin; la phrase suivante:
«Imaginez, terriens immondes, très-vite se ruinent terriennes, ardemment
fraudes avez; glace faillirez, présumerez, malheureux, etc.»
Signifie tout simplement: Te moneo, amice, ne in hoc negocio immisceas.
L'auteur fait remarquer:
Qu'il ne faut jamais «qu'en aucun ordre et rang alphabétique une diction
soit doublée, répétée, réitérée, ni mise en écrit par deux fois.»
Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oubliées ni d'omises.
On ne doit prendre qu'un seul mot dans chaque alphabet, et il est essentiel
de ne pas laisser passer un seul alphabet sans y prendre une expression.
Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent être écrits tout
au long, sans abréviation, distinctement et dûment séparés.
Il va sans dire que l'individu avec lequel vous correspondez de la sorte
doit posséder un recueil d'alphabets exactement et de tout point semblable à
celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en ce genre un livre
analogue à celui de Trithème, et il est bon que les rois et princes en
possèdent un certain nombre, afin de s'entendre avec leurs ambassadeurs et
leurs généraux, d'une manière qui ne soit pas uniforme.
On peut aussi convenir qu'on changera ou transportera l'ordre des mots
contenus dans chaque alphabet, et ces transpositions, qu'il y a moyen de
varier à l'infini, augmentent beaucoup la difficulté qu'offre le déchiffrement
d'une lettre écrite selon la méthode polygraphique.
Il serait possible qu'on trouvât des inconvénients à recourir, soit à la
langue française, soit à tout autre idiome, pour la formation des alphabets.
Trithème a prévu cette difficulté; il s'est efforcé de la résoudre, en
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composant des alphabets qui offrent des mots qui, n'appartenant à aucun
dialecte, peuvent servir de langue universelle. C'est dans un jargon
cabalistique ayant avec l'hébreu un certain air de famille, qu'il est allé puiser
ses matériaux. Un exemple devient nécessaire.
Cabalit mossu abru massu basin sophus strabil caffulun, etc.
Un travail analogue à celui que nous avons déjà indiqué fera connaître
que «ces mots pérégrins,» ce langage barbare et étrange signifie:
«Ne venez en cour, car le roi est fort offensé contre vous.»
Le troisième livre de la Polygraphie est consacré à des séries d'alphabets
de mots cabalistiques, mais il y a ici un raffinement: la seconde lettre de
chaque mot doit être extraite et écrite à la suite l'une de l'autre; ces lettres
réunies donnent le sens qu'on veut couvrir d'un voile.
Anna mesar dvain rosas dumera asion afang lisamar neparo uzafun
amar achiet benadas epalam ronis orrifer olrimech mesarym lucyphus
arosan.
Un travail dans le genre de celui dont nous avons donné l'idée, montrera
que ceci veut dire:
«Ne vous fiez à ce porteur.»
Il va sans dire qu'on peut convenir que la lettre significative sera la
troisième, la quatrième, n'importe enfin laquelle de chaque mot. L'abbé de
Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procédé n'est pas trop sûr et
secret, «car tout homme d'esprit et de savoir, par cas fortuits, tant par sa
curiosité que par son labeur et industrie, pourroit trouver le secret et occulte
mystère caché sous cette écriture.»
Le quatrième livre expose la méthode bien connue de la transposition des
lettres alphabétiques; «on peut faire et composer autant d'alphabets
différents et dissemblables, qu'il y a d'étoiles au ciel.»
dialecte, peuvent servir de langue universelle. C'est dans un jargon
cabalistique ayant avec l'hébreu un certain air de famille, qu'il est allé puiser
ses matériaux. Un exemple devient nécessaire.
Cabalit mossu abru massu basin sophus strabil caffulun, etc.
Un travail analogue à celui que nous avons déjà indiqué fera connaître
que «ces mots pérégrins,» ce langage barbare et étrange signifie:
«Ne venez en cour, car le roi est fort offensé contre vous.»
Le troisième livre de la Polygraphie est consacré à des séries d'alphabets
de mots cabalistiques, mais il y a ici un raffinement: la seconde lettre de
chaque mot doit être extraite et écrite à la suite l'une de l'autre; ces lettres
réunies donnent le sens qu'on veut couvrir d'un voile.
Anna mesar dvain rosas dumera asion afang lisamar neparo uzafun
amar achiet benadas epalam ronis orrifer olrimech mesarym lucyphus
arosan.
Un travail dans le genre de celui dont nous avons donné l'idée, montrera
que ceci veut dire:
«Ne vous fiez à ce porteur.»
Il va sans dire qu'on peut convenir que la lettre significative sera la
troisième, la quatrième, n'importe enfin laquelle de chaque mot. L'abbé de
Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procédé n'est pas trop sûr et
secret, «car tout homme d'esprit et de savoir, par cas fortuits, tant par sa
curiosité que par son labeur et industrie, pourroit trouver le secret et occulte
mystère caché sous cette écriture.»
Le quatrième livre expose la méthode bien connue de la transposition des
lettres alphabétiques; «on peut faire et composer autant d'alphabets
différents et dissemblables, qu'il y a d'étoiles au ciel.»
Page 25
Les vingt-quatre lettres répétées de manière à former un carré de la façon
suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse):
ABCDEFG YZ
Bcdefgh 6A
Cdefghi B
De C
Ef G
Fg :
Gh :
: :
: :
: :
Y :
ZABCD XY
peuvent former un grand nombre d'alphabets; on peut choisir celui qu'on
veut, et, une fois qu'on s'est mis d'accord, en faire usage pour la
correspondance secrète.
Trithème passe ensuite à un alphabet numéral, «qui ne sera trouvé moins
sur et secret qu'il est nouveau et moderne.»
a a 1 g f 7 n ic 13 t ih 19
b b 2 h g 8 o id 14 u k 20
c c 3 i h 9 p ie 15 x ka 21
d d 4 k i 10 q if 16 y kb 22
c e 5 l ia 11 r if 17 z kc 23
f f 6 m ib 12 t ig 18 & kd 24
Avec ce système, les mots traître et méchant s'énoncent sous la forme
suivante: ih. if. a. h. ig. ih. if. e. kd. ib. e. ig. c. ic. a. i. ih.
Cette façon de cacher sa pensée est fort difficile à pénétrer; car, suivant la
remarque de l'auteur, «tous ceux qui verront l'écriture faicte en ceste sorte et
suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse):
ABCDEFG YZ
Bcdefgh 6A
Cdefghi B
De C
Ef G
Fg :
Gh :
: :
: :
: :
Y :
ZABCD XY
peuvent former un grand nombre d'alphabets; on peut choisir celui qu'on
veut, et, une fois qu'on s'est mis d'accord, en faire usage pour la
correspondance secrète.
Trithème passe ensuite à un alphabet numéral, «qui ne sera trouvé moins
sur et secret qu'il est nouveau et moderne.»
a a 1 g f 7 n ic 13 t ih 19
b b 2 h g 8 o id 14 u k 20
c c 3 i h 9 p ie 15 x ka 21
d d 4 k i 10 q if 16 y kb 22
c e 5 l ia 11 r if 17 z kc 23
f f 6 m ib 12 t ig 18 & kd 24
Avec ce système, les mots traître et méchant s'énoncent sous la forme
suivante: ih. if. a. h. ig. ih. if. e. kd. ib. e. ig. c. ic. a. i. ih.
Cette façon de cacher sa pensée est fort difficile à pénétrer; car, suivant la
remarque de l'auteur, «tous ceux qui verront l'écriture faicte en ceste sorte et
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par cest alphabet, penseront et croyront que ce sera transposition de lettres
et travailleront pour néant à la supputation et recherche d'icelles.»
Il va sans dire que Trithème n'oublie pas un alphabet formé des lettres
ordinaires distribuées «par ordre confus, irrégulier et sans ordre ni règle.» Il
est aisé d'en composer une foule de ce genre. En voici un exemple:
a o g t n c t e
b p h b o x u k
c q i x p h x n
d r k & q y y m
e i l x r d z l
f s m z s g & f
La lettre placée dans la seconde colonne doit surtout être substituée à
celle qui se trouve dans la première et qui entre dans l'avis à chiffrer; vous
écrirez:
Ildicg todri iki xiusizm ci.....
Si vous voulez dire:
«Prends garde que l'ennemy ne...»
C'est d'un procédé de ce genre qu'usait César pour correspondre avec
Cicéron et autres personnages de l'époque, selon le témoignage de Suétone,
procédé que l'abbé Trithème expose en ces termes:
«Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la quatrième
lettre de l'alphabet, qui est D, pour la première lettre, qui est A; E, pour B;
F, pour C, et ainsi conséquemment transposer et changer lesdites lettres
alphabétiques.»
§ II.
J. B. Porta.
et travailleront pour néant à la supputation et recherche d'icelles.»
Il va sans dire que Trithème n'oublie pas un alphabet formé des lettres
ordinaires distribuées «par ordre confus, irrégulier et sans ordre ni règle.» Il
est aisé d'en composer une foule de ce genre. En voici un exemple:
a o g t n c t e
b p h b o x u k
c q i x p h x n
d r k & q y y m
e i l x r d z l
f s m z s g & f
La lettre placée dans la seconde colonne doit surtout être substituée à
celle qui se trouve dans la première et qui entre dans l'avis à chiffrer; vous
écrirez:
Ildicg todri iki xiusizm ci.....
Si vous voulez dire:
«Prends garde que l'ennemy ne...»
C'est d'un procédé de ce genre qu'usait César pour correspondre avec
Cicéron et autres personnages de l'époque, selon le témoignage de Suétone,
procédé que l'abbé Trithème expose en ces termes:
«Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la quatrième
lettre de l'alphabet, qui est D, pour la première lettre, qui est A; E, pour B;
F, pour C, et ainsi conséquemment transposer et changer lesdites lettres
alphabétiques.»
§ II.
J. B. Porta.
Page 27
La diplomatie italienne avait, au seizième siècle, grand besoin d'invoquer
les ressources de la Cryptographie, afin de couvrir d'un voile impénétrable
des secrets souvent terribles et les plus sinistres combinaisons. Le Conseil
des Dix devait tenir à ce que ces dépêches fussent constamment lettre close,
dans toute la rigueur du mot; les Borgia, les Visconti, les Farnèse, avaient
fréquemment à transmettre des communications qu'il fallait soustraire à tous
les yeux. L'art de l'écriture chiffrée devint une étude des plus importantes à
Milan, à Florence, à Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et
l'active curiosité s'exerçaient sur toutes sortes de sujets[2], J. B. Porta, réunit
et discuta, en s'efforçant de les perfectionner, les diverses méthodes
cryptographiques connues alors au delà des Alpes. L'esprit net et pratique
de cet écrivain le préserva complétement des aberrations tout à fait
étrangères à pareil sujet, auxquelles Trithème s'était abandonné; il s'efforça
d'être utile, mais il pécha par excès d'imagination. À force de vouloir
multiplier les procédés d'écriture secrète, il prit la peine d'en montrer et d'en
décrire un grand nombre qui seraient d'un usage très-incommode et dont il
est bien certain que jamais personne n'a eu l'idée de faire usage.
L'ouvrage dans lequel Porta a développé ses idées, est intitulé:
De furtivis litterarum notis, vulgo de ziferis. On en compte des éditions
assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563, 4o, et 1602, fo;
de Montbelliard, 1592, 8o; de Strasbourg, 1606, 8o, etc. Cet écrit est divisé
en trois livres.
Le premier, après avoir consacré quelques pages aux hiéroglyphes et à la
sténographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les
diverses manières de se faire comprendre en dérobant toutefois sa pensée au
vulgaire; le langage allégorique, métaphorique ou énigmatique, les mots
amphibologiques ou entrelacés, coupés ou renversés, les syllabes
insignifiantes ajoutées dans le discours, sont utiles en pareille circonstance.
On peut aussi communiquer à distance, sans se parler, et par le simple
son, qui, répété, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque lettre des
mots qu'on veut porter à une oreille amie; deux corps frappés l'un contre
l'autre, des coups donnés sur une muraille d'après une manière convenue,
servent également d'interprète.
les ressources de la Cryptographie, afin de couvrir d'un voile impénétrable
des secrets souvent terribles et les plus sinistres combinaisons. Le Conseil
des Dix devait tenir à ce que ces dépêches fussent constamment lettre close,
dans toute la rigueur du mot; les Borgia, les Visconti, les Farnèse, avaient
fréquemment à transmettre des communications qu'il fallait soustraire à tous
les yeux. L'art de l'écriture chiffrée devint une étude des plus importantes à
Milan, à Florence, à Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et
l'active curiosité s'exerçaient sur toutes sortes de sujets[2], J. B. Porta, réunit
et discuta, en s'efforçant de les perfectionner, les diverses méthodes
cryptographiques connues alors au delà des Alpes. L'esprit net et pratique
de cet écrivain le préserva complétement des aberrations tout à fait
étrangères à pareil sujet, auxquelles Trithème s'était abandonné; il s'efforça
d'être utile, mais il pécha par excès d'imagination. À force de vouloir
multiplier les procédés d'écriture secrète, il prit la peine d'en montrer et d'en
décrire un grand nombre qui seraient d'un usage très-incommode et dont il
est bien certain que jamais personne n'a eu l'idée de faire usage.
L'ouvrage dans lequel Porta a développé ses idées, est intitulé:
De furtivis litterarum notis, vulgo de ziferis. On en compte des éditions
assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563, 4o, et 1602, fo;
de Montbelliard, 1592, 8o; de Strasbourg, 1606, 8o, etc. Cet écrit est divisé
en trois livres.
Le premier, après avoir consacré quelques pages aux hiéroglyphes et à la
sténographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les
diverses manières de se faire comprendre en dérobant toutefois sa pensée au
vulgaire; le langage allégorique, métaphorique ou énigmatique, les mots
amphibologiques ou entrelacés, coupés ou renversés, les syllabes
insignifiantes ajoutées dans le discours, sont utiles en pareille circonstance.
On peut aussi communiquer à distance, sans se parler, et par le simple
son, qui, répété, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque lettre des
mots qu'on veut porter à une oreille amie; deux corps frappés l'un contre
l'autre, des coups donnés sur une muraille d'après une manière convenue,
servent également d'interprète.
Page 28
Les signes muets, tels que les gestes, l'emploi des emblèmes, celui des
signaux au moyen des flambeaux, occupent tour à tour Porta.
Le douzième et dernier chapitre de son premier livre roule sur une
manière ancienne de désigner les nombres par les doigts, d'après Bède. On
n'ignorait point, dans l'antiquité le moyen de converser secrètement au
moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts pareil au rang
numérique que les lettres qu'on veut désigner tient dans l'alphabet, soit en
indiquant du doigt celles des parties du corps dont la première lettre indique
la lettre qu'il s'agit d'exprimer.
Notre auteur arrive à la bandelette ou scytale lacédémonienne, et il juge
avec raison que ce procédé était facile à découvrir; il signale un moyen très-
peu usité, l'emploi du fil, qui, après avoir reçu l'écriture, peut être roulé en
peloton ou être employé à coudre les bords d'un vêtement. Il observe qu'on
peut écrire sur la tranche d'un livre obliquement inclinée ou sur un jeu de
cartes disposé en biseau ou sur les plumes des ailes déployées d'un pigeon
ou d'un autre oiseau à plumage blanc.
Il aborde enfin plus nettement la Cryptographie proprement dite. Ce qu'il
ne dit point, peut s'analyser facilement.
Les diverses manières de désigner l'écriture peuvent se réduire à trois: la
transposition des lettres, qui comprend le renversement des mots, le
changement des figures des lettres, et le changement de valeur des lettres.
La transposition des lettres dans un avis que l'on veut donner, peut
s'effectuer d'une foule de façons différentes; la première de toutes est aussi
la plus simple: elle consiste à écrire sur deux lignes, en mettant
alternativement la 1re lettre sur la 1re ligne; la 2e lettre sur la 2e ligne; la 3e
sur la 1re, et la 4e sur la 2e et ainsi de suite. La difficulté augmente si l'on
écrit sur quatre lignes: la 1re lettre sur la 1re ligne; la 2e sur la 4e; la 3e au
bout de la 1re, la 1re au bout de la 4e; la 5e sur la 2e ligne; la 6e sur la 3e; la
7e au bout de la 2e; la 8e au bout de la 3e, en suivant ainsi le même ordre
pour le reste.
signaux au moyen des flambeaux, occupent tour à tour Porta.
Le douzième et dernier chapitre de son premier livre roule sur une
manière ancienne de désigner les nombres par les doigts, d'après Bède. On
n'ignorait point, dans l'antiquité le moyen de converser secrètement au
moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts pareil au rang
numérique que les lettres qu'on veut désigner tient dans l'alphabet, soit en
indiquant du doigt celles des parties du corps dont la première lettre indique
la lettre qu'il s'agit d'exprimer.
Notre auteur arrive à la bandelette ou scytale lacédémonienne, et il juge
avec raison que ce procédé était facile à découvrir; il signale un moyen très-
peu usité, l'emploi du fil, qui, après avoir reçu l'écriture, peut être roulé en
peloton ou être employé à coudre les bords d'un vêtement. Il observe qu'on
peut écrire sur la tranche d'un livre obliquement inclinée ou sur un jeu de
cartes disposé en biseau ou sur les plumes des ailes déployées d'un pigeon
ou d'un autre oiseau à plumage blanc.
Il aborde enfin plus nettement la Cryptographie proprement dite. Ce qu'il
ne dit point, peut s'analyser facilement.
Les diverses manières de désigner l'écriture peuvent se réduire à trois: la
transposition des lettres, qui comprend le renversement des mots, le
changement des figures des lettres, et le changement de valeur des lettres.
La transposition des lettres dans un avis que l'on veut donner, peut
s'effectuer d'une foule de façons différentes; la première de toutes est aussi
la plus simple: elle consiste à écrire sur deux lignes, en mettant
alternativement la 1re lettre sur la 1re ligne; la 2e lettre sur la 2e ligne; la 3e
sur la 1re, et la 4e sur la 2e et ainsi de suite. La difficulté augmente si l'on
écrit sur quatre lignes: la 1re lettre sur la 1re ligne; la 2e sur la 4e; la 3e au
bout de la 1re, la 1re au bout de la 4e; la 5e sur la 2e ligne; la 6e sur la 3e; la
7e au bout de la 2e; la 8e au bout de la 3e, en suivant ainsi le même ordre
pour le reste.
Page 29
Veut-on écrire d'une manière encore plus compliquée? On transporte
toutes les lettres de l'avis qu'on veut donner, sur des cadres de diverses
formes, soit carrés, soit triangulaires, soit parallélépipèdes, soit sinueux, soit
en losange, soit en quinconce, soit en demi-cercle, tous divisés par des
rayons qui forment autant de lignes perpendiculaires sur des lignes droites
ou courbes; et, quand l'avis a été écrit de manière à imiter symétriquement
la figure géométrique convenue, on produit la transposition des lettres en
prenant les rayons de lettres, de bas en haut et de haut en bas, de droite à
gauche ou de gauche à droite, de manière que ces lettres, ainsi rassemblées,
ne présentent aucun sens.
Vous convient-il d'avoir recours à une autre manière de transposer les
lettres, plus indéchiffrable encore? Transcrivez à part ce que vous voulez
mander secrètement; puis écrivez en interligne, les lettres au-dessous des
lettres, une devise quelconque convenue; celle-ci, par exemple: L'amour est
un malin enfant, devise, qu'il faut recommencer une fois, deux fois, trois
fois, jusqu'à ce que les interlignes soient entièrement remplis. Ensuite on a
recopié sa missive secrète, et, au lieu de transcrire par interligne la devise
convenue, on met au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui
désigne le rang que chaque lettre de cette devise tient dans l'alphabet. Ainsi,
au-dessous de la première lettre de la missive, au lieu d'un l on écrit 10;
sous la seconde, au lieu d'un a, on écrit 1; sous la 3e, au lieu d'un m, on pose
11. Ces deux opérations faites, on prépare de la manière suivante la missive
qui doit être adressée: chaque ligne est tracée par des points, entre lesquels
est un intervalle suffisant pour y poser les lettres dans le rang que les
chiffres de la devise indiqueront. On part toujours de la dernière lettre
posée, pour compter le nombre des points à passer, avant d'arriver à
l'intervalle où doit être posée la lettre suivante de la missive; et, quand on
est parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence à compter
par les premiers points, jusqu'à ce qu'enfin toutes les lettres de la missive
soient placées dans leur rang, de sorte que la devise sert, comme l'on voit,
de clef pour connaître de quelle manière on doit trouver, dans cette suite de
lettres transposées, celles qui forment un sens pour les remettre à leur place.
Porta s'occupe ensuite de la façon de découvrir et d'interpréter les lettres
transposées; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les 1re, 3e, 5e, 7e, 9e
lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu'à ce qu'on trouve an mot qui
toutes les lettres de l'avis qu'on veut donner, sur des cadres de diverses
formes, soit carrés, soit triangulaires, soit parallélépipèdes, soit sinueux, soit
en losange, soit en quinconce, soit en demi-cercle, tous divisés par des
rayons qui forment autant de lignes perpendiculaires sur des lignes droites
ou courbes; et, quand l'avis a été écrit de manière à imiter symétriquement
la figure géométrique convenue, on produit la transposition des lettres en
prenant les rayons de lettres, de bas en haut et de haut en bas, de droite à
gauche ou de gauche à droite, de manière que ces lettres, ainsi rassemblées,
ne présentent aucun sens.
Vous convient-il d'avoir recours à une autre manière de transposer les
lettres, plus indéchiffrable encore? Transcrivez à part ce que vous voulez
mander secrètement; puis écrivez en interligne, les lettres au-dessous des
lettres, une devise quelconque convenue; celle-ci, par exemple: L'amour est
un malin enfant, devise, qu'il faut recommencer une fois, deux fois, trois
fois, jusqu'à ce que les interlignes soient entièrement remplis. Ensuite on a
recopié sa missive secrète, et, au lieu de transcrire par interligne la devise
convenue, on met au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui
désigne le rang que chaque lettre de cette devise tient dans l'alphabet. Ainsi,
au-dessous de la première lettre de la missive, au lieu d'un l on écrit 10;
sous la seconde, au lieu d'un a, on écrit 1; sous la 3e, au lieu d'un m, on pose
11. Ces deux opérations faites, on prépare de la manière suivante la missive
qui doit être adressée: chaque ligne est tracée par des points, entre lesquels
est un intervalle suffisant pour y poser les lettres dans le rang que les
chiffres de la devise indiqueront. On part toujours de la dernière lettre
posée, pour compter le nombre des points à passer, avant d'arriver à
l'intervalle où doit être posée la lettre suivante de la missive; et, quand on
est parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence à compter
par les premiers points, jusqu'à ce qu'enfin toutes les lettres de la missive
soient placées dans leur rang, de sorte que la devise sert, comme l'on voit,
de clef pour connaître de quelle manière on doit trouver, dans cette suite de
lettres transposées, celles qui forment un sens pour les remettre à leur place.
Porta s'occupe ensuite de la façon de découvrir et d'interpréter les lettres
transposées; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les 1re, 3e, 5e, 7e, 9e
lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu'à ce qu'on trouve an mot qui
Page 30
forme un sens; lorsqu'on en aura trouvé un, il deviendra plus facile d'en
trouver un autre, en observant l'ordre que tient chaque lettre du mot trouvé.
On comprend qu'à cet égard il n'est pas possible de donner aucune règle
précise; la variété arbitraire des combinaisons s'oppose à toute règle.
Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractères de
l'alphabet, de manière que les lettres ne ressemblent à aucune de celles
connues. Pour rendre l'écriture plus indéchiffrable, on peut, entre ces
caractères, en insérer d'autres qui n'ont aucune signification: on les place,
soit au commencement, soit au milieu, soit à la fin des mots, pour mieux
tromper les curieux. Il est certaines lettres qui peuvent être remplacées par
d'autres, q par cuu; x par cs; z par ss; y par i. On peut encore éviter les mots
où se trouvent les lettres h, b, d, p, g, f, u. Il est à propos de ne pas se
conformer strictement à l'orthographe. On peut aussi changer une lettre dans
un mot, un o pour un i, un e pour c; un r pour un l; par pour pré. Les
monosyllabes, les voyelles seules, doivent être évitées avec soin; elles
présentent moins de difficultés à un déchiffreur exercé, et elles peuvent le
mettre sur la voie. On peut aussi écrire par abréviation.
Après avoir exposé toutes ces règles, Porta envisage son sujet sous un
autre point de vue: le déchiffrement des dépêches dont on veut pénétrer le
sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de caractères différents
employés dans la missive, lesquels ne peuvent excéder 21 ou 22; s'il s'en
trouve davantage, le déchiffrement est plus difficile, puisqu'il y aurait alors
des caractères superflus ou inutiles. Lorsque les caractères différents sont
au-dessous du nombre 21 ou 22, il faut savoir quelles sont les lettres qui
manquent, tâche délicate à laquelle on ne peut procéder que par conjectures.
Porta s'occupe des moyens de distinguer des voyelles les consonnes.
D'abord, toute les fois qu'on rencontre dans le cours de la missive cinq
caractères différents et fréquemment répétés, on peut être assuré que ce sont
des voyelles. En second lieu, on peut observer quelles sont les lettres qui
sont répétées le moins fréquemment, ce sont les consonnes q, x, y et
quelquefois l'h; en troisième lieu, les lettres isolées qui ne tiennent à aucun
mot sont assurément des voyelles. En quatrième lieu, lorsque les mêmes
formes de caractères commencent ou achèvent un mot, on doit présumer
qu'il y a des voyelles, car il n'arrive jamais qu'un mot commence ou finisse
trouver un autre, en observant l'ordre que tient chaque lettre du mot trouvé.
On comprend qu'à cet égard il n'est pas possible de donner aucune règle
précise; la variété arbitraire des combinaisons s'oppose à toute règle.
Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractères de
l'alphabet, de manière que les lettres ne ressemblent à aucune de celles
connues. Pour rendre l'écriture plus indéchiffrable, on peut, entre ces
caractères, en insérer d'autres qui n'ont aucune signification: on les place,
soit au commencement, soit au milieu, soit à la fin des mots, pour mieux
tromper les curieux. Il est certaines lettres qui peuvent être remplacées par
d'autres, q par cuu; x par cs; z par ss; y par i. On peut encore éviter les mots
où se trouvent les lettres h, b, d, p, g, f, u. Il est à propos de ne pas se
conformer strictement à l'orthographe. On peut aussi changer une lettre dans
un mot, un o pour un i, un e pour c; un r pour un l; par pour pré. Les
monosyllabes, les voyelles seules, doivent être évitées avec soin; elles
présentent moins de difficultés à un déchiffreur exercé, et elles peuvent le
mettre sur la voie. On peut aussi écrire par abréviation.
Après avoir exposé toutes ces règles, Porta envisage son sujet sous un
autre point de vue: le déchiffrement des dépêches dont on veut pénétrer le
sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de caractères différents
employés dans la missive, lesquels ne peuvent excéder 21 ou 22; s'il s'en
trouve davantage, le déchiffrement est plus difficile, puisqu'il y aurait alors
des caractères superflus ou inutiles. Lorsque les caractères différents sont
au-dessous du nombre 21 ou 22, il faut savoir quelles sont les lettres qui
manquent, tâche délicate à laquelle on ne peut procéder que par conjectures.
Porta s'occupe des moyens de distinguer des voyelles les consonnes.
D'abord, toute les fois qu'on rencontre dans le cours de la missive cinq
caractères différents et fréquemment répétés, on peut être assuré que ce sont
des voyelles. En second lieu, on peut observer quelles sont les lettres qui
sont répétées le moins fréquemment, ce sont les consonnes q, x, y et
quelquefois l'h; en troisième lieu, les lettres isolées qui ne tiennent à aucun
mot sont assurément des voyelles. En quatrième lieu, lorsque les mêmes
formes de caractères commencent ou achèvent un mot, on doit présumer
qu'il y a des voyelles, car il n'arrive jamais qu'un mot commence ou finisse
Page 31
par deux consonnes (n'oublions pas que Porta écrit en latin, et que c'est à
cette langue que s'appliquent tous ses raisonnements). Cinquièmement, il
faut faire attention que, lorsqu'au milieu d'un mot il se trouve deux
consonnes, la lettre qui précède et celle qui suit sont certainement des
voyelles. Cependant les lettres h, l et r font quelquefois exception à cette
règle, puisqu'on les trouve placées en troisième consonne dans le mot. Il
faut savoir aussi que deux voyelles peuvent être à côté l'une de l'autre, et
que, par conséquent, les lettres placées avant et après sont des consonnes.
Notre auteur dirige ensuite sa perception sur les moyens qu'on peut
employer pour découvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut s'en
trouver quatre de suite dans un même mot, comme phthisie, diphthongue:
alors l'h aspirée se trouve placée la seconde et la quatrième; lorsqu'il y a
trois consonnes de suite, comme dans phrase, thrône, la lettre h est la
seconde; et il n'y a que trois consonnes qui admettent l'h, savoir c, p, t. Il y a
quatre consonnes qu'on appelle liquides ou mouillées, savoir l, m, n, r. La
consonne b admet les lettres l et r; exemple: blanc, bras. La consonne c les
admet pareillement; par exemple: clair, scribe. L'r n'admet que l'h. Il est
rare de trouver ensemble l'm et l'n, comme dans Mnemosyne; le g et l'n
comme dans ignare.
Porta développe ainsi de longues et minutieuses observations sur le
retour plus ou moins fréquent des voyelles, sur leur combinaison avec les
consonnes, mais ces détails se rattachent à la langue latine et ne sont pas
susceptibles d'une application exacte à d'autres idiomes.
Dans le quatrième livre de son traité, Porta étudie la mutation de la valeur
des lettres, de façon qu'un même caractère puisse représenter tantôt un a,
tantôt un p, tantôt un m.
Il faut d'abord se faire des caractères inconnus qui représentent vingt
lettres de l'alphabet (le k, l'x, le j et le v étant exclus); on a un triple cadran,
dont celui du centre est mobile; tous trois divisés en 20, 24 ou 28 parties
égales, de manière que les espaces de chacun se correspondent très-
exactement. Le grand cadran contiendra la suite des nombres depuis 1
jusqu'à 20, 24 ou 28. Le second cadran moyen contiendra la série des vingt
lettres de l'alphabet et quatre ou huit cases en blanc, et le petit cadran
concentrique mobile portera les vingt signes en caractères représentatifs des
cette langue que s'appliquent tous ses raisonnements). Cinquièmement, il
faut faire attention que, lorsqu'au milieu d'un mot il se trouve deux
consonnes, la lettre qui précède et celle qui suit sont certainement des
voyelles. Cependant les lettres h, l et r font quelquefois exception à cette
règle, puisqu'on les trouve placées en troisième consonne dans le mot. Il
faut savoir aussi que deux voyelles peuvent être à côté l'une de l'autre, et
que, par conséquent, les lettres placées avant et après sont des consonnes.
Notre auteur dirige ensuite sa perception sur les moyens qu'on peut
employer pour découvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut s'en
trouver quatre de suite dans un même mot, comme phthisie, diphthongue:
alors l'h aspirée se trouve placée la seconde et la quatrième; lorsqu'il y a
trois consonnes de suite, comme dans phrase, thrône, la lettre h est la
seconde; et il n'y a que trois consonnes qui admettent l'h, savoir c, p, t. Il y a
quatre consonnes qu'on appelle liquides ou mouillées, savoir l, m, n, r. La
consonne b admet les lettres l et r; exemple: blanc, bras. La consonne c les
admet pareillement; par exemple: clair, scribe. L'r n'admet que l'h. Il est
rare de trouver ensemble l'm et l'n, comme dans Mnemosyne; le g et l'n
comme dans ignare.
Porta développe ainsi de longues et minutieuses observations sur le
retour plus ou moins fréquent des voyelles, sur leur combinaison avec les
consonnes, mais ces détails se rattachent à la langue latine et ne sont pas
susceptibles d'une application exacte à d'autres idiomes.
Dans le quatrième livre de son traité, Porta étudie la mutation de la valeur
des lettres, de façon qu'un même caractère puisse représenter tantôt un a,
tantôt un p, tantôt un m.
Il faut d'abord se faire des caractères inconnus qui représentent vingt
lettres de l'alphabet (le k, l'x, le j et le v étant exclus); on a un triple cadran,
dont celui du centre est mobile; tous trois divisés en 20, 24 ou 28 parties
égales, de manière que les espaces de chacun se correspondent très-
exactement. Le grand cadran contiendra la suite des nombres depuis 1
jusqu'à 20, 24 ou 28. Le second cadran moyen contiendra la série des vingt
lettres de l'alphabet et quatre ou huit cases en blanc, et le petit cadran
concentrique mobile portera les vingt signes en caractères représentatifs des
Page 32
lettres de l'alphabet, immédiatement placés au-dessus d'elles. Il faut d'abord
écrire en écriture courante l'avis secret qu'on veut envoyer; puis, cet écrit est
mis en caractères représentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour rendre
cette écriture très-difficile à découvrir, on fait, à chaque lettre, avancer d'un
cran le cadran mobile, de sorte que le caractère qui représentait un d
représente un e; pour la lettre suivante, ce même caractère représente un f;
et ainsi des autres. De cette manière, le même caractère ayant diverses
représentations, il est aisé de sentir tout ce qu'un pareil moyen jette
d'obscurité dans une correspondance secrète; mais il faut que les
correspondants aient chacun un instrument pareil et concertent d'avance
entre eux la manière de s'entendre.
On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description détaillée
des combinaisons dont ce procédé est susceptible; on le trouve, dans
l'ouvrage de Porta, accompagné d'exemples et de figures compliquées. Pour
suppléer aux cadrans ci-dessus, il donne une table de permutation très-
propre à changer à volonté les signes représentatifs.
Les alphabets, fabriqués à plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de lumière
aux investigations des curieux, tiennent une grande place dans le traité du
savant napolitain.
Voici un des modèles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il regarde
comme indéchiffrables. On partage les lettres en trois groupes de trois
lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante:
alu bmx cnz
do ep fq
gr hs it
Pour répondre à ces neuf groupes, on forme neuf caractères de la forme
que voici:
,
et on ajoute à chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer la place
qu'occupe dans le tableau la lettre de l'alphabet qu'on veut représenter; ainsi
écrire en écriture courante l'avis secret qu'on veut envoyer; puis, cet écrit est
mis en caractères représentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour rendre
cette écriture très-difficile à découvrir, on fait, à chaque lettre, avancer d'un
cran le cadran mobile, de sorte que le caractère qui représentait un d
représente un e; pour la lettre suivante, ce même caractère représente un f;
et ainsi des autres. De cette manière, le même caractère ayant diverses
représentations, il est aisé de sentir tout ce qu'un pareil moyen jette
d'obscurité dans une correspondance secrète; mais il faut que les
correspondants aient chacun un instrument pareil et concertent d'avance
entre eux la manière de s'entendre.
On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description détaillée
des combinaisons dont ce procédé est susceptible; on le trouve, dans
l'ouvrage de Porta, accompagné d'exemples et de figures compliquées. Pour
suppléer aux cadrans ci-dessus, il donne une table de permutation très-
propre à changer à volonté les signes représentatifs.
Les alphabets, fabriqués à plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de lumière
aux investigations des curieux, tiennent une grande place dans le traité du
savant napolitain.
Voici un des modèles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il regarde
comme indéchiffrables. On partage les lettres en trois groupes de trois
lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante:
alu bmx cnz
do ep fq
gr hs it
Pour répondre à ces neuf groupes, on forme neuf caractères de la forme
que voici:
,
et on ajoute à chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer la place
qu'occupe dans le tableau la lettre de l'alphabet qu'on veut représenter; ainsi
Page 33
l'n sera représenté par , le g par , l'u par et le mot Rome s'écrira:
On donnera aux neuf caractères telle forme qu'on voudra, et il est de fait
que des signes pareils offriront, à quiconque n'en possède pas la clef, une
énigme absolument indéchiffrable.
Parmi les divers procédés sur lesquels il s'étend avec une complaisante
prolixité, Porta n'oublie pas la méthode dont Trithème avait déjà formulé le
principe; il propose un alphabet où chaque lettre est accompagnée d'un mot.
a Deus.
b creator.
c salvator.
d servator.
e judex.
f Domine.
redempt
g
or.
h liberator.
i sapiens.
k bone.
l benigne.
m æterne.
n juste.
o clemens.
p sancte.
q caste.
r adjuva.
s tuere.
t libera.
conserva
u
.
w sustenta.
x protege.
On donnera aux neuf caractères telle forme qu'on voudra, et il est de fait
que des signes pareils offriront, à quiconque n'en possède pas la clef, une
énigme absolument indéchiffrable.
Parmi les divers procédés sur lesquels il s'étend avec une complaisante
prolixité, Porta n'oublie pas la méthode dont Trithème avait déjà formulé le
principe; il propose un alphabet où chaque lettre est accompagnée d'un mot.
a Deus.
b creator.
c salvator.
d servator.
e judex.
f Domine.
redempt
g
or.
h liberator.
i sapiens.
k bone.
l benigne.
m æterne.
n juste.
o clemens.
p sancte.
q caste.
r adjuva.
s tuere.
t libera.
conserva
u
.
w sustenta.
x protege.
Page 34
y defende.
z ignosce.
Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'écrire le mot qui correspond à cette
même lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour exprimer le nom de
Roma, on mettra: Adjuva clemens æterne Deus; et la traduction du mot
hostis (l'ennemi) sera liberator clemens tuere, libera sapiens tuere.
On comprend, d'ailleurs, que ce procédé n'offrirait pas de bien grandes
difficultés à un déchiffreur un peu sagace et au fait des ressources de son
art.
§ III.
Blaise de Vigenère.
Profitant des recherches de Trithème et de Porta, un écrivain français du
seizième siècle, plus fécond que judicieux, Blaise de Vigenère[3], mit au
jour un gros volume in-4o, lequel ne renferme pas moins de 600 pages
consacrées à la Cryptographie. L'auteur n'a point su se préserver de l'écueil
contre lequel ses prédécesseurs étaient venus échouer. Au lieu de poser
clairement et nettement des règles précises, au lieu d'indiquer des procédés
faciles à comprendre, il se plonge dans l'océan des rêveries cabalistiques. Il
reproduit, en général, les inventions cryptographiques de Porta.
Parmi les diverses méthodes qu'indique Vigenère, nous allons essayer de
faire comprendre la suivante:
Dressez un tableau composé de huit colonnes et disposé de la manière
qui suit:
A
BB CC AB AC BC CB
A
A a d g l o r u
B b e h m p s x
C c f i n q t z
z ignosce.
Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'écrire le mot qui correspond à cette
même lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour exprimer le nom de
Roma, on mettra: Adjuva clemens æterne Deus; et la traduction du mot
hostis (l'ennemi) sera liberator clemens tuere, libera sapiens tuere.
On comprend, d'ailleurs, que ce procédé n'offrirait pas de bien grandes
difficultés à un déchiffreur un peu sagace et au fait des ressources de son
art.
§ III.
Blaise de Vigenère.
Profitant des recherches de Trithème et de Porta, un écrivain français du
seizième siècle, plus fécond que judicieux, Blaise de Vigenère[3], mit au
jour un gros volume in-4o, lequel ne renferme pas moins de 600 pages
consacrées à la Cryptographie. L'auteur n'a point su se préserver de l'écueil
contre lequel ses prédécesseurs étaient venus échouer. Au lieu de poser
clairement et nettement des règles précises, au lieu d'indiquer des procédés
faciles à comprendre, il se plonge dans l'océan des rêveries cabalistiques. Il
reproduit, en général, les inventions cryptographiques de Porta.
Parmi les diverses méthodes qu'indique Vigenère, nous allons essayer de
faire comprendre la suivante:
Dressez un tableau composé de huit colonnes et disposé de la manière
qui suit:
A
BB CC AB AC BC CB
A
A a d g l o r u
B b e h m p s x
C c f i n q t z
Page 35
On cherche, parmi les petites lettres, celle que l'on veut écrire, et, à sa
place, on pose les deux capitales qui sont dans la case supérieure
correspondante à cette lettre; on y joint la capitale de la ligne horizontale
placée à gauche, et on transcrit ces capitales ou petites lettres; ainsi, pour
écrire le roi, on voit que la lettre l correspond par en haut à AB, et à gauche
à la lettre A: on pose aba; l'e sera bbb; le mot roi s'exprimera par: bca, aca,
ccc.
Vigenère n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires d'un
même livre: on convient de recourir à une page, la première venue; on se
met d'accord sur une ou deux lignes de cette page, et on indique les diverses
lettres de l'alphabet par des chiffres correspondant à l'ordre dans lequel ces
lettres se présentent. En prenant pour exemple la troisième ligne du feuillet
3 de l'ouvrage de Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante:
«Partie de son âme dont elle constitue la différence.»
et on dressera le tableau suivant:
p a r t i e d s o n m l ....
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 ....
On aura soin de négliger les lettres répétées et de continuer ce travail sur
la ligne suivante si toutes les lettres de l'alphabet ne se trouvent pas dans la
ligne choisie.
De cette manière, ces deux mots, le pape, seraient représentés par les
chiffres suivants:
12.6. 1.2.1.6.
Le roi s'exprimerait en écrivant:
12. 6. 3. 9. 5.
Vigenère remarque que ce chiffre est inexpugnable, sans la
communication du secret, car que serait-il possible de conjecturer là-
dessus?
place, on pose les deux capitales qui sont dans la case supérieure
correspondante à cette lettre; on y joint la capitale de la ligne horizontale
placée à gauche, et on transcrit ces capitales ou petites lettres; ainsi, pour
écrire le roi, on voit que la lettre l correspond par en haut à AB, et à gauche
à la lettre A: on pose aba; l'e sera bbb; le mot roi s'exprimera par: bca, aca,
ccc.
Vigenère n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires d'un
même livre: on convient de recourir à une page, la première venue; on se
met d'accord sur une ou deux lignes de cette page, et on indique les diverses
lettres de l'alphabet par des chiffres correspondant à l'ordre dans lequel ces
lettres se présentent. En prenant pour exemple la troisième ligne du feuillet
3 de l'ouvrage de Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante:
«Partie de son âme dont elle constitue la différence.»
et on dressera le tableau suivant:
p a r t i e d s o n m l ....
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 ....
On aura soin de négliger les lettres répétées et de continuer ce travail sur
la ligne suivante si toutes les lettres de l'alphabet ne se trouvent pas dans la
ligne choisie.
De cette manière, ces deux mots, le pape, seraient représentés par les
chiffres suivants:
12.6. 1.2.1.6.
Le roi s'exprimerait en écrivant:
12. 6. 3. 9. 5.
Vigenère remarque que ce chiffre est inexpugnable, sans la
communication du secret, car que serait-il possible de conjecturer là-
dessus?
Page 36
Les vingt-quatre caractères de l'alphabet usuel lui paraissant trop simples
et trop susceptibles d'être devinés, Vigenère invente des chiffres de 72, de
64, de 48 caractères; chaque lettre est représentée par deux, trois ou quatre
signes imaginés à plaisir et qu'on peut varier à l'infini.
Une autre combinaison consiste à indiquer chaque lettre de l'alphabet, sur
un chiffre; mais, afin de dérouter les curieux, on entremêle les lettres, car
les écrire à rebours de la façon suivante:
Z Y X ... B A
1 2 3 ... 23 24,
serait trop naïf. On peut les diviser en deux séries, dont voici un modèle:
H I L M A B C D E,
ou bien les placer de cette manière:
L AMB N C
1 2 3 4 5 6,
ou bien, enfin (car ces arrangements sont susceptibles de modifications
presque infinies), assigner à chaque lettre un chiffre de convention.
a 15
b 9
c 11
d 20
e 3
f 18
g 24
h 19
i 16
k 7
l 9
m 13
n 1
et trop susceptibles d'être devinés, Vigenère invente des chiffres de 72, de
64, de 48 caractères; chaque lettre est représentée par deux, trois ou quatre
signes imaginés à plaisir et qu'on peut varier à l'infini.
Une autre combinaison consiste à indiquer chaque lettre de l'alphabet, sur
un chiffre; mais, afin de dérouter les curieux, on entremêle les lettres, car
les écrire à rebours de la façon suivante:
Z Y X ... B A
1 2 3 ... 23 24,
serait trop naïf. On peut les diviser en deux séries, dont voici un modèle:
H I L M A B C D E,
ou bien les placer de cette manière:
L AMB N C
1 2 3 4 5 6,
ou bien, enfin (car ces arrangements sont susceptibles de modifications
presque infinies), assigner à chaque lettre un chiffre de convention.
a 15
b 9
c 11
d 20
e 3
f 18
g 24
h 19
i 16
k 7
l 9
m 13
n 1
Page 37
o 23
p 5
q 12
r 8
s 22
t 4
u 10
v 2
x 14
y 17
z 6
De cette manière, Lyon est pris, s'exprimerait par: 917 231, 3224,
581622.
Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribué
arbitrairement à chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilité presque
absolue de deviner le sens de ces nombres mystérieux.
Vigenère n'oublie point «un bel artifice de se réserver un second sens
caché parmy le premier, si l'on estoit surpris et contraint d'exhiber son
chiffre;» mais les explications qu'il donne à cet égard sont confuses et d'une
longueur telles, que, si nous avions la patience de les transcrire, peu de
personnes sans doute auraient celle de les lire.
Le défaut de la plupart des procédés qu'indique le Traité des chiffres, c'est
une extrême complication: l'auteur fait un usage immodéré de lettres de
diverses couleurs, et il expose, d'une façon souvent très-peu claire, des
systèmes de chiffres tellement mystérieux, que celui qui voudrait en faire
usage se trouverait peut-être lui-même dans un embarras inextricable pour
déchiffrer ce qu'il aurait écrit.
Vigenère fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la plupart
des professions:
«Les hommes de tout temps ont esté curieux de se tracer chacun pour soy
quelques notes secrètes pour se receler de la cognoissance des autres,
p 5
q 12
r 8
s 22
t 4
u 10
v 2
x 14
y 17
z 6
De cette manière, Lyon est pris, s'exprimerait par: 917 231, 3224,
581622.
Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribué
arbitrairement à chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilité presque
absolue de deviner le sens de ces nombres mystérieux.
Vigenère n'oublie point «un bel artifice de se réserver un second sens
caché parmy le premier, si l'on estoit surpris et contraint d'exhiber son
chiffre;» mais les explications qu'il donne à cet égard sont confuses et d'une
longueur telles, que, si nous avions la patience de les transcrire, peu de
personnes sans doute auraient celle de les lire.
Le défaut de la plupart des procédés qu'indique le Traité des chiffres, c'est
une extrême complication: l'auteur fait un usage immodéré de lettres de
diverses couleurs, et il expose, d'une façon souvent très-peu claire, des
systèmes de chiffres tellement mystérieux, que celui qui voudrait en faire
usage se trouverait peut-être lui-même dans un embarras inextricable pour
déchiffrer ce qu'il aurait écrit.
Vigenère fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la plupart
des professions:
«Les hommes de tout temps ont esté curieux de se tracer chacun pour soy
quelques notes secrètes pour se receler de la cognoissance des autres,
Page 38
comme les marchands en leurs marques et papiers de compte; les médecins,
en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs paragraphes.»
Il expose avec complaisance un moyen de transmettre un avis, sans avoir
recours à l'écriture, mais en employant des grains de diverses matières,
accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets.
grains d'or, d'argent, d'ébène, d'ivoire.
d'or A B C D
d'argent E H I L
d'ébène M N O P
d'ivoire R S T V
De sorte que le mot deus, par exemple, aurait pour expression, en suivant
les lignes horizontales: deux grains d'or et d'ivoire, deux d'argent et d'or,
deux grains d'ivoire, deux d'ivoire et d'argent.
Après avoir expliqué ce procédé, Vigenère consigne, en son livre, la
réflexion que voici:
«Au rang des chiffres ou occulte écriture, on peut bien reléguer aussi les
minutes des greffiers, notaires, sergens et semblables manières de gens de
pratique, et encore l'écriture de beaucoup de personnes, qu'à peine autres
qu'eux sçauroient lire, quoiqu'elle ne soit que des lettres ordinaires, mais
difformées de telle sorte, qu'on n'y sçauroit presque rien discerner. Or,
laissant à part ces vicieux chaffourements qui procèdent d'insuffisance, il y
en a d'autres qui consistent en perspective, car, en y regardant de front, on
n'y sçauroit rien discerner de lisible, mais l'accommodant obliquement en
l'assiette qui luy est propre, ce qui estoit imperceptible apparoist. Il y en a
d'autres qui dépendent de la seule acuité de la vue, la lettre estant si déliée
que l'œil à peine la peut comprendre: telle que s'est vue de nostre temps
celle d'un gentilhomme siennois, appelé Spanocchio, qui écrivoit sur un
velin, sans aucune abréviation, tout l'In principio de Saint-Jean, en autant
ou moins d'espace que ne contient le petit ongle, d'une lettre si exquise et si
bien formée, qu'il ne seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'après
Cicéron, allègue que toute l'Iliade d'Homère, qui contient de quatorze à
en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs paragraphes.»
Il expose avec complaisance un moyen de transmettre un avis, sans avoir
recours à l'écriture, mais en employant des grains de diverses matières,
accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets.
grains d'or, d'argent, d'ébène, d'ivoire.
d'or A B C D
d'argent E H I L
d'ébène M N O P
d'ivoire R S T V
De sorte que le mot deus, par exemple, aurait pour expression, en suivant
les lignes horizontales: deux grains d'or et d'ivoire, deux d'argent et d'or,
deux grains d'ivoire, deux d'ivoire et d'argent.
Après avoir expliqué ce procédé, Vigenère consigne, en son livre, la
réflexion que voici:
«Au rang des chiffres ou occulte écriture, on peut bien reléguer aussi les
minutes des greffiers, notaires, sergens et semblables manières de gens de
pratique, et encore l'écriture de beaucoup de personnes, qu'à peine autres
qu'eux sçauroient lire, quoiqu'elle ne soit que des lettres ordinaires, mais
difformées de telle sorte, qu'on n'y sçauroit presque rien discerner. Or,
laissant à part ces vicieux chaffourements qui procèdent d'insuffisance, il y
en a d'autres qui consistent en perspective, car, en y regardant de front, on
n'y sçauroit rien discerner de lisible, mais l'accommodant obliquement en
l'assiette qui luy est propre, ce qui estoit imperceptible apparoist. Il y en a
d'autres qui dépendent de la seule acuité de la vue, la lettre estant si déliée
que l'œil à peine la peut comprendre: telle que s'est vue de nostre temps
celle d'un gentilhomme siennois, appelé Spanocchio, qui écrivoit sur un
velin, sans aucune abréviation, tout l'In principio de Saint-Jean, en autant
ou moins d'espace que ne contient le petit ongle, d'une lettre si exquise et si
bien formée, qu'il ne seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'après
Cicéron, allègue que toute l'Iliade d'Homère, qui contient de quatorze à
Page 39
quinze mille vers, avoit esté escrite de si menue lettre en velin, qu'elle
pouvoit toute entrer en une coquille de noix.»
Le célèbre chancelier Bacon a, dans son traité De dignitate et augmentis
scientiarum (livre VI, ch. 1), fait connaître un chiffre, dont il est l'inventeur,
et qui est basé sur les permutations de deux lettres seules, a et b, combinées
par groupes de cinq. Ces deux lettres sont susceptibles de 32 combinaisons
de ce genre; il y en a donc plus qu'il n'en faut pour exprimer l'alphabet tout
entier, et cet alphabetum liluterarium (c'est ainsi que le nomme Bacon)
pourra s'écrire de la façon suivante:
a aaaaa
b aaaab
c aaaba
d aaabb
e aabaa
f aabab
g aabba
h aabbb
i abaaa
k abaab
l ababa
m ababb
n abbaa
o abbab
p abbba
q abbbb
r baaaa
s baaab
t baaba
u baabb
w babaa
x babab
y babba
z babbb
pouvoit toute entrer en une coquille de noix.»
Le célèbre chancelier Bacon a, dans son traité De dignitate et augmentis
scientiarum (livre VI, ch. 1), fait connaître un chiffre, dont il est l'inventeur,
et qui est basé sur les permutations de deux lettres seules, a et b, combinées
par groupes de cinq. Ces deux lettres sont susceptibles de 32 combinaisons
de ce genre; il y en a donc plus qu'il n'en faut pour exprimer l'alphabet tout
entier, et cet alphabetum liluterarium (c'est ainsi que le nomme Bacon)
pourra s'écrire de la façon suivante:
a aaaaa
b aaaab
c aaaba
d aaabb
e aabaa
f aabab
g aabba
h aabbb
i abaaa
k abaab
l ababa
m ababb
n abbaa
o abbab
p abbba
q abbbb
r baaaa
s baaab
t baaba
u baabb
w babaa
x babab
y babba
z babbb
Page 40
On comprend, du reste, qu'au lieu des lettres a et b on peut prendre toute
autre dont on aura envie, ou bien les remplacer par quelque signe
algébrique, ou par une marque quelconque a laquelle on voudra s'attacher.
L'inconvénient de cet alphabet, c'est que tout mot ordinaire se trouve
représenté par cinq fois plus de lettres. Paris, par exemple, se traduira par
abbba aaaaa baaaa abaaa baaab. Lorsqu'on voudra écrire Espagne, il
faudra prendre la peine de tracer aabaa baaab abbba aaaaa aabba abbaa
aabaa. Une phrase un peu longue se trouvera ainsi exiger beaucoup de
temps et une attention fort soutenue, pour être écrite sans que quelque
erreur ne vienne s'y glisser.
Bacon a prévu que le mystère de son alphabet ne serait pas très-difficile à
découvrir, et il a dû chercher quelques moyens, afin de mettre sa pensée à
l'abri des curieux: il a donc imaginé ce qu'il appelle l'alphabetum biforme.
Après avoir déchiffré la dépêche écrite d'après la méthode que nous venons
d'exposer, on n'arrive point encore au véritable sens: il est enveloppé dans
les lettres qui sont mises en majuscules dans l'alphabet biforme, lettres
qu'indique à ceux qui ont la clef de ce procédé les groupes de lettres
auxquels elles correspondent.
Pour faire comprendre ceci, il est indispensable de transcrire d'abord ce
nouvel alphabet, tel qu'il se montre dans l'ouvrage de Bacon.
ab ab ab ab ab ab ab ab
AA aa BB bb CC cc DD dd
ab ab ab ab ab ab ab ab
EE ee FF ff GG gg HH hh
ab ab ab ab ab ab ab ab
II ii KK kk LL ll MM mm
ab ab ab ab ab ab ab ab
NN nn OO oo PP pp QQ qq
ab ab ab ab ab ab ab ab
RR rr SS ss TT tt VV vv
ab ab ab ab ab ab ab ab
uu WW ww XX xx YY ab
ZZ zz
autre dont on aura envie, ou bien les remplacer par quelque signe
algébrique, ou par une marque quelconque a laquelle on voudra s'attacher.
L'inconvénient de cet alphabet, c'est que tout mot ordinaire se trouve
représenté par cinq fois plus de lettres. Paris, par exemple, se traduira par
abbba aaaaa baaaa abaaa baaab. Lorsqu'on voudra écrire Espagne, il
faudra prendre la peine de tracer aabaa baaab abbba aaaaa aabba abbaa
aabaa. Une phrase un peu longue se trouvera ainsi exiger beaucoup de
temps et une attention fort soutenue, pour être écrite sans que quelque
erreur ne vienne s'y glisser.
Bacon a prévu que le mystère de son alphabet ne serait pas très-difficile à
découvrir, et il a dû chercher quelques moyens, afin de mettre sa pensée à
l'abri des curieux: il a donc imaginé ce qu'il appelle l'alphabetum biforme.
Après avoir déchiffré la dépêche écrite d'après la méthode que nous venons
d'exposer, on n'arrive point encore au véritable sens: il est enveloppé dans
les lettres qui sont mises en majuscules dans l'alphabet biforme, lettres
qu'indique à ceux qui ont la clef de ce procédé les groupes de lettres
auxquels elles correspondent.
Pour faire comprendre ceci, il est indispensable de transcrire d'abord ce
nouvel alphabet, tel qu'il se montre dans l'ouvrage de Bacon.
ab ab ab ab ab ab ab ab
AA aa BB bb CC cc DD dd
ab ab ab ab ab ab ab ab
EE ee FF ff GG gg HH hh
ab ab ab ab ab ab ab ab
II ii KK kk LL ll MM mm
ab ab ab ab ab ab ab ab
NN nn OO oo PP pp QQ qq
ab ab ab ab ab ab ab ab
RR rr SS ss TT tt VV vv
ab ab ab ab ab ab ab ab
uu WW ww XX xx YY ab
ZZ zz
Page 41
Supposé maintenant qu'on veuille donner avis à quelqu'un de s'enfuir, en
lui faisant passer le mot latin fuge, on écrira d'abord la phrase suivante, qui
présente un sens tout opposé:
Manere te volo donec venero.
En prenant dans l'alphabet ci-dessus les lettres a et b qui correspondent
aux lettres dont est formée cette phrase, on mettra:
aabab baabb aabba aabaa
ecvene
Maner etevo lodon
ro
Ces quatre groupes d'a et de b réunis par cinq, indiquent, d'après les
combinaisons de l'Alphabet Biforme, les quatre lettres qui forment le mot
FUGE.
Il faut reconnaître que les explications trop succinctes et très-peu claires
que donne Bacon à l'égard de ses procédés de chiffres, laissent beaucoup à
désirer. L'idée d'employer les combinaisons des lettres n'est cependant point
indigne d'une attention sérieuse: il y a le germe de tout un système de
chiffres qui n'a pas de limites.
Remarquons, en effet, que des mathématiciens ont cherché le nombre des
combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupées
ensemble de toutes les manières imaginables: ils ont trouvé le chiffre
formidable de 42 quadrillons, 163,840 trillions, 398,198 billions, 058,854
millions, 693,625. Pour saisir toute l'énormité de ce nombre, il faut se
souvenir qu'on a démontré que, pour écrire toutes les combinaisons qu'il
énonce, il serait indispensable de se procurer une feuille de papier qui aurait
421,300 fois l'étendue de la superficie de la Terre.
§ IV.
Jérôme Cardan.
lui faisant passer le mot latin fuge, on écrira d'abord la phrase suivante, qui
présente un sens tout opposé:
Manere te volo donec venero.
En prenant dans l'alphabet ci-dessus les lettres a et b qui correspondent
aux lettres dont est formée cette phrase, on mettra:
aabab baabb aabba aabaa
ecvene
Maner etevo lodon
ro
Ces quatre groupes d'a et de b réunis par cinq, indiquent, d'après les
combinaisons de l'Alphabet Biforme, les quatre lettres qui forment le mot
FUGE.
Il faut reconnaître que les explications trop succinctes et très-peu claires
que donne Bacon à l'égard de ses procédés de chiffres, laissent beaucoup à
désirer. L'idée d'employer les combinaisons des lettres n'est cependant point
indigne d'une attention sérieuse: il y a le germe de tout un système de
chiffres qui n'a pas de limites.
Remarquons, en effet, que des mathématiciens ont cherché le nombre des
combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupées
ensemble de toutes les manières imaginables: ils ont trouvé le chiffre
formidable de 42 quadrillons, 163,840 trillions, 398,198 billions, 058,854
millions, 693,625. Pour saisir toute l'énormité de ce nombre, il faut se
souvenir qu'on a démontré que, pour écrire toutes les combinaisons qu'il
énonce, il serait indispensable de se procurer une feuille de papier qui aurait
421,300 fois l'étendue de la superficie de la Terre.
§ IV.
Jérôme Cardan.
Page 42
Cet Italien célèbre, qui toucha à toutes les questions[4] et qu'une vaste
érudition, jointe à des talents très-distingués, n'a point préservé d'une
accusation de folie, a dit quelques mots de la Cryptographie dans son
ouvrage de la Subtilité; les voici d'après la vieille traduction française:
«Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement
réglées et lignées; vous y ferez séparément des trous assez petits, mais
toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez accoutumé faire
vostre lettre: l'un de ces pertuis pourra tenir sept lettres, l'autre trois, l'autre
huit ou dix, de sorte que tous les trous ou pertuis qu'aurez faits pourront
tenir ensemble cent vingt caractères ou lettres. De ces deux peaux, vous
donnerez l'une à celuy auquel vous désirez escrire, et vous retiendrez l'autre
à vous; et, lorsque voudrez escrire le plus brief et succinct que vous
pourrez, de sorte que vostre escriture n'excède pas ledit nombre de cent
vingt caractères ou lettres: qui est tout ce que les espaces et pertuis susdits
pourront comprendre. Et après, sur les pertuis, faits comme je l'ay dit, vous
escrivez, au feuillet de papier qui est dessous, le sujet et sentence que
voudrez; et, après, à un autre feuillet, et conséquemment au troisième. Cela
estant fait, vous remplacez les espaces et distances qui demeureront vides,
ainsi augmentant ou effaçant jusques à tant que vostre sentence et sujet
apparoissent et se montrent. Vous accomplirez la seconde sentence au
second feuillet de papier, faisant extrait en telle sorte, sur la première, qu'il
semblera et apparoistra que les mots et paroles soient suivants et consécutifs
l'un après l'autre. La troisième adapterez aussi à telle sorte et manière, que,
sans aucune interruption ni intermission des premières lettres, l'ordre, la
sentence, le nombre des paroles avec la grandeur se trouveront et
apparoistront, retenant mesure, sujet et intelligence. Et après appliquerez,
sur ce papier escrit en cette manière, le parchemin que pour cette cause
vous aurez taillé et percé, faisant en tout et partout, aux extrémitez des trous
ou perçures, de petits et subtils points, jusques à tant que le sujet et
intelligence des lettres parviennent en la sorte que vous désirez les escrire.
Et après, celuy à qui vous les enverrez, mettant sur elles son exemplaire
percé (comme il est dit), entendra subitement et facilement la conception de
vostre volonté.»
§ V.
érudition, jointe à des talents très-distingués, n'a point préservé d'une
accusation de folie, a dit quelques mots de la Cryptographie dans son
ouvrage de la Subtilité; les voici d'après la vieille traduction française:
«Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement
réglées et lignées; vous y ferez séparément des trous assez petits, mais
toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez accoutumé faire
vostre lettre: l'un de ces pertuis pourra tenir sept lettres, l'autre trois, l'autre
huit ou dix, de sorte que tous les trous ou pertuis qu'aurez faits pourront
tenir ensemble cent vingt caractères ou lettres. De ces deux peaux, vous
donnerez l'une à celuy auquel vous désirez escrire, et vous retiendrez l'autre
à vous; et, lorsque voudrez escrire le plus brief et succinct que vous
pourrez, de sorte que vostre escriture n'excède pas ledit nombre de cent
vingt caractères ou lettres: qui est tout ce que les espaces et pertuis susdits
pourront comprendre. Et après, sur les pertuis, faits comme je l'ay dit, vous
escrivez, au feuillet de papier qui est dessous, le sujet et sentence que
voudrez; et, après, à un autre feuillet, et conséquemment au troisième. Cela
estant fait, vous remplacez les espaces et distances qui demeureront vides,
ainsi augmentant ou effaçant jusques à tant que vostre sentence et sujet
apparoissent et se montrent. Vous accomplirez la seconde sentence au
second feuillet de papier, faisant extrait en telle sorte, sur la première, qu'il
semblera et apparoistra que les mots et paroles soient suivants et consécutifs
l'un après l'autre. La troisième adapterez aussi à telle sorte et manière, que,
sans aucune interruption ni intermission des premières lettres, l'ordre, la
sentence, le nombre des paroles avec la grandeur se trouveront et
apparoistront, retenant mesure, sujet et intelligence. Et après appliquerez,
sur ce papier escrit en cette manière, le parchemin que pour cette cause
vous aurez taillé et percé, faisant en tout et partout, aux extrémitez des trous
ou perçures, de petits et subtils points, jusques à tant que le sujet et
intelligence des lettres parviennent en la sorte que vous désirez les escrire.
Et après, celuy à qui vous les enverrez, mettant sur elles son exemplaire
percé (comme il est dit), entendra subitement et facilement la conception de
vostre volonté.»
§ V.
Page 43
Le duc de Brunswick.
Au commencement du seizième siècle, un duc de Brunswick-Lunebourg,
Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur à l'étude; il publia divers écrits sous
le pseudonyme de Gustave Selenus. Selenus, du grec Selène (la lune), était
une espèce de traduction du mot Lunebourg; Gustave est l'anagramme
d'Auguste. Le jeu des échecs, l'horticulture, l'art d'écrire en chiffres,
occupèrent tour à tour l'attention de ce prince; son livre sur le sujet que nous
traitons ici a pour titre: Systema integrum Chryptographiæ; c'est un in folio
de près de 500 pages.
Trithème a fourni la majeure partie des procédés décrits dans ce gros
volume, où il se trouve malheureusement beaucoup d'idées cabalistiques;
les exemples étant pour la plupart empruntés à la langue allemande, il n'y a
pas moyen de les reproduire textuellement.
Parmi les méthodes que décrit le duc Auguste, en voici une dont nous
n'avons pas encore fait mention:
Formez trois colonnes, en inscrivant, à côté des cinq voyelles répétées
trois fois, les consonnes de l'alphabet:
a b a h a p
e c e k e q
i d i l i r
o f o m o s
u g u n u t
Au lieu d'écrire les lettres qui emportent les mots que vous voulez
chiffrer, vous inscrivez celles qui leur correspondent. Vous mettez par
exemple un i en place d'un r, et vice versa, un o en place d'un f, ainsi de
suite.
Pour écrire l'empereur d'Autriche, vous mettrez icoakitk iaguieak.
Rien n'empêche d'employer à rebours un alphabet ainsi dressé ou de
substituer quelques lettres à d'autres, en suivant une marche dont on sera
convenu: cela augmentera beaucoup les difficultés du déchiffrement. Au
Au commencement du seizième siècle, un duc de Brunswick-Lunebourg,
Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur à l'étude; il publia divers écrits sous
le pseudonyme de Gustave Selenus. Selenus, du grec Selène (la lune), était
une espèce de traduction du mot Lunebourg; Gustave est l'anagramme
d'Auguste. Le jeu des échecs, l'horticulture, l'art d'écrire en chiffres,
occupèrent tour à tour l'attention de ce prince; son livre sur le sujet que nous
traitons ici a pour titre: Systema integrum Chryptographiæ; c'est un in folio
de près de 500 pages.
Trithème a fourni la majeure partie des procédés décrits dans ce gros
volume, où il se trouve malheureusement beaucoup d'idées cabalistiques;
les exemples étant pour la plupart empruntés à la langue allemande, il n'y a
pas moyen de les reproduire textuellement.
Parmi les méthodes que décrit le duc Auguste, en voici une dont nous
n'avons pas encore fait mention:
Formez trois colonnes, en inscrivant, à côté des cinq voyelles répétées
trois fois, les consonnes de l'alphabet:
a b a h a p
e c e k e q
i d i l i r
o f o m o s
u g u n u t
Au lieu d'écrire les lettres qui emportent les mots que vous voulez
chiffrer, vous inscrivez celles qui leur correspondent. Vous mettez par
exemple un i en place d'un r, et vice versa, un o en place d'un f, ainsi de
suite.
Pour écrire l'empereur d'Autriche, vous mettrez icoakitk iaguieak.
Rien n'empêche d'employer à rebours un alphabet ainsi dressé ou de
substituer quelques lettres à d'autres, en suivant une marche dont on sera
convenu: cela augmentera beaucoup les difficultés du déchiffrement. Au
Page 44
moyen de méthodes semblables, le prince allemand montre comment les
mots suivante: Cras expectabis adventum meum, peuvent se traduire par
zfxubzmsbeugpgeurmiothrha.
Les alphabets imaginaires et forgés à plaisir, que fait connaître le prince,
sont, pour la plupart, la reproduction ou l'imitation de ceux qu'on trouvait
déjà dans le livre de Porta; il a pris la peine de faire graver (page 282)
l'alphabet qu'une tradition très-peu authentique attribue à Salomon, et il n'a
point oublié celui dont les habitants du pays d'Utopie font usage, à ce
qu'affirme Thomas Morus. Il a lui-même inventé un moyen d'exprimer les
lettres, au moyen d'un système de lignes brisées, obliques, parallèles, etc.,
ou bien grâce à des groupes de points disposés de diverses manières. Nous
pensons qu'il serait superflu de donner la reproduction de ces alphabets
fantastiques, car le champ des inventions de ce genre est sans bornes.
mots suivante: Cras expectabis adventum meum, peuvent se traduire par
zfxubzmsbeugpgeurmiothrha.
Les alphabets imaginaires et forgés à plaisir, que fait connaître le prince,
sont, pour la plupart, la reproduction ou l'imitation de ceux qu'on trouvait
déjà dans le livre de Porta; il a pris la peine de faire graver (page 282)
l'alphabet qu'une tradition très-peu authentique attribue à Salomon, et il n'a
point oublié celui dont les habitants du pays d'Utopie font usage, à ce
qu'affirme Thomas Morus. Il a lui-même inventé un moyen d'exprimer les
lettres, au moyen d'un système de lignes brisées, obliques, parallèles, etc.,
ou bien grâce à des groupes de points disposés de diverses manières. Nous
pensons qu'il serait superflu de donner la reproduction de ces alphabets
fantastiques, car le champ des inventions de ce genre est sans bornes.
Page 45
CHAPITRE III.
RÈGLES ET PROCÉDÉS DE CRYPTOGRAPHIE.
§ Ier.
Préceptes généraux.
Maintenant laissons de côté les méthodes aujourd'hui abandonnées
qu'exposent les écrivains du seizième siècle, et cherchons à faire
comprendre quelques-unes des règles auxquelles se conformaient, dans
leurs dépêches chiffrées, les diplomates du siècle dernier, règles qui servent
encore habituellement de guide à leurs successeurs.
Les signes de ponctuation sont supprimés, ou bien, lorsqu'il est
nécessaire d'en faire usage, afin de donner plus de clarté au texte chiffré, on
les indique par une marque particulière. Les accents et le trait d'union sont
abolis.
On emploie ce qu'on nomme des non-valeurs (otiosi characteres), afin de
dérouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les nombres
composés entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien et qu'il ne
faut point en tenir compte dans le déchiffrement. Le déchiffreur non initié
perdra beaucoup de temps à vouloir trouver un sens là où il n'y en a pas et
sera complétement fourvoyé.
Parfois, on a recours à un chiffre de contre-sens; on convient que les
phrases chiffrées, comprises entre deux marques convenues, telles que des
croix, des parenthèses, des chiffres déterminés à l'avance, etc., doivent être
entendues dans un sens diamétralement opposé à celui qu'elles présentent.
Par exemple, la phrase chiffrée: «Le roi est malade, mais il va mieux et sa
RÈGLES ET PROCÉDÉS DE CRYPTOGRAPHIE.
§ Ier.
Préceptes généraux.
Maintenant laissons de côté les méthodes aujourd'hui abandonnées
qu'exposent les écrivains du seizième siècle, et cherchons à faire
comprendre quelques-unes des règles auxquelles se conformaient, dans
leurs dépêches chiffrées, les diplomates du siècle dernier, règles qui servent
encore habituellement de guide à leurs successeurs.
Les signes de ponctuation sont supprimés, ou bien, lorsqu'il est
nécessaire d'en faire usage, afin de donner plus de clarté au texte chiffré, on
les indique par une marque particulière. Les accents et le trait d'union sont
abolis.
On emploie ce qu'on nomme des non-valeurs (otiosi characteres), afin de
dérouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les nombres
composés entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien et qu'il ne
faut point en tenir compte dans le déchiffrement. Le déchiffreur non initié
perdra beaucoup de temps à vouloir trouver un sens là où il n'y en a pas et
sera complétement fourvoyé.
Parfois, on a recours à un chiffre de contre-sens; on convient que les
phrases chiffrées, comprises entre deux marques convenues, telles que des
croix, des parenthèses, des chiffres déterminés à l'avance, etc., doivent être
entendues dans un sens diamétralement opposé à celui qu'elles présentent.
Par exemple, la phrase chiffrée: «Le roi est malade, mais il va mieux et sa
Page 46
guérison est certaine,» doit être interprétée ainsi tout autrement: «Sa mort
est certaine.»
Il n'est pas mal d'employer dans une dépêche chiffrée des mots de
diverses langues; le mystère sera encore plus difficile à percer; en voici un
exemple: L'armée de l'Empereur se réunit aux troupes du roi; écrivez, en
faisant usage du latin, de l'allemand, du français, de l'espagnol, de l'anglais;
exercitus der Kayser se réunit à las tropas of the king. Chiffrez ensuite, et il
sera presque impossible de découvrir ce que vous avez confié au papier.
Les mots écrits avec des abréviations convenues à l'avance, présentent
une ressource avantageuse; il est bon de les indiquer au moyen d'un signe
convenu.
On a vu des hommes d'État employer la méthode d'écriture hébraïque,
c'est-à-dire ranger les chiffres de droite à gauche.
Un procédé qui n'est pas très-compliqué consiste à dresser le tableau
suivant:
abcd efgh iklm nopq rstu xyz
1 2 3 4 5 6
et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut déguiser par un double
chiffre, dont le premier représente le groupe de lettres et le second, le rang
qu'occupe dans ce groupe la lettre qu'on a en vue. Ainsi, l'r s'exprime par
51, le g par 23; pour écrire festina lente, on mettra:
22 21 52 53 31 41 11 33 21 41 53 21
Il n'est pas sans exemple qu'on joigne au chiffre convenu pour représenter
telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint à ce chiffre, en donne un
autre, sur lequel les efforts les plus opiniâtres n'ont guère de prise, lorsqu'on
ne connaît pas le secret. Supposons qu'on soit convenu que le chiffre 8
représente l'l, 74 l'é, 31 l'r, 26 l'o, 59 l'i; pour écrire le roi, on mettrait 8 74
31 26 59; mais, si on ajoute 6 à chacun de ces nombres, on aura 14 80 37 32
65.
est certaine.»
Il n'est pas mal d'employer dans une dépêche chiffrée des mots de
diverses langues; le mystère sera encore plus difficile à percer; en voici un
exemple: L'armée de l'Empereur se réunit aux troupes du roi; écrivez, en
faisant usage du latin, de l'allemand, du français, de l'espagnol, de l'anglais;
exercitus der Kayser se réunit à las tropas of the king. Chiffrez ensuite, et il
sera presque impossible de découvrir ce que vous avez confié au papier.
Les mots écrits avec des abréviations convenues à l'avance, présentent
une ressource avantageuse; il est bon de les indiquer au moyen d'un signe
convenu.
On a vu des hommes d'État employer la méthode d'écriture hébraïque,
c'est-à-dire ranger les chiffres de droite à gauche.
Un procédé qui n'est pas très-compliqué consiste à dresser le tableau
suivant:
abcd efgh iklm nopq rstu xyz
1 2 3 4 5 6
et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut déguiser par un double
chiffre, dont le premier représente le groupe de lettres et le second, le rang
qu'occupe dans ce groupe la lettre qu'on a en vue. Ainsi, l'r s'exprime par
51, le g par 23; pour écrire festina lente, on mettra:
22 21 52 53 31 41 11 33 21 41 53 21
Il n'est pas sans exemple qu'on joigne au chiffre convenu pour représenter
telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint à ce chiffre, en donne un
autre, sur lequel les efforts les plus opiniâtres n'ont guère de prise, lorsqu'on
ne connaît pas le secret. Supposons qu'on soit convenu que le chiffre 8
représente l'l, 74 l'é, 31 l'r, 26 l'o, 59 l'i; pour écrire le roi, on mettrait 8 74
31 26 59; mais, si on ajoute 6 à chacun de ces nombres, on aura 14 80 37 32
65.
Page 47
Il va sans dire qu'au lieu d'ajouter, on est parfaitement maître de
retrancher, de multiplier, de diviser: l'essentiel est que les deux
correspondants se mettent bien d'accord sur la marche qu'ils adoptent.
§ II.
Chiffre imaginé par Mirabeau.
L'imagination active de Mirabeau touchait à tout; il inventa, dans un
moment de loisir, une méthode de chiffre qui n'est pas sans mérite. Divisez
l'alphabet en cinq parties égales, désignez d'abord chacune des cinq
divisions par un numéro, indiquez ensuite par des numéros chacune des
lettres que vous aurez groupées arbitrairement:
1
c f g u z
1 2 3 4 5
2
x n m o k
1 2 3 4 5
3
s e h b g
1 2 3 4 5
4
d l y q w
1 2 3 4 5
5
n i r t v
1 2 3 4 5
Les chiffres 6 à 9 et 0 sont regardés comme non-valeurs.
retrancher, de multiplier, de diviser: l'essentiel est que les deux
correspondants se mettent bien d'accord sur la marche qu'ils adoptent.
§ II.
Chiffre imaginé par Mirabeau.
L'imagination active de Mirabeau touchait à tout; il inventa, dans un
moment de loisir, une méthode de chiffre qui n'est pas sans mérite. Divisez
l'alphabet en cinq parties égales, désignez d'abord chacune des cinq
divisions par un numéro, indiquez ensuite par des numéros chacune des
lettres que vous aurez groupées arbitrairement:
1
c f g u z
1 2 3 4 5
2
x n m o k
1 2 3 4 5
3
s e h b g
1 2 3 4 5
4
d l y q w
1 2 3 4 5
5
n i r t v
1 2 3 4 5
Les chiffres 6 à 9 et 0 sont regardés comme non-valeurs.
Page 48
On range sur deux lignes les chiffres qui expriment la lettre qu'on veut
représenter; la première de ces lignes désigne le groupe; la deuxième la
place qu'occupe dans ce groupe la lettre en question. On indiquera donc l'h
par , le t par , le d par ; à côté de ces chiffres, tantôt à droite et tantôt a
gauche, on mettra des non-valeurs afin de dérouter; en conséquence, ces
mots le Danube s'exprimeront, si l'on veut, par:
394 363
74 27 50 16
8 9
201 482
82 26 18 47
9 7
On comprend de reste, que ceci peut être susceptible d'une multitude de
combinaisons diverses.
§ III.
Dictionnaire de convention.
Un procédé, très-souvent mis en usage, consiste à former une espèce de
dictionnaire dans lequel des mots sont remplacés par d'autres; en voici un
exemple:
Allies, lui.
Amiral, quand.
Arriver, être.
Armistice, car.
Attraper, pourquoi.
Attendre, amie.
Avenir, 2
Balance, oui.
Baron, 3
Bavarois, amen.
Bois, et.
Camp, 7
Canon, doit.
représenter; la première de ces lignes désigne le groupe; la deuxième la
place qu'occupe dans ce groupe la lettre en question. On indiquera donc l'h
par , le t par , le d par ; à côté de ces chiffres, tantôt à droite et tantôt a
gauche, on mettra des non-valeurs afin de dérouter; en conséquence, ces
mots le Danube s'exprimeront, si l'on veut, par:
394 363
74 27 50 16
8 9
201 482
82 26 18 47
9 7
On comprend de reste, que ceci peut être susceptible d'une multitude de
combinaisons diverses.
§ III.
Dictionnaire de convention.
Un procédé, très-souvent mis en usage, consiste à former une espèce de
dictionnaire dans lequel des mots sont remplacés par d'autres; en voici un
exemple:
Allies, lui.
Amiral, quand.
Arriver, être.
Armistice, car.
Attraper, pourquoi.
Attendre, amie.
Avenir, 2
Balance, oui.
Baron, 3
Bavarois, amen.
Bois, et.
Camp, 7
Canon, doit.
Page 49
Cavalerie, bon.
Conseil, w.
Définitif, mais.
Deux, voir.
Demander, événement.
Descendre, loi.
Division, non.
Dix, art.
Empereur, est.
Entre, tôt.
Événement, demande.
Faux, 8
Favori, jamais.
Fureur, demain.
Général, 6
Gloire, 104
Gouverneur, selon.
Hommes, tard.
Honneur, gagné.
Ici, il.
Inventeur, hier.
Levé, eux.
Lignes, nous.
Maréchal, cerf.
Manœuvres, fin.
Mille, âne.
Naples, crue.
Nouvelles, quart.
Opération, sot.
Ordre, ni.
Ostracisme, x.
Partis, et cætera.
Peur, z.
Question, ami.
Conseil, w.
Définitif, mais.
Deux, voir.
Demander, événement.
Descendre, loi.
Division, non.
Dix, art.
Empereur, est.
Entre, tôt.
Événement, demande.
Faux, 8
Favori, jamais.
Fureur, demain.
Général, 6
Gloire, 104
Gouverneur, selon.
Hommes, tard.
Honneur, gagné.
Ici, il.
Inventeur, hier.
Levé, eux.
Lignes, nous.
Maréchal, cerf.
Manœuvres, fin.
Mille, âne.
Naples, crue.
Nouvelles, quart.
Opération, sot.
Ordre, ni.
Ostracisme, x.
Partis, et cætera.
Peur, z.
Question, ami.
Page 50
Querelle, troc.
Quand, bleu.
Ravin, grand.
Renfort, son.
Risquer, bas.
Ruiner, loup.
Sottise, vert.
Surseoir, or.
Suisse, froid.
Terrain, fier.
Trois, corde.
Tuer, rond.
Union, Vienne.
Vivres, choix.
Volontaires, lois.
Voyage, Gand.
Mots perdus qu'on intercale dans les phrases:
Assez, après, beaucoup, beauté, carré, dîner, honneur, loterie, mer,
noire, port, etc.
En se servant de cette table, voici comment on pourra rendre le passage
suivant:
«Le Conseil n'a rien statué de définitif. Il paraît cependant qu'on ne
balance qu'entre deux partis, celui de risquer la levée du camp et celui de
demander un armistice.»
«Le w n'a encore rien, or de mais. Il paraît cependant qu'on ne oui que tôt
voir etc., celui de bas la eux du 7 et celui de événement un car.»
§ IV.
Lettres et mots exprimés par des chiffres.
Quand, bleu.
Ravin, grand.
Renfort, son.
Risquer, bas.
Ruiner, loup.
Sottise, vert.
Surseoir, or.
Suisse, froid.
Terrain, fier.
Trois, corde.
Tuer, rond.
Union, Vienne.
Vivres, choix.
Volontaires, lois.
Voyage, Gand.
Mots perdus qu'on intercale dans les phrases:
Assez, après, beaucoup, beauté, carré, dîner, honneur, loterie, mer,
noire, port, etc.
En se servant de cette table, voici comment on pourra rendre le passage
suivant:
«Le Conseil n'a rien statué de définitif. Il paraît cependant qu'on ne
balance qu'entre deux partis, celui de risquer la levée du camp et celui de
demander un armistice.»
«Le w n'a encore rien, or de mais. Il paraît cependant qu'on ne oui que tôt
voir etc., celui de bas la eux du 7 et celui de événement un car.»
§ IV.
Lettres et mots exprimés par des chiffres.
Page 51
Une des méthodes les plus généralement arrêtées consiste à représenter
chaque lettre et un certain nombre de mots, de syllabes et de noms propres,
par des chiffres; afin de mieux dérouter les investigations, on exprime la
même lettre ou le même objet par divers chiffres; les noms de nombre eux-
mêmes se traduisent par des chiffres. On forme ainsi des tableaux qui
portent le nom de chiffre chiffrant; en voici un modèle.
a 6 19 500 46
b 8 50 250 20
c 4 2 125 18
d 11 41 65 87
e 31 47 201 900
f 49 96 113 6998
g 23 43 68 100
h 39 93 200 8446
i 57 89 98 105
k 64 86 244 9797
l 51 69 83 111
m 13 63 92 536
n 54 102 107 5886
o 58 79 129 7654
p 21 95 140 999
q 35 84 110 1220
r 59 81 108 548
s 52 74 103 1370
t 56 82 104 925
u 53 97 112 1000
v 32 94 203 1266
x 34 114 300 966
y 67 78 201 6740
z 42 91 106 120
Mots et syllabes.
au, 72 99 1150 40
chaque lettre et un certain nombre de mots, de syllabes et de noms propres,
par des chiffres; afin de mieux dérouter les investigations, on exprime la
même lettre ou le même objet par divers chiffres; les noms de nombre eux-
mêmes se traduisent par des chiffres. On forme ainsi des tableaux qui
portent le nom de chiffre chiffrant; en voici un modèle.
a 6 19 500 46
b 8 50 250 20
c 4 2 125 18
d 11 41 65 87
e 31 47 201 900
f 49 96 113 6998
g 23 43 68 100
h 39 93 200 8446
i 57 89 98 105
k 64 86 244 9797
l 51 69 83 111
m 13 63 92 536
n 54 102 107 5886
o 58 79 129 7654
p 21 95 140 999
q 35 84 110 1220
r 59 81 108 548
s 52 74 103 1370
t 56 82 104 925
u 53 97 112 1000
v 32 94 203 1266
x 34 114 300 966
y 67 78 201 6740
z 42 91 106 120
Mots et syllabes.
au, 72 99 1150 40
Page 52
de, 45 77 66 1777
en, 1 15 12 1401
est, 76 1944 30 85
et, 7 101 1186 90
été, 27 128 1650 171
ici, 130 270 29 2224
le, 9 88 109 1444
mais, 234 71 489 2991
non, 127 281849 55
on, 88 887 75 649
ou, 70 2471 666 48
pour, 63 b 72 b 740 830
que, 80 3 25 400
le roi, 812 699 778 816
la reine, 770 817 644 555
le
ministre 60 44 776 670
N,
le
prince 779 61 825 819
N,
l'armée, 700 790 970 1200
il est
576 1620 1718 600
parti,
il est de
62 33 892 697
retour,
il est
5699 733 834 690
malade,
il est
671 863 540 4559
mort,
, 2 b 96 b 86 c 88 d
. 9 b 90 b 92 c 98 d
; 5 x 6 x 11 x 50 x
1 14 26 20 b 24
2 16 73 18 22
en, 1 15 12 1401
est, 76 1944 30 85
et, 7 101 1186 90
été, 27 128 1650 171
ici, 130 270 29 2224
le, 9 88 109 1444
mais, 234 71 489 2991
non, 127 281849 55
on, 88 887 75 649
ou, 70 2471 666 48
pour, 63 b 72 b 740 830
que, 80 3 25 400
le roi, 812 699 778 816
la reine, 770 817 644 555
le
ministre 60 44 776 670
N,
le
prince 779 61 825 819
N,
l'armée, 700 790 970 1200
il est
576 1620 1718 600
parti,
il est de
62 33 892 697
retour,
il est
5699 733 834 690
malade,
il est
671 863 540 4559
mort,
, 2 b 96 b 86 c 88 d
. 9 b 90 b 92 c 98 d
; 5 x 6 x 11 x 50 x
1 14 26 20 b 24
2 16 73 18 22
Page 53
3 9 188 37 38
4 1 10 15 56
5 115 132 650 663
6 119 138 192 290
7 116 134 195 274
8 118 189 194 271
9 117 136 189 289
0 190 280 651 661
Non-
3000 à 4500
valeurs,
Contre-
sens, ++ et :
Supposons qu'on veuille chiffrer les lignes que voici:
«Le roi est parti le 12 du courant pour l'armée, avec le prince N. et le
ministre N. + il a de bonnes intentions pour votre Majesté +; l'armée,
forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube.»
On fera précéder cet avis de quelques mots qui lui donneront l'apparence
d'une missive relative à quelque opération de commerce ou de banque, et on
écrira:
«Je n'ai pu encore réussir à effectuer l'emprunt que vous désirez
contracter et au sujet duquel vous m'avez écrit. 3000 4499 812 576 9 14 16
11 53 courant 21 58 53 81 69 6 108 13 31 47 19 32 201 4 3017 779 7 3778
66 14 b+ 98 83 46 45 20 129 54 102 900 103 105 107 104 201 5886 925
98 7654 102 52 63b 1266 96 536 90 b + 700 66 24 18 190 280 651 661 39
58 13 63 47 74 11 129 98 82 21 6 52 74 201 81 88 65 500 102 112 5 31.
Cette affaire pourrait avoir à Hambourg des chances de réussite.»
Les mots, bonnes intentions, étant affectés du chiffre de contre-sens, il
faut comprendre: mauvaises intentions ou peu favorables.
4 1 10 15 56
5 115 132 650 663
6 119 138 192 290
7 116 134 195 274
8 118 189 194 271
9 117 136 189 289
0 190 280 651 661
Non-
3000 à 4500
valeurs,
Contre-
sens, ++ et :
Supposons qu'on veuille chiffrer les lignes que voici:
«Le roi est parti le 12 du courant pour l'armée, avec le prince N. et le
ministre N. + il a de bonnes intentions pour votre Majesté +; l'armée,
forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube.»
On fera précéder cet avis de quelques mots qui lui donneront l'apparence
d'une missive relative à quelque opération de commerce ou de banque, et on
écrira:
«Je n'ai pu encore réussir à effectuer l'emprunt que vous désirez
contracter et au sujet duquel vous m'avez écrit. 3000 4499 812 576 9 14 16
11 53 courant 21 58 53 81 69 6 108 13 31 47 19 32 201 4 3017 779 7 3778
66 14 b+ 98 83 46 45 20 129 54 102 900 103 105 107 104 201 5886 925
98 7654 102 52 63b 1266 96 536 90 b + 700 66 24 18 190 280 651 661 39
58 13 63 47 74 11 129 98 82 21 6 52 74 201 81 88 65 500 102 112 5 31.
Cette affaire pourrait avoir à Hambourg des chances de réussite.»
Les mots, bonnes intentions, étant affectés du chiffre de contre-sens, il
faut comprendre: mauvaises intentions ou peu favorables.
Page 54
§ V.
Théorie des chiffres chiffrants et déchiffrants.
Les auteurs de l'Encyclopédie méthodique ne pouvaient oublier, dans leur
vaste répertoire de omni re scibili, l'art de l'écriture en chiffre; voici le
résumé des notions qu'ils exposent à cet égard:
Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une légation,
le ministère des affaires étrangères lui remet ordinairement trois chiffres, le
chiffre chiffrant, le chiffre déchiffrant, et le chiffre banal. Le chiffre
chiffrant, partagé en colonnes, marque dans la première non-seulement les
lettres de l'alphabet, mais aussi les syllabes, les mots et les phrases dont cet
agent aura probablement besoin dans le cours de sa négociation, les noms
des souverains ou république, de leurs principaux ministres, etc. Cette
colonne est quelquefois imprimée, mais la seconde colonne, remplie en
écriture par le département des affaires étrangères, renferme les nombres,
chiffres ou caractères par lesquels on juge à propos de désigner la lettre, le
mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant:
Chiffre chiffrant.
a 45. 260. 311. 1020. 805
b 9. 506. 33. 1110. 21
c 15. 36 444 20 1006
l'empereur, 44 31 1117
le roi d'Espagne, 35. 88. 301. 1144
l'armée des alliés, 80. 95 1022 888
le pape, 50 302 467 19
avantage, 18. 75. 63
brouiller, 22. 79 103
On a soin de ranger par ordre alphabétique les noms substantifs, les
verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la commodité du
chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se servir à son choix,
afin de désigner le même mot; grâce à cette précaution, en cas d'incident, il
devient plus difficile de déchiffrer la dépêche.
Théorie des chiffres chiffrants et déchiffrants.
Les auteurs de l'Encyclopédie méthodique ne pouvaient oublier, dans leur
vaste répertoire de omni re scibili, l'art de l'écriture en chiffre; voici le
résumé des notions qu'ils exposent à cet égard:
Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une légation,
le ministère des affaires étrangères lui remet ordinairement trois chiffres, le
chiffre chiffrant, le chiffre déchiffrant, et le chiffre banal. Le chiffre
chiffrant, partagé en colonnes, marque dans la première non-seulement les
lettres de l'alphabet, mais aussi les syllabes, les mots et les phrases dont cet
agent aura probablement besoin dans le cours de sa négociation, les noms
des souverains ou république, de leurs principaux ministres, etc. Cette
colonne est quelquefois imprimée, mais la seconde colonne, remplie en
écriture par le département des affaires étrangères, renferme les nombres,
chiffres ou caractères par lesquels on juge à propos de désigner la lettre, le
mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant:
Chiffre chiffrant.
a 45. 260. 311. 1020. 805
b 9. 506. 33. 1110. 21
c 15. 36 444 20 1006
l'empereur, 44 31 1117
le roi d'Espagne, 35. 88. 301. 1144
l'armée des alliés, 80. 95 1022 888
le pape, 50 302 467 19
avantage, 18. 75. 63
brouiller, 22. 79 103
On a soin de ranger par ordre alphabétique les noms substantifs, les
verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la commodité du
chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se servir à son choix,
afin de désigner le même mot; grâce à cette précaution, en cas d'incident, il
devient plus difficile de déchiffrer la dépêche.
Page 55
Les articles d'une dépêche qui mérite le secret se chiffrent tout au long;
on n'y met point de mots écrits en caractères ordinaires, parce que ces mots,
quelque indifférents qu'ils puissent paraître, se trouvant dans le chiffre,
peuvent faire deviner une partie du sens ou du moins découvrir la matière
qu'on traite. Il ne faut pas négliger de distinguer tous les mots par un point,
qu'on met derrière chaque nombre, puisque, sans cette précaution, une
dépêche serait indéchiffrable pour le correspondant, qui ne pourrait se servir
de sa clef et qui verrait les nombres confondus.
Le chiffre déchiffrant marque, dans la première colonne à gauche, tous
les nombres dont le chiffre chiffrant est composé, depuis le plus bas
jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne à droite contient le
mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre désigne. Lorsqu'on veut
chiffrer quelque dépêche, on cherche dans ce chiffre déchiffrant la
signification de chaque mot qui se présente, et on l'écrit au-dessus entre les
lignes, qui doivent être espacées convenablement, de même que les
nombres éloignés les uns des autres à une juste distance.
En voici un exemple:
Le ministre d'ici est tout dévoué aux intérêts
102 23 44 9 1204 76 336
l'Anglet
de c'est le fruit de dix mille
erre;
888 54 21 68 9
guinées semées à propos.
519 1106 718
§ VI.
Autres systèmes de chiffres.
Lorsqu'on soupçonne que les chiffres ont été vendus par des commis ou
des serviteurs infidèles, on tâche de tromper les gens qui ont fait acquisition
on n'y met point de mots écrits en caractères ordinaires, parce que ces mots,
quelque indifférents qu'ils puissent paraître, se trouvant dans le chiffre,
peuvent faire deviner une partie du sens ou du moins découvrir la matière
qu'on traite. Il ne faut pas négliger de distinguer tous les mots par un point,
qu'on met derrière chaque nombre, puisque, sans cette précaution, une
dépêche serait indéchiffrable pour le correspondant, qui ne pourrait se servir
de sa clef et qui verrait les nombres confondus.
Le chiffre déchiffrant marque, dans la première colonne à gauche, tous
les nombres dont le chiffre chiffrant est composé, depuis le plus bas
jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne à droite contient le
mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre désigne. Lorsqu'on veut
chiffrer quelque dépêche, on cherche dans ce chiffre déchiffrant la
signification de chaque mot qui se présente, et on l'écrit au-dessus entre les
lignes, qui doivent être espacées convenablement, de même que les
nombres éloignés les uns des autres à une juste distance.
En voici un exemple:
Le ministre d'ici est tout dévoué aux intérêts
102 23 44 9 1204 76 336
l'Anglet
de c'est le fruit de dix mille
erre;
888 54 21 68 9
guinées semées à propos.
519 1106 718
§ VI.
Autres systèmes de chiffres.
Lorsqu'on soupçonne que les chiffres ont été vendus par des commis ou
des serviteurs infidèles, on tâche de tromper les gens qui ont fait acquisition
Page 56
du chiffre.
Alors la Cour écrit à son ministre ou bien le ministre mande à sa Cour le
contraire de ses véritables intentions. On exprime en chiffre la contre-partie
des nouvelles qu'on veut transmettre; on met ensuite, dans la dépêche, un
signe, une marque, un caractère, un mot ou une phrase, dont on est convenu
avant le départ du négociateur, indice qui annule non-seulement tout ce qui
vient d'être dit, mais qui désigne aussi qu'on doit l'entendre dans le sens
opposé; c'est ce qu'on appelle le chiffre annulant. Lorsqu'on découvre
qu'une puissance rivale essaye de corrompre nos employés, on lui fait
parvenir adroitement un faux chiffre, et on l'induit en erreur en écrivant des
contre-vérités.
La Cour donne quelquefois un chiffre différent à chacun de ses ministres
dans les pays étrangers; mais, comme il importe souvent au bien des
affaires générales, que ces ministres lient entre eux des correspondances, on
leur remet un chiffre banal qui leur est commun à tous et dont ils peuvent se
servir.
Le chiffre à simple clef est celui où l'on se sert toujours d'une même
figure pour désigner une même lettre.
Le chiffre à double clef est celui dans lequel on change d'alphabet à
chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles.
Une manière plus simple est de convenir d'un même livre peu connu, ou
d'une édition ancienne, imprimée au loin, presque ignorée: on forme une
clef de trois chiffres; le premier marque la page du livre qu'on a choisi; le
second désigne la ligne de cette page; le troisième marque le mot dont on
doit se servir. Cette manière d'écrire ne peut être devinée que de ceux qui
devineront d'abord à quel livre on a recours; elle présente d'autant plus de
difficultés, que, le même mot se trouvant en diverses pages du livre, il est
presque toujours désigné par différents chiffres; le même chiffre revient
rarement désigner le même terme.
Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systèmes de
Cryptographie que développent les auteurs du dix-huitième siècle, systèmes
dont le fond se trouve déjà chez Vigenère et chez Porta, et qui ne sont pas
Alors la Cour écrit à son ministre ou bien le ministre mande à sa Cour le
contraire de ses véritables intentions. On exprime en chiffre la contre-partie
des nouvelles qu'on veut transmettre; on met ensuite, dans la dépêche, un
signe, une marque, un caractère, un mot ou une phrase, dont on est convenu
avant le départ du négociateur, indice qui annule non-seulement tout ce qui
vient d'être dit, mais qui désigne aussi qu'on doit l'entendre dans le sens
opposé; c'est ce qu'on appelle le chiffre annulant. Lorsqu'on découvre
qu'une puissance rivale essaye de corrompre nos employés, on lui fait
parvenir adroitement un faux chiffre, et on l'induit en erreur en écrivant des
contre-vérités.
La Cour donne quelquefois un chiffre différent à chacun de ses ministres
dans les pays étrangers; mais, comme il importe souvent au bien des
affaires générales, que ces ministres lient entre eux des correspondances, on
leur remet un chiffre banal qui leur est commun à tous et dont ils peuvent se
servir.
Le chiffre à simple clef est celui où l'on se sert toujours d'une même
figure pour désigner une même lettre.
Le chiffre à double clef est celui dans lequel on change d'alphabet à
chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles.
Une manière plus simple est de convenir d'un même livre peu connu, ou
d'une édition ancienne, imprimée au loin, presque ignorée: on forme une
clef de trois chiffres; le premier marque la page du livre qu'on a choisi; le
second désigne la ligne de cette page; le troisième marque le mot dont on
doit se servir. Cette manière d'écrire ne peut être devinée que de ceux qui
devineront d'abord à quel livre on a recours; elle présente d'autant plus de
difficultés, que, le même mot se trouvant en diverses pages du livre, il est
presque toujours désigné par différents chiffres; le même chiffre revient
rarement désigner le même terme.
Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systèmes de
Cryptographie que développent les auteurs du dix-huitième siècle, systèmes
dont le fond se trouve déjà chez Vigenère et chez Porta, et qui ne sont pas
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indignes d'attention, quoique, n'ayant guère été mis en usage, ils soient
demeurés dans des livres condamnés à trouver peu de lecteurs.
§ VII.
Chiffre par excellence.
Tel est le nom que Dlandol, dans son Contre-espion, donne à un chiffre,
qui réunit, d'après lui, le plus grand nombre d'avantages que l'on puisse
désirer pour une correspondance secrète et qui les réunirait tous sans
exception, s'il n'était pas d'une exécution assez lente. Cet inconvénient est
compensé par l'immense difficulté, par l'impossibilité même, on peut le
dire, de découvrir, lorsqu'on ne possède pas le mot de clef convenu entre les
correspondants, le sens d'une dépêche écrite de la sorte.
Pour faire emploi de ce chiffre, il faut d'abord que les deux
correspondants se munissent d'un carré, qui présente pour les lettres ce que
le carré arithmétique présente pour les chiffres, c'est-à-dire que dans l'un on
multiplie des lettres, comme des chiffres dans l'autre, en cherchant le carré
correspondant aux deux termes qui se servent réciproquement de
multiplicande et de multiplicateur.
Voulez-vous savoir, par exemple, combien font six fois quatre ou quatre
fois six? Cherchez, sur la première ligne horizontale de votre carré, l'un de
ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la première ligne verticale,
c'est-à-dire sur la première colonne. Voyez ensuite quelle est la case qui
correspond en même temps à chacune de celles où sont ces deux nombres.
Vous trouvez 24, qui est effectivement le produit de six ou de quatre
multipliés l'un par l'autre. De même dans le carré de lettres, si vous voulez
multiplier F par M, vous trouverez S à la case qui répond à l'F de la
première ligne et à l'M de la première colonne. Vous trouvez également S à
la case qui correspond à l'M de la première ligne et à l'F de la première
colonne. Ceci posé, n'oublions pas qu'il y a un mot de clef dont les
correspondants conviennent entre eux. Supposons que ce mot de clef soit
blanc-bec (et si nous prenons ce mot pour exemple, c'est qu'il y a avantage
à choisir des expressions peu usuelles et qui déjouent tous les efforts
d'imagination de ceux qui s'efforceraient de les deviner). Il faut que vous
demeurés dans des livres condamnés à trouver peu de lecteurs.
§ VII.
Chiffre par excellence.
Tel est le nom que Dlandol, dans son Contre-espion, donne à un chiffre,
qui réunit, d'après lui, le plus grand nombre d'avantages que l'on puisse
désirer pour une correspondance secrète et qui les réunirait tous sans
exception, s'il n'était pas d'une exécution assez lente. Cet inconvénient est
compensé par l'immense difficulté, par l'impossibilité même, on peut le
dire, de découvrir, lorsqu'on ne possède pas le mot de clef convenu entre les
correspondants, le sens d'une dépêche écrite de la sorte.
Pour faire emploi de ce chiffre, il faut d'abord que les deux
correspondants se munissent d'un carré, qui présente pour les lettres ce que
le carré arithmétique présente pour les chiffres, c'est-à-dire que dans l'un on
multiplie des lettres, comme des chiffres dans l'autre, en cherchant le carré
correspondant aux deux termes qui se servent réciproquement de
multiplicande et de multiplicateur.
Voulez-vous savoir, par exemple, combien font six fois quatre ou quatre
fois six? Cherchez, sur la première ligne horizontale de votre carré, l'un de
ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la première ligne verticale,
c'est-à-dire sur la première colonne. Voyez ensuite quelle est la case qui
correspond en même temps à chacune de celles où sont ces deux nombres.
Vous trouvez 24, qui est effectivement le produit de six ou de quatre
multipliés l'un par l'autre. De même dans le carré de lettres, si vous voulez
multiplier F par M, vous trouverez S à la case qui répond à l'F de la
première ligne et à l'M de la première colonne. Vous trouvez également S à
la case qui correspond à l'M de la première ligne et à l'F de la première
colonne. Ceci posé, n'oublions pas qu'il y a un mot de clef dont les
correspondants conviennent entre eux. Supposons que ce mot de clef soit
blanc-bec (et si nous prenons ce mot pour exemple, c'est qu'il y a avantage
à choisir des expressions peu usuelles et qui déjouent tous les efforts
d'imagination de ceux qui s'efforceraient de les deviner). Il faut que vous
Page 58
multipliiez constamment, par les lettres du mot choisi, toutes les lettres de
la missive que vous voulez chiffrer; puis, cela fait, vous placez chacune des
lettres de blanc-bec sous chacune des véritables lettres que vous aurez à
écrire, en répétant sans cesse le mot convenu et en recommençant à
l'inscrire aussitôt que vous l'avez terminé.
Supposons que vous veuillez, vous, général d'armée, transmettre cet avis:
«Nous devons décamper cette nuit:»
Vous le disposerez de la façon suivante:
Nous devons décamper cette nuit.
Blan cbecbl ancblabl ancbe cblan.
Dans cet arrangement, vous regardez chacune des lettres vraies de la
missive, comme des chiffres d'un multiplicande et chacune des lettres du
mot de clef, comme un multiplicateur. Vous opérez ensuite de la façon
suivante:
En multipliant N, première lettre vraie de la dépêche, par B, première
lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carré la lettre P, à la case qui
correspond d'un côté à l'N, de l'autre au B. Vous placez P pour première
lettre de la missive chiffrée.
La seconde vraie lettre est un O, la seconde lettre de la clef est L. La case
qui correspond à O et à L est un A, que vous posez comme second
caractère.
La troisième vraie lettre est un U, la troisième lettre du mot de clef un A.
La case qui correspond à l'une et à l'autre lettre, vous donne V, et la case qui
correspond ensuite à S (quatrième lettre vraie) et à N (quatrième lettre du
mot de clef), est G. Vous mettez pour troisième et quatrième caractère de
votre dépêche chiffrée: V G.
Continuant cette opération sur chaque mot de la dépêche vraie, vous
arrivez à la phrase chiffrée que voici:
la missive que vous voulez chiffrer; puis, cela fait, vous placez chacune des
lettres de blanc-bec sous chacune des véritables lettres que vous aurez à
écrire, en répétant sans cesse le mot convenu et en recommençant à
l'inscrire aussitôt que vous l'avez terminé.
Supposons que vous veuillez, vous, général d'armée, transmettre cet avis:
«Nous devons décamper cette nuit:»
Vous le disposerez de la façon suivante:
Nous devons décamper cette nuit.
Blan cbecbl ancblabl ancbe cblan.
Dans cet arrangement, vous regardez chacune des lettres vraies de la
missive, comme des chiffres d'un multiplicande et chacune des lettres du
mot de clef, comme un multiplicateur. Vous opérez ensuite de la façon
suivante:
En multipliant N, première lettre vraie de la dépêche, par B, première
lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carré la lettre P, à la case qui
correspond d'un côté à l'N, de l'autre au B. Vous placez P pour première
lettre de la missive chiffrée.
La seconde vraie lettre est un O, la seconde lettre de la clef est L. La case
qui correspond à O et à L est un A, que vous posez comme second
caractère.
La troisième vraie lettre est un U, la troisième lettre du mot de clef un A.
La case qui correspond à l'une et à l'autre lettre, vous donne V, et la case qui
correspond ensuite à S (quatrième lettre vraie) et à N (quatrième lettre du
mot de clef), est G. Vous mettez pour troisième et quatrième caractère de
votre dépêche chiffrée: V G.
Continuant cette opération sur chaque mot de la dépêche vraie, vous
arrivez à la phrase chiffrée que voici:
Page 59
pavgggerpcesfcrsgddsxvjqxuu
Tant qu'on ne possédera pas le mot de clef, il sera impossible de deviner
le sens d'un pareil billet. Votre correspondant déchiffrera sans peine cette
missive, en faisant une opération inverse à celle que vous avez accomplie.
Au-dessous du billet chiffré, il écrira chacune des lettres du mot de clef.
Il cherchera ensuite successivement dans la première colonne du carré
chaque lettre du mot de clef, et, à chaque lettre, il cherchera sur la même
ligne la lettre correspondante du billet chiffré. Alors la lettre qui commence
la colonne où se trouve cette lettre de chiffre est la vraie; c'est celle qu'il
faut écrire pour avoir la véritable missive.
On remarquera que chaque fois qu'une lettre se présente dans la dépêche
vraie, elle donne dans la dépêche chiffrée un résultat différent; aussi toute
investigation demeure-t-elle stérile, lorsqu'on ne possède pas les mots qui
forment la clef d'un pareil chiffre.
Cette méthode est, au fond, sauf quelques légères différences, la même
que celle qu'expose le père Kircher, qu'il met en œuvre au moyen d'un
tableau de chiffres (abacus numeralis), formé de lettres de l'alphabet
disposées horizontalement d'abord, verticalement ensuite, et donnant ainsi
un carré composé de 576 cases, dans chacune desquelles est placé un
chiffre. Le procédé qu'indique Neyron (Principes du droit des gens,
Brunswick, 1783, 8o, p. 170), rentre dans une catégorie toute semblable.
§ VIII.
Grille en châssis.
La manière d'écrire en chiffres au moyen d'une grille en châssis est bien
simple et d'un usage facile. Elle réclame peu de temps. Il s'agit d'avoir un
châssis découpé sur la longueur des lignes, comme le désigne la figure;
celui auquel on écrit possède un instrument tout semblable.
Chacun des coins du châssis doit porter une marque différente, parce que
ce châssis peut se placer dans divers sens.
Tant qu'on ne possédera pas le mot de clef, il sera impossible de deviner
le sens d'un pareil billet. Votre correspondant déchiffrera sans peine cette
missive, en faisant une opération inverse à celle que vous avez accomplie.
Au-dessous du billet chiffré, il écrira chacune des lettres du mot de clef.
Il cherchera ensuite successivement dans la première colonne du carré
chaque lettre du mot de clef, et, à chaque lettre, il cherchera sur la même
ligne la lettre correspondante du billet chiffré. Alors la lettre qui commence
la colonne où se trouve cette lettre de chiffre est la vraie; c'est celle qu'il
faut écrire pour avoir la véritable missive.
On remarquera que chaque fois qu'une lettre se présente dans la dépêche
vraie, elle donne dans la dépêche chiffrée un résultat différent; aussi toute
investigation demeure-t-elle stérile, lorsqu'on ne possède pas les mots qui
forment la clef d'un pareil chiffre.
Cette méthode est, au fond, sauf quelques légères différences, la même
que celle qu'expose le père Kircher, qu'il met en œuvre au moyen d'un
tableau de chiffres (abacus numeralis), formé de lettres de l'alphabet
disposées horizontalement d'abord, verticalement ensuite, et donnant ainsi
un carré composé de 576 cases, dans chacune desquelles est placé un
chiffre. Le procédé qu'indique Neyron (Principes du droit des gens,
Brunswick, 1783, 8o, p. 170), rentre dans une catégorie toute semblable.
§ VIII.
Grille en châssis.
La manière d'écrire en chiffres au moyen d'une grille en châssis est bien
simple et d'un usage facile. Elle réclame peu de temps. Il s'agit d'avoir un
châssis découpé sur la longueur des lignes, comme le désigne la figure;
celui auquel on écrit possède un instrument tout semblable.
Chacun des coins du châssis doit porter une marque différente, parce que
ce châssis peut se placer dans divers sens.
Page 60
Après l'avoir posé sur une feuille de papier de même grandeur, en faisant
attention aux marques des quatre coins, on transcrit, dans les ouvertures,
l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois tracée d'après cette méthode,
on lève le châssis, et, dans les intervalles qui se rencontrent entre chacun
des mots, on en écrit d'autres, afin de remplir les vides; on doit autant que
possible les choisir de manière qu'ils puissent former un sens avec ceux qui
ont été écrits dans les ouvertures du châssis.
Le correspondant qui reçoit cette épître applique, par-dessus chaque
page, un châssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent masqués,
et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis qu'on s'est proposé
de faire passer.
La lecture d'une des œuvres les plus remarquables de M. de Balzac
(Histoire des Treize) a révélé l'existence de la grille à bien des personnes
fort peu au fait des procédés de la Cryptographie. Il s'agit, dans le passage
ci-dessous, d'un agent de change, qui, ayant en main une lettre adressée à sa
femme, lettre qui présente un non-sens continuel, vient consulter un de ses
amis, employé au ministère des affaires étrangères:
«—C'est une lettre à grille.. Attends.
«Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement.
«—Niaiserie, mon ami! C'est écrit avec une vieille grille dont se servait
l'ambassadeur de Portugal sous M. de Choiseul, lors du renvoi des jésuites...
Tiens, voici!
«Jacques superposa un papier à jour, régulièrement découpé comme une
de ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et Jules put
alors facilement lire les phrases qui restèrent à découvert.»
Donnons un exemple de ce procédé.
Supposons qu'on veuille mander ceci:
«Vous me trouverez très-disposé à vous rendre.»
attention aux marques des quatre coins, on transcrit, dans les ouvertures,
l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois tracée d'après cette méthode,
on lève le châssis, et, dans les intervalles qui se rencontrent entre chacun
des mots, on en écrit d'autres, afin de remplir les vides; on doit autant que
possible les choisir de manière qu'ils puissent former un sens avec ceux qui
ont été écrits dans les ouvertures du châssis.
Le correspondant qui reçoit cette épître applique, par-dessus chaque
page, un châssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent masqués,
et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis qu'on s'est proposé
de faire passer.
La lecture d'une des œuvres les plus remarquables de M. de Balzac
(Histoire des Treize) a révélé l'existence de la grille à bien des personnes
fort peu au fait des procédés de la Cryptographie. Il s'agit, dans le passage
ci-dessous, d'un agent de change, qui, ayant en main une lettre adressée à sa
femme, lettre qui présente un non-sens continuel, vient consulter un de ses
amis, employé au ministère des affaires étrangères:
«—C'est une lettre à grille.. Attends.
«Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement.
«—Niaiserie, mon ami! C'est écrit avec une vieille grille dont se servait
l'ambassadeur de Portugal sous M. de Choiseul, lors du renvoi des jésuites...
Tiens, voici!
«Jacques superposa un papier à jour, régulièrement découpé comme une
de ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et Jules put
alors facilement lire les phrases qui restèrent à découvert.»
Donnons un exemple de ce procédé.
Supposons qu'on veuille mander ceci:
«Vous me trouverez très-disposé à vous rendre.»
Page 61
On écrit ces mots dans l'ordre et à la place que leur assigne la grille dont
on fait usage, et on remplit les intervalles, par d'autres mots, de façon que le
tout présente un sens assez raisonnable.
Je vous prie de me mander si vous
trouverez bon, mon très- cher, que je
disposé dès à présent des effets que
vous avez offert de me rendre , etc.
Voici maintenant le vrai sens rétabli au moyen de la grille:
vous me
trouverez très-
disposé à
vous rendre ,
§ IX.
Chiffre au moyen d'un cadran.
Ce procédé est un peu compliqué. Il exige du temps et de l'attention, mais
il présente les plus grandes garanties d'un mystère impénétrable.
Vous tracez sur un carton un cadran, que vous divisez exactement en
vingt-quatre parties égales et sur chacune desquelles vous transcrivez une
des vingt-quatre lettres de l'alphabet.
Vous avez un autre cercle de carton mobile ayant un centre commun avec
le premier et pouvant tourner librement sur ce centre. Vous le divisez en un
même nombre de parties, et vous y transcrivez également les diverses
lettres de l'alphabet. Si les lettres sont rangées dans l'ordre ordinaire sur les
deux cadrans, l'emploi de ce moyen de correspondance devient plus
commode.
on fait usage, et on remplit les intervalles, par d'autres mots, de façon que le
tout présente un sens assez raisonnable.
Je vous prie de me mander si vous
trouverez bon, mon très- cher, que je
disposé dès à présent des effets que
vous avez offert de me rendre , etc.
Voici maintenant le vrai sens rétabli au moyen de la grille:
vous me
trouverez très-
disposé à
vous rendre ,
§ IX.
Chiffre au moyen d'un cadran.
Ce procédé est un peu compliqué. Il exige du temps et de l'attention, mais
il présente les plus grandes garanties d'un mystère impénétrable.
Vous tracez sur un carton un cadran, que vous divisez exactement en
vingt-quatre parties égales et sur chacune desquelles vous transcrivez une
des vingt-quatre lettres de l'alphabet.
Vous avez un autre cercle de carton mobile ayant un centre commun avec
le premier et pouvant tourner librement sur ce centre. Vous le divisez en un
même nombre de parties, et vous y transcrivez également les diverses
lettres de l'alphabet. Si les lettres sont rangées dans l'ordre ordinaire sur les
deux cadrans, l'emploi de ce moyen de correspondance devient plus
commode.
Page 62
Le cadran mobile doit être placé de manière que ses divisions
correspondent exactement à celles du premier cadran. On le dispose de la
manière que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran intérieur
correspond à la lettre A du cadran extérieur, on place en tête de la première
ligne qu'on écrit les deux lettres H et A: elles indiquent, à celui avec lequel
on correspond, de quelle manière il doit de son côté placer la machine
parfaitement semblable dont il est muni; sans une pareille indication
préliminaire, il serait impossible de parvenir à s'entendre.
Une fois les cadrans disposés, on prend la lettre que l'on veut chiffrer et
que l'on a d'avance écrite en caractères ordinaires; au lieu de chacune des
lettres dont les mots sont composés, on place, sur la dépêche que l'on
expédie, les lettres qui y correspondent sur le cadran intérieur.
Si le mot que vous voulez chiffrer est celui de roi, par exemple, vous
mettrez, au lieu de l'r, la lettre x qui y correspond sur le cadran intérieur, et
ensuite, au lieu des lettres o et i, les lettres v et n; vous aurez ainsi xvn, et le
déchiffrement de ce que vous écrirez de la sorte sera presque impossible à
celui qui ne saura pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le sût-il, ne
connaîtra pas quelle disposition vous leur donnez.
Vous continuez de même pour toutes les lettres dont se composent tous
les mots de la dépêche qu'il s'agit de déguiser.
Votre correspondant met à profit l'indication H A, dont il vient d'être
question: il donne à ses cadrans une disposition identique à celle que vous
avez adoptée; il cherche successivement sur le cadran extérieur toutes les
lettres qui répondent sur le cadran intérieur à chacune de celles qu'il trouve
dans votre missive, et il arrive ainsi sans difficulté à traduire la dépêche
qu'il a reçue.
§ X.
De l'emploi des signes astronomiques.
Les signes astronomiques, c'est-à-dire ceux dont on fait usage pour
désigner les planètes et les diverses parties du zodiaque ont été plusieurs
correspondent exactement à celles du premier cadran. On le dispose de la
manière que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran intérieur
correspond à la lettre A du cadran extérieur, on place en tête de la première
ligne qu'on écrit les deux lettres H et A: elles indiquent, à celui avec lequel
on correspond, de quelle manière il doit de son côté placer la machine
parfaitement semblable dont il est muni; sans une pareille indication
préliminaire, il serait impossible de parvenir à s'entendre.
Une fois les cadrans disposés, on prend la lettre que l'on veut chiffrer et
que l'on a d'avance écrite en caractères ordinaires; au lieu de chacune des
lettres dont les mots sont composés, on place, sur la dépêche que l'on
expédie, les lettres qui y correspondent sur le cadran intérieur.
Si le mot que vous voulez chiffrer est celui de roi, par exemple, vous
mettrez, au lieu de l'r, la lettre x qui y correspond sur le cadran intérieur, et
ensuite, au lieu des lettres o et i, les lettres v et n; vous aurez ainsi xvn, et le
déchiffrement de ce que vous écrirez de la sorte sera presque impossible à
celui qui ne saura pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le sût-il, ne
connaîtra pas quelle disposition vous leur donnez.
Vous continuez de même pour toutes les lettres dont se composent tous
les mots de la dépêche qu'il s'agit de déguiser.
Votre correspondant met à profit l'indication H A, dont il vient d'être
question: il donne à ses cadrans une disposition identique à celle que vous
avez adoptée; il cherche successivement sur le cadran extérieur toutes les
lettres qui répondent sur le cadran intérieur à chacune de celles qu'il trouve
dans votre missive, et il arrive ainsi sans difficulté à traduire la dépêche
qu'il a reçue.
§ X.
De l'emploi des signes astronomiques.
Les signes astronomiques, c'est-à-dire ceux dont on fait usage pour
désigner les planètes et les diverses parties du zodiaque ont été plusieurs
Page 63
fois mis en usage comme dans la Cryptographie. Supposé que chaque lettre
soit représentée par un de ces signes, il faudra beaucoup de temps et de
peine, pour écrire une dépêche en suivant une pareille méthode, et le secret
ne sera pas mieux caché. Un chiffre de ce genre ne présente pas plus de
difficulté que celui dans lequel chaque lettre de l'alphabet est représentée
par une autre lettre, a, par exemple, étant remplacé par d, b par e, c par f,
ainsi de suite.
On éprouve moins d'embarras à faire usage d'un chiffre, dans lequel les
signes astronomiques sont mêlés à des lettres empruntées aux alphabets
hébraïque, grec ou latin, ou bien à des chiffres numériques, à des figures de
mathématiques. Chacun de ces signes exprime une lettre, une syllabe ou un
mot. Cette méthode était du goût des anciens auteurs; mais aujourd'hui elle
ne trouve guère de partisans. Vigenère se plaît à en fournir des exemples
qu'il développe avec sa prolixité habituelle.
Voici, parmi les procédés de ce genre, le meilleur et le plus simple. On
partage l'alphabet en cinq parties ou plus; on place chacune de ces sections
dans un carré particulier, et on désigne chaque carré par un signe
astronomique convenu. Donnons-en un exemple.
soit représentée par un de ces signes, il faudra beaucoup de temps et de
peine, pour écrire une dépêche en suivant une pareille méthode, et le secret
ne sera pas mieux caché. Un chiffre de ce genre ne présente pas plus de
difficulté que celui dans lequel chaque lettre de l'alphabet est représentée
par une autre lettre, a, par exemple, étant remplacé par d, b par e, c par f,
ainsi de suite.
On éprouve moins d'embarras à faire usage d'un chiffre, dans lequel les
signes astronomiques sont mêlés à des lettres empruntées aux alphabets
hébraïque, grec ou latin, ou bien à des chiffres numériques, à des figures de
mathématiques. Chacun de ces signes exprime une lettre, une syllabe ou un
mot. Cette méthode était du goût des anciens auteurs; mais aujourd'hui elle
ne trouve guère de partisans. Vigenère se plaît à en fournir des exemples
qu'il développe avec sa prolixité habituelle.
Voici, parmi les procédés de ce genre, le meilleur et le plus simple. On
partage l'alphabet en cinq parties ou plus; on place chacune de ces sections
dans un carré particulier, et on désigne chaque carré par un signe
astronomique convenu. Donnons-en un exemple.
Page 64
abcd efgh iklm
nopq rstuz
Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet rangées dans
l'ordre habituel. Lorsqu'on veut faire usage des tableaux ci-dessus, il faut,
pour exprimer chaque lettre, écrire le signe qui dénote le carré, et indiquer
la lettre qu'on a en vue par un numéro qui correspond à la place qu'elle
occupe. L'e se trouvera donc représenté par 1, l'm par 4, l'o par 2,
etc. Si l'on veut transmettre l'avis que «l'armée a passé le Danube,» on
mettra:
[Voir note.]
Z 3 O 1 ♀1 Z 4 Ɔ e Ɔ e O 1 ♂3 O 1
♀2 ♀2 Ɔ 1 Z 3 Ɔ 1 O 4 O 1
♂n ♀4 O2 Ɔ1.
Ce procédé est un peu long, puisque chaque lettre réclame remploi d'un
signe et d'un numéro; il ne présenterait pas de très-grandes difficultés à un
déchiffreur habile, s'il était mis en usage de la manière que nous indiquons,
mais il est aisé d'y ajouter des complications qui en déguisent mieux le
mystère.
§ XI.
Signes de la mnémonique.
L'idée d'appliquer à la Cryptographie les signes imaginés pour la
mnémonique ou l'art de la mémoire, s'est naturellement présentée à
quelques imaginations. Jean-Henri Dobel, dans son Collegium mnemonicum
nopq rstuz
Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet rangées dans
l'ordre habituel. Lorsqu'on veut faire usage des tableaux ci-dessus, il faut,
pour exprimer chaque lettre, écrire le signe qui dénote le carré, et indiquer
la lettre qu'on a en vue par un numéro qui correspond à la place qu'elle
occupe. L'e se trouvera donc représenté par 1, l'm par 4, l'o par 2,
etc. Si l'on veut transmettre l'avis que «l'armée a passé le Danube,» on
mettra:
[Voir note.]
Z 3 O 1 ♀1 Z 4 Ɔ e Ɔ e O 1 ♂3 O 1
♀2 ♀2 Ɔ 1 Z 3 Ɔ 1 O 4 O 1
♂n ♀4 O2 Ɔ1.
Ce procédé est un peu long, puisque chaque lettre réclame remploi d'un
signe et d'un numéro; il ne présenterait pas de très-grandes difficultés à un
déchiffreur habile, s'il était mis en usage de la manière que nous indiquons,
mais il est aisé d'y ajouter des complications qui en déguisent mieux le
mystère.
§ XI.
Signes de la mnémonique.
L'idée d'appliquer à la Cryptographie les signes imaginés pour la
mnémonique ou l'art de la mémoire, s'est naturellement présentée à
quelques imaginations. Jean-Henri Dobel, dans son Collegium mnemonicum
Page 65
ou Révolutions d'un nouveau secret de l'art de la pensée (en allemand,
Hambourg, 1707, 4o), a travaillé en ce sens. Il désigne par les numéros 1 à
23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit ainsi en chiffres chaque
phrase contenue dans la dépêche qu'on veut rendre secrète. Enfin, il
transforme ces chiffres en mots que donne sa mnémonique chiffrée. Il écrit
ces mots tout au long. Il arrive ainsi à des séries de mots latins qui n'offrent
aucun sens en apparence.
Dobel représente, dans ses procédés de mnémonique, les chiffres, par des
consonnes; ainsi 1—b, p, w; 2—c, k, q, x; 3—f ou v; 4—g ou j; 5—l; 6—
m; 7—n; 8—r; 9—s; 0—d ou t. Veut-il exprimer mnémoniquement ces
chiffres, il prend des mots latins dans lesquels se rencontrent les consonnes
qui correspondent aux chiffres en question. C'est ainsi que le nombre 567
aura pour expression les lettres l m n et pour représenter ces lettres, il a
recours aux mots: limen, lumen, lamina, columen.
Ce procédé exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page
entière d'écriture chiffrée est nécessaire pour exprimer quelques lignes de la
dépêche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvénients sont cause qu'on n'a
peut-être jamais fait usage de cette méthode mnémonique, qui est, d'ailleurs,
il faut en convenir, une de celles dont l'interprétation présenterait le plus de
difficultés.
§ XII.
Correspondance au moyen d'un jeu de cartes.
Il faut avoir un jeu de cartes et disposer toutes les figures dans un ordre
quelconque dont on sera convenu avec son correspondant. On doit
également déterminer l'ordre du mélange qui doit se faire de ces cartes.
Ces deux choses ayant été réglées, vous écrivez, comme d'ordinaire,
votre lettre sur une feuille de papier, et, arrangeant ensuite le jeu de cartes
dans l'ordre dont vous êtes convenu, vous les mêlez et vous tracez sur
chacune d'elles, en commençant par la première qui se trouve alors dessus
le jeu, successivement toutes les lettres qui composent ce qui a été écrit sur
le papier; lorsque vous avez placé une lettre sur chacune de ces cartes, vous
Hambourg, 1707, 4o), a travaillé en ce sens. Il désigne par les numéros 1 à
23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit ainsi en chiffres chaque
phrase contenue dans la dépêche qu'on veut rendre secrète. Enfin, il
transforme ces chiffres en mots que donne sa mnémonique chiffrée. Il écrit
ces mots tout au long. Il arrive ainsi à des séries de mots latins qui n'offrent
aucun sens en apparence.
Dobel représente, dans ses procédés de mnémonique, les chiffres, par des
consonnes; ainsi 1—b, p, w; 2—c, k, q, x; 3—f ou v; 4—g ou j; 5—l; 6—
m; 7—n; 8—r; 9—s; 0—d ou t. Veut-il exprimer mnémoniquement ces
chiffres, il prend des mots latins dans lesquels se rencontrent les consonnes
qui correspondent aux chiffres en question. C'est ainsi que le nombre 567
aura pour expression les lettres l m n et pour représenter ces lettres, il a
recours aux mots: limen, lumen, lamina, columen.
Ce procédé exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page
entière d'écriture chiffrée est nécessaire pour exprimer quelques lignes de la
dépêche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvénients sont cause qu'on n'a
peut-être jamais fait usage de cette méthode mnémonique, qui est, d'ailleurs,
il faut en convenir, une de celles dont l'interprétation présenterait le plus de
difficultés.
§ XII.
Correspondance au moyen d'un jeu de cartes.
Il faut avoir un jeu de cartes et disposer toutes les figures dans un ordre
quelconque dont on sera convenu avec son correspondant. On doit
également déterminer l'ordre du mélange qui doit se faire de ces cartes.
Ces deux choses ayant été réglées, vous écrivez, comme d'ordinaire,
votre lettre sur une feuille de papier, et, arrangeant ensuite le jeu de cartes
dans l'ordre dont vous êtes convenu, vous les mêlez et vous tracez sur
chacune d'elles, en commençant par la première qui se trouve alors dessus
le jeu, successivement toutes les lettres qui composent ce qui a été écrit sur
le papier; lorsque vous avez placé une lettre sur chacune de ces cartes, vous
Page 66
les mêlez de nouveau, toujours dans le même ordre et sans y rien changer,
et vous continuez de placer de même toutes les lettres qui suivent; vous
réitérez cette opération jusqu'à ce que vous ayez transcrit toutes les lettres
qui composent ce que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un
point après chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer la
séparation de tous les mots.
Supposons qu'on soit convenu de se servir d'un jeu de piquet de trente-
deux cartes, disposé dans l'ordre qui suit, et de mêler ce jeu, en mettant
alternativement à chaque mélange trois cartes au-dessus des trois premières
et trois au-dessous. Le jeu étant remis dans son premier état, chaque carte
sera chargée des lettres ci-après.
On suppose que la lettre chiffrée contient la phrase suivante:
«Je connais trop, monsieur, l'intérêt que vous prenez à tout ce qui peut
augmenter ma félicité, pour retarder plus longtemps à vous confier le
dessein que j'ai formé de m'unir par les liens les plus sacrés à la famille
de...»
LETTRES DE LA
ORDRE DES PHRASE
CARTES ci-dessus,
convenu dans l'ordre où elles
entre ceux qui doivent
s'écrivent. se trouver
sur chacune des cartes.
Mélange, 1 2 3 4 5 6
as de pique, n r t j l e
dix de carreau, s e a n u r
huit de cœur, i n r q s e
roi de pique, p p a n n é
neuf de trèfle, m e f f s s
sept de carreau, o u e i l a
neuf de carreau, e t s t t l
et vous continuez de placer de même toutes les lettres qui suivent; vous
réitérez cette opération jusqu'à ce que vous ayez transcrit toutes les lettres
qui composent ce que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un
point après chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer la
séparation de tous les mots.
Supposons qu'on soit convenu de se servir d'un jeu de piquet de trente-
deux cartes, disposé dans l'ordre qui suit, et de mêler ce jeu, en mettant
alternativement à chaque mélange trois cartes au-dessus des trois premières
et trois au-dessous. Le jeu étant remis dans son premier état, chaque carte
sera chargée des lettres ci-après.
On suppose que la lettre chiffrée contient la phrase suivante:
«Je connais trop, monsieur, l'intérêt que vous prenez à tout ce qui peut
augmenter ma félicité, pour retarder plus longtemps à vous confier le
dessein que j'ai formé de m'unir par les liens les plus sacrés à la famille
de...»
LETTRES DE LA
ORDRE DES PHRASE
CARTES ci-dessus,
convenu dans l'ordre où elles
entre ceux qui doivent
s'écrivent. se trouver
sur chacune des cartes.
Mélange, 1 2 3 4 5 6
as de pique, n r t j l e
dix de carreau, s e a n u r
huit de cœur, i n r q s e
roi de pique, p p a n n é
neuf de trèfle, m e f f s s
sept de carreau, o u e i l a
neuf de carreau, e t s t t l
Page 67
as de trèfle, u a l e e a
valet de cœur, r u v m s f
sept de pique, t e i s n a
dix de trèfle, r s t c l m
dix de cœur, o a. e. o r. i
dame de pique, l u p s m. l
huit de carreau, i s. o s e. l
huit de trèfle, n p u o d e.
sept de cœur, v q p a f d
dame de trèfle, t u l e. o e.
neuf de pique, s. i. u j r. etc.
roi de cœur, t g e e e.
dame de carreau, e m r. r. m
huit de pique, r e m l u
valet de trèfle, o t d p. p
sept de trèfle, n o e s. a
as de cœur, n a r. a. r.
neuf de cœur, c e. r. v l
as de carreau, s o r o j
valet de pique, t. o e u e
dix de pique, J. t. l e. e
roi de carreau, e c i d s
dame de cœur, c e. c e p
roi de trèfle, q n n a s
valet de carreau, n t g y. a
Toutes les lettres qui composent les mots de la dépêche qu'on veut
chiffrer ayant été séparément transcrites sur ces trente-deux cartes, comme
il vient d'être indiqué, vous mêlerez indistinctement ce jeu de cartes, et vous
l'enverrez à votre correspondant.
Manière de lire.
valet de cœur, r u v m s f
sept de pique, t e i s n a
dix de trèfle, r s t c l m
dix de cœur, o a. e. o r. i
dame de pique, l u p s m. l
huit de carreau, i s. o s e. l
huit de trèfle, n p u o d e.
sept de cœur, v q p a f d
dame de trèfle, t u l e. o e.
neuf de pique, s. i. u j r. etc.
roi de cœur, t g e e e.
dame de carreau, e m r. r. m
huit de pique, r e m l u
valet de trèfle, o t d p. p
sept de trèfle, n o e s. a
as de cœur, n a r. a. r.
neuf de cœur, c e. r. v l
as de carreau, s o r o j
valet de pique, t. o e u e
dix de pique, J. t. l e. e
roi de carreau, e c i d s
dame de cœur, c e. c e p
roi de trèfle, q n n a s
valet de carreau, n t g y. a
Toutes les lettres qui composent les mots de la dépêche qu'on veut
chiffrer ayant été séparément transcrites sur ces trente-deux cartes, comme
il vient d'être indiqué, vous mêlerez indistinctement ce jeu de cartes, et vous
l'enverrez à votre correspondant.
Manière de lire.
Page 68
Celui qui reçoit ce jeu de cartes le dispose d'abord (eu égard à la figure
des cartes) dans l'ordre qui a été convenu; il en fait un premier mélange, et
transcrit successivement et de suite toutes les lettres qui se trouvent les
premières en tête de chacune de ces trente-deux cartes, en ayant bien
attention de ne pas les déranger de leur ordre; après quoi, il les mêle de
nouveau et recommence cette même opération jusqu'à ce que toutes les
lettres soient transcrites: ces lettres forment naturellement le discours
contenu dans la dépêche en chiffres.
Une précaution qui n'est pas à dédaigner consiste à écrire en encre
sympathique les caractères tracés sur ces cartes: si elles viennent à tomber
entre des mains indiscrètes, rien n'indique l'existence du secret qui leur a été
confié.
§ XIII.
De l'emploi des lettres nulles, afin de cacher le sens d'une
dépêche.
On écrit en clair la dépêche qu'on veut transmettre, mais on y mêle des
mots et des syllabes de façon à obtenir une suite de mots étrangers
n'appartenant à aucune langue et qui ne présentent aucun sens. On partage
les mots composés de plusieurs syllabes, et d'un mot on en fait plusieurs, en
ajoutant des lettres que le déchiffreur regarde comme nulles.
Voici un passage emprunté à la Germanie de Tacite et écrit d'après un
pareil système.
Dans la première ligne, les trois premiers mots: Lampsi deso saleu, et le
dernier: nous, sont nuls.
Dans chacune des lignes suivantes, le premier et le dernier mot le sont
également.
Dans chacun des autres mots placés dans ces diverses lignes, la première
et la dernière lettre sont nulles. Il va sans dire que le choix des syllabes et
des lettres affectées de nullité est parfaitement indifférent.
des cartes) dans l'ordre qui a été convenu; il en fait un premier mélange, et
transcrit successivement et de suite toutes les lettres qui se trouvent les
premières en tête de chacune de ces trente-deux cartes, en ayant bien
attention de ne pas les déranger de leur ordre; après quoi, il les mêle de
nouveau et recommence cette même opération jusqu'à ce que toutes les
lettres soient transcrites: ces lettres forment naturellement le discours
contenu dans la dépêche en chiffres.
Une précaution qui n'est pas à dédaigner consiste à écrire en encre
sympathique les caractères tracés sur ces cartes: si elles viennent à tomber
entre des mains indiscrètes, rien n'indique l'existence du secret qui leur a été
confié.
§ XIII.
De l'emploi des lettres nulles, afin de cacher le sens d'une
dépêche.
On écrit en clair la dépêche qu'on veut transmettre, mais on y mêle des
mots et des syllabes de façon à obtenir une suite de mots étrangers
n'appartenant à aucune langue et qui ne présentent aucun sens. On partage
les mots composés de plusieurs syllabes, et d'un mot on en fait plusieurs, en
ajoutant des lettres que le déchiffreur regarde comme nulles.
Voici un passage emprunté à la Germanie de Tacite et écrit d'après un
pareil système.
Dans la première ligne, les trois premiers mots: Lampsi deso saleu, et le
dernier: nous, sont nuls.
Dans chacune des lignes suivantes, le premier et le dernier mot le sont
également.
Dans chacun des autres mots placés dans ces diverses lignes, la première
et la dernière lettre sont nulles. Il va sans dire que le choix des syllabes et
des lettres affectées de nullité est parfaitement indifférent.
Page 69
Ceci posé, on peut écrire la phrase suivante. Nous mettons en italique,
pour plus de clarté, les lettres qu'il faut conserver; mais, dans la dépêche
chiffrée, rien ne doit distinguer ce qui est valable et ce qui est ajouté.
Lampsi deso saleu eregesu sexa anobio nous futher clitates uducesn text
suirtutey ai ma tsumunta. onect gregio abuso sinfinie
et
yes atas sauta alibei strat spoteso etasi,
par
la seta sducesi sexema oplos spotiusi sind mio squame simpet striop asio
opromptuim que
to esit econspil acuiz. osim santer sasis do le semo saguntu sadmio eratiox
anes spraet y
allos osunty dorche.
Le passage de Tacite se trouve ainsi très-clairement énoncé:
Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita aut
libera potestas, et duces potius quam imperio si promptui, si conspicui, si
ante aciem agunt, admiratione præsunt.
Comme il serait fort long d'écrire en tête et à la fin de chaque ligne un
grand nombre de mots nuls, on simplifie de diverses manières le système
que nous venons d'indiquer.
On entremêle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres prises
au hasard, de façon, par exemple, que chaque lettre vraie est précédée de
deux lettres fausses. Pour écrire nemo est domi (personne n'est à la maison),
vous mettrez:
exnpterkmbdo vnecssmjt lbdkuophmcui.
pour plus de clarté, les lettres qu'il faut conserver; mais, dans la dépêche
chiffrée, rien ne doit distinguer ce qui est valable et ce qui est ajouté.
Lampsi deso saleu eregesu sexa anobio nous futher clitates uducesn text
suirtutey ai ma tsumunta. onect gregio abuso sinfinie
et
yes atas sauta alibei strat spoteso etasi,
par
la seta sducesi sexema oplos spotiusi sind mio squame simpet striop asio
opromptuim que
to esit econspil acuiz. osim santer sasis do le semo saguntu sadmio eratiox
anes spraet y
allos osunty dorche.
Le passage de Tacite se trouve ainsi très-clairement énoncé:
Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita aut
libera potestas, et duces potius quam imperio si promptui, si conspicui, si
ante aciem agunt, admiratione præsunt.
Comme il serait fort long d'écrire en tête et à la fin de chaque ligne un
grand nombre de mots nuls, on simplifie de diverses manières le système
que nous venons d'indiquer.
On entremêle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres prises
au hasard, de façon, par exemple, que chaque lettre vraie est précédée de
deux lettres fausses. Pour écrire nemo est domi (personne n'est à la maison),
vous mettrez:
exnpterkmbdo vnecssmjt lbdkuophmcui.
Page 70
Ou bien on mêle aux mots certaines syllabes qui n'ont aucun sens. Pour
dire: Pater meus non est domi, vous mettrez: Pabateber mebeubus nobon
ebest dolomibi. Fababribicabatober voudra dire: Fabricator.
Un procédé du même genre consiste à renverser les mots de l'avis à
transmettre, c'est-à-dire à les inscrire de droite à gauche, en mettant au
commencement et à la fin de chacun deux lettres qui ne signifient rien;
d'après cette méthode, pour écrire: «l'armée est battue,» on pourra mettre:
nbeemralxd vetsejb iqeuttabkf.
Tout ceci, on le comprend de reste, est susceptible de modifications très-
nombreuses; mais il faut reconnaître également qu'un déchiffreur, ayant de
l'expérience et bien versé dans les mystères de la Cryptographie, n'aurait
pas beaucoup de peine pour découvrir les secrets cachés sous un pareil
voile.
§ XIV.
De la stéganométrographie.
Ce procédé est décrit en détail dans un ouvrage publié par Mathias Uken,
en 1751. Donnons une idée de ce chiffre, qu'on peut regarder à juste titre
comme un de ceux dont il serait le plus difficile de trouver la clef.
Vous écrivez en caractères ordinaires l'avis que vous voulez transmettre
en secret, et vous placez sous chaque lettre un chiffre, en ayant soin de faire
suivre les numéros dans l'ordre habituel.
Supposons que vous voulez mander la nouvelle de la mort de l'empereur
d'Allemagne, nouvelle que vous exprimez en latin.
HERI OBIIT
1234 56789
C A R O L U S A U G U S T U S
10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24.
dire: Pater meus non est domi, vous mettrez: Pabateber mebeubus nobon
ebest dolomibi. Fababribicabatober voudra dire: Fabricator.
Un procédé du même genre consiste à renverser les mots de l'avis à
transmettre, c'est-à-dire à les inscrire de droite à gauche, en mettant au
commencement et à la fin de chacun deux lettres qui ne signifient rien;
d'après cette méthode, pour écrire: «l'armée est battue,» on pourra mettre:
nbeemralxd vetsejb iqeuttabkf.
Tout ceci, on le comprend de reste, est susceptible de modifications très-
nombreuses; mais il faut reconnaître également qu'un déchiffreur, ayant de
l'expérience et bien versé dans les mystères de la Cryptographie, n'aurait
pas beaucoup de peine pour découvrir les secrets cachés sous un pareil
voile.
§ XIV.
De la stéganométrographie.
Ce procédé est décrit en détail dans un ouvrage publié par Mathias Uken,
en 1751. Donnons une idée de ce chiffre, qu'on peut regarder à juste titre
comme un de ceux dont il serait le plus difficile de trouver la clef.
Vous écrivez en caractères ordinaires l'avis que vous voulez transmettre
en secret, et vous placez sous chaque lettre un chiffre, en ayant soin de faire
suivre les numéros dans l'ordre habituel.
Supposons que vous voulez mander la nouvelle de la mort de l'empereur
d'Allemagne, nouvelle que vous exprimez en latin.
HERI OBIIT
1234 56789
C A R O L U S A U G U S T U S
10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24.
Page 71
I M P E R A T O R
25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33
Vous vous êtes muni d'un certain nombre de tableaux numérotés; chacun
d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A à Z, et, à côté de
chaque lettre se trouve inscrit la moitié d'un vers pentamètre ou hexamètre.
Les tableaux pairs contiennent les premiers hémistiches, les tableaux
impairs les seconds; de sorte qu'en réunissant les tableaux 1 et 2, 3 et 4, 5 et
6, on obtient les vers entiers. En voici un exemple:
Tableau 1. Tableau 2.
a Ne mora te teneat a chartæ perfringere gemmam.
b Ne cunctare precor b sua vincula demere chartæ.
h Ne dedigneris e peregrinam evolvere chartam.
Tableau 3. Tableau 4.
r A tibi dilectis i credi venere plagis.
Tableau 5. Tableau 6.
o Non tibi damniferos b depinget epistola casus.
Tableau 7. Tableau 8.
i Lætitias mentis i demat ut illa.
Cherchez dans le premier tableau l'hémistiche qui correspond à la lettre H
et dans le second celui qui est placé à côté de la lettre E; voyez dans le
troisième tableau quelle moitié de vers correspond à la lettre R, et, dans le
quatrième, examinez ce que vous donne I. En écrivant à la place de chaque
lettre l'hémistiche qui lui correspond, vous exprimerez le mot Heri de la
manière suivante:
Ne dedigneris peregrinam evolvere chartam,
A tibi dilectis, credi venire plagis.
En suivant ce même procédé, vous compléterez facilement votre
dépêche.
25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33
Vous vous êtes muni d'un certain nombre de tableaux numérotés; chacun
d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A à Z, et, à côté de
chaque lettre se trouve inscrit la moitié d'un vers pentamètre ou hexamètre.
Les tableaux pairs contiennent les premiers hémistiches, les tableaux
impairs les seconds; de sorte qu'en réunissant les tableaux 1 et 2, 3 et 4, 5 et
6, on obtient les vers entiers. En voici un exemple:
Tableau 1. Tableau 2.
a Ne mora te teneat a chartæ perfringere gemmam.
b Ne cunctare precor b sua vincula demere chartæ.
h Ne dedigneris e peregrinam evolvere chartam.
Tableau 3. Tableau 4.
r A tibi dilectis i credi venere plagis.
Tableau 5. Tableau 6.
o Non tibi damniferos b depinget epistola casus.
Tableau 7. Tableau 8.
i Lætitias mentis i demat ut illa.
Cherchez dans le premier tableau l'hémistiche qui correspond à la lettre H
et dans le second celui qui est placé à côté de la lettre E; voyez dans le
troisième tableau quelle moitié de vers correspond à la lettre R, et, dans le
quatrième, examinez ce que vous donne I. En écrivant à la place de chaque
lettre l'hémistiche qui lui correspond, vous exprimerez le mot Heri de la
manière suivante:
Ne dedigneris peregrinam evolvere chartam,
A tibi dilectis, credi venire plagis.
En suivant ce même procédé, vous compléterez facilement votre
dépêche.
Page 72
Il convient de se servir d'un assez grand nombre de tableaux, afin de ne
pas se trouver dans le cas de répéter les mêmes vers, si la dépêche est un
peu longue. Uken a pris la peine de dresser quarante-quatre tableaux qui
contiennent 656 hémistiches et qui offrent ainsi le moyen de chiffrer un avis
composé de ce nombre de lettres.
Le déchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses
tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, présenter la reproduction
textuelle des vôtres; il cherche quelle est la lettre qui correspond à chaque
hémistiche, et, en écrivant successivement ces lettres, il est promptement au
fait de ce que vous lui demandez.
On voit que la stéganométrographie est pour les non initiés une énigme
dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvénient de prendre beaucoup
de temps et d'exiger des écritures considérables, puisque chaque lettre de
l'avis à transmettre se trouve, dans la dépêche chiffrée, exprimée par
plusieurs mots.
§ XV.
Chiffre formé par un système de lettres et de points.
J. H. à Sunde, dans sa Steganologia, indique un chiffre assez ingénieux,
qui consiste dans l'emploi combiné des lettres et des points. Les lettres sont
réunies deux à deux, et, au-dessous de chaque groupe, on place un système
variable de points. La chose se dispose de la sorte:
ae io ub cd fg hk lm np qr st vy xz
.. . . .
.. . . .. ...
. .. ... . . .. ...
.. . . . ..
.. . . .
Au lieu de la lettre a dans la dépêche à chiffrer, on place e avec un point
devant; au lieu de l'e on écrit a, en plaçant cette fois le point après; au lieu
du d on écrit un c, que précèdent quatre points disposés en carré; ainsi de
pas se trouver dans le cas de répéter les mêmes vers, si la dépêche est un
peu longue. Uken a pris la peine de dresser quarante-quatre tableaux qui
contiennent 656 hémistiches et qui offrent ainsi le moyen de chiffrer un avis
composé de ce nombre de lettres.
Le déchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses
tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, présenter la reproduction
textuelle des vôtres; il cherche quelle est la lettre qui correspond à chaque
hémistiche, et, en écrivant successivement ces lettres, il est promptement au
fait de ce que vous lui demandez.
On voit que la stéganométrographie est pour les non initiés une énigme
dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvénient de prendre beaucoup
de temps et d'exiger des écritures considérables, puisque chaque lettre de
l'avis à transmettre se trouve, dans la dépêche chiffrée, exprimée par
plusieurs mots.
§ XV.
Chiffre formé par un système de lettres et de points.
J. H. à Sunde, dans sa Steganologia, indique un chiffre assez ingénieux,
qui consiste dans l'emploi combiné des lettres et des points. Les lettres sont
réunies deux à deux, et, au-dessous de chaque groupe, on place un système
variable de points. La chose se dispose de la sorte:
ae io ub cd fg hk lm np qr st vy xz
.. . . .
.. . . .. ...
. .. ... . . .. ...
.. . . . ..
.. . . .
Au lieu de la lettre a dans la dépêche à chiffrer, on place e avec un point
devant; au lieu de l'e on écrit a, en plaçant cette fois le point après; au lieu
du d on écrit un c, que précèdent quatre points disposés en carré; ainsi de
Page 73
suite. De cette façon, le mot amen se trouve exprimé par les lettres et les
points qui suivent:
. .
el . a. .. p
. .
et le mot Rhin se chiffre de la sorte:
. .
.
q ... h. o .. p
.
. .
§ XVI.
De la substitution des lettres les unes aux autres, d'après
un système compliqué.
Il est un système de cryptographie qui consiste simplement à remplacer
les lettres de la dépêche par d'autres lettres rangées d'après un ordre
convenu. L'opération est longue, mais on obtient ainsi la presque certitude
d'échapper aux investigations, car le grand nombre de combinaisons dont un
pareil procédé est susceptible rend la découverte de ce secret extrêmement
difficile.
Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1 à 10 dans
l'ordre suivant:
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
4. 7. 2. 9. 1. 10. 5. 3. 6. 8.
il faut alors que la première lettre de la vraie dépêche soit, dans l'écrit
chiffré, remplacée par la quatrième lettre de cette même dépêche; la
points qui suivent:
. .
el . a. .. p
. .
et le mot Rhin se chiffre de la sorte:
. .
.
q ... h. o .. p
.
. .
§ XVI.
De la substitution des lettres les unes aux autres, d'après
un système compliqué.
Il est un système de cryptographie qui consiste simplement à remplacer
les lettres de la dépêche par d'autres lettres rangées d'après un ordre
convenu. L'opération est longue, mais on obtient ainsi la presque certitude
d'échapper aux investigations, car le grand nombre de combinaisons dont un
pareil procédé est susceptible rend la découverte de ce secret extrêmement
difficile.
Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1 à 10 dans
l'ordre suivant:
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
4. 7. 2. 9. 1. 10. 5. 3. 6. 8.
il faut alors que la première lettre de la vraie dépêche soit, dans l'écrit
chiffré, remplacée par la quatrième lettre de cette même dépêche; la
Page 74
seconde, par la septième; la troisième, par la seconde; la quatrième, par la
neuvième; ainsi de suite.
On range par décade ou dizaine les mots de la dépêche à chiffrer.
Supposons qu'on veuille mander:
«Le roi de Hanovre est très-malade, et il ne peut vivre longtemps.»
On raisonnera de la sorte:
La première lettre de la dépêche, l, correspond à la quatrième, o; la
seconde, e, à la septième, h; la troisième, r, à la seconde, e; la quatrième, o,
à la neuvième, n, etc. On écrira en conséquence les lettres qui forment
successivement la dépêche chiffrée.
À la seconde dizaine, on procède de même; la correspondance des lettres
se trouve toute nouvelle.
Voici comment les vingt premières lettres de la phrase prise pour
exemple se trouveraient chiffrées:
ohenloirdaetrevsstre
Il importe de ne placer aucun point, aucun signe, qui indique la
séparation des mots ou la fin des dizaines; on peut très-bien, d'ailleurs, au
lieu de se borner à opérer sur dix lettres, étendre à vingt ou à trente lettres
ce système de remplacement. On peut aussi, à chaque division nouvelle,
employer pour les chiffres un ordre différent, sur lequel on se sera mis
d'accord. De cette manière, on rendra le problème plus que jamais insoluble
pour les non initiés; mais il faut reconnaître que cette méthode prend du
temps, et qu'à moins d'une attention fort soutenue on est exposé, en
chiffrant de la sorte, à commettre bien des erreurs.
§ XVII.
Chiffre inventé par Hermann.
neuvième; ainsi de suite.
On range par décade ou dizaine les mots de la dépêche à chiffrer.
Supposons qu'on veuille mander:
«Le roi de Hanovre est très-malade, et il ne peut vivre longtemps.»
On raisonnera de la sorte:
La première lettre de la dépêche, l, correspond à la quatrième, o; la
seconde, e, à la septième, h; la troisième, r, à la seconde, e; la quatrième, o,
à la neuvième, n, etc. On écrira en conséquence les lettres qui forment
successivement la dépêche chiffrée.
À la seconde dizaine, on procède de même; la correspondance des lettres
se trouve toute nouvelle.
Voici comment les vingt premières lettres de la phrase prise pour
exemple se trouveraient chiffrées:
ohenloirdaetrevsstre
Il importe de ne placer aucun point, aucun signe, qui indique la
séparation des mots ou la fin des dizaines; on peut très-bien, d'ailleurs, au
lieu de se borner à opérer sur dix lettres, étendre à vingt ou à trente lettres
ce système de remplacement. On peut aussi, à chaque division nouvelle,
employer pour les chiffres un ordre différent, sur lequel on se sera mis
d'accord. De cette manière, on rendra le problème plus que jamais insoluble
pour les non initiés; mais il faut reconnaître que cette méthode prend du
temps, et qu'à moins d'une attention fort soutenue on est exposé, en
chiffrant de la sorte, à commettre bien des erreurs.
§ XVII.
Chiffre inventé par Hermann.
Page 75
Un professeur allemand, Hermann, se vanta, en 1752, d'avoir inventé un
chiffre absolument indéchiffrable; il mit tous les mathématiciens de
l'Europe et toutes les sociétés savantes au défi d'en découvrir la clef. Un
réfugié français, Beguelin, fut assez habile ou assez bien inspiré pour la
trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les détails de sa découverte
dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, 1758.
Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractères différents et des neuf
chiffres de l'arithmétique, de 1 à 9. À chacun de ces caractères répond
immédiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et chaque mot est séparé
du suivant par un point. Plusieurs de ces caractères en ont un autre
immédiatement au-dessus d'eux, et ces caractères supérieurs sont en partie
les mêmes que les inférieurs; quelques autres signes, qui ne consistent qu'en
points ou en simples lignes, paraissent affectés à la rangée supérieure et ne
se rencontrent nulle part dans l'inférieure.
Après bien des tâtonnements et des vérifications, Beguelin reconnut que
le chiffre sur lequel il opérait était soumis à trois lois particulières:
1o Tout caractère initial inférieur dont la valeur est au-dessus de 9
conserve sa valeur constante;
2o Tout caractère initial inférieur dont la valeur affirmative est au-dessous
de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur ordinaire.
3o Tout caractère initial inférieur dont la valeur négative est au-dessous
de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur ordinaire; plus une unité.
Diverses lois particulières découlaient de ces lois générales:
4o Le caractère supérieur initial conserve toujours sa valeur ordinaire;
5o Le caractère supérieur ne sert qu'à déterminer par sa valeur la lettre
placée immédiatement au-dessous et nullement celle qui suivra à droite, à
moins que le caractère inférieur ne soit zéro;
chiffre absolument indéchiffrable; il mit tous les mathématiciens de
l'Europe et toutes les sociétés savantes au défi d'en découvrir la clef. Un
réfugié français, Beguelin, fut assez habile ou assez bien inspiré pour la
trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les détails de sa découverte
dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, 1758.
Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractères différents et des neuf
chiffres de l'arithmétique, de 1 à 9. À chacun de ces caractères répond
immédiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et chaque mot est séparé
du suivant par un point. Plusieurs de ces caractères en ont un autre
immédiatement au-dessus d'eux, et ces caractères supérieurs sont en partie
les mêmes que les inférieurs; quelques autres signes, qui ne consistent qu'en
points ou en simples lignes, paraissent affectés à la rangée supérieure et ne
se rencontrent nulle part dans l'inférieure.
Après bien des tâtonnements et des vérifications, Beguelin reconnut que
le chiffre sur lequel il opérait était soumis à trois lois particulières:
1o Tout caractère initial inférieur dont la valeur est au-dessus de 9
conserve sa valeur constante;
2o Tout caractère initial inférieur dont la valeur affirmative est au-dessous
de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur ordinaire.
3o Tout caractère initial inférieur dont la valeur négative est au-dessous
de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur ordinaire; plus une unité.
Diverses lois particulières découlaient de ces lois générales:
4o Le caractère supérieur initial conserve toujours sa valeur ordinaire;
5o Le caractère supérieur ne sert qu'à déterminer par sa valeur la lettre
placée immédiatement au-dessous et nullement celle qui suivra à droite, à
moins que le caractère inférieur ne soit zéro;
Page 76
6o Lorsqu'au milieu d'un mot il y a un signe ou un caractère supérieur, ne
fût-ce qu'un point, comme on a alors déjà deux valeurs requises pour
déterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractère qui précède à gauche;
7o Un point placé sur un caractère qui n'est pas un chiffre arithmétique
augmente toujours sa valeur d'une unité;
8o Un point placé dans la figure d'un tel caractère le rend simplement
négatif, sans rien ajouter ni diminuer à sa valeur;
9o Une valeur négative ou soustractive n'est telle que relativement au
caractère qui précède; toute valeur est affirmative ou additive par rapport au
caractère suivant. De là vient que l'initiale inférieure est toujours
affirmative, quoique le caractère soit négatif;
10o Comme les lettres répondent à des nombres affirmatifs, la différence
entre deux caractères, dont l'un est négatif, est toujours censée affirmative,
quoique la valeur du caractère négatif soit la plus grande;
11o Lorsque le caractère à gauche est zéro, il faut ajouter la valeur du
caractère qui précède le zéro.
Tout cela était assez ingénieux, mais l'accumulation de ces lois rend un
pareil chiffre d'un usage bien peu commode. Il y a de la bizarrerie dans la
détermination de la valeur des lettres alphabétiques; et la multiplicité des
règles, jointe aux divers usages d'un même signe, donnerait certainement
lieu dans la pratique à bien des fautes d'inadvertance.
Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manière emphatique; il
n'est guère de chiffre dont on ne puisse venir à bout, dès que l'on en connaît
la langue et que les mots sont distingués; à plus forte raison laissent-ils
échapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin d'éviter le retour des mêmes
signes pour exprimer la même lettre. Le chiffre du professeur allemand
roulait sur des valeurs numéraires; il ne devait donc y entrer aucun chiffre
arabe, ou du moins ceux-ci ne devaient pas y conserver leur valeur connue.
fût-ce qu'un point, comme on a alors déjà deux valeurs requises pour
déterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractère qui précède à gauche;
7o Un point placé sur un caractère qui n'est pas un chiffre arithmétique
augmente toujours sa valeur d'une unité;
8o Un point placé dans la figure d'un tel caractère le rend simplement
négatif, sans rien ajouter ni diminuer à sa valeur;
9o Une valeur négative ou soustractive n'est telle que relativement au
caractère qui précède; toute valeur est affirmative ou additive par rapport au
caractère suivant. De là vient que l'initiale inférieure est toujours
affirmative, quoique le caractère soit négatif;
10o Comme les lettres répondent à des nombres affirmatifs, la différence
entre deux caractères, dont l'un est négatif, est toujours censée affirmative,
quoique la valeur du caractère négatif soit la plus grande;
11o Lorsque le caractère à gauche est zéro, il faut ajouter la valeur du
caractère qui précède le zéro.
Tout cela était assez ingénieux, mais l'accumulation de ces lois rend un
pareil chiffre d'un usage bien peu commode. Il y a de la bizarrerie dans la
détermination de la valeur des lettres alphabétiques; et la multiplicité des
règles, jointe aux divers usages d'un même signe, donnerait certainement
lieu dans la pratique à bien des fautes d'inadvertance.
Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manière emphatique; il
n'est guère de chiffre dont on ne puisse venir à bout, dès que l'on en connaît
la langue et que les mots sont distingués; à plus forte raison laissent-ils
échapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin d'éviter le retour des mêmes
signes pour exprimer la même lettre. Le chiffre du professeur allemand
roulait sur des valeurs numéraires; il ne devait donc y entrer aucun chiffre
arabe, ou du moins ceux-ci ne devaient pas y conserver leur valeur connue.
Page 77
Donnons maintenant un exemple de la façon dont se présentait le chiffre
en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait déguisée au
moyen de sa méthode signifie dans une traduction mot à mot et
interlinéaire: «La orientale science, au lieu des lettres, avec nombres et
caractères, d'écrire.»
Die orientalische Wissenschaft, anstatt der Buchstaben, mit Zahl und
Caractern zu schreiben.
Il n'a jamais été fait usage de ce chiffre, et il est demeuré dans le domaine
des théories imaginées à plaisir. En le perfectionnant, en évitant les erreurs
qu'avait commises Hermann et qui mirent l'interprète sur la voie de sa
découverte, on pourrait encore obtenir, sinon un chiffre radicalement
inexpugnable (le mot impossible ne doit pas être admis en cryptographie),
du moins on en aurait un qui présenterait les difficultés les plus
formidables; mais une pareille méthode resterait toujours un simple objet de
curiosité, car elle serait trop compliquée pour que la diplomatie en fît usage.
en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait déguisée au
moyen de sa méthode signifie dans une traduction mot à mot et
interlinéaire: «La orientale science, au lieu des lettres, avec nombres et
caractères, d'écrire.»
Die orientalische Wissenschaft, anstatt der Buchstaben, mit Zahl und
Caractern zu schreiben.
Il n'a jamais été fait usage de ce chiffre, et il est demeuré dans le domaine
des théories imaginées à plaisir. En le perfectionnant, en évitant les erreurs
qu'avait commises Hermann et qui mirent l'interprète sur la voie de sa
découverte, on pourrait encore obtenir, sinon un chiffre radicalement
inexpugnable (le mot impossible ne doit pas être admis en cryptographie),
du moins on en aurait un qui présenterait les difficultés les plus
formidables; mais une pareille méthode resterait toujours un simple objet de
curiosité, car elle serait trop compliquée pour que la diplomatie en fît usage.
Page 78
§ XVIII.
De l'emploi des notes de musique.
Ce système de cryptographie repose sur le même principe que celui dont
la description se trouve dans la IXe section de ce chapitre. Vous décrivez sur
un carré de carton un cadran divisé en vingt-quatre parties égales, et dans
chacune d'elles vous transcrivez une des lettres de l'alphabet. Un autre
cadran mobile, sur un point central et concentrique au premier, est divisé de
même en un pareil nombre de parties égales. Il est réglé circulairement,
comme un papier de musique. Vous marquez, dans chacune de ces
divisions, des notes du musique différentes les unes des autres. Vous
n'oublierez pas de tracer les trois clefs de la musique dans l'intérieur du
cadran, et autour de ses divisions les divers chiffres dont les compositeurs
font usage pour exprimer les divers temps ou mesures.
Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extérieur, de manière
qu'elle se trouve vis-à-vis de celle du cadran intérieur: chaque lettre du
premier cadran répond à une note placée sur le second.
Prenez ensuite une feuille de papier réglé tel que celui dont on fait usage
pour noter la musique; et, après avoir disposé vos deux cadrans, placez, en
tête de la première ligne de votre dépêche, celle des trois clefs qui
correspond aux mesures indiquées; ceci sert de règle à votre correspondant,
afin qu'il dispose de la même façon, avant d'entreprendre le déchiffrement,
le cadran qu'il a devant lui. Transcrivez sur le papier réglé la note qui, sur le
cadran intérieur, répond aux lettres dont sont composés les mots de l'avis
qu'il s'agit de transmettre. Votre correspondant, instruit, par la clef de la
musique et par le chiffre qui désigne la mesure, de l'arrangement qu'il doit
donner à ses cadrans, substituera, en place de chaque note, la consonne ou
voyelle qui lui correspond.
En changeant de clef à plusieurs reprises, on rend le déchiffrement plus
difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran cryptographique.
Changer de clef, c'est disposer le cadran de façon qu'une des trois clefs de la
musique réponde à un temps ou mouvement différent; ce qui peut
s'effectuer à plusieurs reprises dans la même lettre et ce qu'on indique de la
manière ci-dessus signalée.
De l'emploi des notes de musique.
Ce système de cryptographie repose sur le même principe que celui dont
la description se trouve dans la IXe section de ce chapitre. Vous décrivez sur
un carré de carton un cadran divisé en vingt-quatre parties égales, et dans
chacune d'elles vous transcrivez une des lettres de l'alphabet. Un autre
cadran mobile, sur un point central et concentrique au premier, est divisé de
même en un pareil nombre de parties égales. Il est réglé circulairement,
comme un papier de musique. Vous marquez, dans chacune de ces
divisions, des notes du musique différentes les unes des autres. Vous
n'oublierez pas de tracer les trois clefs de la musique dans l'intérieur du
cadran, et autour de ses divisions les divers chiffres dont les compositeurs
font usage pour exprimer les divers temps ou mesures.
Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extérieur, de manière
qu'elle se trouve vis-à-vis de celle du cadran intérieur: chaque lettre du
premier cadran répond à une note placée sur le second.
Prenez ensuite une feuille de papier réglé tel que celui dont on fait usage
pour noter la musique; et, après avoir disposé vos deux cadrans, placez, en
tête de la première ligne de votre dépêche, celle des trois clefs qui
correspond aux mesures indiquées; ceci sert de règle à votre correspondant,
afin qu'il dispose de la même façon, avant d'entreprendre le déchiffrement,
le cadran qu'il a devant lui. Transcrivez sur le papier réglé la note qui, sur le
cadran intérieur, répond aux lettres dont sont composés les mots de l'avis
qu'il s'agit de transmettre. Votre correspondant, instruit, par la clef de la
musique et par le chiffre qui désigne la mesure, de l'arrangement qu'il doit
donner à ses cadrans, substituera, en place de chaque note, la consonne ou
voyelle qui lui correspond.
En changeant de clef à plusieurs reprises, on rend le déchiffrement plus
difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran cryptographique.
Changer de clef, c'est disposer le cadran de façon qu'une des trois clefs de la
musique réponde à un temps ou mouvement différent; ce qui peut
s'effectuer à plusieurs reprises dans la même lettre et ce qu'on indique de la
manière ci-dessus signalée.
Page 79
CHAPITRE IV.
DES DIVERSES SORTES D'ÉCRITURE ET DES DIFFÉRENTS
LANGAGES DE CONVENTION QUI SE RATTACHENT À LA
CORRESPONDANCE OCCULTE.
§ Ier.
Okygraphie.
M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique à la préfecture
de la Seine, a proposé une écriture chiffrée de son invention, dans un livre
intitulé:
Okygraphie, ou l'art de fixer par écrit tous les sons de la parole avec
autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche les exprime.
Nouvelle méthode applicable à tous les idiomes, présentant des moyens
aussi vastes, aussi sûrs que nouveaux d'entretenir une correspondance
secrète dont les chiffres seront absolument indéchiffrables. Paris, 1802, in-
12.
Les signes qu'emploie cette méthode sont beaucoup plus simples que
ceux de l'alphabet ordinaire. Ils se réduisent à trois: i, c, Ɔ. On les écrit sur
du papier réglé dans le genre de celui qui sert à la musique, mais avec la
différence que les lignes rangées à côté les unes des autres sont au nombre
de quatre seulement. Les trois signes indiquent leur signification, de même
que les notes de musique, d'après la position qui leur est assignée sur les
lignes, et, pour chaque signe, cette position peut se combiner de huit
manières différentes. On obtient ainsi les vingt-quatre lettres de l'alphabet,
qu'on simplifie d'ailleurs en écrivant les mots tels qu'ils se prononcent.
DES DIVERSES SORTES D'ÉCRITURE ET DES DIFFÉRENTS
LANGAGES DE CONVENTION QUI SE RATTACHENT À LA
CORRESPONDANCE OCCULTE.
§ Ier.
Okygraphie.
M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique à la préfecture
de la Seine, a proposé une écriture chiffrée de son invention, dans un livre
intitulé:
Okygraphie, ou l'art de fixer par écrit tous les sons de la parole avec
autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche les exprime.
Nouvelle méthode applicable à tous les idiomes, présentant des moyens
aussi vastes, aussi sûrs que nouveaux d'entretenir une correspondance
secrète dont les chiffres seront absolument indéchiffrables. Paris, 1802, in-
12.
Les signes qu'emploie cette méthode sont beaucoup plus simples que
ceux de l'alphabet ordinaire. Ils se réduisent à trois: i, c, Ɔ. On les écrit sur
du papier réglé dans le genre de celui qui sert à la musique, mais avec la
différence que les lignes rangées à côté les unes des autres sont au nombre
de quatre seulement. Les trois signes indiquent leur signification, de même
que les notes de musique, d'après la position qui leur est assignée sur les
lignes, et, pour chaque signe, cette position peut se combiner de huit
manières différentes. On obtient ainsi les vingt-quatre lettres de l'alphabet,
qu'on simplifie d'ailleurs en écrivant les mots tels qu'ils se prononcent.
Page 80
En combinant les signes de l'Okygraphie, en se mettant d'accord à
l'avance sur le sens qu'il faut attacher à chacun d'eux placé de telle ou telle
manière, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers stratagèmes bien
connus des cryptographes, on peut arriver sans peine à former un chiffre
dont le mystère restera complétement impénétrable. M. Blanc donne, par
exemple, huit alphabets divers qu'il a formés selon sa méthode, laquelle est
susceptible d'en fournir une quantité infinie.
L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires étrangères, fut
appelée sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour la correspondance
secrète des ambassades; M. Blanc nous fait savoir qu'il reçut une lettre très-
flatteuse signée de Son Excellence; cette lettre rendait justice au mérite de
l'Okygraphie, mais elle ajoutait que, dans les bureaux et dans les légations,
on était habitué, de longue date, à des méthodes qui paraissaient
satisfaisantes, et qu'il n'y avait guère moyen d'y introduire l'emploi de
procédés tout nouveaux.
§ II.
Pasigraphie.
Ce mot se compose de deux mots grecs, πασι, à tous, γραφω, j'écris.
Écrire même à ceux dont on ignore la langue, au moyen d'une écriture qui
soit l'image de la pensée que chacun rend par différentes syllabes, c'est ce
qu'on nomme Pasigraphie.
Deux personnes, appartenant à deux pays différents et à deux langues
différentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent à le
pasigraphier; dès lors, ce que l'une écrit dans sa langue, l'autre l'entend dans
la sienne. Adaptez cette méthode à plusieurs langues, le même écrit, le
même imprimé sera lu en autant de langues, comme les chiffres de
l'arithmétique, les signes de la chimie et les notes de la musique sont
également intelligibles pour tout le monde, de Cadix à Stockholm, de
Boston à Calcutta.
M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occupés de
Pasigraphie; dans le procédé qu'il emploie, il fait usage de douze caractères;
l'avance sur le sens qu'il faut attacher à chacun d'eux placé de telle ou telle
manière, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers stratagèmes bien
connus des cryptographes, on peut arriver sans peine à former un chiffre
dont le mystère restera complétement impénétrable. M. Blanc donne, par
exemple, huit alphabets divers qu'il a formés selon sa méthode, laquelle est
susceptible d'en fournir une quantité infinie.
L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires étrangères, fut
appelée sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour la correspondance
secrète des ambassades; M. Blanc nous fait savoir qu'il reçut une lettre très-
flatteuse signée de Son Excellence; cette lettre rendait justice au mérite de
l'Okygraphie, mais elle ajoutait que, dans les bureaux et dans les légations,
on était habitué, de longue date, à des méthodes qui paraissaient
satisfaisantes, et qu'il n'y avait guère moyen d'y introduire l'emploi de
procédés tout nouveaux.
§ II.
Pasigraphie.
Ce mot se compose de deux mots grecs, πασι, à tous, γραφω, j'écris.
Écrire même à ceux dont on ignore la langue, au moyen d'une écriture qui
soit l'image de la pensée que chacun rend par différentes syllabes, c'est ce
qu'on nomme Pasigraphie.
Deux personnes, appartenant à deux pays différents et à deux langues
différentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent à le
pasigraphier; dès lors, ce que l'une écrit dans sa langue, l'autre l'entend dans
la sienne. Adaptez cette méthode à plusieurs langues, le même écrit, le
même imprimé sera lu en autant de langues, comme les chiffres de
l'arithmétique, les signes de la chimie et les notes de la musique sont
également intelligibles pour tout le monde, de Cadix à Stockholm, de
Boston à Calcutta.
M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occupés de
Pasigraphie; dans le procédé qu'il emploie, il fait usage de douze caractères;
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nous les reproduisons ici:
Il serait très-long et d'un faible intérêt d'expliquer ici comment, grâce à
l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de créer une écriture universelle
qui serait entendue de tous les peuples. M. de Maimieux exprime lui-même
en ces termes l'idée qui sert de base à sa méthode.
«Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de
substituer le signe de la place des mots aux syllabes dont toutes les langues
composent leurs mots. Ces syllabes diffèrent d'un idiome à l'autre, par l'effet
de conventions locales qu'un étranger ne peut connaître qu'après beaucoup
d'études et un long usage. Chaque mot présente des particularités qu'il faut
savoir pour bien posséder une langue, soumise, d'ailleurs, à des règles très-
nombreuses, peu fixes, souvent contradictoires et noyées dans un océan
d'exceptions. La place du mot pasigraphié demeurant la même pour tous les
peuples, ceux-ci s'entendent facilement, puisque les signes de la place du
mot, devenus le corps du mot, restent les mêmes, de quelques lettres que
soit formé le mot placé dans la ligne, si d'ailleurs la méthode est réduite à
douze signes qui n'éprouvent aucune exception.»
Les signes de la Pasigraphie peuvent être employés dans l'écriture en
chiffres. Parmi les écrivains qui se sont occupés du problème de la langue
universelle, les uns, comme M. de Maimieux, ne font usage que d'un petit
nombre de caractères; d'autres (Becker, notamment, dans sa Notitia linguæ
universalis) ont recours à une foule de signes qui rappellent un peu les notes
tironiennes et qui se composent de lignes droites ou courbes, combinées de
diverses manières et de façon que chaque signe exprime un mot et une idée.
L'emploi d'un pareil système serait évidemment entouré de difficultés
multipliées; l'application à la Cryptographie de signes aussi peu connus
n'offrirait que de bien minces avantages; aussi, dans la pratique, n'a-t-on
jamais songé à y recourir.
§ III.
Il serait très-long et d'un faible intérêt d'expliquer ici comment, grâce à
l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de créer une écriture universelle
qui serait entendue de tous les peuples. M. de Maimieux exprime lui-même
en ces termes l'idée qui sert de base à sa méthode.
«Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de
substituer le signe de la place des mots aux syllabes dont toutes les langues
composent leurs mots. Ces syllabes diffèrent d'un idiome à l'autre, par l'effet
de conventions locales qu'un étranger ne peut connaître qu'après beaucoup
d'études et un long usage. Chaque mot présente des particularités qu'il faut
savoir pour bien posséder une langue, soumise, d'ailleurs, à des règles très-
nombreuses, peu fixes, souvent contradictoires et noyées dans un océan
d'exceptions. La place du mot pasigraphié demeurant la même pour tous les
peuples, ceux-ci s'entendent facilement, puisque les signes de la place du
mot, devenus le corps du mot, restent les mêmes, de quelques lettres que
soit formé le mot placé dans la ligne, si d'ailleurs la méthode est réduite à
douze signes qui n'éprouvent aucune exception.»
Les signes de la Pasigraphie peuvent être employés dans l'écriture en
chiffres. Parmi les écrivains qui se sont occupés du problème de la langue
universelle, les uns, comme M. de Maimieux, ne font usage que d'un petit
nombre de caractères; d'autres (Becker, notamment, dans sa Notitia linguæ
universalis) ont recours à une foule de signes qui rappellent un peu les notes
tironiennes et qui se composent de lignes droites ou courbes, combinées de
diverses manières et de façon que chaque signe exprime un mot et une idée.
L'emploi d'un pareil système serait évidemment entouré de difficultés
multipliées; l'application à la Cryptographie de signes aussi peu connus
n'offrirait que de bien minces avantages; aussi, dans la pratique, n'a-t-on
jamais songé à y recourir.
§ III.
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Hiéroglyphes.
Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquité fit usage,
afin d'énoncer des préceptes, des leçons, des faits qui demeuraient lettre
close pour le vulgaire et dont l'érudition moderne s'efforce de retrouver la
clef perdue depuis bien des siècles.
Parmi les différents systèmes d'écriture mis en usage dans le but
d'exprimer ces idées qui restaient un mystère pour les non initiés, les
fameux hiéroglyphes de l'ancienne Égypte tiennent le premier rang.
Diodore de Sicile, au livre III de sa Bibliothèque historique, parle des
caractères hiéroglyphiques employés par les Égyptiens. Après avoir dit que
ces caractères offrent à nos yeux des animaux de tout genre, des parties du
corps humain, des ustensiles, des instruments, principalement ceux dont
font usage les artisans, il expose dans les termes suivants les motifs qui leur
ont fait donner ces formes: «Ce n'est point, en effet, par l'assemblage des
syllabes que chez eux l'écriture exprime le discours, mais c'est au moyen de
la figure des objets retracés et par une interprétation métaphorique basée sur
l'exercice de la mémoire.»
Le témoignage de cet historien grec est confirmé par celui d'un historien
latin: Ammien Marcellin constate que, «chez les anciens Égyptiens, chaque
lettre représentait un mot et quelquefois même une phrase entière.»
Vers la fin du second siècle, saint Clément d'Alexandrie, parlant des
voiles mystérieux dont on s'est plu souvent à entourer la science pour n'en
permettre l'abord qu'aux initiés, observe qu'on ne pouvait atteindre que par
des degrés successifs le terme le plus élevé de l'instruction, qui était la
science des hiéroglyphes.
Trois sortes d'écritures ont été connues des anciens Égyptiens. Les
hiéroglyphes, qui représentent fidèlement des objets de la nature et des
produits de l'art, ont été regardés comme symboliques; Champollion a fini
par ne plus voir, dans ces signes, que des caractères idéographiques; et, sans
entrer ici dans une discussion qui aurait le double tort d'être très-longue et
de nous éloigner beaucoup du sujet que nous avons en vue, nous ferons
remarquer que, quel que soit l'éclat des ingénieuses découvertes du savant
Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquité fit usage,
afin d'énoncer des préceptes, des leçons, des faits qui demeuraient lettre
close pour le vulgaire et dont l'érudition moderne s'efforce de retrouver la
clef perdue depuis bien des siècles.
Parmi les différents systèmes d'écriture mis en usage dans le but
d'exprimer ces idées qui restaient un mystère pour les non initiés, les
fameux hiéroglyphes de l'ancienne Égypte tiennent le premier rang.
Diodore de Sicile, au livre III de sa Bibliothèque historique, parle des
caractères hiéroglyphiques employés par les Égyptiens. Après avoir dit que
ces caractères offrent à nos yeux des animaux de tout genre, des parties du
corps humain, des ustensiles, des instruments, principalement ceux dont
font usage les artisans, il expose dans les termes suivants les motifs qui leur
ont fait donner ces formes: «Ce n'est point, en effet, par l'assemblage des
syllabes que chez eux l'écriture exprime le discours, mais c'est au moyen de
la figure des objets retracés et par une interprétation métaphorique basée sur
l'exercice de la mémoire.»
Le témoignage de cet historien grec est confirmé par celui d'un historien
latin: Ammien Marcellin constate que, «chez les anciens Égyptiens, chaque
lettre représentait un mot et quelquefois même une phrase entière.»
Vers la fin du second siècle, saint Clément d'Alexandrie, parlant des
voiles mystérieux dont on s'est plu souvent à entourer la science pour n'en
permettre l'abord qu'aux initiés, observe qu'on ne pouvait atteindre que par
des degrés successifs le terme le plus élevé de l'instruction, qui était la
science des hiéroglyphes.
Trois sortes d'écritures ont été connues des anciens Égyptiens. Les
hiéroglyphes, qui représentent fidèlement des objets de la nature et des
produits de l'art, ont été regardés comme symboliques; Champollion a fini
par ne plus voir, dans ces signes, que des caractères idéographiques; et, sans
entrer ici dans une discussion qui aurait le double tort d'être très-longue et
de nous éloigner beaucoup du sujet que nous avons en vue, nous ferons
remarquer que, quel que soit l'éclat des ingénieuses découvertes du savant
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illustre que nous venons de nommer, les théories qu'il a formulées soulèvent
encore, hors de la France surtout, de vives objections de la part d'érudits fort
distingués.
L'écriture hiératique ou sacerdotale est regardée comme une
tachygraphie des hiéroglyphes, et les signes vulgaires ou démotiques,
comme une abréviation des hiératiques.
La fameuse inscription de Thèbes, la seule dont l'explication soit
parvenue jusqu'à nous, exprimait, par les hiéroglyphes d'un enfant, d'un
vieillard, d'un vautour, d'un poisson, d'un hippopotame, la sentence
suivante: «Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que l'Éternel déteste
l'impureté.»
Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frère du célèbre
créateur des études égyptiennes, résume les notions les plus généralement
reçues au sujet des hiéroglyphes: «L'écriture hiéroglyphique, proprement
dite, se compose de signes représentant des objets du monde physique,
animaux, plantes, arbres, figures de géométrie, etc.; le tracé est parfois
simplement linéaire; quelquefois il est entièrement terminé et même colorié.
Le nombre de ces signes est d'environ huit cents.
«L'écriture hiératique est une véritable tachygraphie de la précédente.
Comme les signes hiéroglyphiques ne pouvaient être convenablement tracés
que par des personnes exercées dans l'art du dessin, on créa un système
d'écriture abrégée dont les signes étaient d'une exécution facile, système qui
n'eut d'ailleurs rien d'arbitraire. Chaque signe hiératique fut un abrégé du
signe hiéroglyphique; au lieu de la figure entière du lion couché, par
exemple, on traça l'esquisse d'une partie de son corps, et cet abrégé du lion
conserva, dans l'écriture, la même valeur que la figure entière.»
Dans des pays très-éloignés des rives du Nil, on trouve une écriture
hiéroglyphique, qui offre, à certains égards, des analogies remarquables
avec les procédés des Égyptiens. Les Mexicains, avant la conquête des
Espagnols, avaient également recours à des figures d'hommes, d'animaux,
etc., pour énoncer leurs idées.
encore, hors de la France surtout, de vives objections de la part d'érudits fort
distingués.
L'écriture hiératique ou sacerdotale est regardée comme une
tachygraphie des hiéroglyphes, et les signes vulgaires ou démotiques,
comme une abréviation des hiératiques.
La fameuse inscription de Thèbes, la seule dont l'explication soit
parvenue jusqu'à nous, exprimait, par les hiéroglyphes d'un enfant, d'un
vieillard, d'un vautour, d'un poisson, d'un hippopotame, la sentence
suivante: «Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que l'Éternel déteste
l'impureté.»
Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frère du célèbre
créateur des études égyptiennes, résume les notions les plus généralement
reçues au sujet des hiéroglyphes: «L'écriture hiéroglyphique, proprement
dite, se compose de signes représentant des objets du monde physique,
animaux, plantes, arbres, figures de géométrie, etc.; le tracé est parfois
simplement linéaire; quelquefois il est entièrement terminé et même colorié.
Le nombre de ces signes est d'environ huit cents.
«L'écriture hiératique est une véritable tachygraphie de la précédente.
Comme les signes hiéroglyphiques ne pouvaient être convenablement tracés
que par des personnes exercées dans l'art du dessin, on créa un système
d'écriture abrégée dont les signes étaient d'une exécution facile, système qui
n'eut d'ailleurs rien d'arbitraire. Chaque signe hiératique fut un abrégé du
signe hiéroglyphique; au lieu de la figure entière du lion couché, par
exemple, on traça l'esquisse d'une partie de son corps, et cet abrégé du lion
conserva, dans l'écriture, la même valeur que la figure entière.»
Dans des pays très-éloignés des rives du Nil, on trouve une écriture
hiéroglyphique, qui offre, à certains égards, des analogies remarquables
avec les procédés des Égyptiens. Les Mexicains, avant la conquête des
Espagnols, avaient également recours à des figures d'hommes, d'animaux,
etc., pour énoncer leurs idées.
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Les noms des villes de Meacuilxochitl, Quauhtinchan et Tchuilojocan
signifient cinq fleurs, maison de l'aigle et lieu des miroirs. Pour indiquer
ces trois villes, on peignait une fleur placée sur cinq points, une maison de
laquelle sortait la tête d'un aigle, et un miroir d'obsidienne.
Divers manuscrits hiéroglyphiques mexicains ont échappé à la
destruction, et ils figurent parmi les objets les plus précieux que possèdent
les grandes bibliothèques de l'Europe. M. de Humboldt en a copié quelques
pages dans son bel ouvrage intitulé: Vue des Cordillères (Paris, 1819, 2 vol.
in-8o). Une magnifique publication spéciale, faite aux frais d'un riche
Anglais, a reproduit tout ce qui subsiste en ce genre. Voir les Antiquities of
Mexico comprising fac-similes of ancient mexican paintings and
hieroglyphics, by lord Kingsborough (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet
ouvrage a coûté à son auteur plus de 25,000 livres sterling (un million). Il
en est rendu compte dans le Bulletin des Sciences historiques, publié par M.
de Férussac, t. XVII, p. 63, et dans la Revue encyclopédique, t. XLIX, p.
148.
Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours à
pareilles images.
Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées Sagkokok, qui
représentaient, par des caractères symboliques, les événements qui s'étaient
accomplis dans l'espace de soixante ans; c'étaient de grandes roues divisées
en soixante rayons ou en autant de parties égales. Lederer (Journal des
Savants, 1681, p. 75) rapporte avoir vu dans le village de Pommacomck un
de ces cycles hiéroglyphiques, dans lequel l'époque de l'arrivée des blancs
sur les côtes de la Virginie était marquée par la figure d'un cygne vomissant
du feu, pour indiquer à la fois la valeur des Européens, leur arrivée par eau
et le mal que leurs armes à feu avaient fait aux hommes rouges.
§ IV.
Langage au moyen des gestes.
Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une
des branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de faire
signifient cinq fleurs, maison de l'aigle et lieu des miroirs. Pour indiquer
ces trois villes, on peignait une fleur placée sur cinq points, une maison de
laquelle sortait la tête d'un aigle, et un miroir d'obsidienne.
Divers manuscrits hiéroglyphiques mexicains ont échappé à la
destruction, et ils figurent parmi les objets les plus précieux que possèdent
les grandes bibliothèques de l'Europe. M. de Humboldt en a copié quelques
pages dans son bel ouvrage intitulé: Vue des Cordillères (Paris, 1819, 2 vol.
in-8o). Une magnifique publication spéciale, faite aux frais d'un riche
Anglais, a reproduit tout ce qui subsiste en ce genre. Voir les Antiquities of
Mexico comprising fac-similes of ancient mexican paintings and
hieroglyphics, by lord Kingsborough (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet
ouvrage a coûté à son auteur plus de 25,000 livres sterling (un million). Il
en est rendu compte dans le Bulletin des Sciences historiques, publié par M.
de Férussac, t. XVII, p. 63, et dans la Revue encyclopédique, t. XLIX, p.
148.
Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours à
pareilles images.
Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées Sagkokok, qui
représentaient, par des caractères symboliques, les événements qui s'étaient
accomplis dans l'espace de soixante ans; c'étaient de grandes roues divisées
en soixante rayons ou en autant de parties égales. Lederer (Journal des
Savants, 1681, p. 75) rapporte avoir vu dans le village de Pommacomck un
de ces cycles hiéroglyphiques, dans lequel l'époque de l'arrivée des blancs
sur les côtes de la Virginie était marquée par la figure d'un cygne vomissant
du feu, pour indiquer à la fois la valeur des Européens, leur arrivée par eau
et le mal que leurs armes à feu avaient fait aux hommes rouges.
§ IV.
Langage au moyen des gestes.
Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une
des branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de faire
Page 85
connaître ses idées d'une manière qui échappe aux personnes qui ne sont
pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet art. Un écrivain
grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité, intitulé: De numerorum
notatione per gestum digitorum (Paris, 1614, in-8o); cet opuscule est
devenu très-rare, mais il a été réimprimé dans des recueils publiés par
Possin et par Fabricius, et plus récemment dans les Eclogæ physicæ de
Schneider. Les Romains portèrent au plus haut degré les ressources de la
pantomime, et l'on trouve, chez Pétrone, l'expression de manus loquaces.
Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que
l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église, écrivit un
traité De loquela per gestum digitorum, traité qui est compris dans le
volumineux recueil de ses œuvres[6].
Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge fit
quinault l'Angloys qui arguoyt par signes.
D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la Société
philosophique de l'Amérique du Nord, il se rencontre, parmi les nombreuses
tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des individus qui savent
tirer un parti admirable des ressources de la pantomime pour exprimer leurs
idées. Malgré la diversité des langues en usage chez ces peuplades
belliqueuses, ils n'ont jamais besoin d'interprètes, et ils réussissent toujours
à se faire comprendre sans avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes,
exécutés d'après un système universellement adopté, sont pleins d'énergie,
de netteté et d'à-propos.
Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du langage
manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons de
mentionner un alphabet qu'on peut appeler alphabet facial.
M. Bertin, dans son Système universel et complet de sténographie (Paris,
an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après lequel la
position des doigts sur le visage sert à transmettre tout ce qu'on veut faire
savoir. Il laisse de côté les voyelles isolées o et u, et il exprime par un même
signe les lettres telles que g et j, q et k, qui donnent des sons à peu près
identiques.
pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet art. Un écrivain
grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité, intitulé: De numerorum
notatione per gestum digitorum (Paris, 1614, in-8o); cet opuscule est
devenu très-rare, mais il a été réimprimé dans des recueils publiés par
Possin et par Fabricius, et plus récemment dans les Eclogæ physicæ de
Schneider. Les Romains portèrent au plus haut degré les ressources de la
pantomime, et l'on trouve, chez Pétrone, l'expression de manus loquaces.
Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que
l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église, écrivit un
traité De loquela per gestum digitorum, traité qui est compris dans le
volumineux recueil de ses œuvres[6].
Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge fit
quinault l'Angloys qui arguoyt par signes.
D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la Société
philosophique de l'Amérique du Nord, il se rencontre, parmi les nombreuses
tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des individus qui savent
tirer un parti admirable des ressources de la pantomime pour exprimer leurs
idées. Malgré la diversité des langues en usage chez ces peuplades
belliqueuses, ils n'ont jamais besoin d'interprètes, et ils réussissent toujours
à se faire comprendre sans avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes,
exécutés d'après un système universellement adopté, sont pleins d'énergie,
de netteté et d'à-propos.
Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du langage
manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons de
mentionner un alphabet qu'on peut appeler alphabet facial.
M. Bertin, dans son Système universel et complet de sténographie (Paris,
an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après lequel la
position des doigts sur le visage sert à transmettre tout ce qu'on veut faire
savoir. Il laisse de côté les voyelles isolées o et u, et il exprime par un même
signe les lettres telles que g et j, q et k, qui donnent des sons à peu près
identiques.
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Lettres. Traits physionomiques.
Doigt placé diagonalement sous l'œil droit et en
b
regard du nez.
d » sur le coin droit de la bouche.
FV » sur le coin gauche.
GJ » sur la joue gauche.
h » au sommet de la tête.
KQ » sur la lèvre supérieure.
l » placé diagonalement sur l'œil gauche.
m » sur la bouche.
n » sur la lèvre inférieure.
p » sur la fossette du menton.
r Bouche ouverte.
Doigt couché horizontalement sur l'intervalle des
s
lèvres.
t » sur le nez.
x » au cou.
y » à l'intervalle des sourcils.
on » au front.
ou » perpendiculairement sous l'oreille droite.
oui Doigt horizontalement près de l'oreille gauche.
au » à l'aile droite du nez.
eu » au sourcil droit.
ai » à l'aile gauche du nez.
a » au sourcil gauche.
i » à la tempe droite.
e » à la tempe gauche.
le, la, les, » placé verticalement devant la figure.
nom
main ouverte.
d'homme,
fin de mot, doigt fermé.
fin de
main fermée.
phrase,
numération sténographique, emploi du pouce au lieu du doigt.
Doigt placé diagonalement sous l'œil droit et en
b
regard du nez.
d » sur le coin droit de la bouche.
FV » sur le coin gauche.
GJ » sur la joue gauche.
h » au sommet de la tête.
KQ » sur la lèvre supérieure.
l » placé diagonalement sur l'œil gauche.
m » sur la bouche.
n » sur la lèvre inférieure.
p » sur la fossette du menton.
r Bouche ouverte.
Doigt couché horizontalement sur l'intervalle des
s
lèvres.
t » sur le nez.
x » au cou.
y » à l'intervalle des sourcils.
on » au front.
ou » perpendiculairement sous l'oreille droite.
oui Doigt horizontalement près de l'oreille gauche.
au » à l'aile droite du nez.
eu » au sourcil droit.
ai » à l'aile gauche du nez.
a » au sourcil gauche.
i » à la tempe droite.
e » à la tempe gauche.
le, la, les, » placé verticalement devant la figure.
nom
main ouverte.
d'homme,
fin de mot, doigt fermé.
fin de
main fermée.
phrase,
numération sténographique, emploi du pouce au lieu du doigt.
Page 87
On emploie deux doigts à la fois pour exprimer une lettre qui se répète.
Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois, en
ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la seconde.
Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il dit
un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en les élevant
ou les plaquant sur la bouche ou sur l'un des yeux.»
§ V.
Langage des fleurs.
C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des fleurs a
pris naissance; il fait partie des mœurs orientales. «Les Chinois, dit un
écrivain ingénieux, ont un alphabet composé entièrement avec des plantes
et des racines; on lit encore sur les rochers de l'Égypte les anciennes
conquêtes de ces peuples exprimées avec des végétaux étrangers. Ce
langage est donc aussi vieux que le monde, mais il ne saurait vieillir, car
chaque printemps en renouvelle les caractères, et cependant la liberté de nos
mœurs l'a relégué parmi les amusements des harems. Les belles odalisques
s'en servent souvent pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs
charmes; une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre
à un jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique,
veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui renvoie une
rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose à ses projets, mais
une tulipe au cœur noir et aux pétales enflammés lui donne l'assurance que
ses désirs sont compris et partagés; cette ingénieuse correspondance, qui ne
peut jamais ni trahir ni dévoiler un secret, répand tout à coup la vie, le
mouvement et l'intérêt dans ces tristes lieux qu'habitent ordinairement
l'indolence et l'ennui.»
Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche, elle
indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité.
Un œillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés
d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au moral.
Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois, en
ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la seconde.
Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il dit
un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en les élevant
ou les plaquant sur la bouche ou sur l'un des yeux.»
§ V.
Langage des fleurs.
C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des fleurs a
pris naissance; il fait partie des mœurs orientales. «Les Chinois, dit un
écrivain ingénieux, ont un alphabet composé entièrement avec des plantes
et des racines; on lit encore sur les rochers de l'Égypte les anciennes
conquêtes de ces peuples exprimées avec des végétaux étrangers. Ce
langage est donc aussi vieux que le monde, mais il ne saurait vieillir, car
chaque printemps en renouvelle les caractères, et cependant la liberté de nos
mœurs l'a relégué parmi les amusements des harems. Les belles odalisques
s'en servent souvent pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs
charmes; une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre
à un jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique,
veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui renvoie une
rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose à ses projets, mais
une tulipe au cœur noir et aux pétales enflammés lui donne l'assurance que
ses désirs sont compris et partagés; cette ingénieuse correspondance, qui ne
peut jamais ni trahir ni dévoiler un secret, répand tout à coup la vie, le
mouvement et l'intérêt dans ces tristes lieux qu'habitent ordinairement
l'indolence et l'ennui.»
Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche, elle
indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité.
Un œillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés
d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au moral.
Page 88
L'étoilée exprime l'idée de père ou de mère; si la fleur est rouge, les
parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils sont rigoureux et
sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.
Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs:
oreille-d'ours, sœur ou frère.
pensée, veuf ou veuve.
renoncule, soldat.
camomille, médecin.
tubéreuse, supérieur.
fleur d'oranger, richesse.
violette, patrie.
amarante, jour.
pavot, nuit.
cresson, promenade.
jasmin d'Espagne, visite.
marguerite, demande.
pied-d'alouette, voyage.
jasmin, jardin.
myrte, épouser.
romarin, pleurer, s'affliger.
anémone, se réjouir.
basilic, pleurer, s'affliger.
menthe, craindre.
muguet, innocent, bon.
lierre, éternel.
giroflée rouge, aujourd'hui.
» blanche, demain, l'avenir.
» violette, hier, jadis, le passé.
narcisse, je, moi.
ortie, fidèle.
géranium, navire, voyage par mer.
primevère, la mort.
parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils sont rigoureux et
sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.
Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs:
oreille-d'ours, sœur ou frère.
pensée, veuf ou veuve.
renoncule, soldat.
camomille, médecin.
tubéreuse, supérieur.
fleur d'oranger, richesse.
violette, patrie.
amarante, jour.
pavot, nuit.
cresson, promenade.
jasmin d'Espagne, visite.
marguerite, demande.
pied-d'alouette, voyage.
jasmin, jardin.
myrte, épouser.
romarin, pleurer, s'affliger.
anémone, se réjouir.
basilic, pleurer, s'affliger.
menthe, craindre.
muguet, innocent, bon.
lierre, éternel.
giroflée rouge, aujourd'hui.
» blanche, demain, l'avenir.
» violette, hier, jadis, le passé.
narcisse, je, moi.
ortie, fidèle.
géranium, navire, voyage par mer.
primevère, la mort.
Page 89
D'après les règles de cette langue ingénieuse, lorsqu'un jeune habitant de
Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce message:
«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans le
jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime, belle jeune
fille, et qui veut t'épouser.»
Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse, jasmin
d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche, tournesol, jasmin,
marjolaine, oreille-d'ours, œillet d'un brun sombre, chèvre-feuille, rose
rouge, deux myosotis, myrte.
Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée aux
diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer, nous
nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un
manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en
reproduisons fidèlement le style suranné:
giroflée rouge, beaulté.
giroflée blanche, amour chaste.
marjolaine grosse, mensonge.
marjolaine menue, bonté.
thym, persévérance.
thym coupé, vous parviendrez.
fleur de thym, à vous me donne.
laitue, bonnes nouvelles.
lys, foi.
rose blanche, j'ay bon vouloir.
bouton de rose blanche, je vous ayme.
rose rouge, largesse.
bouton de rose rouge, angoisse.
rose musquette, je vous refuse.
rose de province, soyez secret.
rose doublée de rose musquette, occasion.
rosmarin, congé.
rosmarin coppé au boult, amour sans fin.
Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce message:
«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans le
jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime, belle jeune
fille, et qui veut t'épouser.»
Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse, jasmin
d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche, tournesol, jasmin,
marjolaine, oreille-d'ours, œillet d'un brun sombre, chèvre-feuille, rose
rouge, deux myosotis, myrte.
Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée aux
diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer, nous
nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un
manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en
reproduisons fidèlement le style suranné:
giroflée rouge, beaulté.
giroflée blanche, amour chaste.
marjolaine grosse, mensonge.
marjolaine menue, bonté.
thym, persévérance.
thym coupé, vous parviendrez.
fleur de thym, à vous me donne.
laitue, bonnes nouvelles.
lys, foi.
rose blanche, j'ay bon vouloir.
bouton de rose blanche, je vous ayme.
rose rouge, largesse.
bouton de rose rouge, angoisse.
rose musquette, je vous refuse.
rose de province, soyez secret.
rose doublée de rose musquette, occasion.
rosmarin, congé.
rosmarin coppé au boult, amour sans fin.
Page 90
violette jaune, contentement.
violette de mars blanche, bon espoir.
violette de mars bleue, douleur.
violette d'oultremer, patience.
violette d'hiver, temps perdu.
ortie, trahison.
chanvre, défiance.
genêt, adresse.
fleur de genêt, pour amour j'endure.
buglosse, légèreté.
bourache, reproche.
lavandre, travers.
saulge grosse, entreprise.
saulge menue, chasteté.
ysope, amertume.
liere, ingratitude.
piment, douleur.
pavost, prison.
Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique ou
sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du langage des
fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie, en faisant remarquer
toutefois que plusieurs de ces significations sont très-contestables.
abandon, anémone.
absence, absinthe.
agitation, sainfoin-oscillant.
aigreur, épine-vinette.
amabilité, jasmin blanc.
amertume, douleur, aloès.
amitié, lierre.
amour, myrte.
amour conjugal, tilleul.
amour maternel, mousse.
audace, mélèze.
violette de mars blanche, bon espoir.
violette de mars bleue, douleur.
violette d'oultremer, patience.
violette d'hiver, temps perdu.
ortie, trahison.
chanvre, défiance.
genêt, adresse.
fleur de genêt, pour amour j'endure.
buglosse, légèreté.
bourache, reproche.
lavandre, travers.
saulge grosse, entreprise.
saulge menue, chasteté.
ysope, amertume.
liere, ingratitude.
piment, douleur.
pavost, prison.
Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique ou
sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du langage des
fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie, en faisant remarquer
toutefois que plusieurs de ces significations sont très-contestables.
abandon, anémone.
absence, absinthe.
agitation, sainfoin-oscillant.
aigreur, épine-vinette.
amabilité, jasmin blanc.
amertume, douleur, aloès.
amitié, lierre.
amour, myrte.
amour conjugal, tilleul.
amour maternel, mousse.
audace, mélèze.
Page 91
austérité, chardon.
beauté capricieuse, rose musquée.
bienfaisance, pomme de terre.
bienveillance, jacinthe.
consolation, perce-neige.
constance, pyramidale bleue.
courage, peuplier noir.
cruauté, ortie.
dédain, œillet jaune.
délicatesse, bluet.
désespoir, soucis et cyprès.
désir, jonquille.
docilité, jonc des champs.
élégance, acacia rose.
fécondité, rose trémière.
félicité, centaurée.
fierté, amaryllis.
franchise, osier.
frugalité, chicorée.
générosité, oranger.
gentillesse, rose pompon.
haine, basilic.
honte, pivoine.
immortalité, amarante.
indépendance, prunier sauvage.
injustice, houblon.
jeunesse, lilas blanc.
naïveté, argentine.
noirceur, ébénier.
prospérité, hêtre.
prudence, cormier.
puissance, impériale.
pureté, épi de la Vierge.
reconnaissance, agrimoine.
beauté capricieuse, rose musquée.
bienfaisance, pomme de terre.
bienveillance, jacinthe.
consolation, perce-neige.
constance, pyramidale bleue.
courage, peuplier noir.
cruauté, ortie.
dédain, œillet jaune.
délicatesse, bluet.
désespoir, soucis et cyprès.
désir, jonquille.
docilité, jonc des champs.
élégance, acacia rose.
fécondité, rose trémière.
félicité, centaurée.
fierté, amaryllis.
franchise, osier.
frugalité, chicorée.
générosité, oranger.
gentillesse, rose pompon.
haine, basilic.
honte, pivoine.
immortalité, amarante.
indépendance, prunier sauvage.
injustice, houblon.
jeunesse, lilas blanc.
naïveté, argentine.
noirceur, ébénier.
prospérité, hêtre.
prudence, cormier.
puissance, impériale.
pureté, épi de la Vierge.
reconnaissance, agrimoine.
Page 92
sagesse, mûrier blanc.
silence, rose blanche.
simplicité, fougère.
sommeil du cœur, pavot blanc.
temps, peuplier blanc.
tranquillité, alysse des rochers.
vérité, morelle douce-amère.
vice, ivraie.
volupté, tubéreuse.
§ VI.
Des alphabets factices.
Vigenère, dans son Traité des chiffres, Duret, dans son Trésor des
langues, et divers autres anciens auteurs ont donné des modèles d'alphabets
attribués à divers personnages célèbres de l'antiquité la plus reculée; M.
Nodier s'exprime à cet égard de la façon suivante:
«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne
sont pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là qu'ils
annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement qu'ils
remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le secret d'une
des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce qui donne du prix
aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent, c'est qu'on ne les a jamais
reproduits depuis que l'on a fait de la grammaire positive, parce qu'ils
n'appartiennent à aucune langue dont il soit resté des traditions. Comme
débris d'une langue de convention qui a existé, dont nous avons perdu la
clef et qui ne le cédait peut-être en rien aux langues caractéristiques de
Dalgarno, de Wilkins et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre
intelligence avec un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.»
Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces
caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet hébreu,
n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune authenticité. L'alphabet
d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon sont de pure invention, tout
silence, rose blanche.
simplicité, fougère.
sommeil du cœur, pavot blanc.
temps, peuplier blanc.
tranquillité, alysse des rochers.
vérité, morelle douce-amère.
vice, ivraie.
volupté, tubéreuse.
§ VI.
Des alphabets factices.
Vigenère, dans son Traité des chiffres, Duret, dans son Trésor des
langues, et divers autres anciens auteurs ont donné des modèles d'alphabets
attribués à divers personnages célèbres de l'antiquité la plus reculée; M.
Nodier s'exprime à cet égard de la façon suivante:
«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne
sont pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là qu'ils
annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement qu'ils
remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le secret d'une
des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce qui donne du prix
aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent, c'est qu'on ne les a jamais
reproduits depuis que l'on a fait de la grammaire positive, parce qu'ils
n'appartiennent à aucune langue dont il soit resté des traditions. Comme
débris d'une langue de convention qui a existé, dont nous avons perdu la
clef et qui ne le cédait peut-être en rien aux langues caractéristiques de
Dalgarno, de Wilkins et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre
intelligence avec un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.»
Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces
caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet hébreu,
n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune authenticité. L'alphabet
d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon sont de pure invention, tout
Page 93
comme celui dont un magicien célèbre, Honorius le Thébain, se servit, dit-
on, pour écrire ses livres de sorcellerie. Vigenère a conservé les lettres sous
lesquelles cet insigne sorcier (qui n'a jamais existé) dissimulait les arcanes
les plus profonds de la nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire ces
signes étranges, auxquels quelques anciens auteurs conseillent de recourir
pour chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien longtemps.
On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les
recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à plaisir et
qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles et comme
renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons pas sur ce
sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous transcrirons
seulement comme échantillon une phrase prise dans un livre de sortiléges et
qui restera sans doute toujours inintelligible:
«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton
aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.»
on, pour écrire ses livres de sorcellerie. Vigenère a conservé les lettres sous
lesquelles cet insigne sorcier (qui n'a jamais existé) dissimulait les arcanes
les plus profonds de la nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire ces
signes étranges, auxquels quelques anciens auteurs conseillent de recourir
pour chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien longtemps.
On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les
recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à plaisir et
qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles et comme
renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons pas sur ce
sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous transcrirons
seulement comme échantillon une phrase prise dans un livre de sortiléges et
qui restera sans doute toujours inintelligible:
«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton
aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.»
Page 94
CHAPITRE V.
DU RÔLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTÉRATURE.
§ Ier.
Artifices imaginés pour déguiser des dates.
Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont employés
quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une forme
énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits qu'ils
transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des manuscrits français
de la Bibliothèque impériale de Paris.
Ce livre fut tout parfait
Eu jueillet, comme trouverez:
Pour le savoir dimynuerez
Ces diverses lignes par trait.
Vous prandrez la teste d'un moyne,
De deux cordeliers, d'un chanoyne;
Et puis un () party en dux.
Vous lairrez la teste Jhesus,
Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob,
Et prendrez un X à cop.
Puis adjoustez en ceste ryme
Ung prince en algorithme:
Si congnoistrez qu'il fut parfait
Le XXIIIe jueillet.
On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des lettres
ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former par leur
DU RÔLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTÉRATURE.
§ Ier.
Artifices imaginés pour déguiser des dates.
Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont employés
quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une forme
énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits qu'ils
transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des manuscrits français
de la Bibliothèque impériale de Paris.
Ce livre fut tout parfait
Eu jueillet, comme trouverez:
Pour le savoir dimynuerez
Ces diverses lignes par trait.
Vous prandrez la teste d'un moyne,
De deux cordeliers, d'un chanoyne;
Et puis un () party en dux.
Vous lairrez la teste Jhesus,
Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob,
Et prendrez un X à cop.
Puis adjoustez en ceste ryme
Ung prince en algorithme:
Si congnoistrez qu'il fut parfait
Le XXIIIe jueillet.
On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des lettres
ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former par leur
Page 95
réunion l'année de l'achèvement de sa transcription. Il s'est plu à présenter
cette indication d'une manière énigmatique par un jeu assez goûté de son
temps.
La tête d'un Moyne, (M) mille.
Y ajouter celles de deux Cordeliers et d'un Chanoine, (CCC) trois cents.
Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents.
Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct Jacques et
de Jacob (4 à soustraire).
Prendre ensuite un X (10).
La difficulté consiste à savoir ce que signifie ung N prise en algorithme.
Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la rime, est
algorisme, algorismus, que le dictionnaire de Du Cange explique par
arithmetica, numerandi ars. La lettre qu'il s'agit de considérer
numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin le rôle d'un chiffre.
D'après la forme que lui donne le manuscrit, on voit qu'elle joue, peut se
décomposer en un V et un I, ce qui donne en chiffres: VI (six). Maintenant,
en additionnant ces différents nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en
retranchant 4, on trouve 1512.
Une date semblable, composée par le chanoine Charles de Bovelle, est
citée dans la Notice de M. du Sommerard sur l'hôtel de Cluny.
D'un mouton et de cinq chevaux M. CCCCC
Toutes les têtes prendrez,
Et à icelles sans nuls travaux
La queue d'un veau vous
V
joindrez,
Et au bout adjouterez
Tous les quatre pieds d'une
IIII
chatte:
Rassemblez, et vous apprendrez
cette indication d'une manière énigmatique par un jeu assez goûté de son
temps.
La tête d'un Moyne, (M) mille.
Y ajouter celles de deux Cordeliers et d'un Chanoine, (CCC) trois cents.
Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents.
Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct Jacques et
de Jacob (4 à soustraire).
Prendre ensuite un X (10).
La difficulté consiste à savoir ce que signifie ung N prise en algorithme.
Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la rime, est
algorisme, algorismus, que le dictionnaire de Du Cange explique par
arithmetica, numerandi ars. La lettre qu'il s'agit de considérer
numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin le rôle d'un chiffre.
D'après la forme que lui donne le manuscrit, on voit qu'elle joue, peut se
décomposer en un V et un I, ce qui donne en chiffres: VI (six). Maintenant,
en additionnant ces différents nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en
retranchant 4, on trouve 1512.
Une date semblable, composée par le chanoine Charles de Bovelle, est
citée dans la Notice de M. du Sommerard sur l'hôtel de Cluny.
D'un mouton et de cinq chevaux M. CCCCC
Toutes les têtes prendrez,
Et à icelles sans nuls travaux
La queue d'un veau vous
V
joindrez,
Et au bout adjouterez
Tous les quatre pieds d'une
IIII
chatte:
Rassemblez, et vous apprendrez
Page 96
L'an de ma façon et ma date.
————————
M. CCCCC. V. IIII
(1509)
Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive des
copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques volumes
imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du même genre;
mentionnons-en deux exemples:
Le Doctrinal du temps présent, de Pierre Michault, imprimé à Bruges,
par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur:
Un treppier et quatre croissans
Par six croix auec sy nains faire.
Vous feront estre congnoissans,
Sans faillir, de mon miliaire.
Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III.
Un petit volume très-rare, le Passe-temps et le Songe du triste, publié à
Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour:
L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier.
Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche: XXX.
CCCCC. M.
§ II.
Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser
leurs noms.
Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser
leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme
plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte.
————————
M. CCCCC. V. IIII
(1509)
Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive des
copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques volumes
imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du même genre;
mentionnons-en deux exemples:
Le Doctrinal du temps présent, de Pierre Michault, imprimé à Bruges,
par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur:
Un treppier et quatre croissans
Par six croix auec sy nains faire.
Vous feront estre congnoissans,
Sans faillir, de mon miliaire.
Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III.
Un petit volume très-rare, le Passe-temps et le Songe du triste, publié à
Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour:
L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier.
Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche: XXX.
CCCCC. M.
§ II.
Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser
leurs noms.
Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser
leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme
plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte.
Page 97
Le Formulaire fort récréatif de tous contratz... fait par Bredin, Lyon,
1594.
Les mots Bonté ny soit, sont en guise de signature à la fin de l'avis au
lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de l'auteur: Benoist
(du) Troncy.
Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont
vivement recherchées des bibliophiles (les Propos rustiques et les
Baliverneries d'Eutrapel), cacha son nom sous l'anagramme de Léon
Ladulfi; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II, donna
ses écrits sous la signature du comte d'Alsinois. Le chevalier de Cailly, dont
les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie Collection des petits
classiques françois (1825, 9 vol. in-16), n'eut guère l'intention de se dérober
sérieusement aux regards du public lorsqu'il se présenta sous le nom
d'Aceilly.
Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons Ancillon,
signant du nom de Ollincan son Traité des eunuques; nous mentionnerons
Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne déguise guère la paternité de ses
pesants commentaires sur Tacite, en les donnant comme l'œuvre du sieur de
La Mothes Josseval d'Aronsel; nous retrouverions dans Philippe Alcripe,
sieur de Neri, auteur d'un recueil facétieux devenu rare (la Nouvelle
Fabrique des excellens traits de vérité), le nom de Philippe Le Picar, sieur
de Rien; nous ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du Gargantua et
du Pantagruel, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui
d'Alcofribas Nasier.
Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des
membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une mode
qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se douterait qu'Euforbo
Melesigenio désigne Calazo; c'est sous le nom d'Eritisco Pilenejo que
Pagnini livra aux presses élégantes de Bodoni sa traduction d'Anacréon.
Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire,
Caron, auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des bibliomanes,
s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de la disposition
1594.
Les mots Bonté ny soit, sont en guise de signature à la fin de l'avis au
lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de l'auteur: Benoist
(du) Troncy.
Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont
vivement recherchées des bibliophiles (les Propos rustiques et les
Baliverneries d'Eutrapel), cacha son nom sous l'anagramme de Léon
Ladulfi; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II, donna
ses écrits sous la signature du comte d'Alsinois. Le chevalier de Cailly, dont
les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie Collection des petits
classiques françois (1825, 9 vol. in-16), n'eut guère l'intention de se dérober
sérieusement aux regards du public lorsqu'il se présenta sous le nom
d'Aceilly.
Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons Ancillon,
signant du nom de Ollincan son Traité des eunuques; nous mentionnerons
Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne déguise guère la paternité de ses
pesants commentaires sur Tacite, en les donnant comme l'œuvre du sieur de
La Mothes Josseval d'Aronsel; nous retrouverions dans Philippe Alcripe,
sieur de Neri, auteur d'un recueil facétieux devenu rare (la Nouvelle
Fabrique des excellens traits de vérité), le nom de Philippe Le Picar, sieur
de Rien; nous ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du Gargantua et
du Pantagruel, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui
d'Alcofribas Nasier.
Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des
membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une mode
qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se douterait qu'Euforbo
Melesigenio désigne Calazo; c'est sous le nom d'Eritisco Pilenejo que
Pagnini livra aux presses élégantes de Bodoni sa traduction d'Anacréon.
Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire,
Caron, auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des bibliomanes,
s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de la disposition
Page 98
rétrograde des mots. Il donna un de ses écrits comme l'œuvre du bonze
Esiab-luc et comme ayant été imprimé à Emeluogna.
Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et obscur
dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause des figures
sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le secret de son cœur dans
une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la suite les unes des autres, les
lettres initiales de chacun des chapitres de cet ouvrage:
POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT.
L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la tête à Don
Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est également servi d'un
acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des stances placées au
commencement du premier volume et dont voici l'interprétation: Luis
Hurtado, autor, al lector da salud.
Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le Messagier damours,
révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de l'auteur,
Pilvelin.
§ III.
De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la
Cryptographie.
Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie, afin
de dérober aux profanes le sens de certains passages de leurs écrits qu'il leur
convenait de couvrir des ombres du mystère; nous pouvons en citer
plusieurs exemples.
Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve
qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de Lasphrise, a
placé, dans ses Œuvres poétiques (Paris, 1599), une tirade assez libre qu'il
ne nous convient pas de transcrire en entier et dont voici le début:
Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne
Esiab-luc et comme ayant été imprimé à Emeluogna.
Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et obscur
dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause des figures
sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le secret de son cœur dans
une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la suite les unes des autres, les
lettres initiales de chacun des chapitres de cet ouvrage:
POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT.
L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la tête à Don
Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est également servi d'un
acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des stances placées au
commencement du premier volume et dont voici l'interprétation: Luis
Hurtado, autor, al lector da salud.
Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le Messagier damours,
révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de l'auteur,
Pilvelin.
§ III.
De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la
Cryptographie.
Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie, afin
de dérober aux profanes le sens de certains passages de leurs écrits qu'il leur
convenait de couvrir des ombres du mystère; nous pouvons en citer
plusieurs exemples.
Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve
qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de Lasphrise, a
placé, dans ses Œuvres poétiques (Paris, 1599), une tirade assez libre qu'il
ne nous convient pas de transcrire en entier et dont voici le début:
Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne
Page 99
Tois enud elliv gruob uo egalliv.
Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que chaque mot
doit être lu de droite à gauche.
«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc.
Nous trouvons, dans le même volume, un sonnet en langue inconnue; il
commence ainsi:
Cerdis zerom deronty toulpinié
Pareis hurlin linor orifieux.
Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques aux
heureux désœuvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à l'étude
des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de jugement pour
apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant un pareil emploi des
facultés intellectuelles.
Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le
nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En feuilletant
l'édition de ses Poemata (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8o), nous avons remarqué
que l'épigramme 276 du Ier livre (tom. I, p. 577), in meretricem lascivam,
est en partie chiffrée;
Le second vers est exprimé sous cette forme:
Conserui et dxoop nfouxmb delituit.
et le dernier:
Expecta nondum, Lucia, efgxuxk.
La Biographie universelle, dans l'article consacré au trop célèbre marquis
de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet écrivain qui
poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un volumineux journal
de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande partie, en chiffres dont il avait
seul la clef.
Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que chaque mot
doit être lu de droite à gauche.
«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc.
Nous trouvons, dans le même volume, un sonnet en langue inconnue; il
commence ainsi:
Cerdis zerom deronty toulpinié
Pareis hurlin linor orifieux.
Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques aux
heureux désœuvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à l'étude
des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de jugement pour
apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant un pareil emploi des
facultés intellectuelles.
Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le
nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En feuilletant
l'édition de ses Poemata (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8o), nous avons remarqué
que l'épigramme 276 du Ier livre (tom. I, p. 577), in meretricem lascivam,
est en partie chiffrée;
Le second vers est exprimé sous cette forme:
Conserui et dxoop nfouxmb delituit.
et le dernier:
Expecta nondum, Lucia, efgxuxk.
La Biographie universelle, dans l'article consacré au trop célèbre marquis
de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet écrivain qui
poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un volumineux journal
de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande partie, en chiffres dont il avait
seul la clef.
Page 100
Nous rencontrons deux ou trois pages chiffrées dans une composition
spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les plus
féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la Physiologie
du mariage, par M. de Balzac; cherchez dans la Méditation XXV le
paragraphe intitulé: des Religions et de la Confession considérées dans leur
rapport avec le mariage, vous y lirez ce qui suit:
«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que la
dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.»
«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet:
«Lsuotru e-nedtnim dbreaus jivec udnt lett emrnu eaCmetss esosi ost
pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeusg ienqseuedroteapt...»
Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue citation, et
nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à trouver la clef
du système cryptographique inventé par le joyeux physiologiste. Quelques-
uns des nombreux lecteurs de la Physiologie du mariage ont sans doute été
plus intrépides et plus heureux que nous.
Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre de celles
que nous signalons ici.
Les Œuvres poétiques du sieur de La Charnais, gentilhomme nivernois,
renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages, donne la clef. Cette
table est gravée à l'envers, en sorte que, pour la lire, il faut avoir recours à
un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu le soin de donner dans sa préface cette
explication à ses lecteurs. C'est une singularité dont il serait sans doute
difficile de trouver d'autres exemples.
Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et
d'originalité[7], a, dans un de ses récits, le Scarabée d'or (the Gold-Bug),
raconté comment un homme, doué d'une intelligence pénétrante et
chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor considérable enfoui par
des pirates dans un coin reculé de la Louisiane, trésor dont le gîte était
indiqué par une série de chiffres sur un vieux morceau de parchemin que le
spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les plus
féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la Physiologie
du mariage, par M. de Balzac; cherchez dans la Méditation XXV le
paragraphe intitulé: des Religions et de la Confession considérées dans leur
rapport avec le mariage, vous y lirez ce qui suit:
«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que la
dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.»
«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet:
«Lsuotru e-nedtnim dbreaus jivec udnt lett emrnu eaCmetss esosi ost
pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeusg ienqseuedroteapt...»
Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue citation, et
nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à trouver la clef
du système cryptographique inventé par le joyeux physiologiste. Quelques-
uns des nombreux lecteurs de la Physiologie du mariage ont sans doute été
plus intrépides et plus heureux que nous.
Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre de celles
que nous signalons ici.
Les Œuvres poétiques du sieur de La Charnais, gentilhomme nivernois,
renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages, donne la clef. Cette
table est gravée à l'envers, en sorte que, pour la lire, il faut avoir recours à
un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu le soin de donner dans sa préface cette
explication à ses lecteurs. C'est une singularité dont il serait sans doute
difficile de trouver d'autres exemples.
Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et
d'originalité[7], a, dans un de ses récits, le Scarabée d'or (the Gold-Bug),
raconté comment un homme, doué d'une intelligence pénétrante et
chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor considérable enfoui par
des pirates dans un coin reculé de la Louisiane, trésor dont le gîte était
indiqué par une série de chiffres sur un vieux morceau de parchemin que le
Page 101
hasard plaça sous ses yeux habitués à voir juste et loin. Voici quelle était la
première ligne de cet écrit:
53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 +
8 § 60 Ɔ 85; 1 + (;1. + * 8)
En examinant quels étaient les signes qui revenaient le plus souvent et
quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant que le caractère 8
se présentait 33 fois,
; 26 fois,
4 19 fois,
+) 16 fois;
en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus dans la
composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des
juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut pénétré.
Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages de M. Poë
comment s'accomplit ce tour de force.
première ligne de cet écrit:
53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 +
8 § 60 Ɔ 85; 1 + (;1. + * 8)
En examinant quels étaient les signes qui revenaient le plus souvent et
quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant que le caractère 8
se présentait 33 fois,
; 26 fois,
4 19 fois,
+) 16 fois;
en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus dans la
composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des
juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut pénétré.
Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages de M. Poë
comment s'accomplit ce tour de force.
Page 102
CHAPITRE VI.
DES LIVRES À CLEF.
Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans
lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre
artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu
sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait sous
ses yeux.
Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la
religion et la décence, forment presque toujours la catégorie où rentrent les
livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns.
Les Princesses malabares: ce livre irréligieux, attribué à Lenglet-
Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse indication
d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici une partie:
Mison (Simon), saint Pierre; Tuotalic, catholique; Rasoni, raison;
Roligine, Religion; Ema, âme; Chéterine, chrétienne; Gélise, église; Vaddi,
David, etc. On voit que l'auteur a eu recours au plus vulgaire et au plus
facile de tous les moyens de déguisement, à l'anagramme, procédé bien
candide et bien naïf, puisque les éléments du mot se présentent d'eux-
mêmes à qui prend la peine de les chercher. À côté du livre que nous
venons d'indiquer, plaçons:
Les Aventures de Pomponius (par Labadie), Rome (Hollande), 1725. Ce
récit allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans) et ses favoris,
présente aussi des noms cachés sous le voile de l'anagramme: Relosan,
Orléans; Lauges, Gaules; Cilopang, Polignac; Judosb, Dubois; Nedoc,
Condé; Xeamu, Meaux.
DES LIVRES À CLEF.
Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans
lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre
artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu
sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait sous
ses yeux.
Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la
religion et la décence, forment presque toujours la catégorie où rentrent les
livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns.
Les Princesses malabares: ce livre irréligieux, attribué à Lenglet-
Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse indication
d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici une partie:
Mison (Simon), saint Pierre; Tuotalic, catholique; Rasoni, raison;
Roligine, Religion; Ema, âme; Chéterine, chrétienne; Gélise, église; Vaddi,
David, etc. On voit que l'auteur a eu recours au plus vulgaire et au plus
facile de tous les moyens de déguisement, à l'anagramme, procédé bien
candide et bien naïf, puisque les éléments du mot se présentent d'eux-
mêmes à qui prend la peine de les chercher. À côté du livre que nous
venons d'indiquer, plaçons:
Les Aventures de Pomponius (par Labadie), Rome (Hollande), 1725. Ce
récit allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans) et ses favoris,
présente aussi des noms cachés sous le voile de l'anagramme: Relosan,
Orléans; Lauges, Gaules; Cilopang, Polignac; Judosb, Dubois; Nedoc,
Condé; Xeamu, Meaux.
Page 103
Dans les Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de la
vertueuse princesse Oribelle, par Rétif de la Bretonne, tous les noms sont
travestis: Rousseau devient Assuero, et Voltaire Iratlove.
N'oublions pas les Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone
(par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit
nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis XV; M.
Nodier l'a reproduite dans ses Mélanges extraits d'une petite bibliothèque,
où il a également placé la clef d'une nouvelle de Brémond qui met en scène,
sous des noms déguisés, le roi d'Angleterre Charles II et ses favorites:
Hattigé, ou les Amours du roi de Tamaran, Cologne, 1676.
Les Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans, présentent un mystère qu'il
est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme d'elle-même: Louis
XV, roi des Français.
Indiquons encore:
Les Visites, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8.
Voyage du Vallon tranquille (par Charpentier), réimprimé en 1796 avec
des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry.
Histoire de la princesse de Paphlagonie, par mademoiselle de
Montpensier.
Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique, avec la clef,
par Chevrier, La Haye, 1767.
Galerie des États généraux (par Mirabeau, de Luchet, etc.).
Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et
nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le Cymbalum mundi,
de Bonaventure Des Periers.
M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de «production
bizarre et hardie, petit chef-d'œuvre d'esprit et de raillerie, modèle presque
vertueuse princesse Oribelle, par Rétif de la Bretonne, tous les noms sont
travestis: Rousseau devient Assuero, et Voltaire Iratlove.
N'oublions pas les Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone
(par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit
nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis XV; M.
Nodier l'a reproduite dans ses Mélanges extraits d'une petite bibliothèque,
où il a également placé la clef d'une nouvelle de Brémond qui met en scène,
sous des noms déguisés, le roi d'Angleterre Charles II et ses favorites:
Hattigé, ou les Amours du roi de Tamaran, Cologne, 1676.
Les Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans, présentent un mystère qu'il
est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme d'elle-même: Louis
XV, roi des Français.
Indiquons encore:
Les Visites, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8.
Voyage du Vallon tranquille (par Charpentier), réimprimé en 1796 avec
des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry.
Histoire de la princesse de Paphlagonie, par mademoiselle de
Montpensier.
Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique, avec la clef,
par Chevrier, La Haye, 1767.
Galerie des États généraux (par Mirabeau, de Luchet, etc.).
Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et
nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le Cymbalum mundi,
de Bonaventure Des Periers.
M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de «production
bizarre et hardie, petit chef-d'œuvre d'esprit et de raillerie, modèle presque
Page 104
inimitable de style dans le genre familier et badin, et l'un des plus précieux
monuments de la charmante littérature du seizième siècle.»
Le Grand Dictionnaire historique des Précieuses, par Somaize, 1661,
n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe.
Vogt, dans son Catalogus librorum rariorum, mentionne un recueil de
poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu. Les
noms y sont anagrammatisés; Madaavemania est l'âme (anima) d'Adam et
d'Ève qui délivre Sirchtus (Christus); Rifeluc est Lucifer; Moscos désigne
Cosmos, le Monde, etc.
Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi laisserons-nous
de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy, intitulé les Mille et une
Faveurs, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette longue narration, les noms des
personnages sont déguisés sous le voile de l'anagramme, se présentant sous
un aspect fort bizarre, tels que Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic,
Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso, Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa,
Tanitbadan, Veoldafitular; en les décomposant on y trouve des mots très-
propres à inspirer le plus juste effroi au chaste lecteur.
monuments de la charmante littérature du seizième siècle.»
Le Grand Dictionnaire historique des Précieuses, par Somaize, 1661,
n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe.
Vogt, dans son Catalogus librorum rariorum, mentionne un recueil de
poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu. Les
noms y sont anagrammatisés; Madaavemania est l'âme (anima) d'Adam et
d'Ève qui délivre Sirchtus (Christus); Rifeluc est Lucifer; Moscos désigne
Cosmos, le Monde, etc.
Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi laisserons-nous
de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy, intitulé les Mille et une
Faveurs, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette longue narration, les noms des
personnages sont déguisés sous le voile de l'anagramme, se présentant sous
un aspect fort bizarre, tels que Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic,
Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso, Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa,
Tanitbadan, Veoldafitular; en les décomposant on y trouve des mots très-
propres à inspirer le plus juste effroi au chaste lecteur.
Page 105
CHAPITRE VII.
DU DÉCHIFFREMENT.
Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture d'une
dépêche chiffrée qui a été interceptée.
Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore dans
quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour l'écrire, il a
été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a fait emploi de
plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont nombreuses et réparties
avec intelligence; lorsque les mêmes syllabes, les mêmes mots, les mêmes
noms, se trouvent exprimés par des signes différents; lorsque les mots sont
écrits à la suite les uns des autres sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés,
non comme ils devaient l'être selon les règles grammaticales, mais d'une
façon arbitraire qui déroute l'observateur.
Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la
Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne
connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à vouloir inventer
des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les combinaisons
cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il échouera dans toutes ses
tentatives, quand il se verra en présence d'un chiffre difficile.
La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères qui
composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de fois. Ceci
fait, on examine leurs combinaisons; on tourne, on retourne, on dispose de
toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des conjectures se présentent avec
vraisemblance sur l'attribution de tel ou tel caractère à telle ou telle lettre.
Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se trouvent plus
d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court, si une même lettre est
DU DÉCHIFFREMENT.
Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture d'une
dépêche chiffrée qui a été interceptée.
Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore dans
quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour l'écrire, il a
été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a fait emploi de
plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont nombreuses et réparties
avec intelligence; lorsque les mêmes syllabes, les mêmes mots, les mêmes
noms, se trouvent exprimés par des signes différents; lorsque les mots sont
écrits à la suite les uns des autres sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés,
non comme ils devaient l'être selon les règles grammaticales, mais d'une
façon arbitraire qui déroute l'observateur.
Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la
Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne
connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à vouloir inventer
des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les combinaisons
cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il échouera dans toutes ses
tentatives, quand il se verra en présence d'un chiffre difficile.
La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères qui
composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de fois. Ceci
fait, on examine leurs combinaisons; on tourne, on retourne, on dispose de
toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des conjectures se présentent avec
vraisemblance sur l'attribution de tel ou tel caractère à telle ou telle lettre.
Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se trouvent plus
d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court, si une même lettre est
Page 106
désignée par des caractères différents, les difficultés deviennent de plus en
plus sérieuses:
Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à S'Gravesand,
un exemple relatif à un chiffre écrit en latin.
A B C
abcdefghikf:lmkgnekdgeihekf:
D E F
bceeficlah fcgfg inebh fbhic eikf:
G H I K
fmfpimfhiabc qilcb eieacgbfbe bg
L M
pigbgrbkdghikf: smkhitefm.
Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de ponctuation ne font
pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin de faciliter l'explication:
Ce chiffre donne:
14f 3d
14i 2b
12b 2n
11 e 2p
10g 1o
9c 1q
8h 1r
8k 1s
5m 1t
4a
Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une fois.
Je vois d'abord que h i k f se trouvent en deux endroits (B, M); que i k f se
trouvent en un seul (F); enfin, que h e k f (C) et h i k f (B, M) ont du rapport
entre eux.
plus sérieuses:
Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à S'Gravesand,
un exemple relatif à un chiffre écrit en latin.
A B C
abcdefghikf:lmkgnekdgeihekf:
D E F
bceeficlah fcgfg inebh fbhic eikf:
G H I K
fmfpimfhiabc qilcb eieacgbfbe bg
L M
pigbgrbkdghikf: smkhitefm.
Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de ponctuation ne font
pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin de faciliter l'explication:
Ce chiffre donne:
14f 3d
14i 2b
12b 2n
11 e 2p
10g 1o
9c 1q
8h 1r
8k 1s
5m 1t
4a
Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une fois.
Je vois d'abord que h i k f se trouvent en deux endroits (B, M); que i k f se
trouvent en un seul (F); enfin, que h e k f (C) et h i k f (B, M) ont du rapport
entre eux.
Page 107
D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de mots, ce
qu'on indique par les deux points:
Dans le latin, il est ordinaire de trouver des mots où des quatre dernières
lettres les seules antépénultièmes diffèrent; lesquelles, en ce cas, sont
habituellement des voyelles, comme dans amant, legunt, docent, etc.; donc
i, e sont probablement des voyelles.
Puisque f m f (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut
raisonnablement conjecturer que m ou f est voyelle, car un mot n'a jamais
trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est probable que
c'est f puisque f se trouve quatorze fois et m seulement cinq; donc m est
consonne.
De là allant à K ou g b f b c b g, on voit que, puisque f est voyelle, b sera
consonne dans le b f b, par les mêmes raisons que ci-dessus; donc c sera
voyelle, à cause de b c h.
Dans L ou g b g r b, b est consonne; r sera consonne, parce qu'il n'y a
qu'un r dans tout l'écrit; donc g est voyelle.
Dans D ou f c g f g, il y aurait donc un mot ou une partie de mots en cinq
voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de mot latin qui
présente cette particularité; on se tromperait donc en prenant f c g, pour
voyelles; donc ce n'est pas f, mais m qui est voyelle, et f consonne; donc b
est voyelle (voyez K). Dans cet endroit K, on a la voyelle b trois fois,
séparée seulement par une lettre; or on trouve dans le latin des mots où
pareille circonstance se rencontre, tels que edere, legere, munere, si tibi,
etc., et comme c'est la voyelle e qui est le plus fréquemment dans ce cas, il
faut en conclure que b correspond probablement à l'e, et i à r.
En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase
chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le chiffre que
nous avons reproduit, doit se traduire de la manière suivante:
Perdita sunt bona; Mindarus interiit: urbs strata humi est. Esuriunt tot
quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito.
qu'on indique par les deux points:
Dans le latin, il est ordinaire de trouver des mots où des quatre dernières
lettres les seules antépénultièmes diffèrent; lesquelles, en ce cas, sont
habituellement des voyelles, comme dans amant, legunt, docent, etc.; donc
i, e sont probablement des voyelles.
Puisque f m f (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut
raisonnablement conjecturer que m ou f est voyelle, car un mot n'a jamais
trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est probable que
c'est f puisque f se trouve quatorze fois et m seulement cinq; donc m est
consonne.
De là allant à K ou g b f b c b g, on voit que, puisque f est voyelle, b sera
consonne dans le b f b, par les mêmes raisons que ci-dessus; donc c sera
voyelle, à cause de b c h.
Dans L ou g b g r b, b est consonne; r sera consonne, parce qu'il n'y a
qu'un r dans tout l'écrit; donc g est voyelle.
Dans D ou f c g f g, il y aurait donc un mot ou une partie de mots en cinq
voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de mot latin qui
présente cette particularité; on se tromperait donc en prenant f c g, pour
voyelles; donc ce n'est pas f, mais m qui est voyelle, et f consonne; donc b
est voyelle (voyez K). Dans cet endroit K, on a la voyelle b trois fois,
séparée seulement par une lettre; or on trouve dans le latin des mots où
pareille circonstance se rencontre, tels que edere, legere, munere, si tibi,
etc., et comme c'est la voyelle e qui est le plus fréquemment dans ce cas, il
faut en conclure que b correspond probablement à l'e, et i à r.
En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase
chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le chiffre que
nous avons reproduit, doit se traduire de la manière suivante:
Perdita sunt bona; Mindarus interiit: urbs strata humi est. Esuriunt tot
quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito.
Page 108
Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les
premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils laissent
sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette découverte conduit à celle
des consonnes. La connaissance exacte des principes généraux qui régissent
l'orthographe des diverses langues est le fil qu'il faut suivre dans ces
opérations minutieuses.
Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer le
déchiffrement d'un écrit en langue française.
Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots, désigne la
voyelle e.
Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois, comme
dans désirée, fusée, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le même signe placé deux
fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité que ce signe représente l'e. La
voyelle e, dans un mot de deux lettres, est toujours précédée des consonnes
c d j l m n s t ou suivie de celles n t.
Indépendamment de l'interjection o, qui n'est guère employée dans une
dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui, seules, forment un
mot complet. Ces lettres sont a et y. Si l'on trouve un signe isolé dans le
texte chiffré, il est à croire qu'il correspond à une de ces deux lettres.
Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle a, elle
précède d'ordinaire les lettres h, i, u, comme dans ah ai au, ou bien elle est
après les lettres l, m, n, s, t, comme dans la, ma, sa, ta.
Des diphthongues, ai, au, eu, oi, ou, la dernière est celle qui revient le
plus souvent, surtout dans les mots de quatre syllabes.
Lorsque la lettre e est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se termine
d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, r ou s.
Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est habituellement
d'un e.
Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes b, f, g, h, p, q.
premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils laissent
sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette découverte conduit à celle
des consonnes. La connaissance exacte des principes généraux qui régissent
l'orthographe des diverses langues est le fil qu'il faut suivre dans ces
opérations minutieuses.
Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer le
déchiffrement d'un écrit en langue française.
Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots, désigne la
voyelle e.
Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois, comme
dans désirée, fusée, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le même signe placé deux
fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité que ce signe représente l'e. La
voyelle e, dans un mot de deux lettres, est toujours précédée des consonnes
c d j l m n s t ou suivie de celles n t.
Indépendamment de l'interjection o, qui n'est guère employée dans une
dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui, seules, forment un
mot complet. Ces lettres sont a et y. Si l'on trouve un signe isolé dans le
texte chiffré, il est à croire qu'il correspond à une de ces deux lettres.
Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle a, elle
précède d'ordinaire les lettres h, i, u, comme dans ah ai au, ou bien elle est
après les lettres l, m, n, s, t, comme dans la, ma, sa, ta.
Des diphthongues, ai, au, eu, oi, ou, la dernière est celle qui revient le
plus souvent, surtout dans les mots de quatre syllabes.
Lorsque la lettre e est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se termine
d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, r ou s.
Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est habituellement
d'un e.
Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes b, f, g, h, p, q.
Page 109
Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de peine au
déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois comme dans été, ici,
non, ses.
Supposons que vous avez découvert le monosyllabe le et que vous ayez
un autre mot de trois lettres dont les premières sont l et e, vous jugerez que
la troisième est un s, attendu qu'elle est la seule qui, dans un mot de trois
lettres, puisse aller après le monosyllabe le et former le mot les. Dès que
vous serez parvenu à connaître ce mot les, si vous trouvez un mot dont les
deux premiers signes soient un e et un s, vous en conclurez que le troisième,
qui vous est encore inconnu, doit être la lettre t, et que ces trois signes
expriment le mot: est.
Ayant découvert la lettre s, vous examinerez si elle ne se trouve pas
précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la lettre e, que
vous connaissez déjà. Alors ce sera nécessairement un a ou un i. Pour vous
en assurer, voyez si, dans d'autres endroits, ce dernier signe ne précède pas,
dans un autre mot de deux lettres, la lettre l; en ce cas, vous serez certain
que c'est un i. Si, au contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe
suit la lettre l, vous en conclurez qu'il désigne l'a.
Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou lettres,
savoir les trois voyelles a e i, et les trois consonnes l s t, elles vous
conduiront à découvrir des mots composés d'un plus grand nombre de
lettres, tels, par exemple, que le mot lettre, où tout se trouvera connu,
excepté la lettre r, lettre que dès ce moment vous pourrez ajouter à celles
que vous connaissez déjà. Le mot cette, où tout sera connu excepté la lettre
c, le mot ville où la lettre v seule était encore un mystère, se révéleront d'une
façon analogue.
Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous
trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont les
lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà connues pour en
former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par ce procédé, une clef
qui servira à déchiffrer aisément toute la dépêche.
Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit d'avoir en
vue pour divers idiomes européens.
déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois comme dans été, ici,
non, ses.
Supposons que vous avez découvert le monosyllabe le et que vous ayez
un autre mot de trois lettres dont les premières sont l et e, vous jugerez que
la troisième est un s, attendu qu'elle est la seule qui, dans un mot de trois
lettres, puisse aller après le monosyllabe le et former le mot les. Dès que
vous serez parvenu à connaître ce mot les, si vous trouvez un mot dont les
deux premiers signes soient un e et un s, vous en conclurez que le troisième,
qui vous est encore inconnu, doit être la lettre t, et que ces trois signes
expriment le mot: est.
Ayant découvert la lettre s, vous examinerez si elle ne se trouve pas
précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la lettre e, que
vous connaissez déjà. Alors ce sera nécessairement un a ou un i. Pour vous
en assurer, voyez si, dans d'autres endroits, ce dernier signe ne précède pas,
dans un autre mot de deux lettres, la lettre l; en ce cas, vous serez certain
que c'est un i. Si, au contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe
suit la lettre l, vous en conclurez qu'il désigne l'a.
Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou lettres,
savoir les trois voyelles a e i, et les trois consonnes l s t, elles vous
conduiront à découvrir des mots composés d'un plus grand nombre de
lettres, tels, par exemple, que le mot lettre, où tout se trouvera connu,
excepté la lettre r, lettre que dès ce moment vous pourrez ajouter à celles
que vous connaissez déjà. Le mot cette, où tout sera connu excepté la lettre
c, le mot ville où la lettre v seule était encore un mystère, se révéleront d'une
façon analogue.
Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous
trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont les
lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà connues pour en
former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par ce procédé, une clef
qui servira à déchiffrer aisément toute la dépêche.
Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit d'avoir en
vue pour divers idiomes européens.
Page 110
En anglais, l'e est la voyelle qui revient le plus fréquemment; elle est
assez souvent suivie d'un a comme dans earl (comte), great, reason. L'o est
commun dans les mots formés de deux lettres; il est maintes fois
accompagné du w, comme dans grow, know, narrowly. L'y se rencontre
souvent à la fin des mots et presque jamais au milieu. L'article indéclinable
the (le, la, les) reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve
à la fin des mots, sont ll et ss.
En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre
voyelles, a, e, i, o; l'u est rare en pareil cas. Che est le plus fréquent des
mots composés de trois lettres, et aucun d'eux, si ce n'est gli, n'offre un l
pour lettre du milieu.
La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que
arrepentimiento, verdaderamente. La voyelle o est celle qui est la plus
fréquente; à la fin des mots, elle est souvent accompagnée de l's, comme
dans nosotros, votos. Au milieu des mots, u est fréquemment suivi d'un e;
vuestro, ruego.
Passons à l'allemand. L'e est la voyelle la plus usitée; elle se présente
fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils finissent en er,
es, en ou et. L'n est la consonne qui revient le plus souvent; l'a n'est jamais
à la fin d'un mot composé de trois lettres; la consonne c est toujours liée au
h ou au k. Il n'y a qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation
o! On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en enn,
wenn et denn. Presque tous les mots de quatre lettres commencent par une
consonne qu'accompagne une voyelle, exemples: bald, dein, doch, etwn,
Hand.
C. A. Kortum, dans ses Principes (en allemand) de la science du
déchiffrement des écrits chiffrés en langue allemande, donne à ce sujet de
très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici, et il soumet aux
règles qu'il expose deux dépêches chiffrées.
La première ne présente que des lettres:
Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu
Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu....
assez souvent suivie d'un a comme dans earl (comte), great, reason. L'o est
commun dans les mots formés de deux lettres; il est maintes fois
accompagné du w, comme dans grow, know, narrowly. L'y se rencontre
souvent à la fin des mots et presque jamais au milieu. L'article indéclinable
the (le, la, les) reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve
à la fin des mots, sont ll et ss.
En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre
voyelles, a, e, i, o; l'u est rare en pareil cas. Che est le plus fréquent des
mots composés de trois lettres, et aucun d'eux, si ce n'est gli, n'offre un l
pour lettre du milieu.
La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que
arrepentimiento, verdaderamente. La voyelle o est celle qui est la plus
fréquente; à la fin des mots, elle est souvent accompagnée de l's, comme
dans nosotros, votos. Au milieu des mots, u est fréquemment suivi d'un e;
vuestro, ruego.
Passons à l'allemand. L'e est la voyelle la plus usitée; elle se présente
fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils finissent en er,
es, en ou et. L'n est la consonne qui revient le plus souvent; l'a n'est jamais
à la fin d'un mot composé de trois lettres; la consonne c est toujours liée au
h ou au k. Il n'y a qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation
o! On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en enn,
wenn et denn. Presque tous les mots de quatre lettres commencent par une
consonne qu'accompagne une voyelle, exemples: bald, dein, doch, etwn,
Hand.
C. A. Kortum, dans ses Principes (en allemand) de la science du
déchiffrement des écrits chiffrés en langue allemande, donne à ce sujet de
très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici, et il soumet aux
règles qu'il expose deux dépêches chiffrées.
La première ne présente que des lettres:
Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu
Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu....
Page 111
La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de chiffres et
les mots ne sont pas séparés:
64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13......
En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à découvrir
successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont connues, elles
sont d'un secours pour arriver à connaître les autres.
Les règles pour le déchiffrement, telles qu'elles ont été exposées par
divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins d'abondance de
certaines lettres dans les mots, et sur leur rapprochement. Afin de dérouter
les conjectures, il faut, lorsqu'on chiffre des dépêches, écrire les mots sans
aucune séparation, entremêler des mots pris dans une langue avec d'autres
mots empruntés à un idiome différent et ne point se conformer
scrupuleusement aux règles de l'orthographe.
En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois d'avoir
soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur leur
signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont la non-valeur
est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre tous ses efforts
infructueux.
C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être bornées à
l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés dans l'ordre habituel
et orthographique des mots, que des personnes qui croyaient avoir
parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées de voir que leur
secret n'en était pas un.
Voici un fait de ce genre.
M. Decremps, auteur de la Magie blanche dévoilée, se vantait de parvenir
promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin de l'éprouver, un
de ses amis lui adressa un jour quelques lignes qu'il avait écrites en
caractères dont il avait fait choix. M. Decremps, en étudiant le retour plus
ou moins fréquent de ces caractères, en cherchant de quelle façon ils se
montraient groupés entre eux, reconnut qu'ils représentaient les diverses
lettres de l'alphabet; il trouva successivement qu'un oiseau exprimait la
les mots ne sont pas séparés:
64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13......
En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à découvrir
successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont connues, elles
sont d'un secours pour arriver à connaître les autres.
Les règles pour le déchiffrement, telles qu'elles ont été exposées par
divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins d'abondance de
certaines lettres dans les mots, et sur leur rapprochement. Afin de dérouter
les conjectures, il faut, lorsqu'on chiffre des dépêches, écrire les mots sans
aucune séparation, entremêler des mots pris dans une langue avec d'autres
mots empruntés à un idiome différent et ne point se conformer
scrupuleusement aux règles de l'orthographe.
En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois d'avoir
soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur leur
signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont la non-valeur
est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre tous ses efforts
infructueux.
C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être bornées à
l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés dans l'ordre habituel
et orthographique des mots, que des personnes qui croyaient avoir
parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées de voir que leur
secret n'en était pas un.
Voici un fait de ce genre.
M. Decremps, auteur de la Magie blanche dévoilée, se vantait de parvenir
promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin de l'éprouver, un
de ses amis lui adressa un jour quelques lignes qu'il avait écrites en
caractères dont il avait fait choix. M. Decremps, en étudiant le retour plus
ou moins fréquent de ces caractères, en cherchant de quelle façon ils se
montraient groupés entre eux, reconnut qu'ils représentaient les diverses
lettres de l'alphabet; il trouva successivement qu'un oiseau exprimait la
Page 112
lettre a; que l'e était rendu par une tête vue de profil, et l'i par la figure d'un
verre à patte. Muni de cette clef, il découvrit bien vite qu'on lui avait
adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une des odes d'Anacréon,
et il causa à son ami l'étonnement le plus vif, en prouvant que ce que ce
dernier avait cru parfaitement caché était dévoilé.
verre à patte. Muni de cette clef, il découvrit bien vite qu'on lui avait
adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une des odes d'Anacréon,
et il causa à son ami l'étonnement le plus vif, en prouvant que ce que ce
dernier avait cru parfaitement caché était dévoilé.
Page 113
CHAPITRE VIII.
DES ÉCRITURES OCCULTES.
On donne le nom d'encre de sympathie aux substances dont on fait usage,
qui ne laissent point de traces sur le papier et qui apparaissent derechef,
lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers procédés.
Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire attention à ce
que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse donner lieu à
quelque soupçon. Le papier doit conserver sa couleur et son éclat habituels.
Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent être conçues de manière que
le lecteur, sous les yeux de qui elles tomberaient, n'ait aucune raison de
croire qu'elles n'expriment pas réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles
n'appartiennent pas à une correspondance sérieuse. On tracera sur les
marges, entre les lignes ou sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on
veut communiquer en secret.
Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent
invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les rendre au
jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils puissent être lus
nettement et sans difficulté.
On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit dans
le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a des passages
tracés en encre de sympathie. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que ce
signe doit être mis de manière à échapper aisément aux regards des curieux
et à n'offrir aucune importance apparente.
Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux quelque
poudre.
DES ÉCRITURES OCCULTES.
On donne le nom d'encre de sympathie aux substances dont on fait usage,
qui ne laissent point de traces sur le papier et qui apparaissent derechef,
lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers procédés.
Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire attention à ce
que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse donner lieu à
quelque soupçon. Le papier doit conserver sa couleur et son éclat habituels.
Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent être conçues de manière que
le lecteur, sous les yeux de qui elles tomberaient, n'ait aucune raison de
croire qu'elles n'expriment pas réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles
n'appartiennent pas à une correspondance sérieuse. On tracera sur les
marges, entre les lignes ou sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on
veut communiquer en secret.
Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent
invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les rendre au
jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils puissent être lus
nettement et sans difficulté.
On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit dans
le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a des passages
tracés en encre de sympathie. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que ce
signe doit être mis de manière à échapper aisément aux regards des curieux
et à n'offrir aucune importance apparente.
Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux quelque
poudre.
Page 114
On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec tous
les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou bien avec de
la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses.
On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte la
feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée; du charbon
pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse, peuvent servir à cet
usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont été tracées et elle la fait
revivre.
Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand jour.
L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui
apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de l'air. On
obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans de l'acide
nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide deviennent verdâtres,
lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de manière à recevoir les rayons du
soleil, ils se montrent d'un noir rougeâtre.
On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le papier
est fortement échauffé.
Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre;
Avec du jus de cerise, verdâtre;
Avec du jus d'oignon, noirâtre;
Avec du jus de citron, brun;
Le vinaigre donne une couleur rouge pâle;
Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique affaibli dans une
certaine quantité d'eau.
Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés avec
plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie de
différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former des
caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier auquel on les a
les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou bien avec de
la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses.
On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte la
feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée; du charbon
pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse, peuvent servir à cet
usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont été tracées et elle la fait
revivre.
Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand jour.
L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui
apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de l'air. On
obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans de l'acide
nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide deviennent verdâtres,
lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de manière à recevoir les rayons du
soleil, ils se montrent d'un noir rougeâtre.
On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le papier
est fortement échauffé.
Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre;
Avec du jus de cerise, verdâtre;
Avec du jus d'oignon, noirâtre;
Avec du jus de citron, brun;
Le vinaigre donne une couleur rouge pâle;
Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique affaibli dans une
certaine quantité d'eau.
Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés avec
plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie de
différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former des
caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier auquel on les a
Page 115
confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé dans l'eau. Écrivez
avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le papier dont vous vous êtes
servi et présentez-le au jour: vous distinguerez très-bien ce qui était
invisiblement écrit; les caractères seront beaucoup plus obscurs que le reste
du papier, et il leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber.
En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de trois
portions d'eau, on obtient des caractères qui ne paraissent pas, lorsque le
papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche, ils disparaissent. Ils
pourront devenir visibles une seconde et même une troisième fois.
Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les humecte
avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de vitriol ou de
couperose donne des caractères qui se montrent à l'œil, lorsqu'on frotte le
papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont voici la composition:
noix de galle concassées et mises dans de l'eau ou du vin blanc. On obtient
le même résultat, en plaçant cette écriture invisible entre deux papiers
légèrement imbibés de cette dernière dissolution; il faut que le tout soit
enfermé et serré dans un livre pendant quelques moments.
Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au
moyen d'autres caractères que l'on trace dessus en se servant d'une encre
formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau. Quant on passe
l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la place celle qui était
invisible.
L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture, qui,
une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il suffit d'imbiber le
papier de jus de citron ou de verjus, et alors elle paraîtra d'un blanc de lait
qui ressortira sur la blancheur du papier.
Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu éclatant,
si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert.
Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau pure,
fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant, lorsqu'on veille à
tenir le papier renfermé et à le soustraire à l'influence du grand air. Ces
avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le papier dont vous vous êtes
servi et présentez-le au jour: vous distinguerez très-bien ce qui était
invisiblement écrit; les caractères seront beaucoup plus obscurs que le reste
du papier, et il leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber.
En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de trois
portions d'eau, on obtient des caractères qui ne paraissent pas, lorsque le
papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche, ils disparaissent. Ils
pourront devenir visibles une seconde et même une troisième fois.
Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les humecte
avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de vitriol ou de
couperose donne des caractères qui se montrent à l'œil, lorsqu'on frotte le
papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont voici la composition:
noix de galle concassées et mises dans de l'eau ou du vin blanc. On obtient
le même résultat, en plaçant cette écriture invisible entre deux papiers
légèrement imbibés de cette dernière dissolution; il faut que le tout soit
enfermé et serré dans un livre pendant quelques moments.
Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au
moyen d'autres caractères que l'on trace dessus en se servant d'une encre
formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau. Quant on passe
l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la place celle qui était
invisible.
L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture, qui,
une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il suffit d'imbiber le
papier de jus de citron ou de verjus, et alors elle paraîtra d'un blanc de lait
qui ressortira sur la blancheur du papier.
Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu éclatant,
si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert.
Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau pure,
fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant, lorsqu'on veille à
tenir le papier renfermé et à le soustraire à l'influence du grand air. Ces
Page 116
mêmes caractères, exposés au soleil, reparaîtront au bout d'une heure ou
deux.
Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut employer
des plumes neuves et affectées à cet usage spécial.
Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point oublié
les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement qu'il faut
«escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du camphre,
destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du papier, qu'il faut
tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir et l'escriture demeure
blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que le papier roussisse et l'encre
s'offusque; le mesme faict le jus d'oignon et l'eau encore toute simple. Si
l'on trasse quelque chose sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict
ou de l'urine, en jectant de la cendre dessus, elle y adhère et monstre ce qui
y aura été desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre
lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc; frottez le
papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou de couperose:
l'escriture apparoistra noire.
«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un œuf, avec la
pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre dedans de
petits billets de papier escris des deux costez, de la largeur de l'ouverture,
non plus grande que de petit doigt et y en peult assez tenir. Puis, on la
replastre avec de la craye ou ceruse, et de la chaulx vive empastées avec de
la glaise. Si qu'il seroit bien malaisé d'y rien remarquer ne connoistre, quand
bien mesme on les aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en
leur substance, sans que rien paroisse dehors.
«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé, destrempé
en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout deviendra blanc. On
brusle d'autre part de la paille de froment qu'on estend en un linge, sur quoy
on passe de l'eau tiedde par tant de fois qu'elle ait emporté toute la noirceur
de la paille: puis, on escrit de cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite,
ce qu'on ne veut pas tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce
qui apparoit manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait tremper
des noix de galle concassées grossièrement, tant que l'eau-de-vie en ait
attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé dedans; l'escriture
deux.
Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut employer
des plumes neuves et affectées à cet usage spécial.
Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point oublié
les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement qu'il faut
«escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du camphre,
destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du papier, qu'il faut
tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir et l'escriture demeure
blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que le papier roussisse et l'encre
s'offusque; le mesme faict le jus d'oignon et l'eau encore toute simple. Si
l'on trasse quelque chose sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict
ou de l'urine, en jectant de la cendre dessus, elle y adhère et monstre ce qui
y aura été desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre
lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc; frottez le
papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou de couperose:
l'escriture apparoistra noire.
«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un œuf, avec la
pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre dedans de
petits billets de papier escris des deux costez, de la largeur de l'ouverture,
non plus grande que de petit doigt et y en peult assez tenir. Puis, on la
replastre avec de la craye ou ceruse, et de la chaulx vive empastées avec de
la glaise. Si qu'il seroit bien malaisé d'y rien remarquer ne connoistre, quand
bien mesme on les aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en
leur substance, sans que rien paroisse dehors.
«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé, destrempé
en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout deviendra blanc. On
brusle d'autre part de la paille de froment qu'on estend en un linge, sur quoy
on passe de l'eau tiedde par tant de fois qu'elle ait emporté toute la noirceur
de la paille: puis, on escrit de cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite,
ce qu'on ne veut pas tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce
qui apparoit manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait tremper
des noix de galle concassées grossièrement, tant que l'eau-de-vie en ait
attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé dedans; l'escriture
Page 117
apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se descouvrir, noire comme est
la commune. En quoy il y a certain secret qu'il ne m'a pas semblé devoir
divulguer, non plus que d'une autre manière d'encre qui s'efface d'elle-
mesme en quinze jours ou trois sepmaines, composée de pierre de touche,
sablon d'Estampes, sang de pigeon, noix de galle et autres ingrediens,
mesme de l'huille de tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y
adjoustant un peu d'encre affoiblie avecques de l'eau.»
De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple
d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de l'eau-forte
imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture ne soit visible que
pendant quelques jours, il faut employer, pour écrire sur la peau, une
dissolution d'argent ou de cuivre dans de l'eau-forte, et cette opération peut
se faire sur un homme endormi, sans qu'il le sache.
Résumons les autres détails dans lesquels cet auteur et ses émules entrent
à l'égard du sujet qui nous occupe.
L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en passant
par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac, avec la chaux
ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche.
Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire, Porta
indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de bouc sur du
marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles; plongez le marbre
dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ. Imprimez sur un bois
tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou autre, des caractères, à la
profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce bois à la presse jusqu'à ce que le
creux ait entièrement disparu et qu'on ne voie plus de traces de lettres; celui
à qui vous enverrez ce morceau de bois lira l'écriture en le plongeant dans
l'eau.
Enduisez un œuf de cire; écrivez dessus, de manière à pénétrer jusqu'à la
coquille sans l'endommager; tenez l'œuf pendant une nuit dans une
dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, enlevez la cire, écaillez
l'œuf et mettez la coquille entre votre œil et la lumière, les lettres paraissent
plus transparentes et très-lisibles. La même chose a lieu en écrivant avec du
jus de citron, qui amollit la coquille de l'œuf: faites durcir un œuf, enduisez-
la commune. En quoy il y a certain secret qu'il ne m'a pas semblé devoir
divulguer, non plus que d'une autre manière d'encre qui s'efface d'elle-
mesme en quinze jours ou trois sepmaines, composée de pierre de touche,
sablon d'Estampes, sang de pigeon, noix de galle et autres ingrediens,
mesme de l'huille de tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y
adjoustant un peu d'encre affoiblie avecques de l'eau.»
De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple
d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de l'eau-forte
imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture ne soit visible que
pendant quelques jours, il faut employer, pour écrire sur la peau, une
dissolution d'argent ou de cuivre dans de l'eau-forte, et cette opération peut
se faire sur un homme endormi, sans qu'il le sache.
Résumons les autres détails dans lesquels cet auteur et ses émules entrent
à l'égard du sujet qui nous occupe.
L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en passant
par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac, avec la chaux
ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche.
Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire, Porta
indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de bouc sur du
marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles; plongez le marbre
dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ. Imprimez sur un bois
tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou autre, des caractères, à la
profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce bois à la presse jusqu'à ce que le
creux ait entièrement disparu et qu'on ne voie plus de traces de lettres; celui
à qui vous enverrez ce morceau de bois lira l'écriture en le plongeant dans
l'eau.
Enduisez un œuf de cire; écrivez dessus, de manière à pénétrer jusqu'à la
coquille sans l'endommager; tenez l'œuf pendant une nuit dans une
dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, enlevez la cire, écaillez
l'œuf et mettez la coquille entre votre œil et la lumière, les lettres paraissent
plus transparentes et très-lisibles. La même chose a lieu en écrivant avec du
jus de citron, qui amollit la coquille de l'œuf: faites durcir un œuf, enduisez-
Page 118
le de cire, gravez sur la cire des lettres qui laissent la coquille à découvert;
mettez l'œuf dans une liqueur faite avec des noix de galle et de l'alun broyés
ensemble; ensuite passez-le dans de fort vinaigre: les caractères pénétreront
plus avant; ôtez la coquille, et vous verrez sur le blanc de l'œuf de belles
lettres couleur de safran.
Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de citron, ou
de coing, ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces lettres sont sèches,
on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes, avec de l'encre, des choses
indifférentes, afin de dérouter tout soupçon. En approchant la lettre du feu,
l'écriture cachée devient lisible. Broyez du sel ammoniac, mêlez-le dans
l'eau, écrivez avec cette liqueur: l'écriture paraîtra de la même couleur que
le papier; approchez-le du feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec
du jus de cerises, l'écriture paraîtra verte au feu.
Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de l'eau
seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient invisible, en
séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau pour faire revivre
l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec une eau de vitriol distillée ne
devient visible qu'en plongeant le papier dans une infusion de noix de galle
avec du verjus ou du vin, On broie aussi de la litharge que l'on met dans du
vinaigre mêlé d'eau; on passe la décoction à la chausse, et on la met à part;
on trace ensuite, sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute autre
matière, avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs, n'ont aucune
apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de litharge, les
caractères paraissent blancs comme du lait.
Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de
sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il fait
mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel, lettre qui
renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se trouvait rien d'écrit.
Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette missive, disant que «la
feuille de papier estoyt escripte, mais l'estoyt par telle subtilité que l'on n'y
voyoit point d'escripture.
«Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt faicte avec du sel
ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans l'eaue pour sçavoir si la
mettez l'œuf dans une liqueur faite avec des noix de galle et de l'alun broyés
ensemble; ensuite passez-le dans de fort vinaigre: les caractères pénétreront
plus avant; ôtez la coquille, et vous verrez sur le blanc de l'œuf de belles
lettres couleur de safran.
Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de citron, ou
de coing, ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces lettres sont sèches,
on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes, avec de l'encre, des choses
indifférentes, afin de dérouter tout soupçon. En approchant la lettre du feu,
l'écriture cachée devient lisible. Broyez du sel ammoniac, mêlez-le dans
l'eau, écrivez avec cette liqueur: l'écriture paraîtra de la même couleur que
le papier; approchez-le du feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec
du jus de cerises, l'écriture paraîtra verte au feu.
Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de l'eau
seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient invisible, en
séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau pour faire revivre
l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec une eau de vitriol distillée ne
devient visible qu'en plongeant le papier dans une infusion de noix de galle
avec du verjus ou du vin, On broie aussi de la litharge que l'on met dans du
vinaigre mêlé d'eau; on passe la décoction à la chausse, et on la met à part;
on trace ensuite, sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute autre
matière, avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs, n'ont aucune
apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de litharge, les
caractères paraissent blancs comme du lait.
Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de
sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il fait
mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel, lettre qui
renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se trouvait rien d'écrit.
Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette missive, disant que «la
feuille de papier estoyt escripte, mais l'estoyt par telle subtilité que l'on n'y
voyoit point d'escripture.
«Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt faicte avec du sel
ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans l'eaue pour sçavoir si la
Page 119
lettre estoyt escripte du suc de tithymale. Puys, la monstra à la chandelle, si
elle estoyt point escripte du jus d'oignons blancz.
«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle estoyt point
escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de laict de femme
alaictant sa fille première née, pour veoir si elle estoyt poinct escripte de
sang de rabettes. Puys, en frotta un coing de cendres d'ung nid d'arondelles,
pour veoir si elle estoyt escripte de rosée qu'on trouve dans les pommes
d'alicacahut. Puys, en frotta ung aultre bout de la sanie des aureilles, pour
veoir si elle estoyt escripte du fiel de corbeau. Puys, la trempa en vinaigre,
pour veoir si elle estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge
de souris chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de baleine,
qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans un bassin
d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle estoyt escripte avec alun
de plume.»
Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois auteurs
auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants travaux: «Messere
Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la manière de lire les lettres
non apparentes; Zoroaster, dans son traité peri grammaton acriton, et
Calphurnius Bassus, de litteris illegibilibus.»
Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait inconnus; il
faut donc assigner à l'imagination de maître François le mérite de les avoir
créés.
elle estoyt point escripte du jus d'oignons blancz.
«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle estoyt point
escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de laict de femme
alaictant sa fille première née, pour veoir si elle estoyt poinct escripte de
sang de rabettes. Puys, en frotta un coing de cendres d'ung nid d'arondelles,
pour veoir si elle estoyt escripte de rosée qu'on trouve dans les pommes
d'alicacahut. Puys, en frotta ung aultre bout de la sanie des aureilles, pour
veoir si elle estoyt escripte du fiel de corbeau. Puys, la trempa en vinaigre,
pour veoir si elle estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge
de souris chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de baleine,
qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans un bassin
d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle estoyt escripte avec alun
de plume.»
Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois auteurs
auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants travaux: «Messere
Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la manière de lire les lettres
non apparentes; Zoroaster, dans son traité peri grammaton acriton, et
Calphurnius Bassus, de litteris illegibilibus.»
Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait inconnus; il
faut donc assigner à l'imagination de maître François le mérite de les avoir
créés.
Page 120
BIBLIOGRAPHIE
Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux
diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons pas offrir
une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne saurait jamais se flatter
d'atteindre, mais nous espérons du moins ne pas avoir oublié d'écrits d'une
importance réelle. Nous avons adopté l'ordre alphabétique comme étant
celui qui facilite le mieux les recherches.
Anweisung zum Dechiffriren, oder die Kunst verborgene Schriften
aufzulœsen, Helmstadt, 1755, in-8.
Baco (Franc. de Verulamio). De dignitate et augmentis scientiarum,
lib. VI, c. I. Voir ses Opera omnia. Francof., 1665, folio, pag.
147-151.
Becherus (J. J.). Character pro notitia linguarum universali,
invenium steganographicum hactenus inauditum, etc.
Francofurti, 1661, in-8.
Beguelin. Mémoire sur la découverte des lois d'un chiffre de feu le
professeur Hermann, proposé comme absolument
indéchiffrable. Voy. Mémoires de l'Académie royale des
sciences et belles-lettres de Berlin, tom. XIV (1765) pag. 369-
389.
Belot. L'Œuvre des œuvres ou le plus parfait des sciences
stéganographiques, Paris, 1623, in-8.
Bielfeld (J. de), Institutions politiques (la Haye, 1760, in-4), tom. II,
pag. 191.
Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux
diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons pas offrir
une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne saurait jamais se flatter
d'atteindre, mais nous espérons du moins ne pas avoir oublié d'écrits d'une
importance réelle. Nous avons adopté l'ordre alphabétique comme étant
celui qui facilite le mieux les recherches.
Anweisung zum Dechiffriren, oder die Kunst verborgene Schriften
aufzulœsen, Helmstadt, 1755, in-8.
Baco (Franc. de Verulamio). De dignitate et augmentis scientiarum,
lib. VI, c. I. Voir ses Opera omnia. Francof., 1665, folio, pag.
147-151.
Becherus (J. J.). Character pro notitia linguarum universali,
invenium steganographicum hactenus inauditum, etc.
Francofurti, 1661, in-8.
Beguelin. Mémoire sur la découverte des lois d'un chiffre de feu le
professeur Hermann, proposé comme absolument
indéchiffrable. Voy. Mémoires de l'Académie royale des
sciences et belles-lettres de Berlin, tom. XIV (1765) pag. 369-
389.
Belot. L'Œuvre des œuvres ou le plus parfait des sciences
stéganographiques, Paris, 1623, in-8.
Bielfeld (J. de), Institutions politiques (la Haye, 1760, in-4), tom. II,
pag. 191.
Page 121
Breithaupt (Chr.). Disquisitio historica, critica, curiosa de variis
modis occulte scribendi, tum apud veteres quum apud
recentiores usitatis, Helmstadt, 1727, in-8.
—Ars decifratoria sive scientia occultas scripturas solvendi et
legendi, Helmst., 1737, in-8, 32 et 160 pag.
Buerga (A.). Pasilasie oder Grundriss einer allgemeinen Sprache,
Berlin, 1808.
Carlet (J. R. du). La Cryptographie, contenant la manière d'écrire
secrètement, Tolose, 1644, in-12.
Colletet. Traittez des langues estrangères, de leurs alphabets et des
chiffres, Paris, Promé, 1660, in-4.—C'est un abrégé imparfait
du Traité des chiffres de Vigenère, et il aurait tous les
caractères du plagiat si Colletet lui-même n'avait pas prévenu
cette accusation avec une franchise peu commune.
Colorni (Abr.). Scotografia italica, Praga, 1593, in-4.
Comier (d'Ambrun). Traité de la parole, langues et écritures,
contenant la sténographie impénétrable, ou l'Art d'écrire et de
parler occultement de loin et sans soupçon. Bruxelles, 1691,
in-12.
Conradi (Dav. Arn.). Cryptographia denudata, sive ars deciferandi
quæ occulte scripta sunt in quocunque linguarum genere,
Lugd. Bat., 1739, in-8, 73 pag.
Cospi. L'Interprétation des chiffres, ou Reigle (sic) pour bien
entendre et expliquer facilement toutes sortes de chiffres
simples, tiré de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrétaire du
grand-duc de Toscane. Augmenté et accommodé
particulièrement à l'usage des langues française et espagnole,
par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641, in-8, 90 pag.
Crellii (L. C.) Diss. de scytala laconica, Lipsiæ, 1697, in 4.
modis occulte scribendi, tum apud veteres quum apud
recentiores usitatis, Helmstadt, 1727, in-8.
—Ars decifratoria sive scientia occultas scripturas solvendi et
legendi, Helmst., 1737, in-8, 32 et 160 pag.
Buerga (A.). Pasilasie oder Grundriss einer allgemeinen Sprache,
Berlin, 1808.
Carlet (J. R. du). La Cryptographie, contenant la manière d'écrire
secrètement, Tolose, 1644, in-12.
Colletet. Traittez des langues estrangères, de leurs alphabets et des
chiffres, Paris, Promé, 1660, in-4.—C'est un abrégé imparfait
du Traité des chiffres de Vigenère, et il aurait tous les
caractères du plagiat si Colletet lui-même n'avait pas prévenu
cette accusation avec une franchise peu commune.
Colorni (Abr.). Scotografia italica, Praga, 1593, in-4.
Comier (d'Ambrun). Traité de la parole, langues et écritures,
contenant la sténographie impénétrable, ou l'Art d'écrire et de
parler occultement de loin et sans soupçon. Bruxelles, 1691,
in-12.
Conradi (Dav. Arn.). Cryptographia denudata, sive ars deciferandi
quæ occulte scripta sunt in quocunque linguarum genere,
Lugd. Bat., 1739, in-8, 73 pag.
Cospi. L'Interprétation des chiffres, ou Reigle (sic) pour bien
entendre et expliquer facilement toutes sortes de chiffres
simples, tiré de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrétaire du
grand-duc de Toscane. Augmenté et accommodé
particulièrement à l'usage des langues française et espagnole,
par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641, in-8, 90 pag.
Crellii (L. C.) Diss. de scytala laconica, Lipsiæ, 1697, in 4.
Page 122
Dalgarno (George). Ars signorum, vulgo character universalis et
lingua philosophica, Londini, 1667, in-8. Cet écrit a paru à M.
Nodier extrêmement remarquable (voir les Mélanges extraits
d'une petite bibliothèque, pag. 268, et les Notions de
linguistique, 1834, pag. 31). Les ouvrages de Dalgarno ont été
réimprimés à Edimbourg en 1834; la Revue d'Edimbourg, no
124, juillet 1835, leur a consacré un article.
Dlandol. Le Contr'espion ou les clefs de toutes les correspondances
secrètes, Paris, 1794, 66 pag. in-8.
Firmas-Periès (Le comte). Pasitélégraphie, Stuttgard, 1811, in-8.
Forelius (H.). Dissertatio de modis occulte scribendi et præcipue de
scytala laconica, Holmiæ, 1697, in-8.
Friderici (J. B.). Cryptographia, oder geheimer Schriftmund und
wirkliche Correspondenz, Hamburg, 1684, in-4.
Funks (Chr. B.). Natürliche Magie, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y trouve
quelques détails sur l'art de déchiffrer.)
Gerrar (di). Siglarium romanum sive explicatio notarum ac
litterarum, Londres, 1793, in-4.
Godevin (François), évêque d'Hereford, Nuncius inanimatus
Utopiæ, 1629. L'auteur expose mystérieusement les avantages
d'une méthode secrète de correspondance au moyen de signes
convenus.
S'Gravesand, Introductio in philosophiam (Lugd. Bat., 1737). Il y
est question, ch. XXXV, de l'écriture en chiffres.
Grischow (Aug.). Introductio in philologiam generalem, Jenæ,
1704, in-8. Le chap. IV roule sur l'art d'écrire en chiffres avec
rapidité, et sur les moyens de découvrir pareils secrets.
lingua philosophica, Londini, 1667, in-8. Cet écrit a paru à M.
Nodier extrêmement remarquable (voir les Mélanges extraits
d'une petite bibliothèque, pag. 268, et les Notions de
linguistique, 1834, pag. 31). Les ouvrages de Dalgarno ont été
réimprimés à Edimbourg en 1834; la Revue d'Edimbourg, no
124, juillet 1835, leur a consacré un article.
Dlandol. Le Contr'espion ou les clefs de toutes les correspondances
secrètes, Paris, 1794, 66 pag. in-8.
Firmas-Periès (Le comte). Pasitélégraphie, Stuttgard, 1811, in-8.
Forelius (H.). Dissertatio de modis occulte scribendi et præcipue de
scytala laconica, Holmiæ, 1697, in-8.
Friderici (J. B.). Cryptographia, oder geheimer Schriftmund und
wirkliche Correspondenz, Hamburg, 1684, in-4.
Funks (Chr. B.). Natürliche Magie, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y trouve
quelques détails sur l'art de déchiffrer.)
Gerrar (di). Siglarium romanum sive explicatio notarum ac
litterarum, Londres, 1793, in-4.
Godevin (François), évêque d'Hereford, Nuncius inanimatus
Utopiæ, 1629. L'auteur expose mystérieusement les avantages
d'une méthode secrète de correspondance au moyen de signes
convenus.
S'Gravesand, Introductio in philosophiam (Lugd. Bat., 1737). Il y
est question, ch. XXXV, de l'écriture en chiffres.
Grischow (Aug.). Introductio in philologiam generalem, Jenæ,
1704, in-8. Le chap. IV roule sur l'art d'écrire en chiffres avec
rapidité, et sur les moyens de découvrir pareils secrets.
Page 123
Hanedi, Steganologia et Steganographia nova. Geheime, magische,
natürliche Red- und Schreibekunst, Nuremberg (sans date), in-
8, 299 pag. Le véritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter,
professeur de mathématiques à Altorf, mort en 1636.
Hilleri (L. H.) Mysterium artis steganographicæ novissimum,
Ulmæ, 1682, in-8, 478 pag. Un errata de 6 pag. termine le
volume. Cette multitude de fautes contribua sans doute au peu
de succès de ce traité plus ample que celui de Breithaupt, mais
moins méthodique. Il ne s'adapte spécialement qu'au latin, à
l'italien, à l'allemand et au français, et seulement aux chiffres à
clef simple ou dont l'alphabet n'est pas variable. L'auteur avait
donné un aperçu de son travail dans son Opusculum
steganographicum, publié à Tubingue en 1675.
Hindenburg (C. F.). Archiv der reinen und angewandten
Mathematik. (Les cahiers 3 et 5 roulent sur l'art de chiffrer.)
Hottinga (Domin. de). Polygraphie ou méthode universelle de
l'écriture cachée et cabalistique, Groningue, 1620, in-4. C'est
la reproduction textuelle de la traduction de la Polygraphie de
Trithème, publiée en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga
n'a point hésité à donner ce travail comme étant entièrement
son œuvre, et il déclare, dans sa préface, qu'il lui a consacré de
longues et pénibles veilles. Il existe peu d'exemples d'un plagiat
aussi effronté.
Jones. Hieroglyphic or a grammatical introduction to an universal
hieroglyphic language, London, 1768.
Kalmar (Georgius). Præcepta grammatica atque Specimina linguæ
philosophicæ sive universalis ad omne vitæ genus
adcommodatæ. Berolini, 1772, in-4, 56 pag.
Kircheri (Athan.) Artificium cryptographicum, seu abacus
numeralis, dans la Magia universalis de Schott, part. IV, lib. I.
natürliche Red- und Schreibekunst, Nuremberg (sans date), in-
8, 299 pag. Le véritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter,
professeur de mathématiques à Altorf, mort en 1636.
Hilleri (L. H.) Mysterium artis steganographicæ novissimum,
Ulmæ, 1682, in-8, 478 pag. Un errata de 6 pag. termine le
volume. Cette multitude de fautes contribua sans doute au peu
de succès de ce traité plus ample que celui de Breithaupt, mais
moins méthodique. Il ne s'adapte spécialement qu'au latin, à
l'italien, à l'allemand et au français, et seulement aux chiffres à
clef simple ou dont l'alphabet n'est pas variable. L'auteur avait
donné un aperçu de son travail dans son Opusculum
steganographicum, publié à Tubingue en 1675.
Hindenburg (C. F.). Archiv der reinen und angewandten
Mathematik. (Les cahiers 3 et 5 roulent sur l'art de chiffrer.)
Hottinga (Domin. de). Polygraphie ou méthode universelle de
l'écriture cachée et cabalistique, Groningue, 1620, in-4. C'est
la reproduction textuelle de la traduction de la Polygraphie de
Trithème, publiée en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga
n'a point hésité à donner ce travail comme étant entièrement
son œuvre, et il déclare, dans sa préface, qu'il lui a consacré de
longues et pénibles veilles. Il existe peu d'exemples d'un plagiat
aussi effronté.
Jones. Hieroglyphic or a grammatical introduction to an universal
hieroglyphic language, London, 1768.
Kalmar (Georgius). Præcepta grammatica atque Specimina linguæ
philosophicæ sive universalis ad omne vitæ genus
adcommodatæ. Berolini, 1772, in-4, 56 pag.
Kircheri (Athan.) Artificium cryptographicum, seu abacus
numeralis, dans la Magia universalis de Schott, part. IV, lib. I.
Page 124
—Polygraphia seu artificium linguarum, quocum omnibus totius
mundi populis poterit quis correspondere, Rome, 1663, in-
folio, Amsterd., 1680. Cet ouvrage curieux est divisé en trois
parties; la première offre une pasigraphie en écriture
universelle que chacun peut lire dans sa langue. Le principe
d'où il part est un dictionnaire numéroté tel que Becher l'avait
proposé sans l'exécuter; Kircher l'exécuta en petit sur cinq
langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien, l'espagnol).
Son vocabulaire a environ 1,600 mots; les formes variables des
noms et des verbes sont exprimées par des signes de
convention. La seconde partie donne une sténographie plus
ingénieuse que celle de Trithème. La troisième partie concerne
l'invention d'une boîte ou bureau stéganographique pour écrire
ou lire très-promptement en chiffre quelconque.
Klüber (Lud.). Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst,
Tubingue, 1809, in-8, 470 p.
Kortum (C. A.). Anfangsgründe der Entzifferungskunst deutscher
Zifferschriften, Duisburg, 1782, in-8, 144 pag.
Langage (Le) muet, ou l'Art de faire l'amour sans se parler, sans
écrire et sans se voir, Middelbourg, 1688, in-12.
Latour (Charlotte de). Le Langage des fleurs, Paris, 1820; 6e éd.,
1845, in-12, 328 p. (L'auteur de cet ouvrage, en prose et en
vers, est M. Aimé Martin.)
Leibnitz. Historia et commendatio linguæ characteristicæ
universalis, dans ses Œuvres posthumes, éditées par Rashe, 144
pag.
(Lemang). Die Kunst der Geheimschreiberei,... im. G. L. Leipzig,
1797, in-4, 40 pag.
Lennep (D. J. de). Dissert. de M. Tullio Tirone, Amsterdam, 1804.
mundi populis poterit quis correspondere, Rome, 1663, in-
folio, Amsterd., 1680. Cet ouvrage curieux est divisé en trois
parties; la première offre une pasigraphie en écriture
universelle que chacun peut lire dans sa langue. Le principe
d'où il part est un dictionnaire numéroté tel que Becher l'avait
proposé sans l'exécuter; Kircher l'exécuta en petit sur cinq
langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien, l'espagnol).
Son vocabulaire a environ 1,600 mots; les formes variables des
noms et des verbes sont exprimées par des signes de
convention. La seconde partie donne une sténographie plus
ingénieuse que celle de Trithème. La troisième partie concerne
l'invention d'une boîte ou bureau stéganographique pour écrire
ou lire très-promptement en chiffre quelconque.
Klüber (Lud.). Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst,
Tubingue, 1809, in-8, 470 p.
Kortum (C. A.). Anfangsgründe der Entzifferungskunst deutscher
Zifferschriften, Duisburg, 1782, in-8, 144 pag.
Langage (Le) muet, ou l'Art de faire l'amour sans se parler, sans
écrire et sans se voir, Middelbourg, 1688, in-12.
Latour (Charlotte de). Le Langage des fleurs, Paris, 1820; 6e éd.,
1845, in-12, 328 p. (L'auteur de cet ouvrage, en prose et en
vers, est M. Aimé Martin.)
Leibnitz. Historia et commendatio linguæ characteristicæ
universalis, dans ses Œuvres posthumes, éditées par Rashe, 144
pag.
(Lemang). Die Kunst der Geheimschreiberei,... im. G. L. Leipzig,
1797, in-4, 40 pag.
Lennep (D. J. de). Dissert. de M. Tullio Tirone, Amsterdam, 1804.
Page 125
Lindner (Sam.). Elementa artis decifratoriæ, Regiomontani, 1770,
in-8.
Mysterienbuch alter und neuer Zeit, oder Anleitung geheimer
Schriften zu lesen, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag.
Neyrin (J. P.). Principes du droit des gens. (Brunswick, 1783, in-8),
pag. 160 et suiv.
Nouveau Traité de diplomatique, par deux religieux bénédictins (D.
Toussaint et D. Tassin). Paris, 1750-65. 6 vol. in-4. Voy. tom.
III, p. 499-622.
Niethammer (J. M.). Ueber Pasigraphie und Ideographie, Nurnberg,
1808, in-8.
Nouvelle Découverte d'une langue universelle pour les négociants,
Paris, 1687, in-12.
Opus novum, præfectis arcium, imperatoribus exercituum,
exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis
industriæ et litteraturæ studiosis, principibus maxime
utilissimum pro cipharis lingua latina, græca, italica et quavis
alia multiformiter describentibus interpretandisque. (En latin et
en italien, in-8, 44 feuillets.) À la fin on lit: Impressum Romæ,
anno MDXXVI. Au second feuillet, l'auteur se donne le nom de
Jacques Silvestre, citoyen de Florence.
Ozanam (Jacques). Récréations mathématiques et physiques, 1778,
4 vol. in-8. On y trouve diverses méthodes de Sténographie.
Pancirolli (Guidonis). Rerum memorabilium sive deperditarum
commentarius, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv.
Polizeischrift, geheime, des Grafen von Vergennes, 1793, in-8, 46
pag.
in-8.
Mysterienbuch alter und neuer Zeit, oder Anleitung geheimer
Schriften zu lesen, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag.
Neyrin (J. P.). Principes du droit des gens. (Brunswick, 1783, in-8),
pag. 160 et suiv.
Nouveau Traité de diplomatique, par deux religieux bénédictins (D.
Toussaint et D. Tassin). Paris, 1750-65. 6 vol. in-4. Voy. tom.
III, p. 499-622.
Niethammer (J. M.). Ueber Pasigraphie und Ideographie, Nurnberg,
1808, in-8.
Nouvelle Découverte d'une langue universelle pour les négociants,
Paris, 1687, in-12.
Opus novum, præfectis arcium, imperatoribus exercituum,
exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis
industriæ et litteraturæ studiosis, principibus maxime
utilissimum pro cipharis lingua latina, græca, italica et quavis
alia multiformiter describentibus interpretandisque. (En latin et
en italien, in-8, 44 feuillets.) À la fin on lit: Impressum Romæ,
anno MDXXVI. Au second feuillet, l'auteur se donne le nom de
Jacques Silvestre, citoyen de Florence.
Ozanam (Jacques). Récréations mathématiques et physiques, 1778,
4 vol. in-8. On y trouve diverses méthodes de Sténographie.
Pancirolli (Guidonis). Rerum memorabilium sive deperditarum
commentarius, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv.
Polizeischrift, geheime, des Grafen von Vergennes, 1793, in-8, 46
pag.
Page 126
Porta (J. B.). De furtivis litterarum notis vulgo de ziferis libri
quinque, Neapoli, 1563, in-4. Autres éditions: Londres, 1591,
in-4.—Montbelliard, 1593, in-8.—Naples, 1602, in-folio.—
Strasbourg, 1603, in-8.
— Magia naturalis, Naples, 1558.—Anvers, 1561.—Naples, 1589.
—Leyde, 1644 et 1651. Il est question, dans le livre XVI, de
l'art de chiffrer.
Prasse (M. de). De reticulis cryptographicis, Lipsiæ, 1799, in-4, 14
pag.
Ramsay (C. A.). Art d'écrire aussi vite qu'on parle, Paris, 1783, in-
12. L'original est en latin; il parut dès 1678 et fut réimprimé
avec une version française (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis
cette dernière date, ce livre a été souvent réimprimé en France
et à l'étranger, dans la fin du dix-septième siècle. Les anciennes
éditions portaient pour titre: Tacheographie ou l'Art d'écrire,
etc. On en connaît une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-
8.
Sarpe, Prolegomena ad tachygraphiam romanam, Rostock, 1829,
in-4.
Schmidt (J. M.). Vollstændiges wissenschaftliches
Gedankenverzeichniss zum Behuf einer allgemeinen
Schriftsprache, Dillingen, 1807, in-8.
— Grundsætze für eine allgemeine Schriftlehre, 1816-1818, 2 vol.
in-8.
Schott (Gaspard). Schola steganographica in classes octo
distributa, Nuremberg, 1665, in-4. D'autres éditions de 1666 et
de 1680 sont indiquées par les bibliographes.
— Thaumaturgus physicus seu magia universalis naturæ et artis,
1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrième
volume de cet ouvrage curieux, des notions détaillées sur les
quinque, Neapoli, 1563, in-4. Autres éditions: Londres, 1591,
in-4.—Montbelliard, 1593, in-8.—Naples, 1602, in-folio.—
Strasbourg, 1603, in-8.
— Magia naturalis, Naples, 1558.—Anvers, 1561.—Naples, 1589.
—Leyde, 1644 et 1651. Il est question, dans le livre XVI, de
l'art de chiffrer.
Prasse (M. de). De reticulis cryptographicis, Lipsiæ, 1799, in-4, 14
pag.
Ramsay (C. A.). Art d'écrire aussi vite qu'on parle, Paris, 1783, in-
12. L'original est en latin; il parut dès 1678 et fut réimprimé
avec une version française (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis
cette dernière date, ce livre a été souvent réimprimé en France
et à l'étranger, dans la fin du dix-septième siècle. Les anciennes
éditions portaient pour titre: Tacheographie ou l'Art d'écrire,
etc. On en connaît une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-
8.
Sarpe, Prolegomena ad tachygraphiam romanam, Rostock, 1829,
in-4.
Schmidt (J. M.). Vollstændiges wissenschaftliches
Gedankenverzeichniss zum Behuf einer allgemeinen
Schriftsprache, Dillingen, 1807, in-8.
— Grundsætze für eine allgemeine Schriftlehre, 1816-1818, 2 vol.
in-8.
Schott (Gaspard). Schola steganographica in classes octo
distributa, Nuremberg, 1665, in-4. D'autres éditions de 1666 et
de 1680 sont indiquées par les bibliographes.
— Thaumaturgus physicus seu magia universalis naturæ et artis,
1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrième
volume de cet ouvrage curieux, des notions détaillées sur les
Page 127
divers moyens imaginés par les anciens et les modernes, pour
se communiquer leurs pensées à l'aide de l'écriture secrète.
Seleni, Gustavi (id est, Augusti, ducis Brunsvicensis),
Cryptomenyticis et Cryptographiæ libri IX, in quibus et
planissima Steganographiæ J. Trithemii enodatio traditur,
inspersis ubique auctoris et aliorum non contemnendis
inventis, Luneburgi, 1624, in-folio.
Solbrit (Dav.). Ratio scribendi per zifras, 1726, in-8.
— Allgemeine Schrift oder Art durch Ziffern zu schreiben, Coburg,
1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin précédent.
Steganographia recens detecta, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgré son
titre latin, cet ouvrage est en allemand (semblable circonstance
n'est pas rare pour d'anciens écrits publiés au delà du Rhin).
L'auteur a gardé l'anonyme, mais il a signé la préface des lettres
C. W. P.
Stein (A.). Ueber Schriftsprache und Pasigraphie, München, 1809,
in-8.
Stieler (C. von). Deutsche Secretariatskunst. Nuremberg, 1678, in-
4. Voir tom. I, pag. 547-555.
Stubenrauch. Histoire abrégée de la Cryptographie. Il s'en trouve
un extrait dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, t. I,
1745, p. 105 et suiv.
Tod (Al.). The olive-leafe or an universal A. B. C., London, 1603,
in-8.
Trithemii (J.). Polygraphiæ libri VI, Oppenheim, 1518, in-folio.—
Francof., 1550.—Colon., 1564.—Argent., 1600 et 1613.—
Colon., 1671.
se communiquer leurs pensées à l'aide de l'écriture secrète.
Seleni, Gustavi (id est, Augusti, ducis Brunsvicensis),
Cryptomenyticis et Cryptographiæ libri IX, in quibus et
planissima Steganographiæ J. Trithemii enodatio traditur,
inspersis ubique auctoris et aliorum non contemnendis
inventis, Luneburgi, 1624, in-folio.
Solbrit (Dav.). Ratio scribendi per zifras, 1726, in-8.
— Allgemeine Schrift oder Art durch Ziffern zu schreiben, Coburg,
1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin précédent.
Steganographia recens detecta, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgré son
titre latin, cet ouvrage est en allemand (semblable circonstance
n'est pas rare pour d'anciens écrits publiés au delà du Rhin).
L'auteur a gardé l'anonyme, mais il a signé la préface des lettres
C. W. P.
Stein (A.). Ueber Schriftsprache und Pasigraphie, München, 1809,
in-8.
Stieler (C. von). Deutsche Secretariatskunst. Nuremberg, 1678, in-
4. Voir tom. I, pag. 547-555.
Stubenrauch. Histoire abrégée de la Cryptographie. Il s'en trouve
un extrait dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, t. I,
1745, p. 105 et suiv.
Tod (Al.). The olive-leafe or an universal A. B. C., London, 1603,
in-8.
Trithemii (J.). Polygraphiæ libri VI, Oppenheim, 1518, in-folio.—
Francof., 1550.—Colon., 1564.—Argent., 1600 et 1613.—
Colon., 1671.
Page 128
— Steganographia, Francof., 1606.—Darmst., 1606,—Francof.,
1608.—Darmst., 1621—Colon., 1635.
— La Polygraphie et universelle écriture de Trithème, traduit du
latin par Gabriel de Collange[8], Paris, 1561, 1621, 1625, in-8.
Voici les titres de deux ouvrages composés dans le but de défendre la
mémoire de Trithème contre l'accusation de magie dirigée contre lui:
1608.—Darmst., 1621—Colon., 1635.
— La Polygraphie et universelle écriture de Trithème, traduit du
latin par Gabriel de Collange[8], Paris, 1561, 1621, 1625, in-8.
Voici les titres de deux ouvrages composés dans le but de défendre la
mémoire de Trithème contre l'accusation de magie dirigée contre lui:
Page 129
Stenographiæ nec non claviculæ Salomonis germani, J. Trithemii,
genuina declaratio, auctore J. Caramuele, Colon., 1634, in-4.
J. Trithemii Stenographia vindicata et illustrata, auctore W. E.
Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une édition de Nuremberg, 1721,
in-4, est citée.
Uken (M.). Steganometrographia, sive artificium novum et
inauditum, Francof., 1751, in-8, 328 p. Il en existe une
traduction allemande, Ulm, 1759.
Urquhart (Thomas). Logopandecteision, or an introduction to the
universal language, London, 1653, in-4.
Vater (J. S.). Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la
découverte récente d'une langue universelle pouvant servir à
tous les peuples, Leipzig, 1799, in-12, 268 pag.
Wallis (J.). Opera miscellanea, Oxoniæ, 1699, in-folio. Dans son
traité De combinationibus et alternationibus, ce célèbre
mathématicien donne des exemples de déchiffrement, sans
expliquer toutefois les méthodes dont il fait usage.
Wildvogel (Ch.). Diss. de scripturis terribilibus, Francof., 1719, in-
4.
Wilkins (évêque de Chester). Mercure ou le Messager secret et
prompt où l'on montre comment on peut communiquer vite et
sûrement ses pensées à un ami éloigné, Londres, 1641, in-4.
(L'ouvrage est en anglais.)
— Essay towards a real charater and a philosophical language,
Londres, 1668, in-folio. Un extrait de cet ouvrage, devenu fort
rare, se trouve dans les Transactions philosophiques, no 35.
Wolke (C. H.). Erklærung wie wechselseitige
Gedankenmittheilunen aller cultivirten Vœlker des Erdkreises,
genuina declaratio, auctore J. Caramuele, Colon., 1634, in-4.
J. Trithemii Stenographia vindicata et illustrata, auctore W. E.
Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une édition de Nuremberg, 1721,
in-4, est citée.
Uken (M.). Steganometrographia, sive artificium novum et
inauditum, Francof., 1751, in-8, 328 p. Il en existe une
traduction allemande, Ulm, 1759.
Urquhart (Thomas). Logopandecteision, or an introduction to the
universal language, London, 1653, in-4.
Vater (J. S.). Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la
découverte récente d'une langue universelle pouvant servir à
tous les peuples, Leipzig, 1799, in-12, 268 pag.
Wallis (J.). Opera miscellanea, Oxoniæ, 1699, in-folio. Dans son
traité De combinationibus et alternationibus, ce célèbre
mathématicien donne des exemples de déchiffrement, sans
expliquer toutefois les méthodes dont il fait usage.
Wildvogel (Ch.). Diss. de scripturis terribilibus, Francof., 1719, in-
4.
Wilkins (évêque de Chester). Mercure ou le Messager secret et
prompt où l'on montre comment on peut communiquer vite et
sûrement ses pensées à un ami éloigné, Londres, 1641, in-4.
(L'ouvrage est en anglais.)
— Essay towards a real charater and a philosophical language,
Londres, 1668, in-folio. Un extrait de cet ouvrage, devenu fort
rare, se trouve dans les Transactions philosophiques, no 35.
Wolke (C. H.). Erklærung wie wechselseitige
Gedankenmittheilunen aller cultivirten Vœlker des Erdkreises,
Page 130
oder die Paxiphrasie möglich und ausüblich sey, ohne
Erlernung irgend einer neuen besondern, oder einer
allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache, Dessau, 1797.
FIN.
Erlernung irgend einer neuen besondern, oder einer
allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache, Dessau, 1797.
FIN.
Page 131
TABLE DES CHAPITRES.
Chapitre Ier. Définition de la Cryptographie, son origine;
notions historiques. 1
Chap. II. Auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie. 35
Chap. III. Règles et procédés de Cryptographie. 91
Chap. IV. Des diverses sortes d'écritures et des différents
langages de convention qui se rattachent à la
correspondance occulte. 156
Chap. V. Du rôle de la Cryptographie dans la littérature. 186
Chap. VI. Des livres à clef. 202
Chap. VII. Du déchiffrement. 208
Chap. VIII. Des écritures occultes. 225
Bibliographie. 242
Chapitre Ier. Définition de la Cryptographie, son origine;
notions historiques. 1
Chap. II. Auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie. 35
Chap. III. Règles et procédés de Cryptographie. 91
Chap. IV. Des diverses sortes d'écritures et des différents
langages de convention qui se rattachent à la
correspondance occulte. 156
Chap. V. Du rôle de la Cryptographie dans la littérature. 186
Chap. VI. Des livres à clef. 202
Chap. VII. Du déchiffrement. 208
Chap. VIII. Des écritures occultes. 225
Bibliographie. 242
Page 132
Notes
1: Parmi les nombreux écrits qui montrent à quel point Trithème était
infatué de pareilles idées, il faut citer sa Chronologia mystica de septem
secundeis sive intelligentiis orbes post Deum moventibus. Une ancienne
doctrine platonique ou cabalistique plaçait dans chaque sphère céleste une
intelligence chargée de la gouverner. Trithème s'efforce de rattacher, à ce
système, des notions historiques et d'en établir la réalité. Un pareil livre
n'eut pas moins de six ou sept éditions. Il n'est pas surprenant que ces
rapsodies inintelligibles aient trouvé de nombreux lecteurs, et il est
extrêmement probable que le docte abbé ne se comprenait pas toujours lui-
même, lorsqu'il développait ses étranges imaginations.
2: L'agriculture, l'optique, la mécanique, la mnémonique, la météorologie,
la physique, furent tour à tour l'objet des méditations de Porta. Il fut du
nombre de ces hommes hardis, conquérants, qui ne peuvent échapper à
l'influence des préjugés de leur époque, mais qui découvrent ou pressentent
de hautes vérités.
Son traité de la Physiognomonie humaine, 1586, a fourni beaucoup d'idées
à Lavater. Son livre de la Magie humaine, très-souvent réimprimé au
seizième siècle, renferme, parmi beaucoup de faits puérils compilés avec
peu de jugement, une foule d'observations importantes sur les miroirs, la
lumière, la statique, etc. Les divers ouvrages de cet écrivain remarquable
sont analysés avec étendue dans la Notice historique de H. G. Duchesne,
sur la vie et les travaux de Porta Paris, 1801, 8o, 383 pages.
3: Mort en 1596; il remplit d'importantes fonctions diplomatiques, et il
traduisit un grand nombre d'auteurs grecs et latins; ses traductions sont
aujourd'hui vouées à l'oubli le plus profond, de même que son Traité des
Comètes et son Traité du feu et du sel, quoique ce dernier écrit (c'est un
1: Parmi les nombreux écrits qui montrent à quel point Trithème était
infatué de pareilles idées, il faut citer sa Chronologia mystica de septem
secundeis sive intelligentiis orbes post Deum moventibus. Une ancienne
doctrine platonique ou cabalistique plaçait dans chaque sphère céleste une
intelligence chargée de la gouverner. Trithème s'efforce de rattacher, à ce
système, des notions historiques et d'en établir la réalité. Un pareil livre
n'eut pas moins de six ou sept éditions. Il n'est pas surprenant que ces
rapsodies inintelligibles aient trouvé de nombreux lecteurs, et il est
extrêmement probable que le docte abbé ne se comprenait pas toujours lui-
même, lorsqu'il développait ses étranges imaginations.
2: L'agriculture, l'optique, la mécanique, la mnémonique, la météorologie,
la physique, furent tour à tour l'objet des méditations de Porta. Il fut du
nombre de ces hommes hardis, conquérants, qui ne peuvent échapper à
l'influence des préjugés de leur époque, mais qui découvrent ou pressentent
de hautes vérités.
Son traité de la Physiognomonie humaine, 1586, a fourni beaucoup d'idées
à Lavater. Son livre de la Magie humaine, très-souvent réimprimé au
seizième siècle, renferme, parmi beaucoup de faits puérils compilés avec
peu de jugement, une foule d'observations importantes sur les miroirs, la
lumière, la statique, etc. Les divers ouvrages de cet écrivain remarquable
sont analysés avec étendue dans la Notice historique de H. G. Duchesne,
sur la vie et les travaux de Porta Paris, 1801, 8o, 383 pages.
3: Mort en 1596; il remplit d'importantes fonctions diplomatiques, et il
traduisit un grand nombre d'auteurs grecs et latins; ses traductions sont
aujourd'hui vouées à l'oubli le plus profond, de même que son Traité des
Comètes et son Traité du feu et du sel, quoique ce dernier écrit (c'est un
Page 133
livre d'alchimie) ait obtenu trois ou quatre éditions en France, et qu'il ait
même rencontré des traducteurs qui l'ont fait passer en latin et en anglais.
4: L'édition de ses Opera omnia (Lyon, 1663, 10 vol. in-folio) ne renferme
pas moins de 222 traités en ouvrages divers. On peut consulter, à l'égard de
cet étrange écrivain, Buhle, Histoire de la Philosophie, tom. IV, p. 730-739
de la traduction française; la Rétrospective Review, tom. I, p. 94-112; un
article de M. Mercey, Revue de Paris, juin 1841; un mémoire de M. Franck,
lu en 1841 à l'Académie des sciences morales et politiques. Quant au mérite
de ses travaux scientifiques, on peut consulter l'Histoire des Sciences
mathématiques en Italie, par M. Libri, tom. III, p. 107, et l'Histoire de la
Chimie, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a trouvé deux biographes, l'un
en Italie (Mantovani, Vita di Cardano, Milano, 1821, 8o), l'autre en
Angleterre (G. I., the life and times of G. Cardan, London, 1836, 2 vol. 8o).
5: Voir la planche IX, à la fin du volume de l'Histoire de l'Académie des
sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.
6: Tome 1er de l'édition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio. Bède s'appuie sur
l'autorité de Plutarque, de Pline, d'Apulée, de Juvénal, pour prouver que l'art
dont il s'occupe d'énoncer les règles était connu des anciens.
7: Consultez une notice intéressante insérée dans la Revue des Deux-
Mondes, octobre 1846.
«Autant de récits, autant d'énigmes sous diverses formes et avec des
costumes divers. Poésie, invention, effets de style, enchaînement du drame,
tout est subordonné à une bizarre préoccupation qui semble ne connaître
qu'une faculté inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une muse, la logique.
L'auteur s'occupe de juger, de classer les probabilités; et il emploie pour
ceci cet instinct, cette sagacité particulière à l'homme, plus ou moins sûre
chez l'un que chez l'autre, et qui varie de puissance comme de but, suivant
les aptitudes et le métier de chacun.»
8: La triste destinée de Collange mérite qu'on en fasse mention. Il était valet
de chambre du Charles IX, et, quoique catholique zélé, il fut une des
même rencontré des traducteurs qui l'ont fait passer en latin et en anglais.
4: L'édition de ses Opera omnia (Lyon, 1663, 10 vol. in-folio) ne renferme
pas moins de 222 traités en ouvrages divers. On peut consulter, à l'égard de
cet étrange écrivain, Buhle, Histoire de la Philosophie, tom. IV, p. 730-739
de la traduction française; la Rétrospective Review, tom. I, p. 94-112; un
article de M. Mercey, Revue de Paris, juin 1841; un mémoire de M. Franck,
lu en 1841 à l'Académie des sciences morales et politiques. Quant au mérite
de ses travaux scientifiques, on peut consulter l'Histoire des Sciences
mathématiques en Italie, par M. Libri, tom. III, p. 107, et l'Histoire de la
Chimie, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a trouvé deux biographes, l'un
en Italie (Mantovani, Vita di Cardano, Milano, 1821, 8o), l'autre en
Angleterre (G. I., the life and times of G. Cardan, London, 1836, 2 vol. 8o).
5: Voir la planche IX, à la fin du volume de l'Histoire de l'Académie des
sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.
6: Tome 1er de l'édition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio. Bède s'appuie sur
l'autorité de Plutarque, de Pline, d'Apulée, de Juvénal, pour prouver que l'art
dont il s'occupe d'énoncer les règles était connu des anciens.
7: Consultez une notice intéressante insérée dans la Revue des Deux-
Mondes, octobre 1846.
«Autant de récits, autant d'énigmes sous diverses formes et avec des
costumes divers. Poésie, invention, effets de style, enchaînement du drame,
tout est subordonné à une bizarre préoccupation qui semble ne connaître
qu'une faculté inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une muse, la logique.
L'auteur s'occupe de juger, de classer les probabilités; et il emploie pour
ceci cet instinct, cette sagacité particulière à l'homme, plus ou moins sûre
chez l'un que chez l'autre, et qui varie de puissance comme de but, suivant
les aptitudes et le métier de chacun.»
8: La triste destinée de Collange mérite qu'on en fasse mention. Il était valet
de chambre du Charles IX, et, quoique catholique zélé, il fut une des
Page 134
victimes de la Saint-Barthélemi, succombant sans doute à quelques
inimitiés personnelles.
Notes au lecteur de ce fichier numérique:
—De nombreuses erreurs ont été imprimées dans cet
ouvrage; peu d'entre elles ont été corrigées lors de la
création de ce fichier.
—Page 20: [¨9] représente un 9 surmonté d'un tréma.
—Page 41: "Un méchant vous demande une lettre
d'introduction auprès d'un de ses amis", "ses amis" a été
remplacé par "vos amis".
—Page 144: "La première lettre de la dépêche, l,
correspond à la quatrième, o; la seconde, e, à la quatrième,";
"la seconde, e, à la quatrième," a été remplacé par "la
seconde, e, à la septième,".
—Page 151: La note 5 n'a pas de référence dans le texte.
—Page 197: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit",
"nfouxnb" a été remplacé par "nfouxmb".
—Page 220: "la consonne c est toujours liée au c", "liée
au c" a été remplacé par "liée au h".
—Page 127: Pour rendre la lecture de la note plus simple,
les signes du tableau page 126 ont été remplacés par les
caractères suivants:
par O
par Ɔ
inimitiés personnelles.
Notes au lecteur de ce fichier numérique:
—De nombreuses erreurs ont été imprimées dans cet
ouvrage; peu d'entre elles ont été corrigées lors de la
création de ce fichier.
—Page 20: [¨9] représente un 9 surmonté d'un tréma.
—Page 41: "Un méchant vous demande une lettre
d'introduction auprès d'un de ses amis", "ses amis" a été
remplacé par "vos amis".
—Page 144: "La première lettre de la dépêche, l,
correspond à la quatrième, o; la seconde, e, à la quatrième,";
"la seconde, e, à la quatrième," a été remplacé par "la
seconde, e, à la septième,".
—Page 151: La note 5 n'a pas de référence dans le texte.
—Page 197: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit",
"nfouxnb" a été remplacé par "nfouxmb".
—Page 220: "la consonne c est toujours liée au c", "liée
au c" a été remplacé par "liée au h".
—Page 127: Pour rendre la lecture de la note plus simple,
les signes du tableau page 126 ont été remplacés par les
caractères suivants:
par O
par Ɔ
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par Z
par ♂
par ♀
par ♂
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public support and donations to carry out its mission of increasing the
number of public domain and licensed works that can be freely distributed
in machine-readable form accessible by the widest array of equipment
life.
Volunteers and financial support to provide volunteers with the assistance
they need are critical to reaching Project Gutenberg’s goals and ensuring
that the Project Gutenberg collection will remain freely available for
generations to come. In 2001, the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation was created to provide a secure and permanent future for
Project Gutenberg and future generations. To learn more about the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation and how your efforts and donations
can help, see Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
www.gutenberg.org.
Section 3. Information about the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation
The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit 501(c)
(3) educational corporation organized under the laws of the state of
Mississippi and granted tax exempt status by the Internal Revenue Service.
The Foundation’s EIN or federal tax identification number is 64-6221541.
Contributions to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation are tax
deductible to the full extent permitted by U.S. federal laws and your state’s
laws.
The Foundation’s business office is located at 41 Watchung Plaza #516,
Montclair NJ 07042, USA, +1 (862) 621-9288. Email contact links and up
to date contact information can be found at the Foundation’s website and
official page at www.gutenberg.org/contact
Section 4. Information about Donations to the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation
Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread
public support and donations to carry out its mission of increasing the
number of public domain and licensed works that can be freely distributed
in machine-readable form accessible by the widest array of equipment
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including outdated equipment. Many small donations ($1 to $5,000) are
particularly important to maintaining tax exempt status with the IRS.
The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United States.
Compliance requirements are not uniform and it takes a considerable effort,
much paperwork and many fees to meet and keep up with these
requirements. We do not solicit donations in locations where we have not
received written confirmation of compliance. To SEND DONATIONS or
determine the status of compliance for any particular state visit
www.gutenberg.org/donate.
While we cannot and do not solicit contributions from states where we have
not met the solicitation requirements, we know of no prohibition against
accepting unsolicited donations from donors in such states who approach us
with offers to donate.
International donations are gratefully accepted, but we cannot make any
statements concerning tax treatment of donations received from outside the
United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
Please check the Project Gutenberg web pages for current donation methods
and addresses. Donations are accepted in a number of other ways including
checks, online payments and credit card donations. To donate, please visit:
www.gutenberg.org/donate.
Section 5. General Information About Project Gutenberg
electronic works
Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg
concept of a library of electronic works that could be freely shared with
anyone. For forty years, he produced and distributed Project Gutenberg
eBooks with only a loose network of volunteer support.
Project Gutenberg eBooks are often created from several printed editions,
all of which are confirmed as not protected by copyright in the U.S. unless a
particularly important to maintaining tax exempt status with the IRS.
The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United States.
Compliance requirements are not uniform and it takes a considerable effort,
much paperwork and many fees to meet and keep up with these
requirements. We do not solicit donations in locations where we have not
received written confirmation of compliance. To SEND DONATIONS or
determine the status of compliance for any particular state visit
www.gutenberg.org/donate.
While we cannot and do not solicit contributions from states where we have
not met the solicitation requirements, we know of no prohibition against
accepting unsolicited donations from donors in such states who approach us
with offers to donate.
International donations are gratefully accepted, but we cannot make any
statements concerning tax treatment of donations received from outside the
United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
Please check the Project Gutenberg web pages for current donation methods
and addresses. Donations are accepted in a number of other ways including
checks, online payments and credit card donations. To donate, please visit:
www.gutenberg.org/donate.
Section 5. General Information About Project Gutenberg
electronic works
Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg
concept of a library of electronic works that could be freely shared with
anyone. For forty years, he produced and distributed Project Gutenberg
eBooks with only a loose network of volunteer support.
Project Gutenberg eBooks are often created from several printed editions,
all of which are confirmed as not protected by copyright in the U.S. unless a
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copyright notice is included. Thus, we do not necessarily keep eBooks in
compliance with any particular paper edition.
Most people start at our website which has the main PG search facility:
www.gutenberg.org.
This website includes information about Project Gutenberg, including how
to make donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation,
how to help produce our new eBooks, and how to subscribe to our email
newsletter to hear about new eBooks.
compliance with any particular paper edition.
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