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Title: L'escole des filles

Author: active 1655 Michel Millot

Release date: February 12, 2014 [eBook #44877]
Most recently updated: October 24, 2024

Language: French

Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/44877

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*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ESCOLE DES
FILLES ***

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— Note de transcription —
Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
corrigées. L’orthographe d’origine a été conservée et n’a pas été
harmonisée. Les numéros des pages blanches n’ont pas été repris.
La Table des matières se trouve ici.
Cette édition électronique a été rendu possible grâce aux images
mises à disposition par Gallica.

Page 5

L’ESCOLE DES FILLES.
Tiré à 150 exemplaires sur papier vergé et 8 sur chine, paraphés et
numérotés.

No

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Page 8

L’ESCOLE
DES

FILLES
DE
MILILOT
REIMPRESSION COMPLETE DU TEXTE ORIGINAL
Sur la contrefaçon hollandaise de 1668.

BRUXELLES
AUX DÉPENS
DES DAMES DE LA RUE DES CAILLES.

Page 9

BIBLIOGRAPHIE
ET

TEMOIGNAGES

BIBLIOGRAPHIE.

L’Escole des Filles ou la Philosophie des Dames, divisée en deux
dialogues. Agere et pati. Corrigé et augmenté d’un combat du ... et du ...,
d’une (sic) dialogue entre le ... et Perrette, et une instruction des curiositez
dont la methode de trouver est marqué (sic) par les nombres, suivant les
tables. Imprimé à Fribourg, chez Roger Bon Temps, l’an 1668.
In-12 de 224 p. pour le texte et de 32 p. pour l’Epistre, l’Argument des deux Dialogues, la Table et
trois autres pièces liminaires, dont un madrigal à Monsieur Mililot sur son Escole des Filles; mauvais
frontispice gravé sur cuivre, représentant deux femmes assises; l’une montre à sa compagne le livre
de l’Escole des Filles, grand ouvert et appuyé par le bas sur une table; au premier plan un petit panier
à ouvrage, au fond un lit à colonnes et un petit miroir.—Contrefaçon hollandaise d’un livre imprimé
pour la première fois à Paris en 1665, qui fut brûlé et son auteur pendu en effigie; l’édition originale,
introuvable, avait un frontispice dessiné et gravé par François Chauveau, lequel a sans doute servi de
modèle à l’estampe que nous venons de décrire. Guy Patin et Charpentier parlent du livre et de
l’auteur en défigurant le nom de ce dernier qu’ils appellent l’un Helot, l’autre Milot.
Voir dans la Bibliographie des ouvrages relatifs à l’Amour, aux Femmes et au Mariage, qui résume
à ce sujet Murr et Ebert, la nomenclature des contrefaçons et traductions hollandaises, toutes
rarissimes, de l’Escole des Filles, au dix-septième siècle. Ce petit volume a été réimprimé plusieurs
fois, au dix-huitième et même au dix-neuvième, séparément ou dans des recueils, mais avec de
nombreux changements et retranchements. On aurait dû y regarder à deux fois avant de toucher ainsi
au premier livre déterminément obscène écrit dans une langue illustrée depuis par tant de productions
que la pudeur défend de citer.

TEMOIGNAGES.

Page 10

«Monet est le premier homme que nous aïons pour exceller dans les
portraits en miniatures. J’ai sçû de lui une particularité assez curieuse, au
sujet de l’Escole des Filles, que l’on vient d’imprimer en Hollande. Monet
apprenoit à dessiner à Chauveau, lorsqu’un nommé Helot, fils d’un
lieutenant des cent suisses du roy, vint prier Chauveau de lui graver un petit
sujet; ce qu’il exécuta selon l’idée que l’autre lui en donna, et tel qu’on le
voit au devant de l’Escole des Filles, dont Helot est l’auteur. Celui-ci donna
son manuscrit à un libraire du Palais, qui le fit imprimer; il le vendit sous le
manteau, mais la justice aïant pris connaissance d’un livre si scandaleux,
elle fit faire des perquisitions pour découvrir l’auteur, qui en aïant eu vent,
sortit de France. Le libraire aïant décliné le nom de celui qui lui avoit remis
le manuscrit, Helot fut pendu en effigie, tous les exemplaires de son livre
furent brûlez au pied de la potence, et le libraire condamné à une peine
afflictive. Chauveau, qui ignoroit l’usage que l’on vouloit faire du sujet
qu’il avoit gravé pour Helot, ne laissa pas d’être inquiété. Le bailli du Palais
vint le prendre chez lui, mais comme il n’avoit pas eu communication de
l’Escole des Filles, il en fut quitte pour voir casser la planche qu’il avoit
gravée, avec défense à lui d’en graver une seconde, si quelque imprimeur la
lui demandoit. Il s’en faut bien que l’estampe qui est au devant de l’Escole
des Filles que l’on vient d’imprimer en Hollande soit aussi correcte qu’étoit
celle de Chauveau. Peu de personnes ont de celles qui furent brûlées à Paris
avec le livre.»
Carpenteriana, ou remarques d’histoire, de morale, de critique, d’érudition et bons mots de M.
Charpentier, de l’Académie françoise, in-12, Paris, 1724, p. 79–82.

«On a ici pendu en effigie un nommé Milot, avéré auteur d’un infame
livre intitulé l’Escole des Filles, que l’on dit être tiré de l’Arétin.»
Guy Patin à Charles Spon, à la date du 26 juillet 1655, édit. des Lettres de 1718, t. 2, p. 123.

Page 11

L’ESCOLE
DES

FILLES
OU

LA PHILOSOPHIE
DES

DAMES
DIVISÉE EN

DEUX DIALOGUES
AGERE ET PATI

Corrigé et augmenté d’un combat du Vit
et du Con, d’un dialogue entre le
Fouteur et Perrette; et une instruction
des Curiositez, dont la méthode de
trouver est marquée par leurs nombres
suivant les tables.

IMPRIMÉ A FRIBOURG
CHE Z R OGE R B ON T E MP S

Page 12

L’AN 1668

Page 13

EPISTRE INVITATOIRE AUX FILLES

Belles et curieuses damoiselles, voici l’Escole de votre sagesse, et le
recueil des principales choses que vous devez sçavoir pour contenter vos
maris quand vous en aurez; c’est le secret infaillible pour vous faire aimer
des hommes quand vous ne seriez pas belles, et le moyen aysé de couler en
douceurs et en plaisirs tout le temps de votre jeunesse.
C’est une foible raison, mes dames, que celle de vos mères, pour vous
défendre de sçavoir les choses qui vous doivent servir un jour, de dire
qu’elles ont peur que vous en usiez inconsiderement, et il vaudroit mieux, à
mon advis, qu’elles vous en donnassent une pleine licence, afin qu’en
choisissant vous-mêmes ce qui est bon, elles fissent esclater davantage par
ce choix votre honesteté.
Aussi je veux croire, mes belles, qu’en ceste Escole vous prendrez
seulement les choses qui vous sont propres, et que celles d’entre vous qui
auront envie d’estre mariées auparavant n’useront point de ces préceptes
que quand il en sera temps, là où les autres qui auront plus de haste et qui
prendront des amis par avance pour en essayer, le feront avec tant
d’adresse et de retenue devant le monde, qu’elles ne témoigneront rien qui
puisse choquer tant soit peu la bienséance et l’honesteté. C’est une belle
chose que l’honneur, dont il faut qu’une fille soit jalouse comme de sa
propre vie; elle ne doibt non plus estre sans cet ornement que sans robe, et
certainement elle n’a pas l’honneur et l’esprit du monde quand elle n’a pas
l’industrie et l’adresse de cacher ce qu’il ne faut pas qu’on sçache.
Je vous invite donc, mes belles, à lire soigneusement ces préceptes et à
bien estudier les enseignements que Susanne donne à Fanchon; ils sont

Page 14

d’autant plus exquis et considérables qu’ils partent d’une plume tout à fait
spirituelle, et d’un homme de ce temps qui a esté aussi recommandable à la
cour par son bel esprit que par sa naissance. Toute la grâce qu’il vous
demande pour les instructions gratuites qu’il vous donne, et toutes les
prières qu’il vous fait, c’est d’en faire le récit à vos compagnes, et si vous
n’en avez point le temps, de les envoyer à l’Eschole.

Page 15

ARGUMENT DES DEUX DIALOGUES

Soubs le règne de Loüis treisiesme, d’heureuse mémoire, Robinet, fils
d’un marchand de Paris, bien fait de sa personne et qui pour ses grandes
richesses avoit quitté le trafic de son père, se mettant à hanter les bonnes
compagnies, devint amoureux d’une jeune fille nommée Fanchon, belle par
excellence, mais un peu trop simple, pour avoir toujours esté nourrie soubs
l’aisle de sa mère, qui estoit une bonne bourgeoise et dans la maison de
laquelle il avoit liberté de la voir quand il vouloit. Ayant long temps caché
la passion qu’il avoit pour elle, et voyant qu’il ne la pouvoit gagner à soy,
pour sa trop grande simplicité, il s’avisa de pratiquer une autre fille de son
quartier, nommée Susanne, plus expérimentée que l’autre, et qui pour estre un
peu moins belle, n’en estoit pas moins sçavante et spirituelle en amour, et
qui avoit mesme, pour plus de commodité à son dessein, quelque rapport de
parenté avec elle. Il fait donc si bien qu’il la gagne à force de présens pour
luy persuader de mettre l’amour à la teste de sa cousine, et estant partie à
cest effect, ayant premièrement instruit Robinet de ce qu’il devoit faire, elle
empaume si bien l’esprit de la jeune Fanchon, par ses discours comme de fil
en esguille, et lui sait si bien représenter les douceurs de l’amour, dont elle
jouissait d’une bonne partie, avec des instructions et des naïvetez si
plaisantes, qu’elle lui en fait venir l’eau à la bouche, et l’oblige enfin à
consentir que Robinet vienne en cachette lui faire sentir les douceurs de
l’amour. Il arrive à point nommé comme leur discours finissoit, et Susanne
aussitost s’étant retirée pour les laisser seuls, il trouve son escolière sur le
lict, qui l’attendoit, dont il jouit à son souhait, et la dépucelle. Voilà le sujet
du premier dialogue.

Page 16

Au second, Susanne estant revenue quelques jours après pour sçavoir de
sa cousine comment elle se trouvoit de ses amours et de son dépucellage,
elle lui en fait rendre un compte exact, et ces deux filles en suite s’estant
engagées en des discours qui leur plaisoient, elles s’arrestent à s’enquérir et
examiner tout ce qui appartient à l’amour et à son jeu, et le font avec des
questions si rares et chatouillantes et plaisantes, si nouvelles, si subtiles et si
convaincantes, qu’elles inspirent l’amour en les lisant, et je m’asseure que
les plus dégoustées de ces dames y trouveront de quoy se satisfaire.

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TABLE MISTIQUE ET ALLEGORIQUE
SELON LE SENS MORAL ET LITTERAL

DE L’ECOLE DES FILLES.

DIALOGUE PREMIER.

1. Remarque de l’âge plus propre à marier les filles.
2. Premiers tesmoignages d’amour des garçons envers les filles.
3. Rigueurs des mères et sottises des filles qui refusent les garçons et
leurs caresses.
4. Filles ignorantes pour ne pas prester l’oreille aux paroles des hommes.
5. Excellence du plaisir d’amour.
6. Simplicité d’une fille qui ne sçait ce que c’est d’amour ny à quoy il est
propre.
7. Préparation aux filles pour l’instruction du plaisir d’amour.
8. Age propre à commencer l’amour aux garçons et aux filles.
9. Petite description par parenthèse et nécessaire en ce lieu, d’un homme
qui pisse et d’un vit quand il ne bande point.
10. Généralité du plaisir d’amour, et du grand nombre de personnes qui
s’en meslent, avec une division là-dessus.

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11. Des garçons et des filles, et comme ils y ont plus de plaisir.
12. Les noms propres des choses qui servent à plus au plaisir d’amour, et
premièrement une reprise sur le vit.
13. Discours des coüillons.
14. Premiers apprêts d’un garçon pour donner les plaisirs d’amour à une
fille qu’il aime; et comme cette doctrine est fort importante à sçavoir, elle
sera répétée diversement en plusieurs endroits de ce livre, pour choisir
laquelle est la meilleure.
15. Reprise deuxième sur le vit, ou description du vit quand il entre là où
il doit entrer.
16. Comme le vit n’entre pas tout d’un coup, et comme cela donne bien
de la peine au garçon.
17. Comment s’appelle l’engin de la fille.
18. Comment fait le garçon pour pousser le vit dans le con, et du plaisir
que la fille en reçoit.
19. Comme le garçon a du plaisir à cela, aussi bien que la fille.
20. Reprise troisième, et description plus particulière du vit
qu’auparavant; anatomie intérieure du con, dont il n’est rien si difficile à
esplucher; avec le commencement, la fin et la durée du plaisir d’amour.
21. De la liqueur d’amour, qui vient à propos en cet endroit.
22. Reprise quatrième, comme le vit se retire après la fonction du plaisir
d’amour, et comme la fille le peut faire revenir roide avec la main.
23. Grandes et différentes vertus de la main des filles pour donner du
plaisir aux garçons; là où il est inséré quelque chose du baiser de la langue.
24. Première vertu.
25. Seconde vertu.

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26. Du terme général de chevaucher, et la différence du plaisir d’amour
quand la fille chevauche le garçon, et pourquoy, avec la manière qu’elle
tient pour cela.
27. Remède possible et nouveau aux filles à qui le con démange faute de
vit pour y mettre, en le frottant avec le doigt.
28. Conseil aux filles pour prendre un amy, avec les perfections qu’il
doibt avoir.
29. Raisons qui empeschent les filles de se divertir, et les réfutations
d’icelles.
30. Première raison.
31. Deuxième raison.
32. Troisième raison.
33. Quatrième raison.
34. Honneur des filles, ce que c’est et comment on en doibt user.
35. Du secret d’amour et comment il est nécessaire, avec les avantages
du monde, et d’une fille qui se divertit.
36. Irrésolutions d’une fille qui manque d’expérience, et le secours
charitable qu’on luy offre là-dessus; là où est contenu une propriété du
plaisir d’amour.
37. Plaisirs d’amour, accompagnés de plusieurs autres.
38. Tableau exemplaire pour apprendre à se bien gouverner au lict ou aux
premiers approchements et caresses d’un garçon qui va coucher avec une
fille la nuict.
39. Qu’est-ce que foutre, et les diverses façons de chevaucher, et de
celles qu’on peut s’imaginer davantage.
40. Friandise des amoureux pour manger, et une remarque sur
l’impatience du plaisir d’amour.

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41. Autres propriétés du plaisir d’amour.
42. Combien il se retire de fois, ou combien on peut chevaucher de coups
en une seule nuict.
43. Grande description d’une nuict amoureuse, pour instruire les filles, et
autres circonstances nécessaires à sçavoir.
44. Comparaison jolie du bruict que fait un vit au con quand il entre et
qu’il sort, et la continuation de cette nuict.
45. Apprentissage nécessaire aux filles pour bien remuer les fesses.
46. De l’éjaculation de la liqueur d’amour et comment elle se fait.
47. Mesnage qu’il faut faire de la dernière faveur d’amour, avec une
briefve description et division de tous les plaisirs qui doivent précéder et
accompagner, tant en pensées et en paroles qu’en œuvres.
48. Heureux état d’une fille qui jouit de tous ces plaisirs, et de la
difficulté et de l’art de les apprendre.
49. Exemple de description en un amy.

SECOND DIALOGUE.

1. Remarque des premières lumières d’esprit d’une fille qui se divertit; sa
joye et sa disposition à bien faire.
2. Comment l’esprit s’ouvre en chevauchant.
3. Accoutumance des filles avec les garçons.
4. Méthode jolie et spirituelle pour trousser finement la cotte à une fille
sans qu’elle s’en aperçoive, ou les premières approches d’un garçon pour
chevaucher une fille, comme si de rien n’estoit, avec les déportements de la
fille qui consent; le tout déclaré bien au long.
5. Petite description du con, en passant, et la préparation d’un homme
assis pour chevaucher.

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6. Description jolie d’une fille qu’on dépucelle, et toutes les cérémonies
requises de la fille et du garçon.
7. Advertissement, non moins facile que nécessaire, pour ceux qui
dépucellent les jeunes filles.
8. Autre advertissement nécessaire et remarquable sur ce sujet, et de la
disposition du vit et du con l’un dans l’autre.
9. Dernier effort, ou les abois du pucellage.
10. Plaisir qui suit le dépucellage.
11. Posture commode et plaisante pour chevaucher en levrier, le con
derrière.
12. Grand plaisir que reçoit une fille qui n’a jamais chevauché, à la
première descharge qui se fait.
13. Estat de l’homme et de la femme après le chevaucher, et les devis
amoureux qu’ils se font.
14. Complaisance remarquable et exemplaire d’un garçon qui n’a pas
envie de chevaucher envers une fille qu’il ayme, et la rétribution réciproque
de la fille envers luy.
15. Petit commerce joyeux des amants qui ont chevauché, et les
plaisantes badineries qu’ils se font pour se mettre en humeur.
16. Une jolie façon de chevaucher, et bien circonstanciée pour le ragoust
qu’on y trouve.
17. Le chevaucher plus doux et plaisant après le dépucellage.
18. Un grand raisonnement sur le plaisir d’amour commencé et non
achevé, et comme l’expérience vaut mieux que le discours.
19. Postures plus plaisantes les unes que les autres et pourquoy; avec une
façon commune de chevaucher qui s’appelle jambes au col.
20. Plusieurs recherches curieuses et spéculatives sur les différentes
façons de parler des amants quand ils sont entre eux, et quelques raisons là-

Page 22

dessus, avec une explication fine et spirituelle des mots: enfiler, enconner,
besogner, foutre, chevaucher, et semblables.
21. Point de prérogative ou petite annotation légère qui s’est glissée icy
en passant, au desçeu de l’autheur, et qui n’en mérite pas moins sa place;
comme le mot de besogner emporte le prix sur tous les autres, et de sa
merveilleuse et grande signification.
22. En quels termes les hommes parlent des filles en leur absence.
23. Douces libertés d’amour, qui font rougir les filles de honte après
avoir fait, et pourquoy les hommes les agencent en tant de postures
différentes.
24. Méthode curieuse et excellente à une fille pour aprendre à chevaucher
juste en un quart d’heure, faisant trois choses, avec la manière asseurée et
infaillible de chevaucher sur un coffre quand on est pressé.
25. Préparation pour cette méthode curieuse.
26. Exécution.
27. De la circonstance plus importante à savoir de cette méthode.
28. Conclusions d’icelle avec quelques instructions là-dessus.
29. Plusieurs recherches sur les divers tempéraments des hommes, et
premièrement de ceux qui crient en chevauchant, avec les raisons pourquoy.
30. Comment ils font pour crier si haut, et les inconvénients qui en
peuvent arriver, avec les moyens de s’en garantir.
31. De ceux que l’on fesse pour faire bander.
32. Des chastrez.
33. Étrange humeur de ceux qui ne disent rien en chevauchant, et au
contraire de ceux qui s’entretiennent doucement.
34. Petite récapitulation du plaisir d’amour.

Page 23

35. Instruction méthodique et plus spirituelle que les autres pour
s’entretenir doucement en chevauchant, le plaisir qui en provient, et les
autres privilèges d’icelle.
36. Faute de jeunes gens qui manquent de prévoiance en amour et ne
chevauchent pas quand ils veulent.
37. Misères, infortunes et perplexités des amants qui manquent de
commodités pour chevaucher, et les consolations qu’ils reçoivent.
38. Suite des incommodités que l’on a à chevaucher quand on est espié,
avec un joly expédient aux filles de chevaucher devant le monde sans qu’on
s’en apperçoive, et du cotillon percé par où on passe le vit du garçon dans le
con de la fille.
39. Grande circonspection qu’il faut avoir dans le monde en chevauchant
et les maux qui arrivent faute d’icelle.
40. Diverses questions d’amour traitées à fond jusques à la fin du premier
dialogue, et le lecteur sera adverty qu’elles sont plus spirituelles que les
précédentes et partant plus dignes de son attention; cela soit dit en passant.
41. Distinction des vits en trois différentes manières et leurs différentes
qualités, et premièrement des petits vits.
42. Des grands vits et de ceux qui mettent des bourelets contre leur
ventre.
43. Des moyens vits et de leur bonté.
44. Du vit d’amy, le meilleur de tous.
45. Autre description du vit; comment il doibt estre fait.
46. Questions excellentes pourquoy on use de paroles libres en
chevauchant; la dite question est résolue ailleurs.
47. Le but d’amour est le plaisir du corps, et pourquoy, avec une jolie
explication là-dessus.
48. Comparaison familière des hommes et des bêtes sur ce sujet.

Page 24

49. Fin naturelle de l’amour, où les naturalistes se pourront instruire de la
vérité, si bon leur semble, et quel est l’objet d’un amant qui soupire.
50. Preuve que l’amour se passe en chevauchant et revient faute de
chevaucher, la dite preuve renouvelée encore plus bas.
51. Plaisir du corps, et de l’origine des plus belles pensées de l’amour, et
de l’erreur que les filles se forment là-dessus.
52. Remède d’amour pour ceux qui ne peuvent chevaucher celles qu’ils
aiment, et de ceux qui chevauchent leur idée.
53. Subtile raison, interrompue cy devant et reprise en cet endroit, des
vilains mots et autres paroles libres d’amour qui se disent en chevauchant.
54. Autres raisons bien douces pourquoy les amants appellent toutes
choses par leurs noms, et comme toute chose est permis de dire entre deux
amants qui se baisent.
55. Comme on peut aimer l’esprit pour le corps et le corps pour l’esprit,
et la conclusion des recherches sur les hommes.
56. Curiosités inouïes sur le sujet des filles et premièrement la crainte
frivole qu’elles ont pour la grossesse, avec l’entière solution de ce doubte,
qui ne laisse aucune difficulté à vuider.
57. Inventions diverses qu’elles ont de se donner du plaisir sans crainte
d’engrosser.
58. Premièrement de statues de femmes pour les hommes.
59. Des godemichis ou vits de velours, de verre, ou autres instruments
pour se fourrer au con.
60. Moyens plus plaisants pour se divertir avec les hommes avec autant
de seureté que cy devant.
61. Circonstance nécessaire pour engrosser, tirée de la plus subtile
doctrine des médecins, facile à éviter, avec une exhortation aux filles à
passer par dessus et à se bien divertir.

Page 25

62. Autres particularités pour engrosser, et les remèdes de contraire ou
contre icelles.
63. Raisons pourquoy on serre les fesses en chevauchant, et une
explication là-dessus.
64. Autre question pourquoy les hommes sont plus aises que les femmes
leur touchent l’engin avec la main qu’avec toute autre partie du corps, et le
mérite particulier et de haut goût attribué à la main de la femme.
65. Problème à quoi sert l’estendue du vit derrière les coüillons.
66. Raison de la composition naturelle de l’homme et de la femme.
67. Pourquoy on appelle le vit et le con des parties honteuses.
68. Qui prend plus de plaisir à chevaucher de l’homme ou de la femme.
69. Recherche curieuse et naturelle pourquoy le plaisir vient sans qu’on y
pense, et pourquoy l’homme et la femme, sans savoir qu’il y en ait,
souhaitent tant de se joindre, et de l’androgénie.
70. Définition de l’amour.
71. Autre définition de l’amour par idée.
72. Pourquoy la liqueur d’amour chatouille en sortant.
73. Pourquoy, pendant le déchargement, l’on ne peut rire, et de
l’occupation sérieuse de l’âme en cet instant.
74. Pourquoy les hommes se plaisent à descharger quelquefois entre les
cuisses, tétons, et ailleurs.
75. Du baiser de la langue, et pourquoy il est si doux et si suave.
76. Pourquoy il est plus doux de chevaucher la femme dessus que
dessoubs, et de la métamorphose d’amour.
77. Souverain et dernier principe d’amour, qu’une moitié veut s’unir à
son autre moitié.

Page 26

78. Sommaire et récapitulation de toutes les choses qui ont été traittées cy
devant, et de plusieurs menues particularitez assez importantes à sçavoir.
79. Remerciement à la louange de cette doctrine, avec un aveu des plus
grands privilèges de l’amour.
80. Grand plaisir de l’imagination de l’homme qui est chevauché par une
femme, et l’on voit par cette posture répétée tant de fois que l’auteur y
prend plaisir; avec un exemple instructif pour méditer là-dessus.
81. Autre congratulation à l’amour.
82. Explication et recherche non moins utile que plaisante en dernier lieu,
ou le tableau de deux amants propres à se bien donner du plaisir.
83. Introduction à la première recherche, ou discours ingénieux de la
preexcellence du vit et du con à tous les autres membres, pour le plaisir qui
en provient.
84. Commencement de cette recherche, et premièrement de la beauté en
général.
85. De la différence des beautés, et ce qu’elles doivent avoir pour être
parfaites.
86. De la beauté particulière de la femme, avec une inscription
méthodique et bien raisonnée des mœurs et bonnes qualités qu’elle doibt
avoir tant à l’esprit qu’au corps, et ce chapitre mérite d’être leu des filles
qui veulent apprendre, pour son utilité.
87. Appellation figurée et philosophique du con, et des grands privilèges
et de la beauté cy dessus escrite.
88. Description particulière de la beauté de l’homme et des bonnes
qualités qu’il doit avoir.
89. Paragon de la beauté masle et vigoureuse de l’homme à la beauté
molle et délicate de la femme, et suite de la dernière description.
90. Convenances nécessaires à garder aux deux amants sus dits dans le
temps de l’accouplement pour rendre leur plaisir parfait, avec une

Page 27

exhortation pour les suivre, et les filles qui voudront s’instruire prendront
ainsy la peine de lire cecy, s’il leur plaist.
91. Réflexion morale et civile sur la malice et l’ignorance de ce siècle,
qui condamne les plaisirs d’amour ouvertement et les approuve en secret,
avec la conclusion finale de cet œuvre par deux ou trois petites questions
qui ne sont pas hors de propos.
92. Qui sont les personnes les plus habiles à traiter l’amour, les hommes
ou les filles, et d’où naissent les différents appétits des hommes sur ce sujet.
93. Qu’il fait mauvais se jouer aux filles, et pourquoy.
94. Conseil pour s’adresser aux femmes mariées.
95. Dernier conseil aux filles pour se marier, pour faire l’amour plus
commodément, et le plaisir qu’il y a d’avoir un amy et un mary tout
ensemble.
96. Résolution du mariage sur ce sujet.

FIN DE LA TABLE.

Page 28

Icy l’auteur fait une excuse très humble aux filles de ce qu’il se sert plus
souvent des mots de foutre et chevaucher que de pas un autre; c’est qu’il dit
qu’ils sont plus en usage.

BULLE ORTHODOXE.
Nostre auguste père de Priape fulmine anathème contre tous ceux de l’un
et de l’autre sexe qui liront ou entendront lire les préceptes d’amour,
expliquez morallement en la célèbre Escole des Filles, sans spermatiser ou
estre stimulés de quelque émotion spirituelle ou corporelle; comme aussi il
concède indulgence plénière à tous les religieux de l’ordre de nature, de
corps vereux que la débilité de l’âge ou l’action fréquente causera, et
béatise en l’autre monde les infortunés pèlerins qui souffriront
constamment en cestui cy les travaux du périlleux voyage de furie.

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A MONSIEUR MILILOT
SUR SON ESCOLE DES FILLES.

MADRIGAL.

Autheur foutu d’un foutu livre,
Escrivain foutu de Cypris,
Qui dans tous tes foutus écrits
Fais voir que bien foutre est bien vivre,
Cent arguments foutus dont tu fais tes leçons,
Pour faire foutre en cent façons,
N’éterniseront pas ta plume.
Non, ce gui te rendra pour jamais glorieux,
C’est que dans ton foutu volume,
Par une nouvelle coutume,
Ta prose nous fout par les yeux.

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L’ESCOLE DES FILLES
OU

LA PHILOSOPHIE DES DAMES
DIVISÉE EN DEUX DIALOGUES

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PREMIER DIALOGUE

SUSANNE ET FANCHON, personnages.

Susanne. Bon jour, Fanchon.
Fanchon. Ha! bon jour, ma cousine, et vous soiez la bien venue. Mon
Dieu! que je suis ravie de vous voir! et quel bon vent vous ameine donc icy
à cette heure que ma mère n’y est pas?
Susanne. Rien du tout que pour te voir, m’amie, et causer un petit avec
toy, car il m’ennuyoit, je t’asseure, et il y avoit trop longtemps que je ne
t’avois point veüe.
Fanchon. Que vous ne m’aviez point veüe? Vrayement je vous suis bien
obligée de tant de peine. Et ne vous plaist-il donc pas de vous asseoir? Vous
voiez, il n’y a icy personne que moy, avec nostre servante.
Susanne. Pauvre fille, que fais-tu là? Tu travailles.
Fanchon. Ouy.
Susanne. Hélas! je pense que c’est là ton plus grand affaire, car tu ne sors
presque point de la maison, et les femmes te peuvent bien venir voir à ta
chambre si elles veulent, car pour les hommes, c’est comme un couvent de
religieuses, et il n’y en entre non plus que s’il n’en estoit point au monde.
Fanchon. Hélas! je vous laisse dire, ma cousine. Mais aussi, que ferois-je
des hommes, à vostre advis, s’il n’y en a point qui pense à moi? Et puis ma
mère dit que je ne suis pas encore assez bonne à marier.
Susanne. Pas bonne à marier (1)! une fille de seize ans, grande et grasse
comme tu es! Voilà bien débuté pour une mère qui devroit songer à ton
plaisir autant comme elle a fait au sien. Et où est l’amour et charité des
pères et mères envers leurs enfants? Mais ce n’est point encore cela que je

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te voulois dire, car, dis-moy, au pis-aller, es-tu simple de croire qu’on ne
puisse avoir compagnie d’homme sans estre mariée?
Fanchon. Nenny vrayement, vous ne me dites rien de nouveau, et ne
sçavez vous pas aussi qu’il en vient icy assez souvent.
Susanne. Qui sont-ils donc, ces hommes-là? car je n’en vois point.
Fanchon. Qui ils sont? ah! il y a premièrement mes deux oncles, mon
parrain, monsieur de Beaumont, mon cousin de la Mothe, et tant d’autres.
Susanne. Holà! c’est bien de ceux-là que j’entends! ce sont des parens,
ceux-là, mais je dis des estrangers, moy.
Fanchon. Et bien! des estrangers, n’y a-t-il point du Verger, du Moulin,
monsieur de Lorme et le jeune monsieur Robinet, que je devois nommer le
premier, car il y vient assez souvent, luy, et me dit assez de fois qu’il
m’aime et bien d’autres choses où je ne comprends rien. Mais à quoy me
sert cela? je n’ai pas plus de plaisir avec ces hommes-là qu’avec ma mère et
ma tante qui me font rire quelquefois, et j’ayme mieux qu’il n’en vienne
point du tout, que de voir ces simagrées qu’ils font (2); car quand je parle à
eux, ils sont toujours avec plus de cérémonie et me regardent avec des yeux
comme s’ils avoient envie de me manger, et au bout du compte ne me disent
point un mot qui vaille; et quand ils s’en retournent, à leur dire, ils sont
aussi peu contents comme quand ils estoient venus, et voilà bien de quoy
me contenter; pour moy je suis lasse de tant de façons.
Susanne. Mais ne te disent-ils pas quelquefois que tu es belle, et ne te
veulent-ils pas baiser ou toucher en quelque endroit?
Fanchon. Ho! ouy bien pour cela, ma cousine; mais Dieu! qui est-ce qui
vous l’a donc dit? Je pense que vous devinez ou que vous estiez derrière
eux quand ils me parloient, car je vous asseure que c’est la plus grande
partie de ce qu’ils me content, de dire que je suis belle, et quelquefois ils
approchent leur bouche de la mienne pour me baiser et me veulent mettre
les mains sur les tétons; ils disent bien qu’ils prennent plaisir à toucher cela,
mais pour moy je dis que je n’y en prends pas.
Susanne. Et les laisses-tu faire quand ils veulent faire ces actions-là?

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(3) Fanchon. Vrayement nenny, car ma mère m’a dit que ce n’estoit pas
bien fait de souffrir ces choses-là.
Susanne. Hé! que tu es innocente quand je t’écoute parler, et que tu es
encore ignorante en tout ce que tu dis.
Fanchon. Et qu’est-ce donc à dire cela, ma cousine? et y a-t-il quelque
chose à sçavoir que je ne sçache point?
Susanne. Il y a tout, et tu ne sais rien.
Fanchon. Dites-le moy donc, de grâce, afin que je l’apprenne.
Susanne. Voilà ce que c’est d’escouter toujours une mère et prester
jamais l’oreille aux paroles des hommes.
Fanchon. Et qu’est-ce que les hommes nous apprennent tant, ceux-là
qu’on dit estre si méchants.
(4) Susanne. Hélas! je le sçay depuis peu, ce qu’ils nous apprennent, à
mon grand plaisir. Ils ne sont pas si meschants que tu penses, mon enfant,
mais tu es aussi esloignée de le sçavoir qu’un aveugle de voir clair, et tant
que tu seras privée de leur compagnie et de leurs conseils, tu seras toujours
dans une stupidité et ignorance qui ne te donnera jamais aucun plaisir au
monde. Car, dis-moy, en l’estat où tu es, comme une fille qui est toujours
avec sa mère, quel plaisir as-tu que tu me puisses dire?
Fanchon. Quel plaisir? j’en ay plusieurs, ma cousine. Je mange quand
j’ay faim, je bois quand j’ay soif, je dors quand j’ay sommeil, je ris, je
chante, je danse, je saute, je vais me promener quelquefois aux champs avec
ma mère.
Susanne. Tout cela est bel et bon, mais tout le monde n’en fait-il pas de
même?
Fanchon. Et comment donc, ma cousine, y a-t-il quelque sorte de plaisir
que tout le monde n’a pas?
(5) Susanne. Vrayement ouy, puisqu’il y en a un que tu n’as pas, lequel
vaut mieux que tous les autres ensemble, tout ainsi que le vin vaut mieux
que l’eau de la rivière.

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Fanchon. Je demeure maintenant d’accord que je ne sçais pas tout, ma
cousine, et ne sçais non plus quel est ce plaisir dont vous me parlez, si vous
ne me le montrez autrement.
Susanne. Mais est-il possible que ces hommes à qui tu parles si souvent,
et particulièrement monsieur Robinet, ne t’en ayent rien dit?
Fanchon. Non, je vous asseure, ma cousine; si c’est quelque chose de
bon, ils n’ont pas eu la charité de me le dire.
Susanne. Comment, si c’est quelque chose de bon! C’est la meilleure
chose du monde. Mais ce qui m’estonne plus que le reste, c’est que
monsieur Robinet ne t’en ayt rien dit, luy qui t’a toujours montré plus
d’affection que les autres; il faut que tu luy ayes rendu quelque desplaisir.
(6) Fanchon. Hélas! au contraire, ma cousine; il le sçait bien, et quand il
soupire et se plaint auprès de moy, bien loin que ce soit moy qui luy cause
ce mal, je luy demande toujours ce qu’il a et luy proteste toujours de bon
cœur que je voudrois pouvoir quelque chose pour son soulagement.
Susanne. Ah! je commence à cette heure à comprendre votre mal à tous
deux. Mais quand il dit qu’il t’aime, ne luy dis-tu point que tu l’aimes
aussi?
Fanchon. Non, ma cousine, car à quoy cela serviroit-il? Si je croiois que
cela fust bon à quelque chose, je le luy dirois, mais comme il n’est bon à
rien, je ne me sçaurois contraindre à luy dire.
Susanne. Voilà qui t’a trompée, pauvre fille, car si tu luy avois dit que tu
l’aimes, il t’auroit infailliblement monstré le plaisir que je te veux
apprendre, mais il n’a eu garde jusques icy, puisqu’il luy estoit impossible à
moins que tu ne l’aimasses.
Fanchon. Certes, vous me dites là une chose estrange, ma cousine, que
pour aimer un homme de la sorte, on doit avoir tant de plaisir; car il me
semble que quand j’aimerois Robinet et cent mille autres avec luy, je n’y en
aurois pas davantage qu’en ne les aimant point.
Susanne. Cela seroit bon à dire, grosse sotte, si on estoit toujours à se
regarder, mais que penses-tu? dame, on se touche quelquefois.

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Fanchon. Mais je l’ay aussi touché plusieurs fois, et bien d’autres
garçons aussi, mais je n’ay point eu pour cela plus de plaisir.
Susanne. Tu ne touchois que les habits, mais falloit toucher autre chose.
Fanchon. Oh! de grâce, ma cousine, ne me faites plus languir, si vous
m’aimez, car je n’entends rien à tout cela; dites moy naïvement ce que je
devois faire pour estre si contente avec luy.
(7) Susanne. Pour ne te plus tenir en suspens, tu dois sçavoir qu’un
garçon et une fille prennent ensemble le plus grand plaisir du monde, et si
cela ne leur couste rien du monde.
Fanchon. Ha! ma cousine, que j’ay desjà d’envie de le sçavoir. Hé!
qu’est-ce, et comment est-ce?
Susanne. Donne toy patience, et je te diray tout. N’as-tu jamais veu un
homme qui fust tout nud?
Fanchon. Non, jamais en ma vie; j’ay bien vu quelquefois des petits
garçons.
(8) Susanne. Tout cela n’est rien; il faut qu’ils soyent grands, tout au
moins de l’âge de dix et sept ans, et que la fille en ayt quinze.
Fanchon. Cela estant, non, je n’en ay donc point veu.
Susanne. Escoute, ma pauvre cousine, je t’aime trop pour te rien celer:
n’en as-tu pas veu quelqu’un qui pissât, et cest affaire avec quoy il pisse?
(9) Fanchon. Ouy, bien cela, ma cousine; j’en ay une fois vu un dans la
rue qui pissoit contre une muraille, et qui tenoit quelque chose en la main
que je ne pouvois deviner, et comme il me vit venir du long du mur, il se
retourna vers moy, et me fit voir comme un bout de boudin blanc qui estoit
assez long, dont je m’esmerveillai que je n’en avois point de pareil.
Susanne. Et c’est tant mieux, pauvre ignorante, que tu n’en ayes point,
car cela feroit que tu ne pourrois recevoir ce grand plaisir, mais je te diray
encore à ceste heure bien des choses dont tu seras encore plus estonnée.

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Fanchon. Ma cousine, vous m’obligerez, mais que je vous dise encore
ceci auparavant: n’y a-t-il que les garçons et les filles qui peuvent avoir ce
plaisir?
Susanne. Vrayement, nous sommes bien loin de compte, il y en a de
toutes les façons (10); il y a premièrement donc les garçons et les filles, et il
y a les messieurs et les dames, qui est une autre façon, et de plus les maris
et les femmes, mais tout cela s’appelle communément les hommes et les
femmes.
Fanchon. N’y a-t-il pas de différence entre eux pour ceste chose-là?
Susanne. Le mary et la femme, cela est bon, vois-tu, mais il n’est pas
encore si bon que les autres, à cause qu’il est plus ordinaire et que c’est leur
pain quotidien; car c’est la difficulté et la rareté qui rend cela un petit
meilleur, d’où vient que les femmes, pour prévenir à tout, quand elles sont
mariées elles ont toujours des messieurs qui le leur font en cachette, à cause
que le mary ne le veut pas et qu’il en seroit jaloux s’il le sçavoit.
Fanchon. Et pourquoy ne le veut-il pas?
Susanne. C’est un autre fait, et nous le dirons tantost pourquoy, mais le
mary va bien chercher aussi ailleurs quand il est dégousté de sa femme, et
tesmoin ton père qui a donné le plaisir à Marguerite, la servante que vous
avez chassée. C’est pour cela que vous eustes tant de bruict dernièrement au
logis. Hé bien! ta mère, qui est encore belle et qui sçait cela, penses-tu
qu’elle n’ait pas quelques messieurs, en secret, qui lui viennent faire?
Fanchon. Je ne sçais pas, ma cousine, mais les messieurs et dames,
qu’est-ce?
Susanne. Celui-là est bien-plus plaisant que les autres. Les messieurs, ce
sont des personnes bien faites, mariez ou d’âge pour l’estre, qui cherchent à
donner le plaisir aux femmes, et Paris en est tout plein; et les dames sont les
femmes mariées ou veufves qui sont encore belles, et la plupart de grande
condition, à qui les messieurs viennent donner le plaisir chez elles.
Fanchon. Vous me surprenez, ma cousine; et les garçons?

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(11) Susanne. Les garçons et les filles, c’est le plus plaisant de tout, parce
qu’ils sont plus frais et plus jeunes et que la jeunesse est bien plus propre à
cela. Mais desquels dirons-nous, à ton avis, pour t’instruire?
Fanchon. Ma cousine, disons des garçons, qu’il y a plus de plaisir.
Susanne. Des garçons, soit. Premièrement, il faut que tu sçaches que cest
engin avec quoy les garçons pissent s’appelle un vit.
Fanchon. Ah! vous jurez, ma cousine.
Susanne. Patience, non fait; hé! que tu es importune et qu’il faut bien
vrayement que tu ostes tous ces scrupules, si tu veux que je te die quelque
chose dont tu seras tantost ravie.
Fanchon. Hé bien! j’escouteray tout ce que vous voudrez.
(12) Susanne. Je dirai encore cul, con, vit et coüillons.
Fanchon. Hé bien! il n’importe.
Susanne. Cest engin donc avec quoy les garçons pissent s’appelle un vit,
et quelquefois il s’entend par le membre, le manche, le nerf, le dard et la
lance d’amour, et quand un garçon est tout nud, on voit cela qui lui pend au
bas du ventre, comme une longue tette de vache, à l’endroit où nous
n’avons qu’un trou pour pisser.
Fanchon. Oh! quelle merveille!
(13) Susanne. De plus, il y a deux ballottes dessoubs, qui pendent dans
une bourse, qui s’appellent deux coüillons, mais il ne faut pas les nommer
devant le monde, et qui sont de la forme, à les toucher, de deux grosses
olives d’Espagne; et tout cela est environné d’un poil frisotté, de mesme
qu’aux filles, et qui sied bien à le voir à l’entour.
Fanchon. Je comprends ce que vous me dites, ma cousine, mais
pourquoy est-il fait comme cela aux hommes, et à quoy leur peut-il servir?
ce n’est pas seulement pour pisser, autrement ils n’en auroient pas plus à
faire que nous.

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Susanne. Tiens, m’amour, c’est avec cela qu’ils nous donnent ce plaisir,
car quand un garçon aime bien une fille (14), voici comment il luy fait
quand il la rencontre seule en quelque part. Il se met à genoux devant elle et
luy demande, le plus gracieusement du monde:—M’aimez-vous bien, ma
bonne? car je vous aime bien aussi;—et tandis qu’il luy dit cela, il la
regarde avec des yeux mourants, comme s’il avoit envie à se tuer pour elle,
et si la fille luy dit:—Ouy,—alors il se relève, et la prend de force de corps,
et la porte sur le lict, où il la couche à la renverse, et puis il luy trousse la
cotte et la chemise, et luy fait ouvrir les cuisses bien large, pendant qu’il
dénoue l’aiguillette de son haut-de-chausse pour se descouvrir aussi. Et
quand il a fait, il se couche comme cela sur le ventre de la fille, et lui fourre,
dans le trou par où elle pisse, ce long engin, avec le plus grand plaisir et
délice du monde.
Fanchon. Je suis grandement estonnée de ce que vous me contez là, ma
cousine. Mais comment peut-il faire pour entrer là dedans cest engin qui est
si mol et si flasque? Faut donc qu’il l’enfonce avec les doigts.
(15) Susanne. Hé! pauvre idiote! il n’est pas toujours si mol quand cela
arrive. Au contraire, quand il le fait voir à la fille, il est tout changé et ne
paroist plus ce qu’il estoit auparavant; il est grossi et allongé de moitié, il
est dur et roide comme un baston, et à force de se bander comme je dis, il y
a une peau vers le bout qui se retire contre le ventre et descouvre une teste
qui est faite comme un gros bigarreau rouge, et cela est plaisant à toucher
au possible.
Fanchon. Et quand il bande, comme vous dites, c’est alors qu’il le fourre
dans le trou de la fille?
(16) Susanne. Vrayement ouy, car il ne le pourroit autrement, mais c’est
encore un autre plaisir de voir la peine qu’il se donne pour le faire entrer,
car cela n’entre pas tout d’un coup, comme tu pourrois imaginer, mais petit
à petit, et le garçon est quelquefois tout en eau avant que le tout soit dedans,
à cause que le trou de la fille n’est pas assez large, et c’est là encore où il y
a du plaisir, parce que la fille sent l’engin du garçon qui l’entr’ouvre à force
et qui frotte fort contre les bords du con, ce qui la chatouille doucement et
voluptueusement.
Fanchon. J’aurois peur, au contraire, que cela ne luy fist du mal.

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Susanne. Point du tout, mon cœur, et cela luy fait grand bien. Il est bien
vray que le premier coup de vit que l’on luy donne, en le luy mettant
dedans, elle sent une petite cuisson, à cause qu’elle n’y est pas
accoustumée, mais par après, cela ne fait plus que chatouiller et exciter le
plus grand plaisir du monde.
(17) Fanchon. Et l’engin de la fille, comment l’appelez-vous?
Susanne. Je l’appelle un con, et quelquefois il s’entend par le bas, le
chose, le trou mignon, le trou velu, etc. Et quand un garçon fait cela à une
fille, cela s’appelle mettre vit au con, ou bien l’on dit qu’il la fout, la
chevauche, et les garçons nous apprennent à dire cela quand ils nous
tiennent. Mais garde-toi bien d’en parler devant le monde, car on dit que ce
sont des vilains mots qui font rougir les filles quand on les leur prononce.
(18) Fanchon. O! je n’ai garde, vrayement, mais comment fait donc le
garçon, ma cousine, pour faire entrer cest engin roide dedans le con?
Susanne. Il n’a pas plus tôt adjusté dans le trou de la fille, qu’il le pousse
du croupion, et puis se retire un peu arrière, puis repousse plus fort avant, et
la fille pousse aussi de son costé, pour l’enfiler mieux, tant que le tout soit
dedans, et elle sent cependant remuer les fesses du garçon qui est dessus
elle.
Fanchon. Il faut donc qu’il remue toujours, sans arrester aucunement?
Susanne. Vrayement ouy.
Fanchon. Et comment fait-il donc pour pouvoir remuer si à propos en le
faisant entrer petit à petit?
Susanne. Tiens, voilà, comme il fait, regarde comme je remue, et tandis
qu’elle le voit ainsi remuer, elle l’embrasse, elle le baise à la bouche, elle le
touche à l’estomach, tantost aux fesses et aux cuisses, l’appelant son cœur
et son âme, et sent cependant son vit qui luy entre dans le con avec la plus
grande douceur qu’on se puisse imaginer.
Fanchon. Vrayement, ma cousine, il me semble que je voudrois bien
esprouver cela de la façon que vous dites; je pense pour moy que j’y aurois
bien du plaisir, et les filles, certes, doivent bien estre obligées aux garçons

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qui leur font de telles choses. Mais n’y ont-ils pas aussi du plaisir (19), eux
qui se donnent tant de peine pour en faire aux autres?
Susanne. Comment penses-tu donc? vrayement ouy, et ils le leur
témoignent assez. Quand ils pasment d’aise sur elles en leur faisant, on ne
leur entend rien dire autre chose sinon:—Hé! mon cœur, hé! m’amour, je
me meurs; et fais, je n’en puis plus, fais vite,—et le plaisir de la fille est
bien plus grand, quand elle voit que celuy qui luy fait est bien aise, que s’il
n’estoit pas; car si le garçon donne du plaisir à la fille, il faut bien que la
fille en donne aussi au garçon.
Fanchon. C’est ce qui est bien raisonnable, ma cousine, et cela estant, je
pense que les filles sont bien longtemps à se tenir les garçons dessus; car si
c’estoit à moy, je ne laisserois jamais sortir cest engin qui fait tant de bien
dans le mien.
Susanne. O! que cela n’est pas comme tu penses.
Fanchon. Et comment donc?
Susanne. Parce que l’on finit de faire après quelque temps, après on
recommence.
Fanchon. Mais je croiois que cela duroit tousjours, sans finir, et tant que
l’on vouloit, et qu’il ne falloit que mettre cet engin là dedans.
Susanne. C’est ce qui te trompe, cousine, et il est bien mieux de la façon
que je te le vais dire.
Fanchon. Expliquez-moi donc cela, en un mot, comment cela se fait, et
pourquoy il finit et recommence, et qu’est-ce qui fait que l’on ressent ce
plaisir, le vit estant dedans le con de la fille, puisqu’en y mettant le doigt ce
seroit bien quelque chose.
(20) Susanne. Premièrement, tu doibs sçavoir que cest engin du garçon a
une peau par dessus, douillette et unie, qui donne du plaisir à la fille quand
elle y touche avec la main. Il est dur et plein de nerfs par dedans, et l’on
sent cela par dessous la peau, qui est mouvante, en le frottant haut et bas,
fors et excepté devers la teste, qui est composée d’une glande de chair
tendre et délicate et qui ressemble proprement, comme j’ay dit, un gros

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bigarreau rouge. Par dessous et le long de cet engin, il y a un tuyau qui
paroist enflé comme une grosse veine et qui aboutit à la teste, là où il y a
une petite fente en long, comme d’un coup de lancette, et qui est tournée de
mesme sens comme celle du con. Pour la fille, je ne sçais comment elle est
faite, mais on dit qu’elle a un engin par dedans, fait comme celui du garçon.
Or voicy ce qui arrive quand la fille reçoit le vit au con (c’est le mot): la
peau du vit rebourse, qui ne peut entrer, et le membre coule par dedans
toute la teste; le garçon cependant pousse tousjours avec le cul le membre,
qui est pressé parce qu’il est trop gros, dans le conduit de la fille; cela fait
que la peau qui le couvroit, et qui ne luy a descouvert que la teste, vient à
frotter par dessous contre le tuyau que j’ay dit. A mesure qu’il pousse et
retire le cul pour le faire entrer, la fille aussi, qui résiste, sent le frottement,
et celuy que la peau et l’engin du garçon luy font dans son conduit, tout cela
leur ameine du plaisir, avec les autres caresses qu’ils se font. Enfin, à force
de frotter et de remuer le cul de part et d’autre, il arrive que tous deux
viennent à s’eschauffer d’aise par une petite démangeaison et
chatouillement qui leur vient le long de leurs conduits. Le garçon en avertit
la fille et elle le garçon; cela les oblige à frotter plus fort et à remuer plus
viste les fesses. Le chatouillement cependant s’augmente toujours, et, par
conséquent, le plaisir, lequel enfin devient si grand petit à petit, qu’ils en
soupirent d’aise et ne peuvent parler que par eslans; ils clignottent des yeux,
et semblent expirer en s’embrassant de plus fort en plus fort. Alors le
chatouillement les saisit de telle sorte que l’on les voit pasmer d’aise et à
petites secousses (21) à mesure qu’ils viennent à descharger par les conduits
ce qui les chatouilloit si fort, qui est une liqueur blanche et espaisse comme
bouillie, qu’ils rendent tous deux l’un dans l’autre, avec un délice qui ne se
peut exprimer.
Fanchon. Il faut, ma cousine, que ce plaisir soit bien furieux, puisqu’il
les fait tant oublier de ce qu’ils sont. Mais qu’arrive-t-il par après?
(22) Susanne. Rien davantage. Tous deux sont contents pour ce coup, et
le vit, qui estoit droit auparavant, sort du con tout lasche et abattu.
Fanchon. Cela est estrange, et ne leur prend-il point envie de
recommencer?

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Susanne. Quelquefois, quand, à force de baisers et d’attouchements, le vit
se dresse, ou que la fille vient à le redresser avec la main, car alors, ils le
remettent encore une fois dedans et esprouvent le même plaisir.
Fanchon. Comment, s’il estoit abattu, une fille le pourroit-elle bien
redresser?
Susanne. Ouy dea, avec la main, en le frottant doucement, et si tu savois
les vertus (23) de la main de la fille, et combien elle a de pouvoir à donner
du plaisir aux garçons, tu en serois esmerveillée.
Fanchon. De grace donc, ma cousine, dites-moy comment et en quelle
rencontre cela arrive.
Susanne. Voicy comment il arrive: quelquefois que le garçon et la fille
sont seuls dans une chambre ou dans un jardin, il n’importe point où, et
s’entretiennent de choses indifférentes, le plus souvent ils ne pensent point à
se faire bien aises ny à se donner du plaisir, à cause de quelque autre soucy
qu’ils auroient en tête, et le garçon voudroit seulement baiser une fois la
fille avant de s’en aller, comme par manière d’acquit. La fille qui est faite à
cela, si tost qu’elle sent la bouche du garçon contre la sienne, vient à
pousser petit à petit sa langue en pointe dedans, et la fait frétiller contre ses
lèvres avec un grand ragoust; que cela met en humeur le garçon, qui la prie
de recommencer. Alors, la fille peut prendre un autre plaisir, qui plaist aussi
encore au garçon, et ayant regardé tout autour d’elle si personne ne la voit,
elle met la langue aussitost dans la bouche du garçon (24). Tandis qu’elle
luy fait cela, elle le baise, coulant sa main sur son engin, qu’elle prend dans
la braguette, et quand elle l’a patiné quelque temps, de mol qu’il estoit
auparavant, elle le fait devenir dur comme un baston. Et on ne sçauroit dire
pourtant comme cela se fait ny par quelle vertu, car elle le frotte seulement
deux ou trois fois par dessus la peau, et le garçon qui sent cela ne sçauroit
s’empescher de dresser, quand il voudroit. Et comme il faut que tout se
fasse par ordre et dans les règles du plaisir, et que la fille est assez bien
instruite à cela, si tost qu’elle l’a fait ainsi droit, elle le retire hors de la
braguette, et le regarde et luy donne une petite secousse pour l’achever, et
puis le laisse ainsi tendu en estat, pour s’en servir en après.
Fanchon. Ho! ho! je ne pourrois retenir tout cela, et faut-il, ma cousine,
qu’une fille sçache toutes ces choses?

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Susanne. Et bien d’autres encore; ce n’est pas là tout, et quand elle a
demeuré quelques temps ainsi, elle essaye un autre plaisir pour faire encore
au garçon.
Fanchon. Encore!
(25) Susanne. Ouy, encore; elle lui met la main sur les ballottes qu’il a
au-dessous de cest engin et les soulève mignardement en les passant et
repassant doucement entre les doigts, et quand elle a fait en cest endroit,
elle lui vient manier les fesses et les cuisses, en gravonnant entre ses poils,
revient à luy branler l’engin, en sorte que la teste, qui est tout en sueur,
s’allonge et redresse et ressemble un qui voudroit vomir et qui ne peut.
Mais le garçon ne sent aucune douleur de cela, au contraire: il est si ayse
qu’il ne peut parler; il pousse le cul en avant, pour que la fille luy fasse
toujours; il obéit à tout ce qu’elle veut et semble qu’il escoute tout ce
qu’elle luy fait, et à voir comme son visage est attentif à toutes les caresses
qu’elle lui départ de sa main, il semble qu’elle le gratte bien où il luy
démange et qu’il n’a point d’autre soucy au monde que celui-là. Mais par
après, quand il se voit chevauché par elle qu’il devroit chevaucher luy
mesme, ô dame, c’est alors qu’il est bien plus ayse, et que cela luy est
presque aussi doux à supporter que comme s’il deschargeoit
continuellement.
(26) Fanchon. Certes, voilà bien des sortes de plaisirs, et je ne sçais si je
pourray bien retenir tout. Et comment fait donc la fille, ma cousine, pour
chevaucher le garçon quand il est si ayse?
Susanne. C’est alors qu’il se couche à la renverse, et que la fille monte
dessus et se remue dessus luy.
Fanchon. Ho! ho! voilà encore une autre façon, et l’on fait donc ce doux
jeu en bien des postures?
Susanne. De plus de cent, vois-tu, et l’on y prend plaisir à toutes, mais tu
le sçauras plus à loisir.
Fanchon. Et pourquoy le garçon a-t-il plus de plaisir quand il est
chevauché de la fille, que quand il chevauche?

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Susanne. C’est qu’il dit qu’il luy est bien obligé de tant de peine qu’elle
prend, et qu’il juge mieux par là de sa bonne volonté; et il dit qu’il se veut
soumettre à elle par humilité et qu’il n’est pas digne de prendre le dessus, et
la fille, qui est pleine de reconnaissance, elle fait un grand effort sur son
courage.
Fanchon. Aussi vrayement elle le doibt, car voilà une grande civilité du
garçon.
Susanne. Et qui est continuée jusqu’à la fin, car il ne se remue en façon
du monde et luy laisse faire à elle ce qu’elle veut, qui n’y a pas moins de
plaisir cependant que luy.
Fanchon. Cela estant, ma cousine, il me semble que la peine qu’elle
prend luy doit estre bien agréable, car vous m’avez mise tout en humeur à
vous entendre seulement dire qu’elle se remue ainsi sur le garçon.
Susanne. J’ay bien encore une autre raison que celle-là, mais j’attendray
à la dire jusqu’à ce que tu sois mieux instruite des choses que tu doibs
sçavoir auparavant.
Fanchon. Grand mercy, ma cousine, vous aurez la bonté donc de me
l’apprendre. Cependant, puisque nous sommes en discours, dites-moy
pourquoy, la pluspart des nuicts, je sens des démangeaisons en cet endroit
(à sçavoir au con) qui ne me laissent presque point dormir. Je me tourne, je
me vire d’un côté et d’autre, sans que, cela se puisse appaiser. Qu’est-ce
qu’il me faudroit alors?
(27) Susanne. Il te faudroit un bon gros vit nerveux, et le fourrer dedans
ta nature pour y faire le doux nectar qui appaiseroit ta chaleur. Mais, à faute
de cela, quand cela te adviendra, il faut le frotter avec le doigt quelque
temps; après tu sentiras le plaisir de la descharge.
Fanchon. Avec le doigt! est-il possible?
Susanne. Ouy, avec le doigt du milieu, en faisant sur le bord comme cela.
Fanchon. Certes, je ne l’oublieray pas. Mais, à propos, ma cousine, ne
m’avez-vous pas dit que vous avez ce plaisir quelquefois?

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Susanne. Ouy dea, quand je veux, et c’est un garçon que j’aime bien qui
me le donne.
Fanchon. Vrayement, je le pense, et il faut bien qu’il soit vray que vous
l’aimiez, car vous dites qu’il ne se peut autrement; mais que je suis
esmerveillée! et cela vous fait-il donc bien ayse?
Susanne. Si ayse que je n’en puis plus.
Fanchon. Et comment ferois-je pour en avoir un qui m’en fist autant?
(28) Susanne. Il en faut prendre un qui t’aime bien, qui soit discret et qui
n’en dise mot à personne.
Fanchon. Et qui pourrois-je prendre, à vostre avis, qui fust propre à cela?
Susanne. Pour moy, je ne sçay, je n’en connois point de plus propre que
le jeune Robinet, car il t’aime bien et de plus il est beau et de bonne grâce.
Et je l’ay veu une fois baigner en la rivière, où je fus tout esmerveillée,
parce qu’il a une belle chair blanche, ni trop grasse ni trop maigre; il a les
cuisses grosses et nerveuses, et les reins forts et larges, avec un grand et
puissant engin par devant, cotonné d’un poil follet, et toutes ces bonnes
qualitez contribuent beaucoup au plaisir de la fille.
(29) Fanchon. Mon cœur, je tremble, je ne sçay pourquoy, quand je suis
si proche à me porter à cela; mais, ma cousine, n’y a-t-il point de mal à le
faire?
Susanne. Et quel mal y auroit-il, sotte? regarde comme je suis.
Fanchon. Mais cela n’est-il donc point défendu?
Susanne. Pourquoy défendu, m’amour? il y a tant de plaisir! et puis l’on
n’en sçaura rien, car qui est-ce qui le diroit? Je me fie bien à toy, ne te
fieras-tu pas bien à moy? A ceste heure, Robinet n’aura garde de l’aller dire,
parce qu’il est discret; outre que s’il l’avoit dit, il y perdroit autant que toy,
car il ne te verroit plus, et on ne feroit plus compte de luy parmy la ville.
(30) Fanchon. Quel malheur! Mais quand on est marié (quand j’y pense),
un mary ne fait-il pas donc moins cela à sa femme, et s’il venoit à
reconnoistre qu’un autre luy eust desjà fait?

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Susanne. Tu n’as que faire de craindre, car quand cela t’arriveroit, je te
donneray un secret pour qu’il n’y paroisse plus.
(31) Fanchon. Mais y a-t-il d’autres filles qui le fassent aussi? car elles
n’oseroient, et puis si on venoit à le sçavoir, on ne les marieroit plus par
après.
Susanne. On n’a garde, m’amie, de le sçavoir, puisqu’elles le font en
cachette, et on ne le sçait non plus d’elles que l’on le sçaura de toy, ou de
moy aussi. Vrayement, il y a plus de la moitié qui le font, et si par hazard
les parents viennent à le sçavoir de quelqu’une, ils n’en disent mot à
personne, et ne laissent pas cependant de la marier à quelqu’un qui n’en
sçait rien.
Fanchon. Et Dieu qui sçait tout?
(32) Susanne. Dieu qui sçait tout ne le viendra pas dire et ne descouvre
rien aux autres. Et puis, à bien dire, ce n’est qu’une petite peccatille que la
jalousie des hommes a introduite au monde, à cause qu’ils veulent des
femmes qui ne soyent qu’à eux seuls; et croy-moy d’une chose, que si les
femmes gouvernoyent aussi bien les églises comme font les hommes, elles
auroient bien ordonné tout au rebours.
(33) Fanchon. Les hommes pourtant, à ce qu’il me souvient avoir
entendu dire à ma mère, ne laissent pas de dire qu’ils font mal comme nous,
et s’ils avoient estably cette loy, comme vous dites, ils ne l’auroient point
establie contre eux-mesmes.
Susanne. C’est pour abuser d’autant plus qu’ils en ont fait. Car s’ils ne
s’estoient pas soubmis à ceste loy qu’ils ont inventée, les femmes auroient
dit: Ho! ho! et pourquoy ferons-nous mal là où les hommes n’en font point?
Mais cependant ils n’ont pas laissé de se tirer de pair par une autre raison:
c’est qu’ils disent que devant Dieu ce péché est un péché comme les autres;
c’est pourquoy ils font tout de mesme et sans crainte d’estre punis, non plus
que s’ils avoient mangé des œufs en carême (34). Mais, pour les femmes,
ils y ont attaché un certain point d’honneur, afin de les tenir toujours en
crainte devant eux, et une note d’infamie à celles qui contreviendroient aux
lois de cet honneur, laquelle les prive (quand on le sçait) de plusieurs
avantages qui sont parmy elles.

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Fanchon. Quand on ne le sçait pas?
Susanne. Elles sont aussi honnestes que les autres.
Fanchon. Tellement donc qu’il n’y a que la croyance qu’on a de leur
honnesteté qui les rende honnestes?
Susanne. Non certes, et il vaudroit mieux pour elles qu’elles eussent ce
plaisir et que l’on n’en sçeut rien, car elles seroient aussi honnestes que si
elles ne l’estoient point et qu’on vînt à se l’imaginer. Car il faut que tu
sçaches encore qu’il y en a qui sont si malheureuses que l’on croit d’elles ce
qui n’est point, et c’est le pis qui leur peut arriver que cela. C’est pourquoy,
si j’estois d’elles, et que je visse que je ne pusse oster cette croyance du
monde, je voudrois du moins la rendre véritable en effect et prendre un
plaisir qui ne me cousteroit rien et dont il ne me sçauroit arriver pire, outre
que j’empescherois que tant de monde, par un faux et mauvais jugement,
fussent damnés, car il n’y a que l’opinion qui fait le mal.
Fanchon. Vrayement, c’est bien raisonné, et faire toujours le bien contre
le mal. Et cela estant, si j’estois une fille comme vous dites, je n’en ferois
pas moins pour esteindre la mesdisance, mais le meilleur à tout cela,
comme vous avez desjà dit, c’est de se comporter si bien que l’on vienne à
n’en sçavoir rien.
(35) Susanne. Dame ouy, et cela n’est point mal aysé quand on a un amy
qui est discret et qui ne se vante de rien, et quand tu auras un peu
accoutumée cette vie, tu auras un plaisir non pareil. Quant au reste des
filles, tu en verras cent à l’église, dans les rues, dans les compagnies, qui
passeront pour honestes, desquelles tu te mocqueras impunément, d’autant
qu’elles n’auront garde de s’aller imaginer cela de toy. Tu passeras devant
elles, selon ta condition, ne parlant que de choses bonnes et honestes; tu
seras louée et estimée de chacun, car la connoissance intérieure de ce que tu
auras expérimenté en cachette te donnera une certaine petite joye et
suffisance de toy-mesme qui te rendra plus hardie en compagnie et mieux
disante; d’où vient que l’on te préférera aux autres filles qui sont pour la
pluspart honteuses et stupides. Et il ne se peut faire qu’à la fin, parmy tous
ceux qui t’aimeront (envers lesquels tu useras toujours d’une petite sévérité
honeste), il n’y en ayt quelqu’un qui donne dans le panneau pour t’épouser.
Cependant tu verras ton amy indifféremment aux lieux publics et

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l’entretiendras sans scrupule, goustant avec luy la douce satisfaction de
tromper tant de gens, et le bon de tout cela est qu’après que tu auras bien
employé la journée à causer et discourir, et que tu te seras mise en humeur
par les contes et bonnes chères qu’on t’aura faites, te mocquant en ton âme
de la sottise de tes compagnes qui emploient si mal la nuict toutes seules, tu
la viendras passer amoureusement entre les bras d’un amy qui la passera
aussi doucement que toy et fera tous ses efforts de nature pour tascher de
satisfaire ta passion.
(36) Fanchon. Certes, vous estes bien heureuse, ma cousine, à ce que je
voy, et il me tarde bien desjà que je n’aye commencé de faire comme vous.
Mais comment est-ce que je m’y doibs gouverner, car je ne le sçay pas et
j’ay besoin de vostre courtoisie et conseil, et si vous ne m’assistez, je sens
bien que je ne feray rien de ce que j’ay le plus à cœur.
Susanne. Hé bien! voions; mais pour qui est-ce que tu aurois le plus
d’inclination?
Fanchon. Pour Robinet, n’en faut point mentir.
Susanne. Il faut donc s’arrester à luy et le prendre; il a toutes les qualitez
d’un honeste homme.
Fanchon. Mais comment faire cela? je n’ai pas la hardiesse de le luy
demander.
Susanne. Hé bien! je luy diray pour toy ce qu’il faudra; tu n’auras qu’à le
laisser faire. Mais sur tout, quand vous serez ensemble une fois, avisez bien
aux moiens de vous revoir souvent, car ce plaisir est si attachant de soy que
depuis qu’on en a gousté on ne s’en pourroit plus passer par après.
Fanchon. J’entends bien, et quand est-ce que nous commencerons?
Susanne. Le plus tost que faire se pourra. Robinet ne viendra-t-il point te
voir aujourd’huy?
Fanchon. Je l’attends, ma cousine, et voicy tantost son heure.
Susanne. Sans différer davantage, il faut le prendre en arrivant. Tu ne
sçaurois trouver une plus belle occasion que celle-là. Ta mère est aux
champs et ne reviendra qu’à ce soir, et il n’y a que la servante au logis. Pour

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elle, on trouvera bien moyen de l’employer à quelque chose, et quand
Robinet viendra je luy parleray de toy ce qu’il faut et puis je m’en iray, et si
quelqu’un te viendra demander, tu feras dire que tu n’y es pas: Voilà un lict
qui est tout propre à vostre besoigne, et si l’on le trouvoit gasté, tu diras que
tu t’es couchée dessus. Tu ne mentiras pas, car, si tost qu’il sera venu, il ne
manquera pas de t’y adjuster d’une façon ou d’autre.
Fanchon. Mon cœur, je tremble. Et quand j’y seray, le laisseray-je faire,
ma cousine?
Susanne. Vrayement ouy, il le faut laisser faire; il te mettra son engin
dans le tien et te fera bien ayse.
Fanchon. Et cependant n’y aura-t-il plus rien à faire après cela, et ce
plaisir me viendra-t-il comme à vous?
Susanne. Ne te l’ay-je pas desjà dit? tu n’auras à faire que ce qu’il
t’enseignera.
Fanchon. Je vous demande pardon, ma cousine, c’est que je suis
ignorante. Mais en attendant qu’il viendra, dites-moy un peu, je vous prie,
comme vostre amy vous fait quand vous estes couchés ensemble, afin que
je ne sois pas si novice quand le mien me voudra faire de mesme.
(37) Susanne. Volontiers pour cela. Tu dois savoir que le plaisir de mettre
le vit au con est accompagné de cent caresses et assaisonnements en amour
qui le font trouver meilleur. Une fois entre autres, mon amy m’en fit
esprouver en une nuict la plus grande partie; je ne le vis jamais tant en
humeur qu’il estoit ceste nuit-là.
Fanchon. Mais quand il vous approche, comment vous dit-il, comment
vous fait-il?
(38) Susanne. Voicy à peu près la façon qu’il est accoustumé d’en user.
Premièrement, il me vient voir la nuict, quand tout le monde est couché, par
un petit escalier desrobé, et me trouve le plus souvent au lict, que je suis
couchée et quelquefois endormie. Lors, sans perdre de temps, il se
déshabille et met la chandelle allumée au chevet du lict, et cela fait, il se
couche tout de son long à costé de moy. Quand il a esté un peu de temps à
se réchauffer, il s’avise et commence à me dire: Dormez-vous, m’amie?—et

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allongeant une main sur mon estomach:—Je suis si fatigué d’aujourdhuy
que je ne me saurois remuer. Et tout disant cela il me conte sa douleur, et
me met la main sur le sein, et en me maniant les tétons à gogo, me conte
tout ce qu’il a fait le long de la journée. Cependant il manie toujours mes
mamelles, et quand il a fait à l’une il vient à l’autre et puis à toutes deux, et
me dit quelquefois:—Que je suis heureux, m’amie, d’avoir un tel ordinaire.
Lors je le sens qui se tourne sur le côté et qu’il prend la fantaisie, et je lui
dis quelquefois:—Mon cœur, mon amy, je dormirois bien, laisse-moy. Et
lui, sans faire semblant de m’entendre, me met la main sur le ventre, et
quand il trouve la chemise, il la lève et m’appuye la main sur la motte qu’il
pince et frise quelque temps avec les doigts. Après, il met sa bouche sur la
mienne et me coule la langue dedans, et puis il vient me toucher les fesses
et les cuisses, et de là il retourne au ventre, et tantost me succe une des
mamelles. Et pour se donner au cœur joye, parce qu’il est bien ayse de voir,
il esloigne le drap et la couverture, et quand ma chemise l’empesche il me
la fait oster et me regarde partout avec la chandelle. Après, il me fait
empoigner son chose, qu’il a roide, et quelquefois me prend à force de
corps et me fait rouler sur luy, tantost dessus, tantost dessous, et me fait
toucher son engin, ores entre les cuisses, ores entre les fesses, et de là
revient à me baiser la bouche et les yeux, m’appelant son cœur et son âme.
Ensuite de cela, il me monte dessus, et en me faisant entrer son gros vit
bandé au con, il me chevauche jusqu’à ce que son foutre me coule au fond
de la matrice.
Fanchon. Comment dites-vous l’autre mot que chevaucher? il ne m’en
souvient plus.
Susanne. C’est à dire qu’il me fout.
Fanchon. Vous en estes donc bien ayse?
(39) Susanne. Je te laisse à penser! Or, il y a diverses manières de mettre
cest engin-là dans l’autre, ainsi que je l’ay esprouvé avec luy, car tantost il
me fait dessoubs, tantost dessus, tantost de costé, tantost de travers, tantost
à genoux par devant, et par derrière comme si je prenois un lavement,
tantost debout, tantost assise. Quelquefois, quand il est pressé, il me jette
sur une forme, sur une chaise, sur un matelas ou au premier endroit qu’il
rencontre. Et à toutes les sortes de façons il y a un plaisir différent, car son

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chose entre plus ou moins et est disposé autrement dans le mien selon les
postures qu’il me fait tenir. La peine n’est pas aussi toujours mal plaisante à
cela, et c’est ce qui nous donne plus d’envie à faire. Quelquefois que nous
nous voyons de jour et que nous sommes seuls, il me fait baisser la tête sur
une forme avec les mains, et me retrousse ma robe par derrière jusques par
dessus ma tête. En cest estat, il a tout loisir de voir et considérer, et de peur
que nous ne soyons surpris, il n’abaisse point son haut de chausse, mais tire
son engin par la braguette, qu’il me vient montrer, et puis va escouter tout
doucement à la porte s’il n’y a personne, et cela fait, il me fait signe du
doigt que je ne bouge et puis il s’en vient à moy et m’enconne brusquement
par dessoubs les fesses. Eh bien! il m’a juré cent fois qu’il avoit plus de
plaisir de me le faire ainsi à la desrobbée qu’autrement.
Fanchon. Certes, il faut qu’il y ait bien du plaisir, ma cousine, puis qu’il
y a tant de façons, car je m’imagine desjà bien toutes celles que vous me
venez de dire, et puisque c’est seulement chercher à mettre un vit dans un
con en diverses manières pour le plaisir que l’on y trouve, il me semble que
j’en aurois bien tost imaginé d’autres que celles que vous avez dites,
puisqu’il n’y a personne qui n’en puisse imaginer de nouvelles en la
fantaisie. Mais il n’est pas question à ceste heure de cela. Je voudrois
seulement sçavoir comment vous passastes ceste nuict avec votre amy, dans
laquelle vous eustes avec luy tant de sortes de plaisirs.
Susanne. Ah! ce fut hier que m’arriva ceste bonne fortune, et tu vas
entendre mille folastreries d’amour et qui ne se pratiquent qu’entre les
personnes qui s’aiment beaucoup. Tu as donc à sçavoir qu’il y avoit deux
nuicts que mon amy n’estoit venu pour me voir, et je m’impatientois qu’une
partie de la troisième fust desjà escoulée sans en avoir des nouvelles,
lorsque je le vis entrer dans la chambre, avec une petite lanterne sourde
qu’il a tousjours coutume de porter pour s’éclairer, et qu’il tenoit soubs son
manteau (40) quelques douceurs et confitures, pour nous mettre en bonne
bouche.
Fanchon. Il ne faut pas demander si vous fustes bien ayse alors.
Susanne. Or il se deschargea premièrement de son paquet, et me trouvant
en cotte, que je n’estois pas encore couchée, il la troussa incontinent, et sans
parler, me renversa là sur le lict, me le fit là sur le champ et me fit taster son

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gros nerf, qui estoit extrêmement dur, et, en moins de six coups de cul, je
me vis arrouzée largement de la liqueur amoureuse.
Fanchon. Mais on n’est donc jamais plus ayse que quand ceste liqueur
vient à sortir, et on ne prend jamais tant de peine pour se remuer qu’afin de
la mettre dehors?
Susanne. Non certes. Et quand il eut fait (41), je me mets aussi tost au
list, pendant qu’il se deshabilloit, là où je n’avois pas si tost commencé à
fermer les yeux (car il faut que tu sçaches encore qu’il n’y a rien qui fasse si
bien dormir que cela), quand je le sentis à mon costé qui m’embrassoit
amoureusement et me mettoit le vit à la main. Je perdis aussitôt l’envie de
dormir.
Fanchon. Mais combien est donc cet engin (42) de temps à se redresser
depuis qu’il est abattu, et combien le met-on bien dedans le con en une
seule nuict?
Susanne. Foin, si tu m’interromps toujours. C’est selon les personnes
qu’il y a, vois-tu, et comme ils sont plus esmeus à certains temps qu’à
d’autres; car quelquefois il y a des hommes qui feront deux coups sans
desconner, et cela fait grand bien à la fille; d’autres feront leur descharge
sept ou huict coups, dix ou douze; mais cela n’est pas croyable, et cinq ou
six coups raisonnables suffisent pour la contenter. Il y en a qui ne peuvent
faire que deux ou trois coups, et sont prompts ou longs à descharger. Il faut
remarquer que ceux qui en font le moins rendent plus de liqueur que les
autres et donnent et reçoivent plus de plaisir, mais quoy qu’il puisse en estre
vray des uns et des autres, la fille trouve toujours en si peu qu’il y en a
matière d’une très grande satisfaction. La beauté de la fille contribue aussi
beaucoup à cela et fait faire un coup ou deux davantage, mais il y a la
coustume qui gaste tout et lasse le garçon quand il faut faire cela tous les
jours, et alors ce n’est pas mal aller que de le faire tous les soirs une fois et
une autre tous les matins. Voilà ce que je t’avois à dire là dessus. Quand tu
m’as interrompue, je ne sçai où j’en étois.
Fanchon. C’est alors qu’il vous prit endormie et qu’il vous mit son engin
roide en la main.

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(43) Susanne. Ah! il m’en souvient à ceste heure. Je ne l’eus pas plustost
senty roide comme il estoit, que je ne songeai plus à m’endormir, mais
respondant à ses caresses, m’appelant son cœur et son âme, nous roulasmes
longtemps l’un sur l’autre, entrelassez de bras et de jambes, et nous
démarames tant que nostre couverture en cheut à bas; néanmoins, comme il
ne faisoit pas froid, nous ne songeames pas à la ramasser, mais nous
eschauffant de plus en plus, il me fit oster ma chemise en ostant la sienne, et
fit cent bonds sur le lict en me monstrant son vit qui estoit roide. Puis
m’ayant demandé permission de folastrer en tous lieux et liberté, il répandit
et sema par terre cent boutons de roses, et me les fit aller ramasser toute
nue, au beau milieu de la place, me tournant d’un costé et d’autre, et
considérant à la lueur du feu et de la chandelle qui estoit en divers endroits
de la chambre les diverses postures que je faisois en me baissant et me
haussant après. Il me frotta avec une essence de jasmin par tout le corps, et
luy s’en frotta pareillement; et nous estant remis sur le lict, nous fismes
vingt culbutes pour nous esgayer. En suite de quoy, me tenant agenouillée
devant luy, il me consideroit partout, les yeux ravis en extase. Il exaltoit
tantost mon ventre, puis mes cuisses, puis mes tétons, et tantost l’enflure de
ma motte qu’il trouvoit ferme et rondelette, y portant quelquefois la main,
et je ne dis point que toutes ces petites fantaisies ne me plaisent infiniment.
Et puis me tournant par derrière, il contemploit tantost mes épaules, puis
mes deux fesses, et puis me faisant baisser les mains sur le lict, il montoit à
cheval sur mon dos et me faisoit aller; et quand il eut ainsi demeuré
quelques temps, il descendit de son cheval, non pas de costé, mais à
reculons (car il ne craignoit pas, disoit-il, que je luy ruasse des coups de
pied), et ainsi tout d’un temps, en descendant son membre par entre mes
deux fesses, il me le fichoit dans mon con. Au commencement, je me
voulois lever et faisois la rétive, mais luy me prioit, me conjuroit, se
désesperoit, si bien que j’en avois pitié; je me remettois, et luy prenoit son
plaisir à me le fourrer dedans et le retirer tout d’un coup, se délectant à le
voir entrer et sortir, et (44) cela faisoit un bruict, cousine, comme les
boulangers qui enfoncent leur poing dedans la paste et le retirent soudain,
ou comme les petits enfants qui retirent leur baston de leur canonnière où ils
ont desjà mis un tampon de papier.
Fanchon. Quel dévergondage, ô Dieu! de part et d’autre. Et aviez-vous
du plaisir à cela aussi, vous?

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Susanne. Pourquoy non? Quand on s’aime bien, ce sont de petites
coyonneries qui plaisent toujours et qui ne laissent pas de chatouiller un
peu, et cela fait passer autant de temps agréablement, outre que l’on le
trouve meilleur par après.
Fanchon. O bien donc, poursuivez, si vous le trouvez bon.
Susanne. Enfin, quand il fut las de me chatouiller de la sorte, nous
allasmes, aussi nuds que nous estions, auprès du feu, où il me fit asseoir
dans une chaise auprès de luy, et aussi tost alla prendre dans un coin de la
chambre une bouteille d’hypocras avec certaines confitures dont il me fit
manger, et je me sentis merveilleusement restaurée. Or cependant que nous
mangions, il s’estoit remis auprès de moy en posture humble et suppliante,
et me cajolloit comme s’il ne m’avoit jamais vue, me contant son martyre et
qu’il se mouroit pour l’amour de moy, avec les plus douces paroles du
monde. Si bien que, feignant d’en avoir pitié, je lui ouvrois mes cuisses,
ainsi mise que j’estois, et luy, tenant son engin au poing, se traînoit à
genoux entre deux, disant qu’il le vouloit seulement mettre à couvert. Et
ayant aussi tost pourveu à cela, me tenant enfilée sans mouvoir davantage,
ainsi en mangeant toujours nous raisonnions doucement de chaque chose, et
quand il estoit à moitié mangé nous le renvoyions de bouche en bouche.
Tant qu’estans lassés de ceste posture nous en recommençasmes une autre,
et tantost une autre, et ainsi à l’infiny, me considérant partout, et il sembloit
qu’il ne l’avoit encore jamais fait et qu’il ne s’en deust jamais soûler.
Ensuite de quoy il se ravisa et prit un verre sur la table, qu’il remplit
d’hypocras, et voulut que je beusse la première. Je le vuiday entièrement, et
l’ayant aussitost remply pour luy il en fit autant que moy. Nous
continuasmes deux ou trois fois, en sorte que les yeux nous pétilloient
d’ardeur et ne respiroient que le combat naturel. Nous fismes donc trève de
bonne chère, et retournant à me caresser, me prist soubs les bras et me fit
lever, et quand je fus debout il fit mine de me chevaucher ainsy, et se
trémoussa vers moy en se baissant et moy vers luy en me haussant; les culs
nous alloient à tous deux comme s’il eust desjà le vit au con, et voyant qu’il
ne pouvoit rien faire entrer à cause de l’incommodité d’estre debout, il
m’apprit au moins que ce qu’il en faisoit estoit pour m’enseigner à remuer
les fesses (45) de mesure pour quand nous serions accouplez, et que le
remuement de deux fesses bien accordées, qui s’approchent et se retirent
quand il est temps, est un grand assaisonnement à la volupté. Il m’apprit

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ensuite plusieurs autres choses à faire, qu’il trouvoit agréables devant et
pendant le déduit. Que diray-je davantage? il ne nous manquoit qu’un
miroir pour mieux contempler nos postures, à faute de quoy il me monstroit
tous ses membres qu’il avoit les mieux faits, et vouloit que je les maniasse,
prenant autant de plaisir d’estre touché de moy qu’il en avoit à me toucher.
Bref il n’avoit jamais mis tant d’apprêts à me chevaucher comme il fit ceste
fois là, et luy en ayant tesmoigné ma pensée, je le priay de mettre fin à
toutes choses. Il estoit las de baiser, manier, fouiller et farfouiller, c’est
pourquoy il m’escouta et nostre plaisir ne put souffrir un plus long delay. Je
l’empoignay par le manche et le menay au pied du lict, où je me couchay à
la renverse, l’attirant dessus moy; je m’enconnay moi-même son vit dans
mon con jusques aux gardes; il faisoit craqueter le lict en poussant, et je luy
repoussois de toutes mes forces. Bref, tout estoit en agitation parmy nous, et
ne pouvions plus rien faire entrer par le remuement des fesses; je sentois les
coüillons d’ayse qui battoient la cadence contre les miennes. Enfin, il
eslance de plaisir contre moy et me dit qu’il alloit faire un grand coup, dont
je serois toute ravie. Je luy dis qu’il se despeschât vistement, et nous nous
dismes en suite plus de vingt fois l’un à l’autre: Et tost, m’amour, mon
cœur, et quand feras-tu? lors il commença à faire la descharge et m’en
donna le signal en me baisant et me poussant de force toute sa langue dans
la bouche. Il me semble (46) encore que j’y suis, quand il eslanca par plus
de six fois la liqueur amoureuse en moy, et cela se faisoit à petites
secousses, et chaque secousse me faisoit mourir autant de fois. Je fis aussi
ma descharge avec luy, et pour bien exprimer quel estoit nostre plaisir,
tiens, ma cousine, tu aurois esté ravie en extase en voyant seulement
comme il toussoit et se tourmentoit sur moy dans le temps que nous
achevions de fournir notre carrière.
Fanchon. Non seulement je le crois, ma cousine, mais je sens une
émotion toute pareille dans la description que vous m’en faites, et pour vous
dire franchement mon advis, j’aimerois mieux les conclusions en ces sortes
d’affaires que de m’amuser autant de sortes d’apprêts que vous m’avez là
racontés.
(47) Susanne. C’est au contraire de ce que tu dis. La conclusion ne peut
manquer, et cela estant, il faut estre plus mesnagère de ce plaisir, qui
autrement seroit de courte durée sans la préparation qu’on lui apporte. Or si

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je croyois assez avoir de temps avant que Robinet fust venu, je te ferois un
petit discours qui te serviroit encore bien d’instruction là-dessus.
Fanchon. Hé! de grâce, ma cousine, puisque nous y sommes, achevez, et
faites que je vous aye l’obligation entière.
Susanne. Apprens donc qu’il y a cent mille délices en amour qui
précèdent la conclusion, et lesquelles on ne peut autrement gouster que dans
leur temps, avec loisir et attention, car autre chose est le baiser que
l’attouchement, et le regard que la jouissance parfaite. Chacun de ces quatre
a ses différences ou divisions particulières. Il y a premièrement le baiser du
sein et de la bouche et des yeux, bref de tout le visage; il y a le baiser
mordant, qui se fait par l’attouchement et impression des dents dedans la
chair; le baiser de la langue, qui est le plus suave, et le baiser des autres
parties du corps, selon que la fantaisie amoureuse, qui n’a point de bornes,
est capable d’emporter la raison; et chacun de ces baisers a ses goûts
différents et qui sont capables d’amuser longtemps par la nouveauté et
douceur qui s’y rencontrent. Pour l’attouchement, il est divisé selon la
division des membres et ses plaisirs sont aussi différents. Le téton ferme et
rebondi remplit agréablement la main et fait aussitost dresser le vit par
imagination d’autre délices; du téton l’on vient aux cuisses, et l’on gouste
un autre plaisir à sentir deux colonnes d’albâtre, vives et charnues, quand la
main se pourmeine autour. Bref, la main va agissant par tout: tantost sur le
ventre plein et arrondy, tantost sur la motte velue, qu’elle empoigne et tire
par les poils, fouillant et farfouillant des doigts à l’entrée du con, en faisant
entr’ouvrir les deux lèvres de nature avec des émotions vives et ardentes, et
de là faisant le tour par les hanches, elle est emportée sur les fesses, qui sont
d’aimant pour elle et qui l’attirent avec tant de vertu que l’on voit le
membre amoureux se tendre roidement vers le centre velu qui l’attire. Ce
membre aussi a ses plaisirs particuliers d’attouchement et se plaît d’estre
logé tantost dans la main de la dame, tantost entre les cuisses, tantost entre
les fesses et tantost entre les mamelles. Si tu sçavois quel plaisir que c’est,
quand un corps nud se vautre sur un autre et que les bras, les jambes, les
cuisses sont entrelacés les uns parmy les autres d’une douce estrainte, à la
façon des anguilles, tu ne voudrois jamais faire autre chose. Pour les
regards amoureux, il n’y a rien si plaisant à considérer qu’un beau corps en
la personne aymée, la structure de ses membres, ses postures et ses
dispositions lascives; il n’y a rien qui excite davantage au plaisir, autant à

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voir qu’à estre veu; toutes les passions s’expriment par là, et l’âme se donne
entièrement à connoistre en furetant les lieux qui luy sont plus plaisants à
voir. A ceste heure, la joye est si grande de regarder aux yeux de la personne
aymée et de luy faire cependant quelque lasciveté au corps, dont elle soit
honteuse ou esmue de quelque autre passion, qu’il n’y a langue humaine qui
le puisse dignement exprimer. Quelle joye aussi de se montrer nud aux yeux
de ce qu’on ayme, et de plus, luy causer ainsi d’abord de l’estonnement et
de la confusion par un spectacle qui ne luy doit donner par après que du
ravissement. La jouissance vient ensuite dans son rang, comme la dernière,
et elle doibt donner lieu et temps que ces premières se soyent passées
auparavant, car après elle les autres n’ont presque plus de goust ny de
pointe, et elles luy doivent toujours servir d’avantcoureurs. Or cette
jouissance dernière comprend et surpasse tous les autres plaisirs, et a ses
façons particulières de mettre le vit au con, qui sont de plusieurs sortes:
dans le glissement d’un vit dans un con large ou estroit (et il est toujours
plus plaisant qu’il soit trop estroit que trop large), dans la considération du
temps et des lieux, dans le mouvement prompt ou tardif, dans les delays
qu’on prend pour descharger, dans la quantité de la liqueur que l’on répand,
dans les accolades et embrassements. Et parmy tout cela, depuis le premier
moment qu’on a commencé à baiser, regarder, toucher et enconner, jusques
à l’entier accomplissement de l’œuvre, il faut donner place et entremesler
cent mille mignardises et agréments: jalousies et petits mots, lascivetés,
pudeurs, frétillements, douceurs, violences douces, querelles, demandes,
responses, remuements de fesses, coups de main, langueurs, plaintes,
soupirs, fureurs, action, passion, gesticulation, souplesse de corps et
instruction d’amour, commandements, prières, obéissance, refus, et une
infinité d’autres douceurs qui ne peuvent pas être pratiquées en un moment
(48). Voilà ce que je t’avois à dire là dessus, ma cousine; or regarde donc
maintenant si toutes ces sortes de douceurs et caresses ne sont pas douces à
supporter et si je n’ay pas occasion de me louer de ma bonne fortune qui
m’a procuré un amy qui en sçait si bien user dans le temps et qui est si
raisonnable d’ailleurs.
Fanchon. Certainement je reconnois que c’est un art bien difficile à
apprendre que celui-là, ma cousine, et il y auroit bien encore plus de choses
à dire, ce me semble, si l’on demandoit les raisons particulières de chaque
point.

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Susanne. Vrayement il ne faut pas que tu doutes qu’on n’y puisse
adjouster, et quand je te reverray, j’espère bien de t’en raconter davantage.
Mais parlons encore de mon amy; à propos, que t’en semble, encore une
fois?
Fanchon. Je vous dis que vous estes bien heureuse, ma cousine, et que
vostre mérite aussi vous rend digne en partie du bien qu’il vous fait
recevoir.
(49) Susanne. Point du tout, mon cœur, car mon mérite ne le rend point
sage comme il est. Tu ne sçaurois croire au reste la discrétion qu’il a pour
moy: quand nous sommes devant le monde, il n’oseroit presque me
regarder, par respect, et il semble qu’il n’auroit pas la hardiesse de baiser le
bas de ma robe, tant il a peur de m’offenser, et cependant, il faut advouer
qu’il sçait si bien bannir le respect quand il est temps, qu’il n’y a sorte de
mignardises et de lascivetés qu’il ne commette et ne fasse commettre, pour
me donner du plaisir et à tous deux du contentement.
Fanchon. Eh! paix!
Susanne. Qu’y a-t-il donc?
Fanchon. Ah! ma cousine, le cœur me bat, et j’entends Robinet qui vient
icy.
Susanne. Eh! tant mieux! réjouis-toi; de quoy as-tu peur? Que je porte
desjà d’envie à ton bonheur et au plaisir que tu vas recevoir. Cependant
rasseure-toy toujours un petit et te dispose à luy faire bonne chère de tes
faveurs; je m’en vais au devant de luy pour le recevoir. Tandis que tu
l’attendras sur le lict, feignant de travailler à ton ouvrage, je lui conteray
comment il se doibt comporter, afin que tu ne sois pas surprise. Adieu.
Fanchon. Adieu, ma chère cousine, je me recommande bien à vous.

FIN DU PREMIER DIALOGUE.

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ADVERTISSEMENT AUX DAMES

Mes belles dames, il y aura encore quelque chose à profiter icy pour
vous, et après avoir contenté les plus pressées dans le précédent discours,
vous verrez que ce dialogue icy ne mérite pas moins de porter le titre, sur la
fin, de la Philosophie des Dames, pour les belles et rares difficultés qui y
sont expliquées, que celuy qu’il continue de porter, de l’Escole des Filles. Je
ne doute point, mes dames, que vous ne soyez assez bien instruites à toutes
les mignardises et délicatesses de l’amour, et que vous ne sçachiez mettre
en pratique, encore mieux que l’on ne sçauroit dire, tout ce que l’art et la
nature ont inventé de plus ingénieux pour les rendre plus désirables. Mais il
y en a toujours quelques unes entre vous qui font déshonneur à leur sexe, et
c’est une honte de les voir ainsi belles, grandes et bien formées qu’elles
sont, néanmoins, pour avoir esté mal instruites, après plusieurs années
d’escole et d’apprentissage, se tenir immobiles au lict comme des souches
aux plus vifs attouchements, ne respondre que froidement aux plus chaudes
caresses qui leur sont faites, et n’avoir pas l’esprit de dire seulement ce
qu’elles sentent. La faute vient sans doute de ce qu’elles n’ont pas eu la
théorie avant la practique, et elles méritent pour cela d’estre renvoyées à
l’Escole, pour y apprendre les commencements avec les filles. Pour vous,
mes dames, qui estes montées jusques à la première classe et qui estes
passées maistresses dans ceste Escole, et qui sçavez les moyens, quand il
vous plaist, pour enyvrer un amant de vos moindres faveurs et luy faire
sentir mille morts délicieuses avant qu’il soit venu jusques à la dernière,
c’est à vous que je dédie ces hauts raisonnements, tirés de la plus subtile
doctrine de l’amour. Ils ne sont pas indignes de vostre attention, et vous y
trouverez infailliblement des nouveautés qui occuperont vostre esprit à les
lire et à les examiner, pour peu que vous incliniez aux belles choses. J’ose

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mesme croire, mes dames, que vous en ferez vostre profit, comme j’ay dit, et
que dans vos esbats particuliers, ayant l’imagination remplie de ces
agréables idées, ceux qui auront l’honneur de vous posséder prenant part à
vos pensées, vous unirez vos corps par de plus douces estraintes et ferez des
embrassements plus mols et plus voluptueux, à vostre grande satisfaction.

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L’ESCOLE DES FILLES
OU

LA PHILOSOPHIE DES DAMES

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SECOND DIALOGUE

SUSANNE ET FANCHON, personnages.

Susanne. A ceste heure que nous voylà seules, conte-moy comment il va
depuis le temps que je ne t’ay point vue.
(1) Fanchon. Fort bien, ma cousine, dont je vous rends grâces, et en dépit
de ma bonne bigotte de mère qui m’avoit tant de fois preschée de fuir les
garçons, disant qu’ils ne valoient rien et qu’ils trompoient les filles, car je
vous asseure que celuy que j’ay ne m’a pas encore trompée.
Susanne. Ho! ho! vrayement, il n’auroit guère de cœur et il faudroit qu’il
fust bien malheureux pour en user de la sorte. Mais tu n’es pas faschée de
luy avoir permis ce que tu sçais, à ce que je me puis imaginer?
Fanchon. Non, aussi vray, ma cousine, tant s’en faut; et si c’estoit à
recommencer, je le ferois de bon cœur, sçachant ce que je sçay, car je vous
asseure que c’est un grand soulagement d’estre aimée, et je trouve, pour
moy, que je m’en trouve mieux de la moitié depuis que je me suis appliqué
la peau d’un garçon dessus.
Susanne. Tu en es seulement plus gaillarde à te voir comme tu es, et tu
me portes la mine d’estre un jour bien fine et rusée à ce jeu.
Fanchon. Ma cousine, ce n’est rien que cela, et j’apprends tous les jours.
On est un peu honteuse au commencement, parce qu’on n’a pas accoutumé
de le faire, mais, à la fin, je mettray soubs pieds toute honte, car mon amy
m’apprend peu à peu à n’en point avoir. Il dit qu’il me veut rendre une des
plus habiles filles qui soient capables de donner du contentement aux
hommes.
Susanne. O bien! il faut espérer cela de son amitié et de ton bon naturel.
Or, pour t’y porter encore plus, il faut considérer l’avantage que tu as sur les
autres filles, d’avoir un si grand plaisir qu’elles n’ont point, et t’ouvrir

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d’ores en avant l’esprit, pour en faire un petit commerce et considérer les
raisons qu’il y a d’en user ainsi.
(2) Fanchon. Ma cousine, cela est estrange: depuis que Robinet a couché
avec moy et que j’ay veu et senty les choses, en examinant les raisons, tout
ce que m’a dit par cy devant ma mère ne me paroist plus que sottises et des
contes pour amuser les petits enfants. Comment, il semble que l’on ne soit
garçon et fille que pour cela, et l’on ne commence de vivre au monde que
depuis que l’on sçait ce que c’est et que l’on en a gousté, et tout ce que les
garçons et filles font, tout ce qu’ils pensent, tout ce qu’ils disent, il semble
qu’il ne doive aboutir que là, quelle hypocrisie donc et quelle rigueur à ceux
qui le veulent empescher! Je n’estois bonne auparavant qu’à filer et me
taire, et à présent je suis bonne à tout ce que l’on voudra. Quand je parle
maintenant avec ma mère, je me fonde en raisons et je discours comme si
c’estoit une autre, au lieu qu’autrefois je n’osois desserrer les dents. Pour ce
qui est de cela, l’esprit commence à me venir, et je mets mon nez dans les
affaires où à peine aurois-je pu rien connoistre auparavant, et quand ma
mère y trouve à redire, je luy responds bravement et luy fais voir son bec
jaune; enfin, elle est tout estonnée de me veoir et conçoit de là une
meilleure opinion de moy.
Susanne. Et cependant elle n’a rien descouvert de vos affaires?
Fanchon. Non, point du tout. O! qu’elle n’a garde, vrayement; j’y donne
trop bon ordre.
Susanne. Mais en quel état sont-elles à présent?
Fanchon. Très-bien, ma cousine, excepté seulement que Robinet ne me
vient pas veoir si souvent que je le voudrois bien.
Susanne. Tu es donc bien accoutumée avec luy, à ce que je vois?
Fanchon. O! qu’ouy vrayement, nous sommes en la meilleure
intelligence du monde.
Susanne. Et n’as-tu pas eu un peu de peine auparavant, et n’as-tu pas
trouvé estrange du commencement de ses façons de faire?

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Fanchon. Vous allez tout sçavoir, et vrayement, si vous m’avez fait
autrefois des contes de plaisir et de chatouillement, j’en ay bien d’autres
tout prêts à vous faire à ceste heure; j’ai de quoy vous payer en la mesme
monnoie que vous m’avez fait.
Susanne. Dis donc vite, ma connaude, cela ne peut estre mauvais, de la
façon que je me le figure, et quand tu auras dit, par après nous verrons si tu
as affaire à un habile homme.
(3) Fanchon. Pour commencer donc, la première fois qu’il me fit cela,
j’estois sur le lict assise où vous m’aviez laissée, comme vous sçavez, qui
faisois semblant de coudre à mon ouvrage. Quand il entra dans la chambre,
il me salua d’abord et me demanda comment je me portois, et luy ayant
respondu civilement, après quelques cérémonies faites pour s’asseoir, il se
mit enfin auprès de moy, me regardant fixement au visage. Je crois qu’il
regardoit si je ne me doutois de rien, et après s’estre enquis là où estoit ma
mère et à quel ouvrage je travaillois, il me dit, en tremblant, qu’il vous avoit
rencontrée sur le degré, là où vous lui aviez bien dit des choses de moy, si je
vous en avois donné charge. Je ne luy respondis rien, en souriant, et cela lui
faisoit peut-être penser qu’il en estoit quelque chose; au moyen de quoy, luy
voyant que je demeurois muette et quasi comme interdite, il prit un peu plus
de hardiesse et s’efforça de me baiser. Je le laissay faire sans beaucoup luy
résister, m’estant préparée à tout ce que vous m’aviez dit. Et s’estant retiré
après pour me considérer, il vit que j’estois devenue toute rouge de honte et
que je n’osois le regarder, ce qui fust cause qu’en s’approchant aussi tost il
me dit:—Tu rougis, m’amour; baise-moy encore un coup. Et ce disant il me
baisa, mais il demeura un peu plus longtemps à ce baiser qu’à l’autre, parce
qu’il avoit mis sa langue dans ma bouche, et, je ne vous mentiray point,
ceste façon de baiser me plaist extrêmement. Si bien que voyant que c’estoit
une affaire qu’il faut, et qu’à toutes choses il y a commencement, je pris une
ferme résolution de complaire à tout ce qu’il me feroit.
Susanne. Fort bien.
Fanchon. Je reçus donc sa langue sous la mienne, où il la fit frétiller
longtemps, et demeuray ainsi collée avec luy, goustant, sans penser à autre
chose, le premier plaisir, tandis qu’il glissa sa main soubs mon mouchoir de

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col, où il me prit les tetons, qu’il mania l’un après l’autre, et puis la coula
dans le sein le plus avant qu’il put.
Susanne. Voilà un bon commencement.
Fanchon. Et la fin n’en sera pas pire; car voyant qu’il ne me pouvoit
atteindre plus avant, il la tira dehors et la posa sur mes genoux, et toujours
en me baisant (4), il leva petit à petit ma jupe avec les doigts, et me venoit à
toucher enfin le dessus de la cuisse.
Susanne. Cela s’appelle, comme il faisoit, toujours gagner pays. Je pense
que le cœur lui battoit bien.
Fanchon. Vous allez veoir qu’il n’y a guère de filles, à ce qu’on m’a dit,
qui ayent de plus belles cuisses que moy, je puis me vanter de cela, et qui
soient mieux faites que les miennes, car je les ay blanches, grosses et
douillettes.
Susanne. Je le sçay bien, pour les avoir veues et touchées.
Fanchon. C’est pourquoi il tressaillit d’ayse en les touchant, et s’estant
serré plus fort contre moy en les pressant (5), pour me dire qu’il n’avoit
jamais senty de chair si douce, son chapeau, qu’il avoit mis sur son genou,
tomba à terre, et ayant aussi tost porté les yeux en cest endroit, par curiosité,
je vis, le long de sa brayette, une longue enfleure qui poussoit et taschoit à
sortir dehors.
Susanne. Ha! carogne, hé bien?
Fanchon. Je songeay aussi tost à cest engin roide que portent les hommes
pour pisser, comme vous m’aviez dit, et avec lequel il devoit me donner du
plaisir, et je me souvins qu’en entrant dans la chambre je ne l’avois point
veu comme cela.
Susanne. C’est qu’il ne bandoit pas alors.
Fanchon. Tellement que je me doubtay bien alors que nous passerions
plus outre et que nous ferions quelque chose, ce qui fut cause que je me
levay pour aller fermer la porte, de peur que par hazard nous ne fussions
surpris par la servante, qui estoit en bas. (6) M’ayant demandé où j’allois, et
ayant eu peine à me laisser aller, je vis qu’il rajustoit cela par dedans, et

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quand je fus retournée (mesme je descendis pour donner de l’occupation à
la servante, afin que pour quelque bruit elle ne vînt à interrompre nostre
plaisir), ainsi asseurée que je fus, je m’en allay droit à luy, qui me sauta au
col dès aussitost qu’il me vit et ne me voulut point laisser asseoir sur le lict
comme auparavant, mais me tira debout entre ses jambes et m’estraignit de
toute sa force, et croiois d’abord qu’il me vouloit estouffer, et je luy dis ma
pensée, mais il me dit:—C’est que je t’aime, mon cœur. Et ainsi disant, il
fourra la main derrière par la fente de ma jupe, et tirant peu à peu la
chemise, il fit tant qu’il me vint à toucher les fesses, lesquelles il trouva
fermes et rebondies, et de l’autre main qu’il avoit libre, il me prit la mienne
et s’aventura en me regardant, de la mettre, comme sans y penser, sur sa
brayette.
Susanne. O! que tu fais durer cela longtemps!
Fanchon. Dame, il estoit pourtant ainsi, et aussi long comme je vous le
dis, ma cousine (7). Je sentis donc cela qui estoit dur et qui se poussoit en
avant contre ma main, et voyant que je n’en tesmoignois aucun semblant, il
se déboutonna par là. Fourrant ma main dedans, il me dit:—Touche,
m’amour; touche, mon cœur. Je vis qu’il estoit bien ayse que je luy
touchasse; je fis donc ce qu’il voulut et me laissay doucement forcer à lui
complaire, et il sembloit qu’il deust mourir d’ayse à chaque atteinte que je
lui donnois, car tantost il me disoit, en conduisant ma main:—Touche icy,
touche là, et plus bas, aux coüillons, m’amie; sens-tu les poils? reviens icy,
empoigne et frotte haut et bas.
Susanne. Il me semble que j’y suis.
(8) Fanchon. Après quoy, il dit:—Je veux que tu le voyes. Et tout disant
cela, il me le fit tirer hors de la brayette, dont je fus estonnée de la forme et
grosseur qu’il avoit, car il est fait tout autrement quand il est dur que quand
il est mol. Il s’aperçeut de mon estonnement, et me dit:—Tu ne sçais pas,
m’amour, où il faut que cela entre, et cependant tu as un endroit sur toy
propre à le recevoir. Lors, s’émancipant tout d’un coup, il me troussa la
chemise tout autour et me descouvrit le ventre et les fesses, se plaisant à les
patiner, et puis tantost il me touchoit du vit les cuisses, tantost les hanches,
tantost revenoit aux fesses et au ventre, après entre les poils de ma rouge
motte, et puis incontinent après il vint au trou mignon.

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Susanne. Eh! là donc, je n’attendois que cela.
Fanchon. Il me prit, dis-je, par le con, où il s’arresta quelque temps, me
pressant les deux babines l’une contre l’autre et quelquefois passant les
doigts entre les poils qui sont dessus la motte, laquelle il empoigna aussi,
faisant par ce moyen entr’ouvrir la fente de ma nature. Après, il me fit
rebuter un peu en arrière, et passa les genoux entre les miens, et soulevant
un peu le cul, dévala son haut de chausse, et ayant rangé sa chemise, il prit
son affaire dans sa main et me fit approcher.
Susanne. Or c’est icy qu’il faut bien prendre garde.
Fanchon. Je sentis cela roide contre la motte, et je cognus qu’il le vouloit
mettre dedans. Il m’ouvrit premièrement les deux babines avec les deux
mains, et poussa deux ou trois coups assez fort et m’eslargit beaucoup, mais
il ne put entrer davantage, parcequ’il me fit mal, et fut obligé de s’arrester
un peu, à la prière que je luy en fis. Et s’estant un peu mieux rajusté que
devant, il me fit plus ouvrir les cuisses et poussa son affaire un peu plus
avant, mais je le forçay encore de s’arrester. Il me disoit bien que je prinsse
patience, que ce n’estoit qu’un petit mal, et que quand cela auroit une fois
trouvé passage, il n’auroit plus de peine à entrer par après; que cela luy
faisoit bien mal aussi comme à moy, mais qu’il se contraignoit pour l’amour
de moy. Je me contraignis donc aussi pour l’amour de luy, et il en fit entrer
deux ou trois doigts à bonne mesure, sans luy résister, et me tenant ainsi
enconnée, il me conjuroit assez de souffrir le reste. Voyant que je ne voulois
pas, il voulut essaier une autre posture. Il se lève donc et me renverse sur le
lict et (9) se couche sur moy, mais je le sentis trop pesant. Il soulève mes
deux cuisses sur ses deux bras, et ainsi me soulageoit un peu, se tenant
debout contre les bords du lict, car il n’appuyoit pas tant, mais je trouvay
toujours une telle rudesse à me sentir ouvrir par son gros engin, que je ne le
pus souffrir. Dans ceste inquietude, il se retira tout de dedit, et moy je me
vis tout entr’ouverte au bas du ventre.
Susanne. Quel plaisir, cousine, et que n’ay-je un tel vit! De bon cœur, je
ne m’en plaindrois point.
Fanchon. Patience donc, je ne m’en plaignis pas tousjours aussi (10).
Pour conclusion, il revient et me baise, il manie mon con, il met le doigt
dedans pour veoir ce qu’il a opéré, et ne sçachant plus que faire, se met à se

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promener par la chambre, jurant, maugréant, tandis que je m’estois
recouverte.
Suzanne. Le pauvre enfant, il avoit donc bien de la peine?
Fanchon. A la fin, il manie piteusement son affaire devant moy, et il
advise un pot de pomade qui estoit sur la cheminée; il le prend aussitost et
dit:—Bon, voylà qui nous servira bien. A mesme temps, il en mit dans sa
main et en frotta le manche haut et bas, pour le rendre plus coulant.
Susanne. Il ne faut que cracher dessus et frotter avec la main.
Fanchon. Enfin, il s’advisa de cela et ne songea peut-être pas à l’autre. Il
me fit aussitôt mettre en posture dans une chaise et se mit à genoux devant
moy, et la pomade le fit entrer plus avant; après quoy, voyant qu’il ne
pouvoit encore rien faire, il me fit lever et mettre (11) à quatre pattes sur le
lict, et s’estant derechef frotté de pomade, il m’attaqua par derrière.
Susanne. Que de façons pour un dépucelage! Vrayement mon amy n’en
employa pas tant pour moy, il eut fait en moins de rien et si je ne me
plaignis pas tant.
Fanchon. Quoy que c’en soit, l’affaire se passa comme je vous le dis. Ma
robe estoit donc troussée sur le dos, et me faisant roidir l’échine, je luy
présentay assez beau. Ce nouveau visage l’esmeut si fort qu’il ne m’escouta
plus; il poussa et m’entr’ouvrit avec plus de facilité que devant, et fit tant à
la fin, se remuant de cul et de teste, qu’il força la barricade.
Susanne. Dieu soit loué du tout, ma cousine; je suis ravie de te voir
eschappée de tous ces petits accidents, venons au reste.
Fanchon. Je ne me plaignis pas tant alors que j’avois fait, et je sentis
quelque plaisir, voyant son membre logé si à l’estroit dans moy. D’autre
part, il estoit tout glorieux de l’effort qu’il avoit fait, et n’ayant plus de
difficulté à vaincre, il m’appeloit son cœur et s’amie, et me dit qu’il m’alloit
faire bien ayse; je sentis pour cela l’opération naturelle du corps, et son
membre allant et venant, avec le plaisir qu’il avoit, me causa la
démangeaison.
Susanne. Bon.

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Fanchon. Il me demanda si j’estois bien ayse; je luy dis qu’ouy; il me dit
qu’il l’estoit pareillement. Alors, me serrant de plus en plus fort, me tenant
embrassée sur les hanches, se tenant appuyé sur ma croupe, il me touchoit
quelquefois d’une main les mamelles et de l’autre les fesses ou la mothe.
Susanne. C’estoit pour luy donner courage.
(12) Fanchon. Mon plaisir mourant à mesure qu’il remuoit, et ne me
pouvant plus tenir sur les mains pour l’ayse que j’avois, les bras me
faillirent et je tombay le nez sur le lict.
Susanne. Tu ne te cassas point le nez contre la plume?
Fanchon. Non, attendez. Il me dit:—Prends garde, sans s’arrêter, et à la
fin il fondit d’ayse sur moy, en disant:—Mon cœur, je fous!
Susanne. Et comment te trouvas-tu alors avec luy? Ne fis-tu pas aussi?
(13) Fanchon. Belle demande! et quel moyen de s’empescher quand cela
vient? Je perdis toute connaissance et fus ravie en pasmoison. Il n’y a point
de sucre ny de confitures qui soyent si doux à la bouche que cela est au con;
le chatouillement se rendit universel par tous mes membres et fus comme
esvanouie.
Susanne. Tu ne croiois pas cependant qu’il deust estre si grand?
Fanchon. Non, je n’eusse eu garde, ne l’ayant point esprouvé. A la fin,
s’estant retiré, je me sentis un peu mouillée en cest endroit et je m’essuay
avec ma chemise, et je vis aussi que son affaire n’estoit pas si droit
qu’auparavant et qu’il baissoit la tête peu à peu en se retirant.
Susanne. Il n’y a point de double.
Fanchon. Cela fait, je me trouvay bien refaite et ne souhaitay rien plus.
Après, il me baisa et me parla du plaisir qu’il avoit eu. Je lui parlay du
mien, dont il me tesmoigna estre plus aise que du sien propre. Nous
contasmes longtemps (14) pour sçavoir lequel avoit esté le plus grand,
chacun disant ses raisons, le plus raisonnablement du monde, pour monstrer
le grand ayse qu’il sentoit et qu’il en avoit eu plus que l’autre. A la fin, nous
conclusmes sans nous accorder que chacun avoit senty le sien; mais il me

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dit qu’il avoit esté plus ayse du mien et qu’il en avoit reçeu à me veoir faire,
et moy je luy dis pareillement.
Susanne. Cela n’est pas sans exemple ce que tu dis; car quand on ayme
bien on est plus ayse du plaisir d’autruy que du sien propre. D’où vient que
si le garçon veut faire cela à la fille quelquefois qu’elle n’est pas d’humeur,
néanmoins, à cause qu’elle ayme le garçon seulement, elle consent qu’il le
luy fasse, non pas pour l’amour d’elle, mais pour l’amour de luy, qui fait
qu’elle luy dit, en se descouvrant sur le lict:—Sus, mon cœur, prenez de
moy vostre bon plaisir et faites à vostre volonté. Et quand c’est le garçon
qui n’est pas d’humeur et que c’est la fille qui en a envie, il se soumet à son
vouloir et a la mesme complaisance qu’elle a euë pour luy une autre fois.
Fanchon. Je suis bien ayse de sçavoir encore cela; j’en feray souvenir
Robinet quelquefois qu’il ne sera pas d’humeur.
Susanne. Fort bien.
(15) Fanchon. Cependant, de peur qu’il ne vînt quelqu’un, il avoit remis
son haut-de-chausse et s’estoit assis auprès de moy et me contoit
l’obligation qu’il vous avoit, quand il vous rencontra sur le degré, disant
que sans vous il seroit mort d’angoisse pour ne pouvoir plus attendre, et
qu’il y avoit long temps qu’il estoit espris de ma beauté et qu’il avoit envie
de me faire cela, pour la grande affection qu’il me portoit, mais que jamais
il n’avoit osé me le dire qu’à ceste heure qu’il en avoit essayé. Il ne pouvoit
assez louer les bonnes qualités qui estoient en moy, et qu’il en avoit encore
plus reconnu depuis sa jouissance qu’il n’avoit fait auparavant. C’est
pourquoy il voulut lier avec moy une amitié indissoluble qui fust aussi
longue que sa vie; ensuite de quoy il me fit cent protestations d’amour et de
service et me conjura de l’aimer toujours et de luy estre toujours fidèle, me
promettant la réciproque. Et pour donner lieu que cette amitié fust
accompagnée des mesme plaisirs que nous venions de prendre, afin que je
n’eusse de regret, il me promit de me renouveller tous les jours deux fois ce
mesme plaisir l’un portant l’autre; dont je le remerciay, et pour cest effect
nous nous avisasmes à nous conduire si secrettement que personne ne peust
s’apercevoir de nostre pratique. Ce qu’estant résolu, nous parlasmes d’autre
chose, et fouillant dans sa pochette, il en tira quelques pistaces et
mirobolans dont il m’en fit manger, disant qu’il n’y avoit rien meilleur pour

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réparer les forces perdues au jeu d’amour. Tandis que je mangeois, je le
priay que je pusse aller en bas pour veoir où en estoit la servante, et
cependant il se mit à chanter pour oster tout soupçon. Je fus quelque temps
à revenir, m’estudiant derechef à l’occuper; je luy dis que ce jeune Robinet
m’importunoit beaucoup et que j’eusse bien voulu en estre despetrée.
Susanne. Ha! la bonne bête!
Fanchon. Et quand je fus remontée je refermay la porte sur moy et m’en
allay à luy qui s’estoit remis sur le lict et qui regardoit son engin, qu’il avoit
presque droit à la main. Si tost qu’il me vit, il le laissa là et m’embrassa, se
plaignant que j’avois trop tardé. Il me le fit toucher encore, parce qu’il
n’estoit pas assez dur, et en moins de rien il s’endurcit soubs mes doigts.
Susanne. Cela s’appelle, comme il estoit, bander à vit mollet.
Fanchon. Je luy estraignis quelque temps, plus hardie qu’auparavant, et
pris mon plaisir à luy tenir, mesurant la longueur et la grosseur, et pensant à
part moy la vertu que cela avoit de donner tant de plaisir, et il prenoit aussi
plaisir d’en mesurer la grosseur et longueur. Luy aussitost m’estendit sur le
lict à la renverse, et me troussa mes robes jusques au nombril, se plaisant à
me considérer. Je ne m’opposay point à son dessein. Il me porta d’abord la
main au con et me prit par les poils, et après il me tourna sur le ventre pour
me considérer les fesses, et non content de cela, il me tourna et retourna
dessus et dessoubs, me battant et me mouvant, et me fichant quelquefois les
dents dans la chair, et me faisant cent folastreries avec les doigts. Pendant
ce temps là, il m’apprit autant de particularitez de l’amour et me dit les
raisons par quoy il en usoit ainsi. Je l’escoutois attentivement, désireuse
d’apprendre, et cependant cela, il avoit redevalé son haut de chausse et me
mettoit son outil entre les fesses, ores entre les cuisses, se remuant
quelquefois pour veoir, et m’enseignant de faire pour quand il conjoindroit
à moy.
Susanne. Le paillard! il y prenoit donc bien du plaisir?
Fanchon. Que vous diray-je davantage? il me fit agencer de cent
postures, m’enconnant à chacune, et me montrant comment il se falloit tenir
pour (16) mieux engaigner le vit, et n’en acheva pas une. J’appris tout fort
aisément, résolue de le bien retenir. Et m’estant disposée à son vouloir pour

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en achever quelqu’une, après il s’estendit sur le lict, la lance droite à la
renverse, et me tira sur son ventre. Je me le fourray de moy-mesme dedans
le con et me forçay à remuer, disant que je besoignois. Il se faisoit faire
ainsi, me considérant, et tantost me disoit que je poussasse fort, me baisant,
la langue à la bouche, et tantost m’appelant (17) sa vie et son âme, et tantost
empoignant mes fesses, connaut, ma fouteuse, et autres injures à quoy il
prenoit plaisir. Sur la fin qu’il connut que la douceur venoit, il ne se put
empescher de remuer vers moy et moy vers luy; tant qu’à la fin elle vint
encore à sortir et nous finismes la carrière avec autant de contentement que
la première fois.
Susanne. Et deux.
Fanchon. Je reconnus alors pour vray ce que vous m’aviez dit touchant
les propriétés de ceste liqueur, et raisonnant dessus, je disois que c’estoit un
grand (18) bien au monde que d’avoir trouvé ceste invention pour se
divertir. Je luy demanday qui estoit le premier qui l’avoit inventée. Il ne
m’en sçeut rien dire, pour ce qu’il n’estoit pas assez sçavant, mais cela
l’ayant remis en humeur plus belle, luy me dit qu’il aymoit mieux me le
montrer d’effect que de paroles et que l’expérience vaut mieux que le
discours. Ensuite de quoy il me baisa, des baisers il vint aux attouchements
et des attouchements à me mettre le vit au con, et me le fit encore une fois
en levrier, le con derrière.
Suzanne. Et trois.
Fanchon. Et ceste façon, à son dire, luy plaisoit le mieux et plus que les
autres, attendu que c’estoit ainsi qu’il avoit eu mon pucelage et qu’il
enfonçoit son affaire plus avant. Et quelque temps après, il me le fit encore
une (19) fois, avant que de s’en aller, ayant ma face tournée vers la sienne et
mes deux jambes levées sur ses épaules.
Susanne. Et quatre. Comme tu les enfiles! et cela ira-t-il toujours de
même?
Fanchon. C’estoit un premier abord, et il ne pouvoit moins faire, disoit-il,
pour me donner des marques suffisantes de son amour et amitié.
Susanne. Certes, ce sont les meilleures. Et combien fustes-vous de temps
à un tel ouvrage?

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Fanchon. Jusqu’à la nuict, que ma mère n’estoit pas encore venue.
Susanne. C’est à dire trois heures ou environ. Certes, c’est plus d’un coup
par heure, et il avoit donc le feu au cul.
Fanchon. Quoy que c’en soit, je ne trouvois point que c’estoit trop, et ce
fut bien le moyen de l’esteindre. Du depuis, nous avons continué tant que
l’occasion nous a esté favorable et que nous n’y avons reçeu aucun
empeschement. Voylà, ma cousine, comme les choses se sont passées
depuis le temps que je ne vous ay veue et ce que j’avois à vous dire pour ce
que vous m’avez demandé. Or, dites-moy un peu vostre avis là dessus.
Susanne. Certes, je vois bien à ceste heure que tu es passée maistresse en
ce mestier (20), et que tu n’as plus affaire de personne pour t’apprendre
parler pertinemment des choses.
Fanchon. Et pourquoy cela, ma cousine?
Fanchon. Comment? tu dis aussi bien en parlant, un outil, un engin, un
membre, un chose, un affaire, un trou, au lieu des mots de vit et con qui
sont leurs véritables noms.
Fanchon. Ma cousine, cela ne m’a pas tant cousté à apprendre comme
vous diriez bien. Quand nous sommes seuls, Robinet et moy, il veut que je
die vit et con, et quand nous ne faisons que discourir sans faire autre chose,
il veut que je die ces mots là qui sont plus doux et plus honestes et qui
plaisent davantage.
Susanne. Tu dis aussi enfiler, enconner, engaigner, besoigner, faire cela,
au lieu de foutre et chevaucher.
Fanchon. C’est une mesme bien séance qu’il veut que je garde devant et
après qu’il a fait, voulant garder ces gros mots pour quand il est en humeur.
Susanne. Ho! ho! vrayement, le mien n’est pas si cérémonieux, et quand
nous sommes seuls il n’a point de paroles si retenues. Mais sçais-tu bien
aussi qu’autre chose est dire besoigner, foutre, chevaucher, qu’enconner,
enfiler et engaigner?
(21) Fanchon. Besoigner, c’est mettre le vit au con, se remuer et
descharger, et celuy seul dit plus que tous les autres; foutre est seulement

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mettre le vit au con et descharger, sans qu’il signifie remuer; chevaucher,
c’est aussi mettre le vit au con et se remuer, sans qu’il signifie descharger;
enfiler, enconner, engaigner, c’est une même chose, et simplement mettre le
vit au con, sans qu’il signifie les deux autres.
Susanne. Il y a encore d’autres mots qui sont plus doux à prononcer que
ces premiers et qui sonnent mieux à l’oreille, afin que tu ne t’étonnes pas en
compagnie quand tu entendras dire, comme baiser, jouir, embrasser,
posséder et tant d’autres, au lieu de foutre et chevaucher, et ceux là sont
bons à dire devant le monde, par honesteté, ou à des amoureux à leurs
maistresses, quand ils ne les ont pas encore instruites par practique. Mais je
reviens à la première explication que tu as dite, qui est certes aussi fine que
j’en ay ouy dire de ma vie, et quand ce seroit moy, je n’en pourrois point
inventer une plus jolie.
Fanchon. Passe pour cela, ma cousine, je vous remercie de tant de
faveur; comme vous pouvez voir, je n’y entends point de finesse, mais je
m’estonne qu’il y a tant de fard parmy des choses qu’on les nomme de cent
façons.
Susanne. C’est pour les faire trouver meilleures, vois-tu. Car, par
exemple, le mot besoigner, c’est qu’effectivement les hommes travaillent en
nous quand ils nous font cela, et qu’à les veoir remuer et se tourmenter
comme ils font, il semble qu’ils prennent un œuvre à tâche et qu’il y ayt
beaucoup à gagner pour eux; enfiler, c’est qu’ils nous enfilent comme
perles; engaigner, c’est que nous avons la guaine et eux le couteau, et ainsi
des autres qui sont plus doux et ont aussi leurs significations plus douces et
spirituelles. Mais, avec tout cela, penses-tu que quand les hommes sont
entr’eux ils usent de tant de cérémonies? O nenni, vrayement; les mêmes
libertés que nous avons à nous dire les choses comme elles sont, ils s’en
servent (22) de mesme dans leurs entretiens privés, tellement que s’ils
voyent passer quelqu’une dont ils ont desjà jouy, ils ne disent pas
simplement: J’ay baisé une telle, mais bien: J’ay foutu une telle, je l’ay
chevauchée; ma foi, elle y prenoit plaisir; non (si ce n’est la langue dans la
bouche): Je l’ay possédée, j’ay pris les dernières faveurs; ou bien: Elle
n’estoit point dégoustée, elle remuoit le cul comme il faut, elle avoit le con
large ou estroit, et se pasmoit d’aise en le faisant. Quand tu les vois cinq ou
six d’une bande sur le pas de leur porte, qui se tournent et retournent de

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tous costés pour voir passer les filles et qui se rient au nez quand ils en
voyent quelqu’une qui leur plaist, c’est comme cela qu’ils parlent entre eux
et qu’ils se disent librement ce qu’ils voudroient bien luy faire. Bref, ils
s’entretiennent de nous dans les mesmes termes comme nous le ferions
d’eux si l’occasion s’en présentoit.
Fanchon. Et comment, ma cousine, ils se disent donc les uns aux autres
ce qu’ils nous font?
Susanne. Pourquoy non? quand tout le monde le sçait; car ils ne parlent
point de celles dont il n’est point de bruict, comme de toy ou de moy.
Fanchon. Ah! bon donc, mais pourtant je ne me sçaurois resoudre, quand
j’y pense, que l’on sçeut de moy ce que Robinet (23) m’a fait faire, ny qu’il
l’allast dire, car il me fait agencer en tant de sortes de postures que j’en suis
honteuse et ne puis m’empescher de rougir par après quand je le regarde.
Susanne. Mais ses caresses pour tout cela ne sont-elles pas bien douces?
Fanchon. Ouy, je l’avoue.
Susanne. Eh bien donc! que a-t-il d’avantage à tout cela? Ce sont des
ragousts que les hommes prennent, et il leur faut laisser faire; s’ils ne nous
trouvoient pas belles et s’ils ne nous aymoient pas, ils ne mettroient pas nos
corps en tant de sortes de postures, et, pour ainsi dire, à la capilotade.
Fanchon. Il est vray, ma cousine, que je reconnois par là que Robinet
m’ayme, car ce qu’il me fait faire est accompagné de tant d’apprest et
d’inventions de sa part, que quoy que j’en aye de la honte en le faisant, je
n’en ay pourtant point de regret et j’en reçois (24) une satisfaction
incroyable. Entr’autres, ces jours passés, il me fit voir une certaine
gentillesse d’esprit dont j’auray à jamais mémoire, parce qu’elle est
judicieuse et plaisante au possible; il la fortifia par des instructions d’amour
si plaisantes et qui sont si judicieuses à mon gré, que je crois que c’est là le
meilleur moyen qu’on puisse trouver à une fille pour la rendre sçavante,
tout d’un coup, à donner bien du contentement aux hommes.
Susanne. Et n’y a-t-il pas moyen de sçavoir ce que c’est?

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Fanchon. Ma cousine, vous en rirez en l’apprenant, et je me trompe fort
si vous ne vous servez de son invention.
Susanne. Et quelle est-elle donc?
Fanchon. La voicy, sans aller plus loing. Dimanche dernier, il y a trois
jours, il vint me veoir sur les trois heures après midy, pendant que ma mère
estoit sortie pour aller aux vespres et qu’elle m’avoit laissée seule à la
maison. Je ne vous diray pas qu’il me fit cela une fois sur le coffre, à son
arrivée, estant pressé, ny toutes les autres caresses qu’il me fit et devant et
après, dont je fus contente à l’ordinaire. Je vous diray seulement qu’après
avoir folastré quelque temps entre nous de diverses choses, et ri une bonne
fois de la simplicité de ma mère qui ne s’appercevoit pas de nos folies, nous
revinsmes aux baisers et de là aux embrassements. (25) Et m’ayant montré
sa lance, qui estoit droite, il me prit à force de corps et me coucha à la
renverse sur le lict, où il me troussa la cotte, et m’ayant fait escarquiller les
jambes, il regarda si j’estois bien et me mit encore un oreiller soubs le cul,
pour m’agencer mieux. Après, il me dit de ne point remuer, et ayant pris un
petit toupet de bourre qu’il avoit apporté exprès, il me le mit sous la fesse
droite; il en prit un de laine, qu’il me mit sous la gauche, et un autre de
coton, qu’il me fourra soubs le croupion. Après, il s’ajusta entre mes jambes
et approcha son vit en regardant, me le mit aux bords de la fente et me dit
que je prisse bien garde à ce qu’il feroit, pour lui obéir en tout ce qu’il
m’ordonneroit.
Susanne. Voilà qui est bien préparé.
Fanchon. Encore mieux exécuté.
(26) Susanne. Voyons.
Fanchon. Il me dit: Bourre, en poussant, et me fit remuer la fesse droite;
il me dit: Laine, et il me fit remuer la gauche; il me dit: Coton, et me fit
remuer le croupion.
Susanne. Bon.
Fanchon. Et d’effect il n’estoit pas tant mauvais. Nous reiterasmes deux
ou trois fois sans changer l’ordre ny la mesure, pour me façonner toujours
davantage, ensuite de quoy nous diversifiasmes le mouvement, et j’avois du

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plaisir à l’entendre dire: Laine, bourre, coton, bourre, coton, laine, coton,
bourre, laine, coton, à quoy j’obéissois fort exactement. Et pour un simple
mouvement qu’il observoit qui estoit le mouvement droit et du coton, il
m’en faisoit exercer trois, à sçavoir (27), un droit et deux obliques ou de
costière. Quelquefois nous ne nous pressions pas si fort, pour faire durer le
plaisir plus long temps, et quand je manquois à quelque chose, il me
reprenoit doucement, m’enseignant comme il falloit faire et disant que je
remuois tantost la bourre pour la laine, et tantost le coton pour la bourre et
la laine; au moyen de quoy je lui disois que le coton me plaisoit plus que les
deux autres, dont il me tesmoignoit me sçavoir bon gré (et en effect j’avois
raison), et s’efforçoit de me baiser.
Susanne. C’est que le coton faisoit entrer la cheville plus que les deux
autres et par conséquent donnoit plus de plaisir.
Fanchon. Et par conséquent, ma cousine, vous sçaviez donc bien ce que
c’est et je n’avois que faire de vous le dire.
Susanne. Achève, il n’importe, il y aura peut estre quelque chose à
sçavoir que je ne sçais pas.
Fanchon. Que vous diray-je davantage? Quand il cessoit de parler je ne
(28) bougeois et il le vouloit ainsi, et quand il disoit: Coton, ou les autres,
moy de remuer aussi tost autant de fois qu’il lui plaisoit de l’ordonner. Nous
continuasmes ainsi jusqu’à la fin, et parce que ce coup lui sembla plus long
que les autres et que je fus preste, par deux fois, de faire auparavant luy,
tout autant de fois il me retint et il m’apprit ainsi comment il faut faire pour
retarder le plaisir quand il avançoit trop et pour l’avancer quand il retardoit.
Et quand il fust prest de descharger, il poussa sa voix plus fort que devant,
disant: Bourre, coton, laine, coton,—et tousjours plustost coton que les
deux autres. Je fus contrainte, à la fin, luy dire qu’il ne criast pas si fort,
crainte que l’on ne nous entendist d’en bas, et que je remuerois bien sans
cela; et nous nous disions tant seulement tout bas l’un à l’autre, en l’ardeur
du plaisir: Et tost, mon cœur, ma vie, ma pensée, m’amour, mon connaud; et
pousse donc, et coton, et serre!... et puis je ne sais plus ce que tout devint.
(29) Susanne. Que je hais ces brailleurs-là qui font tant de bruict et qui
n’ont nulle considération. Car il y en a qu’on ne sçauroit faire taire et qui,

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quand ils ejaculent, en mesme temps ne peuvent s’empescher de crier, et
quand on leur demande pourquoy ils crient, ils disent que c’est le plaisir.
Fanchon. Comment, c’est le plaisir? Est-ce qu’ils prennent plaisir à crier
pour s’y esbattre, ou bien si c’est que le plaisir qu’ils ont les contraigne à
cela?
Susanne. Il est encore bon de la façon que tu le dis. Je crois que c’est la
force du plaisir qui les y contraint, et comme il y a des gens qui crient de
douleur quand on les escorche, il y en a aussi qui crient de plaisir quand on
les chatouille amoureusement.
Fanchon. Et comment font-ils pour crier si fort?
(30) Susanne. Ils sont montés sur les filles comme des saint George, et
tenant le vit au con avec un visage effaré, quand ils sentent le foutre couler,
ils s’escrient à haute voix: Eh! la, la, la, la! donne donc, m’amie, m’amour,
mon cœur, ta langue! allonge! et presse fort, eh! pousse donc! eh! tu ne
pousses pas!... Et quelquefois les voisins qui entendent cela, ou les
personnes, du logis, qui n’y sont pas accoustumez, viennent au secours avec
du vin et du vin aygre, croyant qu’ils se meurent de douleur, et les trouvent
après la besoigne, qui se meurent de plaisir. Or, regarde la belle veuë que
c’est de les trouver ainsi.
Fanchon. Et il n’y auroit pas moins de plaisir à la fille pour cela, s’ils ne
menoient pas tant de bruict (à voir toutes les simagrées qu’ils font). Et cela
estant qu’ils ne s’en peuvent empescher, comme vous dites, je ne voudrois
non plus avoir affaire à ces gens là qu’à des cloches, et je tascherois mesme
d’éviter leur rencontre comme la peste, tant j’aurois peur qu’ils ne criassent,
seulement à me voir, comme s’ils estoient après. Car enfin, il ne tiendroit
donc ainsi qu’à scandaliser les pauvres filles, veu qu’ils ne sçauroient faire
rien que tout le monde ne sçache, et qu’ils n’ont point de honte de tant faire
le fou. Certes, il est bien permis de se divertir autant que l’on peut et de
prendre du plaisir sans scandale, mais non pas de crier ainsi comme des
perdus, à gorge déployée.
Susanne. Les filles aussi, pour ne pas mentir, y sont subjettes quelquefois
aussi bien que les hommes, et tandis qu’elles font bien leur devoir de
remuer du croupion et de pressurer la grappe soigneusement pour faire que

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le jus en sorte, elles cornent continuellement à l’oreille de celuy qui est
dessus, emportées du plaisir qu’elles ont: Eh! hau! hau! mon fils, mon
mignon, pousse le donc et mets-y tout! et disent quasi toutes les mesmes
choses que les hommes. Mais pour ceux cy, ils ne sont pas si à craindre
comme les autres sortes d’insensibles et ladres d’amour, que l’on fesse pour
mettre en humeur, et c’est bien là une autre extrémité de malheur que
d’avoir affaire à ces gens là (31); car, pour les premiers, on les peut corriger
un peu, à force de remonstrances, ou s’ils sont incorrigibles, on les peut
mener à la cave, au grenier, dans les bois, à la campagne et dans des lieux
esloignés où ils auront beau faire du bruit avant que l’on les entende, mais
pour ceux cy, ils ne se peuvent amender en façon quelconque et n’y a point
de remède pour les guérir.
Fanchon. Quel malheur! et qui sont donc ces ladres là?
Susanne. Ce sont des gens qu’il faut fesser pour mettre en humeur. Ils se
despouillent tout nuds en pleine place, et les filles prennent des verges et
leur en donnent sur le ventre et partout et tant qu’elles voient que leur
affaire vient à dresser, et quand l’ont fait dresser et venir en bon point, elles
jettent là les verges, comme si de rien n’estoit, pour se la fourrer après ainsi
dans le bas du ventre, et s’en donnent du plaisir par après.
Fanchon. Mais ne deschargent-ils pas aussi, eux?
Susanne. Vrayement ouy et plus que les autres; on ne les sçauroit tenir
par après.
Fanchon. N’importe, oh! la peute chose quand une fille est assez
malheureuse pour estre obligée de fouetter son amy pour le faire bander!
(32) Susanne. Ceux là que tu voulois dire qui ne deschargent point, sont
les chastrez, à qui on a coupé les deux boullettes, et ne sont bons à rien qu’à
bander quelquefois, mais en ce pays ci les dames n’en veulent point du tout
et on n’entend pas dire qu’elles leur ayent jamais fait caresse; si ce n’est
qu’au temps passé les dames grecques et romaines s’en servoient, faute de
mieux, pour se faire chatouiller par le frottement du membre qui estoit
roide, et à cause aussi que cela avoit quelque ressemblance à la vérité. Et
encore de présent, en Turquie, elles ne laissent pas de s’en servir aussi
quand elles en trouvent, d’où vient qu’on s’est avisé depuis peu, pour

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empescher cela, de les faire pour eunuques, de leur couper les trois pièces
rasibus.
Fanchon. Fi, fi, de ces gens là, ma cousine, n’en parlons point. Disons
plustost de ceux là qui sont bien fournis d’instruments à fouterie et qui sont
propres à donner un plaisir par tout.
(33) Susanne. Il y en a d’autres qui ne disent mot et qui ne font que
soupirer d’ayse, mais, il y a une troisième espèce d’amoureux qui sont bien
à désirer, qui ayment s’entretenir bas, et ceux là plaisent bien davantage à la
fille et se dorlotent aussi bien mieux dans le plaisir.
Fanchon. Eh là donc! voilà comme je les demande. Mais aussi les filles
n’ont-elles rien à tesmoigner de leur costé pendant que les garçons leur font
tant de caresses?
Susanne. Donne-toy patience; c’est là où je voulois venir, mais il estoit
bon auparavant de te remettre sur ce que nous avions dit. Nous avons donc
dit jusques (34) à cette heure comment on mettoit le vit au con et comment
on ressentoit le plaisir en la descharge, et les autres satisfactions qui se
tirent du baiser, du toucher, du parler et du regarder, mais nous n’avons pas
encore fait d’application particulière aux lieux où il s’en falloit servir,
quand et comment il le falloit faire, et c’est ce qu’il faut que tu apprennes ce
jourdhuy, comme estant la chose la plus nécessaire et comme estant la seule
en quoy principalement est compris l’art d’aymer, souverainement aux
hommes.
Fanchon. Ma cousine, cecy doibt estre beau, sans doute, et c’est aussi ce
que j’avois à vous demander.
Susanne. Or sus, posons le cas que tu sois aux prises avec ton amy et que
tu ne sçaches comment te porter à l’escarmouche: (35) il faut que tu uses
envers luy de petites affeteries de la voix, qui sont les vraies délices en
amour. Par exemple, tandis qu’il remuera sur toy, dis-lui quelques paroles
de douceur et sans contrainte et qui partent de l’essence du plaisir et de
l’amour que tu auras; appelle-le ton cœur, ton âme et ta vie; dis-luy que tu
es bien ayse et applique tout ton esprit à la pensée de vostre besoigne. Il y a
des certains hélas! ou ah! qui sont faits si à propos et qui percent l’âme de
douceur à ceux qui nous les causent; car nous faisons cecy, penses-tu, non

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pas comme les bestes, par brutalité et par nécessité, mais par amour et par
connoissance de cause. Et fais quelque petit grattement de mains ou petit
remuement de croupion qui le comble de joye infinie; si tu as quelque chose
à luy demander, il le faut faire en ce temps-là où il ne te refusera pas, car il
n’y a rien qui ouvre tant le cœur et la condescendance et confidence et à se
déclarer mutuellement ses pensées, comme les actions secrettes de la
fouterie, et il s’est trouvé telle fille, qu’on n’auroit pas regardée auparavant,
à qui un simple remuement de fesses a valu l’honneur d’espouser un grand
seigneur. Toutes ces mignardises donc, ainsi practiquées, rempliront ton
amy d’une douce rage, et comme il fera son possible pour te contenter, il
t’appellera son âme, sa déesse, son connaud, son ange, ses yeux. Il
inventera des caresses pour te faire et souhaitera d’estre tout vit pour se
couler tout en toy, et quand son plaisir sera venu au point qu’il le désire, il
ne manquera point de t’en donner connoissance par ses soupirs et quelques
paroles qu’il ne tranchera qu’à demy, en disant: Je vais faire!... Alors,
prends garde soigneusement comme je te diray.
Fanchon. Ainsi feray-je, ma cousine, mais en quelle posture vous
mettrez-vous?
Susanne. A l’ordinaire; tu serreras vistement les deux fesses vers luy, et
lui mettant un bras au col, tu le baiseras et tascheras à lui lancer la langue
dans la bouche, comme un dard, et qu’elle vienne à frayer le dessous de la
sienne; tandis que tu coigneras du cul brusquement devers luy, et retirant ta
langue et la repoussant vivement entre ses dents, en cent façons de
mignardises, tantost mince et tantost espaisse, tu t’enlaceras autour de luy et
de bras et de jambes; et appuiant ta main sur ses fesses, tu avanceras les
doigts jusques à ses ballottes, et trémoussant tousjours du croupion, tu
tascheras à le faire entrer le plus avant que tu pourras. Le reste de la
besoigne, tu le feras aussi bien que moy, et je t’advise seulement qu’en
usant envers luy de ces préparatifs pour le plaisir, il ne sçaura quelles
caresses te faire par après, et quand il te donneroit tout son bien, il te
donneroit encore son âme avec, et s’estimeroit, plus que tout cela, estre
encore ton redevable.
Fanchon. Ma cousine, je vous remercie de tant de bontés, et je m’en
serviray quand je seray en pouvoir de le faire. Mais, pour le présent, il faut
un peu laisser couler le mauvais temps qui ne nous donne pas tant de loisir

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possible pour jouir de nos amours et auquel je luy puisse donner toutes les
marques de mon affection.
Susanne. O bien! arrive quand il pourra, mais sçache que c’est la faute
ordinaire des jeunes gens qui ne songent rien qu’au temps présent et ne
pensent pas à faire durer leurs plaisirs long temps (36) en se pourvoyant
pour cela de moyens utiles et nécessaires. Mais quoy enfin, ne vois-tu pas
Robinet quand tu veux?
Fanchon. Nenny, ma cousine, et depuis quinze jours en ça que ma mère a
fait porter mon lict en sa chambre, pour raccommoder la mienne, je ne l’ay
veu quasi qu’en sa présence.
Susanne. Et comment as-tu donc fait pour avoir sa compagnie? T’en es-tu
bien peu passer jusques icy?
(37) Fanchon. Nenny dà, mais je ne l’ay eue que fort rarement, et que si
vous saviez les incommodités que nous avons eues pendant ce temps là, et
que nous allons encore avoir pendant sept à huit jours pendant que ma
chambre doibt estre raccommodée, vous en seriez tout estonnée.
Susanne. Je seray bien aise de les entendre, et selon que tu me diras je
seray encore capable peut estre de te donner du conseil pour l’avenir.
Fanchon. Il y eut hier quinze jours justement que ma mère me fit aller
coucher dedans sa chambre, et depuis n’en ay pas désemparé. Je le dis dès
le lendemain à Robinet et luy fis veoir les incommodités que nous aurions à
nous trouver seuls; à quoy il me demanda s’il n’y avoit point de moyen à
me venir veoir la nuict, en faisant faire une fausse clef à la porte du petit
jardin, mais je luy dis que non, d’autant que ma mère sort encore moins de
la chambre la nuict que le jour et qu’elle m’entendroit si je voulois sortir. Il
me dit que je ferois semblant d’aller à la garde-robe, et que là, sur le siége,
nous ferions nostre affaire, mais je luy dis que cela ne se pouvoit point,
d’autant que pour aller à la garde-robe il ne faut pas sortir de nostre
chambre, à cause qu’il y en a une au bout de la galerie, où ma mère veut
que j’aille de nuict, de peur de faire du bruict en ouvrant les portes. Ces
raisons le rendirent estonné, tellement qu’il dit qu’il nous falloit prendre
patience et l’occasion aux cheveux quand elle se présenteroit, et cependant
nous visiter tous les jours.

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Susanne. C’est à dire que vous avez esté autant avancés qu’auparavant.
Hé bien! qu’arriva-t-il?
Fanchon. Sur ceste résolution, il me vint veoir le lendemain, mais nous
espiasmes en vain l’occasion, sans la pouvoir rencontrer. Le jour après nous
fusmes plus heureux, car estant arrivé que la servante estoit sortie, je luy
allay ouvrir la porte par le commandement de ma mère, et me trouvant aussi
ardente à cela que jamais, de peur de perdre le temps et que quand nous
serions en haut nous n’aurions pas trouvé la commodité, il me poussa contre
le mur, et m’eslargissant les cuisses, me troussa la cotte qu’il me fit tenir
avec les deux mains, et ayant aproché son vit roide, en se baissant, il me le
mit dedans le con le mieux qu’il put et s’efforça de pousser en la plus
grande haste du monde. Je le trouvay bon comme cela, parce qu’il y avoit
long temps que je ne l’avois fait, mais il eut plustost fait que moy, et comme
il voulut se retirer, je le retins et le priay d’attendre que j’eusse fait aussi. Il
en eut la patience, et quand nous eusmes achevé, incontinent nous
montasmes en haut, sans que ma mère se doubtast de rien, sinon que, pour
la forme, je luy dis qu’il m’avoit demandé si une certaine personne n’estoit
point au logis, parce qu’il ne la vouloit point veoir. D’autres fois, nous
fismes plus commodément, selon que l’occasion s’en présentoit, et
quelquefois que ma mère estoit dehors, nous avions beau nous divertir, mais
quand elle estoit au logis ou qu’il y avoit compagnie, c’estoit tout ce qu’il
pouvoit faire de m’enconner une petite fois, pendant qu’elle alloit
reconduire quelqu’un, tantost sur une chaise, tantost sur un coffre, et en cest
estat nous nous pressions fort, et imaginez-vous si je me faisois bien prier
d’ouvrir les cuisses et de me mettre en la posture qu’il vouloit pour avoir
plustost fait. Mais il n’importe, quoy que nous fussions en crainte, nous ne
laissions pas d’avoir bien du plaisir; encore estions-nous bien heureux
quand cela arrivoit, car quelquefois que nous estions en train de remuer les
fesses, nous entendions du bruict qui nous faisoit déconner, et pensez quelle
rage cela nous donnoit. Quelquefois aussi c’estoit une fausse alarme; nous
nous remettions et quelquefois nous achevions, quelquefois nous
n’achevions pas, parceque quelque autre nous interrompoit. D’autres fois, la
présence de ceux qui nous regardoient estoit si importune qu’il estoit assez
heureux quand il me pouvoit toucher la cuisse en un jour ou, tout au plus,
me mettre l’engin dans la main; c’estoit encore beaucoup quand nous le
pouvions faire toucher au mien et les faire baiser ensemble. Quelquefois

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que nous estions assis sans nous toucher et que personne ne nous regardoit,
il mettoit son manteau audevant et me le faisoit veoir en bon point, se
complaignant avec les yeux, de quoy j’avois si grand pitié que je ne me
pouvois saouler de le regarder. Cela m’obligeoit quelquefois à m’approcher
de luy, et tenant ma chemise levée par dessoubs ma jupe, il couloit la main
par la fente de derrière et me touchoit la chair depuis les fesses jusques aux
hanches et tout autour du ventre, et se consoloit de cela. Or j’avois plus
souvent (prévoyant son dessein) ma robe de dessus à demi troussée, comme
ont la plupart des filles quand elles sont à la maison, et cela faisoit qu’il lui
estoit plus facile de me passer ainsi la main, parceque ma robe, qui couvroit
tout, faisoit penser, quand on le voioit, que c’estoit par dessus la jupe qu’il
m’embrassoit, tellement qu’il luy estoit quelquefois aysé de la faire arriver
jusqu’au con dans les attouchements. Il me chatouilloit avec le doigt;
j’avois beau luy faire signe et luy dire à l’oreille qu’il s’arrestast, il n’en
faisoit rien, et pour peu que ma mère eust le dos tourné ou qu’elle fist un
pas à la fenestre, il me faisoit descharger. Cependant, quand je pouvois, je
luy prenois l’engin sous le manteau, et regardant toujours ma mère, pour
peu qu’elle eust destourné, je luy branlois à luy pendant qu’il me branloit à
moy et qu’il me faisoit aussi descharger. Enfin, sans y penser, et à force
d’imagination, nous trouvasmes une invention (38) pour chevaucher devant
le monde sans qu’on s’en aperçoive.
Susanne. Et comment faites-vous cela?
Fanchon. Une fois que j’empesois, debout sur la platine, et que ma mère
estoit descendue en bas, il s’approcha aussi tost de moy, et troussant ma
chemise par la fente de ma jupe, tout en discourant de diverses choses et de
la cruauté de nostre destinée, il me mit le manche roide entre les fesses,
s’efforçant de le faire aller jusques au con. Je sentis qu’il remuoit là auprès
et demeuray attentive à ce qu’il faisoit, sans songer à ce que j’avois sur la
platine, qui estoit un cotillon de fustaine blanche que je repassois parce
qu’il n’estoit pas assez sec. Voyant qu’il n’y pouvoit arriver, il me mit la
main sur le cul et me dit que je me baissasse, et qu’il prendroit bien garde
s’il venoit quelqu’un, mais en me baissant la fente de ma jupe n’estoit pas
assez longue et luy fit sortir l’engin par la raie du cul, si bien qu’il me fit
redresser, maudissant son aventure, et se contenta de me descharger
promptement entre les fesses.

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Susanne. Quel dommage!
Fanchon. Son ardeur estant appaisée, il remit son engin dans sa brayette,
et je m’apperçus aussi tost que le feu avoit pris au cotillon qui estoit sur la
platine. Je fis un cry en l’ostant promptement de dessus, et ma mère arriva
sur ces entrefaites, qui me querella bien fort de ma négligence et me dit
qu’elle ne m’en donneroit point d’autre. Mais Robinet mit le holà le mieux
qu’il put, disant que c’estoit une flammèche qui estoit sautée dessus
pendant que j’avois regardé à la fenêtre, et que ç’avoit esté la faute de luy,
qui n’y avoit pas pris assez garde. Et voilà comme l’affaire se passa.
Susanne. Mais où est donc cette invention que tu dis?
Fanchon. Entendez-moy, la voicy. Deux jours après, Robinet vint le soir
au logis et trouva qu’on dançoit. C’estoit une petite compagnie ou
réjouissance qui se faisoit pour le jour de la feste de ma mère. Il avoit
trinqué ce soir là plus qu’à l’ordinaire, et faisant semblant qu’il vouloit
dormir pendant que tout le monde dançoit, il se mit dans une chaise ou
fauteuil bas, et trouvant à point nommé que j’estois si lassée que je n’en
pouvois plus, il me tira par derrière et me fit asseoir sur luy pour
l’entretenir. Je faisois semblant, en l’escoutant, de regarder les autres, et
cependant il me coula la (39) main par la fente du cotillon et fit tant qu’il
vint à me toucher le con. Je sentis aussitost son affaire roide qui poussoit
dessous moy et cela me mit en humeur de ne luy rien refuser. Il eust bien
voulu la passer par la fente du cotillon et me le dit bas à l’oreille, mais il ne
pouvoit détrousser le cotillon et n’y avoit pas d’apparence devant tant de
gens. Enfin, en mesurant avec la main combien il s’en falloit que ceste fente
du cotillon n’estoit pas assez longue pour parvenir au con, il trouva
justement à l’endroit qu’il falloit le trou que le feu avoit fait au cotillon,
quand ma mère me querella si fort; il me le dit incontinent tout bas, et sans
perdre de temps, rangeant ma chemise, poussa son affaire dans le trou et
coula tout entre mes cuisses. Je m’accommoday dessus le mieux que je pus
et fis tant qu’il en entra bien la moitié. Nous fusmes longtemps de la sorte
sans rien opérer, car il n’osoit branler fort; néanmoins, s’aydant le mieux
qu’il pouvoit, et tousjours appuyant doucement du croupion, la compagnie
ne s’aperçeut point qu’il me avoit rien fait. Pour moy, je me tins ferme sur
le pivot et fis bonne mine jusques à la fin que j’eus assez de peine à
dissimuler le plaisir que je sentois. Il me le fit encore un coup, une heure

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après, dans la même posture, et du depuis elle nous a bien servy et j’ai béni
cent fois le cotillon percé pour m’avoir causé tant de plaisir.
Suzanne. Cela estoit pourtant bien dangereux de la sorte, car comment
faisois-tu, quand le foutre couloit dans ton con, pour empescher qu’on ne
reconnust que ton plaisir venoit.
Fanchon. Ma cousine, je me contraignois furieusement et grinçois des
dents en regardant contre terre.
Susanne. Vrayement, c’estoit là un beau moyen! Il ne falloit que mettre
les mains, comme cela, sur le visage et faire semblant d’avoir mal à la teste.
Fanchon. C’est bien dit, ma cousine, mais, que voulez-vous, on n’a point
tout savoir. Je n’ay reçeu jusques à ce jour d’instruction que de votre part,
car pour Robinet, hélas! nous n’avons pas eu loisir de cela; c’est pourquoy
vous sçavez bien tout ce que vous me pouvez avoir appris.
(40) Susanne. Eh bien! demande ce que tu voudras. Qu’est-ce qui
t’empesche? Tu sais bien aussi si je t’ay jamais rien refusé; car comment
veux-tu que je te devine si tu ne proposes rien.
Fanchon. Ma cousine, de tout ce que nous avons dit des plaisirs, j’ai
recueilly que ceste partie de l’homme qu’on appelle le vit est celle qui
donne le plus de satisfaction à la femme; (41) je voudrois bien maintenant
que me disiez quelles sortes de vits sont les meilleurs et les plus
divertissants.
Susanne. Je suis bien ayse que tu me proposes ainsi la chose par ordre, et
nous en viendrons à bout facilement. Tu doibs sçavoir premièrement qu’il y
a des vits de toutes les façons, mais tous généralement se réduisent à trois,
qui sont petits, grands et moyens.
Fanchon. O bon! les petits comment sont-ils?
Susanne. Ils sont de quatre à six poulces de longueur et gros à l’advenant,
mais ils ne sont pas de mise quand ils sont si petit, car outre qu’ils ne
remplissent guère le con, n’estant pas assez gros, c’est que si la dame a le
ventre un peu gros ou la mothe un peu trop grossette, ce qui est une
imperfection en elle, ou le trou placé un peu trop bas, ce qui est un défaut

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pareillement, ils ne sçauroient entrer que deux ou trois doigts en profondeur
dans le col de la nature de la femme.
Fanchon. Et les grands?
Susanne. Les grands escartent et entr’ouvrent trop la dame, par leur
grosseur, et luy font mal, quand mesme elle ne seroit pas pucelle, et pour la
longueur (42) ils atteignent trop avant dans la matrice, d’où vient qu’il y a
des hommes qui sont contraints de mettre des bourrelets contre le ventre, ou
bien la dame y met la main en les recevant, pour les marquer selon la
longueur qu’elle en veut et empescher que le reste ne passe, et ceux là sont
de dix à douze poulces.
(43) Fanchon. Et les moyen?
Susanne. Les moyens sont de six à neuf poulces et remplissent justement
le conduit de la dame et la chatouillent doucement. Néanmoins, il y a des
femmes qui sont plus ouvertes ou ont de plus grands cons les unes que les
autres, et à celles là il leur faut un puissant engin, bien dur, long, gros et
bandé, et qui soit bien proportionné (44) à leur fente naturelle. Mais après
tout, ma cousine, soit grands, soit petits, c’est la vérité qu’il n’y a rien de si
savoureux et de si bon que le vit d’amy, et quand un homme que l’on ayme
bien n’en auroit pas plus gros que le petit doigt on ne le trouveroit meilleur
que le plus grand d’un autre qu’on n’aimeroit pas tant. Cependant (45),
pour l’avoir bien fait comme il faut, il doibt estre gros et renforcé sur la
culasse, et venir en diminuant vers la teste.
(46) Fanchon. Une autre difficulté me survient.
Susanne. Et quelle?
Fanchon. D’où vient que les hommes, quand ils nous foutent, nous disent
quelquefois des injures et des villaines paroles, au lieu de nous en dire de
plus honestes, car je ne sçaurois concevoir que l’amour leur fasse dire cela;
c’est enfin toute douceur que l’amour, et qui ne peut rien faire dire qui ne
soit de luy.
Susanne. Il est vray, m’amie, et c’est en cela que tu ne le conçois pas.
Tout ce qu’ils nous disent d’injurieux et de sale, c’est par amour, et je m’en

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vais te (47) monstrer comment. Tu doibs sçavoir que la principale cause de
l’amour c’est le plaisir du corps, et sans cela il n’y auroit point d’amour.
Fanchon. Ha! je nie cela, ma cousine. Je sais bien tout ce que vous me
direz, qu’il y a des amours brutales; il est vray, mais il y en a qui ne le sont
point aussi, et la différence de les connoistre, c’est que les dernières durent
longtemps là où que les autres ce n’est que feu de pailles; elles sont
passagères avec le plaisir.
Susanne. Elles sont toutes brutales, m’amie, si tu le prends là, et je te le
prouveray sur le champ, mais donne-moy le temps pour parler.
Fanchon. Tant que vous voudrez, ma cousine, je ne vous interrompray
point.
Susanne. Le plaisir passe, mon enfant, il est vray, mais le désir en revient,
et c’est ce qui nourrit l’amour. Ha! parlons tout de bon et sans feintise,
aymerois-tu bien Robinet s’il estoit chastré, et l’aurois-tu voulu prendre,
pour beau et bien fait qu’il puisse estre, si l’on t’avoit dit qu’il fust
impuissant? responds.
Fanchon. Non, asseurément.
Susanne. Ergo, ce qui est vray à ton esgard ne le doibt-il pas estre aussi
véritable quant au sien? tellement que si, tu n’avois point eu d’engin où
loger le sien, si tu n’avois point eu de beauté pour le faire bander ou qu’il
t’eust trouvée difforme à son gré, serois-tu si simple que de t’imaginer qu’il
t’eust aymée? et pour qui au reste? pour tes beaux yeux? si tu n’en avois
point? Non, non, cousine, il faut que tu te detrompes: les hommes n’ayment
que pour leur plaisir, et quoy qu’ils nous tesmoignent le contraire quand ils
nous recherchent, ils ont tousjours leurs désirs fichez entre nos cuisses, de
mesme que nous à les baiser et accoller, par honte de demander le reste. As-
tu jamais veu les bestes parmy les champs, combien amoureusement le
masle grimpe sur la femelle, le taureau sur la genisse, le cheval sur la cavale
(48)? c’est ainsi qu’il en prend des amours des hommes, et quelques
simagrées que fasse un amant devant nous, quelques larmes qu’il répande,
et quelques protestations d’honneur, d’amitié et de respect qu’il nous fasse,
si le cas y eschet et que nous en soyons touchées, tout cela ne va qu’à nous
renverser sur le lict, gaigner le dessus et nous trousser insolemment la cotte,

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nous saisir d’abord au poil qui nous croist au bas du ventre sur la mothe, se
couler par force entre nos cuisses, et en nous empoignant à belles mains par
les fesses, nous tirer à eux, malgré que nous le voulions bien. Et pour tout
service qu’ils nous rendent, il nous mettent à la main un baston de chair
(49), gros, long et estendu, dont toute l’ardeur et l’affection ne va qu’à
engaigner au bas du ventre, dans un trou fait exprès pour cela, tandis que
nature prompte en nous estre obéissante, malgré nos refus est tousjours
preste à le recevoir. Voylà où se terminent (50) tant de souspirs, tant de
plaintes et tant de désirs, qui est de s’entrefretiller les uns les autres, et
quand ils ont fretillé qu’ils n’en peuvent plus, on voit que ce grand amour se
passe et s’esteint, et ne reprend sa force et vigueur qu’à mesure que l’envie
leur revient de recommencer. Il arrive de là que ceux qui ayment le plus,
comme ces amoureux transis, sont ceux qui chevauchent le moins, et ceux
qui trouvent ou chevauchent quand ils veulent n’épousent guère
d’affections particulières pour les filles, ou s’ils ont attachement pour
quelqu’une, leur amour n’a de la violence qu’à proportion de la difficulté
qu’ils rencontrent à la chevaucher. Cela est estrange que les filles, pour la
pluspart, qui ayment si constamment et qui font de l’amour un fondement à
la vertu, en se chimérisant mille délicieuses pensées, ne sçavent pas
pourquoy elles ayment, et cest amour qu’elles ont reçu, par une subversion
de raison qu’on leur imprime de jeunesse (51), les séduit si finement
qu’elles jureroient bien que ce n’est pas pour chevaucher, et que leurs désirs
ont une plus noble fin et plus honeste. Mais cependant, quand ce vient au
fait, elles esprouvent le contraire, et quand elles ont esprouvé ce que c’est,
au plus loin de leur pensée, et connu la corne avec quoy les hommes
choquent, il est force qu’elles prennent des sentiments plus modérez, et
reconnoissent alors que cest accouplement charnel et grossier est le feu qui
les anime et qu’il est la source et la fin de toutes ces belles pensées et
imaginations d’amour spirituelles et eslevées, qu’elles croyoient provenir
d’ailleurs que de la matrice.
Fanchon. Certes, je ne m’estonne plus, ma cousine, que vous soyez si
habile dans les plaisirs d’amour, puisque vous en sçavez si bien les raisons,
et je m’estonne comment et où vous les pouvez avoir aprises.
(52) Susanne. C’est mon amy qui a prins plaisir à m’instruire, pour son
grand plaisir, et s’il m’a bien dit de plus que devant qu’il eust couché arec
moy, lors qu’il sentoit que mon amour le pressoit trop, il s’en alloit, contre

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son gré, veoir quelque fille pour se divertir, et estant là s’efforçoit si fort
dessus elle qu’il en estoit allégé; trouvant par une fin contraire à ses désirs
celle de son amour, car, comme j’ay dit, l’amour a cela de fin et de
merveilleux qu’il ne fait pas penser à chevaucher, et cependant c’est sa
seule fin, où de soy il aspire, et qui seule peut guerir son ardeur. Voilà donc
qui est résolu sur ce point.
Fanchon. Fort bien, il ne se peut pas davantage.
(53) Susanne. Or, la raison que tu m’as demandée pourquoy les hommes,
en faisant cela, disoient des gros mots et villaines paroles, c’est qu’ils
prennent plaisir à nous nommer par les choses qui participent à leur plaisir
davantage et qu’ils ayment le plus, et comme en l’action de la fouterie ils
ont toutes leurs pensées attachées au bas de nostre ventre, de là vient qu’ils
ne peuvent s’exprimer qu’en disant: Hé! ma connaude, hé! ma couillaude,
avec telles autres appellations qu’ils nous donnent selon la pensée qui les
anime; et la langue, qui pourroit dire autrement, en est souvent empeschée
par la trop grande attention de l’esprit, qui la fait fourcher et luy fait prendre
un mot pour l’autre. En quoy se voit alors la vive peinture à l’esprit de
l’objet aymé, et l’âme se réjouissant dans ceste connoissance, redouble les
estreintes et les embrassements et fait entendre ces mots en baisant, dans le
murmure et la douce union de deux langues qui se chatouillent, de: Ma
bonne! c’est qu’ils admirent la bonté; que nous avons à leur départir nos
faveurs; s’ils disent: Ma colombe! c’est qu’ils pensent à quelque
ressemblance que nos caresses ont à celles des colombes; s’ils disent:
M’amour! mon cœur! c’est qu’ils ayment leur dame de passion et qu’ils luy
voudroient couler le membre jusqu’au cœur. Tous des mots dont ils se
servent sont autant de mots hiérogliphiques dont chacun d’eux porte une
sentence entière, car s’ils disent: Ma connaude! c’est qu’elle est bien
pourvue de ceste partie en laquelle toute idée d’amour se convertit, ou
qu’ils reçoivent un grand plaisir de cet endroit-là; s’ils l’appellent: Ma
couillaude! c’est qu’ils la trouvent forte et vigoureuse et qui trousse un
coüillon en masle, ou qu’ils croyent luy en avoir appliqué deux quand ils la
joignent par en bas, et ainsi du reste. De plus, il y a deux raisons bien
douces et gentilles pourquoy les hommes, quand ils sont aux prises avec
nous, appellent toute chose par leur nom.
Fanchon. Sçavoir.

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Susanne. La première, que nous possédant en toute liberté, ils s’égayent à
nous dire les mots qui nous font le plus de honte (54), pour rendre leur
victoire plus célèbre; la seconde, c’est que leur imagination estant toute
confite en délices et dans la contemplation de leur jouissance, ils n’ont pas
la parole libre, et suivant la promptitude de leurs désirs, ils s’expliquent par
monosyllabes; d’où vient que ce qu’ils appelleroient en un temps: Paradis
d’amour, le centre des délices ou des désirs amoureux, le trou mignon, ils
l’appellent simplement un con, et ce mot de con, outre qu’il est bref et qu’il
nous donne à leurs yeux de la confusion et de la honte (ce qu’ils sont bien
ayses de veoir), c’est qu’il renferme en soy la représentation des plus
douces conceptions d’amour. Il en est ainsi de l’engin de l’homme, qu’ils
appellent simplement un vit, car autrement il faudroit dire: ce qui n’a point
de nom, un membre viril, le membre génital, et autres telles explications
sottes et longues, que la fureur d’amour ne donne point le temps de
prononcer. Tellement qu’au lieu de proférer avec trop de langueur: Allons,
ma chère amie, prenez-moy le membre génital ou nerf qui me pend au bas
du ventre et l’adressez au centre des délices de l’amour! c’est plustost dit,
dans l’ardeur de la passion: Sus, m’amour, mets-moy le vit au con! ou bien:
Fais que je te foute, que je te chevauche! L’amour excuse tout, et il n’y a
point de paroles sales à dire entre deux amants qui se baisent estant à
chevaucher l’un sur l’autre; au contraire, toutes celles là, ce sont des
douceurs.
Fanchon. Du moins, quand il ne seroit pas vray, ma cousine, vous le
persuaderiez bien, à vous ouyr, et vous en feriez bien venir l’eau à la
bouche, tant vous en sçavez discourir habilement et avec mignardise. Mais
quoy enfin, après tout ce que vous m’avez dit, voudrez vous inférer que
Robinet ne m’aymeroit que pour le corps?
Susanne. Je ne dis pas cela absolument (55): il y a de la modération
partout; l’esprit sait bien aussi aymer quelquefois autant que le corps, de
mesme que le corps l’esprit, et je t’apprendray ce que mon amy m’a
confessé là dessus. Comme il croit que j’ay de l’esprit, et du plus fin, il m’a
dit que quelquefois, quand il m’avoit entendu discourir sur des matières
relevées et honestes, lorsqu’il me pouvoit tirer à l’escart, il estoit si animé à
me chevaucher sur le champ, qu’il ne pouvoit plus commander à son vit
roide, et ce pour la beauté de mon âme; qu’il luy sembloit qu’il me

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chevauchoit l’esprit en me chatouillant le corps, tant il prenoit plaisir à
chercher ceste âme par le dedans.
(56) Fanchon. Je suis contente de cela, ma cousine, et me voylà
suffisamment instruite ès amours et coustumes des hommes; mais à l’esgard
des filles, sur qui l’amour n’a pas moins de pouvoir, d’où vient qu’il y en a
qui sont si scrupuleuses de les baiser, quand mesme on n’en sçauroit rien, et
que le bon Dieu, comme vous dites, n’y seroit point offencé?
Susanne. Ho! ho! c’est qu’elles ont peur d’engrosser.
Fanchon. Et comment, ma cousine, c’est donc cela qui engrosse? et si
j’avois à le devenir par tant de foutre que Robinet m’a mis dedans le con?
Susanne. Va, va, n’aye pas peur; j’aurois trop de pitié de toy, si cela
t’arrivoit, et j’ay des remèdes en ce cas qui ne te manqueront pas au besoin.
Fanchon. Il faut donc que vous m’en donniez, s’il vous plaist, ma
cousine.
Susanne. Ouy, ouy, je t’en donneray quand il faudra, et de plus, pour
t’oster toute crainte, il y a une chose à considérer encore: c’est que ce
malheur n’est pas si extraordinaire qu’on le doibve tant apprehender. Et
combien qu’il y ayt des filles grosses dont on ne s’aperçoit point, au moyen
de certains busques et habillements faits exprès, dont elles se servent,
lesquelles cependant ne laissent pas de se donner bien du bon temps autant
qu’elles peuvent avec ceux qui les ont engrossées. Aussi, voylà bien de
quoy! pour neuf mois que l’on passe en délices et plaisirs, on n’engrosse
qu’une seule fois, et penses-tu, dame, tous les coups ne portent pas. Non, on
est quelquefois bien un an, voire deux, quatre, six et le plus souvent jamais
sans s’engrosser, et c’est le plus grand hazard du monde quand cela arrive
ou que l’on n’a pas de moyens pour s’en empescher. Au pis aller, on a
tousjours sept ou huit mois pour se préparer, et dans ceste intervalle on feint
des maladies, des promenades, des pelerinages, et quand le temps est venu
on se descouvre à une sage-femme qui est obligée, sur sa conscience, de
tenir le fait caché secret. Un amy vous conseille et assiste au besoing, on
fait des voyages d’un mois ou de six sepmaines, et quand mesme on serait
espiée, il ne faut qu’un jour ou deux pour se descharger. Après, vous voylà
aussi gaye que Perrot: on enlève l’enfant, que l’on donne à une nourrice, et

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tout cela aux despens de qui l’a fait. Va, va, tu ne connois pas toutes celles
qui ont passé par là, et à qui il ne paroît point.
Fanchon. Ma cousine, je m’en doubte et ne craindray plus tant ce
malheur, ce me semble, car je me représente encore que c’est une
satisfaction bien grande d’avoir mis au monde une créature raisonnable,
qu’on a faite avec une personne qu’on ayme.
Susanne. Il est vray cela.
(57) Fanchon. Mais après tout, ces filles qui sont si timides et qui ont si
peur d’engrosser, comment peuvent-elles donc faire pour se passer
d’hommes, quand l’envie leur en prend et les surmonte si fort que le con
estant tout en chaleur il n’y a aucune allegeance de quelle façon vous le
frottiez?
Susanne. Je te diray, cousine, il y en a qui n’ont jamais esté touchées
d’aucun et qui ne laissent pas pourtant de se bien donner de bon temps à
s’exciter à la volupté, sans crainte de cela.
Fanchon. Comment peuvent-elles donc faire?

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Susanne. J’ai leu dans un livre d’histoire d’une fille de roy, qui se servoit
d’une plaisante invention, au défaut de véritable masle. Elle avoit une statue
d’homme de bronze, peinte, en couleur de chair et fournie d’un puissant
engin d’une matière moins dure que le reste. Cest engin estoit droit et creux,
il avoit la teste rouge et un petit trou par le bout, avec deux pendants en
forme de coüillons, le tout imité au naturel. Et quand la fille avoit
l’imagination eschauffée de la présence de ce corps, elle s’approchoit de
cest engin qu’elle se fourroit dedans le con, elle empoignoit les fesses de
ceste statue et les trémoussoit vers elle; et quand ce venoit à descharger, elle
tournoit un certain ressort qui luy sortoit derrière les fesses, et la statue
jettoit incontinent par l’engin une certaine liqueur chaude et espaisse,
blanche comme bouillie, dans le con de la fille, dont elle estoit arrosée et
satisfaite pour le coup.
Fanchon. De quelle invention l’amour n’est-il point capable, et qui se
seroit jamais allé imaginer cela de la sorte?
(58) Susanne. Il est pourtant vray cela, et il n’en faut non plus doubter
que de ces hommes qui ont des statues de belles femmes dans leurs
cabinets, qui leur servent à mesme dessein, et les foutent, quand ils ont le
vit roide, par la fente qu’elles ont au bas du ventre, et qui est profonde à
proportion.
Fanchon. Il est aussi croyable que l’autre, mais achevez.
(59) Susanne. Les filles qui n’ont point le moyen d’avoir des statues se
contentent de gaudemichis ou de simples engins de velours ou de verre,
formés à la ressemblance d’un membre viril naturel, lequel elles emplissent
de laict chaud et s’en chatouillent comme d’un véritable vit. Les autres se
servent avec des cervelas, de grosses chandelles de quatre à la livre, ou,
faute de cela, mettent le doigt au con tant avant qu’elles peuvent et se font
ainsi descharger. Et tant de pauvres filles recluses malgré elles, et toutes les
religieuses qui ne voient le monde que par un trou, sont bien contraintes
d’en user ainsi, et ne peuvent chasser les tentations autrement, car le foutre
estant naturel comme le manger et le boire, quand elles ont passé quinze ans
elles ne sont plus dans l’innocence, et faut bien qu’elles appaisent leur
chaleur naturelle vitale.

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Fanchon. Aux autres, ma cousine, cela va sans dire.
(60) Susanne. Celles qui ont des amis et qui craignent de s’engrosser se
contentent de les baiser et toucher, et elles souffrent aussi d’estre baisées et
touchées et mesme que leurs amys leur manient les fesses, les cuisses, le
con, les tetons, la mothe, qu’ils mettent l’engin auprès le leur, qu’ils les
visitent par tout amoureusement, et qu’ils leur deschargent entre les cuisses,
entre les fesses, entre les tetons ou dans la main. Pour porter dans le con, et
s’engraisser de ce foutre tout le bas du ventre, point de nouvelle; ils les
grattent seulement avec les doigts entre les babines du con, en les
escarquillant et entr’ouvrant, tandis qu’elles les baisent et badinent de
mesme avec leur vit roide entre les mains.
Fanchon. Après?
Susanne. Il y en a de plus hardies qui se laissent enconner et frétiller,
mais d’abord qu’ils veulent descharger, elles sont faites à cela et le
connoissent, et leur donnent un coup de cul et les jettent dehors. Ainsi elles
vont croissant ou diminuant leurs libertez, à mesure qu’elles sont plus ou
moins esprises des délices de l’amour, mettant un petit linge à la teste du vit
et le laissant descharger sans déconner, parce que le linge reçoit la liqueur
d’amour; et les dernières, qui sont plus hardies que toutes, ne craignent
point de se laisser descharger sans mettre le linge, mais (61) elles prennent
garde, en s’accordant, que ce soit quelque temps seulement l’un après
l’autre. Car c’est vérité connue et expérimentée de tous les médecins, qu’il
faut que les deux descharges se passent ensemble pour engendrer et
engrosser; aussi, c’est pour cela que le plaisir en est plus grand et que la
fille en ressent deux à la fois qui luy viennent, qui sont la liqueur de
l’homme, d’une part, et la sienne qu’elle répand avec luy, de l’autre. D’où
vient qu’il y en a beaucoup parmy elles qui se mocquent de toutes ces
précautions, et qui ayment mieux recevoir un plaisir certain et infaillible et
que l’on réitère souvent, que de s’en priver continuellement par la crainte
d’une incertaine grossesse. Je dirois encore mille choses qui font que ceste
grossesse n’est rien, mais croy moy seulement que celles qui ont bien envie
de se divertir y donnent toujours bon ordre, soit que cela arrive ou par
empeschement qu’elles y donnent (comme aussi l’on voit qu’il arrive
rarement, et que de cent filles qui chevauchent en secret, il n’y en a pas
deux qui engrossent), ou que si elles ne peuvent l’éviter, qui font du moins

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qu’on n’en parle jamais, après ou devant le coït. Mais fais en sorte que ceste
crainte ne te vienne pas troubler en tes plaisirs; au contraire, recherche avec
soin le moyen de les augmenter, car tu ne sçaurois croire enfin, quand tu
l’auras mieux esprouvé, combien il est doux et charmant et qui passe tous
les contentemens du monde de s’abandonner entièrement à une personne
qu’on ayme, pour en faire à sa volonté.
Fanchon. Certes, ma cousine, vous auriez besoin de reprendre haleine
après avoir parlé si longtemps, mais puisque vous vous en acquittez si bien,
nous n’en demeurerons pas là, car j’ai encore trois ou quatre petites
questions à vous faire, et je ne vous laisse aller sans que vous ne m’y ayiez
répondu.
Susanne. Tu me tiens à ceste heure, et il n’est possible que je te refuse.
Fanchon. Ma cousine, je vous diray donc (62) que je crains d’estre
devenue grosse, et si vous demandez pourquoy, c’est que toutes les fois que
nous avons chevauché, Robinet et moy, il a voulu que nous ayons deschargé
ensemble, pour y avoir plus de plaisir, car le combat de semence contre
semence est entièrement voluptueux, et je vous demande si vous ne sçavez
point quelque autre signe que celuy là pour me faire croire que je ne le sois
point?
Susanne. O qu’ouy, vrayement. Ce n’est pas tout que descharger
ensemble, il faut de plus que la femme, dans le point de la descharge, si elle
veut que le coup porte, tienne les fesses serrées l’une contre l’autre et ne se
remue en façon quelconque que tout ne soit fait et achevé. Or, regarde si tu
en as usé de la sorte.
Fanchon. Pour bien serrer les fesses, je les ay tousjours serrées, et je
pourrois bien estre grosse de ce coup là, mais pour avoir demeuré immobile
comme une souche, au milieu d’un si grand plaisir, nullement, et c’est ce
qui m’est impossible; ainsi j’ay tousjours remué avec le plus grand appétit
du monde.
Susanne. Eh bien, cela seul est capable de l’avoir empesché, parce qu’en
se remuant ainsi cela fait aller le foutre de l’homme çà et là, et il ne tombe
pas justement au lieu où il devroit dans celuy de la femme, ce qui fait (63)
qu’on engrosse. Mais pour serrer les fesses tu ne t’en doibs pas estonner

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parce qu’on ne s’en peut point empescher, ce qui est de l’essence du plaisir
d’amour de les faire serrer ainsi; car en avançant le cul en avant, elles
viennent à se presser l’une contre l’autre de nécessité et à se faire petites, de
la force qu’elles ont à se joindre, et à mesure qu’elles se serrent ainsi par
derrière, la nature, qui ne fait rien en vain, fait battailler davantage par
devant l’entrée de la matrice, en approchant contre l’homme, à cause de la
commodité qu’elle y trouve, et les lèvres du con, pour engloutir mieux le
membre viril et se conjoindre ainsi d’autant plus à l’objet aymé; d’où vient
que chacune des parties qui souhaite passionnément cette union, dit
tousjours, dans l’action: serre, serre, serre! qui veut dire: serre par derrière
et ouvre par devant, et cela ne manque pas d’arriver ensuite, ainsi que je
l’ay dit.
Fanchon. Tousjours en raisonnant avecque vous vous m’apprenez
quelque chose, ma cousine et me voylà toute consolée à présent touchant les
difficultés de la grossesse, que je n’apprehende plus, tant à cause de ces
raisons là (64) que vous m’avez dites qui la peuvent empescher, que pour
les remèdes que vous avez contés. Mais ne me sçauriez-vous dire d’où vient
que les hommes sont plus ayses que nous leur touchions le vit avec la main
que toute autre partie du corps? et mesme quand ils ont tout mis dans la
nostre, ils se délectent encore, en faisant, à nous sentir la main qui leur
patine par derrière les ballottes.
Susanne. Cela n’est pas bien mal aysé à décider: c’est qu’un des plus
grands plaisirs qu’ils reçoivent est de cognoistre qu’ils nous en font, comme
j’ay desjà dit, et c’est en cela que consiste la plus grande bonté de l’amour,
qu’il veut partager esgalement tous les biens, en sorte que l’un n’en ayt pas
plus que l’autre. Or, quel meilleur moyen avons nous de leur faire
cognoistre qu’ils nous en font, si ce n’est en désignant avec la main
l’instrument dont ils se servent pour nous en donner à gogo? Cela leur faict
penser, quand nous leur touchons, que nous ne nous rebutons pas, et que
nous voulons comme dire en nous-mesmes, tandis qu’ils nous regardent
faire: Je prends plaisir à toucher cela avec la main, parce que c’est tout mon
bien et mon bon-heur, parce que je l’ayme ainsi faict comme il est et que
c’est par luy que je doibs recevoir mon plus grand plaisir. Cela les oblige
bien sensiblement de leur costé, et l’attouchement de la main est bien plus
exquis et qui faict mieux examiner à la femme qui taste ce que c’est de cest
engin, par le soin qu’elle y apporte, que si elle se servoit de celuy de

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quelque autre membre. Cest attouchement aussi a bien plus de suc et de
mouelle pour eux et les pénètre jusqu’au fond, et le simple maniement
volontaire d’une main blanche et délicate qui se promène autour de leur
baston pastoral est suffisant pour leur expliquer tous les mouvements du
cœur de leur dame. La main qui s’applique doucement sur quelque chose
est comme le symbole de l’amitié qu’elle lui porte, comme aussi quand elle
s’applique trop rudement elle est un tesmoignage de haine. Nous touchons
ordinairement les choses que nous aymons avec la main: deux amis se
touchent dans la main pour dire qu’ils s’ayment, mais d’un amour purement
spirituel et qui ne leur permet pas de toucher autre chose; mais celuy de
l’homme et de la femme estant naturel et plus accomply, en ce que le corps
et l’esprit y ont part, ils se touchent aussi l’engin dans la main l’un de
l’autre, pour se dire qu’ils s’ayment, et une femme qui faict et souffre cela
réciproquement à un homme, luy tesmoigne bien plus sensiblement qu’elle
l’ayme que si elle ne le faisoit qu’à la main, car nous n’avons rien de plus
cher que les coüillons, et je dis, bien plus, que si elle se laissoit baiser,
embrasser, chevaucher, foutre, enconner, en un mot, descharger le vit en son
con, et qu’elle refusast néanmoins de luy toucher le vit, elle ne luy
tesmoigneroit point si véritablement qu’elle l’ayme que si elle venoit à luy
mettre simplement la main dessus, par affection, et qu’elle refusast par
crainte de se laisser faire le reste. Aussi est cela le comble du plaisir
amoureux, quand la femme ne peut plus rien toucher à l’engin de l’homme
qu’elle a tout dans le sien, elle tasche au moins de luy toucher sur le bord ce
qui luy en reste dehors dans l’union des deux membres, et faict caresse à ses
ballottes (65) qui sont les ministres du plaisir. Il n’y a point de plus grandes
privautez que celles qui se font de la main, et la nature qui a prévu à cela
que l’homme peut recevoir deux plaisirs à la fois, qui sont celuy du con et
de la main, elle luy a laissé une assez grande partie et espace du vit derrière
les coüillons, qui ne peut entrer et qui va rendre jusqu’auprès du cul, afin
que la femme peust luy toucher, mettre la main dessus, gravonner pendant
le temps de la conjonction. Cela monstre bien qu’il n’y a dans la
composition de tous deux (66) rien qui ne soit à dessein et dont il n’y ayt
des raisons, si on les vouloit esplucher, et partant c’est bien abuser des
moyens que la nature nous a donnés pour nous contenter que de ne les pas
employer tous selon l’usage pour lequel ils ont esté faicts. Je me suis un peu
estendue sur ce discours, parce qu’il me touche à mon esgard et que c’est là
aussi un des plus grands contentemens de mon amy, lorsque nous sommes

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nud à nud entre deux draps, lorsqu’il voit que j’ay (67) les mains bien
blanches, que de les appliquer en ce lieu que l’on appelle improprement
honteux, parce qu’il est la cachette du plus grand plaisir du monde et qu’il
nous faict souvent rougir de honte, par trop d’ayse, quand nous y touchons.
Comme aussi je reçois une double joye en mon cœur quand il ne dédaigne
pas de me faire les mesmes caresses; car je te prie, ma chère cousine, quel
plus grand délice de voir un petit bout de chair flasque pendant au bas du
ventre, de son amy, que nous prenons avec nostre main et qui peu à peu se
dresse, tant que tout à coup il devient si gros qu’à peine le pouvons-nous
empoigner avec une main, et la peau en estant si délicate que
l’attouchement de la main seul nous faict pasmer d’ayse, et lorsqu’il est
ainsi bien roide, en le broyant bien doucement, vous le sentez enflammé de
chaleur et d’une couleur cramoisine qui vous dilecte entièrement la veuë,
tellement qu’à force de le frotter, vous faictes extasier vostre amy et voyez
enfin que le vit vous crache contre les doigts une liqueur blanchastre, tout
opposée en couleur à celle du vit lors qu’il est ainsi en fureur, qui estant
passée faict que nous le laissons vistement tomber en mesme façon que
nous l’avons pris, jusques à ce qu’un peu après nous recommencions.
(68) Fanchon. Ma cousine, cela va le mieux du monde, mais venons au
reste: je vous prie, qui est-ce qui a le plus de plaisir, de l’homme ou de la
femme, dans la conjonction naturelle?
Susanne. Cela est bien mal aysé à résoudre, car si on regarde en
l’escoulement de la semence, qui cause le plaisir, il n’y a point de doubte
que la femme n’en ayt davantage que l’homme, parce qu’elle sent la sienne,
comme j’ay dit, et celle de l’homme en mesme temps, s’entrerencontrant
par un mouvement chaleureux et un peu contraire, et qui la chatouillent, au
fond de la nature, toutes deux ensemble, là où l’homme ne reçoit point de
plaisir de celle de la femme, qui ne coule pas en luy. Mais si on regarde
qu’une partie du plaisir consiste dans la chaleur et dans le tremoussement
que l’on a, et que celuy qui agit, s’il se plaist davantage dans son action que
celuy qui ne bouge, à proportionnée raison ayme celuy sur lequel il s’agite,
on ne pourra résoudre en ce cas lequel des deux est plus content et
satisfaict.
(69) Fanchon. Et pourquoy est-ce, ma cousine, que le plaisir arrive de la
sorte, et que tous deux, naturellement et sans sçavoir qu’il y en ayt,

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souhaictent tant de se joindre?
Susanne. C’est qu’autrefois, remarque bien cecy, l’homme et la femme
n’estoient qu’un, et ils estoient conjoints ensemble par ces deux membres
qui estoient enclos l’un dans l’autre, en sorte que l’homme ne mouroit point
et se reproduisoit continuellement en sa partie qui estoit sa femme et qu’il
empeschoit de mourir. Et du depuis qu’ils ont esté séparés l’un de l’autre, la
nature, qui se resouvient de sa désunion, veut tousjours retourner à soy-
mesme, pour avoir l’ancienne conjonction, et s’efforce, quand elle trouve,
de deux corps de n’en faire qu’un. D’où vient que, pour signe de
réjouyssance, elle en pleure de joye, et il semble en mesme temps que les
deux corps ne se doibvent jamais disjoindre, tant ils sont collez l’un à
l’autre, et qu’ils ont bien repris racine; et peu après, elle se retire de
tristesse, voyant que cela n’arrive pas.
(70) Fanchon. Ma cousine, qu’est-ce donc que l’amour?
Susanne. C’est le désir d’une moitié pour servir ou s’unir à son autre
moitié.
Fanchon. Expliquez-moy cela plus clairement, s’il vous plaist.
(71) Susanne. C’est un appétit corporel ou un premier mouvement de la
nature, qui monte avec le temps jusques au siége de la raison, avec laquelle
il s’habitue et se perfectionne en idée spirituelle; d’où vient que ceste raison
examine avec plus de cognoissance les belles convenances qu’il y auroit
que ceste moitié fust unie à son autre moitié. Et quand la nature est arrivée à
sa fin, ceste idée ou vapeur spirituelle vient à se résoudre peu à peu en une
pluye blanche comme laict, et s’escoule, le long de l’espine du dos, dans les
conduits, et elle devient le plaisir de la chose dont elle n’estoit auparavant
que l’idée.
Fanchon. Et pourquoy est-ce que ceste idée chatouille si fort en passant?
(72) Susanne. C’est qu’elle se resjouit sur le point qu’elle est proche de
se communiquer à la chose aymée.
(73) Fanchon. Cela est certes bien délicat et amoureux, et pourquoy donc
ceux qui sont en cest estat ne peuvent-ils rire, veu qu’ils sont si ayses, sur

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tout dans le moment que le foutre s’escoule, et qu’il semble que toutes
choses les y convient?
Susanne. C’est qu’ils n’ont pas le plaisir dans la teste, et que toute leur
joye est au cul ou bien entre con et coüillons.
Fanchon. Ha, ha, ha, ha!
Susanne. Mais il se peut imaginer encore autrement.
Fanchon. Comme quoy?
Susanne. C’est que l’âme est tirée en bas par la force du plaisir et comme
arrachée de son siége par la grande attention qu’elle porte à ceste union si
désirée des deux corps, qui se faict en cest endroit; d’où vient qu’elle ne
songe plus à soy et laisse vuides et desgarnies de sa présence les fonctions
de la raison. Or, là où elle ne raisonne plus, là aussi elle n’est plus libre, et
par conséquent elle ne peut rire, car c’est une propriété de la raison et effect
de la liberté. Pour preuve de cela, c’est que, au commencement que ceste
idée passe, l’on esprouve une certaine langueur et assoupissement des sens
par toute la teste, qui est une marque de la privation de l’âme qui n’y exerce
plus son pouvoir, tellement qu’il en arrive comme à ceux que la rencontre
d’un cas merveilleux tient suspendus entre l’admiration et la joye, et qui
sont tellement saisis et resserrez par ceste dernière, qu’ils n’ont plus la
liberté de s’estendre et ne peuvent se partager pour en rire.
(74) Fanchon. Ma cousine, cela est trop délicat pour moy du premier
coup, et il mérite bien que nous y fassions reflexion une autre fois. Mais
pourquoy est-ce que les hommes, quand ils ne nous peuvent mettre le vit
dans le con, ils se plaisent au moins de le mettre entre nos cuisses, entre nos
fesses, entre nos tetons, dans nostre main, et quelquefois nous en saluer le
visage et autour du menton? Car certainement il y a là une espèce d’amour
aveugle, quoy qu’il n’y ayt point de vray sentiment, dont je ne sçaurois
m’imaginer la cause.
Susanne. C’est bien dit, aveugle, et souviens-toy de ce que nous avons dit
auparavant de l’idée, c’est que ces membres là de la femme sont aussi bien
partie de l’homme que les autres; car l’amour, qui est aveugle et qui ne sçait
où se faict la conjonction, ne se soucie pas pourveu qu’il communique son
plaisir en quelque endroit de la femme, ne demandant que la conjonction de

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deux parties. D’où vient que quand il sent cela il s’agite et remue contre
elle, et trompe la raison, parce que l’idée le veut ainsi, à cause de quelque
ressemblance que ceste dite conjonction a avec la véritable naturelle; d’où
vient qu’il est ravy quand il sent quelque chose en la personne aymée qui
luy presse et qui luy frotte l’engin pour l’abuser d’autant plus, soit quand il
le pousse de force entre ses genoux ou soit quand il luy faict serrer les deux
mamelles à l’entour, tandis qu’il faict l’action de se remuer.
(75) Fanchon. Ma cousine, c’est assez, et nous n’avons rien dit du baiser
de la langue, qui semble aussi estre une fantaisie.
Susanne. Le baiser de la langue, c’est une autre tromperie de l’amour qui
cherche la conjonction en toute chose et en toute sorte de manières; c’est
une image et représentation du vit qui entre dans un con, pour s’unir à sa
moitié, et la langue qui glisse en la mesme guise soubs une autre langue,
estant pressée à l’entour par les deux lèvres ennemies, l’âme est trompée
par la ressemblance de cest object. D’où vient qu’elle veut aussi
quelquefois plus de résistance par l’opposition des dents, pour mieux imiter
ceste douce force que le vit rencontre par en bas pour s’unir parfaictement
au con. C’est pourquoy il semble alors que le cœur s’exhale par la bouche
en souffrant les caresses qui luy sont faictes, et quand l’amant peut imaginer
cela de soy, que son vit iroit de mesme dans le con de la personne qu’il
baise, laquelle, de son costé, coupe aussi la mesme pensée, et qu’un plaisir
est bien plus délicieux que l’autre, il s’exprime par là aussitost un doux air
qui est comme un tesmoignage de ce que les deux moitiés qui cognoissent
le symbole de ceste union de langues souhaicteroient davantage, d’où vient
qu’elles se picottent çà et là et pressent de ces mesmes langues et imitent les
plus vaines et naïfves gesticulations du membre viril, et l’imagination se
resjouit presque autant de ceste vaine figure que si le plaisir véritable y
estoit conjoint.
(76) Fanchon. Ma cousine, je descharge, n’en parlons plus. Et pourquoy,
en dernier lieu, est-il plus plaisant quand la femme est montée dessus
l’homme et qu’elle le chevauche, que quand elle est dessoubs et l’homme
estendu sur tout son corps, ayant tout à point son vit rougeastre et prest à
bander dans son con?

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Susanne. Je t’ay desjà dit cela d’une façon, et le voylà d’une autre: c’est
une autre correspondance de l’amour, laquelle ne vient pas de ceste
considération d’une moitié, comme il arrive dans la distinction que nous
avons faicte de l’homme en deux parties séparées, mais plustost c’est que
l’homme et la femme estant considérés comme deux touts parfaicts, ils
désirent, par la grande affection qu’ils se portent, de se transformer l’un
dans l’autre.
Fanchon. Mais il ne faict rien pour cela que la femme doibve tenir le
dessus plustost que le dessoubs.
Susanne. Si fait bien! il y faict, et elle le doibt; en voicy la raison: c’est
une propriété donc, de l’amour reconnue, que l’amant souhaicte que
l’amour luy transforme en la chose aymée.
Fanchon. Eh bien, je l’avoue.
Susanne. Or, en ceste posture où la femme est dessus et l’homme
dessoubs, il y a une ressemblance de ceste métamorphose, par la mutation
des devoirs qui est réciproque; au moyen de quoy l’homme se revest
entièrement des passions de la femme, et ceste posture luy figure qu’il a
changé de sexe, et la femme réciproquement s’imagine d’estre devenue
homme parfaict dans la situation qu’elle luy faict garder, se sentant esprise
du désir d’en faire les mesmes fonctions; tellement que l’un ne peut pas
s’imaginer estre changé en l’autre, qu’il ne s’imagine aussi que l’autre soit
changé en luy. Il faut adjouster à cela que si vous les voyiez de loin
accouplés comme ils sont, vous les prendriez l’un pour l’autre; voylà une
raison qui me semble assez pertinente.
Fanchon. Et qui a bien du rapport à nostre première façon de concevoir
et qui la fortifie beaucoup dans mon esprit.
Susanne. Quelle?
(77) Fanchon. Qu’une moitié désire de s’unir à son autre moitié.
Susanne. C’est un tesmoignage de bonté du principe quand les effects et
les raisons de la cause qu’on en tire sont bien deduits.

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Fanchon. Je suis donc d’advis que nous nous tenions à celui là, ma
cousine, sans en chercher d’autre, car aussi bien nous n’en trouverons pas
de meilleur.
Susanne. C’est ce qui me semble, mais cependant remarque donc bien ce
que nous avons dit ce jourd’huy, pour t’en resouvenir, car après cela je ne
pense pas qu’on puisse faire d’autres recherches sur l’amour que celles que
nous avons expliquées.
Fanchon. Faites-moy une petite récapitulation, je vous en prie.
(78) Susanne. Nous avons premièrement parlé des effects, qui sont les
paroles, les attouchemens, les baisers, les œuvres, les conjonctions; nous
avons expliqué pourquoy ils se practiquent ainsi, qui est ce que beaucoup
d’autres ne se souviendroient pas de faire, et néanmoins qui donne un grand
prix à la besoigne quand on le sçait; nous avons dit les humeurs différentes
des hommes et des femmes, leurs compositions et appétits divers; nous
avons descouvert ce que c’estoit que l’amour, sa nature, ses propriétés, ses
effects et ses usages, pourquoy, comment et en quel endroit il agissoit, et les
raisons de tout cela. Et si nous avons oublié quelques choses, elles sont de
peu de conséquence, touchant mille petites particularitez que l’on a
accoustumé de practiquer et qui diversifient la fonction du plaisir d’amour
pour quelque ragoust que l’on y trouve; ce sont de petites superficies en luy,
qui ne valent pas la peine d’estre touchées, et qui ne prennent leur
considération seulement que selon le plus ou le moins de conformité
qu’elles ont à signifier qu’une moitié veut s’unir à son autre moitié. Comme
il y a premièrement les postures, qui sont les embrassemens de plusieurs
sortes, il y a les fretillemens, les secousses, les agreements ou
gesticulations, les gémissemens, souspirs, esvanouissemens, pasmoisons et
coups de main, et toutes les autres caresses que nous avons dites plus
amplement à la fin de nostre première conférence, tellement qu’il faut finir
celle-cy, et remettre, s’il y a encore quelque chose à dire, à une autre fois.
Fanchon. Ma cousine, touchez là, vous me le promettez donc.
Susanne. Ouy, ouy, je te le promets; il ne faut point tant de cérémonies.
(79) Fanchon. Cela estant, me voylà en repos et je n’ay plus qu’à vous
remercier des bontez que vous m’avez tesmoignées jusques à ceste heure,

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dont je vous seray éternellement redevable.
Susanne. Comme tu complimentes! O la belle chose! et de quoy me
remercieras-tu?
Fanchon. De la patience que vous avez eue à m’instruire tout
aujourd’huy, à former mon esprit grossier, qui estoit sans la practique des
choses et sans en concevoir les raisons les plus excellentes. Le dernier fruict
de vostre discours, c’est que l’amour est une source inespuisable de
pensées, et que l’on ne sçauroit dire de luy tant de choses bonnes et de
raisons qu’il y en a là où vous avez eu la bonté et l’adresse de me conduire
peu à peu, des plus communes et des plus basses jusques aux plus relevées.
Susanne. Or sus, trefve de compliments, et disons encore cecy: l’amour a
cela d’accommodant qu’il satisfaict entièrement tout le monde selon sa
portée: les ignorans par une pleine jouyssance des plaisirs qu’ils y trouvent
sans sçavoir d’où ils viennent, les habiles gens par les douces imaginations
que l’esprit y conçoit en les recevant. Par exemple, dans ceste posture que
l’homme faict tenir à la femme quand elle monte dessus, combien de
douces considérations peuvent satisfaire l’esprit, causées par le seul
eschange mutuel des devoirs et des volontez qui se practique entre eux; car
de chevaucher simplement une femme qui se laisse faire et que la honte ou
la froideur empeschent de passer outre dans la recherche du plaisir, c’est
une satisfaction commune, et il n’y a que le plaisir de descharger dans son
con qui chatouille les sens de l’un et de l’autre pour un peu de temps. Mais
quand, au lieu de veoir que l’homme se tourmente pour venir au point
désiré, c’est au contraire la femme qui prend ceste peine de chevaucher et
qui prend la peine d’elle mesme de s’engaigner autour de sa forte et dure
lance, en faisant pour cela, à ses yeux, les actions requises et nécessaires, ô!
dame, c’est un bonheur qui n’a point d’esgal et qui les doibt ravir en des
contentemens extrêmes. (80) Car il voit sur luy le ventre, le nombril, les
cuisses, la mothe, le con et généralement tout le corps de sa mieux aymée,
qui donne de vifs esguillons à sa flamme; il voit et sent l’agitation naturelle
qu’elle faict sur luy en luy pressurant amoureusement la plus pretieuse
partie de luy mesme; il l’admire en face, qui faict toutes ces choses; il
semble qu’il doubte, il taste encore pour s’asseurer de son bonheur, il
s’escrie de plaisir chaque coup qu’elle donne, il se transit d’ayse en sentant
ses attouchemens, et estime plus son bon vouloir que le reste, asseuré qu’il

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est d’en estre aymé. Et quand l’amour après vient à payer le tribut deu à
leurs contentemens, il voit fondre son plaisir dans ses yeux, et comparant
les clairs rayons qui viennent de ces mêmes yeux, vrais miroirs de l’âme,
avec les postures et grimaces naturelles qu’elle faict de son corps, de ses
reins, de sa teste, de ses cuisses et de la partie la plus secrète où il a le
contentement de loger son membre tout entier, croit que ses autres
membres, bien qu’ils ne voyent goutte, ne laissent pas de sentir leur part du
plaisir. La femme aussi, qui est dessus, considère de son costé et faict des
reflexions particulières sur chasque posture, en suite à les conter toutes une
par une, qui a son nom propre aussi bien que ses ragousts différents, sur
lesquels on recommenceroit d’icy à dix ans.
(81) Fanchon. Ma cousine, ce ne seroit jamais faict qui voudroit icy
rapporter les imaginations de tout le monde, car, pour moy, j’en puis bien
concevoir des autres que celles là, et qui ne me semblent pas moins douces
ny moins remplies de volupté et délectation; mais dites-moy seulement une
chose, tandis que vous mettez votre coeffe pour vous en aller.
Susanne. Quoy?
(82) Fanchon. Quelles sont les qualitez plus requises à deux amans qui
baisent, pour se rendre tout à fait heureux dans la possession qu’ils ont l’un
de l’autre?
Susanne. Ha! ma foy, cela ne se dit pas en si peu de temps qu’en mettant
ma coeffe, car il nous faudroit discourir premièrement de la beauté qu’ils
doibvent avoir l’un et l’autre, et puis en venir à d’autres particularitez qui
seroient trop longues à deduire maintenant.
Fanchon. Et qu’importe, ma cousine, plus vous y serez et plus le plaisir
sera grand. Vous voylà bien malade! pour un quart d’heure que vous y
serez. Soyez en plustost deux et accordez cela à ma prière; car qu’est-ce qui
vous presse si fort? il n’est point encore si tard. Si c’est que tousjours
mesme discours vous déplaise, vous avez beau faire, car c’est un effect de
ma destinée aujourd’huy que je ne sçaurois entendre parler sinon d’amour.
Susanne. Tu auras encore cela de moy, veu que tu le veux, mais après
cela n’attends pas de me retenir davantage, m’estant tout espuisée de ce que

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je sçavois. C’est pourquoy, aussitost la demy heure passée, à la première
question que tu me feras, certes, je couperay court et m’en iray.
(83) Fanchon. Ma cousine, je le veux; c’est pourquoy remettons-nous
dans le discours d’amour, et premièrement, par où commenceray-je? je ne
sçay. D’où vient que quand je suis esloignée quelque temps de mon amy, et
que je me représente à tout temps la jouyssance que j’aurois de luy, j’ay une
telle imagination et amour pour son vit et ses coüillons que, sans songer à
ses autres perfections, je me le figure tousjours tel que s’il me le fourroit
dedans le con avec force et qu’il eust de la peine à entrer, tellement que
mon engin se quarquillant et se desgluant, le dedans de ma nature me
démangeast furieusement, et qu’enfin entré, je le sentisse tout au fond
proche la matrice, et là opérant par de petits coups lors que la teste du vit
rentre dans la peau et qu’elle ressort avec rage, tellement que je n’en puis
plus? Une telle pensée me met en un tel goust de la fouterie que je ne suis
jamais sans y songer, ou à moins que je tienne son vit dans ma main, à belle
poignée, qui se bande tant qu’il peut.
Susanne. Cela est commun à tous ceux là qui ayment, et c’est un effect de
ton désir qui te met aussi vivement les choses devant les yeux que si elles
estoient en effect présentes; et par la représentation plustost que tu fais de
ce vit que de toute autre chose, cela faict veoir que toute l’idée de la beauté
que l’on renferme dedans l’object aymé et qui consiste dans une belle façon
de visage et agreement des autres membres, lesquels sont
incomparablement plus beaux que les deux natures générantes de l’homme
et de la femme, néanmoins est effacée et comme soubmise à ceste autre idée
qui faict imaginer le plaisir qu’on a quand un membre s’introduit dans un
autre, tellement qu’elle est seulement une circonstance qui n’est au plaisir
que la dernière et qui ne sert de rien. Par exemple, d’avoir un bel œil, une
belle cuisse, une belle main, qui pour rendre plus grand le plaisir que l’on a
de mettre le vit dans le con: sçavoir l’œil pour regarder l’action honteuse
avec une chaleur vive, et représenter à la personne aymée l’image du plaisir
de son âme lorsque le grand et indicible chatouillement arrive; la belle
cuisse sert d’admiration à nos sens, dans la contemplation d’une structure si
polie et qui excite merveilleusement nos appétits sensuels; enfin ceste main
blanche, pourprine et délicate, est la cause que le vit s’enfle d’une telle
vistesse que nous jugerions, avant que le foutre en soit dehors, qu’il deust

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crever: si bien que la beauté de ces parties et des autres cause un
changement tout extraordinaire et incroyable.
(84) Fanchon. Ma cousine, je conçois ce que vous dites, et puisque nous
sommes sur le chapitre de la beauté, je voudrois que vous m’en fissiez une
description telle que vous la demanderiez si vous vouliez représenter une
jouyssance parfaicte et qui fust accompagnée de tous les plaisirs qui
peuvent provenir de ceste beauté.
(85) Susanne. Volontiers. La beauté consiste en deux choses: dans les
traicts et perfections du corps, et dans les actions qui partent de luy.
Fanchon. J’ayme ces divisions qui sont nettes.
Susanne. Tellement qu’il y a des personnes qui ont la beauté du corps et
qui n’ont pas celle des actions, et d’autres qui ont ce certain je ne sçay quoy
qui plaist en tout ce qu’elles font, et cependant qu’on ne peut point
proprement appeler belles.
Fanchon. Cela seroit trop long à disputer, si on y vouloit aller. Par
exemple, Paris est tout plein de personnes qui ont une partie de la beauté et
non pas l’autre, d’autres qui ont toutes les deux, et c’est de celles là que je
demande que vous me fassiez une description qui soit le plus à vostre gré.
(86) Susanne. Je commenceray par la beauté du corps et des actions, et
premièrement de celle de la femme.
Fanchon. Bon, après nous viendrons à celle de l’homme.
Susanne. Il y a encore des beautez qui sont plus propres à l’amour les
unes que les autres, et c’est d’une de celles là que je vais faire la
description.
Fanchon. Voyons.
Susanne. Je demande une fille à l’âge de dix et huict ans, médiocrement
grasse, et qui ayt la taille droicte et haute, non pas trop, l’air du visage noble
et majestueux; qu’elle ayt la teste bien plantée, les yeux doux et riants, de
couleur noire, la bouche médiocrement grande, les dents blanches et bien
rangées, le front plus petit que grand, mais doucement courbé dans ce qu’il
monstre, les jouës pleines, les cheveux noirs, le tour du visage rond. Je veux

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à ceste heure qu’elle ayt le tour des espaules un peu large et fourny, la gorge
pleine et unie, les tetons durs et séparés, qui se soustiennent d’eux-mesmes,
les bras gros et postelés, la peau non pas trop blanche ny trop brune mais
d’une teinture esgale entre les deux et qui avec l’embonpoint de la chair qui
la faict pousser ne laisse paroistre aucune rudesse ny tacheture dessus, et je
veux qu’à son bras soit joincte une main d’yvoire, qui estant fournie avec
proportion à l’endroit du poignet, vienne en diminuant insensiblement
jusqu’à l’extrémité des doigts. Quant aux mœurs, je veux qu’elle soit
proprement vestue, qu’elle soit modeste, gaye dans ses actions, qu’elle parle
peu et finement, et qu’avec tout cela elle paroisse estre spirituelle, ne disant
pas tout ce qu’elle sçait, mais laissant deviner à ceux qui l’escoutent qu’elle
entendroit mieux les matières seul à seul qu’elle n’en faict le semblant
devant le monde; si bien que tous ses discours, soit à dessein ou autrement,
ne tendent qu’à donner de l’amour et persuader en mesme temps qu’elle en
peut prendre, se réservant pourtant tousjours devers soy un prétexte
d’honnesteté qui ne donnera aucune prise à ses ennemis et qui la mettra à
couvert toutes les fois qu’ils luy en voudront faire le reproche, promettant
affirmativement qu’elle ne sçait ce que c’est dont on luy parle et qu’elle n’y
entend point de finesse. Je veux aussi qu’elle soit sobre à table et aux festins
où elle se trouvera, boive peu et mange médiocrement, parce que c’est là
encore qu’on reconnoît mieux l’humeur d’une fille, selon qu’elle est plus ou
moins portée aux autres plaisirs, et que les discours et les actions y sont
ordinairement plus libres. C’est pourquoy elle prendra garde de ne point
faire d’excès, et si elle est excitée à commettre quelques libertés pour
donner carrière à son esprit, il faut qu’elle y soit emportée par l’exemple ou
le consentement de toute la compagnie qui n’y trouvera rien à redire;
autrement elle s’en doibt empescher. De plus, elle doibt sçavoir danser,
chanter, aymer la lecture des livres d’amour, soubs prétexte de s’instruire à
parler proprement sa langue naturelle, et n’y point faire de faute; avoir son
esprit souple aux belles passions d’amour qui y sont représentées, en sorte
qu’elle se laisse captiver comme pour soy-mesme aux incidens du roman et
aux récits qui sont les plus capables d’insinuer l’amour dans les cœurs.
Fanchon. Cela est bien galand, ma cousine.
Susanne. Avec toutes ces dispositions tant intérieures qu’extérieures, car
je n’ay pas encore descrit toutes les perfections du corps, je veux, quand
elle sera déshabillée, que l’on voye reluire toutes les beautez que la robe

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cache, comme un soleil qui sort d’une nue, et qu’elle frappe la veuë et les
sens de celuy qui la regarde, comme un beau lieu de délices qui se
descouvre tout à plain à celuy qui le cherche avec impatience et qui le
trouve infiniment plus beau qu’il ne se l’estoit imaginé. Je veux, parmy
toutes ces grâces qui l’accompagnent, qu’on voye pousser son ventre plein
et arrondy, comme l’escueil délicieux où se brisent tous les désirs
amoureux; son estomach sera douillet et charnu; elle aura les pieds petits et
bien mignons et bien tournés en dehors, pour dénoter qu’elle les a bien
placés; la jambe grassette par le milieu, les genoux courts et menus, la
cuisse grosse, en remontant, et bien garnie, où troussent deux fesses dures et
rebondies et séparées comme à des statues de marbre; le croupion court, les
hanches larges médiocrement, le corps menu par la ceinture, les reins forts
et souples, pour le mouvement du con, et plus que tout cela, une mothe
grassette et bien ferme, cotonnée d’un poil brun qui serve de haye et
rempart à la fossette, laquelle sera fendue jusques à six doigts au dessoubs
du nombril. Je veux qu’elle ayt tant de beautez espanchées sur le corps, et je
veux que la peau en soit tellement bandée, unie et lissée soubs la main de
celuy qui la taste, qu’elle ne se puisse tenir dessus non plus que le pied sur
la glace, et que la faisant glisser tout autour du corps et par entre ses pilliers
de marbre, où l’on ne verra partout pousser aucun poil, elle coule en un
instant d’un lieu en un autre; les deux babines un peu retroussées et colorées
d’un rouge attrahant qui passe un peu au dehors entre les cuisses, que le
dedans soit bien replié de peau douillette qui soit encontinuée jusques à
l’orifice du ventre, qui soit bien percé pour éjaculer la semence en temps et
proportion, afin que, quand le vit aura forcé la première barrière, ayant
reouvert l’entrée du con, venant un peu plus avant, il repousse toutes ces
petites tayes et pousse jusqu’au milieu, où faisant derechef force, tout se
puisse exécuter d’un costé et d’autre et donner place à ce vaillant capitaine
qui a si valeureusement advancé jusques au logement du milieu, où y
trouvant la place vide, il brusque la fortune si avant qu’il vienne jusques à
l’entrée de la matrice où se fera le combat naturel qui causera tant de plaisir
à ma belle depucellée; bref, je veux qu’elle ayt tant de beautez que le galant
soit (87) desjà perdu d’ayse et de transport avant que d’estre arrivé jusques
au noir.
Fanchon. C’est donc encore ainsi que vous appelez le con?

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Susanne. Ouy, en paroles de philosophie et couvertes, en prenant la
qualité pour la chose ou le corps.
Fanchon. Certainement il pasmeroit de douceur, comme vous dites. S’il
arrivoit qu’il pourroit une fois mettre la main dessus, il n’auroit point la
force d’y mettre autre chose. Quel crève-cœur ce seroit, s’il venoit à mourir
sans avoir peu enfiler tant de beautez ensemble!
(88) Susanne. Ma foy, je le pense, mais le plaisir n’est pas moindre pour
la fille quand toutes les qualitez requises se rencontrent en celuy qui la
caresse.
Fanchon. Or, voyons donc celles qu’il doibt avoir aussi, et puis nous
ferons un assemblé parfaict de ces deux moitiés accouplées.
Susanne. Presque toute la beauté de l’homme consiste en la belle taille et
en la force du corps, non pas en la délicatesse, comme celle de la femme. Je
veux pourtant qu’il soit propre en ses habits et en sa personne, qu’il ayt la
face grave et majestueuse, les yeux doux et brillans, le nez un peu grandelet
et rien de difforme en tout le visage. Je veux qu’il soit de l’âge de vingt-
cinq ans, un peu plus maigre que gras, que son poil soit noir et vif, ses
cheveux longs, pour la bonne grâce, et bouclez sur les espaules. Il aura le
col court et libre pourtant, l’estomach un peu velu et douillet, s’il se peut;
aux endroits du corps où il n’aura point de poil, comme aux espaules, aux
reins et sur les fesses qu’il aura larges et bien formées, avec un peu de
beauté il faut qu’on remarque beaucoup de force, c’est pourquoy il fera
paroistre ses nerfs quelquefois en se remuant, afin qu’embrassant bien
estroittement sa maistresse, il la porte où il voudra, la jette sur un lict à la
renverse, luy prenne ses deux cuisses sur ses espaules et la porte en ceste
posture, après qu’il l’a faict culebuter, et la demeine comme une
marionnette que l’on agence à son plaisir. Car il arrive bien souvent que le
premier soir qu’une jeune pucelle couche avec un garçon qui entend le jeu
dont elle est entièrement ignorante, il aura beau la prier, la caresser, luy
monter dessus, si elle n’ouvre pas bien les jambes il est impossible qu’il la
puisse bien engaigner, et bien souvent est contraint de faire la première
descharge sur la mothe, tellement qu’il faut qu’il ayt la force d’appuyer si
fort ses cuisses sur les siennes qu’elle n’ayt moyen de remuer jusques à ce
qu’elle se sent brouiller les opopondrilles avec son instrument, dont elle

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n’avoit point encore accoustumé de jouer pour se divertir. Et à cest effect il
aura le pied bien petit et bien planté, la jambe droicte et advenante et non
cagneuse, les cuisses grosses et nerveuses et un peu velues, et fera
cognoistre, s’appuyant dessus, qu’il a beaucoup de vigueur en tout ce qu’il
veut entreprendre. Tu t’estonnes en cest endroit (89), cousine, mais si tu
sçavois combien ceste beauté masle et vigoureuse de l’homme a d’attraicts
et d’alléchemens quand elle est unie avec ceste autre beauté plus délicate
que la sienne, tu n’en voudrois jamais gouster d’autre, et particulièrement
quand elle est ombragée au dessoubs du nombril d’un poil large et espais,
du milieu duquel on voit sortir un bel ouvrier de nature, fort bandé, qui à
bon droit mérite estre appelé membre, pour sa force et vertu, et qui estant
accompagné de deux battans au dessoubs qui luy servent d’ornement et de
parade, fasse paroistre toute sa beauté, quand il bande, à faire sortir la petite
teste rouge et fendre deux doigts dehors sa peau, qui ne peut souffrir
d’autres attouchemens que la peau délicate du con d’une fille, et
n’entendant point raillerie en tel estat, il saccage tout ce qu’il rencontre dans
le con d’une tendre pucelle, quand il pousse de vive force.
Fanchon. Quelle douce cruauté! J’enrage.
Susanne. Je veux donc que tu sçaches que je ne donnerois pas un festu
d’un homme, pour beau et bien faict qu’il fust, s’il n’a les perfections de
son manche, et qu’il estonne la femme par son regard tout enflammé, au
premier coup qu’elle doibt estre percée, et voylà toute la beauté que je
requiers en luy, pour l’accomparer à celle de la femme, car pour les autres
vertus qu’il doibt avoir, nous en avons desjà assez discouru dans nos
premiers entretiens.
(90) Fanchon. Et cela estant, trouvez-vous qu’une jouyssance
consommée de ceux qui sont pourvus de toutes ces belles qualitez doibve
estre accomplie en tous les points?
Susanne. Nenny dea, ce n’est pas assez, car je veux de plus que dans le
temps de l’accouplement ils observent les convenances qui suivent. Je veux
que la fille soit un peu honteuse à certaines choses et que l’homme soit plus
hardy; je ne veux pourtant pas qu’elle soit si honteuse que de luy refuser
sottement quelque chose que l’amour exige d’elle, mais je veux seulement
que sa honte tesmoigne qu’elle n’oseroit faire ce qu’elle voudroit bien, et

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qu’elle ne serve à son amy que d’attraicts pour luy donner plus d’envie de
faire, de rapiner des choses que elle luy voudroit refuser ou défendre. Il faut
que le garçon ose tout, car la fille n’a pas bonne grâce de tout oser et est
bien ayse d’estre prévenue dans le choix des plaisirs qu’elle voudroit sentir
et qu’elle n’ose déclarer par crainte. C’est pourquoy il aura l’œil à tout, et
qu’il prenne garde aux moindres indices qui partent d’elle, soit aux
souspirs, aux gestes ou aux paroles ambiguës, pour conjecturer de là le
véritable motif qu’elle a et la satisfaire en ce qu’elle désire. Au contraire,
quand il luy aura mis le vit au con, comme il n’est plus temps de délibérer,
je veux qu’il la secoue effrontément et sans garder aucune mesure pour
considération d’honneur ny de bienséance, et qu’elle, en le regardant, tienne
honteusement la veuë collée sur luy, feignant de s’estonner des douces
violences qu’il commet en son endroit. Et je veux qu’en l’approchement des
deux culs l’eschine du garçon se vienne à recourber en arc jusqu’au bout du
croupion, comme à l’endroit où tient par devant la corde de l’arc qui se tire,
qu’en suite elle vienne à s’ouvrir droicte en se relaschant et que, se
rapprochant subitement à son premier estat d’être courbe, elle fasse juger
que la nature est en souffrance quand elle est ainsi droicte, et qu’il lui est
plus naturel et plaisant de retourner à son ply. Bref, je veux qu’il n’ayt point
autre pensée en l’esprit que celle de practiquer aveuglément tous les
moyens qu’il pourra pour l’enfiler mieux à son advantage; la fille de son
costé, pour estre tendre et délicate, se plaindra un peu d’abord, par
bienséance, de l’effort, et luy dira par forme qu’il luy faict mal, mais
pourtant qu’il ne craigne rien et que le mal soit si grand que le plaisir. Et
pour grand que soit son vit, pourveu qu’il soit assez bandé pour faire
bresche, il entrera bien dedans, et alors le plaisir en sera tant plus grand par
après, de sorte qu’il faut qu’elle soit souple et obéissante à ses volontez et
qu’elle ne soit pas si sotte de luy rien refuser de tout ce qu’il luy demandera
pour adoucir son plaisir, car elle seroit bien niaise et malheureuse d’un
contentement qui luy en devroit tant causer. Et luy, pour cela, sans
discontinuer de pousser, luy donnera courage, il la baisera et l’amadoüera
par douces paroles, achevant l’ouvrage commencé. Je veux au reste que la
fille soit souple et obéissante aux désirs du garçon, qu’elle s’agence en
toutes les postures, qu’elle remue de toutes les façons, qu’elle fasse de ses
mains tout ce qu’il voudra, bref, que son corps ne soit point à elle et qu’elle
ne luy puisse rien refuser de tout ce qu’il luy voudra demander. Cela luy
tournera tousjours à honneur et profit, de quelque façon que ce soit, car si

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elle est ignorante ou qu’elle la veuille faire, comme elle ne devra pas
sçavoir ce qui est honneste de permettre ou ce qui ne l’est pas, elle aura
tousjours bonne grâce de luy accorder tout par amour et de dire cependant
qu’elle ne sçait si cela est bien; et si elle est sçavante et rusée, au contraire,
elle auroit tort d’avoir honte d’une chose qu’elle auroit desjà faicte, et elle
seroit bien sotte, encore bien que malicieuse, de se priver d’un plaisir qui en
devroit tant donner à ce qu’elle ayme. Je veux donc qu’elle soit privée de
tous ces scrupules qui vont directement à la destruction du plaisir. Je ne
veux pas non plus qu’elle fasse sortir avec la main le membre de celuy qui
est bien intentionné à la chevaucher, c’est un trouble qu’elle ne répareroit
jamais, mais si elle a quelque chose à luy tesmoigner, que ce soit seulement
de bouche, sans user de main mise, et qu’elle l’oblige à user de plus de
douceur envers elle en luy disant ses raisons. Il sera peut estre sensible à la
pitié; au pis aller, si elle ne le peut esmouvoir et qu’elle trouve le membre
un peu trop gros, je veux qu’elle se contraigne pour l’amour de luy, et se
laissant surmonter par son propre amour, qui est plus fort que toutes choses,
à mesure qu’elle fera ses hélas! et ses complaintes, il faut qu’elle l’estraigne
de plus en plus fort et luy laisse deviner, quand elle crie, si c’est de douleur
ou de plaisir.
(91) Fanchon. Ma cousine, quand je vous escoute, ces leçons sont bien
esloignées de celles qu’une mère faict à sa fille quand elle lui presche la
vertu et l’honnesteté.
Susanne. Ainsi va le monde, ma pauvre cousine: le mensonge gouverne
la vérité, la raison veut reprendre l’expérience, et les sottises s’érigent en
titre de bonnes choses. La virginité est une très-belle chose en paroles et
très-laide en ses effects; au rebours, la paillardise n’a rien de plus hydeux
que le nom et rien de plus doux que les effects. Les gens mariés paillardent
aussi bien que les autres, ils font toutes les mesmes actions et postures, et
encore plus souvent que les garçons et les filles; les plus scrupuleux, c’est
toujours le vit au con qu’ils agissent, et la cérémonie ne change rien au
mistère d’amour. Mais c’est assez prescher pour un coup, nous ne sommes
point icy pour corriger le monde: il faut qu’il y ayt des fols pour faire
paroistre les sages, et ceux-cy ont d’autant de plaisir à cela qu’ils sont seuls
à le cognoistre et qu’ils se mocquent de la folie des autres.

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Fanchon. Ma cousine, c’est bien dit; au lieu de nous instruire, nous
serions les correcteurs sans gages de la folie d’autruy. Chacun vive à sa
mode, et pour nous, achevons ce que nous avons commencé, car il me
semble qu’il n’y a rien de plus plaisant que l’amour, et toutes les heures qui
sont employées à son exercice sont les plus agréables de nostre vie. Vive un
bon gros vit bien nerveux et tendu, vive un joly petit con, avec sa mothe
velue, qui nous causent tant de délices. Il n’y a le plus souvent que le foutre
qui defaut dedans le vit qui faict qu’il ne peut pas si bien bander, mais tant
qu’il y en a, nostre con est toujours prest à l’avaller, quand il couleroit en
nous tout entier. Chevaucher trois ou quatre coups ne faict que mettre en
appétit; il faut continuer tant qu’il y en a, pour nous donner du passe temps.
(92) Je voudrois bien encore vous faire une question: qui sont les personnes
le plus propres à traicter l’amour, des femmes ou des filles?
Susanne. Ce sont les femmes, et sans doute parce qu’elles ont plus
d’expérience et qu’elles cognoissent mieux les délicatesses propres à ceste
passion.
Fanchon. Et pourquoy est-ce donc qu’il y en a qui ayment mieux les
filles?
Susanne. C’est qu’ils prennent plaisir à instruire des innocentes et qu’ils
trouvent bien plus d’obéissance en elles dans les façons de s’agencer, et que
leur con n’estant pas si élargi, le vit y est placé plus à l’estroit et donne plus
de chatouillement à l’un et à l’autre.
Fanchon. Et pourquoy est-ce aussi qu’il y en a qui ayment mieux
chevaucher les femmes?
(93) Susanne. C’est, comme j’ay desjà dit, qu’elles sont plus habiles à
donner de l’amour, aussi qu’il n’y a pas tant de danger à courir avec elles
comme avec les filles.
Fanchon. Et quel danger y a-t-il?
Susanne. Le danger est qu’elles peuvent devenir grosses, et c’est ce qui
donne encore de la peine à elles et aux hommes pour empescher qu’on ne le
sçache, et quant à eux, il leur en couste bien du bon argent à la justice,
quand on vient à le sçavoir, et tout au moins quand il faut payer des
nourrices, des loüages de chambres, ou des robes, à cause qu’elles n’ont

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point le plus souvent de quoy s’entretenir. Ajoute à cela les ressentimens
des parents de la fille, qui se veulent venger quelquefois quand ils le
sçavent et tirer raison, suivant la coustume, de ceste offence imaginaire.
(94) Mais quand au lieu de filles ce sont des femmes, dame, le mary sert de
couverture à tout, et on dit tousjours, quoy qu’il en soit rien, que c’est luy
qui a faict la besoigne; outre qu’il ne faut point d’argent pour les entretenir,
à cause que leur maison est desjà toute faicte, et pourtant on gouste le
plaisir d’une part et d’autre avec moins d’embarras, et ils y prennent bien de
plus grandes douceurs que s’ils avoyent quelque chose à craindre.
(95) Fanchon. Tellement doncques que je n’ay plus qu’à songer de me
marier vistement pour bien passer mon temps et me mettre en l’estat de
n’avoir plus rien à apprehender.
Susanne. Dame ouy, quand tu seras ainsi pourveuë, tu pourras alors, aux
heures de loisir, quand ton mary n’y sera pas, te divertir agréablement avec
un autre et passer quelquefois de bonnes nuicts ensemble. A ceste heure, tu
n’en aymeras pas moins ton mary pour ce petit plaisir que tu luy desroberas,
tant s’en faut, car s’il falloit le préférer à ton ami, tu le ferois asseurement;
mais tu gousteras seulement des embrassemens tantost de l’un tantost de
l’autre, et ce changement de vit te plaira pour le moins autant que si tu ne
mangeois tous les jours que d’une sorte de viande.
(96) Fanchon. Ma cousine, si je vous disois qu’il y a desjà quelqu’un qui
m’en conte depuis que j’ay gousté vos instructions et que ces gentillesses
d’amour m’ont un peu poly l’esprit, me croiriez-vous?
Susanne. Est-ce pour le mariage?
Fanchon. Vrayement ouy, et quoy donc?
Susanne. Laisse moy gouverner ceste affaire, car c’est mon mestier cela,
et c’est un grand hazard, au cas que la personne t’ayme un tant soit peu, si
je n’en viens à bout. J’ay faict des mariages plus d’un, penses-tu. Mais
voylà l’horloge qui sonne; adieu, nous parlerons de cela à une autre fois.
Fanchon. Adieu, ma cousine, en vous remerciant.
Fanchon. Adieu, jusques à revoir.

Page 117

Quo me fata trahunt.

FIN DE L’ESCOLE DES FILLES.

Page 118

LE COMBAT
DU VIT ET DU CON
ET

LES RAISONS DE PERRETTE.

LE COMBAT DU VIT ET DU CON.
Un jour un con fringant, à la rouge babine,
Gros, gras, dur, en bon point, bien refaict de cuisine,
Amoureux, chatouilleux, estincellant de feu,
Qui ne demandoit rien que la dance et le jeu,
Morguoit un pauvre vit, et repliant la joue,
Grimassant de ses dents, il luy faisoit la moue;
Mesme, pour l’attirer au combat amoureux,
L’alloit injuriant, l’appellant rustre, gueux,
Visage de villain, borgne, camard, jeanfoutre,
Bref, les mots plus picquants sous desdain passoit outre.
Ce pauvre vit, paisible, oyant ceste leçon,
Blotti dans sa coquille ainsi qu’un limaçon,
Donnant patiemment à son ire des bornes,
N’avoit pour tout cela daigné lever les cornes,
Et mettant une bride à son ressentiment,
On ne l’entendoit pas dire un mot seulement.
Mais du con ce silence irrite le courage,
Son ardeur le suffoque, il s’enfle le visage.
Et pour se soulager et respirer un peu,

Page 119

Il est contraint d’ouvrir ses deux lèvres de feu.
Ce fut là qu’il fit veoir une montagne ouverte,
D’un duvet tremblottant espaissement couverte,
Et qui depuis le haut de deux costeaux bossus
Par ondes va roullant ses petits poils moussus,
Jusqu’au bord d’une fente à la belle bordure,
Esclatant de vermeille et brillante peinture.
Une ombre claire et fraische à l’entrée de son creux
Le voiloit, le rendant mignardement affreux,
Laissant veoir le dedans, de peau grasse et douillette,
Moins rouge que le drap de couleur fiammette.
Au fond du val rioient milles petit sillons
Sur un champ de gras double, émaillé de rillons.
D’un trou voisin souffloit une subtile haleine,
Rafraischissant partout ce beau taillis de layne,
Où tout autour dormoient mille petits amours
Munis d’autant de pieds que les ans ont de jours.
Au milieu, la matrice, en forme d’une langue,
Paroissoit à tout coup vouloir faire une harangue.
Soudain, dessus le bord avançant son museau:
—Je suis, dit-elle, ô vit, la mort et le tombeau,
Flasque si l’on te voit tant seulement paroistre.
Alors le vit, mettant la teste à la fenestre,
Descouvre un peu le grouin, sans beaucoup s’esmouvoir;
Tastonnant de la teste, il s’efforce de veoir
L’ennemy qui se vante ainsi de le soubmettre.
—Voyons, dit-il, un peu si nous pouvons cognoistre
Qui vous êtes, qui tant d’injures me donnez.
Et comme il s’avançoit, le con lui crache au nez.
A ce sensible affront la fureur le surmonte,
De colère le sang au visage luy monte;
Il rengaigne pourtant, et faict reflexion
De quelle sorte il doibt porter ceste action,
Et son muffle bouffy, vomissant la fumée,
Faict bien veoir que son ame estoit tout allumée:
Il s’enfle, il se roidit, il devient enflammé,
Et d’un vent de fureur il devient animé;

Page 120

Resous de se bien battre et rompre toute trefve,
Par eslans redoublez son eschine s’eslève.
Cerchant son adversaire en lion rugissant,
Il le trouve, il l’attaque, et par un pas glissant,
En allongeant son coup, il s’engage à la passe,
Engaignant brusquement le con qui le menace.
Tout ravy d’avoir joint ce superbe ennemy,
Il est bien resolu de n’en faire à demy;
Voulant vaincre ou mourir, il vous pousse et repousse
Sa lame dans la playe, avec mainte secousse,
Tel qu’un sanglant boucher qui pousse son couteau
Par des coups redoublés dans le col d’un agneau.
Il coigne, il se demeine et de cul et de teste,
Il s’employe au combat, plus fier qu’une tempeste
Qui, maistresse des airs, ne cesse d’attaquer
De la gresle et du feu le sommet d’un rocher.
Le con s’en prévalant, avec ses saffres lippes
Lui presse l’estomach, lui faict crever les trippes,
Luy faict cracher du sang et revomir dehors
Tout ce que le pauvret avoit dedans le corps.
Tenant le vit aux crins, il le gourme et pelote
Et luy donne cent coups de matrice et de motte,
Tant que le pauvre vit, affoibly de ces coups,
Sentit diminuer sa force et son courroux.
Tous ses efforts descheux irritent la blessure
Dont le con enfouré luy crève la tresseure,
Et d’où soudain sortit comme un torrent de sang
Que la chaleur avoit changé de rouge en blanc.
Tous deux esvanouis tomberent en ces termes,
L’un sur l’autre estendus, barbottant dans les spermes.
Tel fut donc le combat et l’avantage esgal.
Mais on dit que du vit la blessure va mal,
Ayant esté frappé d’une lame rouillée
De tant de sangs divers dont elle estoit souillée,
De cancer et vérole, emplastrum et pulvis,
Peste de la santé, mortel poison des vits.
Joint qu’on dit que le coup lui respond dedans l’ayne,

Page 121

Où il se pourroit bien former une gangrène.
Mais on dit que le feu, qui purifie tout,
Avec deux mois de jeusne en peut venir à bout.

Page 122

DIALOGUE ENTRE LE FOUTEUR ET PERRETTE.

LE FOUTEUR.

Perrette, dites moy, par forme d’entretien,
Quand vous foutez, mon cœur, cela vous faict-il bien?
PERRETTE.

Hé! doutez vous, monsieur, que cela me chatouille?
LE FOUTEUR.

Mais dites, aimez vous qu’il degoutte et qu’il mouille?
Car j’en cognois, parmy le sexe féminin,
Qui nous disent quasi que le foutre est venin,
Et n’ayment rien sinon que le membre les frotte.
PERRETTE.

Femme de cest avis n’est qu’une femme sotte
Et ne sçait pas le prix d’une telle action;
Quatre mots serviront pour sa conviction:
Toute andouille sans jus, sans graisse et sans substance,
N’est pas, en croyez moy, trippe pour nostre pance;
Employez à la terre et les jours et les nuicts
Et par des soins fréquents demandez luy des fruicts,
Vous avez beau donner vos soins et vostre estude,
Pour penser triompher de son ingratitude,
Avant qu’elle vous donne en ses flancs refouillés
Signe par une fleur que vous la chatouillez:
Si vous ne l’arrosez, la peine est superflue.
Tout de mesme en est-il d’une femme foutue,
Car l’humeur du vit est de matrice appeté

Page 123

Comme eau d’un terroir secq en la plus chaude esté;
Et sans son émission que nature souhaicte,
Ceste noble action est du tout imparfaicte,
Et le vit d’un chastré nous seroit aussi cher
Qu’un gros vit succulent, rubicond, plein de chair.
Et à quoy serviroient ces fameuses ovales,
Ces grelots amoureux, ces charmantes cimbales
Jointes à ce villain qui s’efforce à taston
De gagner en foutant la part de son tirton?
Dans ce doux remuement, le cul faict les minutes,
Les coüillons sonnent l’heure au plus bas de la butte,
Ou bien sans ces deux cy, manquant de contrepoids,
L’horloge est immobile et la cloche sans voix.
Ceste blanche liqueur, si douce et tout aymable,
Rend les désirs contents et le sort favorable.
Le poisson nous enseigne, au profond de la mer,
Le mistère de foutre, et les oiseaux en l’air
Nous asseurent qu’il faut de ceste admirable onde
Pour pouvoir provigner la grand’ race du monde.
Ainsi femme qui dit que le vit sec est bon
Voudroit oster la saulce et le sel au jambon,
Ce qu’il est de plus doux en toute la nature
Et qui donne la vie à toute créature.
Pour punir telle femme et tel vit, désormais
Il les faut condamner à ne foutre jamais!
LE FOUTEUR.

Perrette, vous avez l’appétit bon, sans doute:
Allez vous en chercher quelque autre qui vous foute.

FIN.

Page 124

TABLE

Bibliographie et témoignages. i

L’Escole des Filles ou la Philosophie des Dames. 1
Epistre invitatoire aux Filles. 3
Argument des deux dialogues. 6
Table mistique et allégorique selon le sens moral et
littéral de l’Escole des Filles. 9
Bulle orthodoxe. 24
A Monsieur Mililot sur son Escole des Filles, madrigal. 26
Premier dialogue. 27
Second dialogue. 81
Le combat du Vit et du Con et les Raisons de Perrette. 183

Page 125

*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ESCOLE DES
FILLES ***

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