France and England in North America_ Part III_ La Salle_ Discovery of The Great West Francis Parkman 27800 downloads.pdf

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L’eBook de Project Gutenberg : La France et l’Angleterre en Amérique du Nord, partie III : La Salle, la découverte du Grand Ouest
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Titre : La France et l’Angleterre en Amérique du Nord, partie III : La Salle, la découverte du Grand Ouest

Auteur : Francis Parkman

Date de publication : 4 juillet 2012 [eBook n° 40143]
Dernière mise à jour : 23 octobre 2024

Langue : Anglais

Autres informations et formats : www.gutenberg.org/ebooks/40143

Crédits : Produit par Sharon Joiner, Christian Boissonnas, Charles Franks et l’équipe de correction distribuée en ligne sur http://www.pgdp.net

*** Début de l’eBook de Project Gutenberg : La France et l’Angleterre en Amérique du Nord, partie III : La Salle, la découverte du Grand Ouest ***

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Note du transcripteur :

Les erreurs évidentes de ponctuation et d’orthographe ont été corrigées. L’orthographe originale et ses variantes n’ont pas été harmonisées.
Les notes de bas de page ont été déplacées à la fin des chapitres auxquels elles appartenaient et numérotées dans une séquence continue. La pagination des entrées de l’index qui faisaient référence à ces notes de bas de page n’a pas été modifiée pour correspondre à leur nouvelle position et est donc incorrecte.

Œuvres de Francis Parkman.

Nouvelle édition de la Library Edition.
Volume III.

ŒUVRES DE FRANCIS PARKMAN.
Nouvelle édition de la Library Edition.
Les pionniers de France dans le Nouveau Monde 1 vol.
Les Jésuites en Amérique du Nord 1 vol.
La Salle et la découverte du Grand Ouest 1 vol.
L’Ancien Régime au Canada 1 vol.
Le comte Frontenac et la Nouvelle-France sous Louis XIV 1 vol.

Page 5

2
Un demi-siècle de conflits, vol. 2
Montcalm et Wolfe, vol. 2
La conspiration de Pontiac et la guerre indienne, vol. 2
La guerre après la conquête du Canada, vol. 2
La piste de l’Oregon, 1 vol.

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Droits d’auteur, 1897, par Little, Brown & Co et Goupil & Co, Paris
La Salle présentant une pétition à Louis XIV.
Dessiné par Adrien Moreau.
La Salle et la découverte du Grand Ouest, frontispice

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LA SALLE

ET LA DÉCOUVERTE DU GRAND
OUEST.
LA FRANCE ET L’ANGLETERRE EN
AMÉRIQUE DU NORD.
Troisième partie.

PAR
FRANCIS PARKMAN.

BOSTON :
LITTLE, BROWN, AND COMPANY.
1908

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Enregistré conformément à une loi du Congrès, en l’an 1869, par
Francis Parkman,
au bureau du greffier du tribunal du district du Massachusetts.

Enregistré conformément à une loi du Congrès, en l’an 1879, par
Francis Parkman,
au bureau du bibliothécaire du Congrès, à Washington.

Droits d’auteur, 1897,
par Little, Brown, and Company.

Droits d’auteur, 1897,
par Grace P. Coffin et Katharine S. Coolidge.

Droits d’auteur, 1907,
par Grace P. Coffin.

Imprimeurs :
S. J. Parkhill & Co., Boston, U.S.A.

À
la promotion de 1844,
du Harvard College,
ce livre est chaleureusement dédié
par l’un des leurs.

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PRÉFACE DE LA ONZIÈME ÉDITION.

Lorsque les éditions précédentes de ce livre furent publiées, j’étais au courant de l’existence d’une collection de documents relatifs à La Salle, contenant des matériaux importants auxquels je n’avais pas réussi à accéder. Cette collection se trouvait entre les mains de M. Pierre Margry, directeur des Archives de la Marine et des Colonies à Paris, et était le fruit de plus de trente ans de recherches. Avec une assiduité et un zèle rares, M. Margry avait exploré non seulement le vaste dépôt avec lequel il était officiellement lié depuis sa jeunesse et dont il est aujourd’hui le chef, mais aussi les autres archives publiques de France, ainsi que de nombreuses collections privées à Paris et dans les provinces. L’objectif de ses recherches était de mettre en lumière la carrière et les réalisations des explorateurs français, et surtout celles de La Salle. Une collection d’une richesse extraordinaire s’est progressivement constituée entre ses mains. Au cours de mes propres recherches, j’ai beaucoup bénéficié de son aide amicale ; mais ses collections, dans leur ensemble, sont restées inaccessibles, car il souhaitait naturellement être le premier à faire connaître les résultats de son travail. Une tentative visant à amener le Congrès à lui fournir les moyens d’imprimer des documents si intéressants pour l’histoire américaine fut faite en 1870 et 1871 par Henry Harrisse, assisté du ministre américain à Paris ; mais elle échoua malheureusement.

À l’été et à l’automne de 1872, j’eus de nombreux entretiens avec M. Margry, et à sa demande, j’entrepris de tenter de convaincre un libraire américain de publier cette collection. De retour aux États-Unis, je conclus donc un accord avec Messrs. Little, Brown & Co., de Boston, selon lequel ils acceptaient d’imprimer les documents à condition qu’un certain nombre de abonnements soit d’abord obtenu. Cette condition s’avéra très difficile ; il devint clair que la meilleure chance de succès résidait dans un nouvel appel au Congrès. Celui-ci fut lancé l’hiver suivant, en collaboration avec Son Honneur E. B. Washburne, le colonel Charles Whittlesey de Cleveland, O. H. Marshall, avocat à Buffalo, et d’autres messieurs intéressés par l’histoire américaine ancienne. La tentative réussit. Le Congrès alloua des fonds pour l’achat de cinq cents exemplaires de l’ouvrage, qui devait être imprimé à Paris sous la direction de M. Margry ; et les trois volumes consacrés à La Salle sont enfin mis à la disposition du public.

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Parmi les documents qu’ils contiennent et que je n’avais pas examinés auparavant, les plus intéressants sont les lettres de La Salle, trouvées dans l’original par M. Margry, au milieu des immenses collections des Archives de la Marine et des Colonies ainsi que de la Bibliothèque Nationale. Le récit du compagnon de La Salle, Joutel, bien plus complet que l’abstract publié en 1713 sous le titre de « Journal Historique », mérite également une mention particulière. Ceux-ci, avec d’autres matériaux nouveaux contenus dans ces trois volumes, tout en ajoutant de nouveaux faits et en jetant une nouvelle lumière sur le caractère de La Salle, confirment presque toutes les affirmations faites dans la première édition de La Découverte du Grand Ouest. La seule exception importante concerne les raisons pour lesquelles La Salle n’a pas réussi à trouver l’embouchure du Mississippi en 1684, ainsi que le comportement, à cette occasion, du commandant naval Beaujeu. Cette édition a été entièrement revue et en partie réécrite, avec d’importantes additions. Une carte du pays parcouru par les explorateurs a également été ajoutée. Le nom de La Salle figure sur la page de titre, comme cela semble requis par son importance accrue dans le récit dont il est la figure centrale. Boston, 10 décembre 1878. Note : Le titre de la collection imprimée par M. Margry est Découvertes et Établissements des Français dans l’Ouest et dans le Sud de l’Amérique Septentrionale (1614-1754), Mémoires et Documents originaux. I, II, III. Outre les trois volumes consacrés à La Salle, il y en aura deux autres concernant d’autres explorateurs. Conformément à l’accord avec le Congrès, une édition indépendante paraîtra en France, avec une introduction exposant les circonstances de la publication.

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PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION.

La découverte du « Grand Ouest », ou des vallées du Mississippi et des lacs, constitue une partie de notre histoire jusqu’alors très obscure. Ces régions magnifiques furent révélées au monde grâce à une série d’entreprises audacieuses, dont les motivations et même les événements n’ont été connus que partiellement et superficiellement. Le principal acteur de ces aventures a beaucoup écrit, mais rien n’a été publié ; quant aux écrits publiés de ses compagnons, ils ont grand besoin d’être interprétés à l’aide des documents inédits qui existent, mais qui n’ont jusqu’à présent pas été utilisés comme matériau pour l’histoire.

Ce volume tente de combler cette lacune. De la grande quantité de matériel entièrement nouveau qu’il contient, la majeure partie provient des divers archives publiques de France, et le reste de sources privées. La découverte de nombreux de ces documents est due aux recherches infatigables de M. Pierre Margry, directeur adjoint des Archives maritimes et coloniales à Paris. Ses travaux en tant qu’enquêteur sur l’histoire maritime et coloniale de la France ne peuvent être appréciés que par ceux qui ont vu leurs résultats. Dans le domaine de l’histoire coloniale américaine, ces résultats ont été inestimables ; car, outre plusieurs collections privées qu’il a constituées, il a rendu un service important en rassemblant la partie française des documents Brodhead, a sélectionné et organisé les deux grandes séries de documents coloniaux commandées par le gouvernement canadien, et a préparé, avec un travail considérable, des index analytiques de ces documents ainsi que de documents supplémentaires conservés dans les archives françaises, ainsi qu’un index complet des documents relatifs à la Louisiane. On peut espérer que les publications précieuses sur l’histoire maritime de la France issues de son travail seront le prélude à des contributions encore plus étendues à l’avenir.

Le défunt président Sparks, quelque temps après la publication de sa Vie de La Salle, fit rassembler des documents relatifs à cet explorateur, dans l’intention de les intégrer dans une édition future. Cette intention ne fut jamais mise en œuvre, et les documents ne furent jamais utilisés. Avec la générosité qui le caractérisait toujours, il les mit à ma disposition, et Mme Sparks a eu la gentillesse de perpétuer ce privilège.

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L’abbé Faillon, l’auteur érudit de « La Colonie française au Canada », m’a envoyé des copies de divers documents qu’il a trouvés, y compris des papiers de famille de La Salle. Parmi ceux qui, de diverses manières, ont aidé mes recherches, on trouve le Dr John Paul, d’Ottawa, dans l’Illinois ; le comte Adolphe de Circourt et M. Jules Marcou, de Paris ; M. A. Gérin Lajoie, bibliothécaire adjoint du Parlement canadien ; M. J. M. Le Moine, du Québec ; le général Dix, ministre des États-Unis à la Cour de France ; O. H. Marshall, de Buffalo ; J. G. Shea, de New York ; Buckingham Smith, de Saint-Augustin ; et le colonel Thomas Aspinwall, de Boston.

La carte plus petite contenue dans le livre est une partie de la carte manuscrite de Franquelin, dont on trouvera une description à l’Appendice.

Le prochain volume de la série sera consacré aux efforts de la monarchie et du féodalisme sous Louis XIV pour établir un pouvoir permanent sur ce continent, ainsi qu’à la carrière tumultueuse de Louis de Buade, comte de Frontenac.

Boston, 16 septembre 1869.

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TABLE DES MATIÈRES
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INTRODUCTION 3

CHAPITRE I.
1643-1669.
CAVELIER DE LA SALLE.
La jeunesse de La Salle : ses liens avec les jésuites ; son départ pour le Canada ; son caractère ; ses projets ; sa seigneurie à La Chine ; son expédition à la recherche d’un passage vers l’Inde par l’ouest. 7

CHAPITRE II.
1669-1671.
LA SALLE ET LES SULPICIENS.
Les Français dans l’ouest de New York. — Louis Joliet. — Les Sulpiciens sur le lac Érié ; à Détroit ; à Sault Ste. Marie. — Le mystère de La Salle : il découvre l’Ohio ; il descend l’Illinois ; a-t-il atteint le Mississippi ? 19

CHAPITRE III.
1670-1672
LES JÉSUITES SUR LE LAC.
Les anciennes missions et les nouvelles. — Un changement d’esprit. — Le lac Supérieur et les mines de cuivre. — Ste. Marie. — LaPointe. — Michilimackinac. — Les jésuites sur le lac Michigan. — Allouez et Dablon. — Le commerce des fourrures des jésuites. 36

CHAPITRE IV.
1667-1672.
LA FRANCE PREND LE CONTRÔLE DE L’OUEST.

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Talon.—Saint-Lusson.—Perrot.—La Cérémonie à Saut Ste. Marie.—Le Discours d’Allouez.—Le Comte Frontenac. 48

CHAPITRE V.
1672-1675.
LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPPI.
Joliet envoyé pour trouver le Mississippi.—Jacques Marquette.—Départ.—Green Bay.—Le Wisconsin.—Le Mississippi.—Les Indiens.—Les Manitous.—L’Arkansas.—L’Illinois.—Le Malheur de Joliet.—Marquette à Chicago : sa maladie ; sa mort. 57

CHAPITRE VI.
1673-1678.
LA SALLE ET FRONTENAC.
Les objectifs de La Salle.—Frontenac le soutient.—Les projets de Frontenac.—Cataraqui.—Frontenac sur le lac Ontario.—Fort Frontenac.—La Salle et Fénelon.—Le Succès de La Salle : ses ennemis. 83

CHAPITRE VII.
1678.
CONFLITS DE PARTI.
La Salle et son Rapporteur.—L’Hégémonie des Jésuites.—Les Missions et le Commerce des fourrures.—Les Inquisiteurs féminins.—Des complots contre La Salle : son frère prêtre.—Les Intrigues des Jésuites.—La Salle empoisonné : il disculpe les Jésuites.—De nouvelles intrigues. 106

CHAPITRE VIII.
1677, 1678.
LA GRANDE ENTREPRISE.
La Salle au Fort Frontenac.—La Salle à la Cour : son mémoire.—L’Approbation du Roi.—L’Argent et les Moyens.—Henri de Tonty.—Retour au Canada. 120

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CHAPITRE IX.
1678-1679.
LA SALLE AUX CHUTES DU NIAGARA.
Père Louis Hennepin : sa vie antérieure ; son caractère.—
Embarquement.—Chutes du Niagara.—Jalousie des Indiens.—La
Motte et les Senécas.—Un désastre.—La Salle et ses
Suivants. 131

CHAPITRE X.
1679.
LE LANÇAGE DU « GRIFFIN ».
Le portage du Niagara.—Un navire en construction.—Souffrances et
Déscontentement.—Le voyage hivernal de La Salle.—Le navire
lançé.—De nouveaux désastres. 144

CHAPITRE XI.
1679.
LA SALLE DANS LES LACS SUPÉRIEURS.
Le voyage du « Griffin ».—Detroit.—Une tempête.—Saint-Ignace
de Michilimackinac.—Rivaux et ennemis.—Lac Michigan.—
Difficultés.—Une lutte imminente.—Fort Miami.—Les malheurs de
Tonty.—Prédictions. 151

CHAPITRE XII.
1679, 1680.
LA SALLE SUR L’ILLINOIS.
Le Saint-Joseph.—Aventure de La Salle.—Les prairies.—
Famine.—La grande ville des Illinois.—Indiens.—
Intrigues.—Difficultés.—Politique de La Salle.—Désertion.—
Une autre tentative de empoisonner La Salle. 164

CHAPITRE XIII.
1680.
FORT CRÈVECŒUR.
Construction du fort.—Perte du « Griffin ».—Une résolution
audacieuse.—Un autre navire.—Hennepin envoyé au

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Mississippi.—Départ de La Salle.

CHAPITRE XIV.
1680.
LE COURAGE DE LA SALLE.
Le voyage d’hiver.—La ville déserte.—Starved Rock.—
Le lac Michigan.—La nature sauvage.—Les troupes de guerre.—Les hommes de La Salle épuisés.—De mauvaises nouvelles.—Mutinerie.—
Châtiment des mutins. 189

CHAPITRE XV.
1680.
LES CONQUÉRANTS INDIENS.
La tentative reprise.—Essai de sauver Tonty.—Les buffles.—
Une découverte effrayante.—La fureur des Iroquois.—La ville en ruines.—Une nuit d’horreur.—Des traces des envahisseurs.—Aucune nouvelle de Tonty. 202

CHAPITRE XVI.
1680.
TONTY ET LES IROQUOIS.
Les déserteurs.—La guerre des Iroquois.—La grande ville des Illinois.—L’alarme.—L’attaque des Iroquois.—Le péril de Tonty.—Un armistice perfide.—L’intégrité de Tonty.—
Le meurtre de Ribourde.—Guerre contre les morts. 216

CHAPITRE XVII.
1680.
LES AVENTURES D’HENNEPIN.
Hennepin, un imposteur : sa prétendue découverte ; sa véritable découverte ; capturé par les Sioux.—Le haut Mississippi. 242

CHAPITRE XVIII.
1680, 1681.
HENNEPIN PARMI LES SIoux.

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Signes de danger.—Adoption.—Hennepin et ses parents indiens.—La troupe de chasse.—Le camp des Sioux.—Chutes de Saint-Antoine.—Un frère vagabond : ses aventures sur le Mississippi.—Greysolon Du Lhut.—Retour à la civilisation. 259

CHAPITRE XIX.
1681.
LA SALLE REPREND SES EFFORTS.
Sa constance ; ses plans ; ses alliés sauvages ; il devient aveugle à cause de la neige.—Négociations.—Grand Conseil.—L’oraison de La Salle.—Rencontre avec Tonty.—Préparatifs.—Départ. 283

CHAPITRE XX.
1681-1682.
LE SUCCÈS DE LA SALLE.
Ses suivants.—Le portage de Chicago.—Descendre le Mississippi.—Le chasseur perdu.—L’Arkansas.—Les Taensas.—Les Natchez.—Hostilités.—L’embouchure du Mississippi.—Louis XIV proclamé souverain du Grand Ouest. 295

CHAPITRE XXI.
1682, 1683.
SAINT-LOUIS D’ILLINOIS.
La Louisiane.—Maladie de La Salle : sa colonie sur l’Illinois.—Fort Saint-Louis.—Rappel de Frontenac.—Le Febvre de la Barre.—Situation critique de La Salle.—Hostilité du nouveau gouverneur.—Triomphe de la faction adverse.—La Salle part pour la France. 309

CHAPITRE XXII.
1680-1683.
LA SALLE DANS SES PROPRRES MOTS.
Difficulté à le connaître : ses détracteurs ; ses lettres ; 328 les contrariétés de sa situation ; son inaptitude au commerce ; les risques liés à la correspondance ; son mariage prétendu ; allégations…

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Étalage ; motifs d’action ; accusations de dureté ;
intrigues contre lui ; manières impopulaires ; une confession étrange ;
sa force et sa faiblesse ; contrastes de son caractère.

CHAPITRE XXIII.
1684.
UNE NOUVELLE ENTREPRISE.
La Salle à la cour : ses propositions. — Occupation de la Louisiane. —
Invasion du Mexique. — Faveur royale. — Préparatifs. — Un commandement divisé. — Beaujeu et La Salle. — État mental de La Salle : son adieu à sa mère. 343

CHAPITRE XXIV.
1684, 1685.
LE VOYAGE.
Disputes avec Beaujeu. — Saint-Domingue. — La Salle attaqué par la fièvre : son état désespéré. — Le golfe du Mexique. — Une recherche vaine et une erreur fatale. 366

CHAPITRE XXV.
1685.
LA SALLE AU TEXAS.
Un groupe d’explorateurs. — Dépôt du « Aimable ». — Débarquement des colons. — Une position désespérée. — Les voisins indiens. — Tentatives amicales de Beaujeu : son départ. — Une découverte fatale. 378

CHAPITRE XXVI.
1685-1687.
SAINT-LOUIS AU TEXAS.
Le fort. — Misère et dépression. — Énergie de La Salle : son voyage d’exploration. — Aventures et accidents. — Buffles. — Duhaut. — Massacre des Indiens. — Retour de La Salle. — Une nouvelle calamité. — Une résolution désespérée. — Départ pour le Canada. — Dépôt du « Belle ». — Mariage.

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—Séditie.—Aventures du groupe de La Salle.—Le Cenis.
—Les Camanches.—La seule hope.—Le dernier adieu.

CHAPITRE XXVII.
1687.
Assassinat de La Salle.
Ses suivants.—Voyage à travers les prairies.—Une querelle de chasseurs.—
Meurtre de Moranget.—La conspiration.—Mort de La
Salle : son caractère. 420

CHAPITRE XXVIII.
1687, 1688.
L’innocent et le coupable.
Triomphe des meurtriers.—Dangers pour Joutel.—Joutel parmi
les Cenis.—Sauvages blancs.—Insolence de Duhaut et de ses
complices.—Meurtre de Duhaut et de Liotot.—Hiens, le
buccanier.—Joutel et son groupe : leur fuite ; ils atteignent
l’Arkansas.—Courage et dévouement de Tonty.—Les
fuyards atteignent l’Illinois.—Conduite indigne de
Cavelier.—Lui et ses compagnons retournent en France. 435

CHAPITRE XXIX.
1688-1689.
Destin de la colonie du Texas.
Tonty tente de secourir les colons : ses difficultés et
épreuves.—Hostilité espagnole.—Expédition d’Alonzo de
Leon : il atteint le fort Saint-Louis.—Scène de
désolation.—Destruction des Français.—La fin. 464

APPENDICE.
I. Cartes anciennes inédites du Mississippi et des Grands
Lacs. 475
II. L’Éldorade de Mathieu Sâgean. 485

INDEX. 493

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LA SALLE
ET LA DÉCOUVERTE DU GRAND OUEST.

Page 22

LA SALLE
ET LE

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DÉCOUVERTE DU GRAND OUEST.

INTRODUCTION

Les Espagnols découvrirent le Mississippi. De Soto fut enterré sous ses eaux ; et c’est le long de ses courants boueux que ses suivants s’enfuirent de l’Éldorade de leurs rêves, transformée en un désert de misère et de mort. Cette découverte ne fut jamais mise à profit et fut presque oubliée. Sur les premières cartes espagnoles, le Mississippi est souvent indiscernable des autres affluents du golfe. Un siècle s’écoula après les expéditions de De Soto dans le Sud avant qu’un explorateur français n’atteigne un affluent septentrional de ce grand fleuve.

C’était Jean Nicollet, interprète à Three Rivers sur le Saint-Laurent. Il avait vécu environ vingt ans au Canada, parmi les sauvages Algonquins de l’île Allumette, et avait passé huit ou neuf ans parmi les Nipissings, sur le lac qui porte leur nom. Là, il devint indien dans tous ses habitudes, mais demeura néanmoins un catholique zélé, et retourna finalement à la civilisation parce qu’il ne pouvait vivre sans les sacrements. D’étranges histoires circulaient parmi les Nipissings au sujet d’un peuple sans cheveux ni barbe, qui venait de l’Ouest pour commercer avec une tribu au-delà des Grands Lacs. Qui pouvait douter que ces étrangers fussent chinois ou japonais ? De telles récits ont très bien pu éveiller la curiosité de Nicollet ; et lorsqu’en 1635, ou peut-être en 1638, il fut envoyé en tant qu’ambassadeur auprès de cette tribu, il n’aurait pas été surpris de trouver parmi eux un groupe de mandarins à son arrivée. Peut-être était-ce en prévision d’une telle éventualité qu’il se procura, comme vêtement de cérémonie, une robe en damas chinois brodée d’oiseaux et de fleurs. La tribu à laquelle il fut envoyé était celle des Winnebagoes, vivant près de l’embouchure de la baie Green du lac Michigan. Ils étaient entrés en conflit avec les Hurons, alliés des Français ; et Nicollet fut chargé de négocier la paix. Lorsqu’il s’approcha du village des Winnebagoes, il envoya l’un de ses assistants indiens pour

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Il annonça son arrivée, enfila sa robe en damas et s’avança pour affronter la foule impatiente, tenant une pistolet dans chaque main. Les femmes indiennes et les enfants s’enfuirent en criant que c’était un manito, ou un esprit, armé du tonnerre et de l’éclair ; mais les chefs et les guerriers lui firent une hospitalité si généreuse qu’on dévora cent vingt castors lors d’un seul festin. Depuis les Winnebago, il se dirigea vers l’ouest, remonta la rivière Fox, traversa le Wisconsin et descendit si loin que, selon son rapport au retour, il aurait atteint la mer en trois jours de plus. Il semble en réalité qu’il ait mal interprété les paroles de ses guides indiens, et que cette « grande eau » dont il était si proche ne fût pas la mer, mais le Mississippi.
On affirme qu’un colonel Wood, de Virginie, aurait atteint une branche du Mississippi dès l’an 1654, et qu’autour de 1670 un certain capitaine Bolton serait parvenu jusqu’au fleuve lui-même. Aucune de ces affirmations n’est étayée par des preuves suffisantes. On affirme également qu’en 1678, un groupe venant de Nouvelle-Angleterre aurait traversé le Mississippi, atteint le Nouveau-Mexique, puis, en revenant, rapporté leurs découvertes aux autorités de Boston — une histoire sans preuve ni vraisemblance. Pendant ce temps, des jésuites français et des marchands de fourrures pénétraient de plus en plus profondément dans les contrées sauvages des lacs du nord. En 1641, Jogues et Raymbault prêchèrent la foi à une foule d’Indiens à l’embouchure du lac Supérieur. Puis vinrent la destruction et la désolation causées par la guerre des Iroquois, et pendant des années, de nouvelles explorations furent interrompues. En 1658-59, Pierre Esprit Radisson, un Français de Saint-Malo, et son beau-frère, Médard Chouart des Groseilliers, pénétrèrent dans les régions au-delà du lac Supérieur et se dirigèrent vers l’ouest jusqu’à ce qu’, comme le dit Radisson, ils atteignent ce qu’on appelait la rivière à deux branches, « car elle possède deux bras, l’un vers l’ouest, l’autre vers le sud, qui, selon nous, mène au Mexique » — ce qui semble désigner le Mississippi et son grand affluent, le Missouri. Deux ans plus tard, le vieux jésuite Ménard tenta d’établir une mission sur la rive sud du lac Supérieur, mais périt dans la forêt, soit de faim, soit sous le tomahawk. Allouez le remplaça, explora une partie du lac Supérieur et apprit à son tour parler des Sioux et de leur grand fleuve, le « Messipi ». De plus en plus, les pensées des jésuites — et pas seulement les leurs — se portaient sur ce cours d’eau mystérieux. À travers quelles régions coulait-il ? Où les mènerait-il : vers la mer du Sud ou la « mer de Virginie » ; au Mexique, au Japon ou en Chine ? Le problème allait bientôt être résolu, et le mystère révélé.

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CHAPITRE I
1643-1669.
CAVELIER DE LA SALLE.
La jeunesse de La Salle : ses liens avec les jésuites ; son départ pour le Canada ; son caractère ; ses projets ; sa seigneurie à La Chine ; son expédition à la recherche d’un passage vers l’Inde par l’ouest.
Parmi les citoyens de Rouen se trouvait la vieille et riche famille des Caveliers. Bien qu’ils fussent citoyens et non nobles, certains de leurs proches occupaient de hautes fonctions diplomatiques ainsi que des postes honorables à la cour. Ils étaient destinés à trouver une manière encore plus élevée de se distinguer. En 1643 naquit à Rouen Robert Cavelier, mieux connu sous le nom de La Salle.[1] Son père Jean et son oncle Henri étaient de riches marchands qui vivaient davantage comme des nobles que comme des citoyens ordinaires ; le garçon reçut donc une éducation conforme aux traits remarquables d’intelligence et de caractère qu’il commença bientôt à manifester. Il montra une inclination pour les sciences exactes, et en particulier pour les mathématiques, dans lesquelles il atteignit un grand niveau de compétence. On dit qu’à un âge précoce il entra en relation avec les jésuites ; et, bien que des doutes aient été exprimés à ce sujet, c’est probablement vrai.[2]
La Salle fut toujours un catholique fervent ; cependant, à en juger par les qualités qu’il manifesta par la suite, il n’était pas très enclin à l’enthousiasme religieux. Il est néanmoins clair que la Compagnie de Jésus pouvait exercer une forte attraction sur son imagination juvénile. Cette grande organisation, si complexe tout en étant si harmonieuse, cette machine puissante mue depuis son centre par une seule main, était l’image d’un pouvoir ordonné, plein de fascination pour un esprit comme le sien. Mais s’il était probable qu’il fût attiré par elle, il était tout aussi probable qu’il souhaite bientôt s’en échapper. Se retrouver non au centre du pouvoir, mais à sa périphérie ; non le moteur, mais celui qui est mis en mouvement ; l’instrument passif de la volonté d’autrui, contraint de suivre des chemins prescrits, de renoncer à son individualité pour devenir un atome constitutif d’un tout immense…

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—aurait été intolérable pour lui. La nature l’avait façonné pour d’autres usages que d’enseigner à une classe de garçons sur les bancs d’une école jésuite. De son côté, il était peu probable qu’il plaise à ses directeurs ; car, autant il était maîtrisé de lui-même et réservé, autant il était un sujet trop réfractaire pour servir leurs desseins. Un jeune homme dont l’apparence calme cachait une source inépuisable de fierté ; dont les desseins inflexibles, nourris en secret, ne pouvaient guère être mis au jour par la confession ou la « manifestation de la conscience » ; dont la forte personnalité ne cédait pas à la main qui voulait la modeler ; et qui, par une nécessité de sa nature, ne pouvait obéir qu’à sa propre initiative — n’était pas conforme au modèle que Loyola avait recommandé à ses disciples.

La Salle quitta les Jésuites, en se séparant d’eux, dit-on, en bons termes, et avec une réputation d’excellentes connaissances et de morale irréprochable. Cette dernière est très crédible. Les aspirations d’une ambition profonde, la soif d’un esprit insatiable, le désir intense d’agir et de réussir, subjuguaient en lui toutes les autres passions ; et parmi ses défauts, l’amour du plaisir n’y avait pas sa place. Il avait un frère aîné au Canada, l’abbé Jean Cavelier, prêtre de Saint-Sulpice. Apparemment, ce fut cela qui détermina son destin. Son lien avec les Jésuites l’avait privé, selon la loi française, de l’héritage de son père, décédé peu de temps auparavant. On lui accorda une allocation de trois ou (comme il est indiqué ailleurs) quatre cents livres par an, dont le capital lui fut versé ; et avec cette maigre somme, il partit pour le Canada, afin de tenter sa chance, au printemps 1666.[3]

Ensuite, nous le trouvons à Montréal. Dans un autre volume, nous avons vu comment une association de dévots enthousiastes avait établi une colonie en ce lieu.[4] Ayant accompli dans une certaine mesure sa mission, elle fut dissoute ; et la corporation de prêtres, appelée le Séminaire de Saint-Sulpice, qui avait joué un rôle important dans cette entreprise — créée d’ailleurs précisément à cette fin — devint alors le propriétaire et le seigneur féodal de Montréal. Elle devait conserver ses droits seigneuriaux jusqu’à l’abolition des tenure féodales au Canada de nos jours, et elle possède encore de vastes biens dans la ville et sur l’île. Ces dignes ecclésiastiques, modèles d’un conservatisme discret et sobre, occupaient un poste pour lequel un groupe de soldats vétérans ou de frontiersmen belliqueux aurait été mieux adapté. Montréal était peut-être l’endroit le plus dangereux du Canada. En temps de guerre, qui pouvait être considéré comme la condition normale de la colonie, elle était exposée, en raison de sa situation, à

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Les incursions incessantes des Iroquois, ou Cinq Nations, de New York ; et nul ne pouvait s’aventurer dans les forêts ou les champs sans risquer sa vie. Les confédérés sauvages venaient de subir un châtiment sévère de la part de Courcelle, le gouverneur ; et il en résulta un traité de paix qui pouvait être rompu à tout moment, mais qui représentait un soulagement indescriptible tant qu’il durait.

Les prêtres de Saint-Sulpice concédaient leurs terres, à des conditions très favorables, aux colons. Ils voulaient étendre une fine ligne de colonies le long de la côte de leur île, afin de former une sorte d’avant-poste d’où l’on pourrait donner l’alarme en cas d’attaque des Iroquois. La Salle était l’homme idéal pour cette tâche. Si les prêtres l’avaient compris — ce qu’ils ne firent manifestement pas, car certains le soupçonnaient de légèreté, la dernière faiblesse dont on pût l’accuser — s’ils l’avaient compris, ils auraient vu en lui un jeune homme dont le feu de la jeunesse brûlait avec autant d’intensité sous le voile de la réserve qui le couvrait ; un homme qui n’hésiterait devant aucun danger, mais qui ne le chercherait pas par bravade ; et qui s’accrocherait avec une ténacité invincible à tout objectif qu’il se fixerait. Il y a de bonnes raisons de penser qu’il était venu au Canada avec des projets déjà conçus, et qu’il était prêt à saisir tout tremplin susceptible de les réaliser. Queylus, supérieur du séminaire, lui fit une offre généreuse ; il l’accepta. Il s’agissait de la concession gratuite d’un vaste terrain situé à l’endroit aujourd’hui appelé La Chine, au-dessus des grandes rapides du même nom, à huit ou neuf miles de Montréal. D’une part, cet endroit était très exposé aux attaques ; d’autre part, il était bien situé pour le commerce des fourrures. La Salle et ses successeurs en devinrent les propriétaires féodaux, à la seule condition de remettre au séminaire, à chaque changement de propriétaire, une médaille en argent fin pesant une marque.[5] Il entreprit d’améliorer son nouveau domaine avec les moyens dont il disposait, et commença à concéder ses terres aux colons qui accepteraient de le rejoindre.

En s’approchant de la rive où se trouve aujourd’hui la ville de Montréal, on aurait vu une rangée de petites habitations compactes, s’étendant le long d’une rue étroite, parallèle au fleuve, et que l’on appelait alors, comme aujourd’hui, rue Saint-Paul. Sur une colline à droite se trouvait le moulin des seigneurs, construit en pierre, pourvu de meurtrières servant, en cas de besoin, de lieu de défense. À gauche, dans l’angle formé par la confluence d’un ruisseau et du Saint-Laurent, se trouvait une forteresse carrée en pierre. C’est là que vivait le gouverneur militaire, nommé

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par le séminaire, et commandant quelques soldats du régiment de Carignan. Devant, sur la ligne de la rue, se trouvaient l’enceinte et les bâtiments du séminaire, et, presque à côté d’eux, ceux de l’Hôtel-Dieu, ou hôpital, tous deux destinés à la défense en cas d’attaque indienne. Dans l’enceinte de l’hôpital se trouvait une petite église donnant sur la rue, qui, en l’absence d’une autre, servait toute la colonie.[6]

En débarquant, en passant le fort et en marchant vers le sud le long du rivage, on quittait bientôt les clairières accidentées pour pénétrer dans la forêt primitive. Là, mile après mile, on continuait sa route en solitaire, jusqu’à ce que le grondement sourd des rapides, écumeux de fureur sur sa gauche, parvienne à son oreille ; et enfin, après une marche d’environ trois heures, on trouvait les premiers rudiments d’une colonie. C’était là que le Saint-Laurent s’élargit pour former l’immense étendue appelée le lac Saint-Louis. C’est là que La Salle avait tracé le contour d’un village entouré de palissades, et avait attribué à chaque coloniste une demi-arpent, soit environ un tiers d’acre, à l’intérieur de l’enceinte, pour laquelle il devait rendre au jeune seigneur, chaque année, un tribut de trois capons, ainsi que six deniers — c’est-à-dire demi-sou — en argent. À chacun était en outre attribué soixante arpents de terre en dehors des limites du village, avec un loyer perpétuel de demi-sou par arpent. Il réserva également un terrain commun d’une superficie de deux cents arpents à l’usage des colons, à condition que chacun paie cinq sous par an. Il garda quatre cent vingt arpents pour son propre domaine personnel, et c’est là qu’il commença à défricher le sol et à construire des bâtiments. Les débuts de toutes les seigneries canadiennes formées durant cette période troublée furent similaires.[7]

Il est probable que La Salle soit venu au Canada avec des objectifs bien précis, d’autant plus qu’il commença aussitôt à étudier les langues indiennes — et avec un tel succès qu’on dit qu’en deux ou trois ans il maîtrisa l’iroquois ainsi que sept ou huit autres langues et dialectes.[8] Depuis la rive de sa seignerie, il pouvait contempler vers l’ouest l’immense étendue du lac Saint-Louis, bordée par les forêts sombres de Chateauguay et de Beauharnois ; mais ses pensées s’envolaient bien au-delà, vers ce monde sauvage et solitaire qui s’étendait vers le couchant. Comme Champlain et tous les premiers explorateurs, il rêvait d’un passage vers la mer du Sud, et d’une nouvelle voie commerciale menant aux richesses de

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La Chine et le Japon. Les Indiens venaient souvent dans son établissement isolé ; et, à une occasion, il fut visité par un groupe de Seneca Iroquois, peu de temps avant la calamité qui frappa la colonie, mais qui, grâce au traité, affichaient maintenant des airs d’amitié. Les visiteurs passèrent l’hiver avec lui et lui parlèrent d’une rivière appelée l’Ohio, qui prenait sa source dans leur pays pour se jeter dans la mer, mais à une telle distance que son embouchure ne pouvait être atteinte qu’après un voyage de huit ou neuf mois. De toute évidence, l’Ohio et le Mississippi se fondent ici en un seul fleuve.[9] Conformément aux conceptions géographiques alors dominantes, il en conclut que ce grand fleuve devait nécessairement se jeter dans la « Mer Vermillonne », c’est-à-dire le golfe de Californie. Si tel était le cas, cela lui fournirait ce qu’il cherchait : un passage vers l’ouest menant en Chine ; et, de toute façon, les tribus indiennes nombreuses qui auraient dû habiter ses rives pourraient constituer une source de grands profits commerciaux.
L’imagination de La Salle s’enflamma. Sa décision fut vite prise ; il descendit le Saint-Laurent jusqu’à Québec afin d’obtenir l’appui du gouverneur pour son expédition envisagée. Peu d’hommes étaient plus doués que lui pour exprimer clairement et de manière convaincante. Le gouverneur Courcelle comme l’intendant Talon furent facilement séduits par son projet ; cependant, ils ne lui apportèrent apparemment qu’un soutien limité, se contentant de lettres patentes du gouverneur autorisant l’entreprise.[10] Les frais devaient être à sa charge ; or, il n’avait pas d’argent, ayant tout dépensé pour son seigneurie. Il proposa donc que le séminaire, qui lui l’avait donnée, la rachète, y compris les améliorations qu’il y avait apportées. Queylus, le supérieur, étant favorable à son égard, accepta et acheta la majeure partie ; tandis que La Salle vendit le reste, y compris les terrains défrichés, à un certain Jean Milot, marchand de fer, pour vingt-huit cents livres.[11] Avec cet argent, il acheta quatre canoës, les provisions nécessaires, et engagea quatorze hommes.
Pendant ce temps, le séminaire lui-même préparait une entreprise similaire. À cette époque, les jésuites non seulement dominaient les autres ecclésiastiques au Canada, mais exerçaient également une influence considérable sur le gouvernement civil. Les prêtres du séminaire de Montréal étaient jaloux de ces rivaux puissants et désiraient ardemment égaler leur zèle dans le salut des âmes et la conquête de nouveaux domaines pour la foi. Poussés par cet enthousiasme, ils avaient, trois ans auparavant, établi une mission à Quinté, sur la rive nord du lac Ontario, dans

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Charge de deux d’entre eux, l’un desquels était l’abbé Fénelon, frère aîné de l’illustre archevêque de Cambrai. Un autre d’entre eux, Dollier de Casson, avait passé l’hiver dans un camp de chasse des Nipissing, où un prisonnier indien capturé dans le Nord-Ouest lui parla de tribus nombreuses de cette région vivant dans une obscurité païenne. Sur ces entrefaites, les prêtres du séminaire décidèrent d’essayer de les convertir ; et une expédition, à diriger par Dollier, fut préparée à cette fin.
Il n’était pas mal adapté à cette tâche. Il avait été soldat dans sa jeunesse et avait combattu vaillamment en tant qu’officier de cavalerie sous Turenne. C’était un homme de grande courage, de haute taille, au port imposant, doté d’une force physique exceptionnelle, qu’il avait particulièrement démontrée lors de la campagne de Courcelle contre les Iroquois, trois ans auparavant.[12] En se rendant à Québec pour obtenir l’équipement nécessaire, il fut incité par Courcelle à modifier ses plans afin d’agir en collaboration avec La Salle pour explorer le mystère du grand fleuve inconnu de l’Ouest. Dollier et ses frères prêtres acceptèrent. L’un d’eux, Galinée, le rejoignit en tant que collègue, car il était compétent en topographie et pouvait dresser une carte de leur itinéraire. Trois canoës furent obtenus, et sept hommes engagés complétèrent le groupe. Il fut décidé que l’expédition de La Salle et celle du séminaire seraient combinées en une seule — un arrangement peu adapté au caractère du jeune explorateur, qui n’était pas apte à aucune entreprise dont il n’était pas le chef incontesté.
L’été approchait, et il n’y avait pas de temps à perdre. Pourtant, le moment était des plus défavorables, car un chef senécas venait d’être assassiné par trois soldats scélérats du fort de Montréal ; et, tandis qu’ils étaient jugés, il apparut que trois autres Français avaient trahisonnellement mis à mort plusieurs Iroquois de la tribu des Oneida afin de s’emparer de leurs fourrures. Toute la colonie tremblait à l’idée d’une nouvelle flambée de guerre. Heureusement, les événements prirent une autre tournure. Les auteurs du dernier meurtre s’échappèrent ; mais les trois soldats furent exécutés à Montréal, en présence d’un grand nombre d’Iroquois, qui se déclarèrent satisfaits de cette expiation ; et ce même jour, le 6 juillet, les aventuriers commencèrent leur voyage.

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[Voici l’acte de naissance, découvert par Margry dans les registres de l’état civil, Paroisse Saint-Herbland, Rouen : « Le vingt-deuxième jour de novembre 1643, a été baptisé Robert Cavelier, fils de l’honorable homme Jean Cavelier et de Catherine Geest ; ses parrain et marraine, des personnes honorables, Nicolas Geest et Marguerite Morice. »]

Le nom complet de La Salle était René-Robert Cavelier, sieur de La Salle. La Salle était le nom d’une propriété près de Rouen, appartenant aux Caveliers. Les bourgeois français fortunés distinguaient souvent les différents membres de leur famille par des désignations empruntées à des domaines fonciers. Ainsi, François Marie Arouet, fils d’un ancien notaire, reçut le nom de Voltaire, qu’il fit connaître du grand public.
[Margry, après des recherches à Rouen, est convaincu de sa véracité (Journal Général de l’Instruction Publique, xxxi, p. 571). Les documents familiaux des Caveliers, examinés par l’abbé Faillon, et dont il m’a envoyé des copies, conduisent à la même conclusion. Nous trouverons plus loin plusieurs allusions au fait que La Salle aurait enseigné dans une école durant sa jeunesse ; étant donné sa situation, cette école ne pouvait être que liée à une communauté religieuse. Les doutes mentionnés provenaient du fait que le père Félix Martin, jésuite, n’a pas trouvé le nom de La Salle sur la liste des novices. S’il avait cherché le nom de Robert Cavelier, il l’aurait probablement trouvé. Le compagnon de La Salle, Hennepin, est très explicite quant à ce lien avec les jésuites, un point sur lequel il n’avait aucun motif de mentir.]
[Il n’apparaît pas quels vœux La Salle ait prononcés. Selon un décret récent (1666), les personnes entrant dans les ordres religieux ne pouvaient pas prononcer les vœux définitifs avant l’âge de vingt-cinq ans. Cependant, d’après les documents familiaux mentionnés ci-dessus, il semble qu’il se soit soumis à cette loi, qui interdisait à ceux qui entraient dans les ordres religieux puis en sortaient de revendiquer l’héritage de leurs proches décédés après leur entrée.]
[Les jésuites en Amérique du Nord, chap. XV.]
[Le transfert de la seigneurie de Saint-Sulpice, cité par Faillon. La Salle nomma ainsi son nouveau domaine. Deux ou trois ans plus tard, il reçut le nom de La Chine, pour une raison qui sera expliquée.]
[Un plan détaillé de Montréal à cette époque est conservé dans les Archives de l’Empire et a été reproduit par Faillon. Il en existe un autre, quelques années plus tard, encore plus détaillé ; un fac-similé peut être trouvé à la Bibliothèque du Parlement canadien.]
[Les informations ci-dessus ont été mises au jour par l’infatigable abbé Faillon. Certaines des concessions accordées par La Salle sont encore conservées dans les anciens registres de Montréal.]
[Documents familiaux. On dit qu’il aurait effectué plusieurs voyages dans les forêts, vers le nord, en 1667 et 1668, et qu’il se serait convaincu qu’on ne pouvait guère espérer grand-chose des explorations dans cette direction.]
[Selon Dollier de Casson, qui avait de bonnes raisons de le savoir, les Iroquois appelaient toujours le Mississippi l’Ohio, tandis que les Algonquins lui donnaient son nom actuel.]
[Patoulet à Colbert, 11 novembre 1669.]
[Cession de la seigneurie ; contrat de vente (Margry, vol. I, p. 103, 104).]

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Il fut l’auteur de l’Histoire de Montréal, très curieuse et précieuse, conservée à la Bibliothèque Mazarine, dont je possède une copie. La Société historique de Montréal a récemment décidé de la faire imprimer.

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CHAPITRE II.
1669-1671.
LA SALLE ET LES SULPICIENS.
Les Français dans l’ouest de New York. — Louis Joliet. — Les Sulpiciens sur le lac Érié ; à Détroit ; à Sault Ste. Marie. — Le mystère de La Salle : il découvre l’Ohio ; il descend l’Illinois ; a-t-il atteint le Mississippi ?

La Chine était le point de départ ; les troupes réunies, au nombre de vingt-quatre hommes avec sept canoës, embarquèrent sur le lac Saint-Louis. Avec eux se trouvaient deux autres canoës, transportant le groupe de Senécas qui avaient passé l’hiver dans la colonie de La Salle et qui devaient servir de guides. Le père Galinée raconte ce voyage. Il n’était pas un homme des bois : les rivières, les forêts, les rapides lui étaient tous nouveaux, et il en parle avec le détail d’un novice. Par-dessus tout, il admirait les canoës en bouleau indiens. « Si Dieu », dit-il, « me accorde la grâce de retourner en France, j’essaierai d’en emporter un avec moi. » Puis il décrit le bivouac : « Votre logement est aussi extraordinaire que vos embarcations ; car, après avoir pagayé ou porté les canoës toute la journée, vous trouvez la terre mère prête à recevoir votre corps fatigué. Si le temps est beau, vous allumez un feu et vous vous allongez pour dormir sans autre souci ; mais s’il pleut, vous devez éplucher l’écorce des arbres et construire une abri en la posant sur une structure de branches. Quant à votre nourriture, elle suffit à faire brûler tous les livres de cuisine jamais écrits ; car dans les forêts du Canada, on trouve des moyens de bien vivre sans pain, vin, sel, poivre ou épices. La nourriture habituelle est le maïs indien, ou blé turc comme on l’appelle en France, qui est broyé entre deux pierres et cuit, assaisonné de viande ou de poisson, lorsque l’on peut en obtenir. Ce genre de vie nous semblait si étrange que nous en ressentîmes tous les effets ; et avant même d’être à cent lieues de Montréal, aucun d’entre nous n’était épargné par quelque maladie que ce fût. Enfin, après toutes nos misères, le 2 août, nous découvrîmes le lac Ontario, tel un grand océan sans terre au-delà. »

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Trente-cinq jours après avoir quitté la Chine, ils atteignirent la baie d’Irondequoit, sur le côté sud du lac. C’est là qu’ils furent accueillis par un certain nombre d’Indiens Senécas, qui professèrent leur amitié et les invitèrent dans leurs villages, situés à quinze ou vingt miles de distance. Comme cela se trouvait sur leur route vers les eaux supérieures de l’Ohio, et qu’ils espéraient trouver des guides dans ces villages pour les guider, ils acceptèrent l’invitation. Dollier, avec la plupart des hommes, resta pour garder les canoës ; tandis que La Salle, avec Galinée et huit autres Français, accompagnés d’une troupe d’Indiens, partit le matin du douzième et arriva au village principal avant le soir. Celui-ci était situé sur une colline, au milieu d’une clairière d’environ deux lieues de circonférence.[13] Une palissade rudimentaire l’entourait ; et à mesure que les visiteurs s’approchaient, ils virent un groupe de vieillards assis dans l’herbe, prêts à les recevoir. L’un de ces vétérans, si faible à cause de son âge qu’il pouvait à peine se tenir debout, leur adressa un discours dans lequel il déclarait que les Senécas étaient leurs frères et les invita à entrer dans le village. Ils le firent, entourés d’une foule de sauvages, et se retrouvèrent bientôt au milieu d’un amas désordonné de grandes mais sales habitations en écorce, au nombre d’environ cent cinquante, dont la plus spacieuse leur fut attribuée. C’est là qu’ils établirent leur campement, et furent bientôt submergés par l’hospitalité des Senécas. Des enfants leur apportèrent des citrouilles et des baies des bois ; et des messagers enfants vinrent les convoquer à d’interminables festins, où on les gavait de viande de chiens ainsi que de maïs cuit, assaisonné d’huile extraite de noix et de graines de tournesol.
La Salle s’était flatté de connaître suffisamment l’iroquois pour communiquer avec les Senécas ; mais il échoua complètement dans cette tentative. Les prêtres disposaient d’un interprète néerlandais qui parlait couramment l’iroquois, mais connaissait très peu le français, et de surcroît était si obstiné qu’il se révéla inutile ; il fallut donc employer un homme au service du jésuite Fremin, dont la mission se trouvait dans ce village. Ce que le groupe avait besoin, c’était d’un guide pour les conduire jusqu’à l’Ohio ; et peu après leur arrivée, un groupe de guerriers apparut, accompagné d’un jeune prisonnier appartenant à l’une des tribus de la région. Galinée voulut le demander ou l’acheter à ses ravisseurs ; mais les Senécas avaient d’autres intentions. « J’ai vu », écrit le prêtre, « le spectacle le plus misérable que j’aie jamais contemplé de ma vie. » Il s’agissait du prisonnier attaché à un poteau et torturé pendant six heures avec une ingéniosité diabolique, tandis que la foule dansait et criait de joie, et que les chefs et les anciens étaient assis en rang, fumant leurs pipes.

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Observant les contorsions de la victime avec un air de plaisir serein. Le corps fut enfin déchiré et mangé, et le soir venu, toute la population s’occupa à effrayer le fantôme en colère en frappant des bâtons contre les parois en écorce des cabanes.
La Salle et ses compagnons commencèrent à craindre pour leur propre sécurité. Certains de leurs hôtes voulaient les tuer en vengeance pour le chef assassiné près de Montréal ; et comme ceux-ci et d’autres étaient parfois dans une fureur d’ivresse, la situation des Français devint critique. Ils soupçonnaient que des moyens avaient été utilisés pour dresser les Senécas contre eux. Non seulement ils ne pouvaient trouver aucun guide, mais on leur dit aussi que s’ils se rendaient à l’Ohio, les tribus de ces régions les tueraient sans aucun doute. Leur interprète hollandais devint découragé et difficile à gérer, et, après avoir séjourné un mois au village, l’espoir de continuer leur route semblait plus faible que jamais. Il devenait clair qu’il fallait changer de plan ; un Indien d’Otinawatawa, une sorte de colonie iroquoise au bord du lac Ontario, offrit de les guider jusqu’à son village et de leur montrer un meilleur chemin vers l’Ohio. Ils quittèrent les Senécas, longèrent la rive sud du lac, passèrent l’embouchure du Niagara, où ils entendirent le grondement lointain de la cascade, et le 24 septembre atteignirent Otinawatawa, située à quelques miles au nord de l’actuelle ville de Hamilton. Les habitants se montrèrent amicaux, et La Salle reçut en cadeau un prisonnier Shawanoe, qui leur dit qu’on pouvait atteindre l’Ohio en six semaines et qu’il les y guiderait. Ravis de cette bonne fortune, ils étaient sur le point de partir lorsqu’ils apprirent, à leur grande surprise, l’arrivée de deux autres Français dans un village voisin.
L’un de ces étrangers allait occuper une place importante dans l’histoire de la découverte de l’Ouest : LOUIS JOLIET.
C’était Louis Joliet, un jeune homme d’environ l’âge de La Salle. Comme lui, il avait étudié pour devenir prêtre ; mais le monde et la nature sauvage avaient conquis ses premières inclinations, le transformant en un marchand de fourrures actif et aventureux. Talon l’avait envoyé découvrir et explorer les mines de cuivre du lac Supérieur. Il avait échoué dans cette tentative et revenait maintenant. Son guide indien, craignant de traverser le portage du Niagara de peur de rencontrer des ennemis, l’avait conduit depuis le lac Érié, par le Grand River, vers le nord du lac Ontario ; c’est ainsi qu’il rencontra La Salle et les Sulpiciens.

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Cette réunion entraîna un changement de plan. Joliet montra aux prêtres une carte qu’il avait réalisée des régions des Grands Lacs qu’il avait visitées, et leur en donna une copie ; il leur parla en même temps des Pottawattamies et d’autres tribus de cette région qui avaient un besoin urgent d’aide spirituelle. Le résultat fut qu’ils décidèrent de suivre le itinéraire qu’il avait suggéré, malgré les objections de La Salle, qui leur rappela en vain que les jésuites avaient déjà pris possession de la région et les considéreraient comme des intrus. Ils décidèrent que les Pottawattamies ne devaient plus rester dans l’obscurité ; quant au Mississippi, ils pensaient qu’on pouvait y arriver par cette voie du nord avec moins de risques que par celle du sud. La Salle avait une autre opinion. Son objectif était l’Ohio, et non les lacs du nord. Quelques jours auparavant, lorsqu’il chassait, il avait été frappé par une fièvre, que Galinée attribua sarcastiquement au fait qu’il aurait vu trois grosses serpents à sonnettes grimper sur un rocher. Il dit alors à ses deux collègues qu’il n’était pas en état de continuer et qu’il serait contraint de se séparer d’eux. La caractéristique principale du caractère de La Salle, comme son histoire le prouve, était une détermination invincible, qui annulait tous les risques et toutes les souffrances. Il avait consacré tous ses moyens à cette entreprise ; tant que ses capacités le permettaient, il n’était pas homme à reculer. D’un autre côté, sa nature virile ne l’empêchait pas toujours de faire usage des arts de la parole, c’est-à-dire de ce que Dollier de Casson appelle les belles paroles. Il respectait le clergé, à l’exception, semble-t-il, des jésuites ; il était également redevable envers les sulpiciens de Montréal. Il est donc certain qu’il utilisa sa maladie comme prétexte pour quitter leur compagnie sans être impoli, et suivre son propre chemin à sa manière. Le dernier jour de septembre, les prêtres construisirent un autel, soutenu par les pagaies des canoës posées sur des branches fourchues. Dollier célébra la messe ; La Salle et ses compagnons reçurent le sacrement, tout comme ceux de ses anciens collègues ; ainsi ils se séparèrent : les sulpiciens et leur groupe descendirent le Grand River en direction du lac Érié, tandis que La Salle, selon eux, commençait son retour vers Montréal. Nous découvrirons bientôt quel itinéraire il a réellement emprunté ; pour l’instant, suivons pendant quelques instants les prêtres. Lorsqu’ils atteignirent le lac Érié, ils le virent agité comme un océan en colère. Ils n’avaient aucune envie de tenter cette navigation dangereuse et inconnue, et ils campèrent donc.

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L’hiver, ils le passèrent dans la forêt près de la péninsule appelée Long Point. Là, ils rassemblèrent une bonne réserve de châtaignes, de noix de hickory, de prunes et de raisins, et se construisirent une cabane en rondins, avec une alcôve à l’extrémité servant d’autel. Ils passèrent l’hiver sans encombre, chassant abondamment et célébrant la messe trois fois par semaine. Au début du printemps, ils plantèrent une grande croix, y attachèrent les armes de France, et prirent officiellement possession du pays au nom de Louis XIV. Une fois cela fait, ils reprirent leur voyage et, après de nombreuses épreuves, débarquèrent un soir, épuisés, sur ou près de Point Pelée, à l’extrémité ouest du lac Érié. Une tempête éclata alors qu’ils dormaient et emporta une grande partie de leurs bagages, que, dans leur fatigue, ils avaient laissés au bord de l’eau. Leur culte de l’autel disparut avec le reste — malheur qu’ils attribuèrent à la jalousie et à la méchanceté du Diable. Privés désormais de pouvoir célébrer la messe, ils décidèrent de retourner à Montréal et de laisser les Pottawattamies sans instruction. Ils entrèrent bientôt dans le détroit par lequel le lac Huron rejoint le lac Érié, débarquèrent près de l’endroit où se trouve aujourd’hui Détroit, et y trouvèrent une grande pierre, quelque peu ressemblant à une figure humaine, que les Indiens avaient teintée de peinture et qu’ils vénéraient comme un manito. Face à ce malheur récent, cette ruse de l’ennemi juré suscita leur plus grande colère. « Après la perte de notre culte de l’autel », écrit Galinée, « et la faim que nous avions subie, il n’y avait pas un seul d’entre nous qui ne fût rempli de haine envers cette fausse divinité. J’ai consacré l’une de mes haches à le briser en morceaux ; puis, ayant attaché nos canoës côte à côte, nous avons transporté le plus gros morceau au milieu du fleuve et l’avons jeté, avec tous les autres, dans l’eau, afin qu’on n’en entende plus jamais parler. Dieu nous a immédiatement récompensés pour cet acte de bien, car ce même jour, nous avons tué un cerf et un ours. » C’est là le premier témoignage écrit du passage de Blancs par le détroit de Détroit ; bien que Joliet ait sans doute emprunté cette voie à son retour des lacs supérieurs.[14] Les deux missionnaires suivirent cette route dans l’intention de se rendre au Saut Sainte-Marie, pour y rejoindre les Ottawas et d’autres tribus de la région lors de leur descente annuelle vers Montréal. Ils se mirent en route vers le lac Huron, suivirent ses côtes orientales jusqu’à atteindre la baie Georgienne, près du cap où les jésuites avaient établi leur grande mission des Hurons, détruite vingt ans auparavant par les Iroquois ;[15] puis, ignorant ou méprisant le travail des missionnaires rivaux, ils continuèrent leur route vers le nord.

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le long de l’archipel rocheux qui bordait ces côtes solitaires. Ils passèrent les Manitoulins et, en remontant le détroit par lequel le lac Supérieur évacue ses eaux, ils arrivèrent le 25 mai à Ste. Marie du Saut. Là, ils trouvèrent les deux jésuites, Dablon et Marquette, dans une forteresse carrée faite de pieux de cèdre, construite par leurs hommes au cours de l’année précédente, et entourant une chapelle et une maison. À proximité, ils avaient défriché un grand terrain et y avaient semé du blé, du maïs indien, des pois et d’autres cultures. Les nouveaux arrivants furent accueillis avec gentillesse et invités aux vêpres dans la chapelle ; mais ils constatèrent bientôt que la prédiction de La Salle s’était réalisée, et virent que les pères jésuites n’avaient besoin d’aucune aide de Saint-Sulpice. Galinée, de son côté, souligne que, bien que les jésuites aient baptisé quelques Indiens au Saut, aucun d’eux n’était un chrétien suffisamment bon pour recevoir l’Eucharistie ; et il laisse entendre que la situation était encore pire à leur mission de Saint-Esprit, d’après leurs propres dires. Les deux sulpiciens ne souhaitaient pas prolonger leur séjour ; et, trois jours après leur arrivée, ils quittèrent le Saut — non pas, comme ils l’espéraient, avec les Indiens, mais avec un guide français fourni par les jésuites. En remontant la rivière Française jusqu’au lac Nipissing, ils traversèrent vers les eaux de l’Ottawa et descendirent jusqu’à Montréal, qu’ils atteignirent le 18 juin. Ils n’avaient fait aucune découverte ni converti personne ; mais Galinée, après son arrivée, réalisa la première carte des Grands Lacs connue à ce jour.[16]
Nous revenons maintenant à La Salle, pour nous retrouver plongés dans le brouillard et l’obscurité. Que fit-il après avoir quitté les deux prêtres ? Malheureusement, il n’est pas possible de donner une réponse définitive ; et les deux années suivantes de sa vie restent en partie un mystère. Il est certain qu’il fut occupé à des explorations actives et qu’il fit d’importantes découvertes ; mais l’ampleur et la nature de ces découvertes demeurent enveloppées de doutes. On sait qu’il tenait des journaux et faisait des cartes ; celles-ci existaient encore, en possession de sa nièce, Madeleine Cavelier, déjà âgée, jusqu’en 1756 ; après cette date, les recherches les plus assidues n’ont pas réussi à les retrouver. L’abbé Faillon affirme que certains des hommes de La Salle, refusant de le suivre, retournèrent à La Chine, et que ce lieu reçut alors son nom, en moquerie du rêve du jeune aventurier d’un passage vers la Chine par l’ouest.[17] Quant à lui, le seul document clair sur ses déplacements est celui intitulé « Histoire de Monsieur de la Salle ». Il s’agit d’un récit de ses explorations et de l’état des colonies au Canada avant l’an 1678 — tiré du

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Les paroles mêmes de La Salle, rapportées par une personne dont le nom n’est pas indiqué, mais qui déclare avoir eu dix ou douze entretiens avec lui à Paris, où il était venu avec une pétition adressée à la Cour. L’auteur lui-même n’avait jamais été en Amérique et ignorait sa géographie ; on pouvait donc raisonnablement s’attendre à des erreurs de sa part. Ses affirmations sont cependant, dans une certaine mesure, compréhensibles ; voici leur essence.

Après avoir quitté les prêtres, La Salle se rendit à Onondaga, où l’on peut supposer qu’il réussit mieux à se procurer un guide que précédemment chez les Senécas. De là, il se dirigea vers un endroit situé à six ou sept lieues du lac Érié, où il atteignit un affluent de l’Ohio ; descendant ce fleuve, il le suivit jusqu’aux rapides de Louisville — ou, comme certains le soutiennent, au-delà de son confluent avec le Mississippi. Ses hommes refusèrent alors d’aller plus loin et l’abandonnèrent pour se réfugier auprès des Anglais et des Hollandais ; il dut alors rebrousser chemin seul.[18] Cela doit remonter à l’hiver 1669-70, ou au printemps suivant ; à moins qu’il n’y ait une erreur de date dans le récit de Nicolas Perrot, célèbre voyageur, qui affirme l’avoir rencontré à l’été 1670, chassant sur l’Ottawa avec un groupe d’Iroquois.[19]

Mais comment La Salle s’est-il occupé l’année suivante ? Le même mémoire fournit la réponse à cette question. LE FLEUVE

Il semble ainsi que cet explorateur infatigable, ILLINOIS, soit monté à bord sur le lac Érié, ait remonté le Detroit jusqu’au lac Huron, ait longé les côtes inconnues du Michigan, ait traversé le détroit de Michilimackinac, et, ayant laissé Green Bay derrière lui, soit entré dans ce qui est décrit comme une baie incomparablement plus grande, mais qui était en réalité la partie sud du lac Michigan. De là, il a traversé pour se rendre sur un fleuve coulant vers l’ouest — manifestement l’Illinois — et l’a suivi jusqu’à ce qu’il soit rejoint par un autre fleuve venant du nord-ouest vers le sud-est. Il ne peut s’agir que du Mississippi ; on rapporte qu’il aurait affirmé avoir descendu ce fleuve jusqu’au trente-sixième degré de latitude, où il s’était arrêté, convaincu qu’il se jette non pas dans le golfe de Californie, mais dans le golfe du Mexique, et résolu à le suivre un jour, lorsqu’il disposerait de meilleurs hommes et de plus de provisions.[20]

La première de ces affirmations — celle concernant l’Ohio — est confuse, vague et en grande partie incorrecte, comme… LE MISSISSIPPI.

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Il est certain que c’est le cas, mais cette affirmation est néanmoins bien étayée sur un point essentiel. La Salle lui-même, dans un mémorandum adressé au comte Frontenac en 1677, affirme avoir découvert l’Ohio et l’avoir descendu jusqu’à une cascade qui en obstruait l’embouchure.[21] De même, son rival, Louis Joliet, dont le témoignage à ce sujet ne peut être mis en doute, a dressé deux cartes de la région du Mississippi et des Grands Lacs. L’Ohio y est indiqué sur les deux, avec une inscription indiquant qu’il avait été exploré par La Salle.[22] On peut donc considérer comme établi qu’il a découvert l’Ohio. Quant à prétendre qu’il l’a descendu jusqu’au Mississippi, lui-même ne le fait pas ; il n’y a non plus de raison de croire qu’il l’ait fait.

En ce qui concerne son prétendu voyage le long de l’Illinois, c’est une autre histoire. On rapporte qu’il aurait fait une déclaration ne permettant qu’une seule interprétation : celle selon laquelle il aurait découvert le Mississippi avant Joliet et Marquette. Cette déclaration est attribuée à un homme peu enclin à se vanter de ses exploits, qui ne les a jamais proclamés dans la presse, et dont le témoignage, même dans son propre cas, doit donc avoir de la valeur. Mais elle nous parvient par l’intermédiaire d’une personne fortement partialisée en faveur de La Salle, et contre Marquette et les jésuites.

Sept ans s’étaient écoulés depuis cette prétendue découverte, et La Salle n’en avait pas encore revendiqué la paternité ; bien que l’on sache déjà que, pendant cinq ans, Joliet en avait revendiqué la découverte, et que sa prétention était généralement admise. La correspondance entre le gouverneur et l’intendant reste silencieuse quant au fait que La Salle ait atteint le Mississippi, bien que cette tentative ait eu lieu sous les auspices de ce dernier, comme le montrent ses propres lettres ; tous deux tenaient en effet beaucoup à la découverte de ce grand fleuve. Le gouverneur Frontenac, fervent soutien et allié de La Salle, croyait en 1672, comme le montrent ses lettres, que le Mississippi se jetait dans le golfe de Californie ; deux ans plus tard, il annonçait au ministre Colbert sa découverte par Joliet.[23] Après la mort de La Salle, son frère, son neveu et sa nièce adressèrent un mémorandum au roi, demandant certaines concessions en récompense des découvertes de leur parent, qu’ils décrivaient en détail ; mais ils ne prétendaient pas qu’il ait atteint le Mississippi avant ses expéditions de 1679 à 1682.[24]

Ce silence est d’autant plus significatif que c’est précisément cette nièce qui possédait les documents dans lesquels La Salle racontait les voyages auxquels

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Les questions en jeu sont celles-ci.[25] S’ils l’avaient mené jusqu’au Mississippi, il est raisonnablement certain qu’elle l’aurait mentionné dans son mémoire. La Salle a découvert l’Ohio, et très probablement aussi l’Illinois ; mais le fait qu’il ait découvert le Mississippi n’a pas été prouvé, et, à la lumière des preuves dont nous disposons, cela semble peu probable.

NOTES DE PIÈCE :
[ Ce village semble avoir été attaqué par Denonville en 1687. Il se trouvait sur
13 Boughton Hill, près de l’actuelle ville de Victor. ]
[ Les Jésuites et les marchands de fourrures, en route vers les Grands Lacs, avaient suivi
14 la route des Ottawa, ou, plus récemment, celle de Toronto et de la baie Georgienne. L’hostilité des Iroquois avait longtemps fermé le portage du Niagara et le lac Érié à leur passage. ]
[ Les Jésuites en Amérique du Nord.
15
] [ Voir l’Appendice. Le récit ci-dessus est tiré de Récit de ce qui s’est passé de plus
16 remarquable dans le Voyage de MM. Dollier et Galinée. (Bibliothèque Nationale.) ]
[ Dollier de Casson fait allusion à cela en parlant de « cette transmigration célèbre qui se fit
17 de la Chine dans ces quartiers. » ]
[ Voici le passage relatif à ce voyage dans l’article remarquable
18 mentionné ci-dessus. Après avoir raconté la visite de La Salle avec les
Sulpiciens au village des Seneca, et après avoir indiqué que les intrigues du missionnaire jésuite les empêchèrent d’obtenir un guide, il parle de la séparation des voyageurs et du voyage de Galinée et de son groupe vers le Saut Ste. Marie, où « les Jésuites les congédièrent ». Il poursuit ensuite ainsi : « Cependant M{r.} de la Salle continua son chemin par
une rivière qui va de l’est à l’ouest ; et passe à Onontaqué [Onondaga], puis à six ou sept lieues au-
dessous du Lac Erié ; et étant parvenu jusqu’au 280me ou 83me degré de longitude, et jusqu’au
41me degré de latitude, trouva un sault qui tombe vers l’ouest dans un pays bas, marescageux,
tout couvert de vieilles souches, dont il y en a quelques-unes qui sont encore sur pied. Il fut donc
contraint de prendre terre, et suivant une hauteur qui pouvait le mener loin, il trouva quelques
sauvages qui lui dirent que fort loin de là le même fleuve qui se perdait dans cette terre basse et
vaste se réunissait en un lit. Il continua donc son chemin, mais comme la fatigue était grande,
23 ou 24 hommes qu’il avait menés jusque-là le quittèrent tous en une nuit, regagnèrent le
fleuve, et se sauvèrent, les uns à la Nouvelle Hollande et les autres à la Nouvelle Angleterre. Il se vit donc seul à 400 lieues de chez lui, où il ne manqua pas de revenir, remontant la rivière et vivant
de chasse, d’herbes, et de ce que lui donnèrent les sauvages qu’il rencontra en son chemin. » ]
[ Perrot, Mémoires, 119, 120.
19
] [ Les mémoires — après avoir indiqué, comme ci-dessus, qu’il entra dans le lac Huron, contourna
20 la péninsule du Michigan, et passa par La Baye des Puants (Green Bay) — disent : « Il
reconnut une baie incomparablement plus large ; au fond de laquelle vers l’ouest il
trouva un très-beau havre et au fond de ce havre un fleuve qui va de l’est à l’ouest. Il suivit ce
fleuve, et étant parvenu jusqu’à environ le 280me degré de longitude et le 39me de latitude, il

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Il trouva un autre fleuve qui, se joignant au premier, coulait du nord-ouest au sud-est, et il suivit ce fleuve jusqu’au 36e degré de latitude.

Le « très-beau havre » pouvait être l’embouchure de la rivière Chicago, d’où, par un portage facile, il aurait pu atteindre la branche des Plaines de l’Illinois. Nous verrons qu’il emprunta cette voie lors de son célèbre exploration de 1682.

L’intendant Talon annonce, dans ses rapports de cette année-là, qu’il avait envoyé La Salle vers le sud et l’ouest pour explorer.

[Voici ses mots (il parle de lui-même à la troisième personne) : « En 1667, et les années suivantes, il effectua divers voyages à de gros frais, au cours desquels il découvrit, tout d’abord, de nombreux pays au sud des grands lacs, et parmi eux la grande rivière de l’Ohio ; il la suivit jusqu’à un endroit où elle tombe de très haut dans de vastes marais, à hauteur du 37e degré, après avoir été grossie par une autre rivière très large qui vient du nord ; et toutes ces eaux se déversent, à en juger par tout cela, dans le golfe du Mexique. »]

Cette « autre rivière », qui semblait se trouver en amont de la cascade, pouvait être le Miami ou le Scioto. Il n’y a qu’une seule cascade sur cette rivière, celle de Louisville, qui n’est pas assez haute pour être qualifiée de « très haute », étant seulement un rapide puissant. La latitude, comme on le verra, est différente dans les deux descriptions, et incorrecte dans les deux cas.

L’un de ces cartes porte le titre de Carte de la découverte du Sieur Joliet, 1674. Au-dessus des lignes représentant l’Ohio, on lit : « Route du sieur de la Salle pour aller dans le Mexique ». L’autre carte de Joliet indique également, au-dessus de l’Ohio, les mots : « Rivière par où descendit le sieur de la Salle au sortir du lac Erié pour aller dans le Mexique ». J’ai aussi une autre carte manuscrite, réalisée avant le voyage de Joliet et Marquette, apparemment en 1673 ; sur cette carte, l’Ohio est représenté jusqu’à un point un peu en aval de Louisville, et on y lit : « Rivière Ohio, ainsi nommée par les Iroquois en raison de sa beauté, par où le sieur de la Salle est descendu ». Le Mississippi n’est pas représenté sur cette carte ; mais — et c’est très significatif, car cela indique l’étendue de l’exploration de La Salle l’année suivante — une petite partie de l’Illinois supérieur y est dessinée.

Lettre de Frontenac au Ministre, 14 nov. 1674. Il y parle de « la grande rivière qu’il [Joliet] a trouvée, qui va du nord au sud, et qui est aussi large que celle du Saint-Laurent, vis-à-vis de Québec ». Quatre ans plus tard, Frontenac parle avec mépris de Joliet, mais ni ne nie sa découverte du Mississippi, ni ne l’attribue à La Salle, pour qui il écrit.

Papiers de Famille ; Mémoire présenté au Roi. Voici un extrait : « Il parvint jusqu’à la rivière des Illinois. Il y construisit un fort situé à 350 lieues au-delà du fort de Frontenac, et suivant ensuite le cours de cette rivière, il trouva qu’elle se jetait dans un grand fleuve appelé par ceux du pays Mississippi, c’est-à-dire grande eau, environ cent lieues au-dessous du fort qu’il venait de construire ». Ce fort était Fort Crèvecœur, construit en 1680, près du site de Peoria. Le mémoire continue en racontant la descente de La Salle vers le golfe, ce qui mit fin à cette expédition de 1679-82.

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Ce qui suit est un extrait, fourni par Margry, d’une lettre de la vieille Madeleine Cavelier, datée du 21 février 1756, et adressée à son neveu, M. Le Baillif, qui avait demandé les documents au nom du ministre Silhouette : « J’ai cherché une occasion sûre pour vous envoyer les papiers de M. de la Salle. Il y a des cartes que j’ai jointes à ces papiers, qui doivent prouver que, en 1675, M. de La Salle avait déjà effectué deux voyages dans ces régions, puisqu’il y a une carte que je vous envoie, sur laquelle il est fait mention du lieu où M. de La Salle a abordé près du fleuve Mississippi ; un autre lieu qu’il nomme le fleuve Colbert ; dans une autre carte encore, il prend possession de ce pays au nom du roi et fait planter une croix. » Les paroles de cette écrivaine âgée et illettrée sont obscures, mais son expression « aborda près » semble indiquer que La Salle n’avait pas atteint le Mississippi avant 1675, mais s’en était seulement approché. Enfin, un mémorial présenté à Seignelay, accompagné du récit officiel de 1679-81 par un ami de La Salle, dont l’objectif était de présenter le découvreur et ses réalisations sous leur jour le plus favorable, contient ce qui suit : « Il [La Salle] a été le premier à formuler le projet de ces découvertes, qu’il communiqua, il y a plus de quinze ans, à M. de Courcelles, gouverneur, et à M. Talon, intendant du Canada, qui les approuvèrent. Il a ensuite effectué plusieurs voyages dans cette région, dont un en 1669 avec MM. Dolier et Galinée, prêtres du Séminaire de Saint-Sulpice. Il est vrai que M. Jolliet, afin de le devancer, fit un voyage en 1673 vers la rivière Colbert ; mais ce fut uniquement dans le but de y faire du commerce. » Voir Margry, ii, p. 285. Ce passage constitue en réalité une reconnaissance que Jolliet avait atteint le Mississippi (Colbert) avant La Salle. Margry, dans une série d’articles parus dans le Journal Général de l’Instruction Publique en 1862, a d’abord soutenu que La Salle avait atteint le Mississippi en 1670 et 1671, et a avancé à l’appui de cette thèse tous les documents que ses recherches infatigables lui ont permis de découvrir. Le père Tailhan, S.J., a répondu longuement dans les abondantes notes de son édition de Nicolas Perrot, sans avoir vu le document principal cité par Margry, dont des extraits ont été donnés dans les notes de ce chapitre.

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CHAPITRE III.
1670-1672.
LES JÉSUITES AUX LACS.
Les anciennes missions et les nouvelles.—Un changement d’esprit.—Le lac Supérieur et les mines de cuivre.—Ste. Marie.—La Pointe.—Michilimackinac.—Les jésuites sur le lac Michigan.—Allouez et Dablon.—Le commerce des fourrures des jésuites.

Que faisaient les jésuites ? Depuis la ruine de leur grande mission chez les Hurons, un changement perceptible s’était opéré en eux. Ils avaient déployé des efforts presque surhumains, méprisant la famine, la maladie et la mort, vivant avec l’abnégation des saints et mourant avec la dévotion des martyrs ; et le résultat de tout cela avait été un échec désastreux. Non pas à cause d’une faute de leur part, mais sous l’effet d’événements hors de leur portée, un véritable démon de destruction avait anéanti leurs églises naissantes, massacré leurs convertis, déraciné les communautés nombreuses sur lesquelles reposaient leurs espoirs, et les avait dispersés en bandes de misérables fugitifs dans les contrées les plus reculées.[26] Ils s’étaient consacrés, avec toute la force de leur foi, à l’édification d’un empire chrétien et jésuite par la conversion des grandes tribus sédentaires des lacs ; et de celles-ci, il ne restait plus que les Iroquois, les destructeurs des autres — parmi lesquels, certes, se trouvait un terrain qui aurait pu stimuler leur zèle par la promesse abondante de souffrances et de martyre, mais qui, en raison de sa situation géographique, était trop exposé à l’influence néerlandaise et anglaise pour offrir de grands résultats décisifs. Leurs meilleures espérances se trouvaient désormais au Nord et à l’Ouest ; c’est là qu’ils orientèrent en grande partie leurs efforts.
On les trouve sur le lac Huron, le lac Supérieur et le lac Michigan, travaillant avec ardeur comme autrefois, mais avec un esprit quelque peu différent. Aujourd’hui, comme avant, deux objectifs inspiraient leur zèle : « la plus grande gloire de Dieu » et l’influence ainsi que le prestige de l’Ordre de Jésus. Si l’un de ces motifs avait perdu en importance, l’autre en avait gagné. L’époque des saints et des martyrs touchait à sa fin ;

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Dès lors, nous voyons le jésuite canadien de moins en moins comme un apôtre, et de plus en plus comme un explorateur, un homme de science et un homme politique. Les rapports annuels des missions sont encore, à l’intention du lecteur pieux, remplis d’histoires insupportablement fastidieuses de baptêmes, de conversions et du comportement exemplaire des néophytes – car celles-ci sont devenues une partie intégrante de la formule ; mais ils sont largement compensés par des sujets plus mondains. On y trouve des observations sur les vents, les courants et les marées des Grands Lacs ; des spéculations sur une sortie souterraine du lac Supérieur ; des comptes rendus de ses mines de cuivre, et de la manière dont nous, les pères jésuites, nous efforçons de les explorer au profit de la colonie ; des suppositions concernant la mer du Nord, la mer du Sud, la mer de Chine, que nous espérons découvrir bientôt ; ainsi que des rapports sur ce grand fleuve mystérieux dont les Indiens nous parlent – qui coule vers le sud, peut-être vers le golfe du Mexique, peut-être vers la mer Vermillion – et dont les secrets, avec l’aide de la Vierge, nous révélerons bientôt au monde. Le jésuite était tout aussi souvent un fanatique pour son ordre que pour sa foi ; et bien plus souvent encore, ces deux fanatismes se mélangeaient en lui de manière indissociable. Aussi ardemment qu’il brûlait de sauver des âmes, il ne voulait pas que quiconque soit sauvé dans les Grands Lacs autrement que par ses frères et lui-même. Il revendiquait un monopole de la conversion, avec le monopole qui en découlait en matière de labeur, de difficultés et de martyre. Souvent désintéressé pour lui-même, il était excessivement ambitieux quant au grand pouvoir collectif au sein duquel il avait fusionné sa propre personnalité ; et c’est là l’une des causes, parmi tant d’autres, des contradictions apparentes qui abondent dans les annales de l’ordre. Précédant le rapport de 1671 se trouve ce monument de témérité et d’entreprise jésuites : la carte du lac Supérieur – une œuvre dont l’exactitude a cependant été exagérée, par rapport aux autres cartes canadiennes de l’époque. Lorsqu’ils effectuaient des levés, les prêtres cherchaient assidûment du cuivre. Le père Dablon rapporte qu’ils en avaient trouvé en grande abondance sur l’île Minong, aujourd’hui île Royale. « À une journée de marche depuis l’embouchure du lac, du côté sud, il y a », dit-il, « une roche de cuivre pesant de six cents à huit cents livres, gisant sur le rivage où n’importe qui qui passe peut la voir » ; et il parle également de gros rochers de cuivre au fond du fleuve Ontonagan.[27]

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Il y avait deux missions principales dans la région des Grands Lacs, qui furent, en quelque sorte, les ancêtres de la STE. MARIE DU SAUT. L’une d’elles était Ste. Marie du Saut – celle même visitée par Dollier et Galinée – située à l’embouchure du lac Supérieur. C’était un lieu de pêche réputé, car les rapides abondaient en poissons blancs, et les Indiens s’y rendaient en grand nombre. Les habitants permanents étaient un groupe d’Ojibwas, que les Français appelaient Sauteurs, dont les cabanes en écorce se trouvaient au pied des rapides, près du fort des Jésuites. En plus d’eux, de nombreux Algonquins, appartenant à diverses tribus, venaient là au printemps et en été – vivant grâce à la pêche – puis se dispersaient en hiver pour errer et mourir de faim en petits groupes de chasseurs à travers les forêts.

L’autre mission principale était celle de St. Esprit, à La Pointe, près de l’extrémité ouest du lac Supérieur. Là vivaient les Hurons, fugitifs depuis vingt ans après le massacre de leurs compatriotes, ainsi que les Ottawas, qui, comme eux, avaient cherché asile face à la fureur des Iroquois. De nombreuses autres tribus – Illinois, Pottawattamies, Foxes, Menomonies, Sioux, Assiniboins, Knisteneaux, et bien d’autres encore – venaient chaque année y commercer avec les Français. Là se trouvait un jeune Jésuite, Jacques Marquette, arrivé récemment de Ste. Marie du Saut. Son troupeau sauvage le décourageait par ses rébellions ; et le meilleur qu’il pût rapporter sur les Hurons, après tous les efforts et tout le sang versé pour leur conversion, c’était qu’ils « conservaient encore un peu de christianisme » ; tandis que les Ottawas étaient « très éloignés du royaume de Dieu, et plus que toutes les autres tribus adeptes de la saleté, des incantations et des sacrifices aux esprits malins ». [28]

Marquette apprit des Illinois – visiteurs annuels à La Pointe – l’existence d’un grand fleuve qu’ils avaient traversé sur leur route, [29] et qui, selon ses suppositions, se jetait dans le golfe de Californie. Il entendit également des merveilles à son sujet de la part des Sioux, qui vivaient sur ses rives ; et un fort désir s’empara de lui de découvrir le mystère de son cours. Une catastrophe soudaine anéantit ses espoirs. Les Sioux – les Iroquois de l’Ouest, comme les appellent les Jésuites – avaient jusqu’alors maintenu la paix avec les tribus exilées de La Pointe ; mais maintenant, pour une raison indifférente, ils déclenchèrent une guerre ouverte, terrifiant à tel point les Hurons et les Ottawas qu’ils abandonnèrent leurs colonies et s’enfuirent. Marquette suivit son troupeau paniqué, qui, après avoir traversé Ste. Marie du Saut et descendu vers le lac Huron, s’arrêta finalement : les Hurons à Michilimackinac, et les Ottawas…

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Grande île de Manitoulin. Deux missions devinrent alors nécessaires pour servir les tribus divisées. Celle de Michilimackinac fut confiée à Marquette, et celle de l’île de Manitoulin à Louis André. Le premier s’installa à Point St. Ignace, sur la côte nord du détroit de Michilimackinac, tandis que le second entreprit la mission de St. Simon dans le nouveau lieu de résidence des Ottawas. Lorsque l’hiver arriva, André dispersa son groupe sur leurs terrains de chasse et entreprit un voyage missionnaire parmi les Nipissings et d’autres tribus voisines. Les rives du lac Huron avaient longtemps été en totale solitude, vidées de leurs habitants par la terreur des Iroquois tout-puissants ; mais maintenant que ces tigres avaient ressenti la puissance des Français et appris, pendant un temps, à laisser leurs alliés indiens en paix, les hordes fugitives retournaient dans leurs anciennes demeures. L’expérience d’André parmi eux fut des plus difficiles. Son aliment de base était constitué d’ glands et de tripe de roche — une sorte de lichen qui, une fois bouilli, se transformait en une colle noire, nauséabonde, mais non dépourvue de nutriments. Parfois, il était réduit à manger de la mousse, l’écorce des arbres, ou des mocassins et de vieilles peaux d’orignal coupées en bandes et bouillies. Ses hôtes le traitaient très mal, et la pire part de leur nourriture lui revenait toujours. Lorsque le printemps vint le soulager, il retourna à sa mission de St. Simon, avec une digestion altérée mais un zèle intact.

Outre le Sault Ste. Marie et Michilimackinac, deux lieux réputés pour la pêche, il y avait un autre endroit, tout aussi célèbre pour la faune et la flore aquatique, et donc une destination préférée des Indiens : c’était l’embouchure de la baie verte du lac Michigan.[30] Ici et dans les régions avoisinantes, plusieurs tribus distinctes s’étaient installées. Les Menomonies vivaient sur la rivière qui porte leur nom ; les Pottawattamies et les Winnebagoes se trouvaient près des frontières de la baie ; les Sacs, sur la rivière Fox ; les Mascoutins, les Miamis et les Kickapoos, sur cette même rivière, en amont du lac Winnebago ; et les Outagamies, ou Foxes, sur un affluent qui venait du nord. La baie verte était manifestement adaptée à une mission ; et dès l’automne 1669, le père Claude Allouez y fut envoyé pour en fonder une. Après avoir failli périr en chemin, il partit explorer le terrain destiné à ses travaux et alla jusqu’à la ville des Mascoutins. Au début de l’automne 1670, rejoigni par Dablon, supérieur des missions des Grands Lacs, il entreprit un autre voyage, mais ce n’est qu’après que les deux prêtres eurent tenu un conseil avec les tribus réunies à St. François Xavier — c’est ainsi qu’ils nommèrent leur mission de la baie verte. Là, alors qu’ils haranguaient leurs compatriotes nus…

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Devant l’assistance, leur gravité fut mise à l’épreuve ; car un groupe de guerriers, désireux de leur rendre hommage, marchait sans cesse de long en large, imitant les mouvements des soldats de garde devant la tente du gouverneur à Montréal. « Nous avions du mal à ne pas rire », écrit Dablon, « bien que nous discutions de sujets très importants : à savoir les mystères de notre religion et les moyens nécessaires pour échapper au feu éternel. »[31]
Les prêtres furent ravis du pays, que Dablon qualifie de paradis terrestre ; mais il ajoute que le chemin qui y mène est aussi difficile que celui menant au ciel. Il fait notamment allusion aux rapides de la rivière Fox, qui causèrent de grandes difficultés aux deux voyageurs. Après les avoir franchis sans encombre, ils virent sur la rive une idole indienne, similaire à celle que Dollier et Galinée avaient trouvée à Detroit — rien de plus qu’un rocher ressemblant vaguement à un homme, horriblement peint. Avec l’aide de leurs assistants, ils le jetèrent dans la rivière.
Dablon développe ses descriptions concernant le bison, qu’il semble décrire d’après le récit d’autres personnes, car sa propre description n’est pas très précise. Après avoir traversé le lac Winnebago, les deux prêtres suivirent la rivière menant à la ville des Mascoutins et des Miamis, qu’ils atteignirent le 15 septembre.[32]
Ces deux tribus vivaient ensemble à l’intérieur de la même enceinte de palissades — on dit qu’elles comptaient plus de trois mille âmes. Les missionnaires, qui avaient apporté une image très colorée du Jugement dernier, convoquèrent les Indiens en conseil et la leur montrèrent ; tandis qu’Allouez, qui parlait l’algonquin, leur tenait des discours sur l’enfer, les démons et les flammes éternelles. Ils l’écoutaient avec attention, l’assaillaient nuit et jour de questions et l’invitaient, lui et son compagnon, à des festins incessants. Ils furent accueillis dans chaque cabane et suivis partout par des regards curieux, admiratifs et respectueux. Dablon ne cesse de louer le chef des Miami, qui était honoré par ses sujets comme un roi, et dont le comportement envers ses invités ne trahissait en rien l’aspect sauvage.
Leurs hôtes leur parlèrent du grand fleuve Mississippi, qui prend sa source loin au nord et coule vers le sud — ils ne savaient pas où — ainsi que de nombreuses tribus qui vivaient le long de ses rives. Lorsqu’ils partirent enfin, ils laissèrent derrière eux la réputation de guérisseurs dotés d’un pouvoir extraordinaire.
L’hiver suivant, Allouez rendit visite aux Foxes, qu’il trouva dans une colère extrême. Ils étaient indignés contre les Français à cause des mauvais traitements infligés par certains.

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de leur tribu s’étaient récemment rencontrés lors d’une visite commerciale à FOXES, à Montréal ; et ils accueillirent la Foi par des cris de moquerie. Le prêtre fut horrifié par ce qu’il vit. Leurs demeures, chacune abritant de cinq à dix familles, lui semblaient des serails, car certains chefs avaient huit épouses. Il se donna de la patience et finit par être écouté. Non seulement il réussit si bien que, lorsqu’il leur montra son crucifix, ils y jetèrent du tabac en offrande, mais, lors d’une autre visite qu’il leur fit peu après, il apprit toute la village à faire le signe de la croix. Une expédition militaire partait contre leurs ennemis, et il eut l’idée de leur raconter l’histoire de la Croix et de l’empereur Constantin. Cela eut un tel effet sur eux qu’ils peignirent tous une croix sur leurs boucliers en peau de bœuf, partirent à la guerre, revinrent victorieux, exaltant ce symbole sacré comme un grand remède de guerre.
« C’est ainsi », écrit Dablon, qui relate cet épisode, « que notre sainte foi s’est établie parmi ces peuples ; et nous avons de bonnes raisons d’espérer pouvoir bientôt la porter jusqu’au célèbre fleuve appelé Mississippi, et peut-être même jusqu’à la mer du Sud. »[33] La plupart des choses humaines ont leurs moments ridicules ; et l’héroïsme de ces prêtres infatigables n’est pas une exception à cette règle.

Les différentes stations missionnaires se ressemblaient beaucoup. Elles se composaient d’une chapelle (généralement en rondins) et d’une ou plusieurs maisons, avec peut-être un entrepôt et un atelier ; tout était entouré de palissades, formant en fait une forteresse fortifiée, entourée de clairières et de champs cultivés. Il est évident que les prêtres avaient besoin de main-d’œuvre en plus de la leur et de celle des rares frères laïcs attachés à la mission. Ils avaient besoin d’hommes habitués au travail, accoutumés à la vie en forêt, capables de diriger des canoës et de manier des outils et des armes. Aux débuts des missions, lorsque l’enthousiasme était à son comble, ils étaient en grande partie servis par des volontaires, qui les rejoignaient par dévotion ou pénitence, et qui étaient appelés donnés ou « hommes donnés ». Récemment, leur nombre a beaucoup diminué ; ils comptent désormais principalement sur des hommes engagés, ou engagés. Ceux-ci étaient employés à la construction, à la chasse, à la pêche, au défrichement et à la culture des terres, à la conduite des canoës, et (si l’on en croit les rapports circulant dans toute la colonie) au commerce avec les Indiens pour le profit des missions. Cette tâche de commerce – qui, si les résultats étaient exclusivement consacrés au soutien des missions, ne

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impliquent nécessairement beaucoup de blâmes – est vivement répété dans de nombreux milieux, y compris dans les rapports officiels du gouverneur du Canada ; tandis que, pour autant que je puisse le découvrir, les jésuites ne l’ont jamais nié clairement, et à plusieurs reprises ils ont partiellement admis sa vérité.[34]

NOTES DE BAS DE PAGE :
[ Voir « Les Jésuites en Amérique du Nord. »
26
] [ Il se plaint que les Indiens étaient très réticents à fournir des informations sur ce sujet, de sorte que les jésuites n’avaient pas encore découvert le métal sur place, bien qu’ils espéraient bientôt y parvenir. Les Indiens lui dirent que le cuivre avait été découvert pour la première fois par quatre chasseurs qui avaient débarqué sur une certaine île, près de la rive nord du lac. Souhaitant faire bouillir leur nourriture dans un récipient en écorce, ils rassemblèrent des pierres sur la rive, les chauffèrent rougeoyantes et les y jetèrent, mais découvrirent bientôt qu’il s’agissait de cuivre pur. Une fois leur repas terminé, ils se hâtèrent de remonter à bord, craignant les lynx et les lièvres, qui, sur cette île, étaient aussi grands que des chiens et auraient dévoré leurs provisions, voire leur canoë. Ils emportèrent avec eux quelques-unes de ces pierres merveilleuses ; mais à peine eurent-ils quitté l’île qu’une voix profonde, semblable au tonnerre, retentit à leurs oreilles : « Qui sont ces voleurs qui volent les jouets de mes enfants ? » C’était le Dieu des Eaux, ou quelque autre manito puissant. Les quatre aventuriers s’enfuirent dans une grande terreur ; mais trois d’entre eux moururent bientôt, et le quatrième survécut juste assez longtemps pour atteindre son village et raconter l’histoire. L’île n’a pas de fondement et flotte au gré du vent ; aucun Indien n’ose débarquer sur ses rives, craignant la colère du manito. Dablon, Relation, 1670, 84.
[ Lettre du Père Jacques Marquette au R. P. Supérieur des Missions ; in Relation, 1670, 87.
28
] [ À cette époque, les Illinois vivaient au-delà du Mississippi, à trente jours de voyage de La Pointe ; c’est là que les Iroquois les avaient chassés de leur ancienne demeure près du lac Michigan. Dablon (Relation, 1671, 24, 25) affirme qu’ils vivaient à sept jours de voyage au-delà du Mississippi, dans huit villages. Quelques années plus tard, la plupart d’entre eux retournèrent du côté est et s’établirent sur la rivière Illinois.
[ La Baie des Puants selon les premiers auteurs ; ou, plus correctement, La Baie des Eaux Puantes.
30 Les Indiens Winnebago, qui vivaient à proximité, étaient appelés Les Puants, apparemment pour aucune autre raison que parce qu’on disait qu’une partie de la baie avait une odeur semblable à celle de la mer.

Le lac Michigan, le « Lac des Illinois » pour les Français, était, selon une lettre du père Allouez, appelé « Machihiganing » par les Indiens. Dablon écrit le nom « Mitchiganon ».
[Relation, 1671, 43.]
Cette ville se trouvait sur la rivière Neenah ou Fox, en amont du lac Winnebago. Les Mascoutins, la Nation du Feu ou la Nation de la Prairie, sont éteints ou fusionnés avec d’autres tribus. Voir « Les Jésuites en Amérique du Nord ». Les Miamis se déplacèrent bientôt sur les rives de la rivière Saint-Joseph, près du lac Michigan.
[Relation, 1672, 42.]

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[ [ Cette charge a été prélevée dès la création des missions. Pour des commentaires à ce sujet, voir « Les Jésuites en Amérique du Nord » et « L’Ancien Régime au Canada ». ]
] ]

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CHAPITRE IV.
1667-1672.
La France s’empare de l’Ouest.
Talon — Saint-Lusson — Perrot — La cérémonie à Sault Ste. Marie —
Le discours d’Allouez — Le comte Frontenac.
Jean Talon, intendant du Canada, était plein de projets pour le bien de la colonie. D’une part, il s’attacha au développement de ses industries, et d’autre part à l’expansion de son territoire. Il voulait occuper l’intérieur du continent, contrôler les rivières, qui étaient ses seules voies de communication, et le garder pour la France face à toutes les autres nations. À l’est, l’Angleterre devait être confinée dans une étroite bande côtière ; tandis qu’à sud, Talon visait à s’assurer un port sur le golfe du Mexique, afin de tenir les Espagnols en échec et de leur disputer la possession des vastes régions qu’ils revendiquaient comme leurs propres terres. Mais l’intérieur du continent restait encore un monde inconnu. Il lui fallait donc l’explorer ; à cette fin, il fit appel aux jésuites, aux officiers, aux marchands de fourrures et à des hommes entreprenants comme La Salle. Ses efforts de découverte semblent avoir été menés avec une économie singulière des fonds du roi. La Salle paya toutes les dépenses de sa première expédition menée sous les auspices de Talon ; et apparemment aussi celles de la deuxième, bien que l’intendant l’annonce dans ses rapports comme une expédition envoyée par lui-même.[35] Lorsque, en 1670, il ordonna à Daumont de Saint-Lusson de chercher des mines de cuivre sur le lac Supérieur, et en même temps de prendre possession formelle de tout l’intérieur au nom du roi, il fut convenu qu’il paierait les frais du voyage en échangeant avec les Indiens.[36]
Saint-Lusson partit avec un petit groupe d’hommes, et Nicolas Perrot en tant qu’interprète. Parmi les voyageurs canadiens, peu de noms sont aussi connus que celui de Perrot ; non pas parce qu’il n’y avait pas d’autres qui lui égalaient par leurs réalisations, mais parce qu’il savait écrire et laissa derrière lui un récit assez complet de ce qu’il avait vu.[37] Il avait alors vingt-six ans et avait auparavant

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Il avait été engagé par les Jésuites. C’était un homme d’entreprise, de courage et de persévérance — cette dernière qualité se manifestant particulièrement dans ses relations avec les Indiens, sur lesquels il exerçait une grande influence. Il parlait l’algonquin couramment et était bien connu de nombreuses tribus de cette famille.

Saint-Lusson passa l’hiver sur les îles Manitoulin ; quant à Perrot, après avoir envoyé des messages aux tribus du nord pour les inviter à rencontrer le représentant du gouverneur au Sault Ste. Marie au printemps suivant, il se rendit à Green Bay afin de faire la même invitation aux tribus de cette région. Elles le connaissaient bien et l’accueillirent par des acclamations chaleureuses.

On dit que les Miamis l’accueillirent par un faux combat, destiné à lui rendre hommage, mais qui aurait gravement ébranlé les nerfs de ceux plus sensibles.[38] Ils l’entretinrent également par un grand match de la crosse, ce jeu indien. Perrot donne un récit admirable de l’autorité et de la position du chef miami, qui, selon lui, était entouré jour et nuit par une garde de guerriers — affirmation qui serait incroyable si elle n’était pas confirmée par le récit du même chef donné par le jésuite Dablon.

Parmi les tribus de la baie, la plupart promirent d’envoyer des délégués au Sault ; mais les Pottawattamies dissuadèrent le souverain miami d’entreprendre un voyage aussi long, de peur que la fatigue qui en résulterait ne nuise à sa santé ; il leur confia donc la tâche de le représenter, lui et ses compatriotes, lors de cette grande rencontre. Leurs chefs principaux, ainsi que ceux des Sacs, Winnebagoes et Menomonies, montèrent à bord et pagayèrent vers le lieu de rendez-vous, où ils arrivèrent avec Perrot le 5 mai.[39]

Saint-Lusson se trouvait là avec ses hommes, au nombre de quinze, parmi lesquels se trouvait Louis Joliet ;[40] et les Indiens affluaient rapidement depuis leurs lieux d’hivernage, attirés, comme d’habitude, par la pêche dans les rapides ou poussés par les messages envoyés par Perrot — Creeks, Monsonis, Amikoués, Nipissings, et beaucoup d’autres encore. Lorsque quatorze tribus, ou leurs représentants, furent arrivés, Saint-Lusson se prépara à accomplir la mission qui lui avait été confiée.

Au pied des rapides se trouvait le village des Sauteurs ; au-dessus du village s’élevait une colline, et non loin se trouvait la forteresse des Jésuites. Le matin du 14 juin, Saint-Lusson conduisit ses compagnons au sommet de la colline, tous parfaitement équipés et armés. Ici aussi, vêtus de leurs habits sacerdotaux,

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Il y avait quatre jésuites : Claude Dablon, supérieur des missions des lacs, Gabriel Druillettes, Claude Allouez et Louis André.[41] Autour de la grande foule d’Indiens se tenaient, ou étaient accroupis, ou allongés, les yeux et les oreilles attentifs. Une grande croix en bois avait été préparée. Dablon, d’une manière solennelle, prononça sa bénédiction sur elle ; puis elle fut dressée et plantée dans le sol, tandis que les Français, la tête découverte, chantaient le Vexilla Regis. Ensuite, un poteau de cèdre fut planté à côté d’elle, avec une plaque métallique attachée, gravée des armoiries royales ; pendant ce temps, les disciples de Saint-Lusson chantaient l’Exaudiat, et l’un des jésuites prononça une prière pour le roi. Saint-Lusson s’avança alors, tenant son épée d’une main et soulevant de l’autre un morceau de terre, et proclama d’une voix forte :
« Au nom du Très-Haut, Puissant et Redoutable Monarque, Louis, quatorzième de ce nom, très chrétien roi de France et de Navarre, je prends possession de ce lieu, Sainte-Marie-du-Saut, ainsi que des lacs Huron et Supérieur, de l’île de Manitoulin, et de tous les pays, rivières, lacs et cours d’eau qui leur sont contigus et adjacents — tant ceux qui ont été découverts que ceux qui pourront être découverts par la suite, dans toute leur longueur et leur largeur, délimités d’un côté par les mers du Nord et de l’Ouest, et de l’autre par la mer du Sud : déclarant aux peuples qui y vivent qu’à partir de ce moment ils sont vassaux de Sa Majesté, tenus d’obéir à ses lois et de suivre ses coutumes ; leur promettant de sa part tout secours et protection contre les incursions et invasions de leurs ennemis : déclarant à tous les autres princes, souverains, États et républiques — à eux et à leurs sujets — qu’ils ne peuvent ni ne doivent s’emparer ou s’installer sur aucune partie des pays susmentionnés, sauf avec la bonne volonté de Sa très chrétienne Majesté et de celui qui gouvernera en son nom ; et cela sous peine d’attirer son ressentiment et les efforts de ses armes. Vive le Roi ! »[42]
Les Français tirèrent leurs fusils et crièrent « Vive le Roi », et les cris des Indiens stupéfaits se mêlèrent au vacarme.
Que reste-t-il aujourd’hui de cette souveraineté ainsi proclamée avec tant de pompe ? De temps en temps, les accents de la France sur les lèvres d’un batelier errant ou d’un vagabond métis — voilà tout, et rien de plus.

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Lorsque le tumulte fut apaisé, le père Allouez s’adressa aux Indiens dans un discours solennel ; voici ses paroles : « C’est une bonne œuvre, mes frères, un travail important, une grande œuvre, qui nous réunit aujourd’hui en conseil. Levez les yeux vers la croix qui se dresse si haut au-dessus de vos têtes. C’est là que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, après s’être fait homme par amour pour les hommes, fut cloué et mourut pour racheter nos péchés auprès de son Père éternel. Il est le maître de nos vies ; le souverain du Ciel, de la Terre et de l’Enfer. C’est de lui que je vous parle sans cesse, et dont j’ai proclamé le nom et la parole dans tout votre pays. Mais regardez cette enseigne à laquelle sont fixés les armoiries du grand chef de France, que nous appelons Roi. Il vit de l’autre côté de la mer. Il est le chef des plus grands chefs, et n’a pas d’égal sur terre. Tous les chefs que vous avez jamais vus ne sont que des enfants à côté de lui. Il est comme un grand arbre, et eux ne sont que de petites herbes que l’on marche dessus et que l’on écrase sous les pieds. Vous connaissez Onontio, ce célèbre chef de Québec ; vous savez et vous avez vu qu’il est la terreur des Iroquois, et que son seul nom les fait trembler, car il a dévasté leur pays et brûlé leurs villes. De l’autre côté de la mer, il y a dix mille Onontios comme lui, qui ne sont que les guerriers de notre grand Roi, dont je vous ai parlé. Lorsqu’il dit : “Je vais faire la guerre”, tous obéissent à ses ordres ; et chacun de ces dix mille chefs rassemble une troupe de cent guerriers, certains par mer et d’autres par terre. Certains montent à bord de grands navires, tels que vous en avez vu à Québec. Vos canoës ne transportent que quatre ou cinq hommes, ou, au maximum, dix ou douze ; mais nos navires en transportent quatre ou cinq cents, et parfois mille. D’autres vont à la guerre par terre, en si grand nombre que s’ils se mettaient en double file, ils iraient d’ici jusqu’à Mississaquenk, qui est à plus de vingt lieues d’ici. Lorsque notre Roi attaque ses ennemis, il est plus terrifiant que le tonnerre : la terre tremble ; l’air et la mer sont en feu à cause des flammes de ses canons : on le voit au milieu de ses guerriers, couvert du sang de ses ennemis, qu’il tue en si grand nombre qu’il ne les compte pas par leurs scalps, mais par les flots de sang qu’il fait couler. Il prend tant de prisonniers qu’il ne leur accorde aucune importance et les laisse partir où ils veulent, pour montrer qu’il n’a pas peur d’eux. Mais maintenant, personne n’ose faire la guerre contre lui. Toutes les nations de l’autre côté de la mer se sont soumises à lui et ont humblement demandé la paix. Des hommes viennent de tous les coins du monde pour l’écouter et l’admirer. Tout ce qui se fait dans le monde est décidé uniquement par lui. »

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« Mais que dire de ses richesses ? Vous vous croyez riches lorsque vous possédez dix ou douze sacs de maïs, quelques haches, des perles, des marmites et autres objets de ce genre. Lui, il a ses propres villes, plus nombreuses que les hommes qui vivent dans toute cette région sur cinq cents lieues à la ronde. Dans chacune de ces villes, il y a des entrepôts contenant suffisamment d’haches pour abattre toutes vos forêts, suffisamment de marmites pour cuire tous vos élans, et suffisamment de perles pour remplir toutes vos demeures. Sa maison est plus longue que la distance allant d’ici jusqu’au sommet du Saut — c’est-à-dire plus d’une demi-lieue — et plus haute que vos arbres les plus élevés ; elle abrite plus de familles que les plus grandes de vos villes. »[44] Le père ajouta encore des paroles dans le même style ; mais la conclusion de son discours n’a pas été consignée. Quelle que soit l’impression produite par cet effort curieux de rhétorique jésuite chez les auditeurs, cela ne les empêcha pas de déchirer les armoiries royales du poteau où elles étaient clouées, dès que Saint-Lusson et ses hommes eurent quitté le Saut ; probablement non pas parce qu’ils comprenaient la signification du symbole, mais parce qu’ils le craignaient comme un talisman. Saint-Lusson se rendit ensuite au lac Supérieur, où, cependant, il ne réussit à rien, si ce n’est peut-être à commercer avec les Indiens pour son propre compte ; il retourna bientôt à Québec. Talon était déterminé à trouver le Mississippi, l’objet de recherche le plus intéressant et apparemment le plus accessible, dans ce territoire sauvage et vague qu’il venait de revendiquer pour le roi. Les Indiens l’avaient décrit ; les Jésuites étaient désireux de le découvrir ; et La Salle, s’il ne l’avait pas atteint, avait exploré deux voies différentes par lesquelles on pouvait s’y rendre. Talon chercha autour de lui un agent apte à mener cette entreprise et choisit Louis Joliet, qui était revenu du lac Supérieur.[45] Mais l’intendant ne vit pas son projet se réaliser. Sa carrière active et utile au Canada touchait à sa fin. Un malentendu était survenu entre lui et le gouverneur, Courcelle. Tous deux étaient des serviteurs fidèles du roi ; mais les relations entre les deux chefs de la colonie étaient d’une nature si critique qu’un conflit d’autorité était presque inévitable. Chacun estimait que ses fonctions empiétaient sur celles de l’autre, et tous deux demandèrent à être rappelés. Un autre gouverneur prit la relève ; celui qui allait imprimer sa marque, large, audacieuse et indélébile, sur la page la plus mémorable de l’histoire franco-américaine — Louis de Buade, comte de Palluau et de Frontenac.

NOTES DE BAS DE PAGE :

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[ Au moins, La Salle avait un grand besoin d’argent, vers le moment de son deuxième voyage. Le 6 août 1671, il avait reçu à crédit, « dans son grand besoin et nécessité », de Branssac, avocat fiscal du séminaire, des marchandises d’une valeur de quatre cent cinquante livres ; et le 18 décembre de l’année suivante, il promit de payer cette même somme, en argent ou en fourrures, en août suivant. Faillon trouva ces documents dans les anciens archives de Montréal. ]
[ Dans sa dépêche du 2 novembre 1671, Talon écrit au roi que « l’expédition de Saint-Lusson ne coûtera rien, car il a reçu suffisamment de castors des Indiens pour le payer ». ]
[ Mœurs, Coustumes, et Religion des Sauvages de l’Amérique Septentrionale. Cet ouvrage de Perrot, jusqu’alors inédit, parut en 1864, sous la direction du père Tailhan, Jésuite. Une grande partie y est intégrée dans La Potherie. ]
[ Voir La Potherie, ii, 125. Perrot lui-même ne le mentionne pas. Charlevoix place à tort cet entretien à Chicago. Le récit de Perrot montre qu’il n’est allé que jusqu’aux tribus de Green Bay ; et les Miamis se trouvaient alors, comme nous l’avons vu, dans la partie supérieure de la rivière Fox. ]
[ Perrot, Mémoires, 127. ]
[ Procès-verbal de la prise de possession, etc., 14 juin 1671. Les noms sont joints à ce document. ]
[ On dit que Marquette était présent ; mais l’acte officiel cité prouve le contraire. Il se trouvait encore à St. Esprit. ]
[ Procès-verbal de la prise de possession. ]
[ Le nom indien du gouverneur du Canada. ]
[ Traduction fidèle du rapport de Dablon sur le discours. Voir Relation, 1671, 27. ]
[ Lettre de Frontenac au ministre, 2 novembre 1672. Dans la collection Brodhead, par une erreur du copiste, le nom du chevalier de Grandfontaine a été substitué à celui de Talon. ]

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CHAPITRE V.
1672-1675.
LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPPI.
Joliet envoyé pour trouver le Mississippi. Marquette.—Départ.—Green Bay.
—Le Wisconsin.—Le Mississippi.—Les Indiens.—Les Manitous.—L’Arkansas.—L’Illinois.—Le malheur de Joliet.—Marquette à Chicago : sa maladie ; sa mort.
Si Talon était resté dans la colonie, Frontenac se serait inévitablement disputé avec lui ; mais il était trop perspicace pour ne pas approuver ses plans de découverte et d’occupation de l’intérieur. Avant de partir pour la France, Talon recommanda Joliet comme agent apte à découvrir le Mississippi, et le gouverneur accepta son conseil.[46]
Louis Joliet était le fils d’un fabricant de chariots au service de la Compagnie des Cent Associés,[47] alors propriétaires du Canada. Il naquit à Québec en 1645 et fut éduqué par les jésuites. Très jeune déjà, il décida de devenir prêtre. Il reçut la tonsure et les ordres mineurs à l’âge de dix-sept ans. Quatre ans plus tard, il est mentionné avec une distinction particulière pour le rôle qu’il joua dans les débats de philosophie auxquels assistèrent les dignitaires de la colonie, et auxquels participa même l’intendant lui-même.[48] Peu de temps après, il renonça à sa vocation sacerdotale et devint marchand de fourrures. Talon l’envoya, avec un certain Péré, explorer les mines de cuivre du lac Supérieur ; c’est à son retour de cette expédition qu’il rencontra La Salle et les sulpiciens près de l’embouchure du lac Ontario.[49]
D’après ce que nous savons de Joliet, rien ne révèle de trait de caractère marquant ou distinctif, ni de grande vision ou de projet audacieux. Il semble avoir été simplement un commerçant, intelligent, bien éduqué, courageux, endurant et entreprenant. Bien qu’il eût renoncé au sacerdoce, il conserva sa partialité pour les jésuites ; et il est fort probable que leur influence ait grandement contribué à décider Talon.

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Choix. L’un d’entre eux, Jacques Marquette, fut choisi pour l’accompagner.

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Il traversa les lacs jusqu’à Michilimackinac et trouva son compagnon destiné à Point St. Ignace, du côté nord du détroit. Là, dans sa maison-mission et sa chapelle entourées de palissades, il avait travaillé pendant deux ans à instruire les réfugiés hurons venus de St. Esprit, ainsi qu’un groupe d’Ottawas qui s’étaient joints à eux. Marquette naquit en 1637, dans une famille ancienne et honorable de Laon, dans le nord de la France, et avait alors trente-cinq ans. Vers dix-sept ans, il rejoignit les jésuites, manifestement pour des motifs purement religieux ; en 1666, il fut envoyé dans les missions du Canada. Au début, il devait être affecté à la station de Tadoussac ; pour se préparer, il étudia la langue montagnaise auprès de Gabriel Druillettes. Mais sa destination fut changée, et il fut envoyé dans les Grands Lacs en 1668, où il resta par la suite. Ses talents de linguiste devaient être grands, car en quelques années seulement, il apprit à parler avec aisance six langues indiennes. Les traits de son caractère sont indiscutables. Il faisait partie de la confrérie des premiers missionnaires canadiens et était le véritable homologue de Garnier ou de Jogues. C’était un dévot adorateur de la Vierge Marie, que son esprit imaginait sous des formes d’une beauté transcendante, telle que le pinceau du génie humain a jamais su la représenter sur la toile ; elle était pour lui l’objet d’une adoration mêlée à un sentiment de dévotion chevaleresque. Les aspirations d’un cœur sensible, détaché de la terre, cherchaient du réconfort dans les cieux. Un élément subtil de romantisme se mêlait au fervent de son culte, planant comme un nuage illuminé au-dessus des réalités rudes et difficiles de sa vie quotidienne. Enflammé par le sourire de sa maîtresse céleste, sa nature douce et noble ne connaissait pas la peur. Pour elle, il brûlait de tenter des choses, de souffrir, de découvrir de nouvelles terres et de conquérir de nouveaux royaumes pour les placer sous son autorité.
Il commence le journal de son voyage ainsi : « Le jour de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge, que j’avais constamment invoquée depuis mon arrivée dans ce pays des Ottawas, afin d’obtenir de Dieu la faveur de pouvoir visiter les peuples du fleuve Mississippi — c’est précisément ce jour-là que M. Joliet arriva, porteur des ordres du comte Frontenac, notre gouverneur, et de M. Talon, notre intendant, de partir avec moi pour cette exploration. Je fus d’autant plus ravi de cette bonne nouvelle que je vis mes plans sur le point de se réaliser, et que je me trouvais dans la heureuse nécessité de risquer ma vie pour le salut de toutes ces tribus — et surtout de celle des… »

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L’Illinois, qui, lorsque j’étais à Point St. Esprit, m’avait supplié avec beaucoup d’insistance de porter la parole de Dieu parmi eux.
L’équipement des voyageurs était très simple. Ils se procurèrent deux canoës en bouleau, ainsi qu’une réserve de viande fumée et de maïs indien ; ils embarquèrent avec cinq hommes et commencèrent leur voyage le dix-sept mai. Ils avaient recueilli toutes les informations possibles auprès des Indiens et, à partir de celles-ci, avaient dressé une sorte de carte de leur itinéraire prévu. « Avant tout », écrit Marquette, « je plaçai notre voyage sous la protection de la Vierge Immaculée, promettant que si elle nous accordait la faveur de découvrir le grand fleuve, je lui donnerais le nom de la Conception. »[50] Leur route était vers l’ouest ; en pagayant, ils traversèrent le détroit de Michilimackinac et longèrent les côtes nord du lac Michigan, débarquant le soir pour allumer un feu de camp au bord de la forêt et tirer leurs canoës sur le rivage. Ils atteignirent bientôt la rivière Menomonie et remontèrent son cours jusqu’au village des Menomonies, ou Indiens du riz sauvage.[51] Lorsqu’ils leur annoncèrent l’objectif de leur voyage, ceux-ci furent remplis d’étonnement et utilisèrent toute leur perspicacité pour les dissuader. Les rives du Mississippi, disaient-ils, étaient habitées par des tribus féroces qui tuaient tous les étrangers, attaquant sans raison ni provocation tous les nouveaux arrivants à l’aide de haches. Ils ajoutèrent qu’il y avait un démon dans une certaine partie du fleuve, dont le rugissement pouvait être entendu de loin, et qui les engloutirait dans l’abîme où il habitait ; que ses eaux étaient pleines de monstres effrayants qui les dévoreraient, eux et leurs canoës ; et enfin que la chaleur y était si intense qu’ils périraient inévitablement. Marquette rejeta leurs conseils, leur donna quelques mots d’enseignement sur les mystères de la Foi, leur apprit une prière et prit congé d’eux.
Les voyageurs atteignirent ensuite la mission située au bout de la baie verte ; ils entrèrent dans la rivière Fox, tirèrent péniblement leurs canoës à travers les rapides longs et tumultueux, traversèrent le lac Winnebago et suivirent les méandres calmes de la rivière au-delà, glissant à travers une végétation infinie de riz sauvage et effrayant les innombrables oiseaux qui s’en nourrissaient. De chaque côté s’étendaient les prairies, parsemées de bosquets et d’arbres, où paissaient des élans et des cerfs.[52]
Le sept juin, ils atteignirent les Mascoutins et les Miamis, auxquels, depuis la visite de Dablon et Allouez, s’étaient joints les Kickapoos.

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Marquette, qui avait un œil pour la beauté naturelle, fut ravi de l’emplacement de la ville, qu’il décrit comme située au sommet d’une colline ; tandis que, tout autour, la prairie s’étendait à perte de vue, entrecoupée de bosquets et de bandes de forêts hautes. Mais il fut encore plus ravi lorsqu’il vit une croix plantée au milieu de cet endroit. Les Indiens l’avaient décorée de nombreuses peaux de cerf tannées, de ceintures rouges, ainsi que de arcs et de flèches, qu’ils y avaient suspendus en offrande au Grand Manitou des Français ; spectacle qui, selon Marquette, le « consola extrêmement ». Dès leur arrivée en ville, les voyageurs convoquèrent les chefs et les anciens en conseil. Joliet leur dit que le gouverneur du Canada l’avait envoyé sur la rivière pour découvrir de nouveaux pays, et que Dieu avait envoyé son compagnon pour enseigner la vraie foi aux habitants ; il pria donc pour avoir des guides qui leur montreraient le chemin vers les eaux du Wisconsin. Le conseil accepta volontiers ; et le 10 juin, les Français remontèrent à bord, accompagnés de deux Indiens pour les guider. Toute la ville descendit sur la rive pour assister à leur départ. Il y avait là les Miamis, avec de longues mèches de cheveux pendantes de chaque oreille, à la mode que Marquette jugeait très élégante ; il y avait aussi les Mascoutins et les Kickapoos, qu’il décrivit comme de véritables sauvages par rapport à leurs compatriotes Miamis. Tous regardaient avec étonnement ces sept aventuriers, se demandant comment on pouvait trouver des hommes prêts à risquer une entreprise si périlleuse. La rivière serpentait entre des lacs et des marais envahis de riz sauvage ; et, sans leurs guides, ils n’auraient guère pu suivre ce cours sinueux et étroit. Elle les mena finalement au portage, où, après avoir transporté leurs canoës sur un mile et demi à travers la prairie et les marais, ils les mirent à l’eau sur le Wisconsin, prirent congé des eaux qui se jetaient dans le Saint-Laurent, et se confièrent au courant qui allait les emporter vers un destin inconnu — peut-être vers le golfe du Mexique, peut-être vers la mer du Sud ou le golfe de Californie. Ils glissaient calmement le long de ce cours d’eau paisible, entre des îles couvertes d’arbres et enchevêtrées de vignes grimpantes ; à travers des forêts, des bosquets et des prairies, les parcs et les lieux de détente d’une Nature prodigue ; sous des buissons, des marais et de larges bancs de sable nu ; à l’ombre des arbres, entre les cimes desquels apparaissaient de loin les crêtes audacieuses de quelque falaise boisée. La nuit, le bivouac — les canoës renversés sur la rive, le feu vacillant, un repas de viande de bison ou de cerf, les pipes du soir, et le sommeil sous les étoiles ; et le matin, ils…

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Ils remontèrent à bord ; le brouillard flottait sur la rivière comme un voile nuptial, puis se dissipa sous le soleil, jusqu’à ce que les eaux lisses et les forêts paresseuses se prélassent, haletantes, sous la chaleur étouffante.[53]
Le 17 juin, ils aperçurent sur leur droite de vastes prairies, bordées au loin par des collines escarpées : le MISSISSIPPI, là où se trouvent aujourd’hui la ville et la forteresse de Prairie du Chien. Devant eux coulait un courant large et rapide qui traversait leur chemin, au pied de hautes montagnes enveloppées de forêts denses. Ils avaient trouvé ce qu’ils cherchaient, et « avec une joie », écrit Marquette, « que je ne peux exprimer », ils dirigèrent leurs canoës vers les tourbillons du Mississippi.
En tournant vers le sud, ils pagayèrent le long du fleuve, à travers une solitude sans le moindre signe de présence humaine. Un grand poisson, apparemment l’un des énormes poissons-chat du Mississippi, heurta violemment le canoë de Marquette, avec une telle force qu’il sembla le surprendre ; et une fois, en tirant leur filet, ils capturèrent un « poisson-pelle », dont l’apparence étrange les stupéfia grandement. Finalement, des bisons commencèrent à apparaître, paissant en troupeaux sur les grandes prairies qui bordaient alors la rivière ; Marquette décrit l’air féroce et stupide des vieux mâles, qui fixaient les intrus à travers leur crinière emmêlée qui les aveuglait presque.
Ils avancèrent avec extrême prudence, débarquèrent la nuit, allumèrent un feu pour préparer leur repas du soir, puis l’éteignirent, remontèrent à bord, pagayèrent encore un peu plus loin et ancrèrent dans le courant, laissant un homme de garde jusqu’au matin. Ils avaient voyagé pendant plus d’un mois sans rencontrer âme qui vive, quand, le 25, ils découvrirent des empreintes humaines dans la boue de la rive ouest, ainsi qu’un sentier bien fréquenté menant à la prairie adjacente. Joliet et Marquette décidèrent de le suivre ; laissant les canoës sous la garde de leurs hommes, ils entreprirent cette aventure périlleuse.
La journée était belle ; ils marchèrent deux lieues en silence, suivant le sentier à travers la forêt et à travers les prairies ensoleillées, jusqu’à ce qu’ils découvrent un village indien sur les rives d’une rivière, et deux autres sur une colline à une demi-lieue de distance.[54] Alors, le cœur battant, ils invoquèrent l’aide du Ciel, et, avançant à nouveau, s’approchèrent suffisamment, sans être vus, pour entendre les voix des Indiens à l’intérieur des wigwams. Puis ils apparurent en pleine vue et crièrent pour attirer l’attention. Il y eut une grande agitation parmi les

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village. Les habitants sortirent en masse de leurs huttes, et quatre de leurs chefs s’avancèrent bientôt pour accueillir les étrangers, avançant avec beaucoup de prudence et levant vers le soleil deux calumets, ou pipes de paix, décorés de plumes. Ils s’arrêtèrent brusquement devant les deux Français et restèrent là à les regarder sans dire un mot. Marquette fut grandement soulagé en voyant qu’ils portaient des vêtements français, d’où il déduisit qu’ils devaient être des amis et des alliés. Il rompit le silence et leur demanda qui ils étaient ; ils répondirent alors qu’ils étaient des Illinois et leur offrirent la pipe ; après l’avoir fumée comme il se doit, ils allèrent tous ensemble au village. Là, le chef accueillit les voyageurs d’une manière singulière, destinée à leur rendre hommage. Il se tenait complètement nu à l’entrée d’un grand wigwam, les deux mains levées comme pour se protéger les yeux. « Français, comme le soleil brille quand vous venez nous rendre visite ! Tout notre village vous attend ; vous entrerez dans nos wigwams en paix. » Ayant dit cela, il les conduisit dans le sien, qui était bondé à en étouffer de sauvages, fixant leurs invités en silence. Après avoir fumé avec les chefs et les anciens, on les invita à visiter le grand chef de tous les Illinois, dans l’un des villages qu’ils avaient aperçus au loin ; c’est là qu’ils se rendirent, suivis d’une foule de guerriers, de squaws et d’enfants. Arrivés sur place, ils furent contraints de fumer à nouveau et d’écouter un discours de bienvenue du grand chef, qui le prononça debout entre deux hommes âgés, nus comme lui. Sa demeure était pleine des dignitaires de la tribu, auxquels Marquette s’adressa en algonquin, se présentant comme un messager envoyé par le Dieu qui les avait créés, et que ils devaient reconnaître et obéir. Il ajouta quelques mots au sujet du pouvoir et de la gloire du comte Frontenac, et conclut en demandant des informations concernant le Mississippi et les tribus qui longent ses rives, que lui-même était sur le point de visiter. Le chef répondit par un discours de compliments, assurant à ses invités que leur présence ajoutait du goût à son tabac, rendait la rivière plus calme, le ciel plus serein et la terre plus belle. Enfin, il leur donna un jeune esclave et un calumet, tout en leur demandant d’abandonner leur projet de descendre le Mississippi.
Une fête à quatre services suivit alors. D’abord, un bol en bois rempli d’une bouillie faite de farine indienne cuite avec de la graisse fut posé devant les invités ; le maître de cérémonie les nourrit tour à tour, comme des enfants, avec une grande cuillère. Puis apparut un plat de poisson ; et le même fonctionnaire, avec soin

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Il enlevait les os avec ses doigts, soufflait sur les morceaux pour les refroidir, puis les plaçait dans la bouche des deux Français. Un grand chien, abattu et cuisiné pour l’occasion, fut ensuite placé devant eux ; mais, ne parvenant pas à tenter leurs appétits raffinés, il fut remplacé par un plat de viande de buffle grasse, ce qui mit fin au festin. La foule ayant disparu, des couvertures en peau de buffle furent étendues sur le sol, et Marquette ainsi que Joliet passèrent la nuit sur le lieu de la fête récente. Le matin, le chef, accompagné d’environ six cents membres de sa tribu, les accompagna jusqu’à leurs canoës et leur adressa, à sa manière grave, un adieu amical.

Ils étaient de nouveau en route, glissant lentement le long du grand fleuve. Ils passèrent l’embouchure de l’Illinois, une ligne rocheuse située sur le côté est, sculptée par les éléments en formes fantastiques et désignée sur certaines cartes françaises anciennes comme « Les Châteaux en ruine ». Bientôt, ils aperçurent un spectacle qui leur rappela que le Diable était encore le seigneur absolu de cette contrée sauvage. Sur la surface plate d’un rocher élevé, étaient peints en rouge, noir et vert un couple de monstres, chacun « aussi grand qu’un veau, avec des cornes comme celles d’un cerf, des yeux rouges, une barbe comme celle d’un tigre, et une expression effrayante. Le visage ressemble à celui d’un homme, le corps recouvert d’écailles ; et la queue si longue qu’elle entoure complètement le corps, passe par-dessus la tête et entre les jambes, se terminant comme celle d’un poisson. » Telle est la description que donne ce digne jésuite de ces divinités indiennes. Il avoue qu’au début elles l’effrayèrent ; son imagination, ainsi que celle de ses compagnons crédules, furent tellement troublées par ces œuvres d’art indiennes impies qu’ils continuèrent longtemps à en parler tout en pagayant. Ils étaient ainsi occupés lorsqu’ils furent soudainement alertés par un véritable danger. Un torrent de boue jaune déferla avec fureur à travers le courant bleu et calme du Mississippi, bouillonnant et ondulant, emportant avec lui des troncs, des branches et des arbres déracinés. Ils avaient atteint l’embouchure du Missouri, où ce fleuve sauvage, descendant de son cours fou à travers une vaste région inconnue de barbarie, versait ses eaux troubles dans les bras de sa sœur plus douce. Leurs canoës légers tournoyaient dans le tourbillon boueux comme des feuilles sèches dans un ruisseau agité. « Je n’ai jamais », écrit Marquette, « vu rien de plus terrifiant » ; mais ils s’échappèrent indemnes de leur frayeur et continuèrent leur route le long du courant tumultueux et gonflé des fleuves désormais réunis. Ils passèrent la forêt solitaire qui couvrait le site de la future ville de Saint-Louis, et…

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Quelques jours plus tard, ils aperçurent sur leur gauche l’embouchure du ruisseau que les Iroquois avaient justement nommé Ohio, ou « le beau fleuve ».
[57]
Bientôt, ils commencèrent à voir des rives marécageuses enfouies sous une végétation dense de cannes, aux tiges hautes et droites et au feuillage léger et vert. Le soleil brillait à travers l’air brumeux avec une chaleur lourde et étouffante, et de jour comme de nuit, des myriades de moustiques ne leur laissaient aucun répit. Ils descendaient lentement le courant, accroupis à l’ombre des voiles qu’ils avaient étendues comme auvents, quand soudain ils aperçurent des Indiens sur la rive est. La surprise fut mutuelle, et chaque groupe était tout aussi effrayé que l’autre. Marquette se hâta de montrer le calumet que les Illinois lui avaient donné en guise de passeport ; les Indiens, reconnaissant ce symbole de paix, répondirent par une invitation à débarquer. De toute évidence, ils étaient en contact avec des Européens, car ils étaient armés de fusils, de couteaux et de haches, portaient des vêtements en tissu et transportaient leur poudre à canon dans de petites bouteilles en verre épais. Ils firent festin des Français avec de la viande de bison, de l’huile d’ours et des prunes blanches ; et leur donnèrent toutes sortes d’informations douteuses, y compris l’assurance agréable mais trompeuse qu’ils atteindraient l’embouchure du fleuve en dix jours. En réalité, celle-ci se trouvait à plus de mille miles de là.
Ils reprirent leur route et descendirent à nouveau le long de cette monotonie interminable de fleuve, de marais et de forêt. LE BAS MISSISSIPPI.
Jour après jour s’écoulèrent dans la solitude, et ils avaient pagayé environ trois cents miles depuis leur rencontre avec les Indiens, quand, en s’approchant de l’embouchure de l’Arkansas, ils aperçurent un groupe de wigwams sur la rive ouest. Ses habitants étaient tous en émoi, poussant des cris de guerre, saisissant leurs armes et courant vers la rive pour accueillir les étrangers, qui, de leur côté, appelaient à l’aide la Vierge. En vérité, ils avaient besoin de son aide ; car plusieurs grandes canoës en bois, remplies de sauvages, partaient de la rive, en amont et en aval d’eux, pour couper leur retraite, tandis qu’une nuée de jeunes guerriers impétueux entraient dans l’eau pour les attaquer. Le courant s’avéra trop fort ; et, n’ayant pas réussi à atteindre les canoës des Français, l’un d’eux lança son gourdin de guerre, qui vola au-dessus des têtes des voyageurs stupéfaits. Pendant ce temps, Marquette n’avait cessé de brandir son calumet, que la foule excitée ignora, mais tendit ses arcs et arma ses flèches pour une action immédiate ; jusqu’à ce que finalement les anciens du village arrivent, voient le pipe de paix, tempèrent l’ardeur des jeunes et incitent les Français à débarquer. Marquette et ses

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Les compagnons obéirent, tremblants, et reçurent un accueil meilleur que celui qu’ils avaient raison d’attendre. L’un des Indiens parlait un peu l’Illinois et servit d’interprète ; après une conversation amicale suivie d’un festin de sagamite et de poisson, les voyageurs, non sans grandes appréhensions, passèrent la nuit dans les cabanes de leurs hôtes.[58]
Tôt le matin, ils remontèrent à bord et se rendirent dans un village de la tribu des Arkansas, situé à environ huit lieues en aval. La nouvelle de leur arrivée avait été envoyée devant eux par leurs hôtes précédents ; à leur approche, ils furent accueillis par une canoë, à la proue de laquelle se tenait une personne nue, tenant un calumet, chantant et faisant des gestes d’amitié. Arrivés au village, qui se trouvait sur la rive est,[59] en face de l’embouchure de la rivière Arkansas, on les conduisit vers une sorte d’échafaudage, devant la cabane du chef de guerre. L’espace en dessous avait été préparé pour leur accueil, le sol étant soigneusement recouvert de nattes de roseaux. Ils s’y assirent ; les guerriers s’assirent autour d’eux en demi-cercle, puis les anciens de la tribu, et enfin la foule mixte des villageois, debout, regardant par-dessus la tête des membres les plus dignes de l’assemblée. Tous les hommes étaient nus ; mais, pour compenser le manque de vêtements, ils portaient des chaînes de perles dans le nez et les oreilles. Les femmes étaient vêtues de peaux usées, et portaient leurs cheveux rassemblés en masses derrière chaque oreille. Par chance, il y avait dans le village un jeune Indien qui connaissait très bien l’Illinois ; c’est par son intermédiaire que Marquette tenta d’expliquer les mystères du christianisme et d’obtenir des informations concernant la rivière en aval. À cette fin, il offrit à ses auditeurs les présents indispensables en de telles occasions, mais reçut très peu en retour. Ils lui dirent que le Mississippi était infesté d’Indiens hostiles, armés de fusils obtenus auprès des Blancs ; et que eux, les Arkansas, avaient si peur d’eux qu’ils n’osaient pas chasser les bisons, et étaient contraints de vivre de maïs indien, dont ils cultivaient trois récoltes par an.
Pendant les discours des deux parties, de la nourriture était apportée sans cesse — parfois un plat de sagamite ou de bouillie ; parfois du maïs cuit entier ; parfois un chien rôti. Les villageois possédaient de grands pots en terre et des plats, fabriqués eux-mêmes avec une habileté suffisante, ainsi que des haches, des couteaux et des perles, obtenues grâce au commerce avec les Illinois et d’autres tribus en contact avec les Français ou les Espagnols. Tout au long de la journée, il y eut des festins sans interruption, selon la pratique impitoyable de l’hospitalité indienne ; mais la nuit, certains…

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De leurs hôtes, certains proposèrent de les tuer et de les piller — un plan qui fut déjoué par la vigilance du chef, qui visita leurs quartiers et dansa la danse du calumet pour rassurer ses invités. Les voyageurs se mirent alors à délibérer sur la direction à prendre. Ils pensaient avoir suffisamment avancé pour établir un point important : le Mississippi déversait ses eaux non pas dans l’Atlantique ou la mer de Virginie, ni dans le golfe de Californie ou la mer Vermillion, mais dans le golfe du Mexique. Ils se croyaient plus proches de son embouchure qu’ils ne l’étaient en réalité, la distance étant encore d’environ sept cents miles ; ils craignaient que, s’ils continuaient, ils puissent être tués par des Indiens ou capturés par des Espagnols, ce qui entraînerait la perte des résultats de leur découverte. Ils décidèrent donc de retourner au Canada pour rapporter ce qu’ils avaient vu. Ils quittèrent le village de l’Arkansas et commencèrent leur voyage de retour le 17 juillet. Ce n’était pas une tâche facile de remonter le courant, par cette chaleur d’été, contre le flux de la rivière sombre et lugubre, travaillant toute la journée sous le soleil brûlant, et dormant la nuit dans les vapeurs des rives malsaines, ou dans l’espace restreint de leurs canoës amarrés sur la rivière. Marquette fut atteint de dysenterie. Affaibli et presque épuisé, il invoquait sa maîtresse céleste, jour après jour, semaine après semaine, tandis qu’ils progressaient lentement vers le nord. Finalement, ils atteignirent l’Illinois et, en entrant dans son embouchure, suivirent son cours, charmés par ses eaux calmes, ses forêts ombragées et ses plaines fertiles, où paissaient les bisons et les cerfs. Ils s’arrêtèrent en un lieu qui deviendrait bientôt célèbre dans les annales de la découverte de l’Ouest. C’était un village des Illinois, alors appelé « Kaskaskia » ; un nom qui fut ensuite transféré à un autre endroit.[60] Un chef, accompagné d’un groupe de jeunes guerriers, offrit de les guider jusqu au lac des Illinois, c’est-à-dire le lac Michigan. Ils se rendirent là-bas et, longeant ses rives, atteignirent Green Bay à la fin du mois de septembre, après environ quatre mois d’absence, durant lesquels ils avaient parcouru plus de deux mille cinq cents miles à la rame.[61] Marquette resta pour recouvrer ses forces épuisées ; mais Joliet descendit au Québec pour porter le rapport de sa découverte au comte Frontenac. La fortune l’avait merveilleusement favorisé lors de son long et périlleux voyage ; mais maintenant, elle l’abandonna.

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Au seuil même de chez lui. Au pied des rapides de La Chine, et juste au-dessus de Montréal, sa canoë chavira ; deux de ses hommes ainsi qu’un garçon indien se noyèrent, tous ses papiers furent perdus, et lui-même s’en sortit de justesse.[62] Dans une lettre à Frontenac, il décrit l’accident comme suit : « J’avais échappé à tous les périls causés par les Indiens ; j’avais traversé quarante-deux rapides ; et j’étais sur le point de débarquer, plein de joie à l’idée du succès d’une entreprise si longue et difficile, lorsque ma canoë chavira, alors que tous les dangers semblaient écartés. J’ai perdu deux hommes et ma boîte contenant mes papiers, tout près des premières colonies françaises que j’avais quittées il y a presque deux ans. Il ne me reste plus que ma vie, et le désir ardent de la consacrer à tout service que vous voudrez bien me confier. »[63]

Marquette passa l’hiver et l’été suivant à la mission de Green Bay, souffrant toujours de sa maladie. Cependant, à l’automne, elle s’atténua ; son supérieur lui permit alors d’entreprendre un projet auquel il tenait beaucoup : fonder, dans la principale ville des Illinois, une mission appelée « Immaculée Conception », nom qu’il avait déjà donné au fleuve Mississippi. Il partit pour cette mission le vingt-cinquième octobre, accompagné de deux hommes, Pierre et Jacques, l’un d’eux ayant été avec lui lors de son grand voyage d’exploration. Un groupe de Pottawattamies et un autre groupe d’Illinois se joignirent également à eux. Les troupes réunies — dix canoës au total — suivirent la côte est de Green Bay jusqu’à l’embouchure alors appelée « Sturgeon Cove » ; de là, elles traversèrent par un portage difficile à travers la forêt pour atteindre la rive du lac Michigan. Le mois de novembre était arrivé. Les couleurs vives des feuilles d’automne avaient viré au brun rouillé. La côte était déserte, et le lac était agité par des tempêtes. Ils longèrent sa rive ouest pendant plus d’un mois, jusqu’à ce qu’ils atteignent enfin le fleuve Chicago, y entrèrent et remontèrent son cours sur environ deux lieues. La maladie de Marquette était réapparue, et des hémorragies survinrent. Il dit à ses deux compagnons que ce serait son dernier voyage. Dans son état, il était impossible d’aller plus loin. Les deux hommes construisirent une cabane en rondins au bord du fleuve, et c’est là qu’ils préparèrent à passer l’hiver ; tandis que Marquette, bien qu’affaibli, commença les exercices spirituels de saint Ignace et confessait ses deux compagnons deux fois par semaine.

Les prairies, les marais et les forêts étaient recouverts de neige, mais la faune abondait. Pierre et Jacques tuèrent des buffles et des cerfs, ainsi que des dindes sauvages.

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près de leur cabane. Il y avait un camp d’Illinois à deux jours de voyage ; et d’autres Indiens, passant par cette voie bien connue, venaient parfois les visiter, traitant les exilés avec gentillesse et leur apportant parfois de la viande sauvage et du maïs indien. À dix-huit lieues de là se trouvait le camp de deux marchands français aventuriers — l’un d’eux, un célèbre coureur de bois surnommé La Taupine ;[64] et l’autre, un soi-disant chirurgien. Eux aussi rendaient visite à Marquette et faisaient tout leur possible pour devenir ses amis.

Poussé par un désir ardent de jeter, avant de mourir, les fondations de sa nouvelle mission dédiée à l’Immaculée Conception, Marquette pria ses deux compagnons de le rejoindre pour une novène, c’est-à-dire neuf jours de dévotion à la Vierge. Grâce à cela, croyait-il, sa maladie s’atténua ; il commença à reprendre des forces et, en mars, put reprendre son voyage. Le trentième du mois, ils quittèrent leur cabane, inondée par une montée soudaine du fleuve, et transportèrent leur canoë à travers la boue et l’eau, le long du passage qui menait aux Des Plaines. Marquette connaissait le chemin, car il l’avait emprunté sur le retour du Mississippi. Au milieu des pluies du début du printemps, ils descendirent le courant gonflé des Des Plaines, à travers des forêts nues et des prairies élastiques et saturées d’eau, jusqu’à ce qu’ils atteignent son confluent avec le cours principal de l’Illinois, qu’ils remontèrent jusqu’à leur destination : la ville indienne que Marquette appelle « Kaskaskia ». Là, comme on nous le dit, il fut accueilli « comme un ange du Ciel ». Il alla de wigwam en wigwam, racontant aux foules attentives Dieu et la Vierge, le Paradis et l’Enfer, les anges et les démons ; et, lorsqu’il crut que leurs esprits étaient prêts, il les convoqua tous en un grand conseil.

Celui-ci eut lieu près de la ville, sur la grande prairie située entre le fleuve et le village moderne d’Utica. Là, cinq cents chefs et anciens étaient assis en cercle ; derrière eux se tenaient mille cinq cents jeunes gens et guerriers, et encore derrière eux toutes les femmes et enfants du village. Marquette, debout au milieu, montra quatre grandes images de la Vierge ; il harangua l’assemblée sur les mystères de la Foi et les exhorta à l’adopter. L’attitude de son auditoire répondit parfaitement à ses souhaits. Ils le supplièrent de rester parmi eux et de continuer ses enseignements ; mais sa vie s’éteignait rapidement, et il lui fallait partir.

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Quelques jours après Pâques, il quitta le village, escorté par une foule d’Indiens qui le suivirent jusqu’au lac Michigan. Là, il embarqua avec ses deux compagnons à Marquette. Leur destination était Michilimackinac, et leur route passait le long des rives orientales du lac. Alors que, dans la fraîcheur du printemps naissant, Pierre et Jacques poussaient leur canoë le long de cette côte solitaire et sauvage, le prêtre, la vue affaiblie et les forces épuisées, communiait avec la Vierge et les anges. Le 19 mai, il sentit que son heure était proche ; et, alors qu’ils passaient l’embouchure d’une petite rivière, il demanda à ses compagnons de débarquer. Ils obéirent, construisirent une cabane en écorce sur un terrain élevé près du rivage, et y transportèrent le jésuite mourant. Avec une sérénité et une tranquillité parfaites, il donna des instructions pour son enterrement, leur demanda pardon pour les tracas qu’il leur avait causés, administra le sacrement de pénitence et remercia Dieu de lui permettre de mourir dans la solitude, en tant que missionnaire de la Foi et membre de la fraternité jésuite. La nuit, voyant qu’ils étaient fatigués, il leur dit de se reposer, affirmant qu’il les appellerait lorsqu’il sentirait sa fin approcher. Deux ou trois heures plus tard, ils entendirent une voix faible ; se hâtant à ses côtés, ils le trouvèrent au seuil de la mort. Il expira calmement, murmurant les noms de Jésus et de Marie, les yeux fixés sur le crucifix que l’un de ses suivants tenait devant lui. Ils creusèrent une tombe à côté de la cabane et l’y enterrèrent selon les instructions qu’il leur avait données ; puis, remontant à bord, ils se rendirent à Michilimackinac pour porter la nouvelle aux prêtres de la mission Saint-Ignace.[65]

Durant l’hiver 1676, un groupe d’Ottawas de Kiskakon chassait sur le lac Michigan ; et lorsque, au printemps suivant, ils se préparèrent à rentrer chez eux, ils se souvinrent, conformément à une coutume indienne, de prendre avec eux les ossements de Marquette, qui avait été leur instructeur à la mission Saint-Esprit. Ils se rendirent sur place, trouvèrent la tombe, l’ouvrirent, lavèrent et séchèrent les ossements, puis les placèrent soigneusement dans une boîte en écorce de bouleau. Ensuite, dans une procession de trente canoës, ils transportèrent ces reliques, en chantant leurs chants funéraires, jusqu’à Saint-Ignace de Michilimackinac. À leur arrivée, prêtres, Indiens et commerçants affluèrent tous sur la rive. Les reliques de Marquette furent accueillies avec solennité et enterrées sous le sol de la petite chapelle de la mission.[66]

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NOTES DE PIÈCE :
[ Lettre de Frontenac au Ministre, 2 nov. 1672 ; Ibid., 14 nov. 1674. ]
46
] [ Voir « Les Jésuites en Amérique du Nord ». ]
47
] [ « Le 2 juillet (1666), les premières disputes de philosophie ont lieu avec succès au sein de la congrégation. Toutes les personnalités importantes y étaient présentes ; M. l’Intendant, entre autres, y a argumenté très bien. M. Jolliet et Pierre Francheville y ont répondu de manière très convaincante, en utilisant toute la logique. » — Journal des Jésuites. ]
[ On ne savait rien de Jolliet jusqu’à ce que Shea étudie son histoire. Ferland, dans ses Notes sur les Registres de Notre-Dame de Québec ; Faillon, dans son ouvrage La Colonie française au Canada ; et Margry, dans une série d’articles parus dans le Journal Général de l’Instruction Publique, ont apporté beaucoup de lumière nouvelle sur sa vie. D’après les comptes rendus d’un voyage qu’il fit plus tard sur la côte du Labrador, tels que rapportés par Margry, il semble avoir été un homme doté d’une observation fine et perspicace. Ses connaissances en mathématiques semblaient être très considérables. ]
[ La doctrine de l’Immaculée Conception, sanctionnée de notre temps par le Pape, a toujours été un principe cher aux Jésuites ; Marquette en était particulièrement dévoué. ]
[ Les Malhoumines, Malouminek, Oumalouminek, ou Nation des Folles-Avoines, tels que les désignent les premiers écrivains français. La folle-avoine, ou orge sauvage (Zizania aquatica), était leur nourriture habituelle, tout comme pour d’autres tribus de cette région. ]
[ Dablon, lors de son voyage avec Allouez en 1670, fut ravi par le paysage et par l’abondance de gibier le long de cette rivière. Un siècle plus tard, Carver exprime le même sentiment, disant que les oiseaux s’envolaient en nuages depuis les marais d’orge sauvage. ]
[ Les caractéristiques décrites ci-dessus du paysage du Wisconsin proviennent d’observations personnelles faites au milieu de l’été sur cette rivière. ]
[ Les villages indiens, sous les noms de Peouaria (Peoria) et Moingouena, sont représentés sur la carte de Marquette sur une rivière située à peu près à l’endroit où se trouve aujourd’hui le fleuve Des Moines ; cependant, la distance indiquée par lui par rapport au Wisconsin suggérerait plutôt une rivière plus au nord. ]
[ La roche sur laquelle ces figures étaient peintes se trouve juste au-dessus de la ville d’Alton. La tradition concernant leur existence persiste, bien qu’elles soient complètement effacées par le temps. En 1867, lorsque je suis passé par là, une partie de la roche avait déjà été extraite en pierres de construction ; à la place des monstres décrits par Marquette, on y voyait une immense publicité pour « Plantation Bitters ». Il y a quelques années, certaines personnes, animées plus par zèle que par connaissance, ont proposé de restaurer ces figures selon leurs propres idées ; mais cette idée a été abandonnée. ]

Marquette a fait un dessin des deux monstres, mais il a été perdu. J’ai cependant un fac-similé d’une carte réalisée quelques années plus tard, sur ordre de l’intendant Duchesneau, qui est ornée du portrait de l’un d’eux, correspondant à la description de Marquette et probablement copié d’après son dessin. Saint-Cosme, qui les a vus en 1699, dit qu’ils étaient déjà presque effacés à cette époque. Douay et Joutel en parlent également — le premier,

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profondément hostile à ses contemporains jésuites, accusant Marquette d’exagération dans son récit à leur sujet. Joutel ne voyait rien de terrifiant dans leur apparence ; mais il affirme que ses Indiens leur offraient des sacrifices lorsqu’ils passaient.
[Le Missouri est appelé « Pekitanouï » par Marquette. Sur les premières cartes françaises, il porte également les noms de « Rivière des Osages » et de « Rivière des Emissourites », ou « Oumessourits ». Sur la carte de Marquette, une tribu portant ce nom est située près de ses rives, juste au-dessus des Osages. En se basant sur le cours du Mississippi qui se jette dans le golfe du Mexique, il nourrissait l’espoir de parvenir un jour à la mer du Sud par le Missouri.]
[Sur la carte de Marquette, elle est appelée « Ouabouskiaou ». Sur certaines des plus anciennes cartes, on la trouve sous le nom de « Ouabache » (Wabash).]
[Ce village, appelé « Mitchigamea », est représenté sur plusieurs cartes contemporaines.]
[Quelques années plus tard, les Arkansas se trouvaient tous du côté ouest.]
[Marquette affirme qu’à cette époque il comptait soixante-quatorze cabanes. Celles-ci, comme celles des Hurons et des Iroquois, abritaient chacune plusieurs feux et plusieurs familles. Ce village se trouvait à environ sept miles en amont du site de la ville actuelle d’Ottawa.]
[Le journal de Marquette, publié pour la première fois de manière imparfaite par Thevenot en 1681, a été réimprimé par M. Lenox, sous la direction de M. Shea, à partir du manuscrit conservé dans les archives des jésuites canadiens. On le trouve également dans *Discovery and Exploration of the Mississippi Valley* de Shea, ainsi que dans les *Relations Inédites de Martin*. La vraie carte de Marquette accompagne toutes ces publications. La carte publiée par Thevenot et reproduite par Bancroft n’est pas celle de Marquette. L’original de celle-ci, dont je possède un fac-similé, porte le titre : *Carte de la Nouvelle Découverte que les Pères Jésuites ont faite en l’année 1672, et continuée par le Père Jacques Marquette, etc.* Le trajet de retour de l’expédition y est indiqué de manière erronée. Une carte manuscrite du jésuite Raffeix, conservée à la Bibliothèque Impériale, est plus précise à cet égard. J’ai également une autre carte manuscrite contemporaine, indiquant les divers postes jésuites en Occident à cette époque, et représentant le Mississippi tel que découvert par Marquette. Pour ces cartes et d’autres, voir l’Appendice.]
[Lettre de Frontenac au Ministre, Québec, 14 nov. 1674.]
[Cette lettre est jointe à la petite carte de Joliet représentant ses découvertes. Voir l’Appendice.]
[Comparer *Détails sur le Voyage de Louis Joliet* et *Relation de la Descouverte de plusieurs Pays situés au sud de la Nouvelle France, faite en 1673* (Margry, i. 259). Il s’agit de récits oraux donnés par Joliet après la perte de ses documents. Voir aussi *Lettre de Joliet*, 10 oct. 1674 (Harrisse). Le 7 octobre 1675, Joliet épousa Claire Bissot, fille d’un riche marchand canadien actif dans le commerce avec les Indiens du nord. Cela attira l’attention de Joliet sur la baie d’Hudson ; il entreprit donc un voyage vers là-bas en 1679, par le Saguenay. Il y trouva trois forts anglais occupés par une soixantaine d’hommes, qui disposaient également d’un navire armé de douze canons et de plusieurs petits bateaux de commerce. Les Anglais offrirent de grandes incitations à Joliet pour qu’il rejoigne leurs rangs ; mais il refusa et retourna à Québec, où il rapporta que, à moins que ces redoutables rivaux ne soient chassés, le commerce du Canada serait ruiné. Suite à ce rapport, quelques-uns des principaux marchands de la colonie formèrent une compagnie pour concurrencer les Anglais dans le commerce de la baie d’Hudson. L’année de ce voyage, Joliet reçut une concession de...]

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îles de Mignan ; et l’année suivante, en 1652, il reçut une autre concession, celle de la grande île d’Anticosti, dans le bas Saint-Laurent. En 1681, il s’y installa avec sa femme et six serviteurs. Il se livrait à la pêche ; et, étant un navigateur et un surveyeur habile, il fit vers cette époque une carte du Saint-Laurent. En 1690, Sir William Phips, en route avec une flotte anglaise pour attaquer Québec, envahit l’établissement de Joliet, brûla ses bâtiments et fit prisonnières sa femme et sa belle-mère. En 1694, Joliet explora les côtes du Labrador, sous les auspices d’une compagnie créée pour la pêche à la baleine et au phoque. À son retour, Frontenac le nomma pilote royal du Saint-Laurent ; et à peu près à la même époque, il reçut la nomination d’hydrographe à Québec. Il mourut, apparemment pauvre, en 1699 ou 1700, et fut enterré sur l’une des îles de Mignan. La découverte des faits mentionnés ci-dessus est en grande partie due aux recherches de Margry.

[Pierre Moreau, alias La Taupine, fut par la suite vivement critiqué par l’intendant Duchesneau pour avoir agi comme agent du gouverneur dans des échanges illicites avec les Indiens.]

[Le récit contemporain nous dit qu’un miracle eut lieu lors des funérailles de Marquette. L’un des deux Français, accablé de chagrin et de douleurs abdominales, eut l’idée d’appliquer un peu de terre provenant de la tombe sur l’endroit douloureux. Cela le remit aussitôt en bonne santé et lui rendit sa gaieté.]

[Pour la mort de Marquette, voir le récit contemporain publié par Shea, Lenox et Martin, accompagné de la Lettre et Journal correspondantes. La rivière où il mourut est un petit cours d’eau à l’ouest du Michigan, à une certaine distance au sud du promontoire appelé « Sleeping Bear ». Elle porta longtemps son nom, qui est aujourd’hui celui d’un cours d’eau plus grand voisin. Le récit de Charlevoix sur la mort de Marquette provient de la tradition et n’est pas confirmé par le récit contemporain. En 1877, des os humains, ainsi que des fragments d’écorce de bouleau, furent trouvés enterrés sur le site présumé de la chapelle jésuite à Point St. Ignace.]

En 1847, le missionnaire des Algonquins du Lac aux Deux Montagnes, au-dessus de Montréal, nota une tradition concernant la mort de Marquette, telle que rapportée par une vieille femme indienne née en 1777 à Michilimackinac. Sa ancêtre avait été baptisée par le personnage central de cette histoire. Cette tradition présente des similitudes avec celle rapportée comme fait par Charlevoix. La vieille squaw raconta que le jésuite revenait, très malade, à Michilimackinac, lorsqu’une tempête le força, lui et ses deux compagnons, à accoster près d’un petit ruisseau. Là, il leur dit qu’il allait mourir et leur ordonna de faire sonner une cloche au-dessus de sa tombe et d’y planter une croix. Ils restèrent tous quatre jours sur place ; et, bien qu’affamés, les hommes ne ressentaient aucune faim. Dans la nuit du quatrième jour, il mourut, et les hommes l’enterrèrent comme il l’avait demandé. Au réveil, le matin suivant, ils virent un sac de maïs indien, une quantité de bacon et quelques biscuits, envoyés miraculeusement à eux, conformément à la promesse de Marquette, qui leur avait dit qu’ils auraient assez de nourriture pour leur voyage jusqu’à Michilimackinac. Au même instant, le ruisseau commença à monter et, en quelques instants, entoura la tombe du jésuite, qui devint ainsi une îlot au milieu des eaux.

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La tradition ajoute qu’une bataille indienne eut par la suite lieu sur les rives de ce ruisseau, entre chrétiens et infidèles ; et que les premiers remportèrent la victoire en invoquant le nom de Marquette. Cette histoire est attestée par le prêtre des Deux Montagnes, qui affirme qu’il s’agit d’une traduction littérale de la tradition telle que racontée par la vieille femme. On a soutenu que le pays des Illinois fut visité par deux prêtres, quelque temps avant la visite de Marquette. Cette affirmation fut formulée pour la première fois par M. Noiseux, ancien grand vicaire de Québec, qui n’en donne aucune source. Aucune indication, même minime, d’une telle visite ne figure dans aucun document ou carte contemporaine découvert à ce jour. Les auteurs de l’époque, jusqu’à l’époque de Marquette et de La Salle, parlent tous des Illinois comme d’un pays inconnu. L’absolue fausseté de l’affirmation de Noiseux est démontrée par Shea dans un article paru dans le « Weekly Herald » de New York, le 21 avril 1855.

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CHAPITRE VI.
1673-1678.
LA SALLE ET FRONTENAC.
Objectifs de La Salle.—Frontenac le soutient.—Projets de Frontenac.—
Cataraqui.—Frontenac sur le lac Ontario.—Fort Frontenac.—La
Salle et Fénelon.—Succès de La Salle : ses ennemis.
Nous tournons le dos au modeste Marquette, remerciant Dieu de son dernier souffle d’avoir mort pour son ordre et sa foi ; à nos côtés se tient la figure virile de Cavelier de la Salle. Le contraste entre les deux découvreurs était prodigieux : l’un, les mains jointes et les yeux levés vers le ciel, semble une figure tirée d’une lointaine légende de sainteté médiévale ; l’autre, les pieds fermement plantés dans la terre dure, irradie l’énergie confiante de l’entreprise pratique moderne. Néanmoins, les ennemis de La Salle le qualifiaient de visionnaire. Ses projets les déconcertaient et les effrayaient. Au début, ils se moquaient de lui ; puis, à mesure qu’il avançait pas à pas vers son but, ils le dénonçaient et le calomniaient. Quel était ce but ? Il n’était pas né soudainement, mais s’est développé au fil des années. À La Chine, La Salle rêvait d’un passage vers l’Ouest menant en Chine, et nourrissait des projets vagues de découverte occidentale. Puis, lorsque ses premiers voyages lui révélèrent la vallée de l’Ohio et les plaines fertiles de l’Illinois, son imagination s’envola au-dessus des prairies et des forêts immenses arrosées par le grand fleuve de l’Ouest. Son ambition avait trouvé son terrain d’action. Il voulait laisser derrière lui le Canada stérile et glacé, pour conduire la France et la civilisation dans la vallée du Mississippi. Ni les Anglais ni les Jésuites ne devaient conquérir cette terre riche : les uns devaient se contenter du pays à l’est des Alleghénies, et les autres des forêts, des sauvages et des peaux de castor des lacs du Nord. C’était à lui de faire ressortir les richesses latentes du grand Ouest. Mais le chemin menant à sa terre promise était rude et long : il passait par le Canada, plein de marchands hostiles et de prêtres hostiles, et bloqué par la glace pendant la moitié de l’année. La difficulté fut bientôt résolue. La Salle fut convaincu que le Mississippi ne se jette ni dans le Pacifique ni dans le golfe de Californie, mais dans le golfe de

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Mexique. Grâce à un poste fortifié à son embouchure, il pouvait le protéger tant des Anglais que des Espagnols, assurer aux échanges commerciaux de l’intérieur un accès et une sortie sous son contrôle, et les maintenir ouverts en toutes saisons. Dans ce commerce, les peaux de bison formeraient d’abord l’article principal, et, avec les fourrures, elles récompenseraient cette entreprise jusqu’à ce que d’autres ressources soient développées. Tels étaient les vastes projets qui se dessinaient dans l’esprit de La Salle. Le Canada devait nécessairement être, au départ, sa base d’action, et sans le soutien de ses autorités, il ne pouvait rien faire. Ce soutien, il l’obtint. Dès le moment où le comte Frontenac prit la direction de la colonie, il sembla regarder avec bienveillance ce jeune découvreur. Il existait des points de ressemblance entre les deux hommes : tous deux étaient ardents, audacieux et entreprenants. L’orgueil irascible et flamboyant du noble trouvait son équivalent dans l’orgueil réservé et apparemment froid du bourgeois ambitieux. Chacun pouvait comprendre l’autre ; de plus, ils partageaient de forts préjugés et antipathies. Une entente, pour ne pas dire une alliance, naquit bientôt entre eux.

Frontenac était arrivé au Canada ruiné. Il était ostentatoire, prodigue, et n’était nullement disposé à laisser passer une occasion de remédier à sa situation financière. Bientôt, il crut avoir trouvé un plan lui permettant de servir à la fois la colonie et lui-même. Son prédécesseur, Courcelle, avait conseillé au roi l’utilité de construire une forteresse sur le lac Ontario, afin de tenir en échec les Iroquois et d’intercepter le commerce que les tribus des lacs supérieurs avaient commencé à entretenir avec les Hollandais et les Anglais de New York. Ainsi, un flux de richesses serait dirigé vers le Canada, ce qui, sinon, enrichirait ses ennemis. Il s’agissait, à première vue, d’un grand bien public, et du point de vue militaire, c’était effectivement le cas ; mais il était clair que le commerce ainsi assuré pourrait profiter non pas à la colonie dans son ensemble, mais uniquement à ceux qui contrôlaient la forteresse, laquelle deviendrait alors l’instrument d’un monopole. Le gouverneur comprenait cela ; et, sans aucun doute, il entendait que l’établissement projeté lui paie un tribut. Il n’est pas facile de dire dans quelle mesure lui et La Salle agissaient de concert à ce moment-là ; mais Frontenac consultait souvent l’explorateur, qui, de son côté, voyait dans ce projet une première étape possible vers la réalisation de ses propres projets ambitieux.

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Ces marchands canadiens qui n’étaient pas en confiance auprès du gouverneur regardaient son plan avec une extrême méfiance. Frontenac jugea donc opportun « d’utiliser », comme il le dit, « l’adresse ». Il affirma simplement qu’il avait l’intention de faire un voyage dans les régions supérieures de la colonie avec une force armée, afin d’inspirer le respect aux Indiens et d’assurer une paix solide. Il ne disposait ni de troupes, ni d’argent, ni de munitions, ni de moyens de transport ; pourtant, il n’y avait pas de temps à perdre, car s’il retardait la mise en œuvre de son plan, celui-ci pourrait être annulé par le roi. Son seul recours était donc un exercice rapide et énergique de l’autorité royale ; il émit donc un ordre exigeant que les habitants de Québec, Montréal, Three Rivers et d’autres colonies lui fournissent, à leurs propres frais, dès la fin des semis de printemps, un certain nombre d’hommes armés, en plus des canoës nécessaires. En même temps, il invita les officiers établis dans la région à se joindre à l’expédition — une invitation que, désireux de gagner ses faveurs, peu d’entre eux osèrent refuser. Sans tenir compte des murmures et du mécontentement, il poursuivit vigoureusement ses préparatifs, et le 3 juin, il quitta Québec avec sa garde, son état-major, une partie de la garnison du château Saint-Louis et un certain nombre de volontaires. Il avait déjà envoyé un message à La Salle, qui se trouvait alors à Montréal, lui ordonnant de se rendre à Onondaga, centre politique des Iroquois, et d’inviter leurs chefs à se réunir en conseil avec le gouverneur à la baie de Quinté, au nord du lac Ontario. La Salle était parti pour sa mission, mais il envoya d’abord à Frontenac une carte qui le convainquit que le meilleur emplacement pour le fort qu’il envisageait était l’embouchure du Cataraqui, là où se trouve aujourd’hui Kingston. Un autre messager fut donc envoyé pour changer le lieu de rendez-vous en ce point.

Pendant ce temps, le gouverneur se dirigea tranquillement vers Montréal, s’arrêtant en chemin pour visiter les officiers établis le long de la rive, qui, désireux de rendre hommage au soleil nouvellement levé, l’accueillirent avec une hospitalité qui, sous le toit d’une cabane en bois, était parfois agrémentée des manières raffinées du salon et du boudoir. Arrivé à Montréal, qu’il n’avait jamais vu auparavant, il contempla, on peut le supposer, avec un certain intérêt la longue rangée de modestes habitations qui bordaient la rive, les imposants bâtiments du séminaire et la flèche de l’église qui dominait tout. C’était une scène rustique, mais l’accueil qui l’attendait n’avait rien de la simplicité brute de la nature sauvage. Perrot, le gouverneur local, se trouvait sur la rive.

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Avec ses soldats et les habitants, armés et tirant des salves pour accueillir le représentant du Roi. Frontenac fut contraint d’écouter un long discours du juge du lieu, suivi d’un autre du syndic. Puis il y eut une procession solennelle vers l’église, où il dut subir un troisième discours d’un des prêtres. Un Te Deum suivit, en remerciement pour son arrivée ; puis il se réfugia dans la forteresse. Il y resta treize jours, occupé à ses préparatifs, à organiser la milice, à apaiser leurs jalousies mutuelles et à régler des questions complexes de rang et de priorité. Pendant cette période, tous les moyens, comme il le déclare, furent utilisés pour l’empêcher d’avancer ; parmi autres ruses, on fit circuler le bruit qu’une flotte hollandaise, ayant tout juste capturé Boston, était en route pour attaquer Québec.[67]
Après avoir envoyé des hommes, des canoës et des bagages par voie terrestre vers l’ancienne colonie de La Salle, La Chine, Frontenac lui-même partit le vingt-huit juin. Y compris les Indiens des missions, il avait maintenant avec lui environ quatre cents hommes et cent vingt canoës, ainsi que deux grands bateaux plats, qu’il fit peindre en rouge et bleu, avec des motifs étranges destinés à éblouir les Iroquois par une splendeur inhabituelle. Alors commença leur tâche ardue. Portant des canoës à travers la forêt, traînant les bateaux plats le long du rivage, travaillant comme des castors — parfois dans l’eau jusqu’aux genoux, parfois jusqu’aux aisselles, leurs pieds coupés par les pierres tranchantes, eux-mêmes presque emportés par le courant furieux — ils se frayaient un chemin vers le haut, contre la série de rapides puissants qui entravent la navigation sur le Saint-Laurent. Les Indiens furent d’une grande aide. Frontenac, comme La Salle, montra dès le début une capacité particulière à les diriger ; car son esprit vif et perspicace correspondait exactement à leurs goûts, et ils travaillèrent pour lui comme ils n’auraient travaillé pour personne d’autre. Alors qu’ils approchaient du Long Saut, la pluie tomba à verse ; et le gouverneur, sans manteau et trempé jusqu’à la peau, dirigea personnellement le labeur amphibie de ses suivants. On dit qu’une fois, il resta éveillé toute la nuit, angoissé à l’idée que les biscuits puissent s’humidifier, ce qui aurait ruiné l’expédition. Aucun tel malheur ne se produisit, et finalement le dernier rapide fut franchi, et des eaux calmes les attendaient à la fin de leur voyage. Bientôt, ils atteignirent les Mille Îles, et leur petite flottille glissa en longue file au milieu de ces labyrinthes aquatiques, entre de petites îles rocheuses, où quelques pins solitaires se dressaient comme des mâts vers le ciel ; sous le soleil…

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Des rochers brûlés, où les lichens bruns se craquelaient sous le soleil ardent ; près de vallées profondes, ombragées et fraîches, riches en fougères touffues et en mousses vert foncé et épaisses ; près de baies calmes, où les nénuphars reposaient comme des flocons de neige sur leurs larges feuilles plates — jusqu’à ce qu’enfin ils approchent de leur but, et que la poitrine scintillante du lac Ontario s’ouvre à leur vue.

Frontenac, afin d’imposer le respect aux Iroquois, organisa alors ses canoës en formation de combat. Quatre divisions formaient la première ligne, puis venaient les deux canoës plats ; lui-même, avec ses gardes, son état-major et les gentilshommes volontaires, suivait, avec les canoës de Three Rivers à sa droite et ceux des Indiens à sa gauche, tandis que deux autres divisions constituaient une ligne arrière. Ainsi, en pagayant avec mesure, ils avancèrent sur le lac calme, jusqu’à ce qu’ils voient un canoë s’approcher pour les rencontrer. Il transportait plusieurs chefs iroquois, qui leur dirent que les dignitaires de leur nation les attendaient à Cataraqui et offrirent de les y conduire. Ils entrèrent dans l’embouchure large du fleuve et longèrent la rive, désormais couverte par la petite ville tranquille de Kingston, jusqu’à atteindre l’endroit occupé aujourd’hui par les casernes, à l’extrémité ouest du pont de Cataraqui. Là, ils amarrèrent leurs canoës et débarquèrent. Les bagages furent débarqués, des feux allumés, des tentes dressées et des gardes postés. Non loin, à l’abri de la forêt, se trouvaient les abris de campement des Iroquois, qui étaient venus au rendez-vous en grand nombre.

Au lever du jour, le treizième juillet, les tambours résonnèrent et toute la troupe se mit en ordre de bataille sous les ordres de Frontenac. Une double ligne d’hommes s’étendait depuis l’avant de la tente de Frontenac, à Cataraqui, jusqu’au camp indien ; et, à travers cette allée ainsi formée, les délégués sauvages, au nombre de soixante, avancèrent vers le lieu du conseil. Ils ne purent cacher leur admiration devant la formation militaire des Français, dont beaucoup étaient de vieux soldats du régiment de Carignan ; et lorsqu’ils arrivèrent à la tente, ils exprimèrent leur étonnement face aux uniformes de la garde du gouverneur qui l’entourait. Le sol avait été recouvert de voiles des canoës plats, sur lesquels les délégués s’accroupirent en cercle et fumèrent leurs pipes pendant un moment, avec leur habituelle gravité réfléchie ; tandis que Frontenac, assis entouré de ses officiers, avait tout le loisir d’observer ces adversaires redoutables dont le courage allait bientôt mettre le sien à une épreuve si sévère. Un chef nommé Garakontié, ami notoire des Français, ouvrit finalement le conseil, au nom des cinq nations iroquoises, en exprimant un grand respect et une grande déférence.

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vers « Onontio » ; c’est-à-dire le gouverneur du Canada. Alors Frontenac, dont l’arrogance naturelle envers les Indiens prenait toujours une forme qui imposait le respect sans provoquer de colère, répondit en ces termes :
« Enfants ! Mohawks, Oneidas, Onondagas, Cayugas et Senécas. Je suis heureux de vous voir ici, où j’ai allumé un feu pour que vous puissiez fumer et pour que je puisse vous parler. Vous avez bien fait, mes enfants, d’obéir aux ordres de votre Père. Ayez du courage : vous entendrez sa parole, pleine de paix et de tendresse. Car ne pensez pas que je sois venu pour la guerre. Mon esprit est plein de paix, et elle marche à mes côtés. Du courage donc, enfants, et reposez-vous. »
Sur ce, il leur donna six brasses de tabac, réitéra ses assurances d’amitié, promit d’être un père bienveillant tant qu’ils resteraient des enfants obéissants, regretta de devoir s’exprimer par l’intermédiaire d’un interprète, et termina par des cadeaux : des armes pour les hommes, et des prunes ainsi que des raisins pour leurs femmes et leurs enfants. Cela marqua la fin de cette rencontre préliminaire, le grand conseil étant reporté à un autre jour.
Pendant la réunion, Raudin, l’ingénieur de Frontenac, traçait les plans d’une forteresse selon un projet préétabli ; toute la troupe, sous la direction de ses officiers, se mit alors à la construire. Certains abattaient des arbres, d’autres creusaient des tranchées, d’autres encore taillaient les palissades ; et le travail avançait avec tant d’ordre et de rapidité que les Indiens en étaient stupéfaits. Entre-temps, Frontenac ne ménageait aucun effort pour se faire des amis parmi les chefs, dont certains étaient constamment à sa table. Il caressait les enfants iroquois, leur donnait du pain et des douceurs, et le soir, il festoyait avec les squaws pour les faire danser. Les Indiens étaient ravis de ces attentions et avaient une haute opinion du nouveau Onontio.
Le dix-septième jour, lorsque la construction de la forteresse était bien avancée, Frontenac convoqua les chefs pour un grand conseil, qui se tint avec toute la solennité possible, en présence des Indiens. Sa manière de traiter les Indiens, en cette occasion comme à d’autres, était vraiment admirable. Bien qu’il ne les connût pas, il semblait avoir une perception instinctive du traitement qu’ils exigeaient. Ses prédécesseurs n’avaient jamais osé s’adresser aux Iroquois en les appelant « Enfants ».

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mais il les avait toujours désignés sous le nom de « Frères » ; pourtant, l’assumation d’une autorité paternelle de la part de Frontenac fut non seulement acceptée favorablement, mais accueillie avec une gratitude évidente. La nature guerrière de cet homme, son discours clair et décisif, ainsi que son attitude franche et directe, soutenus par une démonstration de force qui leur semblait redoutable, suscitèrent en eux de l’admiration et donnèrent dix fois plus d’effet à ses paroles bienveillantes. Ils le remercièrent pour ce qu’ils n’auraient pas supporté de la part d’un autre.
Frontenac commença par exprimer à nouveau sa satisfaction qu’ils aient obéi aux ordres de leur Père et soient venus à Cataraqui pour entendre ce qu’il avait à dire. Puis il les exhorta à embrasser le christianisme ; et sur ce thème, il s’étendit longuement, en utilisant des mots parfaitement adaptés pour produire l’effet souhaité — des mots dont il serait tout à fait superflu de dire qu’ils étaient insincères, bien qu’ils ne perdaient sans doute rien en intensité, car en l’occurrence conscience et politique visaient dans le même sens. Ensuite, changeant de ton, il désigna ses officiers, sa garde, les longues files de miliciens, ainsi que les deux barques plates équipées de canons qui se trouvaient dans la rivière voisine. « Si », dit-il, « votre Père peut venir jusqu’ici, avec une force si importante, à travers des rapides si dangereux, simplement pour vous rendre visite dans un esprit de plaisir et d’amitié, que ferait-il sachez provoquer sa colère et le contraindre à punir ses enfants désobéissants ? Il est l’arbitre de la paix et de la guerre. Faites attention à ne pas l’offenser ! » Et il les avertit de ne pas importuner les alliés indiens des Français, leur disant sévèrement qu’il les châtierait pour la moindre violation de la paix.
Des menaces, il passa aux flatteries, les exhortant à avoir confiance dans sa bienveillance paternelle, en disant que, en preuve de son affection, il construisait un entrepôt à Cataraqui, où ils pourraient recevoir tous les biens dont ils avaient besoin, sans avoir à entreprendre un long et périlleux voyage. Il les avertit de ne pas écouter de mauvaises personnes qui pourraient chercher à les tromper par des déclarations erronées et des mensonges ; et il les pressa de ne prêter attention qu’« à des hommes de caractère, comme le sieur de la Salle ». Il exprima l’espoir qu’ils permettraient à leurs enfants d’apprendre le français auprès des missionnaires, afin que eux et ses neveux — c’est-à-dire les colons français — deviennent un seul peuple ; et il conclut en leur demandant de lui confier un certain nombre de leurs enfants pour qu’ils soient éduqués à la manière française, à Québec.

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Ce discours, dont chaque clause était renforcée par d’abondants présents, fut extrêmement bien accueilli ; cependant, un des orateurs lui rappela qu’il avait oublié un point important, à savoir qu’il ne leur avait pas dit à quelles prix ils pourraient obtenir des marchandises à Cataraqui. Frontenac évita de donner une réponse précise, mais leur promit que les marchandises seraient aussi bon marché que possible, étant donnée la grande difficulté du transport. Quant à la demande concernant leurs enfants, ils dirent qu’ils ne pouvaient y accéder avant d’en avoir discuté dans leurs villages ; mais c’est une preuve frappante de l’influence que Frontenac avait gagnée sur eux, du fait qu’à l’année suivante, ils envoyèrent effectivement plusieurs de leurs enfants à Québec pour y être éduqués — les filles chez les Ursulines, et les garçons dans la maison du gouverneur.

Trois jours après le conseil, les Iroquois partirent pour rentrer chez eux ; et comme les palissades du fort étaient maintenant achevées, ainsi que les casernes, Frontenac commença à envoyer son groupe chez lui par groupes. Lui-même fut retenu quelque temps par l’arrivée d’un autre groupe d’Iroquois, venus des villages situés du côté nord du lac Ontario. Il leur répéta le discours qu’il avait tenu aux autres ; et, une fois cette dernière rencontre terminée, il embarqua avec sa garde, laissant un nombre suffisant de personnes pour garder le fort, qui devait être approvisionné pendant un an grâce à un convoi en route le long du fleuve.

Ayant franchi les rapides sans encombre, il arriva à Montréal le premier août. Son entreprise avait été un succès complet. Il avait obtenu tous ses objectifs, et, malgré une navigation dangereuse, il n’avait perdu aucune canoë. Grâce à l’aide obligatoire et gratuite des habitants, tout cela n’avait coûté au roi que près de dix mille francs, somme que Frontenac avait avancée sur son propre crédit. Bien que, du point de vue commercial, la nouvelle installation ne présentât qu’un avantage très discutable pour la colonie dans son ensemble, le gouverneur avait néanmoins accordé une bénédiction inestimable à tout le Canada en obtenant une longue trêve face au fléau redoutable de l’hostilité des Iroquois. « Assurément », écrit-il, « je peux me vanter d’avoir immédiatement inspiré en eux respect, crainte et bonne volonté. »[68] Il ajoute que le fort de Cataraqui, avec l’aide d’un navire en construction, dominera le lac Ontario, maintiendra la paix avec les Iroquois et coupera le commerce avec les Anglais ; et il poursuit en disant que, grâce à un autre fort à l’embouchure du Niagara et à un autre navire sur le lac Érié, nous, les Français, pourrons dominer tout.

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les Lacs Supérieurs. Ce plan était un maillon essentiel dans les projets de La Salle ; et nous le verrons bientôt s’en occuper.
Un incident curieux eut lieu peu après la construction du fort sur le lac Ontario. Frontenac, sur son chemin du retour, se disputa avec Perrot, le gouverneur de Montréal, qu’il semblait considérer comme un rival dans le commerce des fourrures, en raison de ses activités dans ce domaine ; mais qui, par sa folie et son arrogance, méritait toute mesure de sévérité raisonnable. Cependant, Frontenac ne fut pas raisonnable. Il arrêta Perrot, le jeta en prison et nomma à sa place un homme de son choix comme gouverneur ; et comme le juge de Montréal n’était pas dans son intérêt, il le remplaça par un autre en qui il pouvait avoir confiance. Ainsi, pendant un certain temps, il eut Montréal bien en main.
Les prêtres du séminaire, seigneurs de l’île, considéraient ces mesures arbitraires avec une extrême inquiétude. Ils revendiquaient le droit de nommer leur propre gouverneur ; et Perrot, bien qu’il détenait une commission du Roi, devait son poste à leur nomination. Certes, il les avait ignorés et s’était montré un véritable roi-cigogne ; néanmoins, ils considéraient son éviction comme une atteinte à leurs droits.
Pendant la querelle avec Perrot, La Salle se trouvait par hasard à Montréal, logé chez Jacques Le Ber, qui, bien qu’il fût l’un des principaux commerçants et des habitants les plus influents de la colonie, avait l’habitude de vendre personnellement ses marchandises aux Blancs et aux Indiens, sa femme prenant sa place en son absence. Tels étaient les mœurs primitives de cette petite colonie isolée. À ce moment-là, Le Ber était dans l’intérêt de Frontenac et de La Salle ; bien qu’il devînt par la suite l’un de leurs adversaires les plus acharnés. Au milieu de l’agitation et des discussions causées par l’arrestation de Perrot, La Salle se déclara partisan du gouverneur et avertit tous ceux qui étaient présents de ne pas parler mal de lui en sa présence.
L’abbé Fénelon, déjà mentionné comme demi-frère de l’archevêque célèbre, avait tenté de médier entre Frontenac et Perrot, et à cette fin avait entrepris un voyage vers Québec sur la glace, en plein hiver. Ayant un tempérament ardent et étant plus courageux que prudent, il avait parlé avec quelque imprudence et avait été traité très rudement par le comte, colérique et autoritaire. Il retourna à Montréal profondément ému, et non sans raison.

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Il lui échut de prêcher le sermon de Pâques. La cérémonie eut lieu dans la petite église de l’Hôtel-Dieu, qui était bondée jusqu’à son porche, tous les notables de la colonie étant présents. Le curé du paroisse, dont le nom était également Perrot, célébra la messe solennelle, assisté du frère de La Salle, Cavelier, et de deux autres prêtres. Puis Fénelon monta à la chaire. Certains passages de son sermon visaient manifestement Frontenac. Parlant des devoirs de ceux qui détiennent un pouvoir temporel, il dit que le magistrat, inspiré par l’esprit du Christ, était tout aussi disposé à pardonner les offenses contre lui-même qu’à punir celles commises contre son prince ; qu’il avait un grand respect pour les ministres de l’autel et ne les maltraitait jamais lorsqu’ils tentaient de réconcilier des ennemis et de restaurer la paix ; qu’il ne favorisait jamais ceux qui le flattaient, ni ne opprimait sous de fallacieux prétextes d’autres personnes en position de pouvoir qui s’opposaient à ses projets ; qu’il utilisait son pouvoir au service de son roi, et non pour son propre avantage ; qu’il se contentait de son salaire, sans perturber le commerce du pays ou maltraiter ceux qui refusaient de lui donner une part de leurs profits ; et qu’il ne troublait jamais le peuple par des impôts excessifs et injustes en main-d’œuvre et en biens, utilisant le nom de son prince comme couverture pour ses propres desseins.[69]

La Salle était assis près de la porte ; mais à mesure que le prédicateur parlait, il se leva soudainement d’une manière telle qu’il attira l’attention de l’assistance. Alors que les gens tournaient la tête vers lui, il fit des signes aux personnalités importantes parmi eux, et par son regard furieux et ses gestes, il attira leur attention sur les paroles de Fénelon. Puis, croisant le regard du curé assis à côté de l’autel, il lui fit les mêmes signes, auquel le curé répondit par un haussement d’épaules apaisant. Fénelon changea de couleur, mais continua son sermon.[70]

Ce comportement indécent de La Salle, ainsi que son zèle avec lequel il prit constamment parti pour le gouverneur au cours du conflit, ne restèrent pas sans conséquence. Dès lors, Frontenac devint encore plus son ami ; et cela se vit clairement dans la décision prise, sous son influence, concernant le nouveau fort sur le lac Ontario. Des tentatives avaient été faites pour convaincre le roi de le faire démolir ; mais il fut finalement décidé que, puisqu’il était déjà construit, on le laisserait en place ; et, après de longs retards, un arrangement définitif fut trouvé pour en assurer l’entretien, selon les modalités suivantes : à l’automne 1674, La Salle se rendit en France, munie de lettres de recommandation énergiques de Frontenac.[71]

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Il fut bien accueilli à la Cour ; il adressa deux pétitions au roi — l’une pour obtenir un titre de noblesse en récompense de ses services en tant qu’explorateur ; l’autre pour recevoir en fief le fort Frontenac, ainsi qu’il nommait ce nouveau poste, en l’honneur de son mécène. De son côté, il offrit de rembourser les dix mille francs que le fort avait coûtés au roi ; de l’entretenir à ses propres frais, avec une garnison équivalente à celle de Montréal, en plus de quinze ou vingt travailleurs ; de fonder une colonie française autour de lui ; de construire une église dès que le nombre d’habitants atteindrait cent ; et, entre-temps, de subvenir aux besoins d’un ou plusieurs frères récollets ; enfin, de créer un établissement d’Indiens domestiqués dans les environs. Ses propositions furent acceptées. Il fut élevé au rang de nobles sans titre ; il reçut en concession le fort et les terres avoisinantes, sur une superficie de quatre lieues en avant et demi-lieue en profondeur, ainsi que les îles voisines ; il fut investi du gouvernement du fort et de l’établissement, sous l’autorité du gouverneur général.[72]

La Salle retourna au Canada, propriétaire d’un fief qui, compte tenu de tout, était l’un des plus précieux de la colonie. Ses amis et sa famille, heureux de sa bonne fortune et désireux de la partager, lui firent de gros avances d’argent, lui permettant de verser la somme exigée par le roi, de reconstruire le fort en pierre, de subvenir aux besoins des soldats et des travailleurs, et d’obtenir, du moins en partie, l’équipement nécessaire. Si La Salle n’avait été qu’un simple marchand, il aurait eu toutes les chances de faire fortune, car il était en mesure de contrôler la majeure partie du commerce des fourrures au Canada. Mais il n’était pas seulement un marchand ; aucun profit commercial ne pouvait satisfaire son ambition.

Ceux qui le souhaitent peuvent croire que Frontenac ne comptait pas recevoir sa part des profits du nouveau poste. Il existe cependant des preuves concrètes du contraire : une déposition a été recueillie à la demande de son ennemi, l’intendant Duchesneau, dans laquelle trois témoins affirment que le gouverneur, La Salle, son lieutenant La Forest et un certain Boisseau avaient formé une société pour gérer le commerce du fort Frontenac.

Dès que La Salle s’installa dans son nouveau poste, les marchands du Canada se liguèrent contre lui. LES ENNEMIS DE LA SALLE.

Ber, autrefois son ami, devint son ennemi juré ; car lui-même espérait partager le monopole du fort Frontenac, dont lui et un certain Bazire avaient d’abord été temporairement chargés de la gestion.

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dont il se voyait maintenant expulsé. La Chesnaye, Le Moyne et d’autres, plus ou moins influents, participèrent à cette ligue qui englobait en fait tous les commerçants de la colonie, à l’exception des quelques-uns qui s’étaient joints à Frontenac et à La Salle. Duchesneau, intendant de la colonie, aida les mécontents. Avec le temps, leur amertume grandit encore ; et lorsque l’on vit enfin que, insatisfait du monopole de Fort Frontenac, La Salle visait le contrôle des vallées de l’Ohio et du Mississippi, ainsi que l’usufruit d’une moitié de continent, la colère de ses adversaires redoubla, et le Canada devint pour lui un nid d’oursins, bourdonnant de fureur et guettant le moment de piquer. Mais il y avait un autre élément d’opposition, moins bruyant, mais non moins redoutable ; il provenait des jésuites. Frontenac les haïssait ; et eux, sous des dehors de devoir et de courtoisie, lui rendaient la pareille. Ne portant aucune affection pour le gouverneur, ils avaient naturellement peu d’estime pour son partisan et protégé ; mais leur opposition avait une autre racine, plus profonde, car les projets de ce jeune stratège audacieux entraient en conflit avec les leurs.

Nous avons vu les jésuites canadiens durant les premiers jours apostoliques de leur mission, lorsque la flamme de leur zèle, alimentée par un espoir ardent, brûlait vive et haute. Cet espoir était destiné à être déçu. Leur objectif affiché de construire un autre Paraguay aux frontières des Grands Lacs[73] ne fut jamais réalisé, et leurs missions ainsi que leurs convertis furent emportés dans une avalanche de ruines. Néanmoins, ils ne désespérèrent pas. Depuis les lacs, ils tournèrent leur regard vers la vallée du Mississippi, dans l’espoir qu’un jour elle deviendrait le siège de leur nouveau royaume de la Foi. Mais que signifiait ce nouvel Paraguay ? Cela signifiait une petite nation de sauvages convertis et domestiqués, dociles comme des enfants, sous le règne paternel et absolu des pères jésuites, et formés par eux à des activités industrielles dont les résultats devaient servir, non au profit des producteurs, mais à la construction d’églises, à la fondation de collèges, à l’établissement d’entrepôts et de magasins, ainsi qu’à la construction d’ouvrages de défense — tout cela contrôlé par les jésuites et faisant partie des vastes possessions de l’Ordre. Tel était l’ancien Paraguay[74] ; et tel, nous pouvons supposer, aurait été le nouveau, si les projets de ceux qui l’avaient conçu avaient été réalisés.

J’ai dit que, depuis le milieu du siècle, l’exaltation religieuse des premières missions avait sensiblement diminué. Par nature, cet enthousiasme grandiose était trop intense et ardent pour être maintenu longtemps. Mais l’élément vital…

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La force du jésuitisme n’avait subi aucune diminution. Cet admirable esprit de corps, cette annihilation de l’ego et cette absorption de l’individu dans l’Ordre qui ont caractérisé les jésuites depuis leur première existence en tant que corps, n’avaient pas changé ni diminué le moins du monde — un principe qui, bien qu’il fût différent, n’était pas moins fort que le patriotisme dévoué à soi-même de Sparte ou de la République romaine primitive.
Les jésuites n’étaient plus suprêmes au Canada ; ou, en d’autres termes, le Canada n’était plus simplement une mission. Il était devenu une colonie. Les intérêts temporels et le pouvoir civil gagnaient constamment du terrain ; et les disciples de Loyola sentaient qu’, relativement, sinon absolument, ils perdaient le contrôle. Ils luttèrent avec acharnement pour maintenir la suprématie de leur Ordre, ou, comme ils l’auraient exprimé, la suprématie de la religion ; mais dans les parties plus anciennes et mieux établies de la colonie, il était clair que le jour de leur domination absolue était révolu. C’est pourquoi ils portaient un regard encore plus attentif sur leurs missions en Occident. Ils avaient été parmi ses premiers explorateurs ; et ils espéraient que là, la foi catholique, représentée par les jésuites, pourrait régner sans partage. Au Paraguay, leur objectif constant était d’exclure les hommes blancs de leurs missions. Il en allait de même en Amérique du Nord. Ils craignaient les marchands de fourrures, en partie parce qu’ils interféraient dans leurs enseignements et pervertissaient leurs convertis, et en partie pour d’autres raisons. Mais La Salle était un marchand de fourrures, et bien pire qu’un simple marchand de fourrures : il visait l’occupation, la fortification et la colonisation. L’ampleur et la vigueur de ses entreprises, ainsi que l’influence puissante qui les soutenait, firent de lui un obstacle sur leur chemin. Il était leur rival le plus dangereux pour le contrôle de l’Occident, et du début à la fin, ils s’opposèrent à lui.
Quel genre d’homme était celui qui pouvait concevoir des projets si vastes et défier autant d’ennemis aussi puissants ? Et dans quel esprit embrassait-il ces projets ? Nous chercherons une réponse plus tard.

NOTES DE BAS DE PAGE :
[ Lettre de Frontenac à Colbert, 13 nov. 1673. Ce bruit semble provenir du jésuite Dablon. Journal du Voyage du Comte de Frontenac au lac Ontario. Les jésuites étaient ] très opposés à l’établissement de forts et de postes commerciaux dans les régions montagneuses, pour des raisons qui seront exposées plus loin.

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[ Lettre de Frontenac au Ministre, 13 nov. 1673.
68
] [ Faillon, Colonie Française, iii. 497, ainsi que les sources manuscrites y citées. J’ai examiné les principales d’entre elles. Faillon lui-même est prêtre à Saint-Sulpice. Voir aussi
] H. Verreau, Les Deux Abbés de Fénelon, chap. vii.
[ Informations fournies par nous, Charles le Tardieu, seigneur de Tilly, et Nicolas Dupont, etc.,
70 etc., contre M. l’abbé de Fénelon. Tilly et Dupont furent envoyés par Frontenac pour enquêter sur l’affaire. Parmi les témoins se trouve le sieur de La Salle lui-même.
] Dans son rapport adressé au ministre Colbert, daté du 14 novembre 1674, Frontenac parle de La Salle comme suit : « Je ne peux m’empêcher, Monseigneur, de vous recommander le sieur de La Salle, qui s’apprête à se rendre en France ; c’est un homme intelligent et compétent, plus capable que quiconque ici de mener à bien toute sorte d’entreprise ou de découverte qui lui sera confiée, car il possède une connaissance parfaite de la situation du pays, comme vous le verrez si vous daignez lui accorder quelques instants d’audience. »
[ Mémoire pour l’entretien du Fort Frontenac, par le sieur de La Salle, 1674. Pétition du sieur de La Salle au Roi. Lettres patentes de concession du Fort de Frontenac et des terres adjacentes en faveur du sieur de La Salle ; données à Compiègne le 13 mai 1675. Arrêt qui accepte les offres faites par Robert Cavelier, sieur de La Salle ; à Compiègne le 13 mai 1675. Lettres de noblesse pour le sieur Cavelier de La Salle ; données à Compiègne le 13 mai 1675. Documents de famille. Mémoire au Roi.
] Ce but est indiqué à plusieurs reprises dans les Relations. Pour exemple, voir « The Jesuits in North America », p. 245.
] [ Comparer Charlevoix, Histoire de Paraguay, avec Robertson, Letters on Paraguay.
74
]

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CHAPITRE VII.
1678.
CONFLITS DE PARTIS.
La Salle et son rapporteur.—L’hégémonie des jésuites.—Les missions et le commerce des fourrures.—Les inquisiteurs femmes.—Complots contre La Salle : son frère prêtre.—Intrigues des jésuites.—La Salle empoisonné : il disculpe les jésuites.—Nouvelles intrigues.

L’un des monuments les plus curieux de l’époque de La Salle est un long mémoire écrit par une personne qui fit sa connaissance à Paris à l’été 1678, alors qu’il était, comme nous le verrons bientôt, revenu en France pour mener à bien ses projets. L’auteur connaissait le sulpicien Galinée[75], qui, selon lui, avait une très haute opinion de La Salle ; il entretenait également des relations étroites avec le mécène du découvreur, le prince de Conti[76]. Il affirme avoir eu dix ou douze entretiens avec La Salle ; et, s’intéressant à lui ainsi qu’à ce qu’il communiquait, il a consigné le contenu de leurs conversations. Le document est divisé en deux parties : la première, intitulée « Mémoire sur M. de la Salle », est consacrée à la situation au Canada, et surtout aux jésuites ; la seconde, intitulée « Histoire de M. de la Salle », relate la vie du découvreur, ou du moins ce que l’auteur avait appris de lui[77]. Les deux parties présentent constamment des indices internes attestant qu’elles sont bien ce qu’elles prétendent être ; mais elles contiennent les déclarations d’un homme aux sentiments partisans très forts, transmises par l’esprit d’une autre personne qui partageait ses opinions. Cependant, à un égard, ce document a une valeur historique indéniable, car il nous offre une image vivante, et non exagérée, des conflits acharnés de partis qui faisaient rage alors au Canada, et qui devaient mettre à rude épreuve l’énergie et la résilience extraordinaires de La Salle. Parfois, le mémoire est pleinement étayé par des témoignages contemporains ; mais souvent aussi, il repose sur sa propre autorité non étayée. Je présente ici un résumé de ses affirmations telles que je les trouve.

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Voici le récit de l’auteur à propos de La Salle : « Tous ceux parmi mes amis qui l’ont vu le trouvent être un homme de grande intelligence et de bon sens. Il parle rarement de quelque sujet que ce soit, sauf lorsqu’on l’interroge à ce sujet ; ses paroles sont très rares et très précises. Il distingue parfaitement entre ce qu’il sait avec certitude et ce qu’il sait avec une certaine incertitude. Lorsqu’il ne sait pas, il n’hésite pas à l’avouer ; et bien que je l’aie entendu dire la même chose plus de cinq ou six fois, en présence de personnes qui ne l’avaient jamais entendue auparavant, il la disait toujours de la même manière. En bref, je n’ai jamais entendu personne parler dont les paroles portaient autant de marques de vérité. » [78] Après avoir mentionné qu’il a trente-trois ou trente-quatre ans et qu’il est en Amérique depuis douze ans, les mémoires déclarent qu’il a fait les déclarations suivantes : que les jésuites sont maîtres au Québec ; que l’évêque est leur créature et ne fait rien sans leur accord ; [79] qu’il n’est pas favorable aux récollets, [80] qui ont peu de crédit mais sont protégés par Frontenac ; que au Canada, les jésuites considèrent tout ennemi de la religion comme étant également leur ennemi ; que, bien qu’ils aient refusé l’absolution à tous ceux qui vendaient du brandy aux Indiens, ils le vendaient eux-mêmes, et que lui, La Salle, les avait lui-même dénoncés pour cela ; [81] que l’évêque se moque des ordres du roi lorsqu’ils ne correspondent pas aux désirs des jésuites ; que les jésuites ont renvoyé l’un de leurs serviteurs nommé Robert parce qu’il parlait de leur commerce de brandy ; qu’Albanel, en particulier, menait un grand commerce de fourrures, et que les jésuites ont construit leur collège en partie grâce aux profits de ce genre de commerce ; qu’ils ont admis mener un tel commerce, mais ont nié en gagner autant que l’on le croyait généralement. [83] Les mémoires affirment ensuite qu’ils font beaucoup de commerce avec les Sioux à Ste. Marie, ainsi qu’avec d’autres tribus à Michilimackinac, et qu’ils sont maîtres du commerce dans cette région, où les forts leur appartiennent. [84] Un Indien a dit, lors d’un conseil plénier au Québec, qu’il avait prié et été chrétien tant que les jésuites étaient restés pour l’enseigner, mais que, puisqu’il ne restait plus de castors dans son pays, les missionnaires étaient partis eux aussi. Les jésuites, poursuit…

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Mémoires : ces missions n’auront que des prêtres eux-mêmes, et tous seront qualifiés de jansénistes, y compris les prêtres de Saint-Sulpice. Le évêque est ensuite accusé de dureté et d’intolérance, ainsi que de s’enrichir grâce aux dîmes et même par le commerce, dans lequel il aurait un intérêt caché.[85] On ajoute qu’il existe au Québec, sous les auspices des jésuites, une association appelée la Sainte Famille, dont Madame Bourdon[86] est la supérieure. Elles se réunissent chaque jeudi dans la cathédrale, à porte close, où elles se racontent – comme elles en ont fait le vœu – tout ce qu’elles ont appris, bon ou mauvais, au cours de la semaine à propos d’autres personnes. C’est une sorte d’inquisition féminine, au profit des jésuites, dont les secrets, dit-on, sont gardés, tandis qu’aucune discrétion n’est observée envers ceux qui ne font pas partie de leur parti.[87] Viennent ensuite une série d’affirmations inutile de répéter, car elles ne concernent pas La Salle. Elles portent sur l’abus du confessionnal, l’hostilité envers d’autres prêtres, l’hostilité envers les autorités civiles, ainsi que sur des baptêmes trop hâtifs ; à ce sujet, on rapporte que La Salle aurait fait, à l’encontre des jésuites, une comparaison entre eux et les récollets et les sulpiciens. Nous arrivons maintenant à la deuxième partie des mémoires, intitulée « Histoire de Monsieur de la Salle ». Après avoir évoqué LES CONSPIRATIONS CONTRE LA SALLE, on indique qu’il quitta la France à l’âge de vingt et un ou vingt-deux ans, dans le but de tenter une nouvelle découverte, puis on reprend les affirmations rapportées dans un chapitre précédent concernant sa découverte de l’Ohio, de l’Illinois et éventuellement du Mississippi. On mentionne ensuite la construction du fort Frontenac, et on affirme qu’un de ses objectifs était d’empêcher les jésuites de devenir les maîtres incontestés du commerce des fourrures.[88] Il y a trois ans, poursuit le texte, La Salle revint en France et obtint la concession du fort ; on donne ensuite des exemples des moyens utilisés par ceux qui s’opposaient à lui pour nuire à sa réputation et le mettre à la portée de la loi. Une fois, alors qu’il se trouvait au Québec, le collecteur des impôts du roi, l’un des hommes les plus riches de la région, insista vivement pour l’accueillir chez lui ; finalement, bien qu’il connût à peine La Salle, il le convainquit de séjourner dans sa demeure. Celui-ci n’y était resté que quelques jours lorsque la femme de son hôte commença à jouer le rôle de la femme de Potiphar, avec tant de véhémence que, à une occasion, La Salle fut contraint de partir brusquement afin d’éviter…

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Violation des lois de l’hospitalité. Lorsqu’il ouvrit la porte, il trouva le mari de garde et comprit qu’il s’agissait d’un piège pour l’attirer dans un guet-apens.[89]
Une autre attaque, de nature différente mais dans le même sens, eut lieu peu après. Les envois que La Salle recevait de divers membres et proches de sa famille étaient transmis par l’intermédiaire de son frère, l’abbé Cavelier, dont ses ennemis cherchaient donc ardemment à se débarrasser. À cette fin, on fit parvenir au prêtre des rumeurs selon lesquelles La Salle aurait séduit une jeune femme, avec qui il vivait de manière ouverte et scandaleuse à Fort Frontenac. L’effet de ce stratagème dépassa les attentes de ses instigateurs ; car le prêtre, horrifié par ce qu’il avait entendu, se rendit au fort pour lui adresser une réprimande fraternelle, mais, une fois arrivé, au lieu de l’abomination attendue, il trouva son frère, assisté de deux frères récollets, dirigeant avec une dignité exemplaire un foyer des plus modèles.

Jusqu’ici, les mémoires. D’extraits de certaines lettres de La Salle, on peut déduire que l’abbé Cavelier lui causait parfois pas mal d’ennuis. Dans son double rôle de prêtre et de frère aîné, il semblait s’être fait conseiller, surveillant et guide d’un homme qui, bien qu’étant beaucoup plus jeune que lui, lui était supérieur en tous points, comme le montreront les événements ultérieurs. Cela devait être presque insupportable pour une nature comme celle de La Salle, qui fut néanmoins contraint de faire preuve de patience, puisque c’était son frère qui tenait les cordons de la bourse. Une fois, sa tolérance fut mise à rude épreuve : souhaitant épouser une jeune femme issue de bonnes familles de la colonie, l’abbé Cavelier jugea bon, pour une raison quelconque, d’intervenir et empêcha cet mariage.[90]

Pour reprendre les mémoires. Elles affirment que les jésuites obtinrent d’un décret du Conseil suprême DES INTRIGUES DES JÉSUITES une interdiction faite aux commerçants d’entrer dans les terres indiennes, afin que eux-mêmes, les jésuites, déjà établis là-bas dans leurs missions, puissent exercer le commerce sans concurrence. Mais La Salle parvint à amener un grand nombre d’Iroquois à s’installer autour de son fort, ramenant ainsi le commerce à sa porte sans enfreindre le décret. On rapporte en outre que ces Iroquois l’appréciaient beaucoup et l’aidèrent à reconstruire le fort à l’aide de pierres taillées. Les jésuites dirent aux Iroquois vivant sur la rive sud du lac, où ils étaient établis en tant que missionnaires, que La Salle était

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renforçant leurs défenses dans le but de faire la guerre contre eux. Eux et l’intendant, qui était leur créature, s’efforcèrent d’entraîner les Iroquois dans des conflits avec les Français afin de ruiner La Salle ; ils lui écrivaient en même temps qu’il était le rempart du pays et qu’il devait toujours rester sur ses gardes. Ils tentèrent également de convaincre Frontenac qu’il était nécessaire de lever des troupes et de se préparer à la guerre. La Salle les soupçonnait ; et voyant que les Iroquois, à cause de leurs intrigues, étaient dans un état d’agitation, il incita le gouverneur à se rendre au fort Frontenac pour les apaiser. Celui-ci s’y rendit donc ; un conseil fut tenu, qui se termina par une restauration complète de la confiance de la part des Iroquois.[91] Lors de ce conseil, ils accusèrent les deux jésuites, Bruyas et Pierron,[92] de répandre des rumeurs selon lesquelles les Français se préparaient à les attaquer. La Salle pensait que l’objectif de cette intrigue était de faire envier les Iroquois envers lui et d’amener Frontenac à engager des dépenses qui offenseraient le roi. Une fois que La Salle et le gouverneur auraient perdu leur crédit à cause de cette rupture, les jésuites se présenteraient comme des pacificateurs, certains à cent pour cent qu’ils pourraient rétablir la paix et se montrer sous les traits de sauveurs de la colonie.

La Salle, poursuit son rapporteur, ajouta qu’à peu près à cette époque, on lui avait donné une quantité de cicuta et de vert-de-gris dans une salade ; et que le coupable était un homme à son service nommé Nicolas Perrot, aussi appelé Jolycœur, qui avoua le crime.[93] Les mémoires ajoutent que La Salle, qui se remit des effets du poison, disculpa entièrement les jésuites.

Cette tentative, qui ne fut pas, comme nous le verrons, la seule de ce genre menée contre La Salle, est évoquée par lui dans une lettre adressée à un ami à Paris, écrite au Canada alors qu’il était sur le point de partir pour sa grande expédition le long du Mississippi. Voici un extrait :

« J’espère avoir l’honneur de vous envoyer un compte-rendu plus détaillé de cette entreprise lorsque celle-ci aura connu le succès que j’espère ; mais j’ai besoin d’une protection forte pour la soutenir. Elle touche aux activités commerciales de certaines personnes, qui trouveront difficile de l’accepter. Ils voulaient créer un nouveau Paraguay dans ces régions, et la voie que je leur ferme leur permettrait d’établir des relations avantageuses avec le Mexique. Cette contrainte sera inévitablement une source de frustration pour eux ; et vous… »

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Je sais comment ils traitent tout ce qui s’oppose à eux. Néanmoins, je suis tenu de leur rendre justice en disant que le poison qui m’a été donné n’était nullement de leur instigation. La personne consciente de sa culpabilité, croyant que j’étais leur ennemi parce qu’elle voyait que nos sentiments étaient opposés, a pensé se disculper en les accusant ; et j’avoue qu’à l’époque je n’étais pas fâché d’avoir cette indication de leur malveillance ; mais après avoir examiné soigneusement l’affaire, j’ai clairement découvert la fausseté de l’accusation que ce scélérat avait portée contre eux. Je lui ai néanmoins pardonné, afin de ne pas donner de notoriété à l’affaire ; car une simple suspicion pourrait ternir leur réputation, à laquelle je ferais scrupule de causer le moindre préjudice, sauf si je le jugeais nécessaire pour le bien public et à condition que le fait soit pleinement prouvé. Par conséquent, monsieur, si quelqu’un partage la suspicion que j’éprouvais, obligez-moi en ne le trompant pas.

[94]

Cette lettre, si honorable pour La Salle, explique l’affirmation faite dans les mémoires, selon laquelle, malgré ses raisons de se plaindre des Jésuites, il continua à vivre en termes courtois avec eux, à les recevoir dans son fort et à correspondre occasionnellement avec eux. L’auteur affirme cependant qu’ils ourdirent des intrigues auprès de ses hommes pour les inciter à déserter — en utilisant à cette fin un jeune homme nommé Deslauriers, qu’ils lui envoyèrent avec des lettres de recommandation. La Salle le prit à son service ; mais il s’enfuit bientôt, avec plusieurs autres hommes, et trouva refuge dans les missions jésuites.[95] On dit que l’objectif de cette intrigue était de réduire la garnison de La Salle à un effectif inférieur à celui qu’il était tenu de maintenir, le mettant ainsi en danger de perdre son titre de possession. On rapporte également qu’il aurait déclaré que Louis Joliet était un imposteur,[96] et un donné des Jésuites — c’est-à-dire un homme qui travaillait pour eux sans être payé ; et en outre, que lorsque lui, La Salle, se rendit à la cour pour demander des privilèges lui permettant de poursuivre ses découvertes, les Jésuites déclarèrent à l’avance au ministre Colbert que son esprit était altéré et qu’il n’était bon qu’à l’asile des fous. Ce n’est que grâce à l’aide d’amis influents qu’il put enfin obtenir une audience.

C’est là la fin de ces mémoires remarquables, qui, aussi bien que nous puissions les critiquer, ne surestiment pas les jalousies et les inimitiés qui ont hanté le parcours du découvreur.

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NOTES DE BAS DE PAGE :
[ Ante, p. 17.
75 ]
[ Louis-Armand de Bourbon, deuxième prince de Conti. L’auteur des mémoires
76 semble avoir été l’abbé Renaudot, un érudit ecclésiastique. ]
[ Des extraits de ces mémoires ont déjà été donnés à propos de la prétendue découverte du Mississippi par La Salle. Ante, p. 29. ]
[ « Tous mes amis qui l’ont vu lui trouvent beaucoup d’esprit et un
78 très grand sens ; il ne parle guère que des choses sur lesquelles on
l’interroge ; il les exprime en très peu de mots et de manière très précise ; il distingue parfaitement ce qu’il sait avec certitude de ce qu’il sait avec un certain doute. Il avoue sans hésiter ne pas savoir ce qu’il ignore, et bien que je l’aie entendu dire plus de cinq ou six fois les mêmes choses au sujet de personnes qui ne les avaient pas encore entendues, je l’ai toujours entendu les formuler de la même manière. En un mot, je n’ai jamais entendu personne dont les paroles portaient plus de marques de vérité. » ]
[ « Il y a une autre chose qui me déplaît, c’est la dépendance totale dans laquelle se trouvent
79 les prêtres du séminaire de Québec et le grand vicaire de l’évêque vis-à-vis des pères
jésuites, car il ne fait rien sans leur ordre ; ce qui fait qu’indirectement ils sont les maîtres de ce qui concerne le spirituel, qui, comme vous le savez, est un levier puissant pour influencer tout le reste. » — Lettre de Frontenac à Colbert, 2 nov. 1672. ]
[ « Ces religieux [les récollets] sont fortement protégés partout par le comte de Frontenac,
80 gouverneur du pays, et pour cette raison assez maltraités par l’évêque, car la doctrine
de l’évêque et des jésuites est que les affaires de la religion chrétienne ne pourront bien se passer dans ce pays que lorsque le gouverneur sera une créature des jésuites, ou que l’évêque sera gouverneur. » — Mémoire sur M. de la Salle. ]
[ « Ils [les jésuites] refusent l’absolution à ceux qui ne veulent pas promettre de ne plus
81 vendre [de l’eau-de-vie], et s’ils meurent dans cet état, ils leur refusent la sépulture
ecclésiastique ; au contraire, ils se permettent eux-mêmes sans aucune difficulté ce même commerce, bien que tout commerce soit interdit à tous les ecclésiastiques par les ordonnances du roi et par une bulle explicite du pape. La bulle et les ordonnances sont connues, et bien qu’ils cachent le commerce qu’ils font de l’eau-de-vie, M. de la Salle prétend qu’il n’en est pas moins réel ; qu’en plus de cette notoriété, il possède des preuves certaines, qu’il les a surpris en train de commettre ce commerce, et qu’ils lui ont tendu des pièges pour le piéger... Ils ont chassé leur serviteur Robert parce qu’il a révélé qu’ils en faisaient le commerce jour et nuit. » — Ibid. L’auteur dit qu’il fait cette dernière affirmation non pas sur la base des dires de La Salle, mais sur ceux d’un mémoire rédigé au moment où l’intendant Talon, avec qui il affirme être en bons termes ailleurs, est retourné en France. De nombreux détails supplémentaires sont ajoutés concernant le commerce des fourrures par les jésuites. ]
[ Albanel était parmi les explorateurs jésuites les plus importants de cette époque. Il est surtout connu pour son
82 voyage le long du Saguenay jusqu’à la baie d’Hudson en 1672. ]
[ « Pour vous parler franchement, ils [les jésuites] pensent autant à la conversion du
83 castor qu’à celle des âmes. » — Lettre de Frontenac à Colbert, 2 nov. 1672. ]

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Dans son rapport de l’année suivante, il dit que les jésuites devraient se contenter d’instruire les Indiens dans leurs anciennes missions, au lieu de les négliger pour en fonder de nouvelles dans des pays où « il y a plus de peaux de castor à gagner que d’âmes à sauver ». [Ces forts furent construits par eux et étaient nécessaires à la sécurité de leurs missions.] [François Xavier de Laval-Montmorency, premier évêque de Québec, était un prélat au caractère austère. Son souvenir est chéri au Canada par les adeptes des jésuites et par tous les catholiques ultramontains.] [Cette madame Bourdon était la veuve de Bourdon, l’ingénieur (voir « Les Jésuites en Amérique du Nord », 297). Si l’on peut croire les lettres de Marie de l’Incarnation, elle l’avait épousé pour des raisons religieuses, afin de s’occuper de ses enfants orphelins ; elle avait stipulé à l’avance qu’il vivrait avec elle non pas en tant que mari, mais en tant que frère. Comme on peut l’imaginer, elle était considérée comme une personne très pieuse et semblable à une sainte.] [« Il y a à Québec une congrégation de femmes et de filles que ils [les jésuites] appellent la sainte famille, dans laquelle on fait vœu, sur les Saints Évangiles, de dire tout ce que l’on sait de bien et de mal des personnes que l’on connaît. La supérieure de cette compagnie s’appelle madame Bourdon ; une madame d’Ailleboust est, je crois, l’assistante et une madame Charron, la trésorière. La compagnie se réunit tous les jeudis dans la cathédrale, à porte fermée, et là elles se disent les unes aux autres tout ce qu’elles ont appris. C’est une sorte d’Inquisition contre toutes les personnes qui ne sont pas unies aux jésuites. Ces personnes sont accusées de garder secret ce qu’elles apprennent de mal sur les gens de leur parti et de ne pas faire preuve de la même discrétion envers les autres. » — Mémoire sur M. de la Salle.]

La madame d’Ailleboust mentionnée ci-dessus était une dévote comme madame Bourdon, et, à un égard, son histoire était similaire. Voir « Les Jésuites en Amérique du Nord », 360. L’association de la Sainte Famille fut fondée par le jésuite Chaumonot à Montréal en 1663. Laval, évêque de Québec, encouragea ensuite sa création en ce lieu ; et, comme l’écrit Chaumonot lui-même, il fit en sorte qu’elle soit rattachée à la cathédrale. Vie de Chaumonot, 83. Pour sa création à Montréal, voir Faillon, Vie de Mlle. Mance, i. 233. [« Ils [les jésuites] ont tous une si grande envie de savoir tout ce qui se passe dans les familles qu’ils ont des inspecteurs à gages en ville, qui leur rapportent tout ce qui se passe dans les maisons », etc., etc. — Lettre de Frontenac au ministre, 13 nov. 1673.] [Il a été fait mention (p. 88, note) du rapport lancé par le jésuite Dablon pour empêcher la construction du fort.]

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[ Cette histoire est racontée en détail, et les progrès de la dame y sont particulièrement décrits. ]
[ Lettre de La Salle, en possession de M. Margry. ]
[ Louis XIV fait allusion à cette visite dans une lettre adressée à Frontenac, datée du 28 avril 1677. « Je ne peux que approuver », écrit-il, « ce que vous avez fait lors de votre voyage au fort Frontenac, pour réconcilier les cinq nations iroquoises et vous disculper des soupçons qu’elles nourrissaient, ainsi que des motifs qui pourraient les inciter à faire la guerre. » Les rapports de Frontenac de cette année-là, ainsi que ceux des années précédentes et suivantes, manquent dans les archives.

Dans un mémoire écrit en novembre 1680, La Salle fait allusion au « désir qu’on avait que Monseigneur le comte de Frontenac fît la guerre aux Iroquois ». Voir Thomassy, Géologie Pratique de la Louisiane, 203.
[ Bruyas était à cette époque stationné parmi les Onondagas. Pierron se trouvait parmi les Senécas ; il s’y était récemment transporté depuis le pays des Mohawks. Relation des Jésuites, 1673-79, 140 (Shea). Bruyas fut également pendant longtemps parmi les Mohawks. ]
[ Cela met le personnage de Perrot sous un nouvel éclairage ; car il est peu probable qu’il s’agisse d’un autre que ce célèbre voyageur. Je n’ai trouvé nulle part ailleurs mention du synonyme de Jolycœur. L’empoisonnement était le crime courant de l’époque, et des personnes de haut rang y furent à plusieurs reprises accusées. Voici le passage :— ]

Quoi qu’il en soit, M. de la Salle se sentit quelque temps après empoisonné par une salade dans laquelle on avait mélangé de la ciguë, qui est poison dans ce pays-là, et du verd de gris. Il en fut malade à l’extrême, vomissant presque continuellement pendant 40 ou 50 jours, et il ne réchappa que grâce à la force extraordinaire de sa constitution. Celui qui lui donna le poison était un certain Nicolas Perrot, aussi appelé Jolycœur, l’un de ses domestiques... Il aurait pu faire mourir cet homme, qui a avoué son crime, mais il se contenta de l’enfermer les pieds enchaînés. — Histoire de M. de la Salle.

[Les mots suivants sont soulignés dans le texte original : « Je suis pourtant obligé de leur rendre une justice, que le poison qu’on m’avait donné n’était point de leur instigation. »] — Lettre de La Salle au Prince de Conti, 31 octobre 1678.

[Dans une lettre au Roi, Frontenac mentionne que plusieurs hommes qui avaient été incités à déserter La Salle étaient allés à Albany, où les Anglais les avaient bien accueillis.] — Lettre de Frontenac au Roi, 6 novembre 1679. Les Jésuites avaient une mission auprès de la tribu voisine des Mohawks et ailleurs dans l’État de New York.

[Cela correspond aux expressions utilisées par La Salle dans un mémoire qu’il adressa à Frontenac en novembre 1680. Dans ce mémoire, il exprime son opinion selon laquelle Joliet n’est allé que peu en aval de l’embouchure de l’Illinois, commettant ainsi une injustice flagrante envers cet explorateur courageux.]

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CHAPITRE VIII.
1677, 1678.
LA GRANDE ENTREPRISE.
La Salle au fort Frontenac — La Salle à la cour : son mémoire —
L’approbation du roi — Argent et moyens — Henri de Tonty —
Retour au Canada.
« Si », écrit un ami de La Salle, « il avait préféré le profit à la gloire, il lui suffisait de rester dans son fort, où il gagnait plus de vingt-cinq mille livres par an. »[97] Il aimait la solitude et il aimait le pouvoir ; et au fort Frontenac, il avait les deux, pour autant que l’un allât de pair avec l’autre. Le plus proche établissement se trouvait à une semaine de voyage, et il était maître de tout ce qui l’entourait. Il n’avait ménagé aucun effort pour remplir les conditions auxquelles son seigneurie sauvage avait été accordée, et en deux ans il avait démoli le fort en bois initial pour le remplacer par un autre, bien plus grand, entouré du côté terrestre de remparts et de bastions en pierre, et du côté de l’eau de palissades. Il comprenait une série de casernes en bois carré, une garde, un logement pour les officiers, une forge, un puits, un moulin et une boulangerie. Neuf petits canons étaient montés sur les murs. Deux officiers et un chirurgien, avec dix ou douze soldats, formaient la garnison ; et trois ou quatre fois ce nombre de maçons, ouvriers et bateliers étaient maintenus à un moment donné sur place.
Le long de la côte sud du fort se trouvait un petit village de familles françaises, auxquelles La Salle avait accordé des fermes, et, plus loin, un village d’Iroquois, qu’il avait convaincus de s’y installer. Près de ces villages se trouvaient la maison et la chapelle de deux frères récollets, Luc Buisset et Louis Hennepin. Plus de cent acres de terre française avaient été déboisés et en partie plantés en cultures ; tandis que du bétail, des volailles et des porcs avaient été amenés de Montréal. Quatre navires, de vingt-cinq à quarante tonnes, avaient été construits pour le lac et la rivière ; mais les canoës convenaient le mieux aux usages ordinaires, et les suivants de La Salle devinrent si habiles à les manier qu’ils étaient

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considérés comme les meilleurs canotiers d’Amérique. Seigneur féodal des forêts environnantes, commandant d’une garnison qu’il avait lui-même recrutée et payée, fondateur de la mission et mécène de l’église, il régnait en autocrate sur son petit empire solitaire.[98]
Ce n’était pas uniquement, ni principalement, pour des gains commerciaux que La Salle avait établi le fort Frontenac. Il le considérait comme une première étape vers des choses plus grandes ; et maintenant, enfin, ses plans étaient prêts et son heure était venue. À l’automne 1677, il laissa le fort sous la garde de son lieutenant, descendit le Saint-Laurent jusqu’à Québec, puis partit pour la France. Il bénéficiait du soutien de Frontenac ainsi que de l’aide de puissants amis à Paris. Comme nous l’avons déjà vu, on dit que ses ennemis l’avaient dénoncé à l’avance comme un fou ; mais un mémoire qu’il avait rédigé, et que ses amis présentèrent au ministre Colbert, obtint une audience favorable. Dans ce mémoire, il exposait ses plans, ou du moins une partie d’eux. Il raconta d’abord brièvement les découvertes qu’il avait faites, puis décrivit le pays qu’il avait vu au sud et à l’ouest des grands lacs. « Presque tout y est si beau et si fertile ; si dépourvu de forêts, et si plein de prairies, de ruisseaux et de rivières ; si riche en poissons, en gibier et en viande de bison, qu’on peut y trouver en abondance, et avec peu de peine, tout ce qui est nécessaire pour entretenir des colonies prospères. Le sol produira tout ce qui pousse en France. Les troupeaux peuvent être laissés paître toute l’hiver ; il y a même des bovins sauvages indigènes, qui, au lieu de poils, possèdent une belle laine pouvant servir à fabriquer des tissus et des chapeaux. Leurs peaux sont meilleures que celles de France, comme en témoigne l’échantillon que le sieur de La Salle a apporté avec lui. Le chanvre et le coton poussent naturellement ici, et peuvent être transformés avec de bons résultats ; il ne fait donc aucun doute que des colonies plantées ici deviendraient très prospères. Elles seraient encore augmentées par un grand nombre d’Indiens de l’Ouest, qui sont pour la plupart de nature docile et sociable ; et comme ils n’ont ni accès à nos armes ni à nos marchandises, et ne sont en contact avec d’autres Européens, ils s’adapteront facilement à nous et imiteront notre mode de vie dès qu’ils goûteront aux avantages de notre amitié et des biens que nous leur apportons, de sorte que ces régions fourniront inévitablement, en quelques années, de nombreux nouveaux sujets à l’Église et au Roi. »
« C’était la connaissance de ces choses, jointe à la pauvreté du Canada, à ses forêts denses, à son sol stérile, à son climat rigoureux, et à la neige qui le couvre

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Les difficultés rencontrées pendant la moitié de l’année ont poussé le sieur de La Salle à entreprendre la fondation de colonies dans ces magnifiques pays de l’Ouest. Il raconte alors les difficultés de cette entreprise : les distances énormes, les rapides et les chutes d’eau qui obstruent le chemin ; le coût en hommes, en vivres et en munitions ; le danger représenté par les Iroquois, ainsi que la rivalité des Anglais, qui convoitent ces terres de l’Ouest et seraient ravis de s’en emparer. « Mais cette dernière raison », dit le mémoire, « ne fait qu’encourager davantage le sieur de La Salle et le pousse à devancer ses adversaires par la rapidité de ses actions ». Il déclare avoir demandé la concession du fort Frontenac pour cette raison ; il décrit également ce qu’il a fait à cet endroit afin de le transformer en base solide pour son entreprise. Il affirme avoir surmonté les principales difficultés et être prêt à fonder une nouvelle colonie à l’embouchure du lac Érié, que les Anglais pourraient facilement s’approprier si on ne les en empêchait pas. Afin de réaliser ses plans, il demande la confirmation de ses droits sur le fort Frontenac, ainsi que l’autorisation d’établir, à ses propres frais, deux autres postes, avec des droits seigneuriaux sur toutes les terres qu’il pourrait découvrir et coloniser au cours des vingt années suivantes, ainsi que le gouvernement de toute cette région. De son côté, il propose de renoncer à tout droit sur le commerce entre les tribus des lacs supérieurs et le peuple du Canada. Il semble que La Salle ait eu un entretien avec le ministre, au cours duquel les propositions contenues dans son mémoire ont été quelque peu modifiées. Il reçut bientôt en réponse le décret suivant du roi : « Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à notre cher et bien-aimé Robert Cavelier, sieur de La Salle, salut. Nous avons accueilli avec bienveillance la très humble requête que vous nous avez adressée, afin de vous permettre de vous consacrer à la découverte des régions occidentales de la Nouvelle-France ; nous avons accepté cette proposition d’autant plus volontiers que rien ne nous tient tant à cœur que l’exploration de ce pays, par lequel, à première vue, on pourrait trouver un chemin vers le Mexique… Pour cette raison et pour d’autres raisons encore, nous vous autorisons, par ces présentes signées de notre main, à vous consacrer à la découverte des régions occidentales de notre pays de la Nouvelle-France ; et, pour mener à bien cette entreprise, à construire des forts aux endroits que vous jugerez appropriés. »

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considérer cela comme nécessaire, et jouir de sa possession selon les mêmes clauses et conditions qu’à Fort Frontenac, conformément à nos lettres patentes du 13 mai 1675, que nous confirmons, autant que nécessaire, par les présentes. Et il est de notre volonté qu’elles soient exécutées selon leur forme et leur teneur : à la condition cependant que vous acheviez cette entreprise dans un délai de cinq ans ; faute de quoi, les présentes seront nulles et sans effet ; que vous ne fassiez aucun commerce avec les sauvages appelés Ottawas, ni avec d’autres tribus qui apportent leurs fourrures à Montréal ; et que vous accomplissiez tout cela à vos propres frais et à ceux de vos associés, à qui nous avons accordé le droit exclusif de commerce des peaux de bison. Nous chargeons le sieur comte Frontenac, notre gouverneur et lieutenant général, ainsi que Duchesneau, intendant de la justice, de la police et des finances, et les officiers du conseil suprême du pays susmentionné, de veiller à l’exécution des présentes ; car telle est notre volonté.
« Donné à Saint-Germain-en-Laye, ce 12 mai 1678, en la 35e année de notre règne. »
Cette lettre patente accorde à la fois plus et moins que ce que le mémoire avait demandé. Elle autorise La Salle à construire et à posséder non seulement deux forts, mais autant qu’il jugera utile, à condition de le faire dans un délai de cinq ans ; elle lui confère en outre le monopole des peaux de bison, pour lesquelles il n’avait pas initialement fait de demande. Rien n’est dit des colonies. Découvrir le pays, le sécuriser par des forts et trouver, si possible, un chemin vers le Mexique, voilà les seuls objectifs énoncés ; car Louis XIV désapprouvait toujours la colonisation de l’Ouest, en partie parce qu’elle risquait d’épuiser le Canada, et en partie parce qu’elle éloignait ses sujets trop de son contrôle paternel. C’était juste l’année précédente qu’il avait refusé à Louis Joliet l’autorisation d’établir une station commerciale dans la vallée du Mississippi.[99]
La Salle, cependant, restait attaché à son projet de colonie commerciale et industrielle, ainsi qu’à un autre objectif, dont son mémoire n’avait pas fait mention. Il s’agissait de construire un navire sur une branche du Mississippi, afin de descendre ce fleuve jusqu’à son embouchure et d’ouvrir une voie commerciale par le golfe du Mexique. Il est évident que ce projet était déjà formé ; car dès qu’il eut reçu sa lettre patente, il engagea des charpentiers navals et se procura du fer, des cordages et des ancrages, non pas pour un seul navire, mais pour deux.
Ce dont il avait le plus besoin maintenant, c’était d’argent ; n’en ayant pas lui-même, il s’efforça de l’obtenir auprès d’autres. Un notaire nommé Simonnet lui prêta quatre

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mille livres ; un avocat nommé Raoul, vingt-quatre mille ; et un Dumont, six mille. Son cousin L’ARGENT ET LES MOYENS.
François Plet, marchand de la rue Saint-Martin, lui prêta environ onze mille livres, à un taux d’intérêt de quarante pour cent ; et lorsqu’il retourna au Canada, Frontenac trouva le moyen de lui obtenir un autre prêt d’environ quatorze mille livres, garanti par la hypothèque du fort Frontenac. Mais ses principaux aides furent sa famille, qui devinrent associés à son entreprise.
« Ses frères et parents », dit un mémorial adressé plus tard par eux au roi, « n’épargnèrent rien pour lui permettre de répondre dignement à la bienveillance royale » ; et le document ajoute que, avant même que les cinq années prévues ne s’écoulent, ses découvertes leur avaient coûté plus de cinq cent mille livres (francs).[100] La Salle lui-même croyait, et faisait croire aux autres, qu’il y avait plus de profits que de risques dans ses projets.
Habitant plutôt discrètement rue de la Truanderie, et de nature réservée et timide, il trouva néanmoins du soutien et de l’encouragement auprès de personnages tout aussi éminents que Colbert, Seignelay et le prince de Conti. D’autres encore, occupant des postes moins en vue, défendirent ardemment sa cause, et aucun plus que l’érudit abbé Renaudot, qui l’aida de sa plume et de sa parole, et semble avoir joué un rôle important en lui présentant un homme qui s’avéra par la suite d’une grande valeur. Il s’agissait d’Henri de Tonti, officier italien, protégé du prince de Conti, que celui-ci envoya à La Salle comme une personne adaptée à ses desseins. Tonti n’avait qu’une main, l’autre ayant été emportée par une grenade pendant les guerres en Sicile.[101] Son père, qui avait été gouverneur de Gaète mais était venu en France à cause des troubles politiques à Naples, s’était fait une solide réputation en tant que financier et avait inventé la forme d’assurance-vie encore appelée tontine. La Salle apprit à connaître son nouveau lieutenant durant le voyage transatlantique ; et, peu après son arrivée au Canada, il écrivit à son mécène à son sujet en ces termes : « Son caractère honorable et sa disposition aimable vous sont bien connus ; mais peut-être n’auriez-vous pas cru qu’il fût capable d’accomplir des choses pour lesquelles une constitution robuste, une connaissance du pays et l’usage des deux mains semblaient absolument nécessaires. Néanmoins, son énergie et son audace le rendent capable de tout ; et maintenant, à une époque où tout le monde craint la glace, il se met en route pour fonder un nouveau fort, à deux cents lieues d’ici, que j’ai eu l’audace de nommer fort Conti. Il est situé près de cette grande cascade, à plus de

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cent vingt toises de hauteur, par lesquelles les lacs situés à plus haute altitude se jettent dans le lac Frontenac [en Ontario]. De là, on parcourt cinq cents lieues par voie d’eau jusqu’au lieu où doit être construit le fort Dauphin ; il ne reste alors plus qu’à descendre le grand fleuve de la baie de St. Esprit pour atteindre le golfe du Mexique.[102]
Outre Tonty, La Salle trouva en France un autre allié, La Motte de Lussière, à qui il offrit une part dans l’entreprise de retour au Canada, et qui le rejoignit à Rochelle, le lieu d’embarquement. Ici, des retards importuns survinrent. Bellinzani, directeur du commerce, qui avait auparavant appris l’art de la ruse au service du cardinal Mazarin, abusa de sa position officielle pour mettre des obstacles sur le chemin de La Salle, dans le but de lui extorquer de l’argent ; et il extorqua en effet une somme considérable, que sa victime parvint par la suite à récupérer. Ce n’est que le 14 juillet que La Salle, avec Tonty, La Motte et trente hommes, leva l’ancre pour le Canada, et deux mois s’écoulèrent encore avant qu’il n’atteigne Québec. Ici, afin d’augmenter ses ressources et de renforcer sa position, il semble avoir conclu une alliance avec plusieurs marchands canadiens, dont certains avaient été ses ennemis auparavant et le seraient à nouveau. C’est aussi ici qu’il rencontra le père Louis Hennepin, qui était descendu du fort Frontenac pour le rencontrer.[103]

NOTES DE BAS DE PAGE :
[ Mémoire pour Monseigneur le Marquis de Seignelay sur les Découvertes du Sieur de la Salle, 1682. ]
[ État de la dépense faite par Mr. de la Salle, Gouverneur du Fort Frontenac. Récit de Nicolas de la Salle. Revue faite au Fort de Frontenac, 1677 ; Mémoire sur le Projet du Sieur de la Salle (Margry, i. 329). Plan du Fort Frontenac, publié par Faillon, d’après l’original envoyé en France par Denonville en 1685. Relation des Découvertes du Sieur de la Salle. Lorsque Frontenac se trouvait au fort en septembre 1677, il n’y trouva que quatre habitants. Il ressort de la Relation des Découvertes du Sieur de la Salle que, trois ou quatre ans plus tard, il y avait treize ou quatorze familles. La Salle dépensa 34 426 francs pour le fort. Mémoire au Roy, Papiers de Famille. ]
[ Colbert à Duchesneau, 28 avril 1677. ]
[ Mémoire au Roy, présenté sous la Régence ; Obligation du Sieur de la Salle envers le Sieur Plet ; Autres Emprunts de Cavelier de la Salle (Margry, i. 423-432). ]
[ Tonty, Mémoire, in Margry, Relations et Mémoires inédits, 5. ]

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1] Lettre de La Salle, 31 octobre 1678. Le fort Conti devait être construit sur le site de l’actuel fort Niagara. Le nom de Lac de Conti fut donné par La Salle au lac Érié. Le fort mentionné sous le nom de Fort Dauphin fut construit, comme nous le verrons, sur l’Illinois, mais sous un autre nom. La Salle, trompé par des cartes espagnoles, croyait que le Mississippi se jette dans la baie de St. Esprit (baie de Mobile).

Henri de Tonty signait son nom sous sa forme gallicisée, et non sous sa forme italienne originale, Tonti. Il portait une main en fer ou en un autre métal, qui était généralement recouverte d’un gant. La Potherie affirme qu’il l’a utilisée une ou deux fois à bon escient lorsque les Indiens devenaient indisciplinés, pour briser la tête des plus rétifs ou leur arracher les dents. Ne connaissant pas à l’époque le secret de l’efficacité extraordinaire de ses coups, ils le considéraient comme un « médecin » de premier ordre. La Potherie attribue à tort la perte de sa main à une entaille causée par une épée lors d’une sortie à Messine.

[La Motte de Lussière à ——, sans date ; Mémoires de La Salle sur les extorsions commises par Bellinzani ; Société formée par La Salle ; Relation d’Henri de Tonty, 1684 (Margry, i. 338, 573 ; ii. 2, 25).]

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CHAPITRE IX.
1678-1679.
LA SALLE AUX CHUTES DU NIAGARA.

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Père Louis Hennepin : sa vie antérieure ; son caractère. — Embarquement. — Les chutes du Niagara. — La jalousie des Indiens. — La Motte et les Senécas. — Un désastre. — La Salle et ses suivants.

Hennepin était plein d’enthousiasme à l’idée de participer à cette aventure ; et, à sa grande satisfaction, La Salle lui donna une lettre de son provincial, le père Le Fèvre, contenant l’autorisation tant désirée. Il se retira alors au couvent des Récollets de Québec pour se préparer, où il demeura un certain temps dans la prière et la méditation, autant que sa nature, peu encline à la spiritualité, le permettait. Frontenac, toujours favorable à son ordre, l’invita alors à dîner au château ; après avoir rendu visite au évêque et obtenu sa bénédiction, il descendit dans la ville basse et s’embarqua. Son bateau était une petite canoë en bouleau, manœuvrée par deux hommes. Pieds nus, vêtu d’une cape grise grossière et d’un capuchon pointu, avec la corde de saint François autour de la taille, ainsi qu’un chapelet et un crucifix accrochés à son côté, le père entreprit son voyage mémorable.

Il emportait avec lui les objets nécessaires à un autel portable, qu’en cas de besoin il pouvait attacher sur son dos comme un sac à dos.

Il remonta lentement le fleuve Saint-Laurent, s’arrêtant çà et là, là où une clairière et quelques maisons en bois marquaient le début timide d’une paroisse et d’un fief. Les colons, bien que bons catholiques, étaient trop peu nombreux et trop pauvres pour subvenir aux besoins d’un prêtre ; ils accueillirent donc l’arrivée du frère avec joie. Il célébra la messe, donna quelques exhortations, comme c’était son habitude, et baptisa même un enfant à une occasion. Finalement, il arriva à Montréal, où les ennemis de cette entreprise séduisirent ses deux rameurs. Il réussit à en trouver deux autres, avec qui il continua son voyage, traversa les rapides du haut Saint-Laurent, et arriva au fort Frontenac à onze heures du soir, le 2 novembre, où ses frères de la mission, Ribourde et Buisset, l’accueillirent à bras ouverts.[104] La Motte, avec la plupart des hommes, arriva le huit ; mais La Salle et Tonty ne arrivèrent qu’après plus d’un mois. Pendant ce temps, conformément à ses ordres, quinze hommes partirent en canoë vers le lac Michigan et l’Illinois pour commercer avec les Indiens et collecter des provisions, tandis que La Motte s’embarquait sur un petit bateau en direction des chutes du Niagara, accompagné de Hennepin.[105]

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Droits d’auteur, 1897, par Little, Brown & Co et Goupil & Co, Paris
Le père Hennepin célébrant la messe.
Illustration de Howard Pyle.
Ce frère audacieux, résistant et aventureux, historien de l’expédition et acteur majeur dans celle-ci, a, sans le vouloir, peint son propre portrait avec une assez grande précision. « J’ai toujours », dit-il, « ressenti une forte inclination à fuir le monde pour vivre selon les règles d’une vertu pure et stricte ; c’est dans ce but que j’ai rejoint l’Ordre de saint François. »[106] Il parle ensuite de son zèle pour le salut des âmes, mais admet qu’une passion pour les voyages et un désir ardent de visiter des terres étrangères ont joué un rôle non négligeable dans son inclination…

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les missions.[107] Se trouvant dans un couvent en Artois, son supérieur l’envoya à Calais, à la saison de la pêche à la morue, pour mendier des aumônes, selon la pratique des Franciscains. Là et à Dunkerque, il se fit des amis parmi les marins et ne se lassait jamais de leurs histoires. Son appétit pour celles-ci était en effet si insatiable que « souvent », dit-il, « je me cachais derrière les portes des tavernes pendant que les marins racontaient leurs voyages. La fumée du tabac me rendait très malade ; mais malgré cela, j’écoutais attentivement tout ce qu’ils disaient sur leurs aventures en mer et leurs voyages dans des pays lointains. J’aurais pu passer des jours et des nuits entiers de cette manière sans manger.»[108] Il partit bientôt en mission itinérante à travers la Hollande ; il raconte divers accidents qui lui arrivèrent « en raison de mon zèle à œuvrer pour le salut des âmes ». « J’étais à la sanglante bataille de Seneff », poursuit-il, « où tant de gens périrent par le feu et l’épée, et où j’eus beaucoup de travail à consoler les pauvres soldats blessés. Après avoir enduré de grandes fatigues et couru de grands dangers lors des sièges de villes, dans les tranchées et dans les batailles, où je me mis volontairement en péril pour le salut des autres, tandis que les soldats ne respiraient que sang et carnage, je me retrouvai enfin en mesure de satisfaire ma vieille inclination pour les voyages.»[109] Il obtint l’autorisation de ses supérieurs pour se rendre au Canada, la plus aventureuse de toutes les missions, et partit donc en 1675, à bord du navire qui transportait La Salle, qui venait d’obtenir l’autorisation de construire le fort Frontenac. Au cours du voyage, il prit sur lui de réprimander un groupe de jeunes filles qui s’amusaient en dansant sur le pont, ainsi qu’un cercle d’officiers et d’autres passagers. La Salle, qui faisait partie des spectateurs, fut irrité par l’intervention d’Hennepin et lui dit qu’il se comportait comme un pédagogue. Le frère répliqua, en faisant allusion – inconsciemment, selon lui – au fait que La Salle avait lui-même été pédagogue, ayant, selon Hennepin, été pendant dix ou douze ans professeur dans une école jésuite. La Salle, ajoute-t-il, pâlit de colère et ne lui pardonna jamais jusqu’à sa mort, le calomniant et le persécutant constamment.[110] Arrivé au Canada, il fut envoyé au fort Frontenac en tant que missionnaire. Ce poste sauvage et isolé lui plut beaucoup. Il planta une croix gigantesque, supervisa la construction d’une chapelle pour lui-même et son collègue Buisset, et instruisit les colons iroquois de la région. Il visita également

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les colonies indiennes voisines — pagayant sa canoë en été, lorsque le lac était libre, et voyageant en hiver avec des raquettes, un manteau jeté sur le dos. Son voyage le plus remarquable fut celui qu’il entreprit en hiver — apparemment en 1677 — avec un soldat du fort. Ils traversèrent l’extrémité orientale du lac Ontario à raquettes, puis se dirigèrent vers le sud à travers les forêts, en direction d’Onondaga — s’arrêtant le soir pour dégager la neige, qui atteignait plusieurs pieds d’épaisseur, et pour ramasser du bois pour leur feu, qu’ils étaient contraints de reconstituer à plusieurs reprises pendant la nuit afin de ne pas mourir de froid. Finalement, ils atteignirent la grande ville d’Onondaga, où les Indiens furent très étonnés de leur témérité. De là, ils se rendirent vers l’est chez les Oneidas, puis chez les Mohawks, qui les régalèrent de petites grenouilles écrasées dans une bouillie de maïs indien. C’est là que Hennepin rencontra le jésuite Bruyas, qui lui permit de copier un dictionnaire de la langue mohawk qu’il avait compilé ; c’est aussi là qu’il rencontra bientôt trois Hollandais, qui le pressèrent de visiter la colonie voisine d’Orange ou d’Albany — une invitation qu’il semble avoir refusée. Ils étaient satisfaits de lui, dit-il, parce qu’il parlait hollandais. Après leur avoir dit adieu, il remit ses raquettes et retourna avec son compagnon au fort Frontenac. Ainsi, il s’habitua aux difficultés de la forêt et se prépara à mettre en œuvre le grand projet de découverte qu’il qualifiait de sien — « une entreprise », pour reprendre ses propres mots, « capable d’effrayer n’importe qui sauf moi ». Lorsque des éditions ultérieures de son livre parurent, des doutes furent exprimés quant à sa véracité. « Je vous proteste ici, devant Dieu », écrit-il en s’adressant au lecteur, « que mon récit est fidèle et sincère, et que vous pouvez croire tout ce qui y est rapporté ». Et pourtant, comme nous le verrons, ce vénérable père était le plus impudent des menteurs ; et le récit dont il parle est un rare témoignage de mensonge effronté. Hennepin, cependant, avait vu et osé beaucoup de choses ; car, parmi ses nombreuses faiblesses, la peur n’avait pas sa place, et là où sa vanité ou sa rancune n’étaient pas en jeu, il disait souvent la vérité. Ses livres ont leur valeur, malgré toutes leurs énormes inventions. La Motte et Hennepin, avec seize hommes, montèrent à bord du petit navire de dix tonnes qui se trouvait au fort Frontenac. Les deux frères du moine, Buisset et Ribourde, passèrent leurs bras autour de son cou en lui disant adieu.

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Tandis que ses prosélytes indiens, ayant appris où il se rendait, se tenaient les mains pressées sur la bouche, stupéfaits par les périls qui attendaient leur instructeur fantomatique. La Salle, avec le reste du groupe, devait partir dès qu’il aurait terminé ses préparatifs. C’était une journée orageuse et venteuse, le 18 novembre. Les voiles furent déployées ; la côte s’éloigna — les murs de pierre de la forteresse, la grande croix que le frère avait érigée, les wigwams, les cabanes des colons, le groupe d’Indiens stupéfaits sur le rivage. Le lac était agité ; les hommes, entassés dans un si petit bateau, devinrent nerveux et inquiets. Ils suivirent la côte nord pour échapper à la fureur du vent qui soufflait sauvagement du nord-est ; tandis que la longue étendue grise de forêts nues sur leur droite indiquait que l’hiver approchait rapidement. Le 26, ils atteignirent les environs de la ville indienne de Taiaiagon,[116] non loin de Toronto, et, par prudence, mirent leur embarcation dans l’embouchure d’une rivière — probablement le Humber — où la glace l’entoura, et ils furent obligés de la libérer à l’aide de haches. Le 5 décembre, ils tentèrent de gagner l’embouchure du Niagara ; mais l’obscurité les surprit, et ils passèrent une nuit inconfortable, ballottés sur le lac agité, à cinq ou six miles de la côte. Le matin, ils entrèrent dans l’embouchure du Niagara et débarquèrent sur le promontoire de son côté est, là où se dressent aujourd’hui les remparts historiques du Fort Niagara. Là, ils trouvèrent un petit village de Senécas, attirés par la pêche, qui regardaient avec curiosité le bateau et écoutaient avec étonnement les voyageurs chanter un Te Deum en remerciement pour leur arrivée saine et sauve.

Hennepin, avec plusieurs autres, monta alors la rivière en canoë jusqu’au pied de la crête montagneuse de Lewiston, aux Chutes du Niagara, qui s’étend à droite et à gauche, formant la pente d’un vaste plateau fendu par le puissant gouffre le long duquel, de ce point jusqu’aux chutes, à sept miles plus haut, les eaux rassemblées de quatre océans intérieurs déferlent avec la fureur d’un torrent alpin. Il était impossible d’avancer plus loin en canoë. Il débarqua, avec ses compagnons, sur la rive ouest, près du pied de cette partie de la crête aujourd’hui appelée Queenstown Heights, gravit la pente raide et s’enfonça dans la forêt hivernale pour une exploration. À sa gauche s’abaissaient les falaises, le fleuve furieux rugissant en contrebas ; jusqu’à ce que, enfin, au milieu de solitudes primitives encore intactes par la médiocrité de l’homme, la majestueuse cascade apparût à ses yeux.[117]

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Les explorateurs passèrent à trois miles de là et établirent leur camp pour la nuit sur les rives du ruisseau Chippewa, en enlevant la neige, qui avait un pied d’épaisseur, afin d’allumer un feu. Le matin, ils reprirent leur route, effrayant au passage un certain nombre de cerfs et de dindes sauvages, avant de rejoindre leurs compagnons à l’embouchure du fleuve.

La Motte commença alors à construire une maison fortifiée, à environ deux lieues en amont de l’embouchure du Niagara.[118] LA MOTTE ET LES SENECAS.

De l’eau chaude était utilisée pour adoucir le sol gelé ; mais le givre n’était pas le seul obstacle. Les Senecas du village voisin montraient une jalousie sourde envers ce projet, qui ne leur promettait en effet rien de bon. Le Niagara était la clé des quatre grands lacs situés plus haut ; et quiconque en prenait possession pouvait, dans une large mesure, contrôler le commerce des fourrures dans l’intérieur du pays. Occupé par les Français, il interromprait en temps de paix le commerce que les Iroquois entretenaient entre les Indiens de l’Ouest et les Hollandais et les Anglais à Albany, et en temps de guerre, il représenterait pour eux un sérieux danger. La Motte vit la nécessité de se concilier ces redoutables voisins et, si possible, de les persuader d’approuver son plan. La Salle lui avait en effet donné cet ordre. Il décida donc de se rendre au grand village des Senecas et demanda à Hennepin, qui était occupé à construire pour lui-même une chapelle en bois, de l’accompagner. Ils partirent donc avec plusieurs hommes bien armés et équipés, portant sur leur dos des présents de grande valeur. Le village se trouvait de l’autre côté du Genesee, au sud-est du site de Rochester.[119] Après une marche de cinq jours, ils y arrivèrent le dernier jour de décembre. On les conduisit à la demeure du grand chef, où ils furent entourés d’une foule de femmes et d’enfants qui les regardaient fixement. Deux jésuites, Raffeix et Julien Garnier, se trouvaient dans le village ; et leur présence n’augurait rien de bon pour l’ambassade. La Motte, qui semblait peu apprécier les prêtres de quelque sorte que ce soit, fut grandement irrité de les voir ; et lorsque les chefs se rassemblèrent pour écouter ce qu’il avait à dire, il insista pour que les deux prêtres quittent la salle du conseil. À cela, Hennepin, par respect pour son habit, jugea opportun de se retirer également. Les chefs, au nombre de quarante-deux, étaient assis par terre, vêtus de robes cérémonielles en peau de castor, de loup ou de écureuil noir. « Les sénateurs de Venise », écrit Hennepin, « n’ont pas l’air plus grave ni ne parlent plus posément que les conseillers des Iroquois. » L’interprète de La Motte s’adressa au conseil attentif, déposant cadeau après cadeau à leurs pieds : manteaux, tissus écarlates, haches, couteaux et perles.

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— et il utilisa toute son éloquence pour les convaincre que la construction d’une forteresse sur les rives du Niagara, ainsi que d’un navire sur le lac Érié, étaient des mesures essentielles à leurs intérêts. Ils acceptèrent volontiers les cadeaux, mais répondirent aux paroles de l’interprète par des généralités évasives ; après avoir assisté à l’exécution d’un prisonnier indien, l’ambassade déconcertée retourna à Niagara, à moitié affamée.

Pendant ce temps, La Salle et Tonty se rendaient depuis Fort Frontenac, avec des hommes et des provisions, pour rejoindre La Motte et son groupe d’avant-garde. Ils se trouvaient dans un petit bateau, avec un pilote soit inexpérimenté, soit traître. À la veille de Noël, celui-ci faillit les faire couler au large de la baie de Quinté. Le lendemain, ils atteignirent l’embouchure du Genesee ; et La Salle, après quelques retards, se dirigea vers la ville voisine des Senekas, où il semble être arrivé juste après le départ de La Motte et Hennepin. Lui aussi les convoqua en conseil et tenta d’apaiser la jalousie extrême avec laquelle ils considéraient ses actions. « Je leur ai exposé mon plan », dit-il, « et j’ai donné les meilleurs prétextes possibles ; j’ai réussi dans ma tentative. »[120] Plus chanceux que La Motte, il parvint à les convaincre d’autoriser le transport d’armes et de munitions par le portage du Niagara, de construire un navire en amont des chutes et d’établir un entrepôt fortifié à l’embouchure du fleuve.

Ce succès fut suivi d’une catastrophe. La Salle était monté le long du Niagara pour trouver un endroit approprié pour un chantier naval, lorsqu’il apprit que le pilote chargé du navire qu’il avait laissé en arrière avait désobéi à ses ordres, entraînant finalement sa destruction sur le rivage. Peu de choses furent sauvées, à part les ancrages et les câbles destinés au nouveau navire qui devait être construit en amont des chutes. Cette perte le plongea dans une grande perplexité, et, comme le dit Hennepin, « cela aurait fait abandonner l’entreprise à n’importe qui d’autre que lui. »[121] Tout le groupe se retrouva alors dans la maison entourée de palissades que La Motte avait construite, un peu en aval de la crête montagneuse de Lewiston. C’était un groupe hétéroclite de Français, de Flamands et d’Italiens, tous mutuellement jaloux. Les ennemis de La Salle avaient soudoyé certains des hommes ; et aucun d’eux ne semblait vraiment motivé pour mener à bien cette entreprise. Même la loyauté de La Motte était douteuse. « Il m’a très mal servi », dit La Salle ; « et MM. de Tonty et de la Forest savaient qu’il faisait tout son possible pour corrompre tous mes hommes. »[122] Sa santé se détériora rapidement sous les difficultés de ces voyages hivernaux, et il retourna à Fort Frontenac, presque aveugle.

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une inflammation des yeux.[123] La Salle, rarement satisfait du choix de ses subordonnés, n’avait peut-être, dans toute son compagnie, qu’un seul homme en qui il pût avoir une confiance absolue ; c’était Tonty. Lui et Hennepin entretenaient des relations tièdes. Les hommes réunis dans une entreprise aussi périlleuse apprennent rapidement à se connaître ; et ce frère vaniteux et prétentieux n’était guère susceptible de se faire apprécier par le brave et loyal lieutenant de La Salle. Hennepin affirme que c’était la politique de La Salle de gouverner en profitant des dissensions parmi ses partisans ; et, quelle que fût la raison, il est certain que ceux qui étaient sous ses ordres ne vivaient que rarement en parfaite harmonie.

NOTES DE BAS DE PAGE :
[ Hennepin, Description de la Louisiane (1683), 19 ; Ibid., Voyage Curieux (1704), 66.
10 Ribourde était arrivé récemment.
4]
[ Lettre de La Motte de la Lussière, sans date ; Relation de Henri de Tonty écrite de
10 Québec, le 14 novembre 1684 (Margry, i. 573). Ce document, manifestement adressé
5] à l’abbé Renaudot, est complètement différent des mémoires de Tonty de 1693, adressées au ministre Ponchartrain.
[ Hennepin, Nouvelle Découverte (1697), 8.
10
6] [ Ibid., Avant-propos, 5.
10
7] [ Ibid., Voyage Curieux (1704), 12.
10
8] [ Hennepin, Voyage Curieux (1704), 18.
10
9] [ Ibid. Avis au Lecteur. Ailleurs, il se présente comme étant en
11 excellents termes avec La Salle ; avec qui, dit-il, il lisait
0] des histoires de voyages au fort Frontenac, après quoi ils discutaient ensemble leurs plans d’exploration.
[ C’était les Racines Agnières de Bruyas. Elles furent publiées par M. Shea en 1862.
11 Hennepin semble les avoir étudiées attentivement ; car à plusieurs reprises il emploie
1] des mots manifestement empruntés à celles-ci, les mettant dans la bouche d’Indiens parlant un dialecte différent de celui des Agniers ou des Mohawks.
[ Voir Brodhead dans Hist. Mag., x. 268.
11
2] [ « Une entreprise capable d’épouvanter tout autre que moi. » — Hennepin, Voyage
11 Curieux, Avant-propos (1704).
3]
[ « Je vous proteste ici devant Dieu, que ma Relation est fidèle et sincère », etc.
11 — Ibid., Avis au Lecteur.
4]
[ La nature de ces inventions sera montrée plus loin. Elles ne se trouvent
11 pas dans les premières éditions du récit de Hennepin, qui sont
5]

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relativement fidèle, mais dans l’édition de 1697 et celles qui suivirent. La Salle était mort au moment de leur publication.
[ Ce lieu est indiqué sur une carte manuscrite envoyée en France par l’intendant Duchesneau, aujourd’hui conservée aux Archives de la Marine, ainsi que sur plusieurs autres cartes contemporaines. ]
[ Le récit de Hennepin sur les chutes et la rivière Niagara — en particulier son deuxième récit, fait lors de son retour de l’Ouest — est très détaillé et, dans l’ensemble, très précis. Il se livre à de grossières exagérations quant à la hauteur de la cascade, qu’il évalue à cinq cents pieds dans l’édition de 1683, et à six cents dans celle de 1697. Il affirme également qu’il y avait suffisamment de place pour que quatre voitures passent côte à côte sous la Chute américaine sans être mouillées. C’est bien sûr, au mieux, une exagération ; mais il est extrêmement probable qu’un grand changement soit survenu depuis son temps. Il parle d’une petite chute latérale du côté ouest de la Chute en fer à cheval, qui n’existe plus aujourd’hui. Table Rock, aujourd’hui détruite, est clairement représentée sur sa carte. Il dit avoir descendu les falaises du côté ouest jusqu’au pied de la cascade, mais qu’aucun être humain ne peut descendre du côté est.

Le nom Niagara, écrit Onguiaahra par Lalemant en 1641, et Ongiara par Sanson sur sa carte de 1657, est utilisé par Hennepin sous sa forme actuelle. Sa description des chutes est la plus ancienne connue. Elles sont clairement indiquées sur la carte de Champlain de 1632. Pour des références antérieures, voir « Les Jésuites en Amérique du Nord », p. 235, note. Une brève mais curieuse mention en est donnée par Gendron, Quelques Particularités du Pays des Hurons, 1659. Le persévérant Dr O’Callaghan a découvert trente-neuf formes distinctes du nom Niagara. Index to Colonial Documents of New York, p. 465. Il est d’origine iroquoise et, dans le dialecte mohawk, il se prononce Nyàgarah.
[ Tonty, Relation, 1684 (Margry, i. 573). ]
[ Près de la ville de Victor. Il est indiqué sur la carte de Galinée, ainsi que sur d’autres cartes inédites. Voir Marshall, Historical Sketches of the Niagara Frontier, p. 14. ]
[ Lettre de La Salle à l’un de ses associés (Margry, ii. 32). ]
[ Description de la Louisiane (1683), p. 41. Il est caractéristique de Hennepin que, dans les éditions de son livre publiées après la mort de La Salle, il remplace « n’importe qui sauf lui » par « n’importe qui sauf ceux qui avaient formé un projet si généreux » — voulant ainsi se inclure lui-même, bien qu’il n’ait rien perdu du désastre et n’ait pas formé de tel projet.

Concernant ces événements, comparer les deux récits de Tonty, de 1684 et 1693. Le livre portant le nom de Tonty est une compilation pleine d’erreurs. Il a nié en être l’auteur.
[ Lettre de La Salle, 22 août 1682 (Margry, ii. 212). ]

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2] [Lettre de La Motte, sans date.
12
3]

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CHAPITRE X.
1679.
Le lancement du « GRIFFIN ».
Le portage du Niagara — Un navire sur les stocks — Souffrances et mécontentement — Le voyage hivernal de La Salle — Le navire lancé — De nouveaux désastres.
Un travail plus important que celui du entrepôt au NIAGARA, à l’embouchure de la rivière, devait maintenant commencer : il s’agissait du portage, c’est-à-dire de la construction d’un navire en amont des chutes. Le petit bateau qui avait transporté La Motte et Hennepin avec leur avant-garde avait été tiré jusqu’au pied des rapides à Lewiston, puis remonté sur la rive à l’aide d’un capstan, afin de le protéger des glaces flottantes. Son chargement fut retiré, et il fallut maintenant le transporter au-delà des chutes, vers les eaux calmes en amont. La distance jusqu’au point de destination était d’au moins douze miles, et il fallait d’abord gravir les hautes pentes au-dessus de Lewiston. Cette lourde tâche fut accomplie le vingt-deux janvier. On atteignit le plateau, et la file d’hommes chargés, au nombre d’environ trente, avançait lentement à travers les plaines enneigées et les forêts sombres de sapins et de chênes nus ; tandis que Hennepin avançait péniblement à travers les congères, son autel portable solidement attaché dans son dos. Ils arrivèrent finalement à l’embouchure d’une rivière qui se jetait dans le Niagara deux lieues en amont des chutes, et qui était sans doute celle qu’on appelle aujourd’hui Cayuga Creek.[124]
On abattit des arbres, on défricha le terrain, et le maître charpentier mit ses constructeurs navals au travail. Pendant ce temps, deux chasseurs Mohican, attachés au groupe, construisirent des wigwams en écorce pour abriter les hommes. Hennepin disposait de sa propre chapelle, apparemment faite du même matériau, où il plaça son autel ; il y célébrait la messe, prêchait et exhortait les fidèles les dimanches et les jours de fête ; tandis que certains hommes, connaissant le chant grégorien, l’aidaient lors des offices. Lorsque les charpentiers furent prêts à poser la quille du navire, La Salle demanda au frère de planter le premier clou ; « mais la modestie de ma profession religieuse », dit-il, « m’a contraint à refuser cet honneur ».

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Heureusement, c’était la saison de chasse des Iroquois, et la plupart des guerriers senécas se trouvaient dans les forêts au sud du lac Érié ; néanmoins, il en restait suffisamment pour provoquer une vive inquiétude. Ils rôdaient morosement autour du lieu, exprimant leur mécontentement face aux agissements des Français. L’un d’eux, feignant d’être ivre, attaqua le forgeron et tenta de le tuer ; mais le Français, brandissant une barre de fer incandescente, le tint à distance jusqu’à ce que Hennepin vienne à son secours, et, comme il le déclare, la sévérité de ses reproches fit renoncer le sauvage.[125] Le travail des constructeurs de navires progressait rapidement ; et lorsque les visiteurs indiens virent les immenses coques de ce monstre en bois, leur jalousie redoubla. Une squaw dit aux Français qu’ils avaient l’intention de brûler le navire sur le bûcher. Tous se tenaient maintenant avec anxiété en sentinelle. Le froid, la faim et le mécontentement ne trouvaient que des remèdes imparfaits dans l’énergie de Tonty et les sermons de Hennepin.

La Salle était absent, et son lieutenant commandait en son absence. Hennepin affirme que Tonty était jaloux parce que lui, le frère, tenait un journal, et qu’il fut contraint d’utiliser toutes sortes de précautions pour empêcher l’Italien de s’en emparer. Les hommes, à moitié affamés à cause de la perte de leurs provisions sur le lac Ontario, étaient agités et moroses ; et leur mécontentement était attisé par l’un d’entre eux, qui avait très probablement été manipulé par les ennemis de La Salle.[126] Les Senécas refusèrent de leur fournir du maïs, et les exhortations répétées du père Récollet se révélèrent insuffisantes comme substitut. Dans cette extrémité, les deux Mohegans rendirent d’excellents services — en apportant du cerf et d’autres gibiers, ce qui soulagea les besoins les plus pressants du groupe et contribua grandement à restaurer leur gaieté.

Pendant ce temps, La Salle était descendu jusqu’à l’embouchure de la rivière, avec un sergent et un certain nombre d’hommes ; et là, sur le point le plus élevé où se trouve aujourd’hui Fort Niagara, il marqua les fondations de deux blockhaus.[127] Puis, laissant ses hommes les construire, il partit à pied vers Fort Frontenac, où l’état de ses affaires exigeait sa présence, et où il espérait obtenir des provisions pour remplacer celles perdues dans l’épave de son navire. C’était en février, et la distance était d’environ deux cent cinquante miles, à travers les forêts enneigées des Iroquois et sur la glace du lac Ontario. Deux hommes l’accompagnaient, et un chien tirait son bagage sur un traîneau. Pour manger, ils n’avaient qu’un sac de maïs séché, qui

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Ils échouèrent deux jours avant d’atteindre la forteresse ; et ils firent le reste du voyage en jeûnant.
Pendant son absence, Tonty acheva le navire, qui pesait environ quarante-cinq tonnes.[128] À l’arrivée du printemps, il était prêt à être lancé. Le frère lui donna sa bénédiction ; l’assemblée chanta le Te Deum ; des canons furent tirés ; Français et Indiens, tous deux réchauffés par une généreuse ration de brandy, crièrent et hurlèrent en chœur tandis que le navire glissait dans le Niagara. Ses constructeurs le tirèrent hors de l’eau et l’ancrèrent dans le courant, enfin à l’abri des mains incendiaires ; puis, suspendant leurs hamacs sous le pont, ils dormirent en paix, hors de portée du tomahawk. Les Indiens le contemplaient avec admiration. Cinq petits canons dépassaient de ses sabords ; et à sa proue était sculpté un monstre menaçant, le Griffon, dont le navire portait le nom, en hommage aux armoiries de Frontenac. On entendait souvent La Salle dire qu’il ferait voler le Griffon au-dessus des corbeaux, ou, en d’autres termes, il ferait triompher Frontenac sur les Jésuites.
Ils remontèrent alors le fleuve et l’ancrent en aval du courant rapide, près de Black Rock. Là, ils achevèrent son équipement et attendirent le retour de La Salle ; mais le commandant absent ne reparut pas. Le printemps et plus de la moitié de l’été s’écoulèrent avant qu’ils ne le voient à nouveau. Finalement, au début d’août, il arriva à l’embouchure du Niagara, accompagné de trois autres frères ; car, bien qu’il ne fût pas un ami des Jésuites, il était zélé pour la Foi et rares étaient ses voyages sans un missionnaire. Comme Hennepin, les trois frères étaient tous Flamands. L’un d’eux, Melithon Watteau, devait rester au Niagara ; les autres, Zenobe Membré et Gabriel Ribourde, devaient prêcher la Foi parmi les tribus de l’Ouest. Ribourde était un vieil homme vigoureux et joyeux, âgé de soixante-quatre ans. Il gravit quatre fois les hauteurs de Lewiston, pendant que les hommes montaient le sentier escarpé avec leurs charges. Il fallut quatre d’entre eux, bien stimulés par du brandy, pour hisser l’ancre principale destinée au « Griffon ».
La Salle apportait avec lui une histoire de désastre. Ses ennemis, déterminés à ruiner l’entreprise, avaient répandu la rumeur qu’il entreprenait une aventure insensée d’où il ne reviendrait jamais. Ses créanciers, excités par des rumeurs semées à cette fin, s’étaient emparés de toutes ses propriétés dans les régions déjà colonisées du Canada, bien que seule sa seigneurie de Fort Frontenac vaille déjà plus que

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Cela suffisait pour payer toutes ses dettes. Il n’y avait aucun remède. Reporter l’entreprise aurait signifié donner à ses adversaires la victoire qu’ils cherchaient ; il se durcit donc face au coup avec son stoïcisme habituel.[129]

NOTES DE PIÈCE :
[La question de savoir du côté du Niagara le premier bateau destiné aux Grands Lacs a été objet de débats. Une étude approfondie des écrits de Hennepin, ainsi qu’un examen minutieux des lieux concernés, m’ont convaincu que l’endroit en question était celui indiqué ci-dessus. Hennepin fait à plusieurs reprises allusion à un grand rocher isolé, qui émerge de l’eau au pied des rapides, en amont de Lewiston, du côté ouest du fleuve. Ce rocher peut encore être vu juste en dessous de l’extrémité ouest du pont suspendu de Lewiston. Les habitants des environs se souviennent qu’autrefois un bateau-ferry traversait l’espace entre ce rocher et les falaises de la rive ouest ; mais il a depuis été miné par le courant et s’est incliné dans cette direction, de sorte qu’une partie considérable de lui est submergée, tandis que le gravier et la terre projetés des falaises lors de la construction du pont ont rempli le chenal qui se trouvait entre eux. En face de ce rocher, du côté est du fleuve, dit Hennepin, se trouvent trois montagnes, à environ deux lieues en amont des chutes. (Nouveau Voyage, 1704, p. 462, 466.) Il fait fréquemment allusion à ces « trois montagnes », ainsi qu’au rocher. La Hontan en parle également, indiquant clairement leur emplacement. Il s’agit des trois niveaux successifs de pente : d’abord celui qui s’élève depuis le niveau de l’eau, formant la rive escarpée et haute ; ensuite une pente intermédiaire, couronnée par une sorte de terrasse, où les hommes fatigués pouvaient trouver un second endroit pour se reposer et déposer leurs charges ; enfin, un troisième effort permettait de parvenir avec difficulté au sommet plat du plateau. Le fait que ce soit bien là le lieu utilisé pour le transport des voyageurs est confirmé par Hennepin (1704, p. 114), qui décrit le transport d’ancre et d’autres objets lourds vers ces hauteurs en août 1679. La Hontan a également traversé les chutes par l’intermédiaire de ces « trois montagnes » huit ans plus tard. (La Hontan, 1703, p. 106.) Il est donc évident que le portage avait lieu du côté est, ce qui permet de conclure sans risque que le bateau a été construit du même côté. Hennepin affirme qu’il a été construit à l’embouchure d’un ruisseau qui se jette dans le Niagara, à deux lieues en amont des chutes. À l’exception d’un ou deux petits ruisseaux, il n’y a aucun autre cours d’eau du côté ouest, à part le Chippewa Creek, que Hennepin avait visité et situé à environ une lieue des chutes. Ses estimations concernant le Niagara sont généralement exactes. Du côté est, il y a un ruisseau qui correspond parfaitement à ces conditions : il s’agit du Cayuga Creek, situé à deux lieues en amont des chutes. Juste en face se trouve une île d’environ un mile de long, séparée de la rive par un bras étroit et profond du Niagara, dans lequel le Cayuga Creek se jette. Ce lieu est si manifestement adapté à la construction et au lancement d’un bateau que, au début de ce siècle, le gouvernement des États-Unis l’a choisi pour y construire une goélette destinée à acheminer des provisions aux garnisons des Grands Lacs. Le village voisin porte aujourd’hui le nom de La Salle.]

En examinant ce lieu et d’autres localités sur le Niagara, j’ai été grandement aidé par mon ami O. H. Marshall, avocat, de Buffalo, qui est inégalé dans sa connaissance de l’histoire et des traditions de la frontière du Niagara.
[Hennepin (1704), 97. Dans un document établi sur instigation de l’intendant Duchesneau, les noms de la plupart des hommes de La Salle sont conservés. Ceux-ci coïncident avec ceux donnés par Hennepin : ainsi, le maître charpentier, que celui-ci appelle Maître Moyse, apparaît comme

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Moïse Hillaret ; et le forgeron, qu’il appelle La Forge, est mentionné comme — (illisible) dit La Forge.
[« Ce mauvais homme », dit Hennepin, « aurait infailliblement corrompu nos ouvriers, si je ne les avais pas rassurés par les exhortations que je leur adressais les jours de fête et les dimanches, après le service divin. » (1704), 98.]
[Lettre de La Salle, 22 août 1682 (Margry, ii. 197) ; Relation de Tonty, 1684 (Ibid., i. 12577). Il nomma ce nouveau poste Fort Conti. Il fut brûlé quelques mois plus tard, à cause de la négligence du sergent en charge, et ce fut le premier d’une série de forts édifiés en ce lieu historique.]
[Hennepin (1683), 46. Dans l’édition de 1697, il affirme que son poids était de soixante tonnes. Je préfère suivre le récit antérieur et plus fiable.]
[La gêne de La Salle à ce moment-là était si grande qu’il envisagea d’envoyer Tonty sur les lacs à bord du « Griffin », tandis que lui retournerait dans la colonie pour s’occuper de ses affaires ; mais soupçonnant que le pilote, qui avait déjà fait couler l’un de ses navires, était au service de ses ennemis, il décida finalement de prendre lui-même la tête de l’expédition afin d’éviter un second désastre. (Lettre de La Salle, 22 août 1682 ; Margry, ii. 214.) Parmi les créanciers qui le pressaient de payer se trouvaient Migeon, Charon, Giton et Peloquin, de Montréal, au nom desquels ses fourrures au Fort Frontenac avaient été saisies. L’intendant plaça également sous scellé toutes ses fourrures à Québec, parmi lesquelles figurait cet article pas très précieux : deux cent quatre-vingt-quatre peaux d’enfants du diable, c’est-à-dire de skunks.]

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CHAPITRE XI.
1679.
LA SALLE AUX LACS DU HAUT.
Le voyage du « Griffin ». — Détroit. — Une tempête. — Saint-Ignace de Michilimackinac. — Rivaux et ennemis. — Lac Michigan. — Difficultés.
— Une bagarre imminente. — Fort Miami. — Les malheurs de Tonty. — Prédictions.
Le « Griffin » était ancré au bord de la rive, si près que Hennepin pouvait prêcher les dimanches depuis le pont aux hommes campés sur la berge. Il fut alors contraint de remonter le courant à l’aide de cordes d’amarrage et de voiles, jusqu’à atteindre l’entrée calme du lac Érié. Le 7 août, La Salle et ses compagnons embarquèrent, chantèrent le Te Deum et tirèrent leurs canons. Une brise fraîche se leva ; et avec des voiles gonflées, le « Griffin » fendit les vagues vierges du lac Érié, où l’on n’avait jamais vu de voiles auparavant. Pendant trois jours, ils maintinrent leur cap sur ces eaux inconnues, puis, le quatrième jour, ils tournèrent vers le nord pour entrer dans le détroit de Détroit. Ici, à droite et à gauche, s’étendaient des prairies verdoyantes, parsemées de bosquets et bordées de forêts hautes. Ils virent des noyers, des châtaigniers et des pruniers sauvages, ainsi que des chênes couverts de vignes ; des troupeaux de cerfs, et des volées d’oies et de dindes sauvages. Les boucliers du « Griffin » étaient richement ornés de gibier abattu par les hommes sur la rive, parmi lequel se trouvaient plusieurs ours, hautement appréciés par Hennepin pour leur manque de férocité et la qualité de leur viande. « Ceux », dit-il, « qui auront un jour la chance de posséder ce détroit fertile et agréable, seront très reconnaissants envers ceux qui leur ont montré le chemin. » Ils traversèrent le lac St. Clair[130] et continuèrent à naviguer vers le nord contre le courant, jusqu’à ce que, scintillant au soleil, le lac Huron s’ouvre devant eux comme une mer.
Pendant un temps, leur progression se fit sans encombre. Puis le vent tomba à un calme, puis redevint fort, puis se transforma en tempête furieuse ; et le navire fut secoué violemment par les vagues courtes, hautes et dangereuses du lac en furie. Même La Salle invoqua ses

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Les fidèles imploraient le Ciel de les secourir. Tous se mirent à prier, sauf le pilote impie, qui se plaignait à haute voix contre son commandant pour l’avoir, après l’honneur qu’il avait remporté en mer, conduit finalement à se noyer honteusement en eau douce. Les autres supplièrent les saints. On promit à saint Antoine de Padoue qu’une chapelle serait construite en son honneur s’il parvenait à les sauver de ce péril ; tandis que, en même temps, La Salle et les frères le déclarèrent protecteur de leur grande entreprise.[131] Le saint entendit leurs prières. Les vents obéissants furent apaisés ; et le « Griffon » continua sa route à travers des vagues écumeuses qui devenaient de plus en plus calmes à mesure qu’il avançait. Bientôt, le soleil brilla sur les îles boisées de Bois Blanc et Mackinaw, ainsi que sur les lointaines îles Manitoulins ; sur les étendues forestières du Michigan et sur la vaste étendue bleue du lac agité ; et enfin, il atteignit son port et trouva refuge derrière le cap Saint-Ignace de Michilimackinac, flottant dans cette baie tranquille où les eaux cristallines recouvrent sans pouvoir cacher les profondeurs pierreuses en dessous. Devant lui se dressaient la maison et la chapelle des Jésuites, entourées de palissades ; à droite, le village huron, avec ses cabanes en écorce d’arbre et sa clôture de pieux hauts ; à gauche, les maisons carrées et compactes des marchands français ; et, non loin, les wigwams groupés d’un village ottawa.[132] C’était ici un centre des missions jésuites, ainsi qu’un centre du commerce indien ; et c’est ici, à l’ombre de la croix, que se pratiquait beaucoup de commerce intéressé au service de Mammon. Des marchands astucieux, avec ou sans licence, et des coureurs de bois sans loi, que quelques années de vie en forêt avaient éloignés de la civilisation, faisaient de Saint-Ignace leur lieu de rassemblement ; et il y en avait beaucoup là lorsque le « Griffon » arriva. Eux et leurs employeurs haïssaient et craignaient La Salle, qui, soutenu par le gouverneur, pouvait annuler l’interdiction du roi et lui interdire tout commerce avec ces tribus. Pourtant, tout en complotant contre lui, ils prenaient soin d’apaiser sa méfiance par une feinte bienvenue.
Le « Griffon » tira son canon, et les Indiens poussèrent des cris d’étonnement et de stupéfaction. Les aventuriers débarquèrent solennellement et se rendirent armés à la chapelle en écorce d’arbre du village ottawa, où ils assistèrent à la messe. La Salle s’agenouilla devant l’autel, vêtu d’une robe écarlate bordée d’or. Des soldats, des marins et des artisans s’agenouillèrent autour de lui : des Jésuites noirs, des Récollets gris, des voyageurs basanés et des sauvages peints ; une assemblée pieuse mais bigarrée.
Lorsqu’ils quittèrent la chapelle, les chefs ottawa vinrent les accueillir, et les Hurons les saluèrent par une salve de mousquets. Ils virent le « Griffon ».

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À son ancrage, entouré de plus d’une centaine de canoës, tel un Triton parmi les petits poissons. Pourtant, c’était avec plus d’étonnement que de bonne volonté que les Indiens de la mission contemplaient cette « forteresse flottante », ainsi qu’ils appelaient le navire. Une profonde jalousie envers les projets de La Salle s’était emparée d’eux. Ses propres partisans avaient également été manipulés. On se souvient peut-être qu’à l’automne précédent, il avait envoyé quinze hommes vers les lacs pour faire du commerce en son nom, avec pour ordre d’aller ensuite dans l’Illinois et de se préparer à son arrivée. Au début de l’été, Tonty avait été envoyé en canoë depuis Niagara pour veiller sur eux.[133] Il était grand temps. La plupart des hommes avaient été détournés de leur devoir, avaient désobéi aux ordres, gaspillé les marchandises qui leur avaient été confiées ou les avaient utilisées pour commercer à leur propre compte. La Salle en trouva quatre à Michilimackinac. Il les arrêta et envoya Tonty aux Chutes de Ste. Marie, où deux autres furent capturés avec leurs butins. Les autres se trouvaient dans les bois, et il était inutile de les poursuivre.

Anxieux et préoccupé par la situation de ses affaires au Canada, La Salle avait l’intention, une fois son groupe en sécurité à Michilimackinac, de laisser Tonty le conduire dans l’Illinois, tandis que lui-même retournerait dans la colonie. Mais Tonty était encore à Ste. Marie, et il n’avait personne en qui avoir confiance si ce n’était lui-même. Il décida donc, quoi qu’il en coûte, de rester avec ses hommes ; « car », dit-il, « je jugeais ma présence absolument nécessaire pour retenir ceux qui m’étaient restés et les empêcher d’être séduits pendant l’hiver ». De plus, il pensait avoir décelé une intrigue de ses ennemis visant à pousser les Iroquois contre les Illinois, afin de faire échouer son plan en l’impliquant dans la guerre. Au début de septembre, il reprit la mer et, en se dirigeant vers l’ouest vers le lac Michigan,[134], jeta l’ancre près d’une des îles à l’entrée de la baie de Green Bay. Là, cette fois, il trouva un ami en la personne d’un chef Pottawattamie, qui avait été tellement influencé par la gentillesse politique de Frontenac qu’il déclara être prêt à mourir pour les enfants d’Onontio.[135] Il y trouva aussi plusieurs membres de son avant-garde, qui étaient restés fidèles et avaient rassemblé une grande quantité de fourrures. Il aurait été préférable qu’ils soient aussi infidèles que les autres. La Salle, qui ne demanda conseil à personne, décida, malgré ses partisans, d’envoyer en arrière le « Griffin » chargé de ces fourrures et d’autres recueillies en chemin, afin de satisfaire ses créanciers.[136] C’était une décision imprudente, car elle impliquait de confier le navire au pilote, qui s’était déjà montré soit…

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incompétente ou traîtresse. Elle lança une dernière pique, puis, le 18 septembre, appareilla pour Niagara, avec l’ordre de retourner au bord du lac Michigan dès qu’elle aurait déchargé sa cargaison. La Salle, avec les quatorze hommes qui restaient, dans quatre canoës lourdement chargés de forges, d’outils, de marchandises et d’armes, quitta l’île et reprit son voyage. L’adieu ne fut pas propice. Le lac, calme et lisse l’après-midi, fut agité pendant la nuit par une tempête soudaine des POTTAWATTAMIES, alors que les canoës se trouvaient à mi-chemin entre l’île et la côte principale. Ils eurent du mal à rester ensemble, les hommes criant les uns aux autres dans l’obscurité. Hennepin, qui se trouvait dans le plus petit canoë avec une charge lourde et un charpentier pour compagnon, maladroit à la rame, se trouva en danger, ce qui exigea tout son courage. Les voyageurs se considérèrent heureux lorsqu’ils atteignirent enfin le refuge d’une petite baie sablonneuse, où ils tirèrent leurs canoës sur le rivage et établirent leur camp morose dans la forêt trempée et ruisselante. Ils y passèrent cinq jours, vivant de citrouilles et de maïs indien, dons de leurs amis Pottawattamies, ainsi que d’un porc-épic canadien apporté par le chasseur mohegan de La Salle. Pendant ce temps, la tempête faisait rage avec une fureur impitoyable. Ils frémissaient en pensant au « Griffin ». Lorsque enfin la tempête s’apaisa, ils remontèrent à bord et naviguèrent vers le sud le long de la côte du Wisconsin ; mais la tempête s’abattit à nouveau sur eux, les poussant vers une île rocheuse et nue pour y chercher sécurité. Là, ils allumèrent un feu avec du bois flotté, s’y accroupirent, se couvrirent la tête de leurs couvertures et, dans cette situation misérable, bombardés de grêle et de pluie, restèrent deux jours. Finalement, ils furent de nouveau à flot ; mais leur bonheur fut de courte durée. Le 28, une violente tempête les poussa vers un endroit plein de rochers couverts de buissons, où ils mangèrent ce qui restait de leurs provisions. Le 1er octobre, ils pagayèrent environ trente miles sans nourriture, jusqu’à ce qu’ils arrivent dans un village de Pottawattamies, qui accoururent sur la rive pour les aider à débarquer ; mais La Salle, craignant que certains de ses hommes ne volent les marchandises et ne s’enfuient auprès des Indiens, insista pour aller trois lieues plus loin, ce qui provoqua la grande colère de ses suivants. Le lac, balayé par un vent d’est, faisait rouler ses vagues contre la plage, comme l’océan en tempête. Lors de la tentative de débarquement, le canoë de La Salle faillit être submergé. Lui et ses trois compagnons sautèrent dans l’eau et, malgré les vagues qui menaçaient de les noyer, tirèrent leur embarcation sur le rivage avec toute sa cargaison. Il alors

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Il alla au secours de Hennepin, qui, avec son compagnon maladroit, avait un besoin désespéré d’aide. Le père Gabriel, à soixante-quatre ans, n’était pas de taille face aux vagues et aux courants violents. Hennepin, se sentant en sécurité, nagea vers lui pour le sauver et le transporta sur la rive sur ses épaules robustes ; tandis que le vieux frère, bien qu’trempé jusqu’aux os, riait gaiement sous son capuchon tandis que son frère missionnaire titubait à ses côtés le long de la plage.[137]
Lorsque tous furent en sécurité sur la rive, La Salle, qui ne faisait pas confiance aux Indiens qu’ils venaient de croiser, prit position sur une colline et ordonna à ses hommes de préparer leurs armes pour l’action. Néanmoins, comme ils étaient affamés, il fallait tenter quelque chose pour obtenir de la nourriture ; il envoya donc trois hommes au village pour en acheter. Bien armés, mais épuisés par le labeur et la faim, ils se frayèrent un chemin à travers la forêt tempétueuse, portant un pipeau de paix, mais, en arrivant, ils virent que les habitants effrayés s’étaient enfuis. Ils trouvèrent cependant des réserves de maïs, dont ils prirent une partie, laissant en échange des marchandises, avant de repartir.
Pendant ce temps, une vingtaine de guerriers armés de arcs et de flèches s’approchèrent du camp français pour faire une reconnaissance. La Salle alla à leur rencontre avec quelques-uns de ses hommes, entama des négociations avec eux et les fit rester au pied de la colline jusqu’au retour de ses trois messagers. En voyant le pipeau de paix, les guerriers poussèrent des cris de joie. Le matin suivant, ils apportèrent plus de maïs au camp, ainsi qu’une réserve de viande fraîche, ce qui remonta considérablement le moral des Français épuisés, qui, craignant une trahison, étaient restés armés toute la nuit.
Ce n’était pas un voyage agréable. Le lac était agité par des tempêtes presque incessantes ; des nuages chargés de pluie au-dessus, un tumulte de vagues grises et sombres en dessous. Chaque nuit, les canoës devaient être portés à travers les vagues et tirés sur les rives escarpées, qui, à mesure qu’ils approchaient du site de Milwaukee, devenaient presque infranchissables. Les hommes ramaient toute la journée, sans autre nourriture qu’une poignée de maïs indien. Ils étaient épuisés par le labeur, malades à cause des baies sauvages qu’ils dévoraient goulûment, et découragés face à l’avenir qui s’offrait à eux. Le moral du père Gabriel commença à faiblir. Il s’évanouit plusieurs fois à cause de la faim et de la fatigue, mais fut ranimé par une certaine « préparation à base d’hyacinthe » administrée par Hennepin, qui possédait une petite boîte de ce précieux remède.

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Finalement, ils aperçurent au loin, sur la côte tempestueuse, deux ou trois aigles parmi une foule affairée de corbeaux ou de vautours. Ils pagayèrent à toute hâte vers cet endroit. Les oiseaux festifs s’envolèrent ; et les voyageurs affamés trouvèrent le corps déchiqueté d’un cerf, récemment tué par les loups. Cette bonne fortune marqua le début d’une abondance. À mesure qu’ils approchaient de l’embouchure du lac, la faune devint plus abondante ; et, avec l’aide des Mohegans, il ne manqua ni viande d’ours ni viande de cerf. Ils trouvèrent aussi des raisins sauvages dans les bois, et les cueillirent en abattant les arbres auxquels les vignes étaient attachées.

Pendant qu’ils s’occupaient ainsi, ils furent effrayés par un spectacle souvent si redoutable dans les solitudes et les déserts : la rencontre avec des Indiens. On vit l’empreinte d’un pied humain. Il était évident que les Indiens n’étaient pas loin. Une surveillance stricte fut maintenue, non sans raison, car cette nuit-là, tandis que le sentinelle ne pensait qu’à se protéger lui-même et son fusil des pluies torrentielles, un groupe d’Outagamis se glissa sous la rive, où ils restèrent embusqués un certain temps avant qu’il ne les découvre. Mis au défi, ils sortirent, prétendant être très amis et affirmant avoir pris les Français pour des Iroquois. Cependant, le matin venu, un cri retentit de la part du serviteur de La Salle, qui déclara que les visiteurs avaient volé son manteau sous la canoë renversée où il l’avait placé ; quelques charpentiers se plaignirent également d’avoir été dépouillés. La Salle savait bien que si le vol restait impuni, des choses pires surviendraient. D’abord, il posta ses hommes au bout boisé d’une péninsule, dont le cou sablonneux séparait ces derniers de la forêt principale. Puis il sortit, pistolet en main, attrapa un jeune Outagami et l’emmena prisonnier dans son camp. Après cela, il partit à nouveau et trouva bientôt un chef Outagami — car les wigwams n’étaient pas loin — à qui il raconta ce qu’il avait fait, ajoutant que, à moins que les biens volés ne soient restitués, le prisonnier serait tué. Les Indiens étaient perplexes, car ils avaient coupé le manteau en morceaux et l’avaient partagé. Dans cette situation difficile, ils décidèrent, forts en nombre, de libérer leur compagnon par la force. Ainsi, ils descendirent au bord de la forêt ou se postèrent derrière des arbres abattus sur les rives, tandis que les hommes de La Salle, dans leur fort, se préparaient au combat. Là, trois frères flamands avec leurs chapelets, et onze Français avec leurs fusils, firent face à cent vingt Outagamis hurlants. Hennepin, qui avait déjà servi et qui avait toujours une exhortation sur le bout de la langue, s’efforça d’inspirer

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Le reste, avec un courage égal au sien. Cependant, aucune des deux parties n’avait envie de se battre. Une négociation s’ensuivit : une compensation complète fut versée pour les biens volés, et les Français lésés furent encore apaisés par un cadeau de peaux de castor.

Ces anciens ennemis, devenus maintenant amis, passèrent la journée suivante en danses, festins et discours. Ils supplièrent La Salle de ne pas avancer davantage, car les Illinois, dont il devait traverser le territoire, le tueraient certainement ; car, ajoutèrent ces conseillers bienveillants, ils haïssaient les Français parce qu’ils avaient incité les Iroquois à envahir leur pays. Voilà un autre sujet d’inquiétude. La Salle fut confirmé dans sa conviction que ses ennemis actifs et sans scrupules complotaient contre lui.

Il continua cependant son chemin, contournant la côte sud du lac Michigan, jusqu’à ce qu’il atteigne l’embouchure du Saint-Joseph, qu’il appelait Miamis. C’est là que Tonty devait le rejoindre avec vingt hommes, en venant de Michilimackinac le long de la côte est du lac ; mais le point de rencontre était désert — Tonty n’était nulle part en vue. C’était le premier novembre ; l’hiver approchait, et les rivières allaient bientôt geler.

Les hommes insistaient pour avancer, affirmant qu’ils mourraient de faim s’ils ne parvenaient pas aux villages des Illinois avant que la tribu ne parte pour la chasse hivernale. La Salle resta inflexible. S’ils le quittaient tous, dit-il, lui, avec son chasseur mohegan et les trois frères, resterait et attendrait Tonty. Les hommes grognèrent, mais obéirent ; et, pour détourner leurs pensées, il les fit construire une forteresse en bois sur une élévation à l’embouchure de la rivière.

Ils avaient passé vingt jours à cette tâche, et leur travail était bien avancé, quand enfin Tonty apparut. Il n’amena avec lui que la moitié de ses hommes. Les provisions s’étaient épuisées ; le reste de son groupe avait été laissé trente lieues en arrière, pour se nourrir en chassant. La Salle lui ordonna de retourner et de les hâter. Il partit avec deux hommes. Un vent nord violent se leva. Il tenta de faire accoster sa canoë à travers les vagues. Les deux hommes ne purent maîtriser leur embarcation, et lui, avec une seule main, ne put les aider. Elle coula, tournant sur elle-même dans les vagues. Les armes, les bagages et les provisions furent perdus ; et les trois voyageurs retournèrent aux Miamis, se nourrissant d’acornes en chemin. Heureusement, les hommes laissés en arrière, à l’exception de deux déserteurs, réussirent, quelques jours plus tard, à rejoindre le groupe.[138]

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Ainsi, un lourd fardeau fut enlevé du cœur de La Salle. Mais où était le « Griffon » ? Assez de temps, et de sombres pressentiments, plus que suffisants, s’étaient écoulés pour son voyage jusqu’à Niagara et retour. Il scruta l’horizon morne d’un regard anxieux. Aucune voile revenant ne venait égayer cette solitude aquatique, et une sombre inquiétude s’empara de son cœur. Pourtant, un retard supplémentaire était impossible. Il envoya deux hommes à Michilimackinac pour la rencontrer, si elle existait encore, et pour la guider jusqu’à son nouveau fort des Miamis, puis il se prépara à remonter la rivière, dont les rives couvertes d’herbes étaient déjà recouvertes de fines pellicules de glace.[139]

NOTES DE BAS DE PAGE :
[ Ils l’appelèrent Sainte Claire, nom dont le nom actuel est une déformation.
13
0] [ Hennepin (1683), 58.
13
1] [ On trouve un plan rudimentaire de cette installation chez La Hontan, bien que, dans plusieurs
13 éditions, sa valeur soit ruinée par l’inversion de la planche.
2]
[ Relation de Tonty, 1684 ; Ibid., 1693. Il fut rattrapé à Detroit
13 par le « Griffon ».
3]
[ Alors généralement appelé Lac des Illinois, car il donnait accès
13 au territoire des tribus ainsi nommées. Trois ans auparavant, Allouez
4] lui avait donné le nom de Lac St. Joseph, nom sous lequel il est souvent désigné
par les premiers auteurs. Membré, Douay et d’autres l’appellent Lac Dauphin.
[ « La Grande Montagne », nom iroquois pour le gouverneur du Canada. Ce nom fut également
emprunté par d’autres tribus.
5]
[ Dans la licence de découverte accordée à La Salle, il lui était expressément interdit
13 de commercer avec les Ottawas et autres qui apportaient des fourrures à Montréal. Ce commerce sur
6] les lacs était donc illégal. Son ennemi, l’intendant Duchesneau, utilisa ensuite cela contre lui. Lettre de Duchesneau au Ministre, 10 nov. 1680.
[ Hennepin (1683), 79.
13
7] [ Hennepin (1683), 112 ; Relation de Tonty, 1693.
13
8] [ Le récit officiel de ce voyage est donné en détail dans la Relation des
13 Découvertes et des Voyages du Sieur de la Salle, 1679-1681. Ce document précieux,
9] compilé à partir des lettres et journaux de La Salle, au début de l’année
1682, était connu de Hennepin, qui avait manifestement une copie devant lui lorsqu’il écrivit son livre, dans lequel il intégra de nombreux passages tirés de celui-ci.

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CHAPITRE XII.
1679, 1680.
LA SALLE SUR L’ILLINOIS.
Le Saint-Joseph — Aventure de La Salle — Les prairies — La famine —
La grande ville des Illinois — Les Indiens — Intrigues — Difficultés —
La politique de La Salle — Défection — Une autre tentative de empoisonner La
Salle.
Le 3 décembre, le groupe remonta à bord, trente-trois personnes au total sous la direction de La Salle, dans huit canoës[140], et remonta le courant froid du Saint-Joseph, bordé de prairies mélancoliques et de forêts grises et nues. Lorsqu’ils s’approchèrent du site de l’actuelle ville de South Bend, ils scrutèrent avec anxiété le rivage à leur droite pour trouver le passage ou le chemin menant au quartier général des Illinois. Le Mohegan était absent, en chasse ; et, sans l’aide de son œil exercé, ils passèrent à côté du chemin sans le voir. La Salle débarqua pour explorer les bois. Des heures s’écoulèrent sans qu’il revienne. Hennepin et Tonty devinrent inquiets, débarquèrent, établirent un camp, ordonnèrent de tirer des coups de feu et envoyèrent des hommes fouiller les environs. La nuit tomba, mais pas leur chef disparu. Enveloppés dans leurs couvertures et couverts de flocons de neige abondants, ils restaient assis, méditant tristement sur ce qui lui était arrivé ; ce n’est que vers quatre heures de l’après-midi suivant qu’ils le virent approcher le long du rivage. Son visage et ses mains étaient maculés de charbon ; il était également décoré de deux opossums suspendus à sa ceinture, qu’il avait tués avec un bâton alors qu’ils se balançaient la tête en bas depuis une branche d’arbre, à la manière de cette bête singulière. Il s’était perdu dans la forêt et avait été contraint de faire un large détour autour du bord d’un marais ; tandis que la neige, abondante dans l’air, ajoutait à sa perplexité. Ainsi, il continua son chemin tout le reste de la journée et la majeure partie de la nuit, jusqu’à ce qu’environ à deux heures du matin, il atteigne à nouveau le fleuve et tire son fusil en signe pour son groupe. N’entendant aucun coup de feu en retour, il poursuivit sa route le long du rivage, quand il aperçut bientôt l’éclat d’un

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Un feu brûlait parmi les buissons denses tout près. Sans douter d’avoir trouvé le camp de son groupe, il se hâta vers l’endroit. À sa grande surprise, on ne voyait aucune trace d’être humain. Sous un arbre, à côté du feu, se trouvait un tas d’herbe sèche sur lequel était imprimée la silhouette d’un homme qui devait avoir fui un instant auparavant, car son lit était encore chaud. C’était sans doute un Indien, embusqué sur la rive, prêt à tuer un ennemi de passage. La Salle appela en plusieurs langues indiennes ; mais tout autour régnait un silence de mort. Il prit alors, avec une admirable sang-froid, possession de ce lieu qu’il avait découvert, criant à son propriétaire invisible qu’il allait dormir dans son lit ; il construisit une barricade de buissons autour du site, raviva le feu mourant, réchauffa ses mains engourdies, s’allongea sur l’herbe sèche et dormit sans être dérangé jusqu’au matin.

Le Mohegan avait rejoint le groupe avant le retour de La Salle, et avec son aide, on trouva bientôt le gué. Le groupe y campa. La Salle, extrêmement fatigué, occupa, avec Hennepin, une cabane couverte à la manière indienne de nattes de roseaux. Le froid les força à allumer un feu, qui, avant l’aube, mit les nattes en flammes ; les deux dormeurs échappèrent de justesse à être brûlés avec leur hutte.

Le matin, le groupe prit ses canoës et ses bagages et commença sa marche vers les sources de la rivière Kankakee, l’Illinois, situées à environ cinq miles de là. Autour d’eux s’étendait une plaine désolée, à moitié recouverte de neige et jonchée de crânes et d’os de bisons ; tandis que, au plus loin, on pouvait voir les habitations des Indiens Miami, qui avaient fait de cet endroit leur demeure. Alors qu’ils avançaient, un homme nommé Duplessis, nourrissant de la rancune envers La Salle qui marchait juste devant lui, leva son fusil pour le tirer dans le dos, mais fut retenu par l’un de ses compagnons. Ils atteignirent bientôt un endroit où le sol boueux et saturé tremblait sous leurs pas. Partout autour se trouvaient des touffes d’aulnes, des masses d’herbes hautes et des étangs d’eau scintillante. Au milieu coulait un courant sombre et lent, que quelqu’un de grand aurait pu traverser à pied, serpentinant comme un serpent parmi les herbes et les roseaux. C’étaient là les sources du Kankakee, l’une des sources de l’Illinois.[141] Ils mirent leurs canoës sur ce filet d’eau, y chargèrent leurs bagages et eux-mêmes, puis descendirent le cours d’eau lent, ressemblant de loin à des hommes naviguant sur terre. Alimenté par un apport constant de l’eau provenant du sol spongieux, il s’élargit rapidement pour devenir une rivière ; et ils continuèrent leur route à la dérive, à travers un silence absolu.

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Solitude sans vie des étendues désolées de chênes maussades, ou de marais infinis envahis par les roseaux. La nuit, ils allumaient leur feu sur un sol durci par le gel et campaient parmi les roseaux. Quelques jours plus tard, ils arrivèrent dans une région plus favorable. À droite et à gauche s’étendaient les prairies infinies, parsemées de bosquets dénudés et bordées de forêts grises hivernales, brûlées par les feux allumés dans l’herbe sèche par les chasseurs indiens, et jonchées des cadavres et des crânes blanchis d’innombrables buffles. Les plaines étaient sillonnées par leurs sentiers, et les rives boueuses du fleuve étaient remplies de leurs empreintes de sabots. Pourtant, on n’en voyait pas un seul. La nuit, l’horizon brillait des feux lointains ; et le jour, on pouvait parfois apercevoir ces chasseurs sauvages errant au bord de la prairie. Les hommes, mécontents et à moitié affamés, les auraient rejoints s’ils avaient osé. Le Mohegan de La Salle ne pouvait tuer aucun gibier, à part deux cerfs maigres, ainsi que quelques oies sauvages et cygnes. Finalement, dans leur détresse, ils firent une découverte heureuse : c’était un taureau buffle, profondément embourbé dans un marécage. Ils le tuèrent, lui passèrent une corde autour du corps, puis douze hommes tirèrent hors de l’eau ce monstre hirsute, dont le cadavre massif exigea tous leurs efforts.

Le paysage changea à nouveau à mesure qu’ils descendaient. De chaque côté s’étendaient des rangées de collines boisées, suivant le cours du fleuve ; et lorsqu’ils atteignirent leurs sommets, ils virent au-delà d’eux une mer ondulante de prairies vert pâle, un pâturage infini pour les buffles et les cerfs, aujourd’hui étrangement transformé — jaune en saison des récoltes grâce au blé mûr, et parsemé des toits de paysans robustes et courageux.[142]

Ils passèrent par l’emplacement de la future ville d’Ottawa et virent à leur droite le haut plateau de Buffalo Rock, longtemps lieu de résidence préféré des Indiens. Une lieue plus bas, le fleuve serpentait entre des îles bordées de forêts imposantes. Tout près de leur gauche se dressait une falaise élevée,[143] couronnée d’arbres qui surplombaient les eaux ondulantes ; tandis qu’avant eux s’étendait la vallée de l’Illinois, avec de vastes prairies basses, bordées à droite par les collines gracieuses au pied desquelles se trouve aujourd’hui le village d’Utica. Une population bien plus nombreuse habitait alors cette vallée. Le long de la rive droite du fleuve se trouvaient regroupées les cabanes d’une grande ville indienne. Hennepin en compta quatre cent soixante.[144] Par leur forme, elles ressemblaient un peu au toit en arc d’une charrette à bagages. Elles étaient construites sur une structure de poteaux, recouvertes de nattes de roseaux serrées.

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Entrelacés ; et chacun contenait trois ou quatre feux, dont la majeure partie servait deux familles. Voilà donc la ville ; mais où étaient les habitants ? Tout était silencieux comme le désert. Les abris étaient vides de tout, les feux éteints, et les cendres froides. La Salle s’y attendait ; car il savait que, à l’automne, les Illinois quittaient toujours leurs villes pour aller chasser en hiver, et que le moment de leur retour n’était pas encore venu. Pourtant, cela ne le rendait pas moins embarrassé, car il aurait volontiers acheté des provisions pour soulager ses compagnons affamés. Certains d’entre eux, en explorant la ville déserte, trouvèrent bientôt les caches, ou fosses recouvertes, dans lesquelles les Indiens cachaient leurs réserves de maïs. Cela était extrêmement précieux à leurs yeux, et le toucher eût été une grave offense. La Salle hésitait à provoquer leur colère, ce qui aurait pu ruiner ses plans ; mais sa nécessité l’emporta sur sa prudence, et il prit trente minots de maïs, espérant apaiser les propriétaires par des cadeaux. Ainsi pourvus, le groupe remonta à bord et reprit son voyage vers le sud. Le jour de Noël 1680, ils débarquèrent et assistèrent à la messe. Ensuite, Hennepin souhaita d’abord un joyeux nouvel an à La Salle, puis à tous les hommes, prononçant un discours qui, selon lui, fut « très émouvant »[145]. Lui et ses deux frères embrassèrent ensuite tour à tour toute la troupe, « d’une manière », écrit le père, « très tendre et affectueuse », les exhortant en même temps à la patience, à la foi et à la constance. Quatre jours après ces cérémonies solennelles, ils atteignirent l’immense étendue du fleuve alors appelé Pimitoui, aujourd’hui connu sous le nom de lac Peoria, et descendirent tranquillement vers l’emplacement de la ville de Peoria.[146] Là, à mesure que le soir approchait, ils aperçurent une faible colonne de fumée s’élevant au-dessus de la forêt grise, indiquant que des Indiens se trouvaient à proximité. Comme nous l’avons vu, La Salle avait été averti que ces tribus avaient été instruites de le considérer comme leur ennemi ; et lorsque, le matin, il reprit sa route, il était prêt aussi bien pour la paix que pour la guerre. Les rives se rapprochaient maintenant l’une de l’autre ; et l’Illinois redevenait un fleuve, bordé de chaque côté de forêts touffues.[147] À neuf heures, en contournant un cap, il vit environ quatre-vingts wigwams d’Illinois, de part et d’autre du fleuve. Il ordonna aussitôt que les huit canoës soient alignés côte à côte, de l’autre côté du courant — Tonty à droite, et lui-même à…

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à gauche. Les hommes posèrent leurs rames et saisirent leurs armes ; tandis que, sous cette apparence guerrière, le courant les emporta rapidement au milieu des sauvages surpris et stupéfaits. Les camps étaient en panique. Les guerriers hurlaient et criaient ; les femmes et les enfants poussaient des cris en chœur. Certains saisirent leurs arcs et leurs massues de guerre ; d’autres s’enfuirent par terreur ; et, au milieu du tumulte, La Salle sauta à terre, suivi de ses hommes. Personne ne savait mieux comment faire face aux Indiens ; et il ne fit aucun geste amical, sachant que cela pourrait être interprété comme un signe de peur. Son petit groupe de Français resta debout, armes à la main, passifs, mais prêts au combat. Les Indiens, quant à eux, se ressaisissant un peu de leur frayeur, se hâtèrent de proposer la paix. Deux de leurs chefs s’avancèrent, tendant le calumet ; tandis qu’un autre commença un discours retentissant pour calmer les jeunes guerriers qui visaient avec leurs flèches depuis la rive opposée. La Salle, répondant à ces offres amicales, montra un autre calumet ; tandis que Hennepin saisit plusieurs enfants effrayés et les apaisa par de douces paroles.[148] Le tumulte cessa ; et les étrangers furent bientôt assis au milieu du camp, entourés d’une foule de figures sauvages et brunes.

De la nourriture fut placée devant eux ; et, comme le code de courtoisie des Illinois l’exigeait, leurs hôtes apportèrent eux-mêmes les mets à la bouche de ces malheureuses victimes de leur hospitalité, tandis que d’autres frottaient leurs pieds avec de la graisse d’ours. La Salle, de son côté, leur offrit du tabac et des haches ; et une fois qu’il eut échappé à leurs caresses, il se leva et leur adressa un discours. Il leur dit qu’il avait été contraint de prendre du maïs dans leurs greniers, afin que ses hommes ne meurent pas de faim ; mais il leur demanda de ne pas s’offenser, promettant une pleine restitution ou une compensation adéquate. Il était venu, dit-il, pour les protéger contre leurs ennemis et leur apprendre à prier le vrai Dieu. Quant aux Iroquois, ils étaient sujets du Grand Roi et donc frères des Français ; néanmoins, s’ils déclaraient la guerre et envahissaient le pays des Illinois, il resterait à leurs côtés, leur donnerait des armes et combattrait pour les défendre, à condition qu’ils lui permettent de construire une forteresse parmi eux pour la sécurité de ses hommes. C’était aussi, ajouta-t-il, son intention de construire une grande canoë en bois, afin de descendre le Mississippi jusqu’à la mer, puis de revenir avec les biens dont ils avaient besoin ; mais s’ils refusaient d’accepter ses plans et de vendre des provisions à ses hommes, il se tournerait vers les Osages, qui profiteraient alors de tous les avantages.

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des relations avec les Français, tandis qu’ils étaient laissés dans la misère, à la merci des Iroquois.[149]
Cette menace eut son effet, car elle toucha leur jalousie profondément enracinée envers les Osages. Ils étaient généreux en promesses, et les festins et les danses occupaient toute la journée. Pourtant, La Salle apprit bientôt que les intrigues de ses ennemis continuaient de le poursuivre. Ce soir-là, à son insu, un étranger apparut dans le camp des Illinois. C’était un chef mascoutin nommé Monso, accompagné de cinq ou six Miamis, qui apportait aux Illinois des cadeaux : des couteaux, des haches et des marmites.[150] Les chefs se réunirent en séance secrète de nuit, où, fumant leurs pipes, ils écoutèrent avec attention le discours des envoyés. Monso leur dit qu’il était venu au nom de certains Français, dont il donna les noms, pour avertir ses auditeurs des desseins de La Salle, qu’il dénonça comme partisan et espion des Iroquois, affirmant qu’il était en route pour inciter les tribus au-delà du Mississippi à se joindre à une guerre contre les Illinois, qui, attaqués ainsi de l’est et de l’ouest, seraient complètement détruits. Il ajouta qu’il n’y avait pour eux aucun espoir, sinon d’arrêter ou du moins de ralentir l’avancée de La Salle, ce qui ferait que ses hommes le quitteraient. Après avoir prononcé son discours enflammé, Monso et son groupe quittèrent précipitamment le camp, craignant de faire face à l’objet de leurs calomnies.[151]
Le matin, La Salle remarqua un changement dans le comportement de ses hôtes. Ils le regardaient avec méfiance, froidement, morosement, et avec suspicion. Il y avait un Omawha, un chef, dont il avait gagné la faveur la veille en lui offrant judicieusement deux haches et trois couteaux ; celui-ci vint secrètement le voir pour lui raconter ce qui s’était passé lors du conseil nocturne. La Salle vit aussitôt là une manœuvre de ses ennemis ; cette conviction fut confirmée l’après-midi, lorsque Nicanopé, frère du chef suprême, envoya inviter les Français à un festin. Ils se rendirent à sa demeure ; mais avant que le dîner ne soit servi — c’est-à-dire alors que les invités, Blancs et Rouges, étaient assis sur des nattes, chacun tenant son couteau de chasse à la main, et devant eux un bol en bois destiné à recevoir leur part de viande d’ours ou de buffle, ou de maïs cuit dans du gras, avec lequel ils devaient être régalés — alors que telle était la posture de l’assemblée, leur hôte se leva et commença un long discours. Il dit aux Français qu’il les avait invités dans sa demeure moins pour rafraîchir leurs corps par une bonne ambiance que pour guérir leurs esprits de…

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la funeste intention qui les poussait à descendre le Mississippi. Ses rives, disait-il, étaient infestées de tribus sauvages, contre lesquelles leur bravoure ne servirait à rien face à leur nombre et à leur férocité ; ses eaux étaient peuplées de serpents, d’alligators et de monstres étranges ; tandis que le fleuve lui-même, après avoir rugi entre rochers et tourbillons, plongeait enfin tête la première dans un abîme sans fond, qui les engloutirait eux et leur navire à jamais. Les hommes de La Salle étaient pour la plupart des novices, ne connaissant rien de la nature sauvage et se laissant facilement effrayer par ses dangers ; mais il y avait parmi eux deux anciens coureurs de bois qui, malheureusement, en savaient trop ; car ils comprenaient l’orateur indien et expliquaient son discours aux autres. En regardant autour de lui, parmi son cercle de suivants, La Salle lut dans leurs visages troublés et mélancoliques un présage de nouveaux ennuis. Il attendit cependant patiemment que l’orateur ait fini, puis lui répondit, par l’intermédiaire de son interprète, avec grande sérénité. D’abord, il le remercia pour l’avertissement amical que son affection l’avait poussé à formuler ; mais, poursuivit-il, plus le danger était grand, plus l’honneur était grand ; et même si le danger était réel, les Français ne reculeraient jamais devant lui. Mais les Illinois n’étaient-ils pas jaloux ? N’avaient-ils pas été trompés par des mensonges ? « Nous n’étions pas endormis, mon frère, lorsque Monso est venu vous dire, sous couvert de la nuit, que nous étions des espions des Iroquois. Les cadeaux qu’il vous a donnés, afin que vous croyiez à ses mensonges, sont en ce moment enterrés dans la terre sous cette cabane. S’il disait la vérité, pourquoi se serait-il faufilé dans l’obscurité ? Pourquoi ne s’est-il pas montré en plein jour ? Ne voyez-vous pas que lorsque nous sommes arrivés chez vous pour la première fois, alors que votre camp était dans le chaos, nous aurions pu vous tuer sans avoir besoin de l’aide des Iroquois ? Et maintenant, pendant que je parle, ne pourrions-nous pas mettre vos anciens à mort, alors que vos jeunes guerriers sont tous partis chasser ? Si nous avions l’intention de faire la guerre à vous, nous n’aurions pas besoin de l’aide des Iroquois, qui ont tant de fois ressenti la force de nos armes. Regardez ce que nous vous avons apporté. Ce ne sont pas des armes pour vous détruire, mais des marchandises et des outils pour votre bien. Si vous nourrissez encore de mauvaises pensées à notre égard, soyez francs comme nous, et exprimez-les ouvertement. Allez chercher cet imposteur Monso et ramenez-le, afin que nous puissions lui répondre face à face ; car il n’a jamais vu ni nous ni les Iroquois, et que peut-il savoir des complots qu’il prétend révéler ? »[152] Nicanopé n’avait rien à répondre ; il grogna en signe d’accord du fond de sa gorge et fit signe que le festin pouvait continuer.

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Les Français étaient logés dans des cabanes, près du camp indien ; et, craignant la trahison, La Salle plaça une garde pendant la nuit. Le matin suivant le festin, il sortit dans l’air glacial et chercha autour de lui les sentinelles. Aucune d’elles n’était en vue. Agacé et alarmé, il entra cabane après cabane et réveilla ses compagnons endormis. Six d’entre eux, dont deux des meilleurs charpentiers, avaient disparu. Déçus et mutins dès le début, et maintenant terrifiés par les inventions de Nicanopé, ils s’étaient enfuis, préférant les épreuves de la forêt en plein hiver aux terribles mystères du Mississippi. La Salle rassembla les autres devant lui et critiqua sévèrement la lâcheté et la bassesse de ceux qui l’avaient ainsi abandonné, malgré tous ses bienfaits. S’il y avait ici quelqu’un de peureux, ajouta-t-il, qu’il attende le printemps : il aurait alors la liberté de retourner au Canada, en sécurité et sans honte.[153]
Cette désertion le frappa au cœur. Elle lui montra qu’il s’appuyait sur une roseau brisé ; il sentit que, dans une entreprise pleine de doutes et de dangers, il n’y avait guère que quatre hommes dans son groupe en qui il pût avoir confiance. La désertion n’était d’ailleurs pas le pire à craindre ; car ici, comme au fort Frontenac, on tenta de le tuer. Tonty nous raconte que du poison fut mis dans la marmite où leur nourriture était cuite, et que La Salle fut sauvé par un antidote que certains de ses amis lui avaient donné avant son départ de France. On se souviendra que c’était une époque de poisons. C’est le mois suivant que la célèbre La Voisin fut brûlée vive à Paris, pour des pratiques dont de nombreux membres de la haute noblesse étaient accusés d’être complices, y compris certains issus de la famille de ce prodigue somptueux qui gouvernait le destin de la France.[154]
Dans ces premières entreprises françaises en Occident, il était extrêmement difficile de faire respecter le devoir aux hommes. Une fois bien installés dans la nature sauvage, complètement libérés des contraintes strictes de l’autorité auxquelles ils avaient été soumis toute leur vie, un esprit d’anarchie éclata parmi eux avec une violence proportionnelle à la pression qui l’avait jusque-là contenu. La discipline ne disposait d’aucun moyen ni d’aucune garantie ; tandis que ces hors-la-loi de la forêt, les coureurs de bois, étaient toujours sous leurs yeux, exemple permanent de licence débridée. La Salle, très habile dans ses relations avec les Indiens, l’était rarement avec ses compatriotes ; et pourtant, les désertions de…

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Les souffrances qu’il endurait constamment étaient dues bien plus aux difficultés inévitables de sa situation qu’à un manque de conduite de sa part.

On ne voit pas facilement pourquoi l’Illinois aurait jamais dû être appelé « Divin ». Les Mémoires de Saint-Simon suggèrent une explication. Madame de Frontenac et son amie Mademoiselle d’Outrelaise, nous dit-il, vivaient ensemble dans des appartements à l’Arsenal, où elles tenaient leur salon et exerçaient une grande influence dans la société. On les appelait à la cour les Divines. (Saint-Simon, vol. 335 : Cheruel.) En hommage à Frontenac, la rivière a pu être nommée d’après sa femme ou son amie. Cette idée vient de M. Margry. J’ai vu une carte de Raudin, l’ingénieur de Frontenac, sur laquelle la rivière est désignée sous le nom de « Rivière de la Divine ou l’Outrelaise ».
[Ce changement est très récent. De nos jours encore, des loups et des cerfs, ainsi que des cygnes sauvages, des dindes sauvages, des grues et des pélicans, abondent dans cette région. En 1840, un de mes amis a abattu un cerf depuis la fenêtre d’une ferme, près de la ville actuelle de La Salle. Chasser les loups à cheval était son passe-temps préféré dans cette région. Les buffles ont disparu depuis longtemps ; mais les premiers colons trouvaient fréquemment leurs restes. M. James Clark, d’Utica, dans l’Illinois, m’a dit qu’il avait un jour trouvé une grande quantité d’os et de crânes de buffles en un seul endroit, comme si tout un troupeau était mort dans les congères.]
[« Starved Rock ». Ce lieu occupera par la suite une place importante dans le récit.]
[La Louisiane, 137. Allouez (Relation, 1673-79) a compté trois cent cinquante et une cabanes. C’était en 1677. La population de cette ville, qui comprenait cinq ou six tribus différentes des Illinois, changeait constamment. En 1675, Marquette s’adressa ici à une assemblée composée de cinq cents chefs et anciens, ainsi que de mille cinq cents jeunes hommes, sans compter les femmes et les enfants. Il estime le nombre de foyers à cinq ou six cents. (Voyages du Père Marquette, 98 : Lenox.) Membré, qui se trouvait ici en 1680, affirme qu’elle comptait alors sept ou huit mille habitants. (Membré dans Le Clerc, Premier Établissement de la Foi, ii. 173.) Sur la remarquable carte manuscrite de Franquelin, datant de 1684, on y indique douze cents guerriers, soit environ six mille habitants. C’était après l’invasion destructrice des Iroquois. Quelques années plus tard,]

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Rasle a rapporté plus de deux mille quatre cents familles. (Lettre à son Frère, dans Lettres Édifiantes.)

Parfois, presque toute la population des Illinois se rassemblait ici. À d’autres moments, les différentes tribus qui la composaient se séparaient, certaines vivant séparément des autres ; ainsi, à un certain moment, les Illinois formaient onze villages, tandis qu’à d’autres ils étaient regroupés en deux, dont celui-ci était de loin le plus grand. Les prairies alentour étaient largement cultivées, donnant de gros rendements, principalement de maïs indien. Les habitations étaient construites le long des rives du fleuve sur une distance d’un mile, et parfois bien plus. Par leur forme, bien que non par leur matériau, elles ressemblaient à celles des Hurons. Il n’y avait ni palissades ni remblais.

Cette région abonde en reliques indiennes. Le cimetière du village semblait se trouver sur un terrain élevé, près du fleuve, juste en face de la ville d’Utica. C’est la seule partie du fond du fleuve, de ce point jusqu’au Mississippi, qui ne soit pas sujette à l’inondation lors des crues printanières. Il fait aujourd’hui partie d’une ferme occupée par un fermier de M. James Clark. Tant M. Clark que son fermier m’ont dit qu’annuellement de grandes quantités d’ossements et de dents humaines étaient découvertes ici par la charrue. De nombreux outils en pierre y sont également trouvés, ainsi que des perles et d’autres ornements de fabrication indienne ou européenne.

[« Les paroles les plus touchantes. » — Hennepin (1683), 139. Les éditions ultérieures ajoutent la modeste qualification : « que je pus ».]

Peoria était le nom d’une des tribus des Illinois. Les dates données par Hennepin ici ne coïncident pas exactement avec celles de La Salle (Lettre du 29 septembre 1680), qui affirme qu’ils se trouvaient au village des Illinois le premier janvier, et au lac Peoria le cinquième.

Du moins, c’est ainsi aujourd’hui en ce lieu. Peut-être, à l’époque de La Salle, ce n’était pas entièrement le cas ; car il existe des preuves, dans diverses régions de l’Ouest, que la forêt a considérablement envahi les zones ouvertes.

[Hennepin (1683), 142.]

[Hennepin (1683), 144-149. Les éditions ultérieures omettent une partie de ce texte.]

[« Un sauvage, nommé Monso, qui veut dire Chevreuil. » — La Salle. Probablement Monso est-il une faute d’impression pour Mouso, car mousoa est en langue Illinois le mot pour chevreuil ou cerf.]

[Hennepin (1683), 151 ; (1704), 205 ; Le Clerc, ii. 157 ; Mémoire du Voyage de M. de la Salle. Il s’agit d’un document joint à la lettre de Frontenac au ministre, datée du 9 novembre 1680. Hennepin en publie une traduction dans l’édition anglaise de son œuvre ultérieure. Ce texte accuse le jésuite Allouez d’en être responsable.]

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Intrigue. Voir Lettre de La Salle, 29 sept. 1680 (Margry, ii. 41), et Mémoire de La Salle, dans Thomassy, Géologie Pratique de la Louisiane, 203.

Le récit de l’affaire de Monso, dans l’ouvrage apocryphe portant le nom de Tonty, n’est qu’une pure fiction.

[Ce texte est une paraphrase, avec quelques abréviations, de celui de Hennepin ; son récit est pour l’essentiel identique à celui de La Salle.]

[Hennepin (1683), 162. Déclaration faite par Moyse Hillaret, charpentier de barque, autrefois au service du Sr. de la Salle.]

[Le tout aussi célèbre Brinvilliers fut brûlé quatre ans auparavant. Un récit des deux affaires se trouve dans les Lettres de Madame de Sévigné. Les mémoires de l’époque abondent en témoignages de la terrible prévalence de ces pratiques, ainsi que du trouble qu’elles provoquaient dans tous les milieux de la société.]

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CHAPITRE XIII.
1680.
FORT CRÈVECŒUR.
Construction du fort — Perte du « Griffin » — Une résolution audacieuse — Un autre navire — Hennepin envoyé sur le Mississippi — Départ de La Salle.
La Salle décida alors de quitter le camp des Indiens et de se fortifier pour l’hiver en un endroit stratégique, où ses hommes seraient moins exposés à des influences dangereuses, et où il pourrait tenir bon face à une révolte des Illinois ou à une invasion des Iroquois. Au milieu du mois de janvier, le dégel fit fondre la glace qui obstruait la rivière ; il partit donc en canoë, avec Hennepin, pour visiter le site qu’il avait choisi pour son futur fort. Celui-ci se trouvait à une demi-lieue en aval du camp, sur une petite colline, à deux cents mètres de la rive sud. De chaque côté se trouvait un profond ravin, et devant, une zone marécageuse qui se remplissait d’eau en cas de crue. C’est là que le groupe se rendit. Ils creusèrent un fossé derrière la colline, reliant les deux ravins, ce qui permettait de l’isoler complètement. La colline avait une forme presque carrée. Des remblais de terre furent érigés de tous côtés ; leurs pentes descendaient abruptement vers le fond des ravins et du fossé, et étaient en outre protégés par des chevaux de frise ; tandis qu’une palissade haute de vingt-cinq pieds entourait tout le complexe. Les logements des hommes, construits en bois résistant aux balles, se trouvaient aux deux angles ; la maison des frères, au troisième angle ; la forge et le magasin, au quatrième ; et les tentes de La Salle et de Tonty, à l’intérieur de cette zone.
Hennepin déplore l’absence de vin, qui l’empêchait de célébrer la messe ; mais chaque matin et chaque soir, il rassemblait les hommes dans sa cabane pour écouter des prières et des prêches, et les dimanches et jours de fête, ils chantaient des vêpres. Le père Zenobe passait généralement la journée dans le camp des Indiens, s’efforçant, avec un succès très limité, de les convertir à la foi et de surmonter le dégoût que leur comportement et leurs habitudes lui inspiraient.

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Telle fut la première occupation civilisée de la région qui forme aujourd’hui l’État de l’Illinois. La Salle donna le nom de Fort Crèvecœur à son nouveau fort. Ce nom évoque désastre et souffrance, mais il ne rend pas justice à la persévérance inébranlable de celui qui endurait tant. Jusqu’à ce moment-là, il s’accrochait à l’espoir que son navire, le « Griffin », puisse encore être en sécurité. Sa sécurité était vitale pour son entreprise. Il contenait à bord des articles de première nécessité pour lui, y compris les gréements et les ancrages d’un autre navire qu’il devait construire à Fort Crèvecœur, afin de descendre le Mississippi et de gagner ensuite les Antilles. Mais maintenant, son dernier espoir avait presque disparu. Sans aucun doute raisonnable, le « Griffin » était perdu ; et avec sa perte, lui et tous ses projets semblaient également ruinés.

En réalité, on n’entendit jamais parler de lui. Des Indiens, des marchands de fourrures, et même des jésuites furent accusés d’avoir organisé sa destruction. Certains disent que les Ottawas sont montés à bord et l’ont brûlé après avoir tué ceux qui s’y trouvaient ; d’autres accusent les Pottawattamies ; d’autres affirment que son propre équipage l’a sabordé et fait couler ; d’autres encore prétendent qu’il a fait naufrage lors d’une tempête.[155] Quant à La Salle, la conviction grandissait en lui qu’il avait été trahisonnellement coulé par le pilote et les marins auxquels il l’avait confié ; il croyait avoir trouvé des preuves que les auteurs du crime, chargés des marchandises qu’ils avaient volées, avaient atteint le Mississippi et l’avaient remonté, dans l’espoir de rejoindre Du Lhut, un célèbre chef de coureurs de bois, et de s’enrichir grâce au commerce avec les tribus du Nord.[156]

Mais que sa cargaison ait été engloutie dans les profondeurs du lac ou perdue entre les mains de traîtres, le mal était irrémédiable pour La Salle. Elle avait disparu, peu importait comment. Anxiétés. Le pilier principal de son entreprise était brisé ; pourtant, son chef inébranlable ne perdit ni courage ni espoir. Un seul chemin, semé d’épreuves et de terres, restait ouvert devant lui. Il pouvait retourner à pied à Fort Frontenac et y obtenir le secours nécessaire.

La Salle ressentait profondément les dangers d’une telle démarche. Ses hommes étaient inquiets, mécontents et terrifiés par les récits que les Illinois jaloux ne cessaient de leur raconter, parlant des tourbillons et des monstres du Mississippi. Il craignait qu’en son absence, ils ne suivent l’exemple de leurs camarades et ne désertent. Au milieu de ses angoisses, un heureux hasard…

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Il lui donna les moyens de les dissuader. Un jour, alors qu’il chassait près du fort, il rencontra un jeune Illinois qui rentrait chez lui, à moitié affamé, après une expédition guerrière lointaine. Il avait été absent si longtemps qu’il ne savait rien de ce qui s’était passé entre ses compatriotes et les Français. La Salle lui donna un dindon qu’il avait abattu, l’invita au fort, le nourrit et lui fit des cadeaux. Ayant ainsi gagné sa confiance, il l’interrogea, avec une apparente nonchalance, sur les pays qu’il avait visités, et surtout sur le Mississippi — sur lequel le jeune guerrier, ne voyant aucune raison de dissimuler la vérité, lui fournit toutes les informations nécessaires. La Salle lui offrit alors une hache, afin de le pousser à ne rien dire de ce qui s’était passé, puis, le laissant de très bonne humeur, il retourna avec quelques-uns de ses suivants au camp des Illinois. Là, il trouva les chefs assis autour d’un festin de viande d’ours, et prit place parmi eux sur un tapis de roseaux. Après un moment, il les accusa de l’avoir trompé au sujet du Mississippi ; ajoutant qu’il connaissait parfaitement ce fleuve, ayant reçu des instructions à son sujet du Maître de la Vie. Il le décrivit ensuite avec une telle précision que ses auditeurs stupéfaits, pensant que son savoir provenait de « médecine » ou de sorcellerie, se couvrirent la bouche de leurs mains en signe d’étonnement, et avouèrent que tout ce qu’ils avaient dit n’était qu’un stratagème, inspiré par leur désir ardent qu’il reste parmi eux.[157] À cela, les hommes de La Salle retrouvèrent du courage ; et leur bravoure augmenta encore lorsque, peu après, un groupe de guerriers Chickasa, Arkansas et Osage, venus du Mississippi, vint rendre visite amicale au camp et assura aux Français non seulement que le fleuve était navigable jusqu’à la mer, mais aussi que les tribus vivant le long de ses rives leur réserveraient une chaleureuse accueil.
La Salle avait maintenant de bonnes raisons d’espérer que ses suivants ne mutineraient ni ne le quitteraient pendant son absence. L’un des objectifs principaux de son voyage prévu était de se procurer les ancres, les câbles et l’équipement nécessaire pour construire le navire qu’il comptait bâtir au Fort Crèvecœur, et il décida de le voir achevé avant de partir. Ce n’était pas une tâche facile, car les scieurs de charpente avaient déserté. « Voyant », écrit-il, « que j’allais perdre un an si j’attendais d’en trouver d’autres à Montréal, je dis un jour, devant mon peuple, que j’étais tellement contrarié de constater que l’absence de deux scieurs ruinerait mes projets et rendrait tous mes efforts inutiles, que j’étais déterminé à essayer de scier moi-même les planches, si je pouvais trouver ne serait-ce qu’un homme disposé à m’aider de son plein gré. » Sur ce, deux hommes s’avancèrent.

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Ils se montrèrent zélés et promirent de faire de leur mieux. Ils eurent un succès raisonnable, et, les autres étant poussés à l’émulation, le travail progressa avec tant d’énergie que, en six semaines, la coque du navire était à moitié terminée. Il devait avoir une capacité de quarante tonnes et était construit avec de hauts boucliers pour protéger ceux qui se trouvaient à bord des flèches indiennes.

La Salle se souvint alors qu’en son absence, Hennepin pourrait lui être utile par des services plus précieux que ses prêches ; il lui demanda donc de descendre l’Illinois et d’en explorer l’embouchure. Le frère, bien que robuste et audacieux, aurait volontiers refusé, invoquant une maladie physique gênante ; mais son vénérable collègue Ribourde, lui-même trop âgé pour ce voyage, le pressa d’y aller, lui disant que s’il mourait en chemin, son travail apostolique contribuerait à la gloire de Dieu. Membré vivait depuis quelque temps dans le camp indien et était complètement dégoûté des sujets de ses efforts missionnaires, dont il se plaignait amèrement à cause de leur obstination et de leur saleté. Hennepin proposa de prendre sa place, tandis qu’il entreprendrait l’aventure sur le Mississippi ; mais Membré refusa, préférant rester où il était. Hennepin accepta alors à contrecœur la tâche proposée. « N’importe qui d’autre que moi », dit-il avec sa modestie habituelle, « aurait été très effrayé par les dangers d’un tel voyage ; et, en fait, si je n’avais pas placé toute ma confiance en Dieu, je n’aurais pas été la victime du sieur de La Salle, qui a mis ma vie en péril de manière imprudente. »[158]

Le dernier jour de février, la canoë de Hennepin était amarrée au bord de l’eau ; le groupe se rassembla sur la rive pour lui dire adieu. Il avait deux compagnons : Michel Accau et un homme connu sous le nom de Picard du Gay,[159] bien que son vrai nom fût Antoine Auguel. La canoë était bien chargée de cadeaux destinés aux Indiens — tabac, couteaux, perles, aiguilles et autres marchandises d’une grande valeur, fournies aux frais de La Salle ; « et, en fait », observe Hennepin, « il est assez généreux envers ses amis. »[160]

Le frère fit ses adieux à La Salle et embrassa tour à tour tous les autres. Le père Ribourde lui donna sa bénédiction de départ. « Soyez courageux et laissez votre cœur être consolé », dit le vénérable vieux missionnaire en étendant ses mains en signe de bénédiction sur la tête rasée du pieux voyageur. Du Gay et Accau prirent leurs rames ; la canoë s’éloigna et disparut finalement derrière la forêt. Nous suivrons désormais Hennepin dans ses aventures, imaginaires.

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et réel. Pendant ce temps, nous suivrons les pas de son chef, guidant sa route, à travers les tempêtes d’hiver, à travers ces vastes et sombres contrées sauvages — ces régions de famine, de trahison et de mort — qui se situaient entre lui et son but lointain, le fort Frontenac.

Le premier mars[161], avant même que la gelée ne soit sortie du sol, lorsque la forêt était encore dépourvue de feuilles et que les prairies boueuses étaient encore parsemées de neige, un groupe d’hommes mécontents se rassembla de nouveau sur la rive pour un autre adieu. Non loin de là, le navire inachevé gisait sur ses cales, blanc et fraîchement sorti de la scie et de la hache, leur rappelant sans cesse les épreuves et les dangers qui les attendaient. On y aurait vu le visage calme et impénétrable de La Salle, ainsi que le chasseur mohegan, qui semblait éprouver pour lui cette admiration qu’il inspirait toujours à ses serviteurs indiens. Outre le Mohegan, quatre Français devaient l’accompagner : Hunaut, La Violette, Collin et Dautray.[[162]] Son adieu à Tonty fut empreint d’anxiété, car chacun connaissait bien les risques qui les entouraient tous deux. Montant à bord avec ses compagnons dans deux canoës, il se dirigea vers le nord à travers la glace en dérive ; tandis que le fidèle Italien, avec deux ou trois hommes honnêtes et douze ou treize scélérats, restait pour défendre le fort Crèvecœur en son absence.

NOTES DE BAS DE PAGE :
[Charlevoix, i. 459 ; La Potherie, ii. 140 ; La Hontan, Mémoires sur le commerce des fourrures au Canada. Je dois une copie de ce document à M. Winthrop Sargent, qui en a acheté l’original lors de la vente de la bibliothèque du poète Southey. Comme Hennepin, La Hontan passa du côté des Anglais ; et ces mémoires sont écrits dans leur intérêt.]
[Lettre de La Salle à La Barre, Chicago, 4 juin 1683. C’est une longue lettre adressée au successeur de Frontenac à la tête du gouvernement du Canada. La Salle raconte qu’un jeune Indien qui lui appartenait lui a dit qu’il avait vu, trois ans auparavant, un homme blanc correspondant à la description du pilote, prisonnier chez une tribu au-delà du Mississippi. Il avait été capturé avec quatre autres personnes sur ce fleuve, alors qu’ils se rendaient en canoë, chargés de marchandises, vers les Sioux. Ses compagnons avaient été tués. D’autres circonstances, que La Salle décrit en détail, le convainquirent que le prisonnier blanc n’était autre que le pilote du « Griffin ». Cependant, les preuves ne sont pas concluantes.]
[Rapport des découvertes et des voyages de M. de la Salle, seigneur et gouverneur du fort de Frontenac, au-delà des grands lacs de la Nouvelle-France, effectués sur ordre de Monseigneur Colbert, 1679, 80 et 81. Hennepin rapporte une histoire qui n’est pas essentiellement différente, à ceci près qu’il s’y fait lui-même un personnage central.]

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[Tout ce qui précède provient de Hennepin ; et cela semble être marqué par son égocentrisme caractéristique.
15 Il ressort des lettres de La Salle qu’Accau était le véritable chef du groupe ; que leurs ordres étaient d’explorer non seulement l’Illinois, mais aussi une partie du Mississippi ; et que Hennepin s’est porté volontaire pour partir avec les autres. Accau a été choisi parce qu’il parlait plusieurs langues indiennes.
[Un écrivain éminent a pris « Picard » pour un nom propre. Du Gay était appelé « Le Picard », car il venait de la province de Picardie.
[ (1683), 188. Cette recommandation est supprimée dans les éditions ultérieures.
16
0] [Tonty indique à tort que leur départ a eu lieu le vingt-deuxième.
16
1] [Déclaration faite par Moyse Hillaret, charpentier de bateaux.
16
2]

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CHAPITRE XIV.
1680.
LE COURAGE DE LA SALLE.
Le voyage d’hiver.—La ville déserte.—Rock Starved.—Le lac Michigan.—La nature sauvage.—Les troupes de guerre.—Les hommes de La Salle s’épuisent.—De mauvaises nouvelles.—Mutinerie.—Châtiment des mutins.

La Salle savait très bien ce qui l’attendait, et ce n’était que la nécessité qui le poussait à entreprendre ce voyage désespéré. Il dit qu’il ne pouvait faire confiance à personne d’autre pour le remplacer, et que, à moins que les objets perdus sur le « Griffin » ne soient remplacés sans délai, l’expédition serait retardée d’un an entier, et lui et ses compagnons périraient sous le poids des dépenses. « Par conséquent », écrit-il à l’un d’eux, « bien que les dégelons du printemps approchant augmentent considérablement la difficulté du trajet, interrompu partout par des marais et des rivières, sans parler de la longueur du voyage, qui est d’environ cinq cents lieues en ligne droite, ainsi que du danger de rencontrer des Indiens de quatre ou cinq nations différentes dont nous devions traverser le territoire, ainsi qu’une armée iroquoise dont nous savions qu’elle se dirigeait vers là ; bien que nous devions souffrir constamment de la faim, dormir à découvert, souvent sans nourriture, veiller la nuit et marcher le jour, chargés de bagages tels que des couvertures, des vêtements, une marmite, une hache, un fusil, de la poudre, du plomb et des peaux pour fabriquer des mocassins ; parfois en avançant à travers des broussailles, parfois en grimpant sur des rochers recouverts de glace et de neige, parfois en marchant des journées entières à travers des marais où l’eau atteignait la taille ou même plus, en une saison où la neige n’était pas encore complètement fondue — bien que je sache tout cela, cela ne m’a pas empêché de décider d’aller à pied jusqu’au fort Frontenac, pour savoir par moi-même ce qu’il était advenu de mon navire et ramener les choses dont nous avions besoin. »[163]

L’hiver avait été rigoureux ; et lorsqu, une heure après avoir quitté le fort, lui et ses compagnons arrivèrent aux eaux calmes du lac Peoria, ils le trouvèrent recouvert de glace de rive en rive. Ils portèrent leurs canoës sur la berge, fabriquèrent deux traîneaux rudimentaires, y placèrent les embarcations légères et les tirèrent jusqu’au bout supérieur du lac, où ils établirent leur camp. Dans

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Le matin, ils trouvèrent la rivière encore recouverte de glace, trop faible pour les porter et trop solide pour leur permettre de se frayer un chemin avec les canoës. Ils passèrent toute la journée à les transporter à travers les bois, travaillant jusqu’aux genoux dans la neige saturée. La pluie tombait à verse, et ils cherchèrent refuge pendant la nuit dans une cabane indienne abandonnée.

Le matin, le 3 mars, ils tirèrent leurs canoës sur une demi-lieue de plus ; puis ils les mirent à l’eau et, en brisant la glace à l’aide de bâtons et de haches, ils avancèrent lentement le long du courant. Une fois de plus, leur progression fut entravée, et ils se réfugièrent à nouveau dans les bois, travaillant sans relâche jusqu’à ce qu’une tempête de neige humide et presque liquide les force à camper pour la nuit. Un froid vif suivit, et le matin, le paysage blanc autour d’eux était recouvert d’une croûte éblouissante. C’est alors, pour la première fois, qu’ils purent utiliser leurs raquettes à neige. Se consacrant à leur tâche, tirant leurs canoës qui glissaient aisément sur la surface polie, ils continuèrent leur route heure après heure, lieue après lieue, jusqu’à atteindre enfin la grande ville des Illinois, encore vide de ses habitants.[164]

C’était un spectacle désolé et solitaire : la rivière glissant, sombre et froide, entre ses rives de roseaux ; les cabanes vides, recouvertes d’une couche de neige durcie ; les vastes prairies blanches ; les falaises lointaines, ornées de gouttes de glace scintillantes ; et les collines enveloppées de forêts, qui brillaient de loin sous les incrustations glacées recouvrant chaque branche gelée. Pourtant, il y avait de la vie dans ce paysage sauvage. Les hommes virent des bisons qui pataugeaient dans la neige, et ils en tuèrent un. Plus encore : ils découvrirent des empreintes de mocassins. Ils coupèrent des roseaux au bord de la rivière, les empilèrent sur la rive et les mirent au feu, afin que la fumée attire l’attention des sauvages qui rôdaient dans les environs.

Le jour suivant, tandis que les chasseurs fumaient la viande de bison, La Salle sortit pour faire des reconnaissances et rencontra bientôt trois Indiens, dont l’un s’avéra être Chassagoac, le chef principal des Illinois.[165]

La Salle les amena à son camp, les fit festoyer, leur donna une couverture rouge, une marmite ainsi que quelques couteaux et haches, se lia d’amitié avec eux, promit de retenir les Iroquois d’attaquer, leur dit qu’il se rendait dans les colonies pour apporter des armes et des munitions afin de les protéger contre leurs ennemis, et, grâce à ces avances, obtint de…

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Il fit la promesse d’envoyer des provisions au groupe de Tonty au fort Crèvecœur. Après avoir passé plusieurs jours dans cette ville déserte, La Salle se prépara à reprendre son voyage. Avant son départ, son attention fut attirée par un impressionnant rocher de grès jaune, aujourd’hui appelé Starved Rock, situé à une mile ou plus au-dessus du village : une forteresse naturelle que une vingtaine d’hommes déterminés pourraient utiliser pour résister à une horde de sauvages ; il envoya bientôt à Tonty l’ordre d’examiner cet endroit et de le transformer en place forte en cas de besoin.[166]
Le quinzième, le groupe repartit, transportant leurs canoës le long des rives de la rivière jusqu’aux rapides en amont d’Ottawa, puis ils les mirent à l’eau et continuèrent leur route en luttant contre la glace flottante, poussée par les pluies chaudes, qui descendait en masses le long du courant gonflé. Le dix-huitième, ils atteignirent un endroit à quelques miles en aval du site de Joliet, où la rivière était de nouveau complètement bloquée. Dépouillés de tout espoir de progresser par voie d’eau, ils cachèrent leurs canoës sur une île et traversèrent la région en direction du lac Michigan.
C’était la pire saison pour un tel voyage. Les nuits étaient froides, mais le soleil était chaud à midi ; la prairie à moitié dégelée n’était qu’un vaste étendue de boue, d’eau et de neige teintée, à moitié liquide. Le vingt-deuxième, ils traversèrent des marais et des prairies inondées, marchant jusqu’aux genoux, jusqu’à ce qu’à midi ils soient arrêtés par une rivière, probablement le Calumet. Ils fabriquèrent une radeau avec du bois dur, car il n’y en avait pas d’autre, et s’y frayèrent un chemin. Le lendemain, ils purent apercevoir le lac Michigan scintillant faiblement au-delà des forêts ; après avoir traversé trois ruisseaux gonflés, ils y arrivèrent le soir. Le vingt-quatrième, ils suivirent ses rives, jusqu’à ce que, au coucher du soleil, ils arrivent au fort qu’ils avaient construit à l’automne à l’embouchure du Saint-Joseph. Là, La Salle rencontra Chapelle et Leblanc, les deux hommes qu’il avait envoyés de là vers Michilimackinac à la recherche du « Griffin ».[167] Ils rapportèrent avoir fait le tour du lac sans voir ni entendre parler d’elle. Rassuré quant à son sort, il leur ordonna de rejoindre Tonty au fort Crèvecœur, tandis que lui-même continuait son chemin avec son groupe à travers les contrées inconnues du sud du Michigan.

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« La pluie », dit La Salle, « qui a duré toute la journée, ainsi que le radeau que nous avons dû fabriquer pour traverser la rivière, nous ont retenu jusqu’à midi du vingt-cinquième, date à laquelle nous avons repris notre marche à travers les bois, si enchevêtrés de épines et de broussailles que, en deux jours et demi, nos vêtements furent complètement déchirés, et nos visages si couverts de sang que nous pouvions à peine nous reconnaître. Le vingt-huitième, nous trouvâmes les bois plus ouverts et notre situation s’améliora ; nous rencontrâmes beaucoup de gibier, que nous eûmes ensuite rarement du mal à trouver ; nous n’avons donc plus emporté de provisions, mais préparions des repas avec de la viande rôtie chaque fois que nous tuions un cerf, un ours ou un dindon. Ce sont les festins les plus exquis dans un tel voyage ; jusqu’alors, nous avions généralement dû nous en passer, si bien que nous marchions souvent toute la journée sans petit-déjeuner. »

« Les Indiens ne chassent pas dans cette région, qui est un territoire disputé entre cinq ou six nations en guerre entre elles. Craignant les uns les autres, ils n’osent s’aventurer dans ces contrées que pour se surprendre mutuellement, toujours avec la plus grande prudence et le plus grand secret possible. Les bruits de nos fusils et les carcasses des animaux que nous tuions amenèrent bientôt certains d’entre eux à découvrir notre trace. En effet, le soir du vingt-huitième, après avoir allumé un feu au bord d’une prairie, nous fûmes encerclés par eux ; mais comme l’homme de garde nous réveilla et que nous nous postâmes derrière des arbres avec nos fusils, ces sauvages, appelés Wapoos, nous prirent pour des Iroquois. Pensant qu’il devait y en avoir beaucoup, puisque nous ne voyagions pas en secret comme eux lorsqu’ils sont en petits groupes, ils s’enfuirent sans tirer leurs flèches et donnèrent l’alarme à leurs compagnons, de sorte que pendant deux jours nous n’ rencontrâmes personne. »

La Salle devina la cause de leur frayeur ; et, afin de confirmer leur erreur, il traça au charbon, sur les troncs d’arbres dont il avait arraché l’écorce, les marques habituelles d’une bande de guerriers iroquois, avec des signes indiquant des prisonniers et des scalps, selon la coutume de ces redoutables combattants. Ce subterfuge ingénieux, comme on le verra bientôt, était sur le point de provoquer la destruction de toute la troupe. Il mit également le feu à l’herbe sèche des prairies que lui et ses hommes venaient de traverser, détruisant ainsi toutes traces de leur passage.

« Nous utilisions ce stratagème chaque nuit, et il fonctionnait très bien tant que nous traversions des zones ouvertes ; mais le trentième, nous sommes entrés dans de grands marais inondés par la fonte des neiges, et nous avons dû les traverser dans la boue ou dans l’eau jusqu’à la taille ; nos empreintes nous ont ainsi trahis auprès d’une bande de Mascoutins. »

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Ceux qui étaient partis après les Iroquois. Ils nous ont suivis à travers ces marais pendant les trois jours que nous y avons passés ; mais nous n’allumions pas de feu la nuit, nous contentant de retirer nos vêtements mouillés et de nous envelopper dans nos couvertures sur une petite colline sèche, où nous dormions jusqu’au matin. Enfin, dans la nuit du 2 avril, il y eut un fort gel, et nos vêtements, qui étaient trempés lorsqu’on les enlevait, gelaient complètement, devenant durs comme des bâtons, si bien que nous ne pouvions pas les remettre le matin sans allumer un feu pour les dégeler. Le feu nous trahit auprès des Indiens, qui campaient de l’autre côté du marais ; ils coururent vers nous en poussant de grands cris, jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés à mi-chemin par un ruisseau si profond qu’ils ne pouvaient pas le traverser, la glace formée pendant la nuit n’étant pas assez solide pour les supporter. Nous allâmes à leur rencontre, à portée de fusil ; et que ce soit parce que nos armes à feu les effrayèrent, ou parce qu’ils nous croyaient plus nombreux que nous ne l’étions, ou encore parce qu’ils ne voulaient vraiment pas nous faire de mal, ils crièrent, en langue illinoise, qu’ils nous avaient pris pour des Iroquois, mais qu’ils voyaient maintenant que nous étions des amis et des frères ; sur quoi, ils repartirent comme ils étaient venus, et nous continuâmes notre route jusqu’au 4, date à laquelle deux de mes hommes tombèrent malades et ne purent plus marcher.

Dans cette situation critique, La Salle partit à la recherche d’un cours d’eau par lequel ils pourraient atteindre le lac Érié, et il trouva bientôt une petite rivière, qui était probablement la Huron. Là, tandis que les malades se reposaient, leurs compagnons fabriquèrent une canoë. Il n’y avait pas de bouleaux ; ils furent donc contraints d’utiliser l’écorce d’orme, qui, à cette saison précoce, ne se détachait pas facilement du bois tant qu’ils ne la détendaient pas avec de l’eau chaude. Une fois leur canoë prête, ils y montèrent et flottèrent un certain temps paisiblement le long du cours d’eau, jusqu’à ce que le chemin soit bloqué par une barrière de arbres abattus en travers de l’eau. Les malades purent alors marcher à nouveau, et, en avançant vers l’est à travers la forêt, le groupe atteignit bientôt les rives du Detroit.

La Salle ordonna à deux hommes de fabriquer une canoë et d’aller à Michilimackinac, le port le plus proche. Avec les deux autres, il traversa le Detroit sur une radeau et, empruntant une ligne droite à travers le pays, atteignit le lac Érié, non loin de Point Pelée. Neige, grêle et pluie s’abattaient sur eux presque sans interruption : et lorsque, après une marche d’environ trente miles, ils atteignirent le lac, le Mohegan et l’un des Français furent pris de fièvre et commencèrent à cracher du sang. Il ne restait plus qu’un seul homme en bonne santé. Avec son aide, La Salle fabriqua une autre canoë, y fit monter les malades et se dirigea vers Niagara. C’était Pâques.

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Le lundi, lorsqu’ils débarquèrent dans une cabane en bois au-dessus de la cataracte, probablement à l’endroit où le « Griffin » avait été construit. Plusieurs des hommes de La Salle y avaient été laissés l’année précédente, et ils y restaient encore. Ils lui annoncèrent de tristes nouvelles. Non seulement il avait perdu le « Griffin » ainsi que sa cargaison d’une valeur de dix mille couronnes, mais un navire venu de France, chargé de ses marchandises d’une valeur supérieure à vingt-deux mille livres, avait été complètement détruit à l’embouchure du Saint-Laurent ; et parmi les vingt hommes engagés pour venir le rejoindre depuis l’Europe, certains avaient été retenus par son ennemi, l’intendant Duchesneau, tandis que tous, à l’exception de quatre, ayant appris qu’il était mort, avaient trouvé le moyen de rentrer chez eux.

Ses trois compagnons étaient tous incapables de voyager : seul, il conservait ses forces et son courage. Ayant emmené avec lui trois hommes frais à Niagara, il reprit son voyage et, le 6 mai, aperçut à travers les pluies torrentielles les côtes familières de son fief ainsi que les murailles du fort Frontenac. Pendant soixante-cinq jours, il avait travaillé presque sans relâche, parcourant sur son itinéraire environ mille miles à travers un pays plein de dangers et d’obstacles de toutes sortes — « le voyage le plus pénible », dit le chroniqueur, « jamais entrepris par des Français en Amérique ».

Tel était Cavelier de la Salle. En lui, un esprit invincible commandait à un corps de fer, le poussant jusqu’à ses limites extrêmes. Le pionnier des pionniers de l’Ouest n’était pas un simple fils du labeur, mais un homme de pensée, formé aux arts et aux lettres.[168] Il avait atteint son but ; mais pour lui, il n’y avait ni repos ni paix. L’homme et la nature semblaient être en guerre contre lui. Ses agents l’avaient spolié ; ses créanciers s’étaient emparés de ses biens ; et plusieurs de ses canoës, richement chargés, avaient été perdus dans les rapides du Saint-Laurent.[169] Il se hâta vers Montréal, où son arrivée soudaine provoqua une grande surprise ; et là, malgré ses ressources limitées et sa réputation endommagée, il réussit, en l’espace d’une semaine, à obtenir les provisions dont il avait besoin ainsi que l’aide nécessaire pour ce groupe désespéré sur l’Illinois. Il était retourné au fort Frontenac, sur le point de partir pour les secourir, quand un coup encore plus décourageant que tous les précédents le frappa.

Le 22 juillet, deux voyageurs, Messier et Laurent, vinrent le trouver avec une lettre de Tonty, qui écrivait que peu après le départ de La Salle, presque tous les

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Les hommes s’étaient désertés, après avoir détruit le fort Crèvecœur, pillé le magasin et jeté dans la rivière toutes les armes, marchandises et provisions qu’ils ne pouvaient emporter. Les messagers qui apportaient cette lettre furent bientôt suivis par deux des habitants du fort Frontenac, qui faisaient du commerce sur les lacs et qui, avec une fidélité que le malheureux La Salle savait rarement inspirer, avaient voyagé jour et nuit pour lui apporter leurs nouvelles. Ils rapportèrent qu’ils avaient rencontré les déserteurs et que, renforcés par des recrues recrutées à Michilimackinac et à Niagara, ils comptaient maintenant vingt hommes.[170] Ils avaient détruit le fort sur le Saint-Joseph, saisi une quantité de fourrures appartenant à La Salle à Michilimackinac et pillé le magasin à Niagara. Là, ils s’étaient séparés : huit d’entre eux longèrent la rive sud du lac Ontario pour trouver un abri à Albany, refuge habituel à cette époque pour ce genre de scélérats ; tandis que les douze restants, à bord de trois canoës, se dirigèrent vers le fort Frontenac le long de la rive nord, dans l’intention de tuer La Salle comme moyen le plus sûr d’échapper au châtiment.

Il ne perdit pas de temps en lamentations. Parmi les quelques hommes sous ses ordres, il choisit neuf des plus dignes de confiance, les fit monter dans des canoës avec CHASTISEMENT et partit à la rencontre des maraudeurs. Après avoir traversé la baie de Quinté, il s’installa avec cinq de ses hommes à un endroit adapté à ses intentions, et envoya les quatre autres en éclaireurs. Le matin, deux canoës furent aperçus approchant sans méfiance, l’un d’eux bien en avance sur l’autre. Alors que le premier se rapprochait, le canoë de La Salle jaillit de derrière la rive feuillue — deux hommes maniant les rames, tandis que lui, avec les deux autres, pointait leurs fusils sur les déserteurs et leur demandait de se rendre. Étonnés et effrayés, ils se rendirent aussitôt ; tandis que deux autres, qui se trouvaient dans le second canoë, se hâtèrent de suivre leur exemple. La Salle retourna alors au fort avec ses prisonniers, les mit en détention et repartit. Il rencontra le troisième canoë sur le lac vers six heures du soir. Ses hommes manièrent en vain leurs rames pour les poursuivre. Les mutins atteignirent la rive, se postèrent parmi les rochers et les arbres, pointèrent leurs fusils et se préparèrent au combat. Quatre des hommes de La Salle firent le tour pour prendre leur arrière et les chasser, ce qui les fit retourner précipitamment dans leur canoë et tenter de s’enfuir dans l’obscurité. Ils furent poursuivis et sommés de se rendre ; mais ils répondirent en visant leurs poursuivants avec leurs fusils, qui leur tirèrent immédiatement une salve, tuant deux d’entre eux, et

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Ils ont capturé les trois restants. Comme leurs compagnons, ils furent placés en détention dans la forteresse, en attendant l’arrivée du comte Frontenac.[171]

NOTES DE BAS DE PAGE :
[ Lettre de La Salle à l’un de ses associés (Thouret ?), 29 sept. 1680 (Margry, ii. 50). ]
16
3] [ Membré affirme avoir été dans la ville à ce moment-là ; mais cela est difficilement possible. Il se trouvait très probablement parmi les Illinois, dans leur camp près du fort Crèvecœur. ]
4] [ C’est le même que Hennepin appelle Chassagouasse. Il était frère du chef Nicanopé, qui, en son absence, avait fait festin avec les Français le jour suivant le conseil nocturne avec Monso. Chassagoac fut ensuite baptisé par Membré ou Ribourde, mais retomba bientôt dans les superstitions de son peuple et mourut, comme le raconte le premier, « doublement enfant de perdition ». Voir Le Clerc, ii. 181. ]
[ Tonty, Mémoire. L’ordre fut envoyé par deux Français que La Salle rencontra sur le lac Michigan. ]
6]
[ Déclaration de Moyse Hillaret ; Relation des Découvertes. ]
16
7] [ Un chasseur des montagnes Rocheuses, complimenté pour le courage qu’il montrait lui-même ainsi que ses compagnons, dit un jour à l’auteur : « C’est vrai ; mais un gentleman de bonne trempe supportera mieux les épreuves que n’importe qui d’autre. » L’histoire des voyages en Arctique et en Afrique, ainsi que les archives militaires de tous les temps, prouvent que l’esprit cultivé et développé n’est pas l’ennemi de la bravoure naturelle, mais plutôt son allié actif et puissant. Une culture qui affaiblit au lieu de renforcer est toujours une culture fausse ou partielle. ]
[ Zenobe Membré, dans Le Clerc, ii. 202. ]
16
9] [ Lorsque La Salle se trouvait à Niagara en avril, il ordonna à Dautray, le meilleur des hommes qui l’avaient accompagné depuis l’Illinois, de retourner là-bas dès qu’il le pourrait. Quatre hommes de Niagara devaient l’accompagner, et il devait rejoindre Tonty avec les provisions que ce poste pouvait fournir. Dautray partit donc, mais fut rencontré sur le lac par des déserteurs qui lui annoncèrent que Tonty était mort et séduisirent ses hommes. (Relation des Découvertes.) Dautray lui-même semble avoir resté fidèle ; du moins, il servit immédiatement après sous les ordres de La Salle et fut l’un de ses plus fidèles suivants. Il était de bonne naissance, fils de Jean Bourdon, personnage important durant les premières années de la colonie ; son nom figure dans les documents officiels sous le nom de Jean Bourdon, sieur d’Autray. ]
[ La longue lettre de La Salle, écrite apparemment à son associé Thouret et datée du 29 sept. 1680, constitue la principale source pour ce qui précède. La majeure partie de cette lettre est intégrée, presque mot pour mot, dans le récit officiel intitulé Relation des Découvertes. Hennepin, Membré et Tonty parlent également du voyage depuis le fort Crèvecœur. La mort des deux mutins fut utilisée par les ennemis de La Salle comme preuve pour l’accuser de meurtre. ]

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CHAPITRE XV.
1680.
CONQUÉRANTS INDIENS.

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L’Enterprise a été réparé. — Tentative de secourir Tonty. — Buffalo. — Une découverte effroyable. — La fureur des Iroquois. — La ville en ruines. — Une nuit d’horreur. — Des traces des envahisseurs. — Aucune nouvelle de Tonty.

Et maintenant, le travail de La Salle doit reprendre de zéro. Lui aussi avait misé tout son avoir, et tout semblait perdu. Avec un effort acharné, inlassable, il avait atteint les limites de l’endurance humaine ; mais le fruit de ses efforts n’était que déception, désastre et ruine imminente. La structure brisée de son entreprise gisait dans la poussière. Ses amis étaient désespérés ; ses ennemis, arrogants et triomphants. Allait-il se soumettre à la tempête ? Aucun œil humain ne pouvait pénétrer les profondeurs de sa nature réservée et fière ; mais en surface, tout semblait calme, et aucun signe ne trahissait une résolution ébranlée ou un changement de projet. Alors que des hommes plus faibles auraient abandonné tout espoir dans un désespoir apathique, lui se tourna à nouveau vers son travail avec la même vigueur et la même confiance apparente, comme s’il était porté par la marée montante du succès. Son meilleur espoir reposait sur Tonty. Si cet officier courageux et loyal, ainsi que les trois ou quatre hommes fidèles qui restaient avec lui, parvenaient à s’implanter solidement sur l’Illinois et à sauver du désastre le navire en construction, ainsi que la forge et les outils transportés avec tant de peine, alors il resterait une base sur laquelle reconstruire l’entreprise détruite. Il n’y avait pas de temps à perdre. Il fallait secourir Tonty rapidement, sinon l’aide arriverait trop tard. La Salle avait déjà fourni le matériel nécessaire, et quelques jours suffirent pour achever ses préparatifs. Le 10 août, il embarqua de nouveau pour l’Illinois. Avec lui se trouvait son lieutenant La Forest, qui possédait en fief une île, alors appelée Belle Isle, en face de Fort Frontenac.[172] Un chirurgien, des charpentiers de marine, des menuisiers, des maçons, des soldats, des voyageurs et des ouvriers complétaient son groupe, vingt-cinq hommes au total, munis de tout ce dont ils avaient besoin pour équiper le navire. Son itinéraire, bien que difficile, n’était pas aussi long que celui qu’il avait suivi l’année précédente. Il remonta la rivière Humber, traversa le lac Simcoe, puis descendit la rivière Severn jusqu’à la baie Georgienne du lac Huron ; il suivit sa côte orientale, longea les îles Manitoulin, et finit par atteindre Michilimackinac. Ici, comme d’habitude, tout était hostile ; il eut beaucoup de mal à convaincre les Indiens, excités contre lui, de lui vendre des provisions. Désireux d’atteindre sa destination, il continua seul avec douze hommes, laissant La Forest ramener le reste. Le 4…

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En novembre[173], il atteignit la forteresse en ruines à l’embouchure du Saint-Joseph et laissa cinq membres de son groupe, avec les provisions lourdes, pour attendre l’arrivée de La Forest, tandis que lui-même se hâtait vers l’avant avec six Français et un Indien. Une anxiété profonde le possédait. La rumeur, qui circulait depuis des mois, selon laquelle les Iroquois, déterminés à détruire les Illinois, étaient sur le point d’invaser leur pays, gagnait constamment en force. Voilà un nouveau désastre qui, s’il se réalisait, pourrait entraîner lui et son entreprise dans une ruine irrémédiable.

Il remonta le Saint-Joseph, traversa le gué pour atteindre le Kankakee, puis suivit son cours vers le sud jusqu’à ce qu’il rejoigne la branche nord de l’Illinois. Il n’avait eu aucune nouvelle de Tonty en chemin, et ni ici ni ailleurs il ne put découvrir le moindre signe du passage d’hommes blancs. Son ami, donc, s’il était encore en vie, se trouvait probablement toujours à son poste ; il poursuivit donc son chemin, le cœur un peu moins alourdi par l’anxiété.

La dernière fois qu’il était passé par là, tout n’était que solitude ; mais maintenant, le paysage avait changé. Ce vaste désert était peuplé de buffles. Il contempla ce spectacle merveilleux, que l’on voit encore parfois dans les plaines de l’Ouest le plus reculé, et dont le souvenir peut faire battre plus vite le pouls et émouvoir le sang même après de nombreuses années : de loin et de près, la prairie était pleine de buffles ; tantôt comme de petits points noirs parsemant les collines lointaines, tantôt avançant en colonnes massives ou en longues files, le matin, à midi et la nuit, pour boire à la rivière — traversant l’eau, plongeant et soufflant par le museau ; gravissant les rives boueuses et fixant d’un regard sauvage les canoës qui passaient. C’était une occasion à ne pas manquer.

Le groupe débarqua et installa son camp pour chasser. Parfois, ils se cachaient sous les berges escarpées et tiraient sur les buffles au moment où ceux-ci venaient boire ; parfois, allongés sur le ventre, ils se traînaient à travers l’herbe haute et sèche, jusqu’à ce que les taureaux sauvages, gardiens du troupeau, cessent de paître, lèvent leurs énormes têtes et fixent du regard, à travers leurs crins emmêlés, ces intrus dangereux. La chasse fut fructueuse. En trois jours, les chasseurs tuèrent douze buffles, en plus de cerfs, oies et cygnes. Ils coupèrent la viande en fines lamelles et la séchèrent au soleil ou dans la fumée de leurs feux. Les hommes étaient de très bonne humeur — ravis de cette activité et heureux à l’idée de pouvoir ravitailler Tonty et ses compagnons affamés avec une abondante provision.

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Ils remontèrent à bord et bientôt s’approchèrent de la grande ville de l’Illinois.
Les bisons étaient loin derrière ; et une fois de plus, les canoës glissaient sur leur route à travers une solitude silencieuse. On ne voyait aucun chasseur ; aucun cri de salut ne parvenait à leurs oreilles. Ils passèrent ensuite par le rocher appelé Rocher de Saint-Louis, où La Salle avait ordonné à Tonty de construire sa forteresse ; mais en examinant son sommet élevé, il ne vit ni palissades, ni cabanes, ni trace de main humaine, et toujours la crête primitive de forêts dominait la rivière qui coulait. Maintenant, la prairie s’ouvrait devant eux là où se trouvait autrefois la grande ville. Ils regardèrent, stupéfaits et confus : tout n’était que désolation. La ville avait disparu, et la prairie était noircie par le feu. Ils manièrent leurs rames, se hâtèrent vers l’endroit, débarquèrent ; et en regardant autour d’eux, leurs joues devinrent blanches, et le sang se figea dans leurs veines.

Devant eux s’étendait une plaine autrefois grouillante de vie sauvage humaine et couverte de habitations indiennes, maintenant un désert de destruction et de mort, jonché de tas de cendres, et hérissé de poteaux et de pieux carbonisés qui avaient formé la structure des cabanes. Aux extrémités de la plupart d’entre eux étaient plantés des crânes humains, en partie dévorés par des oiseaux de proie.[174] Non loin se trouvait le cimetière du village. Les voyageurs furent pris de horreur en entrant dans ses limites répugnantes. Des loups en grand nombre s’enfuirent à leur approche ; tandis que des nuées de corbeaux ou de vautours, s’élevant de ce festin horrible, tournoyaient au-dessus de leurs têtes ou se posaient sur les branches nues de la forêt voisine. Chaque tombe avait été fouillée, et les corps avaient été jetés à bas des échafaudages où, selon la coutume des Illinois, beaucoup d’entre eux avaient été placés. Le champ était jonché d’os brisés et de cadavres déchirés et mutilés. Une véritable guerre avait été menée contre les morts par des hyènes. La Salle reconnut l’œuvre des Iroquois. Le coup menacé était tombé, et les hordes lupines des cinq cantons avaient planté leurs crocs féroces dans une nouvelle victime.[175]

Non loin de là, les conquérants avaient construit une fortification rudimentaire avec des troncs, des branches et des racines d’arbres assemblés pour former une enceinte circulaire ; celle-ci aussi était ornée de crânes, plantés sur les branches brisées et les pieux saillants. Les caches, ou entrepôts souterrains des villageois, avaient été forcés et leur contenu dispersé. Les champs de maïs étaient en ruines, et une grande partie du maïs avait été empilée et partiellement brûlée. Alors que La Salle contemplait cette scène de ravage, une seule pensée occupait son esprit : où étaient Tonty et ses hommes ? Il inspecta la forteresse des Iroquois : on y trouvait de nombreuses traces de sa

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Des occupants sauvages, et parmi eux, quelques fragments de vêtements français. Il examina les crânes ; mais les cheveux, dont des mèches adhéraient à presque tous, étaient dans tous les cas ceux d’un Indien. Le soir tomba avant qu’il n’ait terminé ses recherches. Le soleil se cacha, et la nature sauvage retomba dans son silence sauvage. La nuit et le silence régnaient sur ce désert, où, aussi loin que pouvait porter l’envol du corbeau, s’étendait le domaine sombre de la solitude et de l’horreur. Pourtant, il n’y avait pas de silence à l’endroit où La Salle et ses compagnons avaient établi leur campement. Les hurlements des loups remplissaient l’air d’une dissonance féroce et lugubre. Des ennemis encore plus dangereux n’étaient pas loin, car avant la nuit tombée, ils avaient vu de nouvelles traces indiennes ; « mais, comme il faisait très froid », dit La Salle, « cela ne nous empêcha pas de faire un feu et de nous allonger près de lui, chacun prenant tour à tour le quart. J’ai passé la nuit dans une angoisse que vous pouvez imaginer mieux que je ne puis la décrire ; je n’ai pas dormi un instant, essayant de décider de ce que je devais faire. Mon ignorance quant à l’endroit où se trouvaient ceux que je protégeais, ainsi que mon incertitude quant au sort des hommes qui devaient me suivre avec La Forest s’ils arrivaient au village en ruines et ne me trouvaient pas là, me faisaient craindre toutes sortes de problèmes et de catastrophes. Finalement, j’ai décidé de continuer ma route le long de la rivière, en laissant quelques-uns de mes hommes en arrière pour garder les marchandises, qui n’étaient pas seulement inutiles mais aussi dangereuses à transporter avec nous, car nous serions obligés de les abandonner lorsque l’hiver commencerait vraiment, ce qui arriverait très bientôt. » Cette décision était due à une découverte qu’il avait faite la veille au soir, qui offrait, selon lui, un indice possible sur le sort de Tonty et des hommes qui étaient avec lui. Il la décrit ainsi : « Près du jardin des Indiens, qui se trouvait dans les prairies, à une lieue du village et non loin de la rivière, j’ai trouvé six pieux pointus plantés dans le sol et peints en rouge. Sur chacun d’eux se trouvait la figure d’un homme aux yeux bandés, dessinée en noir. Comme les sauvages placent souvent ce genre de pieux là où ils ont tué des gens, j’ai pensé, d’après leur nombre et leur emplacement, que lorsque les Iroquois sont arrivés, les Illinois, ayant trouvé nos hommes seuls dans la cabane près de leur jardin, les avaient soit tués, soit fait prisonniers. Et cette idée fut confirmée pour moi, car, ne voyant aucun signe de combat, je supposai que, en entendant l’approche des Iroquois, les anciens et les autres non-combattants s’étaient enfuis, et que les jeunes guerriers étaient restés pour couvrir leur fuite, avant de les suivre, emmenant les Français avec eux. »

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eux ; tandis que les Iroquois, ne trouvant personne à tuer, avaient déversé leur fureur sur les cadavres du cimetière. » Bien que les bases de cette conjecture fussent incertaines et que l’espoir qu’elle offrait fût faible, cela le décida à continuer, afin d’en apprendre davantage. Lorsque la lumière du jour revint, il exposa son projet à ses compagnons et envoya trois d’entre eux l’attendre près du village en ruines. Ils devaient se cacher sur une île, dissimuler leur feu la nuit, ne pas produire de fumée le jour, ne pas tirer avec leurs armes à feu et rester vigilants. Si le reste du groupe arrivait, eux aussi devaient attendre en prenant des précautions similaires. Les bagages furent placés dans une cavité des rochers, en un endroit difficile d’accès ; et, ces dispositions prises, La Salle partit pour son périlleux voyage avec les quatre hommes restants : Dautray, Hunaut, You et l’Indien. Chacun était armé de deux fusils, d’un pistolet et d’une épée ; et un certain nombre de haches ainsi que d’autres objets furent mis dans la canoë, en cadeaux pour les Indiens qu’ils pourraient rencontrer.

Quelques lieues en aval du village, sur leur droite, près de la rivière, ils trouvèrent une sorte d’île, inaccessible à cause des marais et de l’eau qui l’entouraient. C’est là que les Illinois fugitifs s’étaient réfugiés avec leurs femmes et enfants, et le lieu était plein de leurs huttes abandonnées. Sur la rive gauche, exactement en face, se trouvait un camp abandonné des Iroquois. Sur la prairie plate se dressaient cent treize huttes, et sur les arbres de la forêt qui couvraient les collines derrière étaient gravés les totems, ou symboles, des chefs, ainsi que des marques indiquant le nombre de suivants qu chacun avait menés à la guerre. La Salle compta cinq cent quatre-vingt-deux guerriers. Il trouva également des marques indiquant les Illinois tués ou capturés, mais aucune ne montrait que des Français aient partagé leur sort.

Alors qu’ils descendaient la rivière, ils passèrent, le même jour, par six camps abandonnés des Illinois ; et en face de chacun d’eux se trouvait un camp des envahisseurs. Ceux-là, c’étaient les Tonty, s’étaient retirés en masse ; tandis que les Iroquois suivaient leur marche, jour après jour, sur l’autre rive. La Salle et ses hommes avancèrent rapidement, traversèrent le lac Peoria et atteignirent bientôt Fort Crèvecœur, qu’ils trouvèrent, comme ils s’y attendaient, démoli par les déserteurs. Le navire amarré était encore intact, bien que les Iroquois aient trouvé le moyen de retirer les clous et les pointes en fer. Sur l’une des planches étaient écrits ces mots :

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« Nous sommes tous sauvages : ce 15, 1680 » — œuvre, sans doute, des scélérats qui avaient pillé et détruit la forteresse. La Salle et ses compagnons pressèrent le pas, et, au cours du jour suivant, ils passèrent à côté de quatre camps opposés des armées sauvages. Le silence de la mort régnait désormais le long de la rivière déserte, dont les rives solitaires, enveloppées de forêts profondes, semblaient aussi sans vie que la tombe. En s’approchant de l’embouchure du cours d’eau, ils aperçurent une prairie sur leur droite, et à son extrémité plusieurs silhouettes humaines, debout, mais immobiles. Ils débarquèrent et examinèrent prudemment les lieux. L’herbe haute était piétinée, et partout gisaient les vestiges des horribles orgies qui suivaient habituellement une victoire iroquoise. Les silhouettes qu’ils avaient vues étaient les corps à moitié consumés de femmes, encore attachés aux poteaux où elles avaient été torturées. D’autres scènes y étaient également, trop répugnantes pour être rapportées.[176] Tous ces restes appartenaient à des femmes et des enfants. Les hommes, semblait-il, s’étaient enfuis, les abandonnant à leur sort.

Là encore, La Salle chercha longuement et avec anxiété, sans trouver le moindre indice pouvant indiquer la présence de Français. Redescendant la rivière, ils atteignirent bientôt son embouchure. Devant eux, un courant large et tourbillonnant s’écoulait rapidement ; et La Salle aperçut le Mississippi — l’objet de ses rêves, le chemin destiné à réaliser ses ambitions et ses espoirs. Ce n’était pas le moment de réfléchir. L’instant était trop captivant, trop chargé d’anxiétés et de soucis. Depuis un rocher sur la rive, il vit un arbre qui s’étendait au-dessus du cours d’eau ; en arrachant son écorce pour le rendre plus visible, il y accrocha une planche sur laquelle il avait dessiné les figures de lui-même et de ses hommes, assis dans leur canoë, tenant une pipe de paix. À cela, il attacha une lettre pour Tonty, l’informant qu’il était remonté le fleuve jusqu’au village en ruines.

Ses quatre hommes s’étaient comportés admirablement tout au long du voyage, et ils proposèrent maintenant de continuer le trajet s’il le jugeait opportun, et de le suivre jusqu’à la mer ; mais il estima inutile d’aller plus loin et refusa d’abandonner les trois hommes qu’il avait chargés d’attendre son retour. Ils firent donc demi-tour et, pagayant tantôt de jour, tantôt de nuit, poussèrent leur canoë avec tant de rapidité qu’ils atteignirent le village en un temps incroyablement court, en seulement quatre jours.[177]

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Le ciel était dégagé, et à l’arrivée de la nuit, les voyageurs virent une comète prodigieuse briller au-dessus de ce paysage de désolation. Cette nuit-là, un effroi superstitieux s’empara des villages de la Nouvelle-Angleterre ainsi que des salles somptueuses de Versailles ; mais il est caractéristique de La Salle que, malgré les périls qui le menaçaient et les images effrayantes de la mort qui l’entouraient, il note froidement ce phénomène, non pas comme un messager funeste de guerre et de malheur, mais plutôt comme un objet d’intérêt scientifique.[178] Il trouva ses trois hommes en sécurité sur leur île, où ils attendaient avec anxiété son retour. Après avoir rassemblé des réserves de maïs à moitié brûlé dans les greniers dévastés de l’Illinois, tout le groupe commença à remonter le fleuve et, le 6 janvier, atteignit le confluent du Kankakee avec sa branche nord. Sur leur route vers le bas, ils avaient suivi le premier cours d’eau ; cette fois, ils choisirent le second, et découvrirent bientôt, au bord de l’eau, une cabane rudimentaire faite de bois. La Salle débarqua et examina les lieux ; c’est alors qu’un objet attira son regard, lui apportant un éclat de espoir. C’était simplement un morceau de bois, mais ce bois avait été coupé avec une scie. Tonty et son groupe étaient donc passés par là, fuyant le massacre derrière eux. Malheureusement, ils n’avaient laissé aucun signe de leur passage au carrefour des deux rivières ; ainsi, La Salle, lors de sa descente, crut qu’ils se trouvaient encore en aval sur le fleuve. Avec un espoir ravivé, les voyageurs poursuivirent leur route, abandonnant leurs canoës pour se rendre par voie terrestre vers le fort situé sur le Saint-Joseph. « La neige tomba en quantités extraordinaires toute la journée », écrit La Salle, « et elle continua de tomber pendant dix-neuf jours consécutifs, avec un froid si intense que je n’ai jamais connu d’hiver aussi rigoureux, même au Canada. Nous fûmes obligés de traverser quarante lieues de terrain ouvert, où nous pouvions à peine trouver du bois pour nous réchauffer le soir, et nous ne pouvions obtenir aucune écorce pour construire une cabane ; nous devions donc passer la nuit exposés aux vents violents qui soufflent sur ces plaines. Je n’ai jamais tant souffert du froid, ni eu autant de difficultés à avancer ; car la neige était si légère, suspendue comme il se doit parmi les hautes herbes, que nous ne pouvions pas utiliser de raquettes. Parfois, elle atteignait la hauteur de la taille ; et comme je marchais en tête de mes hommes, comme à l’accoutumée, pour leur montrer le chemin, j’avais souvent beaucoup de mal, bien que je sois plutôt grand, à soulever mes jambes au-dessus des congères, que je devais forcer à passer sous le poids de mon corps. »

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Finalement, ils atteignirent leur but et trouvèrent abri et sécurité au sein des murs du fort de Miami. Voici donc le fort de Miami. Un groupe resta sous les ordres de La Forest ; mais, à sa grande surprise et à son grand chagrin, La Salle n’eut aucune nouvelle de Tonty. Il trouva une certaine consolation dans la fidélité et le zèle des hommes de La Forest, qui avaient restauré le fort, préparé le terrain pour y planter des cultures, et même scié des planches et du bois pour construire un nouveau bateau sur le lac. Et maintenant, tandis que La Salle se repose au fort de Miami, suivons les aventures qui frappèrent Tonty et ses compagnons après le départ de leur chef du fort Crèvecœur.

NOTES DE BAS DE PAGE :
[Robert Cavelier, Sr. de la Salle, à François Daupin, Sr. de la Forest, 10 juin 1679.]
[Cette date provient de la Relation. Membré indique le vingt-huitième ; mais il se trompe, comme il le prouve lui-même, car il affirme que le groupe arriva au village des Illinois le premier décembre, ce qui serait impossible.]
« Il ne restait que quelques bouts de perches brûlées qui montraient quelle avait été l’étendue du village, et sur la plupart desquelles il y avait des têtes de morts plantées et mangées par les corbeaux. » — Relation des Découvertes du Sr. de la Salle.
« Beaucoup de carcasses à demi rongées par les loups, les sépulcres démolis, les os tirés de leurs fosses et épars par la campagne ; ... enfin les loups et les corbeaux augmentaient encore, par leurs hurlements et leurs cris, l’horreur de ce spectacle. » — Relation des Découvertes du Sr. de la Salle.

Ce qui précède peut sembler exagéré ; mais cela correspond parfaitement à ce qui est bien établi concernant le caractère féroce des Iroquois et la nature de leurs guerres. De nombreuses autres tribus ont également souvent fait la guerre aux morts. J’ai moi-même connu un cas où cinq cadavres d’Indiens Sioux, placés dans des arbres selon la pratique des groupes occidentaux de ce peuple, furent jetés au sol et piétinés en morceaux par un groupe de guerriers Crow, qui mirent ensuite le canon de leurs fusils contre les crânes et les pulvérisèrent. Cela s’est produit près de la source du Platte, à l’été 1846. Pourtant, les Crow sont bien moins féroces que les Iroquois à l’époque de La Salle.

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[ « On ne saurait exprimer la rage de ces furieux ni les tourments qu’ils avaient fait souffrir aux misérables Tamaroa [une tribu des Illinois]. Il y en avait encore dans des chaudières qu’ils avaient laissées pleines sur les feux, qui depuis s’étaient éteints », etc., etc. — Relation des Découvertes. ]
[ La distance est d’environ deux cent cinquante miles. Les lettres de La Salle, ainsi que le récit officiel compilé à partir d’elles, indiquent qu’ils quittèrent le village le 2 décembre et y revinrent le 11, ayant quitté l’embouchure du fleuve le 7. ]
[ C’était la « Grande Comète de 1680 ». Le Dr B. A. Gould m’écrit : « Elle apparut le 17 décembre 1680 et fut visible jusqu’à la fin février 1681, étant particulièrement brillante en janvier. » On disait qu’elle était la plus grande jamais vue. Grâce à des observations sur elle, Newton démontra les révolutions régulières des comètes autour du soleil. « Aucune comète », dit-on, « n’a menacé la terre par une approche aussi proche que celle de 1680. » (Winthrop on Comets, Leçon II, p. 44.) Increase Mather, dans son Discourse concerning Comets, imprimé à Boston en 1683, dit de celle-ci : « Son apparition fut très terrible ; la flamme monta au-dessus de 60 degrés, presque jusqu’à son zénith. » Mather la jugeait porteuse de terribles présages pour les nations de la terre. ]

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CHAPITRE XVI.
1680.
TONTY ET LES IROQUOIS.
Les déserteurs.—La guerre des Iroquois.—La grande ville des Illinois.—
L’alarme.—L’attaque des Iroquois.—Le péril de Tonty.—Une trêve perfide.—L’intrepidité de Tonty.—Le meurtre de Ribourde.—
La guerre contre les morts.
Lorsque La Salle partit pour son périlleux voyage vers le fort Frontenac, il laissa, comme nous l’avons vu, quinze hommes au fort Crèvecœur : des forgerons, des charpentiers de navire, des maçons et des soldats, en plus de son serviteur L’Espérance et des deux frères Membré et Ribourde. La plupart de ces hommes étaient prêts à se rebeller. Ils n’avaient aucun intérêt pour cette entreprise, ni aucune affection pour son chef. Ils étaient dégoûtés du présent et terrifiés par l’avenir. La Salle, lui aussi, était pour l’essentiel un commandant sévère, impénétrable et froid ; et lorsque tentait de calmer, de concilier ou d’encourager, ses efforts ne donnaient que rarement les résultats escomptés, malgré l’excellence de sa rhétorique. Il pouvait cependant toujours inspirer du respect, sinon de l’amour ; mais maintenant, la retenue qui le caractérisait avait disparu. Il n’était pas parti depuis longtemps que quelqu’un jeta du feu au milieu de cette troupe mécontente et agitée.
On se souvient peut-être que La Salle avait rencontré deux de ses hommes, La Chapelle et Leblanc, dans son fort sur le Saint-Joseph, et leur avait ordonné de rejoindre Tonty. Malheureusement, ils obéirent. À leur arrivée, ils annoncèrent à leurs camarades que le « Griffon » était perdu, que le fort Frontenac avait été pris par les créanciers de La Salle, que celui-ci était ruiné à jamais, et qu’eux-mêmes ne recevraient jamais leur solde. Leur salaire était en retard depuis plus de deux ans ; en effet, il aurait été insensé de le leur verser avant leur retour dans les colonies, car cela aurait constitué une tentation au désertion. Or, l’effet sur leur esprit fut encore pire, car beaucoup d’entre eux crurent qu’ils ne seraient jamais payés du tout.

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La Chapelle et son compagnon avaient apporté une lettre de La Salle à Tonty, lui ordonnant d’examiner et de fortifier le rocher si souvent mentionné, qui surplombait la rivière au-dessus du grand village des Illinois. Tonty partit donc pour cette mission avec quelques hommes. Pendant son absence, les mécontents détruisirent la forteresse, volèrent de la poudre, du plomb, des fourrures et des provisions, puis s’enfuirent, après avoir écrit sur le flanc du navire inachevé les mots que vit La Salle : « Nous sommes tous sauvages. »[179] Le brave jeune sieur de Boisrondet et le serviteur L’Espérance se hâtèrent d’apporter la nouvelle à Tonty, qui envoya aussitôt quatre d’entre eux, par deux routes différentes, pour informer La Salle du désastre.[180] Outre les deux déjà nommés, il ne restait plus avec lui qu’un homme engagé et les frères récollets. Avec ce maigre groupe, il se retrouva au milieu d’une horde de sauvages perfides, qui avaient appris à le considérer comme un ennemi secret. Déterminé, apparemment, à dissiper leur jalousie par une démonstration de confiance, il s’installa au milieu d’eux, établissant son quartier général dans le grand village, où, avec l’arrivée du printemps, ses habitants revinrent, au nombre, selon Membré, de sept ou huit mille. C’est là qu’il transporta la forge et les outils qu’il put récupérer, et c’est là qu’il espérait se maintenir en vie jusqu’au retour de La Salle. Le printemps et l’été s’étaient écoulés, et il attendait avec anxiété son retour, sans se douter qu’une tempête se formait à l’est, prête bientôt à dévaster les fertiles contrées des Illinois.

J’ai raconté les triomphes féroces des Iroquois dans un autre volume.[181] Sur un vaste demi-cercle autour de leurs cantons, ils avaient transformé la forêt en solitude ; ils avaient détruit les Hurons, exterminé les Neutres et les Ériés, réduit les redoutables Andastes à une insignifiance impuissante, balayé les frontières du Saint-Laurent de feu, semé la terreur et la désolation parmi les Algonquins du Canada ; et maintenant, fatigués de la paix, ils cherchaient, pour reprendre leur propre métaphore sauvage, de nouvelles nations à dévorer. Pourtant, ce n’était pas seulement leur fureur meurtrière qui les poussait maintenant vers une nouvelle guerre. Étrange que cela puisse paraître, cette guerre était en grande partie motivée par des intérêts commerciaux. Ils faisaient depuis longtemps du commerce avec les Hollandais et les Anglais de New York, qui leur donnaient, en échange de leurs fourrures, des armes, des munitions, des couteaux, des haches, des marmites, des perles et du brandy, devenus indispensables pour eux. La faune était rare dans leur pays. Ils devaient chercher leurs castors et…

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d’autres peaux dans les territoires vacants des tribus qu’ils avaient détruites ; mais cela ne les satisfaisait pas. Les Français du Canada cherchaient à obtenir un monopole sur les fourrures du nord et de l’ouest ; et, récemment, les expéditions de La Salle sur les affluents du Mississippi avaient particulièrement éveillé la jalousie des Iroquois, jalousie encore attisée par les commerçants hollandais et anglais. [182]
Ces sauvages rusés souhaitaient soumettre toutes ces régions et en tirer une source inépuisable de fourrures, afin de les échanger contre des marchandises anglaises auprès des commerçants d’Albany. Ils tournèrent d’abord leurs regards vers les Illinois, la plus importante, ainsi que l’une des plus accessibles, des tribus algonquines de l’ouest ; et parmi les ennemis de La Salle se trouvaient ceux dont la jalousie envers un rival haï l’emportait tellement sur tous les intérêts de la colonie qu’ils n’hésitèrent pas à inciter les Iroquois à une invasion qu’ils espéraient voir le ruiner. Les chefs se réunirent, la guerre fut décrétée, la danse de guerre fut exécutée, le chant de guerre entonné, et cinq cents guerriers commencèrent leur marche. Sur leur chemin se trouvait la ville des Miamis, voisins et parents des Illinois. Il était toujours leur politique de diviser pour régner ; et ces Machiavel de la forêt avaient si bien intrigué parmi les Miamis, en jouant habilement sur leur jalousie, qu’ils les amenèrent à participer à l’invasion, bien qu’il y ait toutes les raisons de croire qu’ils avaient déjà désigné ces alliés aveugles comme leurs prochaines victimes.[183]
Allez sur les rives de l’Illinois, là où il coule près du village d’Utica, et tenez-vous dans la prairie qui borde le nord de cette ville. Devant vous s’étend le fleuve, large d’un coup de mousquet ; et de la rive opposée s’élève, en pente douce, une série de collines boisées qui cachent aux yeux la vaste prairie qui se trouve derrière elles. Une mile ou plus à votre gauche, ces douces pentes s’achèvent brusquement devant la haute falaise, appelée par les Français la Roche de Saint-Louis, qui domine fièrement les forêts qui l’entourent ; et, à trois miles à votre droite, vous apercevez une ouverture dans les escarpements abrupts qui délimitent ici la vallée, marquant l’embouchure du fleuve Vermilion, appelé Aramoni par les Français.[184] Imaginez-vous maintenant à cet endroit, au début de l’automne de l’an 1680. Vous vous trouvez au milieu de la grande ville des Illinois — des centaines de huttes recouvertes de nattes, et des milliers de sauvages rassemblés. Entrez dans l’une de leurs demeures : ils ne vous considéreront pas comme un intrus. Une squaw amicale posera une natte pour vous près du feu ; vous pourrez vous asseoir dessus, fumer votre pipe, et observer la hutte et ses habitants à la lumière qui filtre à travers les trous…

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En haut, trois ou quatre feux fument et brûlent doucement au sol, au milieu de cette longue structure en arc ; et comme il y a deux familles pour chaque feu, l’endroit devient un peu bondé lorsque tous sont présents. Mais maintenant, il y a de l’espace pour respirer, car beaucoup se trouvent dans les champs. Une femme indienne est assise, tissant un matelas en roseaux ; un guerrier, nu à l’exception de ses mocassins et tatoué de motifs fantastiques, attache une pointe de flèche en pierre à la hampe, à l’aide de tendons frais de bison. Certains dorment, d’autres sont assis, le regard vide, d’autres mangent encore, d’autres sont accroupis, bavardant paresseusement autour d’un feu. La fumée vous pique les yeux ; les puces vous dérangent ; de petits enfants négligés, nus comme de jeunes chiots, rampent sur vos genoux sans que l’on puisse les chasser. Vous en avez assez vu ; vous vous levez et sortez à nouveau à la lumière du soleil. C’est, sinon une scène paisible, du moins une scène languide. Quelques voix rompent le silence, mêlées au chant joyeux des grillons dans l’herbe. De jeunes hommes sont allongés face contre terre, profitant du soleil ; un groupe de leurs aînés fume autour d’une peau de bison sur laquelle ils viennent de jouer à un jeu de hasard avec des pierres colorées. Un amant et sa maîtresse, peut-être, sont assis ensemble sous un abri de branches, sans dire un mot. Non loin de là se trouve le cimetière, où gisent les morts du village : certains enterrés dans la terre, d’autres enveloppés dans des peaux et placés sur des échafaudages, hors de portée des loups. Dans les champs de maïs alentour, on voit des femmes indiennes travailler, ainsi que des enfants chassant les oiseaux envahisseurs ; votre regard parcourt ensuite les prairies, parsemées de fleurs jaunes de la plante à résine et de Rudbeckia, ou encore les collines avoisinantes encore verdoyantes sous la végétation d’été.[185]
On peut affirmer avec certitude que c’était, ou quelque chose de similaire, l’aspect du village de l’Illinois à midi le 10 septembre.[186] Dans une cabane séparée des autres, on aurait probablement trouvé les Français. Parmi eux se trouvait un homme, pas très fort physiquement, et de plus handicapé par la perte d’une main, mais qui, dans ce repaire de barbarie, trahissait le langage et les manières d’un homme formé dans la civilisation la plus raffinée d’Europe. C’était Henri de Tonty. Les autres étaient le jeune Boisrondet, le serviteur L’Espérance, et un jeune Parisien nommé Étienne Renault. Les frères Membré et Ribourde ne se trouvaient pas dans le village, mais dans une cabane à une lieue de là, où ils étaient allés pour un « retrait » de prière et de méditation. Leur travail missionnaire n’avait pas été fructueux ; ils n’avaient converti personne et étaient désespérés face au caractère intraitable des personnes dont ils s’occupaient. Quant aux autres Français, le temps, sans doute, pesait lourdement sur eux ; car rien ne peut surpasser le vide…

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Monotonie d’une ville indienne où il n’y a ni chasse, ni guerre, ni fêtes, ni danses, ni jeux de hasard pour passer le temps. Soudain, le village fut tiré de son léthargie comme par le fracas d’un coup de tonnerre. Un Shawanoe, qui était récemment venu en visite, avait quitté ses amis d’Illinois pour rentrer chez lui. Il réapparut alors, traversant la rivière à toute hâte, et annonça qu’en chemin il avait rencontré une armée d’Iroquois qui venaient les attaquer. Tout devint panique et confusion. Les cabanes vomirent leurs habitants effrayés ; femmes et enfants criaient, les guerriers effarés saisissaient leurs armes. Ils n’étaient pas plus de cinq cents, car la plupart des jeunes hommes étaient partis à la guerre. Une foule de sauvages excités se rassembla autour de Tonty et de ses Français, déjà objets de leur méfiance, les accusant, par des gestes furieux, d’avoir incité leurs ennemis à les envahir. Tonty se défendit en parlant un illinois fragmentaire, mais la foule nue n’était que partiellement convaincue. Ils saisirent la forge et les outils, les jetèrent dans la rivière, avec tous les biens sauvés des déserteurs ; puis, ne croyant pas en leur capacité à se défendre, ils mirent à l’eau les canoës en bois qui se trouvaient en grand nombre sur la rive, y embarquèrent leurs femmes et leurs enfants, et pagayèrent le long du cours d’eau vers cette île de terre ferme au milieu des marais, que La Salle découvrit plus tard remplie de leurs huttes abandonnées. Soixante guerriers restèrent là pour les protéger, et le reste retourna au village. Toute la nuit, des feux brûlèrent le long du rivage. Les guerriers excités enduisirent leurs corps d’huile, peignirent leurs visages, coiffèrent leurs têtes de plumes, chantèrent leurs chants de guerre, dansèrent, tapèrent du pied, crièrent et brandirent leurs haches, afin de rassembler leur courage pour affronter la crise. Le matin arriva, et avec lui les Iroquois. Des jeunes guerriers étaient partis en éclaireurs et revenaient maintenant. Ils avaient vu l’ennemi dans la forêt qui bordait la rivière Aramoni, ou Vermilion, et l’avaient discrètement explorée. Ils étaient très nombreux, pour la plupart armés de fusils, de pistolets et d’épées. Certains portaient des boucliers en bois ou en peau brute, d’autres ces corsages faits de branches résistantes entrelacées de cordes que leurs pères utilisaient lorsque les armes à feu n’existaient pas encore. Les éclaireurs ajoutèrent encore des détails, affirmant avoir vu un jésuite parmi les Iroquois ; non seulement cela, mais que La Salle lui-même s’y trouvait, d’où il fallait conclure que Tonty et ses hommes étaient des ennemis et des traîtres. Le prétendu jésuite n’était en réalité qu’un chef iroquois vêtu d’un chapeau noir, d’un justaucorps…

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et des bas ; tandis qu’un autre, équipé de manière quelque peu similaire, passait au loin sous le nom de La Salle. Mais les Illinois étaient furieux. La vie de Tonty dépendait d’un fil. Une foule de sauvages l’entourait, folle de rage et de terreur. Il venait de rentrer d’Europe et ne savait pas grand-chose sur les Indiens, mais, comme le dit le frère Membré à son sujet, « il était plein d’intelligence et de courage », et lorsque ceux-ci l’entendirent déclarer qu’il et ses Français iraient avec eux combattre les Iroquois, leurs menaces devinrent moins véhémentes et leurs yeux perdirent leur éclat mortel.

En poussant des cris perçants, ils coururent vers leurs canoës, traversèrent la rivière, gravirent la colline boisée et se ruèrent sur TONTY dans la plaine au-delà. Environ une centaine d’entre eux avaient des fusils ; les autres étaient armés de arcs et de flèches. Ils se trouvaient maintenant face à face avec l’ennemi, qui était sorti des bois de Vermilion et avançait sur la prairie ouverte. Avec un courage inhabituel, car leur réputation de guerriers n’était nullement élevée, les Illinois commencèrent, à leur manière, à charger ; c’est-à-dire qu’ils sautaient, criaient, tiraient des balles et des flèches tout en avançant ; tandis que les Iroquois répondaient par des acrobaties tout aussi agiles et des hurlements tout aussi terrifiants, mêlés au bruit rapide de leurs fusils. Tonty vit que les choses tournaient mal pour ses alliés. Il était temps, si possible, d’arrêter le combat. Les Iroquois étaient, ou prétendaient l’être, en paix avec les Français ; et, faisant appel à son courage, il décida de tenter une médiation, qui pouvait bien être qualifiée de désespérée. Il posa son fusil, prit dans sa main une ceinture de wampum en signe de trêve, et s’avança pour affronter la foule sauvage, accompagné de Boisrondet, un autre Français, et d’un jeune Illinois qui eut l’audace de l’accompagner. Les fusils des Iroquois continuaient de cracher des balles en abondance et rapidement. Certains étaient pointés vers lui ; alors il renvoya les deux Français et l’Illinois, et avança seul, brandissant la ceinture de wampum.[188] Un instant plus tard, il se trouvait parmi les guerriers enragés. C’était un spectacle effrayant : des formes contortes, bondissant, se baissant, se tordant pour tirer ou esquiver les coups ; de petits yeux perçants brillant comme ceux d’un serpent en colère ; des lèvres entrouvertes laissant échapper des cris diaboliques ; des visages peints tordus par la peur et la fureur, et toutes les passions d’un combat indien — homme, loup et diable en un seul.[189] Avec sa peau sombre et ses vêtements à moitié sauvages, ils le prirent pour un Indien et l’entourèrent, lançant des regards meurtriers. Un jeune guerrier le poignarda au cœur avec un couteau, mais le

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Une pointe le frappa sur une côte, ne causant qu’une profonde entaille. Un chef cria que, puisque ses oreilles n’étaient pas percées, il devait être Français. Sur ce, certains d’entre eux tentèrent de stopper l’hémorragie et l’emmenèrent à l’arrière, où s’engagea une discussion animée, tandis que les cris et les tirs résonnaient toujours en avant. Tonty, haletant et saignant à la bouche à cause de la force du coup qu’il avait reçu, trouva les mots pour déclarer que les Illinois étaient sous la protection du roi et du gouverneur du Canada, et exigea qu’on les laisse en paix.[190]
Un jeune Iroquois arracha le chapeau de Tonty, le plaça au bout de son fusil et le montra aux Illinois, qui, pensant alors qu’il était mort, reprirent le combat ; les tirs en avant redoublèrent de violence. Un guerrier accourut en criant que les Iroquois reculaient et qu’il y avait des Français parmi les Illinois qui leur tiraient dessus. À cela, le tumulte autour de Tonty redoubla. Certains voulaient le tuer sur-le-champ ; d’autres s’y opposaient. « Je n’ai jamais été », écrit-il, « dans une telle perplexité ; car à ce moment-là, il y avait un Iroquois derrière moi, avec un couteau à la main, qui soulevait mes cheveux comme s’il allait me scalper. Je pensais que c’était fini pour moi, et que mon meilleur espoir était qu’ils me frappent à la tête plutôt que de me brûler, comme je le croyais. » En effet, un chef senécas exigeait qu’il soit brûlé ; tandis qu’un chef onondagane, ami de La Salle, était partisan de le libérer. Le conflit devint intense. Tonty leur dit que les Illinois comptaient mille deux cents hommes, et que soixante Français se trouvaient au village, prêts à les soutenir. Cette affirmation, bien qu’elle ne fût pas entièrement crue, eut un certain effet. Le bienveillant Onondagane l’emporta ; et les Iroquois, ayant échoué à surprendre leurs ennemis comme ils l’espéraient, virent maintenant l’occasion de les tromper par une trêve. Ils renvoyèrent Tonty avec une ceinture de paix : il la leva haut devant les Illinois ; les chefs et les vieux guerriers coururent mettre fin au combat ; les cris et les tirs cessèrent ; et Tonty, tel quelqu’un sorti d’un horrible cauchemar, étourdi, presque évanoui à cause de la perte de sang, tituba à travers la prairie pour rejoindre ses amis. Il fut accueilli par les deux frères, Ribourde et Membré, qui, dans leur cabane isolée, à une lieue du village, venaient juste d’apprendre ce qui se passait, et qui, maintenant, avec des bénédictions et des actions de grâce, coururent l’embrasser comme un homme sorti des griffes de la mort.

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Les Illinois se retirèrent alors, remontèrent dans leurs canoës et traversèrent à nouveau pour retourner à leurs habitations ; mais à peine y furent-ils arrivés que leurs ennemis apparurent au bord de la forêt, sur la rive opposée. Beaucoup trouvèrent le moyen de traverser et, sous prétexte de chercher des provisions, commencèrent à rôder en groupes autour des abords de la ville, leur nombre augmentant constamment. Si les Illinois avaient osé rester, un massacre aurait sans doute suivi ; mais ils connaissaient trop bien leur ennemi, mirent le feu à leurs habitations, montèrent précipitamment dans leurs canoës et pagayèrent le long du fleuve pour rejoindre leurs femmes et enfants au refuge parmi les marécages. Tout le groupe des Iroquois traversa alors le fleuve, s’empara de la ville abandonnée et construisit pour eux-mêmes une rudimentaire forteresse avec des troncs d’arbres ainsi que des poteaux qui formaient la structure des habitations ayant échappé au feu. C’est là qu’ils se retranchèrent et achevèrent tranquillement leur œuvre de destruction.

Tonty et ses compagnons occupaient toujours leur hutte ; mais les Iroquois, devenus méfiants à leur égard, les forcèrent à se rendre dans la forteresse, déjà bondée de cette bande sauvage. Le lendemain, il y eut un alarme. Les Illinois apparurent en grand nombre sur les collines basses, à un demi-mille derrière la ville ; et les Iroquois, qui avaient apprécié leur courage et qui avaient été informés par Tonty qu’ils étaient deux fois plus nombreux qu’eux, montrèrent des signes d’une grande inquiétude. Ils proposèrent que Tonty agisse comme médiateur, ce à quoi il accepta volontiers, et traversa la prairie en direction des Illinois, accompagné de Membré et d’un Iroquois envoyé en otage.

Les Illinois accueillirent ces propositions avec joie, offrirent aux ambassadeurs des rafraîchissements dont ils avaient grand besoin, et renvoyèrent avec eux un jeune homme de leur nation en guise d’otage de leur côté. Ce jeune homme imprudent faillit provoquer l’échec des négociations ; car dès qu’il fut parmi les Iroquois, il montra tant d’empressement à conclure le traité, fit de telles promesses, exprima une telle gratitude et trahit si imprudemment la faiblesse numérique des Illinois que cela raviva toute l’arrogance des envahisseurs. Ils se tournèrent furieusement contre Tonty, l’accusant de leur avoir volé la gloire et les butins de la victoire. « Où sont tous vos guerriers Illinois, et où sont les soixante Français que vous disiez être parmi eux ? » Il fallut toute la tactique et le sang-froid de Tonty pour se sortir de ce nouveau péril.

Le traité fut finalement conclu ; mais à peine était-il signé que les Iroquois se mirent à préparer sa rupture et commencèrent à construire des canoës en écorce de frêne.

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où attaquer les femmes et les enfants des Illinois dans leur sanctuaire insulaire. Tonty avertit ses alliés que la paix prétendue par les Iroquois n’était qu’un piège destiné à leur destruction. TRAHISON. Les Iroquois, de leur côté, devenaient de plus en plus jaloux de lui et l’auraient certainement tué s’il n’avait pas été de leur politique de maintenir la paix avec Frontenac et les Français. Quelques jours plus tard, ils le convoquèrent, lui et Membré, à un conseil. Six paquets de peaux de castor furent apportés ; l’orateur sauvage les présenta un par un à Tonty, en expliquant leur signification. Les deux premiers devaient indiquer que les enfants du comte Frontenac — c’est-à-dire les Illinois — ne devaient pas être mangés ; le suivant était une pâte pour soigner la blessure de Tonty ; le suivant était de l’huile pour oindre lui et Membré, afin qu’ils ne se fatiguent pas pendant le voyage ; le suivant proclamait que le soleil brillait ; et le sixième et dernier exigeait qu’ils quittent les lieux et rentrent chez eux.[191] Tonty les remercia pour leurs cadeaux, mais demanda quand eux-mêmes comptaient partir et laisser les Illinois en paix. À cela, le conseil se mit en colère ; et, malgré leur promesse antérieure, certains d’entre eux dirent qu’avant de partir ils mangeraient de la chair d’Illinois. Tonty repoussa aussitôt les paquets de peaux de castor, symbole indien du rejet méprisant d’une proposition, en leur disant que puisqu’ils comptaient manger les enfants du gouverneur, il ne voulait pas de leurs cadeaux. Les chefs, furieux, se levèrent et le chassèrent de la cabane. Les Français se retirèrent dans leur hutte, où ils restèrent toute la nuit en veille, s’attendant à une attaque, et décidés à vendre chèrement leur vie. À l’aube, les chefs leur ordonnèrent de partir. Tonty, avec une fidélité et un courage admirables, avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour protéger les alliés du Canada contre leurs assaillants féroces ; et il jugea imprudent de persévérer dans une voie qui ne pouvait mener à rien de bon et qui risquait probablement de se terminer par la destruction de tout le groupe. Il monta dans une canoë qui fuyait, avec Membré, Ribourde, Boisrondet et les deux hommes restants, et commença à remonter la rivière. Après avoir pagayé environ cinq lieues, ils débarquèrent pour sécher leurs bagages et réparer leur embarcation défectueuse ; alors le père Ribourde, un bréviaire à la main, se promena pendant une heure sur les prairies ensoleillées pour méditer au milieu des bosquets voisins. Le soir approchait, et il ne revenait pas. Tonty, avec l’un des hommes, alla le chercher et, en suivant ses traces, découvrit bientôt celles d’un groupe d’Indiens, qui

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avaient apparemment saisi ou assassiné cet homme. Néanmoins, ils ne désespérèrent pas. Ils tirèrent des coups de feu pour le guider, s’il était encore en vie ; ils allumèrent un grand feu sur la rive, puis, après avoir traversé la rivière, restèrent à l’observer de l’autre côté. À minuit, ils virent la silhouette d’un homme planer autour du feu ; ensuite, beaucoup d’autres apparurent, mais Ribourde n’en faisait pas partie. En réalité, une bande de Kickapoos, ennemis des Iroquois, qui rôdaient autour de leur camp à la recherche de scalps, avait rencontré ce vieil homme inoffensif et l’avait massacré sans pitié. Ils emportèrent son scalp dans leur village et dansèrent autour en triomphe, feignant de l’avoir pris à un ennemi. Ainsi, à l’âge de soixante-cinq ans, le seul héritier d’une riche famille bourguignonne périt sous les massues des sauvages pour la sauvegarde desquels il avait renoncé à ses privilèges, à son confort et à sa richesse.[192]

Pendant ce temps, une scène horrible se déroulait dans le village en ruines des Illinois. Leurs ennemis sauvages, ne trouvant plus de proies vivantes, déchaînèrent leur fureur sur les morts. Ils déterrèrent les tombes ; ils renversèrent les échafaudages. Certains corps furent brûlés ; d’autres jetés aux chiens ; certains, dit-on, furent mangés.[193] Ayant placé les crânes sur des piques en guise de trophées, ils se mirent à poursuivre les Illinois, qui, lorsque les Français se retirèrent, avaient abandonné leur refuge et s’étaient repliés le long de la rivière. Les Iroquois, semblant toujours les craindre, les suivirent de l’autre rive, campant chaque nuit face à eux ; ainsi, les deux groupes avancèrent lentement vers le sud, jusqu’à être près de l’embouchure de la rivière. Jusque-là, la formation serrée des Illinois avait retenu leurs ennemis en échec ; mais maintenant, souffrant de faim et se laissant aller à la sécurité due aux assurances des Iroquois selon lesquelles leur but n’était pas de les détruire, mais seulement de les chasser du pays, ils se séparèrent imprudemment en leurs différentes tribus. Certains descendirent le Mississippi ; d’autres, plus prudents, traversèrent vers l’ouest. L’une de leurs principales tribus, les Tamaroas, plus crédule que les autres, eut la folie de rester près de l’embouchure de l’Illinois, où ils furent rapidement attaqués par toute la force des Iroquois. Les hommes s’enfuirent, et seuls quelques-uns furent tués ; mais les femmes et les enfants furent capturés, au nombre, dit-on, de sept cents.[194] Puis vint cette scène de torture dont, environ deux semaines plus tard, La Salle vit les traces répugnantes.[195] Enfin rassasiés de horreurs, les conquérants se retirèrent, emmenant avec eux une multitude de captifs, se réjouissant de leurs triomphes sur les femmes, les enfants et les morts.

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Après la mort du père Ribourde, Tonty et ses compagnons continuèrent à le chercher jusqu’à midi du jour suivant ; puis, désespérant de le revoir, ils reprirent leur route. Ils remontèrent le fleuve, ne laissant aucune trace de leur passage au confluent de ses bras nord et sud. Pour se nourrir, ils ramassaient des châtaignes et déterraient des racines dans les prairies. Leur canoë s’avéra complètement inutile ; et, bien que faibles, ils partirent à pied en direction du lac Michigan. Boisrondet s’éloigna et se perdit. Il avait perdu la pierre à feu de son fusil et n’avait plus de balles ; mais il transforma un pot en étain en projectiles, avec lesquels il chassait des dindes sauvages en utilisant une torche pour allumer son arme, et après plusieurs jours, il eut la chance de rejoindre le groupe.

Leur objectif était d’atteindre les Pottawattamies de Green Bay. S’ils avaient visé Michilimackinac, ils auraient trouvé asile auprès de La Forest au fort sur le Saint-Joseph ; mais malheureusement, ils passèrent à l’ouest de ce poste et, par Chicago, suivirent les rives du lac Michigan vers le nord. Le froid était intense ; il n’était pas facile de déterrer des oignons sauvages dans le sol gelé pour ne pas mourir de faim. Tonty tomba malade, atteint de fièvre et d’un gonflement des membres, ce qui l’empêcha de continuer son voyage, entraînant ainsi un long retard. Finalement, ils approchèrent de Green Bay, où ils seraient morts de faim s’ils n’avaient pas trouvé quelques épis de maïs et des courges congelées dans les champs d’une ville indienne abandonnée. Cela leur permit d’atteindre la baie ; après avoir réparé un vieux canoë qu’ils eurent la chance de trouver, ils y montèrent. Alors, dit Tonty, « un vent du nord-ouest se leva, qui dura cinq jours, accompagné de neige abondante. Nous avons consommé toute notre nourriture ; ne sachant pas quoi faire ensuite, nous décidâmes de retourner à la ville déserte et de mourir près d’un feu chaud dans l’une des wigwams. En chemin, nous vîmes de la fumée ; mais notre joie fut de courte durée, car lorsque nous arrivâmes près du feu, nous n’y trouvâmes personne. Nous passâmes la nuit là ; avant l’aube, la baie gela. Nous essayâmes de forcer un passage pour notre canoë à travers la glace, mais sans succès ; nous décidâmes donc de rester là une autre nuit et de fabriquer des mocassins afin d’atteindre la ville. Nous en fabriquâmes quelques-uns avec la cape du père Gabriel. J’étais en colère contre Étienne Renault parce qu’il n’avait pas fini le sien ; mais il s’excusa en invoquant sa maladie, car il souffrait d’une forte oppression gastrique causée par la consommation d’un morceau d’un bouclier indien en peau crue qu’il ne pouvait digérer. Son retard se révéla être notre salut ; car le lendemain, le 4 décembre, alors que je le pressais de terminer les mocassins, et… »

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Il continuait de s’excuser au prétexte de sa maladie. Un groupe de Kiskakon Ottawas, qui se rendaient chez les Pottawattamies, vit la fumée de notre feu et vint à nous. Nous leur réservâmes un accueil sans précédent. Ils nous firent monter dans leurs canoës et nous emmenèrent dans un village indien situé à seulement deux lieues de là. Là, nous trouvâmes cinq Français qui nous accueillirent avec gentillesse. Tous les Indiens semblaient heureux de nous fournir de la nourriture ; ainsi, après trente-quatre jours de faim, nous sortîmes de cette situation difficile pour entrer dans une période d’abondance.

Ce village hospitalier appartenait aux Pottawattamies et était sous l’autorité du chef qui avait été l’ami de La Salle l’année précédente. Ce dernier affirmait connaître seulement trois grands capitaines au monde : Frontenac, La Salle et lui-même.[196]

**La grande ville des Illinois**

L’emplacement de la grande ville des Illinois n’a pas encore été déterminé, bien que diverses hypothèses aient été avancées à ce sujet. En étudiant les documents et cartes de l’époque, j’ai pu conclure, premièrement, que le bras du fleuve Illinois appelé « Big Vermilion » était en réalité l’Aramoni pour les explorateurs français ; deuxièmement, que le rocher appelé « Starved Rock » correspondait au rocher connu des Français sous le nom de Le Rocher, ou le Rocher de Saint-Louis. Si mes conclusions étaient correctes, alors l’emplacement de la grande ville était établi : il existait en effet de nombreuses preuves indiquant qu’elle se trouvait sur la rive nord du fleuve, en amont de l’Aramoni et en aval de Le Rocher. Je me rendis donc au village d’Utica, qui, d’après la carte, se trouvait très près de cet endroit. Je montai au sommet d’une des collines situées juste derrière le village, d’où je pouvais voir la vallée de l’Illinois sur des kilomètres. À l’extrémité droite, il y avait une faille dans ces collines, par laquelle le Big Vermilion coulait pour se jeter dans l’Illinois. Un peu plus à gauche, à une distance d’un mile et demi, se trouvait un immense rocher qui s’élevait verticalement depuis la rive opposée du fleuve. Je supposai que c’était Le Rocher mentionné par les Français, bien que, de l’endroit où je me trouvais, je ne puisse distinguer les caractéristiques particulières que je m’attendais à y trouver. Dans tous les autres aspects, le paysage devant moi correspondait exactement à ce que j’avais imaginé. Il y avait une prairie de ce côté du fleuve, sur laquelle se trouvait une ferme ; il semblait, d’après les éléments environnants, que cette ferme se trouvait à l’endroit où se trouvait autrefois la ville des Illinois.

En redescendant de la colline, je rencontrai M. James Clark, le principal habitant d’Utica et l’un des premiers colons de cette région. Je lui parlai de mes intentions et lui demandai si je pouvais avoir une demi-heure de conversation avec lui lorsqu’il aurait du temps. Il sembla intéressé par ma demande et dit qu’il viendrait me voir tôt le soir à l’auberge. Il apparut effectivement bientôt. La conversation eut lieu sur le porche, où se trouvaient plusieurs agriculteurs et autres personnes. Je demandai à M. Clark s’il y avait des restes indiens dans les environs. « Oui », répondit-il, « beaucoup ». Je demandai ensuite s’il y avait un endroit où ils étaient plus nombreux qu’ailleurs. « Oui », répondit-il à nouveau, en désignant la ferme située dans la prairie ; « dans ma ferme, là-bas, près du fleuve, chez mon fermier… »

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Chaque printemps, il déterre des dents et des os à chaque picage, en plus de des pointes de flèches, de perles, d’outils en pierre et d’autres objets de ce genre. Je répondis que c’était précisément ce à quoi je m’attendais, car on m’avait fait croire que la ville principale des Indiens Illinois s’étendait autrefois exactement à cet endroit. « Si », ajoutai-je, « j’ai raison dans cette conviction, la grande roche de l’autre côté de la rivière est celle que les premiers explorateurs ont occupée comme fort ; et je peux vous la décrire d’après leurs récits, bien que je ne l’aie jamais vue, sauf du sommet de la colline où les arbres qui la surplombent m’empêchaient de voir autre chose que sa face avant. » Les hommes présents se rassemblèrent alors pour écouter. « La roche », continuai-je, « mesure près de cent cinquante pieds de hauteur et s’élève directement depuis l’eau. Sa face avant et ses deux côtés sont verticaux et inaccessibles ; mais il y a un endroit où un homme peut grimper, bien que avec difficulté. Le sommet est suffisamment grand et plat pour abriter des maisons et des fortifications. » Plusieurs des hommes s’exclamèrent : « C’est bien ça ! Vous avez tout à fait raison. » Je demandai alors s’il y avait une autre roche de ce côté de la rivière qui puisse correspondre à cette description. Ils furent tous d’accord pour dire qu’il n’y avait aucune telle roche ni d’un côté ni de l’autre, sur toute la longueur de la rivière. Je dis alors : « Si la ville indienne se trouvait là où je pense qu’elle devait être, je peux vous décrire le paysage qui s’étend derrière les collines de l’autre côté de la rivière, bien que je n’en sache rien d’autre que ce que j’ai appris à partir de textes vieux de près de deux siècles. Du sommet des collines, on aperçoit une vaste prairie qui s’étend aussi loin que porte le regard, à l’exception d’une bande de forêt qui suit le cours d’un ruisseau qui se jette dans la rivière principale quelques miles plus bas. » (Voir ante, p. 221, note.) « Vous avez encore entièrement raison », répondit M. Clark ; « nous appelons cette bande de bois les “Vermilion Woods”, et le ruisseau, c’est le Big Vermilion. » « Alors », dis-je, « le Big Vermilion est la rivière que les Français appelaient Aramoni ; ‘Starved Rock’ est la même roche sur laquelle ils ont construit un fort appelé St. Louis en 1682 ; et votre ferme se trouve sur le site de la grande ville des Illinois. » J’ai passé le jour suivant à examiner ces lieux, et mes conclusions furent pleinement confirmées. Le fermier de M. Clark m’a montré l’endroit où les os humains avaient été déterrés. C’était sans aucun doute le cimetière profané par les Iroquois. Les Illinois sont retournés au village après leur défaite et y sont restés longtemps. Les os dispersés ont probablement été rassemblés et remis à leur lieu de sépulture.

NOTES DE PIÈCE :
[Pour les détails de cette désertion, voir Membré dans Le Clerc, ii. 171, Relation des Découvertes ; Tonty, Mémoire, 1684, 1693 ; Déclaration faite par devant le Sr. Duchesneau, intendant au Canada, par Moyse Hillaret, charpentier de barque autrefois au service de S. de la Salle, août 1680.]

Moyse Hillaret, le « Maître Moyse » de Hennepin, était le meneur des déserteurs et semble avoir été l’un de ceux capturés par La Salle près de Fort Frontenac. Douze jours plus tard, Hillaret fut interrogé par l’ennemi de La Salle, l’intendant ; ce document est la déclaration formelle qu’il fit. Il indique les noms de la plupart des hommes et fournit une confirmation incidente de nombreuses affirmations de Hennepin, Tonty, Membré et de la Relation des Découvertes. Hillaret, Leblanc et Le Meilleur, les

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Le forgeron surnommé La Forge est parti avec eux, et il semble que les autres les aient suivis par la suite. Hillaret ne reconnaît pas qu’aucun bien ait été détruit de manière arbitraire.
J’ai devant moi un tableau des dettes de La Salle, établi après sa mort. Il y figure une réclamation de ce dernier pour des salaires s’élevant à 2 500 livres.
[Deux des messagers, Laurent et Messier, sont arrivés sains et saufs. Les autres semblent avoir déserté.]
[Les jésuites en Amérique du Nord.]
[1] Duchesneau, dans Paris Docs., ix. 163.
[2] Il existait depuis longtemps une jalousie tenace entre les Miamis et les Illinois. Selon Membré, les ennemis de La Salle ont réussi à semer la discorde parmi les premiers, ainsi qu’au sein des Iroquois, afin de les inciter à prendre les armes contre les Illinois.
[Ce qui précède provient de notes prises sur place. Ce qui suit est la description que donne La Salle de ce lieu dans la Relation des Découvertes, écrite en 1681 : « La rive gauche de la rivière, du côté du sud, est occupée par un long rocher, fort étroit et escarpé presque partout, à l’exception d’un endroit de plus d’une lieue de longueur, situé en face du village, où le terrain, entièrement couvert de beaux chênes, s’étend en pente douce jusqu’au bord de la rivière. Au-delà de cette hauteur se trouve une vaste plaine, qui s’étend bien loin du côté du sud, et qui est traversée par la rivière Aramoni, dont les rives sont couvertes d’une lisière de bois peu large. »]

L’Aramoni est indiqué sur la grande carte manuscrite de Franquelin, en 1684, ainsi que sur la carte de Coronelli, en 1688. Il s’agit sans aucun doute du Grand Vermillon. Aramoni est le mot des Illinois signifiant « rouge » ou « vermilion ». Starved Rock, ou la Roche de Saint-Louis, est l’escarpement le plus élevé et le plus raide du long rocher mentionné ci-dessus.

Les Illinois étaient un groupe de tribus distinctes mais apparentées : les Kaskaskias, les Peorias, les Kahokias, les Tamaroas, les Moingona, etc. Leur caractère général et leurs habitudes ressemblaient à ceux des autres tribus indiennes ; cependant, on les considérait comme quelque peu lâches et paresseux. Dans leurs mœurs, ils étaient plus débauchés que beaucoup de leurs voisins, et adeptes de pratiques que l’on suppose parfois être le résultat d’une civilisation pervertie. On voyait fréquemment parmi eux des jeunes hommes jouant le rôle de femmes. Ceux-ci étaient tenus en très grand mépris. Certains des premiers voyageurs, tant parmi les Illinois que parmi d’autres tribus où cette même pratique était répandue, les prenaient pour des hermaphrodites. Selon Charlevoix (Journal Historique, 303), cet abus était en partie dû à une superstition. Les Miamis et les Piankishaws avaient des affinités linguistiques et comportementales étroites avec les Illinois. Toutes ces tribus appartenaient à la grande famille algonquine. Les premières impressions que les Français eurent d’eux, telles qu’elles sont rapportées dans la Relation de 1671, furent singulièrement favorables ; mais une connaissance plus approfondie ne les confirma pas. Les Illinois faisaient du commerce avec les tribus des lacs, auxquelles ils livraient des esclaves capturés lors des guerres, en échange de fusils, de haches et d’autres marchandises françaises. Marquette, dans sa Relation de 1670, p. 91.

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[ C’est la date donnée par Membré. Les récits diffèrent quant au jour, mais tous s’accordent sur les 18 mois. ]
[ La Relation des Découvertes indique cinq cents Iroquois et cent Shawanoes. Membré affirme que les alliés étaient des Miamis. Il a sans doute raison, car les Miamis avaient promis leur aide, et les Shawanoes étaient en paix avec les Illinois. Tonty reste silencieux sur ce point. ]
[ Membré dit qu’il était avec Tonty : « J’étois aussi à côté du Sieur de Tonty. » C’est une invention de la vanité du frère. « Les deux pères Récollets étoient alors dans une cabane à une lieue du village, où ils s’étaient retirés pour faire une sorte de retraite, et ils ne furent avertis de l’arrivée des Iroquois que dans le temps du combat. » — Relation des Découvertes. « Je rencontrai en chemin les pères Gabriel et Zenobe Membré, qui cherchaient de mes nouvelles. » — Tonty, Mémoire, 1693. C’était lors de son retour des terres des Iroquois. La Relation confirme cette affirmation, pour ce qui concerne Membré : « Il rencontra le Père Zenobe [Membré], qui venait pour le secourir, ayant été averti du combat et de sa blessure. » ]

Les Dernières Découvertes, une version déformée, publiée sans autorisation sous le nom de Tonty, affirme qu’il était accompagné d’un esclave envoyé par les Illinois en tant qu’interprète. Dans son récit de 1684, Tonty parle d’un Indien Sokokis (Saco) qui se trouvait parmi les Iroquois et qui parlait suffisamment français pour servir d’interprète.

[Un jour, alors que je me trouvais dans un campement de Sioux, un conflit éclata ; les factions rivales poussèrent des cris de guerre et commencèrent à se tirer dessus. J’eus ainsi l’occasion, bien que temporaire et plutôt dangereuse, d’observer le comportement des Indiens au début d’un combat. La bagarre fut apaisée avant que beaucoup de dommages ne soient causés, grâce à l’intervention vigoureuse des guerriers plus âgés, qui coururent entre les combattants.]

[« Je leur fis savoir que les Illinois étaient sous la protection du roi de France et du gouverneur du pays, que j’étais surpris qu’ils veuillent rompre avec les Français et qu’ils veuillent attendre la paix. » — Tonty, Mémoire, 1693.]

[Il convient de se rappeler qu’un discours indien n’a aucune valeur s’il n’est pas confirmé par des présents, chacun ayant sa propre interprétation. Le sens du cinquième paquet de castors, informant Tonty que le soleil brillait — « que le soleil était beau », c’est-à-dire que le temps était propice aux voyages — est curieusement mal interprété par l’éditeur des Dernières Découvertes, qui modifie son texte original en remplaçant ces mots par : « par le cinquième paquet, ils nous exhortaient à adorer le Soleil. »]

[Tonty, Mémoire ; cité dans Le Clerc, ii. 191. Hennepin, qui haïssait Tonty, l’accuse injustement d’avoir abandonné les recherches trop tôt, tout en admettant cependant qu’il aurait été inutile de continuer. Cette partie de son récit est une déformation du compte rendu de Membré.]

[Cependant, dès le départ de M. de Tonty, les Iroquois exercèrent leur fureur sur les corps morts des Illinois, qu’ils déterrèrent ou abattirent des échafauds où les Illinois les laissaient longtemps exposés avant de les enterrer. Ils brûlèrent la plupart d’entre eux, en mangèrent même quelques-uns, et jetèrent le reste aux chiens.]

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Ils plantèrent les têtes de ces cadavres à demi décharnés sur des pieux, etc. — Relation des Découvertes.
[Relation des Découvertes ; Frontenac au Roi, N.Y. Col. Docs., ix, 147. Un mémoire de Duchesneau donne le chiffre de mille deux cents.]

[Ils [les Illinois] trouvèrent dans leur campement des carcasses de leurs enfants que ces anthropophages avaient mangés, ne voulant même d’autre nourriture que la chair de ces infortunés.] — La Potherie, ii, 145, 146. Voir note précédente, p. 211.
[Ce passage se trouve également dans Le Clerc, ii, 199. Les autres sources pour ce chapitre sont les lettres de La Salle, la Relation des Découvertes, dans laquelle certaines parties y sont reproduites, ainsi que les deux récits de Tonty, datant de 1684 et 1693. Toutes concordent sur les points essentiels.]

Dans ses lettres de cette période, La Salle s’étend longuement sur les manœuvres par lesquelles, selon lui, ses ennemis tentaient de le ruiner, lui et son entreprise. Il est particulièrement sévère envers le jésuite Allouez, qu’il accuse d’intriguer « pour commencer la guerre entre les Iroquois et les Illinois au moyen des Miamis, qu’on engageait dans cette négociation afin soit de me faire massacrer avec mes gens par l’une de ces nations, soit de me brouiller avec les Iroquois ». — Lettre (à Thouret ?), 22 août 1682. Il décrit en détail les circonstances sur lesquelles repose ce soupçon, mais qui ne sont pas convaincantes. Il ajoute que les jésuites ont prétendu que Tonty était mort afin de décourager ceux qui voulaient aller à son secours, et qu’Allouez encourageait les déserteurs : « il leur servait de conseiller, bénissait même leurs balles, et les assurait à plusieurs reprises que M. de Tonty aurait la tête brisée ». Il affirme également que de grands efforts furent faits pour répandre la rumeur selon laquelle il serait lui-même mort. Un Indien Kiskakon, dit-il, fut envoyé auprès de Tonty avec une histoire dans ce sens ; tandis qu’un Huron nommé Scortas fut envoyé à lui (La Salle) avec de fausses nouvelles de la mort de Tonty. Ce dernier confirme cette affirmation et ajoute que les Illinois avaient été informés « que M. de La Salle était venu dans leur pays pour les donner en pâture aux Iroquois ».

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CHAPITRE XVII.
1680.
Les aventures d’Hennepin.
Hennepin, un imposteur : sa prétendue découverte ; sa véritable découverte ;
Capturé par les Sioux. — Le haut Mississippi.
C’était le dernier jour de l’hiver qui précéda l’invasion des Iroquois que le père Hennepin, avec ses deux compagnons, Accau et Du Gay, avait quitté le fort Crèvecœur pour explorer l’Illinois jusqu’à son embouchure. Il ressort de ses propres déclarations ultérieures, ainsi que de celles de Tonty, que l’on attendait de lui bien plus que cela, et que La Salle lui avait ordonné d’explorer non seulement l’Illinois, mais aussi le haut Mississippi. Il n’y a aucun doute raisonnable quant au fait qu’il l’ait effectivement fait ; et s’il s’était contenté de dire la vérité, son nom aurait été reconnu comme celui d’un découvreur courageux et énergique. Mais ses tentatives malveillantes pour calomnier son commandant et lui voler ses lauriers ont voilé ses véritables mérites.
Le premier livre d’Hennepin fut publié peu après son retour de ses voyages, alors que La Salle était encore en vie. Dans ce livre, il raconte avoir exécuté les instructions qui lui avaient été données, sans la moindre indication qu’il ait fait davantage.[197] Quatorze ans plus tard, lorsque La Salle était mort, il publia une autre édition de ses voyages,[198] dans laquelle il avançait une prétention nouvelle et surprenante. Des raisons liées à sa sécurité personnelle, déclarait-il, l’avaient contraint à garder le silence ; mais le moment était enfin venu de révéler la vérité. Il affirmait alors qu’avant de remonter le Mississippi, lui et ses deux hommes avaient exploré tout son cours, de l’Illinois jusqu’à la mer — anticipant ainsi la découverte qui constitue le sommet des lauriers de La Salle.
« Je suis résolu », dit-il, « à faire connaître ici au monde entier le mystère de cette découverte, que j’ai jusqu’ici cachée, afin de ne pas offenser le sieur de La Salle, qui souhaitait conserver toute la gloire et toutes les connaissances qui en découlent pour lui seul. »

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lui-même. C’est pour cela qu’il a sacrifié de nombreuses personnes dont il a mis la vie en péril, afin d’empêcher qu’elles révèlent ce qu’elles avaient vu et, par là, compromettre ses plans secrets... J’étais certain que si je descendais le Mississippi, il ne manquerait pas de me dénoncer à mes supérieurs pour ne pas avoir emprunté la route du nord, que j’aurais dû suivre conformément à son désir et au plan que nous avions établi ensemble. Mais je me voyais sur le point de mourir de faim et ne savais pas quoi faire ; car les deux hommes qui étaient avec moi menaçaient ouvertement de m’abandonner pendant la nuit, de prendre la canoë et tout ce qu’elle contenait, si je les empêchais de descendre la rivière vers les peuples situés plus bas. Me trouvant dans ce dilemme, je pensai qu’il ne fallait pas hésiter et que je devais privilégier ma propre sécurité à la passion violente qui poussait le sieur de la Salle à vouloir jouir seul de la gloire de cette découverte. Les deux hommes, voyant que j’avais décidé de les suivre, me promirent une fidélité absolue ; ainsi, après nous être serré la main en gage mutuel, nous avons entrepris notre voyage.[199]
Il poursuit ensuite en décrivant en détail les particularités de sa prétendue exploration. L’histoire n’a été crue dès le début.[200] Pourquoi ne l’avait-il pas racontée auparavant ? Un excès de modestie, un manque d’assurance en soi, ou une réticence trop sensible à blesser la sensibilité des autres n’avaient jamais fait partie de ses faiblesses. Pourtant, certains l’auraient peut-être cru s’il n’avait pas déclaré dans la première édition de son livre, de manière gratuite et explicite, qu’il n’avait pas effectué ce voyage. « Nous avions quelques projets », dit-il, « d’aller descendre la rivière Colbert [Mississippi] jusqu’à son embouchure ; mais les tribus qui nous ont faits prisonniers ne nous ont pas laissé le temps de naviguer sur cette rivière, ni en amont ni en aval. »[201]
En annonçant au monde l’exploit qu’il avait si longtemps caché et nié si explicitement, HENNEPIN, UN IMPOSTEUR. Ce digne missionnaire se retrouva dans une situation très embarrassante. Dans son premier livre, il avait affirmé qu’il avait quitté l’embouchure de l’Illinois le 12 mars en direction du nord, et qu’il avait été capturé par les Sioux près de l’embouchure du Wisconsin, cinq cents miles plus haut, le 11 avril. Cela ne lui laissait qu’un mois pour effectuer son prétendu voyage en canoë de l’Illinois au golfe du Mexique, puis de nouveau vers le lieu de sa capture — une distance de trois mille deux cent soixante miles. Avec les moyens de transport dont il disposait, trois mois

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aurait été insuffisant.[202] Il voyait la difficulté ; mais, d’un autre côté, il voyait qu’il ne pouvait pas changer considérablement aucune des dates sans confondre les parties de son récit qui précédaient et celles qui suivaient. Dans cette perplexité, il choisit une voie moyenne, ce qui ne fit que l’entraîner dans des contradictions supplémentaires. Ayant, comme il le prétend, descendu jusqu’au golfe et regagné l’embouchure de l’Illinois, il partit de là pour explorer le fleuve en amont ; et il fixe au 24 avril la date de ce départ. Cela lui laisse quarante-trois jours pour son voyage jusqu’à l’embouchure du fleuve et retour. En examinant plus en détail, on constate qu’ayant quitté l’Illinois le 24, il a pagayé avec sa canoë sur deux cents lieues vers le nord, avant d’être capturé par les Sioux le 12 du même mois. En bref, il se retrouve pris dans une confusion désespérée de dates.[203]
On pourrait penser qu’il y a ici une raison suffisante pour rejeter son récit ; et pourtant, la vérité générale des descriptions, ainsi qu’une certaine vraisemblance qui le caractérise, pourraient facilement tromper un lecteur négligent et troubler un lecteur critique. Celles-ci, cependant, s’expliquent aisément. Six ans avant que Hennepin ne publie sa prétendue découverte, son frère, moine, le père Chrétien Le Clerc, publia un compte rendu des missions des Récollets parmi les Indiens, sous le titre de « Établissement de la Foi ». Ce livre, offensant les Jésuites, aurait été supprimé sur ordre du gouvernement ; mais quelques exemplaires ont heureusement survécu.[204] L’un d’eux est actuellement devant moi. Il contient le journal du père Zenobe Membré, relatant sa descente du Mississippi en 1681, en compagnie de La Salle. Une simple comparaison de son récit avec celui de Hennepin suffit à montrer que ce dernier a construit son propre récit à partir d’événements et de descriptions fournis par son frère missionnaire, utilisant souvent ses propres mots, et parfois copiant des pages entières, sans autres modifications que celles nécessaires pour se faire, lui-même, plutôt que La Salle et ses compagnons, le héros de l’exploit. On ne trouvera pas, dans les archives des pirateries littéraires, d’acte de pillage plus imprudent et audacieux.[205]
Comme il en va ainsi, quelle crédibilité peut-on accorder au reste du récit de Hennepin ? Heureusement, il existe des critères permettant de tester les parties antérieures de son livre ; et, dans l’ensemble, elles concordent parfaitement avec des documents contemporains d’une authenticité indubitable. En éliminant ses exagérations concernant les chutes du Niagara, ses descriptions locales, et même ses

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Les estimations de distance sont généralement exactes. Il exagère constamment ses propres actes et se présente comme l’un des chefs d’une entreprise pour laquelle il n’a contribué en rien et dont il n’était qu’un simple appendice ; pourtant, jusqu’à son arrivée au Mississippi, il est indéniable qu’il dit globalement la vérité. Quant à son ascension de ce fleuve vers le pays des Sioux, l’affirmation générale est pleinement confirmée par La Salle, Tonty et d’autres écrivains contemporains.[206] Pour les détails du voyage, nous devons nous fier uniquement à Hennepin, dont le récit du pays et des caractéristiques particulières de ses habitants indiens offre, dans la mesure où il va, de bonnes preuves de vérité. En effet, cette partie de son récit ne pouvait avoir été écrite que par quelqu’un bien informé de la vie sauvage de cette région du nord-ouest.[207] Faisant donc confiance à sa propre guidance en l’absence de meilleure, suivons les traces de sa canoë aventureuse. Elle était chargée de marchandises appartenant à La Salle, destinées selon lui en cadeaux aux Indiens en chemin, SON VOYAGE VERS LE NORD. Bien que les voyageurs aient apparemment l’intention de les utiliser pour le commerce en leur propre nom. Le frère était toujours enveloppé dans sa cape et son capuchon gris, chaussé de sandales, et orné de la corde de saint François. Quant à ses deux compagnons, Accau[208] et Du Gay, il est assez clair que le premier était le véritable chef du groupe, bien que Hennepin, selon son habitude, se place en première position. Tous deux étaient au-dessus du statut de simples employés ; Du Gay avait un oncle qui était un ecclésiastique de bonne réputation à Amiens, sa ville natale. Dans les forêts qui surplombaient le fleuve, les bourgeons commençaient faiblement à gonfler avec l’arrivée du printemps. Il y avait suffisamment de gibier : ils tuaient des buffles, des cerfs, des castors, des dindes sauvages, et de temps en temps un ours nageant dans le fleuve. Avec tout cela, ainsi que les poissons qu’ils pêchaient en abondance, ils vivaient dans le luxe, bien que ce fût la saison de Carême. Ils étaient cependant exemplaires dans leurs dévotions. Hennepin priait le matin et le soir, ainsi qu’à midi, ajoutant une supplique à saint Antoine de Padoue pour qu’il les sauve du péril qui les menaçait. En réalité, il y avait bien un danger sur leur route : le caractère féroce des Sioux, ou Dacotah, qui occupaient la région du haut Mississippi, était déjà connu des Français ; et Hennepin, pour de très bonnes raisons, priait pour que son sort soit de les rencontrer, non pas de nuit, mais de jour.

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Le 11 ou le 12 avril, ils s’arrêtèrent l’après-midi pour réparer leur canoë ; et Hennepin s’occupa lui-même à en enduire la coque de goudron, tandis que les autres cuisaient un dindon. Soudain, une flotte de canoës sioux apparut, transportant une troupe de cent vingt sauvages nus qui, en voyant les voyageurs, levèrent un cri effroyable ; certains sautant sur la rive et d’autres dans l’eau, ils encerclèrent en un instant les Français stupéfaits.[209] Hennepin tendit la pipe de paix ; mais l’un d’eux la lui arracha. Il se hâta alors de leur offrir du tabac de Martinique, ce qui fut mieux accueilli. Certains des anciens guerriers répétèrent le nom de Miamiha, lui faisant comprendre qu’ils formaient une troupe en route pour attaquer les Miamis ; sur quoi, Hennepin, à l’aide de gestes et de marques qu’il traçait dans le sable avec un bâton, expliqua que les Miamis avaient traversé le Mississippi, hors de leur portée. Alors, dit-il, trois ou quatre vieillards posèrent leurs mains sur sa tête et commencèrent à gémir douloureusement ; tandis que lui, avec son mouchoir, essuyait leurs larmes, afin de montrer sa sympathie pour leur affliction, quelle qu’en fût la cause. Malgré cette démonstration de tendresse, ils refusèrent de fumer avec lui dans sa pipe de paix et forcèrent lui et ses compagnons à monter dans le canoë et à pagayer pour traverser la rivière ; tandis qu’eux tous les suivaient, poussant des cris et des hurlements qui glaçaient le sang du missionnaire. Arrivés de l’autre côté, ils allumèrent leurs feux de camp et permirent à leurs prisonniers de faire de même. Accau et Du Gay mirent leurs marmites à chauffer ; tandis que Hennepin, pour apaiser les Sioux, leur apporta deux dindons, il y en avait plusieurs dans le canoë. Les guerriers s’étaient assis en cercle pour débattre du sort des Français ; et deux chefs expliquèrent bientôt au frère, par des gestes significatifs, qu’il avait été décidé que sa tête serait fendue avec un club de guerre. Cela produisit l’effet escompté sans aucun doute. Hennepin courut vers le canoë et revint rapidement avec l’un des hommes, tous deux chargés de présents, qu’il jeta au milieu de l’assemblée ; puis, baissant la tête, il leur offrit en même temps une hache pour le tuer s’ils le souhaitaient. Ses cadeaux et sa soumission semblèrent les apaiser. Ils lui donnèrent à lui et à ses compagnons un plat de viande de castor ; mais, à son grand inquiétude, ils lui rendirent sa pipe de paix — un geste qu’il interpréta comme un signe de danger. Cette nuit-là, les Français dormirent peu, craignant d’être assassinés avant l’aube. Là

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Il y avait en fait une grande division d’opinions parmi les Sioux. Certains étaient favorables à les tuer et à s’emparer de leurs biens ; tandis que d’autres, désireux avant tout que des commerçants français viennent parmi eux avec les couteaux, les haches et les armes dont ils avaient entendu parler de la valeur, soutenaient qu’il serait imprudent de décourager le commerce en mettant à mort ses pionniers. À peine l’aube se fut-elle levée pour les captifs anxieux qu’un jeune chef, nu et peint de la tête aux pieds, apparut devant eux et demanda la pipe, que le frère lui donna volontiers. Il la remplit, la fuma, fit faire de même aux guerriers, et, ayant ainsi donné ce gage d’amitié, il dit aux Français que, puisque les Miamis étaient hors de portée, l’expédition retournerait chez elle, et qu’ils devaient les accompagner. Hennepin accepta volontiers, car, comme il le déclare, son grand travail d’exploration lui tenait tant à cœur qu’il se réjouissait à l’idée de l’accomplir même en leur compagnie. Cependant, il eut bientôt un avant-goût des souffrances qui l’attendaient ; car lorsque, ayant ouvert son bréviaire, il commença à murmurer ses prières du matin, ses nouveaux compagnons se rassemblèrent autour de lui, le visage trahissant leur terreur superstitieuse, et lui firent comprendre que son livre était un mauvais esprit avec lequel il ne devait plus converser. Ils pensaient en effet qu’il murmurait un sortilège destiné à leur destruction. Accau et Du Gay, conscients du danger, supplièrent le frère d’épargner ses prières, de peur qu’eux-mêmes et lui ne soient tués à coups de tomahawk ; mais Hennepin affirme que son sens du devoir l’emporta sur ses craintes, et qu’il était résolu à continuer ses prières malgré tous les risques, bien qu’il ait d’abord demandé pardon à ses deux amis d’exposer ainsi leurs vies. Heureusement, il découvrit bientôt un moyen de concilier pleinement sa dévotion et sa prudence. Il cessa de murmurer, ce qui avait alarmé les Indiens, et, le bréviaire ouvert sur ses genoux, il chanta la messe d’une voix forte et joyeuse. Comme cela n’avait rien de magique, et qu’ils imaginaient maintenant que le livre apprenait à son propriétaire à chanter pour leur divertissement, ils conçurent une opinion favorable à l’égard des deux. On peut remarquer que ces Sioux étaient les ancêtres de ceux qui commirent les massacres horribles, mais pas entièrement injustifiés, de 1862, dans la vallée du Saint-Pierre. Hennepin se plaint amèrement du traitement qu’ils lui ont réservé.

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ce qui, cependant, semblait avoir été assez bon. Craignant qu’il ne reste en arrière, car sa canoë était lourde et lente[210], ils y placèrent plusieurs guerriers pour l’aider, lui et ses hommes, à ramer. Ils continuèrent leur route du matin jusqu’au soir, construisant des huttes pour bivouaquer lorsqu’il pleuvait, et dormant à découvert lorsque le temps était beau — ce qui, selon Hennepin, « nous donna une bonne occasion de contempler la lune et les étoiles ». Les trois Français prirent la précaution de dormir à côté du jeune chef qui avait été le premier à fumer la pipe de paix et qui semblait disposé à devenir leur ami ; mais il y avait un autre chef, un certain Aquipaguetin, un vieux sauvage rusé, qui, ayant perdu un fils dans une guerre contre les Miamis, était furieux que le groupe eût abandonné son expédition, le privant ainsi de sa vengeance. Il entonna donc des lamentations funèbres pendant la moitié de la nuit ; tandis que d’autres vieillards, accroupis au-dessus de Hennepin qui tentait de dormir, le caressaient de leurs mains et poussaient des gémissements si lugubres qu’il fut contraint de croire qu’il était condamné à mort et que ces gens pleuraient charitablement son sort[211].

Une nuit, pour une raison inconnue, les captifs ne purent pas bivouaquer près de leur protecteur et furent obligés d’allumer leur feu à l’extrémité du camp. Ils furent bientôt assiégés par une foule d’Indiens, qui leur dirent qu’Aquipaguetin avait finalement décidé de les tailler en pièces avec son tomahawk. Ces mécontents s’étaient rassemblés non loin de là, et Hennepin se hâta de les apaiser en leur offrant à nouveau des couteaux et du tabac. Ce n’était là qu’un des stratagèmes du vieux chef pour leur prendre leurs biens sans les voler ouvertement. Il avait avec lui les os d’un parent décédé, qu’il emportait chez lui enveloppés dans des peaux traitées au fumée selon la coutume indienne, et joliment décorés de bandes de plumes de porc-épic teintées. Il convoquait alors ses guerriers, plaçait ces reliques au milieu de l’assemblée et demandait à tous ceux qui étaient présents de fumer en leur honneur ; après quoi, Hennepin devait offrir un tribut plus substantiel sous forme de tissus, de perles, de haches, de tabac et autres objets, à déposer sur le paquet d’os. Les cadeaux ainsi obtenus étaient ensuite distribués, au nom du défunt, parmi les personnes présentes.

À une occasion, Aquipaguetin tua un ours et invita les chefs et les guerriers à en faire un festin. Ils se rassemblèrent donc dans une prairie, à l’ouest de la rivière, où, après le banquet, ils dansèrent une « danse médicinale ». Ils étaient tous peints de la tête aux pieds, avec les cheveux enduits d’huile et ornés de rouge.

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et des plumes blanches, et saupoudrés de duvet d’oiseaux. Sous cette apparence, ils croisaient les bras et se mirent à piétiner avec une telle fureur que la dure prairie fut creusée par les empreintes de leurs mocassins ; tandis que le fils du chef, criant à pleins poumons, donnait tour à tour la pipe de guerre à chacun. Entre-temps, le chef lui-même, chantant d’une voix forte et plaintive, posait ses mains sur la tête des trois Français, interrompant de temps en temps sa musique pour prononcer un discours véhément. Hennepin ne pouvait comprendre les mots, mais son cœur se serra à mesure que grandissait en lui la certitude que ces cérémonies visaient sa destruction. Il semble cependant que, malgré tous les efforts du chef, son groupe fût en minorité, la plupart étant opposés à tuer ou à voler les trois étrangers. Chaque matin, à l’aube, un vieux guerrier criait le signal du départ ; et les sauvages qui étaient allongés se levaient d’un bond, montaient dans leurs canoës en bouleau et maniaient leurs rames contre le courant, souvent sans même attendre de rompre leur jeûne. Parfois, ils s’arrêtaient pour chasser des buffles dans les prairies voisines ; et il ne manquait pas de provisions. Ils traversèrent le lac Pepin, que Hennepin appela le lac des Larmes, en raison des hurlements et des lamentations poussés ici pour lui par Aquipaguetin, et dix-neuf jours après son capture, ils débarquèrent près du site de Saint-Paul. Les souffrances du père commencèrent alors sérieusement. Les Indiens brisèrent sa canoë en morceaux, après avoir d’abord caché les leurs parmi les buissons d’aulne. Comme ils appartenaient à des tribus et à des villages différents, la jalousie mutuelle l’emporta sur toute prudence ; et chacun voulut réclamer sa part des captifs et du butin. Heureusement, ils firent une distribution amicale, sinon les trois Français auraient eu de graves ennuis ; et chacun, prenant sa part sans oublier les vêtements sacerdotaux de Hennepin, dont ils admiraient sans cesse la splendeur, partit à travers le pays vers leurs villages, situés au nord, près du lac Buade, aujourd’hui appelé Mille Lac. Étant, dit Hennepin, extrêmement grands et actifs, ils marchaient à une vitesse prodigieuse, au point qu’aucun Européen ne pouvait longtemps tenir leur rythme. Bien que le mois de mai fût commencé, il y avait encore des gelées la nuit ; et les marais et les étangs étaient recouverts de glace, qui coupait les jambes du missionnaire lorsqu’il les traversait à pied. Ils nageaient dans les plus grands cours d’eau, et Hennepin faillit mourir de froid en sortant du courant glacé. Ses deux compagnons, qui étaient plus petits que lui et ne savaient pas nager, furent transportés sur le dos de

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les Indiens. Cependant, ils montrèrent une grande endurance ; et il déclare qu’il aurait abandonné son chemin sans leur soutien. Voyant qu’il était sur le point de ralentir, les Indiens, pour l’encourager, mirent le feu à l’herbe sèche derrière lui, puis, le prenant par la main, coururent avec lui pour échapper aux flammes. Pour ajouter à ses misères, il était presque affamé, car on ne lui donnait qu’un petit morceau de viande fumée une fois par jour, bien que cela ne semble pas être le cas pour eux-mêmes. Le cinquième jour, étant alors dans un état extrême, il vit une foule de femmes indiennes et d’enfants approcher depuis la prairie, et bientôt aperçut les cabanes en écorce d’un village indien. L’objectif était atteint. Il se trouvait parmi les habitations des Sioux.

NOTES DE BAS DE PAGE :
[Description de la Louisiane, nouvellement découverte, Paris, 1683.
19
7] [Nouvelle Découverte d’un très grand Pays situé dans l’Amérique, Utrecht, 1697.
19
8] [Nouvelle Découverte, 248, 250, 251.
19
9] [Voir la préface de la traduction espagnole de Don Sebastian
20 Fernandez de Medrano, 1699, ainsi que la lettre de Gravier, datée de 1701,
0] dans Shea’s Early Voyages on the Mississippi. Barcia, Charlevoix, Kalm,
et d’autres auteurs anciens ont peu de considération pour la véracité d’Hennepin.
[Description de la Louisiane, 218.
20
1] [La Salle, l’année suivante, avec un équipement bien meilleur, mit plus de trois
20 mois et demi pour effectuer le voyage. Un bateau de commerce du Mississippi de la dernière
2] génération, doté de voiles et de rames, remontant contre le courant, était considéré comme performant s’il pouvait parcourir vingt miles par jour. Selon ses propres dires, Hennepin a dû avancer à une vitesse moyenne de soixante miles, bien que sa canoë fût grande et lourdement chargée.
[Hennepin commet ici des incohérences superflues. Dans l’édition de 1697, afin de gagner un peu de temps, il affirme avoir quitté l’Illinois pour son voyage vers le sud le huit
3] mars 1680 ; or, au chapitre précédent, il répète l’affirmation de la première édition, selon laquelle il fut retenu à l’Illinois à cause de la glace flottante jusqu’au douzième. De plus, il dit dans la première édition avoir été capturé par les Sioux le onze avril ; tandis que dans l’édition de 1697, il change cette date au douzième, sans en tirer aucun avantage.
[Le livre de Le Clerc avait servi de texte à une attaque contre les Jésuites. Voir Reflexions sur un
20 Livre intitulé Premier Établissement de la Foi. Cet article est imprimé dans la Morale Pratique
4] des Jésuites.
[Hennepin a pu copier dans le journal inédit de Membré, que ce dernier avait remis à son supérieur ; ou il a pu compiler à partir du livre de Le Clerc,
5] comptant sur la suppression de l’édition pour éviter toute découverte. Il l’a certainement vu et utilisé ;

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car ailleurs il emprunte les mots exacts de l’éditeur. Il est si négligent qu’il vole à Membré des passages qu’il aurait pu facilement écrire lui-même ; comme, par exemple, une description de l’opossum et une autre du puma — animaux qu’il connaissait bien. Comparez les pages suivantes de la Nouvelle Découverte avec les pages correspondantes de Le Clerc : Hennepin, 252, Le Clerc, ii. 217 ; H. 253, Le C. ii. 218 ; H. 257, Le C. ii. 221 ; H. 259, Le C. ii. 224 ; H. 262, Le C. ii. 226 ; H. 265, Le C. ii. 229 ; H. 267, Le C. ii. 233 ; H. 270, Le C. ii. 235 ; H. 280, Le C. ii. 240 ; H. 295, Le C. ii. 249 ; H. 296, Le C. ii. 250 ; H. 297, Le C. ii. 253 ; H. 299, Le C. ii. 254 ; H. 301, Le C. ii. 257. Certains de ces passages parallèles se trouvent dans la Vie de La Salle de Sparks, où cette fraude remarquable fut pour la première fois entièrement exposée. Dans la Discovery of the Mississippi de Shea, on trouve un excellent examen critique des œuvres de Hennepin. Ses plagiatages de Le Clerc ne se limitent pas aux passages cités ci-dessus ; car dans ses éditions ultérieures, il a largement volé dans d’autres parties de l’Établissement de la Foi, œuvre supprimée.

Il est certain que des personnes disposant des meilleures sources d’information croyaient à l’époque au récit de Hennepin sur ses voyages le long du Haut-Mississippi. Le compilateur de la Relation des Découvertes, qui entretenait des relations étroites avec La Salle et ceux qui agissaient avec lui, n’exprime aucune suspicion quant à la véracité du rapport que Hennepin fit à son retour au commissaire provincial de son ordre, rapport qui est essentiellement identique à celui qu’il publia deux ans plus tard. Il convient de noter que la Relation fut écrite seulement quelques mois après le retour de Hennepin et qu’elle résume l’essentiel de son récit du Haut-Mississippi, dont aucune partie n’avait alors été publiée.

À ce sujet, il est utile d’examiner les divers mots sioux que Hennepin utilise incidemment, et qu’il a dû acquérir par des contacts personnels avec la tribu, puisqu’aucun Français de l’époque ne comprenait cette langue. Ces mots, pour autant que mes informations le permettent, sont dans tous les cas exacts. Ainsi, il dit que les Sioux appelaient son bréviaire « mauvais esprit » — Ouackanché. Wakanshe, ou Wakanshecha, exprimerait la même signification selon l’orthographe anglaise moderne. Il dit ailleurs qu’ils appelaient les armes de ses compagnons Manzaouackanché, ce qu’il traduit par « fer possédé par un mauvais esprit ». Les Sioux de l’Ouest appellent encore aujourd’hui un fusil Manzawakan, « métal possédé par un esprit ». Chonga (shonka), « chien », Ouasi (wahsee), « pin », Chinnen (shinnan), « robe » ou « vêtement », ainsi que d’autres mots, sont donnés correctement, avec leurs interprétations. Le mot Louis, que Hennepin affirme signifier « le soleil », semble à première vue une inexactitude intentionnelle, car ce n’est pas le mot généralement utilisé par les Sioux. Cependant, la tribu Yankton de ce peuple appelle le soleil oouee, ce qui représente manifestement la prononciation française de Louis, en omettant la lettre initiale. Hennepin serait assez adroit pour fournir ce mot, adressant ainsi un compliment à la fois à lui-même, Louis Hennepin, et au roi Louis XIV, qui, à la grande indignation de ses frères monarques, avait choisi le soleil comme symbole.

Les divers incidents triviaux évoqués par Hennepin lorsqu’il raconte sa vie parmi les Sioux me semblent constituer une forte présomption d’une expérience réelle. J’affirme cela avec plus de confiance, car les Indiens dans les cabanes desquels j’ai vécu pendant plusieurs semaines appartenaient à une tribu de l’Ouest du même peuple.
[Appelés Ako par Hennepin. Dans les documents contemporains, on trouve les orthographes Accau, Acau, 20 D’Accau, Dacau, Dacan et D’Accault.)
[L’édition de 1683 indique qu’il y avait trente-trois canoës ; celle de 1697 porte ce nombre à cinquante. Le nombre d’Indiens est le même dans les deux cas. Le récit postérieur est 9] plus détaillé que le premier.

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[Et pourtant, d’après lui, il avait parcouru une distance de mille trois cent quatre-vingts miles depuis l’embouchure du Mississippi vers l’amont en vingt-quatre jours !]
[Ce pleur et ces lamentations à propos de Hennepin m’ont paru autrefois une anomalie dans son récit des coutumes des Sioux, car je ne connais pas de pratiques de ce genre chez eux de nos jours. Elles sont cependant mentionnées par d’autres écrivains anciens. Le Sueur, qui était parmi eux en 1699-1700, fut pleuré autant que Hennepin. Voir l’extrait de son journal dans La Harpe.]

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CHAPITRE XVIII.
1680, 1681.
HENNEPIN PARMI LES SIOUX.
Signes de danger.—Adoption.—Hennepin et ses parents indiens.—La
patrouille de chasse.—Le camp des Sioux.—Les chutes de Saint-Antoine.—Un
frère vagabond : ses aventures sur le Mississippi.—Greysolon du
Lhut.—Retour à la civilisation.
Lorsque Hennepin entra dans le village, il vit une scène qui le fit invoquer saint Antoine de Padoue. Devant les cabanes se trouvaient certains poteaux, auxquels étaient attachés des bottes de paille, destinées, selon lui, à brûler lui et ses amis vifs. Son inquiétude redoubla lorsqu’il vit l’état de Picard Du Gay, dont les cheveux et le visage avaient été peints de différentes couleurs, et dont la tête était décorée d’un touffu de plumes blanches. Sous cette apparence, il entrait dans le village, suivi d’une foule de Sioux qui le forçaient à chanter et à marquer le rythme avec sa propre musique en faisant tinter une gourde sèche contenant plusieurs cailloux. Les présages étaient en effet extrêmement menaçants ; car un tel traitement était généralement suivi de l’immolation rapide du captif. Hennepin attribue au fait que ses invocations eurent un effet que, conduit dans l’une des cabanes, au milieu d’une foule de femmes et d’enfants qui le fixaient, lui et ses compagnons furent assis par terre et servis de grandes assiettes en écorce de bouleau contenant un mélange de riz sauvage cuit avec des mûres séchées — un repas qu’il déclare avoir été le meilleur qu’il ait eu depuis le jour de sa capture.
[212]

Cela apaisa ses craintes ; mais, tout en satisfaisant son appétit affamé, il écoutait avec anxiété le jargon véhément des chefs et des guerriers, qui se disputaient entre eux pour savoir à qui devraient appartenir respectivement les trois captifs ; car il semble que, pour ce qui les concernait, la question de la répartition n’ait pas encore été définitivement résolue. Le débat se termina par l’affectation de Hennepin à son ancien ennemi Aquipaguetin, qui, cependant, loin…

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Face à son entêtement dans ses desseins malveillants, il l’adopta sur-le-champ comme son fils. Les trois compagnons durent alors se séparer. Du Gay, pas encore tout à fait rassuré quant à sa sécurité, se hâta de se confesser à Hennepin ; mais Accau se montra réfractaire et refusa les rites religieux, ce qui n’empêcha pas le frère de les prendre tous deux, dit-il, avec une extrême tendresse. Épuisé comme il l’était, il fut contraint de partir avec son père autoproclamé vers son village, qui heureusement n’était pas loin. Une marche désagréable de quelques miles à travers bois et marais les mena au bord d’un plan d’eau, apparemment le lac Buade, où cinq des épouses d’Aquipaguetin accueillirent le groupe dans trois canoës et les transportèrent jusqu’à une île sur laquelle se trouvait le village.

À l’entrée de la demeure du chef, Hennepin fut accueilli par un vieux Indien décrépit, desséché par l’âge, qui lui offrit la pipe de paix et le fit asseoir sur une peau d’ours étendue près du feu. Là, pour soulager sa fatigue — car il était presque épuisé —, un petit garçon oignit ses membres avec la graisse d’un chat sauvage, considéré comme efficace en pareil cas en raison de l’agilité exceptionnelle de cet animal. Son nouveau père lui donna un plat en écorce contenant du poisson, le couvrit d’une robe de buffle et lui présenta six ou sept de ses épouses, qui, dorénavant, devaient le considérer comme un fils. La famille du chef était nombreuse ; ses alliés et parents formaient un clan considérable, dont le missionnaire se retrouva membre involontaire. Il fut scandalisé lorsqu’il vit l’un de ses frères adoptifs porter sur son dos les os d’un ami décédé, enveloppés dans la chasuble en brocart qu’ils avaient prise avec d’autres vêtements dans sa malle.

Voyant leur nouveau parent si affaibli qu’il pouvait à peine se tenir debout, les Indiens lui préparèrent l’un de leurs bains de vapeur, où ils le plongeaient dans la vapeur trois fois par semaine — un procédé dont il pensait tirer de grands bénéfices. Sa force revint progressivement, malgré une nourriture maigre ; car il y avait pénurie de nourriture, et les squaws s’occupaient moins de ses besoins que de ceux de leurs enfants. Elles le respectaient cependant comme une personne dotée de pouvoirs occultes, et redoutaient beaucoup une boussole de poche qu’il possédait, ainsi qu’un petit pot métallique aux pieds modelés à l’image d’un lion. Ce dernier semblait à leurs yeux un « remède » de nature très redoutable, et ils ne voulaient pas le toucher sans d’abord l’envelopper dans une peau de castor. Pour le reste, Hennepin se montra utile en divers...

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Il rasa la tête des enfants, comme c’était la coutume de la tribu ; il fit saigner certaines personnes asthmatiques et administra à d’autres de l’orvietan, la fameuse panacée de son temps, dont il avait apporté une bonne réserve. En ce qui concerne ses fonctions missionnaires, il ne semble pas s’être beaucoup donné de mal, à moins que sa tentative de créer un vocabulaire sioux ne doive être considérée comme une préparation à un futur apostolat. « Je ne pouvais rien gagner pour eux », dit-il, « en termes de salut, en raison de leur stupidité naturelle. » Néanmoins, à une occasion, il baptisa un enfant malade et le nomma Antoinette en l’honneur de saint Antoine de Padoue. L’enfant sembla reprendre des forces après le rituel, mais retomba bientôt malade et mourut peu après, ce qui, écrit-il, lui procura une grande joie et satisfaction. À cet égard, il était semblable aux jésuites, qui ne trouvaient que du réconfort dans la mort d’un enfant nouvellement baptisé, car celui-ci était ainsi assuré d’un paradis qu’il aurait probablement perdu s’il avait vécu en partageant les superstitions de ses parents.

Quant à Hennepin et son père indien, il semble qu’il n’y ait eu que peu d’amour de part et d’autre ; mais Ouasicoudé, le chef principal des Sioux de cette région, était un ami fidèle des trois hommes blancs. Il était furieux qu’ils aient été dépouillés, ce qu’il n’avait pas pu empêcher, les Sioux n’ayant pas de lois et leurs chefs peu de pouvoir ; mais il exprima librement son opinion et dit à Aquipaguetin et aux autres, en conseil plénier, qu’ils étaient comme un chien qui vole un morceau de viande dans un plat et s’enfuit avec. Lorsque Hennepin se plaignit de faim, les Indiens lui promirent toujours qu’au début de l’été il partirait avec eux à la chasse aux bisons et aurait ainsi abondance de nourriture. Le moment arriva enfin, et les habitants de tous les villages voisins se préparèrent au départ. Chaque groupe reçut son terrain de chasse spécifique, et on attendait de lui qu’il accompagne son père indien. Il refusa, craignant qu’Aquipaguetin, irrité par les paroles du grand chef, n’en profite pour se venger de l’insulte subie. Il affirma donc qu’il attendait l’arrivée d’un groupe de « Esprits » — c’est-à-dire de Français — qui devaient le rencontrer à l’embouchure du Wisconsin, apportant des marchandises pour les Indiens ; et il déclara que La Salle avait en effet promis d’envoyer des commerçants en ce lieu. Quoi qu’il en soit, les Indiens le crurent ; et, vrai ou faux, cette affirmation, comme on le verra, servit le but pour lequel elle avait été faite.

Les Indiens partirent en groupe, au nombre de deux cent cinquante guerriers, avec leurs femmes et leurs enfants. Les trois Français, bien que

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Dans différents villages, ils s’étaient parfois rencontrés au cours des deux mois de leur captivité ; tous faisaient partie du groupe. LE CAMP DES SAUVAGES. Ils descendirent la rivière Rum, qui constitue l’embouchure du lac Mille, et que Hennepin nomme Saint-François. Aucun Indien n’avait proposé de lui permettre de passer ; craignant d’être abandonné, il resta sur la rive, appelant les canoës qui passaient et suppliant qu’on le prenne à bord. Accau et Du Gay apparurent bientôt, pagayant dans un petit canoë que les Indiens leur avaient donné ; mais ils ne firent pas cas de l’appel du missionnaire, et Accau, qui ne l’aimait pas, cria qu’il l’avait déjà suffisamment porté. Cependant, deux Indiens eurent pitié de lui et le conduisirent au lieu du campement, où Du Gay tenta de s’excuser pour son comportement ; mais Accau resta morose et s’éloigna. Après avoir atteint le Mississippi, tout le groupe campa ensemble en face de l’embouchure de la rivière Rum, dressant leurs tentes en peau ou construisant leurs huttes en écorce, sur le versant d’une colline au bord de l’eau. C’était une scène sauvage, ce camp de sauvages parmi lesquels aucun marchand n’était encore venu et dont aucune création de la civilisation n’avait atteint les lieux — les guerriers grands, certains presque nus, d’autres enveloppés dans des robes de buffle, et d’autres encore en chemises faites de peau de cerf tannée, bordées de poils et brodées de plumes de porc-épic teintées, des massues en pierre à la main et des carquois sur le dos remplis de flèches à tête de pierre ; les squaws, coupant de la viande séchée au feu avec des couteaux en silex, et la faisant bouillir dans de grossières marmites en terre qu’elles avaient fabriquées elles-mêmes, chassant en même temps, par des cris stridents, les meutes de chiens maigres qui se disputaient la nourriture avec un groupe d’enfants affamés. En effet, tout le camp était menacé de famine. Les trois hommes blancs ne pouvaient trouver que des baies immatures — dont Hennepin pense qu’ils auraient pu tous mourir sans ses doses opportunes d’orvietan. Fatigué des Indiens, il devint impatient de partir pour le Wisconsin afin de retrouver le groupe de Français, VALLONS DE SAINT ANTHOINE, réels ou imaginaires, qui devaient le rencontrer en ce lieu. Il put le faire grâce à l’influence du grand chef Ouasicoudé, qui le traitait toujours en ami et qui avait sévèrement réprimandé ses deux compagnons pour avoir refusé de lui donner une place dans leur canoë. Du Gay voulut partir avec lui ; mais Accau, qui aimait autant la vie indienne qu’il détestait Hennepin, préféra rester avec les chasseurs. Un petit canoë en bouleau fut donné aux deux aventuriers, ainsi qu’une marmite en terre ; et ils eurent

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Aussi avaient-ils avec eux un fusil, un couteau et une robe en peau de castor. Équipés ainsi, ils commencèrent leur voyage et approchèrent bientôt des Chutes de Saint-Antoine, ainsi nommées par Hennepin en l’honneur du saint Antoine de Padoue incontournable.[214] Alors qu’ils transportaient leur canoë à travers les chutes, ils virent cinq ou six Indiens qui étaient partis devant eux, et l’un d’eux s’était hissé dans un chêne situé près de la chute principale, d’où, d’une voix forte et lamentable, il haranguait l’esprit des eaux, comme offrande à celui à qui il venait de suspendre une robe en peau de castor parmi les branches.[215] Leur attention fut bientôt captivée par un autre objet. En regardant par-dessus le bord du précipice qui surplombait la rivière en contrebas des chutes, Hennepin aperçut un serpent, qui, selon lui, mesurait six pieds de long,[216] se tortillant vers le haut en direction des nids des hirondelles sur la paroi du précipice, afin de dévorer leurs petits. Il le montra à Du Gay, et ils le bombardèrent de pierres jusqu’à ce qu’il tombe dans la rivière, mais pas avant que ses contorsions et le mouvement de sa langue fourchue n’aient tellement affecté l’imagination du Picard qu’il fut hanté cette nuit-là par un incubus terrifiant.

Ils pagayèrent soixante lieues le long de la rivière sous la chaleur de juillet, sans tuer de gros gibier, à l’exception d’un seul cerf, dont la viande se gâta rapidement. Leur principale ressource était les tortues, dont la timidité et la méfiance provoquaient fréquemment des déconvenues et de nombreux jeûnes involontaires. Ils capturèrent une fois une tortue de taille supérieure à la normale ; et alors qu’ils tentaient de lui couper la tête, elle faillit se venger en lui arrachant un doigt à Hennepin. On apercevait un troupeau de buffles dans la prairie voisine ; Du Gay partit à leur poursuite avec son fusil, laissant la tortue sous la garde de Hennepin. À peine était-il parti que le frère, levant les yeux, vit que leur canoë, qu’ils avaient laissé au bord de l’eau, avait été emporté par le courant. Il retourna vivement la tortue sur le dos, la recouvrit de sa robe de saint François, sur laquelle, pour plus de sécurité, il posa plusieurs pierres, puis, étant un bon nageur, se mit à pagayer à la poursuite du canoë, qu’il rattrapa finalement. Constatant que celui-ci risquait de se renverser s’il essayait d’y monter, il le poussa devant lui vers la rive, puis pagaya vers l’endroit, un peu plus haut, où il avait laissé la tortue. À peine y était-il arrivé qu’il entendit un bruit étrange et aperçut une longue file de buffles — taureaux, vaches et veaux — qui entraient dans l’eau non loin de là pour traverser vers la rive ouest. Ne possédant pas de fusil, conformément à sa vocation apostolique, il cria à Du

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Gay apparut alors, courant à toute vitesse, et tous deux se mirent à ramer pour poursuivre l’animal. Du Gay visa une jeune vache et lui tira une balle dans la tête. Elle tomba dans les eaux peu profondes près d’une île, où une partie du troupeau s’était déjà réfugiée ; ne pouvant la tirer hors de l’eau, ils y entrèrent et la tuèrent sur place. Cela faisait quarante-huit heures qu’ils n’avaient rien mangé. Hennepin alluma un feu, tandis que Du Gay coupait la viande. Ils festoyèrent si abondamment qu’ils tombèrent malades tous les deux et furent contraints de rester deux jours sur l’île, prenant des doses d’orvietan, avant de pouvoir reprendre leur voyage.

Apparemment, ils n’étaient pas suffisamment experts en techniques de chasse pour fumer la viande de la vache ; et le soleil ardent leur fit bientôt perdre cette viande. Ils possédaient quelques hameçons, mais n’y parvenaient pas toujours avec succès. Une fois, presque affamés, ils mirent leurs lignes à l’eau et restèrent à les surveiller, priant tour à tour. Soudain, il y eut une grande agitation dans l’eau. Du Gay courut vers la ligne et, avec l’aide de Hennepin, sortit de l’eau deux gros poissons-chat.[217] Les aigles, ou faucons-pêcheurs, laissaient parfois tomber un poisson fraîchement capturé, que les explorateurs prenaient volontiers ; et une fois, ils trouvèrent un fournisseur en la personne d’une loutre qu’ils virent sur la rive, dévorant quelque chose d’apparence si étrange que Du Gay s’écria qu’il avait un diable entre ses pattes. Ils effrayèrent la loutre, qui se révéla être un poisson-roue, ou, comme le décrit correctement Hennepin, une espèce de sturgeon doté d’une projection osseuse à son museau, ressemblant à une rame. Ils rompirent leur jeûne avec ce poisson, sans se laisser décourager par cette appendice étrange.

Si Hennepin avait eu un œil pour les paysages, il aurait trouvé dans ces errances vagabondes matière à se consoler, dans une certaine mesure, de ses fréquents jeûnes.

Le jeune Mississippi, frais issu de ses sources du nord, encore pur de tout mélange impur avec le turbulent Missouri, coulait paisiblement au milieu de beautés étranges et uniques : une nature sauvage couverte d’herbes veloutées ; des vallées ombragées par des forêts ; de hautes montagnes dont les pentes lisses semblaient avoir été nivelées par la faux ; des dômes et des pics, des remparts et des tours en ruine, œuvres d’aucune main humaine. La canoë des voyageurs, portée par le courant calme, glissait à l’ombre de falaises grises couvertes de chèvrefeuilles ; à côté d’arbres enveloppés de vignes sauvages ; dans des vallées éclatantes de fleurs d’euphorbe blanche, de gentiane bleue et de baume pourpre ; ainsi que dans des forêts denses où sautaient et gazouillaient les écureuils roux. Ils passèrent

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la grande falaise d’où la jeune Indienne s’est jetée dans son désespoir ;[218]
et le lac Pepin s’étendait devant eux, endormi sous le soleil de juillet — les vastes étendues d’eau scintillante, les pentes boisées, les rochers semblables à des tours, les hauteurs herbeuses baignées de lumière ou ombragées par les nuages qui passaient ; tous les contours magnifiques de ce paysage gracieux, chef-d’œuvre achevé et poli de la Nature. Et le soir venu, lorsqu’ils allumèrent leur feu de camp et déployèrent leur canoë, tandis que des nuages sombres et étouffants voilaient l’ouest et que les éclairs silencieux de la chaleur brillaient sur les eaux plombées, ils pouvaient, tout en fumant leurs pipes, écouter le cri mélancolique des chouettes hulottes et le cri tremblant des hiboux.

D’autres pensées que celle d’admirer ce paysage pittoresque occupaient l’esprit d’Hennepin lorsque, un jour, il vit son père indien, Aquipaguetin, qu’il croyait être à cinq cents miles de là, descendre la rivière avec dix guerriers en canoë. Il était impatient d’être le premier à rencontrer les marchands, qui, selon ce qu’avait dit Hennepin, devaient arriver avec leurs marchandises à l’embouchure du Wisconsin. Les deux voyageurs craignaient les conséquences de cette rencontre ; mais le chef, après un bref entretien, continua son chemin. Trois jours plus tard, il revint de mauvaise humeur, n’ayant trouvé aucun marchand à l’endroit convenu. Le Picard était absent à ce moment-là, à la recherche de gibier ; et Hennepin était assis à l’ombre de sa couverture, qu’il avait tendue sur des bâtons fourchus pour se protéger du soleil, lorsqu’il vit son père adoptif s’approcher avec un air menaçant et un gourdin à la main. Cependant, il ne tenta aucune violence, se contentant de laisser éclater sa colère sous forme de sévères reproches, avant de reprendre sa route vers le haut de la rivière avec ses guerriers.

Si Hennepin, comme il le prétend, s’attendait réellement à trouver un groupe de marchands au Wisconsin, son choix de route est alors facilement expliquable. S’il ne s’y attendait pas, son choix logique aurait été de rejoindre Tonty sur l’Illinois, ce à quoi il ne semblait pas disposé ; ou bien de retourner au Canada par le Wisconsin — une tentative qui comportait le risque de mourir de faim, car les deux voyageurs n’avaient plus que dix charges de poudre. En supposant donc que son espoir de rencontrer des marchands était fondé, lui et Du Gay décidèrent, en attendant, de rejoindre un grand groupe de chasseurs Sioux, qui, comme Aquipaguetin le leur avait dit, se trouvaient sur une rivière qu’il appelait la rivière Bull, aujourd’hui la Chippeway, et qui se jette dans le Mississippi près du lac Pepin. De cette façon, ils pourraient obtenir des provisions et éviter le danger de rencontrer des groupes de guerriers itinérants.

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Ils trouvèrent ce groupe, parmi lequel se trouvait leur compagnon Accau, et les suivirent lors d’une grande chasse le long des rives du Mississippi. Du Gay était parmi les Indiens. Il fut séparé pendant un temps de Hennepin, qui fut placé dans une canoë avec une squaw desséchée âgée de plus de quatre-vingts ans. Malgré son âge, elle maniait sa pagaie avec grande habileté et l’utilisait énergiquement, selon les besoins, pour réprimer les gambades de trois enfants qui, au grand agacement de Hennepin, occupaient le milieu de la canoë. La chasse fut fructueuse. Les guerriers sioux, aussi vifs que des cerfs, poursuivaient les bisons à pied avec leurs flèches à tête de pierre, dans les plaines derrière les hauteurs bordant la rivière ; tandis que les vieillards montaient la garde en haut, surveillant l’approche des ennemis. Un jour, un signal d’alarme retentit. Les guerriers se précipitèrent vers le point supposé être dangereux, mais ne trouvèrent rien de plus redoutable que deux squaws de leur propre nation, qui apportaient de nouvelles étranges. Une bande de guerriers sioux, disaient-elles, s’était dirigée vers le lac Supérieur et avait rencontré en chemin cinq « Esprits », c’est-à-dire cinq Européens. Hennepin était très curieux de savoir qui pouvaient être ces étrangers ; et eux, de leur côté, semblaient très anxieux de connaître la nationalité des trois hommes blancs qui, d’après eux, se trouvaient sur la rivière. La chasse était terminée ; les chasseurs, ainsi que Hennepin et son compagnon, étaient en route vers le nord, en direction de leurs villes, lorsqu’ils rencontrèrent les cinq « Esprits » à une certaine distance en aval des chutes de Saint-Antoine. Il s’agissait de Daniel Greysolon du Lhut, accompagné de quatre Français bien armés. Cet homme audacieux et entreprenant, qualifié par l’intendant Duchesneau de chef de coureurs de bois, était le cousin de Tonty et né à Lyon. Il appartenait à cette caste de nobles de rang inférieur dont le nombre était considérable, et dont les qualités militaires remarquables se sont manifestées de manière éclatante durant les guerres de Louis XIV. Bien que ses entreprises fussent indépendantes de celles de La Salle, elles étaient alors menées en collaboration avec le comte Frontenac et certains marchands agissant dans son intérêt, parmi lesquels figurait l’oncle de Du Lhut, Patron ; tandis que Louvigny, son beau-frère, était allié au gouverneur et officier de sa garde. Il s’agissait donc d’une sorte de ligue familiale, soutenue par Frontenac et agissant conjointement avec lui, afin, si l’on en croit les lettres furieuses de l’intendant, de tirer un profit secret à l’ombre de l’autorité du gouverneur, en violation des ordonnances royales.

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La partie la plus pénible du travail échut à Du Lhut, qui, avec une ténacité peut-être même supérieure à celle de La Salle, passait constamment dans la forêt, dans les villes indiennes ou dans des postes isolés qu’il avait lui-même établis, explorant, faisant du commerce, combattant des sauvages indomptables et des Blancs tout aussi difficiles à maîtriser. À une ou plusieurs reprises, il risqua même sa vie en traversant l’océan pour rencontrer le ministre colonial Seignelay, au milieu des splendeurs de Versailles. Curieusement, cet homme d’une grande énergie devint la victime de la goutte, qui le tourmenta sévèrement pendant plus d’un quart de siècle ; bien qu’il ait cru un temps être guéri grâce à l’intervention de la sainte iroquoise Catherine Tegahkouita, à qui il avait fait vœu à cette fin. Sans aucun doute, il enfreignait régulièrement les ordonnances royales régissant le commerce des fourrures ; cependant, ses services furent importants pour la colonie et pour la couronne, et son nom mérite une place d’honneur parmi les pionniers de la civilisation américaine.[219]
Lorsque Hennepin le rencontra, celui-ci se trouvait déjà depuis environ deux ans dans la région sauvage. En septembre 1678, il quitta Québec dans le but d’explorer la région du Haut-Mississippi et d’établir des relations amicales avec les Sioux et leurs parents, les Assiniboins. À l’été 1679, il visita trois grandes villes de la branche orientale des Sioux, y compris celles que Hennepin visiterait l’année suivante, et y planta les armoirs du roi. Au début de l’automne, il se trouvait au bord du lac Supérieur, où il tint un conseil avec les Assiniboins et les tribus riveraines, les incitant à vivre en paix avec les Sioux. Dans tout cela, il agissait en tant qu’autorité publique, sous l’autorité du gouverneur ; mais on ne doit pas penser qu’il oubliait ses propres intérêts ou ceux de ses associés. L’intendant se plaignit avec colère qu’il aidait et encourageait les coureurs de bois dans leurs activités illégales, et qu’il envoyait par leurs canoës de grandes quantités de peaux de castor destinées aux marchands avec qui il était en relation, sous leur nom, afin que le gouverneur puisse tirer sa part des profits.
En juin 1680, tandis que Hennepin se trouvait dans les villages des Sioux, Du Lhut partit du bord du lac Supérieur, avec deux canoës, quatre Français et un Indien, pour poursuivre ses explorations.[220] Il remonta une rivière, apparemment la Burnt Wood, et atteignit de là un affluent du Mississippi, qui semblait être la rivière St. Croix. C’est alors qu’il apprit, à sa grande surprise, qu’il y avait trois Européens sur la rivière principale en aval ; et craignant que…

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Ce pouvaient être des Anglais ou des Espagnols qui envahissaient les territoires du Roi ; il se hâta de lever ses doutes. Lorsqu’il vit Hennepin, son esprit fut apaisé ; les voyageurs se rencontrèrent dans une cordialité mutuelle. Ils suivirent les Indiens jusqu’à leurs villages de Mille Lac, où Hennepin n’avait plus aucune raison de se plaindre du traitement qu’on lui réservait. Les Sioux lui offrirent à lui et à Du Lhut un grand festin en l’honneur d’eux, auquel assistaient cent vingt invités nus ; le grand chef Ouasicoudé plaça de ses propres mains devant Hennepin un plat en écorce contenant un mélange de viande fumée et de riz sauvage.

L’automne était arrivé, et les voyageurs pensèrent à rentrer chez eux. Les Sioux, consolés par les promesses de retour avec des marchandises à échanger, ne s’opposèrent pas à leur départ ; ils partirent ensemble, au total huit hommes blancs. En passant par les chutes de Saint-Antoine, deux d’entre eux volèrent deux robes de buffle suspendues aux arbres en offrande à l’esprit de la cascade. Lorsque Du Lhut l’apprit, il fut très en colère, disant aux hommes qu’ils avaient mis en péril la vie de tout le groupe. Hennepin admit que, du point de vue de la prudence humaine, il avait raison, mais insista sur le fait que cet acte était bon et louable, puisque les offrandes étaient destinées à un faux dieu ; quant aux hommes, ils se montrèrent révoltés, déclarant qu’ils voulaient les robes et qu’ils comptaient les garder. Les voyageurs continuèrent leur route dans une grande mauvaise humeur, mais furent bientôt apaisés par de bonnes chasses qu’ils firent en chemin. Alors qu’ils approchaient du Wisconsin, ils s’arrêtèrent pour faire sécher la viande des buffles qu’ils avaient tués, lorsqu’à leur grande surprise, ils virent une troupe de guerriers Sioux approcher en flotte de canoës. Hennepin se décrit comme ayant montré à cette occasion un courage extraordinaire, allant à la rencontre des Indiens avec une pipe de paix, et indiquant à Du Lhut, qui en savait plus que lui sur ces choses, comment il devait se comporter. Les Sioux ne se montrèrent pas hostiles et ne mentionnèrent pas le vol des robes de buffle. Ils partirent bientôt attaquer les Illinois et les Missouris, laissant les Français monter le Wisconsin sans être importunés.

Après diverses aventures, ils atteignirent la station des Jésuites à Green Bay ; mais son existence est entièrement ignorée par Hennepin, dont le zèle envers son propre ordre ne lui permet pas de faire allusion à cette installation des missionnaires rivaux.[221] Il est tout aussi réservé quant à la mission jésuite de Michilimackinac, où le groupe arriva peu après et où ils passèrent l’hiver.

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La seule indication qu’il donne de son existence consiste en la mention du jésuite Pierson, qui était un Flamand comme lui, et qui skiait souvent avec lui sur le lac gelé ou l’accompagnait à la pêche par un trou dans la glace.[222] Lorsque le printemps arriva, Hennepin descendit le lac Huron, suivit le fleuve Detroit jusqu’au lac Érié, puis se dirigea vers Niagara. Là, il passa quelque temps à examiner de nouveau les chutes, avant de reprendre sa navigation sur le lac Ontario. Il s’arrêta cependant dans la grande ville des Senécas, près du Genesee, où, avec son habituel esprit de médiation, il prit en charge les fonctions des autorités civiles et militaires, convoqua les chefs en conseil et les exhorta à libérer certains prisonniers ottawas qu’ils avaient capturés en violation des traités. Ayant réglé cette affaire à sa satisfaction, il se rendit au fort Frontenac, où son frère missionnaire, Buisset, l’accueillit chaleureusement, d’autant plus que lui était parvenu le bruit que les Indiens avaient pendu Hennepin avec sa propre corde de Saint-François. Depuis le fort Frontenac, il se rendit à Montréal ; et, laissant ses deux hommes sur une île voisine afin qu’ils échappent au paiement des droits sur la quantité de fourrures qu’ils possédaient, il pagaya seul en direction de la ville. Le comte Frontenac se trouvait justement là ; regardant depuis la fenêtre d’une maison près de la rivière, il vit approcher dans une canoë un père récollet, dont l’apparence indiquait des conditions de vie extrêmement difficiles : son visage était abîmé et brûlé par le soleil, et ses vêtements en lambeaux de Saint-François étaient abondamment recousus avec des morceaux de peau de bison. Lorsqu’il reconnut enfin Hennepin, perdu de vue depuis longtemps, il l’accueillit, comme l’écrit le père, « avec toute la tendresse qu’un missionnaire pouvait attendre d’une personne de son rang et de sa qualité ». Il le retint chez lui pendant douze jours et écouta avec intérêt les aventures que le frère jugea bon de lui raconter.

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Et voici que nous disons adieu au père Hennepin.
« La Providence », écrit-il, « a préservé ma vie afin que je puisse faire connaître au monde mes grandes découvertes. » Peu de temps après, il se rendit en Europe, où le récit de ses voyages trouva de nombreux lecteurs, mais où il mourut finalement dans une obscurité méritée.[223]

NOTES DE BAS DE PAGE :
[Les Sioux, ou Dacotah, comme ils s’appellent eux-mêmes, étaient un peuple nombreux, divisé en trois grandes branches, qui étaient à leur tour subdivisées en tribus. Ceux parmi lesquels Hennepin fut prisonnier appartenaient à la branche connue sous le nom d’Issanti, Issanyati, ou, comme il l’écrit, Issati, dont la principale tribu était la Meddewakantonwan. Les autres grandes branches, les Yanktons et les Tintonwans, ou Tetons, vivaient à l’ouest du Mississippi, s’étendant au-delà du Missouri, et allant jusqu’aux montagnes Rocheuses. Les Issanti cultivaient la terre ; mais les tribus les plus à l’ouest vivaient uniquement du bison. Les premiers avaient deux types d’habitations : la tente, ou lodge en peau, et le lodge en écorce. La tente, utilisée par tous les Sioux, se compose d’une couverture en peau de bison traitée, tendue sur une pile conique de poteaux. Le lodge en écorce était propre aux Sioux de l’Est ; on pouvait encore en voir des exemples, il y a quelques années à peine, chez les tribus du Saint-Pierre. Dans son ensemble, il ressemblait aux maisons des Hurons et des Iroquois, mais était moins bien construit. Il avait un toit en pente, formé de poteaux, s’étendant depuis les poteaux qui formaient les côtés ; tout était recouvert d’écorce d’orme. Les habitations des villages où Hennepin fut conduit étaient probablement de ce type.

Le nom Sioux est une abréviation de Nadouessioux, un mot ojibwa signifiant « ennemis ». Les Ojibwas l’utilisaient pour désigner ce peuple, et occasionnellement aussi les Iroquois, étant en guerre mortelle avec les deux. Le révérend Stephen B. Riggs, missionnaire parmi les Sioux Issanti pendant de nombreuses années, affirme que cette branche se compose de quatre tribus distinctes. Ils cédèrent toutes leurs terres à l’est du Mississippi aux États-Unis en 1837, et vécurent sur le Saint-Pierre jusqu’à être chassés de là à cause des massacres de 1862 et 1863. Les Sioux Yankton se composent de deux tribus, qui sont à leur tour subdivisées. Les Assiniboins, ou Hohays, sont une branche des Yanktons, avec lesquels ils sont actuellement en guerre. Les Sioux Tintonwan, ou Teton, constituant la branche la plus à l’ouest et la plus grande, comprennent sept tribus, et font partie des habitants les plus courageux et les plus féroces de la prairie. Les premiers auteurs français estimaient le nombre total des Sioux à quarante mille ; mais cela n’est guère plus qu’une supposition. M. Riggs, en 1852, le situait à environ vingt-cinq mille.]

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[Ces bains se composent d’une petite cabane, étroitement recouverte de peaux de buffle, dans laquelle le patient et ses amis entrent en fermant soigneusement toutes les ouvertures. Un tas de pierres chauffées est placé au milieu, et de l’eau y est versée, produisant une vapeur dense. Ils sont encore utilisés en 1868 par les Sioux et quelques autres tribus.]

[La description que donne Hennepin des chutes de Saint-Antoine, bien que brève, est suffisamment exacte. Dans sa première édition, il affirme qu’elles atteignent quarante ou cinquante pieds de hauteur, mais ajoute dix pieds de plus dans l’édition de 1697. En 1821, selon Schoolcraft, la hauteur verticale de la chute était de quarante pieds. Cependant, de grands changements se sont produits ici et se poursuivent encore. La roche est un grès très tendre et friable, recouvert d’un stratum de calcaire ; elle s’effrite avec une telle rapidité sous l’action de l’eau que la cascade ne sera bientôt plus qu’un rapide. D’autres changements, tout aussi désastreux du point de vue artistique, se produisent encore plus rapidement. À côté des chutes se trouve une ville qui, grâce à une combinaison ingénieuse des langues grecque et sioux, a reçu le nom de Minneapolis, ou Ville des Eaux, et qui comptait en 1867 dix mille habitants, deux banques nationales et un opéra ; tandis que sa rivale, Saint-Antoine, située juste en face, possédait un centre de cure par l’eau gigantesque et une université d’État. En bref, la grande beauté naturelle du lieu est complètement gâchée.]

[Oanktayhee, la divinité principale des Sioux, était censé vivre sous ces chutes, bien qu’il se manifestât sous la forme d’un buffle. C’est lui qui créa la terre, comme Manabozho chez les Algonquins, à partir de la boue apportée à lui dans les pattes d’une musaraigne. En 1766, Carver vit un Indien jeter tout ce qu’il avait autour de lui dans la cascade en offrande à cette divinité.]

[Dans l’édition de 1683, leur taille était indiquée ; dans celle de 1697, elle avait atteint sept ou huit pieds. Les hirondelles continuent de nicher dans ces falaises, creusant facilement dans le grès tendre.]

[Hennepin parle de leur taille avec étonnement et dit que les deux ensemble pesaient vingt-cinq livres. On a capturé des poissons-chat sur le Mississippi, pesant plus de cent cinquante livres.]

[Le « Saut de l’Amoureux » ou « Roche de la Jeune Fille », d’où une jeune Sioux, Winona, ou la « Plus Âgée des Nées », aurait jeté son corps dans le désespoir d’un amour non partagé. Cette histoire, qui semble fondée sur la vérité, se trouve, non sans quelques embellissements, dans les Légendes des Sioux de Mme Eastman.]

[Les faits concernant Du Lhut ont été recueillis à partir de divers documents contemporains, principalement les lettres de son ennemi Duchesneau, qui le dépeint toujours sous le jour le plus défavorable, surtout dans son rapport adressé à Seignelay le 10 novembre 1679, où il accuse à la fois lui et le gouverneur de mener un commerce illicite avec les Anglais de New York. Du Lhut lui-même, dans un mémoire daté de 1685 (voir Harrisse, Bibliographie, 176), nie fermement ces accusations. Du Lhut construisit une forteresse commerciale sur le lac Supérieur, appelée Cananistigoyan (La Hontan) ou Kamalastigouia (Perrot). Elle se trouvait du côté nord, à l’embouchure d’une rivière qui mène à Thunder Bay, là où se dresse aujourd’hui Fort William. En 1684, il fit exécuter deux Indiens qui avaient assassiné plusieurs Français sur le lac Supérieur. Il montra dans cette affaire un grand courage et sang-froid, n’étant pas intimidé par la foule de sauvages excités qui l’entouraient ainsi que son petit groupe de Français. La longue lettre dans laquelle il raconte la capture et l’exécution des meurtriers est devant moi. Duchesneau utilise son comportement lors de cet événement comme preuve de témérité. En 1686, Denonville, alors gouverneur de la colonie, lui ordonna de fortifier le Detroit, c’est-à-dire le détroit entre les lacs Érié et Huron. Il s’y rendit avec cinquante hommes et construisit une forteresse en palissades, qu’il occupa pendant quelque temps. En 1687, il rejoignit Denonville, avec Tonty et Durantaye, contre les Senekas, accompagné d’un groupe d’Indiens des lacs supérieurs. En 1689, pendant la panique suivant l’attaque des Iroquois...]

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Lors de l’invasion de Montréal, Du Lhut, avec vingt-huit Canadiens, attaqua vingt-deux Iroquois en canoës ; il subit leur feu sans riposter, se jeta sur eux, tua dix-huit d’entre eux et en captura trois, seul un parvint à s’échapper. En 1695, il commandait au fort Frontenac. En 1697, il devint commandant d’une compagnie d’infanterie, mais souffrait terriblement de la goutte au fort Frontenac. En 1710, Vaudreuil, dans un rapport adressé au ministre Ponchartrain, annonça sa mort survenue durant l’hiver précédent, ajoutant le bref commentaire : « c’était un très-honnête homme ». D’autres contemporains expriment la même opinion : « M. Dulhut, gentilhomme lionesque, qui a beaucoup de mérite et de capacité » — La Hontan, i. 103 (1703) ; « Le sieur du Lut, homme d’esprit et d’expérience » — Le Clerc, ii. 137. Charlevoix le qualifie de « l’un des officiers les plus braves que le roi ait jamais eus dans cette colonie ». Son nom est orthographié de différentes manières : Du Luc, Du Lud, Du Lude, Du Lut, Du Luth, Du Lhut. Pour en savoir plus sur la vierge iroquoise Tegahkouita, dont on dit que son intercession l’a guéri de la goutte, voir Charlevoix, i. 572.

Sur une carte manuscrite contemporaine du jésuite Raffeix, représentant les itinéraires de Marquette, La Salle et Du Lhut, on trouve les mots suivants, se référant au dernier des explorateurs mentionnés, et intéressants à mettre en relation avec les déclarations de Hennepin : « M. du Lude fut le premier à se rendre chez les Sioux en 1678, et il s’approcha de la source du Mississippi ; ensuite vint le P. Louis [Hennepin], qui avait été fait prisonnier chez les Sioux. » Du Lhut apparaît ici comme celui qui a libéré Hennepin. L’un de ses hommes s’appelait Pepin ; c’est sans doute de là que provient le nom du lac Pepin.
[Mémoires sur le domaine français au Canada, N.Y. Col. Docs., ix. 781.]

D’un autre côté, il indique sur sa carte de 1683 une mission des Récollets à un endroit situé 22 degrés au nord des sources les plus éloignées du Mississippi, endroit auquel aucun homme blanc n’avait jamais pénétré. Il dit que Pierson était allé parmi les Indiens pour apprendre leur langue ; qu’il « conservait la franchise et la droiture de notre pays » et « une disposition toujours en faveur de la sincérité et de l’honnêteté ». En un mot, il me semblait être tout ce qu’un chrétien devrait être » (1697), 433.

Depuis que les deux chapitres précédents ont été écrits, les lettres de La Salle ont été mises au jour grâce aux recherches de M. Margry. Elles confirment, dans presque tous les points, les conclusions données ci-dessus ; bien qu’, comme cela a déjà été noté (note 186), elles montrent des erreurs de la part de Hennepin concernant sa position au début de l’expédition. La Salle écrit : « J’ai fait remonter la rivière Colbert, appelée par les Iroquois Gastacha, et par les Outaouais Mississipy, à l’aide d’une canoë conduite par deux de mes hommes, l’un nommé Michel Accault et l’autre Picard ; le P. Hennepin les a rejoints afin de ne pas manquer l’occasion de prêcher l’Évangile aux peuples qui y habitent et qui n’en avaient jamais entendu parler. » Dans la même lettre, il raconte leur voyage sur le haut Mississippi et leur capture par les Sioux, conformément au récit de Hennepin lui-même. L’affirmation de Hennepin, selon laquelle La Salle aurait promis d’envoyer un certain nombre d’hommes pour le rejoindre à l’embouchure du Wisconsin, s’avère vraie. « Comme ils étaient tous retournés à la chasse avec les Nadouessioux [Sioux] vers Ouisconsing [Wisconsin], le P. Louis Hennepin et Picard décidèrent de se rendre jusqu’à l’embouchure de la rivière où j’avais promis d’envoyer des nouvelles, comme je l’avais fait par l’intermédiaire de six hommes que les Jésuites ont détournés en leur disant que le P. Louis et ses compagnons de voyage avaient été tués. »

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Il est évident que La Salle comprenait Hennepin ; car, après avoir parlé de son voyage, il ajoute : « J’ai cru qu’il était opportun de vous raconter les aventures de ce canot, car je ne doute pas qu’on en parle ; et si vous souhaitez en discuter avec le père Louis Hennepin, récollet, qui est retourné en France, il faut un peu le connaître, car il ne manquera pas d’exagérer toutes choses, c’est son caractère, et à moi-même il m’a écrit comme s’il avait été sur le point d’être brûlé, bien qu’il n’ait même pas été en danger ; mais il croit qu’il lui est honorable de faire ainsi, et il parle davantage selon ce qu’il veut que selon ce qu’il sait. » — Lettre de La Salle, 22 août 1682 (1681 ?), Margry, ii, 259.

À son retour en France, Hennepin obtint le manuscrit intitulé *Relation des Découvertes*, compilé pour le gouvernement à partir des lettres de La Salle, et, comme on l’a déjà vu, en fit un usage très libre dans la première édition de son livre, imprimée en 1683. En 1699, il souhaita retourner au Canada ; mais, dans une lettre de cette année-là, Louis XIV ordonna au gouverneur de l’arrêter s’il apparaissait et de l’envoyer prisonnier à Rochefort. Cela semble résulter du fait qu’il avait renoncé au service de la couronne française et dédié son édition de 1697 à Guillaume III d’Angleterre.

Plus de vingt éditions des voyages d’Hennepin parurent, en français, en anglais, en néerlandais, en allemand, en italien et en espagnol. La plupart d’entre elles contiennent le récit mensonger de la prétendue origine du Mississippi. Pour une liste d’elles, voir Hist. Mag., i, 346 ; ii, 24.

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CHAPITRE XIX.
1681.
LA SALLE REPREND SES ACTIVITÉS.
Sa constance ; ses plans ; ses alliés sauvages ; il devient aveuglé par la neige.—
Négociations.—Grand Conseil.—Le discours de La Salle.—Rencontre avec Tonty.—Préparatifs.—Départ.
En suivant les aventures de Tonty et les pérégrinations de Hennepin, nous avons perdu de vue La Salle, l’élément central de cette entreprise. De retour de la désolation et de l’horreur de la vallée de l’Illinois, il avait passé l’hiver au fort Miami, sur le Saint-Joseph, à la lisière du lac Michigan. Là, il aurait pu ruminer sur la ruine double qui lui était tombée dessus : des amis découragés, des ennemis triomphants ; des énergies gaspillées, un fardeau écrasant de dettes, un passé tumultueux, un avenir sombre et sans espoir. Mais son esprit était d’une autre nature. Il ne pensait qu’à affronter l’adversité et, à partir des débris de sa ruine, à reconstruire un succès.
Il ne reculerait pas ; mais il modifia ses plans pour faire face à la nouvelle situation. Ses ennemis blancs avaient trouvé, ou plutôt peut-être créé, un allié sauvage chez les Iroquois. Leurs incursions devaient être arrêtées, sinon son entreprise serait anéantie ; et il crut voir comment ce nouveau danger pouvait être transformé en source de force. Les tribus de l’Ouest, menacées par l’ennemi commun, pourraient être amenées à oublier leurs rancunes mutuelles et à former une ligue défensive, avec La Salle à sa tête. Elles pourraient être colonisées autour de son fort dans la vallée de l’Illinois, où, à l’ombre du drapeau français et avec l’aide de ses alliés français, elles pourraient contenir les Iroquois et acquérir, dans une certaine mesure, les arts d’une vie sédentaire. Les frères franciscains pourraient leur enseigner la foi ; et La Salle ainsi que ses associés pourraient leur fournir des marchandises en échange des abondantes fourrures que leurs chasseurs pourraient collecter dans ces vastes contrées sauvages. Entre-temps, il chercherait l’embouchure du Mississippi ; et les fourrures récoltées dans sa colonie de l’Illinois trouveraient alors un passage facile vers les marchés du monde. Ainsi pourrait naître cette ancienne…

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Le champ de bataille des sauvages en guerre devait être racheté à la barbarie pour être intégré à la civilisation et au christianisme ; et un établissement stable, à la fois féodal et commercial, devait voir le jour au cœur de ces contrées sauvages de l’Ouest. Ce plan n’était qu’une partie du projet initial de son entreprise, adapté à des circonstances nouvelles et inattendues ; il s’attaqua alors à sa mise en œuvre avec son énergie habituelle, renforcée par un discours qui ne le trahissait jamais lorsqu’il s’adressait aux Indiens. Il y avait des alliés tout près : près du fort Miami se trouvaient les huttes de vingt-cinq ou trente sauvages, exilés de leurs foyers indiens et étrangers dans ce monde occidental. Plusieurs amis des colonies anglaises, de la Virginie au Maine, avaient été harcelés ces dernières années par les guerres indiennes ; et les Puritains de la Nouvelle-Angleterre, en particulier, avaient été frappés par l’épidémie mortelle de la guerre du roi Philippe. Ceux qui y avaient participé avaient payé un lourd prix pour leurs brèves victoires. Un groupe de réfugiés, principalement des Abénakis et des Mohicans, chassés de leurs terres natales, erraient dans ces contrées lointaines et passaient l’hiver dans le voisinage amical des Français. La Salle parvint bientôt à les gagner à ses intérêts. Parmi eux se trouvait un chasseur mohican qui, pendant deux ans, avait fidèlement suivi ses pas et qui était déjà quatre ans en Occident. On le décrivait comme un jeune homme prudent et discret, en qui La Salle avait une grande confiance ; il savait se faire comprendre dans plusieurs langues de l’Ouest, appartenant, comme la sienne, à la grande famille linguistique algonquine. Cet affidé dévoué se révéla être un médiateur efficace auprès de ses compatriotes. Les Indiens de la Nouvelle-Angleterre promirent d’une seule voix de suivre La Salle, sans demander de récompense, mais en lui demandant de devenir leur chef et en lui offrant l’amour et l’admiration que ce peuple, friand de héros, lui accordait presque toujours. De nouveaux alliés apparurent bientôt. Un chef shawanoï de la vallée de l’Ohio, dont le groupe comptait cent cinquante guerriers, vint demander la protection des Français contre les Iroquois, si destructeurs. « Les Shawanois sont trop éloignés », répondit La Salle ; « mais qu’ils viennent me voir à l’Illinois, et ils seront en sécurité. » Le chef promit de le rejoindre à l’automne, au fort Miami, avec toute sa tribu. Mais, plus important encore, il fallait obtenir l’accord et la coopération des Illinois ; il fallait aussi montrer aux Miamis, leurs voisins et, depuis peu, leurs ennemis, la folie de leur alliance avec les Iroquois, ainsi que la nécessité de rejoindre la nouvelle confédération. Récemment, on leur avait fait voir la perfidie de leurs

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Alliés dangereux. Un groupe d’Iroquois, revenant de l’extermination des Tamaroa Illinois, avait rencontré et massacré un groupe de Miamis sur l’Ohio ; non seulement ils avaient refusé de donner satisfaction, mais ils s’étaient également retranchés dans trois forts rudimentaires faits de bois et de broussailles au cœur du territoire des Miamis. Le moment était propice pour négocier ; mais d’abord, La Salle souhaitait établir une communication avec les Illinois, dont certains avaient commencé à retourner dans le pays qu’ils avaient abandonné. Dans ce but, et semble-t-il aussi pour se procurer des provisions, il partit le 1er mars, accompagné de son lieutenant La Forest et de quinze hommes.
Le pays était recouvert de neige, et le groupe voyagea en raquettes ; mais lorsqu’ils atteignirent les prairies ouvertes, l’étendue blanche brillait sous le soleil d’une lumière si éblouissante que La Salle et plusieurs hommes furent aveuglés par la neige. Ils s’arrêtèrent et dressèrent leur camp au bord d’une forêt ; là, La Salle resta dans l’obscurité pendant trois jours, souffrant de douleurs extrêmes. Entre-temps, il envoya en avant La Forest et la plupart des hommes, gardant auprès de lui son vieux serviteur Hunaut. Celui-ci partit à la recherche de feuilles de pin — une décoction dont on pensait qu’elle était utile en cas d’aveuglement par la neige — découvrit des traces fraîches d’Indiens, les suivit et trouva un camp d’Outagamies, ou Renards, provenant des environs de Green Bay. C’est d’eux qu’il obtint de bonnes nouvelles : ils lui dirent que Tonty était en sécurité parmi les Pottawattamies, et que Hennepin était passé par leur territoire en revenant des Sioux.[224]
Une fonte eut lieu ; la neige fondit rapidement ; les rivières se dégagèrent ; les hommes aveuglés commencèrent à récupérer ; et les alliés Illinois, lançant les canoës qu’ils avaient traînés derrière eux, poursuivirent leur route par voie d’eau. Ils rencontrèrent bientôt un groupe d’Illinois. La Salle leur offrit des cadeaux, les consola pour leurs pertes, et les exhorta à faire la paix et à former une alliance avec les Miamis. Ainsi, disait-il, ils pourraient défier les Iroquois ; car lui-même, avec ses Français et ses amis indiens, irait vivre parmi eux, leur fournir des marchandises et les aider à se défendre. Ils écoutèrent, très satisfaits, promirent de transmettre son message à leurs compatriotes et lui fournirent une grande quantité de maïs.[225] Entre-temps, il avait rejoint La Forest, qu’il envoya alors à Michilimackinac pour y attendre Tonty et lui dire de rester là jusqu’à son arrivée.

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Ayant ainsi atteint les objectifs de son voyage, il retourna au fort Miami, d’où il monta bientôt le fleuve Saint-Joseph jusqu’au village des Indiens Miami, situé près du gué, à l’embouchure du Kankakee. Là, il trouva des invités indésirables : il s’agissait de trois guerriers iroquois qui séjournaient depuis quelque temps dans ce lieu et qui, selon ce qu’on lui dit, s’étaient montrés avec l’arrogance des conquérants, parlant des Français avec le plus grand mépris. Il se hâta de les affronter, les réprimanda et les menaça, leur disant que maintenant, puisqu’il était présent, ils n’osaient pas répéter les calomnies qu’ils avaient proférées en son absence. Ils restèrent confus et honteux, et durant la nuit suivante quittèrent secrètement la ville pour s’enfuir.

L’effet fut prodigieux sur les esprits des Miamiens lorsqu’ils virent que La Salle, soutenu par dix Français, pouvait faire respecter à ces visiteurs arrogants une considération qu’eux-mêmes, avec leurs centaines de guerriers, n’avaient pas réussi à inspirer. C’était là, dès le début, un présage plein d’espoir pour les négociations à venir.

Il y avait d’autres étrangers dans la ville : un groupe d’Indiens de l’Est, plus nombreux que ceux qui avaient passé l’hiver au fort. La plupart venaient du Rhode Island, y compris probablement quelques-uns des guerriers du roi Philippe ; d’autres venaient de New York, et d’autres encore de Virginie. La Salle les convoqua en conseil, leur promettant un nouveau foyer à l’Ouest, sous la protection du Grand Roi, avec de riches terres, une abondance de gibier, et des commerçants français pour leur fournir les marchandises qu’ils avaient autrefois reçues des Anglais. S’ils l’aidaient à instaurer la paix entre les Miamiens et les Illinois, il assurerait leur un avenir de prospérité et de sécurité. Ils écoutèrent avec attention et promirent leur aide pour œuvrer à la paix.

Le lendemain matin, les Miamiens furent convoqués à un grand conseil. Celui-ci eut lieu dans la cabane de leur chef ; on retira les nattes afin que la foule extérieure ne puisse entendre ce qui se disait. La Salle se leva et prit la parole devant l’assemblée. Peu d’hommes étaient aussi habiles dans les arts de la rhétorique et de la diplomatie. Selon ses chroniqueurs, selon la coutume indienne, il était « le plus grand orateur d’Amérique du Nord ».[226] Il commença par offrir du tabac pour éclaircir l’esprit de ses auditeurs ; ensuite, puisqu’il avait apporté une canoë pleine de cadeaux pour étayer son éloquence, il leur donna des tissus pour couvrir leurs morts, des manteaux pour se vêtir, des haches pour construire un grand échafaud en leur honneur, et

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Perles, cloches et babioles de toutes sortes, pour décorer leurs proches lors d’un grand festin funéraire. Tout cela n’était qu’une métaphore. Les vivants, tout en s’appropriant ces cadeaux à leur usage, se réjouissaient du compliment adressé à leurs morts ; et leur joie redoubla à mesure que l’orateur poursuivait. L’un de leurs grands chefs venait d’être tué ; et La Salle, après un éloge funèbre, déclara qu’il allait maintenant le ressusciter ; c’est-à-dire qu’il prendrait son nom et soutiendrait ses femmes et ses enfants. Cette annonce flatteuse provoqua des applaudissements enthousiastes ; et lorsque, pour confirmer ses paroles, ses assistants placèrent devant eux une énorme pile de manteaux, de chemises et de couteaux de chasse, toute l’assemblée explosa en cris d’admiration.

Vint alors le point culminant du discours, introduit par un autre cadeau : six fusils :
« Celui qui est mon maître, et le maître de toute cette région, est un chef puissant, redouté dans le monde entier ; mais il aime la paix, et les mots qui sortent de ses lèvres ne visent que le bien. On l’appelle le Roi de France, et il est le plus puissant parmi les chefs de l’autre côté des grandes eaux. Sa bonté s’étend même jusqu’à vos morts, et ses sujets viennent parmi vous pour les ressusciter. Mais c’est sa volonté de préserver la vie qu’il a donnée ; c’est sa volonté que vous obéissiez à ses lois et que vous ne fassiez pas la guerre sans l’autorisation d’Onontio, qui commande en son nom à Québec, et qui aime toutes les nations également, car telle est la volonté du Grand Roi. Vous devez donc vivre en paix avec vos voisins, et surtout avec les Illinois. Vous avez eu des raisons de vous disputer avec eux ; mais leur défaite vous a vengés. Bien qu’ils soient encore forts, ils souhaitent faire la paix avec vous. Contentez-vous de la gloire d’avoir réussi à les amener à la demander. Vous avez intérêt à les protéger ; car si les Iroquois les détruisent, ce sera ensuite votre tour. Obéissons tous au Grand Roi et vivons ensemble en paix, sous sa protection. Soyez de mon avis, et utilisez ces fusils que je vous ai donnés non pas pour faire la guerre, mais seulement pour chasser et vous défendre. »

Ayant dit cela, il donna deux ceintures en wampum pour confirmer ses paroles ; puis l’assemblée se dispersa. Le jour suivant, les chefs la convoquèrent à nouveau et firent leur réponse officielle. C’était tout ce que La Salle pouvait désirer. « Les Illinois sont nos frères, car ils sont les fils de notre Père, le Grand Roi. » « Nous vous…

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le maître de nos castors et de nos terres, de nos esprits et de nos corps. « Nous ne pouvons nous étonner que nos frères d’Orient souhaitent vivre avec vous. Nous l’aurions voulu aussi, si nous avions su quelle bénédiction il est d’être les enfants du Grand Roi. » Le reste de cette journée propice se passa en fêtes et danses, auxquelles participèrent La Salle et ses Français. Son nouveau projet commençait, espérons-le, à voir le jour. Il restait encore à mener à bien l’entreprise, déjà deux fois avortée, de la découverte de l’embouchure du Mississippi — condition vitale de son triomphe, sans laquelle tous les autres succès seraient dénués de sens et vains.

À cette fin, il devait retourner au Canada, apaiser ses créanciers et rassembler ses ressources dispersées. Vers la fin du mois de mai, il partit en canoës depuis Fort Miami et atteignit Michilimackinac après un voyage réussi. Là, à sa grande joie, il trouva Tonty et Zenobe Membré, qui venaient de arriver de Green Bay. Ce fut une rencontre qui fit fondre même sa nature stoïque. Chacun avait pour l’autre une histoire de désastre ; mais lorsque La Salle raconta la longue série de revers qu’il avait subis, ce fut d’un ton calme et avec un air joyeux, comme s’il relatait les événements d’un voyage ordinaire.

Membré le regarda avec admiration. « N’importe qui d’autre », dit-il, « aurait abandonné l’entreprise ; mais, loin de cela, avec une fermeté et une constance sans égales, je le vis plus déterminé que jamais à poursuivre son travail et à faire avancer sa découverte. »

[228]

Sans perdre de temps, ils embarquèrent ensemble pour Fort Frontenac, pagayèrent leurs canoës sur mille miles et atteignirent sains et saufs leur destination. Là, dans cette troisième tentative de son entreprise, La Salle se trouva confronté à de nombreuses difficultés. Non seulement il était accablé par les coûts stériles de ses deux précédentes tentatives, mais les lourdes dettes qu’il avait contractées pour construire et entretenir Fort Frontenac n’avaient pas été entièrement remboursées. Le fort et la seigneurie étaient déjà fortement hypothéqués ; cependant, grâce à l’influence du comte Frontenac, à l’aide de son secrétaire Barrois, un homme d’affaires accompli, et au soutien d’un parent fortuné, il trouva le moyen d’apaiser ses créanciers et même d’obtenir de nouveaux crédits. Cependant, pour cela, il fut contraint de renoncer à une partie de ses monopoles. Après avoir rédigé son testament à Montréal en faveur d’un cousin qui lui était cher,[229] il rassembla ses hommes et partit une nouvelle fois, résolu à ne plus compter que sur

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non pas des agents, mais pour mener ses suivants, en un corps uni, sous son propre commandement personnel.[230]
Au début de l’automne, il se trouvait à Toronto, où le long et difficile portage vers le lac Simcoe le retint pendant deux semaines. Il en passa une partie à écrire un récit de ce qui s’était récemment produit à un correspondant en France, et il termine sa lettre ainsi : « C’est tout ce que je peux vous dire cette année. J’ai cent choses à écrire, mais vous ne croiriez pas à quel point c’est difficile de le faire parmi les Indiens. Les canoës et leur cargaison doivent être transportés par ce portage, et je dois parler constamment avec eux et supporter toutes leurs insistances, sinon ils ne feront rien de ce que je veux. J’espère écrire davantage l’année prochaine, en temps libre, et vous raconter la fin de cette affaire, qui, j’espère, se terminera bien : car j’ai M. de Tonty, plein de zèle ; trente Français, tous de bons hommes, sans compter ceux en qui je ne peux pas avoir confiance ; et plus de cent Indiens, dont certains sont Shawanois et d’autres viennent du New England, tous sachant manier les armes. »
Ce n’est qu’en octobre qu’il atteignit le lac Huron. Jour après jour, semaine après semaine, les canoës lourdement chargés avançaient péniblement le long des côtes désolées de la nature sauvage, entre les rangées monotones de pins couverts de mousse ; lac et forêt, forêt et lac ; un paysage morose hanté par des souvenirs encore plus sombres — catastrophes, chagrins et espoirs différés ; temps, force et richesse gaspillés en vain ; un passé désastreux et un avenir incertain ; calomnies, diffamations et haine. Avec un cœur imperturbable, le voyageur patient poursuivit sa route et amarra finalement ses canoës sur la plage de Fort Miami.

NOTES DE BAS DE PAGE :
[Relation des Découvertes. Voir Lettre de La Salle (Margry, ii. 144).]
[Il semble que cela ait été tiré des dépôts secrets, ou caches, de la ville en ruines des Illinois.]
« En ce genre, il était le plus grand orateur de l’Amérique Septentrionale. » — Relation des Découvertes.
Ceci est traduit de la Relation, où ces conseils sont décrits en grande détail.

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[Membré dans Le Clerc, ii. 208. Tonty, dans ses mémoires de 1693, parle de la joie de La Salle lors de cette rencontre. La Relation, généralement très précise, affirme à tort que Tonty était allé au fort Frontenac. La Forest s’y était rendu peu avant l’arrivée de La Salle.]
[Copie du testament du défunt Sr. de la Salle, 11 août 1681. Le parent en question était François Plet, à qui il devait beaucoup d’argent.]
[« On apprendra à la fin de cette année, 1682, le succès de la découverte qu’il était résolu d’achever, au plus tard au printemps dernier, ou de périr en y travaillant. Tant d’obstacles et de malheurs survenus constamment en son absence l’ont fait résoudre à ne plus se fier à personne et à diriger lui-même tout son monde, tout son équipage, et toute son entreprise, de laquelle il espérait une conclusion heureuse. »]
Ce texte fait partie du paragraphe final de la Relation des Découvertes, si souvent citée.

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CHAPITRE XX.
1681-1682.
Le succès de La Salle.
Ses partisans.—Le portage de Chicago.—La descente du Mississippi.—Le chasseur perdu.—L’Arkansas.—Le Tennessee.—Les Natchez.—L’hostilité.—L’embouchure du Mississippi.—Louis XIV proclamé souverain du Grand Ouest.
La saison était déjà bien avancée. Sur les branches nues des arbres pendaient quelques restes flétris de leur parure automnale ; et la fumée s’élevait dans l’air morose de novembre depuis les wigwams sordides des alliés abénakis et mohegans de La Salle. Ceux-ci, ses nouveaux amis, étaient des sauvages dont les cris au milieu de la nuit effrayaient les villages frontaliers de la Nouvelle-Angleterre ; qui dansaient autour des scalps des puritains, et que l’imagination puritaine dépeignait comme des démons incarnés. La Salle en choisit dix-huit, qu’il ajouta aux vingt-trois Français qui restaient avec lui, certains ayant déserté et d’autres étant restés en arrière. Les Indiens insistaient pour emmener leurs squaws avec eux. Il y en avait dix, en plus de trois enfants ; ainsi, l’expédition comptait cinquante-quatre personnes, parmi lesquelles certaines étaient inutiles et d’autres un fardeau.
Le 21 décembre, Tonty et Membré partirent de Fort Miami avec une partie du groupe à bord de six canoës, et traversèrent vers le petit fleuve Chicago.
[231]
La Salle, avec le reste des hommes, les rejoignit quelques jours plus tard. C’était le cœur de l’hiver, et les rivières étaient gelées. Ils fabriquèrent des traîneaux, y placèrent les canoës, les bagages et un Français handicapé ; ils traversèrent du Chicago vers la branche nord de l’Illinois, et avancèrent en longue procession le long de son cours gelé. Ils atteignirent l’emplacement du grand village illinoisien, le trouvèrent vide, et continuèrent leur route, tirant toujours leurs canoës, jusqu’à ce qu’ils atteignent enfin des eaux libres en aval du lac Peoria.
La Salle avait temporairement abandonné son plan initial de construire un navire pour naviguer sur le Mississippi. PRUDHOMME.

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Une expérience amère lui avait montré la difficulté de cette entreprise, et il décida de compter uniquement sur ses canoës. Ils remontèrent à bord et descendirent paisiblement entre les forêts dénudées qui longeaient la rivière tranquille ; jusqu’au 6 février, où ils parvinrent dans le vaste bassin du Mississippi. Ici, leur progression fut temporairement arrêtée, car la rivière était pleine de glace flottante. Les Indiens de La Salle étaient également restés en arrière ; mais en l’espace d’une semaine, tous furent arrivés, la navigation redevint possible, et ils reprirent leur route. Vers le soir, ils aperçurent sur leur droite l’embouchure d’une grande rivière ; le courant clair y était envahi par le torrent impétueux du Missouri, trouble à cause de la boue. Ils allumèrent leurs feux de camp dans la forêt voisine ; et à la lumière du jour, remontant à bord du fleuve sombre et puissant, ils glissèrent rapidement vers des destins inconnus. Ils passèrent par une ville abandonnée des Tamaroas ; trois jours plus tard, ils virent l’embouchure de l’Ohio ; puis, glissant le long des marécages environnants, ils débarquèrent le 24 février près des Troisièmes falaises Chickasaw. Ils établirent leur camp, et les chasseurs partirent à la recherche de gibier. Tous revinrent, sauf Pierre Prudhomme ; et comme les autres avaient vu de nouvelles traces d’Indiens, La Salle craignit qu’il ne fût tué. Alors que certains de ses suivants construisaient une petite fortification sur un haut promontoire au bord de la rivière, d’autres parcouraient les bois à la recherche du chasseur disparu. Après six jours de recherches incessantes et infructueuses, ils rencontrèrent deux Indiens Chickasaw dans la forêt ; par leur intermédiaire, La Salle envoya des cadeaux et des messages de paix à ce peuple guerrier, dont les villages se trouvaient à quelques jours de marche. Quelques jours plus tard, Prudhomme fut retrouvé et ramené au camp, à moitié mort. Il s’était perdu pendant la chasse ; pour le consoler de ses malheurs, La Salle donna son nom à la nouvelle fortification, et le laissa, avec quelques autres, en charge de celle-ci. Ils remontèrent à nouveau à bord ; et à chaque étape de leur aventure, le mystère de ce vaste Nouveau Monde se révélait de plus en plus. Ils pénétraient de plus en plus dans les domaines du printemps. La lumière du soleil voilée, l’air chaud et somnolent, les feuilles tendres, les fleurs qui s’épanouissaient, annonçaient la renaissance de la vie dans la Nature. Pendant encore plusieurs jours, ils suivirent les méandres de la grande rivière à travers des marécages et des zones de cannes, jusqu’au 13 mars, où ils se retrouvèrent enveloppés dans un épais brouillard. Aucune rive n’était visible ; mais ils entendirent sur leur droite le roulement d’un tambour indien et les cris stridents de la danse de guerre. La Salle traversa aussitôt vers l’autre rive, où, en moins d’une heure, ses hommes érigèrent une

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Fort rudimentaire fait de troncs d’arbres abattus. Entre-temps, le brouillard se dissipa ; et depuis la rive opposée, les Indiens stupéfaits virent ces étranges visiteurs à l’œuvre. Certains Français s’avancèrent jusqu’au bord de l’eau et leur firent signe de venir. Plusieurs d’entre eux s’approchèrent, dans une canoë en bois, à une distance d’un coup de fusil. La Salle montra le calumet et envoya un Français à leur rencontre. Il fut bien accueilli ; et, le ton amical des Indiens étant désormais évident, tout le groupe traversa la rivière.

En débarquant, ils se trouvèrent dans une ville de la tribu Kappa de l’Arkansas, un peuple vivant près de l’embouchure de la rivière qui porte leur nom. « Tout le village », écrit Membré à son supérieur, « est descendu sur la rive pour nous accueillir, à l’exception des femmes, qui s’étaient enfuies. Je ne saurais vous décrire l’urbanité et la gentillesse dont nous fûmes l’objet de la part de ces barbares, qui nous apportèrent des poteaux pour construire des huttes, nous fournirent du bois de feu pendant les trois jours que nous passâmes parmi eux, et prirent tour à tour soin de nous recevoir à table. Mais, Mon Père, cela ne donne aucune idée des bonnes qualités de ces sauvages, qui sont joyeux, courtois et libres d’esprit. Les jeunes hommes, bien qu’ils fussent les plus vifs et les plus énergiques que nous ayons jamais vus, étaient néanmoins si modestes qu’aucun d’eux n’osa entrer dans notre hutte ; tous restèrent tranquillement à la porte. Ils sont si bien faits que nous fûmes admiratifs de leur beauté. Nous ne perdimos pas la valeur d’une épingle pendant que nous étions parmi eux. »

Les danses et cérémonies étaient variées, et ils les offrirent aux étrangers, qui, de leur côté, répondirent avec une solennité que leurs hôtes auraient préférée moins grande s’ils l’avaient mieux comprise. La Salle et Tonty, à la tête de leurs suivants, se dirigèrent vers l’espace ouvert au milieu du village. Là, à l’admiration de la foule de guerriers, de femmes et d’enfants qui regardaient, une croix portant les armoiries de France fut érigée. Membré, vêtu de ses habits sacerdotaux, chanta un hymne ; les hommes crièrent Vive le Roi ; et La Salle, au nom du roi, prit officiellement possession du pays.[236] Le frère, non sans succès, selon ses dires, s’efforça d’expliquer par des gestes les mystères de la Foi ; tandis que La Salle, par des méthodes tout aussi satisfaisantes, obtint du chef une reconnaissance de fidélité envers Louis XIV.[237]

Après avoir fait escale dans plusieurs autres villes de ce peuple, les voyageurs reprirent leur route, guidés par deux des habitants de l’Arkansas ; ils passèrent par les lieux qui devinrent ensuite historiques.

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Vicksburg et Grand Gulf ; et, à environ trois cents miles en amont de l’Arkansas, ils s’arrêtèrent au bord d’un marais sur la rive ouest du fleuve. [238] C’est là, selon ce que leurs deux guides leur dirent, que se trouvait le chemin menant à la grande ville des Taensas. Tonty et Membré furent envoyés pour la visiter. Eux et leurs hommes poussèrent leur canoë en bouleau à travers le marais, puis le mirent à l’eau dans un lac qui avait autrefois fait partie du cours du fleuve. En deux heures, ils atteignirent la ville ; Tonty la contempla avec étonnement. Il n’avait jamais rien vu de semblable en Amérique : de grandes demeures carrées, construites avec de la boue séchée au soleil mélangée à de la paille, coiffées d’un toit en forme de dôme fait de roseaux, disposées en ordre régulier autour d’une place ouverte. Deux d’entre elles étaient plus grandes et mieux construites que les autres. L’une était la demeure du chef ; l’autre, le temple, ou maison du Soleil. Ils entrèrent dans la première et trouvèrent une seule pièce de quarante pieds carrés, où, dans la pénombre — car il n’y avait d’ouverture que la porte —, le chef était assis en train de les attendre sur une sorte de lit, entouré de ses trois épouses ; tandis que soixante vieillards, enveloppés dans des manteaux blancs tissés à partir de l’écorce de mûrier, formaient son conseil. Lorsqu’il parlait, ses épouses hurlaient pour lui rendre hommage ; et les conseillers présents écoutaient avec le respect dû à un souverain pour qui, à sa mort, cent victimes devaient être sacrifiées. Il accueillit les visiteurs avec grâce et accepta avec joie les cadeaux que Tonty lui présenta.[239] Une fois cette rencontre terminée, les Français se rendirent au temple, où étaient conservés les ossements des chefs défunts. Par sa construction, il ressemblait beaucoup à la demeure royale. Au-dessus se trouvaient de grossières figures en bois représentant trois aigles tournés vers l’est. Un mur épais en boue l’entourait, surmonté de pieux auxquels étaient fixés les crânes d’ennemis sacrifiés au Soleil ; devant la porte se trouvait un bloc de bois sur lequel reposait une grande coquille entourée de cheveux tressés des victimes. L’intérieur était aussi rudimentaire qu’une grange, faiblement éclairé par l’entrée et rempli de fumée. Il y avait une structure au milieu que Membré pensait être une sorte d’autel ; devant elle brûlait un feu perpétuel, alimenté par trois bûches posées côte à côte, et surveillé par deux vieillards dévoués à cette fonction sacrée. Il y avait aussi une réserve mystérieuse, que les étrangers avaient interdiction d’explorer, mais qui, selon ce que Tonty apprit, contenait les richesses de la nation : des perles provenant du golfe, ainsi que des objets obtenus, probablement auprès d’autres tribus, des Espagnols et d’autres Européens. Le chef daigna rendre visite à La Salle dans son camp — une faveur qu’il n’aurait en aucun cas accordée si les visiteurs avaient été des Indiens. Un maître de

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Des cérémonies et six assistants le précédaient pour dégager le chemin et préparer le lieu de rencontre. Lorsque tout fut prêt, on le vit avancer, vêtu d’une robe blanche, suivi de deux hommes portant des éventails blancs, tandis qu’un troisième montrait un disque en cuivre poli — sans doute pour représenter le Soleil, son ancêtre, ou, selon d’autres, son frère aîné. Son visage était merveilleusement grave, et lui et La Salle s’adressèrent des gestes de courtoisie cérémonielle. L’entretien fut très amical ; le chef repartit fort satisfait des cadeaux que son hôte lui avait offerts, cadeaux qui, en effet, avaient été le motif principal de sa visite.

Le lendemain matin, alors qu’ils descendaient le fleuve, ils aperçurent une canoë en bois pleine d’Indiens ; Tonty donna la chasse. Il était sur le point de la rattraper lorsque plus d’une centaine d’hommes apparurent soudainement sur la rive, avec leurs arcs bandés pour défendre leurs compatriotes. La Salle cria à Tonty de se retirer. Il obéit ; toute la troupe campa sur la rive opposée. Tonty proposa de traverser le fleuve avec une pipe de paix et partit donc avec un petit groupe d’hommes. Lorsqu’il débarqua, les Indiens firent des signes d’amitié en joignant leurs mains — une démarche qui embarrassa quelque peu Tonty, n’ayant qu’une seule main ; mais il ordonna à ses hommes de répondre à sa place. La Salle et Membré le rejoignirent alors et allèrent avec les Indiens jusqu’à leur village, situé à trois lieues de là. Ils y passèrent la nuit. « Le sieur de La Salle », écrit Membré, « dont l’allure, les manières charmantes, le tact et la parole attirent à la fois l’amour et le respect, produisit sur le cœur de ces gens un tel effet qu’ils ne savaient pas comment nous traiter suffisamment bien. »[240]

Les Indiens de ce village étaient les Natchez ; leur chef était le frère du grand chef, ou Soleil, de toute la nation. Sa ville se trouvait à plusieurs lieues de là, près du site de la ville de Natchez ; c’est là que les Français se rendirent pour le rencontrer. Ils y virent ce qu’ils avaient déjà vu chez les Taensas : un despotisme religieux et politique, une caste privilégiée descendue du soleil, un temple et un feu sacré.[241] La Salle planta une grande croix, aux couleurs de la France, au milieu de la ville ; tandis que les habitants regardaient avec une satisfaction qu’ils n’auraient guère montrée s’ils avaient compris la signification de cet acte.

Les Français visitèrent ensuite les Coroas, dans leur village situé deux lieues plus bas ; et là, ils reçurent un accueil sans hostilité.

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moins propice. Le trente et un mars, alors qu’ils approchaient du fleuve Rouge, ils passèrent dans le brouillard une ville des Oumas, et trois jours plus tard découvrirent un groupe de pêcheurs, dans des canoës en bois, parmi les roseaux au bord de l’eau. Ils s’enfuirent à la vue des Français. La Salle envoya des hommes en reconnaissance ; ceux-ci, tandis qu’ils se frayaient un chemin à travers les marais, furent accueillis par une pluie de flèches ; tandis que, depuis le village voisin des Quinipissas, invisibles derrière les haies de roseaux, ils entendirent le son d’un tambour indien et les cris des guerriers qui se rassemblaient. Souhaitant maintenir la paix avec toutes les tribus le long du fleuve, La Salle rappela ses hommes et poursuivit son voyage. Quelques lieues plus bas, ils aperçurent un groupe de cabanes indiennes sur la rive gauche, apparemment désertes. Ils débarquèrent et y trouvèrent trois cabanes remplies de cadavres. C’était un village des Tangibao, pillé par leurs ennemis quelques jours seulement auparavant.[243]
Et maintenant, ils approchaient de la fin de leur voyage. Le six avril, le fleuve se divisa en trois larges chenaux. La Salle suivit celui de l’ouest, Dautray celui de l’est ; tandis que Tonty prit le passage central. Alors qu’il descendait le courant trouble, entre les rives basses et marécageuses, l’eau saumâtre se transforma en eau salée, et la brise devint fraîche, portant l’odeur salée de la mer. Puis l’immense golfe s’ouvrit devant lui, agitant ses vagues agitées, sans limites, silencieux, solitaire comme au moment de sa naissance du chaos, sans voile, sans signe de vie.
La Salle, dans un canoë, longea les côtes marécageuses de la mer ; puis les groupes réunis se rassemblèrent en un endroit sec, non loin de l’embouchure du fleuve. Là, on prépara une colonne portant les armoiries de France, sur laquelle étaient inscrites ces mots : « Louis le Grand, Roi de France et de Navarre, règne ; le neuvième avril 1682. »
Les Français se mirent en rangs armés ; et tandis que les Indiens de Nouvelle-Angleterre et leurs femmes regardaient en silence étonné, ils chantèrent le Te Deum, l’Exaudiat et le Domine salvum fac Regem. Puis, au milieu de salves de mousqueterie et de cris de Vive le Roi, La Salle planta la colonne en place, et, debout près d’elle, proclama d’une voix forte :
« Au nom du Prince très haut, puissant, invincible et victorieux, Louis le Grand, par la grâce de Dieu, possession prise.
Roi de France et de Navarre, quatorzième de ce nom, »

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Moï, ce neuvième jour d’avril mille six cent quatre-vingt-deux, en vertu de la commission de Sa Majesté que je tiens en main et qui peut être vue par tous ceux qui en ont besoin, j’ai pris, et je prends maintenant, au nom de Sa Majesté et de ses successeurs à la couronne, possession de ce pays de Louisiane, des mers, des ports, des baies, des détroits adjacents, ainsi que de toutes les nations, peuples, provinces, villes, bourgs, villages, mines, minéraux, pêcheries, ruisseaux et fleuves situés dans les limites de ladite Louisiane, depuis l’embouchure du grand fleuve Saint-Louis, également appelé Ohio, ... ainsi que le long du fleuve Colbert ou Mississippi, et des fleuves qui y se jettent, depuis leur source au-delà du pays des Nadouessioux ... jusqu’à son embouchure en mer, ou golfe du Mexique, et également jusqu’à l’embouchure du Fleuve des Palmiers, sur la base des assurances que nous avons reçues des indigènes de ces pays selon lesquelles nous sommes les premiers Européens à avoir descendu ou remonté ledit fleuve Colbert ; je proteste ainsi contre quiconque tenterait par la suite d’envahir l’un ou l’autre de ces pays, peuples ou terres mentionnés, au préjudice des droits de Sa Majesté, acquis avec le consentement des nations y résidant. À cet effet, et pour tout ce qui est nécessaire, je fais ici témoins ceux qui m’écoutent, et je demande un acte du notaire présent.[244]
Des cris de « Vive le Roi » et des salves de mousqueterie répondirent à ses paroles. Puis une croix fut plantée à côté de la colonne, et une plaque de plomb enterrée près d’elle, portant les armoiries de France, avec une inscription latine : Ludovicus Magnus regnat. Les voyageurs éprouvés joignirent leurs voix au grand hymne du Vexilla Regis :—

« Les bannières du Roi du Ciel avancent,
Le mystère de la Croix brille ; »

Et de nouveaux cris de « Vive le Roi » clôturèrent la cérémonie.
Ce jour-là, le royaume de France reçut sur parchemin une acquisition prodigieuse : les plaines fertiles du Texas ; le vaste bassin du Mississippi, de ses sources gelées du nord jusqu’aux frontières torrides du golfe ; des crêtes boisées des Alleghénies aux sommets nus des Rocheuses — une région de savanes et de forêts, de déserts brûlés par le soleil et de prairies herbeuses, arrosée par mille fleuves, habitée par mille tribus guerrières, s’étendant...

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sous le sceptre du Sultan de Versailles ; et tout cela grâce à une voix humaine faible, inaudible à un demi-mille.

NOTES DE BAS DE PAGE :
[ La Salle, Relation de la Découverte, 1682, in Thomassy, Géologie Pratique de la
23 Louisiane 9 ; Lettre du Père Zenobe Membré, 3 juin 1682 ; Ibid., 14 août 1682 ; Membré in
1] Le Clerc, ii. 214 ; Tonty, 1684, 1693 ; Procès-Verbal de la Prise de Possession de la
Louisiane, Feuilles détachées d’une Lettre de La Salle (Margry, ii. 164) ; Récit de Nicolas de la
Salle (Ibid., i. 547).

Le récit attribué à Membré et publié par Le Clerc est basé sur le document conservé aux Archives Scientifiques de la Marine, intitulé Relation de la Découverte de l’Embouchure de la Rivière Mississippi faite par le Sieur de la Salle, l’année passée, 1682. L’auteur du récit l’a utilisé très librement, copiant la majeure partie mot pour mot, avec parfois des ajouts qui semblent indiquer qu’il avait participé à l’expédition. La Relation de la Découverte, bien qu’écrite à la troisième personne, est le rapport officiel de la découverte faite par La Salle, ou peut-être pour lui par Membré.
[ Appelé par Membré l’Ouabache (Wabash).
23
2] [ La Salle, Relation de la Découverte de l’Embouchure, etc. ; Thomassy, 10. Membré
23 donne la même date ; mais le Procès-Verbal la fixe au vingt-sixième.
3]
[ Gravier, dans sa lettre du 16 fév. 1701, dit qu’il a campé près d’un « grand
23 éperon rocheux, appelé Fort Prudhomme, parce que M. de La Salle, poursuivant sa
4] découverte, s’y était retranché avec son groupe, craignant que Prudhomme, qui s’était perdu dans les bois, ait été tué par les Indiens, et qu’il serait lui-même attaqué. »
[ La Salle, Relation ; Thomassy, 11.
23
5] [ Procès-Verbal de la Prise de Possession du Pays des Arkansas, 14 mars 1682.
23
6] [ La nation des Akanseas, Alkansas ou Arkansas habitait la rive ouest
23 du Mississippi, près de l’embouchure de l’Arkansas. Ils étaient divisés en
7] quatre tribus, vivant pour la plupart dans des villages séparés. Ceux que La Salle visita en premier furent les Kappas, ou Quapaws, dont il existe encore des survivants. Les autres étaient les Topingas, ou Tongengas ; les Torimans ; et les Osotouoy, ou Sauthouis. Selon Charlevoix, qui les vit en 1721, ils étaient considérés comme les Indiens les plus grands et les mieux faits d’Amérique, et étaient connus sous le nom de les Beaux Hommes. Gravier affirme qu’ils vivaient autrefois sur l’Ohio.
[ Dans le comté de Tensas, en Louisiane. Les estimations de distance de Tonty sont ici beaucoup trop basses. Elles
23 semblent être fondées sur des observations de latitude, sans tenir compte des sinuosités du
8]

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fleuve. Il peut intéresser les sportifs de savoir que la troupe a abattu plusieurs gros alligators en chemin.
Membré est très étonné que de tels monstres puissent naître d’œufs comme les poulets.
[Tonty, 1684, 1693. Dans le récit apocryphe publié au nom de Tonty, le récit est
23 embelli et exagéré. Voir Membré dans Le Clerc, ii. 227. Les déclarations de La Salle
9] dans la Relation de 1682 (Thomassy, 12) confirment celles de Tonty.
[Membré dans Le Clerc, ii. 232.
24
0] [Les Natchez et les Taensas, dont les habitudes et coutumes étaient similaires, ne différaient pas,
24 dans leur organisation sociale, de manière radicale des autres Indiens. Le même principe de
1] clanisme ou totemisme, si largement répandu, existait pleinement parmi eux, combiné à leurs idées religieuses, et s’est développé en des formes pour lesquelles on ne trouve aucun autre exemple, tout aussi distinct. (Pour le clanisme indien, voir « Les Jésuites en Amérique du Nord », Introduction.) Chez les Natchez et les Taensas, le clan principal formait une caste dirigeante ; et ses chefs possédaient les attributs de demi-dieux. Comme la descendance se faisait par la femme, le fils du chef ne lui succédait jamais, mais le fils de l’une de ses sœurs ; et comme elle, selon la loi totemique habituelle, était contrainte de se marier dans un autre clan, c’est-à-dire de épouser un mortel ordinaire, son mari, bien qu’il fût destiné à être le père d’un demi-dieu, était traité par elle à peine mieux qu’un esclave. Elle pouvait le tuer s’il se montrait infidèle ; mais il était contraint de subir en silence ses infidélités.]

Les coutumes des Natchez ont été décrites par Du Pratz, Le Petit, Penecaut et d’autres. Charlevoix visita leur temple en 1721 et le trouva dans un état quelque peu délabré. À cette époque, les Taensas étaient éteints. En 1729, les Natchez, furieux du comportement arbitraire d’un commandant français, massacrèrent les colons voisins et furent par conséquent chassés de leur pays et presque anéantis. Quelques-uns survivent encore, intégrés aux Creeks ; mais ils ont perdu leurs coutumes particulières.

[Dans le comté de St. Charles, sur la rive gauche, non loin d’New Orleans.]

Hennepin utilise cet épisode, ainsi que la plupart de ceux qui le précèdent, pour composer l’histoire de son prétendu voyage vers le golfe.

Dans les passages omis ci-dessus, par souci de brièveté, l’Ohio est mentionné comme étant également appelé Olighin- (Alleghany) Sipou et Chukagoua ; et La Salle déclare qu’il prend possession du pays avec le consentement des nations qui y vivent, parmi lesquelles il cite les Chaouanons (Shawanoes), les Kious ou Nadouessious (Sioux), les Chikachas (Chickasaws), les Motantees (?), les Illinois, les Mitchigamias, les Arkansas, les Natchez et les Koroas. Ce prétendu consentement n’est bien sûr qu’une pure farce. Si l’on pouvait avoir le moindre doute quant au sens des paroles de La Salle, telles qu’elles sont consignées dans le Procès-verbal de la prise de possession de la Louisiane, ce doute serait levé par Le Clerc, qui dit : « Le Sieur de la Salle prit au nom de sa Majesté possession de ce fleuve, de toutes les rivières qui y entrent, et de tous les pays qu’elles arrosent. » Ces mots sont empruntés au rapport de La Salle (voir Thomassy, 14). Une copie du procès-verbal original est devant moi. Elle porte le nom de Jacques de la Metairie, notaire de Fort Frontenac, qui faisait partie du groupe.

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CHAPITRE XXI.
1682, 1683.
SAINT-LUIS D’ILINOIS.
La Louisiane — Maladie de La Salle : sa colonie sur l’Illinois — Fort Saint-Louis — Retrait de Frontenac — Le Febvre de la Barre — Situation critique de La Salle — Hostilité du nouveau gouverneur — Triomphe de la faction adverse — La Salle part pour la France.

La Louisiane était le nom que La Salle avait donné au nouveau domaine de la couronne française. Le règne des Bourbons en Occident n’est plus qu’un souvenir du passé, mais le nom du Grand Roi subsiste encore dans un coin reculé de leur empire perdu. La Louisiane d’aujourd’hui n’est qu’un État au sein de la république américaine. La Louisiane de La Salle s’étendait des Alleghenys aux montagnes Rocheuses ; du Rio Grande et du golfe jusqu’aux sources les plus éloignées du Missouri.[245]

La Salle avait inscrit son nom dans l’histoire ; mais ses succès, obtenus au prix de grands efforts, n’étaient que le prélude à une tâche encore plus difficile. D’immenses efforts l’attendaient s’il voulait réaliser les projets qui hantaient son esprit. Déterminé à les mener à bien, il reprit son chemin et poussa ses canoës vers le haut, contre le courant boueux. Le groupe était affamé. Ils n’avaient presque rien à manger, si ce n’est la chair d’alligators. Lorsqu’ils arrivèrent chez les Quinipissas, qui s’étaient montrés hostiles lors de leur descente, ils décidèrent de tenter une rencontre avec eux dans l’espoir d’obtenir de la nourriture. Les sauvages perfides feignirent la bonne foi, leur apportèrent du maïs, puis, la nuit suivante, attaquèrent, mais furent repoussés dans le sang. Le groupe visita ensuite les Coroas et constata un changement défavorable dans leur attitude envers eux. Certes, ils les firent festoyer, mais pendant le repas, ils les encerclèrent avec une force militaire écrasante. Cependant, les Français restèrent suffisamment vigilants pour que leurs hôtes n’osent pas attaquer et ils les laissèrent partir sans être importunés.[246]

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Et maintenant, au sommet d’une carrière marquée par un succès inhabituel et des triomphes attendus, La Salle fut arrêté par une maladie redoutable contre laquelle même le cœur le plus courageux est impuissant. Alors qu’il remontait le Mississippi, il fut frappé par une maladie dangereuse. Incapable de continuer, il envoya Tonty à Michilimackinac ; de là, après avoir envoyé des nouvelles de leur découverte au Canada, il devait retourner en Illinois. La Salle lui-même resta impuissant au fort Prudhomme, cette fortification que ses hommes avaient construite aux Chickasaw Bluffs en descendant le fleuve. Le père Zenobe Membré s’occupa de lui ; à la fin du mois de juillet, il fut à nouveau en état de progresser lentement vers le fort Miami, qu’il atteignit en environ un mois. En septembre, il rejoignit Tonty à Michilimackinac, et le mois suivant, il écrivit à un ami en France : « Bien que ma découverte soit faite et que j’aie descendu le Mississippi jusqu’au golfe du Mexique, je ne peux ni vous envoyer ce année un récit de mon voyage ni une carte. Sur le chemin du retour, j’ai été attaqué par une maladie mortelle qui m’a mis en danger pendant quarante jours ; elle m’a laissé si faible que je n’ai pu penser à rien pendant quatre mois. Je n’ai presque plus la force d’écrire mes lettres, et la saison est déjà trop avancée pour que je puisse retenir ne serait-ce qu’un jour cette canoë que j’envoie expressément pour les transporter. Si je n’avais pas craint de devoir passer l’hiver en chemin, j’aurais tenté d’atteindre Québec pour rencontrer le nouveau gouverneur, s’il est vrai que nous en aurons un ; mais dans mon état actuel, ce serait un acte de suicide, en raison de la mauvaise alimentation que je subirais tout l’hiver si la neige et la glace m’arrêtaient en chemin. De plus, ma présence est absolument nécessaire à l’endroit où je me rends. Je vous en prie, mon cher monsieur, de m’accorder encore toute l’aide possible. J’ai de grands ennemis qui ont réussi dans tout ce qu’ils entreprennent. Je ne prétends pas les résister, mais seulement me justifier, afin de pouvoir poursuivre par mer les projets que j’ai commencés ici par terre. » C’était ce qu’il s’était proposé dès le début : abandonner l’accès difficile par le Canada, infesté d’ennemis, et ouvrir une voie vers ses territoires de l’Ouest par le golfe et le Mississippi. C’était l’objectif de toutes ses explorations pénibles. S’il avait pu réaliser son premier projet, celui de construire un navire sur l’Illinois et de descendre avec lui jusqu’au golfe, il aurait pu couvrir en grande partie les frais de l’entreprise grâce aux fourrures et aux peaux de bison collectées en chemin.

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et l’a emmenée en France. Avec une flotte de canoës, c’était impossible ; il n’y avait rien pour compenser les énormes dépenses qu’il et ses associés avaient engagées. Comme nous l’avons vu, il comptait fonder sur les rives de l’Illinois une colonie de Français et d’Indiens, afin d’atteindre un double objectif : servir de rempart contre les Iroquois et de lieu de stockage pour les fourrures de toutes les tribus de l’Ouest ; il espérait, l’année suivante, assurer une issue à cette colonie ainsi qu’à tout le commerce de la vallée du Mississippi, en occupant l’embouchure de ce fleuve avec une forteresse et une autre colonie. Cela faisait également partie intégrante de son projet initial. Mais en raison de sa maladie, il serait allé en France pour veiller à sa mise en œuvre. Entre-temps, il ordonna à Tonty de rassembler autant d’hommes que possible et de commencer à installer la colonie prévue sur les rives de l’Illinois. Peu après, un rapport lui parvint selon lequel ces parasites des contrées sauvages, les Iroquois, étaient sur le point de reprendre leurs attaques contre les tribus de l’Ouest. Cela aurait été fatal à ses plans ; il suivit donc Tonty jusqu’à l’Illinois et le rejoignit près du site de la grande ville.
La falaise appelée « Starved Rock », aujourd’hui montrée aux voyageurs comme la principale curiosité naturelle de la région, s’élève, escarpée sur trois côtés comme le mur d’un château, à une hauteur de cent vingt-cinq pieds au-dessus du fleuve. À l’avant, elle surplombe les eaux qui baignent son pied ; son sommet occidental domine les cimes des arbres de la forêt en contrebas ; à l’est se trouve une large gorge ou ravine, envahie par les feuillages mêlés de chênes, noyers et ormes ; tandis que dans ses profondeurs rocheuses, un petit ruisseau s’écoule pour se mêler au fleuve. Depuis le tronc du cèdre atrophié qui penche vers l’avant depuis le bord, on peut lancer une plombée dans le fleuve en contrebas, où l’on peut clairement voir les poissons-chat et les tortues glisser sur les sables ridés du courant clair et peu profond. La falaise n’est accessible que par l’arrière, où un homme peut grimper, non sans difficulté, par un passage étroit et escarpé. Le sommet s’étend sur environ un acre. C’est ici, au mois de décembre, que La Salle et Tonty commencèrent à s’y installer. Ils abattirent la forêt qui couronnait la falaise, construisirent des entrepôts et des habitations à partir de ses débris, tirèrent du bois le long du chemin accidenté, et entourèrent le sommet d’une palissade.[247]

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Ainsi l’hiver s’écoula, et pendant ce temps les négociations avançaient paisiblement. Les Indiens de la colonie de La Salle étaient déjà prêts. En lui, ils voyaient leur champion contre les Iroquois, la terreur permanente de toute cette région. Ils se rassemblaient autour de sa forteresse, comme la paysannerie craintive du Moyen Âge autour du château en pierre de leur seigneur féodal. Depuis les remparts en bois de Saint-Louis — c’est ainsi qu’il nomma sa forteresse — hauts et inaccessibles comme un nid d’aigle, un spectacle étrange s’offrait à ses yeux. La vaste vallée plate de l’Illinois s’étendait sous lui comme une carte, bordée au loin par son faible mur de collines boisées. La rivière serpentait à

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ses pieds dans des canaux sinueux entre des îles bordées d’arbres imposants ; puis, bien à gauche, il coulait calmement vers l’ouest à travers les vastes prairies, jusqu’à ce que sa bande bleue scintillante disparaisse dans la distance brumeuse. Il y avait eu un temps, pas si lointain, où ces belles prairies étaient un désert de mort et de désolation, ravagées par le feu et jonchées des reliques effrayantes d’une victoire iroquoise. Maintenant, tout avait changé. La Salle regardait depuis son rocher une foule de vies humaines sauvages. Des abris faits de écorce et de roseaux, ou des cabanes en troncs d’arbres, étaient regroupés sur la plaine ou le long des forêts avoisinantes. Des femmes indiennes travaillaient, des guerriers se prélassaient au soleil, des enfants nus criaient et jouaient dans l’herbe. De l’autre côté de la rivière, à un mile et demi à gauche, les rives étaient à nouveau parsemées des abris des Illinois, qui, au nombre de six mille, étaient revenus, depuis leur défaite, dans leur lieu de résidence préféré. Disséminés le long de la vallée, parmi les collines voisines ou sur les prairies adjacentes, se trouvaient les camps de une demi-douzaine d’autres tribus et de fragments de tribus, réunis sous la protection des Français — des Shawanois de l’Ohio, des Abénakis du Maine, des Miamis des sources du Kankakee, ainsi que d’autres dont les noms barbares ne valent guère d’être consignés.[248] Ceux-là n’étaient pas non plus les seuls dépendants de La Salle. Selon les termes de son brevet, il possédait des droits seigneuriaux sur ce domaine sauvage ; et il commença alors à le distribuer en parcelles à ses partisans. Ceux-ci n’étaient cependant encore qu’une vingtaine — une bande sans loi, habituée à vivre librement dans la forêt, et qui, comme le prétendaient ses détracteurs, épousait une nouvelle femme indienne chaque jour de la semaine. Cela se passait après le départ de leur maître, car sa présence imposait un frein à ces excentricités. La Salle, dans un mémoire adressé au Ministre de la Marine, indique que le nombre total d’Indiens autour du fort Saint-Louis était d’environ quatre mille guerriers, soit vingt mille âmes. Sa diplomatie avait été couronnée d’un succès merveilleux — pour lequel il devait d’abord remercier les Iroquois, et la terreur universelle qu’ils inspiraient ; ensuite, son propre talent oratoire et son énergie inépuisable. Sa colonie avait vu le jour, pour ainsi dire, en une nuit ; mais une nuit ne suffirait-elle pas à la disperser ? Les conditions pour la maintenir étaient doubles : premièrement, il devait fournir une aide efficace à ses colons sauvages contre les Iroquois ; deuxièmement, il devait leur fournir des marchandises françaises en échange de leurs fourrures. Des hommes, des armes et des munitions pour leur défense, ainsi que des marchandises pour commercer avec eux.

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Il fallait l’obtenir du Canada, jusqu’à ce qu’une voie d’approvisionnement meilleure et plus fiable puisse être mise en place grâce à l’entrepôt qu’il comptait établir à l’embouchure du Mississippi. Le Canada était plein de ses ennemis ; mais tant que le comte Frontenac était au pouvoir, il pouvait compter sur son soutien. Le comte Frontenac n’était plus au pouvoir. Il avait été rappelé en France à cause des intrigues du parti hostile à La Salle ; et Le Febvre de la Barre gouvernait à sa place.

La Barre était un ancien officier de marine de haut rang, promu à un poste pour lequel il se révéla nettement inapte. S’il était dépourvu des passions arbitraires qui avaient été la principale cause du rappel de son prédécesseur, il n’en manquait pas moins d’énergie et de talent. Il montrait une faiblesse et une avidité pour lesquelles son âge pouvait en partie être responsable. Il n’était pas moins sans scrupules que son prédécesseur dans sa violation secrète des ordonnances royales régissant le commerce des fourrures, dont il avait pourtant le devoir de faire respecter. Comme Frontenac, il profitait de sa position pour mener un commerce illicite avec les Indiens ; mais c’était avec d’autres associés. Les amis de l’ancien gouverneur étaient les ennemis du nouveau gouverneur ; et La Salle, armé de ses monopoles, était l’objet de sa jalousie particulière.[249]

Pendant ce temps, La Salle, retranché dans les contrées sauvages de l’Ouest, ignorait pour l’instant l’attitude de La Barre à son égard, et s’efforçait d’obtenir sa bienveillance et son appui. Il lui écrivit depuis sa colonie de Saint-Louis, au début du printemps 1683, exprimant l’espoir d’obtenir de lui le même soutien que de la part du comte Frontenac ; « bien que », disait-il, « mes ennemis essaieront de vous influencer contre moi ». Son attachement à Frontenac, poursuivait-il, avait été la cause de la volte-face de tous les ennemis de l’ancien gouverneur contre lui. Il racontait alors son voyage le long du Mississippi ; disant qu’avec vingt-deux Français, il avait amené toutes les tribus le long du fleuve à demander la paix ; et parlait de son droit, selon le brevet royal, de construire des forts partout le long de son parcours, et d’accorder des terres autour d’eux, comme à Fort Frontenac.

« Mes pertes dans mes entreprises », continuait-il, « ont dépassé quarante mille couronnes. Je me rends maintenant à quatre cents lieues au sud-sud-ouest de cet endroit, pour inciter les Chickasaws à suivre les Shawanoes et les autres tribus, et à s’installer, comme eux, à Saint-Louis. Il ne restait plus qu’à installer des Français… »

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colons ici, et ceci, je l’ai déjà fait. J’espère que vous ne les retiendrez pas en tant que coureurs de bois lorsqu’ils descendront à Montréal pour faire des achats nécessaires. Je suis conscient de n’avoir aucun droit de commercer avec les tribus qui descendent à Montréal, et je n’autoriserai pas mes hommes à pratiquer un tel commerce ; je n’ai jamais non plus délivré de licences à cet effet, contrairement à ce que disent mes ennemis.

De nouveau, le 4 juin suivant, il écrit à La Barre, depuis le portage de Chicago, se plaignant que certains de ses colons, partis à Montréal pour des fournitures nécessaires, ont été retenus par ses ennemis, et demandant instamment qu’on leur permette de revenir afin que son entreprise ne soit pas ruinée. « Les Iroquois », poursuit-il, « envahissent de nouveau la région. L’an dernier, les Miamis furent tellement effrayés par eux qu’ils abandonnèrent leur ville et s’enfuirent ; mais à mon retour, ils revinrent et furent incités à s’installer avec les Illinois à mon fort de Saint-Louis. Les Iroquois ont récemment assassiné quelques familles de leur propre peuple, et ils sont de nouveau dans la terreur. J’ai peur qu’ils ne s’enfuient, empêchant ainsi les Missouris et les tribus voisines de venir s’installer à Saint-Louis, comme ils le projettent.

Certains Hurons et Français disent aux Miamis que je les retiens ici pour que les Iroquois les détruisent. Je vous prie de bien vouloir m’écrire afin que je puisse donner à ces gens certaines garanties de protection avant qu’ils ne soient anéantis sous mes yeux. Ne permettez pas plus longtemps à mes hommes qui sont descendus dans les colonies d’être empêchés de revenir. Il y a ici un grand besoin de renforts. Comme je l’ai dit, les Iroquois sont entrés récemment dans la région ; une grande terreur règne. J’ai retardé mon départ pour Michilimackinac, car si les Iroquois portaient un coup en mon absence, les Miamis penseraient que je suis de mèche avec eux ; tandis que si moi et les Français restons parmi eux, ils nous considéreront comme des protecteurs. Mais, monsieur, il est vain que nous risquions nos vies ici et que j’épuise mes ressources pour remplir les intentions de Sa Majesté, si toutes mes mesures sont contrecarrées dans les colonies en bas, et si ceux qui descendent pour apporter des munitions, sans lesquelles nous ne pouvons nous défendre, sont retenus au prétexte de raisons inventées à cette fin. Si l’on m’empêche d’amener des hommes et des provisions, comme me l’autorise l’autorisation du comte Frontenac, alors ma patente du Roi est inutile. Il nous serait très difficile, après avoir fait ce qui était exigé, même avant la date prescrite, et après avoir subi de lourdes pertes, de voir nos efforts frustrés par des obstacles créés délibérément.

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J’espère que, puisque c’est à vous seul qu’il revient d’empêcher ou de permettre le retour des hommes que j’ai envoyés, vous ne ferez rien pour contrecarrer mes plans. Une partie des marchandises que j’ai fait envoyer par eux ne m’appartient pas, mais appartient au sieur de Tonty, et fait partie de sa solde. D’autres sont destinées à acheter des munitions indispensables à notre défense. Ne laissez pas mes créanciers s’en emparer. C’est dans leur intérêt que ma forteresse, pleine de marchandises, soit tenue contre l’ennemi. Je n’ai que vingt hommes, avec à peine cent livres de poudre ; je ne peux pas tenir longtemps ce territoire sans plus de renforts. Les Illinois sont très capricieux et incertains... Si j’avais assez d’hommes pour envoyer en reconnaissance vers l’ennemi, je l’aurais fait avant cela ; mais je n’en ai pas assez. J’espère que vous me permettrez d’en obtenir davantage, afin que cette colonie importante puisse être sauvée.[251]

Pendant que La Salle écrivait ainsi à La Barre, celui-ci écrivait à Seignelay, le ministre de la Marine et des Colonies, dénonçant les découvertes de son correspondant et feignant de douter de leur réalité. « Les Iroquois », ajoute-t-il, « ont juré sa mort [celle de La Salle]. L’imprudence de cet homme est sur le point de plonger la colonie dans la guerre.»[252] Et encore, au printemps suivant, il écrit pour dire que La Salle se trouvait avec une vingtaine de vagabonds à Green Bay, où il s’était proclamé roi, pillait ses compatriotes et les prenait en otage, exposant les tribus de l’Ouest aux incursions des Iroquois, tout cela sous prétexte d’une autorisation délivrée par Sa Majesté, dont il abusait gravement ; mais comme ses privilèges devaient expirer le 12 mai suivant, il serait alors contraint de venir à Québec, où ses créanciers, à qui il devait plus de trente mille couronnes, l’attendaient avec impatience.[253]

Enfin, lorsque La Barre reçut les deux lettres de La Salle, dont le contenu est donné ci-dessus, il en envoya des copies au ministre Seignelay, avec le commentaire suivant : « À travers les copies des lettres du sieur de La Salle, vous verrez que son esprit est dérangé, et qu’il a eu l’audace de vous communiquer des informations fausses ; et au lieu de retourner dans la colonie pour savoir ce que le Roi souhaite qu’il fasse, il ne vient même pas près de moi, mais reste dans les régions reculées, à cinq cents lieues d’ici, dans l’intention d’attirer les habitants à lui et de se créer un royaume imaginaire en corrompant tous les faillis et les oisifs de ce pays. Si vous examinez les deux lettres que j’ai reçues de lui, vous pourrez...»

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Jugez le caractère de ce personnage mieux que je ne le peux. Les relations avec les Iroquois sont dans un tel état que je ne peux pas lui permettre de rassembler tous leurs ennemis et de se mettre à leur tête. Tous ceux qui m’ont apporté des nouvelles de sa part l’ont abandonné ; ils ne parlent même pas de retourner auprès de lui, mais vendent les fourrures qu’ils ont apportées comme si c’étaient les leurs ; de sorte qu’il ne peut plus tenir longtemps son poste.[254] De telles calomnies eurent leur effet. Les ennemis de La Salle avaient déjà gagné l’oreille du Roi ; et celui-ci avait écrit en août, depuis Fontainebleau, à son nouveau gouverneur du Canada : « Je suis convaincu, comme vous, que la découverte du sieur de La Salle est très inutile, et que de telles entreprises doivent être empêchées à l’avenir, car elles ne servent qu’à corrompre les habitants par l’espoir de gain et à diminuer les revenus provenant des peaux de castor. »[255]
Afin de comprendre la situation à cette époque, il faut se rappeler que les marchands hollandais et anglais de New York incitaient les Iroquois à attaquer les tribus de l’Ouest, dans le but de prendre, par leurs conquêtes, le contrôle du commerce des fourrures de l’intérieur et de le détourner de Montréal vers Albany. Ce plan était extrêmement dangereux pour le Canada, qui aurait été ruiné par la perte de ce commerce. La Barre et ses associés en étaient grandement alarmés. Un succès complet de ce plan aurait été fatal à leurs espoirs de profit ; mais ils souhaitaient néanmoins qu’il obtienne un tel degré de succès qu’il ruine leur rival, La Salle. C’est pourquoi une certaine satisfaction se mêlait à leur anxiété lorsqu’ils apprirent que les Iroquois menaçaient à nouveau d’invaser les Miamis et les Illinois ; ainsi, La Barre, dont il était du devoir de s’opposer farouchement aux intrigues des Anglais et de faire tout son possible pour calmer les bandes féroces qu’ils poussaient contre les alliés indiens des Français, n’était en réalité que médiocrement actif dans sa tâche. Il coupa La Salle de toutes les fournitures, retint les hommes qu’il envoyait à son secours et, lors d’une conférence avec les Iroquois, leur dit qu’ils étaient les bienvenus pour le piller et le tuer.[256]
L’ancien gouverneur, ainsi que le cercle sans scrupules avec lequel il était associé, firent alors un pas auquel ils furent sans doute encouragés par le ton de la lettre du Roi, condamnant l’entreprise de La Salle. Ils décidèrent de s’emparer du fort Frontenac, propriété de La Salle, sous prétexte que ce dernier n’avait pas rempli les conditions de l’octroi et n’avait pas maintenu une garnison suffisante.

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garnison.[257] Deux de ses associés, La Chesnaye et Le Ber, munis d’un ordre émanant de lui, se rendirent sur place et s’emparèrent du fort, malgré les protestations des créanciers et des preneurs à gage de La Salle ; ils vécurent aux dépens des provisions de La Salle, les vendirent à leur propre profit, et (on dit) aussi celles de La Barre, ainsi que les vivres envoyés par le Roi, puis mirent le bétail à paître sur les cultures en cours de développement. La Forest, lieutenant de La Salle, fut informé qu’il pouvait conserver le commandement du fort s’il rejoignait ces associés ; mais il refusa et partit pour la France à l’automne.[258]
Pendant ce temps, La Salle restait à l’Illinois dans une situation extrêmement difficile : coupé de tout ravitaillement, privé de ses hommes qui étaient partis en chercher, et incapable de tenir les promesses qu’il avait faites aux Indiens des environs.
C’était là sa situation lorsque des rapports parvinrent au fort Saint-Louis indiquant que les Iroquois étaient à proximité. Les villages indiens étaient pris de terreur et le suppliaient de venir à leur secours, ce qu’il ne pouvait pas faire. Heureusement, ces rapports se révélèrent faux. Aucun Iroquois n’apparut ; l’attaque menaçante fut reportée, et l’été s’écoula en paix. Mais la situation de La Salle, avec le gouverneur déclaré son ennemi, était intolérable et insoutenable ; il n’y avait d’autre solution que de solliciter la protection de la cour. Au début de l’automne, il laissa Tonty à la tête du fort, prit congé de ses gardes barbares et descendit à Québec, avec l’intention de partir pour la France.
En chemin, il rencontra le chevalier de Baugis, un officier des dragons du Roi, chargé par La Barre de s’emparer du fort Saint-Louis, et porteur de lettres du gouverneur ordonnant à La Salle de se rendre à Québec — une instruction superflue, puisqu’il était déjà en route. Il maîtrisa sa colère et écrivit à Tonty pour qu’il accueille bien de Baugis. Le chevalier et son groupe se rendirent à l’Illinois et s’emparèrent du fort : de Baugis commandait au nom du gouverneur, tandis que Tonty restait comme représentant de La Salle. Les deux officiers ne purent vivre en harmonie ; mais, avec le retour du printemps, chacun eut grand besoin de l’aide de l’autre. Vers la fin du mois de mars, les Iroquois attaquèrent leur citadelle et la assiégèrent pendant six jours, mais finirent par se retirer, vaincus, emmenant avec eux un certain nombre de prisonniers indiens, dont la plupart réussirent à s’échapper de leurs griffes.[259]
Pendant ce temps, La Salle était parti pour la France.

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NOTES DE PIÈCE :
[ Les limites sont indiquées sur la grande carte de Franquelin, réalisée en 1684 et conservée au Dépôt des Cartes de la Marine. La ligne suit la côte sud du lac Érié, puis retrace le cours des rivières qui se jettent dans le lac Michigan. Elle tourne ensuite vers le nord-ouest et disparaît dans l’immensité inconnue des territoires aujourd’hui britanniques. Au sud, elle est tracée le long des sources des rivières qui se jettent dans le golfe, jusqu’à Mobile ; par la suite, elle longe la côte du golfe jusqu’un peu au sud du Rio Grande ; ensuite, elle va vers l’ouest, le nord-ouest, et enfin vers le nord, le long de la chaîne des Rocheuses. ]
[ Tonty, 1684, 1693. ]
[ “Starved Rock” correspond parfaitement, à tous égards, aux indications des cartes et documents contemporains concernant “Le Rocher”, le site du fort Saint-Louis de La Salle. Il est indiqué sur plusieurs cartes de l’époque, en plus de la grande carte des découvertes de La Salle, réalisée en 1684. Toutes les cartes le situent du côté sud de la rivière ; tandis que Buffalo Rock, situé trois miles plus haut et que l’on croyait être le site du fort, se trouve du côté nord. Ce dernier est couronné par un plateau de grande étendue, n’atteignant que soixante pieds de hauteur, étant accessible en plusieurs endroits, et nécessitant une forte garnison pour être défendu ; tandis que La Salle choisit “Le Rocher”, car quelques hommes pouvaient le tenir face à une foule. Charlevoix, en 1721, décrit ces deux rochers et affirme que le sommet de Buffalo Rock était occupé par le village des Miami, ce qui explique pourquoi il était connu sous le nom de Le Fort des Miamis. Cela est confirmé par Joutel, qui trouva les Miami ici en 1687. Charlevoix parle ensuite de “Le Rocher”, l’appelant ainsi ; il dit qu’il se trouve à environ une lieue en aval, du côté gauche ou sud, formant un précipice très haut, ressemblant à une forteresse au bord de la rivière. Il vit des restes de palissades au sommet, que, selon lui, avaient construites les Illinois (Journal Historique, Let. xxvii.), bien que ses compatriotes ne l’aient occupé que trois ans auparavant. “Les Français résident sur le rocher (Le Rocher), qui est très élevé et imprenable.” (Memoir on Western Indians, 1718, dans N. Y. Col. Docs., ix. 890.) St. Cosme, passant par là en 1699, le mentionne comme “Le Vieux Fort”, et dit qu’il s’agit d’un rocher d’environ cent pieds de hauteur au bord de la rivière, où M. de la Salle a construit un fort, depuis abandonné. (Journal de St. Cosme.) Joutel, qui était ici en 1687, dit : “Le fort Saint-Louis se trouve sur un rocher escarpé, d’environ deux cents pieds de hauteur, avec la rivière qui coule à sa base.” Il ajoute que ses seules défenses étaient des palissades. La hauteur réelle, comme indiqué ci-dessus, est d’environ cent vingt-cinq pieds.]

Un intérêt traditionnel s’attache également à ce rocher. On dit que, lors des guerres indiennes qui ont suivi l’assassinat de Pontiac, quelques années après la cession du Canada, un groupe d’Illinois, attaqué par les Pottawattamies, y trouva refuge, défiant les attaques. Finalement, ils furent tous anéantis de faim, d’où le nom de « Starved Rock ». Pour d’autres preuves concernant ce lieu, voir ante, 239.
[Cette singulière colonie improvisée de La Salle, sur les rives de l’Illinois, est décrite en détail sur la grande carte des découvertes de La Salle, réalisée par Jean Baptiste Franquelin en 1684. Il ne fait aucun doute que cette partie de l’œuvre est basée sur des données authentiques. La Salle lui-même, ainsi que d’autres membres de son groupe, descendirent de l’Illinois à l’automne 1683 et fournirent sans aucun doute au jeune ingénieur des informations utiles. Les divers villages indiens, ou]

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Les cantonnements sont tous indiqués, avec le nombre de guerriers appartenant à chacun ; la somme totale correspond presque exactement à celle indiquée dans le rapport de La Salle au ministre. Les Illinois, proprement dits, sont comptés à 1 200 guerriers ; les Miamis, à 1 300 ; les Shawanoes, à 200 ; les Ouiatnoens (Weas), à 500 ; la bande des Peanqhichia (Piankishaw), à 150 ; les Pepikokia, à 160 ; les Kilatica, à 300 ; et les Ouabona, à 70 — au total, 3 880 guerriers. Quelques autres, probablement des Abenakis, vivaient dans la forteresse.

La forteresse Saint-Louis est située, sur la carte, à l’endroit exact de Starved Rock, et le village des Illinois à l’emplacement où, comme cela a déjà été mentionné (voir 239), des restes indiens en grande quantité sont déterrés chaque année. Le camp ou village des Shawanoes se trouve du côté sud de la rivière, derrière la forteresse. La région est ici vallonnée, accidentée, et, tout comme à l’époque de La Salle, couverte de forêts, qui cependant se terminent rapidement par de vastes prairies. Il y a peu de temps, des restes d’une fortification en terre basse et irrégulière, d’une étendue considérable, ont été découverts à l’intersection de deux ravins, à environ deux mille quatre cents pieds derrière, ou au sud de, Starved Rock. Cette fortification suit la ligne des ravins sur deux côtés. À l’est, il y a une ouverture, ou porte d’entrée, menant à la prairie adjacente. La construction est très irrégulière et ne montre aucun signe d’un ingénieur civilisé. Sur le tronc d’un chêne qui s’y trouve, le Dr Paul a compté cent soixante anneaux de croissance annuelle. Le village des Shawanoes (Chaouenons), sur la carte de Franquelin, correspond à l’emplacement de cette fortification. Je suis redevable à la gentillesse du Dr John Paul et du colonel D. F. Hitt, propriétaire de Starved Rock, pour un plan de ces curieux vestiges ainsi que pour une étude de la région avoisinante. Je dois également exprimer ma gratitude envers M. W. E. Bowman, photographe à Ottawa, pour les photographies de Starved Rock et d’autres paysages de la région.

Un intéressant vestige des premiers explorateurs de cette région a été trouvé il y a quelques années à Ottawa, à six miles au-dessus de Starved Rock, sous forme d’un petit canon en fer, enterré à plusieurs pieds de profondeur dans les sédiments du fleuve. Il se compose d’un tube en fer soudé, d’un calibre d’environ un pouce et demi, renforcé par une série de gros anneaux en fer, refroidi selon la méthode la plus ancienne ainsi que la plus récente de fabrication des canons. Il mesure environ quatorze pouces de long, la partie proche de la bouche ayant été arrachée. La construction est très rudimentaire. De petits canons de camp, selon un principe similaire, étaient utilisés au XIVe siècle. Plusieurs d’entre eux peuvent être vus au Musée d’Artillerie à Paris. À l’époque de Louis XIV, l’art de la fonte des canons avait atteint un haut degré de perfection. Le canon en question pourrait avoir…

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a été fabriqué sur place par un forgeron français. Une supposition bien moins probable est qu’il s’agisse d’un vestige d’une visite non enregistrée des Espagnols ; mais le modèle de l’objet aurait déjà été dépassé, même à l’époque de De Soto.
[Les instructions royales adressées à La Barre lorsqu’il prit les rênes du gouvernement, datées de Versailles, le 24 octobre 1682, lui ordonnent de ne plus accorder de permis pour des expéditions de découverte vers les Sioux et le Mississippi, car Sa Majesté estime que ses sujets feraient mieux de cultiver la terre. La lettre ajoute cependant que La Salle pourra continuer ses explorations si celles-ci semblent utiles. Les mêmes instructions sont répétées dans une lettre du ministre de la Marine adressée au nouveau intendant du Canada, De Meules.]
[Lettre de La Salle à La Barre, Fort St. Louis, 2 avril 1683. Ce qui précède est un résumé de 25 passages tirés du texte original.]
[Lettre de La Salle à La Barre, Portage de Chicagou, 4 juin 1683. Le contenu de la lettre est donné ci-dessus sous forme condensée. Un passage est omis, dans lequel La Salle exprime son opinion selon laquelle son navire, le « Griffin », aurait été détruit non pas par des Indiens, mais par le pilote, qui, selon lui, aurait été incité à le faire couler, puis, avec quelques membres d’équipage, aurait tenté de rejoindre Du Lhut avec leur butin, mais aurait été capturé par des Indiens sur le Mississippi.]
[Lettre de La Barre au ministre, 14 novembre 1682.]
[Lettre de La Barre au ministre, 30 avril 1683. La Salle avait passé l’hiver, non pas à Green Bay, comme le prétend cette lettre calomnieuse, mais dans la région de l’Illinois.]
[Lettre de La Barre au ministre, 4 novembre 1683.]
[Lettre du Roi à La Barre, 5 août 1683.]
[Mémoire destiné à rendre compte à Monseigneur le marquis de Seignelay de l’état dans lequel le sieur de La Salle avait laissé le fort Frontenac pendant son expédition. Pour connaître le comportement de La Barre, voir « Le comte Frontenac et la Nouvelle-France sous Louis XIV », chapitre V.]
[La Salle, alors à Mackinaw en route pour Québec en 1682, avait été rappelé dans l’Illinois, comme nous l’avons vu, en raison de la menace d’une invasion iroquoise. J’ai entre les mains une copie d’une lettre qu’il écrivit alors au comte Frontenac, le suppliant d’envoyer davantage de soldats au fort, à ses propres frais. Frontenac, sur le point de partir pour la France, remit cette lettre à son successeur fraîchement arrivé, La Barre, qui, loin de répondre à cette demande, retira les soldats de La Salle déjà présents au fort, puis utilisa cet état sans défense comme prétexte pour s’en emparer. Cette affirmation figure dans le mémoire adressé à Seignelay, cité précédemment.]
[Ces sont les affirmations contenues dans le mémoire adressé au ministre Seignelay en faveur de La Salle.]
[Tonty, 1684, 1693 ; Lettre de La Barre au ministre, 5 juin 1684 ; Ibid., 9 juillet 1684.]

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CHAPITRE XXII.
1680-1683.
LA SALLE PEINT PAR LUI-MÊME.
Difficulté à le connaître : ses détracteurs ; ses lettres ; les contrariétés de sa position ; son inaptitude pour le commerce ; les risques liés à la correspondance ; son mariage prétendu ; une ostentation supposée ; les motifs de ses actions ; des accusations de dureté ; des intrigues contre lui ; des manières impopulaires ; une confession étrange ; ses forces et ses faiblesses ; les contrastes de son caractère.
Nous avons vu La Salle dans ses actes. Alors qu’il traverse l’océan, regardons-le en lui-même. Peu de gens le connaissaient, même parmi ceux qui l’avaient vu le plus souvent. Réserveux et introverti, sans grande vivacité ni gaieté, ni amour du plaisir, il était comme un livre fermé pour ceux qui l’entouraient. Son énergie audacieuse et sa résistance étaient visibles à tous ; mais les forces motrices qui le poussaient, ainsi que les influences qui agissaient sous la surface de son caractère, restaient cachées, hors de portée des regards. Ses ennemis pouvaient donc interpréter les choses à leur guise, et ils ne manquaient pas d’en profiter.
Les intérêts opposés à lui étaient constamment à l’œuvre. Ses hommes étaient incités à le trahir et à le voler ; les Iroquois apprenaient qu’il armait les tribus de l’Ouest contre eux ; les tribus de l’Ouest apprenaient qu’il les trahissait au profit des Iroquois ; ses actions étaient dénoncées auprès du tribunal ; et des efforts constants étaient faits pour éloigner ses associés. Ceux-ci, profondément déçus et lésés, étaient enclins à croire aux calomnies portées contre lui ; ils le harcelaient de lettres, posant des questions, exigeant des explications et le pressant de leur donner de l’argent. C’est à travers ses réponses que nous pouvons le juger le mieux ; et parfois, grâce à ces aspects de la nature qui rapprochent tous les hommes, elles nous permettent de le comprendre et de ressentir de la compassion pour lui.
Les principales accusations portées contre lui étaient qu’il était un intrigant fou, qu’il était dur envers ses hommes, ACCUSATIONS CONTRE LA

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qu’il a fait du commerce là où il n’avait pas le droit de le faire, et que ses découvertes n’étaient qu’un prétexte pour gagner de l’argent. Aucune accusation ne porte atteinte à son intégrité ou à son honneur. Il était difficile de convaincre ceux qui perdaient constamment à cause de lui. Un versement de bons dividendes aurait été sa meilleure réponse, rendant toute autre réponse inutile ; mais, au lieu de lettres de change, il n’avait rien à offrir que des excuses et des explications. À l’automne 1680, il écrivit à un associé qui réclamait les profits depuis longtemps retardés : « J’ai eu de nombreuses malchances au cours des deux dernières années. À l’automne 78, j’ai perdu un navire par la faute du pilote ; l’été suivant, les déserteurs dont je vous ai parlé m’ont volé des marchandises d’une valeur de huit ou dix mille livres. À l’automne 79, j’ai perdu un navire d’une valeur supérieure à dix mille couronnes ; le printemps suivant, cinq ou six scélérats ont volé, à l’Illinois, en mon absence, des marchandises et des peaux de castor d’une valeur de cinq ou six mille livres. Deux autres de mes hommes, transportant des fourrures d’une valeur de quatre ou cinq mille livres, ont été tués ou noyés sur le Saint-Laurent, et les fourrures se sont perdues. Un autre m’a volé trois mille livres en peaux de castor stockées à Michilimackinac. Ce dernier printemps, j’ai perdu des marchandises d’une valeur d’environ mille sept cents livres à cause du renversement d’une canoë. L’hiver dernier, la forteresse et les bâtiments de Niagara ont été brûlés par la faute du commandant ; et au printemps, les déserteurs qui sont passés par là ont saisi une partie des biens restants et se sont enfuis à New York. Tout cela ne me décourage nullement et ne fera que reporter d’un an ou deux le retour des profits que vous demandez cette année. Ces pertes ne sont pas plus ma faute que la perte du navire ‘Saint-Joseph’ n’était la vôtre. Je ne peux être partout et je dois bien utiliser les gens du pays. » Il demande à son correspondant d’envoyer un agent de son propre chef. « Il n’a pas besoin d’être très savant, mais il doit être fidèle, patient face au travail, et ne pas aimer ni le jeu, ni les femmes, ni les festins ; car il ne trouvera rien de tout cela chez moi. Fiant à ce qu’il vous écrira, vous pouvez fermer vos oreilles à ce que prêtres et jésuites vous disent. »

« Après avoir mis les choses en ordre pour le commerce, j’ai l’intention de me retirer, bien que je pense que ce sera très pénible ; car je suis dégoûté de devoir toujours trouver des excuses, ce rôle que je ne peux jouer avec succès. Je suis complètement… »

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Fatigué de cette affaire ; car je vois que ce n’est pas suffisant de mettre ses biens et sa vie en péril constamment, mais qu’il faut encore plus d’efforts pour faire face à l’envie et aux calomnies que pour surmonter les difficultés inhérentes à mon entreprise. » Il fait alors diverses propositions, dans l’espoir de se décharger en partie de ses responsabilités envers son correspondant. Il le supplie à nouveau d’envoyer un agent confidentiel, disant qu’il ne veut rendre de comptes, de son côté, que devant le tribunal, au sujet de ses découvertes. Il ajoute, ce qui est étrange pour un homme accablé de telles responsabilités : « Je n’ai ni l’habitude ni l’inclination de tenir des comptes, et je n’ai personne avec moi qui sache le faire. » Il dit à un autre correspondant : « Comme vous, je pense que les partenariats dans les affaires sont dangereux, en raison de ma faible expérience en la matière. » Il n’est pas surprenant qu’il veuille laisser ses associés gérer les affaires eux-mêmes : « Vous savez que ce commerce est profitable ; et avec un agent fiable pour le gérer à votre place, vous ne courez aucun risque. Quant à moi, je garderai la responsabilité des forts, le commandement des postes et des hommes, la gestion des Indiens et des Français, ainsi que l’établissement de la colonie, qui restera ma propriété, tandis que votre agent et le mien s’occuperont de nos intérêts, et je recevrai ma moitié sans avoir à m’occuper de ce qui vous appartient. » La Salle était un commerçant très indifférent ; son cœur n’était pas dans la partie commerciale de son entreprise. Il visait la réussite et aspirait à la grandeur. Son ambition était de fonder une autre France en Occident ; et s’il comptait également la gouverner — ce qu’il faisait sans doute — cela n’a rien d’étonnant ni de blâmable. Son malheur fut de se retrouver, dans la poursuite d’un grand dessein, impliqué dans des complications commerciales auxquelles il n’était pas apte à faire face. Il n’avait pas l’instinct du commerçant prospère. Il osait trop, souvent de manière imprudente ; il tentait plus que ce qu’il pouvait maîtriser, et, dans ses anticipations optimistes, oubliait de tenir compte des risques énormes et incalculables. À part les parties narratives, ses lettres sont décousues et sans lien logique — ce qui est tout à fait normal, étant donné qu’elles étaient écrites à des moments imprévisibles, près du feu de camp, parmi les Indiens. Le style est grossier ; et conscient de cela, il détestait écrire, surtout parce que le risque que ses lettres ne parviennent pas à leur destinataire était extrême. « Il y a trop peu de bonne foi dans ce pays, et trop… »

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Beaucoup de gens sur le qui-vive, ce qui m’empêche de confier à qui que ce soit ce que je souhaite vous envoyer. Même les lettres scellées ne sont pas très sûres. Non seulement elles risquent d’être perdues ou interceptées en chemin, mais même celles qui échappent à la curiosité des espions restent à Montréal, attendant longtemps avant d’être acheminées.

Il écrit encore : « Je ne peux pas me pardonner l’interception de mes lettres, bien que j’aie fait tous les efforts pour qu’elles vous parviennent. J’ai écrit à vous en 79 (en août), et j’ai envoyé mes lettres à M. de la Forest, qui les a remises de bonne foi à mon frère. Je ne sais pas ce qu’il en a fait. J’ai écrit une autre lettre par le navire qui a été perdu l’an dernier. J’ai envoyé deux canoës, par deux itinéraires différents ; mais le vent et la pluie étaient si violents qu’ils ont dû passer l’hiver en route, et je n’ai retrouvé mes lettres qu’au fort à mon retour. Je vous en envoie maintenant une, que j’ai écrite l’an dernier à M. Thouret ; vous y trouverez un compte rendu complet de tout ce qui s’est passé, depuis le moment où nous avons quitté l’embouchure du lac Érié jusqu’au 16 août 1680. Ce qui s’est passé auparavant a été raconté en détail dans les lettres que mon frère a jugé bon d’intercepter. »

Ce frère était le prêtre séculier Jean Cavelier, qui avait été convaincu que l’entreprise de La Salle serait désastreuse ; il s’était donc parfois efforcé de l’arrêter complètement, et parfois de la diriger à sa propre manière. « Son comportement envers moi », dit La Salle, « a toujours été si étrange, en raison du peu d’amour qu’il me portait, que c’était pour moi un véritable soulagement lorsqu’il partait ; car tant qu’il restait, il ne faisait rien d’autre que de gâcher tous mes plans, ce qui m’obligeait à les changer constamment pour répondre à ses caprices. »

Il y avait un point sur lequel l’intervention de son frère et de ses correspondants était particulièrement agaçante : ils estimaient qu’il était dans leur intérêt qu’il reste célibataire ; or, il semble que sa dévotion à sa mission n’était pas si absolue qu’elle exclût des sentiments plus tendres. Il écrit :

« On m’a dit que vous étiez inquiet au sujet de mon prétendu mariage. Je n’y avais pas pensé à ce moment-là ; et je ne prendrai aucune engagement de ce genre avant d’avoir des raisons de vous rassurer. C’est un peu extraordinaire que je doive rendre des comptes sur une affaire qui concerne tout le monde. »

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Enfin, monsieur, c’est seulement en gage de quelque chose de plus substantiel que j’écris à vous avec tant de détails. Je ne doute pas que vous changiez par la suite l’opinion que certaines personnes souhaitent vous donner à mon sujet, et que vous soyez soulagé de l’anxiété que tout ce qui s’est passé justement vous cause. J’ai écrit cette lettre plus de vingt fois différentes ; et je suis à plus de cent cinquante lieues de l’endroit où je l’ai commencée. J’ai encore deux cents lieues à parcourir avant d’atteindre l’Illinois. J’emmène avec moi vingt-cinq hommes pour secourir les six ou sept qui restent avec le sieur de Tonty.
C’était ce voyage qui se termina par cette scène d’horreur dans la ville en ruines de l’Illinois.
À ce même correspondant, en insistant pour obtenir des dividendes, il dit : « Vous répétez sans cesse que vous ne serez pas satisfait à moins que je ne vous fasse de gros profits. Bien que j’aie des raisons de vous remercier pour ce que vous avez fait pour cette entreprise, il me semble que j’en ai fait encore plus, puisque j’ai mis tout en jeu ; et il serait difficile de m’accuser soit de dépenses folles, soit de l’ostentation qui m’est faussement imputée. Que mes accusateurs expliquent ce qu’ils entendent par là. Depuis que je suis dans ce pays, je n’ai eu ni serviteurs, ni vêtements, ni provisions qui n’aient eu davantage l’air de pauvreté que d’ostentation ; et dès que je vois qu’il y a quelque chose avec quoi vous ou la cour trouvez à redire, je vous assure que j’y renoncerai — car la vie que je mène n’a pour moi d’autre attrait que l’honneur ; et plus il y a de dangers et de difficultés dans des entreprises de ce genre, plus je les trouve dignes d’honneur. »
Sa carrière atteste de la sincérité de ces paroles. Ce sont une trahison passagère de l’enthousiasme profond de son caractère, que l’on peut lire dans sa vie, mais auquel il permettait rarement la moindre expression.
« Avant tout », continue-t-il, « si vous voulez que je continue, ne me forcez pas à répondre à toutes les questions et fantaisies des prêtres et des jésuites. Ils ont plus de loisirs que moi ; et je ne suis pas assez subtil pour anticiper toutes leurs histoires vides. Je pourrais facilement vous donner les informations que vous demandez ; mais j’ai le droit d’espérer que vous ne croirez pas tout ce que vous entendrez, ni de devoir vous prouver que je ne suis pas un fou. C’est le premier point auquel vous auriez dû… »

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Il fallait assister à une cérémonie avant de pouvoir avoir affaire à moi ; et au cours de notre longue connaissance, soit vous m’avez découvert tel que je suis, soit j’ai eu de longues périodes de lucidité.

À un autre correspondant, il se défend des accusations de dureté envers ses hommes : « La bienveillance dont on prétend que je manque est déplacée chez ce genre de personnes, qui sont pour la plupart des libertins ; les indulger reviendrait à tolérer la blasphémie, l’ivrognerie, la débauche et une licence incompatible avec tout ordre. On ne trouvera jamais que j’aie traité quelqu’un avec dureté, sauf en cas de blasphèmes ou d’autres crimes commis ouvertement. Je ne peux pas tolérer cela : premièrement, parce qu’une telle complaisance donnerait lieu à une autre accusation, encore plus justifiée ; deuxièmement, parce que si je permettais à de tels désordres de devenir habituels, il serait difficile de maintenir les hommes dans la soumission et l’obéissance pour accomplir la tâche qui m’a été confiée ; troisièmement, parce que les débauches, trop fréquentes parmi cette racaille, sont à l’origine de retards incessants et de vols répétés ; et enfin, parce que je suis chrétien et ne veux pas porter le fardeau de leurs crimes.

Ce qui est dit à propos de mes serviteurs n’a même pas l’apparence de la vérité ; car je n’ai pas de serviteurs ici, et tous mes hommes sont sur un pied d’égalité. J’admets que ceux qui ont vécu avec moi sont plus stables et ne me donnent aucune raison de me plaindre de leur comportement ; c’est pourquoi je les traite avec autant de douceur que je traiterais les autres s’ils leur ressemblaient. Et comme seuls ceux qui étaient autrefois mes serviteurs sont ceux en qui je peux avoir confiance, je leur parle plus ouvertement qu’aux autres, qui sont généralement des espions de mes ennemis. Les vingt-deux hommes qui m’ont abandonné et volé ne méritent pas foi, étant donné qu’ils sont des déserteurs et des voleurs. Ils sont prêts à trouver n’importe quel prétexte pour leurs crimes ; il faut un juge aussi injuste que l’intendant pour inciter de tels scélérats à porter des plaintes contre une personne à qui il avait donné l’autorisation de les arrêter. Mais pour montrer la fausseté de ces accusations, Martin Chartier, qui faisait partie de ceux qui ont incité les autres à agir ainsi, n’a jamais été avec moi du tout ; les autres avaient déjà ourdi leur complot avant même de me voir. » Il poursuit en décrivant en détail diverses circonstances pour prouver que ses hommes avaient d’abord été incités à déserter, puis à le calomnier ; ajoutant : « Ceux qui restent avec moi sont ceux que j’avais au début, et ils ne m’ont pas quitté depuis six ans. »

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J’ai cent autres preuves des mauvais conseils donnés à ces déserteurs, et je les produirai si l’on en a besoin ; mais puisqu’ils sont eux-mêmes les seuls témoins de la sévérité dont ils se plaignent, tandis que les témoins de leurs crimes sont irréprochables, pourquoi me refuse-t-on la justice que je demande, et pourquoi tolère-t-on leur fuite secrète ?
Je ne sais pas ce que vous entendez par avoir des manières populaires. Il n’y a rien de particulier dans ma nourriture, mes vêtements ou mon logement, qui soient différents pour moi que pour mes hommes. Comment se fait-il que je ne parle pas avec eux ? Je n’ai pas d’autre compagnie. M. de Tonty m’a souvent reproché de m’arrêter trop souvent pour parler avec eux. Vous ne connaissez pas les hommes qu’il faut employer ici, quand vous m’exhortez à m’amuser avec eux. Ils en sont incapables ; car ils ne sont jamais satisfaits, à moins que l’on ne laisse libre cours à leur ivrognerie et à leurs autres vices. Si c’est cela que vous appelez avoir des manières populaires, ni l’honneur ni la inclination ne me feraient descendre à gagner leur faveur d’une manière si déshonorable : et, de plus, les conséquences seraient dangereuses, et ils auraient pour moi le même mépris qu’ils ont pour tous ceux qui les traitent de cette façon.
Vous m’écrivez que même mes amis disent que je ne suis pas un homme aux manières populaires. Je ne sais pas quels amis ce sont. Je n’en connais aucun dans ce pays. À première vue, ce sont des ennemis, plus subtils et secrets que les autres. Je ne fais aucune exception ; car je sais que ceux qui semblent me soutenir le font non pas par amour pour moi, mais parce qu’ils sont en quelque sorte liés par l’honneur, et que, dans leur cœur, ils pensent que je les ai mal traités. M. Plet vous dira ce qu’il a entendu lui-même à ce sujet, ainsi que les raisons qu’ils ont à donner.[260] Je le vois depuis longtemps ; et ces coups secrets qu’ils me portent le montrent très clairement. Après cela, il n’est pas surprenant que je ne m’ouvre à personne et que je méfie de tout le monde. J’ai des raisons que je ne peux pas écrire.
Pour le reste, Monsieur, soyez assuré que les informations que vous avez la bonté de me donner sont accueillies avec une gratitude égale à l’amitié sincère d’où elles proviennent ; et, aussi injustes soient-elles, les accusations portées contre moi, je serais bien plus injuste moi-même si je ne sentais pas que j’ai autant de raisons de vous remercier de me les dire que j’en ai de me plaindre des autres qui les inventent.

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Quant à ce que vous dites sur mon apparence et mes manières, je dois admettre que vous n’avez pas tout à fait tort. Mais ses manières… On ne peut forcer la nature ; et si je manque d’ouverture et de démonstration d’affection envers ceux avec qui je suis, c’est uniquement à cause d’une timidité qui est naturelle chez moi, et qui m’a poussé à quitter divers emplois où, sans elle, j’aurais pu réussir. Mais comme je me jugeais inadapté à eux en raison de ce défaut, j’ai choisi une vie plus conforme à ma nature solitaire ; ce qui, néanmoins, ne fait pas de moi un homme dur envers les miens, bien que, associé à une vie parmi les sauvages, cela me rende peut-être moins poli et plus réservé que l’atmosphère de Paris ne l’exige. Je crois bien qu’il y a de l’amour-propre là-dedans ; et, sachant à quel point je suis peu habitué à une vie plus courtoise, la peur de faire des erreurs me rend plus réservé que je ne le voudrais. C’est pourquoi je m’expose rarement à la conversation avec ceux en compagnie desquels je crains de commettre des maladresses, et je ne peux m’empêcher de les faire. L’abbé Renaudot sait avec quelle répulsion j’ai eu l’honneur de paraître devant Monseigneur de Conti ; parfois, il me fallait une semaine pour me décider à aller à cette audience — c’est-à-dire lorsque j’avais le temps de réfléchir à moi-même et que je n’étais pas pressé par des affaires urgentes. Il en va de même pour les lettres, que je n’écris jamais, sauf contraint, et pour la même raison. C’est un défaut dont je ne me débarrasserai jamais de mon vivant, souvent parce qu’il me met en colère contre moi-même, et souvent parce que je me dispute avec moi-même à ce sujet.

Voilà une étrange confession pour un homme comme La Salle. Sans aucun doute, la timidité dont il s’accuse était en partie une force, mais aussi une faiblesse. Son orgueil en était troublé et humilié. Il est surprenant qu’un homme tel que lui ait pu se résoudre à une telle confession, en toutes circonstances ou sous quelque pression que ce soit. La timidité, une peur morbide de s’engager, et l’incapacité d’exprimer, et encore moins de simuler des sentiments — un trait parfois observé chez ceux dont les sentiments sont les plus profonds — sont des éléments étranges dans le caractère d’un homme qui avait affronté avec tant de courage les aspects les plus durs et les plus brutaux de la vie. Ce étaient des défauts regrettables pour quelqu’un dans sa position. Il manquait de cette capacité de sympathie, ce don inestimable du véritable chef de hommes, qui fait la différence entre une obéissance volontaire et une obéissance forcée. Ce solitaire, cachant sa timidité derrière une réserve froide, ne pouvait susciter aucun enthousiasme chez ses suivants. Il vivait dans cette intention...

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qu’il avait fait sien, nourrissant ses plans en secret et demandant ou acceptant rarement des conseils. Il avait confiance en lui-même et apprit de plus en plus à ne faire confiance à personne d’autre. On peut raisonnablement en déduire que la méfiance lui était naturelle ; mais cette déduction pourrait être fausse. Une expérience amère l’y avait préparé, car il vivait au milieu de pièges, de traquenards et d’ennemis intrigants. Il commença même à douter des associés qui, sur la base de promesses qu’il leur avait faites de bonne foi, avaient mis leur argent dans son entreprise, le perdant ou étant sur le point de le perdre. Ils le harcelaient de conseils et de plaintes, croyant à moitié qu’il était ce que ses calomniateurs appelaient — un visionnaire ou un fou. Le fait qu’ils aient souffert à cause de leur confiance en lui, et qu’ils aient regretté cette confiance, le blessait profondément. Sa nature solitaire et sombre avait besoin du soleil apaisant du succès, et toute sa vie fut une lutte contre les adversités.

Tout ce qui est visible, c’est sa lutte intrépide contre les obstacles extérieurs ; mais celle-ci n’était peut-être pas plus ardue que la lutte invisible et silencieuse d’une nature en guerre avec elle-même — l’orgueil, l’aspiration et l’énergie audacieuse qui se trouvaient au fond de son caractère, luttant contre la faiblesse superficielle qui le mortifiait et l’irritait. Chez un tel homme, l’effet d’une telle faiblesse est de concentrer et d’intensifier la force intérieure. D’une manière ou d’une autre, des natures discordantes sont assez courantes ; mais il est très rare que l’antagonisme soit aussi irréconciliable que chez lui. Et plus l’antagonisme est grand, plus la douleur est grande. Il y a des gens chez qui la timidité dont il souffrait n’est compensée par aucune qualité capable de s’y opposer vigoureusement. Ces natures douces peuvent au moins connaître la paix, mais pour lui, il n’y avait pas de paix.

Cavelier de La Salle occupe une place dans l’histoire comme une statue coulée dans le fer ; mais sa plume, malgré lui, trahit l’homme et révèle, sous cette figure sévère et triste, un être digne d’intérêt et de pitié.[261]

NOTES DE BAS DE PAGE :
[ Son cousin, François Plet, se trouvait au Canada en 1680, où, avec l’approbation de La Salle, il poursuivit le commerce au fort Frontenac afin de se rembourser de l’argent avancé. ] La Salle parle toujours de lui avec estime et gratitude.
[ Voici le portrait de La Salle, tel que dressé par son ami, l’abbé Bernou, dans un mémorial adressé au ministre Seignelay : « Il est irréprochable dans ses mœurs, réglé dans sa conduite, et qui veut de l’ordre parmi ses gens. Il est savant, judicieux, politique, vigilant, » ]

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Infatigable, sobre et intrépide. Il connaît suffisamment l’architecture civile, militaire et navale ainsi que l’agriculture ; il parle ou comprend quatre ou cinq langues des sauvages, et a beaucoup de facilité à apprendre les autres. Il connaît toutes leurs coutumes et obtient d’eux tout ce qu’il veut grâce à son adresse, à son éloquence, et parce qu’il est beaucoup estimé d’eux. Lors de ses voyages, il ne mange pas mieux que le plus humble de ses hommes et se donne plus de peine que quiconque pour les encourager ; on peut croire qu’avec la protection de Monseigneur, il fondera des colonies plus importantes que toutes celles que les Français ont établies jusqu’à présent. — Mémoire pour Monseigneur le Marquis de Seignelay, 1682 (Margry, ii. 277).

Les extraits cités dans le chapitre précédent proviennent des longues lettres de La Salle datées du 29 septembre 1680 et du 22 août 1682 (1681 ?). Toutes deux sont imprimées dans le deuxième volume de la collection Margry, et les originaux se trouvent à la Bibliothèque Nationale. La seconde semble avoir été écrite à l’ami de La Salle, l’abbé Bernou ; la première, à un certain M. Thouret.

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CHAPITRE XXIII.
1684.
UNE NOUVELLE ENTREPRISE.
La Salle à la cour : ses propositions. — Occupation de la Louisiane. — Invasion du Mexique. — Faveur royale. — Préparatifs. — Un commandement divisé. — Beaujeu et La Salle. — État d’esprit de La Salle : son adieu à sa mère.

Lorsque La Salle arriva à Paris, il se rendit dans son ancienne demeure rue de la Truanderie et, il est fort probable, songea un instant aux aventures et aux vicissitudes qu’il avait vécues depuis qu’il y avait séjourné auparavant. Une autre épreuve l’attendait. Il devait affronter, non pas des sauvages peints avec des tomahawks et des couteaux, mais — ce qu’il redoutait encore plus — les foules de la cour qui vivent encore et agissent dans les écrits de Sévigné et de Saint-Simon.

Les nouvelles de sa découverte et les rumeurs concernant ses projets furent l’objet de conversations passagères parmi les courtisans, avant d’être oubliées. Ce ne fut pas le cas pour leur maître. Les amis et protecteurs de La Salle ne l’abandonnèrent pas. Étudiant puis reclus dans sa jeunesse, et homme des bois à l’âge mûr, il eut l’honneur considérable, pour lui, d’être reçu par la royauté elle-même, et il affronta, avec autant de philosophie que possible, le fauteuil doré où résidait, majestueuse et redoutable, la puissance de la France. Le roi écouta tout ce qu’il disait ; mais les résultats de cet entretien furent gardés si secrets que l’on murmura dans les antichambres que ses propositions avaient été rejetées.[262]

Au contraire, elles avaient rencontré plus que de la faveur. Le moment était opportun pour La Salle. Le roi était depuis longtemps irrité contre les Espagnols, car ceux-ci non seulement excluaient ses sujets de leurs ports américains, mais leur interdisaient également d’accéder au golfe du Mexique. Certains Français qui avaient navigué en ces mers interdites avaient été capturés et emprisonnés ; plus récemment, un petit navire de la marine royale avait été saisi pour la même raison. Cela amena le roi à déclarer que toute mer…

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devrait être accessible à tous ses sujets ; et le comte d’Estrées fut envoyé avec une escadre dans le golfe, afin d’obtenir la satisfaction des Espagnols ou de les combattre s’ils refusaient.[263] C’était en temps de paix. Depuis, la guerre éclata entre les deux couronnes, offrant l’occasion de régler définitivement la question. Pour ce faire, le ministre Seignelay, tout comme son père Colbert, proposa d’établir un port français dans le golfe, comme menace permanente pour les Espagnols et base pour de futures conquêtes. C’est dans le cadre de ce projet que les expéditions antérieures de La Salle avaient été favorisées ; et les propositions qu’il formulait maintenant étaient en parfaite adéquation avec celui-ci.

Ces propositions furent exposées dans deux mémoires. Le premier d’entre eux indique que le défunt Monseigneur Colbert jugeait important, au service de Sa Majesté, de découvrir un port dans le golfe du Mexique ; que à cette fin, l’auteur du mémoire, La Salle, effectua cinq voyages de plus de cinq mille lieues, en grande partie à pied ; et parcourut plus de six cents lieues de territoire inconnu, parmi des sauvages et des cannibales, au prix de cent cinquante mille francs. Il propose maintenant de retourner par le golfe du Mexique et l’embouchure du Mississippi vers les pays qu’il a découverts, d’où l’on peut attendre de grands avantages : premièrement, la cause de Dieu pourra être servie par la prédication de l’Évangile auprès de nombreuses tribus indiennes ; et, deuxièmement, de grandes conquêtes pourront être réalisées pour la gloire du Roi, par la prise de provinces riches en mines d’argent, défendues seulement par quelques Espagnols paresseux et efféminés. Le sieur de La Salle s’engage, dans le mémoire, à être prêt à mener à bien cette entreprise dans un an après son arrivée sur place ; et il demande à cette fin un seul navire et deux cents hommes, avec leurs armes, leurs munitions, leur solde et leurs vivres. Lorsque Monseigneur lui donnera des instructions, il fournira les détails de ses propositions. Le mémoire décrit ensuite l’étendue illimitée, la fertilité et les ressources du pays arrosé par la rivière Colbert, ou Mississippi ; la nécessité de le protéger contre les étrangers, qui seront avides de s’en emparer dès que la découverte de La Salle en aura fait connaître l’existence ; et la facilité avec laquelle il peut être défendu par une ou deux forteresses situées à une distance appropriée en amont de son embouchure, forteresses qui constitueraient la clé d’une région intérieure s’étendant sur huit cents lieues. « Si des étrangers nous devançaient », ajoute-t-il, « ils achèveraient la ruine de la Nouvelle-France, qu’ils encerclent déjà par leurs… »

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les établissements de Virginie, de Pennsylvanie, du Nouveau-Brunswick et de la baie d’Hudson.[264]
Le deuxième mémorandum est plus explicite. Il y est dit que le lieu que le sieur de La Salle propose de fortifier se trouve sur la rivière Colbert, ou Mississippi, soixante ligues en amont de son embouchure, où le sol est très fertile, le climat très doux, et d’où nous, les Français, pourrions contrôler le continent — car, la rivière étant étroite, nous pourrions nous défendre au moyen de navires à feu contre une flotte ennemie, tandis que la position est excellente tant pour attaquer un ennemi que pour se retirer en cas de besoin. Les Indiens voisins détestent les Espagnols, mais aiment les Français, ayant été gagnés par la bonté du sieur de La Salle. Nous pourrions former d’eux une armée de plus de quinze mille sauvages, qui, soutenus par les Français et les Abénakis, partisans du sieur de La Salle, pourraient facilement soumettre la province du Nouveau-Biscaye (la province la plus septentrionale du Mexique), où il n’y a que quatre cents Espagnols, plus aptes à travailler dans les mines qu’à se battre. Au nord du Nouveau-Biscaye se trouvent de vastes forêts s’étendant jusqu’à la rivière Seignelay[265] (rivière Rouge), qui n’est qu’à quarante ou cinquante ligues de la province espagnole. Cette rivière offre des moyens d’attaquer cette province avec un grand avantage.
Compte tenu de ces faits, poursuit le mémorandum, le sieur de La Salle propose, si la guerre avec l’Espagne se poursuit, d’entreprendre cette conquête avec deux cents hommes venus de France. Il prendra en route cinquante boucaniers à Saint-Domingue, et fera descendre les quatre mille guerriers indiens du fort Saint-Louis en Illinois le long de la rivière pour venir le rejoindre. Il divisera ses troupes en trois divisions et attaquera en même temps le centre et les deux extrémités de la province. Pour réaliser ce grand projet, il ne demande qu’un navire équipé de trente canons, quelques canons pour les forts, ainsi que la possibilité de recruter en France deux cents hommes qu’il jugera appropriés, à armer, payer et entretenir pendant six mois aux frais du roi. Et le sieur de La Salle s’engage, si l’exécution de ce plan est empêchée pendant plus de trois ans en raison d’une paix avec l’Espagne, à rembourser à Sa Majesté tous les coûts de l’entreprise, sous peine de perdre le gouvernement des ports qu’il aura établis.[266]

Telle était, en bref, la substance de cette proposition singulière. Et, tout d’abord, il convient de noter qu’il s’agit des plans de LA SALLE, basés sur une erreur géographique dont la nature est

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Cela s’explique par la carte des découvertes de La Salle réalisées cette même année. Ici, la rivière Seignelay, ou Rivière Rouge, est représentée comme coulant parallèlement à la frontière nord du Mexique, et à une distance non négligeable d’elle — la région aujourd’hui appelée le Texas étant presque entièrement omise. Selon la carte, on pourrait atteindre la Nouvelle-Biscaye depuis cette rivière en quelques jours ; et, après avoir traversé les forêts intermédiaires, les mines convoitées de Ste. Barbe, ou Santa Barbara, seraient à portée de main.[267] Il ne fait aucun doute que La Salle croyait à la possibilité d’invaser la province espagnole de la Nouvelle-Biscaye depuis la Rivière Rouge ; il est également raisonnable de penser qu’il espérait un jour tenter cette entreprise ; pourtant, il est incroyable qu’un homme sain d’esprit ait pu proposer ce plan dans l’intention de le mettre en œuvre immédiatement et de la manière qu’il indique.[268]

Ce mémoire présente certains signes indiquant qu’il a été rédigé dans le but de produire un certain effet sur l’esprit du roi et de son ministre. La nécessité immédiate de La Salle était d’obtenir d’eux les moyens de fonder une forteresse et une colonie au niveau de l’embouchure du Mississippi. C’était essentiel pour ses propres projets ; il n’exagérait nullement la valeur d’une telle installation pour la nation française, ni l’importance de devancer les autres puissances dans sa possession. Mais il estimait avoir besoin d’un appât plus attrayant pour attirer l’attention de Louis et de Seignelay ; ainsi, il leur présenta peut-être, sous une forme concrète et tangible, le projet de conquête espagnole qui hantait son imagination depuis son adolescence — espérant que la conclusion rapide de la paix, ce qui finit effectivement par se produire, le dispenserait d’exécuter immédiatement ce plan et lui donnerait le temps, avec les moyens mis à sa disposition, de perfectionner ses projets et de se préparer à une action éventuelle. Une telle démarche peut être qualifiée d’indirecte ; mais il existe une autre explication, que nous suggérerons plus loin, et qui n’implique pas une telle critique.[269]

Même après l’échec de cette entreprise insensée, le plan de La Salle concernant le commerce et la colonisation du Mississippi, parfaitement solide en soi, était trop vaste pour une seule personne — surtout pour quelqu’un accablé de dettes. Tandis qu’il saisissait un maillon de cette grande chaîne, un autre, tout aussi essentiel, lui échappait ; tandis qu’il construisait une colonie sur le Mississippi, il était raisonnablement certain que le mal frapperait sa colonie lointaine de l’Illinois.

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Le projet brillant qu’il déploya alors trouva faveur aux yeux du roi et de son ministre ; car tous deux, La Barre et ses collaborateurs, étaient en pleine euphorie à cause d’un succès sans précédent, et envisageaient, pour l’avenir comme pour le passé, rien d’autre que des triomphes. Ils accordèrent plus que ce que le demandeur avait demandé, ce qu’ils pouvaient d’ailleurs faire, s’ils espéraient la réalisation de tout ce qu’il proposait d’entreprendre. La Forest, lieutenant de La Salle, chassé du fort Frontenac par La Barre, se trouvait maintenant à Paris ; il fut envoyé au Canada, avec pour mission de réoccuper, au nom de La Salle, tant le fort Frontenac que le fort Saint-Louis sur l’Illinois. Le roi lui-même écrivit à La Barre dans un ton qui dut provoquer un frisson dans les veines de cet officier. « J’apprends », dit-il, « que vous avez pris possession du fort Frontenac, propriété du sieur de La Salle, que vous avez chassé ses hommes, laissé sa terre se dégrader, et même dit aux Iroquois qu’ils pouvaient le capturer en tant qu’ennemi de la colonie. » Il ajouta que, si c’était vrai, La Barre devait réparer cette injustice et remettre toutes les propriétés de La Salle, ainsi que ses hommes, entre les mains du sieur de La Forest, « car je suis convaincu que le fort Frontenac n’a pas été abandonné, contrairement à ce que vous m’avez écrit ». Quatre jours plus tard, il écrivit à l’intendant du Canada, De Meules, pour indiquer que le porteur de cette lettre, La Forest, ne devait rencontrer aucun obstacle, et que La Barre devait lui remettre sans réserve tout ce qui appartenait à La Salle. Armé de cette lettre, La Forest partit pour le Canada. Un des objectifs principaux de sa mission, tel qu’il fut présenté à Seignelay, était non seulement de sauver la colonie de l’Illinois de la destruction causée par La Barre, mais aussi de rassembler les partisans dispersés de La Salle, de mobiliser les guerriers sauvages autour du rocher de Saint-Louis, et de conduire tout ce groupe le long du Mississippi afin de participer à l’attaque de Nouvelle-Biscaye. Si La Salle entendait que La Forest tente sérieusement de mettre en œuvre un tel plan, alors les accusations de ses ennemis selon lesquelles il aurait perdu la raison étaient plus fondées qu’il ne voudrait bien le croire. Il avait demandé deux navires ; on lui en donna quatre. Des agents furent envoyés à Rochelle et à Rochefort pour recruter des soldats. Cent soldats furent enrôlés, en plus de mécaniciens et de travailleurs ; trente volontaires, parmi lesquels des gentilshommes et des citoyens de condition, rejoignirent l’expédition. Et, puisque le plan était à la fois une opération de colonisation et une entreprise militaire, plusieurs familles embarquèrent pour la nouvelle…

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terre promise, ainsi que de nombreuses jeunes filles, attirées par la perspective d’un mariage presque certain. Les missionnaires ne manquaient pas non plus. Parmi eux se trouvaient le frère de La Salle, Cavelier, et deux autres prêtres de Saint-Sulpice. Trois récollets furent ajoutés : Zenobe Membré, qui se trouvait alors en France, Anastase Douay et Maxime Le Clerc. Le navire principal était le « Joly », appartenant à la marine royale et armé de trente-six canons. Un autre navire armé, doté de six canons, fut ajouté, ainsi qu’un navire de ravitaillement et une goélette. La Salle avait demandé le commandement exclusif de l’expédition, avec un officier subalterne et un ou deux pilotes pour diriger les navires selon ses indications. Au lieu de cela, Seignelay confia le commandement des navires à Beaujeu, capitaine de la marine royale – dont l’autorité se limitait à leur gestion en mer, tandis que La Salle devait déterminer la route à suivre et avoir un contrôle total sur les troupes et les colons sur terre.[275] Cette disposition déplut aux deux parties. Beaujeu, officier âgé et expérimenté, était froissé qu’un civil fût placé au-dessus de lui – lui aussi étant un bourgeois récemment anobli ; quant à La Salle, il n’était pas du genre à apaiser son esprit irrité. Détestant le commandement partagé, froid, réservé et impénétrable, il aurait mis à l’épreuve la patience d’un collègue moins susceptible. Beaujeu, de son côté, bien qu’on lui eût confié une tâche qu’il n’aimait pas, semblait vouloir remplir son devoir et était disposé, au début, à rendre les relations entre lui et son associé indésirable aussi agréables que possible. Malheureusement, La Salle découvrit que la femme de Beaujeu était dévouée aux jésuites. Nous avons vu avec quelle extrême méfiance il considérait ces guides de sa jeunesse, et il semble maintenant avoir cru que Beaujeu en était l’allié secret. Il soupçonnait peut-être que des informations sur ses mouvements seraient transmises aux Espagnols ; plus probablement, il craignait des machinations hostiles. Même si de telles menaces existaient, il n’était pas dans son intérêt de les stimuler en irritant inutilement le commandant naval. Son comportement, cependant, n’était pas conciliant ; et Beaujeu, déjà disposé à le détester, perdit bientôt son sang-froid. Tandis que les navires étaient encore à Rochelle, tandis que tout était agitation et préparation, tandis que des provisions, des armes et des munitions étaient chargées, tandis que des garçons et des vagabonds s’enrôlaient comme soldats pour l’expédition, Beaujeu exprimait son dégoût dans de longues lettres adressées au ministre. « Vous m’avez ordonné, Monseigneur, de prêter toute l’aide possible à cette entreprise, et je le ferai de mon mieux ; mais permettez-moi de revendiquer un grand mérite pour… »

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moi-même, car il m’est très difficile de me soumettre aux ordres du Sieur de la Salle, que je considère comme un homme méritant, mais qui n’a aucune expérience de la guerre, sauf avec des sauvages, et qui n’a aucun grade, tandis que moi, j’ai été capitaine d’un navire pendant treize ans et j’ai servi trente ans en mer et sur terre. De plus, Monseigneur, il m’a dit que, en cas de sa mort, vous auriez ordonné que le Sieur de Tonty lui succède. Cela est en effet très difficile ; car, bien que je ne connaisse pas ce pays, je serais très maladroit si, une fois sur place, je ne savais pas au bout d’un mois autant de choses à son sujet qu’eux. Je vous en prie, Monseigneur, de me permettre au moins de partager le commandement avec eux ; et que, en ce qui concerne la guerre, rien ne puisse être fait sans ma connaissance et mon accord — car, quant à leur commerce, je n’ai ni l’intention ni le désir d’en savoir quoi que ce soit.

Seignelay répondit par un refus et lui dit de ne pas se préoccuper du commandement. Cela augmenta son irritation, et il écrivit : « Dans ma dernière lettre, Monseigneur, je vous ai exposé les difficultés que représente pour moi l’obligation d’obéir à M. de la Salle, qui n’a aucun grade et n’a jamais commandé que des écoliers ; et je vous ai supplié de diviser au moins le commandement entre nous. Je prends maintenant, Monseigneur, la liberté de dire que j’obéirai sans réticence si vous me l’ordonnez, ayant compris qu’il ne peut y avoir de concurrence entre ledit Sieur de la Salle et moi.

Jusqu’à présent, il ne m’a pas communiqué son plan ; il change d’avis à chaque instant. C’est un homme si méfiant, et si craintif que quelqu’un découvre ses secrets, que je n’ose rien lui demander. Il prétend que M. de Parassy, clerc du commissaire, avec qui il s’est souvent disputé, est payé par ses ennemis pour faire échouer son entreprise ; et beaucoup d’autres choses avec lesquelles je ne veux pas vous importuner...

Il prétend que je ne commanderai que les marins, et que je n’aurai aucune autorité sur les officiers volontaires et les cent soldats qui prendront place sur le “Joly” ; et que ceux-ci ne me reconnaîtront ni ne m’obéiront en aucune façon pendant le voyage...

Il a couvert les ponts de caisses et de coffres d’une taille si prodigieuse que ni les canons ni le capstan ne peuvent être utilisés. »

La Salle établit une longue liste d’articles définissant les droits et fonctions respectifs de lui-même et de Beaujeu, qu’il lui présenta pour signature.

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Beaujeu s’opposa à certaines honneurs militaires demandés par La Salle, affirmant que si un maréchal de France montait à bord de son navire, il n’aurait rien à lui offrir. La question fut soumise à l’intendant naval ; et après quelques modifications mineures aux articles du traité, Beaujeu y apposa sa signature. « À travers cela, dit-il, vous pouvez juger mieux du caractère de M. de la Salle que par tout ce que je pourrais dire. C’est un homme qui recherche les formes et les cérémonies. Je lui en donnerai à volonté, et peut-être même plus qu’il n’en souhaite. »

« Je suis engagé envers un pays inconnu, pour chercher quelque chose d’aussi difficile à trouver que la pierre philosophale. Cela m’irrite, Monseigneur, que vous ayez été impliqué dans une affaire dont le succès est très incertain. M. de la Salle commence lui-même à en douter. »

Pendant que Beaujeu écrivait ainsi au ministre, il écrivait également à Cabart de Villermont, l’un de ses amis à Paris, avec qui La Salle entretenait également de bonnes relations. Ces lettres sont vivantes et amusantes, et ne laissent en aucun cas supposer l’existence d’une conspiration secrète. Il est vrai qu’il aurait pu être plus réservé dans ses communications ; mais il ne trahit aucune confiance, car personne ne lui en avait accordée. Il s’agit de la correspondance habituelle d’un vétéran irritable mais de bonne nature, placé dans une situation ennuyeuse et qui pense faire de son mieux.

La Salle estimait que le ministre avait été trop indiscret en communiquant les secrets de l’expédition à l’intendant naval de Rochefort, et par son intermédiaire à Beaujeu. Il est difficile de voir en quoi Beaujeu pouvait être blâmé pour cela ; mais La Salle entra néanmoins en désaccord avec lui. « Il avait du mal à garder son calme et employait des expressions qui m’ont obligé à lui dire que je me souciais très peu de ses affaires, et que le roi lui-même ne parlerait pas de la sorte. Il s’est rétracté, a trouvé des excuses, et nous nous sommes quittés en bons amis... »

« Je n’aime pas sa méfiance. Je le considère comme un bon et honnête Normand ; mais les Normands ne sont plus à la mode. C’est une chose aujourd’hui, une autre demain. Il me semble qu’il n’est pas aussi sûr de son entreprise qu’à Paris. Ce matin, il est venu me voir et m’a dit qu’il avait changé d’avis, qu’il comptait donner une nouvelle orientation à l’affaire et se rendre sur une autre côte. Il a donné des raisons très faibles, auxquelles j’ai consenti pour éviter une querelle. D’après ce qu’il a dit, j’ai pensé qu’il cherchait un bouc émissaire pour porter la responsabilité, au cas où son plan ne réussirait pas comme il l’espère. Pour le reste, je le considère comme un homme courageux. »

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et c’est vrai ; et je suis convaincu que si cette affaire échoue, ce sera parce qu’il ne sait pas assez et ne fera pas confiance à notre profession. Quant à moi, je ferai de mon mieux pour l’aider, comme je vous l’ai déjà dit ; et je suis ravi qu’il garde son secret, afin que je n’aie pas à répondre des résultats. Je vous en prie, ne montrez pas mes lettres, de peur de m’engager vis-à-vis de lui. Il est déjà trop soupçonneux ; et il n’y a jamais eu de Normand plus normand que lui, ce qui constitue un grand obstacle aux affaires.

Beaujeu venait de la même province et se qualifiait en plaisantant de « bon gros Normand ». Cependant, sa bonne nature fit rapidement place au temps qui passait. « Hier », écrit-il, « ce monsieur m’a dit qu’il avait l’intention d’aller au golfe du Mexique. Il y a peu de temps, comme je l’ai déjà dit, il parlait d’aller au Canada. Je ne vois rien de certain dans tout cela. Ce n’est pas que je ne croie pas que tout ce qu’il dit soit vrai ; mais, n’étant pas de la profession et ne voulant pas trahir son ignorance, il ne sait pas quoi faire.

« Je vais aller droit au but, sans tenir compte de mille caprices et bagatelles. Sa suspicion constante rendrait fou n’importe qui, sauf un Normand comme moi ; mais je le mènerai par le bout du nez, comme je l’ai toujours fait, jusqu’à faire naviguer mon navire sur terre s’il le souhaite. »

Quelques jours plus tard, il y eut une querelle ouverte. « M. de la Salle est venu me voir et m’a dit, d’un ton plutôt arrogant et autoritaire, que je devais charger davantage de provisions pour trois mois supplémentaires sur mon navire. Je lui ai répondu que c’était impossible, car il y avait déjà plus de cargaison que quiconque n’avait jamais osé en mettre auparavant. Il n’a pas voulu écouter raison, s’est mis en colère et m’a insulté en bon français, me reprochant que le navire ne pouvait pas contenir ses provisions pour trois mois. Il a dit que j’aurais dû le prévenir avant. “Et comment aurais-je pu vous le dire”, ai-je répondu, “puisque vous ne me dites jamais ce que vous comptez faire ?” Nous avons encore eu une dispute. Il m’a demandé où ses officiers devaient prendre leurs repas. Je lui ai dit qu’ils pouvaient les prendre où ils le souhaitaient, car je ne me donnais pas la peine de m’en occuper, n’ayant reçu aucune instruction. Il a répondu qu’ils ne devraient pas manger de bacon, tandis que les autres mangeraient du poulet et de la viande de mouton. J’ai dit que s’il envoyait du poulet et de la viande de mouton à bord, ses hommes pourraient les manger ; mais quant au bacon, j’en avais souvent mangé moi-même. À cela, il est parti se plaindre à M. Dugué, disant que je refusais de charger ses provisions et lui affirmant qu’il devait se contenter de bacon. Je l’ai excusé en disant qu’il ne savait pas comment… »

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Il fallait qu’il se comporte correctement, lui qui avait passé sa vie parmi des gamins et des sauvages. Néanmoins, je leur ai offert, à lui, à son frère et à deux de ses amis, une place à ma table ainsi que le même repas que moi. Il a répondu à ma courtoisie par une impertinence, disant qu’il ne faisait pas confiance aux gens qui offraient tant et semblaient si serviables. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire que je voyais bien qu’il avait été élevé dans les provinces. Cela a touché La Salle sur un point sensible. Beaujeu continue : « En fait, vous le connaissiez mieux que moi ; car je l’ai toujours pris pour un gentilhomme (un honnête homme). Je vois maintenant qu’il est tout le contraire. Veuillez rassurer l’abbé Renaudot et M. Morel au sujet de cet homme, et dites-leur qu’il n’est pas ce qu’ils pensent. Adieu. Il est déjà midi : le facteur part juste maintenant. » Malgré l’état des choses, la situation s’est bientôt aggravée. Renaudot écrivit à La Salle que Beaujeu racontait tout ce qui se passait à Villermont, et que Villermont montrait ces lettres à tous ses connaissances. Villermont était un parent du jésuite Beschefer ; cela suffisait à faire naître chez La Salle des soupçons de machination secrète. Cependant, la faute de Villermont semblait être une simple indiscrétion, pour laquelle Beaujeu le gronda sévèrement. « Je vous avais demandé de brûler mes lettres ; je ne peux m’empêcher de dire que je suis en colère contre vous, non pas parce que vous divulguez mes secrets, mais parce que vous montrez des lettres écrites à la hâte, envoyées sans même avoir été lues. M. de la Salle ne m’a pas révélé son secret, bien que M. de Seignelay lui ait ordonné de le faire ; je n’ai donc aucune obligation de le garder, et j’ai autant le droit que quiconque de faire des suppositions sur ce que j’y lis dans la Gazette de Hollande. Que l’abbé Renaudot glorifie M. de la Salle autant qu’il le souhaite, et qu’il fasse de lui un Cortés, un Pizarre ou un Almagro — cela ne m’intéresse pas ; mais qu’il ne parle pas de moi comme d’un obstacle sur le chemin de son héros. Qu’il comprenne que je sais exécuter les ordres de la cour aussi bien que lui... » « Vous demandez comment se passe ma relation avec M. de la Salle. Ne savez-vous pas que cet homme est impénétrable, et qu’on ne sait jamais ce qu’il pense de quelqu’un ? Il a dit à une personne importante, que je ne nommerai pas, qu’il avait des soupçons quant à notre correspondance, ainsi qu’à la dévotion de Madame de Beaujeu envers les jésuites. Sa méfiance est incroyable. S’il voit l’un de ses hommes parler aux autres, il soupçonne... »

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Il y a quelque chose qui le rend brusque envers eux. Il m’a dit lui-même qu’il voulait se débarrasser de M. de Tonty, qui se trouve en Amérique.
La prétention de La Salle à un commandement exclusif sur les soldats à bord du « Joly » était une source de problèmes incessants. Beaujeu déclara qu’il ne mettrait pas le cap que les officiers, les soldats et les volontaires n’aient tous juré de lui obéir en mer ; ce à quoi La Salle eut l’indiscrétion de répondre : « Si je ne suis pas maître de mes soldats, comment puis-je le faire [Beaujeu] accomplir son devoir s’il ne le veut pas ? »
Beaujeu affirme que cette affaire fit beaucoup de bruit parmi les officiers de Rochefort, et ajoute : « Il y a très peu de gens qui ne pensent pas que son esprit est altéré. J’ai parlé à certains qui le connaissent depuis vingt ans. Ils disent tous qu’il a toujours été plutôt visionnaire. »
Il est difficile de ne pas soupçonner que la croyance répandue à Rochefort avait une certaine base ; et que la tension mortelle causée par des épreuves extrêmes, une anxiété prolongée, ainsi que des alternances de désastres et de succès, ajoutée à la fièvre qui faillit le tuer, ont perturbé son jugement et exacerbé ses défauts naturels. Sa méfiance généralisée, qui incluait même le fidèle et dévoué Henri de Tonty ; sa provocation inutile envers des personnes dont la bonne volonté lui était nécessaire ; ses hésitations quant au fait de partir pour le golfe ou pour le Canada, alors que partir pour le Canada aurait signifié renoncer, ou exposer à une défaite presque certaine, une entreprise longtemps chérie et soigneusement planifiée — tout cela conduit à une seule conclusion. On pourrait penser que ses hésitations étaient feintes, afin de cacher sa destination jusqu’au dernier moment ; mais dans ce cas, il tentait non seulement d’aveugler ceux qui lui voulaient du mal, mais aussi sa mère, à qui il laissait également ignorer sa route.
À moins d’admettre que son projet d’invasion du Mexique ait été imaginé comme un appât destiné au roi, il est difficile de l’concilier avec l’hypothèse d’une santé mentale normale. Fonder une tentative aussi critique sur une simple conjecture géographique, basée sur les informations les plus minimes et constituant en réalité une erreur totale ; reporter le plan parfaitement sensé de sécuriser l’embouchure du Mississippi au profit d’un projet insensé visant à conduire quinze mille sauvages sur une distance inconnue à travers un pays inconnu pour attaquer un ennemi inconnu — c’était bien plus que de la témérité quixottesque. Le roi et…

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Le ministre ne voyait rien d’impraticable dans tout cela, car ils ne connaissaient ni le pays ni ses habitants. Ils ne voyaient aucune difficulté insurmontable à rassembler et à maintenir ensemble quinze mille des sauvages les plus rétifs et les plus instables de la terre, divisés en une vingtaine de tribus, certaines hostiles les unes aux autres et d’autres aux Français ; ni au problème de nourrir une telle foule au cours d’une marche de centaines de miles ; ni au plan de faire venir quatre mille d’entre eux depuis l’Illinois, à près de deux mille miles de distance, bien que certains de ces alliés potentiels n’aient ni canoës ni autre moyen de transport, et bien que, voyageant en si grand nombre, ils mourussent inévitablement de faim en route vers le point de rencontre. Il est difficile de ne pas voir dans tout cela la chimère d’un esprit surmené, incapable désormais de distinguer entre le possible et l’impossible.

Les préparatifs avançaient lentement ; la saison s’avançait ; le roi devenait impatient et trouvait des défauts à l’intendant naval. Entre-temps, tous les membres de l’expédition s’étaient rassemblés à Rochefort. Joutel, compatriote de La Salle, qui revenait dans sa ville natale de Rouen après seize ans dans l’armée, constata que tout le monde était animé par ce nouveau projet. Son père avait été jardinier pour Henri Cavelier, oncle de La Salle ; étant d’esprit aventureux, il se porta volontaire pour cette entreprise, dont il devait devenir l’historien. Avec le frère prêtre de La Salle et deux de ses neveux, dont l’un n’avait que quatorze ans, Joutel partit pour Rochefort, où tous devaient monter à bord ensemble pour leur terre promise.[276]

La Salle écrivit une lettre d’adieu à sa mère à Rouen :
— LETTRE D’ADIEU

Rochefort, 18 juillet 1684.
Madame, ma très honorée mère,
Enfin, après avoir attendu longtemps un vent favorable et surmonté de nombreuses difficultés, nous levons l’ancre avec quatre navires et près de quatre cents hommes à bord. Tout le monde va bien, y compris le petit Colin et mon neveu. Nous avons tous de bonnes raisons d’espérer un succès heureux. Nous ne passerons pas par le Canada, mais par le golfe du Mexique. Je souhaite ardemment, tout comme nous tous, que le succès de ce voyage contribue à votre repos et à votre confort. Assurément, je n’épargnerai aucun effort pour que cela soit possible ; et je vous demande, de votre côté, de prendre soin de vous pour nous.
Vous n’avez pas besoin de vous inquiéter des nouvelles du Canada, qui ne sont que la continuation des artifices de mes ennemis. J’espère être aussi réussi contre eux que…

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Jusqu’à présent, et pour vous embrasser dans un an avec toute la joie que peut ressentir le fils le plus reconnaissant envers une mère aussi merveilleuse que vous l’avez toujours été. Que cet espoir, qui ne vous décevra pas, vous soutienne face à toutes les épreuves qui pourraient survenir, et soyez assurée que vous me trouverez toujours avec un cœur plein des sentiments qui vous sont dus. Madame, ma très honorée mère, de votre serviteur et fils le plus humble et le plus obéissant,
De la Salle.

Mon frère, mes neveux et tous les autres vous saluent et prennent congé de vous.

Cet adieu mémorable est resté pendant deux cents ans parmi les papiers de famille des Caveliers.[277]

NOTES DE BAS DE PAGE :
[ Lettres de l’Abbé Tronson, 8 avril, 10 avril 1684 (Margry, ii. 354). ]
26
2] [ Lettres du Roi et du Ministre sur la navigation du Golfe du Mexique, 1669-1682
26 (Margry, iii. 3-14). ]
3]
[ Mémoire du Sr. de la Salle, pour rendre compte à Monseigneur de Seignelay
26 de la découverte qu’il a faite par ordre de sa Majesté. ]
4]
[ Ce nom, également donné aux Illinois, est utilisé pour désigner le Red River sur la carte
26 de Franquelin, où les forêts mentionnées ci-dessus sont représentées. ]
5]
[ ] Mémoire du Sr. de la Salle sur l’entreprise qu’il a proposée à Monseigneur le
26 Marquis de Seignelay concernant l’une des provinces du Mexique. ]
6]
[ Le mémoire comme la carte montrent les rives du Red River comme habitées par
26 des Indiens, appelés Terliquiquimechi, et connus des Espagnols sous le nom d’Indios bravos ou Indios de
7] guerra. Les Espagnols, ajoute-t-on, avaient une grande peur d’eux, car ils effectuaient fréquemment des incursions au Mexique. La géographie mexicaine de La Salle était en tous points confuse et erronée ; Seignelay n’était pas mieux informé. En effet, la jalousie espagnole rendait les informations exactes hors de leur portée.
[ Bien que le plan, tel qu’il était proposé dans le mémoire, fût clairement irréaliste, l’expérience ultérieure des Français au Texas montra que les tribus de cette région pouvaient être
26 utilisées à profit pour attaquer les Espagnols du Mexique, et qu’une incursion à petite échelle aurait pu réussir avec leur aide. En 1689, Tonty tenta réellement cette entreprise, comme nous le verrons, mais échoua en raison de la désertion de ses hommes. En 1697, le Sieur de Louvigny écrivit au Ministre de la Marine, demandant de poursuivre les découvertes de La Salle et d’envahir le Mexique depuis le Texas. (Lettre de M. de Louvigny, 14 octobre 1697.) Dans un mémoire inédit de l’an 1700, la prise des mines mexicaines est présentée comme l’un des motifs de la colonisation de la Louisiane.
[ Un autre projet, aux objectifs similaires mais beaucoup plus réalisable, était alors
26 présenté à la cour. Le comte Peñalossa, un Créole espagnol né au Pérou, avait été gouverneur du
9] Nouveau-Mexique, où il entra en conflit avec l’Inquisition, ce qui le mit impliqué dans

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perte de biens, et une période de liberté. N’ayant pas obtenu de réparation en Espagne, il renonça avec dégoût à sa loyauté et chercha refuge en France, où, en 1682, il proposa pour la première fois au Roi l’établissement d’une colonie de boucaniers français à l’embouchure du Rio Bravo, dans le golfe du Mexique. En janvier 1684, après le déclenchement de la guerre, il proposa d’attaquer la ville espagnole de Panuco avec mille deux cents boucaniers venus de Saint-Domingue ; puis de marcher vers l’intérieur, de s’emparer des mines, de conquérir Durango et d’occuper le Nouveau-Mexique. On proposa de combiner son plan à celui de La Salle ; mais ce dernier, qui eut un entretien avec lui, exprima sa méfiance et montra une réticence caractéristique à accepter un collègue. Il est cependant extrêmement probable que sa connaissance de la proposition initiale de Peñalossa ait eu une certaine influence en le poussant à soumettre à la cour ses propres propositions, tout aussi attrayantes. La paix fut conclue avant que les plans de l’aventurier espagnol ne puissent être mis en œuvre.
[Lettre du Roi à La Barre, Versailles, 10 avril 1684.]
[Lettre du Roi à De Meules, Versailles, 14 avril 1684. Seignelay écrivit à De Meules pour dire la même chose.]
[Sur la mission de La Forest — Mémoire pour représenter à Monseigneur le marquis de Seignelay la nécessité d’envoyer M. de la Forest en hâte en Nouvelle-France ; Lettre du Roi à La Barre, 14 avril 1684 ; Ibid., 31 octobre 1684.]

Devant moi se trouve une reconnaissance de dette de La Salle en faveur de La Forest, pour un montant de 5 200 livres, datée de Rochelle, le 17 juillet 1684. Il s’agit apparemment d’une somme due à La Forest, qui avait servi comme officier de La Salle pendant neuf ans. Un mémorandum est joint, signé par La Salle, indiquant que celui-ci souhaite que La Forest se rembourse « par préférence » sur l’un des biens qu’il possède en France ou au Canada.
L’attitude de La Salle dans cette affaire est incompréhensible. En juillet, La Forest se trouvait à Rochefort, se plaignant du fait que La Salle lui avait ordonné de rester en garnison au fort Frontenac. Beaujeu à Villermont, 10 juillet 1684. Cela signifie l’abandon du projet de conduire les guerriers depuis le rocher Saint-Louis jusqu’au Mississippi ; mais, le mois suivant, La Salle écrit à Seignelay qu’il craint que La Barre n’utilise la guerre contre les Iroquois comme prétexte pour empêcher La Forest de faire son voyage (vers l’Illinois), et que, dans ce cas, il essaierait lui-même de remonter le Mississippi pour rencontrer les guerriers illinois ; ainsi, cinq ou six mois après la date de cette lettre, le ministre serait informé de son départ pour attaquer les Espagnols. (La Salle à Seignelay, août 1684.) Soit il s’agit d’une pure folie, soit cela vise à tromper le ministre.
Mémoire de ce qui aura esté accordé au Sieur de la Salle.
Lettre au Roi adressée à La Salle, 12 avril 1684 ; Mémoire destiné à servir d’instruction au Sieur de Beaujeu, 14 avril 1684.
Joutel, Journal Historique, 12.
Les lettres de Beaujeu à Seignelay et à Cabart de Villermont, ainsi que la plupart des autres documents sur lesquels repose ce chapitre, se trouvent dans Margry, ii. 354-471. Cet enquêteur infatigable a également mis au jour un certain nombre de lettres écrites par un autre officier de Beaujeu, Machaut-Rougemont.

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Rochefort, juste après le départ de l’expédition de La Rochelle, et pour donner une idée des opinions qui y étaient exprimées à son sujet. Il dit : « On ne peut pas faire plus d’extravagances que le sieur de La Salle n’en a faites avec toutes ses prétentions au commandement. J’ai beaucoup pitié du pauvre Beaujeu d’avoir affaire à un tempérament si sombre... Je le crois très visionnaire... Beaujeu a une mission stupide. »

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CHAPITRE XXIV.
1684, 1685.
LE VOYAGE.
Des conflits avec Beaujeu.—Saint-Domingue.—La Salle attaqué par la fièvre :
sa situation désespérée.—Le golfe du Mexique.—Une quête vaine et
une erreur fatale.

Les quatre navires partirent de Rochelle le vingt-quatre juillet. Quatre jours plus tard, le « Joly » brisa son mât de misaine, intentionnellement, selon La Salle. Ils retournèrent tous à Rochefort, où la panne fut rapidement réparée ;
puis ils reprirent la mer. La Salle, ainsi que les principaux membres de l’expédition, accompagnés d’un groupe de soldats, d’artisans et de femmes, futures mères de la Louisiane, se trouvaient tous à bord du « Joly ». Beaujeu souhaitait faire escale à Madère pour recharger ses réserves d’eau. La Salle refusa, de peur que le secret de l’entreprise ne parvienne aux Espagnols. Un certain Paget, huguenot, prit la parole en faveur de Beaujeu. La Salle lui répondit que cela ne le regardait pas ; et comme Paget insistait avec encore plus d’ardeur, il demanda à Beaujeu s’il était avec son consentement qu’un homme sans rang lui parle de cette manière. Beaujeu soutint le huguenot. « C’est assez », répliqua La Salle, avant de se retirer dans sa cabine.[278]
Ce n’était pas le premier malentendu ; ce ne serait pas non plus le dernier. Il y eut des tensions incessantes entre les deux commandants ; et les marins du « Joly » finirent par être du même avis que leur capitaine. Lorsque le navire traversa le tropique, ils préparèrent un baquet sur le pont pour baptiser les passagers, selon la pratique barbare de l’époque ; mais La Salle refusa de le permettre, ce qui les mit dans une grande colère, eux qui s’étaient promis une riche rançon, en argent ou en alcool, de la part de leurs victimes. « Assurément », dit Joutel, « ils auraient volontiers tué nous tous. »
Lorsque, après un voyage misérable de deux mois, les navires arrivèrent à Saint-Domingue, un nouveau conflit éclata. Il avait été décidé lors d’un conseil des officiers de s’arrêter à Port

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de Paix ; mais Beaujeu, sous prétexte d’un vent favorable, passa par cet endroit pendant la nuit et jeta l’ancre à Petit Goave, de l’autre côté de l’île. La Salle était extrêmement contrarié, car il s’attendait à rencontrer à Port de Paix le marquis de Saint-Laurent, lieutenant-général des îles, Bégon, l’intendant, et De Cussy, gouverneur de La Tortue, qui avaient pour ordre de lui fournir des vivres et de lui apporter toute l’aide possible. Le « Joly » était seul : les autres navires étaient restés en arrière. Il y avait à bord plus de cinquante malades, et La Salle faisait partie d’entre eux. Il envoya un messager à Saint-Laurent, Bégon et Cussy, leur demandant de venir à son secours ; il ordonna à Joutel de faire débarquer les malades, étouffant dans le navire chaud et surpeuplé ; il fit également débarquer les soldats sur une petite île du port. À peine les voyageurs eurent-ils chanté le Te Deum pour leur arrivée saine et sauve que deux des navires en retard apparurent, apportant la nouvelle que le troisième, la goélette « St. François », avait été capturée par des pirates espagnols. Elle était chargée de vivres, d’outils et d’autres nécessités pour la colonie ; la perte était irréparable. Beaujeu en était responsable, car s’il avait jeté l’ancre à Port de Paix, cela ne se serait pas produit. Le lieutenant-général, avec Bégon et Cussy, qui arrivèrent bientôt, lui exprimèrent clairement leur opinion.

La maladie de La Salle s’aggrava. « Un jour, je marchais avec lui », écrit Joutel, « quand il fut saisi d’une maladie soudaine si forte qu’il ne pouvait plus se tenir debout et dut s’allonger par terre. Lorsqu’il se sentit un peu mieux, je l’emmenai dans une chambre d’une maison louée par les frères Duhaut. Nous le mettions au lit là-bas, et le matin, il fut pris d’une fièvre violente. » « Elle était si intense que », dit un autre de ses compagnons de voyage, « son imagination lui présentait des choses tout aussi terribles et étonnantes. » Il gisait, delirant, dans ce misérable grenier, entouré de son frère et d’un ou deux autres qui lui restaient fidèles. Un orfèvre du voisinage, ému par son état pitoyable, offrit d’utiliser sa maison ; l’abbé Cavelier le fit transférer là-bas. Mais il y avait une taverne à proximité, et le malade était tourmenté par le vacarme jour et nuit. Au plus fort de la fièvre, un groupe de marins de Beaujeu passa une nuit à chanter et danser devant la maison ; et, selon Cavelier, « plus nous les suppliions de faire silence, plus ils faisaient de bruit ». La Salle perdit la raison et faillit perdre la vie ; mais finalement, son esprit retrouva son équilibre.

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Et la violence de la maladie diminua. Un frère capucin bienveillant lui offrit l’abri de son toit ; deux de ses hommes le soutinrent jusqu’à là, épuisés et brûlants de fièvre. Là, il trouva du repos et commença à se remettre peu à peu, lorsque certains de ses assistants lui annoncèrent imprudemment la perte de la chaloupe « Saint-François » ; la conséquence fut une rechute grave de la maladie.[282]
Il n’y avait personne pour prendre sa place. Beaujeu refusait ; Cavelier ne pouvait pas. Joutel, le fils du jardinier, semblait être l’homme le plus digne de confiance parmi l’équipage ; mais l’expédition était en fait sans chef. Les hommes erraient sur la côte, se livrant à toutes sortes d’excesses débauchés, contractant des maladies qui finirent par les tuer.
Beaujeu, dans un état de mauvaise humeur extrême, reprit sa correspondance avec Seignelay. « Si ce n’était la maladie du sieur de La Salle », écrit-il, « je n’oserais pas vous rapporter l’avancement de notre voyage, car je ne suis chargé que de la navigation, tandis que lui s’occupe des secrets ; mais comme sa maladie l’a privé de l’usage de ses facultés, tant physiques que mentales, j’ai jugé de mon devoir de vous informer de ce qui se passe et de la situation dans laquelle nous nous trouvons. »
Il déclare ensuite que les navires chargés par La Salle étaient si lents que le « Joly » avait constamment dû les attendre, ce qui doublait la durée du voyage ; qu’il n’avait pas eu assez d’eau pour les passagers, car La Salle ne lui avait pas dit qu’il y en aurait jusqu’au jour où ils montèrent à bord ; que de très nombreux hommes étaient malades, et qu’il avait dit à La Salle qu’il y aurait des problèmes s’il remplissait tout l’espace entre les ponts de ses marchandises, forçant ainsi les soldats et les marins à dormir sur le pont ; qu’il lui avait dit qu’il ne obtiendrait aucune provision à Saint-Domingue, mais que celui-ci insistait pour s’y arrêter ; que c’était toujours ainsi — quoi qu’il propose, La Salle refusait, invoquant des ordres du roi ; « Et maintenant », poursuit le commandant exaspéré, « tout le monde est malade ; et lui-même a une forte fièvre, dangereuse, selon le chirurgien, aussi bien pour l’esprit que pour le corps. »
Le reste de la lettre est dans le même ton. Il dit qu’un ou deux jours après le début de la maladie de La Salle, son frère Cavelier vint le demander de s’occuper de ses affaires ; mais qu’il ne voulait pas s’en mêler, surtout parce que…

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Personne ne sait rien à leur sujet. Comme La Salle a vendu une partie des munitions et des provisions, Cavelier lui dit qu’il pense que son frère ne tient pas de comptes, souhaitant cacher ses affaires à tout le monde. Il apprend également des pirates que l’entrée du Mississippi est très peu profonde et difficile d’accès, et que c’est la pire saison pour naviguer dans le golfe. Les Espagnols disposent dans ces mers de six navires, chacun armé de trente à soixante canons, en plus de galères à rames ; mais il n’a pas peur : il mourra ou bien rapportera des informations sur le Mississippi. « Néanmoins », ajoute-t-il, « si le sieur de La Salle meurt, je suivrai une route différente de celle qu’il a tracée, car je n’approuve pas ses plans. »
« Si », continue-t-il, « vous me permettez de dire ce que je pense, M. de La Salle aurait dû se contenter de découvrir son fleuve, sans entreprendre de conduire trois navires avec deux mille soldats sur deux mille lieues à travers tant de climats différents, et à travers des mers entièrement inconnues de lui. Je reconnais qu’il est un homme instruit, qu’il sait lire et possède même quelques connaissances en navigation ; mais il y a une telle différence entre la théorie et la pratique qu’un homme qui ne connaît que la première fera toujours des erreurs. Il y a aussi une grande différence entre conduire des canoës sur des lacs et le long d’un fleuve, et naviguer avec des navires chargés de soldats sur des océans lointains. »[283]
Pendant que Beaujeu se plaignait de La Salle, ses partisans le quittaient. Il fallut les faire monter à bord des navires et les y garder ; car il y avait des pirates français à Petit Goave, qui décrivaient la terre promise en termes si désastreux que beaucoup d’aventuriers perdirent complètement courage. Certains mouraient également. « L’air de cet endroit est mauvais », dit Joutel ; « les fruits le sont aussi ; et il y a beaucoup de femmes pires encore que ces deux choses-là. »[284]
Ce n’est qu’à la fin du mois de novembre que La Salle put reprendre son voyage. On lui dit que Beaujeu avait déclaré qu’il ne attendrait plus le navire de ravitaillement « Aimable », et que celui-ci pourrait suivre autant qu’il le pourrait.[285]
De plus, La Salle était en mauvais termes avec Aigron, son capitaine, qui avait déclaré qu’il ne voulait plus avoir affaire à lui.[286] Craignant donc qu’un malheur ne lui arrive, il décida de monter à bord lui-même, avec son frère Cavelier, Membré, Douay et d’autres, ses partisans les plus fidèles. Le vingt-cinquième, ils levèrent l’ancre ; le « Joly » et la petite frégate « Belle » les suivaient. Ils longèrent la côte de Cuba et abordèrent à l’Île des Pins, où La Salle tua un alligator que les soldats mangèrent ; et

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Le chasseur ramena un sanglier, dont il envoya la moitié à Beaujeu. Puis ils avancèrent vers le cap Saint-Antoine, où le mauvais temps et les vents contraires les retinrent longtemps. Un poids de soucis opprimait l’esprit de La Salle, pâle et épuisé par une maladie récente, plongé dans ses propres pensées et ne cherchant la sympathie de personne.
Finalement, ils entrèrent dans le golfe du Mexique, cette mer interdite d’où, par un décret espagnol datant du règne de Philippe II, tous les étrangers étaient exclus sous peine d’extermination.[287] Personne à bord ne connaissait les secrets de sa navigation périlleuse. En avançant prudemment, ils suivirent une route nord-ouest, jusqu’au 28 décembre, date à laquelle un marin posté au sommet du mât du « Aimable » aperçut la terre. La Salle et tous les pilotes s’étaient fait une idée exagérée de la force des courants orientaux ; ils se croyaient donc près de la baie des Appalaches, alors qu’en réalité ils se trouvaient bien plus à l’ouest.
Le jour de l’an, ils jetèrent l’ancre à trois lieues de la côte. La Salle, accompagné de l’ingénieur Minet, alla l’explorer et ne trouva qu’une vaste plaine marécageuse parsemée de touffes de roseaux. Deux jours plus tard, un épais brouillard se leva, et lorsque celui-ci se dissipa enfin, le « Joly » avait disparu. La Salle, sur le « Aimable », suivi de près par la petite frégate « Belle », longea la côte vers l’ouest. Lorsqu’il arriva à l’embouchure du Mississippi en 1682, il avait déterminé sa latitude, mais malheureusement pas sa longitude ; désormais, tous les regards à bord étaient tournés vers les lignes monotones de la côte basse, dans l’espoir d’y apercevoir des signes du grand fleuve. En réalité, ils l’avaient déjà dépassé. Le 6 janvier, une large ouverture fut décrite entre deux points bas de terre ; la mer adjacente était teintée de boue. « La Salle », écrit son frère Cavelier, « a toujours cru que c’était le Mississippi ». À première vue, il s’agissait de l’entrée de la baie de Galveston.[288] Mais pourquoi n’a-t-il pas voulu l’examiner ? Joutel affirme que ses tentatives furent entravées par les objections du pilote du « Aimable », auxquelles, avec une facilité peu habituelle chez lui, il céda. Cavelier, quant à lui, déclare qu’il ne voulut pas entrer dans cette ouverture par crainte de manquer le « Joly ». Pourtant, il aurait pu y entrer avec l’un de ses deux navires, tandis que l’autre restait en surveillance à l’extérieur pour chercher le navire manquant. Quelle que soit la raison, il resta là cinq ou six jours.

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Attendant en vain Beaujeu,[289] jusqu’à ce qu’enfin, pensant qu’il devait avoir pris la direction de l’ouest, il décide de le suivre. L’« Aimable » et la « Belle » déployèrent à nouveau leurs voiles et longèrent les côtes du Texas. Joutel, avec une équipe de marins, tenta de débarquer ; mais les bancs de sable et les vagues le repoussèrent. Un groupe d’Indiens nagea à travers les vagues et fut emmené à bord ; mais La Salle ne put rien apprendre d’eux, car leur langue lui était inconnue. Joutel tenta à nouveau de débarquer, et les vagues le repoussèrent encore. Il s’approcha autant que possible et aperçut de vastes plaines et une étendue sombre de forêt, des bisons courant au pas lourd le long du rivage, ainsi que des cerfs paissant dans les prairies marécageuses.

Peu après, il réussit à débarquer à un endroit quelque part entre l’île de Matagorda et la baie de Corpus Christi. Le paysage n’était guère encourageant : des plaines stériles, des marais couverts de roseaux, d’interminables bancs d’huîtres, et de vastes zones de boue nues à marée basse. Joutel et ses hommes cherchèrent en vain de l’eau douce ; après avoir abattu quelques oies et canards, ils retournèrent sur l’« Aimable ». On n’avait aucune nouvelle de Beaujeu ni du « Joly » ; la côte s’inclinait vers le sud ; convaincu que le navire disparu avait dû passer devant lui, La Salle décida de rebrousser chemin. Il n’avait navigué que quelques miles lorsque le vent tomba, un brouillard recouvrit la mer, et il fut contraint d’ancre en face d’une des ouvertures menant aux lagunes au nord de l’île de Mustang. Finalement, le 19, une brise légère se leva ; les brumes s’écartèrent devant elle, et, à sa grande joie, il vit le « Joly » s’approcher.

« Sa joie », dit Joutel, « fut de courte durée. » Le lieutenant de Beaujeu, Aire, monta à bord pour l’accuser d’avoir provoqué la séparation, et La Salle répliqua en blâmant Beaujeu. Puis s’engagea une discussion au sujet de leur position. Le prêtre Esmanville était présent et rapporte que La Salle semblait très perplexe. Il avait plus de raisons de l’être qu’il ne le pensait ; car, ignorant la longitude du Mississippi, il avait navigué à plus de quatre cents miles au-delà de son embouchure.

Il n’avait la moindre idée de cela. Devant son navire s’étendaient ces vastes lagunes, séparées de la mer par de étroites bandes de terre, qui bordent cette côte presque sans interruption, de la baie de Galveston jusqu’au Rio Grande. L’idée lui vint que le Mississippi se jette dans ces lagunes, puis trouve son chemin vers la mer à travers…

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Diverses embouchures qu’il avait vues le long de la côte, parmi lesquelles celle qu’il avait découverte le sixième jour, à environ cinquante lieues de l’endroit où il se trouvait maintenant.[290] Pourtant, il était plein de doutes quant à ce qu’il devait faire. Quatre jours après avoir retrouvé Beaujeu, il lui écrivit pour demander que les troupes débarquent, afin qu’il « puisse accomplir sa mission », c’est-à-dire partir à l’assaut des Espagnols.[291] Plus d’une semaine s’écoula, un vent violent se leva, et rien ne fut fait. Alors La Salle écrivit à nouveau, exprimant quelques doutes quant au fait qu’il se trouve réellement à l’une des embouchures du Mississippi, et disant qu’étant certain d’avoir dépassé l’embouchure principale, il était déterminé à revenir la chercher.[292]

Pendant ce temps, Beaujeu était dans un état de grande irritation. Le temps était orageux, et la côte dangereuse. Les provisions étaient escassées ; et les soldats de La Salle, toujours entassés sur le « Joly », consommaient les vivres du navire. Beaujeu laissa éclater son agacement, et La Salle répliqua sur le même ton.

Selon Joutel, il exhorta le commandant naval à repartir à la recherche du fleuve ; et Beaujeu refusa, à moins que La Salle ne fournisse des provisions aux soldats. La Salle, ajoute-t-il, offrit de leur donner des rations pour quinze jours ; et Beaujeu déclara que cela était insuffisant. Il y a cependant des raisons de croire que cette demande n’a été faite ni par l’un ni refusée par l’autre aussi catégoriquement qu’il est indiqué ici.

NOTES DE BAS DE PAGE :
[ Lettre (sans nom d’auteur) écrite de Saint-Domingue, 14 nov. 1684 (Margry, ii. 492) ;
27 Mémoire autographe de l’Abbé Jean Cavelier sur le Voyage de 1684. Voir Joutel.
8]
[ Mémoire de MM. de Saint-Laurent et Bégon (Margry, ii. 499) ; Joutel, Journal historique, 27, 28.
9]
[ Relation de Henri Joutel (Margry, iii. 98).
28
0] [ Lettre (sans nom d’auteur), 14 nov. 1684 (Margry, ii. 496).
28
1] [ Les détails ci-dessus proviennent du mémoire du frère de La Salle, l’Abbé Cavelier, déjà cité.
2]
[ Lettre de Beaujeu au Ministre, 20 oct. 1684.
28

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3] [Rapport d’Henri Joutel (Margry, iii. 105).
28
4] [Mémoire autographe de l’Abbé Jean Cavelier.
28
5] [Lettre de Beaujeu au Ministre, 20 octobre 1684.
28
6] [Lettre de Don Luis de Onis au Secrétaire d’État (American State Papers, xii, 27-31).
7]
[« La hauteur nous a fait remarquer... que ce que nous avions vu le sixième janvier était en effet l’entrée principale de la rivière que nous cherchions. » — Lettre de La Salle au Ministre, 4 mars 1687.
[Mémoire autographe de l’Abbé Cavelier.
28
9] [« Depuis que nous avions quitté cette rivière qu’il croyait infailliblement être le fleuve Colbert [Mississippi], nous avions fait environ 45 lieues ou 50 au plus. »] (Cavelier, Mémoire.) Ceci, pris en relation avec l’affirmation de La Salle selon laquelle cette « entrée principale de la rivière que nous cherchions » se trouvait vingt-cinq ou trente lieues au nord-est de l’entrée de la baie de St. Louis (baie de Matagorda), montre qu’il ne pouvait s’agir que de l’entrée de la baie de Galveston, qu’il a prise pour l’embouchure principale du Mississippi. Il est évident qu’il imaginait que la baie de Galveston faisait partie de la chaîne de lagunes dont elle est en réalité séparée. Il parle de ces lagunes comme d’« une espèce de baie fort longue et fort large, dans laquelle le fleuve Colbert se décharge ». Il ajoute qu’en descendant vers l’embouchure du fleuve en 1682, il s’était trompé en pensant que cet étendue d’eau salée, où aucune rive n’était visible, était la mer ouverte. Lettre de La Salle au Ministre, 4 mars 1685.
La baie de Galveston et l’embouchure du Mississippi diffèrent peu en latitude, bien qu’elles soient séparées par environ cinq degrés et demi de longitude.
[Lettre de La Salle à Beaujeu, 23 janvier 1685 (Margry, ii. 526).
29
1] [Cette lettre est datée : « De l’embouchure d’une rivière que je crois estre une des embouchures du Mississippi » (Margry, ii. 528).
2]

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CHAPITRE XXV.
1685.
LA SALLE AU TEXAS.
Une expédition d’exploration — Le naufrage de l’« Aimable » — Débarquement des colons — Une position désespérée — Les voisins indiens — Les avancées amicales de Beaujeu : son départ — Une découverte fatale.
L’impatience de se débarrasser de son collègue pour commander seul a sans doute influencé le jugement de La Salle. Il déclara bientôt qu’il ferait débarquer les soldats et les enverrait le long du rivage jusqu’à ce qu’ils atteignent l’embouchure principale du fleuve. Alors, l’ingénieur Minet prit la parole — il exprima ses doutes quant au fait que le Mississippi se jette réellement dans les lagunes ; il affirma que, même s’il en était ainsi, les soldats seraient exposés à de grands risques ; et il donna son avis selon lequel tous devraient remonter à bord et continuer les recherches ensemble. Ce conseil était bon, mais La Salle le ressentit comme venant de quelqu’un en qui il ne reconnaissait pas le droit de le donner. « Il me traita », se plaint l’ingénieur, « comme si j’étais le plus méprisable des hommes. »[293] Il persista dans son intention et envoya Joutel et Moranget avec un groupe de soldats explorer la côte. Ils se dirigèrent vers le nord-est le long de la côte de l’île de Matagorda, jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés, le troisième jour, par ce que Joutel appelle une rivière, mais qui n’était en réalité que l’entrée de la baie de Matagorda. Ils y campèrent et tentèrent de fabriquer une radeau avec du bois flotté. « La difficulté », dit Joutel, « résidait dans notre grand nombre d’hommes, et dans le petit nombre de ceux qui étaient aptes à autre chose que manger. Comme je l’ai dit précédemment, ils avaient tous été capturés de force ou par surprise, de sorte que notre groupe ressemblait à l’arche de Noé, qui contenait des animaux de toutes sortes. » Avant que leur radeau ne soit terminé, ils aperçurent, à leur grande joie, les navires qui les avaient suivis le long de la côte.[294]
La Salle débarqua et annonça que c’était là l’embouchure occidentale du Mississippi, et le lieu où le roi l’avait envoyé. Il ajouta qu’il ferait débarquer tous ses hommes, et amènerait l’« Aimable » et la « Belle » en lieu sûr.

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un port abrité à l’intérieur. Beaujeu protesta, arguant de la faible profondeur de l’eau et de la force des courants ; mais ses protestations furent vaines.[295]
La baie de St. Louis, aujourd’hui baie de Matagorda, forme un port large et protégé, accessible depuis la mer par un passage étroit, obstrué par des bancs de sable et par la petite île aujourd’hui appelée île Pelican. Des bateaux furent envoyés pour sonder et baliser le chenal, ce qui fut accompli avec succès le 16 février. L’« Aimable » reçut l’ordre d’y entrer ; et le 20, elle leva l’ancre. La Salle était sur la rive, en train de la surveiller. Un groupe d’hommes, à une petite distance, abattaient un arbre pour fabriquer une canoë. Soudain, certains d’entre eux coururent vers lui, le visage terrifié, criant qu’ils avaient été attaqués par une troupe d’Indiens qui avaient capturé leurs compagnons et les avaient emmenés. La Salle ordonna à ceux qui l’entouraient de prendre leurs armes et partit aussitôt à leur poursuite. Il rattrapa les Indiens et entama des négociations avec eux ; mais lorsqu’il voulut récupérer ses hommes, il découvrit qu’ils avaient été emmenés pendant la négociation au camp indien, à une lieue et demie de là. Parmi eux se trouvait l’un de ses lieutenants, le jeune marquis de la Sablonnière. Il était profondément contrarié, car la situation était critique ; mais il fallait retrouver ces hommes, et il mena ses suivants à toute allure vers le camp. Cependant, il ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil à l’« Aimable » alors qu’elle approchait des hauts-fonds ; et il dit avec anxiété à Joutel, qui était avec lui, que si elle continuait sur cette route, elle allait bientôt échouer.
Ils pressèrent le pas jusqu’à ce qu’ils aperçoivent les huttes indiennes. Environ cinquante d’entre elles, en forme de four, recouvertes de nattes et de peaux, étaient regroupées sur une élévation, avec leurs habitants rassemblés à l’intérieur et autour. Lorsque les Français entrèrent dans le camp, on entendit le bruit d’un canon venant de la mer. Les sauvages effrayés s’allongèrent par terre de terreur. Une autre peur saisit La Salle, car il savait que ce coup de canon était un signe de désastre. En se retournant, il vit l’« Aimable » rabattre ses voiles, et son cœur se serra à la pensée qu’elle avait heurté le récif. Réprimant son angoisse — elle était chargée de toutes les provisions de la colonie —, il avança parmi les wigwams sales, dont les habitants stupéfaits se pressaient autour du groupe d’étrangers armés, regardant avec curiosité et crainte. La Salle connaissait ceux avec qui il avait affaire, et, sans cérémonie, entra dans la cabane du chef avec ses suivants. La foule se referma autour d’eux, des hommes nus et des femmes à moitié nues, décrits par

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Joutel était d’une laideur singulière. Ils offrirent de la viande de buffle et du dauphin séché aux invités inattendus, mais La Salle, rongé par l’anxiété, se hâta de mettre fin à l’entretien ; et après avoir récupéré sans difficulté les hommes enlevés, il retourna sur la plage, laissant, comme à son habitude, chez les Indiens une impression de bonne volonté et de respect.
Lorsqu’il atteignit le rivage, il vit ses pires craintes se réaliser. L’« Aimable » gisait renversé sur le récif, échoué sans espoir de salut. Il ne restait plus qu’à endurer cette catastrophe avec fermeté et à sauver, autant que possible, la cargaison du navire. Ce n’était pas une tâche facile. Le bateau qui se trouvait à sa poupe avait été endommagé — on dit, intentionnellement. Beaujeu envoya un bateau depuis le « Joly », et on obtint une ou plusieurs pirogues indiennes. La Salle encouragea ses hommes avec une énergie sévère et patiente, et une quantité de poudre à canon ainsi que de farine furent débarquées en sécurité. Mais alors le vent se leva violemment depuis la mer ; les vagues commencèrent à monter ; une tempête éclata ; le navire, secoué de part et d’autre sur le banc de sable, s’ouvrit sur le côté, et les vagues voraces dispersèrent ses trésors. Au moment où le chaos était à son comble, une troupe d’Indiens descendit sur la plage, avides de butin. On battit le tambour ; les hommes furent appelés aux armes ; La Salle confia la garde de la poudre à ses fidèles compagnons, non seulement par crainte des Indiens, mais aussi de ses propres compatriotes. Cette nuit lamentable, les sentinelles firent leur ronde dans le camp morose, parmi les tonneaux, les balles et les boîtes que la mer avait livrés ; et là aussi, leur chef, poursuivi par le destin, veilla dans la tristesse, entouré de trahison, d’obscurité et de tempête.
Non seulement La Salle, mais Joutel et d’autres membres de son groupe croyaient que l’échouage de l’« Aimable » était intentionnel. Aigron, qui commandait ce navire, avait désobéi aux ordres et ignoré les signaux. Bien qu’on lui eût ordonné de remorquer le navire à travers le chenal, il avait mis les voiles ; et bien que peu de choses aient été sauvées du naufrage, ses biens personnels, y compris même quelques fruits conservés, furent tous débarqués en sécurité. Il entretenait depuis longtemps de mauvaises relations avec La Salle.[296]
Toute la troupe de La Salle était maintenant campée sur les sables, du côté gauche de l’embouchure où l’« Aimable » s’était échoué.[297] « Ils étaient tous », dit l’ingénieur Minet, « malades de nausées et de dysenterie. Cinq ou six mouraient chaque jour à cause de l’eau saumâtre et de la nourriture mauvaise. Il n’y avait pas d’herbe, mais beaucoup de roseaux et beaucoup d’huîtres. Il n’y avait rien pour préparer… »

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des fours, de sorte qu’ils devaient manger de la farine conservée des épaves, cuite en bouillies avec cette eau saumâtre. Le long du rivage se trouvaient d’immenses quantités d’arbres déracinés et de troncs pourris, rejetés par la mer et la lagune. À partir de ceux-ci, ainsi que de fragments des épaves, ils construisirent une sorte de rempart pour protéger leur camp ; et là, parmi des tentes et des cabanes, des balles, des boîtes, des tonneaux, des mâts, des canons démontés, et des enclos pour volailles et porcs, se rassemblèrent les hommes abattus et les femmes nostalgiques qui devaient s’emparer de la Nouvelle-Biscaye et conserver pour la France une région aussi vaste que la moitié de l’Europe. Les Espagnols, qu’ils devaient conquérir, se trouvaient où ils l’ignoraient. Eux-mêmes ne savaient pas où ils étaient ; et pour les quinze mille alliés indiens qui devaient les rejoindre, ils ne trouvèrent que deux cents sauvages misérables, plus semblables à des ennemis qu’à des amis.

En effet, il devint bientôt évident que ces voisins ne leur voulaient aucun bien. Quelques jours après l’épave, on vit la prairie en flammes. Alors que la fumée et les flammes roulaient vers eux portées par le vent, La Salle fit couper et emporter toute l’herbe autour du camp, surtout autour de l’endroit où était stocké le poudre. Le danger fut évité ; mais il apparut rapidement que les Indiens avaient volé un certain nombre de couvertures et d’autres objets, qu’ils avaient emportés dans leurs wigwams. Ne voulant pas quitter son camp, La Salle envoya son neveu Moranget et plusieurs autres volontaires, accompagnés d’un groupe d’hommes, pour les récupérer. Ils remontèrent la baie en bateau, débarquèrent au camp indien et, avec plus de témérité que de prudence, y pénétrèrent, épée à la main. Les Indiens s’enfuirent, et les aventuriers imprudents s’emparèrent de plusieurs canoës en guise de compensation pour les biens volés. Ne sachant pas comment s’en servir, ils avancèrent lentement sur le chemin du retour et furent rattrapés par la nuit avant d’atteindre le camp français. Ils débarquèrent, allumèrent un feu, postèrent une sentinelle et s’allongèrent sur l’herbe sèche pour dormir. La sentinelle suivit leur exemple, quand soudain ils furent réveillés par des cris de guerre et une pluie de flèches. Deux volontaires, Oris et Desloges, furent tués sur place ; un troisième, nommé Gayen, fut gravement blessé ; et le jeune Moranget reçut une flèche dans le bras. Il se leva d’un bond et tira son fusil sur l’ennemi vociférant mais invisible. D’autres membres du groupe firent de même, et les Indiens s’enfuirent.

C’est à peu près à ce moment-là que Beaujeu se prépara à retourner en France. Il avait accompli sa mission et débarqua ses passagers là où La Salle lui assura être l’un des

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les embouchures du Mississippi. Son navire était en danger sur cette côte exposée et périlleuse, et il était anxieux de trouver un abri. Depuis quelque temps déjà, ses relations avec La Salle étaient amicales, et il avait été convenu entre eux que Beaujeu s’arrêterait à la baie de Galveston, considérée comme l’embouchure principale du Mississippi ; ou, s’il ne trouvait pas d’abri ici, qu’il se rendrait à la baie de Mobile et y attendrait jusqu’en avril pour avoir des nouvelles de son collègue. Deux jours avant le naufrage de l’« Aimable », il écrivit à La Salle : « Je souhaite de tout mon cœur que vous ayez plus confiance en moi. De ma part, je ferai toujours les premiers pas ; et j’ suivrai vos conseils chaque fois que je pourrai le faire sans mettre mon navire en péril. Je reviendrai en ce lieu, si vous voulez connaître les résultats du voyage que je m’apprête à entreprendre. Si vous le souhaitez, j’irai à la Martinique pour obtenir des provisions et des renforts. En somme, il n’y a rien que je ne sois prêt à faire : il vous suffit de parler. »
La Salle lui avait demandé d’envoyer sur le rivage un certain nombre de canons ainsi qu’une quantité de fer, stockés sur le « Joly », à l’usage de la colonie ; et Beaujeu répondit : « J’aimerais beaucoup pouvoir vous donner votre fer, mais c’est impossible, sauf dans un port ; car il se trouve sur mon lest, sous vos canons, mes ancres de réserve et tout mon chargement. Il faudrait trois jours pour le sortir, ce qui n’est pas possible en cet endroit, où la mer devient agitée comme des montagnes au moindre vent. Je préfère revenir pour vous le donner, au cas où vous ne envoyeriez pas le ‘Belle’ à Baye du St. Esprit [baie de Mobile] pour le récupérer... Je vous supplie une fois de plus d’envisager l’offre que je vous fais d’aller à la Martinique pour obtenir des provisions pour votre peuple. J’en demanderai au intendant en votre nom ; et si elles sont refusées, je les prendrai à mes propres frais. »[298]
La Salle répondit immédiatement : « J’ai reçu avec un plaisir singulier la lettre que vous vous êtes donné la peine de m’écrire ; car j’y ai trouvé des preuves extraordinaires de bienveillance dans l’intérêt que vous portez au succès d’une affaire qui me tient encore plus à cœur, puisqu’elle concerne la gloire du Roi et l’honneur de Monseigneur de Seignelay. J’ai fait ma part pour parvenir à une entente parfaite entre nous, et je n’ai jamais manqué de confiance ; mais même si c’était le cas, les offres que vous faites sont si généreuses qu’elles inspireraient une confiance absolue. » Il les refusa néanmoins, assurant en même temps à Beaujeu qu’il avait atteint le lieu qu’il cherchait et était sur la voie du succès, à condition de pouvoir avoir les canons, les boulets et le fer stockés à bord du « Joly ».»[299]

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Immédiatement après, il écrit à nouveau : « Je ne peux m’empêcher de vous exhorter une fois encore à essayer de nous donner le fer. » Beaujeu répond : « Pour vous montrer à quel point je souhaite ardemment contribuer au succès de votre entreprise, j’ai ordonné que l’on sorte votre fer, malgré mes officiers et mes marins qui me disent que je mets mon navire en péril en déplaçant tout au fond de la cale dans une région comme celle-ci, où les mers ressemblent à des montagnes. J’hésitais à perturber l’empilement des marchandises, non tant pour éviter des tracas que parce qu’il n’y a pas de ballast disponible dans les environs ; j’ai donc fait descendre six canons de la batterie du pont inférieur dans la cale pour remplacer le fer. » Et il exhorte à nouveau La Salle à accepter son offre d’apporter des provisions aux colons depuis la Martinique.

Le lendemain, l’« Aimable » fit naufrage. Beaujeu resta encore deux semaines sur la côte, puis annonça à La Salle qu’étant à court de bois, d’eau et d’autres nécessités, il devait se rendre à Mobile Bay pour les obtenir. Néanmoins, il s’attarda encore une semaine, répétant son offre d’apporter des vivres depuis la Martinique, proposition que La Salle refusa une nouvelle fois, et finit par lever l’ancre le 12 mars, après des adieux courtois de part et d’autre.[300]

La Salle et ses colons furent laissés seuls. Plusieurs d’entre eux perdirent courage et embarquèrent pour rentrer chez eux avec Beaujeu. Parmi eux se trouvait l’ingénieur Minet, qui s’était brouillé avec La Salle et qui, une fois arrivé en France, fut emprisonné pour l’avoir abandonné. Même son frère, le prêtre Jean Cavelier, songeait à abandonner l’entreprise, mais fut finalement convaincu de rester, ainsi que son neveu le fougueux Moranget et le plus jeune Cavelier, encore écolier. Les deux frères récollets, Zenobe Membré et Anastase Douay, le fidèle Joutel, homme sensé et observateur, et le marquis de la Sablonnière, noble débauché dont l’unique bien était son épée, étaient désormais les principaux membres de ce groupe désespéré. Le reste était composé de soldats inexpérimentés et indisciplinés, ainsi que d’artisans, dont la plupart ignoraient tout de leur vocation. À cela s’ajoutaient des familles misérables et de jeunes femmes éprises qui étaient venues tenter leur chance dans les marécages et les zones de cannes à sucre du Mississippi.

La Salle partit explorer les environs. Joutel resta à la tête du soi-disant fort. Il était assailli par des ennemis rusés, et souvent, la nuit, les Indiens rampaient dans l’herbe autour de sa faible palissade en hurlant comme des loups ; mais quelques coups de feu suffisaient à les faire fuir. Une garde stricte

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fut conservé ; et un cheval en bois fut placé dans l’enclos, pour punir le sentinelle qui dormirait à son poste. Ils vivaient chaque jour dans la peur d’un ennemi plus redoutable, et une fois ils aperçurent une voile, qu’ils ne doutèrent pas être espagnole ; mais elle passa heureusement sans les découvrir. Ils chassaient dans les prairies et pêchaient des poissons dans les étangs voisins. Le jour de Pâques, le Sieur le Gros, l’un des chefs de la compagnie, sortit après la messe pour chasser les cailles ; mais alors qu’il marchait pieds nus à travers la marécage, un serpent le mordit, et il mourut peu après. Deux hommes désertèrent, pour mourir de faim dans la prairie ou devenir des sauvages parmi les sauvages. D’autres tentèrent de s’échapper, mais furent capturés ; et l’un d’eux fut pendu. Un groupe de désespérés complota pour tuer Joutel ; mais l’un d’eux trahit le secret, et le complot fut déjoué. La Salle revint de son exploration, mais son retour ne apporta aucune joie. Il avait été contraint d’abandonner l’illusion à laquelle il s’était accroché si longtemps, et il fut enfin convaincu qu’il n’était pas à l’embouchure du Mississippi. Les débris de l’« Aimable » eux-mêmes n’eurent pas de conséquences aussi désastreuses.

Note.—Le comportement de Beaujeu, jugé jusqu’alors principalement d’après le récit imprimé de Joutel, est mis en lumière d’une manière nouvelle et plus favorable grâce à sa correspondance avec La Salle. Quelles que fussent leurs irritations mutuelles, il est clair que le commandant naval était désireux d’accomplir son devoir de façon à satisfaire Seignelay, et qu’il puisse être entièrement disculpé de tout dessein sinistre. Lorsqu’il quitta La Salle le 12 mars, il avait l’intention de naviguer à la recherche de la baie de Mobile (Baie du St. Esprit) — en partie parce qu’il espérait y trouver un port sûr, où il pourrait faire sortir les canons de La Salle du coffre et trouver du lest pour les remplacer ; et en partie pour se procurer du bois et de l’eau, dont il avait un besoin extrême. Il dit à La Salle qu’il attendrait là jusqu’à la mi-avril, afin que celui-ci puisse envoyer le « Belle » pour récupérer les canons ; mais sur ce point, il n’y eut pas d’accord formel entre eux. Beaujeu ignorait la position de la baie, qu’il croyait beaucoup plus proche qu’elle ne l’était en réalité. Après avoir essayé pendant deux jours d’y arriver, les vents violents et le mécontentement de son équipage le poussèrent à se diriger vers Cuba ; et après une rencontre avec des pirates et diverses aventures, il arriva en France vers le 1er juillet. Il fut reçu froidement par Seignelay, qui écrivit à l’intendant de Rochelle : « Sa Majesté a vu ce que vous avez écrit au sujet de l’idée du Sieur de Beaujeu, selon laquelle le Sieur de La Salle ne se trouve pas à l’embouchure du Mississippi. Il semble fonder cette conviction sur de telles conjectures fragiles qu’il n’est pas nécessaire de prêter grande attention à son récit, d’autant plus que cet homme a été préjugé dès le début contre l’entreprise de La Salle. » (Lettre de Seignelay à Arnoul, 22 juillet 1685. Margry, ii. 604.) Le ministre avertit en même temps Beaujeu de ne rien dire qui puisse nuire à l’entreprise, sous peine du mécontentement du roi. Le récit de l’ingénieur Minet explique suffisamment une carte curieuse, qu’il affirme avoir dessinée non sur place, mais lors du voyage de retour, et qui est encore conservée aux Archives Scientifiques de la Marine. Cette carte comprend deux esquisses distinctes de l’embouchure du Mississippi. La première, qui correspond à celle réalisée par Franquelin en 1684, est intitulée « Embouchure de la Rivière comme M. de la Salle la marque dans sa Carte ». La seconde porte ces mots,

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Côtes et lacs selon la hauteur de sa rivière, tels que nous les avons trouvés. Ces « Côtes et lacs » représentent de manière grossière les lagunes de la baie de Matagorda et de ses environs, dans lesquelles le Mississippi est censé se jeter, conformément à la conviction de La Salle. Une partie du littoral a été dessinée à partir d’observations réelles, bien que superficielles. Le reste n’est que pure conjecture.

NOTES DE BAS DE PAGE :
[Relation de Minet ; Lettre de Minet à Seignelay, 6 juillet 1685 (Margry, ii. 591, 602).]
[Joutel, Journal Historique, 68 ; Relation (Margry, iii. 143-146) ; comparer avec le Journal d’Esmanville (Margry, ii. 510).]
[Relation de Minet (Margry, ii. 591).]
[Procès-verbal du sieur de La Salle concernant le naufrage de la flûte l’Aimable ; Lettre de La Salle à Seignelay, 4 mars 1685 ; Lettre de Beaujeu à Seignelay, sans date. Beaujeu a fait de son mieux pour sauver la cargaison. Les pertes comprenaient presque toutes les provisions, 60 barils de vin, 4 canons, 1 620 boulets, 400 grenades, 4 000 livres de fer, 5 000 livres de plomb, la plupart des outils, un foyer, un moulin, du cordage, des caisses d’armes, presque tous les médicaments, ainsi que la majeure partie des bagages des soldats et des colons. Aigron est retourné en France sur le « Joly » et a été jeté en prison, « comme il paroît clairement que cet accident est arrivé par sa faute ». — Seignelay au sieur Arnoul, 22 juillet 1685 (Margry, ii. 604).]
[Une carte intitulée Entrée du lac où on a laissé le sr de la Salle, réalisée par l’ingénieur Minet et conservée aux Archives de la Marine, représente l’entrée de la baie de Matagorda, le camp de La Salle sur la gauche, les camps indiens aux abords de la baie, la « Belle » ancrée à l’intérieur, l’« Aimable » échouée à l’entrée, et le « Joly » ancré en haute mer.]
[Lettre de Beaujeu à La Salle, 18 février 1685 (Margry, ii. 542).]
[Lettre de La Salle à Beaujeu, 18 février 1685 (Margry, ii. 546).]
[Toute cette correspondance entre Beaujeu et La Salle se trouvera dans Margry, ii.]

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CHAPITRE XXVI.
1685-1687.
SAINT-LOUIS DU TEXAS.
Le fort.—Misère et désespoir.—Énergie de La Salle : son voyage d’exploration.—Aventures et accidents.—Le bison.—Duhaut.—Massacre des Indiens.—Retour de La Salle.—Une nouvelle calamité.—Une résolution désespérée.—Départ pour le Canada.—Destruction du « Belle ».—Mariage.—Sédition.—Aventures du groupe de La Salle.—Les Cenis.—Les Camanches.—La seule hope.—Le dernier adieu.

À quoi bon fonder une colonie à l’embouchure d’une petite rivière texane ? Le Mississippi était la vie de cette entreprise, la condition de sa croissance et de son existence. Sans lui, tout était vain et sans sens — une folie et une ruine. Quoi qu’il en coûte, il fallait trouver le Mississippi.

Mais les exigences du moment étaient pressantes. La malheureuse colonie, rejetée sur le rivage comme un épave sur les sables de la baie de Matagorda, devait rassembler ses ressources brisées et recouvrer ses forces épuisées avant de tenter à nouveau son pèlerinage vers le « fleuve fatal ». Lors de ses explorations, La Salle avait trouvé un endroit qu’il jugeait bien adapté pour une installation temporaire. C’était sur la rivière qu’il nomma La Vache, aujourd’hui Lavaca, qui se jette dans l’embouchure de la baie de Matagorda ; c’est là qu’il ordonna à toutes les femmes et enfants, ainsi qu’à la plupart des hommes, de s’y rendre ; tandis que les trente autres restaient avec Joutel au fort près de l’embouchure de la baie. Là, ils passaient leur temps à chasser, à pêcher et à tailler en planches les troncs d’arbres que la mer déposait en abondance, troncs que La Salle comptait utiliser pour construire sa nouvelle station sur la Lavaca. Ainsi le temps s’écoula jusqu’au milieu de l’été, date à laquelle Joutel reçut l’ordre d’abandonner son poste pour rejoindre le gros des colons. À cette fin, la petite frégate « Belle » fut envoyée dans la baie. C’était un cadeau du Roi à La Salle, qui l’avait amenée saine et sauve à travers le chenal, et qu’il considérait comme le pilier de ses espoirs. Elle prit alors à bord des provisions et quelques hommes, tandis que Joutel, avec les autres, suivait par terre jusqu’au poste sur la Lavaca. Là, il trouva une situation…

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Des choses qui étaient loin d’être réjouissantes. Les cultures avaient été semées, mais la sécheresse et le bétail les avaient presque détruites. Les colons vivaient sous des tentes et de petites cabanes ; la seule construction solide était un petit enclos carré de pieux, dans lequel étaient stockés la poudre à canon et le brandy. Le site était bon, une élévation près de la rivière ; mais il n’y avait pas de bois à moins d’une lieue à la ronde, ni de chevaux ou de bœufs pour le transporter. Leur travail devait être accompli par des hommes. Certains abattaient et aplanissaient le bois ; d’autres le traînaient de force à travers l’herbe épaisse de la prairie, sous le soleil brûlant du Texas. Les chariots à canons facilitaient un peu la tâche ; pourtant, même les hommes les plus forts finissaient par céder. Joutel se rendit au premier fort, fabriqua une barque et ramena le bois rassemblé là-bas, ce qui s’avéra être un approvisionnement très opportun et utile. Des palissades et des bâtiments commencèrent à apparaître. Les hommes travaillaient sans enthousiasme, mais avec acharnement, car ils travaillaient sous l’œil de La Salle. Les charpentiers venus de Rochelle se révélèrent inutiles ; c’est lui-même qui conçut les plans des travaux, marqua les tenons et les mortaises, et dirigea tout le processus.[302]

Pendant ce temps, la mort semait la ruine parmi ses suivants ; sous les abris et les cabanes qui les protégeaient du soleil gisaient une dizaine de malheureux qui dépérissaient lentement à cause des maladies contractées à Saint-Domingue. Parmi les soldats recrutés pour l’expédition par les agents de La Salle, beaucoup auraient passé leur vie à mendier devant les portes des églises de Rochefort, et étaient donc incapables de discipline. Il était impossible d’empêcher ni eux ni les marins de consommer des kakis et d’autres fruits sauvages en quantités destructrices. Presque tous tombèrent malades ; et avant que l’été ne soit terminé, le cimetière comptait déjà plus de trente défunts.[303] Le comportement de La Salle ne contribuait pas à redonner du moral à ses suivants. Les résultats de l’entreprise étaient bien différents de ses espoirs ; et, après une période de promesses flatteuses, il retournait sur ces chemins sombres et difficiles qui semblaient être son destin. Le présent était plein de troubles ; l’avenir, chargé de tempêtes. La conscience aiguisait ses énergies ; mais elle le rendait sévère, dur, et souvent injuste envers ceux qui étaient sous ses ordres.

Un après-midi, Joutel revenait au camp avec le maître-charpentier, lorsqu’ils aperçurent de la faune ; le charpentier partit à sa poursuite. On ne le revit jamais. Peut-être s’était-il perdu dans la prairie, peut-être avait-il été tué par des Indiens. Il connaissait peu son métier, mais ils avaient néanmoins besoin de lui. Le Gros, un

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Homme de caractère et d’intelligence, il souffrait de plus en plus des blessures causées par le morsure du serpent qu’il avait reçue dans les marais le jour de Pâques. Le membre blessé fut amputé, et il mourut. Le frère de La Salle, prêtre, était malade ; plusieurs autres personnalités importantes de la colonie se trouvaient dans le même état. Pendant ce temps, les travaux continuaient. Un grand bâtiment fut achevé, construit en bois, avec un toit en planches et en peaux brutes, et divisé en appartements destinés à l’hébergement et à d’autres usages. La Salle donna à cette nouvelle installation son nom préféré : Fort St. Louis ; la baie voisine fut également nommée d’après ce saint royal.[304] Le paysage n’était pas dépourvu de charmes. Vers le sud-est s’étendait la baie avec ses prairies avoisinantes ; au nord-est, la rivière Lavaca coulait le long des pentes verdoyantes. Autour, à perte de vue, s’étendait une mer de prairies, avec des forêts lointaines, floues à cause du brouillard estival. Parfois, on y voyait des buffles qui paissaient, encore non effrayés par leurs pâturages habituels ; les collines herbeuses étaient parsemées de fleurs pour lesquelles le Texas est réputé, et qui forment aujourd’hui les beaux ornements de nos jardins.

Et maintenant, les travaux nécessaires étant accomplis, et la colonie plus ou moins logée et fortifiée, son chef infatigable se prépara à renouveler sa quête du « fleuve fatal », comme l’appelle à plusieurs reprises Joutel. Avant son départ, il effectua quelques explorations préliminaires, au cours desquelles, selon le rapport de son frère prêtre, il trouva des preuves que les Espagnols avaient déjà établi, bien avant cela, une installation temporaire à un endroit situé à environ quinze lieues de Fort St. Louis.[305]

C’était le dernier jour d’octobre lorsque La Salle partit pour son grand voyage d’exploration. Son frère Cavelier, qui s’était maintenant remis, l’accompagna avec cinquante hommes ; cinq coups de canon tirés depuis le fort saluèrent leur départ. Ils étaient légèrement équipés ; mais certains portaient des cuirasses faites de barres, afin de se protéger des flèches. En descendant la rivière Lavaca, ils poursuivirent leur route vers l’est à pied, le long du rivage de la baie, tandis que Joutel restait à la tête du fort. Celui-ci se trouvait à deux lieues en amont de l’embouchure de la rivière ; il abritait trente-quatre personnes, dont trois frères récollets, un certain nombre de femmes et de filles venues de Paris, ainsi que deux jeunes orphelines d’un certain Talon, Canadien décédé récemment. Leur bétail se composait de quelques…

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des cochons et une portée de huit porcelets, qui, comme Joutel ne manque pas de nous le dire, passaient leur temps à se vautrer dans le fossé de la palissade ; un coq et une poule, avec une petite famille ; et un couple de chèvres, qui, en cas de pénurie temporaire de viande fraîche, furent sacrifiées pour répondre aux besoins de l’abbé Cavelier, malade. Joutel ne permettait à personne de rester oisif. Le forgeron, n’ayant pas d’enclume, fut pourvu d’un canon en remplacement. Des logements furent construits pour les femmes et les filles, ainsi que des logements séparés pour les hommes. Une petite chapelle fut ensuite ajoutée, et tout fut entouré d’une palissade. Aux quatre coins de la maison étaient montés huit canons, qui, en l’absence de boulets, étaient chargés de sacs de balles.[306] Entre les palissades et le ruisseau s’étendait une étroite bande de marais, refuge d’innombrables oiseaux ; et à une petite distance, elle se transformait en étangs pleins de poissons. Toutes les prairies environnantes abondaient en gibier : buffles, cerfs, lièvres, dindes, canards, oies, cygnes, pluviers, bécassines et tétras. La rivière fournissait aux colons des tortues, et la baie des huîtres. De ces dernières, ils en trouvaient souvent plus qu’ils n’en voulaient ; car lors de leurs excursions, lorsqu’ils poussaient leurs canoës en bois dans l’eau, en marchant pieds nus dans la boue épaisse et tenace, les coquilles tranchantes coupaient leurs pieds comme des couteaux ; « et ce qui était pire », dit Joutel, « c’est que l’eau salée pénétrait dans les plaies, provoquant des douleurs atroces ». Il s’amusait parfois à tirer sur des alligators. « Je ne les épargnais jamais lorsque je les rencontrais près de la maison. Un jour, j’en tuai un d’une taille extrêmement grande, dont la circonférence était de près de quatre pieds et demi et la longueur d’environ vingt pieds. » Il décrit avec précision ce curieux habitant des plaines du sud-ouest, la « grenouille cornue », que, trompé par son apparence peu engageante, il prit à tort pour venimeuse. « Certains de nos animaux furent mordus par des serpents ; parmi eux, une chienne qui avait appartenu au défunt Sieur le Gros. Elle fut mordue à la mâchoire alors qu’elle était avec moi, pendant que je pêchais au bord de la baie. Je lui donnai un peu de thériaque [un antidote alors en usage], ce qui la guérit, tout comme l’une de nos truies, qui revint un jour avec la tête si enflée qu’elle pouvait à peine la soulever. Pensant qu’un serpent devait l’avoir mordue, je lui donnai une dose de thériaque mélangée à de la farine et de l’eau. » La malade commença aussitôt à aller mieux. « J’ai tué de nombreux serpents à sonnette grâce à cette chienne, car dès qu’elle en voyait un, elle aboyait autour de lui, parfois pendant une demi-heure d’affilée, jusqu’à ce que je prenne mon fusil et que je le tire. Je les trouvais souvent dans les buissons, faisant du bruit avec leurs queues. Une fois qu’ils étaient morts, nos cochons les mangeaient. » Il consacre

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De nombreuses pages sont consacrées aux plantes et aux animaux des environs, dont la plupart peuvent être facilement reconnus d’après sa description. Avec le buffle, qu’il appelle « notre pain quotidien », il a eu de nombreuses et étranges expériences. Étant, comme les autres membres du groupe, un novice dans l’art de chasser ces bêtes, il a connu de nombreuses déconvenues. Une fois, après s’être hissé sur le toit de la grande maison du fort, il a aperçu un objet sombre en mouvement sur une élévation de la prairie, à trois miles de là ; pensant à juste titre qu’il s’agissait d’un troupeau de buffles, il est parti avec six ou sept hommes pour tenter d’en abattre quelques-uns. Au bout d’un moment, il a découvert deux taureaux allongés dans une dépression ; faisant signe aux autres de rester silencieux, il s’est approché, armé de son fusil. Les taureaux se sont alors levés d’un bond et ont fixé l’intrus à travers leurs crinières. Joutel a tiré. C’était une prise de vue rapprochée ; mais les taureaux se sont simplement secoués la tête, ont fait demi-tour et sont partis au galop. Il a eu la même chance le lendemain. « Nous avons vu beaucoup de buffles. Je me suis approché de plusieurs groupes, j’ai tiré encore et encore, mais je n’ai réussi à en abattre aucun. » Il ne savait pas encore qu’un buffle tombe rarement immédiatement, sauf s’il est touché à la colonne vertébrale. Il continue : « Je n’étais pas découragé ; après m’être approché de plusieurs autres groupes — ce qui était difficile, car je devais ramper par terre pour ne pas être vu — je me suis retrouvé au milieu d’un troupeau de cinq ou six mille individus, mais, à ma grande frustration, je n’ai pas pu en abattre un seul. Ils se sont tous enfuis à droite et à gauche. La nuit tombait, et je n’avais tué rien. Bien que très fatigué, j’ai essayé à nouveau, je me suis approché d’un autre groupe et j’ai tiré plusieurs coups ; mais aucun buffle ne s’est effondré. Mes genoux étaient écorchés à force de ramper. Finalement, alors que je retournais rejoindre nos hommes, j’ai vu un buffle allongé par terre. Je me suis dirigé vers lui et j’ai constaté qu’il était mort. Je l’ai examiné et j’ai vu que la balle était entrée près de l’épaule. Puis j’en ai trouvé d’autres morts comme le premier. J’ai fait signe aux hommes de venir, et nous nous sommes mis au travail pour découper la viande — une tâche nouvelle pour nous tous. » Il serait impossible d’écrire un tableau plus vrai et plus caractéristique de l’expérience d’un novice dans la chasse aux buffles à pied. Quelques jours plus tard, il est sorti à nouveau, avec le père Anastase Douay ; il s’est approché d’un taureau, a tiré et lui a brisé l’épaule. Le taureau s’est éloigné en boitant sur trois pattes. Douay, vêtu de sa soutane, est allé le ramener, tandis que Joutel rechargeait son fusil ; alors la bête enragée a chargé le missionnaire et l’a renversé. Il a échappé de justesse à la mort. « Il y avait un autre missionnaire », poursuit Joutel, « nommé le père Maxime Le Clerc, qui… »

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Il était parfaitement adapté à une telle entreprise que la nôtre, car il était capable de tout, même de tuer un buffle ; et comme je l’ai dit précédemment, chacun d’entre nous devait prêter main-forte, car nous étions trop peu nombreux pour que quelqu’un ne soit pas aidé, j’ai fait en sorte que les femmes, les filles et les enfants fassent leur part, tout comme lui ; car comme ils voulaient tous manger, il était juste qu’ils travaillent tous. Il fit construire une échafaudage près du fort et les mit à fumer de la viande de buffle, en prévision d’une période de pénurie.[307]
Ainsi le temps passa jusqu’au milieu janvier ; un soir tard, alors que tous étaient rassemblés dans le bâtiment principal, peut-être en train de discuter, de fumer, de jouer aux cartes ou de somnoler près du feu, rêvant de France avec nostalgie, un garde vint annoncer qu’il avait entendu une voix venant de la rivière. Ils descendirent tous sur la rive et aperçurent un homme dans une canoë qui criait : « Dominique ! » C’était le nom du plus jeune des deux frères Duhaut, l’un des suivants de Joutel. Lorsque la canoë s’approcha, ils reconnurent l’aîné, celui qui avait accompagné La Salle lors de son voyage d’exploration, et qui était peut-être le pire scélérat du groupe. Joutel fut très perplexe. La Salle lui avait ordonné de ne laisser entrer personne dans le fort sans laissez-passer et mot de passe. Interrogé, Duhaut dit qu’il n’en avait pas, mais raconta en même temps une histoire si convaincante que Joutel n’hésita plus à l’accueillir. Alors que La Salle et ses hommes poursuivaient leur marche à travers la prairie, Duhaut, qui était en arrière, s’était arrêté pour réparer ses mocassins, et lorsqu’il tenta de rattraper le groupe, il se perdit, prenant un sentier de buffles pour la trace de ses compagnons. La nuit, il tira son fusil en signe de signalisation, mais il n’y eut pas de réponse. Ne voyant aucune chance de les rejoindre, il retourna vers le fort, trouva l’une des canoës que La Salle avait cachées sur la rive, pagaya de nuit et resta à proximité pendant la journée, chassant des dindes, des cerfs et des buffles pour se nourrir, et, n’ayant pas de couteau, il coupa la viande avec une pierre tranchante, jusqu’à ce qu’après un mois de souffrances extrêmes il atteigne sa destination. Lorsque les habitants du fort Saint-Louis se rassemblèrent autour de ce vagabond épuisé par les intempéries, il leur annonça de sombres nouvelles. Le pilote du « Belle », telle était son histoire, était parti avec cinq hommes pour explorer la côte sur ordre de La Salle, qui campait alors dans les environs avec son groupe d’explorateurs. L’équipage du bateau, surpris par la nuit, avait établi son camp sur la plage sans mettre de garde ; et pendant qu’ils dormaient, une bande d’Indiens les avait attaqués et les avait tous massacrés. La Salle,

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Inquiets de leur longue absence, ils avaient cherché le long du rivage et finalement trouvé leurs corps dispersés sur les sables, à moitié dévorés par des loups.
[308]
Il aurait été préférable que Duhaut partage leur sort.
Les semaines et les mois s’écoulèrent, jusqu’au bout du mois de mars, où Joutel, monté par hasard sur le toit d’un des bâtiments, vit sept ou huit hommes approcher depuis la prairie. Il sortit à leur rencontre avec un nombre égal d’hommes bien armés ; en s’approchant, il reconnut, avec une joie mêlée d’anxiété, La Salle et quelques-uns de ceux qui l’avaient accompagné. Son frère Cavelier était à ses côtés, sa soutane si déchirée que, selon Joutel, « il n’y avait presque plus de morceau assez grand pour envelopper une once de sel ». Il portait un vieux chapeau, ayant perdu son bonnet en chemin. Les autres n’étaient pas dans un meilleur état, car leurs chemises étaient toutes en loques. Certains portaient des charges de viande, car M. de la Salle craignait que nous n’ayons tué aucun buffle. Nous nous rencontrâmes avec grande joie et de nombreux embrassades. Après nos salutations, M. de la Salle, voyant Duhaut, me demanda d’un ton furieux comment j’avais pu accueillir cet homme qui l’avait abandonné. Je lui racontai ce qui s’était passé et répétai l’histoire de Duhaut. Duhaut se défendit, et la colère de M. de la Salle s’apaisa rapidement. Nous entrâmes dans la maison et nous rafraîchîmes avec du pain et du brandy, car il ne restait plus de vin.[309]
La Salle et ses compagnons racontèrent leur histoire. Ils avaient erré au milieu de diverses tribus sauvages, avec lesquelles ils eurent plus d’un affrontement, les dispersant comme de la paille sous la terreur de leurs armes à feu. Finalement, ils trouvèrent une bande plus amicale et apprirent beaucoup de choses sur les Espagnols, qui, disait-on, étaient universellement haïs par les tribus de ce pays. Il serait facile, disaient leurs informateurs, de rassembler une armée de guerriers et de les conduire de l’autre côté du Rio Grande ; mais La Salle n’était pas en état de tenter des conquêtes, et les tribus dont il avait compté sur l’alliance s’étaient querellées avec lui quelques jours auparavant. L’invasion du Nouveau-Biscaye devait être reportée à un jour plus propice. Continuant son chemin, il arriva à une grande rivière, qu’il prit d’abord pour le Mississippi ; il construisit alors une forteresse de palissades et y laissa plusieurs de ses hommes.[310] Le sort de ces malheureux n’est pas connu. Il reprit alors son chemin vers le fort Saint-Louis, et, en s’en approchant, envoya quelques-uns de ses hommes chercher son navire, la « Belle », dont il s’inquiétait beaucoup pour sa sécurité, depuis la perte de son pilote.

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Le lendemain, ces hommes apparurent au fort, l’air abattu. Ils n’avaient pas trouvé le « Belle » à l’endroit où on lui avait ordonné de rester, et aucun renseignement à son sujet n’était parvenu. À partir de ce moment, la conviction qu’elle était perdue s’empara de l’esprit de La Salle. Entouré, comme il l’avait toujours été, de traîtres, il crut alors que son équipage avait abandonné la colonie pour se diriger vers les Antilles ou en France. La perte était incalculable. Il comptait sur ce navire pour transporter les colons jusqu’au Mississippi, dès que sa position exacte pourrait être déterminée ; et, le jugeant un lieu plus sûr que le fort, il y avait mis tous ses documents et ses effets personnels, ainsi qu’une grande quantité de provisions, de munitions et d’outils.[311] En réalité, ce navire était absolument nécessaire aux malheureux exilés, leur unique moyen de s’échapper d’une situation qui devenait de plus en plus désespérée.

Comme nous le raconte son frère, La Salle tomba alors gravement malade — les fatigues du voyage, ajoutées aux effets sur son esprit de cette dernière catastrophe, eurent raison de ses forces, bien que non de sa résolution. « En vérité », écrit le prêtre, « après la perte du navire qui nous privait de notre seul moyen de retourner en France, nous n’avions d’autre ressource que la ferme direction de mon frère, dont la mort aurait été considérée par chacun de nous comme la sienne propre.»[312]

Dès qu’il fut rétabli, La Salle prit une décision qui ne pouvait naître que d’une nécessité désespérée : partir pour le Canada. Il décida de se rendre au Canada par le Mississippi et l’Illinois, afin d’y apporter de l’aide aux colons et d’envoyer un rapport sur leur situation en France. Cette tentative était entourée d’incertitudes et de dangers. Il fallait d’abord trouver le Mississippi, puis le suivre à travers toute la monotonie périlleuse de ses méandres interminables, jusqu’à un point qui n’était en réalité que le point de départ d’un nouveau voyage tout aussi difficile. Cavelier, son frère, Moranget, son neveu, le frère Anastase Douay, ainsi que vingt autres personnes furent choisis pour l’accompagner. Chaque recoin du magasin fut fouillé à la recherche de vêtements. Joutel donna généreusement la majeure partie de ses vêtements à La Salle et à ses deux parents. Duhaut, qui avait sauvé ses effets personnels du naufrage de l’« Aimable », dut contribuer aux besoins du groupe ; et les coffres peu garnis de ceux qui étaient morts furent utilisés pour subvenir aux besoins des survivants. Chacun travaillait avec aiguille et crochet pour réparer ses vêtements usés ou les remplacer par des peaux de bison ou de cerf.

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Le vingt-deux avril, après la messe et les prières dans la chapelle, ils sortirent par la porte, chacun portant son sac et ses armes : certains avaient des marmites accrochées dans le dos, d’autres des haches, d’autres encore des cadeaux destinés aux Indiens. De cette manière, ils avancèrent en silence à travers la prairie ; tandis que des regards anxieux les suivaient depuis les palissades de Saint-Louis, dont les habitants, y compris Joutel lui-même, semblaient ignorer l’ampleur et la difficulté de cette entreprise.[313]

« Le premier mai », écrit-il, « vers deux heures de l’après-midi, alors que je marchais près de la maison, j’entendis une voix venant de la rivière en contrebas, criant plusieurs fois : Qui vive ? Sachant que le sieur Barbier était parti de ce côté avec deux canoës pour chasser des buffles, je pensai que c’était peut-être l’un de ces canoës qui revenait avec de la viande, et je ne m’inquiétai pas outre mesure jusqu’à ce que j’entende à nouveau cette même voix. Je répondis : Versailles, qui était le mot de passe que j’avais donné au sieur Barbier, au cas où il reviendrait de nuit. Mais, alors que je me dirigeais vers la rive, j’entendis d’autres voix que je n’avais pas entendues depuis longtemps. Parmi elles, je reconnus celle de M. Chefdeville, ce qui me fit craindre qu’un désastre ne se fût produit. Je courus jusqu’à la rive, et ma première question fut de savoir ce qu’il était advenu de la “Belle”. On me répondit qu’elle avait fait naufrage de l’autre côté de la baie, et que tous ceux qui se trouvaient à bord avaient péri noyés, à l’exception des six personnes qui étaient dans le canoë : à savoir le sieur Chefdeville, le marquis de la Sablonnière, un homme nommé Teissier, un soldat, une fille et un petit garçon. »[314]

C’est du jeune prêtre Chefdeville que Joutel apprit les détails du désastre. Il n’y avait plus d’eau à bord de la “Belle” ; une équipe de cinq hommes était partie à sa recherche ; le vent s’intensifia, leur bateau fut submergé et ils périrent tous noyés. Ceux qui restaient n’avaient plus aucun moyen d’atteindre la rive ; mais s’ils manquaient d’eau, ils avaient en abondance du vin et du brandy, et Teissier, le capitaine du navire, était ivre tous les jours. Après un certain temps, ils quittèrent leur ancre et tentèrent d’atteindre le fort ; mais ils étaient peu nombreux, faibles et inexpérimentés. Un vent nord violent les poussa contre un banc de sable. Certains d’entre eux périrent en essayant d’atteindre la terre ferme à bord d’une radeau. D’autres eurent plus de chance ; et, après de longues difficultés, ils trouvèrent un canoë échoué, dans lequel ils se rendirent à Saint-Louis, emportant avec eux quelques papiers et bagages de La Salle sauvés du naufrage.

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Ces catastrophes successives pesèrent lourdement sur le moral des colons ; et Joutel, en bon commandant qu’il était, ne ménagea aucun effort pour les réconforter.
« Nous avons fait ce que nous pouvions pour nous divertir et chasser les soucis. J’encourageais nos gens à danser et à chanter le soir ; car lorsque M. de la Salle était parmi nous, les plaisirs étaient souvent bannis. Or, il est inutile d’être mélancolique en de telles circonstances. Il est vrai que M. de la Salle n’avait pas de grandes raisons de se réjouir, après tous ses pertes et déceptions ; mais ses troubles faisaient aussi souffrir les autres. Bien qu’il m’eût ordonné de ne donner à chacun qu’une certaine quantité de viande à chaque repas, je ne respectais cette règle que lorsque la viande manquait. L’air ici est très vif, et on a un appétit fou. Il faut manger et agir si l’on veut être en bonne santé et avoir du moral. Je parle d’expérience ; car une fois, alors que j’avais des frissons causés par la fièvre et que j’étais obligé de rester à la maison sans rien faire, j’étais triste et abattu. Au contraire, si j’étais occupé à chasser ou à autre chose, je n’étais pas du tout morose. J’ai donc essayé de garder les gens aussi occupés que possible. Je les ai chargés de construire une petite cave pour conserver la viande fraîche par temps chaud ; mais lorsque M. de la Salle est revenu, il a dit qu’elle était trop petite. Comme il voulait toujours tout faire à grande échelle, il s’est mis à préparer une grande cave et a établi un plan. » Ce plan de la grande cave, comme bien d’autres projets importants de son malheureux concepteur, s’avéra trop ambitieux pour être mis en œuvre, les colons étant accaparés par les soucis quotidiens de survie.

Un éclair d’allégresse jaillit un instant des nuages. Le jeune Canadien Barbier, qui avait généralement la charge des cérémonies de mariage, organisait les expéditions de chasse ; et certaines femmes et filles les accompagnaient souvent pour aider à découper la viande. Barbier tomba amoureux d’une des filles ; et comme sa dévotion envers elle faisait l’objet de commentaires, il demanda à Joutel la permission de l’épouser. Le commandant, après avoir consulté les prêtres et les frères, accorda son consentement, et la cérémonie fut solennellement célébrée ; aussitôt, inspiré par cet exemple, le marquis de la Sablonnière demanda la permission d’épouser une autre fille. Joutel, fils du jardinier, inquiet à l’idée qu’un marquis s’abaisse ainsi et soucieux en même temps de la morale de la forteresse, que La Salle lui avait particulièrement confiée, refusa catégoriquement, et, en vertu de son autorité, interdit aux amoureux tout contact ultérieur.

Le père Zenobe Membré, supérieur de la mission, donna involontairement lieu à davantage de gaieté. Ces dignes frères étaient singulièrement malheureux dans leur

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Les affrontements avec les buffles ne s’arrêtèrent pas là : l’un d’eux, on s’en souvient, avait déjà renversé le père Anastase. Sans se laisser décourager par cet exemple, le père Zenobe partit un jour avec les chasseurs, armé lui aussi d’un fusil. Joutel abattit un buffle qui s’enfuyait, gravement blessé ; une deuxième décharge l’immobilisa et il finit par s’allonger au sol. Le supérieur pensa qu’il était mort ; sans prêter attention à l’avertissement de Joutel, il s’approcha et le poussa avec la crosse de son fusil. Le buffle se releva avec une fureur désespérée et, selon les mots de Joutel, « écrasa le père, lui arracha la peau en plusieurs endroits du visage et brisa son fusil, si bien que celui-ci eut du mal à s’échapper et resta dans un état presque impuissant pendant plus de trois mois. Aussi grave que fût l’accident, on se moqua néanmoins de sa témérité. »

Les mésaventures des frères ne s’arrêtèrent pas là. Le père Maxime Le Clerc fut attaqué par un sanglier appartenant à la colonie. « Je ne sais pas », dit Joutel, « quelle rancune cette bête nourrissait contre lui, à cause d’une bastonnade ou d’une autre offense ; mais en tout cas, je vis le père courir en criant à l’aide, tandis que le sanglier le poursuivait. Je suis allé à son secours, mais je n’ai pas pu arriver à temps. Le père se penchait en courant pour ramasser sa soutane autour de ses jambes ; le sanglier, qui courait plus vite que lui, le frappa au bras avec ses défenses, ce qui endommagea certains nerfs. Ainsi, nos trois bons frères récollets furent sur le point de devenir victimes d’animaux. »[315]

Malgré ses efforts pour les encourager, les partisans de Joutel perdaient peu à peu espoir. Le père Maxime Le Clerc tenait un journal dans lequel il consignait diverses accusations contre La Salle. Joutel s’empara de ce document et le brûla à la demande pressante des frères, qui craignaient ce qui pourrait arriver si le commandant absent venait à connaître ces calomnies. Le plus âgé des Duhaut attisa le mécontentement grandissant des colons, joua au démagogue, leur dit que La Salle ne reviendrait jamais et tenta de devenir leur chef. Joutel découvrit ce complot et, avec une clémence qu’il regretta par la suite profondément, se contenta de réprimander l’auteur de l’infraction ainsi que de prononcer des paroles de reproche et d’encouragement envers ce groupe découragé.

Il avait fait couper l’herbe près de la forteresse afin de créer une sorte de terrain de jeu ; un soir, alors que lui et quelques membres du groupe essayaient de s’amuser, ils entendirent des cris de l’autre côté de la rivière, et

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Joutel reconnut la voix de La Salle. Se hâtant de le rejoindre dans une canoë en bois, il l’amena, lui et son groupe, jusqu’au fort. Vingt hommes étaient partis avec lui, et huit seulement étaient revenus. Parmi les autres, quatre s’étaient désertés, un avait disparu, un avait été dévoré par un alligator ; les autres, épuisés pendant la marche, avaient probablement péri en tentant de regagner le fort. Les voyageurs parlèrent d’un pays riche, d’un paysage sauvage et magnifique — forêts, rivières, bosquets et prairies ; mais tout cela ne servit à rien, et l’acquisition de cinq chevaux n’était qu’un retour médiocre face à la perte de douze hommes. Après avoir quitté le fort, ils se dirigèrent vers le nord-est, à travers des plaines vertes comme de l’émeraude, couvertes de la verdure printanière, jusqu’à ce qu’enfin, à perte de vue, ils aperçoivent la prairie infinie, peuplée de troupeaux de buffles. Ces animaux étaient dans l’une de leurs phases dociles ou stupides ; ils en tuèrent neuf ou dix sans la moindre difficulté, et séchèrent les meilleures parties de la viande. Ils traversèrent le Colorado sur une radeau et atteignirent les rives d’une autre rivière, où l’un du groupe, nommé Hiens, un Allemand de Wurtemberg et ancien boucanier, s’enfonça dans la boue et faillit se noyer. Malheureusement, comme on le verra bientôt, il réussit à sortir en rampant ; et, pour le consoler, la rivière fut baptisée de son nom. Le groupe construisit un pont avec des arbres abattus, sur lequel ils purent traverser en sécurité. La Salle changea alors leur itinéraire et se dirigea vers l’est ; bientôt, les voyageurs se retrouvèrent au milieu d’une population indienne nombreuse, où ils furent gâtés et choyés sans mesure. Dans un autre village, ils eurent moins de chance. Les habitants étaient amicaux le jour et hostiles la nuit. Ils vinrent attaquer les Français dans leur camp, mais se retirèrent, intimidés par la voix menaçante de La Salle, qui les avait entendus approcher à travers les buissons. Le chasseur shawano préféré de La Salle, Nika, qui l’avait suivi du Canada en France, puis de France au Texas, fut mordu par un serpent à sonnette ; bien qu’il se remît, cet incident retarda le groupe de plusieurs jours. Finalement, ils reprirent leur route, mais furent arrêtés par une rivière que Douay appelait « La Rivière des Malheurs ». La Salle et Cavelier, avec quelques autres, tentèrent de la traverser sur un radeau, qui, en arrivant au milieu du courant, fut emporté par une vague d’une rapidité incroyable. Douay et Moranget, observant la traversée depuis le bord des buissons, virent leur commandant emporté par le courant et disparaître en un instant. Toute la journée, ils restèrent avec leurs compagnons sur la rive, pleurant de désespoir la perte de leur

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ange gardien, c’est ainsi que le Douay nomme La Salle.[316] Il faisait rapidement nuit, quand, à leur immense soulagement, ils le virent avancer avec son groupe sur la rive opposée, ayant réussi, après de grands efforts, à guider la radeau jusqu’au rivage. La question était maintenant de savoir comment le rejoindre. Le Douay et ses compagnons, qui n’avaient rien mangé de la journée, rompirent leur jeûne en mangeant deux jeunes aigles qu’ils tirèrent de leur nid, puis passèrent la nuit à délibérer avec tristesse sur les moyens de traverser la rivière. Le matin, ils pénétrèrent dans la marécage, le frère tenant son bréviaire sous son capuchon pour le protéger de l’eau, et coupèrent à travers les roseaux jusqu’à avoir rassemblé suffisamment de matériel pour fabriquer un autre radeau ; sur lequel, en s’appuyant sur l’expérience de La Salle, ils traversèrent sans encombre et le rejoignirent.

Ensuite, ils se retrouvèrent pris dans un fourré de roseaux, où La Salle, comme à son habitude en de tels cas, prit la tête, une hache dans chaque main, et ouvrit un chemin pour ses suivants. Ils atteignirent bientôt les villages des Indiens Cenis, le long de la rivière Trinity — une tribu puissante à l’époque, mais aujourd’hui disparue depuis longtemps. Rien ne pouvait surpasser l’amabilité de leur accueil. Les chefs vinrent à leur rencontre, portant le calumet, suivis de guerriers vêtus de chemises en peau de cerf brodée. Puis tout le village sortit en foule comme des abeilles, se rassemblant autour des visiteurs avec des offrandes de nourriture et tout ce qui était précieux à leurs yeux. La Salle fut logé chez le grand chef ; mais celui-ci obligea ses hommes à camper à distance, de peur que l’ardeur de leur bravoure ne provoque des offenses. Les habitations des Cenis, hautes de quarante ou cinquante pieds et couvertes d’une toiture en herbe des prairies, ressemblaient à de gigantesques ruches. Chacune abritait plusieurs familles, dont le feu se trouvait au centre et les lits tout autour. On voyait partout les butins des Espagnols : lampes et cuillères en argent, épées, vieux mousquets, de l’argent, des vêtements, ainsi qu’un bulle du Pape exemptant les colons espagnols du Nouveau-Mexique du jeûne pendant l’été.[317] Ces trésors, ainsi que leurs nombreux chevaux, avaient été obtenus par les Cenis auprès de leurs voisins et alliés, les Camanches, ces féroces bandits des prairies qui, alors comme aujourd’hui, ravageaient la frontière mexicaine par leurs raids sanglants. Un groupe de ces cavaliers sauvages se trouvait dans le village. Le Douay fut ému de les voir faire le signe de la croix à l’imitation des néophytes d’une des missions espagnoles. Ils imitèrent également la cérémonie de la messe ; et l’un d’eux, à sa manière grossière, dessina un schéma d’un tableau qu’il avait vu dans une église qu’il avait pillée, dans lequel le frère reconnut clairement la Vierge pleurant.

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Au pied de la croix. Ils invitèrent les Français à les rejoindre pour une expédition au Nouveau-Mexique ; et ils parlèrent avec mépris, comme le font encore aujourd’hui leurs compatriotes tribaux, des Créoles espagnols, disant qu’il serait facile de conquérir une nation de lâches qui obligent les gens à marcher devant eux avec des éventails pour les rafraîchir par temps chaud.[318]
Peu après avoir quitté les villages du Cenis, tant La Salle que son neveu Moranget furent attaqués par la fièvre. Cela entraîna un retard de plus de deux mois, pendant lesquels le groupe sembla rester campé sur les rives du Neches, ou peut-être du Sabine. Lorsque enfin les malades eurent recouvré suffisamment de forces pour voyager, les munitions étaient presque épuisées, certains hommes s’étaient désertés, et l’état des voyageurs était tel qu’il ne semblait y avoir d’autre solution que de retourner au fort St. Louis. Ce qu’ils firent donc, grandement aidés dans leur marche par les chevaux achetés aux habitants du Cenis, sans subir d’accident grave en chemin — à l’exception de la perte du serviteur de La Salle, Dumesnil, qui fut capturé par un alligator alors qu’il tentait de traverser le Colorado.
L’excitation temporaire suscitée chez les colons par leur retour fit bientôt place à une dépression proche du désespoir. « Cette terre agréable », écrit Cavelier, « nous semblait être un lieu de lassitude et une prison perpétuelle ». Se berçant de l’illusion, commune à tous les exilés, qu’ils étaient l’objet des sollicitudes de leur pays natal, ils observaient chaque jour, avec des yeux anxieux, l’arrivée d’un navire. En effet, des bateaux avaient parcouru la côte à leur recherche, mais sans intention amicale. Leurs pensées se portaient, avec un désir indescriptible, vers la France qu’ils avaient quittée, qui, dans leur imagination avide, apparaissait comme un Éden inatteignable. Ils avaient toutes les raisons de désespérer ; car sur cent quatre-vingts colons, en dehors de l’équipage du « Belle », moins de quarante-cinq restaient. Les lieux mornes du fort St. Louis, avec ses palissades rigides, son sol piétiné, ses bâtiments en bois usé par les intempéries, et son cimetière bien peuplé à l’extérieur, étaient odieux à leurs yeux.
La Salle avait une lourde tâche à accomplir pour les sauver du désespoir. Son calme, son équanimité constante, ses paroles d’encouragement et de réconfort furent comme un souffle de vie pour ce groupe désespéré ; car, bien qu’il ne pût transmettre aux esprits moins résistants l’audace d’espoir avec laquelle il s’accrochait encore à la réalisation finale de ses objectifs, la contagion de son courage toucha néanmoins les âmes abattues de ses suivants.[319]

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Le voyage au Canada était clairement leur seule hope ; et, après un bref repos, La Salle se prépara à renouveler la tentative de la DIX-DEUXIÈME NUIT. Il proposa que Joutel fît partie du groupe cette fois-ci ; qu’il parte de Québec pour la France avec son frère Cavelier afin d’obtenir des secours pour la colonie, tandis que lui-même retournerait au Texas. Un nouvel obstacle apparut bientôt. La Salle, dont la constitution semblait avoir souffert à cause des épreuves endurées pendant longtemps, fut atteint en novembre d’une hernie. Joutel offrit de conduire le groupe à sa place ; mais La Salle répondit que sa présence était indispensable dans l’Illinois. Il eut la chance de se remettre, en quatre ou cinq semaines, suffisamment pour entreprendre le voyage ; et tous ceux qui se trouvaient dans la forteresse s’affairèrent à préparer l’équipement nécessaire. Ils étaient dans une telle détresse en matière de vêtements que les voiles du « Belle » furent coupées pour fabriquer des manteaux pour les aventuriers. Noël arriva, et fut célébré solennellement. Il y eut une messe de minuit dans la chapelle, où Membré, Cavelier, Douay et leurs frères prêtres se tenaient devant l’autel, vêtus de habits qui contrastaient étrangement avec le temple rudimentaire et les tenues encore plus grossières des fidèles. Et lorsque Membré leva l’hostie consacrée, et que les lampes brûlaient faiblement à travers les nuages d’encens, le groupe agenouillé tirait du miracle quotidien cette consolation que seuls les vrais catholiques peuvent connaître. Lorsque vint la DIX-DEUXIÈME NUIT, tous se rassemblèrent dans la salle et crièrent, selon l’ancienne coutume joyeuse : « Le Roi boit », peut-être avec autant de tristesse que leurs verres remplis d’eau froide. Le lendemain, le groupe d’aventuriers se rassembla pour le voyage fatal.[320] Les cinq chevaux, achetés par La Salle aux Indiens, se trouvaient dans la cour de la forteresse, prêts pour la marche ; et c’est là que se rassembla le misérable reste de la colonie — ceux qui devaient partir et ceux qui devaient rester. Ces derniers étaient au nombre d’environ vingt : Barbier, qui devait commander à la place de Joutel ; Sablonnière, qui, malgré son titre de marquis, était profondément méprisé ;[321] les frères, Membré et Le Clerc,[322] ainsi que le prêtre Chefdeville, en plus d’un chirurgien, de soldats, de travailleurs, de sept femmes et filles, et de plusieurs enfants, condamnés, dans cet exil mortel, à attendre l’issue du voyage et l’éventuelle arrivée de secours tardifs. La Salle leur adressa un dernier discours, prononcé, nous dit-on, avec cet air captivant qui, bien que différent de son attitude habituelle, semblait parfois être l’expression naturelle de cet homme malheureux.[323] Ce fut un adieu amer, plein de soupirs, de larmes et…

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Étreintes — adieux de ceux dont l’âme était accablée par le pressentiment qu’ils ne se reverraient jamais.[324] Équipés et armés pour le voyage, les aventuriers sortirent par la porte, traversèrent la rivière et poursuivirent leur marche lente à travers les prairies, jusqu’à ce que des forêts et des collines intermédiaires cachent définitivement Fort St. Louis à leur vue.

NOTES DE BAS DE PAGE :
[Appelée par Joutel, Rivière aux Bœufs.]
30
1] [Joutel, Journal Historique, 108 ; Relation (Margry, iii. 174) ; Procès-verbal dressé au poste de St. Louis, le 18 avril 1686.]
2]
[Joutel, Journal Historique, 109. Le Clerc, qui n’était pas présent, parle d’une centaine.]
3]
[La baie de St. Louis, baie de St. Bernard ou baie de Matagorda – car elle a porté tous ces noms – était également appelée baie d’Espiritu Santo par les Espagnols, tout comme plusieurs autres baies du golfe du Mexique. Une baie voisine conserve encore ce nom.]
[Cavelier, dans son rapport au ministre, dit : « Nous sommes arrivés dans un grand village, entouré d’une sorte de mur fait de terre et de sable, et fortifié de petites tours à intervalles réguliers. Là, nous avons trouvé les armoiries de l’Espagne gravées sur une plaque de cuivre, avec la date de 1588, fixée sur un pieu. Les habitants nous ont accueillis chaleureusement et nous ont montré des marteaux et un enclume, deux petits morceaux de canon en fer, une petite couleuvrine en laiton, quelques pointes de lances, quelques vieilles lames de sabre, ainsi que des livres de comédie espagnole. De là, ils nous ont guidés vers un petit hameau de pêcheurs, situé à environ deux lieues de distance, où ils nous ont montré un second pieu portant également les armoiries de l’Espagne, ainsi que quelques vieilles cheminées. Tout cela nous a convaincus que les Espagnols étaient autrefois venus ici. » (Cavelier, Relation du Voyage que mon frère entreprit pour découvrir l’embouchure du fleuve de Missisipy.) Ce texte est traduit à partir du manuscrit original de Cavelier, que je possède. Il était destiné au ministre colonial, après la mort de La Salle. L’affirmation concernant les Espagnols nécessite confirmation.]
[Comparer Joutel avec le récit espagnol dans Carta en que se da noticia de un viaje hecho á la Bahia de Espíritu Santo y de la poblacion que tenian ahi los Franceses ; Collection de Varios Documentos, 25.]
[Pour avoir connaissance des événements survenus au fort St. Louis, voir Joutel, Relation (Margry, iii. 185–218, passim). La version imprimée de ce récit omet la plupart de ces détails.]
7]
[Joutel, Relation (Margry, iii. 206). Comparer avec Le Clerc, ii. 296. Cavelier, toujours enclin à exagérer, affirme que dix hommes furent tués. La Salle avait déjà eu des affrontements avec les Indiens et les avait sévèrement punis pour les ennuis qu’ils causaient à ses hommes. Le Clerc raconte ainsi le combat principal : « Plusieurs Indiens furent blessés, quelques-uns tués, et d’autres faits prisonniers – parmi eux, une fillette de trois ou quatre ans fut baptisée et mourut quelques jours plus tard, en tant que premier fruit de cette mission, et véritable conquête envoyée au ciel. » Joutel, Relation (Margry, iii. 219).]

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[ [ Cavelier affirme qu’il a effectivement atteint le Mississippi ; mais, d’une part, l’abbé ne savait pas si le fleuve en question était bien le Mississippi ou non ; et, d’autre part, il a une certaine tendance à mentir. Le Clerc dit que La Salle croyait avoir trouvé le fleuve. Selon le procès-verbal du 18 avril 1686, « il y arriva le 13 février ». Joutel affirme que La Salle lui a dit « qu’il n’avait point trouvé sa rivière ». [ Procès-verbal dressé au poste de Saint-Louis, le 18 avril 1686.
31
1] [ Cavelier, Relation du Voyage pour découvrir l’Embouchure du Fleuve de Missisipy.
2]
[ Joutel, Journal Historique, 140 ; Anastase Douay dans Le Clerc, ii. 303 ; Cavelier, Relation. La date provient de Douay. Il ne ressort pas de son récit qu’ils avaient l’intention d’aller plus loin que l’Illinois. Cavelier dit qu’après s’y être reposés, ils devaient se rendre au Canada. Joutel pensait qu’ils iraient seulement jusqu’à l’Illinois. La Salle semble avoir été encore plus réservé que d’habitude.
[ Joutel, Relation (Margry, iii. 226).
31
4] [ Joutel, Relation (Margry, iii. 244, 246.
31
5] [ « Ce fut une desolation extrême pour nous tous qui désespérions de revoir jamais notre Ange tutélaire, le Sieur de la Salle... Tout le jour se passa en pleurs et en larmes. » — Douay dans Le Clerc, ii. 315.
[ Douay dans Le Clerc, ii. 321 ; Cavelier, Relation.
31
7] [ Douay dans Le Clerc, ii. 324, 325.
31
8] [ « L’égalité d’humeur du Chef rassurait tout le monde ; et il trouvait des ressources à tout par son esprit qui relevait les espérances les plus abattues. » — Joutel, Journal Historique, 152.

« Il serait difficile de trouver dans l’Histoire un courage plus intrepid et plus invincible que celui du Sieur de la Salle dans les événements contraires ; il ne fut jamais abattu, et il espérait toujours, avec l’aide du Ciel, de mener à bien son entreprise malgré tous les obstacles qui se présentaient. » — Douay dans Le Clerc, ii. 327.
[ Je suis la date donnée par Douay, qui fixe la date du départ au 7 janvier, soit le jour suivant la Veillée du Saint-Sacrement. Joutel pense que c’était le 12 janvier, mais avoue son incertitude quant à toutes ses dates de cette période, ayant perdu ses notes.
[ Il devait se contenter de maigres ressources, car il avait l’habitude de négocier tout ce qui lui était donné. Il avait gaspillé ce peu qu’il possédait à Saint-Domingue en distractions « indignes de sa naissance », et souffrait par conséquent de maladies qui l’empêchaient de marcher. (Procès-verbal, 18 avril 1686.)
[ Maxime Le Clerc était un parent de l’auteur de L’Établissement de la Foi.
32
2] [ « Il fit une harangue pleine d’éloquence et de cet air engageant qui lui était si naturel : toute la petite colonie y était présente et en fut touchée jusqu’aux larmes, » ]

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« Convaincue de la nécessité de son voyage et de la droiture de ses intentions. » — Douay in Le Clerc, ii, 330.
[ « Nous nous séparâmes les uns des autres, d’une manière si tendre et si triste qu’il semblait que nous avions tous le secret pressentiment que nous ne nous reverrions jamais. » ] — Joutel, Journal Historique, 158.

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CHAPITRE XXVII.
1687.
Assassinat de La Salle.
Ses compagnons.—Voyage à travers la prairie—Une querelle de chasseurs—Le meurtre de Moranget.—La conspiration.—La mort de La Salle : son caractère.

Les voyageurs traversaient une prairie marécageuse en direction d’une bande de forêts située non loin, le long du cours d’un petit fleuve. Ils emmenaient avec eux leurs cinq chevaux, chargés de leurs maigres bagages, ainsi que, ce qui n’était pas moins important, des présents destinés aux Indiens. Certains portaient les restes des vêtements qu’ils avaient eus en France, complétés par des peaux de cerf, vêtus à la mode indienne ; d’autres avaient des manteaux faits de vieux tissus de voile. Là se trouvait La Salle, que l’on aurait reconnu d’un coup d’œil comme le chef du groupe ; et le prêtre Cavelier, qui ne semblait pas posséder une seule des qualités remarquables de son frère cadet. Il y avait aussi leurs neveux, Moranget et le jeune Cavelier, âgé alors d’environ dix-sept ans ; le soldat fidèle Joutel ; et le frère Anastase Douay. Suivaient Duhaut, un homme de naissance et d’éducation respectables, ainsi que Liotot, le chirurgien du groupe. Chez eux, ils auraient peut-être pu vivre et mourir avec une bonne réputation ; mais la nature sauvage est un critère rude qui révèle souvent des traits qui seraient restés enfouis et inaperçus dans la vie civilisée. Le Allemand Hiens, ancien pirate, faisait également partie du groupe. Il avait probablement navigué avec une équipe anglaise, car on l’appelait parfois Gemme Anglais, ou « Jem anglais ».[325] Le sieur de Marie, Teissier, un pilote, L’Archevêque, un serviteur de Duhaut, et d’autres, au total dix-sept personnes, composaient le groupe ; à cela s’ajoutait Nika, le chasseur Shawano de La Salle, qui, avec un autre Indien, avait déjà traversé l’océan deux fois avec lui, et suivait toujours son sort avec une fidélité admirative, bien que discrète.

Ils traversèrent la prairie et s’approchèrent de la forêt. Là, ils aperçurent des bisons ; les chasseurs s’approchèrent et en tuèrent plusieurs. Puis ils traversèrent les bois, trouvèrent et franchirent le ruisseau peu profond et couvert de roseaux, avant de continuer leur route.

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La forêt au-delà, jusqu’à ce qu’ils atteignent de nouveau la prairie ouverte. De lourds nuages se rassemblèrent au-dessus d’eux, et il plut toute la nuit ; mais ils se protégèrent sous les peaux fraîches de buffle qu’ils avaient tués. Il est impossible, car ce serait inutile, de suivre en détail leur marche quotidienne.[326] C’était une telle expédition, VOYAGE EN PRÉRIERE, bien que marquée par des difficultés inhabituelles, comme le savent bien de nombreux voyageurs de prairie de notre époque. Ils souffrirent beaucoup du manque de chaussures et ne trouvèrent pendant un certain temps aucun substitut meilleur qu’une enveloppe de peau de buffle crue, qu’ils étaient obligés de garder constamment humide, car, une fois sèche, elle durcissait autour du pied comme du fer. Finalement, ils achetèrent des peaux de cerf préparées aux Indiens, avec lesquelles ils fabriquèrent des mocassins passables. Les rivières, les ruisseaux et les ravins remplis d’eau étaient innombrables ; pour les traverser, ils fabriquèrent un bateau en peau de taureau, semblable au « bateau de taureau » encore utilisé sur l’Upper Missouri. Celui-ci se révéla très utile, car, avec l’aide de leurs chevaux, ils pouvaient le transporter avec eux. Deux ou trois hommes pouvaient le traverser en même temps, et les chevaux nageaient derrière eux comme des chiens. Parfois, ils traversaient la prairie ensoleillée ; parfois, ils plongeaient dans les recoins sombres de la forêt, où les buffles, descendant chaque jour de leurs pâturages en longues files pour boire à la rivière, ouvraient souvent un chemin large et facile pour les voyageurs. Lorsque le mauvais temps les retenait, ils construisaient des huttes en écorce et en herbe de prairie ; et, abrités en sécurité, ils y passaient la journée, tandis que leurs chevaux, attachés non loin, se tenaient sous la pluie, fumants de vapeur. La nuit, ils érigeaient généralement une palissade rudimentaire autour de leur camp ; et là, au bord herbeux d’un ruisseau, ou au bord d’un bosquet où une source jaillissait à travers les sables, ils s’allongeaient pour dormir autour des braises de leur feu, tandis que le garde écoutait la respiration profonde des chevaux endormis et les hurlements des loups qui saluaient la lune montante alors qu’elle inondait la vaste prairie d’une lumière pâle et mystérieuse. Ils rencontraient presque tous les jours des Indiens — parfois un groupe de chasseurs, à cheval ou à pied, poursuivant des buffles dans les plaines ; parfois un groupe de pêcheurs ; parfois un camp d’hiver, sur la pente d’une colline ou à l’abri d’une forêt. Ils entretenaient des relations avec eux de loin, par des signes ; souvent, ils dissipaient leur méfiance et les attiraient dans leur camp ; et souvent, ils allaient les voir dans leurs demeures, où, assis sur des robes de buffle, ils fumaient avec leurs hôtes, passant la pipe de main en main, selon la coutume encore en usage chez les tribus de prairie. Cavelier dit qu’une fois

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Il vit un groupe de cent cinquante Indiens à cheval attaquer un troupeau de buffles avec des lances munies de pointes en os aiguisé. Le vieux prêtre était ravi par ce spectacle, qu’il qualifiait de « la chose la plus amusante au monde ». Une autre fois, alors que le groupe campait près du village d’une tribu que Cavelier nomme Sassory, il les vit capturer un alligator d’environ douze pieds de long, qu’ils commencèrent à torturer comme s’il s’agissait d’un ennemi humain : ils lui crevèrent d’abord les yeux, puis l’emmenèrent dans la prairie voisine, où, après l’avoir enfermé entre plusieurs pieux, ils passèrent toute la journée à le tourmenter.[327]

Suivant une route vers le nord, les voyageurs traversèrent le Brazos et atteignirent les eaux de la Trinity. Le temps était défavorable, et à une occasion ils durent camper sous la pluie pendant quatre ou cinq jours d’affilée. Ce n’était pas une compagnie harmonieuse. La réserve froide et hautaine de La Salle était revenue, du moins envers ceux de ses suivants auxquels il n’était pas favorable. Duhaut et le chirurgien Liotot, tous deux hommes possédant quelque fortune, avaient un grand intérêt financier dans cette entreprise ; ils furent donc déçus et indignés par son issue désastreuse. Ils eurent une querelle avec le jeune Moranget, dont le tempérament colérique et impulsif était tout aussi peu apte à la conciliation que la réserve sévère de son oncle. Déjà au fort St. Louis, Duhaut avait semé la discorde parmi les hommes ; et la modeste admonestation de Joutel ne semble pas avoir suffi à le détourner de ses intentions sinistres. On dit que Liotot avait secrètement juré vengeance contre La Salle, qu’il accusait d’avoir causé la mort de son frère, ou, selon certains, de son neveu. Lors d’un des voyages précédents, la force de ce jeune homme l’avait abandonné ; et, après que La Salle lui eut ordonné de retourner au fort, il fut tué par des Indiens en chemin.

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Le groupe se remit en marche à mesure que le temps s’améliorait, et le quinze mars, il établit son camp à quelques miles d’un endroit que La Salle avait déjà traversé lors de son voyage précédent, MORANGET, où il avait laissé en réserve une quantité de maïs indien et de haricots ; c’est-à-dire cachés dans le sol ou dans un arbre creux. Comme les provisions faisaient défaut, il envoya une équipe depuis le camp pour les retrouver. Ces hommes étaient Duhaut, Liotot, [328] Hiens le boucanier, Teissier, L’Archevêque, Nika le chasseur, et Saget, le serviteur de La Salle. Ils ouvrirent la réserve et trouvèrent son contenu gâté ; mais au retour de leur mission vaine, ils aperçurent des buffles, et Nika en abattit deux. Ils établirent alors leur camp sur place et envoyèrent le serviteur informer La Salle, afin qu’il puisse envoyer des chevaux pour ramener la viande. Ainsi, le lendemain, il ordonna à Moranget et à De Marle, avec les chevaux nécessaires, d’aller avec Saget au camp des chasseurs. Lorsqu’ils arrivèrent, ils constatèrent que Duhaut et ses compagnons avaient déjà coupé la viande et l’avaient disposée sur des étagères pour la fumer, bien qu’elle ne fût pas encore suffisamment sèche, semble-t-il, pour ce procédé. Duhaut et les autres avaient également réservé pour eux-mêmes les os à moelle et certaines parties de la viande, auxquelles, selon la coutume des bois, ils avaient un droit absolu. Moranget, dont la témérité et la violence avaient déjà causé une catastrophe fatale par le passé, entra dans une colère extrêmement irrationnelle, insulta et menaça Duhaut et son groupe, avant de s’emparer de toute la viande, y compris les parts réservées. Cela attisa encore plus la rancune ancienne de Duhaut envers Moranget et son oncle. On a des raisons de penser qu’il nourrissait des desseins mortels, dont l’exécution fut seulement accélérée par cette nouvelle crise. Le chirurgien éprouvait également de la haine envers Moranget, qu’il avait soigné avec une attention constante après qu’il eut été blessé par une flèche indienne, et qui lui avait depuis rendu la pareille par des insultes. Ces deux hommes consultèrent alors secrètement Hiens, Teissier et L’Archevêque ; il fut décidé de tuer Moranget cette nuit-là. Nika, le fidèle suivant de La Salle, et Saget, son serviteur loyal, devaient mourir avec lui. Tous les cinq étaient d’accord, sauf le pilote Teissier, qui ne soutint ni ne s’opposa au complot.

La nuit tomba : les bois s’assombrirent ; le dîner fut terminé et les pipes du soir fumées. L’ordre de garde fut établi ; et, sans doute intentionnellement, la première heure de la nuit fut attribuée à Moranget, la deuxième à Saget, et la troisième à Nika. Armés de leurs fusils, chacun monta la garde à tour de rôle auprès des silhouettes immobiles mais pas endormies autour de lui, jusqu’à ce que vienne son tour.

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À l’heure où son tour arrivait de mourir, il appela l’homme qui devait le remplacer, s’enroula dans sa couverture et fut bientôt plongé dans un sommeil qui devait être le dernier. Alors, les assassins se levèrent. Duhaut et Hiens se tenaient là, armes prêtes, prêts à abattre toute victime qui tenterait de résister ou de s’enfuir. Le chirurgien, muni d’une hache, s’approcha des trois endormis et porta rapidement un coup à chacun d’eux. Saget et Nika moururent presque sans bouger ; mais Moranget se redressa spasmodiquement, haletant, incapable de parler ; les meurtriers forcèrent alors De Marle, qui n’était pas impliqué dans leur complot, à se compromettre en le tuant également. Les vannes du meurtre étaient ouvertes, et la tempête devait avoir cours. À la fois la vengeance et la sécurité exigeaient la mort de La Salle. Seul Hiens, ou « English Jem », semble avoir hésité ; car il faisait partie de ceux que ce commandant sévère avait toujours favorisés. Entre-temps, la victime prévue se trouvait encore dans son camp, à environ six miles de distance. Il est facile d’imaginer avec une assez grande précision les traits de cette scène : les abris faits de peaux et de branches, sous lesquels, parmi des couvertures et des robes en cuir de buffle, des ustensiles de campement, des selles de sac, des harnais rudimentaires, des armes, des cornes à poudre et des poches à balles, les hommes passaient leur temps à dormir, fumer ou à discuter entre eux ; les marmites noircies suspendues à des trépieds au-dessus des feux ; les Indiens qui se promenaient autour ou qui gisaient, comme des chiens au soleil, les yeux mi-clos, mais tout à fait vigilants ; et, dans la prairie voisine, les chevaux qui paissaient sous l’œil d’un garde. C’était le 18 mars. On s’attendait à ce que Moranget et ses compagnons reviennent la nuit précédente ; mais toute la journée passa sans qu’ils apparaissent. La Salle devint très inquiet. Il décida d’aller les chercher ; mais ne connaissant pas bien le chemin, il dit aux Indiens qui se trouvaient près du camp qu’il leur donnerait une hache s’ils acceptaient de le guider. L’un d’eux accepta l’offre ; La Salle se prépara donc à partir le matin, en ordonnant à Joutel d’être prêt à l’accompagner. Joutel raconte : « Ce soir-là, tandis que nous parlions de ce qui avait pu arriver aux hommes absents, il semblait avoir un pressentiment de ce qui allait se produire. Il me demanda si j’avais entendu parler de quelque machination contre eux, ou si j’avais remarqué quelque mauvaise intention de la part de Duhaut et des autres. Je répondis que je n’avais rien entendu, si ce n’est qu’ils se plaignaient parfois d’être trop souvent critiqués ; c’était tout ce que je savais ; en outre, comme ils étaient… »

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Convaincus que j’étais dans leur intérêt, ils ne m’auraient pas parlé de quelque mauvais dessein qu’ils pourraient avoir. Nous fûmes très inquiets pour le reste du soir.
Le matin, La Salle partit avec son guide indien. Il avait changé d’avis au sujet de Joutel, à qui il ordonna maintenant de rester en charge du camp et de veiller attentivement. Il demanda au frère Anastase Douay de l’accompagner à la place de Joutel ; il emprunta pour l’occasion le fusil de ce dernier, qui était le meilleur du groupe, ainsi que sa pistolet. Les trois hommes se mirent en route : La Salle, le frère et l’Indien. « Tout au long du chemin », écrit le frère, « il ne parlait que de piété, de grâce et de prédestination, insistant sur la dette qu’il devait à Dieu, qui l’avait sauvé de tant de périls au cours de plus de vingt ans de voyages en Amérique. Soudain, je le vis submergé par une profonde tristesse, qu’il ne pouvait lui-même expliquer. Il était tellement ému que je le reconnaissais à peine. » Il retrouva bientôt son calme habituel ; ils continuèrent leur route jusqu’à s’approcher du camp de Duhaut, situé de l’autre côté d’une petite rivière. En regardant autour de lui avec l’œil d’un chasseur, La Salle vit deux aigles tournoyer dans les airs juste au-dessus de lui, comme attirés par des cadavres d’animaux ou d’hommes. Il tira avec son fusil et sa pistolet, afin d’appeler l’attention de ses hommes qui pourraient être à portée d’oreille. Les coups de feu atteignirent les oreilles des conspirateurs. Devinant juste qui les avait tirés, plusieurs d’entre eux, menés par Duhaut, traversèrent la rivière un peu plus haut, où des arbres ou d’autres obstacles les cachaient à la vue. Duhaut et le chirurgien se cachèrent comme des Indiens dans l’herbe longue, sèche et semblable à des roseaux, issue de l’été précédent, tandis que l’Archevêque restait visible près de la rive. La Salle, continuant d’avancer, le vit bientôt et, en l’appelant, demanda où se trouvait Moranget. L’homme, sans lever son chapeau ni montrer le moindre signe de respect, répondit d’une voix agitée et hachée, mais avec un ton d’insolence feinte, que Moranget se promenait quelque part. La Salle le réprimanda et le menaça. Il répondit avec encore plus d’insolence, reculant en parlant vers l’embuscade, tandis que le commandant furieux s’avançait pour le punir. À ce moment-là, un coup de feu fut tiré depuis l’herbe, suivi immédiatement d’un autre ; transpercé au cerveau, La Salle tomba mort. Le frère, à ses côtés, resta pétrifié de terreur, incapable d’avancer ou de s’enfuir ; alors Duhaut, sortant de l’embuscade, lui cria de prendre son courage, car il n’avait rien à craindre. Les meurtriers sortirent alors de leur cachette, et avec fureur…

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Ils se rassemblent autour de leur victime. « C’est là que tu gis, grand Bashaw ! C’est là que tu gis ! » s’écria le chirurgien Liotot, dans une joie méprisante envers le cadavre inconscient. Avec moquerie et insultes, ils le dénudèrent, le traînèrent dans les buissons et l’y laissèrent, proie des aigles et des loups.

Ainsi, au sommet de sa force virile, à l’âge de quarante-trois ans, mourut Robert Cavelier de la Salle, « l’un des plus grands hommes », écrit Tonty, « de cette époque » ; sans aucun doute l’un des explorateurs les plus remarquables dont le nom reste gravé dans l’histoire. Son fidèle officier Joutel brosse ainsi son portrait : « Sa fermeté, son courage, sa grande connaissance des arts et des sciences, qui faisaient de lui un homme capable de tout entreprendre, ainsi que son énergie inépuisable, qui lui permettait de surmonter tous les obstacles, auraient fini par assurer un succès glorieux à sa grande entreprise, si toutes ses qualités remarquables n’avaient été contrebalancées par une hauteur de caractère qui le rendait souvent insupportable, et par une dureté envers ceux qui étaient sous ses ordres, ce qui suscitait contre lui une haine implacable et devint finalement la cause de sa mort. »

L’enthousiasme du désintéressé et chevaleresque Champlain n’était pas celui de La Salle ; il ne participait pas non plus à l’ardeur dévouée des premiers explorateurs jésuites. Il n’appartenait pas à l’ère du chevalier errant et du saint, mais au monde moderne de l’étude pratique et de l’action concrète. Il était le héros non pas d’un principe ou d’une foi, mais simplement d’une idée fixe et d’un but déterminé. Comme cela arrive souvent chez les personnes aux caractères concentrés et énergiques, son but était pour lui une passion et une inspiration ; il s’y raccrochait avec une sorte de fanatisme dévoué. C’était le fruit d’une ambition vaste et globale, agissant cependant dans l’intérêt à la fois de la France et de la civilisation.

Sérieux en toutes choses, incapable des plaisirs légers, incapable de repos, ne trouvant de joie que dans la poursuite de grandes entreprises, trop timide pour la société et trop réservé pour gagner en popularité, souvent insensible et toujours donnant cette impression, étouffant les émotions qu’il ne pouvait exprimer, habitué à la méfiance universelle, sévère envers ses suivants et impitoyable envers lui-même, supportant seul toutes les difficultés et tous les dangers, exigeant des autres une constance égale à la sienne accompagnée d’une obéissance absolue, n’écoutant que ses propres conseils, tentant l’impossible et s’agrippant à ce qui était trop vaste pour être saisi — il contenait en

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Sa propre nature complexe et douloureuse est la source principale de ses triomphes, de ses échecs et de sa mort. Il est facile de dénombrer ses défauts, mais il n’est pas aisé de cacher aux yeux les vertus romaines qui les compensaient. Assailli par une foule d’ennemis, il reste, tel le roi d’Israël, bien au-dessus d’eux tous. Il était une tour d’adamant, contre dont le front imprenable les épreuves et les dangers, la fureur des hommes et des éléments, le soleil du sud, le vent du nord, la fatigue, la faim, la maladie, le retard, la déception et l’espoir différé vidaient en vain leurs carquois. Ce même orgueil, qui, à l’instar de Coriolan, se manifestait avec la plus grande rigueur au cœur de la mêlée la plus dense, a en lui quelque chose qui suscite l’admiration. Jamais, sous l’armure impénétrable du paladin ou du croisé, un cœur n’a montré une telle intrépidité que celui qui se trouvait sous l’armure stoïque protégeant la poitrine de La Salle. Pour apprécier à leur juste valeur les merveilles de sa patience et de sa force, il faut suivre ses traces à travers l’immense étendue de ses voyages interminables — ces milliers de miles de forêts, de marais et de rivières, où, encore et encore, dans l’amertume de tentatives vaines, le pèlerin infatigable avançait vers un but qu’il ne devait jamais atteindre. L’Amérique lui doit un souvenir éternel ; car en cette figure masculine, elle voit le pionnier qui l’a guidée vers la possession de son héritage le plus précieux.

[331]

NOTES DE BAS DE PAGE :
[Tonty le qualifie également de « flibustier anglais ». Dans un autre document, il est appelé James.]
[Parmi les trois récits de ce voyage, ceux de Joutel, Cavelier et Anastase Douay, le premier est de loin le meilleur. Celui de Cavelier semble être l’œuvre d’un homme au esprit confus et à la mémoire indifférente. Certaines de ses affirmations sont incompatibles avec celles de Joutel et de Douay ; et des faits connus de son histoire justifient le soupçon d’une inexactitude volontaire. Le récit de Joutel est de nature très différente et semble être l’œuvre d’un homme honnête et intelligent. Le récit de Douay est bref, mais il coïncide avec celui de Joutel sur les points essentiels.]
[Cavelier, Relation.]
[Appelé Lanquetot par Tonty.]
« Te voilà, grand Bacha, te voilà ! » — Joutel, Journal Historique, 203.
[Ibid.]
[33]

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0] Concernant l’assassinat de La Salle, les preuves sont au nombre de quatre : 1. Le récit de
33 Douay, qui était avec lui au moment des faits. 2. Celui de Joutel, qui apprit les faits
1] immédiatement après leur survenance, de Douay et d’autres, et qui quitta La Salle une heure ou plus avant sa mort. 3. Un document conservé aux Archives de la Marine, intitulé Relation de la Mort du Sr. de la Salle, suivant le rapport d’un nommé Couture à qui M. Cavelier l’apprit en passant par le pays des Akansa, avec toutes les circonstances que ledit Couture a apprises d’un Français que M. Cavelier avait laissé dans ces mêmes régions des Akansa, de peur qu’il ne garde pas le secret. 4. Les mémoires authentiques de Tonty, dont je dispose d’une copie de l’original, et qui ont été récemment publiées par Margry.

Le récit de Cavelier nous manque malheureusement quelques semaines avant la mort de son frère, le reste étant perdu. À partir de l’étude de ces divers documents, il est impossible de ne pas en conclure que ni Cavelier ni Douay n’écrivaient toujours avec honnêteté. Joutel, au contraire, donne tout au long l’impression de bon sens, d’intelligence et de sincérité. Charlevoix, qui le connaissait bien plus tard, dit qu’il était « un très honnête homme, et le seul de l’expédition de M. de la Salle sur qui ce célèbre voyageur pouvait compter ». Tonty a tiré ses informations des survivants du groupe de La Salle. Couture, dont les déclarations figurent dans la Relation de la Mort de M. de la Salle, faisait partie des hommes de Tonty, que celui-ci avait laissés à l’embouchure de l’Arkansas, et à qui Cavelier raconta l’histoire de la mort de son frère. Couture répète également les dires d’un des suivants de La Salle, sans doute un garçon parisien nommé Barthelemy, qui était profondément préjugé contre son chef, qu’il calomniait autant que possible, affirmant qu’il était tellement furieux de ses échecs qu’il refusa de recevoir les sacrements pendant deux ans ; qu’il laissa presque mourir de faim son frère Cavelier, ne lui donnant qu’une poignée de nourriture par jour ; qu’il tua de ses propres mains « quantité de personnes » qui ne travaillaient pas à sa guise ; et qu’il tua les malades dans leur lit, sans pitié, sous prétexte qu’ils feignaient d’être malades pour échapper au travail. Ces affirmations n’ont certainement d’autre fondement que le rigoureux autoritarisme indéniable de La Salle. Douay affirme que La Salle a confessé et fait ses dévotions le matin de sa mort, tandis que Cavelier parle toujours de lui comme du soutien et de la colonne vertébrale de la colonie. Douay déclare que La Salle a vécu une heure après la balle fatale ; qu’il lui a accordé l’absolution, enterré son corps et planté une croix sur sa tombe. À l’époque, il raconta une histoire différente à Joutel ; et ce dernier, disposant des meilleurs moyens d’apprendre la vérité, nie explicitement la déclaration imprimée du frère.

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Couture, d’après le témoignage du propre Cavelier, affirme également que ni lui ni Douay n’eurent l’autorisation de prendre aucune mesure pour enterrer le corps. Tonty dit que Cavelier demanda la permission de le faire, mais qu’on lui refusa. Douay, ne voulant pas consigner par écrit des faits qui pourraient facilement laisser penser qu’il avait été terrifié au point de ne pas pouvoir remplir son devoir, inventa sans aucun doute l’histoire de l’enterrement, ainsi que celle du comportement héroïque de Moranget après avoir été frappé à la tête avec une hache. Le lieu de l’assassinat de La Salle est suffisamment clair, grâce à une comparaison des différentes versions ; il est également indiqué sur une carte manuscrite contemporaine, réalisée à l’ retour des survivants du groupe en France. Le lieu de la catastrophe y est situé sur une branche méridionale de la rivière Trinity. Les dettes de La Salle au moment de sa mort, selon un tableau présenté en 1701 à Champigny, intendant du Canada, s’élevaient à 106 831 livres, sans compter les intérêts. Ce montant ne peut pas inclure toutes les dettes, car certains postes indiqués font monter ce total bien plus haut. Rien que en 1678 et 1679, il contracta des dettes s’élevant à 97 184 livres, dont 46 000 furent fournis par Branssac, avocat fiscal du séminaire de Montréal. Ces sommes devaient être payées en peaux de castor. Frontenac, en même temps, devint son garant pour 13 623 livres. En 1684, il emprunta 34 825 livres au sieur Pen, à Paris. Ces sommes ne comprennent pas les pertes subies par sa famille, qui, dans le mémorandum qu’elles présentèrent au roi, étaient évaluées à 500 000 livres pour les expéditions menées entre 1678 et 1683, et à 300 000 livres pour l’expédition fatale au Texas en 1684. Ces derniers chiffres sont certainement exagérés.

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CHAPITRE XXVIII.
1687, 1688.
L’INNOCENT ET LE CULPABLE.
Triomphe des meurtriers.—Dangereuse situation de Joutel.—Joutel parmi les Cenis.
—Sauvages blancs.—Insolence de Duhaut et de ses complices.—
Meurtre de Duhaut et de Liotot.—Hiens, le boucanier.—Joutel et
son groupe : leur fuite ; ils atteignent l’Arkansas.—Courage
et dévouement de Tonty.—Les fugitifs arrivent en Illinois.—Conduite indigne de Cavelier.—Lui et ses compagnons retournent en France.
Le père Anastase Douay retourna au camp, et, anéanti de chagrin et de terreur, se précipita dans la cabane de Cavelier. « Mon pauvre frère est mort ! » s’écria le prêtre, devinant aussitôt la catastrophe à partir du visage horrifié du messager. Les meurtriers arrivaient juste derrière eux, Duhaut en tête. Cavelier, son jeune neveu et Douay lui-même tombèrent à genoux, attendant la mort imminente. Le prêtre supplia pitoyablement pendant une demi-heure d’avoir un peu de temps pour se préparer à sa fin ; mais la terreur et la soumission furent suffisantes, et plus de sang ne fut versé. Le camp se rendit sans résistance ; Duhaut devint maître de tout.
En vérité, il n’y avait personne pour s’opposer à lui ; car, à part les assassins eux-mêmes, le groupe n’était plus composé que de six personnes : Joutel, Douay, le vieux Cavelier, son jeune neveu, et deux autres garçons, l’orphelin Talon et un garçon nommé Barthelemy.
Joutel était, pour l’instant, absent ; et l’Archevêque, qui avait de la sympathie pour lui, alla tranquillement à sa recherche. Il le trouva sur une colline, en train d’allumer un feu avec de l’herbe sèche afin que la fumée puisse guider La Salle à son retour, et surveillant les chevaux qui paissaient dans la prairie en contrebas. « Je fus très surpris », écrit Joutel, « quand je le vis approcher. Lorsqu’il arriva jusqu’à moi, il semblait complètement confus, ou plutôt hors de lui. Il commença par dire qu’il y avait de très mauvaises nouvelles. Je demandai ce que c’était. Il répondit que le sieur de La Salle était mort, ainsi que son neveu, le sieur de Moranget, son chasseur indien et son serviteur. Je restai pétrifié, sans savoir quoi faire.»

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dis-je ; car j’avais vu qu’ils avaient été assassinés. L’homme ajouta que, au début, les meurtriers avaient juré de me tuer aussi. Je le crus facilement, car j’avais toujours été dans l’intérêt de M. de la Salle et avais commandé à sa place ; et il est difficile de plaire à tout le monde ou d’empêcher certains d’être mécontents. J’étais très perplexe quant à ce que je devais faire, et si je ne ferais pas mieux de m’enfuir dans les bois, là où Dieu voudrait me guider ; mais, par malheur ou par chance, je n’avais pas de fusil et seulement un pistolet, sans balles ni poudre, à part ce qu’il y avait dans ma corne à poudre. Quelle que fût la direction que je prenais, ma vie était en grand péril. Il est vrai que l’Archevêque m’assura qu’ils avaient changé d’avis et avaient décidé de ne tuer personne d’autre, sauf s’ils rencontraient de la résistance. Ainsi, ne pouvant aller loin, comme je viens de le dire, n’ayant ni armes ni poudre, je me livrai à la Providence et retournai au camp, où je constatai que ces misérables meurtriers avaient saisi tout ce qui appartenait à M. de la Salle, ainsi que mes effets personnels. Ils s’étaient également emparés de toutes les armes. Les premiers mots que Duhaut me dit furent que chacun devrait commander à son tour ; je ne répondis pas. Je vis M. Cavelier prier dans un coin, et le Père Anastase dans un autre. Il n’osait pas me parler, et je n’osais pas m’approcher de lui avant d’avoir vu les intentions des assassins. Ils étaient dans une agitation furieuse, mais néanmoins très inquiets et embarrassés. Je restai quelque temps sans parler, et pour ainsi dire sans bouger, de peur d’irriter nos ennemis.

Ils avaient cuisiné de la viande, et quand vint l’heure du dîner, ils la distribuèrent comme ils l’entendaient, disant que par le passé c’était leur part qui leur était servie, mais que désormais c’étaient eux qui la serviraient. Sans doute voulaient-ils que je dise quelque chose qui leur donnerait l’occasion de faire du bruit ; mais je réussis toujours à garder le silence. Quand la nuit tomba et qu’il fut temps de monter la garde, ils furent perplexes, car ils ne pouvaient le faire seuls ; donc ils dirent à M. Cavelier, au Père Anastase, à moi et aux autres qui n’étaient pas complices d’eux, que tout ce que nous avions à faire, c’était monter la garde comme d’habitude ; qu’il était inutile de penser à ce qui s’était passé — que ce qui était fait était fait ; qu’ils avaient été poussés à cela par le désespoir, et qu’ils en étaient désolés, sans intention de nuire à quiconque. M. Cavelier prit la parole et leur dit que, en tuant M. de la Salle, ils se tuaient eux-mêmes, car il n’y avait que lui qui puisse nous faire sortir de ce pays. Finalement, après beaucoup de paroles de part et d’autre, ils nous rendirent nos armes. Nous montâmes donc la garde ; pendant ce temps, M. Cavelier

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Il m’a raconté comment ils étaient arrivés au camp, étaient entrés dans sa cabane comme tant de fous et avaient saisi tout ce qu’il y avait à l’intérieur.
Joutel, Douay et les deux Caveliers passèrent une nuit sans sommeil, se demandant ce qu’ils devaient faire. Ils s’engagèrent mutuellement à rester ensemble jusqu’au bout et à s’échapper le plus rapidement possible de la compagnie des assassins. Le matin, Duhaut et ses complices, après de longues discussions, décidèrent d’aller vers les villages du Cenis ; et, par conséquent, tout le groupe démonta son camp, chargea ses chevaux et commença sa marche. Ils firent cinq lieues et établirent leur camp au bord d’un bosquet. Le jour suivant, ils avancèrent encore jusqu’à midi, puis de fortes pluies commencèrent et ils furent contraints de s’arrêter sur les rives d’une rivière. « Nous y avons passé la nuit et le jour suivant », dit Joutel ; « et pendant ce temps, mon esprit était hanté par des pensées sombres. Il était difficile de ne pas être constamment dans la peur parmi de tels hommes, et nous ne pouvions les regarder sans horreur. Quand je pensais aux actes cruels qu’ils avaient commis et au danger que nous courions de leur part, j’avais envie de venger le mal qu’ils nous avaient fait. Ce serait été facile tant qu’ils dormaient ; mais M. Cavelier nous en dissuada, disant que nous devions laisser la vengeance à Dieu, et qu’il avait lui-même plus à venger que nous, ayant perdu son frère et son neveu. »
Le comique alterna avec le tragique. Le vingt-troisième, ils atteignirent la rive d’une rivière trop profonde pour être traversée à gué. VOYAGE AU CENIS.
Ceux qui savaient nager traversèrent sans difficulté, mais Joutel, Cavelier et Douay n’étaient pas du nombre. Ils lancèrent donc un tronc de bois léger et sec, l’agrippèrent d’un bras et se mirent à nager vers l’autre rive en utilisant leurs jambes et l’autre bras libre. Mais le moine eut peur. « Il se contenta de s’accrocher fermement au tronc mentionné », dit Joutel, « et ne fit rien pour nous aider à avancer. Alors que j’essayais de nager, le corps tendu au maximum, je le heurtai au ventre avec mes pieds ; il crut alors que c’était la fin pour lui, et, je peux en répondre, il invoqua saint François de toutes ses forces. Je ne pus m’empêcher de rire, bien que j’aie moi-même été en danger de noyade. » Quelques Indiens qui s’étaient joints au groupe nagèrent pour venir à notre secours et poussèrent le tronc de l’autre côté.
Le chemin menant aux villages du Cenis était extrêmement difficile à suivre, et sans les Indiens, ils auraient perdu leur route. Ils traversèrent le cours principal de la Trinity à bord d’une barque faite de peaux brutes, puis, manquant de provisions, ils…

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le conseil pour déterminer ce qu’ils devaient faire. Il fut décidé que Joutel, avec Hiens, Liotot et Teissier, irait en avance dans les villages pour acheter des provisions de maïs. Ainsi, Joutel se trouva condamné à la compagnie de trois scélérats qu’il soupçonnait fortement de chercher un moyen de le tuer ; mais, n’ayant pas le choix, il dissimula ses doutes et partit avec ses sinistres compagnons, Duhaut lui ayant d’abord fourni des marchandises destinées au troc.

Ils chevauchèrent à travers collines et plaines jusqu’à la nuit, campèrent, dînèrent de dindon sauvage, puis continuèrent leur route jusqu’au lendemain après-midi, lorsque JOUTEL et les autres virent trois hommes, LES CENIS, approcher à cheval ; l’un d’eux, à la grande surprise de Joutel, était vêtu comme un Espagnol. Il s’avéra cependant être un Indien Cenis, comme les autres. Les trois tournèrent leurs chevaux et accompagnèrent les Français sur leur chemin. Finalement, ils approchèrent de la ville indienne, qui, avec ses grandes cabanes en chaume, ressemblait à un amas de gigantesques meules de foin. Leur arrivée avait été annoncée, et ils furent accueillis solennellement. Douze anciens vinrent à leur rencontre vêtus de leurs habits de cérémonie, chacun ayant le visage barbouillé de rouge ou de noir, et la tête ornée de plumes peintes. Sur leurs épaules pendaient des peaux de cerf teintées de couleurs vives. Certains portaient des massues de guerre ; d’autres, des arcs et des flèches ; d’autres encore, des lames de rapières espagnoles fixées à des poignées en bois décorées de clochettes d’aigle et de bouquets de plumes.

Ils s’arrêtèrent devant les invités honorés, levèrent les mains haut et poussèrent des hurlements si extraordinaires que Joutel eut du mal à conserver la gravité exigée par la circonstance. Après avoir embrassé les Français, les anciens les conduisirent dans le village, accompagnés d’une foule de guerriers et de jeunes hommes ; ils les firent entrer dans leur mairie, une grande cabane destinée aux conseils, aux festins, aux danses et à d’autres assemblées publiques ; ils les firent asseoir sur des nattes et s’accroupirent en cercle autour d’eux. Là, on les régala de sagamite, ou bouillie indienne, de galettes de maïs, de haricots, de pain fait à partir de farine de maïs séché, et d’un autre type de pain fait à partir des graines de noix et des graines de tournesol. Puis la pipe fut allumée, et tous fumèrent ensemble. Les quatre Français proposèrent d’ouvrir un commerce de provisions, et leurs hôtes acquiescèrent d’un grognement.

Joutel trouva un Français dans le village. C’était un jeune homme de Provence qui avait déserté La Salle lors de son dernier voyage et qui, à première vue, était devenu un sauvage comme ses compatriotes adoptifs, étant nu comme

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eux, et feignant d’avoir oublié sa langue maternelle. Il était cependant très amical et invita les visiteurs dans un village voisin où il vivait, et où, comme il le leur dit, ils trouveraient une meilleure récolte de maïs. Ils partirent donc avec lui, escortés par une foule d’Indiens. Ils virent des cabanes et des groupes de cabanes dispersées le long de leur chemin à intervalles réguliers, chacune possédant son champ de maïs, de haricots et de citrouilles, cultivés grossièrement à l’aide d’une houe en bois. Arrivés à leur destination, située à quatre ou cinq lieues de là, ils furent accueillis avec les mêmes honneurs que dans le premier village ; et, une fois la cérémonie d’accueil terminée, ils furent logés dans la demeure du sauvage Français. Il ne faut cependant pas penser qu’il y vivait seul avec ses squaws, dont il avait un nombre considérable ; car ces cabanes des Cenis abritaient souvent huit ou dix familles. Elles étaient construites en plantant solidement en cercle de jeunes arbres hauts et droits, tels que ceux qui poussaient dans les marécages. Les sommets étaient ensuite pliés vers l’intérieur et liés entre eux ; de nombreux madriers transversaux y étaient attachés ; puis la structure ainsi formée était densément recouverte de chaume, un trou étant laissé en haut pour la sortie de la fumée. Les habitants étaient disposés tout autour de la construction, chaque famille dans une sorte de cabane ouverte à l’avant, mais séparée de celles voisines par des cloisons faites de nattes. C’est là qu’ils plaçaient leurs lits en roseau, leurs vêtements peints en peau de buffle et de cerf, leurs ustensiles de cuisine en poterie, ainsi que d’autres objets ménagers ; c’est aussi là que le chef de famille suspendait son arc, son carquois, sa lance et son bouclier. Il n’y avait rien en commun entre ces habitations, si ce n’est le feu qui brûlait au milieu de la cabane et qui n’était jamais laissé s’éteindre. Ces demeures étaient de grande taille, et Joutel affirme avoir vu certaines d’entre elles avoir soixante pieds de diamètre.[332] C’est dans l’une des plus grandes que les quatre voyageurs furent maintenant logés. On leur assigna un endroit pour déposer leurs bagages ; ils prirent possession de leurs quartiers sous les regards silencieux de toute la communauté. Ils demandèrent à leur compatriote renégat, le Provençal, s’ils étaient en sécurité. Il répondit que oui ; mais cela ne les rassura pas complètement, et ils passèrent une nuit plutôt agitée. Le matin, ils ouvrirent leurs sacs et commencèrent un commerce animé de couteaux, de pointes, de perles et d’autres babioles, qu’ils échangeaient contre du maïs et des haricots. Avant le soir, ils avaient acquis une réserve considérable ; et les trois compagnons de Joutel déclarèrent leur intention de retourner au camp avec elle, le laissant continuer le commerce. Ils partirent donc le matin ; et Joutel resta seul. D’un côté, il

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Il était content de se débarrasser d’eux ; d’un autre côté, il trouvait sa position parmi les Cenis très ennuyeuse et, à son avis, peu sûre. Outre le Provençal qui était parti avec Liotot et ses compagnons, il y avait deux autres déserteurs français au sein de cette tribu, et Joutel avait grand désir de les voir, espérant qu’ils pourraient lui indiquer le chemin du Mississippi ; car il était résolu à s’échapper, à la première occasion, de la compagnie de Duhaut et de ses complices. Il offrit donc un couteau à un jeune Indien, qu’il envoya chercher les deux Français et les inviter à venir au village. Pendant ce temps, il continua son troc, mais avec de nombreuses difficultés ; car il ne pouvait s’exprimer que par des signes, et ses clients, bien que amicaux pendant la journée, volaient ses marchandises la nuit. Tout cela, ajouté aux craintes et aux soucis qui alourdissaient son esprit, lui ôtait presque le sommeil et, comme il l’avoue, abattait beaucoup son moral. En effet, il avait peu de raisons d’être joyeux, tant pour le passé que pour le présent ou l’avenir. Un vieux Indien, l’un des patriarches de la tribu, remarquant sa tristesse et désireux de la soulager, lui apporta un soir une jeune épouse, disant qu’il lui faisait ce cadeau. Elle s’assit à ses côtés ; « mais », dit Joutel, « comme ma tête était pleine d’autres soucis et angoisses, je ne dis rien à la pauvre fille. Elle attendit un moment ; puis, voyant que je ne disais pas un mot, elle s’en alla. »

[333]

Tard dans la nuit, il était entre le sommeil et l’éveil, allongé sur la couverture en peau de bison qui recouvrait son lit de roseaux. Tous des SAUVAGES BLANCS. Autour de la grande cabane, ses habitants étaient plongés dans le sommeil ; et le feu abritait des colliers de scalps, des lances et des massues de guerre, ainsi que des boucliers en peau de taureau blanchie — suspendus près du lieu de repos de chaque guerrier. Telle était la scène étrange qui persistait devant les yeux rêveurs de Joutel, alors qu’il fermait enfin les yeux pour un sommeil agité. Le bruit d’un pas le réveilla bientôt ; et, se retournant, il vit à ses côtés la silhouette d’un sauvage nu, armé d’un arc et de flèches. Joutel parla, mais n’obtint aucune réponse. Ne sachant que penser, il tendit la main vers ses pistolets ; sur quoi l’intrus se retira et s’assit près du feu. Joutel le suivit ; et lorsque la lumière éclaira ses traits, il l’examina attentivement. Son visage était tatoué, à la mode des Cenis, de lignes partant du sommet du front et convergeant vers le menton ; et son corps était décoré de motifs similaires. Soudain, ce prétendu Indien se leva, passa ses bras autour du cou de Joutel et se présenta comme l’un des

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Des Français qui avaient déserté La Salle et trouvé refuge parmi les Cenis. C’était un marin breton nommé Ruter. Son compagnon, nommé Grollet, également marin, avait eu peur de venir au village de crainte de rencontrer La Salle. Ruter exprima sa surprise et son regret en apprenant la mort de son ancien commandant. Il l’avait quitté quelques mois seulement auparavant. Ce bref intervalle avait suffi à le transformer en sauvage ; lui et son compagnon trouvaient leur mode de vie actuel, imprudent et sans contrôle, fort à leur goût. Il ne pouvait rien dire sur le Mississippi ; le lendemain, il rentra chez lui, emportant en cadeau des perles pour ses femmes, dont il avait rassemblé une grande quantité.

Quelques jours plus tard, il réapparut, accompagné de Grollet. Chacun portait un bouquet de plumes de dindon suspendues à sa tête, et chacun avait enveloppé son corps nu dans une couverture. Peu après, trois hommes arrivèrent du camp de Duhaut, chargés de recevoir le maïs que Joutel avait acheté. Ils lui dirent que Duhaut et Liotot, les tyrans du groupe, avaient décidé de retourner au fort Saint-Louis pour construire un navire afin de s’enfuir vers les Antilles — « un projet utopique », écrit Joutel, « car tous nos charpentiers étaient morts ; et même s’ils avaient été vivants, ils étaient si ignorants qu’ils n’auraient pas su comment mener à bien ce travail ; de plus, nous n’avions pas d’outils pour cela. Néanmoins, j’étais obligé d’obéir et je partis pour le camp avec les provisions. »

Arrivé là-bas, il constata une situation misérable. Douay et les deux Caveliers, qui avaient été traités avec une grande dureté et mépris par Duhaut, avaient été sommés de préparer leur propre repas séparément ; Joutel se joignit alors à eux. Cette séparation leur rendit leur liberté de parole, dont ils avaient été privés jusqu’alors ; mais elle les soumit à une faim incessante, car on ne leur donnait que juste assez de nourriture pour éviter la famine. Douay affirme que des querelles éclataient souvent parmi les assassins eux-mêmes — les mécontents étant dirigés par Hiens, furieux que Duhaut et Liotot aient monopolisé tout le butin. Joutel était impuissant, car il n’avait personne pour le soutenir, à part deux prêtres et un garçon.

Lui et ses compagnons ne parlaient autour de leur feu de camp solitaire que des moyens de s’échapper des plans de cette bande de scélérats dans laquelle ils se trouvaient. Ils ne voyaient aucun autre recours que de retrouver le Mississippi, afin de pouvoir gagner…

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Le Canada — une entreprise prodigieuse dans leur situation désespérée ; il n’y avait d’ailleurs aucune probabilité que les assassins leur permettent de partir. Ceux-ci, de leur côté, étaient assaillis de difficultés. Ils ne pouvaient retourner à la civilisation sans courir un risque évident d’être arrêtés ; et leur seule sécurité résidait à devenir des pirates ou des sauvages. Duhaut, cependant, persistait dans son projet de retourner au fort Saint-Louis ; et Joutel ainsi que ses compagnons, qui avaient de bonnes raisons de craindre quotidiennement pour leur vie, élaborèrent entre eux un stratagème simple pour s’échapper de sa compagnie. Le plus âgé des Cavelier devait lui dire qu’ils étaient trop fatigués pour le voyage et souhaitaient rester parmi les Cenis ; ils devaient aussi le prier de leur donner une partie des marchandises, en échange de quoi Cavelier devait leur remettre une promesse de paiement. Le vieux prêtre, pour qui un sacrifice de vérité, même dans des circonstances moins importantes, ne coûtait guère d’effort, entama donc les négociations et, à sa propre surprise ainsi qu’à celle de ses compagnons, obtint l’accord de Duhaut. Leur joie fut cependant de courte durée ; car Ruter, le sauvage français à qui Joutel avait révélé son intention en demandant son chemin vers le Mississippi, en parla à Duhaut, qui changea alors de camp et fit la déclaration menaçante qu’il et ses hommes iraient également au Canada. Joutel et ses compagnons furent alors remplis d’alarme ; car il était peu probable que les assassins leur permettent, eux qui étaient témoins de leur crime, d’atteindre vivants les colonies. Au milieu de leurs ennuis, le ciel s’éclaircit comme sous l’effet d’un coup de tonnerre.

Hiens et plusieurs autres étaient partis, quelque temps auparavant, vers les villages des Cenis pour acheter des chevaux ; et c’est là qu’ils furent retenus par le charme des femmes indiennes. Pendant leur séjour, Hiens apprit du nouveau projet de Duhaut de se rendre au Canada par le Mississippi ; il déclara alors à ceux qui l’accompagnaient qu’il ne consentirait pas. Un matin, au début du mois de mai, il apparut au camp de Duhaut, accompagné de Ruter et Grollet, les sauvages français, ainsi que d’une vingtaine d’Indiens. On dit que Duhaut et Liotot passaient leur temps à s’exercer avec des arcs et des flèches devant leur hutte. L’un d’eux salua Hiens en disant : « Bonjour » ; mais le pirate répondit d’un ton maussade. Il s’adressa ensuite à Duhaut, lui disant qu’il n’avait pas l’intention de monter le Mississippi avec lui et exigeant une part des marchandises. Duhaut répondit que les marchandises lui appartenaient, puisque La Salle lui devait de l’argent. « Alors vous ne me les donnerez pas ? » répliqua Hiens. « Non », fut la réponse. « Vous êtes un misérable ! » s’écria Hiens ; « vous avez tué mon maître. » Et tirant un pistolet de sa ceinture, il…

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Ils tirèrent sur Duhaut, qui fit trois ou quatre pas en chancelant avant de tomber mort. Presque au même instant, Ruter tira son arme sur Liotot, lui logeant trois balles dans le corps, le laissant étendu au sol, mortellement blessé. Douay et les deux Caveliers étaient plongés dans une terreur extrême, pensant que ce serait leur tour ensuite. Joutel, tout aussi alarmé, saisit son arme pour se défendre ; mais Hiens lui dit de ne craindre rien, affirmant que ce qu’il avait fait n’était que pour venger la mort de La Salle — chose dont il était néanmoins au courant, bien qu’il n’ait pas participé activement au crime. Liotot vécut assez longtemps pour faire sa confession, après quoi Ruter le tua en faisant exploser une pistolet chargé de poudre à blanc contre sa tête. Le myrmidon de Duhaut, L’Archevêque, était absent, en train de chasser, et Hiens avait l’intention de le tuer à son retour ; mais les deux prêtres et Joutel réussirent à le dissuader.

Les spectateurs indiens observaient ces meurtres avec une admiration non dissimulée, voire avec horreur. Quels hommes étaient donc ceux qui avaient pénétré dans les recoins les plus reculés de la nature sauvage pour s’y adonner à des massacres mutuels ? Même leurs guerriers les plus féroces pourraient tirer une leçon de cruauté de ces messagers de la civilisation. Joutel et ses compagnons, qui ne pouvaient se passer de l’aide des Cenis, furent contraints d’expliquer, du mieux qu’ils le purent, l’atrocité de ce qu’ils avaient vu.[335]

Hiens et d’autres Français avaient auparavant promis de rejoindre les Cenis pour une expédition contre une tribu voisine avec laquelle ils étaient en guerre ; toute la troupe se rendit alors au village indien, où les guerriers et leurs alliés se préparèrent à partir. Six Français accompagnèrent Hiens ; les autres, y compris Joutel, Douay et les Caveliers, restèrent en arrière, dans la cabane où Joutel avait été élevé, et où il ne restait plus que des femmes, des enfants et des vieillards. Ils y restèrent une semaine ou plus, sous une surveillance étroite des Cenis, qui ne les laissaient pas quitter le village ; jusqu’à ce que des nouvelles arrivent enfin, annonçant une grande victoire, et que les guerriers reviennent bientôt avec quarante-huit scalps. Ce furent les canons français qui gagnèrent la bataille, mais cela ne les empêcha pas de se glorifier de leur bravoure ; plusieurs jours furent consacrés à des cérémonies et des festins de triomphe.[336]

Lorsque tout ce tumulte de joie se fut apaisé, Joutel et ses compagnons révélèrent à Hiens leur projet de tenter de rentrer chez eux par la voie

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du Mississippi. Comme ils l’avaient prévu, il s’y opposa violemment, déclarant qu’il ne prendrait pas le risque de perdre la tête ; mais finalement il consentit à leur départ, à condition que le plus âgé des Cavelier lui donne un certificat attestant de son innocence absolue concernant le meurtre de La Salle, ce que le prêtre ne hésita pas à faire. Pour le reste, Hiens traita ses compagnons de voyage qui partaient avec la générosité d’un corsaire prospère ; il leur donna une bonne part du butin qu’il avait obtenu par son crime récent, les fournissant en haches, couteaux, perles et autres articles de commerce, ainsi que en plusieurs chevaux. Entre-temps, ajoute Joutel, « nous eûmes la mortification et le chagrin de voir ce scélérat se promener dans le camp vêtu d’un manteau écarlate lacé d’or qui avait appartenu au défunt monsieur de La Salle, et qu’il s’était emparé, tout comme de tous les autres biens de celui-ci ». Une balle bien visée aurait pu venger cette injustice, mais Joutel était manifestement une personne douce et modérée ; et le plus âgé des Cavelier s’était constamment opposé à tous les plans de violence. Ils étouffèrent donc leurs émotions et s’armèrent de patience.

Le groupe de Joutel se composait, en plus de lui-même, des Cavelier (oncle et neveu), d’Anastase Douay, de De JOUTEL ET SON PARTI, de Marle, de Teissier, et d’un jeune Parisien nommé Barthelemy. Teissier, complice des meurtres de Moranget et de La Salle, avait obtenu, en apparence, le pardon du plus âgé des Cavelier. Ils avaient six chevaux et trois guides Cenis. Hiens les embrassa à leur départ, tout comme les brutes qui restaient avec lui. Leur route menait vers le nord-est, en direction de l’embouchure de l’Arkansas — une destination lointaine, dont le chemin était semé de tant de dangers que leurs chances d’y arriver semblaient faibles. C’était au début du mois de juin, et les forêts et les prairies étaient vertes sous la verdure du début de l’été.

Ils atteignirent bientôt les Assonis, une tribu vivant près des Sabine, qui les accueillit bien et leur donna des guides pour les peuples habitant en direction de la rivière Rouge. Le vingt-troisième, ils approchèrent d’un village dont les habitants, les considérant comme des curiosités de premier ordre, sortirent en masse pour les voir ; désireux de leur rendre hommage, ils exigèrent qu’ils montent sur leurs dos afin de faire leur entrée en procession. Joutel, étant grand et lourd, alourdissait tellement son porteur que deux de ses compatriotes furent contraints de le soutenir, l’un de chaque côté. À leur arrivée, un vieux chef lava leurs visages avec de l’eau chaude tirée d’une cuvette en terre, puis les invita à

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Ils furent montés sur une estrade faite de cannes, où ils restèrent assis sous le soleil brûlant, écoutant quatre discours de bienvenue successifs, dont ils ne comprirent pas un mot.[337]
Au village d’une autre tribu, plus loin dans leur route, ils subirent un accueil encore plus oppressant. Cavelier, successeur indigne de son frère, présenté comme le chef du groupe, devint la principale victime de leurs attentions. Ils dansèrent devant lui le calumet ; tandis qu’un Indien, le prenant avec un air de grand respect par les épaules alors qu’il était assis, le secouait au rythme des coups de tambour. Ils placèrent ensuite deux jeunes filles à ses côtés, en guise d’épouses ; pendant ce temps, un vieux chef attacha une plume peinte dans ses cheveux. Ces procédés le scandalisèrent à tel point qu, feignant d’être malade, il interrompit la cérémonie ; mais ils continuèrent à chanter toute la nuit, avec tant de zèle que plusieurs d’entre eux furent réduits à une extrême fatigue.
Finalement, après un voyage d’environ deux mois, au cours duquel ils perdirent l’un des leurs — De Marle, noyé accidentellement en se baignant —, les voyageurs approchèrent de la rivière Arkansas, non loin de son confluent avec le Mississippi. Guidés par leurs guides indiens, ils traversèrent une région riche en plaines et en forêts, et se retrouvèrent enfin au bord du cours d’eau. Nichées sous les forêts de la rive opposée, ils aperçurent les habitations d’une grande ville indienne ; et là, en regardant de l’autre côté du large courant, ils aperçurent bientôt un objet qui ranima leurs membres épuisés et remplit de joie leurs cœurs nostalgiques. C’était une croix en bois haute ; et près d’elle se trouvait une petite maison, manifestement construite par des mains chrétiennes. D’un commun accord, ils tombèrent à genoux et levèrent les mains vers le ciel en action de grâce. Deux hommes vêtus à l’européenne sortirent de la porte de la maison et tirèrent leurs armes pour saluer les voyageurs émus, qui répondirent à leur tour par une salve. Des canoës partirent de la rive opposée et les transportèrent jusqu’à la ville, où ils furent accueillis par Couture et De Launay, deux suivants d’Henri de Tonty.[338]
Cet homme courageux, loyal et généreux, toujours vigilant et toujours actif, aimé et craint à la fois par les Blancs et par les Indiens,[339] avait été chassé, comme nous l’avons vu, par l’agent du gouverneur, La Barre, du commandement du fort St. Louis de l’Illinois. Un ordre du roi le rétablit dans ses fonctions ; et dès qu’il apprit la nouvelle du débarquement de La Salle sur les côtes du golfe, ainsi que les débuts désastreux de sa colonie,[340], il se mit aussitôt en route.

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À ses propres risques et à ses propres frais, il partit pour le secourir. Il rassembla vingt-cinq Français et onze Indiens, et partit de sa forteresse rocheuse le 13 février 1686 ; il remonta le Mississippi et atteignit son embouchure pendant la Semaine sainte. Tout n’était que solitude, une désolation silencieuse de rivières, de marais et de mer. Il envoya des canoës vers l’est et vers l’ouest, explorant la côte sur environ trente lieues de chaque côté. Ne trouvant aucune trace de son ami, qui à ce moment parcourait les prairies du Texas dans une quête tout aussi vaine de sa « rivière fatale », Tonty lui écrivit une lettre, qu’il confia à un chef indien, lequel la conserva avec un soin révérencieux et la remit, quatorze ans plus tard, à Iberville, le fondateur de la Louisiane.[342] Profondément déçu par son échec, Tonty reprit son chemin en remontant le Mississippi jusqu’aux villages de l’Arkansas, où certains de ses hommes offrirent de rester. Il en laissa six ; parmi eux se trouvaient Couture et De Launay.[343]

Cavelier et ses compagnons, suivis d’une foule d’Indiens, certains portant leurs bagages, d’autres luttant pour avancer, entrèrent dans la cabane en bois de leurs deux hôtes. Bien que rudimentaire, cet endroit leur offrait un signe de paix et de sécurité, ainsi qu’un avant-goût du foyer. Couture et De Launay furent même émus aux larmes en entendant le récit de leurs malheurs et de la catastrophe qui les avait frappés. La mort de La Salle fut soigneusement cachée aux Indiens, dont beaucoup l’avaient vu lors de sa descente du Mississippi et le considéraient avec un respect immense. Ils firent preuve d’une grande hospitalité envers ses suivants : ils les gavèrent de pain de maïs, de viande de buffle séchée et de pastèques, et dansèrent devant eux le calumet, la cérémonie la plus solennelle de leur tradition. Cette fois encore, la patience de Cavelier l’abandonna ; feignant, comme auparavant, d’être malade, il demanda à son neveu de prendre sa place. Il y eut aussi des danses solennelles, au cours desquelles les guerriers — certains teints de boue blanche, d’autres de rouge, ou des deux ; certains portant des plumes, d’autres des cornes de buffle ; certains nus, d’autres vêtus de chemises peintes en peau de cerf, bordées de tresses de scalps — sautaient, frappaient du pied et hurlaient du coucher du soleil jusqu’à l’aube. Tout cela visait en partie à honorer les voyageurs, et en partie à extorquer des cadeaux. Cependant, ils s’opposèrent lorsque l’on leur demanda de fournir des guides ; ce n’est qu’après de nombreuses offres qu’on réussit finalement à en obtenir quatre.

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Avec ces moyens, les voyageurs reprirent leur voyage dans une canoë en bois, vers le 1er août[344], descendant le MISSISSIPPI, puis l’Arkansas, et atteignirent bientôt cette rivière sombre et impitoyable, objet de leurs recherches depuis si longtemps, qui coulait, telle un destin, à travers ses contrées solitaires et ombragées. Ils mirent leur canoë dans son lit boueux, pagayèrent contre le courant et avancèrent lentement, suivant les méandres de ce monstre aquatique à travers des zones de roseaux, de marais et de tourbières. Ce fut un voyage difficile et pénible, sous le soleil brûlant d’août — tantôt sur l’eau, tantôt jusqu’aux genoux dans la boue, tirant leur canoë à travers cette jungle malsaine. Le 19, ils passèrent l’embouchure de l’Ohio ; leurs guides indiens offrirent alors de la viande de buffle en cadeau. Le 1er septembre, ils franchirent le Missouri, et peu après aperçurent la roche représentée par Marquette, ainsi que la ligne de hauteurs escarpées sur la rive est, désignée sur les anciennes cartes françaises comme « les Châteaux en ruine ». Alors, soulagés, ils quittèrent la grande rivière pour suivre le courant paisible de l’Illinois. Il leur fallut onze jours pour remonter ce fleuve dans leur grande et lourde canoë en bois ; enfin, l’après-midi du 14 septembre, ils virent, dominant la forêt et le fleuve, la falaise couronnée des palissades du fort St. Louis d’Illinois. À leur approche, un groupe d’Indiens, dirigé par un Français, descendit de la roche et tira des coups de feu en signe de salut. Ils débarquèrent et suivirent le sentier forestier menant au fort, où ils furent accueillis par Boisrondet, compagnon de Tonty lors de la guerre iroquoise, et deux autres Français qui, dès qu’ils les virent, demandèrent où se trouvait La Salle. Cavelier, craignant que lui et son groupe ne perdent l’avantage que leur conférait leur statut de représentants de leur frère, décida de cacher sa mort ; et Joutel, comme il l’avoue lui-même, participa à cette tromperie. Remplaçant le mensonge par des évasives, ils répondirent que La Salle avait été avec eux presque jusqu’aux villages du Cenis, et que, lorsqu’ils s’étaient séparés, il était en bonne santé. Du moins, pour eux, c’était littéralement vrai ; mais Douay et Teissier, l’un témoin et l’autre complice de sa mort, n’auraient pas pu affirmer cela sans mentir ouvertement, et évitèrent donc la question. En suivant le sentier forestier et en contournant l’arrière de la roche, ils gravirent la hauteur escarpée et atteignirent le sommet. Là, ils aperçurent une zone entourée des palissades qui bordaient le bord de la falaise, ainsi que de plusieurs…

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des habitations, un entrepôt et une chapelle. Il y avait aussi des cabanes indiennes ; car certains des alliés rouges des Français y vivaient avec eux.[345] Tonty était absent, en train de combattre les Iroquois ; mais son lieutenant, Bellefontaine, accueillit les voyageurs, et sa petite garnison de bush-rangers les salua par des tirs de mousquets, mêlés aux cris des Indiens. Un Te Deum suivit dans la chapelle ; « et, de tout notre cœur », dit Joutel, « nous remercions Dieu, qui nous avait préservés et guidés. » Enfin, les voyageurs fatigués se retrouvèrent parmi leurs compatriotes et amis. Bellefontaine trouva une chambre pour les deux prêtres ; tandis que Joutel, Teissier et le jeune Cavelier furent logés dans l’entrepôt.

Le jésuite Allouez était alité malade au fort ; Joutel, Cavelier et Douay allèrent le voir. Il montra une grande anxiété en apprenant que La Salle était vivant et en route pour l’Illinois ; il posa de nombreuses questions et ne put cacher son agitation. Quelque temps plus tard, lorsqu’il eut partiellement recouvré la santé, il quitta Saint-Louis, comme pour éviter de rencontrer l’objet de son inquiétude.[346] Une fois déjà, en 1679, Allouez avait fui l’Illinois en apprenant l’approche de La Salle.

La saison était avancée, et ils étaient pressés d’avancer afin d’atteindre Québec à temps pour rentrer en France avec les navires d’automne. Il n’y avait pas un jour à perdre. Ils firent leurs adieux à Bellefontaine, à qui, comme à tous les autres, ils avaient caché la mort de La Salle, et se mirent en route à travers le pays vers Chicago. Là, ils furent retenu une semaine par une tempête ; et lorsque finalement ils montèrent dans une canoë fournie par Bellefontaine, la tempête les obligea bientôt à faire demi-tour. Ils abandonnèrent alors leur projet et retournèrent au fort Saint-Louis, à la grande surprise de ses habitants.

C’était en octobre lorsqu’ils arrivèrent ; et, pendant ce temps, Tonty était revenu de la guerre contre les Iroquois, où il avait joué un rôle important dans la célèbre attaque des Senécas menée par le marquis de Denonville.[347] Il écouta avec un vif intérêt le récit tragique de ses invités. Cavelier le connaissait bien. Il connaissait, autant qu’il pouvait en juger, son caractère généreux et désintéressé, son attachement long et fidèle à La Salle, ainsi que les services inestimables qu’il lui avait rendus. Tonty avait toutes les raisons de gagner sa confiance et son affection. Pourtant, il n’hésita pas à lui infliger le même mensonge qu’il avait utilisé

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à Bellefontaine. Il lui dit qu’il avait laissé son frère en bonne santé dans le golfe du Mexique, et sollicita de lui, au nom de La Salle, une somme que Joutel évalue à environ quatre mille livres en fourrures, en plus d’une canoë et d’une quantité d’autres biens, tous livrés par la victime qui ne se méfiait de rien.[348]
C’était à la fin de l’hiver, alors que le vieux prêtre et ses compagnons vivaient depuis des mois grâce à l’hospitalité de Tonty. Ils partirent pour le Canada le vingt-et-unième mars, arrivèrent à Chicago le vingt-neuvième, puis se rendirent à Michilimackinac. Là, Cavelier vendit quelques-unes des fourrures de Tonty à un marchand, qui lui donna en paiement un billet à ordre sur Montréal, lui procurant ainsi les fonds nécessaires pour son retour. Le groupe continua son voyage en canoë via la rivière Française et l’Ottawa, et arriva sain et sauf à Montréal le dix-sept juillet. Là, ils obtinrent les vêtements dont ils avaient grand besoin, puis descendirent la rivière jusqu’à Québec, où ils trouvèrent un logement — certains chez les frères récollets, d’autres chez les prêtres du séminaire — afin d’échapper aux questions des curieux. À la fin d’août, ils embarquèrent pour la France et arrivèrent sains et saufs à Rochelle au début d’octobre. Aucun membre du groupe n’était particulièrement énergique ou doté d’un fort caractère ; pourtant, poussés par une nécessité extrême, ils accomplirent l’un des voyages les plus aventureux jamais enregistrés.
Enfin, ils se déchargèrent de leur sombre secret ; mais le seul résultat semble avoir été un ordre du Roi pour l’arrestation des meurtriers, au cas où ils apparaîtraient au Canada.[349] Joutel fut déçu. Il avait espéré tout au long que le Roi enverrait un navire pour secourir ce misérable groupe au fort Saint-Louis au Texas. Mais Louis XIV endurcit son cœur et les abandonna à leur sort.

NOTES DE PIÈCE :
[Les habitations des Indiens de Floride étaient quelque peu similaires. Les habitations d’hiver des Mandans, aujourd’hui presque éteints, bien que moins hautes en proportion de leur largeur et construites avec des matériaux plus solides, comme l’exige la rigueur d’un climat nordique, présentent des similitudes générales avec celles des Cenis.]

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Les Cenis se faisaient tatouer le visage et certaines parties du corps en piquant du charbon en poudre dans la peau. Les femmes se faisaient tatouer les seins ; cette pratique était courante parmi elles, malgré la douleur que provoquait l’opération, car on la considérait comme très ornementale. Leur vêtement consistait en une sorte de robe ou de couverture en peau, allant de la taille aux genoux. Les hommes, en été, ne portaient rien d’autre qu’un pagne.
[Journal Historique, 237.]

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4] Note précédente. Le récit de la mort de La Salle, tiré des paroles de Couture, fut reçu par celui-ci de la part de Cavelier et de ses compagnons, durant leur séjour à l’Arkansas. Couture était de profession charpentier et était originaire de Rouen.
[On peut se faire une idée de l’état du fort Saint-Louis à cette époque à partir de plusieurs passages de Joutel. Selon lui, les maisons étaient construites au bord du précipice, formant, avec les palissades, le cercle de défense. Les Indiens vivaient dans cette zone.]
[Joutel ajoute que cela était dû « à une sorte de conspiration qu’on a voulu faire contre les intérêts de Monsieur de la Salle ». — Journal Historique, 350.]
6]
« Ce Père craignait que ledit seigneur ne le y rencontrât, ... D’après ce que j’ai pu apprendre, les Pères avaient entrepris plusieurs choses pour contrer ce projet et avaient voulu rallier plusieurs nations de sauvages qui s’étaient données à M. de la Salle. Ils étaient même allés jusqu’à vouloir détruire le fort Saint-Louis, en construisant un autre à Chicago, où ils avaient attiré une partie des sauvages, ne pouvant d’une certaine manière s’emparer du dit fort. En somme, le bon Père, craignant d’y être trouvé, préféra prendre des précautions en partant en avance... Bien que M. Cavelier eût dit au Père qu’il pouvait rester, il partit environ sept ou huit jours avant nous. » — Relation (Margry, iii. 500).
La Salle voyait toujours l’influence des Jésuites dans les catastrophes qui lui advenaient. Son affirmation répétée selon laquelle ils voulaient s’installer dans la vallée du Mississippi est confirmée par un document intitulé Mémoire sur la proposition à faire par les R. Pères Jésuites pour la découverte des environs de la rivière du Mississipi et pour voir si elle est navigable jusqu’à la mer. Il s’agit d’un mémorandum de propositions à soumettre au ministre Seignelay, et qui semblait avoir été présenté comme une première étape avant de formuler officiellement les propositions. Il fut écrit après le retour de Beaujeu en France, et avant que la mort de La Salle ne soit connue. Il indique que les Jésuites avaient droit à la priorité dans la vallée du Mississippi, ayant été les premiers à l’explorer. Il affirme que La Salle avait commis une erreur en débarquant sa colonie non pas à l’embouchure de la rivière, mais ailleurs ; et il demande la permission de poursuivre le travail dans lequel il avait échoué. À cette fin, il sollicite des moyens pour construire un navire à Saint-Louis de l’Illinois, ainsi que des canoës, des armes, des tentes, des outils, des provisions et des marchandises pour les Indiens ; il demande également les cartes et documents de La Salle, ainsi que ceux de Beaujeu. De leur côté, poursuit-il, les Jésuites s’engagent à effectuer une étude complète de la rivière.

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et de rendre compte avec précision de ses habitants, de ses plantes et de ses autres productions.
[Tonty, Du Lhut et Durantaye vinrent en aide à Denonville avec cent quatre-vingts Français, principalement des coureurs de bois, et quatre cents Indiens de la région montagneuse.]
7] Leurs services furent hautement appréciés ; Tonty en particulier est mentionné dans les rapports de Denonville avec de grands éloges.
[« Monsieur Tonty, croyant M. de la Salle vivant, ne fit pas de difficulté de lui donner pour environ quatre mille livres de fourrures, de castors, de loutres, une canoë et d’autres effets. »—]
8] Joutel, Journal Historique, 349.

Tonty lui-même ne donne pas une somme aussi élevée : « Sur ce qu’ils m’assuraient qu’il était resté au Golfe du Mexique en bonne santé, je les reçus comme s’il avait été lui-même et je lui prêtai [à Cavelier] plus de 700 francs. »—Tonty, Mémoire.
Cavelier devait savoir que La Salle était insolvable. Tonty avait longtemps servi sans être payé. Douay dit qu’il rendit le séjour du groupe au fort très agréable et parle de lui, avec une certaine apparence de remords, comme « ce brave gentilhomme, toujours inséparablement attaché aux intérêts du Sieur de la Salle, dont nous lui avons caché la déplorable destinée. »
Couture, venu de l’Arkansas, apporta à Tonty, quelques mois plus tard, la nouvelle de la mort de La Salle, ajoutant que Cavelier l’avait cachée, sans autre but que d’obtenir de l’argent ou des provisions de sa part (de Tonty), au nom de son frère. Cavelier possédait une lettre de La Salle, demandant à Tonty de lui fournir des provisions et de le payer 2 652 livres en castors. Si l’on en croit Cavelier, ces castors appartenaient à La Salle.
[Lettre du Roi à Denonville, 1er mai 1689. Joutel devait être un jeune homme au moment de l’expédition du Mississippi ; car Charlevoix le vit à Rouen, trente-cinq ans plus tard. Il parle de lui avec des éloges emphatiques ; mais il faut admettre que sa complicité dans la tromperie pratiquée par Cavelier sur Tonty jette une ombre sur son caractère, ainsi que sur celui de Douay. À d’autres égards, tout ce qui concerne cet homme est très favorable, ce qui n’est pas le cas pour Douay, qui, à une ou deux reprises, fait des affirmations délibérément fausses.]

Douay dit que le plus âgé des Cavelier fit un rapport de l’expédition au ministre Seignelay. Ce rapport resta inconnu dans une collection anglaise d’autographes et de manuscrits anciens, d’où je l’ai obtenu par achat en 1854, le acheteur comme le vendeur ignorant alors de sa véritable nature. Après examen, il s’avéra être une partie du premier brouillon du rapport de Cavelier à Seignelay. Il se compose de vingt-six petits

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Pages en format folio, écrites serré d’une main claire, bien que par endroits obscurcies par le fanèlement de l’encre, ainsi que par des effaces et des annotations occasionnelles du rédacteur. Comme cela a déjà été dit, les exposés y sont confus et insatisfaisants ; et toute la dernière partie a été perdue. Arrivé en France, il eut l’impudence de dire à l’abbé Tronson, supérieur de Saint-Sulpice, « qu’il avait laissé M. de la Salle dans un très-beau pays avec M. de Chefdeville en bonne santé ». — Lettre de Tronson à Madame Fauvel-Cavelier, 29 nov. 1688.

Cavelier adressa au roi un mémorial sur l’importance de conserver la possession de l’Illinois. Il se termine par une demande pressante d’argent en compensation de ses pertes, car, selon ses propres dires, il était complètement épuisé. Un mémorial des héritiers de son cousin François Plet affirme qu’il cacha la mort de La Salle quelque temps après son retour en France, afin de s’emparer de biens qui auraient sinon été saisis par les créanciers du défunt. L’abbé prudent mourut riche et très âgé, chez un parent, ayant hérité d’un vaste domaine après son retour d’Amérique. Apparemment, cela ne le satisfaisait pas ; car je possède ici une copie d’une pétition, écrite vers 1717, dans laquelle il demande, conjointement avec l’un de ses neveux, à être mis en possession des biens seigneuriaux détenus par La Salle en Amérique. La pétition fut refusée.

Le jeune Cavelier, neveu de La Salle, mourut quelques années plus tard, officier dans un régiment. On a erronément cru qu’il s’agissait de la même personne que ce De la Salle dont le nom figure en annexe à une lettre donnant un compte rendu de la Louisiane, datée de Toulon, 3 sept. 1698. Cette personne était le fils d’un officier naval de Toulon et n’était pas apparenté aux Caveliers.

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CHAPITRE XXIX.
1688-1689.
Le sort de la colonie du Texas.
Tonty tente de secourir les colons : ses difficultés et épreuves.—
L’hostilité espagnole.—Expédition d’Alonzo de Leon : il atteint le fort St. Louis.—Une scène de désolation.—Destruction des Français.—La fin.
Henri de Tonty, sur son rocher de St. Louis, fut visité en septembre par Couture et deux Indiens de l’Arkansas. Ce fut alors, pour la première fois, qu’il apprit avec tristesse et indignation la mort de La Salle, ainsi que la tromperie commise par Cavelier. Le chef auquel il avait si bien servi était hors de portée de son aide ; mais ne pouvaient pas les malheureux colons restés sur les côtes du Texas être sauvés de la destruction ? Couture confirma ce que Cavelier et son groupe lui avaient déjà dit : les tribus au sud de l’Arkansas étaient désireuses de rejoindre les Français pour une invasion du nord du Mexique. Peu après, il reçut de la part du gouverneur Denonville une lettre l’informant que la guerre avait été de nouveau déclarée contre l’Espagne. Aussi audacieux et entreprenant que La Salle lui-même, Tonty décida de tenter de connaître la situation des quelques Français restés aux frontières du golfe, de soulager leurs besoins et, si cela s’avérait possible, de faire d’eux le noyau d’une troupe destinée à traverser le Rio Grande et à ajouter une nouvelle province au domaine de la France. Il s’agissait là d’une reprise, à petite échelle, du plan de La Salle visant à envahir le Mexique ; et il ne fait aucun doute qu’avec une vingtaine de mousquetaires français, il aurait pu rassembler une troupe redoutable d’alliés sauvages parmi les tribus du Red River, des Sabine et de la Trinity. Cette aventure audacieuse et le sauvetage de ses compatriotes souffrants divisèrent ses pensées, et il se prépara aussitôt à réaliser ce double objectif.[350]
Il quitta le fort St. Louis de l’Illinois au début du mois de décembre, à bord d’une pirogue ou canoë en bois, accompagné de cinq Français, d’un guerrier Shawanoe et de deux esclaves indiens.

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Et, après un long et douloureux voyage, il arriva le vingt-huit mars aux villages des Caddoes sur la Rivière Rouge. On lui dit alors que Hiens et ses compagnons se trouvaient dans un village situé à quatre-vingts lieues de là ; c’est là qu’il s’apprêtait à aller les chercher, lorsque tous ses hommes, à l’exception des Shawanoe et d’un Français, déclarèrent être dégoûtés par ce voyage et refusèrent de le suivre. La persuasion fut inutile, et il n’y avait aucun moyen de forcer l’obéissance. Il se trouva abandonné ; mais il continua malgré tout, avec les deux qui restèrent fidèles. Quelques jours plus tard, ils perdirent presque toute leur munition en traversant une rivière. Sans se laisser décourager par cet accident, Tonty se dirigea vers le village où se trouvaient, selon-on-le-disait, Hiens et ceux qui étaient restés avec lui ; mais aucune trace d’eux ne parut, et l’attitude des Indiens, lorsqu’il demanda après eux, le convainquit qu’ils avaient été mis à mort. Il les accusa d’avoir tué les Français, ce sur quoi les femmes du village poussèrent des cris de lamentation ; « Et je vis », dit-il, « que ce que je leur avais dit était vrai. » Elles refusèrent de lui donner des guides ; et cela, ajouté à la perte de ses munitions, le contraignit à renoncer à son projet de rejoindre les colons de la Baie de St. Louis. Avec une amère déception, lui et ses deux compagnons firent demi-tour et finirent par approcher de la Rivière Rouge. Là, ils trouvèrent toute la région inondée. Parfois ils marchaient jusqu’aux genoux, parfois jusqu’au cou, parfois ils avançaient lentement sur des radeaux. Nuit et jour, il pleuvait sans cesse. Ils dormaient sur des troncs placés côte à côte pour les élever au-dessus de la boue et de l’eau, et se frayaient un chemin à coups de hache à travers les zones inondées de cannes. Ils ne trouvèrent aucune proie, si ce n’est un ours qui s’était réfugié sur une île au milieu des eaux ; ils furent donc contraints de manger leurs chiens. « Jamais de ma vie », écrit Tonty, « je n’ai souffert autant. » Pour juger de ces efforts intrépides, il faut se rappeler qu’il n’était pas, du moins en apparence, d’une constitution robuste, et qu’il n’avait qu’une main. Ils atteignirent le Mississippi le onze juillet, et les villages de l’Arkansas le trente et un. Là, Tonty fut retenu par une attaque de fièvre. Il reprit son voyage lorsque la fièvre commença à diminuer, et arriva à son fort de l’Illinois en septembre.[351]
Pendant que le roi de France abandonnait les exilés du Texas à leur sort, une puissance sombre, impitoyable et terrifiante planait autour de la faible colonie de la Baie de St. Louis, cherchant d’un regard sans pitié à découvrir et à anéantir ce germe mourant.

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de la civilisation, issue du sein de la wilderness où elle était cachée dans son immense sauvagerie. L’Espagne revendiquait le golfe du Mexique et toutes ses côtes comme étant ses propres terres, par un droit incontestable, et les vice-rois du Mexique s’efforçaient de faire respecter cette revendication. La capture d’un des quatre navires de La Salle à Saint-Domingue avait révélé ses intentions, et au cours des trois années suivantes, pas moins de quatre expéditions furent envoyées depuis Veracruz pour le trouver et le détruire. Ils explorèrent toute la côte et trouvèrent les épaves de l’« Aimable » et de la « Belle » ; mais la colonie de Saint-Louis, située à l’intérieur des terres et isolée, échappa à leurs recherches. Pendant un temps, la jalousie des Espagnols s’apaisa. Ils se rassuraient en pensant que les intrus étaient morts, lorsque de nouvelles informations provenant de la province frontalière du Nouveau-León firent en sorte que le vice-roi Galve ordonne à une forte troupe, sous le commandement d’Alonzo de Leon, de partir de Coahuila et de traverser le Rio Grande. Guidés par un prisonnier français, probablement l’un des déserteurs de La Salle, ils avancèrent à travers des plaines sauvages et arides, des rivières, des prairies et des forêts, jusqu’à ce qu’ils approchent enfin de la baie de Saint-Louis et aperçoivent, au loin, l’emplacement où se trouvaient les Français. À mesure qu’ils se rapprochaient, aucune bannière n’était visible, aucun garde ne les interpella ; un silence de mort régnait sur les palissades brisées et les habitations abandonnées. Les Espagnols poussèrent leurs chevaux réticents à travers l’entrée, et ils découvrirent un spectacle de désolation. Rien ne bougeait. Les portes étaient arrachées de leurs gonds ; des boîtes brisées, des barils éventrés et des casseroles rouillées, mêlés à un grand nombre de fusils et d’arquebuses, étaient éparpillés dans le chaos. Ici aussi, piétinés dans la boue et trempés par la pluie, ils virent plus de deux cents livres, dont beaucoup conservaient encore les traces de reliures coûteuses. Sur la prairie adjacente gisaient trois cadavres ; l’un d’eux, à en juger par les fragments de vêtements encore accrochés aux restes décharnés, était celui d’une femme. Il fut vain de questionner les sauvages impassibles, qui, enveloppés jusqu’au cou dans leurs robes de buffle, se tenaient là, contemplant la scène avec des regards immobiles. Cependant, deux étrangers arrivèrent finalement. Leurs visages étaient barbouillés de peinture, et ils étaient également enveloppés dans des robes de buffle comme les autres ; mais ces prétendus Indiens n’étaient autres que l’Archevêque, l’auxiliaire du meurtrier de La Salle, Duhaut, et Grollet, le compagnon du sauvage blanc Ruter. Le commandant espagnol, ayant appris que ces deux hommes se trouvaient dans la région de la tribu appelée Texas, leur avait envoyé une invitation pour qu’ils viennent dans son camp, sous la promesse d’un bon traitement ; et ils avaient décidé de faire confiance à la clémence espagnole plutôt que de continuer à vivre une existence devenue insupportable.

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C’est ainsi que les Espagnols apprirent presque tout ce qui est connu au sujet du sort de Barbier, de Zenobe Membré et de leurs compagnons. Trois mois auparavant, un grand groupe d’Indiens s’était approché du fort, dont les habitants avaient beaucoup souffert des ravages de la variole. Par crainte de trahison, ils refusèrent d’accueillir ces visiteurs, mais les reçurent dans une cabane située en dehors des palissades. C’est là que les Français commencèrent à commercer avec eux ; soudain, un groupe de guerriers, poussant des cris de guerre, surgit d’une embuscade sous le cours du fleuve et massacra la plupart d’entre eux. Les enfants de Talon, ainsi qu’un Italien et un jeune homme originaire de Paris nommé Breman, furent sauvés par les femmes indiennes, qui les emmenèrent sur leur dos. L’Archevêque et Grollet, qui, avec d’autres de leur espèce, vivaient chez les Indiens, se rendirent sur le lieu du massacre et, comme ils l’affirmaient, enterrèrent quatorze cadavres.[356] L’Archevêque et Grollet furent envoyés en Espagne, où, malgré les promesses qui leur avaient été faites, ils furent jetés en prison, dans l’intention de les renvoyer travailler dans les mines. Quelque temps après l’expédition de De Leon, les Indiens livrèrent leurs captifs aux Espagnols. L’Italien fut emprisonné à Vera Cruz. Le sort de Breman est inconnu. Pierre et Jean-Baptiste Talon, qui étaient maintenant assez âgés pour porter les armes, furent enrôlés dans la marine espagnole ; en 1696, ils furent capturés par un navire de guerre français et retrouvèrent leur liberté ; quant à leurs frères plus jeunes et à leur sœur, ils furent emmenés en Espagne par le vice-roi.[357] Quant aux compagnons sans scrupules de Hiens, la conviction de Tonty selon laquelle ils auraient été tués par les Indiens pouvait être fondée ; mais on dit que le pirate lui-même fut tué lors d’une querelle avec son complice Ruter, le sauvage blanc ; ainsi, dans l’ignominie et l’obscurité, périrent les dernières étincelles de cette colonie condamnée de La Salle. Voilà la fin de cette histoire sauvage et tragique des explorateurs du Mississippi. De tout leur labeur et de tous leurs sacrifices, il ne resta rien d’autre qu’une grande découverte géographique, ainsi qu’un exemple remarquable d’énergie et de volonté incarnées. Là où La Salle avait labouré, d’autres devaient semer ; et sur le chemin tracé par ce Normand intrépide, le Canadien D’Iberville allait conquérir pour la France un vaste domaine, bien que temporaire.

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NOTES DE PIÈCE :
[Tonty, Mémoire.
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0] Deux causes ont contribué à entacher, de la manière la plus injuste, la réputation de Tonty : la publication, sous son nom mais sans son autorisation, d’une version déformée des entreprises auxquelles il avait participé ; et le fait de le confondre avec son frère, Alphonse de Tonty, qui commanda longtemps à Détroit, où des accusations de détournement de fonds furent portées contre lui. Il y a très peu de noms dans l’histoire franco-américaine mentionnés avec une telle unanimité de louanges que celui d’Henri de Tonty. Hennepin lui trouve quelques défauts ; mais sa critique est en réalité une forme de compliment. Les rapports du gouverneur Denonville parlent en termes élogieux de ses services pendant la guerre contre les Iroquois, louent son caractère et déclarent qu’il est apte à toute entreprise audacieuse, ajoutant qu’il mérite une récompense de la part du Roi. Le missionnaire Saint-Cosme, qui voyagea sous son escorte en 1699, dit de lui : « Il est aimé de tous les voyageurs... C’est avec un profond regret que nous nous sommes séparés de lui : ... c’est l’homme qui connaît le mieux ce pays ; ... il est aimé et craint partout... Votre grâce, je n’en doute pas, prendra plaisir à reconnaître les obligations que nous lui devons. »

Tonty détenait le grade de capitaine ; mais, d’après un mémoire qu’il adressa à Ponchartrain en 1690, il semble qu’il n’ait jamais reçu de salaire. Le comte Frontenac atteste la véracité de cette affirmation et ajoute une recommandation en faveur de l’auteur. Probablement à cause de cela, la propriété du fort Saint-Louis sur l’Illinois fut accordée la même année à Tonty, conjointement avec La Forest, ancien lieutenant de La Salle. Ils y exercèrent le commerce des fourrures. En 1699, une déclaration royale fut émise contre les coureurs de bois ; mais une disposition spéciale fut ajoutée en faveur de Tonty et de La Forest, qui eurent le droit d’envoyer chaque année deux canoës, avec douze hommes, pour subvenir aux besoins de ce fort. Avec de telles restrictions, ce fort et le commerce qui s’y déroulait devaient être très limités. En 1702, on trouve un ordre royal stipulant que La Forest devait désormais résider au Canada, et Tonty sur le Mississippi ; et que l’établissement sur l’Illinois devait être fermé. La même année, Tonty rejoignit D’Iberville en Bas-Louisiane, et fut envoyé par cet officier depuis Mobile pour assurer la loyauté des Chickasaws en faveur des Français. Sa carrière ultérieure ainsi que la date de sa mort ne sont pas connues. Il semble qu’il n’ait jamais reçu la récompense que méritaient ses grands mérites. Ceux qui connaissaient bien le regretté Dr Sparks se souviendront de son souhait souvent exprimé que justice soit rendue à la mémoire de Tonty. Le fort Saint-Louis sur l’Illinois fut ensuite réoccupé par les Français. En 1718, un certain nombre d’entre eux, principalement des commerçants, vivaient ici ; mais trois

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Des années plus tard, il fut de nouveau abandonné, et Charlevoix, en passant par cet endroit, ne vit que les vestiges de ses palissades.
[Le fort St. Louis du Texas ne doit pas être confondu avec le fort St. Louis de l’Illinois.]

Après avoir traversé le Del Norte, ils traversèrent successivement l’Upper Nueces, le Hondo (Rio Frio), le De Leon (San Antonio) et le Guadalupe, puis, tournant vers le sud, descendirent jusqu’à la baie de St. Bernard... Carte manuscrite de « Route que firent les Espagnols, pour venir enlever les Français restés à la Baie St. Bernard ou St. Louis, après la perte du vaisseau de M. de la Salle en 1689. » (Collection de Margry.)

1er mai. Les Espagnols atteignirent le fort le 22 avril.

C’est la première fois que ce nom apparaît. Dans une lettre écrite par un membre du groupe de De Leon, les Indiens du Texas sont mentionnés à plusieurs reprises. (Voir Colección de Varios Documentos, 25.) Ils sont décrits comme une tribu agricole et semblaient être identiques aux Cenis. Le nom Tejas, ou Texas, fut d’abord utilisé comme désignation locale pour un endroit sur la rivière Neches, dans le territoire des Cenis, d’où il s’étendit à tout le pays. (Voir Yoakum, History of Texas, 52.)

Derrotero de la Jornada que hizo el General Alonso de Leon para el descubrimiento de la Bahia del Espíritu Santo, y población de Franceses. Ano de 1689. — C’est le journal officiel de l’expédition, signé par Alonzo de Leon. Je dois au colonel Thomas Aspinwall l’opportunité de l’examiner. Comme mentionné précédemment, le nom Espíritu Santo fut donné par les Espagnols à St. Louis, ou à la baie de Matagorda, ainsi qu’à deux autres baies du golfe du Mexique.

Carta en que se da noticia de un viaje hecho à la Bahia de Espíritu Santo y de la población que tenían allí los Franceses. Colección de Varios Documentos para la Historia de la Florida, 25. — C’est une lettre d’une personne qui accompagnait l’expédition de De Leon. Elle est datée du 18 mai 1689 et concorde étroitement avec le journal cité ci-dessus, bien qu’évidemment rédigée par une autre main. Comparer Barcia, Ensayo Cronologico, 294. L’histoire de Barcia a été mise en doute ; mais ces documents authentiques prouvent la justesse de ses affirmations principales, bien qu’il semble avoir cédé à son imagination sur certains détails.

Le vice-roi de Nouvelle-Espagne, dans un rapport adressé au roi en 1690, affirme qu’afin de maintenir les Indiens du Texas et d’autres régions de cette région soumis à Sa Majesté, il a décidé d’y établir huit missions. Il ajoute qu’il a nommé gouverneur ou commandant de cette province Don Domingo Terán de los Ríos, qui fera une exploration approfondie de la région, mènera à bien ce que De Leon avait commencé, empêchera toute nouvelle intrusion de étrangers comme La Salle, et poursuivra les survivants des Français.

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qui seraient encore présents parmi les tribus du Red River. Je dois ce document à la gentillesse de M. Buckingham Smith.
[Mémoire sur lequel on a interrogé les deux Canadiens [Pierre et Jean Baptiste Talon]
35 qui sont soldats dans la Compagnie de Feuguerolles. À Brest, 14 février 1698.
7]
Interrogatoires menés avec Pierre et Jean Baptiste Talon à leur arrivée de La Veracruz.—Ce document, qui diffère par certains détails du précédent, a été envoyé par D’Iberville, fondateur de la Louisiane, à l’abbé Cavelier. Y est jointe une lettre de D’Iberville, écrite en mai 1704, dans laquelle il confirme les principales affirmations des Talon, d’après des informations obtenues auprès d’un officier espagnol à Pensacola.

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APPENDICE.
I.

CARTES ANCIENNES NON PUBLIÉES DU MISSISSIPPI ET DES GRANDS LACS.
La plupart des cartes décrites ci-dessous se trouvent au Dépôt des Cartes de la Marine et des Colonies, à Paris. Prises ensemble, elles montrent l’évolution des découvertes en Occident et illustrent les récits des explorateurs.

1. La carte de Galinée, de 1670, porte un double titre : « Carte du Canada et des Terres découvertes vers le lac Derié », et « Carte du Lac Ontario et des habitations qui l’environnent, ainsi que le pays que Messrs. Dolier et Galinée, missionnaires du séminaire de Saint-Sulpice, ont parcouru ». Elle prétend ne représenter que le territoire effectivement visité par les deux missionnaires. Partant de Montréal, elle indique le cours de la Haute-Vallée du Saint-Laurent, les côtes du lac Ontario, la rivière Niagara, la rive nord du lac Érié, le détroit de Détroit, ainsi que les côtes est et nord du lac Huron. Galinée ignorait l’existence de la péninsule du Michigan et fusionnait les lacs Huron et Michigan en un seul, sous le nom de « Michigané, ou Mer Douce des Hurons ». Il ignorait également complètement la rive sud du lac Érié. Il représente l’embouchure du lac Supérieur jusqu’au Saut Ste. Marie et décrit en détail la rivière Ottawa, qu’il avait descendue à son retour. Les chutes du Genesee y sont indiquées, tout comme les chutes du Niagara, avec l’inscription : « Saut qui tombe, d’après les sauvages, à plus de 200 pieds de hauteur ». Si les jésuites avaient été disposés à l’aider, ils auraient pu lui fournir de nombreuses informations supplémentaires et corriger ses erreurs les plus graves, comme par exemple l’omission de la péninsule du Michigan. La première tentative de cartographier les Grands Lacs fut celle de Champlain, en 1632. Celle de Galinée peut être considérée comme la deuxième.

2. La carte du lac Supérieur, publiée dans la Relation des jésuites de 1670 et 1671, a été réalisée à peu près à la même époque que la carte de Galinée. Le lac Supérieur y est désigné sous le nom de « Lac Tracy, ou Supérieur ». Bien qu’elle ne soit pas aussi précise que celles qui ont été réalisées par la suite, cette carte montre que les jésuites avaient exploré chaque partie de

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cet océan d’eau douce, et qu’ils possédaient une connaissance approfondie des détroits reliant les trois Grands Lacs supérieurs, ainsi que des baies, anses et côtes avoisinantes. La péninsule du Michigan, ignorée par Galinée, y est représentée à sa juste place.
3. Trois ans ou plus après que Galinée eut réalisé la carte mentionnée ci-dessus, une autre, indiquant une connaissance bien plus grande du pays, fut dressée par une personne dont le nom n’apparaît pas. Cette carte, qui mesure un peu plus de quatre pieds de long et environ deux pieds et demi de large, ne porte aucun titre. Tous les Grands Lacs, sur toute leur étendue, y sont représentés avec une grande précision. Le lac Ontario est appelé « Lac Ontario, ou de Frontenac ». Le fort Frontenac est indiqué, tout comme les colonies iroquoises de la rive nord. Niagara est désigné comme « Chute haute de 120 toises par où le Lac Erié tombe dans le Lac Frontenac ». Le lac Érié est « Lac Teiocha-rontiong, dit communément Lac Érié ». Le lac Saint-Clair est « Tsiketo, ou Lac de la Chaudière ». Le lac Huron est « Lac Huron, ou Mer Douce des Hurons ». Le lac Supérieur est « Lac Supérieur ». Le lac Michigan est « Lac Mitchiganong, ou des Illinois ». Sur le lac Michigan, juste en face de l’emplacement de Chicago, sont inscrites des mots dont la traduction littérale est la suivante : « Les plus grands navires peuvent venir en ce lieu depuis l’embouchure du lac Érié, là où il se jette dans le lac Frontenac [Ontario] ; et depuis cette marais dans laquelle ils peuvent entrer, il n’y a qu’une distance de mille pas jusqu’à la rivière La Divine [Des Plaines], qui peut les conduire à la rivière Colbert [Mississippi], et de là au golfe du Mexique. » Cette carte a manifestement été réalisée après le voyage de La Salle au cours duquel il découvrit l’Illinois, ou du moins son bras des Plaines. L’Ohio y est représenté avec l’inscription : « Rivière Ohio, ainsi nommée par les Iroquois en raison de sa beauté, que le sieur de la Salle a descendue. » (Ante, 32, note.)
4. Nous arrivons maintenant à la carte de Marquette, qui est un croquis grossier d’une partie des lacs Supérieur et Michigan, ainsi que du parcours suivi par lui et Joliet le long de la rivière Fox dans la baie de Green Bay, puis le long du Wisconsin, et ensuite le long du Mississippi jusqu’à l’Arkansas. La rivière Illinois y est également représentée, car c’est par ce cours qu’il retourna au lac Michigan après son voyage mémorable. Il ne donne pas de nom au Wisconsin. Le Mississippi est appelé « Rivière de la Conception » ; le Missouri, le Pekitanoui ; et l’Ohio, l’Ouabouskiaou, bien que La Salle, son découvreur, lui ait déjà donné son nom actuel, emprunté aux Iroquois. L’Illinois est

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Sans nom, comme le Wisconsin. À l’embouchure d’une rivière, peut-être le Des Moines, Marquette situe les trois villages des Indiens Peoria qu’il a visités. Ces derniers, avec les Kaskaskias, les Maroas et d’autres, figurant sur la carte, n’étaient que des sous-tribus du groupe de sauvages connu sous le nom d’Illinois. Sur ou près du Missouri, il place les Ouchage (Osages), les Oumessourit (Missouris), les Kansa (Kanzas), les Paniassa (Pawnees), les Maha (Omahas) et les Pahoutet (Pah-Utahs ?). Les noms de nombreuses autres tribus, « éloignées dans les terres », sont également indiqués le long du cours de l’Arkansas, une rivière qui est sans nom sur la carte. La plupart de ces tribus sont aujourd’hui indiscernables. Cette carte a été gravée et publiée récemment.

5. Peu de temps après le retour de Marquette du Mississippi, d’autres cartes furent réalisées par les Jésuites, avec le titre suivant : Carte de la nouvelle découverte que les pères Jésuites ont faite en l’année 1672, et continuée par le P. Jacques Marquette de la même Compagnie accompagné de quelques Français en l’année 1673, qu’on pourra nommer en français la Manitoumie. Ce titre est très richement décoré de figures dessinées au stylo, représentant des Jésuites instruisant des Indiens. La carte est la même que celle publiée par Thevenot, non sans des variations considérables, en 1681. Elle représente le Mississippi depuis un peu au-dessus du Wisconsin jusqu’au golfe du Mexique ; la partie en aval de l’Arkansas ayant été dessinée par conjecture. La rivière est nommée « Mitchisipi, ou grande Rivière ». Le Wisconsin, l’Illinois, l’Ohio, le Des Moines (?), le Missouri et l’Arkansas y sont tous représentés, mais de manière très grossière. Le parcours de Marquette, à l’aller et au retour, est marqué par des lignes ; mais le trajet du retour est incorrect. Toute la carte est si rudimentaire et négligente, et basée sur des informations si imprecises, qu’elle présente peu d’intérêt.

6. Les Jésuites firent également une autre carte, sans titre, des quatre Grands Lacs et du Mississippi jusqu’un peu en aval de l’Arkansas. Le Mississippi y est appelé « Riuiere Colbert ». La carte est remarquable car elle contient la plus ancienne représentation du haut Mississippi, probablement basée sur les rapports d’Indiens. Les chutes de Saint-Antoine sont indiquées par le mot « Saut ». Il est possible que cette carte soit postérieure à ce qu’il semble au premier abord, et qu’elle ait été dessinée entre le retour de Hennepin du haut Mississippi et celui de La Salle de sa découverte de l’embouchure de la rivière. Les divers postes temporaires et permanents des Jésuites sont marqués par des croix.

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7. De bien plus grand intérêt est la petite carte réalisée par Louis Joliet et présentée au comte Frontenac après le retour de l’explorateur du Mississippi. Elle porte pour titre : « Carte de la découverte du Sr. Jolliet ou l’on voit La communication du fleuve St. Laurens avec les lacs Frontenac, Erié, Lac des Hurons et Ilinois ». Suit ensuite ce qui suit, écrit dans le même français archaïque, comme s’il s’agissait d’une partie du titre : « Le lac Frontenac [Ontario] est séparé par une chute d’une demi-lieue du lac Erié ; de là, on accède au lac des Hurons, et par la même voie navigable, au lac Illinois [Michigan] ; depuis son embouchure, on traverse jusqu’à la Rivière Divine [c’est-à-dire le bras des Des Plaines de la rivière Illinois], par un portage de mille pas. Cette rivière se jette dans la rivière Colbert [Mississippi], qui se déverse dans le golfe du Mexique ». Une partie de cette carte est basée sur la carte jésuite du lac Supérieur ; les légendes y sont pour la plupart identiques, bien que la forme du lac soit mieux représentée par Joliet. Le Mississippi, ou « Rivière Colbert », est représenté comme prenant sa source dans trois lacs à la latitude 47° ; il se termine à la latitude 37°, un peu en aval de l’embouchure de l’Ohio. Le reste de la carte semble avoir été supprimé pour faire place à la lettre de Joliet à Frontenac (ante, 76), qui est écrite dans la partie inférieure de la carte. La vallée du Mississippi est désignée sur la carte sous le nom de « Colbertie, ou Amérique Occidentale ». Le Missouri n’est pas nommé, mais une légende à côté indique ce qui suit, en traduction littérale : « Par l’un de ces grands fleuves qui viennent de l’ouest et se jettent dans la rivière Colbert, on trouvera un moyen d’accéder à la mer Vermillion (golfe de Californie). J’ai vu un village situé à moins de vingt jours de marche par terre d’une nation qui entretient des relations commerciales avec celles de Californie. Si j’étais arrivé deux jours plus tôt, j’aurais pu parler à ceux qui venaient de là et leur aurais apporté quatre haches en cadeau ». L’Ohio n’a pas de nom, mais une légende à côté indique que La Salle l’a descendu. (Voir ante, 32, note).

8. Vers la même époque, Joliet réalisa une autre carte, plus grande que celle mentionnée précédemment, mais pas fondamentalement différente. La lettre à Frontenac y est également écrite. Il existe une troisième carte, dont le titre est le suivant : « Carte générale de la France septentrionale contenant la découverte du pays des Illinois, faite par le Sr. Jolliet ». Cette carte, sur laquelle figure une dédicace de l’intendant Duchesneau au ministre Colbert, a été réalisée quelque temps après le voyage de Joliet et Marquette. C’est une œuvre très élaborée.

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de travail, mais très imparfaite. Elle représente le continent du détroit d’Hudson au Mexique et en Californie, avec toute la côte atlantique et une partie de la côte pacifique. Une mer ouverte est représentée s’étendant du détroit d’Hudson vers l’ouest jusqu’au Pacifique. Le Saint-Laurent et tous les Grands Lacs sont dessinés avec une exactitude raisonnable, tout comme le golfe du Mexique. Le Mississippi, appelé « Messasipi », se jette dans ce golfe, d’où il s’étend vers le nord presque jusqu’au « Mer du Nord ». Le long de son cours, au-dessus du Wisconsin, qui est appelé « Miskous », figure une longue liste de tribus indiennes, dont la plupart ne peuvent être reconnues aujourd’hui, bien que plusieurs soient clairement des sous-tribus des Sioux. L’Ohio est appelé « Ouaboustikou ». Toute la carte est décorée de nombreuses figures d’animaux, originaires du pays ou censés l’être. Parmi eux se trouvent des chameaux, des autruches et une girafe, placés dans les plaines à l’ouest du Mississippi. Mais la figure la plus curieuse est celle qui représente l’un des monstres vus par Joliet et Marquette, peint sur un rocher par les Indiens. Elle correspond à la description de Marquette (ante, 68).
Cette carte, qui constitue une première tentative de l’ingénieur Franquelin, témoigne davantage de ses compétences en tant que concepteur que de ses connaissances géographiques, qui semblent, à certains égards, en retard sur son époque.

9. Carte de l’Amérique Septentrionale depuis l’embouchure de la Rivière St. Laurens jusques au Sein Mexique. Sur cette curieuse petite carte, le Mississippi est appelé « Riuiere Buade » (le nom de famille de Frontenac) ; et le pays voisin est « La Frontenacie ». L’Illinois est « Riuiere de la Diuine ou Loutrelaise », et l’Arkansas est « Riuiere Bazire ». Le Mississippi est représenté prenant naissance dans trois lacs avant de se jeter dans « B. du S. Esprit » (la baie de Mobile). Certaines légendes ainsi que l’orthographe de divers noms indiens sont clairement empruntées à Marquette. Cette carte semble être l’œuvre de Raudin, l’ingénieur de Frontenac. Je dois sa reproduction à la gentillesse de Henry Harrisse, Esq.

10. Carte des Parties les plus occidentales du Canada, par le Père Pierre Raffeix, S. J. Cette carte rudimentaire montre le parcours de Du Lhut du sommet du lac Supérieur jusqu’au Mississippi, et confirme en partie l’histoire de Hennepin, qui, selon une note de Raffeix, fut sauvé par Du Lhut. Le parcours de Joliet et Marquette y est indiqué, avec la légende « Voyage et première descouverte du Mississipy faite par le P. Marquette et Mr. Joliet en 1672 ». La route de La Salle en 1679 et 1680 y est également représentée.

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11. Au Dépôt des Cartes de la Marine se trouve une autre carte du Haut-Mississippi, qui semble avoir été réalisée par ou pour Du Lhut. Le lac Buade, les « Issatis », les « Tintons », les « Houelbatons », les « Poualacs » et d’autres tribus de cette région y sont représentés. Il s’agit de la carte numéro 208 dans la Cartographie de Harrisse.

12. Une autre carte méritant d’être mentionnée est une grande et précise carte intitulée Carte de l’Amérique Septentrionale et partie de la Meridionale... avec les nouvelles découvertes de la Rivière Missisipi, ou Colbert. Elle semble avoir été réalisée en 1682 ou 1683, avant que le créateur ne connaisse la descente de La Salle jusqu’à l’embouchure du Mississippi ; ce dernier semble être Franquelin. La partie inférieure du Mississippi est omise, mais ses parties supérieures y sont représentées avec beaucoup de détail ; le nom de La Louisiane apparaît en grandes lettres dorées le long de son côté ouest. Les chutes de Saint-Antoine y sont indiquées, et au-dessus d’elles est écrit : « Armes du Roy gravées sur cet arbre l’an 1679 ». Cela fait référence à l’acte de prise de possession de Du Lhut en juillet de cette année-là, et cette partie de la carte semble avoir été réalisée à partir des données fournies par lui.

13. Nous arrivons maintenant à la grande carte de Franquelin, la plus remarquable de toutes les cartes anciennes de l’intérieur de l’Amérique du Nord, bien qu’elle ait été complètement ignorée jusqu’à présent par les auteurs américains et canadiens. Elle est intitulée Carte de la Louisiane ou des Voyages du Sr. de la Salle et des pays qu’il a découverts depuis la Nouvelle-France jusqu’au Golfe Mexique les années 1679, 80, 81, et 82, par Jean Baptiste Louis Franquelin, l’an 1684. Paris. Franquelin était un jeune ingénieur qui occupait le poste d’hydrographe du Roi à Québec, poste que Joliet lui a succédé. Plusieurs de ses cartes ont été conservées, dont une réalisée en 1681, dans laquelle il indique le cours du Mississippi – la partie inférieure étant basée sur des suppositions – en faisant sortir ce fleuve dans la baie de Mobile. D’une lettre du gouverneur La Barre il ressort que Franquelin se trouvait à Québec en 1683, occupé à réaliser une carte qui était probablement celle dont le titre est donné ci-dessus ; cependant, si La Barre avait su qu’il s’agirait d’une carte des voyages de sa victime, La Salle, il aurait été plus modéré dans ses éloges. « Il » (Franquelin), écrit le gouverneur, « est aussi habile que n’importe qui en France, mais extrêmement pauvre et a besoin d’un peu d’aide de Sa Majesté en tant qu’ingénieur ; il travaille actuellement à une carte très exacte du pays, que je vous enverrai l’année prochaine en son nom ; en attendant, je le soutiendrai par une petite aide. » — Colonial Documents of New York, IX. 205.

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La carte est réalisée avec beaucoup de soin ; elle mesure six pieds de long et quatre pieds et demi de large. Elle montre les divisions politiques du continent telles que les Français les comprenaient à l’époque : en d’autres termes, toutes les régions drainées par des cours d’eau se jetant dans le Saint-Laurent et le Mississippi sont considérées comme appartenant à la France. Ce vaste territoire est divisé en deux grandes régions : La Nouvelle-France et La Louisiane. La ligne de démarcation de la première, la Nouvelle-France, s’étend du Penobscot jusqu’à l’extrémité sud du lac Champlain, puis jusqu’au fleuve Mohawk, qu’elle traverse un peu au-dessus de Schenectady, afin de faire des Indiens Mohawks des sujets français. De là, elle passe par les sources du Susquehanna et de l’Alleghany, le long de la côte sud du lac Érié, à travers le sud du Michigan, et près de l’embouchure du lac Michigan, avant de s’étendre vers le nord-ouest jusqu’aux sources du Mississippi. La Louisiane comprend toute la vallée du Mississippi et de l’Ohio, ainsi que tout le Texas. La province espagnole de Floride comprend la péninsule et les terres à l’est de la baie de Mobile, drainées par des cours d’eau se jetant dans le golfe ; quant à la Caroline, la Virginie et les autres provinces anglaises, elles forment une étroite bande entre les Appalaches et l’Atlantique.

Le Mississippi est appelé « Missisipi, ou Rivière Colbert » ; le Missouri, « Grande Rivière des Emissourittes, ou Missourits » ; l’Illinois, « Rivière des Ilinois, ou Macopins » ; l’Ohio, que La Salle avait auparavant nommé sous son nom actuel, « Fleuve St. Louis, ou Chucagoa, ou Casquinampogamou » ; l’un de ses principaux affluents est l’« Ohio, ou Olighin » (Alleghany) ; l’Arkansas, « Rivière des Acansea » ; le fleuve Rouge, « Rivière Seignelay », nom qui avait autrefois été donné à l’Illinois. De nombreux petits cours d’eau portent des noms aujourd’hui complètement oubliés.

La nomenclature diffère sensiblement de celle de la carte de Coronelli, publiée quatre ans plus tard. Ici, tout le territoire français est désigné sous le nom de « Canada, ou La Nouvelle-France », dont « La Louisiane » fait partie intégrante. La carte de Homannus, tout comme celle de Franquelin, distingue deux provinces distinctes : l’une est appelée « Canada » et l’autre « La Louisiane », cette dernière incluant le Michigan et la majeure partie de New York. Franquelin donne avec une grande précision la forme de la baie d’Hudson et de tous les Grands Lacs. Il représente le Mississippi comme s’incurvant beaucoup trop vers l’ouest. Les sinuosités particulières de son cours y sont indiquées ; et certaines de ses boucles – comme par exemple celle de La Nouvelle-Orléans – sont facilement reconnaissables. Son

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Les bouches sont représentées avec une grande précision ; et on peut en déduire de la carte que, depuis l’époque de La Salle, elles se sont considérablement avancées dans la mer.
Peut-être la caractéristique la plus intéressante de la carte de Franquelin est son dessin de la colonie éphémère de La Salle sur l’Illinois, gravé pour ce volume. Il a reproduit cette carte en 1688, afin de la présenter au Roi, sous le titre « Carte de l’Amérique Septentrionale, depuis le 25 jusq’au 65 degré de latitude et environ 140 et 235 degrés de longitude, etc. » Sur cette carte, Franquelin corrige divers erreurs présentes dans celle qui la précédait. L’une de ces corrections consiste à supprimer une branche de la rivière Illinois qu’il avait indiquée sur sa première carte — comme on peut le voir en consultant la partie correspondante dans ce livre — mais qui n’existe en réalité pas. Sur cette deuxième carte, la colonie de La Salle apparaît à des proportions beaucoup réduites, ses colonies indiennes ayant en grande partie disparu.
Deux cartes ultérieures de la Nouvelle-France et de la Louisiane, portant toutes les deux le nom de Franquelin, sont conservées au Dépôt des Cartes de la Marine, ainsi qu’un certain nombre de cartes et de schémas plus petits, également de sa main. Toutes présentent, plus ou moins, les caractéristiques de la grande carte de 1684, qui les surpasse toutes par son intérêt et sa complétude.
La remarquable carte manuscrite du Haut Mississippi par Le Sueur appartient à une période postérieure à la fin de ce récit.
Ces différentes cartes, associées à des documents contemporains, montrent que la vallée du Mississippi a reçu, dès une époque ancienne, les différents noms de Manitoumie, Frontenacie, Colbertie et La Louisiane. Ce dernier nom, qu’elle a longtemps conservé, doit à La Salle. La première occurrence que j’ai observée de ce nom se trouve dans un acte de cession de l’île de Belle Isle, qu’il fit à son lieutenant, La Forest, en 1679.

II.

L’ELDORADO DE MATHIEU SÂGEAN.
Le père Hennepin avait parmi ses contemporains deux rivaux dans la découverte de nouveaux territoires. Le premier était le célèbre La Hontan, dont le livre, tout comme le sien, connut une large diffusion et fut un grand succès. La

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La Hontan avait beaucoup vu, et certaines parties de son récit ont une grande valeur ; mais son récit du voyage prétendu le long du « Long River » n’est qu’une pure fabrication. Son « Long River » coïncide par sa localisation avec le Saint-Pierre, mais il ne coïncide en rien d’autre ; et les peuples nombreux qu’il y aurait trouvés — les Eokoros, les Esanapes et les Gnacsitares, ainsi que leurs voisins les Mozeemlek et les Tahuglauk — sont tout aussi réels que les peuples visités par le capitaine Gulliver. Mais La Hontan, contrairement à Hennepin, n’a pas ajouté calomnies et plagiat à sa mensongerie, ni cherché à s’approprier le mérite de découvertes authentiques faites par d’autres.

Mathieu Sâgean est une figure moins connue que Hennepin ou La Hontan ; car, bien qu’il ait surpassé tous deux en richesse d’invention, il était illettré et n’a jamais écrit de livre. En 1701, alors soldat dans une compagnie de marins à Brest, il révéla un secret qu’il affirmait avoir gardé enfermé dans son cœur pendant vingt ans, ne voulant pas le communiquer aux Hollandais et aux Anglais, au service desquels il avait été durant toute cette période. Son récit fut transcrit d’après sa dictée et envoyé au ministre Ponchartrain. Il est conservé à la Bibliothèque Nationale, et en 1863 il fut imprimé par M. Shea.

Il déclare être né à La Chine, au Canada, et avoir servi La Salle environ vingt ans avant de révéler son secret, c’est-à-dire en 1681. Par conséquent, il n’aurait eu au plus que quatorze ans, car La Chine n’existait pas avant 1667. Il était avec La Salle lors de la construction du fort Saint-Louis de l’Illinois, et y resta comme l’un des cent hommes sous le commandement de Tonty. Il convient de noter que Tonty ne disposait que d’une petite fraction de ce nombre ; et Sâgean décrit le fort d’une manière qui montre qu’il ne l’a jamais vu. Désirant faire une nouvelle découverte, il obtint l’autorisation de Tonty et partit avec onze autres Français et deux Indiens Mohicanes. Ils remontèrent le Mississippi sur cent cinquante lieues, transportèrent leurs canoës à travers une cascade, allèrent encore quarante lieues plus loin, et s’arrêtèrent un mois pour chasser. Pendant ce temps, ils trouvèrent une autre rivière, à quatorze lieues de là, coulant vers le sud-sud-ouest. Ils transportèrent leurs canoës jusqu’à elle, rencontrant en chemin de nombreux lions, léopards et tigres qui ne leur firent aucun mal ; puis ils embarquèrent, pagayèrent encore cent cinquante lieues, et se retrouvèrent au milieu du grand peuple des Acanibas, vivant dans de nombreuses villes fortifiées et gouverné par le roi Hagaren, qui prétendait descendre de Montezuma. Le roi, comme son

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Ces sujets étaient vêtus de peaux d’hommes. Néanmoins, lui et eux étaient civilisés et raffinés dans leurs manières. Ils vénéraient certains idoles effrayantes en or au palais royal. L’une d’elles représentait l’ancêtre de leur monarque, armé d’une lance, d’un arc et d’une carquois, et sur le point de monter son cheval ; dans sa bouche, il tenait une pierre précieuse de la taille d’un œuf de oie, qui brillait comme du feu, et qui, selon Sâgean, était un carbuncule. Une autre de ces images représentait une femme montée sur un unicorne en or, doté d’une corne longue d plus d’un mètre. Après avoir passé, continue l’histoire, entre ces idoles, qui se trouvent sur des plateformes en or, chacune mesurant trente pieds de côté, on pénètre dans un vestibule magnifique, menant aux appartements du Roi. Aux quatre coins de ce vestibule se trouvent des groupes de musiciens, dont la musique, au goût de Sâgean, était de très mauvaise qualité. Le palais est immense, et les appartements privés du Roi mesurent vingt-huit ou trente pieds de côté ; les murs, hauts de dix-huit pieds, sont faits de briques en or massif, tout comme le sol. C’est là que le Roi vit seul, servi uniquement par ses épouses, dont il en prend une nouvelle chaque jour. Seuls les Français avaient le privilège d’y entrer, et ils y furent accueillis avec grâce.

Ces gens pratiquent un grand commerce de l’or avec une nation que Sâgean pense être les Japonais, car le voyage jusqu’à eux dure six mois. Il a vu partir l’une des caravanes, composée de plus de trois mille bœufs chargés d’or, ainsi que d’un nombre égal de cavaliers, armés de lances, d’arc et de poignards. Ils reçoivent du fer et de l’acier en échange de leur or. Le Roi dispose d’une armée de cent mille hommes, dont les trois quarts sont des cavaliers. Ils possèdent des trompettes en or, avec lesquelles ils produisent une musique très médiocre ; ainsi que des tambours en or, qui, tout comme les batteurs, sont portés sur le dos des bœufs. Les troupes s’entraînent une fois par semaine à viser des cibles avec des flèches ; et le Roi récompense le vainqueur par l’une de ses épouses ou par un poste honorable.

Ces gens ont la peau foncée et un aspect hideux, car leurs visages sont allongés et étroits, résultat du fait qu’on presse leur tête entre deux planches durant leur enfance. Cependant, les femmes sont aussi belles que celles d’Europe ; bien que, comme les hommes, elles aient des oreilles énormément grandes. Toutes les personnes de distinction parmi les Acanibas portent leurs ongles très longs. Ce sont des polygames, et chaque homme peut prendre autant d’épouses qu’il le souhaite. Ils ont un tempérament joyeux, boivent modérément, mais fument beaucoup.

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Ils entretinrent Sâgean et ses suivants pendant cinq mois avec les richesses du pays ; toute femme qui refusait un Français était condamnée à mort. Six jeunes filles furent exécutées à coups de dague pour cette violation de l’hospitalité. Le roi, désireux de garder ses visiteurs à son service, offrit à Sâgean l’une de ses filles, âgée de quatorze ans, en mariage ; et lorsqu’il le vit décidé à partir, il promit de la conserver pour lui jusqu’à son retour. Le climat y est délicieux, et l’été règne toute l’année. Les plaines sont remplies d’oiseaux et d’animaux de toutes sortes, parmi lesquels de nombreux perroquets et singes, ainsi que des bovins sauvages dotés de bosses comme des chameaux, que ces gens utilisent comme bêtes de somme. Le roi Hagaren ne voulut pas laisser partir les Français avant qu’ils n’aient prêté serment par le ciel – serment habituel des Acanibas – de revenir dans trente-six lunes et de lui apporter des perles ainsi que d’autres babioles du Canada. Comme l’or était disponible sur demande, chacun des onze Français emporta avec lui soixante petites barres, pesant chacune environ quatre livres. Le roi ordonna à deux cents cavaliers de les escorter et de transporter l’or jusqu’à leurs canoës ; ce qu’ils firent, puis ils leur firent leurs adieux par des hurlements terrifiants, destinés sans doute à leur rendre hommage. Après de nombreuses aventures, au cours desquelles presque tous ses compagnons trouvèrent une fin sanglante, Sâgean et les quelques survivants eurent la malchance d’être capturés par des pirates anglais à l’embouchure du Saint-Laurent. Il passa de nombreuses années parmi eux aux Antilles orientales et occidentales, mais refusa de révéler le secret de son Eldorado à ces étrangers hérétiques. Telle était l’histoire, qui impressionna à tel point le ministre Ponchartrain qu’elle le convainquit que l’affaire méritait un examen sérieux. Par conséquent, Sâgean fut envoyé en Louisiane, alors encore en pleine formation en tant que colonie française. Là, il rencontra diverses personnes qui l’avaient connu au Canada, lesquelles nièrent qu’il ait jamais été sur le Mississippi et contredirent son récit concernant ses origines. Néanmoins, il persista dans son histoire, affirmant que les mines d’or des Acanibas pouvaient être atteintes sans difficulté par le fleuve Missouri. Mais Sauvolle et Bienville, chefs de la colonie, restèrent obstinément incrédules ; et Sâgean ainsi que son roi Hagaren tombèrent tous deux dans l’oubli.

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INDEX.
-A-

Abénakis, les, 285, 295, 316, 346.

Acanibas, la grande nation des,
description de, 487-489 ;
mines d’or de, 489.

Fleuve “Acansea” (Arkansas), le, 483.

Accau, Michel, 186, 187, 249, 251, 253, 261, 265, 266, 273.

Histoire des voyages en Afrique, 198.

Agniers (Mohawks), les, 136.

Aigron, capitaine,
en mauvais termes avec La Salle, 372, 382, 383.

Ailleboust, Madame d’, 111.

“Aimable”, le navire marchand de La Salle, 372, 373, 374, 375, 379, 380, 381, 405,
454, 468.

Aire, lieutenant de Beaujeu, 375.

Akanseas, la nation des, 300. Voir aussi Indiens de l’Arkansas, les.

Albanel,
parmi les explorateurs jésuites les plus importants, 109 ;
son voyage le long du Saguenay jusqu’à la baie d’Hudson, 109.

Page 351

Albany, 118, 200, 220.

Indiens algonquins, les,
dont Jean Nicollet, 3 ;
à Ste. Marie du Saut, 39 ;
les Iroquois sement la désolation parmi eux, 219.

Kansas, peuple du, 300.
Voir aussi Indiens de l’Arkansas, les.

Montagnes Alleghany, les, 84, 308, 309, 483.

Fleuve Alleghany, le, 307, 483, 483.

Allouez, père Claude,
explore une partie du lac Supérieur, 6 ;
nom du lac Michigan, 42, 155 ;
envoyé à Green Bay pour fonder une mission, 43 ;
rejoint par Dablon, 43 ;
parmi les Mascoutins et les Miamis, 44 ;
parmi les Foxes, 45 ;
à Saut Ste. Marie, 51 ;
s’adresse aux Indiens de Saut Ste. Marie, 53 ;
population de la vallée de l’Illinois, 169 ;
intrigues contre La Salle, 175, 238 ;
au fort St. Louis de l’Illinois, 458 ;
son crainte envers La Salle, 459.

Île Allumette, 3.

Alton, ville de, 68.

Amérique,
dette que l’Amérique doit à La Salle, 432.

« Amerique Occidentale » (vallée du Mississippi), 479.

Page 352

Amikoués, au Saut Ste. Marie, 51.

Andastes,
réduit à une insignifiance impuissante par les Iroquois, 219.

André, Louis,
mission sur l’île Manitoulin qui lui est confiée, 41 ;
effectue un voyage missionnaire parmi les Nipissings, 41 ;
ses expériences parmi eux, 42 ;
au Saut Ste. Marie, 51.

Saint Antoine de Padoue,
le protecteur de la grande entreprise de La Salle, 152, 250, 259.

Anticosti, grande île de,
concédée à Joliet, 76.

Baie des Appalaches, 373.

Aquipaguetin, chef, 254 ;
ourdit des complots contre Hennepin, 255, 261, 262, 264, 271, 272.

Page 353

Fleuve Aramoni, 221, 225, 239.

Voyages en Arctique, histoire des, 198.

Indiens de l’Arkansas,
Joliet et Marquette parmi eux, 72, 184 ;
La Salle parmi eux, 299 ;
divers noms pour les désigner, 300 ;
les Indiens les plus grands et les mieux faits d’Amérique, 300, 308 ;
leurs villages, 466.

Fleuve Arkansas, 71 ;
arrivée de Joutel sur ce fleuve, 453 ;
Joutel descend le fleuve, 456, 478, 483.

Arnoul, sieur, 383, 390.

Arouet, François Marie, voir Voltaire.

Aspinwall, colonel Thomas, 471.

Assiniboins,
à la mission jésuite de Saint-Esprit, 40, 261 ;
Du Lhut parmi eux, 276.

Assonis,
Joutel parmi eux, 451 ;
Tonty parmi eux, 452.

Côte atlantique, 480.

Océan Atlantique, 74.

Auguel, Antoine, 186.
Voir aussi Du Gay, Picard.

Page 354

Autray, Sieur d’, 200.

-B-

Bancroft, 75.

Barbier, Sieur, 406 ;
mariage de, 408, 418 ;
destin de, 470.

Barcia, 244, 471.

Barrois, secrétaire du comte Frontenac, 293.

Barthelemy, 433, 451, 456.

Baugis, Chevalier de, 326, 327.

Bazire, 101.

Forêt de Beauharnois, 14.

Madame de Beaujeu,
dévotion envers les Jésuites, 361.

Sieur de Beaujeu,
partage avec La Salle le commandement de la nouvelle entreprise, 353 ;
manque d’harmonie entre La Salle et lui, 354-361 ;
lettres à Seignelay, 354-356 ;
lettres à Cabart de Villermont, 357, 360 ;
part de Rochelle, 366 ;
conflits avec La Salle, 366 ;
le voyage, 368 ;
plaintes à son sujet, 370 ;
La Salle l’attend, 374 ;
rencontre avec La Salle, 375 ;

Page 355

Au Texas, 381 ;
fait des avances amicales à La Salle, 385 ;
départ de, 387 ;
comportement de, 389 ;
reçu froidement par Seignelay, 389, 454.

« Beautiful River » (Ohio), le, 70.

Bégon, l’intendant, 367, 368.

« Belle », la frégate de La Salle, 372, 373, 374, 379, 383, 386, 389, 392, 401, 404,
406, 407, 416, 417, 468.

Bellefontaine, lieutenant de Tonty, 458, 460.

Belle Isle, 203.

Belleisle, île de, 485.

Bellinzani, 129.

Bernon, abbé,
sur le caractère de La Salle, 342.

Bibliothèque Mazarine, la, 17.

Bienville, 489.

Grand Fleuve Vermilion, le, 221, 239, 241.

Bissot, Claire,
son mariage avec Louis Joliet, 76.

Black Rock, 149.

Bœufs, rivière aux, 392.

Page 356

Bois Blanc, île de, 153.

Boisrondet, sieur de, 218, 223, 227, 233, 236, 457.

Boisseau, 101.
Bolton, capitaine,
atteint le Mississippi, 5.

Boston, 5 ;
on prétend que la flotte néerlandaise l’a capturée, 88.

Boughton Hill, 21.

Bourbon, Louis Armand de, voir Conti, prince de.

Bourdon, l’ingénieur, 111.

Bourdon, Jean, 200.
Voir aussi Dautray.

Bourdon, madame, supérieure de la Sainte Famille, 111.

Bowman, W. E., 317.

Branssac,
prête des marchandises à La Salle, 49, 434.

Fleuve Brazos, 424.

Breman,
destin de, 471, 472.

Brest, 486.

Brinvilliers,
brûlé vif, 179.

Page 357

Territoires britanniques, 309.

Brodhead, 136.

Bruyas, le jésuite, 115 ;
parmi les Onondagas et les Mohawks, 115, 135 ;
les « Racines Agnières » de, 136.

Lac Buade, 257, 262, 481.

Buade, Louis de, voir Frontenac, comte.

Rivière Buade (Mississippi), 481.

Bison, le, 205, 398.

Buffalo Rock, 169, 314 ;
occupé par le village des Miami, 314 ;
décrit par Charlevoix, 314.

Buisset, Luc, le Récollet, 121 ;
à Fort Frontenac, 132, 135, 137, 280.

Rivière Bull, 272.

Rivière Burnt Wood, la, 277.

–C–

Les Caddoes, 452 ;
leurs villages, 465.

Les Cadodaquis, 452.

Golfe de Californie, 15, 31, 41, 63, 74, 84, 480.

Page 358

Californie, État de, 480.

Les Camanches, 414.

L’archevêque de Cambrai, 16.

Le Canada, 10 ;
Le traité de Frontenac avec les Indiens apporte une bénédiction inestimable à tous, 95 ;
Ce n’est plus seulement une mission, 104, 483.

La Bibliothèque du Parlement canadien, 13.

Cananistigoyan, 275.

Le régiment de Carignan, 12, 91.

La Caroline, 483.

Carver, 62, 267.

La rivière « Casquinampogamou » (Saint-Louis), 483.

Casson, Dollier de, 15 ;
Parmi les Nipissings, 16 ;
Il mène une expédition de conversion, 16 ;
Il combine son expédition à celle de La Salle, 17 ;
Son voyage, 19, 20 ;
Les belles paroles de La Salle, 25 ;
Les découvertes de La Salle, 29, 475.

Le pont de Cataraqui, 90.

La rivière Cataraqui, 87 ;
Frontenac sur cette rivière, 90 ;
Un fort construit sur ses rives, 92.

Page 359

Cavelier, neveu de La Salle, 420, 435, 438, 446, 449, 451, 458, 463.

Cavelier, Henri, oncle de La Salle, 7, 363.

Cavelier, Jean, père de La Salle, 7.

Cavelier, abbé Jean, frère de La Salle, 9 ;
à Montréal, 98 ;
La Salle diffamé auprès de lui, 113 ;
cause à La Salle beaucoup d’ennuis, 114, 333, 353, 367, 369, 370, 371,
372, 374, 376, 388, 394, 396, 402, 405, 406, 412, 415, 416, 417, 420,
421, 423 ;
peu fiable dans ses écrits, 433, 435, 436 ;
doutes et angoisses, 437, 438, 446 ;
projets de fuite, 447 ;
le meurtre de Duhaut, 449 ;
part pour la maison, 450, 451 ;
parmi les Assonis, 452, 453 ;
sur l’Arkansas, 455 ;
au fort St. Louis de l’Illinois, 457 ;
visite au père Allouez, 459 ;
cache la mort de La Salle, 460 ;
arrive à Montréal, 462 ;
part pour la France, 462 ;
son rapport à Seignelay, 462, 463 ;
sa mémoire au Roi, 463, 464.

Cavelier, Madeleine, 28, 34.

Cavelier, René Robert, voir La Salle, sieur de.

Cayuga Creek, 145, 146.

Les Cayugas,
discours de Frontenac à eux, 91.

Page 360

Cenis, le,
La Salle parmi eux, 413 ;
villages de Cenis, 415 ;
voyage de Duhaut vers Cenis, 438 ;
Joutel parmi eux, 440-445 ;
coutumes de Cenis, 443 ;
rejoint par Hiens lors d’une expédition militaire, 450.

Champigny, intendant du Canada, 434.

Lac Champlain, 483.

Champlain, Samuel de,
rêves concernant la Mer du Sud, 14 ;
carte de cette mer, 139 ;
son enthousiasme comparé à celui de La Salle, 431 ;
premier à cartographier les Grands Lacs, 476.

Chaouanons (Shawanoes), les, 307, 317.

Charlevoix, 50 ;
mort de Marquette, 82 ; 103 ;
noms de la rivière Illinois, 167 ;
perte du « Griffin », 182 ;
Indiens d’Illinois, 223 ;
doute sur la véracité des écrits de Hennepin, 244 ;
la vierge iroquoise Tegahkouita, 275 ;
nation des Arkansas, 300 ;
visite des Indiens Natchez, 304 ;
décrit « Starved Rock » et Buffalo Rock, 314 ;
parle de « Le Rocher », 314 ;
caractère de La Salle, 433, 454 ;
restes du fort St. Louis des Illinois, 468.

Charon, créancier de La Salle, 150.

Charron, Madame, 111.

Page 361

Chartier, Martin, 337.

Chassagoac, chef des Illinois,
rencontre avec La Salle, 192.

Chassagouasse, chef, 192.

Forêt de Chateauguay, 14.

« Lac de la Chaudière » (Lac St. Clair), 476.

Chaumonot, le jésuite,
fonde l’association de la Sainte Famille, 111.

Chefdeville, M. de, 406, 407, 418, 463.

Cheruel, 167.

Chicago, 50, 236, 460, 462, 477.

Le portage de Chicago, 320.

Fleuve Chicago, 31 ;
Marquette sur ce fleuve, 78, 296.

Chickasaw Bluffs, 311.

Indiens Chickasaw, 184, 296, 307, 320, 468.

Chikachas (Chickasaws), 307.

Chine, 6, 14, 29.

Mer de Chine, 38, 83.

Chippewa Creek, 139, 145.

Page 362

Fleuve Chippeway, le, 272.

Fleuve “Chucagoa” (Saint-Louis), le, 483.

Fleuve Chukagoua (Ohio), le, 307.

Clark, James, 169, 170 ;
site de la Grande Ville de l’Illinois, 239.

Coahuila, 469.

Colbert, le ministre,
annonce à Colbert la découverte du Mississippi par Joliet, 34 ;
rapport de Frontenac recommandant La Salle, 99 ;
calomnies contre La Salle auprès de Colbert, 119 ;
mémoire sur La Salle présenté à Colbert, 122, 344, 345, 480.

Fleuve Colbert (Mississippi), le,
35, 244, 307, 346, 376, 477, 479, 482.

“Colbertie” (vallée du Mississippi), 479.

Collin, 187.

Fleuve Colorado, le, 411, 415.

Comète de 1680, la Grande, 213.

“Rivière Conception” (fleuve Mississippi), 477.

Fort Conti, 128 ;
emplacement du fort, 129, 148.

Lac Conti (lac Érié), 129.

Page 363

Conti, Prince de (deuxième),
patron de La Salle, 106 ;
lettre de La Salle, 118.

Mines de cuivre du lac Supérieur, 23 ;
tentatives de Joliet pour les découvrir, 23 ;
les Jésuites s’efforcent de les explorer, 38 ;
légendes indiennes à leur sujet, 39 ;
Saint-Lusson part à leur découverte, 49.

Coroas,
visité par les Français, 305, 310.

Coronelli, carte réalisée par lui, 221, 483.

Baie du Corpus Christi, 375.

Cosme, saint, 69, 314, 454 ;
éloge de Tonty, 467.

Courcelle, gouverneur, 11, 15, 17, 35 ;
conflit avec Talon, 56 ;
projets pour protéger le commerce français au Canada, 85.

Couture,
l’assassinat de La Salle, 433 ;
accueille Joutel, 453, 455, 456, 461, 464.

Les ruisseaux, 304.

Les Cris,
à Sault Ste. Marie, 51.

Fort Crèvecœur, 34 ;
construit par La Salle, 180 ;
La Salle à Fort Crèvecœur, 180-188 ;

Page 364

détruit par les mutins, 199 ;
La Salle découvre ses ruines, 211.

Indiens Crow,
font la guerre aux morts, 207.

Cuba, 372, 389.

Cussy, De, gouverneur de La Tortue, 367, 368.

-D-

Dablon, père Claude le jésuite,
à Ste. Marie du Saut, 27, 51 ;
rapporte la découverte du cuivre, 38 ;
l’emplacement des Indiens Illinois, 41 ;
le nom du lac Michigan, 42 ;
rejoint père Allouez à la mission de Green Bay, 43 ;
parmi les Mascoutins et les Miamis, 44 ;
la Croix parmi les Foxes, 45 ;
l’autorité et la situation du chef des Miami, 50 ;
le discours d’Allouez à Saut Ste. Marie, 55 ;
rumeurs au sujet de la flotte néerlandaise, 88, 112.

Indiens Dacotah (Sioux), 260.

Fort Dauphin, 128 ;
son emplacement, 129.

Lac Dauphin (lac Michigan), 155.

Daupin, François, 203.

Dautray, 187, 199, 210, 306.

De Launay, voir Launay, De.

Page 365

De Leon, voir Leon, Alonzo de.

De Leon (San Antonio), le, 469.

Del Norte, le, 469.

De Marle, voir Marle, De.

Denonville, marquis de, 21, 121, 275, 454 ;
pendant la guerre iroquoise, 460 ;
annonce la guerre contre l’Espagne, 464 ;
éloge de Tonty, 467.

Des Groseilliers, Médard Chouart,
atteint le Mississippi, 5.

Deslauriers, 118.

Desloges, 384.

Des Moines, 65.

Fleuve Des Moines, le, 477, 478.

De Soto, Hernando,
enterré dans le Mississippi, 3.

Fleuve Des Plaines, le, 79, 477, 479.

Detroit, 26.

Fleuve Detroit, le, 31, 197, 279.

Détroit de Detroit,
première traversée enregistrée par des hommes blancs, 26 ;

Page 366

le « Griffin », 151 ;
Du Lhut ordonné de le fortifier ; 275, 475.

Divine, la Rivière de la, 167, 479.

Dollier, voir Casson, Dollier de.

Douay, Anastase, 69, 155 ;
rejoint la nouvelle entreprise de La Salle, 353, 372 ;
au Texas, 388 ;
au fort St. Louis, 399, 405, 406, 412, 413, 414, 415, 416, 417, 418, 420,
421, 422, 428 ;
l’assassinat de La Salle, 432 ;
peu fiable dans ses écrits, 433, 435 ;
doutes et angoisses, 437, 446 ;
le meurtre de Duhaut, 448, 449 ;
part pour son pays, 451, 458 ;
visite au père Allouez, 459 ;
son caractère, 462.

Druillettes, Gabriel,
à Sault Ste. Marie, 51 ;
enseigne à Marquette la langue montagnaise, 59.

Duchesneau, l’intendant, 69, 78, 101, 102, 125, 126, 138, 156, 164, 197,
217, 218, 219, 235, 274, 275, 480.

Du Gay, Picard, 186, 187, 250, 251, 253 ;
parmi les Sioux, 259, 261, 265, 266, 268, 269, 270, 272, 273.

Duhaut, les frères, 368, 400.

Duhaut, l’aîné,
son retour, 401 ;
au fort St. Louis, 405 ;
conspire contre La Salle, 410, 420, 424 ;
dispute avec Moranget, 425 ;

Page 367

Meurtres de Moranget, Saget et Nika, 426 ;
Assassinat de La Salle, 429 ;
Triomphe de..., 435 ;
Voyage vers les villages du Cenis, 438 ;
Décide de retourner au fort St. Louis, 446 ;
Conflit avec Hiens, 446 ;
Projets d’aller au Canada, 448 ;
Meurtre de..., 448.

Du Lhut, Daniel Greysolon, 182 ;
Rencontre avec Hennepin, 273 ;
Esquisse de..., 274 ;
Aventures de..., 275, 276 ;
Itinéraire de..., 276 ;
Explorations de..., 276-278 ;
Parmi les Assiniboins et les Sioux, 276 ;
Rejoint par Hennepin, 278 ;
Arrive à la mission de Green Bay, 279, 322 ;
Lors de la guerre iroquoise, 460, 481, 482.

Dumesnil, serviteur de La Salle, 415.

Dumont,
La Salle emprunte de l’argent à..., 127.

Duplessis,
Tente d’assassiner La Salle, 166.

Dupont, Nicolas, 99.

Du Pratz,
Costumes des Natchez, 304.

Durango, 350.

Durantaye, 275 ;
Lors de la guerre iroquoise, 460.

Page 368

Les Néerlandais,
le commerce avec les Indiens, 219 ;
encourager les Iroquois à se battre, 324.

La flotte néerlandaise,
on prétend qu’elle aurait capturé Boston, 88.

– E –

Les Indes orientales, 489.

Mme Eastman, légende de Winona, 271.

« Rivière des Émissourites » (Missouri), 70.

Les Anglais,
offrent de grandes incitations à Joliet pour qu’il rejoigne leur camp, 76 ;
compagnie française créée pour concurrencer les Anglais à la Baie d’Hudson, 76 ;
commerce avec les Indiens, 219 ;
encourager les Iroquois à se battre, 324.

« English Jem », 421.

Eokoros, 486.

Lac Érié, 23, 25, 26, 29, 31, 96, 124, 141, 146, 151, 196, 197, 275, 279,
309, 333, 475, 476, 477, 479, 483.

Les peuples des Ériés,
exterminés par les Iroquois, 219.

Esanapes, 486.

Esmanville, le prêtre, 375, 379.

Page 369

Baie de l’Esprit-Saint, 394, 471.

Estrées, comte d’, 344.

–F–

Faillon, abbé,
la relation de La Salle avec les jésuites, 8 ;
le seigneurie de La Salle, 12, 13 ;
plan détaillé de Montréal, 13 ;
les découvertes de La Salle, 29 ;
La Salle dans le besoin d’argent, 49 ;
apporte beaucoup de lumière sur sa vie, 58, 98 ;
sur la création de l’association de la Sainte Famille, 112 ;
plan du fort Frontenac, 121.

Fauvel-Cavelier, Mme., 463.

Fénelon, abbé, 16 ;
tentatives de médiation entre Frontenac et Perrot, 97 ;
prêche contre Frontenac à Montréal, 98.

Ferland,
apporte beaucoup de lumière sur la vie de Joliet, 58.

La Nation du Feu, 44.

Les Cinq Nations, 11.

Floride, 483.

Les Indiens de Floride,
leurs loges, 442.

La Nation des Folles-Avoines, 61.

Page 370

Forked River (Mississippi), 5.

Fox River, 4, 43, 50, 62, 477.

Les Renards,
à la mission jésuite de St. Esprit, 40 ;
leur lieu de résidence, 43 ;
le père Allouez parmi eux, 45 ;
en colère contre les Français, 45 ;
la Croix parmi eux, 45, 287.

La France,
prend possession de l’Ouest, 52 ;
reçoit sur parchemin une vaste expansion de ses territoires, 308.

Francheville, Pierre, 58.

Saint François, 249.

Les Franciscains, 133.

Franquelin, Jean Baptiste Louis,
carte manuscrite réalisée par lui, 169, 221, 309, 316, 317, 347, 390, 481, 482,
483, 484, 485.

Fremin, le jésuite, 21.

Les Français,
les Hurons, alliés des Français, 4 ;
dans l’ouest de New York, 19-23 ;
les Iroquois ressentent leur puissance, 42 ;
les Renards en colère contre eux, 45 ;
les jésuites cherchent à entraîner les Iroquois dans des conflits avec eux, 115 ;
cherchant à obtenir un monopole sur les fourrures du nord et de l’ouest, 219 ;
au Texas, 348 ;
réoccupent le fort St. Louis en Illinois, 468.

Page 371

French River, 28, 462.
Frontenac, comte, à qui La Salle adresse un mémorial, 32 ; annonce à Colbert la découverte du Mississippi par Joliet, 34 ; parle avec mépris de Joliet, 34 ; succède à Courcelle comme gouverneur, 56, 57, 60, 67 ; lettre de Joliet à lui, 76 ; favorable envers La Salle, 85 ; arrive au Canada ruiné, 85 ; ses projets, 86 ; à Montréal, 87 ; son voyage vers le lac Ontario, 88 ; compétences pour gérer les Indiens, 89 ; atteint le lac Ontario, 89 ; à Cataraqui, 90 ; s’adresse aux Indiens, 91 ; gestion admirable avec les Indiens, 92, 93 ; son entreprise est un succès total, 95 ; apporte un avantage inestimable à tout le Canada, 95 ; son projet de commander les lacs supérieurs, 96 ; dispute avec Perrot, 96 ; arrête Perrot, 96 ; a Montréal bien en main, 96 ; l’abbé Fénelon tente de médier entre Perrot et lui, 97 ; l’abbé Fénelon prêche contre lui, 98 ; défendu par La Salle, 99 ; recommande La Salle à Colbert, 99 ; espère partager les profits du nouveau poste de La Salle, 101 ; haine des jésuites, 102 ; protège les récollets, 109 ; intrigues des jésuites, 118, 125, 201, 232, 250, 238, 274 ; reçoit le père Hennepin, 280, 292 ; rappelé en France, 318 ; obligations de La Salle envers lui, 434 ; éloges de Tonty, 467, 479, 480, 481 ; Fort Frontenac, 34.

Page 372

Concé à La Salle, 100 ;
Rebâti par La Salle, 101, 112 ;
La Salle y est présent, 120 ;
Plan de, 121 ;
Pas fondé uniquement dans un but lucratif, 122, 148, 203, 292 ;
La Barre en prend possession, 325 ;
Restitué à La Salle par le Roi, 351, 476.

Lac Frontenac (Ontario), 128, 476, 477, 479.

Madame de Frontenac, 167.

« Frontenacie, La », 481.

Le commerce des fourrures,
les Jésuites accusés d’y participer, 109, 110 ;
les Jésuites cherchent à y établir un monopole, 114.

– G –

Père Gabriel, 158, 159, 227, 237.

Gaète, 128.

Père Galinée, 17 ;
raconte le voyage de La Salle et des Sulpiciens, 19, 20, 26 ;
cruauté des Senécas, 22 ;
l’œuvre des Jésuites, 28 ;
crée la première carte des lacs supérieurs, 28, 106, 140, 475.

Vice-roi Galve, 469.

Baie de Galveston, 374, 376, 385.

Garakontié, chef, 91.

Page 373

Garnier, Julien, 59 ;
parmi les Senécas, 141.

Gayen, 384.

Geest, Catherine,
mère de La Salle, 7 ;
adieu de La Salle à elle, 364.

Geest, Nicolas, 7.

Gendron, 139.

Genesee,
les chutes du, 476.

Fleuve Genesee, 140, 142, 279.

Baie Georgienne du lac Huron, 27, 203.

Giton,
La Salle emprunte de l’argent à lui, 150.

Gnacsitares, 486.

Gould, Dr. B. A.,
sur la « Grande Comète de 1680 », 213.

Grandfontaine, Chevalier de, 56.

Grand Gulf, 300.

Grand River, 23, 25.

Gravier, 244, 297 ;
la nation des Arkansas, 300.

Page 374

Grands Lacs, les, 4 ;
Joliet réalise une carte de la région, 32 ;
premières cartes inédites de la région, 475-485 ;
Champlain tente pour la première fois de cartographier la région, 476.

Île de Grand Manitoulin, l’, 41.

« Great Mountain », nom indien du gouverneur du Canada, 156.

Baie verte du lac Michigan, la, 4, 31, 42, 43, 75 ;
La Salle s’y rend, 155 ; 236.

Mission de la Baie verte, la,
le père Allouez y est envoyé pour la fonder, 43 ;
Marquette s’y rend, 62 ;
le père Hennepin et Du Lhut y arrivent, 279.

« Griffin », le,
sa construction, 144-148 ;
achèvement, 149 ;
voyage du navire, 151-153 ;
à Saint-Ignace de Michilimackinac, 154 ;
part pour Niagara chargé de fourrures, 156 ;
prédictions de La Salle concernant ce navire, 163 ;
perte du navire, 181, 322.

Grollet, 445, 446, 448, 470, 471 ;
envoyé en Espagne, 472.

Guadalupe, la, 469.

Gulliver, capitaine, 486.

-H-

Hagaren, roi des Acanibas, 487-489.

Page 375

Hamilton, ville de, 23.

Harrisse, Henry, 76, 481, 482.

Fleuve Haukiki (Marest), le, 167.

Hennepin, Louis,
liaison de La Salle avec les jésuites, 8 ;
au fort Frontenac, 121 ;
rencontre La Salle à son retour au Canada, 130 ;
reçoit l’autorisation de rejoindre La Salle, 131 ;
son voyage vers le fort Frontenac, 132 ;
part avec La Motte pour Niagara, 132 ;
portrait de lui, 133 ;
sa vie antérieure, 133 ;
part en mer pour le Canada, 134 ;
relations avec La Salle, 134, 135 ;
travail parmi les Indiens, 135 ;
le plus impudent des menteurs, 136 ;
son audace, 137 ;
entreprend le voyage, 137 ;
atteint les chutes du Niagara, 138 ;
description des chutes et du fleuve Niagara, 139 ;
parmi les Senécas, 140, 141 ;
au portage du Niagara, 145-147 ;
lancement du « Griffin », 148, 149 ;
à bord du « Griffin », 151 ;
Saint Antoine de Padoue, saint patron de la grande entreprise de La Salle, 152 ;
départ du « Griffin » pour Niagara, 157 ;
rencontre de La Salle avec les Outagamies, 161 ;
La Salle rejoint par Tonty, 163 ;
pressentiments de La Salle concernant le « Griffin », 163 ;
population de la vallée de l’Illinois, 169 ;
parmi les Illinois, 173, 174 ;
l’histoire de Monso, 177 ;
les hommes de La Salle le quittent, 178 ;

Page 376

à Fort Crèvecœur, 181 ;
envoyé vers le Mississippi, 185 ;
le voyage depuis Fort Crèvecœur, 201 ;
les mutins de Fort Crèvecœur, 218, 234 ;
part pour explorer la rivière Illinois, 242 ;
ses prétentions à la découverte du Mississippi, 243 ;
la véracité de ses dires mise en doute, 244 ;
capturé par les Sioux, 245 ;
démontré comme imposteur, 245 ;
vole des passages de Membré et Le Clerc, 247 ;
son voyage vers le nord, 249 ;
soupçonné de sorcellerie, 253 ;
des complots contre lui, 255 ;
un voyage difficile, 257 ;
parmi les Sioux, 259-282 ;
adopté comme fils par les Sioux, 261 ;
part pour le Wisconsin, 266 ;
information sur les chutes de Saint-Antoine, 267 ;
rejoint les Indiens, 273 ;
rencontre avec Du Lhut, 273 ;
rejoint Du Lhut, 278 ;
atteint la mission de Green Bay, 279 ;
atteint Fort Frontenac, 280 ;
se rend à Montréal, 280 ;
accueilli par Frontenac, 280 ;
retourne en Europe, 280 ;
meurt dans l’oubli, 281 ;
Louis XIV ordonne son arrestation, 282 ;
diverses éditions de ses voyages, 282 ;
critique Tonty, 467, 479, 481 ;
ses rivaux, 485, 486.
Hiens, le Allemand, 411, 421, 425 ;
tue Moranget, Saget et Nika, 426 ;
conflit avec Duhaut et Liotot, 446 ;
tue Duhaut, 448 ;
rejoint les Cenis lors d’une expédition de guerre, 450, 465 ;
son sort, 472.

Page 377

Hillaret Moïse, 147, 178, 187, 193, 217, 218.

Hitt, Col. D. F., 317.

Hohays, le, 261.

Homannus,
carte réalisée par lui, 483.

Hondo (Rio Frio), le, 469.

Horse Shoe Fall, la, 139.

Hôtel-Dieu de Montréal, l’, 13, 98.

Baie d’Hudson,
voyage de Joliet vers elle, 76 ;
voyage d’Albanel vers elle, 109, 346, 483.

Détroit d’Hudson, 480.

Fleuve Humber, le, 138, 203.

Hunaut, 187, 210, 287.

Société des Hundred Associates, 57.

Indiens Hurons, les,
querelle avec les Winnebago, 4 ;
alliés des Français, 4 ;
à la mission jésuite de St. Esprit, 40 ;
Marquette parmi eux, 40 ;
terrifiés par les Sioux, 41 ;
détruits par les Iroquois, 219.

Page 378

Lac Huron, 26, 27, 31 ;
les jésuites et ce lac, 37, 41 ;
Saint-Lusson prend possession de ce lac pour la France, 52 ;
La Salle et ce lac, 152, 475, 476, 479.

Mission des Hurons, 27.

Fleuve Huron, 196.

« Hyacinthe, confiserie à base de », 159.

—I—

Iberville, fondateur de la Louisiane, 455 ;
rejoint par Tonty, 467, 472, 473.

Saint Ignace, 78.

Grande ville de l’Illinois, 170 ;
délaissée, 191 ;
La Salle dans cette ville, 205 ;
description de cette ville, 221 ;
Tonty dans cette ville, 223 ;
abandonnée aux Iroquois, 230 ;
emplacement de cette ville, 239.

Indiens de l’Illinois,
à la mission jésuite de St. Esprit, 40 ;
localisation de ces indiens, 40, 41, 60 ;
Joliet et Marquette parmi eux, 66, 77, 78, 154, 155, 161 ;
La Salle parmi eux, 171-173 ;
hospitalité de ces indiens, 173 ;
jalousie profondément enracinée des Osages envers eux, 174, 203 ;
guerre avec les Iroquois, 210, 220 ;
les Miamis se joignent aux Iroquois contre eux, 220 ;
jalousie entre les Miamis et ces indiens, 220.

Page 379

une agglomération de tribus apparentées, 223 ;
caractéristiques, 223 ;
Tonty intercède en leur faveur, 228 ;
traité conclu avec les Iroquois, 231 ;
attaqués par les Iroquois, 235 ;
deviennent alliés de La Salle, 287, 307 ;
à « Starved Rock », 314 ;
joignent la colonie de La Salle, 315, 316 ;
très capricieux et incertains, 322, 477.

Lac de l’Illinois (Lac Michigan), 42, 75, 155, 477, 479.

Fleuve Illinois, 31, 33, 34 ;
découvert par La Salle, 35 ;
Joliet et Marquette sur ce fleuve, 74, 132 ;
La Salle sur ce fleuve, 168 ;
divers noms de ce fleuve, 16, 204 ;
les greniers dévastés de ce fleuve, 213, 220 ;
le père Hennepin part l’explorer, 242, 245, 296 ;
la colonie projetée par La Salle sur ses rives, 313, 315, 316, 405, 406 ;
Joutel sur ce fleuve, 457, 477, 478, 481, 483.

État de l’Illinois,
première occupation civilisée de cet État, 181.

Vallée de l’Illinois, population de cette vallée, 169.

Conception immaculée,
doctrine de la Conception immaculée, principe préféré des Jésuites, 61.

Mission de la Conception immaculée,
Marquette part la fonder, 77.

Incarnation de Marie, 111.

Les Indiens,
le père Jogues et Raymbault prêchent parmi eux, 5 ;

Page 380

Ferocité de, 11 ;
Manitous de, 26, 44, 68 ;
Leur jeu de la crosse, 50 ;
Les tribus se réunissent à Sault Ste. Marie pour consulter Saint-Lusson, 51-56 ;
Réception de Joliet et Marquette, 63 ;
Loges de, 75 ;
Réception de Frontenac, 90 ;
La manière admirable dont Frontenac les traite, 92, 93 ;
Liste alphabétique des tribus mentionnées :—
Abénakis,
Acanibas,
Agniers,
Akanseas,
Algonquins,
Alkansas,
Amikoués,
Andastes,
Arkansas,
Assiniboins,
Assonis,
Caddoes,
Cadodaquis,
Camanches,
Cenis,
Chaouanons,
Chickasaws,
Chikachas,
Coroas,
Creeks,
Crees,
Crows,
Dacotah,
Eries,
Fire Nation,
Five Nations,
Floridas,
Foxes.

Page 381

Hohays,
Hurons,
Illinois,
Iroquois,
Issanti,
Issanyati,
Issati,
Kahokias,
Kanzas,
Kappas,
Kaskaskias,
Kickapoos,
Kilatica,
Kious,
Kiskakon Ottawas,
Knisteneaux,
Koroas,
Malhoumines,
Malouminek,
Mandans,
Maroas,
Mascoutins,
Meddewakantonwan,
Menomonies,
Miamis,
Mitchigamias,
Mohawks,
Mohegans,
Moingona,
Monsonis,
Motantees,
Nadouessioux,
Natchez,
Nation des Folles-Avoines,
Nation of the Prairie,
Neutrals,
Nipissings.

Page 382

Ojibwas,
Omahas,
Oneidas,
Onondagas,
Osages,
Osotouoy,
Ottawas,
Ouabona,
Ouiatenons,
Oumalouminek,
Oumas,
Outagamies,
Pah-Utahs,
Pawnees,
Peanqhichia,
Peorias,
Pepikokia,
Piankishaws,
Pottawattamies,
Quapaws,
Quinipissas,
Sacs,
Sauteurs,
Sauthouis,
Senecas,
Shawanoes,
Sioux,
Sokokis,
Taensas,
Tamaroas,
Tangibao,
Terliquiquimechi,
Tetons,
Texas,
Tintonwans,
Tongengas,
Topingas.

Page 383

Torimans,
Wapoos,
Weas,
Riz sauvage,
Winnebagoes,
Yankton Sioux.

Baie d’Irondequoit, 20.

Indiens iroquois, les, 11 ;
seuls restants, 37 ;
ont ressenti la puissance des Français, 42 ;
la « Belle Rivière », 70 ;
Onondaga, centre politique des Iroquois, 87 ;
les Jésuites cherchent à les entraîner dans des conflits avec les Français, 115 ;
caractère féroce des Iroquois, 207 ;
guerre contre les Illinois, 210 ;
triomphes féroces des Iroquois, 219 ;
début de la guerre, 219 ;
échanges commerciaux avec les Hollandais et les Anglais, 219 ;
jaloux de La Salle, 219 ;
rejoignus par les Miamis contre les Illinois, 220 ;
attaque sur le village des Illinois, 225 ;
accordent une trêve à Tonty, 230 ;
s’emparent du village des Illinois, 230 ;
signent un traité avec les Illinois, 231 ;
trahison des Iroquois, 231 ;
Tonty quitte leur territoire, 233 ;
attaque contre les morts, 234 ;
attaque contre les Illinois, 235, 320 ;
encouragés à se battre par les commerçants hollandais et anglais, 324 ;
attaque du fort St. Louis, 327.

Guerre iroquoise, la,
désolation et chaos qu’elle a causés, 5, 219 ;
une guerre pour des avantages commerciaux, 219 ;
rôle des Français dans cette guerre, 460.

Page 384

Île de Pines, 372.

Issanti, 260.

Issanyati, 260.

Issati, 260.

« Issatis », 481.

-J-

Jacques, compagnon de Marquette, 78, 80.

Jansénistes, 110.

Japon, 6, 14.

Japonais, 487.

Jésuitisme,
pas de diminution de la force vitale, 103

Jésuites,
leurs pensées se tournent vers le Mississippi, 6 ;
la relation de La Salle avec eux, 8 ;
La Salle les quitte, 9 ;
influence qu’ils exercent, 16 ;
ils n’ont pas besoin de l’aide des Sulpiciens, 27 ;
un changement d’esprit, 36, 37 ;
leurs plus grandes espérances au Nord et à l’Ouest, 37 ;
sur les lacs, 37 ;
efforts pour explorer les mines de cuivre du lac Supérieur, 38 ;
un mélange de fanatisme, 38 ;
prétention à un monopole de la conversion, 38 ;

Page 385

Créer une carte du lac Supérieur, 38 ;
Les postes missionnaires, 46 ;
Le commerce avec les Indiens, 47 ;
La doctrine de l’Immaculée Conception, principe préféré d’, 61 ;
Fortement opposés à l’établissement de forts et de postes commerciaux dans la région montagneuse, 88 ;
Opposition à Frontenac et à La Salle, 102 ;
La haine de Frontenac envers , 102 ;
Diriger leur attention vers la vallée du Mississippi, 103 ;
Plus puissants au Canada, 104 ;
La Salle, leur rival le plus dangereux pour le contrôle de l’Ouest, 104 ;
Maîtres à Québec, 108 ;
Accusés de vendre du brandy aux Indiens, 109 ;
Accusés de pratiquer le commerce des fourrures, 109, 230 ;
Comparaison entre les Récollets et les Sulpiciens et , 112 ;
Souhaitant établir un monopole sur le commerce des fourrures, 114 ;
Intrigues contre La Salle, 115 ;
Essayant de mettre les Iroquois aux prises avec les Français, 115 ;
Exonérés par La Salle de la tentative de l’empoisonner, 116 ;
Incitant des hommes à désertionner La Salle, 118 ;
Avoir une mission parmi les Mohawks, 118 ;
Plan contre La Salle, 459 ;
Cartes réalisées par , 478.

Ordre de Jésus, 37.

Société de Jésus, voir Société de Jésus.

Jogues, père Isaac,
Prêche parmi les Indiens, 5, 59.

Joliet, Louis,
Destiné à occuper une place importante dans l’histoire de la découverte de l’Ouest, 23 ;
Jeunesse de , 23 ;
Envoyé pour découvrir les mines de cuivre du lac Supérieur, 23, 58 ;
Son échec, 23 ;
Rencontre avec La Salle et les Sulpiciens, 23 ;

Page 386

Traversée du détroit de Detroit, 27 ;
Création de cartes de la région du Mississippi et des Grands Lacs, 32 ;
Prétend avoir découvert le Mississippi, 33 ;
Frontenac parle de lui avec mépris, 34 ;
À Sault Ste. Marie, 51 ;
Envoyé par Talon pour découvrir le Mississippi, 56 ;
Histoire ancienne de ce dernier, 57 ;
Caractéristiques du Mississippi, 58 ;
Shea est le premier à découvrir son histoire, 58 ;
Ferland, Faillon et Margry apportent beaucoup d’éclaircissements sur sa vie, 58 ;
Marquette est choisi pour l’accompagner dans sa quête du Mississippi, 59 ;
Le départ, 60 ;
Enfin, le Mississippi, 64 ;
Sur le Mississippi, 65 ;
Rencontre avec les Illinois, 66 ;
À l’embouchure du Missouri, 69 ;
Sur le bas Mississippi, 71 ;
Parmi les Indiens de l’Arkansas, 72 ;
Décide que le Mississippi se jette dans le golfe du Mexique, 74 ;
Décide de retourner au Canada, 74 ;
Accident grave, 75 ;
Lettre à Frontenac, 76 ;
Carte plus petite de ses découvertes, 76 ;
Mariage avec Claire Bissot, 76 ;
Voyage vers la baie d’Hudson, 76 ;
Les Anglais lui offrent de grandes incitations, 76 ;
Reçoit des terres en concession, 76 ;
Se lance dans la pêche, 76 ;
Crée une carte du Saint-Laurent, 77 ;
Sir William Phips attaque son établissement, 77 ;
Explore la côte du Labrador, 77 ;
Devient pilote royal du Saint-Laurent par ordre de Frontenac, 77 ;
Nommé hydrographe à Québec, 77 ;
Mort, 77 ;
Prétendu imposteur, 118 ;
Refus de permission pour installer une station commerciale dans la vallée de…

Page 387

Mississippi, 126, 477 ;
cartes réalisées par, 479, 480, 481, 482.

Joliet, ville de, 193.

« Joly », le navire, 353, 366, 367, 372, 373, 374, 375, 377, 381, 383, 385.

Jolycœur (Nicolas Perrot), 116.

Joutel, Henri, 69, 314, 363, 367, 368, 372, 374, 375, 377, 379, 380, 382,
388, 389, 392, 393, 395, 396, 397, 399, 400, 401, 402, 403, 406, 407,
409, 410, 411, 416, 417, 418, 419, 420, 421, 422, 428 ;
il esquisse le portrait de La Salle, 430 ;
l’assassinat de La Salle, 432, 433 ;
le danger qu’il représente, 436 ;
l’amitié de l’Archevêque pour lui, 436 ;
doutes et angoisses, 437, 438 ;
parmi les Indiens Cenis, 440-445 ;
projets d’évasion, 445-447 ;
le meurtre de Duhaut, 448, 449 ;
il part pour la maison, 450 ;
son groupe, 451 ;
parmi les Assonis, 451-453 ;
arrivée à l’Arkansas, 453 ;
accueil amical, 455 ;
il descend l’Arkansas, 456 ;
sur l’Illinois, 457 ;
au fort St. Louis de l’Illinois, 457 ;
visite au père Allouez, 459 ;
arrivée à Montréal, 462 ;
il embarque pour la France, 462 ;
son caractère, 462.

– K –

Kahokias, les, 223.

Page 388

Kalm, 244.

Kamalastigouia, 275.

Kankakee,
ses sources, 167, 204, 288, 316.

Kansa (Kanzas), la, 478.

Kanzas, la, 478.

La bande de Kappa, de l’Arkansas, 299.

“Kaskaskia”,
village de l’Illinois, 74 ;
la mission à Kaskaskia, 79.

Les Kaskaskias, 223, 477.

La rivière Kiakiki, 167.

Les Kickapoos,
leur lieu de résidence, 43 ;
ils se joignent aux Mascoutins et aux Miamis, 62 ;
ils assassinent le père Ribourde, 233.

Les Kilatica,
ils se joignent à la colonie de La Salle, 316.

La guerre du roi Philippe, 285.

Kingston, 87, 90.

Les Kious (Sioux), 307.

Les Kiskakon Ottawas, 81, 237.

Page 389

Knisteneaux, à la mission jésuite de Saint-Esprit, 40.

Koroas, 308.

-L-

La Barre, Le Febvre de, 182 ;
succède à Frontenac comme gouverneur, 318 ;
faiblesse et avarice de ce dernier, 318 ;
instructions royales adressées à lui, 319 ;
lettres de La Salle, 319-322 ;
diffame La Salle auprès de Seignelay, 322-324 ;
complot contre La Salle, 325 ;
s’empare du fort Frontenac et du fort Saint-Louis, 325-327 ;
ordonné par le roi de restituer les biens, 351, 482.
Côtes du Labrador, 58 ;
explorées par Joliet, 77.
La Chapelle, 193 ;
envoie des rapports faux sur La Salle au fort Crèvecœur, 217.

La Chesnaye, 102, 326.

La Chine,
le seigneurie de La Salle en ce lieu, 12 ;
La Salle y établit les premiers fondements d’une colonie, 13 ;
La Salle et les Sulpiciens partent de là, 19 ;
origine du nom, 29, 88, 486.

Les rapides de La Chine, 75.

Le jeu indien de La Crosse, 50.

La rivière Divine (rivière Des Plaines), 477, 481.

Page 390

La Forest, lieutenant de La Salle, 101, 143, 203, 204, 208, 215, 236, 286, 287, 292, 326, 333, 351, 352, 467, 485.

La Forge, 147, 218.

La Harpe, 255.

La Hontan, 145, 153 ; perte du « Griffin », 182, 275, 276, 485, 486.

Lacs, Supérieurs, 24, 27 ; Galinée réalise la première carte de ces lacs, 28, 38 ; missions jésuites sur ces lacs, 39 ; Marquette sur ces lacs, 59, 85 ; plan de Frontenac pour les contrôler, 96 ; premier navire sur ces lacs, 145 ; La Salle sur ces lacs, 151-163.

Lalemant, 139.

La Metairie, Jacques de, 308.

La Motte, voir Lussière, La Motte de.

Lanquetot, voir Liotot.

Laon, 59.

La Pointe, mission jésuite de Saint-Esprit à La Pointe, 40.

La Potherie, 49 ; accueil de Saint-Lusson par les Miamis, 50 ; main de fer d’Henri de Tonty, 129 ; perte du « Griffin », 182 ; attaque des Iroquois contre les Illinois, 235.

L’Archevêque, 421, 425 ; meurtres de Moranget, Saget et Nika, 426.

Page 391

L’assassinat de La Salle, 429 ;
Amitié avec Joutel, 436 ;
Dangers liés à son existence, 449, 470, 471 ;
Envoyé en Espagne, 472.

La Sablonnière, marquis de, 380, 388, 407, 409, 418.

La Salle, seigneur de,
Naissance, 7 ;
Origine de son nom, 7 ;
Liens avec les jésuites, 8 ;
Caractéristiques personnelles, 9 ;
Décision de quitter les jésuites, 9 ;
Départ pour le Canada, 10 ;
À Montréal, 10 ;
Ses projets, 11 ;
Son fief à La Chine, 12 ;
Début des études des langues indiennes, 14 ;
Plans de découverte, 14, 15 ;
Vente de son fief, 16 ;
Joinement de son expédition à celle des prêtres du séminaire, 17 ;
Départ de La Chine, 19 ;
Son voyage, 19, 20 ;
Hospitalité des Senekas, 21 ;
Inquiétudes concernant sa sécurité, 22 ;
Rencontre avec Joliet, 23 ;
Ses belles paroles, 25 ;
Décision de quitter les sulpiciens, 25 ;
Oubli relatif de ses œuvres ultérieures, 28 ;
Départ pour Onondaga, 29 ;
Abandonné par ses hommes, 30 ;
Rencontre avec Perrot, 30 ;
Rapports sur ses déplacements, 31 ;
Talon prétend l’avoir envoyé en exploration, 31 ;
Affirmation selon laquelle il aurait découvert l’Ohio, 32 ;
Découverte du Mississippi, 33 ;
Découverte de la rivière Illinois, 35.

Page 392

il paie les frais de ses expéditions, 49 ;
très nécessiteux d’argent, 49 ;
emprunte des marchandises au Séminaire, 49 ;
mis en contraste avec Marquette, 83 ;
appelé visionnaire, 83 ;
ses projets, 84 ;
Frontenac favorable envers lui, 85 ;
capacité à gérer les Indiens, 89 ;
à Montréal, 97 ;
partisans de Frontenac, 99 ;
part pour la France, 99 ;
recommandé à Colbert par Frontenac, 99 ;
demande un titre de noblesse et la concession du fort Frontenac, 100 ;
sa demande accordée, 100 ;
retour au Canada, 101 ;
opprimé par les marchands du Canada, 101 ;
Le Ber devient son ennemi juré, 101 ;
visant le contrôle des vallées de l’Ohio et du Mississippi, 102 ;
opposé par les Jésuites, 102 ;
le rival le plus dangereux des Jésuites pour le contrôle de l’Ouest, 104 ;
le prince de Conti, son mécène, 106 ;
les mémoires de l’abbé Renaudot sur lui, 106, 107 ;
un compte rendu à son sujet, 107 ;
pas très bien disposé envers les Récollets, 108 ;
intrigues contre eux, 113 ;
cause pas mal d’ennuis à son frère, 114 ;
intrigues jésuites contre lui, 115 ;
tentative de empoisonnement, 116 ;
il disculpe les Jésuites, 116 ;
lettre au prince de Conti, 118 ;
les Jésuites incitent des hommes à le quitter, 118 ;
diffamé auprès de Colbert, 119 ;
au fort Frontenac, 120 ;
part de nouveau pour la France, 122 ;
son mémoire présenté à Colbert, 122 ;
il prône la création de colonies en Occident, 123 ;
il reçoit un titre de Louis XIV, 124 ;

Page 393

Interdit de commercer avec les Ottawas, 125 ;
Ayant le monopole des peaux de bison, 126 ;
Élabore des plans pour mettre ses projets en œuvre, 126 ;
Reçoit de l’aide de ses amis, 127 ;
Reçoit une aide inestimable d’Henri de Tonty, 127 ;
Rejoint par La Motte de Lussière, 129 ;
Part pour le Canada, 129 ;
Fait une alliance avec les marchands canadiens, 129 ;
Est rencontré par le père Hennepin à son retour au Canada, 130 ;
Rejoint par le père Hennepin, 131 ;
Relations avec le père Hennepin, 134, 135 ;
Part pour rejoindre La Motte, 141 ;
Presque coulé, 142 ;
Trahison de son pilote, 142 ;
Apaise les Senécas, 142 ;
Retardé par des jalousies, 143 ;
Retourne au fort Frontenac, 143 ;
Malchanceux dans le choix de ses subordonnés, 143 ;
Construit un navire au-dessus des chutes du Niagara, 144 ;
Jalousie et mécontentement, 147 ;
Pose les fondations de blockhaus au Niagara, 148 ;
Lancement du « Griffin », 149 ;
Ses biens saisis par ses créanciers, 150 ;
Sur le lac Huron, 152 ;
Confie son grand projet à saint Antoine de Padoue, 152 ;
À Saint-Ignace de Michilimackinac, 153 ;
Rivaux et ennemis, 154 ;
Sur le lac Michigan, 155 ;
À Green Bay, 155 ;
Trouve les Pottawattamies amicaux, 155 ;
Envoie le « Griffin » retourner au Niagara chargé de fourrures, 156 ;
Communique avec les Ottawas, 156 ;
Difficultés, 158 ;
Rencontre avec les Outagamies, 160, 161 ;
Rejoint par Tonty, 162 ;
Préoccupations concernant le « Griffin », 163 ;
Sur la rivière Saint-Joseph, 164 ;

Page 394

Perdu dans la forêt, 165 ;
Sur l’Illinois, 166 ;
Les tentatives d’assassinat de Duplessis, 166 ;
La ville de l’Illinois, 169, 170 ;
La faim apaisée, 171 ;
L’hospitalité des habitants de l’Illinois, 173 ;
Toujours poursuivi par les intrigues de ses ennemis, 175 ;
Il harangue les Indiens, 177 ;
Abandonné par ses hommes, 178 ;
Une autre tentative d’empoisonnement, 178 ;
Construction du fort Crèvecœur, 180 ;
Perte du « Griffin », 181 ;
Ses angoisses, 183 ;
Un stratagème réussi, 184 ;
Construction d’un autre navire, 185 ;
Il envoie Hennepin vers le Mississippi, 185 ;
Adieu à Tonty, 188 ;
Son courage, 189-201 ;
Son voyage hivernal vers le fort Frontenac, 189 ;
La ville abandonnée de l’Illinois, 191 ;
Rencontre avec le chef Chassagoac, 192 ;
« Starved Rock », 192 ;
Le lac Michigan, 193 ;
La nature sauvage, 193, 194 ;
Les alertes des Indiens, 195 ;
Arrivée aux chutes du Niagara, 197 ;
L’homme et la nature luttant contre lui, 198 ;
Des mutins au fort Crèvecœur, 199 ;
Châtiment des mutins, 201 ;
La force face à l’adversité, 202 ;
Son dernier espoir : Tonty, 202 ;
Il part pour secourir Tonty, 203 ;
Il tue des bisons, 205 ;
Une nuit d’horreur, 207 ;
Inquiétudes pour Tonty, 209 ;
Il découvre les ruines du fort Crèvecœur, 211 ;
Il voit le Mississippi, 212.

Page 395

voit le « Grand Comète de 1680 », 213 ;
revient au fort de Miami, 215 ;
jalousie des Iroquois envers lui, 219, 238 ;
itinéraire, 276 ;
Margry met au jour ses lettres, 281 ;
débute à nouveau, 283 ;
projets pour une ligue défensive, 284 ;
amis indiens, 285 ;
entend de bonnes nouvelles concernant Tonty, 287 ;
alliés illinois, 287 ;
appelle les Indiens à un grand conseil, 289 ;
son pouvoir d’orateur, 289 ;
son discours, 289 ;
la réponse des chefs, 291 ;
trouve Tonty, 292 ;
abandonne une partie de ses monopoles, 293 ;
à Toronto, 293 ;
atteint le lac Huron, 294 ;
au fort de Miami, 294 ;
sur le Mississippi, 297 ;
parmi les Indiens de l’Arkansas, 299 ;
prend officiellement possession du territoire de l’Arkansas, 300 ;
visité par le chef des Taensas, 302 ;
visite les Coroas, 305 ;
hostilité, 305 ;
l’embouchure du Mississippi, 306 ;
prend possession du Grand Ouest pour la France, 306 ;
donne le nom de « Louisiane » au nouveau domaine, 309 ;
attaqué par les Quinipissas, 310 ;
revisite les Coroas, 310 ;
frappé par une maladie grave, 310 ;
rejoint Tonty à Michilimackinac, 311 ;
sa colonie projetée sur les rives de l’Illinois, 313 ;
s’installe à « Starved Rock », 313 ;
rassemble ses alliés indiens au fort Saint-Louis, 315 ;
sa colonie sur l’Illinois, 316 ;
succès de sa colonie, 318 ;

Page 396

Lettres à La Barre, 319-322 ;
Désigné comme calomniateur par La Barre auprès de Seignelay, 322-324 ;
La Barre ourdit des complots contre lui, 325 ;
La Barre s’empare du fort Frontenac et du fort Saint-Louis, 325-327 ;
Part pour la France, 327 ;
Peint par lui-même, 328-342 ;
Difficulté à le connaître, 328 ;
Ses détracteurs, 329 ;
Ses lettres, 329-331 ;
Les difficultés liées à sa position, 331 ;
Son inaptitude au commerce, 332 ;
Les risques liés à la correspondance, 332 ;
Son mariage prétendu, 334 ;
Prétendue ostentation, 335 ;
Motifs de ses actions, 335 ;
Accusations de dureté, 336 ;
Intrigues contre lui, 337 ;
Manières impopulaires, 337, 338 ;
Une étrange confession, 339 ;
Sa force et sa faiblesse, 340, 341 ;
Contrastes de son caractère, 341, 342 ;
À la cour, 343 ;
Reçu par le roi, 344 ;
Nouvelles propositions de sa part, 345-347 ;
Faibles connaissances en géographie mexicaine, 348 ;
Ses plans, 349 ;
Ses demandes acceptées, 350 ;
Les forts Frontenac et Saint-Louis restitués par le roi, 351 ;
Préparatifs pour sa nouvelle entreprise, 353 ;
Il partage son commandement avec Beaujeu, 353 ;
Manque d’harmonie entre Beaujeu et lui, 354-361 ;
Indiscrétion de sa part, 361 ;
Son esprit surmené, 362 ;
Adieu à sa mère, 364 ;
Part de Rochelle, 366 ;
Conflits avec Beaujeu, 366.

Page 397

Le voyage, 368 ;
Sa maladie, 368 ;
Les plaintes de Beaujeu à son sujet, 370 ;
Il reprend son voyage, 372 ;
Il entre dans le golfe du Mexique, 373 ;
Attente de Beaujeu, 374 ;
Il longe les côtes du Texas, 374 ;
Rencontre avec Beaujeu, 375 ;
Son embarras, 375-377 ;
Il débarque au Texas, 379 ;
Attaqué par les Indiens, 380 ;
Le naufrage de l’« Aimable », 381 ;
Sa situation désespérée, 383 ;
Ses voisins indiens, 384 ;
Beaujeu tente de se rapprocher amicalement de lui, 385 ;
Départ de Beaujeu, 387 ;
À la baie de Matagorda, 391 ;
Misère et désespoir, 393 ;
Le nouveau fort St. Louis, 394 ;
Ses explorations, 395 ;
Ses aventures, 402 ;
Il tombe à nouveau malade, 404 ;
Départ pour le Canada, 405 ;
Le naufrage de la « Belle », 407 ;
Maxime Le Clerc porte des accusations contre lui, 410 ;
Duhaut ourdit des complots contre lui, 410 ;
Retour au fort St. Louis, 411 ;
Récit de ses aventures, 411-413 ;
Parmi les Indiens Cenis, 413 ;
Attaqué d’hernie, 417 ;
La Veille de Noël au fort St. Louis, 417 ;
Son dernier adieu, 418 ;
Ses partisans, 420 ;
Voyage à travers les prairies, 423 ;
Liotot jure de se venger de lui, 424 ;
Le meurtre de Moranget, Saget et Nika, 426 ;
Sa prémonition de catastrophe, 428 ;

Page 398

Assassiné par Duhaut, 429 ;
Caractère de, 430 ;
Son enthousiasme comparé à celui de Champlain, 431 ;
Ses défauts, 431 ;
L’Amérique lui doit un souvenir durable, 432 ;
Les merveilles de sa persévérance, 432 ;
Preuves de son assassinat, 432 ;
Le rigueur indéniable de son commandement, 433 ;
Lieu de son assassinat, 434 ;
Ses dettes, 434 ;
Le plan de Tonty pour l’aider, 453-455 ;
La peur que lui inspire le père Allouez, 459 ;
Les plans des jésuites contre lui, 459, 477, 479, 480, 481, 482, 483, 483, 485, 486.

La Salle, village de, 146, 167.

La Taupine (Pierre Moreau), 78.

La Tortue, 367.

Launay, De, 453, 455.

Laurent, 199, 218.

Fleuve Lavaca, le, 392, 395, 396.

Fleuve La Vache, le, 392.

Laval-Montmorency, François Xavier de,
premier évêque du Québec, 110 ;
Accusé de dureté et d’intolérance, 110 ;
Encourage la création de l’association de la Sainte Famille, 111.

La Violette, 187.

Page 399

La Voisin, brûlée vive à Paris, 179.

Le Baillif, M., 34.

Le Ber, Jacques, 97 ;
devient l’ennemi juré de La Salle, 101, 326.

Leblanc, 193 ;
envoie des rapports faux sur La Salle au fort Crèvecœur, 217, 218.

Le Clerc, père Chrétien, 169, 175, 192, 198, 217, 234, 238 ;
son récit des missions des Récollets parmi les Indiens, 246 ;
Hennepin vole des passages dans son œuvre, 247 ;
caractère de Du Lhut, 276 ;
énergie de La Salle, 292, 296 ;

Le Clerc, Maxime,
rejoint la nouvelle entreprise de La Salle, 353 ;
au Texas, 400 ;
aventure avec un sanglier, 410 ;
formule des accusations contre La Salle, 410, 418.

Le Fèvre, père, 131.

Le Gros, Simon, 388, 394, 398.

Le Meilleur, 218.

Le Moyne, 102.

Lenox, M.,
le Journal de Marquette, 75 ;
mort de Marquette, 81, 169.

Leon, Alonzo de, 469, 471.

Page 400

Le Petit,
coutumes des Natchez, 304.

L’Espérance, 216, 218, 223.

Le Sueur,
carte réalisée par lui, 225, 485.

Le Tardieu, Charles, 99.

Lewiston,
crête montagneuse de, 138, 143 ;
rapides à, 144.

Liotot,
chirurgien de La Salle, 420 ;
jure vengeance contre La Salle, 424, 425 ;
assassine Moranget, Saget et Nika, 426 ;
l’assassinat de La Salle, 429, 430 ;
décide de retourner au fort St. Louis, 446 ;
se dispute avec Hiens, 446 ;
assassiné, 449.

Long Point, 25 ;
les Sulpiciens y passent l’hiver, 25.

« Long River », le, 485.

Long Saut, le, 89.

Louis XIV.
devient le souverain du Grand Ouest, 308 ;
détresse et désespoir à la baie de Matagorda, 393, 403, 406, 413, 414, 415, 416, 417.

Louis XIV, de France, 26, 52, 115 ;
accorde une patente à La Salle, 124 ;

Page 401

ordonne l’arrestation de Hennepin, 282 ;
proclamé par La Salle souverain du Grand Ouest, 306 ;
reçoit La Salle, 344 ;
irrité contre les Espagnols, 344 ;
accorde les demandes de La Salle, 350 ;
abandonne les colons, 463 ;
mémorial de Cavelier à lui, 463.

La Louisiane, pays de, 307 ;
nom donné par La Salle, 309 ;
vaste étendue de, 309 ;
frontières de, 309 ;
Iberville, fondateur de, 455, 483, 483, 485, 489.

Louisville, 29, 32.

Louvigny, sieur de, 274, 349.

« Le saut amoureux », 271.

Les Disciples de Loyola,
perdent du terrain au Canada, 104.

Lussière, La Motte de,
rejoint La Salle, 129, 132 ;
part pour le voyage, 137 ;
atteint les Chutes du Niagara, 138 ;
commence à construire des fortifications, 140 ;
jalousie des Senécas, 140 ;
tente de concilier les Senécas, 140, 141 ;
fidélité envers La Salle douteuse, 143.

-M-

Machaut-Rougemont, 365.

Page 402

Mackinaw, La Salle à, 325.

Mackinaw, Île de, 153.

Macopins, Rivière des (rivière Illinois), 167, 483.

Madeira, 366.

Maha (les Omahas), le, 478.

« Maiden’s Rock », le, 271.

« Malheurs, La Rivière des », 402.

Malhoumines, les, 61.

Malouminek, le, 61.

Manabozho, la divinité algonquine, 267.

Mance, Mlle., 112.

Mandans, les,
leurs habitations d’hiver, 442.

Île Manitoulin,
mission sur l’, 41 ;
attribuée à André, 41.

Îles Manitoulin,
Saint-Lusson y passe l’hiver, 50 ;
Saint-Lusson en prend possession pour la France, 52, 153, 203.

Manitoulins, les, 27.

Manitoumie (vallée du Mississippi), 485.

Page 403

Manitous, 26, 44, 68.

Cartes,
la première carte des Grands Lacs de Champlain, 476 ;
la carte de Coronelli, 221, 483 ;
la carte manuscrite de Franquelin, 169, 221, 316, 317, 347, 390, 481, 482,
483, 485 ;
la carte de Galinée, 475 ;
la carte du lac Supérieur, 476 ;
la carte des Grands Lacs, 476 ;
la carte de Marquette, 477 ;
les cartes des jésuites, 478 ;
de petites cartes de Joliet, 479, 480 ;
la carte de Raudin, 481 ;
une carte rudimentaire du père Raffeix, 481 ;
la carte de la Louisiane de Franquelin, 482 ;
la grande carte de Franquelin, 482 ;
la carte de Le Sueur, 481, 485 ;
la carte de Homannus, 483.

Page 404

Margry,
naissance de La Salle, 7 ;
lien de La Salle avec les jésuites, 8 ;
La Salle vend son fief, 16 ;
prétentions de La Salle à la découverte du Mississippi, 34, 35 ;
éclaire beaucoup la vie de Joliet, 58, 77 ;
mariage de La Salle empêché par son frère, 114 ;
La Salle au fort Frontenac, 121 ;
aide apportée à La Salle, 127 ;
Henri de Tonty, 128, 130, 132 ;
La Motte au Niagara, 140 ;
La Salle pacifie les Senécas, 142 ;
La Salle au Niagara, 148 ;
La Salle asservi par ses créanciers, 150 ;
noms des Illinois, 167 ;
intrigues contre La Salle, 175 ;
met en lumière les lettres de La Salle, 281, 296, 342 ;
lettres de Beaujeu à Seignelay et à Cabart de Villermont, 365 ;
conflits de La Salle avec Beaujeu, 366 ;
maladie de La Salle, 368 ;
La Salle reprend son voyage, 372 ;
La Salle débarque au Texas, 379 ;
Beaujeu fait des avances amicales à La Salle, 386, 387 ;
misère et désespoir à la baie de Matagorda, 393 ;
vie au fort St. Louis, 400 ;
meurtre de Duhaut et Liotot, 449 ;
peur d’Allouez envers La Salle, 459.

Marle, sieur de, 421 ;
assassine Moranget, 427 ;
part pour chez lui, 451 ;
noyé, 453.

Maroas, le, 477.

Marquette, Jacques, le jésuite,
à Ste. Marie du Saut, 27 ;

Page 405

Voyage vers le Mississippi, 32 ;
Découverte du Mississippi, 33 ;
Parmi les Hurons et les Ottawas, 40 ;
À la mission jésuite de Saint-Esprit, 40 ;
La mission de Michilimackinac qui lui est confiée, 41, 51 ;
Choisi pour accompagner Joliet dans sa quête du Mississippi, 59 ;
Jeunesse, 59 ;
Sur les lacs supérieurs, 59 ;
Grands talents de linguiste, 59 ;
Caractéristiques de son caractère, 59 ;
Journal de son voyage vers le Mississippi, 60 ;
Dévoué en particulier à la doctrine de l’Immaculée Conception, 61 ;
À la mission de Green Bay, 62 ;
Parmi les Mascoutins et les Miamis, 62 ;
Sur la rivière Wisconsin, 63 ;
Le Mississippi enfin atteint, 64 ;
Sur le Mississippi, 65 ;
Carte dessinée par lui, 65 ;
Rencontre avec les Illinois, 66 ;
Effrayé par les manitous indiens, 68 ;
À l’embouchure du Missouri, 69 ;
Sur le bas Mississippi, 71 ;
Parmi les Indiens d’Arkansas, 72 ;
Il détermine que le Mississippi se jette dans le golfe du Mexique, 74 ;
Décide de retourner au Canada, 74 ;
Maladie, 74 ;
Reste à Green Bay, 75 ;
Journal de ses aventures, 75 ;
Carte exacte, 75 ;
Part pour fonder la mission de l’Immaculée Conception, 77 ;
Donne le nom d’« Immaculée Conception » au Mississippi, 77 ;
Sur la rivière Chicago, 78 ;
Rechute de sa maladie, 78 ;
Fonde la mission dans le village de « Kaskaskia », 79 ;
Mort paisible, 80 ;
Enterrement, 81 ;
Ses os sont transférés à Saint-Ignace de Michilimackinac, 81.

Page 406

Miracle lors des funérailles, 81 ;
Tradition concernant sa mort, 82 ;
Comparaison avec La Salle, 83, 169, 223 ;
Itinéraire suivi, 276 ;
Rocher représenté dans les illustrations, 457 ;
Cartes réalisées par lui, 477, 478, 480, 481.

Marshall, O. H., 140, 146.

Martin, 75 ;
Mort de Marquette, 81.

Martin, père Félix, lien entre La Salle et les jésuites, 8.

Martinique, 385, 386, 387.

Les Mascoutins,
Localisation, 43 ;
Les pères Allouez et Dablon parmi eux, 44 ;
Rejoignis par les Kickapoos, 62 ;
Visités par Marquette, 62 ;
La Salle se joint à eux, 195.

Baie de Matagorda, 376, 379, 383, 391, 471.
Voir aussi Baie de Saint-Louis.

Île de Matagorda, 375, 379.

Mather, Increase, 213.

Mazarin, cardinal, 129.

Meddewakantonwan, 260.

Medrano, Sebastian Fernandez de, 244.

Page 407

Membré, père Zenobe, 150, 155, 169, 185, 191, 192, 198, 201, 204, 216 ;
les mutins de Fort Crèvecœur, 217, 218 ;
les intrigues des ennemis de La Salle, 220, 223, 224 ;
l’attaque des Iroquois sur le village des Illinois, 225, 227, 230, 231, 233 ;
l’attaque des Iroquois contre les morts, 234, 238 ;
son journal sur sa descente du Mississippi avec La Salle, 246 ;
Hennepin vole des extraits de ce journal, 247 ;
rencontre avec La Salle, 292 ;
départ de Fort Miami, 296 ;
parmi les Indiens de l’Arkansas, 299 ;
visite des Taensas, 301 ;
accompagne La Salle pendant sa maladie, 311 ;
rejoint la nouvelle entreprise de La Salle, 353 ;
à bord du « Joly », 372 ;
au Texas, 388 ;
aventure avec un bison, 409, 417, 418 ;
destin de Membré, 470.

Ménard, le jésuite,
tentative d’établir une mission sur la rive sud du lac Supérieur, 6.

Fleuve Menomonie, 51.

Menomonies,
à la mission jésuite de St. Esprit, 40 ;
localisation des Menomonies, 42 ;
à Saut Ste. Marie, 51 ;
village des Menomonies, 61.

« Mer Douce des Hurons » (lac Huron), 476.

« Mer du Nord », 480.

« Messasipi » (fleuve Mississippi), 480.

Messier, 199, 218.

Page 408

Fleuve “Mississippi”, 6.

Meules, De, l’intendant du Canada, 319, 351.

Mexique, 5, 6, 32, 117, 125, 126, 129, 346, 348 ;
Espagnols au Mexique, 349 ; 464, 480.

Golfe du Mexique, 31, 32, 38, 48, 63, 70, 74, 84, 245, 306, 309, 311, 312,
344, 345, 358, 371, 373, 394 ;
revendiqué par l’Espagne, 468, 471, 477, 478, 479, 481, 482, 483.

Mines mexicaines, 349.

Fort de Miami, 162, 163 ;
Retour de La Salle à ce fort, 215, 283, 284, 286, 288, 292, 294, 296, 311.

Fleuve Miami, 32.

Les Miamis,
leur lieu de résidence, 43, 44 ;
les pères Allouez et Dablon parmi eux, 44 ;
accueil de Saint-Lusson, 50 ;
autorité et statut du chef des Miamis, 50 ;
union avec les Kickapoos, 62 ;
visite de Marquette chez les Miamis, 62 ;
alliance avec les Iroquois contre les Illinois, 220 ;
jalousie entre les Illinois et les Miamis, 220, 223, 251, 286 ;
village des Miamis, 288 ;
appel des Miamis par La Salle à un grand conseil, 289 ;
à Buffalo Rock, 314 ;
joignent la colonie de La Salle, 316 ;
peur des Iroquois, 320.

Le Fort des Miamis (Buffalo Rock), 314.

Fleuve Miamis (Saint-Joseph), 162.

Page 409

Michigan, lac, 4, 31 ;
les jésuites et, 37 ;
le nom du, 42, 61, 75, 77, 132 ;
La Salle et, 155, 162, 193, 236, 309, 475, 477, 479.

Michigan,
ses côtes, 31 ;
ses forêts désertiques, 153 ;
sa péninsule, 475, 476, 483.

Michilimackinac,
la mission de, 41 ;
attribuée à Marquette, 41, 279, 311.

Détroit de Michilimackinac, 31, 41, 42, 59, 61, 80, 110, 197, 203, 236, 288, 392.

Migeon, 150.

Îles Mignan, concédées à Joliet, 76.

Mille Lac, 257, 265, 277.

Milot, Jean, 16.

Milwaukee, 159.

Minet, l’ingénieur de La Salle, 373, 378, 379, 383, 387, 390.

Minneapolis, ville de, 267.

Île Minong, 38.

« Miskous » (Wisconsin), le, 480.

Missions, anciennes,
déclin de l’exaltation religieuse des, 103.

Page 410

Mississaquenk, 54.

Fleuve Mississippi,
découvert par les Espagnols, 3 ;
De Soto y est enterré, 3 ;
Jean Nicollet l’atteint, 3 ;
Le colonel Wood l’atteint, 5 ;
Le capitaine Bolton l’atteint, 5 ;
Radisson et Des Groseilliers l’atteignent, 5 ;
Les Jésuites y pensent souvent, 6 ;
Spéculations à son sujet, 6 ; 30, 31 ;
Joliet fait une carte de la région, 32, 45, 46 ;
Talon décide de le trouver, 56 ;
Joliet est choisi pour le trouver, 56 ;
Marquette est choisi pour accompagner Joliet, 59 ;
La découverte par Joliet et Marquette, 64 ;
Son embouchure dans le golfe du Mexique déterminée par Joliet et Marquette, 74 ;
Marquette lui donne le nom de « Conception Immaculée », 77 ;
Les plans de La Salle pour le contrôler, 84 ;
Hennepin est envoyé là-bas, 185 ;
La Salle le voit, 212 ;
Prétentions de Hennepin concernant sa découverte, 243 ;
Le journal de Membré sur sa descente le long du fleuve, 246 ;
La Salle à son sujet, 297, 307, 310, 311, 312, 345, 346, 352, 371, 373, 374, 376,
389, 390, 391, 403, 404, 405, 457, 459, 466 ;
Cartes anciennes non publiées du fleuve, 475-486.

Vallée du Mississippi,
La Salle vise à en prendre le contrôle, 102 ;
Les Jésuites tournent leur attention vers elle, 103 ; 479 ;
Divers noms donnés à cette vallée, 485.

Fleuve Missouri, 6 ;
Joliet et Marquette à son embouchure, 69, 297, 457, 477, 478, 479, 483,
489.

Page 411

Missouri, le, 279, 320.

« Mitchigamea », village de, 72.

Mitchigamias, les, 308.

« Lac Michigan », 477.

Baie de Mobile, 129, 385, 386, 387, 389, 481, 482, 483.

Mobile, ville de, 309, 467.

Fleuve Mohawk, le, 483.

Mohawks, les, 91 ;
Bruyas parmi eux, 115 ;
mission jésuite parmi eux, 118 ;
Père Hennepin parmi eux, 135, 136, 483.

Indiens Mohegans, les, 285, 295, 486.

Moingona, le, 223.

Moingouena (Peoria), 65.

Monso, chef des Mascoutins,
ourdit des complots contre La Salle, 174, 177, 192.

Monsonis, les, à Sault Ste. Marie, 51.

Montagnais, les, 59.

Montezuma, 487.

Montréal,
La Salle à, 10 ;

Page 412

le lieu le plus dangereux au Canada, 10 ;
plan détaillé de, 13 ;
Frontenac à, 87 ;
Frontenac a bien les choses en main, 96 ;
Joutel et Cavelier atteignent, 462, 475.

Société historique de Montréal, 17.

Moranget,
neveu de La Salle, 379, 384, 385, 405, 412, 415, 420, 424 ;
dispute avec Duhaut, 425 ;
meurtre de, 426, 433.

Moreau, Pierre, 78.

Morel, M., 360.

Morice, Marguerite, 7.

Motantees (?), les, 307.

Moyse, Maître, 147, 217.

Mozeemlek, le, 486.

Île Mustang, 375.

-N-

Nadouessious (Sioux), le, 307.

Nadouessioux, le pays des, 307.

Natchez, le,
village de, 303 ;

Page 413

différer des autres Indiens, 304 ;
coutumes des, 304, 308.

Natchez, ville de, 304.

Fleuve Neches, le, 415, 470.

Fleuve Neenah (Fox), le, 44.

Les neutres,
exterminés par les Iroquois, 219.

Nouvelle-Biscaye, province de, 346, 348, 352, 383, 403.

Nouvelle-Angleterre, 5, 346.

Indiens de la Nouvelle-Angleterre, les, 285.

Nouvelle-France, 483, 485.

Nouveau-León, province de, 468.

Nouveau-Mexique, 5, 350 ;
colonistes espagnols du, 414.

La Nouvelle-Orléans, 483.

New York,
les Français dans l’ouest, 19-23, 288, 483.

Niagara,
nom de, 139 ;
la clé des quatre grands lacs ci-dessus, 140, 197, 198, 279.

Chutes du Niagara, 23 ;
récit de Père Hennepin à leur sujet, 139 ;
exagérations de Hennepin à leur sujet, 248, 476.

Page 414

Niagara, Fort, 129, 138, 148.

Niagara Portage, le, 144, 145.

Fleuve Niagara, le, 23, 96 ;
description de ce fleuve par le père Hennepin, 139, 475.

Nicanopé, 175, 177, 178, 192.

Nicollet, Jean,
atteint le Mississippi, 3 ;
parmi les Indiens, 3 ;
envoyé pour faire la paix entre les Winnebago et les Hurons, 4 ;
descend le Wisconsin, 5.

Nika,
le chasseur Shawanoe préféré de La Salle, 412, 421, 425 ;
meurtre de, 426.

Lac Nipissing, 28.

Les Nipissings,
Jean Nicollet parmi eux, 3 ;
Dollier de Casson parmi eux, 16 ;
André effectue un voyage missionnaire parmi eux, 41 ;
à Saut Ste. Marie, 51.

Noiseux, M., Grand Vicaire du Québec, 82.

Mer du Nord, la, 38.

Nueces, les hautes, 469.

-O-

Page 415

Oanktayhee, divinité principale des Sioux, 267.

O’Callaghan, Dr., 139.

Fleuve Ohio, le, 15, 20, 21, 22, 23, 24, 29, 32 ;
La Salle affirme l’avoir découvert, 32 ;
le « Fleuve magnifique », 70, 297, 307, 457, 477, 478, 479, 480, 483.

Vallée de l’Ohio,
La Salle vise à en prendre le contrôle, 102.

Les Ojibwas, à Ste. Marie du Saut, 39.

Fleuve Olighin (Alleghany), le, 307.

Fleuve « Olighin » (Alleghany), le, 483.

Les Omahas, 478.

Omawha, chef, 175.

Les Indiens Oneida, 18, 91, 135.

Ongiara (Niagara), 139.

Onguiaahra (Niagara), 139.

Onis, Luis de, 373.

Les Onondaga,
La Salle se rend chez eux, 29 ;
le centre politique des Iroquois, 87 ;
Hennepin les atteint, 135.

Les Indiens Onondaga, 91 ;
Bruyas parmi eux, 115.

Page 416

« Onontio », gouverneur du Canada, 54.

Ontario, lac, 16 ;
découvert, 20, 23, 58, 85, 87 ;
atteint par Frontenac, 89, 96, 99, 128, 135, 147, 200, 279, 475, 476, 479.

Fleuve Ontonagan, le, 39.

Orange, colonie (Albany), 136.

Oris, 384.

Osages, les, 174 ;
jalousie profondément enracinée des Illinois envers eux, 174, 184, 477.

« Rivière des Osages » (Missouri), 70.

Osotouoy, le, 300.

Otinawatawa, 22, 23.

Ottawa, ville, 75, 169, 193.

Fleuve Ottawa, le, 27, 30, 462, 476.

Ottawas, les, 27 ;
Marquette parmi eux, 40 ;
terrifiés par les Sioux, 41 ;
à La Salle interdit de commercer avec eux, 125 ;
La Salle commerce avec eux, 156, 182.

« Ouabache » (Wabash), fleuve, le, 70, 297.

Ouabona, le, rejoint la colonie de La Salle, 316.

« Ouabouskiaou » (Ohio), fleuve, le, 70, 477.

Page 417

« Ouaboustikou » (Ohio), le, 480.

Ouasicoudé, chef principal des Sioux, 264 ;
amitié envers Hennepin, 266, 277.

Ouchage (Osages), le, 477.

Ouiatnoens (Weas), les,
se joignent à la colonie de La Salle, 316.

Oumalouminek, le, 61.

Oumas, les, 305.

Oumessourit (Missouris), le, 478.

« Oumessourits, Rivière des » (Missouri), 70.

Outagamies (Foxes), les,
localisation, 43.

Outagamies, les,
rencontre avec La Salle, 160, 161, 287.

Outrelaise, Mademoiselle d’, 167.

Outrelaise, la Rivière, 167.

–P–

Côte Pacifique, la, 480.

Océan Pacifique, 84.

Paget, 366.

Page 418

Pahoutet (Pah-Utahs ?), le, 478.

Pah-Utahs (?), les, 478.

Palluau, comte de, voir Frontenac, comte.

La rivière Palms, 307.

Les Paniassa (Pawnees), les, 478.

Panuco, ville espagnole de, 350.

Le Paraguay, l’ancien et le nouveau, 102, 103, 104, 117.

Parassy, M. de, 356.

Patron, 274.

Paul, Dr. John, 317.

Les Pawnees, les, 478.

Peanqhichia (Piankishaw), les,
rejoignent la colonie de La Salle, 316.

La rivière « Pekitanouï » (Missouri), la, 69, 477.

Pointe Pelée, 26, 197.

Île Pelican, 379.

Peloquin, 150.

Pen, sieur,
obligations de La Salle envers lui, 434.

Peñalossa, comte, 350.

Page 419

Penicaut, coutumes des Natchez, 304.

Pennsylvanie, État de, 346.

Fleuve Penobscot, le, 483.

Pensacola, 472.

Peoria, ville de, 34, 171.

Indiens de Peoria, les,
villages des, 171, 223, 477.

Lac Peoria, 171, 190, 211, 296.

Peouaria (Peoria), 65.

Pepikokia, les,
se joignent à la colonie de La Salle, 316.

Pepin, 276.

Lac Pepin, 256, 271, 272.

Péré, 58.

Perrot, le curé, 98.

Pérrot, Nicolas,
rencontre avec La Salle, 30 ;
accompagne Saint-Lusson à la recherche de mines de cuivre sur le lac Supérieur,
49 ;
très connu parmi les voyageurs canadiens, 49 ;
caractéristiques, 50 ;
récit remarquable sur l’autorité et la situation du chef des Miami, 50 ;

Page 420

à Sault Ste. Marie, 51 ;
gouverneur local de Montréal, 87 ;
conflit avec Frontenac, 96 ;
arrêté par Frontenac, 96 ;
l’abbé Fénelon tente de médier entre Frontenac et lui, 97 ;
tentatives de empoisonner La Salle, 116.

Pérou, 350.

Petit Goave, 367, 372.

Philippe, roi, 288.

Philippe II d’Espagne, 373.

Phips, sir William,
fait une descente sur la colonie de Joliet, 77.

Les Piankishaws, 223 ;
se joignent à la colonie de La Salle, 316.

« Picard, Le » (Du Gay), 186.

Pierre, compagnon de Marquette, 78, 80.

Pierron, le jésuite, 115 ;
parmi les Senécas, 115.

Pierson, le jésuite, 279.

Fleuve Pimitoui, 171.

Platte, 207.

Plet, François, 127, 293, 463.

L’époque des empoisonnements, 179.

Page 421

Ponchartrain, le ministre, 133, 276, 455, 467, 486, 489.

Pontiac, assassinat de, 314.

Port de Paix, 367, 368.

Pottawattamies, les,
dans un besoin urgent d’aide spirituelle, 24 ;
les Sulpiciens décident de les visiter, 24 ;
à la mission jésuite de St. Esprit, 40 ;
emplacement, 42, 50, 77 ;
amis de La Salle, 155, 182, 236, 237, 238 ;
Tonty parmi eux, 287 ;
à « Starved Rock », 314.

« Poualacs », les, 481.

Fort Prairie du Chien, 64.

Nation de la Prairie, 44.

Provence, 441.

Fort Prudhomme, 297 ;
La Salle malade à cet endroit, 311.

Prudhomme, Pierre, 297, 298.

Puants, les (Winnebagoes), 42.

La Baie des Puants (Green Bay), 31, 42.

-Q-

Quapaws, les, 300.

Page 422

Québec, 15 ;
maîtrisé par les jésuites, 108, 311, 460, 462, 482.

Queenstown Heights, 138.

Queylus, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, 11, 16.

Quinipissas, 305 ;
attaque La Salle, 310.

Quinté, mission jésuite à, 16.

Baie de Quinté, 87, 142, 200.

-R-

Radisson, Pierre Esprit, atteint le Mississippi, 5.

Raffeix, père Pierre, le jésuite,
carte manuscrite de, 75 ;
parmi les Senécas, 141, 276, 481.

Raoul, 126.

Rasle, 170.

Raudin,
ingénieur de Frontenac, 92, 167, 481.

Raymbault, ——,
prêche parmi les Indiens, 5.

Missions récollets,
récit de Le Clerc, 246.

Page 423

Les Récollets,
La Salle n’était pas favorable à eux, 108 ;
protégés par Frontenac, 109 ;
comparaison entre les Sulpiciens et les Jésuites, 112, 218.

Fleuve Rouge, 305, 347, 348, 451, 465, 466, 471, 483.

Renaudot, abbé,
mémoires sur La Salle, 106, 107 ;
aide La Salle, 127, 133, 339, 360, 361.

Renault, Étienne, 223, 237.

Rhode Island, État de, 288.

Ribourde, Gabriel,
au fort Frontenac, 132, 137 ;
à Niagara, 150 ;
au fort Crèvecœur, 185, 187, 192, 216, 224, 229 ;
meurtre de, 233.

Riggs, rév. Stephen R.,
divisions des Sioux, 261.

Rio Bravo,
colonie française proposée à son embouchure, 350.

Rio Frio, 469.

Fleuve Rio Grande, 309, 376, 403, 465, 469.

Rios, Domingo Teran de los, 471.

Robertson, 103.

Rochefort, 352, 366, 393.

Page 424

Rochelle, 129, 364, 393, 462.

« Rocher, Le », 314 ;
mentionné par Charlevoix, 314.

Rochester, 140.

Montagnes Rocheuses, les, 260, 308, 309.

Rouen, 7.

Royale, Isle, 38.

« Châteaux en ruines », les, 68, 457.

Fleuve Rum, 265.

Ruter, 445, 446, 447, 448 ;
assassine Liotot, 449, 470, 472.

-S-

Fleuve Sabine, le, 415, 451, 465.

Indiens de Saco, les, 227.

Sacs, les,
emplacement des, 43 ;
à Saut Ste. Marie, 51.

Sâgean, Mathieu,
l’Éldorade de, 485-489 ;
esquisse de, 486 ;

Saget, serviteur de La Salle, 425 ;
assassinat de, 426.

Page 425

Fleuve Saguenay, 76 ;
Voyage d’Albanel le long de ce fleuve, 109.

Ville de Saint-Antoine, 267.

Chutes de Saint-Antoine, 267 ;
Mention des chutes par Hennepin, 267, 478, 482.

Cap Saint-Antoine, 372.

Baie de Saint-Bernard, 394, 469.

Lac Saint-Clair, 476.

Lac Saint-Clair, 152.

Fleuve Sainte-Croix, 277.

Saint-Domingue, 347, 350, 367, 370, 393, 418, 468.

Baie du Saint-Esprit (Baie de Mobile), 129, 386, 389, 481.

Saint-Esprit :
Mission jésuite à cet endroit, 40 ;
Indiens vivant dans cette région, 40.

Ordre de Saint-François, 133.

Fleuve Saint-François, 265.

« St. François », la goélette, 368 ;
Perte de ce navire, 369.

Saint-François-Xavier :
Conseil des tribus réunies qui s’y est tenu, 43.

Page 426

St. Ignace, Point, 41, 59 ;
Chapelle jésuite à, 82.

Saint Ignace de Michilimackinac, 81 ;
La Salle y arrive, 153 ;
Habitants de, 153.

« St. Joseph », le navire, 330.

Lac St. Joseph (Lac Michigan), 155.

Fleuve St. Joseph, 44, 162, 163 ;
La Salle sur ce fleuve, 164, 203 ;
La Forest sur ce fleuve, 236, 283, 288.

Marquis de Saint-Laurent, 367, 368.

Fleuve Saint-Laurent, 3, 12, 13, 15, 34, 63, 89, 122, 197, 198, 219, 475,
480, 481, 483, 489.

Page 427

Saint-Louis, ville de, 70.

Baie de Saint-Louis (baie de Matagorda), 376, 379, 394, 466, 468, 469, 471.

Château de Saint-Louis, 87.

Fort Saint-Louis, de l’Illinois, 241 ;
emplacement du fort, 314 ;
alliés indiens de La Salle se rassemblent là, 315 ;
emplacement exact, 316 ;
nombre total d’Indiens vivant aux alentours, 317 ;
les Indiens protégés dans ce fort, 320 ;
La Barre prend possession du fort, 327 ;
attaqué par les Iroquois, 327, 347 ;
restitué à La Salle par le roi, 351 ;
Tonty y retourne, 454 ;
Joutel s’y trouve, 457 ;
état du fort, 458 ;
retour de Joutel au fort, 460 ;
Tonty quitte le fort, 465 ;
réoccupé par les Français, 468, 486.
Fort Saint-Louis, du Texas, 394, 395 ;
vie dans ce fort, 397 ;
La Salle y retourne, 411, 415 ;
la Veille de Noël dans ce fort, 417 ;
Duhaut décide de y retourner, 446 ;
abandonné par Louis XIV, 463 ;
les Espagnols s’y trouvent, 469 ;
état de dévastation du fort, 469.

Lac Saint-Louis, 13, 14, 19.

Rocher de Saint-Louis, voir « Starved Rock ».

Fleuve Saint-Louis, 307, 483.

Page 428

Saint-Lusson, Daumont de,
envoyé par Talon pour découvrir des mines de cuivre sur le lac Supérieur, 49 ;
hiverne aux îles Manitoulin, 50 ;
accueilli par les Miamis, 50 ;
à Sault Ste. Marie, 51 ;
prend possession de l’Ouest pour la France, 52 ;
se rend au lac Supérieur, 56 ;
revient au Québec, 56.

Saint-Malo, 5.

Saint-Paul, site de, 257.

Vallée de Saint-Pierre,
massacre injustifié perpétré par les Sioux dans cette vallée, 254, 260.

Fleuve Saint-Pierre, 486.

Saint-Simon, 343.

Mission de Saint-Simon, 41, 42.

Saint-Sulpice,
Séminaire de, 10 ;
rachète une partie du fief de La Salle, 16 ;
planifie une expédition de découverte, 16.

Mines de Ste. Barbe, 348.

Sainte-Claire, 152.

Association de la Sainte-Famille,
une sorte d’inquisition féminine, 111 ;
fondée par Chaumonot, 111 ;
encouragée par Laval, 111.

Chutes de Ste. Marie, 155.

Page 429

Ste. Marie du Saut,
arrivée des Sulpiciens, 27 ;
mission jésuite, 39 ;
lieu de pêche réputé, 39 ;
Saint-Lusson en prend possession pour la France, 52.

San Antonio, 469.

Carte de Sanson, 139.

Santa Barbara, 348.

Sargent, Winthrop, 182.

Peuple Sassory, 423.

Les Sauteurs, 39 ;
le village des Sauteurs, 51.

Sauthouis, 300.

Saut Ste. Marie, 27 ;
lieu de pêche réputé, 42 ;
rassemblement des tribus, 51, 475.

Sauvolle, 489.

Schenectady, 483.

Schoolcraft, les Chutes de St. Anthony, 267.

Fleuve Scioto, 32.

Scortas, l’Huron, 238.

Page 430

Seignelay, marquis de,
mémoires présentés à lui, 35, 120, 274, 342 ;
La Barre calomnie La Salle auprès de lui, 322, 344 ;
objet de la mission de La Salle, 352 ;
lettres de Beaujeu à lui, 354-356 ;
plaintes de Beaujeu, 370 ;
plainte de Minet, 378 ;
le reçoit froidement, 389 ;
pétitions des jésuites à lui, 459 ;
rapport de Cavelier à lui, 462, 463.

Fleuve Seignelay (Rouge), le, 167, 347, 348, 483.

Indiens Seneca, les, 14, 19, 20 ;
villages des, 21 ;
leur hospitalité envers La Salle, 21 ;
leur cruauté, 22, 29, 91 ;
Pierron parmi eux, 115 ;
village des, 138 ;
jaloux de La Motte, 140 ;
La Motte cherche à les apaiser, 140, 141 ;
apaisés par La Salle, 142 ;
la grande ville des, 279 ;
attaque de Denonville contre eux, 460.

Bataille sanglante de Seneff, 134.

Fleuve Severn, le, 203.

Sévigné, 343.

Sévigné, madame de,
lettres de, 179.

Shawanoes, les, 23, 225, 285, 307 ;
rejoignent la colonie de La Salle, 316, 320.

Page 431

Shea, J. G.,
premier à découvrir l’histoire de Joliet, 58 ;
le journal de Marquette, 75 ;
mort de Marquette, 81, 82, 115 ;
les « Racines Agnières » de Bruyas, 136 ;
la véracité d’Hennepin, 244 ;
examen critique des œuvres d’Hennepin, 247 ;
Tonty et La Barre, 454 ;
l’histoire de Mathieu Sâgean, 486.

Silhouette, le ministre, 34.

Lac Simcoe, 203, 293.

Saint Simon, mémoires de, 167.

Simonnet, 126.

Indiens Sioux, 6 ;
à la mission jésuite de St. Esprit, 40 ;
déclenchement d’une guerre ouverte, 41 ;
les Jésuites font du commerce avec eux, 110, 182, 207, 228 ;
capture du père Hennepin, 245, 250 ;
soupçonner le père Hennepin de sorcellerie, 253 ;
massacres non provoqués dans la vallée du Saint-Pierre, 254 ;
Hennepin parmi eux, 259-282 ;
divisions au sein des Sioux, 260 ;
signification du mot « Sioux », 260 ;
nombre total de Sioux, 261 ;
utilisation du bain de vapeur chez les Sioux, 263 ;
Du Lhut parmi les Sioux, 276, 307, 480.

Fleuve Sipou (Ohio), 307.

« Sleeping Bear », le promontoire, 81.

Page 432

Smith, Buckingham, 471.

Compagnie de Jésus, la,
une puissante attraction pour La Salle, 8 ;
une image de pouvoir régulé, 8.

Indiens Sokokis, les, 227.

Soto, De, Hernando, voir De Soto, Hernando.

Village de South Bend, 164.

Southey, le poète, 182.

Mers du Sud, les, 6, 14, 38, 46, 52, 63, 70.

Espagne,
guerre déclarée contre elle, 464 ;
revendique le golfe du Mexique, 468.

Espagnols, les,
découvrent le Mississippi, 3 ;
plans de Talon pour les tenir en échec, 48 ;
Louis XIV irrité contre eux, 344 ;
au Mexique, 349 ;
au fort St. Louis du Texas, 469.

Inquisition espagnole, l’, 350.

Missions espagnoles, les, 414, 471.

Sparks,
révèle le plagiat d’Hennepin, 247, 468.

« Starved Rock », 169 ;
attire l’attention de La Salle, 192 ;
Tonty envoyé pour l’examiner, 192, 205, 217, 221, 239 ;

Page 433

Description, 313 ;
La Salle et Tonty s’y retranchent, 313 ;
Dé描述 par Charlevoix, 314 ;
Origine du nom, 314.

“Sturgeon Cove”, 77.

Saint-Sulpice, 9.

Les Sulpiciens,
planifient une expédition de découverte, 16 ;
unissent leurs forces à celles de La Salle, 17 ;
partent de La Chine, 19 ;
leur voyage, 19, 20 ;
rencontre avec Joliet, 23 ;
décident de visiter les Pottawattamies, 24 ;
La Salle les quitte, 25 ;
passent l’hiver à Long Point, 25 ;
reprendront leur voyage, 26 ;
la tempête, 26 ;
décident de retourner à Montréal, 26 ;
traversent le détroit de Detroit, 26 ;
arrivent à Ste. Marie du Saut, 27 ;
les jésuites ne veulent pas de leur aide, 27 ;
comparaison entre les Récollets et eux, 112.

Lac Supérieur, 5 ;
Ménard tente d’établir une mission sur sa rive sud, 6 ;
Allouez explore une partie du lac, 6 ;
Joliet tente de découvrir ses mines de cuivre, 23, 27 ;
les jésuites sur ce lac, 37 ;
les jésuites en font une carte, 38 ;
Saint-Lusson part à la recherche des mines de cuivre du lac, 49 ;
Saint-Lusson prend possession du lac pour la France, 52, 273, 276, 475 ;
carte du lac, 476, 477, 479, 481.

Fleuve Susquehanna, 483.

Page 434

Bains de sueur, indiens, 262.

-T-

Table Rock, 139.

Tadoussac, 59.

Taensas, la grande ville de, 301 ;
visitée par Membrè et Tonty, 301 ;
différente des autres Indiens, 304.

Tahuglauk, le, 486.

Taiaiagon, ville indienne, 138.

Tailhan, père, 35, 49.

Talon, 15.

Talon,
parmi les colons texans, 471.

Talon, Jean, intendant du Canada,
envoie Joliet découvrir les mines de cuivre du lac Supérieur, 23 ;
prétend avoir envoyé La Salle pour explorer, 31 ;
plein de projets pour la colonie, 48 ;
son économie singulière de la bourse du roi, 48 ;
envoie Saint-Lusson découvrir des mines de cuivre sur le lac Supérieur, 49 ;
décide de trouver le Mississippi, 56 ;
choisit Joliet, 56 ;
se dispute avec Courcelle, 56 ;
retourne en France, 57, 60, 109.

Page 435

Talon, Jean Baptiste, 472.

Talon, Pierre, 472.

Tamaroas, le, 223, 235, 286, 297.

Tangibao, le, 305.

Le Lac des Larmes, 256.

Tegahkouita, Catharine, la sainte iroquoise, 275, 276.

« Teiocha-rontiong, Lac » (Lac Érié), 476.

Teissier, un pilote, 407, 421, 425, 451, 458.

Tejas (Texas), 470.

Terliquiquimechi, le, 348.

Les Tetons, 260.

La colonie texane, destin de, 464-473.

L’expédition texane de La Salle, 391-419, 434.

Les Indiens texans, 470.

Le Texas, plaines fertiles du, 308 ;
les Français au Texas, 348 ;
les côtes du Texas, 374 ;
La Salle débarque au Texas, 379 ;
l’origine du nom, 470, 483.

Theakiki, le, 167.

Page 436

Thevenot, dans le journal de Marquette, 75 ; carte réalisée par lui, 478.

Third Chickasaw Bluffs, les, 297.

Thomassy, 115, 175, 296, 298, 302, 308.

Thouret, 201, 238, 333, 342.

Thousand Islands, les, 89.

Three Rivers, 3, 86, 90.

Thunder Bay, 275.

Tilly, Sieur de, 99.

“Tintons”, les, 481.

Tintonwans, les, 260.

Tongengas, les, 300.

Tonty, Alphonse de, 467.

Tonty, Henri de, 127 ; apporte son aide à La Salle, 128 ; au Canada, 129 ; La Motte à Niagara, 140 ; part pour rejoindre La Motte, 141 ; presque détruit, 142 ; au portage de Niagara, 144-147 ; la construction du “Griffin”, 144-148 ; le lancement, 149, 154, 155 ; rejoint La Salle, 162.

Page 437

parmi les Illinois, 172 ;
la tentative d’empoisonnement de La Salle, 179 ;
Hennepin envoyé au Mississippi, 187 ;
le départ de La Salle avec lui, 188 ;
envoyé pour examiner « Starved Rock », 192, 194 ;
abandonné par ses hommes, 199, 217 ;
le voyage depuis Fort Crèvecœur, 201 ;
la meilleure chance de La Salle grâce à lui, 202 ;
La Salle part pour le secourir, 203 ;
Les inquiétudes de La Salle pour sa sécurité, 209 ;
il part pour examiner « Starved Rock », 217 ;
dans le village des Illinois, 223 ;
attaqué par les Iroquois, 225 ;
il intercède en faveur des Illinois, 228 ;
le péril qui le menace, 229 ;
une trêve lui est accordée, 229 ;
il quitte les Iroquois, 233 ;
il tombe malade, 236 ;
des amis dans le besoin, 237 ;
La Salle reçoit de bonnes nouvelles à son sujet, 287 ;
sa rencontre avec La Salle, 292 ;
il part de Fort Miami, 296 ;
parmi les Indiens de l’Arkansas, 300 ;
il visite les Taensas, 301 ;
la maladie de La Salle, 310 ;
il est envoyé à Michilimackinac, 311 ;
il s’installe dans des fortifications à « Starved Rock », 313 ;
il est laissé en charge de Fort St. Louis, 326, 334, 337 ;
tentatives d’attaquer les Espagnols du Mexique, 349, 355, 361, 421, 425 ;
l’assassinat de La Salle, 430, 433 ;
le meurtre de Duhaut, 448 ;
parmi les Assonis, 452 ;
des plans pour aider La Salle, 453-455 ;
son voyage à la recherche de nouvelles sur La Salle, 454, 455, 458 ;
pendant la guerre des Iroquois, 460 ;
Cavelier cache sa mort à son sujet, 461 ;
il apprend la mort de La Salle, 464 ;

Page 438

relance le plan de La Salle pour l’invasion du Mexique, 465 ;
part de Fort St. Louis en Illinois, 465 ;
abandonné par ses hommes, 465 ;
courageux, 465 ;
difficultés et épreuves, 466 ;
attaqué par la fièvre, 467 ;
déformé dans les récits, 467 ;
éloges à son égard, 467 ;
rejoint Iberville en Basse-Louisiane, 467, 486.

Topingas, 300.

Torimans, 300.

Toronto, 27, 138.

Toronto Portage, 293.

Toulon, 463.

« Lac Tracy » (Lac Supérieur), 476.

Fleuve Trinity, 413, 424, 434, 439, 465.

Tronson, abbé, 344, 463.

« Lac Tsiketo » (Lac Saint-Clair), 220.

Turenne, 17.

Lac des Deux Montagnes, 82.

– U –

Lacs supérieurs, voir Lacs, supérieurs.

Page 439

Ursulines, les, 95.

Utica, village de, 79, 169, 170, 220, 239.

-V-

Vaudreuil, 276.

Vera Cruz, 468, 472.

Fleuve Vermilion, le, 221, 225, 226.
Voir aussi Grand Fleuve Vermilion, le.

« Mer Vermillion » (Golfe de Californie), la, 15, 38, 74, 480.

« Forêts Vermillion », les, 241.

Verreau, H., 98.

Vicksburg, 300.

Victor, ville de, 21, 140.

« Vieux, Fort Le », 314.

Villermont, Cabart de,
lettres de Beaujeu à lui, 357-360 ;
lettre de Tonty à lui, 454.

Virginie, 288, 346, 483.

« Mer de Virginie », 6, 74.

Voltaire, 7.

Page 440

-W-

Watteau, Melithon, 150.

Weas, les,
rejoignent la colonie de La Salle, 316.

Antilles, les, 181, 404, 446, 489.

Indiens du riz sauvage (Menomones), les, 61.

Fort William, 275.

Guillaume III d’Angleterre, 282.

Lac Winnebago, 43, 44, 62.

Winnebagoes, les,
envoyés par Jean Nicollet, 4 ;
en conflit avec les Hurons, 4 ;
emplacement, 42 ;
à Sault Ste. Marie, 51.

Légende de Winona, 271.

Winthrop, 213.

Côtes du Wisconsin, 157.

Fleuve Wisconsin, le, 5, 63, 245, 265, 266, 272, 278, 477, 478, 480.

Colonel Wood,
atteint le Mississippi, 5.

-Y-

Page 441

Yanktons, les, 260.
Yoakum, 470.
Vous, 210.
-Z-
Zenobe (Membré), Père, 181.

Page 442

Œuvres de Francis Parkman.
Nouvelle édition de la Bibliothèque.

Imprimées à partir de planches entièrement nouvelles, en caractères nets et beaux, sur un papier de choix. Illustrées de vingt-six planches de photogravure réalisées par Goupil à partir de portraits historiques, ainsi que de dessins et peintures originales d’Howard Pyle, De Cost Smith, Thule de Thulstrup, Frederic Remington, Orson Lowell, Adrien Moreau et d’autres artistes.
Treize volumes, in-octavo, reliure en toile, couverture dorée, prix : 26,00 $ ; reliure en demi-cuir, format supplémentaire, couverture dorée, 58,50 $ ; reliure en demi-morocco du Levant, format supplémentaire, couverture dorée, 78,00 $ ; reliure en morocco, couverture dorée, 58,50 $. Chaque ouvrage séparément en toile, 2,00 $ par volume.

Liste des volumes.

Les pionniers de France dans le Nouveau Monde 1 vol.
Les jésuites en Amérique du Nord 1 vol.
La Salle et la découverte du Grand Ouest 1 vol.
L’Ancien Régime au Canada 1 vol.
Le comte Frontenac et la Nouvelle-France sous Louis XIV 1 vol.
Deux volumes : Un demi-siècle de conflits.
Deux volumes : Montcalm et Wolfe.
La conspiration de Pontiac et la guerre indienne après la conquête du Canada 2 volumes.
La piste de l’Oregon 1 vol.
La vie de Parkman, par Charles Haight Farnham 1 vol.

Page 443

ILLUSTRATIONS
1. Portrait de Francis Parkman.
2. Jacques Cartier. D’après le tableau de Saint-Malo.
3. Madame de la Peltrie. D’après le tableau du Couvent des Ursulines.
4. Le père Jogues haranguant les Mohawks. D’après le tableau de Thule de Thulstrup.
5. Le père Hennepin célébrant la messe. D’après le tableau de Howard Pyle.
6. La Salle présentant une pétition à Louis XIV. D’après le tableau d’Adrien Moreau.
7. Jean-Baptiste Colbert. D’après un tableau de Claude Lefèvre au château de Versailles.
8. Jean Guyon devant Bouillé. D’après un tableau d’Orson Lowell.
9. Madame de Frontenac. D’après le tableau de Versailles.
10. Entrée de Sir William Phips dans le golfe du Québec. D’après un tableau de L. Rossi.
11. Les Sacs et les Foxes. D’après le tableau de Charles Bodmer.
12. Le retour de Deerfield. D’après le tableau de Howard Pyle.
13. Sir William Pepperrell. D’après le tableau de Smibert.
14. Le marquis de Beauharnois, gouverneur du Canada. D’après le tableau de Tonnières au musée de Grenoble.
15. Le marquis de Montcalm. D’après le tableau original en possession du marquis de Montcalm actuel.
16. Le marquis de Vaudreuil. D’après le tableau en possession de la comtesse de Clermont Tonnerre.
17. Le général Wolfe. D’après le tableau original de Highmore.
18. La chute de Montcalm. D’après le tableau de Howard Pyle.
19. Vue de la prise de Québec. D’après une gravure ancienne d’un dessin réalisé sur place par le capitaine Hervey Smyth, aide de camp de Wolfe.
20. Le colonel Henry Bouquet. D’après le tableau original de Benjamin West.
21. La mort de Pontiac. D’après le tableau de De Cost Smith.
22. Sir William Johnson. D’après une gravure en méso-tinte.
23. À moitié glissant, à moitié plongeant. D’après un dessin de Frederic Remington.
24. Les combattants du tonnerre. D’après le tableau de Frederic Remington.
25. Francis Parkman. D’après une miniature réalisée vers 1844.
26. Francis Parkman. D’après une photographie prise en 1882.

Page 444

Il n’est guère nécessaire de citer ici les innombrables hommages rendus à un auteur américain aussi célèbre que Francis Parkman. Parmi les écrivains qui ont accordé les plus grands éloges à ses écrits, on trouve des noms tels que James Russell Lowell, le Dr John Fisk, le président Charles W. Eliot de l’Université Harvard, George William Curtis, Edward Eggleston, W. D. Howells, James Schouler et le Dr Conan Doyle, ainsi que de nombreux critiques éminents aux États-Unis, au Canada et en Angleterre.

À deux égards, Francis Parkman a eu une chance exceptionnelle. Il a choisi un thème d’un intérêt particulier pour ses compatriotes — la colonisation du continent américain et les guerres pour sa possession — et il a vécu cinquante ans de labeur pour achever sa grande série historique.

Le texte de l’édition New Library est celui de la dernière version de chacune des œuvres préparées par l’auteur éminent pour l’impression. Il a soigneusement révisé et enrichi plusieurs de ses œuvres, non pas en raison d’un changement de point de vue, mais à la lumière de nouvelles preuves documentaires que sa recherche patiente et son zèle infatigable avaient extraites des archives secrètes du passé. Ainsi, il a réécrit et agrandi « The Conspiracy of Pontiac » ; la nouvelle édition de « La Salle and the Discovery of the Great West » (1878), ainsi que l’édition de 1885 de « Pioneers of France » comprenaient des ajouts très importants ; et peu avant sa mort, il a ajouté cinquante pages à « The Old Régime », sous le titre de « The Feudal Chiefs of Acadia ». L’édition New Library comprend donc chaque œuvre dans son état final, perfectionnée par l’historien. Les index ont été entièrement refaits.

LITTLE, BROWN, & CO., Éditeurs,
254 Washington Street. Boston.

Page 445

*** FIN DU LIVRE ÉLECTRONIQUE PROJECT GUTENBERG – FRANCE ET
ANGLETERRE EN AMÉRIQUE DU NORD, PARTIE III : LA SALLE, DÉCOUVERTE
DU GRAND OUEST ***

Des éditions mises à jour remplaceront les précédentes — les anciennes éditions seront
renommées.

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• Vous remboursez intégralement, conformément au paragraphe 1.F.3, tout montant payé pour une œuvre ou une copie de remplacement, si un défaut dans l’œuvre électronique est découvert et signalé à vous dans un délai de 90 jours suivant la réception de l’œuvre.

• Vous respectez toutes les autres conditions de ce contrat concernant la distribution gratuite des œuvres Project Gutenberg™.

1.E.9. Si vous souhaitez percevoir une redevance ou distribuer une œuvre électronique Project Gutenberg™ ou un groupe d’œuvres selon des conditions différentes de celles prévues dans ce contrat, vous devez obtenir une autorisation écrite de la Project Gutenberg Literary Archive Foundation, gestionnaire du projet.

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Marque déposée Gutenberg™. Veuillez contacter la Fondation comme indiqué à la section 3 ci-dessous.

1.F.

1.F.1. Les bénévoles et les employés du Projet Gutenberg déploient des efforts considérables pour identifier, effectuer des recherches sur les droits d’auteur, transcrire et relire des œuvres non protégées par la loi américaine sur les droits d’auteur afin de créer la collection Project Gutenberg™. Malgré ces efforts, les œuvres électroniques Project Gutenberg™, ainsi que le support sur lequel elles peuvent être stockées, peuvent contenir des « défauts », tels que, mais sans s’y limiter, des données incomplètes, inexactes ou corrompues, des erreurs de transcription, une violation des droits d’auteur ou d’autres droits de propriété intellectuelle, un disque ou autre support défectueux ou endommagé, un virus informatique, ou des codes informatiques qui endommagent ou ne peuvent pas être lus par votre équipement.

1.F.2. GARANTIE LIMITÉE, RENONCIATION AUX DOMMAGES – À l’exception du « droit de remplacement ou de remboursement » décrit au paragraphe 1.F.3, la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg, propriétaire de la marque déposée Project Gutenberg™, ainsi que toute autre partie distribuant une œuvre électronique Project Gutenberg™ en vertu du présent accord, renoncent à toute responsabilité à votre égard pour les dommages, coûts et dépenses, y compris les frais juridiques. VOUS CONVENEZ QUE VOUS N’AVEZ AUCUN RECOURS EN CAS DE NÉGLIGENCE, DE RESPONSABILITÉ STRICTE, DE VIOLATION DE LA GARANTIE OU DE VIOLATION DU CONTRAT, SAUF CEUX PRÉVUS AU PARAGRAPHE 1.F.3. VOUS CONVENEZ QUE LA FONDATION, LE PROPRIÉTAIRE DE LA MARQUE DÉPOSÉE ET TOUT DISTRIBUTEUR CONFORMÉMENT À CE CONTRAT NE SERONT PAS TENUS RESPONSABLES À VOTRE ÉGARD POUR DES DOMMAGES EFFECTIFS, DIRECTS, INDIRECTS, CONSÉQUENTIELS, PUNITIFS OU ACCIDENTELS, MÊME SI VOUS COMMUNIQUEZ LA POSSIBILITÉ DE TELS DOMMAGES.

1.F.3. DROIT LIMITÉ DE REMPLACEMENT OU DE REMBOURSEMENT – Si vous découvrez un défaut dans cette œuvre électronique dans un délai de 90 jours après l’avoir reçue, vous pouvez obtenir un remboursement de l’argent (le cas échéant) que vous avez payé en envoyant une explication écrite à la personne auprès de qui vous avez reçu l’œuvre. Si vous avez reçu l’œuvre sur un support physique, vous devez retourner ce support accompagné de votre explication écrite. La personne ou l’entité qui vous a fourni l’œuvre défectueuse peut choisir de vous fournir une copie de remplacement au lieu d’un remboursement. Si vous avez reçu l’œuvre électroniquement, la personne ou l’entité qui vous la fournit

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Vous pouvez choisir de vous donner une deuxième opportunité de recevoir l’œuvre électroniquement à la place d’un remboursement. Si la deuxième copie est également défectueuse, vous pouvez demander un remboursement par écrit sans autres possibilités de résoudre le problème.

1.F.4. Sauf le droit limité de remplacement ou de remboursement mentionné au paragraphe 1.F.3, cette œuvre vous est fournie « TELLE QUEELLE », SANS AUCUNE AUTRE GARANTIE DE NATURE QUOI QUE CE SOIT, EXPRESSE OU IMPLIQUÉE, Y COMPRIS, MAIS NON SEULEMENT, LES GARANTIES DE COMMERCIABILITÉ OU D’ADÉQUATION POUR UN BUT DÉTERMINÉ.

1.F.5. Certains États ne permettent pas la renonciation à certaines garanties implicites ni l’exclusion ou la limitation de certains types de dommages. Si toute renonciation ou limitation énoncée dans ce contrat viole la loi de l’État applicable à ce contrat, le contrat sera interprété de manière à prévoir la renonciation ou la limitation maximale autorisée par la loi de cet État. L’invalidité ou l’inapplicabilité de toute disposition de ce contrat n’annulera pas les dispositions restantes.

1.F.6. INDEMNISATION – Vous acceptez d’indemniser et de tenir à l’écart de toute responsabilité la Fondation, le titulaire de la marque déposée, tout agent ou employé de la Fondation, toute personne fournissant des copies des œuvres électroniques Project Gutenberg™ conformément à ce contrat, ainsi que tous les bénévoles associés à la production, à la promotion et à la distribution des œuvres électroniques Project Gutenberg™, de toutes responsabilités, coûts et dépenses, y compris les frais juridiques, qui découlent directement ou indirectement de tout acte que vous effectuez ou pour lequel vous en êtes responsable : (a) la distribution de cette œuvre ou de toute autre œuvre Project Gutenberg, (b) toute modification, altération, ajout ou suppression apportée à une œuvre Project Gutenberg, et (c) tout défaut que vous provoquez.

Section 2. Informations sur la mission de Project Gutenberg

Project Gutenberg est synonyme de la distribution gratuite d’œuvres électroniques dans des formats lus par la plus grande variété d’ordinateurs, y compris ceux obsolètes, anciens, moyennement récents et nouveaux. Il existe grâce à

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les efforts de centaines de bénévoles et les dons de personnes issus de tous les milieux de la vie.

Les bénévoles et le soutien financier, qui permettent d’offrir aux bénévoles l’aide dont ils ont besoin, sont essentiels pour atteindre les objectifs du Projet Gutenberg et garantir que sa collection reste librement accessible pour les générations futures. En 2001, la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg a été créée afin d’assurer un avenir sûr et durable au Projet Gutenberg et aux générations à venir. Pour en savoir plus sur la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg et sur la manière dont vos efforts et vos dons peuvent aider, consultez les sections 3 et 4 ainsi que la page d’information sur la fondation à l’adresse www.gutenberg.org.

Section 3. Informations sur la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg

La Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg est une organisation éducative à but non lucratif de type 501(c)(3), organisée conformément aux lois de l’État du Mississippi et ayant reçu le statut d’exonération fiscale de la part du Service des revenus intérieurs. Le numéro d’identification fiscale fédéral de la fondation est 64-6221541. Les contributions versées à la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg sont déductibles d’impôts dans toute la mesure permise par les lois fédérales américaines et les lois de votre État.

Le bureau administratif de la fondation se trouve au 41 Watchung Plaza #516, Montclair NJ 07042, États-Unis, +1 (862) 621-9288. Des liens pour contacter par e-mail ainsi que des informations de contact à jour peuvent être trouvés sur le site web de la fondation et sur sa page officielle à l’adresse www.gutenberg.org/contact.

Section 4. Informations sur les dons à la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg

Project Gutenberg™ dépend d’un soutien public et de dons largement répandus pour pouvoir mener à bien sa mission consistant à augmenter le nombre d’œuvres en domaine public ou licenciées qui peuvent être distribuées librement sous forme lisible par machine, accessible par la plus grande variété d’équipements.

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y compris du matériel obsolète. De nombreuses petites dons (de 1 à 5 000 dollars) sont particulièrement importants pour conserver le statut d’exemption fiscale auprès de l’IRS.

La Fondation s’engage à respecter les lois régissant les œuvres caritatives et les dons caritatifs dans les 50 États des États-Unis. Les exigences en matière de conformité ne sont pas uniformes et il faut un effort considérable, beaucoup de paperasse et de frais pour y répondre et rester en conformité. Nous ne sollicitons pas de dons dans les régions où nous n’avons pas reçu de confirmation écrite de conformité. Pour FAIRE UN DON ou connaître le statut de conformité pour un État donné, veuillez visiter www.gutenberg.org/donate.

Bien que nous ne puissions et ne sollicitions pas de contributions des États où nous n’avons pas rempli les exigences de sollicitation, nous ne connaissons aucune interdiction d’accepter des dons non sollicités de donateurs de ces États qui nous contactent pour proposer un don.

Les dons internationaux sont acceptés avec gratitude, mais nous ne pouvons faire aucune déclaration concernant le traitement fiscal des dons reçus en dehors des États-Unis. Seules les lois américaines déjà représentent une charge énorme pour notre petit personnel.

Veuillez consulter les pages Web de Project Gutenberg pour connaître les méthodes et adresses de don actuelles. Les dons peuvent également être faits par divers moyens, notamment par chèque, paiement en ligne ou carte de crédit. Pour faire un don, veuillez visiter : www.gutenberg.org/donate.

Section 5. Informations générales sur Project Gutenberg – Œuvres électroniques

Le professeur Michael S. Hart est à l’origine du concept de Project Gutenberg, une bibliothèque d’œuvres électroniques pouvant être partagées librement avec quiconque. Pendant quarante ans, il a produit et distribué des eBooks Project Gutenberg, avec uniquement un réseau limité de bénévoles pour l’aider.

Les eBooks Project Gutenberg sont souvent créés à partir de plusieurs éditions imprimées, toutes confirmées comme ne pas être protégées par le droit d’auteur aux États-Unis, sauf si…

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Une notice de droits d’auteur est incluse. Par conséquent, nous ne nous efforçons pas nécessairement de maintenir les eBooks en conformité avec une édition imprimée particulière.

La plupart des gens commencent par notre site web qui dispose de l’outil principal de recherche PG :
www.gutenberg.org.

Ce site contient des informations sur le Projet Gutenberg, y compris la manière de faire des dons à la Fondation du Archives littéraires du Projet Gutenberg, comment contribuer à la création de nos nouveaux eBooks, et comment s’abonner à notre newsletter par e-mail pour être informé des nouveaux eBooks.

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