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Le livre électronique de Project Gutenberg : Les Confessions de saint Augustin
Ce livre électronique est destiné à être utilisé par qui que ce soit, où que ce soit aux États-Unis et dans la plupart des autres régions du monde, gratuitement et sans presque aucune restriction. Vous pouvez le copier, le donner ou le réutiliser conformément aux conditions de la licence Project Gutenberg incluse dans ce livre électronique ou disponible en ligne sur www.gutenberg.org. Si vous n’êtes pas aux États-Unis, vous devrez vérifier les lois du pays où vous vous trouvez avant d’utiliser ce livre électronique.
Titre : Les Confessions de saint Augustin
Auteur : Saint Augustin d’Hippone
Traducteur : E. B. Pusey
Date de publication : 1er juin 2002 [Livre électronique n° 3296]
Dernière mise à jour : 5 mai 2023
Langue : Anglais
Autres informations et formats : www.gutenberg.org/ebooks/3296
Crédits : Robert S. Munday
*** Début du livre électronique Project Gutenberg : LES CONFESSIONS DE SAINT AUGUSTIN ***
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Titre : Les Confessions de saint Augustin
Auteur : Saint Augustin d’Hippone
Traducteur : E. B. Pusey
Date de publication : 1er juin 2002 [Livre électronique n° 3296]
Dernière mise à jour : 5 mai 2023
Langue : Anglais
Autres informations et formats : www.gutenberg.org/ebooks/3296
Crédits : Robert S. Munday
*** Début du livre électronique Project Gutenberg : LES CONFESSIONS DE SAINT AUGUSTIN ***
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LES CONFESSIONS
DE
SAINT AUGUSTIN
DE
SAINT AUGUSTIN
Page 5
Par saint Augustin
Évêque d’Hippone
Traduit par E. B. Pusey (Edward Bouverie)
401 apr. J.-C.
TABLE DES MATIÈRES
LIVRE I
LIVRE II
LIVRE III
LIVRE IV
LIVRE V
LIVRE VI
LIVRE VII
LIVRE VIII
LIVRE IX
LIVRE X
LIVRE XI
Évêque d’Hippone
Traduit par E. B. Pusey (Edward Bouverie)
401 apr. J.-C.
TABLE DES MATIÈRES
LIVRE I
LIVRE II
LIVRE III
LIVRE IV
LIVRE V
LIVRE VI
LIVRE VII
LIVRE VIII
LIVRE IX
LIVRE X
LIVRE XI
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LIVRE XII
LIVRE XIII
LIVRE XIII
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LIVRE I
Grand est ton art, ô Seigneur, et tu mérites d’être grandement loué ; grand est ton pouvoir, et ta sagesse est infinie. L’homme veut te louer ; l’homme, qui n’est qu’une particule de ta création ; l’homme, qui porte en lui sa mortalité, le témoignage de son péché, le témoignage que tu résistes aux orgueilleux : pourtant l’homme veut te louer ; lui, qui n’est qu’une particule de ta création. Tu nous éveilles à nous réjouir dans ta louange ; car tu nous as faits pour toi-même, et notre cœur est agité, jusqu’à ce qu’il trouve le repos en toi. Accorde-moi, Seigneur, de savoir et de comprendre ce qui vient en premier, t’invoquer ou te louer ? Et encore, te connaître ou t’invoquer ? Car qui peut t’invoquer sans te connaître ? Car celui qui ne te connaît pas peut t’invoquer autrement que tu n’es. Ou bien est-ce plutôt que nous t’invoquons afin de te connaître ? Mais comment invoqueront-ils Celui en qui ils n’ont pas cru ? Ou comment croiront-ils sans prédicateur ? Ceux qui cherchent le Seigneur le loueront : car ceux qui cherchent le trouveront, et ceux qui le trouvent le loueront. Je te chercherai, Seigneur, en t’invoquant ; et je t’invoquerai en croyant en toi ; car tu as été prêché à nous. Ma foi, Seigneur, t’invoquera, celle que tu m’as donnée, par laquelle tu m’as inspiré, par l’Incarnation de ton Fils, par le ministère du Prédicateur.
Et comment puis-je invoquer mon Dieu, mon Dieu et mon Seigneur, puisque, lorsque je l’invoque, c’est comme si je l’appelais vers moi ? Quel lieu y a-t-il en moi où mon Dieu puisse entrer en moi ? Où Dieu peut-il entrer en moi, Dieu qui a fait le ciel et la terre ? Y a-t-il vraiment, ô Seigneur mon Dieu, quelque chose en moi qui puisse te contenir ? Alors, le ciel et la terre, que tu as faits et dans lesquels tu m’as créé, te contiennent-ils ? Ou bien, puisque rien de ce qui existe ne pourrait exister sans toi, tout ce qui existe te contient-il donc ? Puisque, alors, j’existe aussi, pourquoi cherche-je que tu entres en moi, alors que je n’aurais pas existé si tu n’étais pas en moi ? Pourquoi ? Parce que je n’ai pas descendu en enfer, et pourtant tu y es aussi. Car si je descends en enfer, tu y es. Je ne pourrais alors exister, ô mon Dieu, je ne pourrais absolument pas exister, si tu n’étais pas en moi ; ou plutôt, à moins que je ne sois en toi, de qui proviennent toutes choses, par…
Grand est ton art, ô Seigneur, et tu mérites d’être grandement loué ; grand est ton pouvoir, et ta sagesse est infinie. L’homme veut te louer ; l’homme, qui n’est qu’une particule de ta création ; l’homme, qui porte en lui sa mortalité, le témoignage de son péché, le témoignage que tu résistes aux orgueilleux : pourtant l’homme veut te louer ; lui, qui n’est qu’une particule de ta création. Tu nous éveilles à nous réjouir dans ta louange ; car tu nous as faits pour toi-même, et notre cœur est agité, jusqu’à ce qu’il trouve le repos en toi. Accorde-moi, Seigneur, de savoir et de comprendre ce qui vient en premier, t’invoquer ou te louer ? Et encore, te connaître ou t’invoquer ? Car qui peut t’invoquer sans te connaître ? Car celui qui ne te connaît pas peut t’invoquer autrement que tu n’es. Ou bien est-ce plutôt que nous t’invoquons afin de te connaître ? Mais comment invoqueront-ils Celui en qui ils n’ont pas cru ? Ou comment croiront-ils sans prédicateur ? Ceux qui cherchent le Seigneur le loueront : car ceux qui cherchent le trouveront, et ceux qui le trouvent le loueront. Je te chercherai, Seigneur, en t’invoquant ; et je t’invoquerai en croyant en toi ; car tu as été prêché à nous. Ma foi, Seigneur, t’invoquera, celle que tu m’as donnée, par laquelle tu m’as inspiré, par l’Incarnation de ton Fils, par le ministère du Prédicateur.
Et comment puis-je invoquer mon Dieu, mon Dieu et mon Seigneur, puisque, lorsque je l’invoque, c’est comme si je l’appelais vers moi ? Quel lieu y a-t-il en moi où mon Dieu puisse entrer en moi ? Où Dieu peut-il entrer en moi, Dieu qui a fait le ciel et la terre ? Y a-t-il vraiment, ô Seigneur mon Dieu, quelque chose en moi qui puisse te contenir ? Alors, le ciel et la terre, que tu as faits et dans lesquels tu m’as créé, te contiennent-ils ? Ou bien, puisque rien de ce qui existe ne pourrait exister sans toi, tout ce qui existe te contient-il donc ? Puisque, alors, j’existe aussi, pourquoi cherche-je que tu entres en moi, alors que je n’aurais pas existé si tu n’étais pas en moi ? Pourquoi ? Parce que je n’ai pas descendu en enfer, et pourtant tu y es aussi. Car si je descends en enfer, tu y es. Je ne pourrais alors exister, ô mon Dieu, je ne pourrais absolument pas exister, si tu n’étais pas en moi ; ou plutôt, à moins que je ne sois en toi, de qui proviennent toutes choses, par…
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Qui es-Tu, ô Toi en qui sont toutes choses ? En qui sont toutes choses ? Ainsi soit-il, Seigneur, ainsi soit-il.
Où T’appellerai-je, puisque je suis en Toi ? Ou d’où peux-Tu entrer en moi ? Car où pourrais-je aller au-delà du ciel et de la terre, afin que mon Dieu y vienne en moi, Celui qui a dit : « Je remplis le ciel et la terre » ?
Le ciel et la terre Te contiennent-ils donc, puisque Tu les remplis ? Ou bien les remplis-Tu et pourtant Tu débordes, puisqu’ils ne Te contiennent pas ?
Et quand le ciel et la terre seront remplis, où pourras-Tu verser le reste de Toi-même ? Ou n’as-Tu pas besoin que quoi que ce soit Te contienne, Toi qui contiens toutes choses, puisque ce que Tu remplis, Tu le remplis en Le contenant ?
Car les récipients que Tu remplis ne Te soutiennent pas, car, même s’ils étaient brisés, Tu ne serais pas renversé. Et quand Tu te répands sur nous, Tu n’es pas jeté à terre, mais Tu nous relèves ; Tu n’es pas dispersé, mais Tu nous rassembles.
Mais Toi, qui remplies toutes choses, les remplies-Tu de tout Ton être ? Ou, puisque toutes choses ne peuvent Te contenir entièrement, contiennent-elles une partie de Toi ? Et toujours la même partie ? Ou chacune sa propre partie, la plus grande davantage, la plus petite moins ?
Y a-t-il donc une partie de Toi qui est plus grande, une autre qui est plus petite ? Ou es-Tu entièrement partout, alors que rien ne Te contient entièrement ?
Qu’es-Tu donc, mon Dieu ? Quoi d’autre que le Seigneur Dieu ? Car qui est Seigneur sinon le Seigneur ? Ou qui est Dieu sinon notre Dieu ? Très haut, très bon, très puissant, tout-puissant ; très miséricordieux, et pourtant très juste ; très caché, et pourtant très présent ; très beau, et pourtant très fort, stable, et pourtant incompréhensible ; immuable, et pourtant tout changeant ; jamais nouveau, jamais vieux ; tout renouvelant, et apportant l’âge aux orgueilleux, sans qu’ils le sachent ; toujours agissant, toujours au repos ; toujours rassemblant, sans rien manquer ; soutenant, remplissant, et se répandant ; créant, nourrissant, et faisant mûrir ; cherchant, et possédant déjà toutes choses.
Tu aimes sans passion ; tu es jaloux sans anxiété ; tu te repens, sans t’affliger ; tu es en colère, sans être agité ; tu changes Tes œuvres, mais Ton dessein demeure inchangé ; tu reçois à nouveau ce que Tu trouves, sans jamais avoir perdu ; jamais dans le besoin, et pourtant te réjouissant des gains ; jamais avide, et pourtant exigeant des intérêts.
Tu reçois au-delà, afin de pouvoir devoir ; et qui a quelque chose qui ne soit pas Toi ? Tu paies les dettes, sans rien devoir ; Tu remets les dettes, sans rien perdre.
Et que dirais-je maintenant, mon Dieu, ma vie, ma joie sainte ? Ou que dit-on lorsque l’on parle de Toi ? Malheur à celui qui ne parle pas, car même les plus éloquents restent muets.
Où T’appellerai-je, puisque je suis en Toi ? Ou d’où peux-Tu entrer en moi ? Car où pourrais-je aller au-delà du ciel et de la terre, afin que mon Dieu y vienne en moi, Celui qui a dit : « Je remplis le ciel et la terre » ?
Le ciel et la terre Te contiennent-ils donc, puisque Tu les remplis ? Ou bien les remplis-Tu et pourtant Tu débordes, puisqu’ils ne Te contiennent pas ?
Et quand le ciel et la terre seront remplis, où pourras-Tu verser le reste de Toi-même ? Ou n’as-Tu pas besoin que quoi que ce soit Te contienne, Toi qui contiens toutes choses, puisque ce que Tu remplis, Tu le remplis en Le contenant ?
Car les récipients que Tu remplis ne Te soutiennent pas, car, même s’ils étaient brisés, Tu ne serais pas renversé. Et quand Tu te répands sur nous, Tu n’es pas jeté à terre, mais Tu nous relèves ; Tu n’es pas dispersé, mais Tu nous rassembles.
Mais Toi, qui remplies toutes choses, les remplies-Tu de tout Ton être ? Ou, puisque toutes choses ne peuvent Te contenir entièrement, contiennent-elles une partie de Toi ? Et toujours la même partie ? Ou chacune sa propre partie, la plus grande davantage, la plus petite moins ?
Y a-t-il donc une partie de Toi qui est plus grande, une autre qui est plus petite ? Ou es-Tu entièrement partout, alors que rien ne Te contient entièrement ?
Qu’es-Tu donc, mon Dieu ? Quoi d’autre que le Seigneur Dieu ? Car qui est Seigneur sinon le Seigneur ? Ou qui est Dieu sinon notre Dieu ? Très haut, très bon, très puissant, tout-puissant ; très miséricordieux, et pourtant très juste ; très caché, et pourtant très présent ; très beau, et pourtant très fort, stable, et pourtant incompréhensible ; immuable, et pourtant tout changeant ; jamais nouveau, jamais vieux ; tout renouvelant, et apportant l’âge aux orgueilleux, sans qu’ils le sachent ; toujours agissant, toujours au repos ; toujours rassemblant, sans rien manquer ; soutenant, remplissant, et se répandant ; créant, nourrissant, et faisant mûrir ; cherchant, et possédant déjà toutes choses.
Tu aimes sans passion ; tu es jaloux sans anxiété ; tu te repens, sans t’affliger ; tu es en colère, sans être agité ; tu changes Tes œuvres, mais Ton dessein demeure inchangé ; tu reçois à nouveau ce que Tu trouves, sans jamais avoir perdu ; jamais dans le besoin, et pourtant te réjouissant des gains ; jamais avide, et pourtant exigeant des intérêts.
Tu reçois au-delà, afin de pouvoir devoir ; et qui a quelque chose qui ne soit pas Toi ? Tu paies les dettes, sans rien devoir ; Tu remets les dettes, sans rien perdre.
Et que dirais-je maintenant, mon Dieu, ma vie, ma joie sainte ? Ou que dit-on lorsque l’on parle de Toi ? Malheur à celui qui ne parle pas, car même les plus éloquents restent muets.
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Oh ! que je puisse m’appuyer sur Toi ! Oh ! que Tu entres dans mon cœur et l’enivre, afin que j’oublie mes maux et que je T’embrasse, mon unique bien ! Qu’es-Tu pour moi ? Dans Ta pitié, enseigne-moi à le dire. Ou qu’ai-je pour Toi pour que Tu exiges mon amour, et, si je ne te le donne pas, Tu sois en colère contre moi et me menaces de graves malheurs ? Est-ce donc un malheur mineur de ne pas T’aimer ? Oh ! par pitié, dis-moi, ô Seigneur mon Dieu, qu’es-Tu pour moi. Dis à mon âme : Je suis ton salut. Parle ainsi, afin que je puisse entendre. Vois, Seigneur, mon cœur est devant Toi ; ouvre-lui les oreilles et dis à mon âme : Je suis ton salut. Après cette voix, hâtons-nous et saisissons-Toi. Ne cache pas Ton visage de moi. Laisse-moi mourir — plutôt que de ne pas mourir — mais laisse-moi seulement voir Ton visage.
Le logis de mon âme est étroit ; agrandis-le, afin que Tu puisses y entrer. Il est en ruines ; répare-le. Il contient des choses qui doivent offenser Tes yeux ; je l’avoue et je le sais. Mais qui le purifiera ? À qui devrais-je crier, sinon à Toi ? Seigneur, purifie-moi de mes fautes secrètes et épargne Ton serviteur au pouvoir de l’ennemi. Je crois, et c’est pourquoi je parle. Seigneur, Tu sais. N’ai-je pas avoué devant Toi mes transgressions, et Toi, mon Dieu, as-Tu pardonné l’iniquité de mon cœur ? Je ne discute pas avec Toi en jugement, car Tu es la vérité ; j’ai peur de me tromper, de peur que mon iniquité ne reste telle quelle. C’est pourquoi je ne discute pas avec Toi en jugement ; car si Toi, Seigneur, comptais les iniquités, ô Seigneur, qui pourrait le supporter ?
Cependant, permets-moi de parler à Ta miséricorde, moi, poussière et cendres. Permets-moi de parler, puisque je m’adresse à Ta miséricorde, et non à un homme méprisant. Toi aussi, peut-être, tu me méprises, mais Tu reviendras et aurauras pitié de moi. Car que pourrais-je dire, ô Seigneur mon Dieu, sinon que je ne sais d’où je viens dans cette vie qui meurt (dois-je l’appeler ainsi ?) ou mort vivante. Alors aussitôt, les consolations de Ta pitié m’ont soutenu, comme je l’ai entendu (car je ne m’en souviens pas) de la part des parents de ma chair, dont Tu as fait de moi autrefois ta création. Ainsi, j’ai reçu les consolations du lait maternel. Car ni ma mère ni mes nourrices n’ont conservé leurs seins pour moi ; mais c’est Toi qui as donné par leur intermédiaire la nourriture de mon enfance, selon Ta disposition, par laquelle Tu distribues Tes richesses à travers les sources cachées de toutes choses. Tu m’as aussi donné le désir de ne rien vouloir de plus que ce que Tu m’as donné ; et à mes nourrices, le désir de me donner ce que Tu leur avais donné. Car elles, avec une affection enseignée par le ciel, m’ont volontiers donné ce qu’elles avaient en abondance de Ta part. Car ce bien que j’ai reçu d’elles était bon pour elles. Et non,
Le logis de mon âme est étroit ; agrandis-le, afin que Tu puisses y entrer. Il est en ruines ; répare-le. Il contient des choses qui doivent offenser Tes yeux ; je l’avoue et je le sais. Mais qui le purifiera ? À qui devrais-je crier, sinon à Toi ? Seigneur, purifie-moi de mes fautes secrètes et épargne Ton serviteur au pouvoir de l’ennemi. Je crois, et c’est pourquoi je parle. Seigneur, Tu sais. N’ai-je pas avoué devant Toi mes transgressions, et Toi, mon Dieu, as-Tu pardonné l’iniquité de mon cœur ? Je ne discute pas avec Toi en jugement, car Tu es la vérité ; j’ai peur de me tromper, de peur que mon iniquité ne reste telle quelle. C’est pourquoi je ne discute pas avec Toi en jugement ; car si Toi, Seigneur, comptais les iniquités, ô Seigneur, qui pourrait le supporter ?
Cependant, permets-moi de parler à Ta miséricorde, moi, poussière et cendres. Permets-moi de parler, puisque je m’adresse à Ta miséricorde, et non à un homme méprisant. Toi aussi, peut-être, tu me méprises, mais Tu reviendras et aurauras pitié de moi. Car que pourrais-je dire, ô Seigneur mon Dieu, sinon que je ne sais d’où je viens dans cette vie qui meurt (dois-je l’appeler ainsi ?) ou mort vivante. Alors aussitôt, les consolations de Ta pitié m’ont soutenu, comme je l’ai entendu (car je ne m’en souviens pas) de la part des parents de ma chair, dont Tu as fait de moi autrefois ta création. Ainsi, j’ai reçu les consolations du lait maternel. Car ni ma mère ni mes nourrices n’ont conservé leurs seins pour moi ; mais c’est Toi qui as donné par leur intermédiaire la nourriture de mon enfance, selon Ta disposition, par laquelle Tu distribues Tes richesses à travers les sources cachées de toutes choses. Tu m’as aussi donné le désir de ne rien vouloir de plus que ce que Tu m’as donné ; et à mes nourrices, le désir de me donner ce que Tu leur avais donné. Car elles, avec une affection enseignée par le ciel, m’ont volontiers donné ce qu’elles avaient en abondance de Ta part. Car ce bien que j’ai reçu d’elles était bon pour elles. Et non,
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En effet, c’est bien d’eux que cela venait, mais à travers eux ; car de Toi, ô Dieu, proviennent toutes les bonnes choses, et de mon Dieu vient toute ma santé. J’ai appris depuis que C’est Toi, par ces dons que Tu m’as donnés, en moi et autour de moi, qui Te révèles à moi. Car alors je ne savais que sucer, me reposer dans ce qui me plaisait, et pleurer face à ce qui offensait ma chair ; rien de plus.
Par la suite, j’ai commencé à sourire, d’abord dans le sommeil, puis éveillé : car on me l’avait dit à mon sujet, et j’y ai cru ; car nous voyons la même chose chez d’autres nourrissons, bien que je ne m’en souvienne pas pour moi-même. Ainsi, peu à peu, je suis devenu conscient de l’endroit où je me trouvais ; j’avais envie d’exprimer mes désirs à ceux qui auraient pu les satisfaire, mais je ne le pouvais pas ; car les désirs étaient en moi, tandis qu’eux étaient à l’extérieur ; ils ne pouvaient non plus, par aucun sens propre, pénétrer dans mon esprit. Alors je agitais au hasard mes membres et ma voix, faisant les quelques signes que je pouvais, et tels que je pouvais, ressemblant, bien que en vérité très peu, à ce que je désirais. Et quand mes désirs n’étaient pas immédiatement exaucés (car ils étaient blessants ou incompréhensibles), alors j’étais indigné contre mes aînés pour ne pas se soumettre à moi, contre ceux qui ne m’étaient redevables d’aucun service pour ne pas me servir ; et je me vengeais d’eux par des larmes. C’est ainsi que j’ai appris que sont les nourrissons en les observant ; et que j’avais été moi-même ainsi, ils me l’ont montré, tous inconscients, mieux que mes nourrices qui le savaient.
Et voici ! Mon enfance est morte depuis longtemps, et je vis. Mais Toi, Seigneur, qui vis éternellement, et en qui rien ne meurt : car avant la fondation des mondes, et avant tout ce qu’on peut appeler « avant », Tu existes, et Tu es Dieu et Seigneur de tout ce que Tu as créé : en Toi résident, fixes à jamais, les causes premières de toutes choses instables ; et parmi toutes choses changeantes, les sources demeurent en Toi, immuables : et en Toi vivent les raisons éternelles de toutes choses sans raison et temporaires. Dis-moi, Seigneur, à moi, Ton suppliant ; dis-moi, Tout-Pitié, à moi, Ton misérable ; dis-moi, ma petite enfance a-t-elle succédé à une autre période de ma vie qui est morte avant elle ? Était-ce celle que j’ai passée dans le ventre de ma mère ? Car j’en ai entendu parler un peu, et j’ai vu moi-même des femmes enceintes ? Et avant cette vie encore, ô Dieu, ma joie, étais-je quelque part ou en quelqu’un ? Car pour cela, je n’ai personne pour me le dire, ni père ni mère, ni expérience des autres, ni ma propre mémoire. Me moques-Tu de moi pour que je demande cela, et veux-Tu que je Te loue et que Je Te reconnaisse, parce que je Le sais déjà ?
Je Te reconnais, Seigneur du ciel et de la terre, et je Te loue pour mes premiers rudiments d’existence, et pour mon enfance, dont je ne me souviens de rien ; car Tu as décrété que l’homme doive deviner beaucoup de choses à son sujet à partir des autres.
Par la suite, j’ai commencé à sourire, d’abord dans le sommeil, puis éveillé : car on me l’avait dit à mon sujet, et j’y ai cru ; car nous voyons la même chose chez d’autres nourrissons, bien que je ne m’en souvienne pas pour moi-même. Ainsi, peu à peu, je suis devenu conscient de l’endroit où je me trouvais ; j’avais envie d’exprimer mes désirs à ceux qui auraient pu les satisfaire, mais je ne le pouvais pas ; car les désirs étaient en moi, tandis qu’eux étaient à l’extérieur ; ils ne pouvaient non plus, par aucun sens propre, pénétrer dans mon esprit. Alors je agitais au hasard mes membres et ma voix, faisant les quelques signes que je pouvais, et tels que je pouvais, ressemblant, bien que en vérité très peu, à ce que je désirais. Et quand mes désirs n’étaient pas immédiatement exaucés (car ils étaient blessants ou incompréhensibles), alors j’étais indigné contre mes aînés pour ne pas se soumettre à moi, contre ceux qui ne m’étaient redevables d’aucun service pour ne pas me servir ; et je me vengeais d’eux par des larmes. C’est ainsi que j’ai appris que sont les nourrissons en les observant ; et que j’avais été moi-même ainsi, ils me l’ont montré, tous inconscients, mieux que mes nourrices qui le savaient.
Et voici ! Mon enfance est morte depuis longtemps, et je vis. Mais Toi, Seigneur, qui vis éternellement, et en qui rien ne meurt : car avant la fondation des mondes, et avant tout ce qu’on peut appeler « avant », Tu existes, et Tu es Dieu et Seigneur de tout ce que Tu as créé : en Toi résident, fixes à jamais, les causes premières de toutes choses instables ; et parmi toutes choses changeantes, les sources demeurent en Toi, immuables : et en Toi vivent les raisons éternelles de toutes choses sans raison et temporaires. Dis-moi, Seigneur, à moi, Ton suppliant ; dis-moi, Tout-Pitié, à moi, Ton misérable ; dis-moi, ma petite enfance a-t-elle succédé à une autre période de ma vie qui est morte avant elle ? Était-ce celle que j’ai passée dans le ventre de ma mère ? Car j’en ai entendu parler un peu, et j’ai vu moi-même des femmes enceintes ? Et avant cette vie encore, ô Dieu, ma joie, étais-je quelque part ou en quelqu’un ? Car pour cela, je n’ai personne pour me le dire, ni père ni mère, ni expérience des autres, ni ma propre mémoire. Me moques-Tu de moi pour que je demande cela, et veux-Tu que je Te loue et que Je Te reconnaisse, parce que je Le sais déjà ?
Je Te reconnais, Seigneur du ciel et de la terre, et je Te loue pour mes premiers rudiments d’existence, et pour mon enfance, dont je ne me souviens de rien ; car Tu as décrété que l’homme doive deviner beaucoup de choses à son sujet à partir des autres.
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et croire beaucoup à la force des femmes faibles. Même alors j’avais l’être et la vie, et (à la fin de mon enfance) je pouvais chercher des signes par lesquels faire connaître aux autres mes sensations. D’où pourrait venir un tel être, sinon de Toi, Seigneur ? Quelqu’un pourrait-il être son propre artisan ? ou peut-il y avoir ailleurs une source qui puisse verser en nous essence et vie, sinon de Toi, ô Seigneur, en qui essence et vie ne font qu’un ? Car Toi-même es suprêmement Essence et Vie. Car Tu es très haut, et Tu ne changes pas, ni en Toi le jour ne prend-il fin ; pourtant en Toi il prend fin, car toutes ces choses aussi sont en Toi. Car elles n’avaient aucun moyen de disparaître, si Tu ne les soutenais pas. Et puisque Tes années ne finissent pas, Tes années sont une aujourd’hui. Combien d’années des nôtres et de celles de nos pères ont passé à travers Ton « aujourd’hui », et en ont reçu la mesure et le modèle de l’être qu’ils avaient ; et d’autres encore passeront, et recevront ainsi le modèle de leur degré d’être. Mais Tu restes toujours le même, et tout ce qui est de demain, et tout au-delà, et tout de hier, et tout derrière, Tu l’as fait aujourd’hui. Qu’importe pour moi, même si personne ne comprend cela ? Qu’il se réjouisse aussi et dise : Qu’est-ce donc ? Qu’il se réjouisse ainsi ! et qu’il se contente plutôt de ne pas Te découvrir pour Te découvrir, que de Te découvrir pour ne pas Te découvrir.
Écoute, ô Dieu. Hélas, à cause du péché de l’homme ! Ainsi dit l’homme, et Tu as pitié de lui ; car c’est Toi qui l’as créé, mais Tu n’as pas créé le péché en lui. Qui me rappelle les péchés de mon enfance ? Car à Tes yeux nul n’est pur de péché, pas même le nourrisson dont la vie n’est qu’un jour sur la terre. Qui me le rappelle ? Chaque petit enfant, n’est-ce pas, dans qui je vois ce que de moi-même je ne me souviens pas ? Quel était donc mon péché ? Était-ce de m’accrocher à la poitrine et de pleurer ? Car si je devais maintenant faire cela pour une nourriture adaptée à mon âge, il serait juste que l’on se moque de moi et que l’on me réprimande. Ce que je faisais alors méritait réprimande ; mais comme je ne pouvais pas comprendre la réprimande, l’habitude et la raison m’interdisaient d’en être réprimandé. Car ces habitudes, une fois adultes, nous les arrachons et nous les jetons. Aujourd’hui, nul homme, même s’il taillade, ne jette délibérément ce qui est bon. Ou bien était-il bon, ne fût-ce qu’un instant, de pleurer pour quelque chose qui, s’il était donné, ferait mal ? De ressentir amèrement que des personnes libres, ses propres aînés, oui, même les auteurs de sa naissance, ne le servaient pas ? Que beaucoup d’autres, plus sages que lui, ne suivaient pas le mouvement de son bon plaisir ? De faire de son mieux pour frapper et blesser, parce que des ordres n’étaient pas obéis, alors qu’ils avaient été obéis à son détriment ? La faiblesse alors des membres du nourrisson, et non sa volonté, est son innocence. Moi-même j’ai vu et connu même un bébé envieux ; il ne pouvait pas parler, pourtant il devenait pâle et regardait amèrement son frère adoptif. Qui
Écoute, ô Dieu. Hélas, à cause du péché de l’homme ! Ainsi dit l’homme, et Tu as pitié de lui ; car c’est Toi qui l’as créé, mais Tu n’as pas créé le péché en lui. Qui me rappelle les péchés de mon enfance ? Car à Tes yeux nul n’est pur de péché, pas même le nourrisson dont la vie n’est qu’un jour sur la terre. Qui me le rappelle ? Chaque petit enfant, n’est-ce pas, dans qui je vois ce que de moi-même je ne me souviens pas ? Quel était donc mon péché ? Était-ce de m’accrocher à la poitrine et de pleurer ? Car si je devais maintenant faire cela pour une nourriture adaptée à mon âge, il serait juste que l’on se moque de moi et que l’on me réprimande. Ce que je faisais alors méritait réprimande ; mais comme je ne pouvais pas comprendre la réprimande, l’habitude et la raison m’interdisaient d’en être réprimandé. Car ces habitudes, une fois adultes, nous les arrachons et nous les jetons. Aujourd’hui, nul homme, même s’il taillade, ne jette délibérément ce qui est bon. Ou bien était-il bon, ne fût-ce qu’un instant, de pleurer pour quelque chose qui, s’il était donné, ferait mal ? De ressentir amèrement que des personnes libres, ses propres aînés, oui, même les auteurs de sa naissance, ne le servaient pas ? Que beaucoup d’autres, plus sages que lui, ne suivaient pas le mouvement de son bon plaisir ? De faire de son mieux pour frapper et blesser, parce que des ordres n’étaient pas obéis, alors qu’ils avaient été obéis à son détriment ? La faiblesse alors des membres du nourrisson, et non sa volonté, est son innocence. Moi-même j’ai vu et connu même un bébé envieux ; il ne pouvait pas parler, pourtant il devenait pâle et regardait amèrement son frère adoptif. Qui
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Ne le sait-il pas ? Les mères et les nourrices vous disent qu’elles apaisent ces choses par je ne sais quels remèdes. Est-ce là trop d’innocence, lorsque la source du lait coule en abondance, de ne pas supporter que quelqu’un en partage, même dans le besoin le plus extrême, et dont la vie dépend encore de cela ? Nous supportons tout cela avec douceur, non pas parce que ce ne sont pas de mauvaises choses ou des maux insignifiants, mais parce qu’ils disparaîtront à mesure que les années passeront ; car, bien que tolérés pour l’instant, les mêmes traits de caractère deviennent complètement intolérables à l’âge mûr.
Toi donc, ô Seigneur mon Dieu, qui as donné la vie à mon enfance, en pourvoyant ainsi, comme nous le voyons, aux sens du corps que Tu as donné, en structurant ses membres, en embellissant ses proportions, et, pour son bien-être général, en y implantant toutes les fonctions vitales, Tu me commandes de Te louer pour ces choses, de Te confesser et de chanter Ton nom, Toi le Très-Haut. Car Tu es Dieu, Tout-Puissant et Bon, même si Tu n’avais fait que ceci, chose que personne d’autre que Toi ne pouvait faire : dont l’Unité est le modèle de toutes choses ; qui, par Ta propre bonté, rends toutes choses belles ; et qui ordonnes toutes choses par Ta loi. Cette période-là, Seigneur, dont je n’ai aucun souvenir, que j’imagine d’après ce que disent les autres et en me basant sur d’autres enfants que j’aurais connus, bien que cette imagination soit vraie, je refuse encore de la compter dans cette vie que je mène dans ce monde. Car autant que ce que j’ai passé dans le ventre de ma mère, elle reste cachée pour moi dans les ombres de l’oubli. Mais si j’ai été formé dans l’iniquité, et si ma mère m’a conçu dans le péché, où, je T’en prie, ô mon Dieu, où, Seigneur, ou quand, ai-je été Ton serviteur sans faute ? Mais voilà ! Cette période est révolue ; et que puis-je faire maintenant de ce dont je ne peux me rappeler le moindre souvenir ?
En sortant de l’enfance, je suis entré dans l’adolescence, ou plutôt c’est elle qui est venue à moi, remplacant l’enfance. Celle-ci ne s’est pas éloignée — (car où serait-elle allée ?) — mais elle n’était plus là. Car je n’étais plus un enfant muet, mais un garçon qui parlait. Je m’en souviens ; et depuis, j’ai observé comment j’ai appris à parler. Ce n’était pas mes aînés qui m’ont appris les mots (comme, peu après, les autres connaissances) selon une méthode précise ; mais moi, désirant exprimer mes pensées par des cris, des sons hésitants et divers mouvements de mes membres, afin d’obtenir ce que je voulais, mais incapable d’exprimer tout ce que je voulais ou à qui je le voulais, j’exerçais moi-même, grâce à la compréhension que Tu, mon Dieu, m’as donnée, les sons dans ma mémoire. Lorsqu’ils nommaient quelque chose et se tournaient vers cela en parlant, je voyais et je me souvenais qu’ils appelaient ce qu’ils indiquaient par le nom qu’ils prononçaient. Et il était clair, d’après les mouvements de leur corps, cette langue naturelle, pour ainsi dire, de tous…
Toi donc, ô Seigneur mon Dieu, qui as donné la vie à mon enfance, en pourvoyant ainsi, comme nous le voyons, aux sens du corps que Tu as donné, en structurant ses membres, en embellissant ses proportions, et, pour son bien-être général, en y implantant toutes les fonctions vitales, Tu me commandes de Te louer pour ces choses, de Te confesser et de chanter Ton nom, Toi le Très-Haut. Car Tu es Dieu, Tout-Puissant et Bon, même si Tu n’avais fait que ceci, chose que personne d’autre que Toi ne pouvait faire : dont l’Unité est le modèle de toutes choses ; qui, par Ta propre bonté, rends toutes choses belles ; et qui ordonnes toutes choses par Ta loi. Cette période-là, Seigneur, dont je n’ai aucun souvenir, que j’imagine d’après ce que disent les autres et en me basant sur d’autres enfants que j’aurais connus, bien que cette imagination soit vraie, je refuse encore de la compter dans cette vie que je mène dans ce monde. Car autant que ce que j’ai passé dans le ventre de ma mère, elle reste cachée pour moi dans les ombres de l’oubli. Mais si j’ai été formé dans l’iniquité, et si ma mère m’a conçu dans le péché, où, je T’en prie, ô mon Dieu, où, Seigneur, ou quand, ai-je été Ton serviteur sans faute ? Mais voilà ! Cette période est révolue ; et que puis-je faire maintenant de ce dont je ne peux me rappeler le moindre souvenir ?
En sortant de l’enfance, je suis entré dans l’adolescence, ou plutôt c’est elle qui est venue à moi, remplacant l’enfance. Celle-ci ne s’est pas éloignée — (car où serait-elle allée ?) — mais elle n’était plus là. Car je n’étais plus un enfant muet, mais un garçon qui parlait. Je m’en souviens ; et depuis, j’ai observé comment j’ai appris à parler. Ce n’était pas mes aînés qui m’ont appris les mots (comme, peu après, les autres connaissances) selon une méthode précise ; mais moi, désirant exprimer mes pensées par des cris, des sons hésitants et divers mouvements de mes membres, afin d’obtenir ce que je voulais, mais incapable d’exprimer tout ce que je voulais ou à qui je le voulais, j’exerçais moi-même, grâce à la compréhension que Tu, mon Dieu, m’as donnée, les sons dans ma mémoire. Lorsqu’ils nommaient quelque chose et se tournaient vers cela en parlant, je voyais et je me souvenais qu’ils appelaient ce qu’ils indiquaient par le nom qu’ils prononçaient. Et il était clair, d’après les mouvements de leur corps, cette langue naturelle, pour ainsi dire, de tous…
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les nations, exprimées par l’expression du visage, les regards, les gestes des membres et les tons de la voix, indiquant les affections de l’esprit, lorsqu’il poursuit, possède, rejette ou fuit. Ainsi, en entendant constamment des mots, tels qu’ils apparaissaient dans diverses phrases, je rassemblai peu à peu ce qu’ils signifiaient ; et ayant mémorisé ces signes, j’exprimais ainsi ma volonté. C’est ainsi que j’échangeais avec ceux qui m’entouraient ces signes constants de nos volontés, et je pénétrais ainsi plus profondément dans le tumultueux échange de la vie humaine, tout en dépendant de l’autorité parentale et des ordres des aînés.
Ô Dieu, mon Dieu, quelles misères et quels sarcasmes ai-je alors endurés, lorsque l’obéissance à mes enseignants m’était imposée comme étant appropriée pour un garçon, afin que je prospère en ce monde et excelle dans l’art de la parole, qui devait servir à la « louange des hommes » et aux richesses trompeuses. Ensuite, on m’envoya à l’école pour apprendre, chose dont je (pauvre malheureux) ne voyais pas l’utilité ; et pourtant, si je me montrais oisif dans mes études, on me battait. Car cela était jugé juste par nos ancêtres ; et beaucoup, ayant suivi le même parcours avant nous, avaient tracé pour nous des chemins pénibles, que nous étions contraints de suivre, multipliant peines et souffrances pour les fils d’Adam. Mais, Seigneur, nous avons vu que des hommes T’appelaient, et nous avons appris d’eux à Te considérer (selon nos capacités) comme un être grand, qui, bien que caché à nos sens, pouvait nous entendre et nous aider. C’est ainsi que, enfant, je commençai à Te prier, mon aide et mon refuge ; je brisai les chaînes de ma langue pour T’invoquer, priant Toi, bien que je fusse petit, avec une grande ferveur, afin de ne pas être battu à l’école. Et quand Tu ne m’entendais pas (sans pour autant me livrer à la folie), mes aînés, oui, même mes propres parents, qui ne voulaient pourtant pas de mal à moi, se moquaient de mes coups, de ma grande et douloureuse souffrance.
Y a-t-il, Seigneur, une âme si grande, attachée à Toi par une affection si intense (car une sorte de stupidité y contribue d’une certaine manière) ; mais y a-t-il quelqu’un, par son attachement dévoué à Toi, doté d’un tel esprit qu’il puisse prendre à la légère les fouets, les crochets et autres tourments (contre lesquels, dans tous les pays, les hommes T’invoquent avec une terreur extrême), se moquant de ceux qui les font craindre le plus amèrement, comme nos parents se moquaient des tourments que nous subissions enfant auprès de nos maîtres ? Car nous n’avions pas moins peur de nos tourments ; ni nous ne priions pas moins Toi pour en être délivrés. Et pourtant, nous péchions en écrivant, en lisant ou en étudiant moins que ce qui nous était exigé. Car, ô Seigneur, nous ne manquions ni de mémoire ni de capacité, dont Ta volonté avait donné assez pour notre âge ; mais notre seul plaisir était de jouer ; et pour cela, nous étions punis par ceux qui faisaient eux-mêmes de même. Mais les personnes âgées…
Ô Dieu, mon Dieu, quelles misères et quels sarcasmes ai-je alors endurés, lorsque l’obéissance à mes enseignants m’était imposée comme étant appropriée pour un garçon, afin que je prospère en ce monde et excelle dans l’art de la parole, qui devait servir à la « louange des hommes » et aux richesses trompeuses. Ensuite, on m’envoya à l’école pour apprendre, chose dont je (pauvre malheureux) ne voyais pas l’utilité ; et pourtant, si je me montrais oisif dans mes études, on me battait. Car cela était jugé juste par nos ancêtres ; et beaucoup, ayant suivi le même parcours avant nous, avaient tracé pour nous des chemins pénibles, que nous étions contraints de suivre, multipliant peines et souffrances pour les fils d’Adam. Mais, Seigneur, nous avons vu que des hommes T’appelaient, et nous avons appris d’eux à Te considérer (selon nos capacités) comme un être grand, qui, bien que caché à nos sens, pouvait nous entendre et nous aider. C’est ainsi que, enfant, je commençai à Te prier, mon aide et mon refuge ; je brisai les chaînes de ma langue pour T’invoquer, priant Toi, bien que je fusse petit, avec une grande ferveur, afin de ne pas être battu à l’école. Et quand Tu ne m’entendais pas (sans pour autant me livrer à la folie), mes aînés, oui, même mes propres parents, qui ne voulaient pourtant pas de mal à moi, se moquaient de mes coups, de ma grande et douloureuse souffrance.
Y a-t-il, Seigneur, une âme si grande, attachée à Toi par une affection si intense (car une sorte de stupidité y contribue d’une certaine manière) ; mais y a-t-il quelqu’un, par son attachement dévoué à Toi, doté d’un tel esprit qu’il puisse prendre à la légère les fouets, les crochets et autres tourments (contre lesquels, dans tous les pays, les hommes T’invoquent avec une terreur extrême), se moquant de ceux qui les font craindre le plus amèrement, comme nos parents se moquaient des tourments que nous subissions enfant auprès de nos maîtres ? Car nous n’avions pas moins peur de nos tourments ; ni nous ne priions pas moins Toi pour en être délivrés. Et pourtant, nous péchions en écrivant, en lisant ou en étudiant moins que ce qui nous était exigé. Car, ô Seigneur, nous ne manquions ni de mémoire ni de capacité, dont Ta volonté avait donné assez pour notre âge ; mais notre seul plaisir était de jouer ; et pour cela, nous étions punis par ceux qui faisaient eux-mêmes de même. Mais les personnes âgées…
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L’oisiveté est appelée « travail » ; celle des garçons, étant en réalité la même, est punie par ces aînés ; et personne ne compatit ni aux garçons ni aux hommes. Car qui, doté de bon sens, approuverait que je sois battu enfant, parce que, en jouant au ballon, j’avais moins progressé dans les études que je devais apprendre, uniquement pour pouvoir, en homme, jouer de manière plus indécente ? Et que faisait celui qui me battait ? Lui qui, vaincu dans une discussion insignifiante avec son camarade précepteur, était plus amer et jaloux que moi lorsque je perdais au ballon contre un compagnon de jeu ? Pourtant, ô Seigneur Dieu, Créateur et Ordonnateur de toutes choses dans la nature – car Tu es seul l’Ordonnateur du péché –, j’ai péché en transgressant les commandements de mes parents et ceux de mes maîtres. Car ce qu’ils voulaient que j’apprenne, quel que fût leur motif, j’aurais pu ensuite l’utiliser à bon escient. J’ai désobéi, non par choix meilleur, mais par amour du jeu, aimant l’orgueil de la victoire dans mes compétitions, et aimant aussi les fables mensongères qui chatouillaient mes oreilles, afin qu’elles démangent encore davantage ; cette même curiosité brillait de plus en plus dans mes yeux pour les spectacles et les jeux de mes aînés. Pourtant, ceux qui organisent ces spectacles sont en si haute estime que presque tous souhaitent la même chose pour leurs enfants, et pourtant ils sont très disposés à ce qu’ils soient battus, si ces mêmes jeux les empêchent d’étudier, ce qui leur permettrait de devenir eux-mêmes ceux qui les organisent. Regarde avec pitié, Seigneur, ces choses, et délivre-nous qui T’invoquons maintenant ; délivre aussi ceux qui ne T’invoquent pas encore, afin qu’ils T’invoquent, et que Tu puisses les délivrer.
Enfant déjà, j’avais entendu parler d’une vie éternelle, promise à nous par l’humilité du Seigneur notre Dieu qui s’incline devant notre orgueil ; et même depuis le sein de ma mère, qui avait grand espoir en Toi, j’étais scellé du signe de Sa croix et salé de Son sel. Tu as vu, Seigneur, comment, encore enfant, pris un jour par une oppression soudaine de l’estomac, presque à mort – Tu as vu, mon Dieu (car Tu étais mon gardien) – avec quelle ardeur et quelle foi je cherchais, grâce aux soins pieux de ma mère et de Ta Église, mère de nous tous, le baptême de Ton Christ, mon Dieu et mon Seigneur. Alors, ma mère de chair, très troublée (car, avec un cœur pur dans Ta foi, elle avait encore plus d’amour en accouchant pour ma salvation), voulait hâtivement assurer ma consécration et ma purification par les sacrements qui donnent la santé, confessant Toi, Seigneur Jésus, pour le pardon des péchés, si ce n’est que je me suis soudainement rétabli. Ainsi, comme si je devais être à nouveau souillé si je vivais, ma purification fut différée, car les souillures du péché, après cela…
Enfant déjà, j’avais entendu parler d’une vie éternelle, promise à nous par l’humilité du Seigneur notre Dieu qui s’incline devant notre orgueil ; et même depuis le sein de ma mère, qui avait grand espoir en Toi, j’étais scellé du signe de Sa croix et salé de Son sel. Tu as vu, Seigneur, comment, encore enfant, pris un jour par une oppression soudaine de l’estomac, presque à mort – Tu as vu, mon Dieu (car Tu étais mon gardien) – avec quelle ardeur et quelle foi je cherchais, grâce aux soins pieux de ma mère et de Ta Église, mère de nous tous, le baptême de Ton Christ, mon Dieu et mon Seigneur. Alors, ma mère de chair, très troublée (car, avec un cœur pur dans Ta foi, elle avait encore plus d’amour en accouchant pour ma salvation), voulait hâtivement assurer ma consécration et ma purification par les sacrements qui donnent la santé, confessant Toi, Seigneur Jésus, pour le pardon des péchés, si ce n’est que je me suis soudainement rétabli. Ainsi, comme si je devais être à nouveau souillé si je vivais, ma purification fut différée, car les souillures du péché, après cela…
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Laver entraîne une culpabilité plus grande et plus dangereuse. J’y croyais déjà alors : ma mère, ainsi que toute la maisonnée, à l’exception de mon père ; pourtant il ne parvint pas à surmonter la puissance de la piété de ma mère en moi, car puisqu’il ne croyait pas encore, je ne devais pas non plus croire. C’était son souci ardent que Toi, mon Dieu, et non lui, sois mon père ; et en cela Tu l’aidas à triompher de son mari, qu’elle obéissait d’autant mieux, obéissant ainsi aussi à Toi, qui l’as ordonné ainsi.
Je T’en supplie, mon Dieu, j’aimerais savoir, si Tu le veux, pour quelle raison mon baptême fut alors différé ? Était-ce pour mon bien que les rênes furent, pour ainsi dire, lâchées sur moi, afin que je péche ? Ou bien ne furent-elles pas lâchées ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi entendons-nous encore partout résonner : « Laissez-le tranquille, qu’il fasse ce qu’il veut, car il n’est pas encore baptisé ? » Mais en ce qui concerne la santé physique, personne ne dit : « Qu’il soit davantage blessé, car il n’est pas encore guéri. » Combien il aurait été mieux que j’aie été guéri tout de suite ; et alors, par mes amis et par moi-même, la santé retrouvée de mon âme aurait été préservée sous Ta garde, Toi qui l’avais donnée.
Vraiment, c’eût été mieux. Mais combien de vagues grandes et nombreuses de tentation semblaient planer au-dessus de moi après mon enfance ! Ma mère les prévoyait ; et elle préférait exposer à elles l’argile d’où je pourrais ensuite être façonné, plutôt que la forme déjà achevée.
Dès mon enfance même (qui m’était bien moins redoutable que la jeunesse), je n’aimais pas les études et je haïssais être contraint à elles. Pourtant on me forçait ; et c’était bien fait pour moi, mais je ne faisais pas bien ; car, à moins d’être forcé, je n’apprenais pas.
Mais personne ne fait bien contre sa volonté, même si ce qu’il fait est bon. Pourtant ceux qui me forçaient ne faisaient pas bien non plus, car ce qui était bon venait de Toi, mon Dieu. Car ils se moquaient de la manière dont j’utiliserais ce qu’ils m’obligeaient à apprendre, sauf pour satisfaire des désirs insatiables de richesse mendieuse et d’une gloire honteuse. Mais Toi, par qui chaque cheveu de notre tête est compté, Tu as utilisé à mon bien l’erreur de tous ceux qui m’exhortaient à apprendre ; et la mienne, celle de celui qui ne voulait pas apprendre, Tu l’as utilisée comme punition pour moi — une juste punition pour un si jeune garçon et un si grand pécheur. Ainsi, par ceux qui ne faisaient pas bien, Tu as fait du bien pour moi ; et par mon propre péché, Tu m’as justement puni. Car Tu as commandé, et c’est ainsi que chaque affection démesurée doit être sa propre punition.
Mais pourquoi haïssais-je tant le grec, que j’étudiais dans mon enfance ? Je ne le sais pas encore entièrement. Car j’aimais le latin ; non pas ce que m’enseignaient mes premiers maîtres, mais ce que m’enseignaient les soi-disant grammairiens. Pour ces premières leçons, la lecture…
Je T’en supplie, mon Dieu, j’aimerais savoir, si Tu le veux, pour quelle raison mon baptême fut alors différé ? Était-ce pour mon bien que les rênes furent, pour ainsi dire, lâchées sur moi, afin que je péche ? Ou bien ne furent-elles pas lâchées ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi entendons-nous encore partout résonner : « Laissez-le tranquille, qu’il fasse ce qu’il veut, car il n’est pas encore baptisé ? » Mais en ce qui concerne la santé physique, personne ne dit : « Qu’il soit davantage blessé, car il n’est pas encore guéri. » Combien il aurait été mieux que j’aie été guéri tout de suite ; et alors, par mes amis et par moi-même, la santé retrouvée de mon âme aurait été préservée sous Ta garde, Toi qui l’avais donnée.
Vraiment, c’eût été mieux. Mais combien de vagues grandes et nombreuses de tentation semblaient planer au-dessus de moi après mon enfance ! Ma mère les prévoyait ; et elle préférait exposer à elles l’argile d’où je pourrais ensuite être façonné, plutôt que la forme déjà achevée.
Dès mon enfance même (qui m’était bien moins redoutable que la jeunesse), je n’aimais pas les études et je haïssais être contraint à elles. Pourtant on me forçait ; et c’était bien fait pour moi, mais je ne faisais pas bien ; car, à moins d’être forcé, je n’apprenais pas.
Mais personne ne fait bien contre sa volonté, même si ce qu’il fait est bon. Pourtant ceux qui me forçaient ne faisaient pas bien non plus, car ce qui était bon venait de Toi, mon Dieu. Car ils se moquaient de la manière dont j’utiliserais ce qu’ils m’obligeaient à apprendre, sauf pour satisfaire des désirs insatiables de richesse mendieuse et d’une gloire honteuse. Mais Toi, par qui chaque cheveu de notre tête est compté, Tu as utilisé à mon bien l’erreur de tous ceux qui m’exhortaient à apprendre ; et la mienne, celle de celui qui ne voulait pas apprendre, Tu l’as utilisée comme punition pour moi — une juste punition pour un si jeune garçon et un si grand pécheur. Ainsi, par ceux qui ne faisaient pas bien, Tu as fait du bien pour moi ; et par mon propre péché, Tu m’as justement puni. Car Tu as commandé, et c’est ainsi que chaque affection démesurée doit être sa propre punition.
Mais pourquoi haïssais-je tant le grec, que j’étudiais dans mon enfance ? Je ne le sais pas encore entièrement. Car j’aimais le latin ; non pas ce que m’enseignaient mes premiers maîtres, mais ce que m’enseignaient les soi-disant grammairiens. Pour ces premières leçons, la lecture…
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L’écriture et l’arithmétique, je les considérais comme un fardeau et une punition aussi grands que n’importe lesquels en Grèce. Et pourtant, d’où venait cela, sinon du péché et de la vanité de cette vie, puisque j’étais chair, un souffle qui s’en va et ne revient pas ? Car ces premières leçons étaient assurément meilleures, car plus certaines ; grâce à elles, j’ai acquis, et je conserve encore, la capacité de lire ce qui est écrit et d’écrire moi-même ce que je veux ; tandis que pour les autres, je fus contraint d’apprendre les pérégrinations d’Énée, oubliant les miennes, et de pleurer sur la mort de Didon, parce qu’elle s’était tuée par amour ; pendant ce temps, les yeux secs, j’endurais ma misérable existence en train de mourir au milieu de tout cela, loin de Toi, ô Dieu, vie de mon âme. Car quoi de plus misérable qu’un être misérable qui ne se plaint pas de lui-même, pleurant la mort de Didon par amour pour Énée, mais ne pleurant pas sa propre mort par manque d’amour pour Toi, ô Dieu ? Toi, lumière de mon cœur, toi, pain de mon âme intime, toi, Puissance qui donnes de la vigueur à mon esprit, qui accélères mes pensées, je ne T’ai pas aimé. J’ai commis l’adultère contre Toi, et autour de moi, tout le monde criait : « Bien fait ! bien fait ! » car l’amitié de ce monde est un adultère contre Toi ; et « Bien fait ! bien fait ! » résonne jusqu’à ce que l’on ait honte de ne pas être ainsi un homme. Et pour tout cela, je n’ai pas pleuré, moi qui pleurais sur Didon tuée, et « cherchant par l’épée un coup et une blessure extrêmes », moi-même cherchant en même temps un extrême pire, le plus extrême et le plus bas de Tes créatures, ayant abandonné Toi, la terre retournant à la terre. Et si l’on m’interdisait de lire tout cela, je serais affligé de ne pas pouvoir lire ce qui me peine. Une telle folie est considérée comme une connaissance supérieure et plus riche que celle par laquelle j’ai appris à lire et à écrire. Mais maintenant, mon Dieu, crie-toi fort dans mon âme ; et laisse Ta vérité me dire : « Non, non. Ce premier apprentissage était bien meilleur. » Car voici, je préférerais volontiers oublier les pérégrinations d’Énée et tout le reste, plutôt que d’oublier comment lire et écrire. Mais au-dessus de l’entrée de l’école de grammaire, il y a un voile tiré ! C’est vrai ; mais ce n’est pas tant un symbole de quelque chose de caché qu’un manteau d’erreur. Que ceux que je n’ai plus peur de voir ne crient pas contre moi, tandis que je confesse à Toi, mon Dieu, tout ce que mon âme veut, et que j’accepte la condamnation de mes mauvais chemins, afin de pouvoir aimer Tes bons chemins. Que ni les acheteurs ni les vendeurs d’apprentissage de la grammaire ne crient contre moi. Car si je leur demandais s’il est vrai qu’Énée est venu un jour à Carthage, comme le dit le poète, les moins instruits répondront qu’ils ne le savent pas, les plus instruits qu’il ne l’a jamais fait. Mais si je demandais avec quelles lettres le nom « Énée » est écrit, chacun qui a appris cela me répondra correctement, selon les signes convenus par les hommes. Si, encore, je demandais lequel pourrait être…
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Oublier, au moindre détriment des préoccupations de la vie, de la lecture et de l’écriture, ou de ces fictions poétiques ? Qui ne voit pas ce à quoi doivent répondre ceux qui ne se sont pas entièrement oubliés eux-mêmes ? J’ai donc péché, quand, enfant, je préférais ces études vaines à celles qui étaient plus utiles, ou plutôt j’aimais l’une et je haïssais l’autre. « Un et un, deux » ; « deux et deux, quatre » : c’était pour moi une chanson odieuse. « Le cheval de bois rempli d’hommes armés », « la destruction de Troie », « l’ombre de Créuse et sa triste ressemblance » : tels étaient les spectacles choisis par ma vanité.
Pourquoi donc haïssais-je les classiques grecs, qui contiennent des récits semblables ? Car Homère aussi tissait avec art de telles fictions, et il était d’une vanité délicieuse ; pourtant, il était insupportable à mon goût d’enfant. Je suppose que Virgile serait pareil pour les enfants grecs, s’ils devaient l’apprendre comme moi j’avais dû apprendre Homère. En vérité, la difficulté d’une langue étrangère, c’était comme du vinaigre qui gâchait toute la douceur des fables grecques. Car je ne comprenais pas un seul mot, et pour que je comprenne, on m’exhortait avec violence, par des menaces et des punitions cruelles. Quand j’étais enfant, je ne connaissais pas non plus le latin ; mais celui-ci, je l’ai appris sans peur ni souffrance, simplement par observation, au milieu des caresses de mes proches et des plaisanteries de mes amis, qui m’encourageaient en souriant et avec gaieté. Je l’ai appris sans aucune pression de punition, car mon cœur m’incitait à exprimer mes idées, ce que je ne pouvais faire qu’en apprenant les mots de ceux qui me parlaient, et dans leurs oreilles aussi je exprimais mes pensées, quelles qu’elles soient. Il n’y a donc aucun doute que la curiosité libre a plus de force dans notre apprentissage que la contrainte effrayante. Seule cette contrainte limite les excès de cette liberté, par Tes lois, ô mon Dieu, Tes lois, de la canne du maître aux épreuves du martyr, capable de nous donner une amertume bénéfique, nous rappelant à Toi loin de ce plaisir mortel qui nous éloigne de Toi.
Écoute, Seigneur, ma prière ; que mon âme ne faiblisse pas sous Ta discipline, et que je ne faiblisse pas en Te confessant toutes Tes miséricordes, par lesquelles Tu m’as tiré de tous mes chemins les plus mauvais, afin que Tu deviennes pour moi une joie supérieure à toutes les tentations que j’ai un jour poursuivies ; afin que je T’aime entièrement, et que je serre Ta main de tout mon cœur, et que Tu me sauves encore de toute tentation, jusqu’à la fin. Car voici, ô Seigneur, mon Roi et mon Dieu, que tout ce que mon enfance a appris serve Ton service ; que je parle, écrive, lise, calcule, pour Ton service. Car Tu m’as accordé Ta discipline, alors que j’apprenais des vanités ; et mon péché de m’attarder sur ces vanités, Tu l’as pardonné. C’est en effet en elles que j’ai appris.
Pourquoi donc haïssais-je les classiques grecs, qui contiennent des récits semblables ? Car Homère aussi tissait avec art de telles fictions, et il était d’une vanité délicieuse ; pourtant, il était insupportable à mon goût d’enfant. Je suppose que Virgile serait pareil pour les enfants grecs, s’ils devaient l’apprendre comme moi j’avais dû apprendre Homère. En vérité, la difficulté d’une langue étrangère, c’était comme du vinaigre qui gâchait toute la douceur des fables grecques. Car je ne comprenais pas un seul mot, et pour que je comprenne, on m’exhortait avec violence, par des menaces et des punitions cruelles. Quand j’étais enfant, je ne connaissais pas non plus le latin ; mais celui-ci, je l’ai appris sans peur ni souffrance, simplement par observation, au milieu des caresses de mes proches et des plaisanteries de mes amis, qui m’encourageaient en souriant et avec gaieté. Je l’ai appris sans aucune pression de punition, car mon cœur m’incitait à exprimer mes idées, ce que je ne pouvais faire qu’en apprenant les mots de ceux qui me parlaient, et dans leurs oreilles aussi je exprimais mes pensées, quelles qu’elles soient. Il n’y a donc aucun doute que la curiosité libre a plus de force dans notre apprentissage que la contrainte effrayante. Seule cette contrainte limite les excès de cette liberté, par Tes lois, ô mon Dieu, Tes lois, de la canne du maître aux épreuves du martyr, capable de nous donner une amertume bénéfique, nous rappelant à Toi loin de ce plaisir mortel qui nous éloigne de Toi.
Écoute, Seigneur, ma prière ; que mon âme ne faiblisse pas sous Ta discipline, et que je ne faiblisse pas en Te confessant toutes Tes miséricordes, par lesquelles Tu m’as tiré de tous mes chemins les plus mauvais, afin que Tu deviennes pour moi une joie supérieure à toutes les tentations que j’ai un jour poursuivies ; afin que je T’aime entièrement, et que je serre Ta main de tout mon cœur, et que Tu me sauves encore de toute tentation, jusqu’à la fin. Car voici, ô Seigneur, mon Roi et mon Dieu, que tout ce que mon enfance a appris serve Ton service ; que je parle, écrive, lise, calcule, pour Ton service. Car Tu m’as accordé Ta discipline, alors que j’apprenais des vanités ; et mon péché de m’attarder sur ces vanités, Tu l’as pardonné. C’est en effet en elles que j’ai appris.
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Beaucoup de mots utiles, mais il vaudrait mieux les apprendre dans des choses non vaines ;
et c’est là le chemin sûr pour les pas de la jeunesse.
Mais hélas, toi, torrent des coutumes humaines ! Qui pourra résister à toi ?
Jusqu’à quand ne seras-tu pas asséché ? Jusqu’à quand les fils d’Ève rouleront-ils
dans cet océan immense et hideux, que même ceux qui gravissent la croix
peuvent à peine traverser ? N’ai-je pas lu en toi parler de Jupiter, le tonnerreur et l’adultère ?
Il ne pouvait sans doute être les deux à la fois ; mais ainsi le faux tonnerre
pouvait soutenir et favoriser l’adultère véritable. Et maintenant, quel de nos maîtres vêtus prête
une oreille sobre à celui qui, issu de leur propre école, crie :
« Ce sont là des fictions d’Homère, qui transfèrent des choses humaines aux dieux ;
il aurait dû plutôt nous apporter des choses divines ! » Pourtant, il aurait dit plus vrai :
« Ce sont bien ses fictions ; mais en attribuant une nature divine à des hommes méchants,
ces crimes ne seraient plus des crimes, et ceux qui les commettent sembleraient
imiter non pas des hommes abandonnés, mais les dieux célestes. »
Et pourtant, toi, torrent infernal, c’est en toi que sont jetés les fils des hommes
avec de riches récompenses pour avoir acquis une telle connaissance ;
et on y fait grande solennité, lorsque cela se passe sur le forum,
sous les yeux de lois qui prévoient un salaire en plus des paiements destinés aux savants ;
et tu fais retentir tes rochers en rugissant :
« C’est ici que l’on apprend les mots ; c’est ici que naît l’éloquence,
très nécessaire pour atteindre ses fins ou défendre ses opinions. »
Comme si nous n’avions jamais connu des mots tels que « pluie d’or », « cuisse », « séduire », « temples du ciel »,
ou d’autres dans ce passage, si Terence n’avait pas mis sur scène un jeune homme lubrique,
faisant de Jupiter son modèle de séduction.
« En regardant un tableau où était représentée
l’histoire de Jupiter descendant sous une pluie d’or
sur la cuisse de Danaé, une femme pour la séduire. »
Et puis observez comment il s’excite au désir par autorité céleste :
« Et quel dieu ? Le grand Jupiter,
qui secoue les plus hauts temples du ciel avec son tonnerre,
et moi, pauvre mortel, je ne fais pas de même !
Je l’ai fait, et je l’ai fait de tout mon cœur. »
Les mots ne sont pas appris plus facilement malgré toute cette méchanceté ;
mais grâce à eux, la méchanceté est commise avec moins de honte. Ce n’est pas que je blâme les mots,
qui sont, pour ainsi dire, des récipients choisis et précieux ;
mais ce vin d’erreur que nous buvons à travers eux, servi par des enseignants enivrés ;
et si nous ne buvons pas non plus, nous sommes battus, et nous n’avons pas de juge sobre
auquel nous puissions nous adresser. Pourtant,
et c’est là le chemin sûr pour les pas de la jeunesse.
Mais hélas, toi, torrent des coutumes humaines ! Qui pourra résister à toi ?
Jusqu’à quand ne seras-tu pas asséché ? Jusqu’à quand les fils d’Ève rouleront-ils
dans cet océan immense et hideux, que même ceux qui gravissent la croix
peuvent à peine traverser ? N’ai-je pas lu en toi parler de Jupiter, le tonnerreur et l’adultère ?
Il ne pouvait sans doute être les deux à la fois ; mais ainsi le faux tonnerre
pouvait soutenir et favoriser l’adultère véritable. Et maintenant, quel de nos maîtres vêtus prête
une oreille sobre à celui qui, issu de leur propre école, crie :
« Ce sont là des fictions d’Homère, qui transfèrent des choses humaines aux dieux ;
il aurait dû plutôt nous apporter des choses divines ! » Pourtant, il aurait dit plus vrai :
« Ce sont bien ses fictions ; mais en attribuant une nature divine à des hommes méchants,
ces crimes ne seraient plus des crimes, et ceux qui les commettent sembleraient
imiter non pas des hommes abandonnés, mais les dieux célestes. »
Et pourtant, toi, torrent infernal, c’est en toi que sont jetés les fils des hommes
avec de riches récompenses pour avoir acquis une telle connaissance ;
et on y fait grande solennité, lorsque cela se passe sur le forum,
sous les yeux de lois qui prévoient un salaire en plus des paiements destinés aux savants ;
et tu fais retentir tes rochers en rugissant :
« C’est ici que l’on apprend les mots ; c’est ici que naît l’éloquence,
très nécessaire pour atteindre ses fins ou défendre ses opinions. »
Comme si nous n’avions jamais connu des mots tels que « pluie d’or », « cuisse », « séduire », « temples du ciel »,
ou d’autres dans ce passage, si Terence n’avait pas mis sur scène un jeune homme lubrique,
faisant de Jupiter son modèle de séduction.
« En regardant un tableau où était représentée
l’histoire de Jupiter descendant sous une pluie d’or
sur la cuisse de Danaé, une femme pour la séduire. »
Et puis observez comment il s’excite au désir par autorité céleste :
« Et quel dieu ? Le grand Jupiter,
qui secoue les plus hauts temples du ciel avec son tonnerre,
et moi, pauvre mortel, je ne fais pas de même !
Je l’ai fait, et je l’ai fait de tout mon cœur. »
Les mots ne sont pas appris plus facilement malgré toute cette méchanceté ;
mais grâce à eux, la méchanceté est commise avec moins de honte. Ce n’est pas que je blâme les mots,
qui sont, pour ainsi dire, des récipients choisis et précieux ;
mais ce vin d’erreur que nous buvons à travers eux, servi par des enseignants enivrés ;
et si nous ne buvons pas non plus, nous sommes battus, et nous n’avons pas de juge sobre
auquel nous puissions nous adresser. Pourtant,
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Ô mon Dieu (en dont la présence me permet maintenant de me remémorer cela sans dommage), j’ai appris tout cela, malheureusement, de bon gré et avec grande joie ; c’est pour cela que l’on m’a qualifié de garçon plein d’espoir.
Soyez patient avec moi, mon Dieu, tandis que je parle un peu de mon esprit, don vôtre, et de la manière dont je l’ai gaspillé. On m’a assigné une tâche assez pénible pour mon âme, sous la menace de louanges ou de honte, ainsi que de coups, afin que je prononce les paroles de Junon, alors qu’elle était furieuse et affligée de ne pas pouvoir « faire revenir ce prince troyen de Latium ».
Ces mots, Junon ne les avait jamais prononcés ; mais nous étions contraints de suivre les traces de ces fictions poétiques, et de dire en prose beaucoup de ce qu’il exprimait en vers. Son discours fut vivement applaudi, car en lui les passions de colère et de tristesse étaient les plus marquées, et il les exprimait dans un langage très approprié, préservant ainsi la dignité du personnage. Qu’importe pour moi, ô ma vraie vie, mon Dieu, que ma déclamation ait été plus applaudie que celle de tant de mes pairs ? N’est-ce tout cela que fumée et vent ? N’y avait-il rien d’autre sur quoi exercer mon esprit et ma langue ? Vos louanges, Seigneur, Vos louanges auraient pu retenir le jeune bourgeon tendre de mon cœur grâce au soutien de Vos Écritures ; mais il s’est égaré au milieu de ces futilités vides, devenant proie souillée pour les oiseaux du ciel. Car de bien des manières, les hommes offrent des sacrifices aux anges rebelles.
Mais quel miracle y a-t-il à ce que j’aie été ainsi emporté vers les vanités, et que je sois sorti de Votre présence, ô mon Dieu, lorsque des hommes m’étaient présentés comme modèles : ceux-là, en racontant quelque action qui n’était en elle-même pas mauvaise, commettaient quelque barbarie ou quelque erreur grammaticale, étaient blâmés et se sentaient honteux ; mais lorsqu’ils racontaient leur propre vie désordonnée dans un discours riche, orné et bien structuré, ils étaient loués et se glorifiaient. Vous voyez ces choses, Seigneur, et vous gardez votre paix ; patient, plein de miséricorde et de vérité. Garderez-vous votre paix pour toujours ? Même maintenant, Vous tirez de cet abîme horrible l’âme qui Vous cherche, qui aspire à Vos plaisirs, dont le cœur dit à Vous : J’ai cherché Votre visage ; Votre visage, Seigneur, c’est Lui que je chercherai. Car les affections assombries, c’est le départ de Vous. Car ce n’est ni par nos pieds, ni par un changement de lieu, que les hommes vous quittent ou reviennent à Vous. Ou bien, votre fils cadet aurait-il cherché des chevaux, des chars, des navires, des créatures volantes aux ailes visibles, ou aurait-il voyagé en se déplaçant avec ses membres, afin de gaspiller dans un pays lointain, dans une vie dissolue, tout ce que Vous lui aviez donné au moment de son départ ? Un Père aimant, lorsqu’Il donne, et encore plus aimant envers lui, lorsqu’il…
Soyez patient avec moi, mon Dieu, tandis que je parle un peu de mon esprit, don vôtre, et de la manière dont je l’ai gaspillé. On m’a assigné une tâche assez pénible pour mon âme, sous la menace de louanges ou de honte, ainsi que de coups, afin que je prononce les paroles de Junon, alors qu’elle était furieuse et affligée de ne pas pouvoir « faire revenir ce prince troyen de Latium ».
Ces mots, Junon ne les avait jamais prononcés ; mais nous étions contraints de suivre les traces de ces fictions poétiques, et de dire en prose beaucoup de ce qu’il exprimait en vers. Son discours fut vivement applaudi, car en lui les passions de colère et de tristesse étaient les plus marquées, et il les exprimait dans un langage très approprié, préservant ainsi la dignité du personnage. Qu’importe pour moi, ô ma vraie vie, mon Dieu, que ma déclamation ait été plus applaudie que celle de tant de mes pairs ? N’est-ce tout cela que fumée et vent ? N’y avait-il rien d’autre sur quoi exercer mon esprit et ma langue ? Vos louanges, Seigneur, Vos louanges auraient pu retenir le jeune bourgeon tendre de mon cœur grâce au soutien de Vos Écritures ; mais il s’est égaré au milieu de ces futilités vides, devenant proie souillée pour les oiseaux du ciel. Car de bien des manières, les hommes offrent des sacrifices aux anges rebelles.
Mais quel miracle y a-t-il à ce que j’aie été ainsi emporté vers les vanités, et que je sois sorti de Votre présence, ô mon Dieu, lorsque des hommes m’étaient présentés comme modèles : ceux-là, en racontant quelque action qui n’était en elle-même pas mauvaise, commettaient quelque barbarie ou quelque erreur grammaticale, étaient blâmés et se sentaient honteux ; mais lorsqu’ils racontaient leur propre vie désordonnée dans un discours riche, orné et bien structuré, ils étaient loués et se glorifiaient. Vous voyez ces choses, Seigneur, et vous gardez votre paix ; patient, plein de miséricorde et de vérité. Garderez-vous votre paix pour toujours ? Même maintenant, Vous tirez de cet abîme horrible l’âme qui Vous cherche, qui aspire à Vos plaisirs, dont le cœur dit à Vous : J’ai cherché Votre visage ; Votre visage, Seigneur, c’est Lui que je chercherai. Car les affections assombries, c’est le départ de Vous. Car ce n’est ni par nos pieds, ni par un changement de lieu, que les hommes vous quittent ou reviennent à Vous. Ou bien, votre fils cadet aurait-il cherché des chevaux, des chars, des navires, des créatures volantes aux ailes visibles, ou aurait-il voyagé en se déplaçant avec ses membres, afin de gaspiller dans un pays lointain, dans une vie dissolue, tout ce que Vous lui aviez donné au moment de son départ ? Un Père aimant, lorsqu’Il donne, et encore plus aimant envers lui, lorsqu’il…
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Renvoyé vide. Ainsi, dans la luxure, c’est-à-dire dans des passions obscurcies, se trouve la véritable distance de Ton visage.
Vois, ô Seigneur Dieu, vois patiemment, comme Tu l’as coutume, avec quelle précision les fils des hommes observent les règles établies concernant les lettres et les syllabes reçues de ceux qui ont parlé avant eux, négligeant ainsi l’alliance éternelle du salut éternel reçue de Toi. À tel point qu’un enseignant ou un élève des lois héréditaires de la prononciation offensera davantage les hommes en prononçant sans aspiration le mot « être humain », en dépit des lois de la grammaire, que s’il, lui-même « être humain », haïssait un autre « être humain » en dépit de Toi. Comme si un ennemi pouvait être plus nuisible que la haine qui le consume ; ou blesser plus profondément celui qu’il persécute que ne le blesse sa propre âme par son hostilité. Certes, aucune science des lettres ne peut être aussi innée que le témoignage de la conscience : « Il fait à autrui ce qu’il redouterait de subir de la part d’autrui. » Quels sont, ô Dieu, Tes chemins, Toi seul grand, qui te tiens silencieux au-dessus et, par une loi inlassable, imposes une cécité pénale aux désirs illégaux. À la recherche de la renommée de l’éloquence, un homme debout devant un juge humain, entouré d’une foule humaine, dénonçant son ennemi avec la haine la plus féroce, fera très attention de ne pas, par une erreur de langue, tuer le mot « être humain » ; mais il ne prendra pas garde de ne pas, sous l’effet de la fureur de son esprit, tuer l’être humain réel.
C’était le monde à la porte duquel, malheureux, je gisais dans mon enfance ; c’était la scène où je craignais plus de commettre une barbarie que de l’avoir déjà commise, pour envier ceux qui ne l’avaient pas commise. Je parle et j’avoue ces choses à Toi, mon Dieu ; pour cela j’obtenais des éloges de ceux que je croyais alors être toute vertu de plaire. Car je ne voyais pas l’abîme de la méchanceté dans lequel j’étais jeté hors de Tes yeux. Devant eux, qu’y avait-il de plus abominable que moi, déjà déplaisant même à moi-même ? Avec d’innombrables mensonges, je trompais mon précepteur, mes maîtres, mes parents, par amour du jeu, par désir de voir des spectacles vains et par impatience à les imiter ! J’ai aussi commis des vols, dans la cave et sur la table de mes parents, esclave de la cupidité, ou afin de pouvoir donner aux garçons qui me vendaient leurs jeux, que, tout en les aimant autant que moi, ils n’appréciaient pas moins. Dans ce jeu aussi, je cherchais souvent des conquêtes injustes, me conquérant moi-même par un vain désir de supériorité. Et qu’y avait-il que je ne supportasse si mal, ou que, lorsqu je le découvrais, je ne blâmais si sévèrement, comme si je le faisais aux autres ? Et pour cela, si je fus blâmé une fois découvert, je préférais me disputer plutôt que de céder. Est-ce là l’innocence de l’enfance ? Non, Seigneur, non ; je crie à Toi…
Vois, ô Seigneur Dieu, vois patiemment, comme Tu l’as coutume, avec quelle précision les fils des hommes observent les règles établies concernant les lettres et les syllabes reçues de ceux qui ont parlé avant eux, négligeant ainsi l’alliance éternelle du salut éternel reçue de Toi. À tel point qu’un enseignant ou un élève des lois héréditaires de la prononciation offensera davantage les hommes en prononçant sans aspiration le mot « être humain », en dépit des lois de la grammaire, que s’il, lui-même « être humain », haïssait un autre « être humain » en dépit de Toi. Comme si un ennemi pouvait être plus nuisible que la haine qui le consume ; ou blesser plus profondément celui qu’il persécute que ne le blesse sa propre âme par son hostilité. Certes, aucune science des lettres ne peut être aussi innée que le témoignage de la conscience : « Il fait à autrui ce qu’il redouterait de subir de la part d’autrui. » Quels sont, ô Dieu, Tes chemins, Toi seul grand, qui te tiens silencieux au-dessus et, par une loi inlassable, imposes une cécité pénale aux désirs illégaux. À la recherche de la renommée de l’éloquence, un homme debout devant un juge humain, entouré d’une foule humaine, dénonçant son ennemi avec la haine la plus féroce, fera très attention de ne pas, par une erreur de langue, tuer le mot « être humain » ; mais il ne prendra pas garde de ne pas, sous l’effet de la fureur de son esprit, tuer l’être humain réel.
C’était le monde à la porte duquel, malheureux, je gisais dans mon enfance ; c’était la scène où je craignais plus de commettre une barbarie que de l’avoir déjà commise, pour envier ceux qui ne l’avaient pas commise. Je parle et j’avoue ces choses à Toi, mon Dieu ; pour cela j’obtenais des éloges de ceux que je croyais alors être toute vertu de plaire. Car je ne voyais pas l’abîme de la méchanceté dans lequel j’étais jeté hors de Tes yeux. Devant eux, qu’y avait-il de plus abominable que moi, déjà déplaisant même à moi-même ? Avec d’innombrables mensonges, je trompais mon précepteur, mes maîtres, mes parents, par amour du jeu, par désir de voir des spectacles vains et par impatience à les imiter ! J’ai aussi commis des vols, dans la cave et sur la table de mes parents, esclave de la cupidité, ou afin de pouvoir donner aux garçons qui me vendaient leurs jeux, que, tout en les aimant autant que moi, ils n’appréciaient pas moins. Dans ce jeu aussi, je cherchais souvent des conquêtes injustes, me conquérant moi-même par un vain désir de supériorité. Et qu’y avait-il que je ne supportasse si mal, ou que, lorsqu je le découvrais, je ne blâmais si sévèrement, comme si je le faisais aux autres ? Et pour cela, si je fus blâmé une fois découvert, je préférais me disputer plutôt que de céder. Est-ce là l’innocence de l’enfance ? Non, Seigneur, non ; je crie à Toi…
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Miséricorde, mon Dieu. À cause de ces mêmes péchés, à mesure que les années avancent, ces mêmes péchés passent des tuteurs et des maîtres, des noix, des balles et des moineaux, aux magistrats et aux rois, à l’or, aux domaines et aux esclaves ; de même, des punitions plus sévères remplacent le bâton. C’était la petite taille de l’enfance que Tu, notre Roi, as recommandée comme symbole d’humilité, lorsque Tu as dit : « C’est à de tels hommes que revient le royaume des cieux. »
Pourtant, Seigneur, à Toi, Créateur et Gouverneur de l’univers, le plus excellent et le plus bon, il revenait des remerciements, à Toi, notre Dieu, même si Tu m’avais destiné seulement l’enfance. Car déjà alors j’étais, je vivais, je ressentais ; il y avait une providence inscrite dans mon bien-être — un vestige de cette Unité mystérieuse d’où je provenais ; par le sens intérieur, je protégeais l’intégrité de mes sens, et dans ces petites activités, ainsi que dans mes réflexions sur les choses infimes, j’apprenais à trouver du plaisir dans la vérité, je haïssais être trompé, j’avais une mémoire vigoureuse, j’étais doué pour parler, j’étais apaisé par l’amitié, j’évitais la douleur, la bassesse, l’ignorance. En une créature si petite, qu’y avait-il de moins merveilleux, de moins admirable ? Mais tout cela est don de mon Dieu : ce n’est pas moi qui me l’ai donné ; et ce sont là de bons dons, et ensemble ils forment moi-même. Bon, donc, est Celui qui m’a créé, et Il est mon bien ; et devant Lui je me réjouirai pour tout le bien que j’avais en tant qu’enfant. Car c’était mon péché de chercher les plaisirs, les sublimités, les vérités non en Lui, mais dans Ses créatures — moi-même et les autres —, et c’est ainsi que je suis tombé tête baissée dans les chagrins, les confusions, les erreurs. Merci à Toi, ma joie, ma gloire, ma confiance, mon Dieu, merci à Toi pour Tes dons ; mais garde-les-moi. Car ainsi Tu me garderas, et ces choses seront élargies et perfectionnées, celles que Tu m’as données, et moi-même serai avec Toi, puisque même l’être, Tu me l’as donné.
Pourtant, Seigneur, à Toi, Créateur et Gouverneur de l’univers, le plus excellent et le plus bon, il revenait des remerciements, à Toi, notre Dieu, même si Tu m’avais destiné seulement l’enfance. Car déjà alors j’étais, je vivais, je ressentais ; il y avait une providence inscrite dans mon bien-être — un vestige de cette Unité mystérieuse d’où je provenais ; par le sens intérieur, je protégeais l’intégrité de mes sens, et dans ces petites activités, ainsi que dans mes réflexions sur les choses infimes, j’apprenais à trouver du plaisir dans la vérité, je haïssais être trompé, j’avais une mémoire vigoureuse, j’étais doué pour parler, j’étais apaisé par l’amitié, j’évitais la douleur, la bassesse, l’ignorance. En une créature si petite, qu’y avait-il de moins merveilleux, de moins admirable ? Mais tout cela est don de mon Dieu : ce n’est pas moi qui me l’ai donné ; et ce sont là de bons dons, et ensemble ils forment moi-même. Bon, donc, est Celui qui m’a créé, et Il est mon bien ; et devant Lui je me réjouirai pour tout le bien que j’avais en tant qu’enfant. Car c’était mon péché de chercher les plaisirs, les sublimités, les vérités non en Lui, mais dans Ses créatures — moi-même et les autres —, et c’est ainsi que je suis tombé tête baissée dans les chagrins, les confusions, les erreurs. Merci à Toi, ma joie, ma gloire, ma confiance, mon Dieu, merci à Toi pour Tes dons ; mais garde-les-moi. Car ainsi Tu me garderas, et ces choses seront élargies et perfectionnées, celles que Tu m’as données, et moi-même serai avec Toi, puisque même l’être, Tu me l’as donné.
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LIVRE II
Je vais maintenant me remémorer ma méchanceté passée et les corruptions charnelles de mon âme ; non pas parce que je les aime, mais afin de pouvoir T’aimer, ô mon Dieu. C’est par amour pour Ton amour que je le fais ; en revoyant mes pires actions dans l’amertume même de mes souvenirs, afin que Tu deviennes doux à mes yeux (Toi, douceur éternelle, Toi, douceur féconde et assurée) ; et en me ressaisissant après cette dispersion où j’étais déchiré morceau par morceau, tandis que, détourné de Toi, le Unique Bien, je me perdais au milieu d’une multitude de choses. Car, dès ma jeunesse, je brûlais du désir d’être rassasié par les choses terrestres ; et j’osais de nouveau m’égarer dans ces amours divers et obscurs : ma beauté s’évanouissait, et je dégoûtais à Tes yeux ; je me complaisais en moi-même, désirant plaire aux yeux des hommes. Et qu’y avait-il donc que j’aimasse, sinon aimer et être aimé ? Mais je ne respectais ni la mesure de l’amour, ni les limites lumineuses de l’amitié ; plutôt, issue de la concupiscence boueuse de la chair et des bouillonnements de la jeunesse, des brumes s’élevaient qui obscurcissaient mon cœur, si bien que je ne pouvais distinguer la claire lumière de l’amour de la brume de la luxure. Toutes deux bouillaient confusément en moi, précipitant ma jeunesse insoumise dans le gouffre des désirs impies, et m’enfonçant dans un abîme de turpitudes. Ta colère s’était accumulée sur moi, sans que je m’en rendisse compte. J’étais devenu sourd au grincement de la chaîne de ma mortalité, punition de l’orgueil de mon âme ; je m’éloignais encore plus de Toi, et Tu me laissais seul. Je fus ballotté, consumé, dispersé ; je bouillonnais dans mes fornications, tandis que Tu gardais Ton calme, ô Toi, ma joie tardive ! Alors Tu gardais Ton calme, et moi je m’éloignais de plus en plus de Toi, vers des champs de peines de plus en plus stériles, avec une fierté abattue et une fatigue incessante.
Oh ! Si seulement quelqu’un avait alors tempéré mon désordre, et fait comprendre la vanité des beautés éphémères de ces créatures, extrêmes manifestations de Ta création ! S’il avait mis des limites à leur plaisir, afin que les marées de ma jeunesse puissent se jeter sur le rivage du mariage, si elles ne le pouvaient pas…
Je vais maintenant me remémorer ma méchanceté passée et les corruptions charnelles de mon âme ; non pas parce que je les aime, mais afin de pouvoir T’aimer, ô mon Dieu. C’est par amour pour Ton amour que je le fais ; en revoyant mes pires actions dans l’amertume même de mes souvenirs, afin que Tu deviennes doux à mes yeux (Toi, douceur éternelle, Toi, douceur féconde et assurée) ; et en me ressaisissant après cette dispersion où j’étais déchiré morceau par morceau, tandis que, détourné de Toi, le Unique Bien, je me perdais au milieu d’une multitude de choses. Car, dès ma jeunesse, je brûlais du désir d’être rassasié par les choses terrestres ; et j’osais de nouveau m’égarer dans ces amours divers et obscurs : ma beauté s’évanouissait, et je dégoûtais à Tes yeux ; je me complaisais en moi-même, désirant plaire aux yeux des hommes. Et qu’y avait-il donc que j’aimasse, sinon aimer et être aimé ? Mais je ne respectais ni la mesure de l’amour, ni les limites lumineuses de l’amitié ; plutôt, issue de la concupiscence boueuse de la chair et des bouillonnements de la jeunesse, des brumes s’élevaient qui obscurcissaient mon cœur, si bien que je ne pouvais distinguer la claire lumière de l’amour de la brume de la luxure. Toutes deux bouillaient confusément en moi, précipitant ma jeunesse insoumise dans le gouffre des désirs impies, et m’enfonçant dans un abîme de turpitudes. Ta colère s’était accumulée sur moi, sans que je m’en rendisse compte. J’étais devenu sourd au grincement de la chaîne de ma mortalité, punition de l’orgueil de mon âme ; je m’éloignais encore plus de Toi, et Tu me laissais seul. Je fus ballotté, consumé, dispersé ; je bouillonnais dans mes fornications, tandis que Tu gardais Ton calme, ô Toi, ma joie tardive ! Alors Tu gardais Ton calme, et moi je m’éloignais de plus en plus de Toi, vers des champs de peines de plus en plus stériles, avec une fierté abattue et une fatigue incessante.
Oh ! Si seulement quelqu’un avait alors tempéré mon désordre, et fait comprendre la vanité des beautés éphémères de ces créatures, extrêmes manifestations de Ta création ! S’il avait mis des limites à leur plaisir, afin que les marées de ma jeunesse puissent se jeter sur le rivage du mariage, si elles ne le pouvaient pas…
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apaisé, et resté dans le cadre d’une famille, comme le prescrit Ta loi, ô Seigneur : Toi qui, de cette manière, forges la descendance de notre mort, pouvant de ta main douce atténuer les épines exclues de Ton paradis ? Car Ton omnipotence n’est pas loin de nous, même lorsque nous sommes éloignés de Toi. Sinon, j’aurais dû prêter plus d’attention à la voix venue des nuages : « Néanmoins, ceux-ci auront des tribulations dans la chair, mais je vous épargne. » Et il est bon pour un homme de ne pas toucher une femme. Celui qui est célibataire pense aux choses du Seigneur, à la façon de Lui plaire ; mais celui qui est marié s’occupe des choses de ce monde, à la façon de plaire à sa femme. À ces paroles, j’aurais dû écouter avec plus d’attention, et, séparé pour le royaume des cieux, j’aurais attendu plus joyeusement Tes embrassades ; mais moi, pauvre misérable, j’étais agité comme une mer tourmentée, suivant le cours de mes propres passions, t’abandonnant et dépassant tous Tes limites ; pourtant, je n’ai pas échappé à Tes châtiments. Car quel mortel peut y parvenir ? Car Tu as toujours été envers moi à la fois miséricordieux et rigoureux, teintant de l’alliage le plus amer tous mes plaisirs illicites : afin que je cherche des plaisirs sans mélange. Mais où en trouver, je ne pouvais le découvrir, sinon en Toi, ô Seigneur, qui enseignes par la souffrance, et nous blesse pour nous guérir ; et nous tues, pour que nous ne mourions pas loin de Toi. Où étais-je, et à quelle distance étais-je exilé des délices de Ta maison, en cette seizième année de mon âge charnel, lorsque la folie de la luxure (à laquelle l’indécence humaine donne libre cours, bien qu’elle ne soit pas autorisée par Tes lois) prit le dessus sur moi, et je m’y abandonnai entièrement ? Pendant ce temps, mes amis ne se souciaient pas, par le mariage, de sauver ma chute ; leur seule préoccupation était que j’apprenne à parler excellemment et à être un orateur persuasif. Car cette année-là, mes études furent interrompues : car après mon retour de Madaura (une ville voisine, où j’étais allé apprendre la grammaire et la rhétorique), on préparait pour moi les frais d’un nouveau voyage à Carthage ; et cela plutôt par la résolution que par les moyens de mon père, qui n’était qu’un pauvre citoyen libre de Thagaste. À qui le dis-je ? Pas à Toi, mon Dieu ; mais devant Toi, à ma propre race, même à cette petite partie de l’humanité qui pourra tomber sur ces écrits miens. Et à quel but ? Afin que quiconque lit ceci puisse comprendre de quelles profondeurs nous devons crier vers Toi. Car quoi peut être plus proche de Tes oreilles qu’un cœur qui avoue ses fautes et une vie de foi ? Qui n’a pas loué mon père, pour avoir, au-delà de ses moyens, fourni à son fils tout ce dont il avait besoin pour un long voyage à des fins d’études ? Car de nombreux citoyens bien plus riches ne faisaient pas cela pour leurs enfants. Pourtant, ce même père ne se souciait pas de savoir comment je grandissais vers Toi.
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ou combien j’étais chaste ; de sorte que je n’étais que prolixe dans la parole, aussi stérile que j’étais pour Ta culture, ô Dieu, qui es le seul vrai et bon Seigneur de Ton champ, mon cœur.
Mais tandis que, à mon seizième année, je vivais avec mes parents, abandonnant l’école pour un temps (une période d’oisiveté due à la pauvreté de mes parents), les ronces des désirs impurs poussaient en abondance au-dessus de ma tête, et il n’y avait pas de main pour les arracher. Lorsque mon père me vit aux bains, déjà en train de devenir homme, doté d’une jeunesse agitée, il, prévoyant déjà ses descendants, en parla joyeusement à ma mère ; se réjouissant de ce tumulte des sens où le monde oublie Toi, son Créateur, et devient épris de Ta créature plutôt que de Toi-même, sous l’effet des vapeurs de ce vin invisible de sa volonté propre, se tournant vers les choses les plus viles. Mais dans le sein de ma mère, Tu avais déjà commencé Ton temple, et les fondations de Ta demeure sainte, tandis que mon père n’était encore qu’un catéchumène, et cela seulement depuis peu. Elle fut alors saisie d’une sainte crainte et de tremblements ; et bien que je ne fusse pas encore baptisé, elle craignit pour moi ces chemins tortueux empruntés par ceux qui tournent le dos à Toi, et non leur visage.
Hélas ! Oserai-je dire que Tu gardais le silence, ô mon Dieu, tandis que je m’éloignais davantage de Toi ? As-Tu vraiment gardé le silence à mon égard ? Et à qui appartenaient ces paroles que, par ma mère, Ta fidèle, Tu as chantées à mes oreilles ? Rien de tout cela n’a pénétré dans mon cœur pour m’y inciter. Car elle souhaitait, et je me souviens qu’elle m’a averti en privé avec une grande anxiété : « de ne pas commettre de fornication ; mais surtout jamais de souiller la femme d’un autre homme. » Ces conseils me semblaient féminins, et j’aurais honte de les suivre. Mais ils étaient Tiens, et je ne le savais pas : je pensais que Tu étais silencieux et que c’était elle qui parlait ; par elle, Tu n’étais pas silencieux envers moi ; et en elle, j’étais méprisé par moi-même, son fils, le fils de Ta servante, Ton serviteur. Mais je ne le savais pas ; et je courais tête baissée dans une telle aveuglement que, parmi mes pairs, j’avais honte d’une moindre impudence, lorsque j’entendais leurs vantardises sur leur débauche ; et plus ils se vantaient, plus ils étaient dégradés : et je prenais plaisir, non seulement au plaisir de l’acte, mais aussi aux éloges. Qu’y a-t-il de digne de mépris sinon le vice ? Mais je me rendais pire que je n’étais, afin de ne pas être méprisé ; et quand, en quoi que ce soit, je n’avais pas péché comme les abandonnés, je prétendais l’avoir fait.
Mais tandis que, à mon seizième année, je vivais avec mes parents, abandonnant l’école pour un temps (une période d’oisiveté due à la pauvreté de mes parents), les ronces des désirs impurs poussaient en abondance au-dessus de ma tête, et il n’y avait pas de main pour les arracher. Lorsque mon père me vit aux bains, déjà en train de devenir homme, doté d’une jeunesse agitée, il, prévoyant déjà ses descendants, en parla joyeusement à ma mère ; se réjouissant de ce tumulte des sens où le monde oublie Toi, son Créateur, et devient épris de Ta créature plutôt que de Toi-même, sous l’effet des vapeurs de ce vin invisible de sa volonté propre, se tournant vers les choses les plus viles. Mais dans le sein de ma mère, Tu avais déjà commencé Ton temple, et les fondations de Ta demeure sainte, tandis que mon père n’était encore qu’un catéchumène, et cela seulement depuis peu. Elle fut alors saisie d’une sainte crainte et de tremblements ; et bien que je ne fusse pas encore baptisé, elle craignit pour moi ces chemins tortueux empruntés par ceux qui tournent le dos à Toi, et non leur visage.
Hélas ! Oserai-je dire que Tu gardais le silence, ô mon Dieu, tandis que je m’éloignais davantage de Toi ? As-Tu vraiment gardé le silence à mon égard ? Et à qui appartenaient ces paroles que, par ma mère, Ta fidèle, Tu as chantées à mes oreilles ? Rien de tout cela n’a pénétré dans mon cœur pour m’y inciter. Car elle souhaitait, et je me souviens qu’elle m’a averti en privé avec une grande anxiété : « de ne pas commettre de fornication ; mais surtout jamais de souiller la femme d’un autre homme. » Ces conseils me semblaient féminins, et j’aurais honte de les suivre. Mais ils étaient Tiens, et je ne le savais pas : je pensais que Tu étais silencieux et que c’était elle qui parlait ; par elle, Tu n’étais pas silencieux envers moi ; et en elle, j’étais méprisé par moi-même, son fils, le fils de Ta servante, Ton serviteur. Mais je ne le savais pas ; et je courais tête baissée dans une telle aveuglement que, parmi mes pairs, j’avais honte d’une moindre impudence, lorsque j’entendais leurs vantardises sur leur débauche ; et plus ils se vantaient, plus ils étaient dégradés : et je prenais plaisir, non seulement au plaisir de l’acte, mais aussi aux éloges. Qu’y a-t-il de digne de mépris sinon le vice ? Mais je me rendais pire que je n’étais, afin de ne pas être méprisé ; et quand, en quoi que ce soit, je n’avais pas péché comme les abandonnés, je prétendais l’avoir fait.
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J’ai fait ce que je n’avais pas fait, afin de ne pas paraître méprisable en proportion de mon innocence ; ou, à l’inverse, moins importante, plus chaste. Vois avec quels compagnons j’ai arpenté les rues de Babylone, et je me suis enfoncé dans ses marécages, comme dans un lit de épices et d’onguents précieux. Et pour pouvoir m’approcher encore plus vite de son centre, l’ennemi invisible m’a écrasé et m’a séduit, car j’étais facile à séduire. Ma mère, elle non plus, ne prit pas garde à cela : elle avait fui le centre de Babylone, mais avançait lentement dans ses environs, me conseillant la chasteté, et tenait compte de ce que son mari lui avait dit à mon sujet, afin de me maintenir dans les limites de l’affection conjugale, si cela était possible. Elle ignorait ce qu’elle considérait comme dangereux, tant pour le présent que pour l’avenir. Elle ne voulait pas que ma femme devienne un obstacle à mes espoirs. Pas ces espoirs concernant le monde à venir, en lesquels ma mère avait confiance en Toi ; mais l’espoir d’apprendre, que mes parents désiraient ardemment que j’atteigne. Mon père, parce qu’il ne pensait presque pas à Toi ni à moi, mais seulement à des vanités ; ma mère, parce qu’elle pensait que les études habituelles ne seraient pas un obstacle, mais même un moyen d’atteindre Toi. C’est ce que je suppose, en me remémorant autant que possible la nature de mes parents. Entre-temps, les rênes étaient relâchées pour moi, au-delà de toute mesure de rigueur, afin que je puisse passer mon temps à jouer, voire à mener une vie dissolue dans tout ce que je désirais. Partout régnait un brouillard qui m’empêchait, ô mon Dieu, de voir la lumière de Ta vérité ; et ma méchanceté éclatait comme issue d’une surabondance. Le vol est puni par Ta loi, ô Seigneur, ainsi que par la loi écrite dans le cœur des hommes, loi que la méchanceté elle-même ne peut effacer. Car quel voleur restera avec un autre voleur ? Même pas un voleur riche, qui vole par nécessité. Pourtant, j’avais envie de voler, et je l’ai fait, non pas par faim ou par pauvreté, mais à cause d’une excès de bienveillance envers moi-même et d’une indulgence envers la méchanceté. J’ai volé ce dont j’avais déjà assez, et même de bien mieux. Je ne cherchais pas à profiter de ce que j’avais volé, mais je prenais plaisir au vol lui-même et au péché. Il y avait un pommier près de notre vignoble, chargé de fruits, qui ne tentait personne ni par sa couleur ni par son goût. Pour le secouer et le piller, quelques jeunes gens lubriques sont allés là, tard dans la nuit (ayant, selon notre coutume funeste, prolongé nos jeux dans les rues jusqu’à ce moment-là), et ont emporté de gros chargements, non pas pour nous nourrir, mais pour les jeter aux cochons, après les avoir simplement goûtés. Et tout cela, simplement pour faire ce que nous voulions, parce que c’était mal vu. Vois mon cœur, ô Dieu, vois mon cœur, que Tu as eu pitié au fond du gouffre sans fond. Maintenant, laisse mon cœur te dire ce qu’il cherchait.
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Voilà : je devrais être méchant sans raison, sans aucune tentation de faire le mal, mais simplement à cause du mal lui-même. C’était abominable, et j’aimais cela ; j’aimais périr, j’aimais ma propre faute, non pas ce pour quoi j’étais fautif, mais ma faute elle-même. Âme abominable, tombant de Ton firmament vers une destruction totale ; ne cherchant rien à travers la honte, mais la honte elle-même !
Car il y a un attrait dans les corps beaux, dans l’or et l’argent, et en toutes choses ; et dans le contact physique, la sympathie a une grande influence, et chaque sens a son objet propre, adapté de manière appropriée. L’honneur mondain a aussi sa grâce, ainsi que le pouvoir de vaincre et de dominer ; c’est de là que naît également la soif de vengeance. Mais pour obtenir tout cela, nous ne devons pas nous éloigner de Toi, ô Seigneur, ni dévier de Ta loi. La vie que nous menons ici-bas a aussi son propre charme, grâce à une certaine proportion de ses propres éléments, et à une correspondance avec toutes les belles choses qui existent en ce bas monde. L’amitié humaine est également précieuse, grâce à des liens doux, en raison de l’unité formée par de nombreuses âmes. À cause de tout cela, et d’autres choses semblables, le péché est commis ; car, par une inclination excessive envers ces biens de moindre valeur, on abandonne ceux qui sont meilleurs et plus élevés — Toi, notre Seigneur Dieu, Ta vérité, et Ta loi. Car ces choses inférieures ont leurs plaisirs, mais pas comme mon Dieu, qui a créé toutes choses ; car c’est en Lui que le juste trouve du plaisir, et Il est la joie de celui dont le cœur est droit.
Lorsque nous demandons pourquoi un crime a été commis, nous ne le croyons pas, à moins qu’il ne semble y avoir eu un désir d’obtenir l’un de ces biens que nous appelons inférieurs, ou une peur de les perdre. Car ils sont beaux et agréables ; bien que, comparés à ces biens supérieurs et béatifs, ils soient vils et insignifiants. Un homme a assassiné un autre : pourquoi ? Il aimait sa femme ou ses biens ; ou il voulait voler pour subvenir à ses besoins ; ou il craignait de perdre de telles choses à cause de cet autre ; ou, ayant été lésé, il brûlait du désir de se venger. Qui commettrait un meurtre sans raison, simplement parce qu’il prend plaisir à tuer ? Qui le croirait ? Quant à cet homme furieux et sauvage, dont on dit qu’il était méchant et cruel sans raison, on lui attribue néanmoins une raison : « Pour que », dit-il, « la main ou le cœur ne deviennent pas oisifs ». Et à quel but ? Afin, par cette pratique coupable, de pouvoir, après avoir pris la ville, obtenir des honneurs, du pouvoir, des richesses, et être libéré de la peur des lois, des difficultés dues aux besoins domestiques, et de la conscience de ses méchancetés. Ainsi, même Catilina ne aimait pas ses propres méchancetés, mais quelque chose d’autre, pour lequel il les commettait.
Car il y a un attrait dans les corps beaux, dans l’or et l’argent, et en toutes choses ; et dans le contact physique, la sympathie a une grande influence, et chaque sens a son objet propre, adapté de manière appropriée. L’honneur mondain a aussi sa grâce, ainsi que le pouvoir de vaincre et de dominer ; c’est de là que naît également la soif de vengeance. Mais pour obtenir tout cela, nous ne devons pas nous éloigner de Toi, ô Seigneur, ni dévier de Ta loi. La vie que nous menons ici-bas a aussi son propre charme, grâce à une certaine proportion de ses propres éléments, et à une correspondance avec toutes les belles choses qui existent en ce bas monde. L’amitié humaine est également précieuse, grâce à des liens doux, en raison de l’unité formée par de nombreuses âmes. À cause de tout cela, et d’autres choses semblables, le péché est commis ; car, par une inclination excessive envers ces biens de moindre valeur, on abandonne ceux qui sont meilleurs et plus élevés — Toi, notre Seigneur Dieu, Ta vérité, et Ta loi. Car ces choses inférieures ont leurs plaisirs, mais pas comme mon Dieu, qui a créé toutes choses ; car c’est en Lui que le juste trouve du plaisir, et Il est la joie de celui dont le cœur est droit.
Lorsque nous demandons pourquoi un crime a été commis, nous ne le croyons pas, à moins qu’il ne semble y avoir eu un désir d’obtenir l’un de ces biens que nous appelons inférieurs, ou une peur de les perdre. Car ils sont beaux et agréables ; bien que, comparés à ces biens supérieurs et béatifs, ils soient vils et insignifiants. Un homme a assassiné un autre : pourquoi ? Il aimait sa femme ou ses biens ; ou il voulait voler pour subvenir à ses besoins ; ou il craignait de perdre de telles choses à cause de cet autre ; ou, ayant été lésé, il brûlait du désir de se venger. Qui commettrait un meurtre sans raison, simplement parce qu’il prend plaisir à tuer ? Qui le croirait ? Quant à cet homme furieux et sauvage, dont on dit qu’il était méchant et cruel sans raison, on lui attribue néanmoins une raison : « Pour que », dit-il, « la main ou le cœur ne deviennent pas oisifs ». Et à quel but ? Afin, par cette pratique coupable, de pouvoir, après avoir pris la ville, obtenir des honneurs, du pouvoir, des richesses, et être libéré de la peur des lois, des difficultés dues aux besoins domestiques, et de la conscience de ses méchancetés. Ainsi, même Catilina ne aimait pas ses propres méchancetés, mais quelque chose d’autre, pour lequel il les commettait.
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Que pouvais-je donc aimer tant en toi, ô vol de moi, ô acte de ténèbres, en cette seizième année de ma vie ? Tu n’étais pas belle, car tu étais un vol. Mais suis-je vraiment digne que je te parle ainsi ? Les poires que nous avons volées étaient belles, car elles étaient ta création, Toi, le plus beau de tous, Créateur de tout, ô bon Dieu ; Dieu, le bien souverain et mon vrai bien. Ces poires étaient belles, mais ce n’était pas elles que désirait mon âme misérable ; car j’avais à ma disposition des choses meilleures, et celles que je ramassais, c’était seulement pour les voler. Car, une fois ramassées, je les rejetais ; ma seule joie résidait dans mon propre péché, que je prenais plaisir à savourer. Car si quelque poire parvenait dans ma bouche, c’était le péché qui la rendait sucrée. Et maintenant, ô Seigneur mon Dieu, je me demande ce qui, dans ce vol, m’a plu ; et voilà qu’il n’y a aucune beauté en cela ; je ne pense pas à une telle beauté que celle de la justice et de la sagesse ; ni à celle qui réside dans l’esprit, la mémoire, les sens et la vie animale de l’homme ; ni même à celle avec laquelle les étoiles brillent et sont belles dans leurs orbes ; ou la terre, ou la mer, pleines de vie naissante, qui, par sa naissance, remplace ce qui se décompose ; non, même pas cette beauté fausse et sombre qui appartient aux vices trompeurs.
Car ainsi l’orgueil imite la grandeur ; tandis que Toi seul es Dieu, élevé au-dessus de tout. L’ambition, que cherche-t-elle, sinon des honneurs et de la gloire ? Tandis que Toi seul dois être honoré au-dessus de tout, et glorieux à jamais. La cruauté des puissants voudrait être redoutée ; mais qui peut être craint, sinon Dieu seul, dont on ne peut rien arracher ou retirer ? Quand, où, comment, par qui ? Les tendresses des débauchés voudraient être considérées comme de l’amour : pourtant rien n’est plus tendre que ta charité ; et rien n’est aimé de manière plus salutaire que ta vérité, brillante et belle au-dessus de tout. La curiosité prétend être un désir de connaissance ; tandis que Toi, tu connais tout au plus haut point. Oui, l’ignorance et la folie elles-mêmes se cachent sous le nom de simplicité et d’inoffensivité ; car rien n’est plus simple que Toi : et quoi de moins offensant, puisque ce sont ses propres œuvres qui blessent le pécheur ? Oui, la paresse voudrait être au repos ; mais quel repos stable en dehors du Seigneur ? Le luxe prétend être abondance et richesse ; mais Tu es la plénitude et l’abondance inépuisable de plaisirs incorruptibles. La prodigalité donne l’illusion de la générosité : mais Tu es le Donateur le plus généreux de tous les biens. L’avidité voudrait posséder de nombreuses choses ; et Tu possèdes toutes choses. L’envie lutte pour l’excellence : qu’y a-t-il de plus excellent que Toi ? La colère cherche vengeance : qui venge plus justement que Toi ? La peur est effrayée par les événements inhabituels et soudains, qui mettent en danger ce qui est cher, et pousse à la précaution pour eux.
Car ainsi l’orgueil imite la grandeur ; tandis que Toi seul es Dieu, élevé au-dessus de tout. L’ambition, que cherche-t-elle, sinon des honneurs et de la gloire ? Tandis que Toi seul dois être honoré au-dessus de tout, et glorieux à jamais. La cruauté des puissants voudrait être redoutée ; mais qui peut être craint, sinon Dieu seul, dont on ne peut rien arracher ou retirer ? Quand, où, comment, par qui ? Les tendresses des débauchés voudraient être considérées comme de l’amour : pourtant rien n’est plus tendre que ta charité ; et rien n’est aimé de manière plus salutaire que ta vérité, brillante et belle au-dessus de tout. La curiosité prétend être un désir de connaissance ; tandis que Toi, tu connais tout au plus haut point. Oui, l’ignorance et la folie elles-mêmes se cachent sous le nom de simplicité et d’inoffensivité ; car rien n’est plus simple que Toi : et quoi de moins offensant, puisque ce sont ses propres œuvres qui blessent le pécheur ? Oui, la paresse voudrait être au repos ; mais quel repos stable en dehors du Seigneur ? Le luxe prétend être abondance et richesse ; mais Tu es la plénitude et l’abondance inépuisable de plaisirs incorruptibles. La prodigalité donne l’illusion de la générosité : mais Tu es le Donateur le plus généreux de tous les biens. L’avidité voudrait posséder de nombreuses choses ; et Tu possèdes toutes choses. L’envie lutte pour l’excellence : qu’y a-t-il de plus excellent que Toi ? La colère cherche vengeance : qui venge plus justement que Toi ? La peur est effrayée par les événements inhabituels et soudains, qui mettent en danger ce qui est cher, et pousse à la précaution pour eux.
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sécurité ; mais pour Toi, qu’y a-t-il de inhabituel ou de soudain, ou qui sépare de Toi ce que Tu aimes ? Ou où, sinon avec Toi, y a-t-il une sécurité inébranlable ? La tristesse se lamente pour les choses perdues, le plaisir de ses désirs ; car elle voudrait que rien ne lui fût enlevé, comme rien ne peut l’être de Toi.
Ainsi l’âme commet-t-elle l’adultère, lorsqu’elle s’éloigne de Toi, cherchant sans Toi ce qu’elle ne trouve pas pur et intact, jusqu’à ce qu’elle revienne à Toi. Ainsi tous ceux qui t’imitent de manière perverse s’éloignent de Toi et se dressent contre Toi. Mais même en t’imitant ainsi, ils impliquent que Tu es le Créateur de toute la nature ; d’où il n’y a nul lieu où se retirer complètement de Toi. Alors, qu’ai-je aimé dans ce vol ? Et en quoi ai-je même imité mon Seigneur de manière corrompue et perverse ? Ai-je voulu, en secret, faire le contraire de Ta loi, parce que par la force je ne le pouvais pas, afin, prisonnier, d’imiter une liberté mutilée en faisant impunément des choses qui ne m’étaient pas permises, une image assombrie de Ton Omnipotence ?
Vois, Ton serviteur, fuyant son Seigneur et ne trouvant qu’une ombre. Ô corruption, ô monstruosité de la vie, et profondeur de la mort ! Pourrais-je avoir ce que je ne peux pas, seulement parce que je ne le peux pas ?
Que rendre-ai-je au Seigneur, afin que, tandis que ma mémoire se souvient de ces choses, mon âme ne soit pas effrayée par elles ? Je T’aimerai, ô Seigneur, et Te remercierai, et confesserai Ton nom ; car Tu m’as pardonné ces actes si grands et si abominables. À Ta grâce j’en attribue la cause, ainsi qu’à Ta miséricorde, qui a fait fondre mes péchés comme de la glace. À Ta grâce j’attribue aussi tout ce que je n’ai pas fait de mal ; car que n’aurais-je pas pu faire, moi qui ai même aimé le péché pour lui-même ? Oui, je confesse que tout m’a été pardonné : tant les maux que j’ai commis par ma propre volonté, que ceux que, par Ta guidance, je n’ai pas commis. Quel homme est-ce, qui, pesant sa propre faiblesse, ose attribuer sa pureté et son innocence à sa propre force, afin d’aimer Toi moins, comme s’il avait moins besoin de Ta miséricorde, par laquelle Tu pardonnes les péchés à ceux qui se tournent vers Toi ? Car quiconque, appelé par Toi, a suivi Ta voix et évité ces choses que je rappelle et confesse à mon sujet, qu’il ne me méprise pas, moi qui, étant malade, ai été guéri par ce Médecin, grâce auquel je ne l’étais plus, ou plutôt moins malade : et pour cela qu’il T’aime autant, oui, et davantage ; car par Lui il voit que j’ai été guéri d’une telle consommation de péché, et par Lui il voit qu’il a lui-même été préservé d’une semblable consommation de péché.
Ainsi l’âme commet-t-elle l’adultère, lorsqu’elle s’éloigne de Toi, cherchant sans Toi ce qu’elle ne trouve pas pur et intact, jusqu’à ce qu’elle revienne à Toi. Ainsi tous ceux qui t’imitent de manière perverse s’éloignent de Toi et se dressent contre Toi. Mais même en t’imitant ainsi, ils impliquent que Tu es le Créateur de toute la nature ; d’où il n’y a nul lieu où se retirer complètement de Toi. Alors, qu’ai-je aimé dans ce vol ? Et en quoi ai-je même imité mon Seigneur de manière corrompue et perverse ? Ai-je voulu, en secret, faire le contraire de Ta loi, parce que par la force je ne le pouvais pas, afin, prisonnier, d’imiter une liberté mutilée en faisant impunément des choses qui ne m’étaient pas permises, une image assombrie de Ton Omnipotence ?
Vois, Ton serviteur, fuyant son Seigneur et ne trouvant qu’une ombre. Ô corruption, ô monstruosité de la vie, et profondeur de la mort ! Pourrais-je avoir ce que je ne peux pas, seulement parce que je ne le peux pas ?
Que rendre-ai-je au Seigneur, afin que, tandis que ma mémoire se souvient de ces choses, mon âme ne soit pas effrayée par elles ? Je T’aimerai, ô Seigneur, et Te remercierai, et confesserai Ton nom ; car Tu m’as pardonné ces actes si grands et si abominables. À Ta grâce j’en attribue la cause, ainsi qu’à Ta miséricorde, qui a fait fondre mes péchés comme de la glace. À Ta grâce j’attribue aussi tout ce que je n’ai pas fait de mal ; car que n’aurais-je pas pu faire, moi qui ai même aimé le péché pour lui-même ? Oui, je confesse que tout m’a été pardonné : tant les maux que j’ai commis par ma propre volonté, que ceux que, par Ta guidance, je n’ai pas commis. Quel homme est-ce, qui, pesant sa propre faiblesse, ose attribuer sa pureté et son innocence à sa propre force, afin d’aimer Toi moins, comme s’il avait moins besoin de Ta miséricorde, par laquelle Tu pardonnes les péchés à ceux qui se tournent vers Toi ? Car quiconque, appelé par Toi, a suivi Ta voix et évité ces choses que je rappelle et confesse à mon sujet, qu’il ne me méprise pas, moi qui, étant malade, ai été guéri par ce Médecin, grâce auquel je ne l’étais plus, ou plutôt moins malade : et pour cela qu’il T’aime autant, oui, et davantage ; car par Lui il voit que j’ai été guéri d’une telle consommation de péché, et par Lui il voit qu’il a lui-même été préservé d’une semblable consommation de péché.
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Quel fruit avais-je donc (malheureux que je suis !) dans ces choses, dont je suis maintenant honteux ? Surtout ce vol que j’aimais pour le vol lui-même ; et cela non plus n’était rien, d’où ma misère encore plus grande, moi qui l’aimais. Pourtant, je ne l’avais jamais commis seul : c’est ainsi que j’étais alors, je m’en souviens, je ne l’avais jamais fait seul. Aimais-je aussi alors la compagnie des complices avec qui je le commettais ? Je n’aimais alors rien d’autre que le vol, ou plutôt je n’aimais rien d’autre ; car cette circonstance de la compagnie n’était elle aussi rien. Qu’y a-t-il, en vérité ? Qui peut m’enseigner, sinon Celui qui éclaire mon cœur et découvre ses recoins sombres ? Qu’est-ce qui est venu à mon esprit pour que je cherche à en discuter et à y réfléchir ? Car si j’avais aimé les poires que je volais et désiré en jouir, j’aurais pu le faire seul, si la simple commission du vol avait suffi à me procurer du plaisir ; je n’aurais pas eu besoin d’attiser l’ardeur de mes désirs par l’excitation des complices. Mais comme mon plaisir n’était pas dans ces poires, il était dans le délit lui-même, que provoquait la compagnie de pécheurs. Qu’était donc ce sentiment ? En vérité, il était trop abominable : et malheur à moi qui le ressentais. Mais qu’était-ce donc ? Qui peut comprendre ses propres erreurs ? C’était un jeu, qui, pour ainsi dire, chatouillait nos cœurs, nous faisant tromper ceux qui peu pensaient à ce que nous faisions et le détestaient profondément. Pourquoi donc mon plaisir était-il de telle nature que je ne le commettais pas seul ? Parce que personne, d’ordinaire, ne rit seul ; généralement personne ; pourtant parfois le rire s’empare des hommes seuls, lorsqu’une chose très ridicule se présente à leurs sens ou à leur esprit. Pourtant, je ne l’avais pas fait seul ; je ne l’avais jamais fait seul. Voici mon Dieu, devant Toi, le souvenir vivant de mon âme ; seul, je n’ai jamais commis ce vol où ce que je volais ne me plaisait pas, mais le fait même de voler ; ni seul cela ne m’a plu de le faire, ni je ne l’ai fait. Ô amitié trop hostile ! Toi, séducteur incompréhensible de l’âme, toi avidité de faire le mal par joie et débauche, toi soif de la perte des autres, sans désir de gain personnel ou de vengeance : mais quand on dit : « Allons, faisons-le », nous avons honte de ne pas être sans honte. Qui peut démêler ces nœuds tordus et complexes ? C’est abominable : je hais de y penser, de le regarder. Mais Toi, je Te désire ardemment, ô Justice et Innocence, belle et agréable à tous les yeux purs, et source d’une satisfaction inépuisable. Avec Toi, il y a un repos complet et une vie paisible. Qui entre en Toi entre dans la joie de son Seigneur : il n’aura pas peur et fera excellemment dans l’Excellence même. Je m’éloignai de Toi, et je errai, ô
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Mon Dieu, mon séjour s’est trop éloigné de Toi en ces jours de ma jeunesse, et je suis devenu pour moi-même une terre stérile.
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LIVRE III
Je suis venu à Carthage, où autour de moi résonnait dans mes oreilles un bouillon d’amours impies. Je n’aimais pas encore, mais j’aimais aimer ; et par un désir profondément enraciné, je me haïssais de ne pas aimer. Je cherchais ce que je pourrais aimer, amoureux de l’amour lui-même, et je haïssais la sécurité, ainsi qu’un chemin sans pièges. Car en moi régnait une faim de ce nourriment intérieur : Toi, mon Dieu ; pourtant, malgré cette faim, je n’étais pas affamé ; j’étais dépourvu de tout désir pour ce sustentail incorruptible, non pas parce que j’en étais rassasié, mais plus j’étais vide, plus je le méprisais. C’est pourquoi mon âme était malade et pleine de plaies ; elle se jetait misérablement vers les objets des sens, désirant être grattée par leur contact. Mais si ces objets n’avaient pas d’âme, ils ne seraient pas des objets d’amour. Aimer donc, et être aimé, était doux pour moi ; mais encore plus lorsque j’arrivais à jouir de la personne que j’aimais : j’avilissais alors la source de l’amitié avec la saleté de la concupiscence, et j’obscurcissais son éclat avec l’enfer de la luxure ; et ainsi, sale et indigne, je souhaitais, par une vanité extrême, être noble et raffiné. Je suis alors tombé tête baissée dans cet amour où je désirais être pris au piège. Mon Dieu, ma Miséricorde, avec quelle amertume as-Tu, par Ta grande bonté, sali pour moi cette douceur ? Car j’étais à la fois aimé et j’ai secrètement atteint le lien du plaisir ; et j’étais, avec joie, enchaîné par des liens porteurs de tristesse, afin d’être fouetté par les barres de fer brûlantes de la jalousie, des soupçons, des craintes, des colères et des querelles.
Les pièces de théâtre m’emportaient également, remplies d’images de mes misères et de combustible pour mon feu. Pourquoi l’homme désire-t-il être rendu triste en voyant des choses affligeantes et tragiques qu’il ne supporterait jamais lui-même ? Pourtant, il souhaite, en tant que spectateur, ressentir de la tristesse pour elles, et c’est précisément cette tristesse qui est son plaisir. N’est-ce là qu’une folie misérable ? Car plus un homme est affecté par de telles actions, moins il est libre de telles passions. Quoi qu’il en soit, lorsqu’il souffre en personne, on appelle cela misère ; lorsqu’il a pitié des autres, c’est alors miséricorde. Mais quelle sorte de compassion est-ce pour des passions feintes et théâtrales ? Car l’auditeur n’est pas…
Je suis venu à Carthage, où autour de moi résonnait dans mes oreilles un bouillon d’amours impies. Je n’aimais pas encore, mais j’aimais aimer ; et par un désir profondément enraciné, je me haïssais de ne pas aimer. Je cherchais ce que je pourrais aimer, amoureux de l’amour lui-même, et je haïssais la sécurité, ainsi qu’un chemin sans pièges. Car en moi régnait une faim de ce nourriment intérieur : Toi, mon Dieu ; pourtant, malgré cette faim, je n’étais pas affamé ; j’étais dépourvu de tout désir pour ce sustentail incorruptible, non pas parce que j’en étais rassasié, mais plus j’étais vide, plus je le méprisais. C’est pourquoi mon âme était malade et pleine de plaies ; elle se jetait misérablement vers les objets des sens, désirant être grattée par leur contact. Mais si ces objets n’avaient pas d’âme, ils ne seraient pas des objets d’amour. Aimer donc, et être aimé, était doux pour moi ; mais encore plus lorsque j’arrivais à jouir de la personne que j’aimais : j’avilissais alors la source de l’amitié avec la saleté de la concupiscence, et j’obscurcissais son éclat avec l’enfer de la luxure ; et ainsi, sale et indigne, je souhaitais, par une vanité extrême, être noble et raffiné. Je suis alors tombé tête baissée dans cet amour où je désirais être pris au piège. Mon Dieu, ma Miséricorde, avec quelle amertume as-Tu, par Ta grande bonté, sali pour moi cette douceur ? Car j’étais à la fois aimé et j’ai secrètement atteint le lien du plaisir ; et j’étais, avec joie, enchaîné par des liens porteurs de tristesse, afin d’être fouetté par les barres de fer brûlantes de la jalousie, des soupçons, des craintes, des colères et des querelles.
Les pièces de théâtre m’emportaient également, remplies d’images de mes misères et de combustible pour mon feu. Pourquoi l’homme désire-t-il être rendu triste en voyant des choses affligeantes et tragiques qu’il ne supporterait jamais lui-même ? Pourtant, il souhaite, en tant que spectateur, ressentir de la tristesse pour elles, et c’est précisément cette tristesse qui est son plaisir. N’est-ce là qu’une folie misérable ? Car plus un homme est affecté par de telles actions, moins il est libre de telles passions. Quoi qu’il en soit, lorsqu’il souffre en personne, on appelle cela misère ; lorsqu’il a pitié des autres, c’est alors miséricorde. Mais quelle sorte de compassion est-ce pour des passions feintes et théâtrales ? Car l’auditeur n’est pas…
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Appelé à consoler, mais seulement à pleurer : et il applaudit d’autant plus l’acteur de ces fictions qu’il souffre davantage. Et si les calamités de ces personnages (qu’elles soient d’autrefois ou purement fictives) sont représentées de telle manière que le spectateur n’est pas ému aux larmes, il s’en va dégoûté et en train de critiquer ; mais s’il est saisi de passion, il reste attentif et pleure de joie. Les peines sont-elles donc aussi aimées ? En vérité, tous désirent la joie. Ou bien, puisque personne n’aime être misérable, est-il pour autant heureux d’être miséricordieux ? Comme cela ne peut se faire sans passion, est-ce pour cette seule raison que les passions sont aimées ? Cela provient également de cette source d’amitié. Mais où mène cette source ? Où coule-t-elle ? Pourquoi se jette-t-elle dans ce torrent d’obscurité qui déverse ces vagues monstrueuses de luxure impure, dans lequel elle est délibérément transformée, précipitée et corrompue par sa propre volonté, loin de sa clarté céleste ? Faut-il donc rejeter la compassion ? En aucun cas. Que les peines soient donc parfois aimées. Mais garde-toi de l’impureté, ô mon âme, sous la protection de mon Dieu, le Dieu de nos pères, qui doit être loué et exalté au-dessus de tout pour l’éternité, garde-toi de l’impureté. Car je n’ai pas cessé de plaindre ; mais alors, dans les théâtres, je me réjouissais avec les amants lorsqu’ils jouissaient malicieusement l’un de l’autre, bien que ce fût seulement imaginaire dans la pièce. Et quand ils se perdaient l’un l’autre, comme si j’étais très compatissant, je pleurais avec eux, tout en prenant plaisir aux deux situations. Mais maintenant, je plains beaucoup plus celui qui se réjouit dans sa méchanceté que celui qui semble souffrir des difficultés, en manquant de quelque plaisir nocif ou en perdant une certaine félicité misérable. C’est assurément là la vraie miséricorde, mais la peine n’y trouve pas son plaisir. Car bien que celui qui pleure pour le misérable soit loué pour son devoir de charité, celui qui est vraiment compatissant préférerait qu’il n’y ait rien à pleurer. Car si le bien devient malveillant (ce qui est impossible), alors celui qui compatit sincèrement pourrait souhaiter qu’il y ait des misérables qu’il puisse plaindre. Une certaine tristesse peut donc être admise, mais pas aimée. Car ainsi fais-Tu, ô Seigneur Dieu, qui aimes les âmes bien plus purement que nous, et qui as pour elles une pitié plus incorruptible, et pourtant tu n’es pas blessé par la tristesse. Et qui est digne de ces choses ? Moi, misérable, j’aimais donc pleurer, et je cherchais ce qui pouvait me faire pleurer ; c’était dans la misère d’autrui, feinte et simulée, que l’interprétation la meilleure me plaisait le plus et m’attirait avec la plus grande force, jusqu’à faire couler mes larmes. Quel miracle qu’une brebis malheureuse, s’éloignant de ton troupeau et impatiente de ta garde, ait été infectée par une maladie impure ? De là vient l’amour des peines ; pas celles qui devraient s’enfoncer profondément en moi ; car je n’aimais pas à…
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souffrir, ce que j’aimais à contempler ; mais ceux qui, en entendant leurs fictions, ne grattent que superficiellement la surface, sur laquelle, comme sur des ongles empoisonnés, suivent enflure, ulcères et plaies putréfiées. Ma vie étant telle, était-ce une vie, ô mon Dieu ?
Et Ta miséricorde fidèle planait au loin au-dessus de moi. À quelles graves iniquités me suis-je livré, poursuivant une curiosité sacrilège, qui, m’ayant abandonné à Toi, pouvait m’entraîner vers l’abîme perfide et le service trompeur des démons, auxquels je sacrifiais mes actes mauvais, et en toutes ces choses Tu m’as châtié ! J’ai même osé, tandis que Tes solennités étaient célébrées dans les murs de Ta Église, désirer et entreprendre une entreprise digne de mort pour ses fruits, pour laquelle Tu m’as puni de châtiments terribles, bien que rien ne fût de ma faute, ô Toi, ma miséricorde infinie, mon Dieu, mon refuge contre ces terribles destructeurs, parmi lesquels je errais avec un cou raide, m’éloignant davantage de Toi, aimant mes propres voies plutôt que les Tiennes, aimant une liberté vagabonde.
Ces études aussi, qui étaient considérées comme louables, visaient à exceller dans les cours de litige ; plus elles étaient louées, plus elles étaient rusées. Telle est la cécité des hommes, se glorifiant même de leur cécité. Et maintenant j’étais le premier dans l’école de rhétorique, ce dont je me réjouissais fièrement, et j’étais gonflé d’arrogance, bien que (Seigneur, Tu le sais) j’étais bien plus calme et complètement éloigné des troubles causés par ces « Subvertisseurs » (car ce nom funeste et diabolique était le symbole même de la bravoure) parmi lesquels je vivais, avec une honte sans vergogne de ne pas être même comme eux. Je vivais avec eux, et parfois j’étais ravi de leur amitié, dont je haïssais toujours les agissements — c’est-à-dire leurs « subversions », par lesquelles ils persécutaient sans mesure la modestie des étrangers, qu’ils perturbaient par des moqueries gratuites, nourrissant ainsi leur nature malveillante. Rien ne peut être plus semblable aux actes des démons que ceux-ci. Que pourraient-ils donc être appelés autrement que « Subvertisseurs » ? Eux-mêmes d’abord subvertis et complètement pervertis, ces esprits trompeurs se moquant secrètement d’eux et les séduisant, s’amusant eux-mêmes à se moquer et à tromper les autres.
Parmi eux, en cette époque troublée de ma vie, j’appris les livres d’éloquence, dans lesquels je désirais briller, pour un but maudit et vaniteux, un plaisir dans la vanité humaine. Dans le cours normal des études, je tombai sur un certain livre de Cicéron, dont presque tous admirent le discours, mais non son cœur. Ce livre contient une exhortation à la philosophie, et est
Et Ta miséricorde fidèle planait au loin au-dessus de moi. À quelles graves iniquités me suis-je livré, poursuivant une curiosité sacrilège, qui, m’ayant abandonné à Toi, pouvait m’entraîner vers l’abîme perfide et le service trompeur des démons, auxquels je sacrifiais mes actes mauvais, et en toutes ces choses Tu m’as châtié ! J’ai même osé, tandis que Tes solennités étaient célébrées dans les murs de Ta Église, désirer et entreprendre une entreprise digne de mort pour ses fruits, pour laquelle Tu m’as puni de châtiments terribles, bien que rien ne fût de ma faute, ô Toi, ma miséricorde infinie, mon Dieu, mon refuge contre ces terribles destructeurs, parmi lesquels je errais avec un cou raide, m’éloignant davantage de Toi, aimant mes propres voies plutôt que les Tiennes, aimant une liberté vagabonde.
Ces études aussi, qui étaient considérées comme louables, visaient à exceller dans les cours de litige ; plus elles étaient louées, plus elles étaient rusées. Telle est la cécité des hommes, se glorifiant même de leur cécité. Et maintenant j’étais le premier dans l’école de rhétorique, ce dont je me réjouissais fièrement, et j’étais gonflé d’arrogance, bien que (Seigneur, Tu le sais) j’étais bien plus calme et complètement éloigné des troubles causés par ces « Subvertisseurs » (car ce nom funeste et diabolique était le symbole même de la bravoure) parmi lesquels je vivais, avec une honte sans vergogne de ne pas être même comme eux. Je vivais avec eux, et parfois j’étais ravi de leur amitié, dont je haïssais toujours les agissements — c’est-à-dire leurs « subversions », par lesquelles ils persécutaient sans mesure la modestie des étrangers, qu’ils perturbaient par des moqueries gratuites, nourrissant ainsi leur nature malveillante. Rien ne peut être plus semblable aux actes des démons que ceux-ci. Que pourraient-ils donc être appelés autrement que « Subvertisseurs » ? Eux-mêmes d’abord subvertis et complètement pervertis, ces esprits trompeurs se moquant secrètement d’eux et les séduisant, s’amusant eux-mêmes à se moquer et à tromper les autres.
Parmi eux, en cette époque troublée de ma vie, j’appris les livres d’éloquence, dans lesquels je désirais briller, pour un but maudit et vaniteux, un plaisir dans la vanité humaine. Dans le cours normal des études, je tombai sur un certain livre de Cicéron, dont presque tous admirent le discours, mais non son cœur. Ce livre contient une exhortation à la philosophie, et est
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nommé « Hortensius ». Mais ce livre a changé mes affections, et a tourné mes prières vers Toi, ô Seigneur ; il m’a donné d’autres desseins et désirs. Toute espérance vaine est devenue aussitôt sans valeur pour moi ; et j’ai aspiré avec un désir incroyablement ardent à une immortalité de sagesse, et j’ai commencé alors à me lever, afin de retourner vers Toi. Car je n’utilisais pas ce livre pour aiguiser ma langue (ce que je semblais acheter au prix des allocations de ma mère, à l’âge de dix-neuf ans, mon père étant mort deux ans auparavant) ; je n’en ai pas non plus tiré son style, mais seulement son contenu.
Comme je brûlais alors, mon Dieu, comme je brûlais de revenir des choses terrestres à Toi, sans savoir ce que Tu voudrais faire de moi ? Car c’est en Toi que se trouve la sagesse. Mais l’amour de la sagesse est appelé en grec « philosophie », et c’est elle qui m’a enflammé par ce livre. Il y a ceux qui séduisent par la philosophie, sous un nom grand, doux et honorable, pour dissimuler et déguiser leurs propres erreurs ; et presque tous ceux qui furent ainsi dans ces âges et dans les précédents sont critiqués et exposés dans ce livre : on y montre aussi clairement le sage conseil de Ton Esprit, par Ton bon et dévoué serviteur : Fuyez que quelqu’un ne vous perde par la philosophie et des tromperies vaines, selon la tradition des hommes, selon les rudiments du monde, et non selon le Christ. Car en Lui demeure corporellement toute la plénitude de la divinité. Et comme, à cette époque (Toi, ô lumière de mon cœur, tu le sais), les Écritures apostoliques m’étaient inconnues, j’étais ravi par cet exhortation, seulement dans la mesure où elle m’exhortait fortement, m’embrasait, m’enflammait d’amour, à chercher, à obtenir, à conserver et à embrasser non telle ou telle secte, mais la sagesse elle-même, quoi qu’elle fût ; et seule chose qui m’a retenu de m’enflammer ainsi, c’est que le nom du Christ n’y était pas. Car ce nom, selon Ta miséricorde, ô Seigneur, ce nom de mon Sauveur, Ton Fils, mon cœur tendre l’avait pieusement bu avec le lait de ma mère et le gardait précieusement ; et tout ce qui était sans ce nom, même s’il était très savant, poli ou vrai, ne prenait pas entièrement possession de moi.
J’ai donc résolu de consacrer mon esprit aux Saintes Écritures, afin de voir ce qu’elles étaient. Mais voici, je vois quelque chose que les orgueilleux ne comprennent pas, ni qui ne soit révélé aux enfants : d’accès humble, mais profondément élevé dans ses recoins, et voilé de mystères ; et je n’étais pas de ceux qui pouvaient y entrer, ni baisser le cou pour suivre ses pas. Car je ne ressentais pas ce que je ressens maintenant lorsque je me tournais vers ces Écritures ; elles me semblaient indignes d’être comparées à la majesté de Tully : car mon orgueil démesuré reculait devant leur humilité, ni
Comme je brûlais alors, mon Dieu, comme je brûlais de revenir des choses terrestres à Toi, sans savoir ce que Tu voudrais faire de moi ? Car c’est en Toi que se trouve la sagesse. Mais l’amour de la sagesse est appelé en grec « philosophie », et c’est elle qui m’a enflammé par ce livre. Il y a ceux qui séduisent par la philosophie, sous un nom grand, doux et honorable, pour dissimuler et déguiser leurs propres erreurs ; et presque tous ceux qui furent ainsi dans ces âges et dans les précédents sont critiqués et exposés dans ce livre : on y montre aussi clairement le sage conseil de Ton Esprit, par Ton bon et dévoué serviteur : Fuyez que quelqu’un ne vous perde par la philosophie et des tromperies vaines, selon la tradition des hommes, selon les rudiments du monde, et non selon le Christ. Car en Lui demeure corporellement toute la plénitude de la divinité. Et comme, à cette époque (Toi, ô lumière de mon cœur, tu le sais), les Écritures apostoliques m’étaient inconnues, j’étais ravi par cet exhortation, seulement dans la mesure où elle m’exhortait fortement, m’embrasait, m’enflammait d’amour, à chercher, à obtenir, à conserver et à embrasser non telle ou telle secte, mais la sagesse elle-même, quoi qu’elle fût ; et seule chose qui m’a retenu de m’enflammer ainsi, c’est que le nom du Christ n’y était pas. Car ce nom, selon Ta miséricorde, ô Seigneur, ce nom de mon Sauveur, Ton Fils, mon cœur tendre l’avait pieusement bu avec le lait de ma mère et le gardait précieusement ; et tout ce qui était sans ce nom, même s’il était très savant, poli ou vrai, ne prenait pas entièrement possession de moi.
J’ai donc résolu de consacrer mon esprit aux Saintes Écritures, afin de voir ce qu’elles étaient. Mais voici, je vois quelque chose que les orgueilleux ne comprennent pas, ni qui ne soit révélé aux enfants : d’accès humble, mais profondément élevé dans ses recoins, et voilé de mystères ; et je n’étais pas de ceux qui pouvaient y entrer, ni baisser le cou pour suivre ses pas. Car je ne ressentais pas ce que je ressens maintenant lorsque je me tournais vers ces Écritures ; elles me semblaient indignes d’être comparées à la majesté de Tully : car mon orgueil démesuré reculait devant leur humilité, ni
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Pourrais-tu, par mon esprit acéré, percer leur intimité ? Pourtant, ils étaient de ceux qui grandiraient en êtres insignifiants. Mais je méprisais d’être un être insignifiant ; et, gonflé de fierté, je me prenais pour un grand être.
C’est pourquoi je tombai parmi des hommes orgueilleux, excessivement charnels et bavards, dont la bouche était pleine des pièges du Diable, enduits du mélange des syllabes de Ton nom, de celui de notre Seigneur Jésus-Christ, et du Saint-Esprit, le Paraclet, notre Consolateur. Ces noms ne sortaient pas de leurs bouches, mais n’étaient que sons et bruits de langue, car leur cœur était vide de vérité. Pourtant, ils criaient : « Vérité, Vérité », et en parlaient beaucoup à moi, mais elle n’était pas en eux ; ils proféraient plutôt des mensonges, non seulement à Ton sujet (Toi qui es vraiment la Vérité), mais aussi au sujet de ces éléments de ce monde, Tes créatures. En vérité, j’aurais dû passer outre même les philosophes qui parlaient de ces choses avec vérité, par amour pour Toi, mon Père, suprêmement bon, Beauté de toutes les belles choses. Ô Vérité, Vérité, combien, déjà alors, l’essence même de mon âme aspirait-elle à Toi, quand ils m’en parlaient souvent et de diverses manières, dans de nombreux livres volumineux, bien que ce ne fût qu’un écho ?
Et ce furent là les plats dans lesquels, affamé de Toi, ils m’offraient, à la place de Toi, le Soleil et la Lune, belles œuvres Tiennes, mais encore Tes œuvres, non Toi-même, ni Tes premières œuvres. Car Tes œuvres spirituelles précèdent ces œuvres corporelles, bien qu’elles soient célestes et brillantes. Mais je n’avais faim ni soif ni même de Tes premières œuvres, mais de Toi-même, la Vérité, en qui il n’y a ni variation ni ombre de changement ; pourtant, ils continuaient à me présenter, dans ces plats, des fantaisies scintillantes, dont il valait mieux aimer ce soleil même (qui est réel du moins à nos yeux) que ces fantaisies qui, par nos yeux, trompent notre esprit. Cependant, parce que je les croyais être Toi, je m’en nourrissais ; non avec ardeur, car Tu ne m’y semblais pas tel que Tu es ; car Tu n’étais pas ces vides, et je n’en fus pas nourri, mais plutôt épuisé. La nourriture en sommeil ressemble beaucoup à notre nourriture éveillé ; pourtant, ceux qui dorment ne sont pas nourris par elle, car ils dorment.
Mais ceux-là n’étaient en rien semblables à Toi, tel que Tu me l’as dit maintenant ; car ceux-là étaient des fantaisies corporelles, de faux corps, tandis que ces vrais corps, célestes ou terrestres, que nous voyons avec notre vue charnelle, sont bien plus certains : les bêtes et les oiseaux les perçoivent aussi bien que nous, et ils sont plus certains que lorsque nous les imaginons. De plus, nous les imaginons avec plus de certitude que nous ne pouvons en déduire d’autres corps plus vastes et infinis qui n’ont pas d’existence. C’étaient de tels coquillages vides que je mangeais alors ; et je n’étais pas nourri. Mais Toi, Amour de mon âme, que je cherche en vain, afin que je puisse…
C’est pourquoi je tombai parmi des hommes orgueilleux, excessivement charnels et bavards, dont la bouche était pleine des pièges du Diable, enduits du mélange des syllabes de Ton nom, de celui de notre Seigneur Jésus-Christ, et du Saint-Esprit, le Paraclet, notre Consolateur. Ces noms ne sortaient pas de leurs bouches, mais n’étaient que sons et bruits de langue, car leur cœur était vide de vérité. Pourtant, ils criaient : « Vérité, Vérité », et en parlaient beaucoup à moi, mais elle n’était pas en eux ; ils proféraient plutôt des mensonges, non seulement à Ton sujet (Toi qui es vraiment la Vérité), mais aussi au sujet de ces éléments de ce monde, Tes créatures. En vérité, j’aurais dû passer outre même les philosophes qui parlaient de ces choses avec vérité, par amour pour Toi, mon Père, suprêmement bon, Beauté de toutes les belles choses. Ô Vérité, Vérité, combien, déjà alors, l’essence même de mon âme aspirait-elle à Toi, quand ils m’en parlaient souvent et de diverses manières, dans de nombreux livres volumineux, bien que ce ne fût qu’un écho ?
Et ce furent là les plats dans lesquels, affamé de Toi, ils m’offraient, à la place de Toi, le Soleil et la Lune, belles œuvres Tiennes, mais encore Tes œuvres, non Toi-même, ni Tes premières œuvres. Car Tes œuvres spirituelles précèdent ces œuvres corporelles, bien qu’elles soient célestes et brillantes. Mais je n’avais faim ni soif ni même de Tes premières œuvres, mais de Toi-même, la Vérité, en qui il n’y a ni variation ni ombre de changement ; pourtant, ils continuaient à me présenter, dans ces plats, des fantaisies scintillantes, dont il valait mieux aimer ce soleil même (qui est réel du moins à nos yeux) que ces fantaisies qui, par nos yeux, trompent notre esprit. Cependant, parce que je les croyais être Toi, je m’en nourrissais ; non avec ardeur, car Tu ne m’y semblais pas tel que Tu es ; car Tu n’étais pas ces vides, et je n’en fus pas nourri, mais plutôt épuisé. La nourriture en sommeil ressemble beaucoup à notre nourriture éveillé ; pourtant, ceux qui dorment ne sont pas nourris par elle, car ils dorment.
Mais ceux-là n’étaient en rien semblables à Toi, tel que Tu me l’as dit maintenant ; car ceux-là étaient des fantaisies corporelles, de faux corps, tandis que ces vrais corps, célestes ou terrestres, que nous voyons avec notre vue charnelle, sont bien plus certains : les bêtes et les oiseaux les perçoivent aussi bien que nous, et ils sont plus certains que lorsque nous les imaginons. De plus, nous les imaginons avec plus de certitude que nous ne pouvons en déduire d’autres corps plus vastes et infinis qui n’ont pas d’existence. C’étaient de tels coquillages vides que je mangeais alors ; et je n’étais pas nourri. Mais Toi, Amour de mon âme, que je cherche en vain, afin que je puisse…
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Devenez forts, ô arts ! Ce ne sont ni ces corps que nous voyons, bien qu’ils soient au ciel ; ni ceux que nous ne voyons pas là-bas ; car c’est Vous qui les avez créés, et Vous ne les comptez pas parmi vos œuvres les plus remarquables. À quel point donc êtes-Vous éloigné de ces fantaisies miennes, fantaisies de corps qui n’existent pas du tout, comparés aux images de ces corps qui existent, qui sont bien plus certaines, et encore plus certains les corps eux-mêmes, qui pourtant n’existent pas non plus ; non, pas même l’âme, qui est la vie des corps. Ainsi, la vie des corps est meilleure et plus certaine que les corps eux-mêmes. Mais Vous êtes la vie des âmes, la vie des vies, ayant la vie en Vous-même ; et Vous ne changez pas, vie de mon âme. Où étiez-Vous donc pour moi, et à quelle distance de moi ? En vérité, j’étais bien éloigné de Vous, séparé même des coquilles de porc, que je nourrissais avec ces coquilles. Car combien les fables des poètes et des grammairiens sont-elles meilleures que ces pièges ? Car les vers, les poèmes, et « Médée volant », sont vraiment plus utiles que ces cinq éléments des hommes, diversement déguisés, correspondant à cinq tanières d’obscurité qui n’ont aucune existence, mais qui tuent celui qui y croit. Pour les vers et les poèmes, je peux les transformer en véritable nourriture, et « Médée volant », bien que je l’aie chanté, je ne l’ai pas maintenu ; bien que je l’aie entendu chanter, je n’y ai pas cru : mais ces choses-là, je les croyais. Hélas, hélas, par quels chemins ai-je été précipité dans les profondeurs de l’enfer ! Travaillant et errant à cause du manque de Vérité, puisque je cherchais Vous, mon Dieu (je le confesse à Vous, qui avez eu pitié de moi, sans encore le confesser), non selon la compréhension de l’esprit, dans laquelle Vous vouliez que je surpassasse les bêtes, mais selon le sens de la chair. Mais Vous étiez plus intime pour moi que ma partie la plus intime ; et plus élevé que mon plus haut. Je suis tombé sur cette femme audacieuse, simple et ignorante, décrite chez Salomon, assise à la porte, disant : « Mangez volontiers du pain de secrets, et buvez des eaux volées qui sont douces » ; elle m’a séduit, parce qu’elle a trouvé mon âme demeurant à l’extérieur, dans l’œil de ma chair, ruminant une telle nourriture que j’avais engloutie par son intermédiaire. Car autrement, je ne connaissais pas ce qui est réellement ; et, par la vivacité de mon esprit, j’étais persuadé d’accepter des trompeurs insensés, lorsqu’ils me demandaient : « D’où vient le mal ? » « Dieu est-il limité par une forme corporelle, et a-t-il des cheveux et des ongles ? » « Doivent-on considérer comme justes ceux qui ont plusieurs épouses en même temps, qui tuent des hommes et sacrifient des créatures vivantes ? » À cela, dans mon ignorance, j’étais très troublé, et, m’éloignant de la vérité, il me semblait que je m’en approchais ; car je ne savais pas encore que le mal n’était rien d’autre qu’une privation de bien, jusqu’à ce qu’enfin une chose cesse complètement d’exister.
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Comment dois-je le voir ? La vue de leurs yeux ne s’étendait qu’aux corps, et celle de mon esprit à un fantôme ? Je ne savais pas que Dieu était un Esprit, ni quelqu’un dont les parties s’étendent en longueur et en largeur, ou dont l’être est une masse ; car toute masse est plus petite dans une partie qu’au sein du tout : et si elle est infinie, elle doit être plus petite dans une partie définie par un certain espace que dans son infinité ; ainsi, elle n’est pas partout entièrement, comme l’Esprit, comme Dieu. Et je ignorais complètement ce qui pouvait être en nous, par quoi nous serions semblables à Dieu et pourrions être justement dit être à l’image de Dieu.
Je ne connaissais pas non plus cette véritable justice intérieure qui ne juge pas selon les coutumes, mais selon la loi la plus juste de Dieu Tout-Puissant, selon laquelle les modes des lieux et des temps étaient organisés en fonction de ces temps et de ces lieux ; elle restant cependant toujours la même, partout, sans être une chose en un lieu et une autre en un autre ; c’est selon elle qu’Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et David furent justes, et tous ceux loués par la bouche de Dieu ; mais ils furent jugés injustes par des hommes ignorants, qui jugeaient selon leur propre jugement et mesuraient selon leurs habitudes mesquines les mœurs de toute l’humanité. Comme si, dans une armerie, quelqu’un qui ignore ce qui convient à chaque partie se couvrait la tête de greaves, ou cherchait à porter un casque, se plaignant que cela ne lui allait pas ; ou comme si, un jour où les activités sont interrompues en fin d’après-midi, on s’irritait de ne pas pouvoir garder son magasin ouvert, parce qu’on y avait travaillé le matin ; ou encore, lorsqu’on voit dans une maison un serviteur prendre quelque chose dans ses mains, que le majordome n’a pas le droit de toucher ; ou quelque chose qui est permis à l’extérieur, mais interdit dans la salle à manger ; et on s’irrite du fait que, dans une même maison, au sein d’une même famille, la même chose n’est pas accordée partout et à tous. Ce sont là ceux qui s’agacent d’apprendre qu’autrefois certaines choses étaient légales pour les justes, mais ne le sont plus aujourd’hui ; ou que Dieu, pour certaines raisons temporelles, leur a ordonné une chose, et à d’autres une autre, tout en obéissant à la même justice : alors qu’ils voient, chez un seul homme, en un seul jour, dans une seule maison, des choses différentes convenir à des membres différents, et qu’une chose légal autrefois ne l’est plus après un certain temps ; dans un coin elle est permise ou ordonnée, mais dans un autre elle est justement interdite et punie. La justice est-elle donc variable ou changeante ? Non, mais les temps qu’elle gouverne ne s’écoulent pas uniformément, parce que ce sont des temps. Mais les hommes dont les jours sur terre sont courts, parce que par leurs sens ils ne peuvent pas concilier les causes des choses dans des âges passés et chez d’autres peuples, dont ils n’ont pas eu l’expérience, avec celles dont ils ont l’expérience, tandis que dans un…
Je ne connaissais pas non plus cette véritable justice intérieure qui ne juge pas selon les coutumes, mais selon la loi la plus juste de Dieu Tout-Puissant, selon laquelle les modes des lieux et des temps étaient organisés en fonction de ces temps et de ces lieux ; elle restant cependant toujours la même, partout, sans être une chose en un lieu et une autre en un autre ; c’est selon elle qu’Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et David furent justes, et tous ceux loués par la bouche de Dieu ; mais ils furent jugés injustes par des hommes ignorants, qui jugeaient selon leur propre jugement et mesuraient selon leurs habitudes mesquines les mœurs de toute l’humanité. Comme si, dans une armerie, quelqu’un qui ignore ce qui convient à chaque partie se couvrait la tête de greaves, ou cherchait à porter un casque, se plaignant que cela ne lui allait pas ; ou comme si, un jour où les activités sont interrompues en fin d’après-midi, on s’irritait de ne pas pouvoir garder son magasin ouvert, parce qu’on y avait travaillé le matin ; ou encore, lorsqu’on voit dans une maison un serviteur prendre quelque chose dans ses mains, que le majordome n’a pas le droit de toucher ; ou quelque chose qui est permis à l’extérieur, mais interdit dans la salle à manger ; et on s’irrite du fait que, dans une même maison, au sein d’une même famille, la même chose n’est pas accordée partout et à tous. Ce sont là ceux qui s’agacent d’apprendre qu’autrefois certaines choses étaient légales pour les justes, mais ne le sont plus aujourd’hui ; ou que Dieu, pour certaines raisons temporelles, leur a ordonné une chose, et à d’autres une autre, tout en obéissant à la même justice : alors qu’ils voient, chez un seul homme, en un seul jour, dans une seule maison, des choses différentes convenir à des membres différents, et qu’une chose légal autrefois ne l’est plus après un certain temps ; dans un coin elle est permise ou ordonnée, mais dans un autre elle est justement interdite et punie. La justice est-elle donc variable ou changeante ? Non, mais les temps qu’elle gouverne ne s’écoulent pas uniformément, parce que ce sont des temps. Mais les hommes dont les jours sur terre sont courts, parce que par leurs sens ils ne peuvent pas concilier les causes des choses dans des âges passés et chez d’autres peuples, dont ils n’ont pas eu l’expérience, avec celles dont ils ont l’expérience, tandis que dans un…
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Et pour le même corps, la même journée ou la même famille, ils voient facilement ce qui convient à chaque membre, ainsi qu’à chaque saison, à chaque partie et à chaque personne ; pour l’un ils font des exceptions, pour l’autre ils se soumettent.
Ces choses, je ne les connaissais pas alors, ni je ne les observais ; elles frappaient mes yeux de tous côtés, et je ne les voyais pas. J’ai composé des vers, dans lesquels je ne pouvais placer chaque pied partout, mais différemment selon différents mètres ; et même dans un même mètre, le même pied n’était pas placé partout de la même manière. Pourtant, l’art même par lequel j’écrivais n’avait pas de principes différents pour ces cas variés, mais englobait tout en un seul. Néanmoins, je ne voyais pas comment cette justice, que les hommes bons et saints obéissaient, contenait bien plus excellemment et sublimement en un seul tout ce que Dieu avait commandé, sans varier en aucune partie ; bien qu’en des temps différents Il n’ordonnât pas tout d’un coup, mais répartît et prescrivît ce qui convenait à chacun. Et moi, dans ma cécité, je blâmais les Pères saints, non seulement pour avoir utilisé les choses présentes telles que Dieu les leur commandait et les inspirait, mais aussi pour avoir prédit des choses à venir, telles que Dieu les leur révélait.
Peut-il jamais être injuste, en quelque temps ou en quelque lieu, d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute son intelligence, et son prochain comme soi-même ? C’est pourquoi ces offenses abominables contre la nature doivent être haïes et punies partout et en tout temps ; comme celles des hommes de Sodome : si toutes les nations les commettaient, elles seraient toutes coupables du même crime, selon la loi de Dieu, qui n’a pas fait les hommes de telle sorte qu’ils s’abusent les uns les autres. Car même cette relation qui devrait exister entre Dieu et nous est violée, lorsque cette même nature, dont Il est l’auteur, est souillée par la perversité de la concupiscence. Mais ces actes qui sont des offenses contre les coutumes des hommes doivent être évités selon les coutumes qui prévalent respectivement ; afin qu’une chose convenue et confirmée par la coutume ou la loi de quelque ville ou nation ne soit pas violée au gré illégal de quiconque, qu’il soit natif ou étranger. Car toute partie qui ne s’accorde pas avec son tout est offensante. Mais lorsque Dieu ordonne qu’on fasse quelque chose, contre les coutumes ou les accords de quelque peuple, même s’ils ne l’ont jamais fait auparavant, il faut le faire ; et s’il est interrompu, il faut le restaurer ; et s’il n’a jamais été prescrit, il faut maintenant le prescrire. Car il est légitime qu’un roi, dans l’État qu’il gouverne, ordonne ce que personne avant lui, ni lui-même auparavant, n’avait ordonné, et qu’on ne puisse lui désobéir sans nuire au bien commun de l’État (au contraire, cela nuirait à ce bien s’il n’était pas obéi, car obéir aux princes est un accord général de la société humaine) ; à plus forte raison…
Ces choses, je ne les connaissais pas alors, ni je ne les observais ; elles frappaient mes yeux de tous côtés, et je ne les voyais pas. J’ai composé des vers, dans lesquels je ne pouvais placer chaque pied partout, mais différemment selon différents mètres ; et même dans un même mètre, le même pied n’était pas placé partout de la même manière. Pourtant, l’art même par lequel j’écrivais n’avait pas de principes différents pour ces cas variés, mais englobait tout en un seul. Néanmoins, je ne voyais pas comment cette justice, que les hommes bons et saints obéissaient, contenait bien plus excellemment et sublimement en un seul tout ce que Dieu avait commandé, sans varier en aucune partie ; bien qu’en des temps différents Il n’ordonnât pas tout d’un coup, mais répartît et prescrivît ce qui convenait à chacun. Et moi, dans ma cécité, je blâmais les Pères saints, non seulement pour avoir utilisé les choses présentes telles que Dieu les leur commandait et les inspirait, mais aussi pour avoir prédit des choses à venir, telles que Dieu les leur révélait.
Peut-il jamais être injuste, en quelque temps ou en quelque lieu, d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute son intelligence, et son prochain comme soi-même ? C’est pourquoi ces offenses abominables contre la nature doivent être haïes et punies partout et en tout temps ; comme celles des hommes de Sodome : si toutes les nations les commettaient, elles seraient toutes coupables du même crime, selon la loi de Dieu, qui n’a pas fait les hommes de telle sorte qu’ils s’abusent les uns les autres. Car même cette relation qui devrait exister entre Dieu et nous est violée, lorsque cette même nature, dont Il est l’auteur, est souillée par la perversité de la concupiscence. Mais ces actes qui sont des offenses contre les coutumes des hommes doivent être évités selon les coutumes qui prévalent respectivement ; afin qu’une chose convenue et confirmée par la coutume ou la loi de quelque ville ou nation ne soit pas violée au gré illégal de quiconque, qu’il soit natif ou étranger. Car toute partie qui ne s’accorde pas avec son tout est offensante. Mais lorsque Dieu ordonne qu’on fasse quelque chose, contre les coutumes ou les accords de quelque peuple, même s’ils ne l’ont jamais fait auparavant, il faut le faire ; et s’il est interrompu, il faut le restaurer ; et s’il n’a jamais été prescrit, il faut maintenant le prescrire. Car il est légitime qu’un roi, dans l’État qu’il gouverne, ordonne ce que personne avant lui, ni lui-même auparavant, n’avait ordonné, et qu’on ne puisse lui désobéir sans nuire au bien commun de l’État (au contraire, cela nuirait à ce bien s’il n’était pas obéi, car obéir aux princes est un accord général de la société humaine) ; à plus forte raison…
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Sans hésiter, nous devrions obéir à Dieu en tout ce qu’Il ordonne, le Souverain de toutes Ses créatures ! Car, de même que dans les sociétés humaines, l’autorité supérieure est obéie avant la moindre, il en va de même pour Dieu. Ainsi, dans les actes de violence, où l’on veut blesser, que ce soit par des reproches ou des blessures ; et cela soit par vengeance, comme un ennemi contre un autre ; soit pour un avantage appartenant à autrui, comme le voleur envers le voyageur ; soit pour éviter un mal, comme envers celui que l’on craint ; soit par envie, comme celui qui est moins chanceux envers celui qui l’est plus, ou celui qui prospère dans quelque domaine envers celui dont il craint ou déplore l’égalité, ou simplement pour le plaisir de voir autrui souffrir, comme les spectateurs de gladiateurs, ou ceux qui se moquent des autres. Ce sont là les sources de l’iniquité, nées de la convoitise de la chair, de l’œil ou du pouvoir, soit séparément, soit combinées deux à deux, soit toutes ensemble ; et c’est ainsi que les hommes vivent mal envers ces trois sources, ainsi qu’envers les sept, ce psautier à dix cordes, Tes Dix Commandements, ô Dieu, très haut et très doux. Mais quelles offenses odieuses peuvent-il y avoir contre Toi, qui ne peux être souillé ? Ou quels actes de violence contre Toi, qui ne peux être blessé ? Pourtant, Tu te venges de ce que les hommes font contre eux-mêmes, car lorsqu’ils péchent contre Toi, ils agissent méchamment envers leurs propres âmes, et l’iniquité se trompe elle-même en corrompant et en pervertissant leur nature, que Tu as créée et ordonnée, soit par un usage immodéré des choses permises, soit en brûlant dans des choses interdites pour un usage contraire à la nature ; ou bien ils sont reconnus coupables, furieux de cœur et de langue contre Toi, résistant aux aiguillons ; ou encore, en sortant des limites de la société humaine, ils se réjouissent hardiment de combinaisons ou de divisions égoïstes, selon qu’ils ont un objet à obtenir ou un sujet d’offense. Et ces choses se produisent lorsque Tu es abandonné, ô Source de Vie, Toi qui es le seul et vrai Créateur et Gouverneur de l’Univers, et par une fierté égoïste, on choisit et on aime quelque chose de faux parmi ces choses. Alors, par une piété humble, nous revenons à Toi ; et Tu nous purifies de nos mauvaises habitudes, et Tu es miséricordieux envers leurs péchés à ceux qui confessent, Tu écoutes les gémissements du prisonnier, et Tu nous libères des chaînes que nous nous sommes mises, si nous ne levons pas contre Toi les cornes d’une liberté illusoire, en subissant la perte de tout, par avidité de plus, en aimant davantage notre propre intérêt que Toi, le Bien de tous. Au milieu de ces offenses de saleté et de violence, et de tant d’iniquités, il y a les péchés des hommes, qui, dans l’ensemble, progressent ; et ceux qui jugent justement les déconseillent, selon les règles de la perfection, mais louent les personnes, dans l’espoir d’un fruit futur, comme sur la feuille verte…
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la culture du maïs. Et il y a des actes qui ressemblent à des offenses de saleté ou de violence, mais qui ne sont pourtant pas des péchés ; car ils offensent ni Toi, notre Seigneur Dieu, ni la société humaine ; c’est-à-dire lorsque des choses appropriées à une période donnée sont obtenues au service de la vie, et nous ne savons pas si c’est par désir de possession ; ou bien lorsque des choses, dans le but de correction, sont punies par une autorité établie, et nous ne savons pas si c’est par désir de nuire. Ainsi, beaucoup d’actes qui sont blâmés aux yeux des hommes sont approuvés par Ton témoignage ; et beaucoup, loués par les hommes, sont condamnés (Toi étant témoin) : car l’apparence de l’acte, l’intention de celui qui le commet, et les exigences inconnues de la période varient chacune à leur manière. Mais quand Tu commandes soudainement quelque chose d’inhabituel et d’inattendu, oui, même si Tu l’as parfois interdit et que Tu caches encore pour l’instant la raison de Ton ordre, et que cela va à l’encontre des règles d’une certaine société humaine, qui ne doute pas qu’il faille obéir, puisque cette société humaine est juste celle qui Te sert ? Mais bénis sont ceux qui connaissent Tes commandements ! Car toutes choses ont été faites par Tes serviteurs, soit pour montrer quelque chose de nécessaire pour le présent, soit pour annoncer des choses à venir.
Ignorant ces choses, je me moquais de Tes saints serviteurs et prophètes. Et qu’ai-je gagné à me moquer d’eux, sinon à être moi-même moqué par Toi, étant insensiblement et pas à pas entraîné vers ces folies, comme croire qu’un figuier pleurait lorsqu’on le cueillait, et que l’arbre, sa mère, versait des larmes laiteuses ? Ce figuier, d’ailleurs (cueilli par la faute de quelqu’un d’autre, non la sienne), avait été mangé par un saint manichéen, et mélangé à ses entrailles, il devait en expirer des anges, oui, des particules de divinité devaient jaillir à chaque soupir ou gémissement dans sa prière, ces particules du Dieu très haut et vrai qui étaient restées prisonnières dans ce figuier, à moins qu’elles ne soient libérées par les dents ou l’estomac d’un saint « Élu » ! Et moi, misérable, je croyais qu’il fallait montrer plus de miséricorde aux fruits de la terre qu’aux hommes pour qui ils avaient été créés. Car si quelqu’un, un non-manichéen, avait faim et demandait un morceau, ce morceau semblait être condamné à la peine de mort, qui devait lui être infligée.
Et Tu as envoyé Ta main du haut, et Tu as tiré mon âme hors de cette profonde obscurité. Ma mère, Ta fidèle, pleurait pour moi devant Toi, plus que les mères ne pleurent la mort physique de leurs enfants. Car elle, par cette foi et cet esprit qu’elle tenait de Toi, discerna la mort dans laquelle je me trouvais, et Tu l’as entendue, ô Seigneur ; Tu l’as entendue, et Tu n’as pas méprisé ses larmes, qui, en coulant, arrosaient le sol sous ses yeux.
Ignorant ces choses, je me moquais de Tes saints serviteurs et prophètes. Et qu’ai-je gagné à me moquer d’eux, sinon à être moi-même moqué par Toi, étant insensiblement et pas à pas entraîné vers ces folies, comme croire qu’un figuier pleurait lorsqu’on le cueillait, et que l’arbre, sa mère, versait des larmes laiteuses ? Ce figuier, d’ailleurs (cueilli par la faute de quelqu’un d’autre, non la sienne), avait été mangé par un saint manichéen, et mélangé à ses entrailles, il devait en expirer des anges, oui, des particules de divinité devaient jaillir à chaque soupir ou gémissement dans sa prière, ces particules du Dieu très haut et vrai qui étaient restées prisonnières dans ce figuier, à moins qu’elles ne soient libérées par les dents ou l’estomac d’un saint « Élu » ! Et moi, misérable, je croyais qu’il fallait montrer plus de miséricorde aux fruits de la terre qu’aux hommes pour qui ils avaient été créés. Car si quelqu’un, un non-manichéen, avait faim et demandait un morceau, ce morceau semblait être condamné à la peine de mort, qui devait lui être infligée.
Et Tu as envoyé Ta main du haut, et Tu as tiré mon âme hors de cette profonde obscurité. Ma mère, Ta fidèle, pleurait pour moi devant Toi, plus que les mères ne pleurent la mort physique de leurs enfants. Car elle, par cette foi et cet esprit qu’elle tenait de Toi, discerna la mort dans laquelle je me trouvais, et Tu l’as entendue, ô Seigneur ; Tu l’as entendue, et Tu n’as pas méprisé ses larmes, qui, en coulant, arrosaient le sol sous ses yeux.
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En tout lieu où elle priait ; oui, Tu l’entendais. D’où venait ce rêve par lequel Tu la consolais, de sorte qu’elle m’autorisa à vivre avec elle et à manger à la même table dans la maison que, auparavant, elle fuyait, dégoûtée et haïssant les blasphèmes de mon erreur ? Car elle se vit debout sur une certaine règle en bois, et un jeune homme resplendissant s’approcha d’elle, joyeux et souriant, tandis qu’elle-même était affligée et submergée de tristesse. Mais lui, afin de l’instruire — comme c’est leur coutume de ne pas être instruits —, lui demanda les causes de sa tristesse et de ses larmes quotidiennes ; elle répondit qu’elle pleurait ma perte ; il lui ordonna de se consoler et lui dit de regarder et d’observer : « Là où elle est, moi aussi je suis. » Et lorsqu’elle regarda, elle me vit debout à côté d’elle sur cette même règle. D’où venait cela, si ce n’est que Tes oreilles étaient tournées vers son cœur ? Ô Toi, Bon et Tout-Puissant, qui te soucies de chacun d’entre nous comme si Tu ne te souciais que de lui seul ; et de tous comme s’ils n’étaient qu’un ! D’où venait aussi cela, que lorsque elle m’a raconté cette vision, et que je voulais l’interpréter ainsi : « Qu’elle ne doive pas désespérer de devenir un jour ce que j’étais » ; elle répondit aussitôt, sans hésiter : « Non ; car on ne m’a pas dit “là où il est, toi aussi” ; mais “là où tu es, lui aussi” ? » Je Te confesse, ô Seigneur, que, pour autant que je m’en souvienne (et j’ai souvent parlé de cela), Ta réponse, par l’intermédiaire de ma mère éveillée — elle ne fut pas troublée par la plausibilité de mon interprétation fausse, et comprit donc très vite ce qui devait être vu, ce que je n’avais certainement pas perçu avant qu’elle ne parle —, m’a ému plus encore que le rêve lui-même, par lequel une joie pour cette femme sainte, qui devait se réaliser bien plus tard, avait été annoncée si tôt pour consoler sa douleur présente. Car près de neuf ans s’écoulèrent, durant lesquels je me débattais dans la boue de ce profond abîme, dans les ténèbres du mensonge, essayant souvent de m’élever, mais étant précipité encore plus durement. Pendant tout ce temps, cette veuve chaste, pieuse et sobre (comme Tu les aimes), maintenant plus réconfortée par l’espoir, sans pour autant cesser de pleurer et de se lamenter, ne cessait à aucun moment de ses dévotions de pleurer ma situation devant Toi. Et ses prières atteignaient Ta présence ; et pourtant Tu m’as permis de rester immergé, encore et encore, dans ces ténèbres. Tu lui donnas entre-temps une autre réponse, que je me rappelle ; car j’omets beaucoup de choses, pressé de venir aux choses qui me poussent le plus à Te confesser, et j’en oublie beaucoup. Tu lui donnas alors une autre réponse, par l’intermédiaire d’un de Tes prêtres, un certain évêque élevé dans Ta Église et bien instruit dans Tes livres. Lorsque cette femme le pria de bien vouloir…
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Pour converser avec moi, réfuter mes erreurs, m’ôter de l’esprit les mauvaises idées et m’apprendre des choses bonnes (car c’est ce qu’il avait l’habitude de faire lorsqu’il trouvait des personnes aptes à les recevoir), il refusa, avec sagesse, comme je l’ai compris par la suite. Car il répondit que j’étais encore incapable d’apprendre, étant gonflé par la nouveauté de cette hérésie, et que j’avais déjà embrouillé plusieurs personnes inexpérimentées avec des questions subtiles, comme elle le lui avait dit : « Mais laissez-le tranquille pour l’instant », dit-il, « priez seulement Dieu pour lui ; il découvrira par lui-même, en lisant, quelle est cette erreur et à quel point elle est impie. » En même temps, il lui raconta comment, lui-même, étant enfant, avait été confié par sa mère séduite aux Manichéens, et non seulement avait lu, mais avait souvent copié presque tous leurs livres, et avait vu (sans aucun argument ou preuve de quiconque) à quel point il fallait éviter cette secte ; et il l’avait évitée. Lorsqu’il eut dit cela, elle ne fut pas satisfaite et insista davantage, par des supplications et de nombreuses larmes, pour qu’il vienne me voir et discuter avec moi ; lui, un peu contrarié par son insistance, dit : « Allez votre chemin, et que Dieu vous bénisse, car il est impossible que le fils de ces larmes périsse. » Elle prit cette réponse (comme elle le mentionnait souvent dans ses conversations avec moi) comme si elle venait du ciel.
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LIVRE IV
Pendant ces neuf années (de mon dix-neuvième à mon vingtième anniversaire), nous avons vécu, séduisant et étant séduits, trompant et étant trompés, dans diverses convoitises ; ouvertement, par les sciences qu’ils appellent libérales ; secrètement, avec une religion au nom fallacieux ; ici fiers, là superstitieux, partout vaniteux. Ici, en quête de l’éloge populaire, jusqu’aux applaudissements théâtraux, aux prix poétiques, aux luttes pour des guirlandes d’herbe, aux folies des spectacles et à l’intempérance des désirs. Là, désirant être purifiés de ces souillures, en apportant de la nourriture à ceux qu’on appelait « élus » et « saints », afin qu’ils forgent pour nous, dans l’atelier de leurs estomacs, des anges et des dieux par qui nous pourrions être purifiés. J’ai suivi ces pratiques et je les ai mises en œuvre avec mes amis, moi-même trompé et les trompant aussi. Que les arrogants se moquent de moi, ainsi que ceux qui, pour le bien de leur âme, ont été frappés et abattus par Toi, ô mon Dieu ; mais je continuerai à Te confesser ma propre honte dans Ta louange. Permets-moi, je T’en supplie, et accorde-moi la grâce de revivre dans ma mémoire présente les errances de mon passé, afin d’offrir à Toi un sacrifice de gratitude. Car que suis-je pour moi-même sans Toi, sinon un guide vers ma propre chute ? Ou, au mieux, que suis-je, sinon un enfant tétant le lait que Tu donnes, se nourrissant de Toi, ce pain qui ne périt pas ? Mais quel genre d’homme est un homme, puisqu’il n’est qu’un homme ? Que les forts et les puissants rient de nous, mais que nous, pauvres et nécessiteux, confessions devant Toi. En ces années, j’enseignais la rhétorique, et, vaincu par la cupidité, je vendais une éloquence pour en surmonter une autre. Pourtant, je préférais (Seigneur, Tu le sais) des érudits honnêtes (telles qu’on les considère), et à eux, sans artifice, j’enseignais des artifices, non pas à les utiliser contre la vie des innocents, bien que parfois contre celle des coupables. Et Toi, ô Dieu, de loin, Tu as vu que je trébuchais sur ce chemin glissant, et, au milieu de beaucoup de fumée, Tu as fait jaillir quelques étincelles de fidélité, que j’ai montrées en guidant ceux qui aimaient la vanité et cherchaient des avantages, en étant moi-même leur compagnon. En ces années, j’en eus un — non dans ce qu’on appelle le légal.
Pendant ces neuf années (de mon dix-neuvième à mon vingtième anniversaire), nous avons vécu, séduisant et étant séduits, trompant et étant trompés, dans diverses convoitises ; ouvertement, par les sciences qu’ils appellent libérales ; secrètement, avec une religion au nom fallacieux ; ici fiers, là superstitieux, partout vaniteux. Ici, en quête de l’éloge populaire, jusqu’aux applaudissements théâtraux, aux prix poétiques, aux luttes pour des guirlandes d’herbe, aux folies des spectacles et à l’intempérance des désirs. Là, désirant être purifiés de ces souillures, en apportant de la nourriture à ceux qu’on appelait « élus » et « saints », afin qu’ils forgent pour nous, dans l’atelier de leurs estomacs, des anges et des dieux par qui nous pourrions être purifiés. J’ai suivi ces pratiques et je les ai mises en œuvre avec mes amis, moi-même trompé et les trompant aussi. Que les arrogants se moquent de moi, ainsi que ceux qui, pour le bien de leur âme, ont été frappés et abattus par Toi, ô mon Dieu ; mais je continuerai à Te confesser ma propre honte dans Ta louange. Permets-moi, je T’en supplie, et accorde-moi la grâce de revivre dans ma mémoire présente les errances de mon passé, afin d’offrir à Toi un sacrifice de gratitude. Car que suis-je pour moi-même sans Toi, sinon un guide vers ma propre chute ? Ou, au mieux, que suis-je, sinon un enfant tétant le lait que Tu donnes, se nourrissant de Toi, ce pain qui ne périt pas ? Mais quel genre d’homme est un homme, puisqu’il n’est qu’un homme ? Que les forts et les puissants rient de nous, mais que nous, pauvres et nécessiteux, confessions devant Toi. En ces années, j’enseignais la rhétorique, et, vaincu par la cupidité, je vendais une éloquence pour en surmonter une autre. Pourtant, je préférais (Seigneur, Tu le sais) des érudits honnêtes (telles qu’on les considère), et à eux, sans artifice, j’enseignais des artifices, non pas à les utiliser contre la vie des innocents, bien que parfois contre celle des coupables. Et Toi, ô Dieu, de loin, Tu as vu que je trébuchais sur ce chemin glissant, et, au milieu de beaucoup de fumée, Tu as fait jaillir quelques étincelles de fidélité, que j’ai montrées en guidant ceux qui aimaient la vanité et cherchaient des avantages, en étant moi-même leur compagnon. En ces années, j’en eus un — non dans ce qu’on appelle le légal.
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le mariage, mais celle que j’avais trouvée dans une passion capricieuse, dépourvue de compréhension ; pourtant unique, restant fidèle même à elle ; en elle, j’ai moi-même expérimenté quelle différence il y a entre la maîtrise de soi du pacte matrimonial, pour avoir des enfants, et l’accord d’un amour concupiscent, où les enfants naissent contre la volonté de leurs parents, bien qu’une fois nés, ils contraignent l’amour.
Je me souviens aussi que, lorsque j’avais décidé de participer à un concours théâtral pour remporter un prix, un sorcier m’a demandé ce que je lui donnerais pour gagner ; mais moi, détestant et haïssant de tels mystères impurs, j’ai répondu : « Même si la couronne était faite d’or impérissable, je ne permettrais pas qu’on tue une mouche pour l’obtenir. » Car il devait tuer des créatures vivantes dans ses sacrifices, et par ces honneurs inviter les démons à me favoriser. Mais j’ai rejeté cela aussi, non pas par un amour pur pour Toi, ô Dieu de mon cœur ; car je ne savais pas comment T’aimer, Toi qui ne savais pas concevoir quoi que ce soit au-delà d’une beauté matérielle. Et une âme, soupirant après de telles fictions, ne commet-elle pas fornication contre Toi, ne se fie-t-elle pas à des choses irréelles et ne nourrit-elle pas le vent ? Pourtant, je n’aurais certainement pas offert de sacrifices aux démons pour moi, à qui je m’offrais moi-même par cette superstition. Car que signifie nourrir le vent, sinon les nourrir eux-mêmes, en s’égarant pour devenir leur plaisir et leur moquerie ?
Ces imposteurs alors, que l’on nomme mathématiciens, je les consultai sans scrupule ; car ils semblaient ne faire aucun sacrifice, ni prier aucun esprit pour leurs divinations : art que la piété chrétienne et véritable rejette et condamne constamment. Car il est bon de Te confesser, et de dire : Aie pitié de moi, guéris mon âme, car j’ai péché contre Toi ; et non abuser de Ta miséricorde comme d’une licence de pécher, mais se souvenir des paroles du Seigneur : Voici, tu es guéri, ne pèche plus, de peur qu’une chose pire ne t’arrive. Tous ces conseils salutaires, ils s’efforcent de les détruire, en disant : « La cause de ton péché est inévitablement déterminée au ciel » ; et « C’est Vénus, ou Saturne, ou Mars qui l’a fait » : afin que cet homme, chair et sang, et corruption orgueilleuse, puisse être irreprochable, tandis que le Créateur et Ordonnateur du ciel et des étoiles doit porter la faute. Et qui est-Il, sinon notre Dieu ? La douceur même et la source de la justice, qui rends à chacun selon ses œuvres : et un cœur brisé et contrit, Tu ne le mépriseras pas.
Il y avait en ces temps-là un sage, très habile en médecine, et renommé en cela, qui de sa propre main proconsulaire avait posé la couronne agonistique.
Je me souviens aussi que, lorsque j’avais décidé de participer à un concours théâtral pour remporter un prix, un sorcier m’a demandé ce que je lui donnerais pour gagner ; mais moi, détestant et haïssant de tels mystères impurs, j’ai répondu : « Même si la couronne était faite d’or impérissable, je ne permettrais pas qu’on tue une mouche pour l’obtenir. » Car il devait tuer des créatures vivantes dans ses sacrifices, et par ces honneurs inviter les démons à me favoriser. Mais j’ai rejeté cela aussi, non pas par un amour pur pour Toi, ô Dieu de mon cœur ; car je ne savais pas comment T’aimer, Toi qui ne savais pas concevoir quoi que ce soit au-delà d’une beauté matérielle. Et une âme, soupirant après de telles fictions, ne commet-elle pas fornication contre Toi, ne se fie-t-elle pas à des choses irréelles et ne nourrit-elle pas le vent ? Pourtant, je n’aurais certainement pas offert de sacrifices aux démons pour moi, à qui je m’offrais moi-même par cette superstition. Car que signifie nourrir le vent, sinon les nourrir eux-mêmes, en s’égarant pour devenir leur plaisir et leur moquerie ?
Ces imposteurs alors, que l’on nomme mathématiciens, je les consultai sans scrupule ; car ils semblaient ne faire aucun sacrifice, ni prier aucun esprit pour leurs divinations : art que la piété chrétienne et véritable rejette et condamne constamment. Car il est bon de Te confesser, et de dire : Aie pitié de moi, guéris mon âme, car j’ai péché contre Toi ; et non abuser de Ta miséricorde comme d’une licence de pécher, mais se souvenir des paroles du Seigneur : Voici, tu es guéri, ne pèche plus, de peur qu’une chose pire ne t’arrive. Tous ces conseils salutaires, ils s’efforcent de les détruire, en disant : « La cause de ton péché est inévitablement déterminée au ciel » ; et « C’est Vénus, ou Saturne, ou Mars qui l’a fait » : afin que cet homme, chair et sang, et corruption orgueilleuse, puisse être irreprochable, tandis que le Créateur et Ordonnateur du ciel et des étoiles doit porter la faute. Et qui est-Il, sinon notre Dieu ? La douceur même et la source de la justice, qui rends à chacun selon ses œuvres : et un cœur brisé et contrit, Tu ne le mépriseras pas.
Il y avait en ces temps-là un sage, très habile en médecine, et renommé en cela, qui de sa propre main proconsulaire avait posé la couronne agonistique.
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Sur ma tête troublée, mais non en tant que médecin : car c’est Toi seul qui guéris cette maladie, Toi qui résistes aux orgueilleux et donnes ta grâce aux humbles. Mais m’as-Tu abandonné, même à travers ce vieil homme, ou as-Tu refusé de guérir mon âme ? Car, ayant fait plus ample connaissance avec lui et prêtant une attention soutenue et constante à ses paroles (car, bien que simples, elles étaient vives, animées et sincères), lorsqu’il eut compris à travers mes propos que je m’intéressais aux livres des devins, il me conseilla avec bonté et paternité de les jeter au loin, et de ne pas consacrer en vain un soin et une diligence nécessaires aux choses utiles à ces vanités ; disant qu’avait étudié cet art dans sa jeunesse, au point de vouloir en faire sa profession, et qu’en comprenant Hippocrate, il avait pu rapidement saisir la nature d’un tel étude ; pourtant il l’avait abandonné au profit de la médecine, pour aucune autre raison que celle-ci lui semblait entièrement fausse ; et lui, homme sérieux, ne voulait pas gagner sa vie en trompant les gens. « Mais toi », dit-il, « tu as la rhétorique pour te soutenir, donc tu suis cette voie par choix libre, et non par nécessité : d’autant plus, tu devrais me croire, moi qui ai travaillé à l’acquérir si parfaitement que je pouvais vivre uniquement d’elle. » Lorsque je lui demandai comment il était possible que beaucoup de vérités puissent être prédites par elle, il me répondit (autant qu’il le put) « que c’était la force du hasard, répandue dans tout l’ordre des choses, qui en était cause. Car si, par hasard, un homme ouvre les pages d’un poète qui a chanté et pensé à quelque chose de tout à fait différent, un vers tombe souvent, étonnamment adapté à la situation présente : il ne serait pas surprenant que, de l’âme de l’homme, inconsciente de ce qui s’y passe, une réponse soit donnée par quelque instinct supérieur, par hasard, et non par l’art, correspondant à la situation et aux actions de celui qui demande. »
Ainsi, soit directement de Ta part, soit par son intermédiaire, Tu m’as transmis cela et gravé dans ma mémoire ce que je pourrais examiner par la suite par moi-même. Mais à cette époque, ni lui, ni mon cher Nebridius, un jeune homme exceptionnellement bon et empreint d’une sainte piété, qui se moquait de toute forme de divination, ne purent me convaincre de l’abandonner, l’autorité des auteurs me poussant encore davantage, et comme je n’avais pas encore trouvé de preuve certaine (comme je le cherchais) permettant de démontrer sans aucun doute que ce qui avait été véritablement prédit par ceux consultés était le résultat du hasard, et non de l’art des astrologues.
Ces années-là, lorsque je commençai à enseigner la rhétorique dans ma ville natale, j’eus pour ami quelqu’un, trop cher à mon cœur, appartenant à mon même cercle d’intérêts, de mon âge, et, comme moi, à l’aube de la jeunesse. Il
Ainsi, soit directement de Ta part, soit par son intermédiaire, Tu m’as transmis cela et gravé dans ma mémoire ce que je pourrais examiner par la suite par moi-même. Mais à cette époque, ni lui, ni mon cher Nebridius, un jeune homme exceptionnellement bon et empreint d’une sainte piété, qui se moquait de toute forme de divination, ne purent me convaincre de l’abandonner, l’autorité des auteurs me poussant encore davantage, et comme je n’avais pas encore trouvé de preuve certaine (comme je le cherchais) permettant de démontrer sans aucun doute que ce qui avait été véritablement prédit par ceux consultés était le résultat du hasard, et non de l’art des astrologues.
Ces années-là, lorsque je commençai à enseigner la rhétorique dans ma ville natale, j’eus pour ami quelqu’un, trop cher à mon cœur, appartenant à mon même cercle d’intérêts, de mon âge, et, comme moi, à l’aube de la jeunesse. Il
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Il avait grandi avec moi, nous étions à la fois camarades d’école et compagnons de jeu. Mais il n’était pas encore mon ami, comme il le devint plus tard, ni même alors, telle qu’est une véritable amitié ; car elle ne peut l’être que pour ceux que Tu unis, les attachant à Toi par cet amour qui se répand dans nos cœurs par l’Esprit Saint, que Tu nous donnes. Pourtant, cette amitié était délicieuse, mûrie par la chaleur d’études communes : car, à partir de la vraie foi (que lui, en tant que jeune homme, n’avait pas pleinement et profondément assimilée), je l’avais également entraîné vers ces fables superstitieuses et pernicieuses, pour lesquelles ma mère me pleurait. Avec moi, il errait maintenant dans ses pensées, et mon âme ne pouvait se passer de lui. Mais voici, Tu étais aux aguets sur les pas de Tes fugitifs, à la fois Dieu de vengeance et Source de miséricorde, nous ramenant à Toi par des moyens merveilleux ; Tu as emporté cet homme hors de cette vie, alors qu’il n’avait à peine accompli une année entière de notre amitié, si douce pour moi par-dessus toute autre douceur de ma vie.
Qui peut décrire tous Tes éloges, qu’il a ressentis en lui-même ? Que fis-Tu alors, mon Dieu, et combien est insondable l’abîme de Tes jugements ? Car, longtemps souffrant d’une fièvre violente, il gisait inconscient, en sueur de mort ; et comme on désespérait de sa guérison, on le baptisa sans qu’il s’en rende compte ; quant à moi, je ne prêtais guère attention à lui, pensant que son âme conserverait plutôt ce qu’elle avait reçu de moi, et non ce qui avait été fait sur son corps inconscient. Mais il en fut tout autrement : il se rétablit et retrouva la santé. Dès que je pus lui parler (et je le pouvais dès qu’il en était capable, car je ne l’ai jamais quitté, et nous étions trop dépendants l’un de l’autre), j’essayai de plaisanter avec lui, comme s’il allait plaisanter avec moi au sujet du baptême qu’il avait reçu, alors qu’il était complètement absent de ses pensées et de ses sentiments, mais qu’il comprenait maintenant qu’il l’avait reçu. Mais il s’éloigna de moi comme d’un ennemi ; et avec une liberté merveilleuse et soudaine, il me demanda, si je voulais continuer à être son ami, de cesser de lui parler ainsi. Moi, tout étonné et stupéfait, je réprimai toutes mes émotions jusqu’à ce qu’il aille mieux, et que sa santé soit suffisamment forte pour que je puisse m’occuper de lui comme je le voulais. Mais il fut emporté loin de mon désarroi, afin qu’avec Toi il soit préservé pour mon réconfort ; quelques jours plus tard, en mon absence, il fut de nouveau frappé par la fièvre, et il partit ainsi.
Face à cette douleur, mon cœur fut complètement assombri ; tout ce que je voyais, c’était la mort. Ma patrie devint pour moi une torture, et la maison de mon père, une étrange misère ; et tout ce que j’avais partagé avec lui, sans lui, devint une torture perturbante. Mes yeux le cherchaient partout, mais il n’était pas là.
Qui peut décrire tous Tes éloges, qu’il a ressentis en lui-même ? Que fis-Tu alors, mon Dieu, et combien est insondable l’abîme de Tes jugements ? Car, longtemps souffrant d’une fièvre violente, il gisait inconscient, en sueur de mort ; et comme on désespérait de sa guérison, on le baptisa sans qu’il s’en rende compte ; quant à moi, je ne prêtais guère attention à lui, pensant que son âme conserverait plutôt ce qu’elle avait reçu de moi, et non ce qui avait été fait sur son corps inconscient. Mais il en fut tout autrement : il se rétablit et retrouva la santé. Dès que je pus lui parler (et je le pouvais dès qu’il en était capable, car je ne l’ai jamais quitté, et nous étions trop dépendants l’un de l’autre), j’essayai de plaisanter avec lui, comme s’il allait plaisanter avec moi au sujet du baptême qu’il avait reçu, alors qu’il était complètement absent de ses pensées et de ses sentiments, mais qu’il comprenait maintenant qu’il l’avait reçu. Mais il s’éloigna de moi comme d’un ennemi ; et avec une liberté merveilleuse et soudaine, il me demanda, si je voulais continuer à être son ami, de cesser de lui parler ainsi. Moi, tout étonné et stupéfait, je réprimai toutes mes émotions jusqu’à ce qu’il aille mieux, et que sa santé soit suffisamment forte pour que je puisse m’occuper de lui comme je le voulais. Mais il fut emporté loin de mon désarroi, afin qu’avec Toi il soit préservé pour mon réconfort ; quelques jours plus tard, en mon absence, il fut de nouveau frappé par la fièvre, et il partit ainsi.
Face à cette douleur, mon cœur fut complètement assombri ; tout ce que je voyais, c’était la mort. Ma patrie devint pour moi une torture, et la maison de mon père, une étrange misère ; et tout ce que j’avais partagé avec lui, sans lui, devint une torture perturbante. Mes yeux le cherchaient partout, mais il n’était pas là.
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Je ne leur l’ai pas accordé ; et je haïssais tous les lieux, car ils ne l’avaient pas ; ils ne pouvaient plus non plus me dire : « Il vient », comme quand il était vivant et absent. Je devins un grand mystère pour moi-même, et je demandai à mon âme pourquoi elle était si triste, et pourquoi elle m’angoissait tant : mais elle ne savait pas quoi me répondre. Et si je disais : « Fais confiance en Dieu », elle m’obéissait très justement pas ; car ce très cher ami, qu’elle avait perdu, étant homme, était à la fois plus vrai et meilleur que ce fantôme auquel on lui ordonnait de faire confiance. Seules les larmes étaient douces pour moi, car elles remplaçaient mon ami dans mes affections les plus chères.
Et maintenant, Seigneur, ces choses sont révolues, et le temps a apaisé ma blessure. Puissé-je apprendre de Toi, qui es la Vérité, et approcher l’oreille de mon cœur de Ta bouche, afin que Tu puisses me dire pourquoi pleurer est doux pour le misérable ? As-Tu, bien que présent partout, chassé notre misère loin de Toi ? Et Tu demeures en Toi-même, tandis que nous sommes ballottés par diverses épreuves. Pourtant, si nous ne pleurions pas à Tes oreilles, nous n’aurions plus aucune espérance. D’où donc vient le fruit doux récolté dans l’amertume de la vie, dans les gémissements, les larmes, les soupirs et les plaintes ? Est-ce cela qui le rend doux, le fait que nous espérons que Tu entends ? C’est vrai pour la prière, car en elle il y a un désir d’approcher de Toi. Mais est-ce aussi le cas dans la douleur d’avoir perdu quelque chose, et dans la tristesse qui m’envahissait alors ? Car je n’espérais ni qu’il revienne à la vie, ni je ne le désirais par mes larmes ; je pleurais seulement et je me lamentais. Car j’étais misérable, et j’avais perdu ma joie. Ou bien pleurer est-il vraiment une chose amère, et, par aversion pour les choses que nous avons connues auparavant, nous plaît-il alors, lorsque nous nous en éloignons ?
Mais de quoi parle-t-on de ces choses ? Car maintenant ce n’est pas le moment de questionner, mais de me confesser à Toi. J’étais misérable ; et misérable est toute âme liée par l’amitié de choses périssables ; elle est déchirée lorsqu’elle les perd, et alors elle ressent la misère qu’elle éprouvait déjà avant de les perdre. C’était ainsi pour moi alors ; je pleurais amèrement, et je trouvais mon repos dans l’amertume. Ainsi j’étais misérable, et cette vie misérable, je la tenais pour plus précieuse que mon ami. Car, bien que je voulusse volontiers la changer, j’étais encore moins disposé à m’en séparer que de m’en séparer de lui ; en effet, je ne sais pas si j’aurais voulu m’en séparer même pour lui, comme on le raconte (si ce n’est inventé) de Pylade et d’Oreste, qui auraient volontiers mouru l’un pour l’autre ou ensemble, car vivre ensemble leur semblait pire que la mort. Mais en moi était née une sensation inexplicable, tout à fait contraire à cela, car aussitôt je haïssais extrêmement de vivre et je craignais la mort. Je suppose que plus je l’aimais, plus je haïssais et craignais (comme un ennemi très cruel) la mort, qui m’avait privé de…
Et maintenant, Seigneur, ces choses sont révolues, et le temps a apaisé ma blessure. Puissé-je apprendre de Toi, qui es la Vérité, et approcher l’oreille de mon cœur de Ta bouche, afin que Tu puisses me dire pourquoi pleurer est doux pour le misérable ? As-Tu, bien que présent partout, chassé notre misère loin de Toi ? Et Tu demeures en Toi-même, tandis que nous sommes ballottés par diverses épreuves. Pourtant, si nous ne pleurions pas à Tes oreilles, nous n’aurions plus aucune espérance. D’où donc vient le fruit doux récolté dans l’amertume de la vie, dans les gémissements, les larmes, les soupirs et les plaintes ? Est-ce cela qui le rend doux, le fait que nous espérons que Tu entends ? C’est vrai pour la prière, car en elle il y a un désir d’approcher de Toi. Mais est-ce aussi le cas dans la douleur d’avoir perdu quelque chose, et dans la tristesse qui m’envahissait alors ? Car je n’espérais ni qu’il revienne à la vie, ni je ne le désirais par mes larmes ; je pleurais seulement et je me lamentais. Car j’étais misérable, et j’avais perdu ma joie. Ou bien pleurer est-il vraiment une chose amère, et, par aversion pour les choses que nous avons connues auparavant, nous plaît-il alors, lorsque nous nous en éloignons ?
Mais de quoi parle-t-on de ces choses ? Car maintenant ce n’est pas le moment de questionner, mais de me confesser à Toi. J’étais misérable ; et misérable est toute âme liée par l’amitié de choses périssables ; elle est déchirée lorsqu’elle les perd, et alors elle ressent la misère qu’elle éprouvait déjà avant de les perdre. C’était ainsi pour moi alors ; je pleurais amèrement, et je trouvais mon repos dans l’amertume. Ainsi j’étais misérable, et cette vie misérable, je la tenais pour plus précieuse que mon ami. Car, bien que je voulusse volontiers la changer, j’étais encore moins disposé à m’en séparer que de m’en séparer de lui ; en effet, je ne sais pas si j’aurais voulu m’en séparer même pour lui, comme on le raconte (si ce n’est inventé) de Pylade et d’Oreste, qui auraient volontiers mouru l’un pour l’autre ou ensemble, car vivre ensemble leur semblait pire que la mort. Mais en moi était née une sensation inexplicable, tout à fait contraire à cela, car aussitôt je haïssais extrêmement de vivre et je craignais la mort. Je suppose que plus je l’aimais, plus je haïssais et craignais (comme un ennemi très cruel) la mort, qui m’avait privé de…
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lui : et j’imaginais qu’il mettrait rapidement fin à tous les hommes, puisqu’il avait pouvoir sur lui. C’est ainsi que cela se passait pour moi, je m’en souviens. Vois mon cœur, ô mon Dieu, vois et pénètre en moi ; car je m’en souviens bien, ô mon Espérance, qui me purifies de l’impureté de telles affections, en dirigeant mes yeux vers Toi et en arrachant mes pieds du piège. Car je m’étonnais que d’autres, soumis à la mort, vécussent, alors que celui que j’aimais, comme s’il ne devait jamais mourir, était mort ; et je m’étonnais encore plus que moi-même, qui étais pour lui un second moi, pusse vivre, lui étant mort. On a bien dit de l’un de ses amis : « Tu es la moitié de mon âme » ; car je sentais que mon âme et son âme formaient « une seule âme en deux corps » : et c’est pourquoi ma vie m’était insupportable, car je ne voulais pas vivre à moitié. Et c’est peut-être pour cela que je craignais la mort, de peur que celui que j’avais tant aimé ne meure complètement.
Ô folie, qui ne sais pas aimer les hommes comme des hommes ! Ô homme insensé que j’étais alors, supportant avec impatience le sort des hommes ! J’étais alors agité, je soupirais, je pleurais, j’étais distrait ; je n’avais ni repos ni conseil. Car je portais une âme brisée et saignante, impatiente d’être portée par moi, mais je ne trouvais nulle part où la reposer. Ni dans les bois paisibles, ni dans les jeux et la musique, ni dans les lieux parfumés, ni lors de banquets somptueux, ni dans les plaisirs du lit et du canapé ; ni (enfin) dans les livres ou la poésie, je ne trouvais de repos. Tout me semblait effrayant, oui, même la lumière ; tout ce qui n’était pas lui était répugnant et haïssable, sauf les gémissements et les larmes. Car c’est seulement en eux que je trouvais un peu de soulagement. Mais quand mon âme s’éloignait d’eux, un énorme fardeau de misère m’accablait. À Toi, ô Seigneur, elle aurait dû être soulevée, afin que Tu la soulages ; je le savais ; mais je ne pouvais ni ne voulais le faire ; d’autant plus que, lorsque je pensais à Toi, Tu n’étais pour moi rien de solide ni de substantiel. Car Tu n’étais pas Toi-même, mais un simple fantôme, et mon erreur était mon Dieu. Si je tentais de décharger mon fardeau sur Lui, afin qu’il repose, il glissait à travers le vide et revenait aussitôt me frapper ; et je restais seul, un être malheureux, incapable d’être là ou de m’éloigner de là. Car où mon cœur pourrait-il fuir mon cœur ? Où pourrais-je fuir moi-même ? Où ne suivrais-je pas moi-même ? Pourtant, je quittai mon pays ; afin que mes yeux cherchent moins souvent celui qu’ils n’étaient pas habitués à voir. Ainsi, de Thagaste, je vins à Carthage.
Le temps ne perd pas de temps ; il ne s’écoule pas en vain ; à travers nos sens, il opère des transformations étranges dans l’esprit. Vois, il passait et revenait jour après jour, et par ces allées et venues, il introduisait dans mon esprit d’autres imaginations et d’autres souvenirs ; et peu à peu, il me recousait avec mon
Ô folie, qui ne sais pas aimer les hommes comme des hommes ! Ô homme insensé que j’étais alors, supportant avec impatience le sort des hommes ! J’étais alors agité, je soupirais, je pleurais, j’étais distrait ; je n’avais ni repos ni conseil. Car je portais une âme brisée et saignante, impatiente d’être portée par moi, mais je ne trouvais nulle part où la reposer. Ni dans les bois paisibles, ni dans les jeux et la musique, ni dans les lieux parfumés, ni lors de banquets somptueux, ni dans les plaisirs du lit et du canapé ; ni (enfin) dans les livres ou la poésie, je ne trouvais de repos. Tout me semblait effrayant, oui, même la lumière ; tout ce qui n’était pas lui était répugnant et haïssable, sauf les gémissements et les larmes. Car c’est seulement en eux que je trouvais un peu de soulagement. Mais quand mon âme s’éloignait d’eux, un énorme fardeau de misère m’accablait. À Toi, ô Seigneur, elle aurait dû être soulevée, afin que Tu la soulages ; je le savais ; mais je ne pouvais ni ne voulais le faire ; d’autant plus que, lorsque je pensais à Toi, Tu n’étais pour moi rien de solide ni de substantiel. Car Tu n’étais pas Toi-même, mais un simple fantôme, et mon erreur était mon Dieu. Si je tentais de décharger mon fardeau sur Lui, afin qu’il repose, il glissait à travers le vide et revenait aussitôt me frapper ; et je restais seul, un être malheureux, incapable d’être là ou de m’éloigner de là. Car où mon cœur pourrait-il fuir mon cœur ? Où pourrais-je fuir moi-même ? Où ne suivrais-je pas moi-même ? Pourtant, je quittai mon pays ; afin que mes yeux cherchent moins souvent celui qu’ils n’étaient pas habitués à voir. Ainsi, de Thagaste, je vins à Carthage.
Le temps ne perd pas de temps ; il ne s’écoule pas en vain ; à travers nos sens, il opère des transformations étranges dans l’esprit. Vois, il passait et revenait jour après jour, et par ces allées et venues, il introduisait dans mon esprit d’autres imaginations et d’autres souvenirs ; et peu à peu, il me recousait avec mon
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Ces anciennes joies, auxquelles ma tristesse a cédé. Et pourtant, il y a eu, non pas d’autres chagrins en propre, mais les causes d’autres chagrins. Car comment ce chagrin d’autrefois avait-il pu atteindre si facilement mon âme la plus intime, si ce n’est parce que j’avais versé mon âme dans la poussière, en aimant celui qui devait mourir, comme s’il ne devait jamais mourir ? Car ce qui me réconfortait et me rafraîchissait surtout, c’étaient les consolations des autres amis, que j’aimais à la place de Toi ; et c’était là une grande fable, un mensonge prolongé, par lequel, sous l’effet de cette stimulation adultère, notre âme, qui démangeait en nous, était souillée. Mais cette fable ne mourait pas pour moi, chaque fois qu’un de mes amis mourait. Il y avait d’autres choses qui occupaient davantage mon esprit : parler et plaisanter ensemble, se rendre mutuellement service, lire ensemble des livres agréables, faire l’idiot ou être sérieux ensemble, avoir parfois des désaccords sans mécontentement, comme un homme peut l’avoir avec lui-même ; et même, grâce à la rareté de ces désaccords, adoucir nos accords plus fréquents ; parfois enseigner, parfois apprendre ; désirer avec impatience ceux qui sont absents, et accueillir avec joie ceux qui reviennent. Toutes ces manifestations, issues du cœur de ceux qui aiment et sont à leur tour aimés, par le visage, la langue, les yeux et mille gestes agréables, étaient un combustible puissant pour fondre nos âmes ensemble et en faire une seule. C’est cela qu’on aime chez les amis ; et on les aime à tel point que la conscience d’un homme se condamne si lui-même n’aime pas celui qui l’aime en retour, ou ne l’aime pas à son tour, ne cherchant en lui rien d’autre que des signes de son amour. D’où vient donc ce deuil, si quelqu’un meurt, ces ténèbres de la tristesse, cet immersion du cœur dans les larmes, toute douceur transformée en amertume ; et avec la perte de la vie du mourant, la mort du vivant. Béni soit celui qui t’aime, et son ami en Toi, et son ennemi pour Toi. Car seul celui-là ne perd rien de cher pour lui, pour qui tout est cher en Celui qui ne peut être perdu. Et qui est-ce sinon notre Dieu, le Dieu qui a créé le ciel et la terre et les a remplis, car en les remplissant il les a créés ? Personne ne te perd, sauf celui qui te quitte. Et celui qui te quitte, où va-t-il ou où fuit-il, sinon loin de Toi, satisfait de Toi, pour aller vers Toi, mécontent de Toi ? Car où ne trouve-t-il pas Ta loi dans sa propre punition ? Et Ta loi, c’est la vérité, et Tu es la vérité. Tourne-nous vers Toi, ô Dieu des armées, montre-nous Ton visage, et nous serons intacts. Car où que se tourne l’âme de l’homme, à moins que ce ne soit vers Toi, elle est rivée aux chagrins, même si elle est rivée à des choses belles. Et pourtant, celles-ci, issues de Toi et de l’âme, n’existaient pas, si elles n’étaient pas issues de Toi. Elles naissent et disparaissent ; et en naissant, elles commencent en quelque sorte à exister ; elles grandissent, afin que
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Elles peuvent être perfectionnées ; et une fois perfectionnées, elles vieillissent et se flétrissent ; et toutes ne vieillissent pas, mais toutes se flétrissent. Ainsi, lorsqu’elles naissent et cherchent à exister, plus elles grandissent rapidement pour pouvoir exister, plus elles se hâtent de ne pas exister. Telle est leur loi. C’est autant que Tu leur as attribué, car elles sont des parties de choses qui n’existent pas en même temps, mais qui, en disparaissant et en se succédant, complètent ensemble cet univers dont elles font partie. De même, notre parole est complétée par des signes qui produisent un son : mais celui-ci non plus n’est pas perfectionné tant qu’un mot n’a pas émis sa note, afin qu’un autre puisse le suivre. De toutes ces choses, que mon âme Te loue, ô Dieu, Créateur de tout ; mais que mon âme ne soit pas attachée à ces choses par le liant de l’amour, à travers les sens du corps. Car elles vont là où elles doivent aller, afin de ne pas exister ; et elles déchirent mon âme par des désirs funestes, car elle aspire à exister, tout en aimant à se reposer dans ce qu’elle aime. Mais en ces choses il n’y a pas de repos ; elles ne demeurent pas, elles fuient ; et qui peut les suivre avec les sens de la chair ? Oui, qui peut les saisir, même lorsqu’elles sont tout près ? Car le sens de la chair est lent, parce que c’est le sens de la chair ; et c’est pourquoi il est limité. Il suffit pour ce pour quoi il a été créé ; mais il ne suffit pas à empêcher les choses de suivre leur cours, depuis leur point de départ prescrit jusqu’à leur fin prescrite. Car dans Ta Parole, par laquelle elles sont créées, elles entendent leur décret : « d’ici jusqu’ici ». Ne sois pas sotte, ô mon âme, et ne deviens pas sourde à l’oreille de ton cœur à cause du tumulte de ta folie. Écoute aussi. La Parole elle-même t’appelle à revenir : et là se trouve un lieu de repos imperturbable, où l’amour n’est pas abandonné, s’il ne l’abandonne pas lui-même. Vois, ces choses disparaissent, afin que d’autres puissent les remplacer, et ainsi cet univers inférieur soit complété par toutes ses parties. Mais m’éloigne-je quelque part ? dit la Parole de Dieu. Y fixe ta demeure, confie-y tout ce que tu as, ô mon âme, du moins maintenant que tu es épuisée par les vanités. Confie la Vérité, tout ce que tu as de la Vérité, et tu ne perdras rien ; ta déchéance fleurira à nouveau, toutes tes maladies seront guéries, tes parties mortelles seront reformées et renouvelées, et elles t’entoureront : elles ne te placeront pas là où elles descendent elles-mêmes ; mais elles resteront fermement avec toi, et demeureront éternellement devant Dieu, qui demeure et reste ferme éternellement. Pourquoi donc te détourner et suivre ta chair ? Qu’elle soit transformée et te suive. Tout ce que tu perçois par elle est partiel ; et le tout, dont celles-ci sont des parties, tu ne le connais pas ; pourtant elles te plaisent. Mais si le sens de ta chair avait la capacité de comprendre le tout, et non pas seulement lui-même…
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De plus, pour ta punition, étant justement restreint à une partie du tout, tu voudrais que tout ce qui existe en ce moment disparaisse, afin que le tout te plaise davantage. Car ce que nous disons aussi, c’est par le même sens de la chair que tu entends ; pourtant, ne voudrais-tu pas que les syllabes restent, mais s’envolent, afin que d’autres puissent venir et que tu entendes le tout ? Ainsi, chaque fois qu’une chose est composée de plusieurs éléments qui n’existent pas ensemble, tous collectivement plairaient davantage qu’individuellement, s’ils pouvaient être perçus collectivement. Mais bien mieux que tout cela est Celui qui a créé tout ; et Il est notre Dieu, et Il ne disparaît pas, car rien ne vient après Lui. Si les corps te plaisent, loue Dieu à leur sujet, et tourne ton amour vers leur Créateur ; de peur que, dans ces choses qui te plaisent, tu ne Le déplaises. Si les âmes te plaisent, aime-les en Dieu : car elles aussi sont changeantes, mais en Lui elles sont fermement établies ; sinon elles passeraient et disparaîtraient. Aime-les donc en Lui ; et emmène vers Lui, avec toi, autant d’âmes que tu peux, et dis-leur : « Aimons-Lui, aimons-Lui : c’est Lui qui a fait celles-ci, et Il n’est pas loin. Car Il ne les a pas faites pour que nous nous éloignions, mais elles sont à Lui, et en Lui. Vois, Il est là, là où l’on aime la vérité. Il est au sein même du cœur, et pourtant le cœur s’est éloigné de Lui. Retournez dans votre cœur, vous qui péchez, et attachez-vous fermement à Celui qui vous a créés. Tenez-vous avec Lui, et vous serez fermes. Reposez-vous en Lui, et vous serez en paix. Où allez-vous par des chemins difficiles ? Où allez-vous ? Le bien que vous aimez vient de Lui ; mais il est bon et agréable en référence à Lui, et il est juste qu’il soit assombri, car il est injuste d’aimer quoi que ce soit qui vient de Lui si Lui est abandonné pour cela. À quoi bon alors continuer à marcher sur ces chemins difficiles et pénibles ? Il n’y a pas de repos là où vous le cherchez. Cherchez ce que vous cherchez ; mais ce n’est pas là où vous le cherchez. Vous cherchez une vie bénie dans le pays de la mort ; elle n’y est pas. Comment pourrait-il y avoir une vie bénie là où la vie elle-même n’existe pas ? »
« Mais notre Vraie Vie est descendue ici, a porté notre mort et l’a tuée, par l’abondance de sa propre vie : et Elle a tonné, appelant haut et fort pour que nous retournions vers Elle, en ce lieu secret d’où Elle est venue à nous, d’abord dans le ventre de la Vierge, où Elle a pris épouse la création humaine, notre chair mortelle, afin qu’elle ne reste pas éternellement mortelle, et de là, comme un époux sortant de sa chambre, joyeux comme un géant, Elle a entrepris son chemin. Car Elle n’a pas tardé, mais a couru, appelant haut et fort par des paroles, des actes, la mort, la vie, la descente, l’ascension ; criant haut et fort pour que nous retournions vers Elle. Et Elle s’est éloignée de nos yeux, afin que nous retournions dans notre cœur, et que nous y trouvions… »
« Mais notre Vraie Vie est descendue ici, a porté notre mort et l’a tuée, par l’abondance de sa propre vie : et Elle a tonné, appelant haut et fort pour que nous retournions vers Elle, en ce lieu secret d’où Elle est venue à nous, d’abord dans le ventre de la Vierge, où Elle a pris épouse la création humaine, notre chair mortelle, afin qu’elle ne reste pas éternellement mortelle, et de là, comme un époux sortant de sa chambre, joyeux comme un géant, Elle a entrepris son chemin. Car Elle n’a pas tardé, mais a couru, appelant haut et fort par des paroles, des actes, la mort, la vie, la descente, l’ascension ; criant haut et fort pour que nous retournions vers Elle. Et Elle s’est éloignée de nos yeux, afin que nous retournions dans notre cœur, et que nous y trouvions… »
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Lui. Car Il est parti, et voici, Il est ici. Il ne restera pas longtemps parmi nous, pourtant Il ne nous a pas abandonnés ; car Il est parti de là d’où Il n’est jamais parti, car le monde a été créé par Lui. Et dans ce monde Il était, et dans ce monde Il est venu pour sauver les pécheurs, à qui mon âme avoue ses fautes, et Il la guérit, car elle a péché contre Lui. Ô fils des hommes, jusqu’à quand resterez-vous lents de cœur ? Même maintenant, après la descente de la Vie en vous, ne voulez-vous pas monter et vivre ? Mais où montez-vous, lorsque vous êtes au sommet et que vous tournez votre bouche vers les cieux ? Descendez, afin de pouvoir monter, et monter vers Dieu. Car vous êtes tombés en montant contre Lui. Dis-leur cela, afin qu’ils pleurent dans la vallée des larmes, et ainsi tu pourras les conduire avec toi vers Dieu ; car c’est de son Esprit que tu leur parles ainsi, si tu parles en brûlant du feu de la charité.
Je ne connaissais pas ces choses alors, et j’aimais ces beautés inférieures ; je sombrais dans les profondeurs, et je disais à mes amis : « Aimons-nous autre chose que le beau ? Qu’est donc le beau ? Qu’est la beauté ? Qu’est-ce qui nous attire et nous pousse vers les choses que nous aimons ? Car s’il n’y avait en elles aucune grâce ni beauté, elles ne pourraient en aucun cas nous attirer vers elles. » J’ai remarqué et compris qu’il y avait une beauté dans les corps eux-mêmes, due à leur formation en une sorte de tout, et aussi une autre beauté issue d’une correspondance appropriée et mutuelle, comme entre une partie du corps et son tout, ou une chaussure et un pied, etc. Cette réflexion est née dans mon esprit, du fond de mon cœur, et j’ai écrit, je crois, deux ou trois livres sur le beau et le bien proportionné.
Tu le sais, ô Seigneur, car cela m’a été enlevé ; je ne les ai plus, ils se sont éloignés de moi, je ne sais comment.
Mais qu’est-ce qui m’a poussé, ô Seigneur mon Dieu, à dédier ces livres à Hiérius, un orateur de Rome, que je ne connaissais pas en personne, mais que j’aimais pour la renommée de sa science qui était exceptionnelle en lui, et pour quelques-unes de ses paroles que j’avais entendues et qui m’avaient plu ? Mais il m’a plu encore davantage parce qu’il plaisait aux autres, qui le louaient grandement, étonnés qu’un Syrien, d’abord formé à l’éloquence grecque, devînt ensuite un orateur latin merveilleux et très savant en matière de philosophie.
On loue quelqu’un, et, sans le voir, on l’aime : cet amour pénètre-t-il dans le cœur de l’auditeur par la bouche de celui qui le loue ? Non. Mais c’est par celui qui aime que l’autre est ému. C’est pourquoi celui qui est loué est aimé, lorsque l’on croit que celui qui le loue le fait avec un cœur sincère ; c’est-à-dire, lorsque quelqu’un qui l’aime le loue.
Je ne connaissais pas ces choses alors, et j’aimais ces beautés inférieures ; je sombrais dans les profondeurs, et je disais à mes amis : « Aimons-nous autre chose que le beau ? Qu’est donc le beau ? Qu’est la beauté ? Qu’est-ce qui nous attire et nous pousse vers les choses que nous aimons ? Car s’il n’y avait en elles aucune grâce ni beauté, elles ne pourraient en aucun cas nous attirer vers elles. » J’ai remarqué et compris qu’il y avait une beauté dans les corps eux-mêmes, due à leur formation en une sorte de tout, et aussi une autre beauté issue d’une correspondance appropriée et mutuelle, comme entre une partie du corps et son tout, ou une chaussure et un pied, etc. Cette réflexion est née dans mon esprit, du fond de mon cœur, et j’ai écrit, je crois, deux ou trois livres sur le beau et le bien proportionné.
Tu le sais, ô Seigneur, car cela m’a été enlevé ; je ne les ai plus, ils se sont éloignés de moi, je ne sais comment.
Mais qu’est-ce qui m’a poussé, ô Seigneur mon Dieu, à dédier ces livres à Hiérius, un orateur de Rome, que je ne connaissais pas en personne, mais que j’aimais pour la renommée de sa science qui était exceptionnelle en lui, et pour quelques-unes de ses paroles que j’avais entendues et qui m’avaient plu ? Mais il m’a plu encore davantage parce qu’il plaisait aux autres, qui le louaient grandement, étonnés qu’un Syrien, d’abord formé à l’éloquence grecque, devînt ensuite un orateur latin merveilleux et très savant en matière de philosophie.
On loue quelqu’un, et, sans le voir, on l’aime : cet amour pénètre-t-il dans le cœur de l’auditeur par la bouche de celui qui le loue ? Non. Mais c’est par celui qui aime que l’autre est ému. C’est pourquoi celui qui est loué est aimé, lorsque l’on croit que celui qui le loue le fait avec un cœur sincère ; c’est-à-dire, lorsque quelqu’un qui l’aime le loue.
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Car c’est ainsi que j’aimais les hommes, selon le jugement des hommes, et non le Tien, ô mon Dieu, en Qui nul homme ne se trompe. Mais pourquoi pas pour des qualités, comme celles d’un célèbre cocher ou d’un combattant de bêtes au théâtre, connu de loin et large par une popularité vulgaire, mais bien différentement, et avec sincérité, afin que moi-même je sois loué ? Car je ne voudrais pas être loué ou aimé comme les acteurs (bien que je les louasse et les aimasse moi-même), mais préférerais rester inconnu plutôt que si connu ; et même haï plutôt que si aimé. Où donc sont stockés dans une seule âme les impulsions vers de tels amours variés et divers ? Pourquoi, puisque nous sommes tous égaux en tant qu’hommes, aimez-je chez un autre ce que, si je ne le haïssais pas, je ne repousserais pas et ne chasserais pas de moi ? Car il n’est pas vrai que, de même qu’un bon cheval est aimé par celui qui ne voudrait pas, bien qu’il le pût, être ce cheval, on puisse en dire autant d’un acteur, qui partage notre nature. Aimez-je donc en un homme ce que je hais d’être, moi qui suis homme ? L’homme lui-même est un abîme profond, dont Tu comptes les cheveux, ô Seigneur, et ils ne tombent pas à terre sans Toi. Et pourtant, les cheveux de sa tête sont plus faciles à compter que ses sentiments et les battements de son cœur.
Mais cet orateur était du genre que j’aimais, car je souhaitais être moi-même ainsi ; et j’ai erré à cause d’une fierté démesurée, ballotté par tous les vents, mais guidé néanmoins par Toi, bien que secrètement. D’où sais-je, et d’où puis-je l’avouer avec assurance à Toi, que je l’aimais davantage pour l’amour de ceux qui le louaient que pour les choses mêmes pour lesquelles il était loué ? Car s’il avait été ignoré, et que ces mêmes hommes l’aient dénigré, en disant de lui les mêmes choses avec mépris, je n’aurais jamais été si enflammé et poussé à l’aimer. Et pourtant, les choses n’auraient pas été autres, ni lui-même autre ; seulement les sentiments de ceux qui rapportaient. Vois où se trouve cette âme impuissante, qui n’est pas encore soutenue par la solidité de la vérité ! Tout comme les tempêtes de paroles soufflent du sein de ceux qui sont portés par l’opinion, elle est emportée çà et là, poussée en avant et en arrière, la lumière lui est obscurcie, et la vérité reste invisible. Et voilà qu’elle est devant nous. Il était pour moi une grande affaire que mes discours et mes efforts soient connus de cet homme : s’il les approuvait, j’étais d’autant plus enflammé ; mais s’il les désapprouvait, mon cœur vide, privé de Ta solidité, était blessé. Et pourtant, ce qui était « beau et approprié », sur quoi je lui écrivais, j’y réfléchissais avec plaisir, je l’examinais et l’admirais, bien que personne ne s’y associe.
Mais je ne voyais pas encore, selon Ta sagesse, ô Toi Tout-Puissant, qui ne fais que des merveilles, sur quoi reposait cette affaire importante ; et mon esprit errait à travers…
Mais cet orateur était du genre que j’aimais, car je souhaitais être moi-même ainsi ; et j’ai erré à cause d’une fierté démesurée, ballotté par tous les vents, mais guidé néanmoins par Toi, bien que secrètement. D’où sais-je, et d’où puis-je l’avouer avec assurance à Toi, que je l’aimais davantage pour l’amour de ceux qui le louaient que pour les choses mêmes pour lesquelles il était loué ? Car s’il avait été ignoré, et que ces mêmes hommes l’aient dénigré, en disant de lui les mêmes choses avec mépris, je n’aurais jamais été si enflammé et poussé à l’aimer. Et pourtant, les choses n’auraient pas été autres, ni lui-même autre ; seulement les sentiments de ceux qui rapportaient. Vois où se trouve cette âme impuissante, qui n’est pas encore soutenue par la solidité de la vérité ! Tout comme les tempêtes de paroles soufflent du sein de ceux qui sont portés par l’opinion, elle est emportée çà et là, poussée en avant et en arrière, la lumière lui est obscurcie, et la vérité reste invisible. Et voilà qu’elle est devant nous. Il était pour moi une grande affaire que mes discours et mes efforts soient connus de cet homme : s’il les approuvait, j’étais d’autant plus enflammé ; mais s’il les désapprouvait, mon cœur vide, privé de Ta solidité, était blessé. Et pourtant, ce qui était « beau et approprié », sur quoi je lui écrivais, j’y réfléchissais avec plaisir, je l’examinais et l’admirais, bien que personne ne s’y associe.
Mais je ne voyais pas encore, selon Ta sagesse, ô Toi Tout-Puissant, qui ne fais que des merveilles, sur quoi reposait cette affaire importante ; et mon esprit errait à travers…
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formes corporelles ; et pour « beau », j’ai défini et distingué ce qui l’est en soi-même,
et pour « convenable », dont la beauté réside dans une correspondance avec quelque autre chose : et j’ai étayé cela par des exemples corporels. J’ai alors tourné mon attention vers la nature de l’esprit,
mais la fausse idée que j’avais des choses spirituelles m’empêcha de voir la vérité.
Pourtant, la force de la vérité brilla d’elle-même dans mes yeux, et je détournai mon âme haletante de la substance incorporelle vers les contours, les couleurs et les grandeurs volumineuses. Ne pouvant voir ces choses dans l’esprit, je pensai que je ne pouvais pas voir mon esprit. Et tandis que dans la vertu j’aimais la paix, et dans la méchanceté je haïssais la discorde ; dans la première je remarquais une unité, mais dans l’autre, une sorte de division. Dans cette unité, je conçus que résidaient l’âme rationnelle, la nature de la vérité et du bien suprême ; mais dans cette division, j’imaginais misérablement qu’il y avait là une substance inconnue de vie irrationnelle, et la nature du mal suprême, qui devrait non seulement être une substance, mais aussi une vie réelle, et pourtant pas issue de Toi, ô mon Dieu, de qui proviennent toutes choses. Cependant, j’appelai la première une Monade, car c’était une âme sans sexe ; mais la seconde, une Duade : la colère, dans les actes de violence et dans la flagornerie, la luxure ; sans savoir de quoi je parlais. Car je n’avais ni su ni appris que le mal n’était pas une substance, ni que notre âme était ce bien suprême et immuable. Car les actes de violence naissent lorsque cette émotion de l’âme est corrompue, d’où provient une action violente, se manifestant de manière insolente et indisciplinée ; et les désirs, lorsque cet affect de l’âme est indompté, par lequel on s’enivre de plaisirs charnels, de même les erreurs et les opinions fausses souillent la vie si l’âme rationnelle elle-même est corrompue ; comme c’était alors chez moi, qui ne savais pas qu’elle devait être éclairée par une autre lumière pour pouvoir participer à la vérité, puisqu’elle n’était pas cette nature même de la vérité. Car Tu allumeras ma bougie, ô Seigneur mon Dieu, Tu éclaireras mes ténèbres : et de Ta plénitude nous avons tous reçu, car Tu es la vraie lumière qui éclaire tout homme venant au monde ; car en Toi il n’y a ni variation, ni ombre de changement.
Mais je me suis précipité vers Toi, et j’ai été repoussé loin de Toi, afin de goûter à la mort : car Tu résistes aux orgueilleux. Mais qui peut être plus orgueilleux que moi, qui, dans une folie étrange, prétendais être par nature ce que Tu es ? Car bien que j’étais sujet au changement (ce qui m’était si manifeste, mon désir même de devenir sage étant celui de passer du pire au meilleur), je choisis plutôt d’imaginer que Toi étais sujet au changement, et que moi je n’étais pas ce que Tu es. C’est pourquoi j’ai été repoussé par Toi, et Tu as résisté à ma vaniteuse obstination, et j’ai imaginé des formes corporelles, et, moi-même chair, je
et pour « convenable », dont la beauté réside dans une correspondance avec quelque autre chose : et j’ai étayé cela par des exemples corporels. J’ai alors tourné mon attention vers la nature de l’esprit,
mais la fausse idée que j’avais des choses spirituelles m’empêcha de voir la vérité.
Pourtant, la force de la vérité brilla d’elle-même dans mes yeux, et je détournai mon âme haletante de la substance incorporelle vers les contours, les couleurs et les grandeurs volumineuses. Ne pouvant voir ces choses dans l’esprit, je pensai que je ne pouvais pas voir mon esprit. Et tandis que dans la vertu j’aimais la paix, et dans la méchanceté je haïssais la discorde ; dans la première je remarquais une unité, mais dans l’autre, une sorte de division. Dans cette unité, je conçus que résidaient l’âme rationnelle, la nature de la vérité et du bien suprême ; mais dans cette division, j’imaginais misérablement qu’il y avait là une substance inconnue de vie irrationnelle, et la nature du mal suprême, qui devrait non seulement être une substance, mais aussi une vie réelle, et pourtant pas issue de Toi, ô mon Dieu, de qui proviennent toutes choses. Cependant, j’appelai la première une Monade, car c’était une âme sans sexe ; mais la seconde, une Duade : la colère, dans les actes de violence et dans la flagornerie, la luxure ; sans savoir de quoi je parlais. Car je n’avais ni su ni appris que le mal n’était pas une substance, ni que notre âme était ce bien suprême et immuable. Car les actes de violence naissent lorsque cette émotion de l’âme est corrompue, d’où provient une action violente, se manifestant de manière insolente et indisciplinée ; et les désirs, lorsque cet affect de l’âme est indompté, par lequel on s’enivre de plaisirs charnels, de même les erreurs et les opinions fausses souillent la vie si l’âme rationnelle elle-même est corrompue ; comme c’était alors chez moi, qui ne savais pas qu’elle devait être éclairée par une autre lumière pour pouvoir participer à la vérité, puisqu’elle n’était pas cette nature même de la vérité. Car Tu allumeras ma bougie, ô Seigneur mon Dieu, Tu éclaireras mes ténèbres : et de Ta plénitude nous avons tous reçu, car Tu es la vraie lumière qui éclaire tout homme venant au monde ; car en Toi il n’y a ni variation, ni ombre de changement.
Mais je me suis précipité vers Toi, et j’ai été repoussé loin de Toi, afin de goûter à la mort : car Tu résistes aux orgueilleux. Mais qui peut être plus orgueilleux que moi, qui, dans une folie étrange, prétendais être par nature ce que Tu es ? Car bien que j’étais sujet au changement (ce qui m’était si manifeste, mon désir même de devenir sage étant celui de passer du pire au meilleur), je choisis plutôt d’imaginer que Toi étais sujet au changement, et que moi je n’étais pas ce que Tu es. C’est pourquoi j’ai été repoussé par Toi, et Tu as résisté à ma vaniteuse obstination, et j’ai imaginé des formes corporelles, et, moi-même chair, je
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chair accusée ; et, tel un vent qui s’éloigne, je ne suis pas revenu à Toi, mais j’ai continué sans cesse vers des choses qui n’ont pas d’existence, ni en Toi, ni en moi, ni dans le corps. Elles ne furent pas créées pour moi par Ta vérité, mais par ma vanité, inventée à partir de choses corporelles. J’avais l’habitude de demander à Tes fidèles petits, mes concitoyens (de qui, à mon insu, j’étais en exil), j’avais l’habitude, bavardant et follement, de leur demander : « Pourquoi donc l’âme erre-t-elle, que Dieu a créée ? » Mais je ne voulais pas qu’on me demande : « Pourquoi donc Dieu erre-t-il ? » Et je soutenais que Ta substance immuable avait erré sous contrainte, plutôt que d’avouer que ma substance changeante s’était égarée volontairement, et qu’à présent, en punition, elle gisait dans l’erreur.
J’avais alors environ vingt-six ou vingt-sept ans lorsque j’écrivis ces volumes ; des fictions corporelles tournaient en moi, bourdonnant dans les oreilles de mon cœur, que je transformais, ô douce vérité, en ta mélodie intérieure, méditant sur le « beau et convenable », aspirant à me tenir debout pour t’écouter, et à me réjouir grandement à la voix du Marié, mais je ne le pouvais pas ; car, sous l’effet des voix de mes propres erreurs, j’étais chassé au-dehors, et sous le poids de ma propre fierté, je sombrais dans le plus profond abîme. Car Tu ne m’as pas fait entendre joie et allégresse, ni les os ne se réjouirent, ceux qui n’étaient pas encore humiliés.
Et à quoi m’a servi, alors que j’avais à peine vingt ans, un livre d’Aristote, qu’on appelle les dix Prédicables, tombé entre mes mains (au nom même duquel je m’accrochais, comme à quelque chose de grand et de divin, chaque fois que mon maître de rhétorique de Carthage, et d’autres considérés comme savants, le prononçaient avec les joues gonflées de fierté) ? Je l’ai lu et compris sans aide. Et en discutant avec d’autres, qui disaient qu’eux-mêmes ne le comprenaient guère, même avec de très habiles précepteurs, qui non seulement l’expliquaient oralement, mais dessinaient aussi beaucoup de choses dans le sable, ils ne purent m’en dire davantage que ce que j’avais appris en le lisant seul.
Ce livre me semblait parler très clairement des substances, comme « l’homme », et de leurs qualités, comme la forme d’un homme, de quel genre elle est ; la stature, à combien de pieds de hauteur ; sa relation, de qui il est le frère ; ou où il se trouve ; quand il est né ; s’il est debout ou assis ; s’il est chaussé ou armé ; s’il fait ou subit quelque chose ; et toutes les innombrables choses qui pourraient être classées sous ces neuf Prédicables, dont j’ai donné quelques exemples, ou sous ce Prédicable principal que est la Substance.
À quoi tout cela m’a-t-il servi, puisqu’il m’a même entravé ? Car, en imaginant que tout ce qui existe était compris sous ces dix Prédicables, j’essayais, ô mon Dieu, de comprendre Ta merveilleuse et…
J’avais alors environ vingt-six ou vingt-sept ans lorsque j’écrivis ces volumes ; des fictions corporelles tournaient en moi, bourdonnant dans les oreilles de mon cœur, que je transformais, ô douce vérité, en ta mélodie intérieure, méditant sur le « beau et convenable », aspirant à me tenir debout pour t’écouter, et à me réjouir grandement à la voix du Marié, mais je ne le pouvais pas ; car, sous l’effet des voix de mes propres erreurs, j’étais chassé au-dehors, et sous le poids de ma propre fierté, je sombrais dans le plus profond abîme. Car Tu ne m’as pas fait entendre joie et allégresse, ni les os ne se réjouirent, ceux qui n’étaient pas encore humiliés.
Et à quoi m’a servi, alors que j’avais à peine vingt ans, un livre d’Aristote, qu’on appelle les dix Prédicables, tombé entre mes mains (au nom même duquel je m’accrochais, comme à quelque chose de grand et de divin, chaque fois que mon maître de rhétorique de Carthage, et d’autres considérés comme savants, le prononçaient avec les joues gonflées de fierté) ? Je l’ai lu et compris sans aide. Et en discutant avec d’autres, qui disaient qu’eux-mêmes ne le comprenaient guère, même avec de très habiles précepteurs, qui non seulement l’expliquaient oralement, mais dessinaient aussi beaucoup de choses dans le sable, ils ne purent m’en dire davantage que ce que j’avais appris en le lisant seul.
Ce livre me semblait parler très clairement des substances, comme « l’homme », et de leurs qualités, comme la forme d’un homme, de quel genre elle est ; la stature, à combien de pieds de hauteur ; sa relation, de qui il est le frère ; ou où il se trouve ; quand il est né ; s’il est debout ou assis ; s’il est chaussé ou armé ; s’il fait ou subit quelque chose ; et toutes les innombrables choses qui pourraient être classées sous ces neuf Prédicables, dont j’ai donné quelques exemples, ou sous ce Prédicable principal que est la Substance.
À quoi tout cela m’a-t-il servi, puisqu’il m’a même entravé ? Car, en imaginant que tout ce qui existe était compris sous ces dix Prédicables, j’essayais, ô mon Dieu, de comprendre Ta merveilleuse et…
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Une Unité immuable également, comme si Toi aussi Tu avais été soumis à Ta propre grandeur ou beauté ; de sorte que (comme dans les corps) elles existeraient en Toi, en tant que leur sujet : alors que Toi-même es Ta grandeur et Ta beauté ; mais un corps n’est pas grand ou beau parce qu’il est un corps, car même s’il était moins grand ou moins beau, il resterait néanmoins un corps. Mais c’était la fausseté que j’avais conçue à Ton sujet, non la vérité, des fictions issues de ma misère, non les réalités de Ta bénédiction. Car Tu avais commandé, et cela s’est accompli en moi : que la terre produise pour moi des ronces et des épines, et que je mange mon pain dans la sueur de mon front.
Et à quoi m’a servi le fait que je lise seul, et que je comprenne, tous les livres que je pouvais obtenir sur les soi-disant arts libéraux, moi, vil esclave de viles passions ? J’en ai tiré du plaisir, mais je ne savais pas d’où venait tout ce qui y était vrai ou certain. Car j’avais le dos tourné à la lumière, et le visage tourné vers les choses éclairées ; d’où mon visage, par lequel je discernais ces choses éclairées, n’était lui-même pas éclairé. Tout ce qui était écrit, que ce soit en rhétorique, en logique, en géométrie, en musique ou en arithmétique, je l’ai compris par moi-même, sans grande difficulté ni aucun enseignant, Tu le sais, ô Seigneur mon Dieu ; car tant la vivacité d’esprit que l’acuité de discernement sont Tes dons : pourtant je n’y ai pas offert de sacrifice en retour. Ainsi, cela ne m’a servi à rien, mais plutôt à ma perte, puisque je cherchais à conserver une bonne partie de mes capacités pour moi-même ; et je n’ai pas gardé ma force pour Toi, mais je me suis éloigné de Toi vers un pays lointain, pour la gaspiller en débauches. À quoi m’ont servi de bonnes capacités, non employées à de bonnes fins ? Car je ne réalisais pas que ces arts étaient atteints avec grande difficulté, même par ceux qui étaient studieux et talentueux, jusqu’à ce que j’essaie de les expliquer à d’autres ; et c’est celui qui ne me suivait pas trop lentement qui excellait le plus en eux.
Mais à quoi m’a servi de croire que Toi, ô Seigneur Dieu, la Vérité, étais un corps vaste et lumineux, et que j’étais un fragment de ce corps ? Quelle perversité ! Mais tel étais-je. Et je n’ai pas honte, ô mon Dieu, de Te confesser Tes miséricordes envers moi, et de T’appeler, Toi qui n’as pas hésité alors à proclamer aux hommes mes blasphèmes et à m’accuser. À quoi m’a servi alors mon esprit agile dans ces sciences et dans tous ces ouvrages très complexes, que j’ai déchiffrés sans l’aide d’aucun enseignement humain, puisque j’ai commis de si graves erreurs, avec une honte si sacrilège, dans la doctrine de la piété ? Ou quel obstacle représentait un esprit bien plus lent pour Tes petits, puisqu’ils ne s’éloignaient pas trop de Toi, afin de pouvoir, dans le nid de Ta Église, prendre solidement leur envol et fortifier leurs ailes ?
Et à quoi m’a servi le fait que je lise seul, et que je comprenne, tous les livres que je pouvais obtenir sur les soi-disant arts libéraux, moi, vil esclave de viles passions ? J’en ai tiré du plaisir, mais je ne savais pas d’où venait tout ce qui y était vrai ou certain. Car j’avais le dos tourné à la lumière, et le visage tourné vers les choses éclairées ; d’où mon visage, par lequel je discernais ces choses éclairées, n’était lui-même pas éclairé. Tout ce qui était écrit, que ce soit en rhétorique, en logique, en géométrie, en musique ou en arithmétique, je l’ai compris par moi-même, sans grande difficulté ni aucun enseignant, Tu le sais, ô Seigneur mon Dieu ; car tant la vivacité d’esprit que l’acuité de discernement sont Tes dons : pourtant je n’y ai pas offert de sacrifice en retour. Ainsi, cela ne m’a servi à rien, mais plutôt à ma perte, puisque je cherchais à conserver une bonne partie de mes capacités pour moi-même ; et je n’ai pas gardé ma force pour Toi, mais je me suis éloigné de Toi vers un pays lointain, pour la gaspiller en débauches. À quoi m’ont servi de bonnes capacités, non employées à de bonnes fins ? Car je ne réalisais pas que ces arts étaient atteints avec grande difficulté, même par ceux qui étaient studieux et talentueux, jusqu’à ce que j’essaie de les expliquer à d’autres ; et c’est celui qui ne me suivait pas trop lentement qui excellait le plus en eux.
Mais à quoi m’a servi de croire que Toi, ô Seigneur Dieu, la Vérité, étais un corps vaste et lumineux, et que j’étais un fragment de ce corps ? Quelle perversité ! Mais tel étais-je. Et je n’ai pas honte, ô mon Dieu, de Te confesser Tes miséricordes envers moi, et de T’appeler, Toi qui n’as pas hésité alors à proclamer aux hommes mes blasphèmes et à m’accuser. À quoi m’a servi alors mon esprit agile dans ces sciences et dans tous ces ouvrages très complexes, que j’ai déchiffrés sans l’aide d’aucun enseignement humain, puisque j’ai commis de si graves erreurs, avec une honte si sacrilège, dans la doctrine de la piété ? Ou quel obstacle représentait un esprit bien plus lent pour Tes petits, puisqu’ils ne s’éloignaient pas trop de Toi, afin de pouvoir, dans le nid de Ta Église, prendre solidement leur envol et fortifier leurs ailes ?
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Charité, par le nourriment d’une foi solide. Ô Seigneur notre Dieu, à l’ombre de Tes ailes, faisons-nous espérer ; protège-nous et porte-nous. Tu nous porteras tant que nous sommes petits, et même jusqu’à la vieillesse Tu nous porteras ; car notre fermeté, quand c’est Toi qui la donnes, alors elle est fermeté ; mais quand c’est la nôtre, c’est faiblesse. Notre bien vit toujours avec Toi ; lorsque nous nous éloignons de Lui, nous sommes écartés. Revenons maintenant, ô Seigneur, afin de ne pas être renversés, car avec Toi notre bien vit sans aucune déchéance, Toi qui es ce bien ; et nous n’avons pas à craindre qu’il n’y ait plus de lieu où retourner, puisque nous en sommes tombés : car par notre absence, notre demeure – Ta éternité – n’a pas chuté.
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LIVRE V
Accepte le sacrifice de mes confessions issues du ministère de ma langue,
que Tu as formée et émue pour que je confesse Ton nom. Guéris
tous mes os, et qu’ils disent : Ô Seigneur, qui est semblable à Toi ?
Car celui qui Te confesse ne Te dit pas ce qui se passe en lui ;
car un cœur fermé ne ferme pas Ton œil, ni l’endurcissement du cœur
de l’homme ne peut repousser Ta main : car Tu le dissous à Ta volonté,
par pitié ou par vengeance, et rien ne peut se cacher à Ta chaleur.
Mais que mon âme Te loue, afin de T’aimer ; et qu’elle Te confesse
Tes propres miséricordes, afin de Te louer. Toute Ta création ne cesse
pas, ni ne reste silencieuse dans Tes louanges ; ni l’esprit de l’homme
avec une voix tournée vers Toi, ni la création animée ou inanimée,
par la voix de ceux qui y méditent : afin que nos âmes puissent,
de leur fatigue, s’élever vers Toi, s’appuyant sur ces choses que Tu as
créées, et passer à Toi-même, qui les as créées merveilleusement ;
et là, il y a rafraîchissement et véritable force.
Que les agités, les impies, s’éloignent et fuient loin de Toi ;
pourtant Tu les vois, et Tu dissipes les ténèbres. Et voici, l’univers
avec eux est beau, bien qu’ils soient laids. Comment T’ont-ils blessé ?
Ou comment ont-ils déshonoré Ton gouvernement, qui, du ciel jusqu’à cette
terre la plus basse, est juste et parfait ? Car où ont-ils fui, lorsqu’ils
ont fui Ta présence ? Ou où ne les trouves-Tu pas ? Mais ils ont fui,
afin de ne pas Te voir en te voyant, et, aveuglés, de trébucher contre
Toi (car Tu ne renonces à rien de ce que Tu as fait) ; afin que les
injustes, dis-je, trébuchent sur Toi et soient légitimement blessés ;
s’éloignant de Ta douceur, trébuchant sur Ta droiture, et tombant
dans leur propre dureté.
Ignorants, en vérité, que Tu es partout, Que nul lieu ne contient !
Et Toi seul es proche, même de ceux qui s’éloignent beaucoup de Toi.
Qu’ils se retournent donc et Te cherchent ; car, comme ils ont abandonné
leur Créateur, Tu n’as pas abandonné Ta création. Qu’ils se retournent
et Te cherchent ; et voici, Tu es là dans leur cœur, dans le cœur de
ceux qui Te confessent, qui se jettent sur Toi et pleurent devant Toi.
Accepte le sacrifice de mes confessions issues du ministère de ma langue,
que Tu as formée et émue pour que je confesse Ton nom. Guéris
tous mes os, et qu’ils disent : Ô Seigneur, qui est semblable à Toi ?
Car celui qui Te confesse ne Te dit pas ce qui se passe en lui ;
car un cœur fermé ne ferme pas Ton œil, ni l’endurcissement du cœur
de l’homme ne peut repousser Ta main : car Tu le dissous à Ta volonté,
par pitié ou par vengeance, et rien ne peut se cacher à Ta chaleur.
Mais que mon âme Te loue, afin de T’aimer ; et qu’elle Te confesse
Tes propres miséricordes, afin de Te louer. Toute Ta création ne cesse
pas, ni ne reste silencieuse dans Tes louanges ; ni l’esprit de l’homme
avec une voix tournée vers Toi, ni la création animée ou inanimée,
par la voix de ceux qui y méditent : afin que nos âmes puissent,
de leur fatigue, s’élever vers Toi, s’appuyant sur ces choses que Tu as
créées, et passer à Toi-même, qui les as créées merveilleusement ;
et là, il y a rafraîchissement et véritable force.
Que les agités, les impies, s’éloignent et fuient loin de Toi ;
pourtant Tu les vois, et Tu dissipes les ténèbres. Et voici, l’univers
avec eux est beau, bien qu’ils soient laids. Comment T’ont-ils blessé ?
Ou comment ont-ils déshonoré Ton gouvernement, qui, du ciel jusqu’à cette
terre la plus basse, est juste et parfait ? Car où ont-ils fui, lorsqu’ils
ont fui Ta présence ? Ou où ne les trouves-Tu pas ? Mais ils ont fui,
afin de ne pas Te voir en te voyant, et, aveuglés, de trébucher contre
Toi (car Tu ne renonces à rien de ce que Tu as fait) ; afin que les
injustes, dis-je, trébuchent sur Toi et soient légitimement blessés ;
s’éloignant de Ta douceur, trébuchant sur Ta droiture, et tombant
dans leur propre dureté.
Ignorants, en vérité, que Tu es partout, Que nul lieu ne contient !
Et Toi seul es proche, même de ceux qui s’éloignent beaucoup de Toi.
Qu’ils se retournent donc et Te cherchent ; car, comme ils ont abandonné
leur Créateur, Tu n’as pas abandonné Ta création. Qu’ils se retournent
et Te cherchent ; et voici, Tu es là dans leur cœur, dans le cœur de
ceux qui Te confessent, qui se jettent sur Toi et pleurent devant Toi.
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poitrine, malgré toutes leurs manières rudes. Alors Tu essuies doucement leurs larmes, et ils pleurent davantage, et se réjouissent de pleurer ; même pour cela, Toi, Seigneur — non pas un homme de chair et de sang, mais — Toi, Seigneur, qui les as créés, Tu les renouvelles et Tu les consoles. Mais où étais-je, lorsque je Te cherchais ? Et Tu étais devant moi, mais je m’étais éloigné de Toi ; je ne me trouvais pas moi-même, et à plus forte raison pas Toi !
J’aimerais ouvrir devant mon Dieu ce vingt-neuvième année de ma vie. C’est alors qu’un certain évêque des Manichéens arriva à Carthage, nommé Faustus, une grande embûche du Diable, et beaucoup furent pris dans ses filets à cause de son langage flatteur : bien que je le louasse, je ne pouvais m’éloigner de la vérité des choses que je désirais ardemment apprendre ; je ne accordais pas non plus autant d’importance au service de l’oratoire qu’à la science que ce Faustus, tant vanté parmi eux, me présentait pour que j’en tire profit. La renommée le présentait comme très savant en toutes les connaissances précieuses, et extrêmement expert dans les sciences libérales. Comme j’avais lu et bien mémorisé beaucoup des philosophes, je comparai certaines de leurs idées avec ces longues fables des Manichéens, et trouvai les premières plus probables ; même s’ils ne pouvaient juger que de ce monde inférieur, ils ne parvenaient en aucun cas à découvrir son Seigneur. Car Tu es grand, ô Seigneur, et Tu fais grâce aux humbles, mais Tu regardes de loin les orgueilleux. Tu ne t’approches que de ceux dont le cœur est contrit, et Tu n’es pas trouvé par les orgueilleux, non, même s’ils pouvaient, par une habileté prodigieuse, compter les étoiles et le sable, mesurer les cieux étoilés et suivre les trajectoires des planètes.
Car avec leur intelligence et leur sagacité, que Tu as mises en eux, ils recherchent ces choses ; et ils ont découvert beaucoup de choses ; et, de nombreuses années à l’avance, ils ont prédit des éclipses de ces corps lumineux, le soleil et la lune — quel jour et quelle heure, et combien de degrés — et leurs calculs ne se sont jamais trompés ; et il s’est passé comme ils l’avaient prédit ; ils ont écrit les règles qu’ils avaient découvertes, et celles-ci sont lues encore aujourd’hui, et à partir d’elles d’autres prédisent en quelle année et mois de l’année, en quel jour du mois, en quelle heure de la journée, et quelle partie de sa lumière, la lune ou le soleil, sera éclipsée, et il en sera ainsi, comme cela a été prédit. À ces choses, ceux qui ne connaissent pas cet art s’étonnent et sont stupéfaits, et ceux qui le connaissent se réjouissent et se gonflent d’orgueil ; et par une fierté impie, s’éloignant de Toi et manquant de Ta lumière, ils prévoient une disparition de la lumière du soleil, qui aura lieu bien avant, mais ne voient pas la leur, qui est déjà là. Car ils ne cherchent pas avec piété d’où ils ont
J’aimerais ouvrir devant mon Dieu ce vingt-neuvième année de ma vie. C’est alors qu’un certain évêque des Manichéens arriva à Carthage, nommé Faustus, une grande embûche du Diable, et beaucoup furent pris dans ses filets à cause de son langage flatteur : bien que je le louasse, je ne pouvais m’éloigner de la vérité des choses que je désirais ardemment apprendre ; je ne accordais pas non plus autant d’importance au service de l’oratoire qu’à la science que ce Faustus, tant vanté parmi eux, me présentait pour que j’en tire profit. La renommée le présentait comme très savant en toutes les connaissances précieuses, et extrêmement expert dans les sciences libérales. Comme j’avais lu et bien mémorisé beaucoup des philosophes, je comparai certaines de leurs idées avec ces longues fables des Manichéens, et trouvai les premières plus probables ; même s’ils ne pouvaient juger que de ce monde inférieur, ils ne parvenaient en aucun cas à découvrir son Seigneur. Car Tu es grand, ô Seigneur, et Tu fais grâce aux humbles, mais Tu regardes de loin les orgueilleux. Tu ne t’approches que de ceux dont le cœur est contrit, et Tu n’es pas trouvé par les orgueilleux, non, même s’ils pouvaient, par une habileté prodigieuse, compter les étoiles et le sable, mesurer les cieux étoilés et suivre les trajectoires des planètes.
Car avec leur intelligence et leur sagacité, que Tu as mises en eux, ils recherchent ces choses ; et ils ont découvert beaucoup de choses ; et, de nombreuses années à l’avance, ils ont prédit des éclipses de ces corps lumineux, le soleil et la lune — quel jour et quelle heure, et combien de degrés — et leurs calculs ne se sont jamais trompés ; et il s’est passé comme ils l’avaient prédit ; ils ont écrit les règles qu’ils avaient découvertes, et celles-ci sont lues encore aujourd’hui, et à partir d’elles d’autres prédisent en quelle année et mois de l’année, en quel jour du mois, en quelle heure de la journée, et quelle partie de sa lumière, la lune ou le soleil, sera éclipsée, et il en sera ainsi, comme cela a été prédit. À ces choses, ceux qui ne connaissent pas cet art s’étonnent et sont stupéfaits, et ceux qui le connaissent se réjouissent et se gonflent d’orgueil ; et par une fierté impie, s’éloignant de Toi et manquant de Ta lumière, ils prévoient une disparition de la lumière du soleil, qui aura lieu bien avant, mais ne voient pas la leur, qui est déjà là. Car ils ne cherchent pas avec piété d’où ils ont
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L’ingéniosité avec laquelle ils cherchent à comprendre tout cela. Et, ayant découvert que c’est Toi qui les as créés, ils ne se soumettent pas à Toi pour préserver ce que Tu as créé, ni ne Te sacrifient ce qu’ils ont eux-mêmes créé ; ils ne tuent pas non plus leurs propres imaginations folles, comme des oiseaux du ciel, ni leurs propres curiosités insatiables (avec lesquelles, à l’instar des poissons de la mer, ils errent sur les chemins inconnus de l’abîme), ni leur propre luxe, comme les bêtes sauvages, afin que Toi, Seigneur, feu dévorant, puisses brûler ces soucis morts qui les accablent et les recréer immortellement.
Mais ils ne connaissaient pas le chemin : Ta Parole, par laquelle Tu as créé toutes ces choses qu’ils comptent, ainsi que eux-mêmes, et le sens par lequel ils perçoivent ce qu’ils comptent, et l’intelligence à partir de laquelle ils comptent ; ou encore que de Ta sagesse il n’y a pas de nombre. Mais le Fils unique est Lui-même devenu pour nous sagesse, justice et sanctification ; Il a été compté parmi nous et a payé tribut à César.
Ils ne connaissaient pas ce chemin par lequel descendre vers Lui depuis eux-mêmes, et par Lui monter vers Lui. Ils ne connaissaient pas ce chemin, et se croyaient élevés parmi les étoiles et brillants ; mais voilà, ils tombèrent sur la terre, et leur cœur insensé fut assombri. Ils discutent de nombreuses choses vraies concernant la créature ; mais ils ne cherchent pas pieusement la Vérité, Créatrice de la créature, et c’est pourquoi ils ne La trouvent pas ; ou, s’ils La trouvent, sachant qu’Elle est Dieu, ils ne Lui rendent pas gloire en tant que Dieu, ni ne sont reconnaissants ; au contraire, ils deviennent vaniteux dans leurs imaginations, se proclament sages, attribuant à eux-mêmes ce qui appartient à Toi ; et ainsi, avec une aveuglement extrêmement pervers, ils s’efforcent d’imputer à Toi ce qui leur appartient, forgeant des mensonges à Ton sujet, Toi qui es la Vérité, et transformant la gloire du Dieu incorruptible en une image semblable à celle de l’homme corruptible, des oiseaux, des bêtes à quatre pattes et des reptiles, changeant Ta vérité en mensonge, et vénérant et servant la créature plus que le Créateur.
Pourtant, j’ai retenu de ces hommes de nombreuses vérités concernant la créature, et j’en ai compris la raison grâce aux calculs, à la succession des temps et aux témoignages visibles des étoiles ; je les ai comparées aux écrits de Mani, qui, dans sa folie, avait beaucoup écrit sur ces sujets ; mais je n’y ai trouvé aucune explication concernant les solstices, les équinoxes ou les éclipses des grands corps célestes, ni rien de ce genre que j’avais appris dans les livres de la philosophie séculière. Mais on m’a ordonné de croire ; or, cela ne correspondait pas à ce que les calculs et ma propre observation avaient établi, mais était plutôt le contraire.
Mais ils ne connaissaient pas le chemin : Ta Parole, par laquelle Tu as créé toutes ces choses qu’ils comptent, ainsi que eux-mêmes, et le sens par lequel ils perçoivent ce qu’ils comptent, et l’intelligence à partir de laquelle ils comptent ; ou encore que de Ta sagesse il n’y a pas de nombre. Mais le Fils unique est Lui-même devenu pour nous sagesse, justice et sanctification ; Il a été compté parmi nous et a payé tribut à César.
Ils ne connaissaient pas ce chemin par lequel descendre vers Lui depuis eux-mêmes, et par Lui monter vers Lui. Ils ne connaissaient pas ce chemin, et se croyaient élevés parmi les étoiles et brillants ; mais voilà, ils tombèrent sur la terre, et leur cœur insensé fut assombri. Ils discutent de nombreuses choses vraies concernant la créature ; mais ils ne cherchent pas pieusement la Vérité, Créatrice de la créature, et c’est pourquoi ils ne La trouvent pas ; ou, s’ils La trouvent, sachant qu’Elle est Dieu, ils ne Lui rendent pas gloire en tant que Dieu, ni ne sont reconnaissants ; au contraire, ils deviennent vaniteux dans leurs imaginations, se proclament sages, attribuant à eux-mêmes ce qui appartient à Toi ; et ainsi, avec une aveuglement extrêmement pervers, ils s’efforcent d’imputer à Toi ce qui leur appartient, forgeant des mensonges à Ton sujet, Toi qui es la Vérité, et transformant la gloire du Dieu incorruptible en une image semblable à celle de l’homme corruptible, des oiseaux, des bêtes à quatre pattes et des reptiles, changeant Ta vérité en mensonge, et vénérant et servant la créature plus que le Créateur.
Pourtant, j’ai retenu de ces hommes de nombreuses vérités concernant la créature, et j’en ai compris la raison grâce aux calculs, à la succession des temps et aux témoignages visibles des étoiles ; je les ai comparées aux écrits de Mani, qui, dans sa folie, avait beaucoup écrit sur ces sujets ; mais je n’y ai trouvé aucune explication concernant les solstices, les équinoxes ou les éclipses des grands corps célestes, ni rien de ce genre que j’avais appris dans les livres de la philosophie séculière. Mais on m’a ordonné de croire ; or, cela ne correspondait pas à ce que les calculs et ma propre observation avaient établi, mais était plutôt le contraire.
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Alors, ô Seigneur Dieu de vérité, celui qui connaît ces choses Te plaît-il donc ? Assurément, malheureux est celui qui connaît tout cela sans Te connaître ; mais heureux est celui qui Te connaît, même s’il ne connaît pas ces choses. Et celui qui Te connaît et les connaît aussi n’est pas plus heureux pour elles, mais seulement pour Toi, à condition que, Te connaissant, il Te glorifie en tant que Dieu, soit reconnaissant et ne tombe pas dans la vanité de ses imaginations. Car celui qui sait comment posséder un arbre et Te remercie pour son utilité, même s’il ne sait pas à combien de coudées elle est haute ni à quelle largeur elle s’étend, est dans une meilleure situation que celui qui peut la mesurer, compter tous ses branches, mais ne la possède pas, ne connaît ni n’aime son Créateur. De même, un croyant, dont tout cet univers de richesses est l’ensemble, et qui, n’ayant rien, possède pourtant toutes choses en s’attachant à Toi, que toutes choses servent, même s’il ne connaît pas même les constellations de l’Ourse géante, est dans un état meilleur que celui qui peut mesurer les cieux, compter les étoiles et peser les éléments, mais néglige Toi, qui as créé toutes choses en nombre, en poids et en mesure. Mais qui donc a ordonné à Mani de écrire aussi sur ces choses, dans lesquelles il n’y avait aucun élément de piété ? Car Tu as dit à l’homme : « Voici la piété et la sagesse » ; il pouvait en être ignorant, même s’il possédait une connaissance parfaite de ces choses ; mais puisqu’il a osé enseigner ces choses sans les connaître, avec une audace extrême, il ne pouvait manifestement pas avoir de connaissance de la piété. Car il est vain de se prévaloir de ces choses mondaines, même lorsqu’on les connaît ; mais se confesser à Toi, c’est être pieux. C’est pourquoi ce vagabond a parlé beaucoup de ces choses, afin que, mis en demeure par ceux qui les avaient vraiment apprises, il devienne évident quel était son niveau de compréhension des autres sujets plus abstraits. Il ne voulait pas être considéré comme méprisable, et cherchait à convaincre les hommes que « l’Esprit Saint, Consolateur et enrichisseur de Tes fidèles, était personnellement en lui avec autorité pleine ». Lorsqu’il fut découvert avoir enseigné faussement au sujet du ciel et des étoiles, ainsi que des mouvements du soleil et de la lune (bien que ces choses ne relèvent pas de la doctrine religieuse), sa présomption sacrilège devint suffisamment évidente, car il prétendait des choses qu’il ne connaissait pas seulement, mais qui étaient fausses, avec une vanité de fierté insensée, cherchant à les attribuer à lui-même en tant que personne divine. Car lorsque j’entends un frère chrétien ignorant de ces choses et trompé à leur sujet, je peux patiemment observer cet homme tenant ses opinions ; je ne vois pas non plus qu’une quelconque ignorance concernant la position ou la nature de la création corporelle puisse lui nuire, tant qu’il ne croit en rien.
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Indigne de Toi, ô Seigneur, Créateur de tout. Mais cela lui nuit s’il imagine que cela relève de la forme de la doctrine de la piété, et qu’il affirme encore avec trop de fermeté ce dont il ignore tout. Pourtant, même une telle faiblesse, dans l’enfance de la foi, est supportée par notre mère Charité, jusqu’à ce que le nouveau-né grandisse pour devenir un homme parfait, afin de ne pas être emporté par chaque vent de doctrine. Mais celui qui, de cette manière, prétendait être le maître, la source, le guide de tous ceux qu’il pouvait persuader, au point que quiconque le suivait croyait suivre non pas un simple homme, mais Ton Saint-Esprit ; qui ne jugerait-il pas que une telle folie, une fois convaincue d’avoir enseigné quelque chose de faux, doive être détestée et complètement rejetée ? Mais je n’avais pas encore clairement établi si les alternances de jours et de nuits plus ou moins longs, ainsi que celles du jour et de la nuit eux-mêmes, avec les éclipses des grandes lumières, et tout ce que j’avais lu à ce sujet dans d’autres livres, pouvaient être expliqués de manière cohérente avec ses paroles ; de sorte que, même si c’était possible, la question resterait pour moi de savoir si c’était le cas ou non ; mais, en raison de sa réputée sainteté, je pouvais placer ma confiance dans son autorité. Et pendant presque ces neuf années durant lesquelles, l’esprit troublé, j’avais été leur disciple, j’avais ardemment désiré l’arrivée de ce Faustus. Quant aux autres membres de la secte, que j’avais rencontrés par hasard, incapables de résoudre mes objections concernant ces choses, ils continuaient à me promettre l’arrivée de ce Faustus, avec qui ces difficultés, et d’autres encore plus grandes, si j’en avais, seraient résolues le plus facilement et le plus abondamment possible. Lorsqu’il arriva, je le trouvai un homme au discours agréable, capable de parler avec fluidité et en termes meilleurs, mais qui disait toujours les mêmes choses qu’eux. Mais à quoi servait la plus grande élégance du serveur pour étancher ma soif d’un breuvage plus précieux ? Mes oreilles étaient déjà saturées de choses semblables ; elles ne me semblaient donc pas meilleures parce qu’elles étaient mieux dites, ni vraies parce qu’elles étaient éloquentes, ni l’âme sage parce que le visage était beau et le langage gracieux. Mais ceux qui me le présentaient n’étaient pas de bons juges des choses ; c’est pourquoi, pour eux, il paraissait intelligent et sage, parce que ses paroles étaient agréables. Cependant, je sentais qu’un autre genre de personnes était méfiant même envers la vérité, et refusait de l’accepter si elle était présentée dans un discours fluide et abondant. Mais Toi, ô mon Dieu, Tu m’avais déjà enseigné par des voies merveilleuses et secrètes, et c’est pourquoi je crois que Tu m’as enseigné, car c’est la vérité ; il n’y a en effet, en dehors de Toi, aucun autre enseignant de la vérité, où qu’elle puisse briller sur nous. De Toi-même, j’avais donc appris que rien ne devrait
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Rien ne permet de dire que quelque chose est prononcé avec vérité simplement parce qu’il est éloquent ; ni non plus que c’est faux simplement parce que la parole est désharmonieuse ; ni encore que c’est vrai simplement parce que c’est dit grossièrement ; ni que c’est faux simplement parce que le langage est riche. La sagesse et la folie sont comme des aliments sains et malsains ; les phrases ornées ou non sont comme des récipients élégants ou rustiques ; n’importe quel type de viande peut être servi dans n’importe quel type d’assiette. Cette avidité dont je faisais preuve depuis longtemps envers cet homme fut vraiment satisfaite par ses actions et ses sentiments lorsqu’il débattait, ainsi que par son choix et sa capacité à exprimer ses idées par des mots appropriés. J’étais alors ravi, et, avec beaucoup d’autres, je le louai et l’exaltai. Cependant, cela me préoccupait de ne pas pouvoir, au milieu de son auditoire, poser et partager ces questions qui me troublaient, dans une conversation familière avec lui. Lorsque j’en avais l’occasion, avec mes amis, j’essayais de l’attirer à discuter avec moi aux moments où cela ne lui était pas inconvenant, et je soulevais les sujets qui m’interpellaient. Je découvris alors qu’il ignorait complètement les sciences libérales, à l’exception de la grammaire, et même celle-ci seulement de manière ordinaire. Mais parce qu’il avait lu quelques-unes des Oraisons de Tullius, très peu de livres de Sénèque, quelques œuvres des poètes, ainsi que quelques volumes de sa propre secte écrits en latin et avec soin, et parce qu’il s’exerçait quotidiennement à parler, il acquit une certaine éloquence, qui paraissait d’autant plus agréable et séduisante qu’elle était guidée par un bon esprit et accompagnée d’une grâce naturelle. N’est-ce pas ainsi, ô Seigneur mon Dieu, que Tu juges ma conscience ? Devant Toi se trouve mon cœur et mes souvenirs. C’est Toi qui, à ce moment-là, m’as guidé par le mystère caché de Ta providence, et qui as mis devant mes yeux ces erreurs honteuses, afin que je puisse les voir et les haïr. Car, une fois clair qu’il ignorait ces arts dans lesquels je pensais qu’il excellait, je commençai à désespérer qu’il puisse résoudre les difficultés qui me troublaient (car, même s’il ignorait tout cela, il aurait pu connaître les vérités de la piété, s’il n’avait pas été manichéen). En effet, leurs livres sont pleins de fables interminables sur le ciel, les étoiles, le soleil et la lune. Je ne pensais plus alors qu’il soit capable de décider de manière satisfaisante ce que je désirais tant : savoir, en comparant ces choses avec les calculs que j’avais lus ailleurs, si les explications données dans les livres du manichéen étaient préférables, ou du moins aussi bonnes. Lorsque je proposai de considérer et de discuter cette question, il refusa modestement cette tâche, car il savait qu’il ne connaissait pas ces choses, et il n’avait pas honte de l’admettre. Car il n’était pas…
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L’un de ces hommes bavards, parmi lesquels j’en avais supporté tant, qui s’engageaient à m’enseigner ces choses sans dire un mot. Mais cet homme avait un cœur, bien que pas entièrement dévoué à Toi, et pourtant pas non plus entièrement traître envers lui-même. Car il n’était pas complètement ignorant de son propre ignorance, et il ne voulait pas se lancer imprudemment dans une dispute d’où il ne pourrait ni se retirer ni s’en sortir honorablement. C’est même pour cela que je l’appréciais davantage. Car la modestie d’un esprit sincère est plus louable que la connaissance de ces choses que je désirais ; et c’est ce que je trouvais chez lui, surtout sur les questions les plus difficiles et les plus subtiles.
Mon zèle pour les écrits de Mani étant ainsi affaibli, et désespérant encore plus de leurs autres enseignants, voyant que, dans diverses choses qui me troublaient, lui, si renommé parmi eux, s’était montré de cette manière, je commençai à m’adonner avec lui à l’étude de cette littérature, à laquelle il tenait beaucoup aussi (et que, en tant qu’enseignant de rhétorique, j’enseignais alors à de jeunes élèves à Carthage), et à lire avec lui soit ce qu’il désirait entendre, soit ce que je jugeais approprié à son génie. Mais tous mes efforts, par lesquels je cherchais à progresser au sein de cette secte grâce à la connaissance de cet homme, aboutirent complètement à rien ; non pas que je m’éloignasse complètement d’eux, mais parce que, ne trouvant rien de mieux, je m’étais résolu à me contenter, pour l’instant, de ce que je trouvais, à moins qu’un jour quelque chose de plus convenable ne me tombe sous la main. Ainsi, ce Faustus, tombé dans tant de pièges mortels, avait maintenant, sans le vouloir ni s’en rendre compte, commencé à desserrer les liens qui m’emprisonnaient. Car Tes mains, ô mon Dieu, dans le dessein secret de Ta providence, n’abandonnèrent pas mon âme ; et du sang du cœur de ma mère, versé nuit et jour par ses larmes, un sacrifice fut offert pour moi à Toi ; et Tu as agi envers moi par des voies merveilleuses.
Tu l’as fait, ô mon Dieu : car les pas d’un homme sont dirigés par le Seigneur, et c’est Lui qui dispose de son chemin. Comment pourrions-nous obtenir le salut, sinon de Ta main, en réparant ce que Tu as fait ?
Tu as agi en sorte que je sois persuadé d’aller à Rome, et d’y enseigner plutôt ce que j’enseignais à Carthage. Et comment j’ai été persuadé de cela, je n’oublierai pas de te le confesser ; car c’est aussi ici que doivent être considérées et confessées les profondeurs de Ta sagesse et Ta miséricorde la plus présente envers nous. Je ne voulais donc pas aller à Rome, car mes amis, qui me persuadaient de le faire, me promettaient des gains et des dignités plus élevés (bien que même ces choses eussent alors une influence sur mon esprit) ; mais ma raison principale, et presque unique, était que j’avais entendu dire que là-bas, les jeunes gens étudiaient plus paisiblement et restaient tranquilles.
Mon zèle pour les écrits de Mani étant ainsi affaibli, et désespérant encore plus de leurs autres enseignants, voyant que, dans diverses choses qui me troublaient, lui, si renommé parmi eux, s’était montré de cette manière, je commençai à m’adonner avec lui à l’étude de cette littérature, à laquelle il tenait beaucoup aussi (et que, en tant qu’enseignant de rhétorique, j’enseignais alors à de jeunes élèves à Carthage), et à lire avec lui soit ce qu’il désirait entendre, soit ce que je jugeais approprié à son génie. Mais tous mes efforts, par lesquels je cherchais à progresser au sein de cette secte grâce à la connaissance de cet homme, aboutirent complètement à rien ; non pas que je m’éloignasse complètement d’eux, mais parce que, ne trouvant rien de mieux, je m’étais résolu à me contenter, pour l’instant, de ce que je trouvais, à moins qu’un jour quelque chose de plus convenable ne me tombe sous la main. Ainsi, ce Faustus, tombé dans tant de pièges mortels, avait maintenant, sans le vouloir ni s’en rendre compte, commencé à desserrer les liens qui m’emprisonnaient. Car Tes mains, ô mon Dieu, dans le dessein secret de Ta providence, n’abandonnèrent pas mon âme ; et du sang du cœur de ma mère, versé nuit et jour par ses larmes, un sacrifice fut offert pour moi à Toi ; et Tu as agi envers moi par des voies merveilleuses.
Tu l’as fait, ô mon Dieu : car les pas d’un homme sont dirigés par le Seigneur, et c’est Lui qui dispose de son chemin. Comment pourrions-nous obtenir le salut, sinon de Ta main, en réparant ce que Tu as fait ?
Tu as agi en sorte que je sois persuadé d’aller à Rome, et d’y enseigner plutôt ce que j’enseignais à Carthage. Et comment j’ai été persuadé de cela, je n’oublierai pas de te le confesser ; car c’est aussi ici que doivent être considérées et confessées les profondeurs de Ta sagesse et Ta miséricorde la plus présente envers nous. Je ne voulais donc pas aller à Rome, car mes amis, qui me persuadaient de le faire, me promettaient des gains et des dignités plus élevés (bien que même ces choses eussent alors une influence sur mon esprit) ; mais ma raison principale, et presque unique, était que j’avais entendu dire que là-bas, les jeunes gens étudiaient plus paisiblement et restaient tranquilles.
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Sous le joug d’une discipline plus stricte ; afin qu’ils ne se précipitent pas, selon leur caprice, de manière capricieuse dans l’école de celui dont ils n’étaient pas les élèves, et qui ne les admettait même pas sans sa permission. Alors que à Carthage règne parmi les érudits une licence des plus honteuses et indisciplinées. Ils y pénètrent audacieusement, avec des gestes presque frénétiques, perturbant tout ordre que quelqu’un ait établi pour le bien de ses élèves. Ils commettent diverses outrages, avec une stupéfiante insouciance, punissables par la loi, mais la coutume ne les sanctionnait pas ; cette coutume montrant qu’ils sont d’autant plus misérables, puisqu’ils font maintenant ce qui est légal selon ta loi éternelle, alors que cela ne le sera jamais ; et ils croient agir impunément, alors qu’ils sont punis par la même cécité qui les pousse à agir ainsi, et souffrent bien pire que ce qu’ils font. Les manières donc que, en tant qu’étudiant, je n’aurais pas voulu adopter, j’étais heureux, en tant qu’enseignant, de les voir chez autrui : c’est pourquoi j’étais ravi d’aller là où tous ceux qui le savaient m’assuraient que rien de semblable n’avait lieu. Mais Toi, mon refuge et ma part dans le pays des vivants ; afin que je puisse changer ma demeure terrestre pour le salut de mon âme, Tu m’as poussé à Carthage, pour que je sois arraché de là ; et à Rome, Tu m’as offert des tentations, afin que je sois attiré là, par des hommes épris d’une vie mourante, l’un faisant des promesses frénétiques, l’autre des promesses vaines ; et, pour corriger mes pas, Tu as utilisé secrètement leur perversité et la mienne. Car ceux qui perturbaient ma quiétude étaient aveuglés par une frénésie honteuse, et ceux qui m’invitaient ailleurs avaient le goût de la terre. Et moi, qui ici haïssais la véritable misère, là-bas je cherchais un bonheur imaginaire.
Mais pourquoi je suis parti d’ici et suis allé là-bas, Tu le savais, ô Dieu, pourtant Tu ne l’as montré ni à moi, ni à ma mère, qui pleura amèrement mon départ et me suivit jusqu’à la mer. Mais je l’ai trompée, la retenant de force, soit pour qu’elle me retienne, soit pour qu’elle vienne avec moi, et j’ai feint d’avoir un ami que je ne pouvais pas quitter avant qu’il n’ait un vent favorable pour naviguer.
Et j’ai menti à ma mère, à une telle mère, et je me suis enfui : car cela aussi, Tu m’as miséricordieusement pardonné, me préservant, ainsi plein de souillures abominables, des eaux de la mer, pour les eaux de Ta Grâce ; de sorte que, lorsque j’eus été purifié, les flots des larmes de ma mère sècheraient, avec lesquelles elle arrosait chaque jour le sol sous son visage. Et pourtant, refusant de revenir sans moi, je l’ai à peine persuadée de rester cette nuit-là dans un endroit près de notre navire, où se trouvait une oratoire en mémoire du bienheureux Cyprien. Cette nuit-là, je suis parti en secret, mais elle ne cessa point de pleurer et de prier. Et quoi, ô Seigneur, demandait-elle de Toi avec tant de larmes ?
Mais pourquoi je suis parti d’ici et suis allé là-bas, Tu le savais, ô Dieu, pourtant Tu ne l’as montré ni à moi, ni à ma mère, qui pleura amèrement mon départ et me suivit jusqu’à la mer. Mais je l’ai trompée, la retenant de force, soit pour qu’elle me retienne, soit pour qu’elle vienne avec moi, et j’ai feint d’avoir un ami que je ne pouvais pas quitter avant qu’il n’ait un vent favorable pour naviguer.
Et j’ai menti à ma mère, à une telle mère, et je me suis enfui : car cela aussi, Tu m’as miséricordieusement pardonné, me préservant, ainsi plein de souillures abominables, des eaux de la mer, pour les eaux de Ta Grâce ; de sorte que, lorsque j’eus été purifié, les flots des larmes de ma mère sècheraient, avec lesquelles elle arrosait chaque jour le sol sous son visage. Et pourtant, refusant de revenir sans moi, je l’ai à peine persuadée de rester cette nuit-là dans un endroit près de notre navire, où se trouvait une oratoire en mémoire du bienheureux Cyprien. Cette nuit-là, je suis parti en secret, mais elle ne cessa point de pleurer et de prier. Et quoi, ô Seigneur, demandait-elle de Toi avec tant de larmes ?
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mais que Tu ne voulais pas me permettre de naviguer ? Mais Toi, dans la profondeur de Tes desseins et ayant entendu l’essence de son désir, Tu ne t’es pas soucié de ce qu’elle demandait alors, afin de faire de moi ce qu’elle avait toujours souhaité. Le vent souffla, gonfla nos voiles, et éloigna le rivage de notre vue ; et le lendemain, elle était là, folle de chagrin, et ses plaintes et gémissements emplissaient Tes oreilles, que Tu ignoras alors ; tandis que, à travers mes désirs, Tu me pressais d’achever tout désir, et la partie terrestre de son affection pour moi fut châtiée par le fléau des peines prévu. Car elle aimait ma présence auprès d’elle, comme le font les mères, mais bien plus que beaucoup ; et elle ne savait pas quelle grande joie Tu allais lui procurer par mon absence. Elle ne le savait pas ; c’est pourquoi elle pleurait et gémissait, et par cette agonie apparut en elle l’héritage d’Ève, cherchant dans le chagrin ce qu’elle y avait engendré. Et pourtant, après m’avoir accusé de trahison et de dureté de cœur, elle se mit de nouveau à intercéder pour moi auprès de Toi, alla à son lieu habituel, et moi à Rome.
Et voilà, j’y fus accueilli par le fléau de la maladie physique, et je descendais en enfer, portant tous les péchés que j’avais commis, tant contre Toi que contre moi-même et les autres, nombreux et graves, en plus de ce lien du péché originel, par lequel nous mourons tous en Adam. Car Tu ne m’avais pas pardonné aucune de ces choses en Christ, ni Lui n’avait aboli par Sa Croix l’inimitié que mes péchés m’avaient valu envers Toi. Comment aurait-Il pu le faire, par la crucifixion d’une illusion, que je croyais être Lui ? Ainsi, la mort de mon âme était si vraie, que la mort de Son corps me semblait fausse ; et plus la mort de Son corps était vraie, plus la vie de mon âme était fausse, car elle ne le croyait pas. Et maintenant, la fièvre s’intensifiant, je m’éloignais pour toujours. Car si je m’étais alors éloigné, où serais-je allé, sinon dans le feu et les tourments, tels que mes méfaits le méritaient selon Ta volonté ? Et elle ne le savait pas, pourtant elle priait pour moi en mon absence. Mais Toi, présent partout, Tu l’entendais là où elle était, et là où j’étais, Tu eus pitié de moi, afin que je retrouve la santé de mon corps, bien que mon cœur fût encore fou de sacrilège. Car, en toute cette détresse, je ne désirais pas Ton baptême ; j’étais meilleur enfant, quand je le demandais à la piété de ma mère, comme je l’ai déjà raconté et confessé. Mais j’avais grandi à ma propre honte, et je me moquais follement des prescriptions de Ton remède, Toi qui ne voulais pas me permettre, étant ainsi, de mourir une double mort. La blessure causée au cœur de ma mère ne pouvait jamais guérir. Car je ne peux exprimer l’affection qu’elle me portait, et avec combien plus encore…
Et voilà, j’y fus accueilli par le fléau de la maladie physique, et je descendais en enfer, portant tous les péchés que j’avais commis, tant contre Toi que contre moi-même et les autres, nombreux et graves, en plus de ce lien du péché originel, par lequel nous mourons tous en Adam. Car Tu ne m’avais pas pardonné aucune de ces choses en Christ, ni Lui n’avait aboli par Sa Croix l’inimitié que mes péchés m’avaient valu envers Toi. Comment aurait-Il pu le faire, par la crucifixion d’une illusion, que je croyais être Lui ? Ainsi, la mort de mon âme était si vraie, que la mort de Son corps me semblait fausse ; et plus la mort de Son corps était vraie, plus la vie de mon âme était fausse, car elle ne le croyait pas. Et maintenant, la fièvre s’intensifiant, je m’éloignais pour toujours. Car si je m’étais alors éloigné, où serais-je allé, sinon dans le feu et les tourments, tels que mes méfaits le méritaient selon Ta volonté ? Et elle ne le savait pas, pourtant elle priait pour moi en mon absence. Mais Toi, présent partout, Tu l’entendais là où elle était, et là où j’étais, Tu eus pitié de moi, afin que je retrouve la santé de mon corps, bien que mon cœur fût encore fou de sacrilège. Car, en toute cette détresse, je ne désirais pas Ton baptême ; j’étais meilleur enfant, quand je le demandais à la piété de ma mère, comme je l’ai déjà raconté et confessé. Mais j’avais grandi à ma propre honte, et je me moquais follement des prescriptions de Ton remède, Toi qui ne voulais pas me permettre, étant ainsi, de mourir une double mort. La blessure causée au cœur de ma mère ne pouvait jamais guérir. Car je ne peux exprimer l’affection qu’elle me portait, et avec combien plus encore…
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Une angoisse violente l’habitait maintenant, car elle était en travail pour moi dans l’esprit, plus encore que lors de l’accouchement de son enfant dans la chair. Je ne vois donc pas comment elle aurait pu être guérie, si une telle mort mienne avait frappé au cœur même de son amour. Et où seraient passées alors ses prières si fortes et incessantes, adressées sans interruption uniquement à Toi ? Mais Toi, Dieu de miséricorde, mépriserais-Tu le cœur contrit et humble de cette veuve chaste et sobre, si généreuse dans les aumônes, si pleine de devoir et de service envers Tes saints, ne cessant jamais de présenter des offrandes sur Ton autel, deux fois par jour, le matin et le soir, sans interruption, venant à Ta église non pour des ragots futiles ou des fables de bonnes femmes, mais pour entendre Ta parole dans Tes discours, et Toi, dans ses prières. Pourrais-Tu mépriser et rejeter l’aide de quelqu’un qui Te supplie non pas d’or ou d’argent, ni de biens éphémères, mais du salut de l’âme de son fils ? Toi, grâce à qui elle était ce qu’elle était ? Jamais, Seigneur. Oui, Tu étais présent, Tu écoutais et agissais, selon l’ordre que Tu avais déterminé à l’avance. Il est hors de question que Tu la trompes par Tes visions et Tes réponses, dont certaines je connais, d’autres non, qu’elle a conservées dans son cœur fidèle, priant sans cesse, les pressant vers Toi comme étant Ton propre écrit. Car Toi, puisque Ta miséricorde dure éternellement, accordes à ceux que Tu pardonnes toutes leurs dettes de devenir eux-mêmes débiteurs par Tes promesses. Tu m’as alors guéri de cette maladie et tu as guéri le fils de Ta servante, pour un temps, dans le corps, afin qu’il vive, pour lui donner une santé meilleure et plus durable. Et même alors, à Rome, je me suis joint à ces « saints » trompeurs et trompés ; non seulement à leurs disciples (dont faisait partie celui chez qui j’étais tombé malade puis guéri), mais aussi à ceux qu’ils appellent « les Élus ». Car je pensais toujours « que ce n’était pas nous qui péchions, mais quelque autre chose en nous » ; et mon orgueil se réjouissait de ne pas être blâmé ; et lorsque je commettais un mal, je ne confessais pas l’avoir fait, afin que Tu guéries mon âme, car elle avait péché contre Toi : mais j’aimais l’excuser et accuser je ne sais quoi d’autre, qui était avec moi, mais que je n’étais pas. En vérité, c’était entièrement moi, et ma méchanceté m’avait divisé contre moi-même : et ce péché était d’autant plus incurable que je ne me considérais pas comme pécheur ; et c’était une iniquité abominable que de préférer que Toi, Toi, ô Dieu Tout-Puissant, sois vaincu en moi jusqu’à ma destruction, plutôt que de me voir sauvé par Toi. Tu n’avais pas encore placé de garde devant ma bouche.
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Et une porte de protection autour de mes lèvres, afin que mon cœur ne se tournât pas vers des paroles malveillantes, ni vers des excuses pour les péchés, avec des hommes qui commettent l’iniquité ; et c’est pourquoi je restais uni à leurs Élus. Mais maintenant, désespérant d’atteindre la maîtrise de cette doctrine fausse, même ces choses (avec lesquelles, s’il n’y en avait pas de meilleures, j’avais résolu de me contenter), je les tenais désormais plus mollement et négligemment. Car il naquit en moi l’idée que ces philosophes, qu’on appelle les Académiciens, étaient plus sages que les autres, puisqu’ils estimaient que l’homme devait douter de tout et affirmaient qu’aucune vérité ne pouvait être comprise par l’homme : ainsi, sans même comprendre leur sens, j’étais clairement convaincu qu’ils pensaient comme on le rapporte généralement. Pourtant, j’ai librement et ouvertement découragé mon peuple de cette confiance excessive que je percevais en eux vis-à-vis de ces fables dont les livres de Mani sont pleins. Néanmoins, je vivais en amitié plus étroite avec eux qu’avec ceux qui n’appartenaient pas à cette hérésie. Je n’y mettais plus la même ardeur qu’auparavant ; mais ma proximité avec cette secte (Rome abritant secrètement beaucoup d’entre eux) me rendait plus lent à chercher une autre voie : surtout depuis que j’avais perdu espoir de trouver la vérité, de laquelle ils m’avaient éloigné, dans Ta Église, ô Seigneur du ciel et de la terre, Créateur de toutes choses visibles et invisibles : et il me semblait très indécent de croire que Tu aies la forme de la chair humaine et sois limité par les contours corporels de nos membres. Et parce que, lorsque je voulais penser à mon Dieu, je ne savais pas quoi penser, mais seulement une masse de corps (car ce qui n’en était pas ne me semblait rien), c’était là la cause principale, et presque unique, de mon erreur inévitable. C’est pourquoi je croyais aussi que le Mal était une sorte de substance, ayant sa propre masse sale et hideuse ; soit grossière, que l’on appelait la terre, soit fine et subtile (comme le corps de l’air), que l’on imaginait être une sorte d’esprit malin rampant à travers cette terre. Et parce qu’une piété, telle qu’elle était, m’obligeait à croire que le bon Dieu n’avait jamais créé de nature mauvaise, j’imaginai deux masses, opposées l’une à l’autre, toutes deux illimitées, mais le mal plus étroit, le bien plus vaste. Et de ce commencement pestilentiel, suivirent d’autres idées sacrilèges. Car lorsque mon esprit tentait de revenir à la foi catholique, j’étais repoussé, car ce n’était pas la foi catholique que je considérais comme telle. Et il me semblait plus respectueux envers Toi, mon Dieu (à qui Tes miséricordes sont confessées par ma bouche), si je Te croyais, du moins sur les autres côtés, illimité, bien que, du côté où la masse du mal s’opposait à Toi, je fusse…
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Contraint de Te confesser limité ; plutôt que de m’imaginer, de tous côtés, que Tu es limité par la forme d’un corps humain. Il me semblait préférable de croire que Tu n’avais créé aucun mal (ce qui, pour moi ignorant, ne m’apparaissait pas comme quelque chose de simple, mais comme une substance corporelle, car je ne pouvais concevoir l’esprit qu’en tant que corps subtil, répandu dans des espaces définis), plutôt que de croire que la nature du mal, telle que je la concevais, puisse venir de Toi. Oui, et même notre Sauveur Lui-même, Ton Fils unique, je croyais qu’il avait été tiré (pour ainsi dire) de la masse de Ta substance la plus lumineuse pour notre salut, de sorte que je ne croyais rien de Lui, si ce n’est ce que je pouvais imaginer dans ma vanité. Sa Nature étant donc telle, je pensais qu’elle ne pouvait naître de la Vierge Marie sans se mélanger à la chair : et je ne voyais pas comment ce que j’avais ainsi imaginé pouvait se mélanger sans être souillé. Je craignais donc de croire qu’Il était né de chair, de peur d’être contraint de croire qu’Il était souillé par la chair. Maintenant, Tes saints spirituels souriront doucement et avec amour vers moi s’ils lisent ces confessions miennes. Cependant, tel était mon état.
De plus, ce que les manichéens critiquaient dans Tes Écritures, je pensais qu’on ne pouvait le défendre ; pourtant, j’avais parfois vraiment envie de discuter de ces différents points avec quelqu’un très expert en ces livres, et de voir ce qu’il en pensait ; car les paroles d’un certain Helpidius, lorsqu’il parlait et débattait face à face contre ces manichéens, avaient commencé à m’émouvoir déjà à Carthage : il avait tiré des Écritures des arguments difficiles à réfuter, et la réponse des manichéens me semblait faible. Et ils ne voulaient donner cette réponse publiquement, mais seulement à nous en privé. Il s’agissait du fait que les Écritures du Nouveau Testament auraient été corrompues par je ne sais qui, qui voulait graver la loi des Juifs sur la foi chrétienne : eux-mêmes, cependant, ne produisaient aucune copie intacte. Mais moi, ne concevant que des choses corporelles, j’étais principalement oppressé, vigoureusement accablé et en quelque sorte étouffé par ces « masses » ; haletant sous leur poids, je ne pouvais respirer l’air pur et immaculé de Ta vérité.
Je commençai alors à pratiquer assidûment ce pour quoi j’étais venu à Rome, à enseigner la rhétorique ; et d’abord, à rassembler quelques personnes chez moi, auprès desquelles, et par leur intermédiaire, j’avais commencé à être connu ; voilà que je découvris à Rome d’autres offenses auxquelles je n’étais pas exposé en Afrique. Certes, ces « perturbations » causées par des jeunes débauchés n’étaient pas pratiquées ici, comme on me l’avait dit : mais soudainement, disaient-ils, afin d’éviter de payer la solde de leur maître, un certain nombre de jeunes
De plus, ce que les manichéens critiquaient dans Tes Écritures, je pensais qu’on ne pouvait le défendre ; pourtant, j’avais parfois vraiment envie de discuter de ces différents points avec quelqu’un très expert en ces livres, et de voir ce qu’il en pensait ; car les paroles d’un certain Helpidius, lorsqu’il parlait et débattait face à face contre ces manichéens, avaient commencé à m’émouvoir déjà à Carthage : il avait tiré des Écritures des arguments difficiles à réfuter, et la réponse des manichéens me semblait faible. Et ils ne voulaient donner cette réponse publiquement, mais seulement à nous en privé. Il s’agissait du fait que les Écritures du Nouveau Testament auraient été corrompues par je ne sais qui, qui voulait graver la loi des Juifs sur la foi chrétienne : eux-mêmes, cependant, ne produisaient aucune copie intacte. Mais moi, ne concevant que des choses corporelles, j’étais principalement oppressé, vigoureusement accablé et en quelque sorte étouffé par ces « masses » ; haletant sous leur poids, je ne pouvais respirer l’air pur et immaculé de Ta vérité.
Je commençai alors à pratiquer assidûment ce pour quoi j’étais venu à Rome, à enseigner la rhétorique ; et d’abord, à rassembler quelques personnes chez moi, auprès desquelles, et par leur intermédiaire, j’avais commencé à être connu ; voilà que je découvris à Rome d’autres offenses auxquelles je n’étais pas exposé en Afrique. Certes, ces « perturbations » causées par des jeunes débauchés n’étaient pas pratiquées ici, comme on me l’avait dit : mais soudainement, disaient-ils, afin d’éviter de payer la solde de leur maître, un certain nombre de jeunes
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Comploter ensemble, puis s’en aller ailleurs ; des traîtres à la parole, qui, par amour de l’argent, méprisent la justice. Mon cœur les haïssait aussi, bien que ce ne fût pas un amour parfait : peut-être les haïssais-je davantage parce que j’allais souffrir à cause d’eux, plutôt que parce qu’ils commettaient des actes absolument illicites. En vérité, ce sont des gens vils, qui se prostituent à Toi, aimant ces moqueries éphémères des choses temporelles et cet argent sale qui souille la main qui le saisit ; ils s’accrochent au monde éphémère et Te méprisent, Toi qui demeures, qui rappelles et qui pardonne à l’âme adultère de l’homme lorsqu’elle revient à Toi. Et maintenant je hais de tels êtres dépravés et pervers, bien que je les aime s’ils sont corrigibles, afin de préférer à l’argent l’érudition qu’ils acquièrent, et à l’érudition, ô Dieu, la vérité et la plénitude du bien assuré, ainsi que la paix la plus pure. Mais alors je préférais, pour mon propre bien, les détester, plutôt que de les aimer et de souhaiter leur bien pour le Tien.
Lorsque donc ceux de Milan envoyèrent à Rome le préfet de la ville, pour qu’il leur fournisse un professeur de rhétorique pour leur cité, et le firent partir aux frais publics, je demandai (par l’intermédiaire de ces mêmes personnes, enivrées de vanités manichéennes, à être libéré de ce dont je devais partir, sans que ni l’un ni l’autre ne le sachions) que Symmaque, alors préfet de la ville, m’examine en me posant une question, afin de m’envoyer ensuite. Je vins à Milan, chez Ambroise, l’évêque, connu dans le monde entier comme l’un des meilleurs hommes, Ton serviteur dévoué ; son discours éloquent dispensa alors abondamment à Ton peuple la farine de Ton blé, la joie de Ton huile, et l’ivresse modérée de Ton vin. C’est par Toi que j’y fus conduit sans le savoir, afin que, par lui, je fusse conduit à Toi en connaissance de cause. Cet homme de Dieu m’accueillit comme un père et me montra une bonté épiscopale à mon arrivée. Dès lors, je commençai à l’aimer, d’abord certes non pas comme un enseignant de la vérité (en laquelle j’avais complètement perdu espoir dans Ta Église), mais comme une personne bienveillante envers moi. J’écoutais attentivement ses prêches au peuple, non avec l’intention qu’il fallait, mais plutôt pour tester son éloquence, pour voir si elle correspondait à sa réputation, ou si elle était plus ou moins fluide que ce qui était rapporté ; j’attachais une grande attention à ses paroles ; mais quant au sujet, j’étais un spectateur négligent et méprisant ; j’étais charmé par la douceur de son discours, plus profond, mais moins captivant et harmonieux que celui de Faustus. Quant au sujet, cependant, il n’y avait pas de comparaison : l’un errait au milieu des illusions manichéennes, l’autre enseignait le salut de la manière la plus solide. Mais le salut est loin des pécheurs, tels que j’étais alors devant lui ; et pourtant, peu à peu, et inconsciemment, je m’approchais.
Lorsque donc ceux de Milan envoyèrent à Rome le préfet de la ville, pour qu’il leur fournisse un professeur de rhétorique pour leur cité, et le firent partir aux frais publics, je demandai (par l’intermédiaire de ces mêmes personnes, enivrées de vanités manichéennes, à être libéré de ce dont je devais partir, sans que ni l’un ni l’autre ne le sachions) que Symmaque, alors préfet de la ville, m’examine en me posant une question, afin de m’envoyer ensuite. Je vins à Milan, chez Ambroise, l’évêque, connu dans le monde entier comme l’un des meilleurs hommes, Ton serviteur dévoué ; son discours éloquent dispensa alors abondamment à Ton peuple la farine de Ton blé, la joie de Ton huile, et l’ivresse modérée de Ton vin. C’est par Toi que j’y fus conduit sans le savoir, afin que, par lui, je fusse conduit à Toi en connaissance de cause. Cet homme de Dieu m’accueillit comme un père et me montra une bonté épiscopale à mon arrivée. Dès lors, je commençai à l’aimer, d’abord certes non pas comme un enseignant de la vérité (en laquelle j’avais complètement perdu espoir dans Ta Église), mais comme une personne bienveillante envers moi. J’écoutais attentivement ses prêches au peuple, non avec l’intention qu’il fallait, mais plutôt pour tester son éloquence, pour voir si elle correspondait à sa réputation, ou si elle était plus ou moins fluide que ce qui était rapporté ; j’attachais une grande attention à ses paroles ; mais quant au sujet, j’étais un spectateur négligent et méprisant ; j’étais charmé par la douceur de son discours, plus profond, mais moins captivant et harmonieux que celui de Faustus. Quant au sujet, cependant, il n’y avait pas de comparaison : l’un errait au milieu des illusions manichéennes, l’autre enseignait le salut de la manière la plus solide. Mais le salut est loin des pécheurs, tels que j’étais alors devant lui ; et pourtant, peu à peu, et inconsciemment, je m’approchais.
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Car bien que je n’aie pris aucune peine à comprendre ce qu’il disait, mais seulement à entendre comment il parlait (car seule cette préoccupation vaine me restait, désespérant d’un chemin ouvert pour l’homme vers Toi), les mots que je choisissais m’amenaient en même temps à penser aux choses que je voulais rejeter ; car je ne pouvais les séparer. Et tandis que j’ouvrais mon cœur pour admettre « combien il parlait avec éloquence », il m’arrivait aussi de penser « combien il parlait avec vérité » ; mais cela progressivement. Car d’abord, ces choses commencèrent elles aussi à me paraître défendables ; et la foi catholique, pour laquelle je pensais qu’on ne pouvait rien objecter aux objections des Manichéens, me sembla désormais pouvoir être défendue sans honte ; surtout après avoir entendu expliquer un ou deux passages de l’Ancien Testament, souvent « en parabole », qui, lorsque je les comprenais littéralement, me tuaient spirituellement. De nombreux passages de ces livres ayant alors été expliqués, je blâmai mon désespoir, en croyant qu’on ne pouvait répondre à ceux qui haïssaient et se moquaient de la Loi et des Prophètes. Pourtant, je ne vis pas pour autant que la voie catholique devait être suivie, parce qu’elle pouvait également trouver des défenseurs érudits capables de répondre aux objections de manière approfondie et avec une certaine logique ; ni que ce que je croyais devait donc être condamné, puisque les deux points de vue pouvaient être défendus. Car la cause catholique ne me semblait pas vaincue, mais pas encore victorieuse non plus.
J’appliquai donc sérieusement mon esprit à voir s’il existait un moyen, par une preuve certaine, de convaincre les Manichéens de leur fausseté. Si seulement j’avais pu concevoir une substance spirituelle, toutes leurs forteresses auraient été détruites et complètement chassées de mon esprit ; mais je ne le pouvais pas. Néanmoins, concernant la structure de ce monde et toute la nature, que les sens du corps peuvent percevoir, à mesure que j’examinais et comparais davantage les choses, je jugeai que les doctrines de la plupart des philosophes étaient bien plus probables. Ainsi, à la manière des Académiciens (comme on le prétend), doutant de tout et hésitant entre tous, je décidai de renoncer aux Manichéens ; j’estimant qu’, même en doutant, je ne pouvais continuer dans cette secte, à laquelle je préférais déjà certains philosophes ; mais ces philosophes, du fait qu’ils étaient dépourvus du Nom salvateur du Christ, je refusai catégoriquement de confier le soin de mon âme malade. Je décidai donc de rester catéchumène dans l’Église catholique, à laquelle mes parents m’avaient recommandé, jusqu’à ce qu’une certitude apparaisse pour moi, afin que je puisse diriger ma route.
J’appliquai donc sérieusement mon esprit à voir s’il existait un moyen, par une preuve certaine, de convaincre les Manichéens de leur fausseté. Si seulement j’avais pu concevoir une substance spirituelle, toutes leurs forteresses auraient été détruites et complètement chassées de mon esprit ; mais je ne le pouvais pas. Néanmoins, concernant la structure de ce monde et toute la nature, que les sens du corps peuvent percevoir, à mesure que j’examinais et comparais davantage les choses, je jugeai que les doctrines de la plupart des philosophes étaient bien plus probables. Ainsi, à la manière des Académiciens (comme on le prétend), doutant de tout et hésitant entre tous, je décidai de renoncer aux Manichéens ; j’estimant qu’, même en doutant, je ne pouvais continuer dans cette secte, à laquelle je préférais déjà certains philosophes ; mais ces philosophes, du fait qu’ils étaient dépourvus du Nom salvateur du Christ, je refusai catégoriquement de confier le soin de mon âme malade. Je décidai donc de rester catéchumène dans l’Église catholique, à laquelle mes parents m’avaient recommandé, jusqu’à ce qu’une certitude apparaisse pour moi, afin que je puisse diriger ma route.
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LIVRE VI
Ô Toi, mon espoir depuis ma jeunesse, où étais-Tu pour moi, et où étais-Tu parti ? Ne m’avais-Tu pas créé, et séparé des bêtes des champs et des oiseaux du ciel ? Tu m’avais rendu plus sage, pourtant je marchais dans les ténèbres et sur des chemins glissants, et je Te cherchais en dehors de moi-même, sans trouver le Dieu de mon cœur ; j’étais descendu dans les profondeurs de la mer, perdant toute confiance et désespérant de jamais trouver la vérité. Ma mère était alors venue à moi, résolue par sa piété, me suivant par mer et par terre, comptant sur Toi dans tous les périls. Car dans les dangers de la mer, elle consolait même les marins (ceux-là mêmes que les passagers ignorants des profondeurs ont plutôt besoin de consoler lorsqu’ils sont troublés), leur assurant un arrivée saine et sauve, car Toi, par une vision, le lui avais assuré. Elle me trouva dans un péril extrême, désespéré de jamais trouver la vérité. Mais quand je lui eus révélé que je n’étais plus manichéen, bien que je ne fusse pas encore chrétien catholique, elle ne fut pas transportée de joie, comme si c’était quelque chose d’inattendu ; bien qu’elle fût maintenant rassurée quant à cette partie de ma misère, pour laquelle elle me pleurait comme mort, prêt à être ressuscité par Toi, Tu m’aurais porté sur le brancard de ses pensées, afin que Tu puisses dire au fils de la veuve : « Jeunec, je te dis, lève-toi » ; il se serait relevé, aurait commencé à parler, et Tu l’aurais rendu à sa mère. Alors son cœur ne fut pas secoué par une exultation tumultueuse, lorsqu’elle apprit que ce qu’elle désirait de Toi chaque jour avec des larmes était déjà en grande partie réalisé ; car, bien que je n’eusse pas encore atteint la vérité, j’étais sauvé de la fausseté ; mais, étant assurée que Toi, qui avais promis le tout, donnerais un jour le reste, elle me répondit avec beaucoup de calme et un cœur plein de confiance : « Elle a cru en Christ, afin que, avant de quitter cette vie, elle me voie devenu un croyant catholique. » Voilà ce qu’elle me dit. Mais à Toi, Source de miséricordes, elle adressa des prières et des larmes encore plus abondantes, pour que Tu hâtes Ton aide et éclaires mes ténèbres ; et elle se hâta encore plus vers l’Église, attachée aux lèvres d’Ambroise, priant pour la source de cette eau qui jaillit vers la vie éternelle. Mais cet homme qu’elle aimait…
Ô Toi, mon espoir depuis ma jeunesse, où étais-Tu pour moi, et où étais-Tu parti ? Ne m’avais-Tu pas créé, et séparé des bêtes des champs et des oiseaux du ciel ? Tu m’avais rendu plus sage, pourtant je marchais dans les ténèbres et sur des chemins glissants, et je Te cherchais en dehors de moi-même, sans trouver le Dieu de mon cœur ; j’étais descendu dans les profondeurs de la mer, perdant toute confiance et désespérant de jamais trouver la vérité. Ma mère était alors venue à moi, résolue par sa piété, me suivant par mer et par terre, comptant sur Toi dans tous les périls. Car dans les dangers de la mer, elle consolait même les marins (ceux-là mêmes que les passagers ignorants des profondeurs ont plutôt besoin de consoler lorsqu’ils sont troublés), leur assurant un arrivée saine et sauve, car Toi, par une vision, le lui avais assuré. Elle me trouva dans un péril extrême, désespéré de jamais trouver la vérité. Mais quand je lui eus révélé que je n’étais plus manichéen, bien que je ne fusse pas encore chrétien catholique, elle ne fut pas transportée de joie, comme si c’était quelque chose d’inattendu ; bien qu’elle fût maintenant rassurée quant à cette partie de ma misère, pour laquelle elle me pleurait comme mort, prêt à être ressuscité par Toi, Tu m’aurais porté sur le brancard de ses pensées, afin que Tu puisses dire au fils de la veuve : « Jeunec, je te dis, lève-toi » ; il se serait relevé, aurait commencé à parler, et Tu l’aurais rendu à sa mère. Alors son cœur ne fut pas secoué par une exultation tumultueuse, lorsqu’elle apprit que ce qu’elle désirait de Toi chaque jour avec des larmes était déjà en grande partie réalisé ; car, bien que je n’eusse pas encore atteint la vérité, j’étais sauvé de la fausseté ; mais, étant assurée que Toi, qui avais promis le tout, donnerais un jour le reste, elle me répondit avec beaucoup de calme et un cœur plein de confiance : « Elle a cru en Christ, afin que, avant de quitter cette vie, elle me voie devenu un croyant catholique. » Voilà ce qu’elle me dit. Mais à Toi, Source de miséricordes, elle adressa des prières et des larmes encore plus abondantes, pour que Tu hâtes Ton aide et éclaires mes ténèbres ; et elle se hâta encore plus vers l’Église, attachée aux lèvres d’Ambroise, priant pour la source de cette eau qui jaillit vers la vie éternelle. Mais cet homme qu’elle aimait…
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en tant qu’ange de Dieu, car elle savait que c’était par lui que j’avais été amené, pour le moment, dans cet état incertain de foi dans lequel je me trouvais alors, et à travers lequel elle espérait avec la plus grande confiance que je passerais de la maladie à la santé, après ce qu’on pourrait appeler une crise plus aiguë, que les médecins nomment « la crise ».
Lorsque ma mère apporta, comme elle en avait l’habitude en Afrique, des gâteaux, du pain et du vin aux églises construites en mémoire des Saints, et que le gardien lui interdit d’y entrer ; dès qu’elle apprit que l’évêque avait interdit cela, elle accepta ses volontés avec une piété et une obéissance telles que j’en fus moi-même étonné, tant elle critiqua facilement sa propre pratique plutôt que de discuter son interdiction. Car l’amour du vin ne s’empara pas de son esprit, ni l’amour du vin ne provoqua en elle de la haine envers la vérité, comme cela arrive à beaucoup (hommes et femmes) qui se révoltent contre un enseignement de sobriété, tout comme des hommes bien ivres se révoltent contre une boisson mélangée à de l’eau. Mais elle, lorsqu’elle apportait son panier contenant les aliments habituels destinés aux fêtes, pour les goûter elle-même avant de les donner aux autres, n’y ajoutait jamais plus qu’une petite coupe de vin, dilué selon ses propres habitudes d’abstinence, que, par courtoisie, elle goûtait. Et même s’il y avait de nombreuses églises dédiées aux saints défunts à honorer de cette manière, elle emportait toujours cette même petite coupe, à utiliser partout ; et bien que celle-ci devînt non seulement très aqueuse, mais aussi désagréablement chaude à force d’être transportée, elle la distribuait aux personnes autour d’elle en petites gorgées ; car elle cherchait là la dévotion, non le plaisir. Dès donc qu’elle apprit que cette coutume était interdite par ce prédicateur célèbre et ce prélat très pieux, même pour ceux qui voulaient l’utiliser avec modération, afin de ne pas donner aux ivrognes une occasion d’excès ; et puisque ces cérémonies funéraires anniversaires ressemblaient beaucoup, pour ainsi dire, aux superstitions des païens, elle renonça volontiers à cette pratique : et au lieu d’un panier rempli de fruits de la terre, elle apprit à apporter aux églises des martyrs une poitrine pleine de prières plus purifiées, et à donner ce qu’elle pouvait aux pauvres ; afin que la communion du Corps du Seigneur y soit célébrée correctement, là où, suivant l’exemple de sa Passion, les martyrs avaient été sacrifiés et couronnés. Mais il me semble, ô Seigneur mon Dieu, et c’est ainsi que mon cœur le pense à Ta vue, qu’elle n’aurait peut-être pas cédé si facilement à l’abolition de cette coutume si elle avait été interdite par quelqu’un d’autre, qu’elle n’aimait pas autant qu’Ambroise, qu’elle aimait infiniment pour ma salut ; et lui, à son tour, pour sa vie très religieuse, durant laquelle, par de bonnes œuvres et avec un esprit ardent, elle était constante à l’église ; ainsi
Lorsque ma mère apporta, comme elle en avait l’habitude en Afrique, des gâteaux, du pain et du vin aux églises construites en mémoire des Saints, et que le gardien lui interdit d’y entrer ; dès qu’elle apprit que l’évêque avait interdit cela, elle accepta ses volontés avec une piété et une obéissance telles que j’en fus moi-même étonné, tant elle critiqua facilement sa propre pratique plutôt que de discuter son interdiction. Car l’amour du vin ne s’empara pas de son esprit, ni l’amour du vin ne provoqua en elle de la haine envers la vérité, comme cela arrive à beaucoup (hommes et femmes) qui se révoltent contre un enseignement de sobriété, tout comme des hommes bien ivres se révoltent contre une boisson mélangée à de l’eau. Mais elle, lorsqu’elle apportait son panier contenant les aliments habituels destinés aux fêtes, pour les goûter elle-même avant de les donner aux autres, n’y ajoutait jamais plus qu’une petite coupe de vin, dilué selon ses propres habitudes d’abstinence, que, par courtoisie, elle goûtait. Et même s’il y avait de nombreuses églises dédiées aux saints défunts à honorer de cette manière, elle emportait toujours cette même petite coupe, à utiliser partout ; et bien que celle-ci devînt non seulement très aqueuse, mais aussi désagréablement chaude à force d’être transportée, elle la distribuait aux personnes autour d’elle en petites gorgées ; car elle cherchait là la dévotion, non le plaisir. Dès donc qu’elle apprit que cette coutume était interdite par ce prédicateur célèbre et ce prélat très pieux, même pour ceux qui voulaient l’utiliser avec modération, afin de ne pas donner aux ivrognes une occasion d’excès ; et puisque ces cérémonies funéraires anniversaires ressemblaient beaucoup, pour ainsi dire, aux superstitions des païens, elle renonça volontiers à cette pratique : et au lieu d’un panier rempli de fruits de la terre, elle apprit à apporter aux églises des martyrs une poitrine pleine de prières plus purifiées, et à donner ce qu’elle pouvait aux pauvres ; afin que la communion du Corps du Seigneur y soit célébrée correctement, là où, suivant l’exemple de sa Passion, les martyrs avaient été sacrifiés et couronnés. Mais il me semble, ô Seigneur mon Dieu, et c’est ainsi que mon cœur le pense à Ta vue, qu’elle n’aurait peut-être pas cédé si facilement à l’abolition de cette coutume si elle avait été interdite par quelqu’un d’autre, qu’elle n’aimait pas autant qu’Ambroise, qu’elle aimait infiniment pour ma salut ; et lui, à son tour, pour sa vie très religieuse, durant laquelle, par de bonnes œuvres et avec un esprit ardent, elle était constante à l’église ; ainsi
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Que, lorsqu’il me voyait, il s’épanchait souvent en éloges à son sujet ; il me félicitait d’avoir une telle mère, sans savoir quel fils elle avait en moi, moi qui doutais de toutes ces choses et pensais que le chemin de la vie ne pouvait être découvert.
Je ne gémissais pas non plus dans mes prières pour que Tu m’aides ; mon esprit était entièrement tourné vers l’apprentissage et avide de débats. Et Ambroise lui-même, que le monde considère comme heureux, je le tenais pour un homme heureux, tant des personnages illustres le honoraient ; seul son célibat me semblait une voie pénible. Mais quelle espérance il portait en lui, quels combats il menait contre les tentations qui assaillaient même ses vertus, quelle consolation dans les adversités, et quelles douces joies Ton Pain apportait à la bouche secrète de son esprit, en le mâchant, je ne pouvais ni le deviner ni l’expérimenter. Lui non plus ne connaissait pas les fluctuations de mes sentiments, ni l’abîme de mon danger. Car je ne pouvais pas lui demander ce que je voulais, comme je le souhaitais, étant exclu à la fois de son oreille et de sa parole par de nombreuses personnes occupées, dont il servait les faiblesses. Quand il n’était pas occupé avec elles (ce qui n’était que peu de temps), il rafraîchissait soit son corps avec les aliments absolument nécessaires, soit son esprit par la lecture. Mais lorsqu’il lisait, son regard glissait sur les pages, son cœur cherchait le sens, tandis que sa voix et sa langue restaient tranquilles. Souvent, lorsque nous venions (car personne n’était interdit d’entrer, et il n’était pas dans ses habitudes d’annoncer l’arrivée de quiconque), nous le voyions lire ainsi pour lui-même, et jamais autrement ; après avoir longtemps attendu en silence (car qui oserait importuner quelqu’un si absorbé ?), nous préférions partir, en supposant qu’au cours de ce bref intervalle, libre du tumulte des affaires des autres pour reprendre ses esprits, il redoutait d’être dérangé ; et peut-être craignait-il que, si l’auteur qu’il lisait exprimait quelque chose de vague, un auditeur attentif ou perplexe lui demande de l’expliquer ou de discuter certaines questions plus difficiles ; de sorte que, son temps étant ainsi consacré, il ne pourrait pas parcourir autant de volumes qu’il le souhaitait ; bien que la préservation de sa voix (qui s’affaiblirait avec trop de paroles) fût peut-être la véritable raison pour laquelle il lisait pour lui-même. Mais, quelle que fût son intention, cela était certainement bon chez un tel homme.
Moi, en revanche, je n’avais certainement aucune occasion de demander ce que je désirais de cet oracle si saint de Toi, sa poitrine, sauf si la réponse pouvait être brève. Mais ces flots en moi, pour être répandus devant lui, exigeaient tout son loisir, et ne l’obtenaient jamais. Je l’entendais certes chaque jour du Seigneur, comme il se doit.
Je ne gémissais pas non plus dans mes prières pour que Tu m’aides ; mon esprit était entièrement tourné vers l’apprentissage et avide de débats. Et Ambroise lui-même, que le monde considère comme heureux, je le tenais pour un homme heureux, tant des personnages illustres le honoraient ; seul son célibat me semblait une voie pénible. Mais quelle espérance il portait en lui, quels combats il menait contre les tentations qui assaillaient même ses vertus, quelle consolation dans les adversités, et quelles douces joies Ton Pain apportait à la bouche secrète de son esprit, en le mâchant, je ne pouvais ni le deviner ni l’expérimenter. Lui non plus ne connaissait pas les fluctuations de mes sentiments, ni l’abîme de mon danger. Car je ne pouvais pas lui demander ce que je voulais, comme je le souhaitais, étant exclu à la fois de son oreille et de sa parole par de nombreuses personnes occupées, dont il servait les faiblesses. Quand il n’était pas occupé avec elles (ce qui n’était que peu de temps), il rafraîchissait soit son corps avec les aliments absolument nécessaires, soit son esprit par la lecture. Mais lorsqu’il lisait, son regard glissait sur les pages, son cœur cherchait le sens, tandis que sa voix et sa langue restaient tranquilles. Souvent, lorsque nous venions (car personne n’était interdit d’entrer, et il n’était pas dans ses habitudes d’annoncer l’arrivée de quiconque), nous le voyions lire ainsi pour lui-même, et jamais autrement ; après avoir longtemps attendu en silence (car qui oserait importuner quelqu’un si absorbé ?), nous préférions partir, en supposant qu’au cours de ce bref intervalle, libre du tumulte des affaires des autres pour reprendre ses esprits, il redoutait d’être dérangé ; et peut-être craignait-il que, si l’auteur qu’il lisait exprimait quelque chose de vague, un auditeur attentif ou perplexe lui demande de l’expliquer ou de discuter certaines questions plus difficiles ; de sorte que, son temps étant ainsi consacré, il ne pourrait pas parcourir autant de volumes qu’il le souhaitait ; bien que la préservation de sa voix (qui s’affaiblirait avec trop de paroles) fût peut-être la véritable raison pour laquelle il lisait pour lui-même. Mais, quelle que fût son intention, cela était certainement bon chez un tel homme.
Moi, en revanche, je n’avais certainement aucune occasion de demander ce que je désirais de cet oracle si saint de Toi, sa poitrine, sauf si la réponse pouvait être brève. Mais ces flots en moi, pour être répandus devant lui, exigeaient tout son loisir, et ne l’obtenaient jamais. Je l’entendais certes chaque jour du Seigneur, comme il se doit.
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Prêchant la Parole de vérité parmi le peuple, j’étais de plus en plus convaincu que tous les nœuds de ces calomnies perfides, tissés par nos trompeurs contre les Livres divins, pouvaient être dénoués. Mais quand je compris que « l’homme créé par Toi, à Ta propre image » n’était pas ainsi compris par Tes fils spirituels, que Tu as fait renaître par la grâce de la Mère catholique, comme s’ils Croyaient et concevaient de Toi une forme humaine (bien que je n’eusse même pas la moindre idée vague ou obscure de ce qu’une substance spirituelle puisse être) ; pourtant, avec joie, je rougis d’avoir passé tant d’années à m’opposer non pas à la foi catholique, mais aux fictions des imaginations charnelles. Car j’avais été si imprudent et impie que ce que j’aurais dû apprendre par la recherche, je l’avais prononcé et condamné. Car Toi, Très-Haut et très proche ; très secret et très présent ; qui n’as ni membres plus grands ni plus petits, mais es partout entièrement, et nulle part dans l’espace ; qui n’as pas une forme corporelle, et pourtant Tu as fait l’homme à Ta propre image ; et voici, de la tête aux pieds, il est contenu dans l’espace.
Ignorant donc comment cette image Tienne pouvait exister, j’aurais dû poser la question et soulever le doute sur la manière de croire, plutôt que de m’y opposer insultamment, comme si je y croyais. Le doute, quant à savoir ce qu’il fallait tenir pour certain, rongeait mon cœur de plus en plus vivement ; plus j’étais honteux d’avoir été si longtemps trompé par la promesse de certitudes, et d’avoir, par une erreur enfantine et une véhémence excessive, parlé de tant d’incertitudes. Car il devint clair pour moi plus tard qu’il s’agissait de fausses idées. J’étais cependant certain qu’elles étaient incertaines, et que je les avais auparavant considérées comme certaines, lorsque, par une obstination aveugle, j’accusais Ta Église catholique, que je découvrais alors non pas vraiment comme enseignant la vérité, mais du moins pas ce pour quoi je l’avais sévèrement critiquée. Ainsi, je fus confondu et converti : et je me réjouis, ô mon Dieu, que l’unique Église, le corps de Ton Fils unique (dans lequel le nom du Christ avait été mis sur moi dès mon enfance), n’eût aucun goût pour les vanités enfantines ; ni, dans sa doctrine saine, ne maintînt aucune doctrine qui pût confiner Toi, Créateur de tout, dans l’espace, aussi vaste soit-il, mais limité partout par les frontières d’une forme humaine.
Je me réjouis également que les anciennes Écritures de la Loi et des Prophètes m’aient été présentées, non plus pour être lues avec cet œil qui, auparavant, les trouvait absurdes, lorsque je maudissais Tes saints pour avoir pensé ainsi, alors qu’en réalité ils ne pensaient pas ainsi ; et avec joie, j’entendis Ambroise, dans ses sermons au peuple, recommander souvent avec beaucoup de zèle ce texte comme règle : « La lettre tue ».
Ignorant donc comment cette image Tienne pouvait exister, j’aurais dû poser la question et soulever le doute sur la manière de croire, plutôt que de m’y opposer insultamment, comme si je y croyais. Le doute, quant à savoir ce qu’il fallait tenir pour certain, rongeait mon cœur de plus en plus vivement ; plus j’étais honteux d’avoir été si longtemps trompé par la promesse de certitudes, et d’avoir, par une erreur enfantine et une véhémence excessive, parlé de tant d’incertitudes. Car il devint clair pour moi plus tard qu’il s’agissait de fausses idées. J’étais cependant certain qu’elles étaient incertaines, et que je les avais auparavant considérées comme certaines, lorsque, par une obstination aveugle, j’accusais Ta Église catholique, que je découvrais alors non pas vraiment comme enseignant la vérité, mais du moins pas ce pour quoi je l’avais sévèrement critiquée. Ainsi, je fus confondu et converti : et je me réjouis, ô mon Dieu, que l’unique Église, le corps de Ton Fils unique (dans lequel le nom du Christ avait été mis sur moi dès mon enfance), n’eût aucun goût pour les vanités enfantines ; ni, dans sa doctrine saine, ne maintînt aucune doctrine qui pût confiner Toi, Créateur de tout, dans l’espace, aussi vaste soit-il, mais limité partout par les frontières d’une forme humaine.
Je me réjouis également que les anciennes Écritures de la Loi et des Prophètes m’aient été présentées, non plus pour être lues avec cet œil qui, auparavant, les trouvait absurdes, lorsque je maudissais Tes saints pour avoir pensé ainsi, alors qu’en réalité ils ne pensaient pas ainsi ; et avec joie, j’entendis Ambroise, dans ses sermons au peuple, recommander souvent avec beaucoup de zèle ce texte comme règle : « La lettre tue ».
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Mais c’est l’Esprit qui donne la vie ; tandis qu’il écartait le voile mystique, révélant spirituellement ce qui, selon la lettre, semblait enseigner quelque chose de fausse ; il n’enseignait ici rien qui m’offensât, bien qu’il enseignât des choses que je ne connaissais pas encore, et dont je ne savais pas si elles étaient vraies. Car je gardais mon cœur de consentir à quoi que ce fût, craignant de tomber tête baissée ; mais en restant dans l’incertitude, j’étais encore plus blessé. Car je souhaitais être aussi sûr des choses que je ne voyais pas que j’étais sûr du fait que sept plus trois font dix. Je n’étais pas assez fou pour penser que même cela ne pouvait être compris ; mais je désirais que d’autres choses soient aussi claires que celle-ci, que ce soit des choses corporelles, qui n’étaient pas présentes à mes sens, ou des choses spirituelles, dont je ne savais pas comment les concevoir, sinon de manière corporelle. Et par la foi, j’aurais pu être guéri, afin que la vue de mon âme, une fois clarifiée, puisse d’une certaine manière se tourner vers Ta vérité, qui demeure toujours et ne manque en aucune partie. Mais comme celui qui a essayé un mauvais médecin craint de se confier à un bon, il en allait de même pour la santé de mon âme, qui ne pouvait être guérie que par la foi, et de peur qu’elle ne croie des mensonges, elle refusait d’être guérie ; résistant à Tes mains, Toi qui as préparé les remèdes de la foi, et les as appliqués aux maladies du monde entier, leur ayant donné une autorité si grande.
Cependant, en étant conduit de là à préférer la doctrine catholique, je sentis que sa méthode était plus modeste et plus honnête, car elle exigeait que l’on croie en des choses non démontrées (que ce soit parce qu’elles pouvaient l’être en elles-mêmes mais pas pour certaines personnes, ou qu’elles ne pouvaient pas l’être du tout), tandis que chez les Manichéens, notre crédulité était moquée par la promesse d’une connaissance certaine, et alors tant de choses extrêmement fabuleuses et absurdes nous étaient imposées pour être crues, parce qu’elles ne pouvaient être démontrées. Alors Toi, ô Seigneur, peu à peu, de Ta main la plus tendre et la plus miséricordieuse, touchant et apaisant mon cœur, Tu m’as persuadé — en considérant combien d’innombrables choses j’avais crues, que je ne voyais pas, ni n’étais présent lorsque cela se produisait, comme tant de choses dans l’histoire séculière, tant de récits de lieux et de villes que je n’avais pas vus ; tant d’amis, tant de médecins, tant d’autres hommes sans cesse, sans lesquels, si nous ne croyions pas, nous ne ferions absolument rien dans cette vie ; enfin, avec quelle assurance inébranlable je croyais savoir de quels parents j’étais né, ce que je ne pouvais savoir, si je n’avais cru sur parole — en considérant tout cela, Tu m’as persuadé que ce n’étaient pas ceux qui croyaient en Tes Livres (que Tu as établis avec une telle autorité chez presque toutes les nations), mais ceux qui ne les croyaient pas, qui devaient être blâmés ; et que ceux qui disaient
Cependant, en étant conduit de là à préférer la doctrine catholique, je sentis que sa méthode était plus modeste et plus honnête, car elle exigeait que l’on croie en des choses non démontrées (que ce soit parce qu’elles pouvaient l’être en elles-mêmes mais pas pour certaines personnes, ou qu’elles ne pouvaient pas l’être du tout), tandis que chez les Manichéens, notre crédulité était moquée par la promesse d’une connaissance certaine, et alors tant de choses extrêmement fabuleuses et absurdes nous étaient imposées pour être crues, parce qu’elles ne pouvaient être démontrées. Alors Toi, ô Seigneur, peu à peu, de Ta main la plus tendre et la plus miséricordieuse, touchant et apaisant mon cœur, Tu m’as persuadé — en considérant combien d’innombrables choses j’avais crues, que je ne voyais pas, ni n’étais présent lorsque cela se produisait, comme tant de choses dans l’histoire séculière, tant de récits de lieux et de villes que je n’avais pas vus ; tant d’amis, tant de médecins, tant d’autres hommes sans cesse, sans lesquels, si nous ne croyions pas, nous ne ferions absolument rien dans cette vie ; enfin, avec quelle assurance inébranlable je croyais savoir de quels parents j’étais né, ce que je ne pouvais savoir, si je n’avais cru sur parole — en considérant tout cela, Tu m’as persuadé que ce n’étaient pas ceux qui croyaient en Tes Livres (que Tu as établis avec une telle autorité chez presque toutes les nations), mais ceux qui ne les croyaient pas, qui devaient être blâmés ; et que ceux qui disaient
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Il me dit : « Comment sais-tu que ces Écritures ont été révélées à l’humanité par l’Esprit du Dieu unique et véritable ? » Car c’était justement cela qui devait le plus être cru, car aucune controverse, aucune question blasphématoire, issue de toute cette multitude de philosophes contradictoires que j’avais lus, ne pouvait m’arracher la conviction que « Tu existes », quel que soit Ton essence (que je ne connaissais pas), et que « le gouvernement des affaires humaines t’appartient ».
J’y croyais, parfois avec force, parfois avec moins de certitude ; pourtant, je croyais toujours à la fois que Tu existais et que Tu te souciais de nous, bien que j’ignorasse à la fois ce qu’il fallait penser de Ta nature et quel chemin menait à Toi ou en revenait. À cette époque, nous étions trop faibles, par nos raisonnements abstraits, pour découvrir la vérité ; et c’est précisément pour cette raison que nous avions besoin de l’autorité des Saintes Écritures. J’avais alors commencé à croire que Tu n’aurais jamais accordé une telle autorité à ces Écritures dans tous les pays, si Tu n’avais pas voulu être cru à travers elles, si Tu n’avais pas cherché à l’être ainsi. Car maintenant, ce qui, dans les Écritures, sonnait étrangement et avait coutume de m’offenser, après avoir entendu diverses explications satisfaisantes, je le renvoyais à la profondeur des mystères, et leur autorité me semblait d’autant plus vénérable et digne de foi religieuse, que, tout en étant ouvertes à tous pour être lues, elles réservaient la majesté de leurs mystères dans leur sens le plus profond, s’inclinant vers tous dans la grande clarté de leurs mots et la modestie de leur style, tout en exigeant une attention intense de la part de ceux dont le cœur n’est pas léger ; afin de pouvoir accueillir tous dans son sein ouvert, et, par des voies étroites, conduire quelques-uns vers Toi, bien que ce fût en nombre inférieur à celui qu’elles pourraient attirer si elles ne se trouvaient pas sur une telle hauteur d’autorité, ni ne rassemblaient tant de gens par leur sainte modestie. Je réfléchissais à ces choses, et Tu étais avec moi ; je soupirais, et Tu m’entendais ; je hésitais, et Tu me guidais ; je errais sur le large chemin du monde, et Tu ne m’abandonnais pas.
Je désirais ardemment les honneurs, les gains, le mariage ; et Tu te moquais de moi. Dans ces désirs, j’endurais les plus amères épreuves ; plus Tu étais miséricordieux, moins Tu permettais quoi que ce fût de devenir doux pour moi qui n’étais pas Toi.
Vois mon cœur, ô Seigneur, pourquoi veux-Tu que je me souvienne de tout cela et que je l’avoue à Toi ? Que mon âme reste attachée à Toi, maintenant que Tu l’as libérée de ce liant tenace que représente la mort. Comme elle était misérable ! Et Tu as aiguisé la sensation de sa blessure, afin qu’en abandonnant tout le reste, elle se tourne vers Toi, qui es au-dessus de tout, et sans qui toutes choses ne seraient rien ; qu’elle se convertisse et soit guérie. Comme j’étais alors misérable, et
J’y croyais, parfois avec force, parfois avec moins de certitude ; pourtant, je croyais toujours à la fois que Tu existais et que Tu te souciais de nous, bien que j’ignorasse à la fois ce qu’il fallait penser de Ta nature et quel chemin menait à Toi ou en revenait. À cette époque, nous étions trop faibles, par nos raisonnements abstraits, pour découvrir la vérité ; et c’est précisément pour cette raison que nous avions besoin de l’autorité des Saintes Écritures. J’avais alors commencé à croire que Tu n’aurais jamais accordé une telle autorité à ces Écritures dans tous les pays, si Tu n’avais pas voulu être cru à travers elles, si Tu n’avais pas cherché à l’être ainsi. Car maintenant, ce qui, dans les Écritures, sonnait étrangement et avait coutume de m’offenser, après avoir entendu diverses explications satisfaisantes, je le renvoyais à la profondeur des mystères, et leur autorité me semblait d’autant plus vénérable et digne de foi religieuse, que, tout en étant ouvertes à tous pour être lues, elles réservaient la majesté de leurs mystères dans leur sens le plus profond, s’inclinant vers tous dans la grande clarté de leurs mots et la modestie de leur style, tout en exigeant une attention intense de la part de ceux dont le cœur n’est pas léger ; afin de pouvoir accueillir tous dans son sein ouvert, et, par des voies étroites, conduire quelques-uns vers Toi, bien que ce fût en nombre inférieur à celui qu’elles pourraient attirer si elles ne se trouvaient pas sur une telle hauteur d’autorité, ni ne rassemblaient tant de gens par leur sainte modestie. Je réfléchissais à ces choses, et Tu étais avec moi ; je soupirais, et Tu m’entendais ; je hésitais, et Tu me guidais ; je errais sur le large chemin du monde, et Tu ne m’abandonnais pas.
Je désirais ardemment les honneurs, les gains, le mariage ; et Tu te moquais de moi. Dans ces désirs, j’endurais les plus amères épreuves ; plus Tu étais miséricordieux, moins Tu permettais quoi que ce fût de devenir doux pour moi qui n’étais pas Toi.
Vois mon cœur, ô Seigneur, pourquoi veux-Tu que je me souvienne de tout cela et que je l’avoue à Toi ? Que mon âme reste attachée à Toi, maintenant que Tu l’as libérée de ce liant tenace que représente la mort. Comme elle était misérable ! Et Tu as aiguisé la sensation de sa blessure, afin qu’en abandonnant tout le reste, elle se tourne vers Toi, qui es au-dessus de tout, et sans qui toutes choses ne seraient rien ; qu’elle se convertisse et soit guérie. Comme j’étais alors misérable, et
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Comment as-Tu agi envers moi, pour me faire ressentir ma misère en ce jour où je me préparais à réciter un panégyrique de l’Empereur, dans lequel j’étais censé proférer de nombreux mensonges, et où ces mensonges devaient être acclamés par ceux qui savaient que je mentais ? Mon cœur haletait sous l’effet de ces angoisses, bouillonnant de pensées fiévreuses. En effet, en passant par l’une des rues de Milan, j’aperçus un pauvre mendiant, alors, je suppose, le ventre plein, plaisantant et joyeux ; je soupirai, et parlai aux amis qui m’entouraient des nombreuses peines causées par nos folies ; car, malgré tous nos efforts, comme celui auquel je m’efforçais alors, poussé par le désir, à traîner le fardeau de ma propre misère, et en l’alourdissant davantage, nous espérions tout de même atteindre cette même joie que ce mendiant avait déjà atteinte avant nous, lui qui, peut-être, ne l’atteindrait jamais. Car ce qu’il avait obtenu grâce à quelques pièces mendigotées, c’était ce que je cherchais moi aussi par de nombreux efforts pénibles : la joie d’une félicité éphémère. Car lui n’avait vraiment pas de vraie joie ; et moi, avec mes projets ambitieux, je cherchais une joie encore moins véritable. Certes, il était joyeux, moi anxieux ; lui sans soucis, moi plein de craintes. Mais si quelqu’un me demandait s’il valait mieux être joyeux ou craintif, je répondrais joyeux. De même, s’il me demandait s’il valait mieux être comme lui ou comme j’étais alors, je choisirais d’être moi-même, bien que accablé de soucis et de craintes ; mais c’est par jugement erroné, car était-ce la vérité ? Je ne devrais pas me préférer à lui, puisque j’étais plus instruit que lui, voyant que je n’y trouvais aucune joie, mais que je cherchais à plaire aux hommes par là ; et non pas pour instruire, mais simplement pour plaire. C’est pourquoi Tu as brisé mes os avec le bâton de Ta correction. Éloignez donc de mon âme ceux qui lui disent : « Il y a une différence dans la source de la joie d’un homme. Ce mendiant se réjouissait dans l’ivresse ; Toi, Tu voulais te réjouir dans la gloire. » Quelle gloire, Seigneur ? Celle qui n’est pas en Toi. Car, tout comme sa joie n’était pas vraie, sa gloire non plus n’était pas vraie : et cela renversa encore plus mon âme. Lui devait digérer son ivresse cette même nuit ; mais moi, j’avais dormi, puis me réveillé avec elle, et je devais dormir encore, et me réveiller encore avec elle, pendant combien de jours, Toi, Dieu, tu le sais. Mais « il y a une différence dans la source de la joie d’un homme ». Je le sais, et la joie d’une espérance fidèle dépasse incomparablement de telles vanités. Oui, et il était donc supérieur à moi : car il était vraiment plus heureux ; non seulement parce qu’il était complètement submergé de gaieté, tandis que j’étais déchiré par les soucis ; mais lui, par de bonnes intentions, avait obtenu du vin ; moi, en mentant, je cherchais des louanges vaines et gonflées. À ce sujet, je dis souvent à mes amis : et je remarquais souvent chez eux comment les choses se passaient pour moi ; et je constatais que les choses allaient mal pour moi, ce qui me affligeait encore davantage.
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malade ; et si quelque prospérité m’adressait son sourire, je répugnais à l’attraper, car presque avant que je puisse la saisir, elle s’envolait.
Nous, qui vivions ensemble en amis, nous lamentions ces choses ensemble, mais c’est surtout avec Alypius et Nebridius que j’en parlais le plus familièrement ; Alypius était né dans ma même ville que moi, parmi les personnes les plus éminentes de là-bas, mais plus jeune que moi. Il avait étudié sous ma direction, tant lorsque je donnais des cours pour la première fois dans notre ville que par la suite à Carthage, et il m’aimait beaucoup, car je lui semblais bon et savant ; et moi, je l’aimais pour sa grande inclination vers la vertu, qui était déjà remarquable chez quelqu’un d’une si jeune âge. Pourtant, le tourbillon des coutumes carthaginoises (parmi lesquelles ces spectacles oisifs sont vivement suivis) l’avait entraîné dans la folie du Cirque. Mais tandis qu’il y était misérablement ballotté, et que moi, professant la rhétorique là-bas, dirigeais une école publique, il ne profitait pas encore de mes enseignements, en raison d’une certaine hostilité née entre son père et moi. J’avais alors compris à quel point il était passionné par le Cirque, et j’étais profondément affligé de voir qu’il semblait sur le point, voire déjà, de gaspiller un si grand potentiel : pourtant, je n’avais aucun moyen de le conseiller ou de le ramener à la raison, ni par la bienveillance d’un ami, ni par l’autorité d’un maître. Car je supposais qu’il me considérait comme son père le faisait ; mais ce n’était pas le cas ; mettant de côté l’avis de son père sur cette question, il commença à venir me saluer de temps en temps dans ma salle de cours, à écouter un peu, puis à repartir.
Moi, cependant, j’avais oublié de m’occuper de lui, afin qu’il ne gâche pas un esprit si brillant à cause d’un désir aveugle et irréfléchi pour des divertissements vains. Mais Toi, ô Seigneur, qui guides le destin de tout ce que Tu as créé, Tu n’avais pas oublié celui qui deviendrait un jour parmi Tes enfants, prêtre et dispensateur de Ton Sacrement ; et afin que son amendement puisse être clairement attribué à Toi-même, Tu l’as réalisé par mon intermédiaire, sans que je m’en rende compte. Car un jour, alors que j’étais assis à ma place habituelle, avec mes élèves devant moi, il entra, me salua, s’assit et se concentra sur ce que je traitais. J’avais par hasard un passage entre les mains, et pendant que je l’expliquais, une analogie tirée des courses de chars me vint à l’esprit, susceptible de rendre ce que je voulais transmettre plus agréable et plus clair, adoucie par une satire acerbe envers ceux que cette folie avait ensorcelés ; Dieu, Tu sais que je ne pensais pas alors à guérir Alypius de cette infection. Mais lui, il l’interpréta entièrement à son avantage, croyant que je le disais simplement pour lui. Et là où un autre aurait vu là une occasion de s’offenser contre moi, ce jeune homme au bon sens en fit plutôt un motif de se sentir offensé envers lui-même, et de m’aimer encore plus ardemment.
Nous, qui vivions ensemble en amis, nous lamentions ces choses ensemble, mais c’est surtout avec Alypius et Nebridius que j’en parlais le plus familièrement ; Alypius était né dans ma même ville que moi, parmi les personnes les plus éminentes de là-bas, mais plus jeune que moi. Il avait étudié sous ma direction, tant lorsque je donnais des cours pour la première fois dans notre ville que par la suite à Carthage, et il m’aimait beaucoup, car je lui semblais bon et savant ; et moi, je l’aimais pour sa grande inclination vers la vertu, qui était déjà remarquable chez quelqu’un d’une si jeune âge. Pourtant, le tourbillon des coutumes carthaginoises (parmi lesquelles ces spectacles oisifs sont vivement suivis) l’avait entraîné dans la folie du Cirque. Mais tandis qu’il y était misérablement ballotté, et que moi, professant la rhétorique là-bas, dirigeais une école publique, il ne profitait pas encore de mes enseignements, en raison d’une certaine hostilité née entre son père et moi. J’avais alors compris à quel point il était passionné par le Cirque, et j’étais profondément affligé de voir qu’il semblait sur le point, voire déjà, de gaspiller un si grand potentiel : pourtant, je n’avais aucun moyen de le conseiller ou de le ramener à la raison, ni par la bienveillance d’un ami, ni par l’autorité d’un maître. Car je supposais qu’il me considérait comme son père le faisait ; mais ce n’était pas le cas ; mettant de côté l’avis de son père sur cette question, il commença à venir me saluer de temps en temps dans ma salle de cours, à écouter un peu, puis à repartir.
Moi, cependant, j’avais oublié de m’occuper de lui, afin qu’il ne gâche pas un esprit si brillant à cause d’un désir aveugle et irréfléchi pour des divertissements vains. Mais Toi, ô Seigneur, qui guides le destin de tout ce que Tu as créé, Tu n’avais pas oublié celui qui deviendrait un jour parmi Tes enfants, prêtre et dispensateur de Ton Sacrement ; et afin que son amendement puisse être clairement attribué à Toi-même, Tu l’as réalisé par mon intermédiaire, sans que je m’en rende compte. Car un jour, alors que j’étais assis à ma place habituelle, avec mes élèves devant moi, il entra, me salua, s’assit et se concentra sur ce que je traitais. J’avais par hasard un passage entre les mains, et pendant que je l’expliquais, une analogie tirée des courses de chars me vint à l’esprit, susceptible de rendre ce que je voulais transmettre plus agréable et plus clair, adoucie par une satire acerbe envers ceux que cette folie avait ensorcelés ; Dieu, Tu sais que je ne pensais pas alors à guérir Alypius de cette infection. Mais lui, il l’interpréta entièrement à son avantage, croyant que je le disais simplement pour lui. Et là où un autre aurait vu là une occasion de s’offenser contre moi, ce jeune homme au bon sens en fit plutôt un motif de se sentir offensé envers lui-même, et de m’aimer encore plus ardemment.
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Tu l’avais dit il y a longtemps, et l’as inscrit dans Ton livre : réprimande un homme sage, et il t’aimera. Mais je ne l’avais pas réprimandé, c’est Toi, qui utilises tous, qu’ils le sachent ou non, dans l’ordre que Tu connais toi-même (et cet ordre est juste), qui as fait de mon cœur et de ma langue des braises ardentes, afin d’enflammer l’esprit plein d’espoir, ainsi affligé, et de le guérir. Qu’il reste silencieux devant Tes louanges, celui qui ne considère pas Tes miséricordes, que j’avoue à Toi depuis le fond de mon âme. Car par ces paroles, il s’est échappé de ce puits si profond où il avait été délibérément plongé, et aveuglé par ses divertissements misérables ; il a secoué son esprit par une forte maîtrise de soi, et toutes les impuretés de ces divertissements circassiens se sont envolées de lui, et il n’y est plus retourné. Sur ce, il a convaincu son père réticent de le laisser devenir mon élève. Celui-ci a cédé. Alypius, redevenant mon auditeur, fut entraîné avec moi dans la même superstition, aimant chez les Manichéens cette apparence de continence qu’il prenait pour vraie et sincère. Or, c’était une continence insensée et séduisante, qui piégeait des âmes précieuses, encore incapables d’atteindre la profondeur de la vertu, mais facilement trompées par la surface d’une vertu illusoire et factice. Lui, sans abandonner cette voie séculière que ses parents l’avaient incité à suivre, était parti avant moi à Rome pour étudier le droit, et là, il fut emporté d’une passion incroyable pour les spectacles des gladiateurs. Comme il était complètement répugnant et détestant les spectacles, il fut un jour rencontré par hasard par plusieurs de ses connaissances et camarades de classe revenant du dîner, qui, avec une violence familière, le traînèrent, malgré ses refus véhéments, dans l’Amphithéâtre, pendant ces spectacles cruels et mortels. Il protesta ainsi : « Même si vous traînez mon corps en ce lieu et m’y placez, pouvez-vous me forcer aussi à tourner mon esprit ou mes yeux vers ces spectacles ? Je serai alors présent sans l’être vraiment, et ainsi je vaincrai à la fois vous et eux. » Ils, entendant cela, continuèrent néanmoins à le pousser, désireux peut-être de vérifier s’il pouvait vraiment faire ce qu’il disait. Une fois arrivés là et ayant pris place autant que possible, tout le lieu s’embrasa de ce divertissement sauvage. Mais lui, fermant les yeux, interdit à son esprit de vagabonder vers de telles méchancetés ; il aurait voulu fermer aussi ses oreilles ! Car, pendant le combat, lorsque quelqu’un tombait, un cri puissant de toute la foule frappait violemment cet homme ; vaincu par la curiosité, et comme prêt à mépriser et à se sentir supérieur à tout, même lorsqu’il voyait, il ouvrit les yeux et reçut dans son âme une blessure plus profonde que celle que l’autre, qu’il désirait voir, subissait dans son corps ; et il tomba plus misérablement encore.
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Que celui sur la chute duquel ce bruit assourdissant s’éleva, bruit qui pénétra par ses oreilles et ouvrit ses yeux, afin de laisser place à l’assaut et à la destruction d’une âme, audacieuse plutôt que résolue, et plus faible, car elle s’était fiée à elle-même alors qu’elle aurait dû compter sur Toi. Car dès qu’il vit ce sang, il en but la sauvagerie ; il ne détourna pas le regard, mais fixa ses yeux, absorbant avec frénésie, sans s’en rendre compte, et se réjouit de ce combat coupable, enivré par ce passe-temps sanglant. Il n’était plus l’homme qu’il était venu être, mais l’un de la foule à laquelle il s’était joint, oui, un véritable compagnon de ceux qui l’y avaient conduit. Pourquoi en dire plus ? Il regarda, cria, s’enflamma, emportant avec lui la folie qui devait le pousser à revenir non seulement avec ceux qui l’y avaient attiré en premier, mais aussi avant eux, afin d’y entraîner d’autres. Cependant, Tu l’as arraché de là par une main très puissante et très miséricordieuse, et Tu l’as appris à avoir confiance non en lui-même, mais en Toi. Mais cela fut plus tard. Cela fut déjà conservé dans sa mémoire pour servir de remède plus tard. Il en alla de même lorsque, encore étudiant auprès de moi à Carthage, il réfléchissait à midi sur la place au sujet de ce qu’il devait mémoriser (comme le font les érudits pour s’exercer), Tu permis que les agents de la place le prennent pour un voleur. Je pense que Tu, notre Dieu, l’as permis pour aucune autre raison que celle-ci : celui qui devait devenir par la suite un homme si grand devait déjà commencer à apprendre que, pour juger les affaires, l’homme ne doit pas être facilement condamné par un autre homme à cause d’une crédulité imprudente. Alors qu’il marchait seul devant le tribunal, avec son cahier et son stylo, voici qu’un jeune homme, un avocat, le véritable voleur, apportant en secret une hache, entra, sans être vu par Alypius, jusqu’aux grilles de plomb qui entourent les ateliers des orfèvres, et commença à couper le plomb. Mais comme le bruit de la hache se fit entendre, les orfèvres en bas commencèrent à s’agiter et envoyèrent des gens pour attraper quiconque ils trouveraient. Lui, entendant leurs voix, s’enfuit, laissant sa hache, craignant d’être pris avec elle. Alypius, qui ne l’avait pas vu entrer, se rendit compte de sa fuite et vit avec quelle rapidité il s’éloignait. Désireux de connaître ce qui s’était passé, il entra dans l’endroit ; là, ayant trouvé la hache, il se tenait debout, la contemplant avec étonnement, quand voilà que ceux qui avaient été envoyés le trouvèrent seul, tenant la hache à la main, bruit qui les avait alertés et amenés là. Ils le saisirent, l’emmenèrent, et rassemblant les habitants de la place, se vantèrent d’avoir capturé un voleur notoire ; ainsi fut-il emmené pour être présenté au juge.
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Mais c’est là que Alypius reçut ses instructions. Car aussitôt, ô Seigneur, Tu secourus son innocence, dont Tu étais le seul témoin. Alors qu’on le conduisait soit en prison, soit pour être puni, un certain architecte les rencontra ; il avait la responsabilité principale des bâtiments publics. Ils furent heureux de le rencontrer, car c’était lui qui les soupçonnait habituellement de voler les biens perdus sur le marché, comme s’ils voulaient enfin lui montrer qui commettait ces vols. Cependant, il avait vu Alypius à plusieurs reprises chez un certain sénateur, chez qui il allait souvent rendre hommage ; le reconnaissant immédiatement, il l’emmena à part par la main, et après avoir demandé la cause d’une telle calamité, il entendit toute l’histoire et ordonna à tous ceux qui étaient présents, au milieu de grands tumultes et de menaces, de le suivre. Ainsi, ils arrivèrent chez le jeune homme qui avait commis le crime. Là, devant la porte, se trouvait un garçon si jeune qu’il était probable qu’il ne craignît aucun mal pour son maître et révélerait donc tout. En effet, il avait accompagné son maître au marché. Dès que Alypius se souvint de lui, il le dit à l’architecte ; celui-ci montra la hache au garçon et lui demanda : « À qui appartient-elle ? » « À nous », répondit-il aussitôt ; interrogé davantage, il révéla tout. Ainsi, le crime fut attribué à cette maison, et la foule, qui avait commencé à insulter Alypius, celui qui devait être le dispensateur de Ta Parole et juge de nombreuses affaires dans Ta Église, partit avec plus d’expérience et de connaissances.
Je le trouvai alors à Rome, et il s’attacha à moi par des liens très forts ; il partit avec moi à Milan, tant pour ne pas me quitter que pour pouvoir pratiquer un peu du droit qu’il avait étudié, plus pour plaire à ses parents qu’à lui-même. Là, il fut trois fois assesseur, avec une intégrité qui étonnait beaucoup les autres, qui, eux, s’étonnaient plutôt de ceux qui préféraient l’or à l’honnêteté. Son caractère fut également mis à l’épreuve, non seulement par la tentation de la cupidité, mais aussi par celle de la peur. À Rome, il était assesseur du comte du Trésor italien. Il y avait alors un sénateur très puissant, à qui beaucoup devaient des faveurs et que beaucoup craignaient beaucoup. Il voulait, par son pouvoir habituel, obtenir quelque chose qui était interdit par la loi. Alypius s’y opposa : on lui offrit de la corruption ; il la méprisa de tout son cœur ; on lui fit des menaces ; il les piétina : tous s’étonnaient d’un tel esprit inhabituel, qui ne désirait ni l’amitié, ni ne craignait l’inimitié d’un homme si grand et si renommé pour ses innombrables moyens de faire le bien ou le mal. Et le juge lui-même, dont Alypius était conseiller, bien qu’il ne le voulût pas non plus, ne refusa pas ouvertement, mais mit…
Je le trouvai alors à Rome, et il s’attacha à moi par des liens très forts ; il partit avec moi à Milan, tant pour ne pas me quitter que pour pouvoir pratiquer un peu du droit qu’il avait étudié, plus pour plaire à ses parents qu’à lui-même. Là, il fut trois fois assesseur, avec une intégrité qui étonnait beaucoup les autres, qui, eux, s’étonnaient plutôt de ceux qui préféraient l’or à l’honnêteté. Son caractère fut également mis à l’épreuve, non seulement par la tentation de la cupidité, mais aussi par celle de la peur. À Rome, il était assesseur du comte du Trésor italien. Il y avait alors un sénateur très puissant, à qui beaucoup devaient des faveurs et que beaucoup craignaient beaucoup. Il voulait, par son pouvoir habituel, obtenir quelque chose qui était interdit par la loi. Alypius s’y opposa : on lui offrit de la corruption ; il la méprisa de tout son cœur ; on lui fit des menaces ; il les piétina : tous s’étonnaient d’un tel esprit inhabituel, qui ne désirait ni l’amitié, ni ne craignait l’inimitié d’un homme si grand et si renommé pour ses innombrables moyens de faire le bien ou le mal. Et le juge lui-même, dont Alypius était conseiller, bien qu’il ne le voulût pas non plus, ne refusa pas ouvertement, mais mit…
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Il soumit l’affaire à Alypius, prétendant que celui-ci ne lui permettrait pas de le faire : en vérité, si le juge l’avait fait, Alypius aurait pris une autre décision. Avec cet obstacle à l’apprentissage, il fut presque tenté de faire copier des livres pour lui à des prix prétoriens, mais en consultant la justice, il changea d’avis pour le mieux ; estimant que l’équité, par laquelle il était entravé, valait plus que le pouvoir, par lequel on lui aurait donné satisfaction. Ce sont là de petites choses, mais celui qui est fidèle dans les petites choses l’est aussi dans les grandes. De plus, rien de ce qui provient de la bouche de Ta Vérité ne peut être annulé : si vous n’avez pas été fidèles au Mammon injuste, qui confiera à votre garde les vraies richesses ? Et si vous n’avez pas été fidèles à ce qui appartient à autrui, qui vous donnera ce qui vous appartient ? Étant ainsi fait, il s’attacha alors à moi et, avec moi, hésita quant au choix de la voie à suivre dans la vie.
Nebridius également, après avoir quitté son pays natal près de Carthage, oui, même Carthage elle-même, où il avait vécu longtemps, abandonnant sa magnifique propriété familiale, sa maison et une mère qui ne pouvait le suivre, était venu à Milan, pour aucune autre raison que celle de vivre avec moi dans une quête ardente de vérité et de sagesse. Comme moi, il soupirait, comme moi il hésitait, cherchant ardemment la vraie vie et examinant avec la plus grande acuité les questions les plus difficiles. Ainsi, il y avait là les paroles de trois personnes démunies, qui se plaignaient mutuellement de leurs besoins et attendaient de Toi que Tu leur donnes leur nourriture au moment opportun. Et dans toute l’amertume que Ta miséricorde a accompagnée nos affaires mondaines, alors que nous regardions vers la fin, nous demandant pourquoi nous devions souffrir tout cela, l’obscurité nous a accueillis ; et nous nous sommes détournés en gémissant, disant : « Jusqu’à quand ces choses dureront-elles ? » Nous disions aussi souvent cela ; et en le disant, nous ne les abandonnions pas, car rien de certain n’était encore apparu que nous puissions embrasser parmi ceux qui avaient été abandonnés.
Et moi, en observant et en réfléchissant aux choses, je fus très étonné de la longueur du temps écoulé depuis mes dix-neuf ans, année où j’avais commencé à allumer en moi le désir de sagesse, me promettant, une fois la trouvée, d’abandonner tous les espoirs vains et les fureurs mensongères des désirs futiles. Et voilà que j’étais maintenant dans ma trentième année, coincé dans le même bourbier, avide de jouir des choses présentes, qui passaient et détruisaient mon âme ; tandis que je me disais : « Demain, je la trouverai ; elle apparaîtra clairement et je la saisisserai ; voici, Faustus le Manichéen viendra et tout sera éclairci ! Ô grands hommes, vous, les Académiciens, c’est donc vrai qu’on ne peut atteindre aucune certitude pour organiser sa vie ! Non, cherchons plus assidûment, et ne désespérons pas. Voici… »
Nebridius également, après avoir quitté son pays natal près de Carthage, oui, même Carthage elle-même, où il avait vécu longtemps, abandonnant sa magnifique propriété familiale, sa maison et une mère qui ne pouvait le suivre, était venu à Milan, pour aucune autre raison que celle de vivre avec moi dans une quête ardente de vérité et de sagesse. Comme moi, il soupirait, comme moi il hésitait, cherchant ardemment la vraie vie et examinant avec la plus grande acuité les questions les plus difficiles. Ainsi, il y avait là les paroles de trois personnes démunies, qui se plaignaient mutuellement de leurs besoins et attendaient de Toi que Tu leur donnes leur nourriture au moment opportun. Et dans toute l’amertume que Ta miséricorde a accompagnée nos affaires mondaines, alors que nous regardions vers la fin, nous demandant pourquoi nous devions souffrir tout cela, l’obscurité nous a accueillis ; et nous nous sommes détournés en gémissant, disant : « Jusqu’à quand ces choses dureront-elles ? » Nous disions aussi souvent cela ; et en le disant, nous ne les abandonnions pas, car rien de certain n’était encore apparu que nous puissions embrasser parmi ceux qui avaient été abandonnés.
Et moi, en observant et en réfléchissant aux choses, je fus très étonné de la longueur du temps écoulé depuis mes dix-neuf ans, année où j’avais commencé à allumer en moi le désir de sagesse, me promettant, une fois la trouvée, d’abandonner tous les espoirs vains et les fureurs mensongères des désirs futiles. Et voilà que j’étais maintenant dans ma trentième année, coincé dans le même bourbier, avide de jouir des choses présentes, qui passaient et détruisaient mon âme ; tandis que je me disais : « Demain, je la trouverai ; elle apparaîtra clairement et je la saisisserai ; voici, Faustus le Manichéen viendra et tout sera éclairci ! Ô grands hommes, vous, les Académiciens, c’est donc vrai qu’on ne peut atteindre aucune certitude pour organiser sa vie ! Non, cherchons plus assidûment, et ne désespérons pas. Voici… »
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Les choses mentionnées dans les livres ecclésiastiques ne nous semblent plus absurdes aujourd’hui, alors qu’elles paraissaient parfois absurdes et pouvaient être interprétées différemment, et d’une manière positive. Je resterai sur la position que mes parents m’ont assignée quand j’étais enfant, jusqu’à ce que la vérité évidente soit découverte. Mais où la chercher, et quand ? Ambroise n’a pas de loisir ; nous n’avons pas de loisir pour lire ; où trouverons-nous même les livres ? D’où, ou quand les obtenir ? À qui les emprunter ? Qu’on fixe des moments précis, et des heures déterminées pour le bien de notre âme. Une grande espérance s’est levée ; la Foi catholique n’enseigne pas ce que nous pensions, et nous l’avons vainement accusée de cela ; ses membres instruits considèrent comme profane de croire que Dieu est limité par la forme d’un corps humain : et devrions-nous hésiter à « frapper » afin que le reste puisse être ouvert ? Nos savants occupent nos matinées ; que faisons-nous pendant le reste du temps ? Pourquoi pas ceci ? Mais quand alors rendrons-nous visite à nos grands amis, dont nous avons besoin ? Quand composerons-nous ce que nous pourrons vendre aux savants ? Quand nous rafraîchirons-nous, en détendant nos esprits de cette intensité de soucis ?
« Que tout périsse, rejetons ces vaines vanités, et consacrons-nous à la seule quête de la vérité ! La vie est vaine, la mort incertaine ; si elle nous surprend soudainement, dans quel état partirons-nous ? Et où apprendrons-nous ce que nous avons négligé ici ? Ne devrions-nous pas plutôt subir le châtiment de cette négligence ? Que se passerait-il si la mort elle-même mettait fin à tous les soucis et sentiments ? Alors, il faut que cela soit établi. Mais que Dieu l’empêche ! Ce n’est pas une chose vaine et vide que la dignité exceptionnelle de l’autorité de la Foi chrétienne qui a envahi le monde entier. Dieu n’aurait jamais accompli pour nous de telles et si grandes choses si, avec la mort du corps, la vie de l’âme prenait fin. Pourquoi donc retarder l’abandon des espérances mondaines, et nous consacrer entièrement à la recherche de Dieu et de la vie béate ? Mais attendez ! Même ces choses sont agréables ; elles ont une certaine douceur, non négligeable. Nous ne devons pas les abandonner légèrement, car ce serait honteux de retourner vers elles. Voyez, il n’est plus difficile aujourd’hui d’obtenir une certaine position ; alors, que pourrions-nous désirer de plus ? Nous avons beaucoup d’amis puissants ; s’ils ne peuvent rien offrir d’autre, et que nous soyons pressés, au moins on peut nous donner une fonction de président : et une épouse avec un peu d’argent, afin qu’elle n’augmente pas nos dépenses : et cela sera la limite du désir. De nombreux grands hommes, très dignes d’imitation, se sont consacrés à l’étude de la sagesse dans le mariage. »
Pendant que je réfléchissais à ces choses, et que les vents agitaient mon cœur de toutes parts, le temps passait, mais je retardais de me tourner vers le Seigneur ; jour après jour, je retardais de vivre en Lui, sans pour autant retarder chaque jour de mourir en Lui.
« Que tout périsse, rejetons ces vaines vanités, et consacrons-nous à la seule quête de la vérité ! La vie est vaine, la mort incertaine ; si elle nous surprend soudainement, dans quel état partirons-nous ? Et où apprendrons-nous ce que nous avons négligé ici ? Ne devrions-nous pas plutôt subir le châtiment de cette négligence ? Que se passerait-il si la mort elle-même mettait fin à tous les soucis et sentiments ? Alors, il faut que cela soit établi. Mais que Dieu l’empêche ! Ce n’est pas une chose vaine et vide que la dignité exceptionnelle de l’autorité de la Foi chrétienne qui a envahi le monde entier. Dieu n’aurait jamais accompli pour nous de telles et si grandes choses si, avec la mort du corps, la vie de l’âme prenait fin. Pourquoi donc retarder l’abandon des espérances mondaines, et nous consacrer entièrement à la recherche de Dieu et de la vie béate ? Mais attendez ! Même ces choses sont agréables ; elles ont une certaine douceur, non négligeable. Nous ne devons pas les abandonner légèrement, car ce serait honteux de retourner vers elles. Voyez, il n’est plus difficile aujourd’hui d’obtenir une certaine position ; alors, que pourrions-nous désirer de plus ? Nous avons beaucoup d’amis puissants ; s’ils ne peuvent rien offrir d’autre, et que nous soyons pressés, au moins on peut nous donner une fonction de président : et une épouse avec un peu d’argent, afin qu’elle n’augmente pas nos dépenses : et cela sera la limite du désir. De nombreux grands hommes, très dignes d’imitation, se sont consacrés à l’étude de la sagesse dans le mariage. »
Pendant que je réfléchissais à ces choses, et que les vents agitaient mon cœur de toutes parts, le temps passait, mais je retardais de me tourner vers le Seigneur ; jour après jour, je retardais de vivre en Lui, sans pour autant retarder chaque jour de mourir en Lui.
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Moi-même. Aimant une vie heureuse, je la craignais dans son propre foyer et je la cherchais en m’enfuyant. Je pensais que j’aurais trop de malheur, à moins d’être blotti dans les bras d’une femme ; et je ne pensais pas au remède de Ta miséricorde pour guérir cette faiblesse, n’ayant pas essayé. Quant à la continence, je la croyais être de notre propre pouvoir (bien que, en moi-même, je n’aie pas trouvé ce pouvoir), étant assez fou pour ne pas savoir ce qui est écrit : « Personne ne peut être constant à moins que Tu ne le lui donnes » ; et que Tu le donnerais, si, par des gémissements intérieurs, je frappais à Tes oreilles et, avec une foi ferme, je confiais mes soucis à Toi.
Alypius m’a en effet empêché de me marier, alléguant que de cette façon nous ne pourrions en aucun cas vivre ensemble dans l’amour de la sagesse, avec du loisir sans distraction, comme nous le désirions depuis longtemps. Lui-même était déjà alors très pur sur ce point, ce qui était admirable ; d’autant plus qu’il avait embrassé cette voie dès le début de sa jeunesse, mais n’y avait pas tenu fermement ; il avait plutôt ressenti du remords et du dégoût pour cela, vivant depuis lors de manière très continent.
Mais je lui ai opposé les exemples de ceux qui, étant mariés, avaient chéri la sagesse, servi Dieu de manière acceptable, conservé leurs amis et les aimé fidèlement. Quant à la grandeur d’esprit de ces personnes, j’étais loin d’y atteindre ; lié par la maladie de la chair et sa douceur mortelle, je tirais ma chaîne, craignant d’en être libéré, et comme si ma blessure était irritée, je repoussais ses bonnes paroles, comme si c’était la main de quelqu’un qui voulait me délier. De plus, c’est par moi que le serpent parlait à Alypius lui-même, tissant de ma langue des pièges agréables sur son chemin, afin que ses pieds vertueux et libres puissent s’y enliser.
Car quand il s’étonnait que moi, que j’estimais beaucoup, restasse si attaché à ce plaisir, au point de prétendre (chaque fois que nous en discutions) que je ne pourrais jamais mener une vie simple ; et que, voyant son étonnement, je défendais mon point de vue en disant qu’il y avait une grande différence entre sa connaissance momentanée et à peine mémorisée de cette vie, qu’il pouvait ainsi facilement mépriser, et ma connaissance continue de celle-ci, à laquelle, si l’on ajoutait le nom honorable du mariage, il ne devrait pas s’étonner que je ne puisse mépriser cette voie ; il commença aussi à désirer se marier ; non pas dominé par le désir de ce plaisir, mais par curiosité. Car il voulait savoir, disait-il, ce que c’était, sans quoi ma vie, qui lui semblait si agréable, me paraîtrait non pas une vie, mais une punition. Son esprit, libre de cette chaîne, était stupéfait par mon esclavage ; et à cause de cette stupéfaction, il en venait à désirer l’essayer, puis à tenter l’expérience elle-même, et peut-être ensuite à sombrer dans cette servitude dont il s’étonnait, voyant qu’il était…
Alypius m’a en effet empêché de me marier, alléguant que de cette façon nous ne pourrions en aucun cas vivre ensemble dans l’amour de la sagesse, avec du loisir sans distraction, comme nous le désirions depuis longtemps. Lui-même était déjà alors très pur sur ce point, ce qui était admirable ; d’autant plus qu’il avait embrassé cette voie dès le début de sa jeunesse, mais n’y avait pas tenu fermement ; il avait plutôt ressenti du remords et du dégoût pour cela, vivant depuis lors de manière très continent.
Mais je lui ai opposé les exemples de ceux qui, étant mariés, avaient chéri la sagesse, servi Dieu de manière acceptable, conservé leurs amis et les aimé fidèlement. Quant à la grandeur d’esprit de ces personnes, j’étais loin d’y atteindre ; lié par la maladie de la chair et sa douceur mortelle, je tirais ma chaîne, craignant d’en être libéré, et comme si ma blessure était irritée, je repoussais ses bonnes paroles, comme si c’était la main de quelqu’un qui voulait me délier. De plus, c’est par moi que le serpent parlait à Alypius lui-même, tissant de ma langue des pièges agréables sur son chemin, afin que ses pieds vertueux et libres puissent s’y enliser.
Car quand il s’étonnait que moi, que j’estimais beaucoup, restasse si attaché à ce plaisir, au point de prétendre (chaque fois que nous en discutions) que je ne pourrais jamais mener une vie simple ; et que, voyant son étonnement, je défendais mon point de vue en disant qu’il y avait une grande différence entre sa connaissance momentanée et à peine mémorisée de cette vie, qu’il pouvait ainsi facilement mépriser, et ma connaissance continue de celle-ci, à laquelle, si l’on ajoutait le nom honorable du mariage, il ne devrait pas s’étonner que je ne puisse mépriser cette voie ; il commença aussi à désirer se marier ; non pas dominé par le désir de ce plaisir, mais par curiosité. Car il voulait savoir, disait-il, ce que c’était, sans quoi ma vie, qui lui semblait si agréable, me paraîtrait non pas une vie, mais une punition. Son esprit, libre de cette chaîne, était stupéfait par mon esclavage ; et à cause de cette stupéfaction, il en venait à désirer l’essayer, puis à tenter l’expérience elle-même, et peut-être ensuite à sombrer dans cette servitude dont il s’étonnait, voyant qu’il était…
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Prêt à conclure un pacte avec la mort ; et celui qui aime le péril y tombera. Car toute honneur qu’il y ait dans le soin de bien organiser la vie conjugale et la famille, il ne nous a que peu motivés. Moi, pour ma part, j’étais tourmenté par l’habitude de satisfaire un appétit insatiable, qui me tenait captif ; lui, c’était une admiration émerveillée qui le tenait captif. Ainsi en était-il de nous, jusqu’à ce que Toi, ô Très-Haut, ne renonçant pas à notre poussière, ayant pitié de nous misérables, viennes à notre secours par des voies merveilleuses et secrètes.
On fit sans cesse des efforts pour me marier. Je demandai en mariage, on me promit, principalement grâce aux supplications de ma mère, que, une fois marié, le baptême, source de santé, pourrait me purifier ; elle se réjouissait que je sois chaque jour préparé à cela, et remarquait que ses prières et Tes promesses se réalisaient dans ma foi. À cette époque, en effet, à ma demande comme par son propre désir, elle Te suppliait chaque jour avec de forts cris du cœur de lui révéler par une vision quelque chose au sujet de mon futur mariage ; Tu ne le fis jamais. Elle vit certes certaines choses vaines et fantastiques, telles que l’énergie de l’esprit humain, occupé à cela, rassemblée ; et elle m’en parla, non avec la confiance qu’elle avait d’ordinaire lorsque Tu lui montrais quelque chose, mais en les méprisant. Car elle pouvait, disait-elle, par un certain sentiment qu’elle ne pouvait exprimer en mots, distinguer entre Tes révélations et les rêves de son propre âme. Pourtant, on insista, et une jeune fille fut demandée en mariage, deux ans en dessous de l’âge requis ; et, tout en étant agréable, on attendit.
Et beaucoup d’entre nous, amis, après en avoir discuté et détestant les troubles agités de la vie humaine, avions débattu et étions presque résolus à vivre à l’écart des affaires et du tumulte des hommes ; et c’est ainsi que cela devait se faire : nous devions apporter tout ce que chacun pourrait acquérir séparément, pour former une seule famille ; afin que, grâce à la vérité de notre amitié, rien ne appartienne particulièrement à quiconque ; mais tout ce qui provenait de tous devrait appartenir en totalité à chacun, et tous à tous. Nous pensions qu’il pourrait y avoir parfois quelques personnes dans cette société ; parmi elles, certains très riches, notamment Romanianus, notre concitoyen, depuis l’enfance un ami très proche, que les graves complications de ses affaires avaient conduit à la cour ; c’était lui qui était le plus ardent pour ce projet ; et sa voix y avait un grand poids, car sa fortune abondante dépassait de loin celle des autres. Nous avions également décidé que deux fonctionnaires annuels, pour ainsi dire, prendraient en charge tout ce qui était nécessaire, sans perturber les autres. Mais lorsque nous commençâmes à réfléchir aux épouses que certains d’entre nous avaient déjà, et que d’autres espéraient avoir…
On fit sans cesse des efforts pour me marier. Je demandai en mariage, on me promit, principalement grâce aux supplications de ma mère, que, une fois marié, le baptême, source de santé, pourrait me purifier ; elle se réjouissait que je sois chaque jour préparé à cela, et remarquait que ses prières et Tes promesses se réalisaient dans ma foi. À cette époque, en effet, à ma demande comme par son propre désir, elle Te suppliait chaque jour avec de forts cris du cœur de lui révéler par une vision quelque chose au sujet de mon futur mariage ; Tu ne le fis jamais. Elle vit certes certaines choses vaines et fantastiques, telles que l’énergie de l’esprit humain, occupé à cela, rassemblée ; et elle m’en parla, non avec la confiance qu’elle avait d’ordinaire lorsque Tu lui montrais quelque chose, mais en les méprisant. Car elle pouvait, disait-elle, par un certain sentiment qu’elle ne pouvait exprimer en mots, distinguer entre Tes révélations et les rêves de son propre âme. Pourtant, on insista, et une jeune fille fut demandée en mariage, deux ans en dessous de l’âge requis ; et, tout en étant agréable, on attendit.
Et beaucoup d’entre nous, amis, après en avoir discuté et détestant les troubles agités de la vie humaine, avions débattu et étions presque résolus à vivre à l’écart des affaires et du tumulte des hommes ; et c’est ainsi que cela devait se faire : nous devions apporter tout ce que chacun pourrait acquérir séparément, pour former une seule famille ; afin que, grâce à la vérité de notre amitié, rien ne appartienne particulièrement à quiconque ; mais tout ce qui provenait de tous devrait appartenir en totalité à chacun, et tous à tous. Nous pensions qu’il pourrait y avoir parfois quelques personnes dans cette société ; parmi elles, certains très riches, notamment Romanianus, notre concitoyen, depuis l’enfance un ami très proche, que les graves complications de ses affaires avaient conduit à la cour ; c’était lui qui était le plus ardent pour ce projet ; et sa voix y avait un grand poids, car sa fortune abondante dépassait de loin celle des autres. Nous avions également décidé que deux fonctionnaires annuels, pour ainsi dire, prendraient en charge tout ce qui était nécessaire, sans perturber les autres. Mais lorsque nous commençâmes à réfléchir aux épouses que certains d’entre nous avaient déjà, et que d’autres espéraient avoir…
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Cela aurait permis cela ; tout ce plan, qui était si bien élaboré, s’est effondré entre nos mains, complètement anéanti et rejeté. Alors nous nous sommes tournés vers les soupirs et les gémissements, et nos pas ont suivi les chemins larges et fréquentés du monde ; car de nombreux pensées étaient dans notre cœur, mais Ton conseil demeure à jamais. À partir de ce conseil, Tu as méprisé le nôtre et préparé le Tien, décidé à nous donner de la nourriture au moment opportun et à remplir nos âmes de bénédictions.
Pendant ce temps, mes péchés se multipliaient, et ma concubine m’était arrachée, considérée comme un obstacle à mon mariage ; mon cœur, attaché à elle, fut déchiré, blessé et saigna. Elle retourna en Afrique, jurant à Toi de ne jamais connaître d’autre homme, me laissant mon fils né d’elle. Mais moi, malheureux, incapable d’imiter une véritable femme, impatient face au retard, puisque ce n’est qu’après deux ans que je pourrais l’avoir, ne cherchant pas tant à être amoureux que esclave de la luxure, je trouvai une autre femme, bien que ce ne fût pas une épouse, afin que, par la servitude d’une coutume persistante, la maladie de mon âme pût se maintenir, persister avec force, voire s’intensifier, jusqu’au domaine du mariage. Ma blessure, causée par l’éloignement de la première, n’était pas guérie ; après inflammation et douleur extrême, elle se cicatrisa, et mes douleurs devinrent moins aiguës, mais plus désespérées.
À Toi la louange, gloire à Toi, Source de miséricorde. Je devenais de plus en plus misérable, et Toi, Tu étais de plus en plus proche. Ta main droite était constamment prête à me tirer du bourbier et à me laver complètement, sans que je m’en rende compte ; rien ne me ramenait d’un abîme encore plus profond de plaisirs charnels, si ce n’est la peur de la mort et de Ton jugement à venir ; laquelle, au milieu de tous mes changements, ne quitta jamais ma poitrine. Dans mes discussions avec mes amis Alypius et Nebridius sur la nature du bien et du mal, je pensais qu’Épicure avait gagné la partie dans mon esprit, si je n’avais cru qu’après la mort il restait une vie pour l’âme, et des lieux de rétribution selon les mérites des hommes, ce que Épicure n’aurait pas admis. Et je demandais : « Si nous sommes immortels et que nous vivons dans un plaisir corporel perpétuel, sans crainte de le perdre, pourquoi ne serions-nous pas heureux, ou que chercherions-nous d’autre ? » sans savoir que cette même chose recelait une grande misère : en étant ainsi plongé et aveuglé, je ne pouvais discerner cette lumière d’excellence et de beauté, à embrasser pour elle-même, que l’œil de chair ne peut voir et que voit l’homme intérieur. Moi, malheureux, je ne considérais pas non plus d’où cela provenait, que même sur ces sujets, aussi vils soient-ils, j’aimais discuter avec mes amis ; et je ne pouvais, même selon les idées que j’avais alors de la felicité, être heureux sans…
Pendant ce temps, mes péchés se multipliaient, et ma concubine m’était arrachée, considérée comme un obstacle à mon mariage ; mon cœur, attaché à elle, fut déchiré, blessé et saigna. Elle retourna en Afrique, jurant à Toi de ne jamais connaître d’autre homme, me laissant mon fils né d’elle. Mais moi, malheureux, incapable d’imiter une véritable femme, impatient face au retard, puisque ce n’est qu’après deux ans que je pourrais l’avoir, ne cherchant pas tant à être amoureux que esclave de la luxure, je trouvai une autre femme, bien que ce ne fût pas une épouse, afin que, par la servitude d’une coutume persistante, la maladie de mon âme pût se maintenir, persister avec force, voire s’intensifier, jusqu’au domaine du mariage. Ma blessure, causée par l’éloignement de la première, n’était pas guérie ; après inflammation et douleur extrême, elle se cicatrisa, et mes douleurs devinrent moins aiguës, mais plus désespérées.
À Toi la louange, gloire à Toi, Source de miséricorde. Je devenais de plus en plus misérable, et Toi, Tu étais de plus en plus proche. Ta main droite était constamment prête à me tirer du bourbier et à me laver complètement, sans que je m’en rende compte ; rien ne me ramenait d’un abîme encore plus profond de plaisirs charnels, si ce n’est la peur de la mort et de Ton jugement à venir ; laquelle, au milieu de tous mes changements, ne quitta jamais ma poitrine. Dans mes discussions avec mes amis Alypius et Nebridius sur la nature du bien et du mal, je pensais qu’Épicure avait gagné la partie dans mon esprit, si je n’avais cru qu’après la mort il restait une vie pour l’âme, et des lieux de rétribution selon les mérites des hommes, ce que Épicure n’aurait pas admis. Et je demandais : « Si nous sommes immortels et que nous vivons dans un plaisir corporel perpétuel, sans crainte de le perdre, pourquoi ne serions-nous pas heureux, ou que chercherions-nous d’autre ? » sans savoir que cette même chose recelait une grande misère : en étant ainsi plongé et aveuglé, je ne pouvais discerner cette lumière d’excellence et de beauté, à embrasser pour elle-même, que l’œil de chair ne peut voir et que voit l’homme intérieur. Moi, malheureux, je ne considérais pas non plus d’où cela provenait, que même sur ces sujets, aussi vils soient-ils, j’aimais discuter avec mes amis ; et je ne pouvais, même selon les idées que j’avais alors de la felicité, être heureux sans…
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Amis, au milieu de toute abondance de plaisirs charnels. Et pourtant, ces amis, je les aimais pour eux-mêmes seulement, et je sentais que j’étais aimé d’eux aussi pour moi seul.
Ô chemins tortueux ! Malheur à l’âme audacieuse qui espérait, en Te quittant, obtenir quelque chose de meilleur ! Elle s’est tournée, encore et encore, sur le dos, sur les côtés, sur le ventre, mais tout était douloureux ; et Toi seul tu reposes. Et voici, Tu es proche, Tu nous délivres de nos misérables errances, Tu nous places sur Ton chemin, Tu nous consoles, et Tu dis : « Courez ; je vous porterai ; oui, je vous ferai passer ; là aussi, je vous porterai. »
Ô chemins tortueux ! Malheur à l’âme audacieuse qui espérait, en Te quittant, obtenir quelque chose de meilleur ! Elle s’est tournée, encore et encore, sur le dos, sur les côtés, sur le ventre, mais tout était douloureux ; et Toi seul tu reposes. Et voici, Tu es proche, Tu nous délivres de nos misérables errances, Tu nous places sur Ton chemin, Tu nous consoles, et Tu dis : « Courez ; je vous porterai ; oui, je vous ferai passer ; là aussi, je vous porterai. »
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LIVRE VII
Ma mauvaise et abominable jeunesse était désormais révolue, et j’entrais dans l’âge mûr ; je devenais de plus en plus souillé par des choses vaines à mesure que les années passaient, car je ne pouvais imaginer aucune substance autre que celles que voient ces yeux. Je ne pensais pas à Toi, ô Dieu, sous la forme d’un corps humain ; depuis que j’avais commencé à entendre parler de sagesse, j’ai toujours évité cela ; et je me réjouissais d’en trouver dans la foi de notre mère spirituelle, Ta Église catholique. Mais je ne savais rien d’autre pour Te concevoir. Et moi, homme, et un tel homme, je cherchais à Te concevoir comme le seul vrai Dieu souverain ; et dans mon âme profonde, je croyais que Tu étais incorruptible, invulnérable et immuable ; car, bien que je ne sache ni d’où ni comment, je voyais clairement et j’étais certain que ce qui peut être corrompu doit être inférieur à ce qui ne peut pas l’être ; j’estimais sans hésiter ce qui ne peut être blessé supérieur à ce qui peut l’être ; l’immuable aux choses sujettes au changement. Mon cœur criait avec passion contre tous mes fantômes, et par ce seul coup, je cherchais à chasser de l’œil de mon esprit toute cette foule impure qui y bourdonnait autour. Et voilà, à peine chassés, en un clin d’œil, ils se rassemblaient de nouveau en grand nombre autour de moi, volaient vers mon visage et l’obscurcissaient ; de sorte que, bien que ce ne fût pas sous la forme d’un corps humain, j’étais contraint de Te concevoir (ce Dieu incorruptible, invulnérable et immuable, que je préférais au corruptible, vulnérable et changeant) comme étant dans l’espace, soit infusé dans le monde, soit diffusé infiniment en dehors de lui. Car tout ce que je concevais, privé de cet espace, ne me semblait rien, non, absolument rien, même pas un vide, comme si un corps était retiré de sa place, et que cette place restait vide de tout corps, de terre et d’eau, d’air et de ciel, et pourtant elle resterait un lieu vide, en quelque sorte un néant spacieux. Alors, ayant un cœur si grossier, et n’étant pas clair même pour moi-même, je pensais que tout ce qui n’était pas étendu sur certains espaces, ni diffusé, ni condensé, ni dilaté, ou qui ne recevait pas ou ne pouvait pas recevoir quelques-unes de ces dimensions, n’était rien du tout. Car pour des formes telles que mes yeux ont l’habitude de percevoir,
Ma mauvaise et abominable jeunesse était désormais révolue, et j’entrais dans l’âge mûr ; je devenais de plus en plus souillé par des choses vaines à mesure que les années passaient, car je ne pouvais imaginer aucune substance autre que celles que voient ces yeux. Je ne pensais pas à Toi, ô Dieu, sous la forme d’un corps humain ; depuis que j’avais commencé à entendre parler de sagesse, j’ai toujours évité cela ; et je me réjouissais d’en trouver dans la foi de notre mère spirituelle, Ta Église catholique. Mais je ne savais rien d’autre pour Te concevoir. Et moi, homme, et un tel homme, je cherchais à Te concevoir comme le seul vrai Dieu souverain ; et dans mon âme profonde, je croyais que Tu étais incorruptible, invulnérable et immuable ; car, bien que je ne sache ni d’où ni comment, je voyais clairement et j’étais certain que ce qui peut être corrompu doit être inférieur à ce qui ne peut pas l’être ; j’estimais sans hésiter ce qui ne peut être blessé supérieur à ce qui peut l’être ; l’immuable aux choses sujettes au changement. Mon cœur criait avec passion contre tous mes fantômes, et par ce seul coup, je cherchais à chasser de l’œil de mon esprit toute cette foule impure qui y bourdonnait autour. Et voilà, à peine chassés, en un clin d’œil, ils se rassemblaient de nouveau en grand nombre autour de moi, volaient vers mon visage et l’obscurcissaient ; de sorte que, bien que ce ne fût pas sous la forme d’un corps humain, j’étais contraint de Te concevoir (ce Dieu incorruptible, invulnérable et immuable, que je préférais au corruptible, vulnérable et changeant) comme étant dans l’espace, soit infusé dans le monde, soit diffusé infiniment en dehors de lui. Car tout ce que je concevais, privé de cet espace, ne me semblait rien, non, absolument rien, même pas un vide, comme si un corps était retiré de sa place, et que cette place restait vide de tout corps, de terre et d’eau, d’air et de ciel, et pourtant elle resterait un lieu vide, en quelque sorte un néant spacieux. Alors, ayant un cœur si grossier, et n’étant pas clair même pour moi-même, je pensais que tout ce qui n’était pas étendu sur certains espaces, ni diffusé, ni condensé, ni dilaté, ou qui ne recevait pas ou ne pouvait pas recevoir quelques-unes de ces dimensions, n’était rien du tout. Car pour des formes telles que mes yeux ont l’habitude de percevoir,
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Mon cœur alors s’égara : je ne vis pas encore que cette même notion de l’esprit, par laquelle je formais ces images mêmes, n’était pas de ce genre, et pourtant elle ne pouvait les former si elle-même n’avait pas été quelque chose de grand. Ainsi, j’essayai aussi de Te concevoir, Vie de ma vie, comme étant vaste, pénétrant à travers des espaces infinis de tous côtés toute la masse de l’univers, et au-delà, en toutes directions, à travers des espaces immensément illimités ; afin que la terre Te possède, le ciel Te possède, toutes choses Te possèdent, et qu’elles soient limitées en Toi, tandis que Toi n’es limité nulle part. Car, de même que le corps de cet air qui est au-dessus de la terre n’empêche pas la lumière du soleil de le traverser, de le pénétrer, non pas en le brisant ou en le coupant, mais en le remplissant entièrement : de même je pensais que le corps, non seulement du ciel, de l’air et de la mer, mais aussi de la terre, était perméable à Toi, afin que dans toutes ses parties, les plus grandes comme les plus petites, il admît Ta présence, par une inspiration secrète, à l’intérieur comme à l’extérieur, dirigeant toutes choses que Tu as créées. C’est ainsi que je supposais, ne pouvant concevoir autre chose, car c’eût été faux. Car ainsi une plus grande partie de la terre contiendrait une plus grande portion de Toi, et une moindre, une moindre encore : et toutes choses seraient ainsi remplies de Toi, de sorte que le corps d’un éléphant contiendrait plus de Toi que celui d’un moineau, en raison de sa plus grande taille et de l’espace qu’il occupe ; et ainsi Tu ferais en sorte que les différentes parties de Toi soient présentes aux différentes parties du monde, sous forme de fragments, grands pour les grands, petits pour les petits. Mais Tu n’es pas ainsi. Et pourtant Tu n’avais pas encore éclairé mes ténèbres.
C’était suffisant pour moi, Seigneur, de m’opposer à ces trompeurs trompeurs et à ces bavards muets, puisque Ta parole ne venait pas d’eux ; — c’était suffisant ce que, il y a longtemps, alors que nous étions encore à Carthage, Nebridius avait coutume de proposer, ce qui stupéfiait tous ceux qui l’entendaient : « Cette nation des ténèbres, que les manichéens ont l’habitude de présenter comme une masse opposée à Toi, que pourrait-elle T’ faire, si Tu avais refusé de te battre contre elle ? Car, s’ils répondaient : “Elle t’aurait causé du tort”, alors Tu serais soumis à dommage et à corruption ; mais si elle ne pouvait T’aucun mal, alors il n’y avait aucune raison pour que Tu te battes contre elle ; et combattre de telle manière que une certaine partie ou membre de Toi, ou descendant de Ta substance même, soit mêlé à des puissances opposées, à des natures non créées par Toi, et soit par elles corrompu et changé au pire point, au point de passer de la félicité à la misère, et avoir besoin d’aide pour être dégagé et purifié ; et que ce descendant de Ta substance fût l’âme, qui, en étant ensorcelée, souillée…
C’était suffisant pour moi, Seigneur, de m’opposer à ces trompeurs trompeurs et à ces bavards muets, puisque Ta parole ne venait pas d’eux ; — c’était suffisant ce que, il y a longtemps, alors que nous étions encore à Carthage, Nebridius avait coutume de proposer, ce qui stupéfiait tous ceux qui l’entendaient : « Cette nation des ténèbres, que les manichéens ont l’habitude de présenter comme une masse opposée à Toi, que pourrait-elle T’ faire, si Tu avais refusé de te battre contre elle ? Car, s’ils répondaient : “Elle t’aurait causé du tort”, alors Tu serais soumis à dommage et à corruption ; mais si elle ne pouvait T’aucun mal, alors il n’y avait aucune raison pour que Tu te battes contre elle ; et combattre de telle manière que une certaine partie ou membre de Toi, ou descendant de Ta substance même, soit mêlé à des puissances opposées, à des natures non créées par Toi, et soit par elles corrompu et changé au pire point, au point de passer de la félicité à la misère, et avoir besoin d’aide pour être dégagé et purifié ; et que ce descendant de Ta substance fût l’âme, qui, en étant ensorcelée, souillée…
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Corrompu, Ton Verbe, libre, pur et entier, pouvait soulager ; ce Verbe lui-même étant encore corruptible, car il était de la même Substance. Ainsi, s’ils affirmaient que Toi, quoi que Tu sois, c’est-à-dire Ta Substance par laquelle Tu existes, es incorruptible, alors toutes ces paroles seraient fausses et abominables ; mais s’il est corruptible, la déclaration même montrait qu’elle était fausse et répugnante. Cet argument de Nebridius suffisait donc contre ceux qui méritaient entièrement d’être vomis du ventre surchargé ; car ils n’avaient aucune issue, sans une horrible blasphémie du cœur et de la langue, en pensant et en parlant ainsi de Toi.
Mais moi aussi, bien que je croie fermement et avec assurance que Toi, notre Seigneur, le vrai Dieu, qui as créé non seulement nos âmes, mais aussi nos corps, et non seulement nos âmes et nos corps, mais tous les êtres et toutes choses, es impénétrable et immuable, et en aucun degré changeable, je ne comprenais pas clairement et sans difficulté la cause du mal. Et pourtant, quoi qu’elle fût, je percevais qu’elle devait être cherchée de telle manière qu’elle ne m’obligeât pas à croire que le Dieu immuable soit changeable, afin de ne pas devenir ce mal que je cherchais. Je le cherchais donc, pour l’instant sans anxiété, certain de la fausseté de ce que ces gens tenaient, et de qui je m’éloignais de tout mon cœur : car je voyais que, en cherchant l’origine du mal, ils étaient remplis de mal, puisqu’ils préféraient penser que Ta substance subissait le mal plutôt que la leur de le commettre.
Et j’essayais de comprendre ce que j’entendais maintenant, à savoir que la liberté de volonté était la cause de nos mauvaises actions, et que Ton jugement juste était la conséquence de nos souffrances. Mais je n’étais pas capable de le discerner clairement. Alors, en essayant de tirer la vision de mon âme hors de ce puits profond, je y retombais à nouveau, et en essayant souvent, je y retombais autant de fois. Mais cela me soulevait un peu vers Ta lumière, de sorte que je savais aussi bien que j’avais une volonté que que je vivais : lorsque je voulais ou ne voulais quelque chose, j’étais très certain qu’aucun autre que moi ne voulait ni ne ne voulait rien : et j’étais presque sûr qu’il y avait là la cause de mon péché. Mais ce que je faisais contre ma volonté, je voyais que je le subissais plutôt que de le faire, et je jugeais que ce n’était pas ma faute, mais ma punition ; par conséquent, en tenant Toi pour juste, je confessais rapidement que je n’étais pas puni injustement. Mais encore je disais : Qui m’a fait ? N’est-ce pas mon Dieu, qui n’est pas seulement bon, mais la bonté même ? D’où viens-je donc à vouloir le mal et à ne vouloir que le bien, de sorte que je sois ainsi puni justement ? Qui a mis cela en moi, et a implanté en moi cette plante d’amertume, alors que je suis entièrement formé par mon Dieu très doux ? Si c’est le diable qui en est l’auteur, d’où vient ce même diable ? Et s’il l’a fait aussi par sa propre volonté perverse, d’une
Mais moi aussi, bien que je croie fermement et avec assurance que Toi, notre Seigneur, le vrai Dieu, qui as créé non seulement nos âmes, mais aussi nos corps, et non seulement nos âmes et nos corps, mais tous les êtres et toutes choses, es impénétrable et immuable, et en aucun degré changeable, je ne comprenais pas clairement et sans difficulté la cause du mal. Et pourtant, quoi qu’elle fût, je percevais qu’elle devait être cherchée de telle manière qu’elle ne m’obligeât pas à croire que le Dieu immuable soit changeable, afin de ne pas devenir ce mal que je cherchais. Je le cherchais donc, pour l’instant sans anxiété, certain de la fausseté de ce que ces gens tenaient, et de qui je m’éloignais de tout mon cœur : car je voyais que, en cherchant l’origine du mal, ils étaient remplis de mal, puisqu’ils préféraient penser que Ta substance subissait le mal plutôt que la leur de le commettre.
Et j’essayais de comprendre ce que j’entendais maintenant, à savoir que la liberté de volonté était la cause de nos mauvaises actions, et que Ton jugement juste était la conséquence de nos souffrances. Mais je n’étais pas capable de le discerner clairement. Alors, en essayant de tirer la vision de mon âme hors de ce puits profond, je y retombais à nouveau, et en essayant souvent, je y retombais autant de fois. Mais cela me soulevait un peu vers Ta lumière, de sorte que je savais aussi bien que j’avais une volonté que que je vivais : lorsque je voulais ou ne voulais quelque chose, j’étais très certain qu’aucun autre que moi ne voulait ni ne ne voulait rien : et j’étais presque sûr qu’il y avait là la cause de mon péché. Mais ce que je faisais contre ma volonté, je voyais que je le subissais plutôt que de le faire, et je jugeais que ce n’était pas ma faute, mais ma punition ; par conséquent, en tenant Toi pour juste, je confessais rapidement que je n’étais pas puni injustement. Mais encore je disais : Qui m’a fait ? N’est-ce pas mon Dieu, qui n’est pas seulement bon, mais la bonté même ? D’où viens-je donc à vouloir le mal et à ne vouloir que le bien, de sorte que je sois ainsi puni justement ? Qui a mis cela en moi, et a implanté en moi cette plante d’amertume, alors que je suis entièrement formé par mon Dieu très doux ? Si c’est le diable qui en est l’auteur, d’où vient ce même diable ? Et s’il l’a fait aussi par sa propre volonté perverse, d’une
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Le bon ange est devenu un démon ; d’où est venue en lui cette volonté mauvaise qui l’a fait devenir démon, alors que toute la nature des anges a été créée par ce Créateur très bon ? À cause de ces pensées, je fus de nouveau submergé et étouffé ; pourtant je ne tombai pas dans cet enfer d’erreur (où nul ne Te confesse), préférant plutôt croire que c’est Toi qui souffres, et non l’homme. Car je m’efforçais avec tant d’acharnement de découvrir le reste, comme quelqu’un qui avait déjà compris que l’incorruptible doit nécessairement être meilleur que le corruptible : et donc, quoi que Tu sois, je Te reconnus comme incorruptible. Car jamais aucune âme n’a pu, ni ne pourra concevoir quelque chose de meilleur que Toi, qui es le souverain et le plus grand bien. Mais puisque, de la manière la plus vraie et la plus certaine, l’incorruptible est préférable au corruptible (comme je le préférais alors), si Tu n’étais pas incorruptible, j’aurais pu, par la pensée, arriver à quelque chose de meilleur que mon Dieu. Donc, puisque j’ai vu que l’incorruptible est préférable au corruptible, c’est là que je devais Te chercher, et observer « d’où vient le mal » ; c’est-à-dire d’où provient la corruption, par laquelle Ta substance ne peut en aucun cas être altérée. Car la corruption ne peut en aucune façon altérer notre Dieu ; ni par volonté, ni par nécessité, ni par hasard inattendu : car Il est Dieu, et ce qu’Il veut est bon, et Lui-même est ce bien ; mais être corrompu n’est pas bon. De plus, Tu n’es contraint à rien contre Ta volonté, puisque Ta volonté n’est pas plus grande que Ton pouvoir. Mais elle le serait, si Tu étais plus grand que Toi-même. Car la volonté et le pouvoir de Dieu, c’est Dieu Lui-même. Et que peut-il y avoir d’inattendu pour Toi, qui connais tout ? Il n’y a aucune nature dans les choses que Tu ne connaisses. Que pourrions-nous dire de plus, « pourquoi cette substance qui est Dieu ne serait-elle pas incorruptible », puisque si elle l’était, elle ne serait pas Dieu ? J’ai cherché « d’où vient le mal », et j’ai cherché de manière erronée ; je n’ai pas vu le mal dans ma propre quête. Je mis maintenant devant la vue de mon esprit toute la création, tout ce que nous pouvons y voir (comme la mer, la terre, l’air, les étoiles, les arbres, les créatures mortelles) ; oui, même tout ce que nous ne voyons pas, comme le firmament du ciel, tous les anges en outre, et tous les habitants spirituels qui s’y trouvent. Mais ces êtres mêmes, comme s’ils étaient des corps, ma fantaisie les disposa en des lieux déterminés, et je formai une grande masse de Ta création, distinguée selon les types de corps : certains corps réels, d’autres que j’avais imaginés comme des esprits. Et je rendis cette masse immense, non telle qu’elle était en réalité (ce que je ne pouvais savoir), mais telle que je la jugeais convenable, tout en restant finie. Mais Toi, ô Seigneur, je T’imaginais partout autour et pénétrant cette masse, bien que Tu sois infini en tout point : comme s’il y avait une mer, partout, de tous côtés, à travers…
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Un espace sans mesure, une mer uniquement infinie, et à l’intérieur se trouvait une éponge, immense, mais bornée ; cette éponge devait nécessairement, en toutes ses parties, être remplie par cette mer sans mesure : c’est ainsi que je concevais Ta création, elle-même finie, pleine de Toi, l’Infini ; et je disais : Voici Dieu, et voici ce que Dieu a créé ; et Dieu est bon, oui, infiniment et incomparablement meilleur que tout cela : pourtant Lui, le Bon, les a créés bons ; et vois comment Il les entoure et les remplit. Où est donc le mal, d’où vient-il, et comment a-t-il pu s’y infiltrer ? Quelle en est la racine, quelle en est la semence ? Ou bien n’a-t-il pas d’existence ? Pourquoi alors craignons-nous et évitons-nous ce qui n’existe pas ? Ou si nous le craignons inutilement, alors ce même craint est le mal, par lequel l’âme est ainsi inutilement tourmentée et affligée. Oui, et un mal encore bien plus grand, puisque nous n’avons rien à craindre, et pourtant nous craignons. Donc, soit ce mal que nous craignons existe réellement, soit le mal, c’est que nous craignions. D’où vient-il donc, puisque Dieu, le Bon, a créé toutes ces choses bonnes ? Lui, en effet, le Bien suprême et principal, a créé ces biens inférieurs ; néanmoins, Créateur comme créatures, tout est bon. D’où vient le mal ? Ou bien y avait-il une matière mauvaise dont Il a fait, façonné et ordonné les choses, mais en a-t-Il laissé quelque chose qu’Il n’a pas transformé en bien ? Pourquoi donc ? N’avait-Il pas le pouvoir de transformer tout entièrement cela, afin qu’aucun mal ne reste en lui, puisqu’Il est Tout-Puissant ? Enfin, pourquoi aurait-Il voulu en faire quoi que ce soit, au lieu de, par cette même Tout-Puissance, faire en sorte qu’il n’y ait rien du tout ? Ou bien cela pourrait-il aller à l’encontre de Sa volonté ? Ou si cela existait depuis l’éternité, pourquoi a-t-Il permis que cela existe pendant des espaces de temps infinis, et a-t-Il pris plaisir, si longtemps après, à en faire quelque chose ? Ou s’Il prenait soudain plaisir maintenant à produire quelque chose, c’est plutôt cela que le Tout-Puissant aurait dû accomplir, à savoir que cette matière mauvaise n’existe pas, et qu’Il seul soit le Bien total, véritable, souverain et infini. Ou si il n’était pas bon que Celui qui était bon ne crée pas aussi quelque chose de bon, alors, cette matière mauvaise ayant été enlevée et réduite à rien, Il pourrait former une matière bonne, avec laquelle créer toutes choses. Car Il ne serait pas Tout-Puissant s’Il ne pouvait pas créer quelque chose de bon sans l’aide de cette matière qu’Il n’avait pas lui-même créée. Ces pensées je les tournais dans mon cœur misérable, accablé de soucis très pénibles, de peur de mourir avant d’avoir trouvé la vérité ; pourtant la foi en Ton Christ, notre Seigneur et Sauveur, professée dans l’Église catholique, était fermement ancrée dans mon cœur, en bien des points certes encore informe et vacillante par rapport aux règles de la doctrine ; néanmoins mon esprit ne l’abandonnait pas complètement, mais plutôt en absorbait chaque jour davantage.
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À cette époque aussi, j’avais rejeté les divinations mensongères et les folies impies des astrologues. Que Tes miséricordes, issues du plus profond de mon âme, confessent à Toi cela aussi, ô mon Dieu. Car Toi, Toi seul (car qui d’autre nous ramène de la mort de tous les errements, sinon la Vie qui ne peut mourir, et la Sagesse qui, sans avoir besoin de lumière, éclaire les esprits qui en ont besoin, par quoi l’univers est dirigé, jusqu’aux feuilles tourbillonnantes des arbres ?) — Toi, Tu as prévu ma ténacité avec laquelle je luttais contre Vindicianus, un vieil homme perspicace, et Nebridius, un jeune homme aux talents admirables ; le premier affirmant avec véhémence, et le second souvent (bien que avec quelque hésitation) disant : « Qu’il n’existait aucune art permettant de prévoir l’avenir, que les conjectures des hommes n’étaient qu’une sorte de loterie, et que, parmi toutes les choses qu’ils prétendaient voir arriver, certaines se produisaient effectivement, à l’insu de ceux qui les avaient prononcées, qui y étaient parvenus par hasard, à force de les dire souvent. » Alors Tu m’as procuré un ami, non pas un consultant négligent parmi les astrologues ; ni même quelqu’un très expert dans ces arts, mais (comme je l’ai dit) un consultant curieux à leur égard, sachant cependant certaines choses, qu’il disait avoir entendues de son père, sans savoir jusqu’à quel point cela pouvait renverser l’estime portée à cet art. Cet homme, nommé Firmin, ayant reçu une éducation libérale et étudié assidûment la rhétorique, me consulta, comme s’il s’agissait d’une personne très chère pour lui, sur certaines affaires qui le concernaient, dans lesquelles ses espérances mondaines s’étaient élevées. Moi, qui commençais alors à pencher vers l’opinion de Nebridius, je ne refusai pas complètement de faire des conjectures et de lui dire ce qui me venait à l’esprit ; mais j’ajoutai que j’étais presque convaincu que tout cela n’était que folies vides et ridicules. Alors il me raconta que son père était très passionné par de tels livres, et qu’il avait un ami tout aussi enthousiaste que lui, qui, par des études et des discussions conjointes, attisaient encore plus leur passion pour ces jouets, au point qu’ils observaient les moments où les animaux muets qui vivaient autour de leurs maisons mettaient bas, puis ils observaient la position relative des cieux, afin de réaliser de nouvelles expériences dans cet art prétendu. Il ajouta alors qu’il avait entendu dire de son père que, au moment où sa mère allait le mettre au monde, Firmin, une servante de cet ami de son père, était également enceinte ; elle ne put échapper à son maître, qui prenait grand soin de connaître avec la plus grande précision les naissances de ses propres chiots. Ainsi, l’un pour sa femme, l’autre pour sa servante, avec une observation extrêmement minutieuse, en comptant les jours, les heures, voire les plus petites subdivisions des heures, tous deux accouchèrent à
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Au même instant ; de sorte que tous deux furent contraints d’admettre les mêmes constellations, jusqu’aux moindres détails, l’une pour son fils, l’autre pour son esclave nouveau-né. Car dès que les femmes commencèrent à accoucher, chacune informa l’autre de ce qui s’était passé dans leurs maisons, et elles avaient des messagers prêts à être envoyés l’une vers l’autre dès qu’elles apprenaient la naissance réelle, ce dont elles s’étaient facilement mises d’accord, chacune dans sa propre province, afin de transmettre immédiatement l’information. Ainsi, affirmait-il, les messagers des deux parties se rencontraient à une distance égale de chacune des maisons, de sorte que l’une comme l’autre ne pouvaient discerner aucune différence dans la position des étoiles ou de quelque autre détail infime ; et pourtant Firminus, né dans une haute condition au sein de la maison de ses parents, parcourut les chemins dorés de la vie, ses richesses augmentèrent, il reçut des honneurs ; tandis que cet esclave continua à servir ses maîtres, sans aucune relâche de son joug, comme me l’a dit Firminus, qui le connaissait. En entendant et en croyant ces choses, racontées par quelqu’un d’aussi crédible, toute ma résistance s’effondra ; et d’abord j’essayai de faire renoncer Firminus lui-même à cette curiosité, en lui disant que, si je devais prédire avec justesse en examinant ses constellations, j’aurais dû y voir des parents éminents parmi leurs voisins, une famille noble dans sa propre ville, une haute naissance, une bonne éducation, une culture riche. Mais si ce serviteur m’avait consulté au sujet des mêmes constellations, puisqu’elles lui appartenaient aussi, j’aurais dû (lui dire également la vérité) y voir une lignée des plus misérables, une condition d’esclave, et tout le reste en totale contradiction avec ce qui précède. Donc, si je parlais vrai, je devrais, à partir des mêmes constellations, parler différemment, ou si je parlais de la même manière, mentir : il en résultait donc avec certitude que tout ce qui était dit avec vérité, après examen des constellations, n’était pas le fruit de l’art, mais du hasard ; et tout ce qui était dit faussement n’était pas dû à l’ignorance de l’art, mais à l’échec du hasard. Une fois cette voie ouverte, en réfléchissant à de telles choses, afin que aucun de ces sots (qui vivaient de ce métier, et que je désirais attaquer et réfuter par le ridicule) ne puisse m’objecter que Firminus m’avait trompé, ou que son père l’avait fait, je tournai mes pensées vers ceux qui naissent jumeaux, qui, pour la plupart, sortent du ventre maternel si proches l’un de l’autre que l’étroite distance (quelle que soit la force que les gens puissent prétendre y voir dans la nature des choses) ne peut être observée par l’homme, ni exprimée en ces figures que l’astrologue doit examiner pour pouvoir prononcer avec justesse. Pourtant, leurs prédictions ne peuvent être vraies : car en examinant les mêmes figures, il aurait dû prédire la même chose pour Ésaü et Jacob, alors que les mêmes
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ce ne leur est pas arrivé. Par conséquent, il doit parler faux ; ou, s’il parle vrai, alors, en examinant les mêmes données, il ne doit pas donner la même réponse. Ce n’est donc ni par artifice, ni par hasard qu’il parlerait vrai. Car Toi, ô Seigneur, Roi le plus juste de l’Univers, tandis que ceux qui consultent et ceux qui sont consultés ne le savent pas, c’est par Ta inspiration secrète que Tu fais en sorte que celui qui consulte entende ce qu’il doit entendre, selon les mérites cachés des âmes, issu de la profondeur insondable de Ton jugement juste. Que personne ne dise à Toi : « Qu’est-ce ? Pourquoi cela ? » Qu’il ne le dise pas, car il est homme.
Maintenant donc, ô mon Auxiliaire, si Tu m’avais libéré de ces chaînes, et que j’aie cherché « d’où vient le mal », je n’aurais trouvé aucun chemin. Mais Tu ne m’as pas permis, par quelque fluctuation de pensée que ce soit, d’être éloigné de la Foi par laquelle je croyais en Ta présence, en l’immuabilité de Ta substance, en Ta sollicitude pour les hommes et en Ton désir de les juger. C’est en Christ, Ton Fils, Notre Seigneur, et dans les Saintes Écritures, dont l’autorité de Ta Église catholique m’a imposé la connaissance, que Tu as indiqué le chemin du salut de l’homme, vers cette vie qui vient après cette mort. Ces choses étant fermement établies dans mon esprit, j’ai cherché avec anxiété « d’où vient le mal ». Quelles étaient les douleurs de mon cœur débordant, quels gémissements, ô mon Dieu ! Pourtant, Tes oreilles étaient ouvertes, et je ne le savais pas ; et lorsque, dans le silence, je cherchais ardemment, ces repentirs silencieux de mon âme devenaient de forts cris vers Ta miséricorde. Tu savais ce que je souffrais, et personne d’autre. Car qu’était-ce qui, par ma langue, parvenait aux oreilles de mes amis les plus proches ? Tout le tumulte de mon âme, pour lequel ni le temps ni les mots ne suffisaient-ils, atteignait-ils eux aussi ? Pourtant, tout cela montait jusqu’à Ton oreille, tout ce que je poussais hors des gémissements de mon cœur ; et mon désir était devant Toi, mais la lumière de mes yeux n’était pas avec moi : car elle était à l’intérieur, moi à l’extérieur ; elle n’était pas confinée à un lieu, car j’étais absorbé par des choses situées en un lieu, mais je n’y trouvais aucun repos, et elles ne m’accueillaient pas de telle manière que je puisse dire : « C’est assez », « C’est bien ». Elles ne me permettaient pas non plus de revenir en arrière, là où cela aurait pu être suffisamment bien pour moi. Car à ces choses, j’étais supérieur, mais inférieur à Toi ; et Tu es ma vraie joie lorsque je suis soumis à Toi, et Tu as soumis à moi ce que Tu as créé en dessous de moi. Et c’était là le véritable tempérament, la région médiane de ma sécurité : demeurer à Ton Image et, en Te servant, gouverner le corps. Mais lorsque je me suis levé avec orgueil contre Toi, et que j’ai couru contre le Seigneur avec mon cou, avec les épaulements épais de mon bouclier, même ces choses inférieures furent mises au-dessus de moi, et m’ont oppressé, sans qu’il y ait nulle part de répit ni d’espace.
Maintenant donc, ô mon Auxiliaire, si Tu m’avais libéré de ces chaînes, et que j’aie cherché « d’où vient le mal », je n’aurais trouvé aucun chemin. Mais Tu ne m’as pas permis, par quelque fluctuation de pensée que ce soit, d’être éloigné de la Foi par laquelle je croyais en Ta présence, en l’immuabilité de Ta substance, en Ta sollicitude pour les hommes et en Ton désir de les juger. C’est en Christ, Ton Fils, Notre Seigneur, et dans les Saintes Écritures, dont l’autorité de Ta Église catholique m’a imposé la connaissance, que Tu as indiqué le chemin du salut de l’homme, vers cette vie qui vient après cette mort. Ces choses étant fermement établies dans mon esprit, j’ai cherché avec anxiété « d’où vient le mal ». Quelles étaient les douleurs de mon cœur débordant, quels gémissements, ô mon Dieu ! Pourtant, Tes oreilles étaient ouvertes, et je ne le savais pas ; et lorsque, dans le silence, je cherchais ardemment, ces repentirs silencieux de mon âme devenaient de forts cris vers Ta miséricorde. Tu savais ce que je souffrais, et personne d’autre. Car qu’était-ce qui, par ma langue, parvenait aux oreilles de mes amis les plus proches ? Tout le tumulte de mon âme, pour lequel ni le temps ni les mots ne suffisaient-ils, atteignait-ils eux aussi ? Pourtant, tout cela montait jusqu’à Ton oreille, tout ce que je poussais hors des gémissements de mon cœur ; et mon désir était devant Toi, mais la lumière de mes yeux n’était pas avec moi : car elle était à l’intérieur, moi à l’extérieur ; elle n’était pas confinée à un lieu, car j’étais absorbé par des choses situées en un lieu, mais je n’y trouvais aucun repos, et elles ne m’accueillaient pas de telle manière que je puisse dire : « C’est assez », « C’est bien ». Elles ne me permettaient pas non plus de revenir en arrière, là où cela aurait pu être suffisamment bien pour moi. Car à ces choses, j’étais supérieur, mais inférieur à Toi ; et Tu es ma vraie joie lorsque je suis soumis à Toi, et Tu as soumis à moi ce que Tu as créé en dessous de moi. Et c’était là le véritable tempérament, la région médiane de ma sécurité : demeurer à Ton Image et, en Te servant, gouverner le corps. Mais lorsque je me suis levé avec orgueil contre Toi, et que j’ai couru contre le Seigneur avec mon cou, avec les épaulements épais de mon bouclier, même ces choses inférieures furent mises au-dessus de moi, et m’ont oppressé, sans qu’il y ait nulle part de répit ni d’espace.
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la respiration. Ils se présentaient à ma vue de tous côtés en tas et en troupes, et dans mon esprit leurs images apparaissaient d’elles-mêmes, comme si je voulais retourner vers Toi, comme s’ils voulaient me dire : « Où vas-tu, indigne et souillé ? » Et ces choses étaient nées de ma blessure ; car Tu as « humilié les orgueilleux comme un homme blessé », et à cause de ma propre enflure j’étais séparé de Toi ; oui, mon visage gonflé par l’orgueil m’a fermé les yeux.
Mais Toi, Seigneur, Tu demeures pour toujours, cependant Tu ne restes pas éternellement en colère contre nous ; car Tu as pitié de notre poussière et de nos cendres, et il a plu à Tes yeux de corriger mes déformités ; et par des incitations intérieures Tu m’as éveillé, afin que je sois mal à l’aise, jusqu’à ce que Tu te manifestes à ma vue intérieure. Ainsi, par la main secrète de Ton remède, mon gonflement a diminué, et la vue troublée et obscurcie de mon esprit, par les onguents douloureux mais salutaires des peines, s’est guérie jour après jour.
Et Toi, voulant d’abord me montrer comment Tu résistes aux orgueilleux, mais accordes la grâce aux humbles, et par quel grand acte de Ta miséricorde Tu as tracé aux hommes le chemin de l’humilité, en ce que Ton Verbe s’est fait chair et a habité parmi les hommes : — Tu as procuré pour moi, par l’intermédiaire d’un homme plein d’une fierté tout à fait anormale, certains livres des Platoniciens, traduits du grec en latin. Et j’y ai lu, non pas exactement dans les mêmes mots, mais avec le même sens, confirmé par de nombreuses raisons diverses, que au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu : Il était au commencement avec Dieu : toutes choses furent faites par Lui, et sans Lui rien ne fut fait : ce qui a été fait par Lui, c’est la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. Et que l’âme de l’homme, bien qu’elle témoigne de la lumière, n’est pas elle-même cette lumière ; mais le Verbe de Dieu, étant Dieu, est cette vraie lumière qui éclaire tout homme qui vient au monde. Et qu’Il était dans le monde, et que le monde a été fait par Lui, et que le monde ne L’a pas connu. Mais qu’Il est venu à ses propres, et que ses propres ne L’ont pas reçu ; mais à tous ceux qui L’ont reçu, Il a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu, à tous ceux qui ont cru en Son nom ; cela, je ne l’ai pas lu là.
J’y ai aussi lu que Dieu le Verbe est né ni de chair ni de sang, ni de la volonté de l’homme, ni de la volonté de la chair, mais de Dieu. Mais que le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous, je ne l’ai pas lu là. Car j’ai retracé dans
Mais Toi, Seigneur, Tu demeures pour toujours, cependant Tu ne restes pas éternellement en colère contre nous ; car Tu as pitié de notre poussière et de nos cendres, et il a plu à Tes yeux de corriger mes déformités ; et par des incitations intérieures Tu m’as éveillé, afin que je sois mal à l’aise, jusqu’à ce que Tu te manifestes à ma vue intérieure. Ainsi, par la main secrète de Ton remède, mon gonflement a diminué, et la vue troublée et obscurcie de mon esprit, par les onguents douloureux mais salutaires des peines, s’est guérie jour après jour.
Et Toi, voulant d’abord me montrer comment Tu résistes aux orgueilleux, mais accordes la grâce aux humbles, et par quel grand acte de Ta miséricorde Tu as tracé aux hommes le chemin de l’humilité, en ce que Ton Verbe s’est fait chair et a habité parmi les hommes : — Tu as procuré pour moi, par l’intermédiaire d’un homme plein d’une fierté tout à fait anormale, certains livres des Platoniciens, traduits du grec en latin. Et j’y ai lu, non pas exactement dans les mêmes mots, mais avec le même sens, confirmé par de nombreuses raisons diverses, que au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu : Il était au commencement avec Dieu : toutes choses furent faites par Lui, et sans Lui rien ne fut fait : ce qui a été fait par Lui, c’est la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. Et que l’âme de l’homme, bien qu’elle témoigne de la lumière, n’est pas elle-même cette lumière ; mais le Verbe de Dieu, étant Dieu, est cette vraie lumière qui éclaire tout homme qui vient au monde. Et qu’Il était dans le monde, et que le monde a été fait par Lui, et que le monde ne L’a pas connu. Mais qu’Il est venu à ses propres, et que ses propres ne L’ont pas reçu ; mais à tous ceux qui L’ont reçu, Il a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu, à tous ceux qui ont cru en Son nom ; cela, je ne l’ai pas lu là.
J’y ai aussi lu que Dieu le Verbe est né ni de chair ni de sang, ni de la volonté de l’homme, ni de la volonté de la chair, mais de Dieu. Mais que le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous, je ne l’ai pas lu là. Car j’ai retracé dans
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Ces livres affirment de multiples manières que le Fils était de la même nature que le Père, et qu’Il ne considérait pas comme un vol d’être égal à Dieu, car par nature Il était de la même substance. Mais qu’Il s’est vidé de Lui-même, prenant l’apparence d’un serviteur, étant fait à l’image des hommes, se présentant sous forme d’homme, s’est humilié, est devenu obéissant jusqu’à la mort, et que c’est la mort sur la croix : c’est pourquoi Dieu L’a exalté des morts et Lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin que, au nom de Jésus, tout genou se courbe, tant dans les cieux que sur la terre et sous la terre ; et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père ; ces livres ne le disent pas. Car avant tous les temps et au-delà de tous les temps, Ton Fils unique demeure immuable, coéternel avec Toi, et que des richesses de Sa plénitude les âmes reçoivent pour être bénies ; et que, par la participation de la sagesse qui demeure en elles, elles soient renouvelées afin d’être sages, cela y est mentionné. Mais qu’Il est mort au bon moment pour les impies ; et que Tu n’as pas épargné Ton Fils unique, mais L’as livré pour nous tous, cela n’y est pas. Car Tu as caché ces choses aux sages et les as révélées aux enfants, afin que ceux qui sont accablés de travail puissent venir à Lui, et qu’Il les rafraîchisse, car Il est doux et humble de cœur ; et Il guide les humbles dans leur jugement, et Il enseigne Ses voies aux doux, voyant notre humilité et nos souffrances, et pardonnant tous nos péchés. Mais ceux qui se vantent d’une prétendue connaissance plus élevée, ne L’écoutent pas, disant : « Apprenez de Moi, car Je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes. » Bien qu’ils connaissaient Dieu, ils ne Le glorifiaient pas comme Dieu, ni ne Le remerciaient, mais devenaient vaniteux dans leurs pensées ; et leur cœur insensé s’obscurcissait ; prétendant être sages, ils devenaient fous. C’est pourquoi j’ai aussi lu là que Ils avaient transformé la gloire de Ta nature incorruptible en idoles et en diverses formes, à l’image de l’homme corruptible, des oiseaux, des bêtes et des reptiles ; à savoir, en ce mets égyptien pour lequel Ésaü perdit son droit d’aînesse, car Ton peuple né premier adorait la tête d’une bête à quatre pieds à la place de Toi ; se tournant de nouveau vers l’Égypte dans leur cœur ; et prosternant Ton image, leur propre âme, devant l’image d’un veau qui mange de l’herbe. J’ai trouvé ces choses ici, mais je n’en ai pas tiré profit. Car il a plu à Toi, ô Seigneur, de retirer à Jacob la honte de la déchéance, afin que l’aîné serve le plus jeune ; et Tu as appelé les païens à Ta succession. Et moi, je suis venu à Toi parmi les païens ; et j’ai fixé mon esprit sur l’or qui
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Tu as voulu que Ton peuple sorte d’Égypte, car c’était à Toi, où que ce fût. Et aux Athéniens, Tu as dit par Ton Apôtre que c’est en Toi que nous vivons, nous mouvons et avons notre être, comme l’avait dit l’un de leurs poètes. En vérité, ces livres venaient de là. Mais je n’ai pas prêté attention aux idoles d’Égypte, qu’ils servaient avec Ton or, celles qui ont transformé la vérité de Dieu en mensonge, et qui ont adoré et servi la créature plus que le Créateur.
Et ayant été averti de là de retourner à moi-même, j’ai pénétré en mon for intérieur, Toi étant mon Guide ; et j’en ai été capable, car Tu étais devenu mon Auxiliaire. J’y suis entré et j’ai vu, de l’œil de mon âme (tel qu’il était), au-delà même de cet œil, au-delà de mon esprit, la Lumière Immuable. Non pas cette lumière ordinaire que toute chair peut contempler, ni quelque chose de semblable mais plus grand de la même sorte, comme si sa clarté fût mille fois plus vive et occupât tout l’espace par sa grandeur. Ce n’était pas cette lumière-là, mais une autre, oui, bien différente de celles-ci. Elle n’était pas non plus au-dessus de mon âme, comme l’huile est au-dessus de l’eau, ni comme le ciel au-dessus de la terre : mais au-dessus de mon âme, parce qu’Elle m’a créé ; et moi en dessous d’Elle, parce que je suis né d’Elle. Celui qui connaît la Vérité sait ce que cette Lumière est ; et celui qui La connaît connaît l’éternité. L’amour La connaît. Ô Vérité, qui es Éternité ! et Amour, qui es Vérité ! et Éternité, qui es Amour ! Tu es mon Dieu, vers Toi je soupire nuit et jour. Lorsque je T’ai connu pour la première fois, Tu m’as élevé afin que je voie ce que je pouvais voir, et que je ne fusse pas encore capable de voir. Tu as repoussé la faiblesse de ma vue, en dirigeant sur moi Tes rayons de lumière avec force, et j’ai tremblé d’amour et d’effroi : et j’ai compris que j’étais loin de Toi, dans la région de l’inconformité, comme si j’entendais Ta voix venant d’en haut : « Je suis la nourriture des hommes faits, grandis, et tu te nourriras de Moi ; tu ne Me transformeras pas, comme la nourriture de ta chair en toi, mais c’est toi qui seras transformé en Moi. » J’ai appris alors que Tu châties l’homme pour son iniquité, et que Tu fais disparaître mon âme comme une araignée. J’ai dit : « La Vérité n’est-elle donc rien, parce qu’elle n’est pas répandue dans un espace fini ou infini ? » Et Tu m’as crié de loin : « Pourtant, en vérité, JE SUIS CE QUE JE SUIS. » J’ai entendu, comme le cœur entend, et je n’avais pas place pour douter ; je préférerais douter que je vis plutôt que de douter que la Vérité n’existe pas, puisqu’elle est clairement visible, comprise à travers les choses créées.
J’ai vu les autres choses en dessous de Toi, et j’ai compris qu’elles ne sont ni entièrement présentes, ni entièrement absentes, car elles sont présentes, puisqu’elles viennent de Toi, mais elles ne sont pas présentes, parce qu’elles ne sont pas ce que Tu es. Car ce qui est vraiment…
Et ayant été averti de là de retourner à moi-même, j’ai pénétré en mon for intérieur, Toi étant mon Guide ; et j’en ai été capable, car Tu étais devenu mon Auxiliaire. J’y suis entré et j’ai vu, de l’œil de mon âme (tel qu’il était), au-delà même de cet œil, au-delà de mon esprit, la Lumière Immuable. Non pas cette lumière ordinaire que toute chair peut contempler, ni quelque chose de semblable mais plus grand de la même sorte, comme si sa clarté fût mille fois plus vive et occupât tout l’espace par sa grandeur. Ce n’était pas cette lumière-là, mais une autre, oui, bien différente de celles-ci. Elle n’était pas non plus au-dessus de mon âme, comme l’huile est au-dessus de l’eau, ni comme le ciel au-dessus de la terre : mais au-dessus de mon âme, parce qu’Elle m’a créé ; et moi en dessous d’Elle, parce que je suis né d’Elle. Celui qui connaît la Vérité sait ce que cette Lumière est ; et celui qui La connaît connaît l’éternité. L’amour La connaît. Ô Vérité, qui es Éternité ! et Amour, qui es Vérité ! et Éternité, qui es Amour ! Tu es mon Dieu, vers Toi je soupire nuit et jour. Lorsque je T’ai connu pour la première fois, Tu m’as élevé afin que je voie ce que je pouvais voir, et que je ne fusse pas encore capable de voir. Tu as repoussé la faiblesse de ma vue, en dirigeant sur moi Tes rayons de lumière avec force, et j’ai tremblé d’amour et d’effroi : et j’ai compris que j’étais loin de Toi, dans la région de l’inconformité, comme si j’entendais Ta voix venant d’en haut : « Je suis la nourriture des hommes faits, grandis, et tu te nourriras de Moi ; tu ne Me transformeras pas, comme la nourriture de ta chair en toi, mais c’est toi qui seras transformé en Moi. » J’ai appris alors que Tu châties l’homme pour son iniquité, et que Tu fais disparaître mon âme comme une araignée. J’ai dit : « La Vérité n’est-elle donc rien, parce qu’elle n’est pas répandue dans un espace fini ou infini ? » Et Tu m’as crié de loin : « Pourtant, en vérité, JE SUIS CE QUE JE SUIS. » J’ai entendu, comme le cœur entend, et je n’avais pas place pour douter ; je préférerais douter que je vis plutôt que de douter que la Vérité n’existe pas, puisqu’elle est clairement visible, comprise à travers les choses créées.
J’ai vu les autres choses en dessous de Toi, et j’ai compris qu’elles ne sont ni entièrement présentes, ni entièrement absentes, car elles sont présentes, puisqu’elles viennent de Toi, mais elles ne sont pas présentes, parce qu’elles ne sont pas ce que Tu es. Car ce qui est vraiment…
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qui reste inchangé. Il est donc bon pour moi de m’accrocher à Dieu ;
car si je ne demeure pas en Lui, je ne le peux pas par moi-même ; mais Lui, demeurant en Lui-même,
renouvelle toutes choses. Et Tu es le Seigneur, mon Dieu, puisque Tu n’as pas besoin de ma bonté.
Et il m’a été révélé que ce qui est encore corrompu est bon ; car il n’était ni bon en soi, ni, s’il n’était pas bon, il ne pouvait être corrompu : car s’il était bon en soi, il serait incorruptible ; s’il n’était pas bon du tout, il n’y aurait rien en lui à corrompre. Car la corruption nuit, mais si elle ne diminue pas la bonté, elle ne peut nuire. Donc soit la corruption ne nuit pas, ce qui est impossible ; soit, ce qui est plus certain, tout ce qui est corrompu est privé de bonté. Mais s’ils sont privés de toute bonté, ils cesseront d’exister. Car s’ils existent et ne peuvent plus être corrompus, ils seront meilleurs qu’avant, car ils demeureront incorruptibles. Et quoi de plus monstrueux que d’affirmer que les choses deviennent meilleures en perdant toute leur bonté ? Par conséquent, s’ils sont privés de toute bonté, ils cesseront d’exister. Tant qu’ils existent donc, ils sont bons : donc tout ce qui existe est bon. Ce mal que je cherchais, d’où vient-il ? Ce n’est aucune substance : car s’il s’agissait d’une substance, elle serait bonne. Soit c’est une substance incorruptible, et donc un bien suprême ; soit c’est une substance corruptible, qui, si elle n’était pas bonne, ne pourrait pas être corrompue. J’ai donc compris, et il m’a été révélé, que Tu as fait toutes choses bonnes, et qu’il n’y a aucune substance que Tu n’aies faite ; et parce que Tu n’as pas fait toutes choses égales, elles existent toutes ; car chacune est bonne, et très bonne, car notre Dieu a fait toutes choses très bonnes.
Et pour Toi il n’y a absolument aucun mal : non seulement pour Toi, mais aussi pour toute Ta création dans son ensemble, car il n’y a rien à l’extérieur qui puisse pénétrer et corrompre l’ordre que Tu y as établi. Mais dans ses parties, certaines choses, parce qu’elles ne sont pas en harmonie avec d’autres, sont considérées comme mauvaises : alors que ces mêmes choses, en harmonie avec les autres, sont bonnes ; et en elles-mêmes elles sont bonnes. Et toutes ces choses qui ne sont pas en harmonie entre elles ont néanmoins, avec la partie inférieure que nous appelons Terre, leur propre ciel nuageux et venté en harmonie avec elle. Qu’il soit loin de moi de dire : « Ces choses ne devraient pas exister » : car si je ne voyais que celles-ci, je désirerais assurément le meilleur ; mais je dois quand même Te louer, même pour celles-là seules ; car pour que Tu sois loué, montre depuis la terre, les dragons et tous les abîmes, le feu, la grêle, la neige, la glace et le vent tempétueux, qui accomplissent Ta parole ; les montagnes et toutes les collines, les arbres fruitiers et tous les cèdres ; les bêtes et tout le bétail, les créatures rampantes, et
car si je ne demeure pas en Lui, je ne le peux pas par moi-même ; mais Lui, demeurant en Lui-même,
renouvelle toutes choses. Et Tu es le Seigneur, mon Dieu, puisque Tu n’as pas besoin de ma bonté.
Et il m’a été révélé que ce qui est encore corrompu est bon ; car il n’était ni bon en soi, ni, s’il n’était pas bon, il ne pouvait être corrompu : car s’il était bon en soi, il serait incorruptible ; s’il n’était pas bon du tout, il n’y aurait rien en lui à corrompre. Car la corruption nuit, mais si elle ne diminue pas la bonté, elle ne peut nuire. Donc soit la corruption ne nuit pas, ce qui est impossible ; soit, ce qui est plus certain, tout ce qui est corrompu est privé de bonté. Mais s’ils sont privés de toute bonté, ils cesseront d’exister. Car s’ils existent et ne peuvent plus être corrompus, ils seront meilleurs qu’avant, car ils demeureront incorruptibles. Et quoi de plus monstrueux que d’affirmer que les choses deviennent meilleures en perdant toute leur bonté ? Par conséquent, s’ils sont privés de toute bonté, ils cesseront d’exister. Tant qu’ils existent donc, ils sont bons : donc tout ce qui existe est bon. Ce mal que je cherchais, d’où vient-il ? Ce n’est aucune substance : car s’il s’agissait d’une substance, elle serait bonne. Soit c’est une substance incorruptible, et donc un bien suprême ; soit c’est une substance corruptible, qui, si elle n’était pas bonne, ne pourrait pas être corrompue. J’ai donc compris, et il m’a été révélé, que Tu as fait toutes choses bonnes, et qu’il n’y a aucune substance que Tu n’aies faite ; et parce que Tu n’as pas fait toutes choses égales, elles existent toutes ; car chacune est bonne, et très bonne, car notre Dieu a fait toutes choses très bonnes.
Et pour Toi il n’y a absolument aucun mal : non seulement pour Toi, mais aussi pour toute Ta création dans son ensemble, car il n’y a rien à l’extérieur qui puisse pénétrer et corrompre l’ordre que Tu y as établi. Mais dans ses parties, certaines choses, parce qu’elles ne sont pas en harmonie avec d’autres, sont considérées comme mauvaises : alors que ces mêmes choses, en harmonie avec les autres, sont bonnes ; et en elles-mêmes elles sont bonnes. Et toutes ces choses qui ne sont pas en harmonie entre elles ont néanmoins, avec la partie inférieure que nous appelons Terre, leur propre ciel nuageux et venté en harmonie avec elle. Qu’il soit loin de moi de dire : « Ces choses ne devraient pas exister » : car si je ne voyais que celles-ci, je désirerais assurément le meilleur ; mais je dois quand même Te louer, même pour celles-là seules ; car pour que Tu sois loué, montre depuis la terre, les dragons et tous les abîmes, le feu, la grêle, la neige, la glace et le vent tempétueux, qui accomplissent Ta parole ; les montagnes et toutes les collines, les arbres fruitiers et tous les cèdres ; les bêtes et tout le bétail, les créatures rampantes, et
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Oiseaux volants ; rois de la terre, et tous les peuples, princes et tous les juges de la terre ; jeunes hommes et jeunes filles, vieillards et enfants, louez Ton Nom. Mais lorsque, du ciel, ceux-ci Te louent, louez-Le, notre Dieu, dans les hauteurs : tous Tes anges, toutes Tes armées, le soleil et la lune, toutes les étoiles et la lumière, le Ciel des cieux, et les eaux qui sont au-dessus des cieux, louent Ton Nom ; je ne désirais plus alors des choses meilleures, car j’avais envisagé tout cela : et par un jugement plus sûr, j’ai compris que les choses d’en haut étaient meilleures que celles d’en bas, mais bien meilleures encore que celles d’en haut seules. Il n’y a pas de solidité en ceux dont quelque chose de Ta création déplaît : tout comme il n’y en a pas en moi, lorsque beaucoup de ce que Tu as créé m’a déplu. Et parce que mon âme n’osait pas être mécontente de mon Dieu, elle ne voulait pas admettre que ce qui lui déplaisait fût à Toi. C’est pourquoi elle est tombée dans l’idée de deux substances, et n’a eu aucun repos, mais a parlé en vain. En revenant de là, elle s’est fait un dieu, à travers des mesures infinies de tout l’espace ; elle l’a cru être Toi, et l’a placé dans son cœur ; elle est redevenue le temple de son propre idole, abominable pour Toi. Mais après que Tu as apaisé ma tête, à mon insu, et fermé mes yeux afin qu’ils ne voient pas la vanité, j’ai un peu cessé d’être ce que j’étais auparavant, et ma frénésie s’est endormie ; je me suis éveillé en Toi, et T’ai vu infini, mais d’une autre manière, et cette vision n’était pas issue de la chair.
Et j’ai regardé en arrière vers d’autres choses ; et j’ai vu qu’elles devaient leur existence à Toi ; et qu’elles étaient toutes contenues en Toi : mais d’une manière différente ; non pas comme étant dans l’espace ; mais parce que Tu contiens toutes choses dans Ta main, dans Ta Vérité ; et toutes choses sont vraies pour autant qu’elles existent, et il n’y a aucune fausseté, sauf lorsqu’on pense qu’il y a ce qui n’existe pas. J’ai vu que toutes choses s’harmonisaient, non seulement avec leurs lieux, mais aussi avec leurs saisons. Et que Toi, seul Éternel, n’as commencé à agir qu’après d’innombrables espaces de temps écoulés ; car tous ces espaces de temps, tant ceux qui ont passé que ceux qui passeront, ne vont ni ne viennent, mais à travers Toi, agissant et demeurant.
Et j’ai perçu et trouvé rien d’étrange au fait que le pain qui est agréable à un palais sain soit répugnant pour celui qui est malade : et pour des yeux douloureux, la lumière est offensive, tandis qu’elle est délicieuse pour l’ouïe. Et Ta justice déplaît aux méchants ; à plus forte raison aux vipères et aux reptiles, que Tu as créés bons, convenant aux parties inférieures de Ta Création, avec lesquelles conviennent aussi les méchants eux-mêmes ; et plus encore, à mesure qu’ils diffèrent de Toi ; mais avec les créatures supérieures, à mesure qu’elles…
Et j’ai regardé en arrière vers d’autres choses ; et j’ai vu qu’elles devaient leur existence à Toi ; et qu’elles étaient toutes contenues en Toi : mais d’une manière différente ; non pas comme étant dans l’espace ; mais parce que Tu contiens toutes choses dans Ta main, dans Ta Vérité ; et toutes choses sont vraies pour autant qu’elles existent, et il n’y a aucune fausseté, sauf lorsqu’on pense qu’il y a ce qui n’existe pas. J’ai vu que toutes choses s’harmonisaient, non seulement avec leurs lieux, mais aussi avec leurs saisons. Et que Toi, seul Éternel, n’as commencé à agir qu’après d’innombrables espaces de temps écoulés ; car tous ces espaces de temps, tant ceux qui ont passé que ceux qui passeront, ne vont ni ne viennent, mais à travers Toi, agissant et demeurant.
Et j’ai perçu et trouvé rien d’étrange au fait que le pain qui est agréable à un palais sain soit répugnant pour celui qui est malade : et pour des yeux douloureux, la lumière est offensive, tandis qu’elle est délicieuse pour l’ouïe. Et Ta justice déplaît aux méchants ; à plus forte raison aux vipères et aux reptiles, que Tu as créés bons, convenant aux parties inférieures de Ta Création, avec lesquelles conviennent aussi les méchants eux-mêmes ; et plus encore, à mesure qu’ils diffèrent de Toi ; mais avec les créatures supérieures, à mesure qu’elles…
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Ils deviennent plus semblables à Toi. J’ai demandé quelle était cette iniquité, et j’ai découvert qu’il s’agissait de rien de concret, mais plutôt de la perversion de la volonté, détournée de Toi, ô Dieu suprême, vers ces choses inférieures ; cette volonté rejetait alors son essence intérieure et se gonflait extérieurement.
Je m’étonnais de t’aimer désormais, et non plus seulement d’avoir une illusion à ton sujet. Pourtant, je ne cherchais pas à jouir de mon Dieu ; c’était Ta beauté qui m’élevait vers Toi, mais bientôt mon propre poids me ramenait vers le bas, me faisant sombrer dans la tristesse au milieu de ces choses inférieures. Ce poids, c’était la coutume charnelle. Cependant, le souvenir de Toi demeurait en moi ; je ne doutais nullement qu’il y eût Quelqu’un à qui je pouvais m’attacher, mais je n’étais pas encore capable de m’attacher à Toi : car le corps corrompu pèse sur l’âme, et le tabernacle terrestre alourdit l’esprit qui doit réfléchir à tant de choses.
J’étais certain que Tes œuvres invisibles, depuis la création du monde, sont clairement visibles, puisqu’elles se comprennent à travers les créatures, même Ton pouvoir éternel et Ta divinité. En examinant d’où venait mon admiration pour la beauté des corps célestes ou terrestres, et ce qui m’aidait à juger correctement des choses changeantes, en disant : « Cela doit être ainsi, cela non » ; en examinant, dis-je, d’où venaient mes jugements, j’ai découvert l’Éternité immuable et vraie de la Vérité, au-dessus de mon esprit changeant. Ainsi, peu à peu, je suis passé des corps à l’âme, qui perçoit par les sens corporels ; puis à ses facultés intérieures, auxquelles les sens corporels représentent les choses extérieures – jusqu’où atteignent les facultés des bêtes ; puis encore à la faculté de raison, à laquelle ce qui est reçu des sens du corps est rapporté pour être jugé. Cette faculté, se rendant compte elle aussi qu’elle était variable en moi, s’éleva vers sa propre compréhension et éloigna mes pensées du pouvoir des habitudes, se retirant de ces foules de fantômes contradictoires ; afin de découvrir quelle était cette lumière par laquelle elle était éclairée, lorsqu’, sans aucun doute, elle s’écria : « Il faut préférer l’immuable au changeant » ; c’est ainsi qu’elle connut cet Immuable, sans lequel elle n’aurait eu aucune base solide pour le préférer au changeant. Ainsi, par un seul regard tremblant, elle parvint À CE QUI EST. Alors je vis Tes choses invisibles comprises à travers les créatures. Mais je ne pouvais fixer mon regard sur elles ; ma faiblesse me repoussa, et je fus de nouveau jeté sur mes habitudes habituelles, ne gardant avec moi qu’un souvenir plein d’amour pour Toi, et un désir ardent…
Je m’étonnais de t’aimer désormais, et non plus seulement d’avoir une illusion à ton sujet. Pourtant, je ne cherchais pas à jouir de mon Dieu ; c’était Ta beauté qui m’élevait vers Toi, mais bientôt mon propre poids me ramenait vers le bas, me faisant sombrer dans la tristesse au milieu de ces choses inférieures. Ce poids, c’était la coutume charnelle. Cependant, le souvenir de Toi demeurait en moi ; je ne doutais nullement qu’il y eût Quelqu’un à qui je pouvais m’attacher, mais je n’étais pas encore capable de m’attacher à Toi : car le corps corrompu pèse sur l’âme, et le tabernacle terrestre alourdit l’esprit qui doit réfléchir à tant de choses.
J’étais certain que Tes œuvres invisibles, depuis la création du monde, sont clairement visibles, puisqu’elles se comprennent à travers les créatures, même Ton pouvoir éternel et Ta divinité. En examinant d’où venait mon admiration pour la beauté des corps célestes ou terrestres, et ce qui m’aidait à juger correctement des choses changeantes, en disant : « Cela doit être ainsi, cela non » ; en examinant, dis-je, d’où venaient mes jugements, j’ai découvert l’Éternité immuable et vraie de la Vérité, au-dessus de mon esprit changeant. Ainsi, peu à peu, je suis passé des corps à l’âme, qui perçoit par les sens corporels ; puis à ses facultés intérieures, auxquelles les sens corporels représentent les choses extérieures – jusqu’où atteignent les facultés des bêtes ; puis encore à la faculté de raison, à laquelle ce qui est reçu des sens du corps est rapporté pour être jugé. Cette faculté, se rendant compte elle aussi qu’elle était variable en moi, s’éleva vers sa propre compréhension et éloigna mes pensées du pouvoir des habitudes, se retirant de ces foules de fantômes contradictoires ; afin de découvrir quelle était cette lumière par laquelle elle était éclairée, lorsqu’, sans aucun doute, elle s’écria : « Il faut préférer l’immuable au changeant » ; c’est ainsi qu’elle connut cet Immuable, sans lequel elle n’aurait eu aucune base solide pour le préférer au changeant. Ainsi, par un seul regard tremblant, elle parvint À CE QUI EST. Alors je vis Tes choses invisibles comprises à travers les créatures. Mais je ne pouvais fixer mon regard sur elles ; ma faiblesse me repoussa, et je fus de nouveau jeté sur mes habitudes habituelles, ne gardant avec moi qu’un souvenir plein d’amour pour Toi, et un désir ardent…
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Ce que j’avais, pour ainsi dire, perçu par son odeur, mais que je n’étais pas encore capable de consommer. Alors je cherchai un moyen d’obtenir une force suffisante pour Te jouir ; et je ne le trouvai pas, jusqu’à ce que j’embrasse ce Médiateur entre Dieu et les hommes, l’Homme Christ Jésus, qui est au-dessus de tout, Dieu béni à jamais, qui m’appela en disant : « Je suis le chemin, la vérité et la vie », et qui mélangea cette nourriture que je ne pouvais recevoir avec notre chair. Car le Verbe s’est fait chair, afin que Ta sagesse, par laquelle Tu as créé toutes choses, pût fournir du lait à notre état infantile. Car moi, humble, je ne m’accrochais pas à mon Seigneur Jésus-Christ, l’Humble ; je ne savais pas encore où Sa faiblesse nous mènerait. Car Ton Verbe, la Vérité éternelle, bien au-dessus des parties supérieures de Ta Création, élève ceux qui sont soumis à Lui ; mais dans ce monde inférieur qu’Il s’est construit en argile, Il crée une demeure humble, afin de humilier ceux qui voudraient être soumis et de les attirer à Lui ; apaisant leur orgueil et stimulant leur amour, afin qu’ils ne continuent pas dans l’assurance de soi, mais consentent plutôt à devenir faibles, voyant devant leurs pieds la Divinité affaiblie en prenant nos peaux ; et, fatigués, ils pourraient se jeter sur Elle, et Elle, se levant, pourrait les élever. Mais je pensais autrement ; je ne concevais mon Seigneur Christ que comme un homme d’une sagesse exceptionnelle, à qui personne ne pouvait être égal ; surtout parce qu’ayant été merveilleusement né d’une Vierge, Il semblait, en conséquence, grâce à la sollicitude divine envers nous, avoir atteint cette grande excellence d’autorité, en exemple de mépris des choses temporelles pour obtenir l’immortalité. Mais quel mystère se cachait dans « Le Verbe s’est fait chair », je ne pouvais même pas l’imaginer. Seulement, j’avais appris de ce qui nous est transmis par écrit à Son sujet qu’Il mangeait, buvait, dormait, marchait, se réjouissait dans l’esprit, était triste, parlait ; que la chair ne s’attachait pas à Ton Verbe toute seule, mais avec l’âme et l’esprit humains. Tous ceux qui connaissent l’inmutabilité de Ton Verbe le savent, ce que je connaissais maintenant autant que je le pouvais, et je n’en doutais pas du tout. Car tantôt mouvoir les membres du corps par la volonté, tantôt non ; tantôt être mue par quelque sentiment, tantôt non ; tantôt prononcer des paroles sages par des signes humains, tantôt garder le silence, cela relève de l’âme et de l’esprit sujets aux variations. Et si ces choses étaient écrites faussement à Son sujet, tout le reste aussi serait mis en doute, et il ne resterait dans ces livres aucune foi salvatrice pour l’humanité. Puisqu’elles étaient écrites vraiment, j’ai reconnu qu’il y avait un homme parfait en Christ ; non seulement le corps d’un homme, ni, avec le corps, une âme sensible sans raison, mais bien…
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l’homme ; que je jugeais devoir être préféré aux autres, non seulement en tant que forme de Vérité, mais aussi en raison d’une certaine grande excellence de la nature humaine et d’une participation plus parfaite à la sagesse. Mais Alypius imaginait que les Catholiques croyaient que Dieu était si revêtu de chair qu’en dehors de Dieu et de la chair il n’y avait absolument aucune âme en Christ, et il ne pensait pas qu’une intelligence humaine lui fût attribuée. Et parce qu’il était fermement convaincu que les actions qui lui sont rapportées ne pouvaient être accomplies que par une créature vivante et rationnelle, il avançait plus lentement vers la Foi chrétienne. Mais ayant ensuite compris que c’était là l’erreur des hérétiques apollinariens, il se réjouit et se conforma à la Foi catholique. Cependant, un peu plus tard, je l’avoue, j’appris comment, dans cette parole : « Le Verbe s’est fait chair », la vérité catholique se distingue de la fausseté de Photinus. Car le rejet des hérétiques fait ressortir plus clairement les principes de Ta Église et la doctrine saine. Il doit y avoir aussi des hérésies, afin que ce qui est approuvé soit manifesté parmi les faibles.
Mais après avoir lu ces livres des Platoniciens, et avoir ainsi appris à chercher la vérité incorporelle, je vis Tes choses invisibles, comprises à travers celles qui sont faites ; et bien que repoussé, je perçus ce que, à cause des ténèbres de mon esprit, j’étais empêché de contempler, étant assuré « que Tu étais, et étais infini, et pourtant pas diffus dans l’espace, fini ou infini ; et que Tu es vraiment Celui qui es toujours le même, ne variant en aucune partie ni en aucun mouvement ; et que toutes les autres choses proviennent de Toi, sur ce seul fondement très certain, qu’elles existent ». J’étais assuré de ces choses, mais pas assez pour Te jouir. Je parlais comme quelqu’un de très compétent ; mais si je n’avais pas cherché Ton chemin en Christ notre Sauveur, j’aurais été prouvé non pas compétent, mais mort. Car maintenant j’avais commencé à vouloir paraître sage, rempli de ma propre punition, mais je ne me lamentais pas, plutôt je méprisais, gonflé de savoir. Car où était cette charité qui s’édifie sur le fondement de l’humilité, qui est Christ Jésus ? Ou quand ces livres devraient-ils me l’apprendre ? Sur cela, je crois, Tu as donc voulu que je tombe, avant que j’étudie Tes Écritures, afin que soit gravé dans ma mémoire comment j’en étais affecté ; et que par la suite, lorsque mes esprits seraient domptés par Tes livres, et que mes blessures touchées par Tes doigts guérisseurs, je puisse discerner et distinguer entre présomption et confession ; entre ceux qui voyaient où ils devaient aller, sans pourtant voir le chemin, et le chemin qui ne mène pas seulement à contempler, mais à demeurer dans le pays béatifique. Car si j’avais d’abord été formé dans Tes Saintes Écritures, et que Tu, par leur usage quotidien…
Mais après avoir lu ces livres des Platoniciens, et avoir ainsi appris à chercher la vérité incorporelle, je vis Tes choses invisibles, comprises à travers celles qui sont faites ; et bien que repoussé, je perçus ce que, à cause des ténèbres de mon esprit, j’étais empêché de contempler, étant assuré « que Tu étais, et étais infini, et pourtant pas diffus dans l’espace, fini ou infini ; et que Tu es vraiment Celui qui es toujours le même, ne variant en aucune partie ni en aucun mouvement ; et que toutes les autres choses proviennent de Toi, sur ce seul fondement très certain, qu’elles existent ». J’étais assuré de ces choses, mais pas assez pour Te jouir. Je parlais comme quelqu’un de très compétent ; mais si je n’avais pas cherché Ton chemin en Christ notre Sauveur, j’aurais été prouvé non pas compétent, mais mort. Car maintenant j’avais commencé à vouloir paraître sage, rempli de ma propre punition, mais je ne me lamentais pas, plutôt je méprisais, gonflé de savoir. Car où était cette charité qui s’édifie sur le fondement de l’humilité, qui est Christ Jésus ? Ou quand ces livres devraient-ils me l’apprendre ? Sur cela, je crois, Tu as donc voulu que je tombe, avant que j’étudie Tes Écritures, afin que soit gravé dans ma mémoire comment j’en étais affecté ; et que par la suite, lorsque mes esprits seraient domptés par Tes livres, et que mes blessures touchées par Tes doigts guérisseurs, je puisse discerner et distinguer entre présomption et confession ; entre ceux qui voyaient où ils devaient aller, sans pourtant voir le chemin, et le chemin qui ne mène pas seulement à contempler, mais à demeurer dans le pays béatifique. Car si j’avais d’abord été formé dans Tes Saintes Écritures, et que Tu, par leur usage quotidien…
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Elle est devenue douce à mes yeux ; et si j’avais alors eu accès à ces autres livres, ils auraient peut-être pu m’éloigner du sol solide de la piété. Ou bien, si j’étais resté dans cet état sain que j’y avais acquis, j’aurais pu croire que cela pouvait être obtenu uniquement par l’étude de ces livres. Alors, avec grande ardeur, je saisis cet écrit vénérable de Ton Esprit, et surtout celui de l’Apôtre Paul. Aussitôt, ces difficultés disparurent : il ne me semblait plus qu’il se contredise, ni que le texte de ses paroles ne concorde pas avec les témoignages de la Loi et des Prophètes. Le visage de cette parole pure m’apparut comme unique ; j’appris à me réjouir avec tremblement. Ainsi commençai-je ; et toute vérité que j’avais lue dans ces autres livres, je la trouvai ici, au milieu des louanges de Ta Grâce : afin que celui qui voit ne se glorifie pas comme s’il n’avait reçu non seulement ce qu’il voit, mais aussi ce qu’il voit (car que possède-t-il qui ne lui ait pas été donné ?), afin qu’il soit non seulement exhorté à contempler Toi, qui es toujours le même, mais aussi guéri pour Te tenir ; et afin que celui qui ne peut voir de loin puisse néanmoins marcher sur le chemin qui le mène à Toi, pour Te contempler et Te tenir. Car, bien qu’un homme soit ravi par la loi de Dieu en son for intérieur, que fera-t-il de cette autre loi dans ses membres, qui lutte contre la loi de son esprit et le livre en captivité à la loi du péché qui est en ses membres ? Car Tu es juste, ô Seigneur, mais nous avons péché, commis l’iniquité et agi mal ; Ta main pèse lourdement sur nous, et nous sommes légitimement livrés à ce vieux pécheur, le roi de la mort ; car il a persuadé notre volonté d’être semblable à la sienne, ce qui l’a empêché de demeurer dans Ta vérité. Que fera l’homme misérable ? Qui le délivrera du corps de sa mort, sinon seulement Ta Grâce, par Jésus-Christ notre Seigneur, que Tu as engendré coéternellement et formé au commencement de Tes voies ; en Lui, le prince de ce monde n’a rien trouvé digne de mort, pourtant il L’a tué ; et l’écriture qui était contraire à nous a été effacée. Tout cela, ces écrits ne le contiennent pas. Ces pages ne présentent pas l’image de cette piété, les larmes de confession, Ton sacrifice, un esprit troublé, un cœur brisé et contrit, le salut du peuple, la Ville Nuptiale, l’espérance du Saint-Esprit, la Coupe de notre Rédemption. Personne là-bas ne chante : « Ma âme ne sera-t-elle pas soumise à Dieu ? » Car c’est de Lui que vient mon salut. Car Il est mon Dieu et mon salut, mon gardien ; je ne serai plus ébranlé. Personne là-bas n’entend Sa voix qui appelle : « Venez à Moi, vous tous qui êtes chargés. » Ils méprisent d’apprendre de Lui, parce qu’Il est humble et doux de cœur ; car Tu as caché ces choses aux sages et…
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Prudent, tu les as révélés aux enfants. Car il y a une différence entre voir, depuis le sommet hérissé de la montagne, la terre de paix sans trouver de chemin pour s’y rendre ; et tenter en vain de prendre des chemins impraticables, contrés et assiégés par des fuyards et des déserteurs, sous leur chef, le lion et le dragon ; et entreprendre le chemin qui mène là-bas, gardé par l’armée du général céleste ; là où ceux qui ont abandonné l’armée céleste ne sont pas pillés, car ils l’évitent comme une véritable torture. Ces choses pénétrèrent merveilleusement dans mes entrailles lorsque je lus que ce plus humble de Tes Apôtres avait médité sur Tes œuvres et tremblait extrêmement.
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LIVRE VIII
Ô mon Dieu, permets-moi, avec gratitude, de te rappeler et de t’avouer
tes miséricordes envers moi. Que mes os soient arrosés par ton amour, et qu’ils
te disent : Qui est comme toi, ô Seigneur ? Tu as brisé mes liens ;
je t’offrirai un sacrifice de reconnaissance. Et je raconterai comment
tu les as brisés ; et tous ceux qui te vénèrent, en entendant cela,
diront : « Béni soit le Seigneur, dans les cieux et sur la terre ;
son nom est grand et merveilleux. » Tes paroles s’étaient gravées
dans mon cœur, et j’étais entouré de toutes parts par toi.
J’étais maintenant certain de ta vie éternelle, bien que je la visse
sous forme d’image et comme à travers un miroir. Pourtant, je n’avais
plus de doute quant à l’existence d’une substance incorruptible, d’où
provenait toute autre substance ; je ne désirais plus être davantage
assuré de toi, mais plutôt rester plus ferme en toi. Quant à ma vie
temporelle, tout était incertain, et mon cœur devait être purifié du
vieux levain. Le Chemin, le Sauveur lui-même, me plaisaient beaucoup,
mais j’hésitais encore à emprunter ses sentiers difficiles. Et tu m’as
inspiré, et cela m’a semblé bon, d’aller voir Simplicienus, qui
m’apparaissait comme un bon serviteur du tien ; ta grâce brillait en lui.
J’avais aussi entendu dire qu’il avait vécu, dès sa jeunesse, avec une
grande dévotion envers toi. Il avait maintenant atteint l’âge mûr ;
et, ayant passé une si longue période à suivre avec zèle tes voies,
il me semblait susceptible d’avoir acquis beaucoup d’expérience ; et c’était
le cas. J’espérais donc qu’il me dirait (en lui exposant mes angoisses)
quelle était la voie la plus appropriée pour quelqu’un dans ma situation
pour marcher sur tes chemins.
Car je voyais l’Église pleine ; certains allaient d’un côté, d’autres
de l’autre. Mais j’étais mécontent de mener une vie séculière ;
en effet, maintenant que mes désirs ne m’enflammaient plus, comme autrefois,
par des espoirs d’honneur et de profit, il était un fardeau très lourd
de subir de tels liens. Car, comparés à ta douceur et à la beauté de
ta maison que j’aimais, ces choses ne me réjouissaient plus. Mais j’étais
encore ensorcelé par l’amour des femmes ;
l’Apôtre ne m’interdisait pas de me marier, bien qu’il me conseillât
quelque chose de mieux, souhaitant avant tout que tous les hommes soient
comme lui. Mais moi…
Ô mon Dieu, permets-moi, avec gratitude, de te rappeler et de t’avouer
tes miséricordes envers moi. Que mes os soient arrosés par ton amour, et qu’ils
te disent : Qui est comme toi, ô Seigneur ? Tu as brisé mes liens ;
je t’offrirai un sacrifice de reconnaissance. Et je raconterai comment
tu les as brisés ; et tous ceux qui te vénèrent, en entendant cela,
diront : « Béni soit le Seigneur, dans les cieux et sur la terre ;
son nom est grand et merveilleux. » Tes paroles s’étaient gravées
dans mon cœur, et j’étais entouré de toutes parts par toi.
J’étais maintenant certain de ta vie éternelle, bien que je la visse
sous forme d’image et comme à travers un miroir. Pourtant, je n’avais
plus de doute quant à l’existence d’une substance incorruptible, d’où
provenait toute autre substance ; je ne désirais plus être davantage
assuré de toi, mais plutôt rester plus ferme en toi. Quant à ma vie
temporelle, tout était incertain, et mon cœur devait être purifié du
vieux levain. Le Chemin, le Sauveur lui-même, me plaisaient beaucoup,
mais j’hésitais encore à emprunter ses sentiers difficiles. Et tu m’as
inspiré, et cela m’a semblé bon, d’aller voir Simplicienus, qui
m’apparaissait comme un bon serviteur du tien ; ta grâce brillait en lui.
J’avais aussi entendu dire qu’il avait vécu, dès sa jeunesse, avec une
grande dévotion envers toi. Il avait maintenant atteint l’âge mûr ;
et, ayant passé une si longue période à suivre avec zèle tes voies,
il me semblait susceptible d’avoir acquis beaucoup d’expérience ; et c’était
le cas. J’espérais donc qu’il me dirait (en lui exposant mes angoisses)
quelle était la voie la plus appropriée pour quelqu’un dans ma situation
pour marcher sur tes chemins.
Car je voyais l’Église pleine ; certains allaient d’un côté, d’autres
de l’autre. Mais j’étais mécontent de mener une vie séculière ;
en effet, maintenant que mes désirs ne m’enflammaient plus, comme autrefois,
par des espoirs d’honneur et de profit, il était un fardeau très lourd
de subir de tels liens. Car, comparés à ta douceur et à la beauté de
ta maison que j’aimais, ces choses ne me réjouissaient plus. Mais j’étais
encore ensorcelé par l’amour des femmes ;
l’Apôtre ne m’interdisait pas de me marier, bien qu’il me conseillât
quelque chose de mieux, souhaitant avant tout que tous les hommes soient
comme lui. Mais moi…
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Faible, j’ai choisi le chemin le plus indulgent ; et rien que pour cela, j’étais ballotté de tous côtés, faible et épuisé par des soucis dévastateurs, car en d’autres matières j’étais contraint, contre ma volonté, de m’adapter à une vie conjugale à laquelle j’avais été livré et enchaîné. J’avais entendu de la bouche de la Vérité qu’il y avait des eunuques qui s’étaient fait eunuques pour le royaume des cieux ; mais, dit-Il, que celui qui peut le recevoir le reçoive. Certes, vains sont tous ceux qui ignorent Dieu et ne peuvent pas, à partir des bonnes choses visibles, découvrir Celui qui est bon. Mais je n’étais plus dans cette vanité ; je l’avais surmontée ; et par le témoignage commun de toutes Tes créatures, j’avais trouvé Toi, notre Créateur, et Ton Verbe, Dieu avec Toi, et avec Toi un seul Dieu, par qui Tu as créé toutes choses. Il existe encore un autre genre d’impies, qui, connaissant Dieu, ne Le glorifiaient pas comme Dieu, ni ne Le remerciaient. J’étais également tombé dans ce cas, mais Ta main droite m’a soutenu, m’en a tiré, et Tu m’as placé là où je pouvais me remettre. Car Tu as dit à l’homme : Voici, la crainte du Seigneur, c’est la sagesse ; et : Ne désire pas paraître sage, car ceux qui se prétendaient sages sont devenus fous. Mais j’avais maintenant trouvé la belle perle, que, en vendant tout ce que j’avais, j’aurais dû acheter, et j’hésitais.
Alors je suis allé voir Simplicien, le père d’Ambroise (un évêque aujourd’hui), pour recevoir Ta grâce, et qu’Ambroise aimait vraiment comme un père. Je lui ai raconté les détours de mes errances. Mais lorsque j’ai mentionné que j’avais lu certains livres des platoniciens, que Victorin, ancien professeur de rhétorique à Rome (qui était mort chrétien, d’après ce que j’avais entendu), avait traduits en latin, il exprima sa joie que je ne me sois pas tourné vers les écrits d’autres philosophes, pleins de sophismes et de tromperies, selon les principes de ce monde, tandis que les platoniciens menaient de multiples façons à la foi en Dieu et en Son Verbe. Puis, pour m’exhorter à l’humilité du Christ, cachée aux sages et révélée aux petits, il parla de Victorin lui-même, qu’il avait très bien connu à Rome ; et à son sujet, je ne cacherai rien. Car cela contient une grande louange de Ta grâce, de confesser devant Toi comment cet homme âgé, très savant et expert dans les sciences libérales, qui avait lu et étudié tant d’œuvres des philosophes ; l’instructeur de tant de nobles sénateurs, qui, en témoignage de l’excellence de ses fonctions, avait obtenu – ce que les hommes de ce monde considèrent comme un grand honneur – une statue sur le Forum romain ; lui, à cet âge-là, adorateur d’idoles et participant aux…
Alors je suis allé voir Simplicien, le père d’Ambroise (un évêque aujourd’hui), pour recevoir Ta grâce, et qu’Ambroise aimait vraiment comme un père. Je lui ai raconté les détours de mes errances. Mais lorsque j’ai mentionné que j’avais lu certains livres des platoniciens, que Victorin, ancien professeur de rhétorique à Rome (qui était mort chrétien, d’après ce que j’avais entendu), avait traduits en latin, il exprima sa joie que je ne me sois pas tourné vers les écrits d’autres philosophes, pleins de sophismes et de tromperies, selon les principes de ce monde, tandis que les platoniciens menaient de multiples façons à la foi en Dieu et en Son Verbe. Puis, pour m’exhorter à l’humilité du Christ, cachée aux sages et révélée aux petits, il parla de Victorin lui-même, qu’il avait très bien connu à Rome ; et à son sujet, je ne cacherai rien. Car cela contient une grande louange de Ta grâce, de confesser devant Toi comment cet homme âgé, très savant et expert dans les sciences libérales, qui avait lu et étudié tant d’œuvres des philosophes ; l’instructeur de tant de nobles sénateurs, qui, en témoignage de l’excellence de ses fonctions, avait obtenu – ce que les hommes de ce monde considèrent comme un grand honneur – une statue sur le Forum romain ; lui, à cet âge-là, adorateur d’idoles et participant aux…
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des rites sacrilèges, auxquels presque toute la noblesse de Rome s’était abandonnée, et qui avaient inspiré au peuple l’amour d’Anubis, dieu aboyant, et de tous les dieux-monstres de toutes sortes, qui luttaient contre Neptune, Vénus et Minerve : ceux que Rome avait jadis conquis, qu’elle adorait maintenant ; tout ce que le vénérable Victorinus avait défendu avec une éloquence retentissante pendant tant d’années ; — lui, maintenant, n’avait pas honte d’être l’enfant de ton Christ, le nouveau-né de ta source ; il soumettait son cou au joug de l’humilité et inclinait son front devant le déshonneur de la Croix.
Ô Seigneur, Seigneur, qui as courbé les cieux et es descendu, qui as touché les montagnes et elles ont fumé, par quel moyen t’es-tu transporté dans cette poitrine ? Il lisait (comme le disait Simplicien) les Saintes Écritures, étudiait avec grand soin et examinait tous les écrits chrétiens, et disait à Simplicien (non ouvertement, mais en privé, en tant qu’ami) : « Comprends que je suis déjà chrétien. » Celui-ci répondit : « Je ne le croirai pas, ni ne te compterai parmi les chrétiens, à moins de te voir dans l’Église du Christ. » L’autre répliqua en plaisantant : « Alors, les murs font-ils des chrétiens ? » Et il disait souvent qu’il était déjà chrétien ; Simplicien donnait aussi souvent la même réponse, et l’idée des « murs » était constamment renouvelée par l’autre. Car il craignait de froisser ses amis, fiers adorateurs de démons, dont la haute dignité babylonienne, semblable aux cèdres du Liban que le Seigneur n’avait pas encore abattus, lui faisait craindre que le poids de l’inimitié ne pèse sur lui. Mais après avoir acquis de la fermeté par la lecture et la réflexion sérieuse, craignant d’être rejeté par Christ devant les saints anges s’il avait maintenant peur de Le confesser devant les hommes, et se considérant coupable d’un grave péché en ayant honte des sacrements de l’humilité de ta Parole, sans avoir honte des rites sacrilèges de ces fiers démons, dont il avait imité l’orgueil et adopté leurs rites, il devint audacieux face à la vanité et honteux face à la vérité, et dit soudainement et inopinément à Simplicien (comme il me l’a raconté lui-même) : « Allons à l’Église ; je veux être fait chrétien. » Mais celui-ci, incapable de se contenir de joie, partit avec lui. Et après avoir été admis au premier sacrement et devenu catéchumène, peu de temps après il donna son nom afin de pouvoir être régénéré par le baptême ; Rome s’étonna, l’Église se réjouit. Les fiers
Ô Seigneur, Seigneur, qui as courbé les cieux et es descendu, qui as touché les montagnes et elles ont fumé, par quel moyen t’es-tu transporté dans cette poitrine ? Il lisait (comme le disait Simplicien) les Saintes Écritures, étudiait avec grand soin et examinait tous les écrits chrétiens, et disait à Simplicien (non ouvertement, mais en privé, en tant qu’ami) : « Comprends que je suis déjà chrétien. » Celui-ci répondit : « Je ne le croirai pas, ni ne te compterai parmi les chrétiens, à moins de te voir dans l’Église du Christ. » L’autre répliqua en plaisantant : « Alors, les murs font-ils des chrétiens ? » Et il disait souvent qu’il était déjà chrétien ; Simplicien donnait aussi souvent la même réponse, et l’idée des « murs » était constamment renouvelée par l’autre. Car il craignait de froisser ses amis, fiers adorateurs de démons, dont la haute dignité babylonienne, semblable aux cèdres du Liban que le Seigneur n’avait pas encore abattus, lui faisait craindre que le poids de l’inimitié ne pèse sur lui. Mais après avoir acquis de la fermeté par la lecture et la réflexion sérieuse, craignant d’être rejeté par Christ devant les saints anges s’il avait maintenant peur de Le confesser devant les hommes, et se considérant coupable d’un grave péché en ayant honte des sacrements de l’humilité de ta Parole, sans avoir honte des rites sacrilèges de ces fiers démons, dont il avait imité l’orgueil et adopté leurs rites, il devint audacieux face à la vanité et honteux face à la vérité, et dit soudainement et inopinément à Simplicien (comme il me l’a raconté lui-même) : « Allons à l’Église ; je veux être fait chrétien. » Mais celui-ci, incapable de se contenir de joie, partit avec lui. Et après avoir été admis au premier sacrement et devenu catéchumène, peu de temps après il donna son nom afin de pouvoir être régénéré par le baptême ; Rome s’étonna, l’Église se réjouit. Les fiers
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Ils virent cela et se mirent en colère ; ils grinçaient des dents et disparurent. Mais le Seigneur Dieu était l’espoir de Ton serviteur, et il ne prit pas en compte les vanités ni la folie mensongère.
Pour conclure, lorsque vint l’heure de faire profession de sa foi (ce que, à Rome, ceux qui sont sur le point de s’approcher de Ta grâce prononcent depuis un lieu élevé, aux yeux de tous les fidèles, selon une formule verbale mémorisée), les prêtres, dit-il, proposèrent à Victorinus (comme on le faisait pour ceux qui semblaient, par leur timidité, susceptibles d’être effrayés) de faire sa profession plus en privé ; mais il préféra plutôt proclamer sa salut en présence de la sainte foule. « Car ce n’était pas la salvation qu’il enseignait en rhétorique, et pourtant il l’avait proclamée publiquement : à plus forte raison devait-il, en prononçant Ta parole, craindre Ton troupeau doux, qui, lorsqu’il prononçait ses propres mots, n’avait pas craint une foule en délire ! » Lorsqu’il monta donc pour faire sa profession, tous, le connaissant, chuchotaient son nom les uns aux autres avec voix de félicitations. Et qui donc ne le connaissait pas là ? Un murmure sourd parcourut toutes les bouches de la foule joyeuse : Victorinus ! Victorinus ! Une explosion soudaine d’extase éclata, car ils le voyaient ; aussitôt ils se turent pour pouvoir l’entendre. Il prononça la vraie foi avec une audace remarquable, et tous désiraient l’attirer dans leur cœur même ; oui, par leur amour et leur joie, ils l’y attiraient, tels étaient les bras par lesquels ils le tiraient.
Bon Dieu ! Que se passe-t-il dans l’homme, pour qu’il se réjouisse davantage de la salvation d’une âme désespérée et libérée d’un grand péril, que s’il y avait toujours eu espoir pour elle ou si le danger avait été moindre ? Car Toi aussi, Père miséricordieux, te réjouis davantage d’un seul repentant que de quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont besoin d’aucun repentir. Et avec grande joie nous entendons, chaque fois que nous apprenons avec quelle joie l’agneau égaré est ramené sur l’épaule du berger, et que le grain est restitué à Ton trésor, les voisins se réjouissant avec la femme qui l’a trouvé ; et la joie du service solennel de Ta maison fait verser des larmes, lorsque dans Ta maison on lit que Ton fils cadet était mort et vit de nouveau ; perdu, il a été retrouvé. Car Tu te réjouis en nous, et en Tes anges saints, saints par la charité sainte. Car Tu es toujours le même ; car pour toutes choses qui ne demeurent pas les mêmes ni pour toujours, Tu les connais toujours de la même manière.
Que se passe-t-il donc dans l’âme, lorsqu’elle est plus ravie de trouver ou de recouvrer les choses qu’elle aime, que si elle les avait eues dès le début ? Oui, et d’autres…
Pour conclure, lorsque vint l’heure de faire profession de sa foi (ce que, à Rome, ceux qui sont sur le point de s’approcher de Ta grâce prononcent depuis un lieu élevé, aux yeux de tous les fidèles, selon une formule verbale mémorisée), les prêtres, dit-il, proposèrent à Victorinus (comme on le faisait pour ceux qui semblaient, par leur timidité, susceptibles d’être effrayés) de faire sa profession plus en privé ; mais il préféra plutôt proclamer sa salut en présence de la sainte foule. « Car ce n’était pas la salvation qu’il enseignait en rhétorique, et pourtant il l’avait proclamée publiquement : à plus forte raison devait-il, en prononçant Ta parole, craindre Ton troupeau doux, qui, lorsqu’il prononçait ses propres mots, n’avait pas craint une foule en délire ! » Lorsqu’il monta donc pour faire sa profession, tous, le connaissant, chuchotaient son nom les uns aux autres avec voix de félicitations. Et qui donc ne le connaissait pas là ? Un murmure sourd parcourut toutes les bouches de la foule joyeuse : Victorinus ! Victorinus ! Une explosion soudaine d’extase éclata, car ils le voyaient ; aussitôt ils se turent pour pouvoir l’entendre. Il prononça la vraie foi avec une audace remarquable, et tous désiraient l’attirer dans leur cœur même ; oui, par leur amour et leur joie, ils l’y attiraient, tels étaient les bras par lesquels ils le tiraient.
Bon Dieu ! Que se passe-t-il dans l’homme, pour qu’il se réjouisse davantage de la salvation d’une âme désespérée et libérée d’un grand péril, que s’il y avait toujours eu espoir pour elle ou si le danger avait été moindre ? Car Toi aussi, Père miséricordieux, te réjouis davantage d’un seul repentant que de quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont besoin d’aucun repentir. Et avec grande joie nous entendons, chaque fois que nous apprenons avec quelle joie l’agneau égaré est ramené sur l’épaule du berger, et que le grain est restitué à Ton trésor, les voisins se réjouissant avec la femme qui l’a trouvé ; et la joie du service solennel de Ta maison fait verser des larmes, lorsque dans Ta maison on lit que Ton fils cadet était mort et vit de nouveau ; perdu, il a été retrouvé. Car Tu te réjouis en nous, et en Tes anges saints, saints par la charité sainte. Car Tu es toujours le même ; car pour toutes choses qui ne demeurent pas les mêmes ni pour toujours, Tu les connais toujours de la même manière.
Que se passe-t-il donc dans l’âme, lorsqu’elle est plus ravie de trouver ou de recouvrer les choses qu’elle aime, que si elle les avait eues dès le début ? Oui, et d’autres…
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Toutes choses en sont témoins ; et tout est plein de témoins qui crient : « C’est bien ainsi ». Le commandant vainqueur triomphe ; pourtant il n’aurait pas pu vaincre s’il n’avait pas combattu ; et plus le péril était grand dans la bataille, plus grande était la joie du triomphe. La tempête secoue les marins, menace le naufrage ; tous pâlissent à l’approche de la mort ; le ciel et la mer se calment, et ils sont extrêmement joyeux, comme s’ils avaient été extrêmement effrayés. Un ami est malade, et son pouls indique un danger ; tous ceux qui espèrent sa guérison sont angoissés avec lui. Il reprend des forces, bien qu’il ne marche pas encore avec sa vigueur d’autrefois ; pourtant il y a une telle joie qu’il n’y en avait pas lorsqu’il marchait sain et fort. Oui, même les plaisirs de la vie humaine sont obtenus par des difficultés, non seulement ceux qui nous surviennent sans que nous l’ayons prévu et contre notre volonté, mais aussi à travers des souffrances choisies nous-mêmes dans la quête du plaisir. Manger et boire n’ont aucun plaisir, à moins que la faim et la soif ne les précèdent. Ceux qui aiment boire mangent certains viandes salées, afin de provoquer une chaleur désagréable que l’alcool apaise, procurant ainsi du plaisir. Il est également prescrit que la fiancée ne soit pas donnée immédiatement, de peur que, en tant que mari, on ne méprise celle qu’on n’avait pas désirée en tant que fiancée.
Cette loi s’applique à la joie impure et maudite ; celle-ci, à la joie permise et légale ; celle-là, à la perfection la plus pure de l’amitié ; celle-ci, à celui qui était mort et est revenu à la vie ; perdu puis retrouvé. Partout, la joie plus grande est précédée par la douleur plus grande. Que signifie cela, ô Seigneur mon Dieu, alors que Tu es éternellement joie pour Toi-même, et que certaines choses autour de Toi se réjouissent éternellement en Toi ? Que signifie cela, que cette partie des choses monte et descende alternativement, mécontente puis réconciliée ? Est-ce là leur mesure assignée ? Est-ce tout ce que Tu leur as donné, alors que, des cieux les plus hauts jusqu’à la terre la plus basse, du commencement du monde jusqu’à la fin des âges, de l’ange au ver, du premier mouvement au dernier, Tu places chacun à sa place et réalises chaque chose à son heure, chaque bien selon sa nature ? Malheur à moi ! Comme Tu es élevé dans les hauteurs, et profond dans les abîmes ! Et Tu ne t’éloignes jamais, tandis que nous retournons à peine vers Toi.
Lève-toi, Seigneur, et agis ; éveille-nous, rappelle-nous ; enflamme-nous, attire-nous ; fais-nous aimer, fais-nous courir. Ne reviennent-ils pas nombreux, issus d’un enfer de cécité plus profond que celui de Victorinus, vers Toi, s’approchent-ils et ne sont-ils pas éclairés, recevant cette Lumière grâce à laquelle ceux qui la reçoivent obtiennent de Toi la force de devenir Tes fils ? Mais s’ils sont moins connus des nations, même ceux qui les connaissent se réjouissent moins pour eux. Car lorsque beaucoup se réjouissent ensemble, chacun éprouve une joie encore plus intense, car ils sont tous enflammés les uns par les autres.
Cette loi s’applique à la joie impure et maudite ; celle-ci, à la joie permise et légale ; celle-là, à la perfection la plus pure de l’amitié ; celle-ci, à celui qui était mort et est revenu à la vie ; perdu puis retrouvé. Partout, la joie plus grande est précédée par la douleur plus grande. Que signifie cela, ô Seigneur mon Dieu, alors que Tu es éternellement joie pour Toi-même, et que certaines choses autour de Toi se réjouissent éternellement en Toi ? Que signifie cela, que cette partie des choses monte et descende alternativement, mécontente puis réconciliée ? Est-ce là leur mesure assignée ? Est-ce tout ce que Tu leur as donné, alors que, des cieux les plus hauts jusqu’à la terre la plus basse, du commencement du monde jusqu’à la fin des âges, de l’ange au ver, du premier mouvement au dernier, Tu places chacun à sa place et réalises chaque chose à son heure, chaque bien selon sa nature ? Malheur à moi ! Comme Tu es élevé dans les hauteurs, et profond dans les abîmes ! Et Tu ne t’éloignes jamais, tandis que nous retournons à peine vers Toi.
Lève-toi, Seigneur, et agis ; éveille-nous, rappelle-nous ; enflamme-nous, attire-nous ; fais-nous aimer, fais-nous courir. Ne reviennent-ils pas nombreux, issus d’un enfer de cécité plus profond que celui de Victorinus, vers Toi, s’approchent-ils et ne sont-ils pas éclairés, recevant cette Lumière grâce à laquelle ceux qui la reçoivent obtiennent de Toi la force de devenir Tes fils ? Mais s’ils sont moins connus des nations, même ceux qui les connaissent se réjouissent moins pour eux. Car lorsque beaucoup se réjouissent ensemble, chacun éprouve une joie encore plus intense, car ils sont tous enflammés les uns par les autres.
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par l’autre. De même, parce que ceux qui sont connus de beaucoup influencent davantage vers le salut et ouvrent la voie à beaucoup pour les suivre. C’est pourquoi ceux qui les ont précédés se réjouissent grandement en eux, car ils ne se réjouissent pas seulement en eux. Car il est loin que, dans Ton tabernacle, les personnes des riches soient acceptées avant les pauvres, ou les nobles avant les ignobles ; car Tu as plutôt choisi les choses faibles du monde pour confondre les forts ; et Tu as choisi les choses viles de ce monde, celles qui sont méprisées, ainsi que celles qui n’existent pas, afin de réduire à néant les choses qui existent. Et pourtant, même ce plus humble de Tes apôtres, par la bouche duquel Tu as prononcé ces paroles, lorsque, à force de lutte, Paulus le Proconsul, vaincu par son orgueil, fut contraint de se soumettre au joug facile de Ton Christ et devint un sujet du grand Roi ; lui aussi, pour son ancien nom de Saul, accepta d’être appelé Paul, en témoignage d’une si grande victoire. Car l’ennemi est plus vaincu chez celui dont il a le plus de prise, chez celui par qui il a prise sur plus de choses. Mais les orgueilleux, il a plus de prise sur eux à cause de leur noblesse ; et par eux, encore plus à cause de leur autorité. D’autant plus donc le cœur de Victorinus fut-il estimé bienvenu, que le diable l’avait tenu pour une possession imprenable ; la langue de Victorinus, avec laquelle cet arme puissante et tranchante il avait tué beaucoup ; d’autant plus abondamment Tes fils devraient-ils se réjouir, puisque notre Roi a lié l’homme fort, et qu’ils ont vu ses instruments lui être enlevés, purifiés et rendus dignes de Ta gloire ; et devenus utiles au Seigneur pour toute bonne œuvre.
Mais lorsque cet homme à Toi, Simplicianus, m’a raconté cela au sujet de Victorinus, j’étais brûlant de l’imiter ; car c’était précisément à cette fin qu’il me l’avait raconté. Mais lorsqu’il ajouta aussi comment, aux jours de l’empereur Julien, une loi fut promulguée interdisant aux chrétiens d’enseigner les sciences libérales ou l’art oratoire ; et comment lui, obéissant à cette loi, préféra abandonner l’école des belles-lettres plutôt que Ta Parole, par laquelle Tu rends éloquentes les langues des muets ; il ne me sembla pas plus résolu que béni, ayant ainsi trouvé l’occasion de Te servir seul. C’est ce à quoi je aspirais, étant lié, non pas par les fers d’autrui, mais par ma propre volonté de fer. Mon volonté était tenue par l’ennemi, qui en fit une chaîne pour moi et me lia. Car d’une volonté audacieuse naquit un désir ; et un désir suivi devint une habitude ; et une habitude à laquelle on ne résiste pas devint une nécessité. Par ces maillons, pour ainsi dire, joints ensemble (d’où je l’ai appelée une chaîne), un joug rigoureux me tenait prisonnier. Mais cette nouvelle volonté qui commençait à naître en moi, pour servir librement
Mais lorsque cet homme à Toi, Simplicianus, m’a raconté cela au sujet de Victorinus, j’étais brûlant de l’imiter ; car c’était précisément à cette fin qu’il me l’avait raconté. Mais lorsqu’il ajouta aussi comment, aux jours de l’empereur Julien, une loi fut promulguée interdisant aux chrétiens d’enseigner les sciences libérales ou l’art oratoire ; et comment lui, obéissant à cette loi, préféra abandonner l’école des belles-lettres plutôt que Ta Parole, par laquelle Tu rends éloquentes les langues des muets ; il ne me sembla pas plus résolu que béni, ayant ainsi trouvé l’occasion de Te servir seul. C’est ce à quoi je aspirais, étant lié, non pas par les fers d’autrui, mais par ma propre volonté de fer. Mon volonté était tenue par l’ennemi, qui en fit une chaîne pour moi et me lia. Car d’une volonté audacieuse naquit un désir ; et un désir suivi devint une habitude ; et une habitude à laquelle on ne résiste pas devint une nécessité. Par ces maillons, pour ainsi dire, joints ensemble (d’où je l’ai appelée une chaîne), un joug rigoureux me tenait prisonnier. Mais cette nouvelle volonté qui commençait à naître en moi, pour servir librement
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Toi, et le désir de Te jouir, ô Dieu, unique plaisir assuré, n’avaient pas encore pu surmonter ma volonté antérieure, renforcée par l’âge. Ainsi, mes deux volontés, l’une nouvelle, l’autre ancienne, l’une charnelle, l’autre spirituelle, luttaient en moi ; et par leur discorde, ma âme était détruite. C’est ainsi que, par ma propre expérience, j’ai compris ce que j’avais lu : comment la chair convoite contre l’esprit et l’esprit contre la chair. En vérité, c’était moi-même dans les deux cas ; mais plus encore moi-même dans ce que j’approuvais en moi, que dans ce que je désapprouvais. Car dans ce dernier cas, il s’agissait pour la plupart non plus de moi-même, car souvent je supportais contre ma volonté plutôt que d’agir de mon plein gré. Et pourtant, c’était à travers moi que la coutume avait acquis ce pouvoir de se rebeller contre moi, car j’étais allé de mon plein gré là où je ne le voulais pas. Et qui a le droit de parler contre cela, si une juste punition suit le pécheur ? Je n’avais plus non plus l’excuse d’avant, selon laquelle j’hésitais encore à être au-dessus du monde et à Te servir, parce que la vérité ne m’était pas entièrement révélée ; car maintenant elle l’était aussi. Mais, restant encore au service de la terre, je refusais de combattre sous Ton étendard, et je craignais autant d’être libéré de tous les fardeaux que nous craindrions d’en être chargés. Ainsi, avec le bagage de ce monde présent, j’étais retenu agréablement, comme endormi : et les pensées dans lesquelles je méditais sur Toi ressemblaient aux efforts de ceux qui veulent se réveiller, mais qui, submergés par une lourde somnolence, y retombent. Et comme personne ne veut dormir éternellement, et que, selon le jugement lucide de tous, le réveil est préférable, pourtant l’homme, sentant une lourde léthargie dans tous ses membres, diffère à se débarrasser du sommeil, et, bien qu’à moitié mécontent, même lorsque le moment de se lever est venu, il y cède avec plaisir. Ainsi, j’étais convaincu qu’il valait beaucoup mieux pour moi me livrer à Ta charité qu’à ma propre cupidité ; mais bien que la première voie me satisfasse et prenne le dessus, la seconde me plaisait et me tenait en son pouvoir. Je n’avais rien à répondre à Ton appel : « Réveille-toi, toi qui dors, et lève-toi des morts, et le Christ te donnera la lumière ». Et quand Tu m’as montré de toutes parts que ce que Tu disais était vrai, moi, convaincu par la vérité, je n’avais rien à répondre, sinon ces mots ternes et somnolents : « Bientôt, bientôt », « tout de suite », « laisse-moi encore un peu de temps ». Mais « tout de suite » n’avait pas de réalité, et mon « petit moment » durait longtemps ; en vain me délectais-je de Ta loi selon l’homme intérieur, tandis qu’une autre loi dans mes membres se rebellait contre la loi de mon esprit, et me faisait prisonnier sous la loi du péché qui était dans mes membres. Car la loi du péché, c’est la violence de la coutume, par laquelle l’esprit est attiré et retenu, même…
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contre sa volonté ; mais à juste titre, car il y est tombé de son plein gré. Qui donc pourrait me délivrer, moi si misérable, du corps de cette mort, sinon Ta grâce seule, par Jésus-Christ, notre Seigneur ? Et comment Tu m’as délivré des liens du désir, avec lesquels j’étais étroitement attaché aux convoitises charnelles, et du labeur des choses mondaines, je vais maintenant le déclarer et le confesser au nom de Toi, ô Seigneur, mon aide et mon rédempteur. Dans une anxiété croissante, je faisais mes affaires habituelles, soupirant chaque jour vers Toi. Je fréquentais Ta Église, chaque fois que j’étais libre des tâches qui pesaient sur moi et dont je gémissais. Alypius était avec moi, libéré depuis la troisième séance de ses obligations professionnelles, attendant à qui vendre ses conseils, tout comme moi je vendais mon art de parler, si vraiment l’enseignement peut le transmettre. Nebridius avait alors, en considération de notre amitié, accepté d’enseigner sous la direction de Verecundus, citoyen et grammairien de Milan, et très proche ami de nous tous ; celui-ci désirait ardemment, et par droit d’amitié, obtenir de notre part cette aide fidèle dont il avait grand besoin. Nebridius n’était donc pas attiré par le désir de profit (car il aurait pu tirer bien plus avantage de ses connaissances s’il l’avait voulu), mais, en tant qu’ami très bon et doux, il ne voulait pas refuser une bonne œuvre et mépriser notre demande. Cependant, il agit avec beaucoup de discrétion, évitant de se faire connaître des personnages importants selon ce monde, fuyant la distraction d’esprit qui en résulte, et souhaitant avoir son esprit libre et disponible, autant d’heures que possible, pour chercher, lire ou entendre quelque chose concernant la sagesse.
Un jour donc, alors que Nebridius était absent (je ne me souviens pas pourquoi), voici qu’un certain Pontitianus, notre compatriote puisqu’il était lui aussi Africain, occupant une haute fonction à la cour de l’Empereur, vint me voir, ainsi qu’Alypius. Je ne sais pas ce qu’il voulait de nous, mais nous nous sommes assis pour converser. Il y avait sur une table, à côté de nous, un jeu ; il aperçut un livre, le prit, l’ouvrit et, contrairement à ses attentes, y trouva les écrits de l’Apôtre Paul, car il pensait que c’était l’un de ces livres que j’utilisais moi-même pour enseigner. Il sourit alors, me regarda et exprima sa joie et sa surprise d’avoir trouvé soudainement ce livre, et rien que celui-là, juste devant mes yeux. Car il était chrétien, baptisé, et se prosternait souvent devant Toi, notre Dieu, dans l’Église, par des prières fréquentes et continues. Lorsque je lui eus dit que je consacrais beaucoup d’efforts à ces Écritures, une conversation naquit (sous l’impulsion de son récit) au sujet d’Antoine le moine égyptien : dont le nom jouissait d’une grande réputation parmi Tes serviteurs, bien qu’il fût alors inconnu de nous.
Un jour donc, alors que Nebridius était absent (je ne me souviens pas pourquoi), voici qu’un certain Pontitianus, notre compatriote puisqu’il était lui aussi Africain, occupant une haute fonction à la cour de l’Empereur, vint me voir, ainsi qu’Alypius. Je ne sais pas ce qu’il voulait de nous, mais nous nous sommes assis pour converser. Il y avait sur une table, à côté de nous, un jeu ; il aperçut un livre, le prit, l’ouvrit et, contrairement à ses attentes, y trouva les écrits de l’Apôtre Paul, car il pensait que c’était l’un de ces livres que j’utilisais moi-même pour enseigner. Il sourit alors, me regarda et exprima sa joie et sa surprise d’avoir trouvé soudainement ce livre, et rien que celui-là, juste devant mes yeux. Car il était chrétien, baptisé, et se prosternait souvent devant Toi, notre Dieu, dans l’Église, par des prières fréquentes et continues. Lorsque je lui eus dit que je consacrais beaucoup d’efforts à ces Écritures, une conversation naquit (sous l’impulsion de son récit) au sujet d’Antoine le moine égyptien : dont le nom jouissait d’une grande réputation parmi Tes serviteurs, bien qu’il fût alors inconnu de nous.
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Lorsqu’il l’apprit, il s’attarda davantage sur ce sujet, s’étonnant de notre ignorance à propos d’une personne si éminente. Mais nous restâmes stupéfaits, entendant attestées en détail tes œuvres merveilleuses, accomplies à une époque si récente, presque à notre époque même, dans la vraie Foi et l’Église catholique. Nous étions tous étonnés : nous, de leur grandeur, et lui, du fait qu’elles ne nous étaient pas parvenues. Alors son discours se tourna vers les troupeaux des monastères et leurs voies saintes, un parfum suave pour Toi, ainsi que vers les déserts fertiles du désert, dont nous ne savions rien. Il y avait un monastère à Milan, plein de bons frères, hors des murs de la ville, sous la protection d’Ambroise, et nous ne le connaissions pas. Il continua son discours, et nous écoutâmes dans un silence attentif. Il nous raconta alors qu’un après-midi à Trèves, tandis que l’Empereur était occupé par les jeux circassiens, lui et trois autres, ses compagnons, sortirent se promener dans les jardins près des murs de la ville. Là, comme ils marchaient par paires, l’un s’éloigna avec lui, tandis que les deux autres erraient seuls ; et ces derniers, au cours de leurs promenades, tombèrent sur une petite cabane habitée par certains de Tes serviteurs, pauvres d’esprit, auxquels appartient le royaume des cieux. Là, ils trouvèrent un petit livre contenant la vie d’Antoine. L’un d’eux commença à le lire, à l’admirer et à s’en enflammer ; et en lisant, il médita sur l’idée de mener une telle vie et de quitter son service séculier pour Te servir. Ces deux-là appartenaient à ceux qu’on appelle des agents chargés des affaires publiques. Soudain, rempli d’un amour saint et d’une honte modeste, irrité contre lui-même, il tourna les yeux vers son ami en disant : « Dis-moi, je t’en prie, quel avantage tirerons-nous de tous ces efforts ? Quel est notre but ? À quoi servons-nous ? Nos espoirs à la cour peuvent-ils aller au-delà d’être les favoris de l’Empereur ? Et en cela, y a-t-il quelque chose qui ne soit fragile et plein de dangers ? À travers combien de dangers parvenons-nous à un danger encore plus grand ? Et quand y arriverons-nous ? Mais un ami de Dieu, si je le souhaite, je le deviens dès maintenant. » Ainsi parla-t-il. Et, accablé par les tourments d’une nouvelle vie, il tourna de nouveau les yeux vers le livre, continua à lire, et fut transformé intérieurement, comme Tu l’as vu ; son esprit fut dépouillé du monde dès que cela apparut. Car, en lisant et en faisant monter et descendre les vagues de son cœur, il se fustigea un moment, puis discerna la voie à suivre et décida de choisir un meilleur chemin. Et maintenant étant à Toi, il dit à son ami : « J’ai maintenant rompu avec ces espoirs, et je suis résolu à servir Dieu ; et c’est dès cette heure, en ce lieu, que je commence. Si tu ne veux pas m’imiter, n’oppose pas de résistance. » L’autre répondit qu’il voulait rester avec lui, pour partager une récompense si glorieuse, un service si glorieux. Ainsi, tous deux étant désormais à Toi, ils construisaient la tour au prix nécessaire, la
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Abandonnant tout ce qu’ils possédaient, ils Te suivirent. Alors Pontitianus et les autres qui avaient parcouru d’autres parties du jardin vinrent les chercher au même endroit ; les ayant trouvés, ils leur rappelèrent de revenir, car la journée était déjà bien avancée. Mais eux, exposant leur résolution et leur dessein, ainsi que la manière dont cette volonté s’était formée en eux, leur demandèrent, s’ils ne voulaient pas se joindre à eux, de ne pas les importuner. Les autres, bien que rien n’eût changé en eux, se lamentèrent néanmoins (comme il l’affirma) et les félicitèrent pieusement, se recommandant à leurs prières ; puis, le cœur attaché encore à la terre, ils retournèrent au palais. Mais les deux autres, fixant leur cœur au ciel, restèrent dans la cabane. Tous deux avaient des fiancées qui, en apprenant cela, dédièrent également leur virginité à Dieu.
Telle fut l’histoire de Pontitianus ; mais Toi, ô Seigneur, tandis qu’il parlait, Tu m’as tourné vers moi-même, me prenant derrière mon dos où je m’étais placé, peu désireux de me voir ; et Tu m’as mis devant mon visage, afin que je voie à quel point j’étais laid, tordu et souillé, marqué de taches et d’ulcères. Je regardai et restai stupéfait ; je ne trouvais nulle part où fuir moi-même. Et si je cherchais à détourner mon regard de moi, Il continuait son récit, et Tu me plaçais de nouveau face à moi, me poussant sous mes yeux, afin que je découvre ma propre iniquité et que je la haïsse. Je la connaissais, mais je faisais semblant de ne pas la voir, je fermais un œil dessus et j’oubliais.
Mais maintenant, plus ardemment j’aimais ceux dont j’entendais parler, ces êtres aux sentiments sains qui s’étaient entièrement consacrés à Toi pour être guéris, plus je me haïssais en comparaison avec eux. Car de nombreuses années (environ douze) s’étaient écoulées depuis mes dix-neuf ans, date à laquelle, en lisant Hortensius de Cicéron, j’avais été saisi d’un amour sincère pour la sagesse ; et je retardais toujours le moment de rejeter la simple félicité terrestre pour me consacrer à la recherche de ce pour quoi non seulement la découverte, mais même la quête elle-même valait mieux que les trésors et les royaumes du monde, même déjà trouvés, et que les plaisirs du corps, même à ma disposition. Mais moi, misérable, très misérable, dès le début de ma jeunesse, j’avais demandé la chasteté à Toi, disant : « Donne-moi la chasteté et la continence, mais pas encore. » Car je craignais que Tu ne m’entendes bientôt et que Tu ne me guérisse rapidement de la maladie de la concupiscence, que je souhaitais assouvir plutôt que l’éteindre. Et j’avais erré sur des chemins tortueux, dans une superstition sacrilège, non pas vraiment convaincu de cela, mais comme…
Telle fut l’histoire de Pontitianus ; mais Toi, ô Seigneur, tandis qu’il parlait, Tu m’as tourné vers moi-même, me prenant derrière mon dos où je m’étais placé, peu désireux de me voir ; et Tu m’as mis devant mon visage, afin que je voie à quel point j’étais laid, tordu et souillé, marqué de taches et d’ulcères. Je regardai et restai stupéfait ; je ne trouvais nulle part où fuir moi-même. Et si je cherchais à détourner mon regard de moi, Il continuait son récit, et Tu me plaçais de nouveau face à moi, me poussant sous mes yeux, afin que je découvre ma propre iniquité et que je la haïsse. Je la connaissais, mais je faisais semblant de ne pas la voir, je fermais un œil dessus et j’oubliais.
Mais maintenant, plus ardemment j’aimais ceux dont j’entendais parler, ces êtres aux sentiments sains qui s’étaient entièrement consacrés à Toi pour être guéris, plus je me haïssais en comparaison avec eux. Car de nombreuses années (environ douze) s’étaient écoulées depuis mes dix-neuf ans, date à laquelle, en lisant Hortensius de Cicéron, j’avais été saisi d’un amour sincère pour la sagesse ; et je retardais toujours le moment de rejeter la simple félicité terrestre pour me consacrer à la recherche de ce pour quoi non seulement la découverte, mais même la quête elle-même valait mieux que les trésors et les royaumes du monde, même déjà trouvés, et que les plaisirs du corps, même à ma disposition. Mais moi, misérable, très misérable, dès le début de ma jeunesse, j’avais demandé la chasteté à Toi, disant : « Donne-moi la chasteté et la continence, mais pas encore. » Car je craignais que Tu ne m’entendes bientôt et que Tu ne me guérisse rapidement de la maladie de la concupiscence, que je souhaitais assouvir plutôt que l’éteindre. Et j’avais erré sur des chemins tortueux, dans une superstition sacrilège, non pas vraiment convaincu de cela, mais comme…
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préférant cela aux autres que je n’avais pas cherchés avec ferveur, mais que j’avais combattus malicieusement.
Et je croyais avoir ainsi reporté jour après jour le rejet des espérances de ce monde pour ne suivre que Toi, parce qu’il ne se présentait rien de certain vers quoi diriger mon chemin. Et voici que venait le jour où je devais être exposé à moi-même, et où ma conscience allait me réprimander : « Où es-tu maintenant, ma langue ? Tu disais qu’à cause d’une vérité incertaine tu ne voulais pas abandonner le fardeau de la vanité ; or, c’est désormais certain, et pourtant ce fardeau pèse encore sur toi, tandis que ceux qui n’ont ni tant peiné à le chercher, ni passé de longues années à y penser, ont vu leurs épaules allégées et reçu des ailes pour s’envoler. » Ainsi étais-je rongé intérieurement, extrêmement confus sous une honte affreuse, pendant que Pontitianus parlait ainsi. Lorsqu’il eut terminé son récit et l’affaire pour laquelle il était venu, il partit ; et moi, je restai seul avec moi-même. Que n’ai-je pas dit contre moi-même ? Avec quels châtiments de condamnation n’ai-je pas fouetté mon âme pour qu’elle me suive, s’efforçant de te suivre ! Pourtant elle reculait, refusait, mais ne se justifiait pas. Tous les arguments étaient épuisés et réfutés ; il ne restait qu’un recul muet ; et elle craignait, comme la mort elle-même, d’être empêchée de suivre cette coutume par laquelle elle se consumait jusqu’à la mort.
Alors, dans cette grande lutte au sein de mon intérieur, que j’avais vivement engagée contre mon âme, dans la chambre de mon cœur, troublé d’esprit et de visage, je m’adressai à Alypius : « Qu’avez-nous donc ? » m’écriai-je : « Qu’y a-t-il ? Qu’as-tu entendu ? Les ignorants se lèvent et s’emparent du ciel par la force, et nous, avec notre savoir, sans cœur, voilà où nous nous enlisons dans la chair et le sang ! Avons-nous honte de suivre, parce que d’autres sont partis avant nous, et n’avons-nous même pas honte de ne pas suivre ? » De telles paroles sortirent de moi, et la fièvre de mon esprit m’éloigna de lui, tandis que lui, me regardant avec étonnement, gardait le silence. Car ce n’était pas mon ton habituel ; et mon front, mes joues, mes yeux, ma couleur, le ton de ma voix exprimaient mieux mon état d’esprit que les mots que je prononçais. Il y avait un petit jardin près de notre logement, que nous pouvions utiliser, tout comme toute la maison, car le maître de maison, notre hôte, n’y vivait pas. C’est là que le tumulte de ma poitrine m’a conduit, où personne ne pouvait entraver la violente lutte que j’avais engagée avec moi-même, jusqu’à ce qu’elle se termine, comme Tu le savais, moi je ne le savais pas. Seulement, j’étais sainement distrait et en train de mourir pour vivre ; sachant quelle chose mauvaise j’étais, sans savoir quelle chose bonne j’allais bientôt devenir. Je me retirai alors dans le jardin, et
Et je croyais avoir ainsi reporté jour après jour le rejet des espérances de ce monde pour ne suivre que Toi, parce qu’il ne se présentait rien de certain vers quoi diriger mon chemin. Et voici que venait le jour où je devais être exposé à moi-même, et où ma conscience allait me réprimander : « Où es-tu maintenant, ma langue ? Tu disais qu’à cause d’une vérité incertaine tu ne voulais pas abandonner le fardeau de la vanité ; or, c’est désormais certain, et pourtant ce fardeau pèse encore sur toi, tandis que ceux qui n’ont ni tant peiné à le chercher, ni passé de longues années à y penser, ont vu leurs épaules allégées et reçu des ailes pour s’envoler. » Ainsi étais-je rongé intérieurement, extrêmement confus sous une honte affreuse, pendant que Pontitianus parlait ainsi. Lorsqu’il eut terminé son récit et l’affaire pour laquelle il était venu, il partit ; et moi, je restai seul avec moi-même. Que n’ai-je pas dit contre moi-même ? Avec quels châtiments de condamnation n’ai-je pas fouetté mon âme pour qu’elle me suive, s’efforçant de te suivre ! Pourtant elle reculait, refusait, mais ne se justifiait pas. Tous les arguments étaient épuisés et réfutés ; il ne restait qu’un recul muet ; et elle craignait, comme la mort elle-même, d’être empêchée de suivre cette coutume par laquelle elle se consumait jusqu’à la mort.
Alors, dans cette grande lutte au sein de mon intérieur, que j’avais vivement engagée contre mon âme, dans la chambre de mon cœur, troublé d’esprit et de visage, je m’adressai à Alypius : « Qu’avez-nous donc ? » m’écriai-je : « Qu’y a-t-il ? Qu’as-tu entendu ? Les ignorants se lèvent et s’emparent du ciel par la force, et nous, avec notre savoir, sans cœur, voilà où nous nous enlisons dans la chair et le sang ! Avons-nous honte de suivre, parce que d’autres sont partis avant nous, et n’avons-nous même pas honte de ne pas suivre ? » De telles paroles sortirent de moi, et la fièvre de mon esprit m’éloigna de lui, tandis que lui, me regardant avec étonnement, gardait le silence. Car ce n’était pas mon ton habituel ; et mon front, mes joues, mes yeux, ma couleur, le ton de ma voix exprimaient mieux mon état d’esprit que les mots que je prononçais. Il y avait un petit jardin près de notre logement, que nous pouvions utiliser, tout comme toute la maison, car le maître de maison, notre hôte, n’y vivait pas. C’est là que le tumulte de ma poitrine m’a conduit, où personne ne pouvait entraver la violente lutte que j’avais engagée avec moi-même, jusqu’à ce qu’elle se termine, comme Tu le savais, moi je ne le savais pas. Seulement, j’étais sainement distrait et en train de mourir pour vivre ; sachant quelle chose mauvaise j’étais, sans savoir quelle chose bonne j’allais bientôt devenir. Je me retirai alors dans le jardin, et
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Alypius, à mes côtés. Sa présence ne diminuait en rien ma solitude ; comment aurait-il pu m’abandonner dans un état pareil ? Nous nous assîmes aussi loin que possible de la maison. Mon esprit était troublé, profondément indigné de ne pas suivre Ta volonté et Ton alliance, ô mon Dieu, alors que tous mes os m’exhortaient à le faire et en louaient les cieux. Or, pour y entrer, il ne suffit ni de bateaux, ni de chars, ni à pied ; non, je n’ai même pas bougé autant que de la maison jusqu’au lieu où nous étions assis. Car aller là-bas, ce n’était pas seulement vouloir y aller, mais le vouloir avec détermination et entièrement ; ne pas hésiter, ne pas osciller d’un côté à l’autre, avec une volonté mutilée et divisée, luttant, tandis qu’une partie sombrait tandis qu’une autre montait. Finalement, dans la fièvre même de mon indécision, je fis de mon corps de nombreux mouvements semblables à ceux que les hommes font parfois, mais ne peuvent pas faire, soit parce qu’ils n’ont pas de membres, soit parce que ceux-ci sont liés par des bandelettes, affaiblis par la maladie, ou empêchés d’une autre manière. Ainsi, si je me déchirais les cheveux, me frappais le front, si, en serrant mes doigts, je serrais mon genou ; je le voulais, je le faisais. Mais j’aurais pu vouloir sans le faire, si la force de mouvement dans mes membres n’avait pas obéi. J’ai donc fait tant de choses, alors que « vouloir » n’était pas en soi « pouvoir » ; et je n’ai pas fait ce que je désirais infiniment plus, et ce que, peu après, si je l’avais voulu, j’aurais pu faire ; car peu après, si je l’avais voulu, je l’aurais voulu pleinement. Car en ces cas, la capacité était une avec la volonté, et vouloir, c’était faire ; et pourtant cela n’était pas fait : et mon corps obéissait plus facilement au moindre souhait de mon âme, en mouvant ses membres à son signe, que l’âme ne se soumettait à elle-même pour accomplir, par la seule volonté, ce vœu si important. D’où vient cette monstruosité ? Et à quel but ? Que Ta miséricorde brille afin que je puisse demander, si les punitions secrètes des hommes, et ces douleurs les plus sombres des fils d’Adam, peuvent peut-être me répondre. D’où vient cette monstruosité ? Et à quel but ? L’esprit commande au corps, et celui-ci obéit immédiatement ; l’esprit se commande à lui-même, et il rencontre de la résistance. L’esprit commande à la main de bouger ; et cette disponibilité est telle que le commandement est à peine distinct de l’obéissance. Pourtant, l’esprit est esprit, la main est corps. L’esprit commande à l’esprit, à lui-même, de vouloir, et pourtant il ne le fait pas. D’où vient cette monstruosité ? Et à quel but ? Il se commande à lui-même, dis-je, de vouloir, et ne commanderait pas s’il ne voulait pas, et ce qu’il commande n’est pas fait. Mais il ne veut pas complètement : c’est pourquoi il ne commande pas complètement. Car il commande dans la mesure où il veut ; et, dans la mesure où il ne veut pas, la chose commandée n’est pas faite. Car la volonté commande qu’il y ait une volonté ; pas une autre, mais elle-même. Mais elle ne le fait pas.
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La volonté n’est pas entière, donc ce qu’elle ordonne n’existe pas. Car si la volonté était entière, elle ne commanderait même pas que quelque chose existe, puisqu’il existerait déjà. Ce n’est donc pas une monstruosité qui serait en partie dans la volonté et en partie dans le néant, mais une maladie de l’esprit, qui ne s’élève pas entièrement portée par la vérité, mais abattue par les coutumes. C’est pourquoi il y a deux volontés, car l’une d’elles n’est pas entière : et ce que l’une manque, l’autre l’a. Qu’ils périssent loin de Ta présence, ô Dieu, comme périssent les parleurs vains et les séducteurs de l’âme : ceux qui, ayant remarqué qu’il y avait deux volontés lors de la délibération, affirment qu’il y a en nous deux esprits de deux sortes, l’un bon, l’autre mauvais. Eux-mêmes sont véritablement mauvais lorsqu’ils adhèrent à ces choses mauvaises ; et ils deviendront bons lorsqu’ils s’accrocheront à la vérité et y consentiront, afin que Ton Apôtre puisse leur dire : Vous étiez ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Mais eux, voulant être lumière non pas dans le Seigneur, mais en eux-mêmes, imaginant que la nature de l’âme est celle de Dieu, deviennent encore plus grandes ténèbres à cause d’une effroyable arrogance ; car ils s’éloignent davantage de Toi, la vraie Lumière qui éclaire tout homme venu au monde. Faites attention à ce que vous dites, et rougissez de honte : approchez-vous de Lui et soyez éclairés, et vos visages ne seront pas couverts de honte. Moi-même, lorsque je délibérais sur le fait de servir le Seigneur, mon Dieu, comme je l’avais longtemps projeté, c’était moi qui voulais, c’était moi qui rejetais, moi, moi-même. Je ne voulais pas entièrement, ni je ne rejetais entièrement. C’est pourquoi j’étais en conflit avec moi-même, et déchiré par moi-même. Et cette déchirure m’arriva contre ma volonté, et pourtant elle indiquait non pas la présence d’un autre esprit, mais le châtiment du mien. C’est donc plus le péché qui habitait en moi qui l’a accompli, le châtiment d’un péché commis plus librement, du fait que j’étais un fils d’Adam. Car s’il y a autant de natures contraires qu’il y a de volontés conflictuelles, il n’y aura alors pas seulement deux, mais beaucoup. Si un homme délibère s’il doit aller à leur conventicule ou au théâtre, ces Manichéens crient : Voici, il y a deux natures : l’une bonne, qui attire vers ici ; l’autre mauvaise, qui tire vers là-bas. D’où viendrait sinon cette hésitation entre des volontés contradictoires ? Mais je dis que les deux sont mauvaises : celle qui attire vers eux, ainsi que celle qui tire vers le théâtre. Mais ils ne croient pas que cette volonté qui les attire puisse être autre que bonne. Que se passerait-il donc si l’un de nous délibérait, et, au milieu du conflit de ses deux volontés, se trouvait dans l’embarras, ne sachant s’il doit aller au théâtre ou à notre église ? Ces Manichéens seraient-ils aussi dans l’embarras pour répondre ? Car ils doivent soit avouer (ce qu’ils préféreraient ne pas faire) que la volonté qui mène à notre église est bonne, tout comme celle des leurs, qui ont reçu et sont
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Pris dans les mystères qui les concernent : ou bien ils doivent supposer l’existence de deux natures mauvaises, et de deux âmes mauvaises en conflit au sein d’un même homme ; ce qui ne correspond pas à ce qu’ils affirment, à savoir qu’il y a une âme bonne et une autre mauvaise. Ou bien ils doivent se tourner vers la vérité, et cesser de nier que lorsque quelqu’un délibère, une seule âme hésite entre des volontés contraires.
Qu’ils cessent donc de dire, lorsqu’ils perçoivent deux volontés contradictoires chez un même homme, que ce conflit provient de deux âmes opposées, de deux substances différentes, issues de principes opposés, l’un bon et l’autre mauvais. Car Toi, ô vrai Dieu, Tu réfutes, Tu contres et Tu condamnes leurs affirmations. Par exemple, lorsque les deux volontés sont mauvaises, on doit décider s’il convient de tuer quelqu’un avec du poison ou par l’épée ; s’il faut prendre telle ou telle propriété appartenant à autrui, quand on ne peut en avoir les deux ; s’il vaut mieux acheter du plaisir par le luxe ou conserver son argent par l’avidité ; s’il faut aller au cirque ou au théâtre, si les deux sont ouverts le même jour ; ou encore, s’il convient de voler dans la maison d’autrui, s’en ayant l’occasion ; ou enfin, de commettre l’adultère, s’en ayant également les moyens. Toutes ces options se présentent en même temps, et toutes sont également désirables, mais on ne peut en choisir qu’une à la fois. Car cela divise l’esprit entre quatre, voire davantage, de volontés contradictoires ; pourtant, on ne prétend pas qu’il y ait autant de substances différentes. Il en va de même pour les volontés bonnes. Je leur demande : est-il bon de prendre plaisir à lire les écrits de l’Apôtre ? Est-il bon de prendre plaisir à un psaume sobre ? Est-il bon de discuter du Gospel ? Ils répondront pour chacun : « C’est bon ». Mais que se passe-t-il si tous ces plaisirs sont égaux, et si tous surviennent en même temps ? Les différentes volontés ne distragent-elles pas l’esprit, tandis que l’on cherche à choisir ? Pourtant, elles sont toutes bonnes, et elles restent en conflit jusqu’à ce qu’une soit choisie, afin que la volonté unique puisse s’y porter, alors qu’auparavant elle était divisée en plusieurs. De même, lorsque, là-haut, l’éternité nous comble de joie, tandis que le plaisir des biens temporels nous retient en bas, c’est toujours la même âme qui ne veut pas ceci ou cela avec une volonté unifiée ; elle est donc divisée par de graves perplexités. Elle place d’abord l’un de ces plaisirs en priorité, mais par habitude, elle n’écarte pas l’autre. Ainsi, j’étais malade d’angoisse, tourmenté, me reprochant bien plus sévèrement que d’habitude, tournant et me tordant dans mes chaînes, jusqu’à ce qu’elles soient complètement brisées. Alors seulement je pouvais être libre, mais j’étais encore prisonnier. Et Toi, ô Seigneur, Tu m’as pressé de l’intérieur par une miséricorde sévère, augmentant les coups de peur et de honte, afin que je ne cède pas à nouveau, et que ce maigre lien restant ne retrouve pas sa force pour me lier encore plus étroitement. Car je me disais : « Qu’il en soit ainsi, maintenant, qu’il en soit ainsi. »
Qu’ils cessent donc de dire, lorsqu’ils perçoivent deux volontés contradictoires chez un même homme, que ce conflit provient de deux âmes opposées, de deux substances différentes, issues de principes opposés, l’un bon et l’autre mauvais. Car Toi, ô vrai Dieu, Tu réfutes, Tu contres et Tu condamnes leurs affirmations. Par exemple, lorsque les deux volontés sont mauvaises, on doit décider s’il convient de tuer quelqu’un avec du poison ou par l’épée ; s’il faut prendre telle ou telle propriété appartenant à autrui, quand on ne peut en avoir les deux ; s’il vaut mieux acheter du plaisir par le luxe ou conserver son argent par l’avidité ; s’il faut aller au cirque ou au théâtre, si les deux sont ouverts le même jour ; ou encore, s’il convient de voler dans la maison d’autrui, s’en ayant l’occasion ; ou enfin, de commettre l’adultère, s’en ayant également les moyens. Toutes ces options se présentent en même temps, et toutes sont également désirables, mais on ne peut en choisir qu’une à la fois. Car cela divise l’esprit entre quatre, voire davantage, de volontés contradictoires ; pourtant, on ne prétend pas qu’il y ait autant de substances différentes. Il en va de même pour les volontés bonnes. Je leur demande : est-il bon de prendre plaisir à lire les écrits de l’Apôtre ? Est-il bon de prendre plaisir à un psaume sobre ? Est-il bon de discuter du Gospel ? Ils répondront pour chacun : « C’est bon ». Mais que se passe-t-il si tous ces plaisirs sont égaux, et si tous surviennent en même temps ? Les différentes volontés ne distragent-elles pas l’esprit, tandis que l’on cherche à choisir ? Pourtant, elles sont toutes bonnes, et elles restent en conflit jusqu’à ce qu’une soit choisie, afin que la volonté unique puisse s’y porter, alors qu’auparavant elle était divisée en plusieurs. De même, lorsque, là-haut, l’éternité nous comble de joie, tandis que le plaisir des biens temporels nous retient en bas, c’est toujours la même âme qui ne veut pas ceci ou cela avec une volonté unifiée ; elle est donc divisée par de graves perplexités. Elle place d’abord l’un de ces plaisirs en priorité, mais par habitude, elle n’écarte pas l’autre. Ainsi, j’étais malade d’angoisse, tourmenté, me reprochant bien plus sévèrement que d’habitude, tournant et me tordant dans mes chaînes, jusqu’à ce qu’elles soient complètement brisées. Alors seulement je pouvais être libre, mais j’étais encore prisonnier. Et Toi, ô Seigneur, Tu m’as pressé de l’intérieur par une miséricorde sévère, augmentant les coups de peur et de honte, afin que je ne cède pas à nouveau, et que ce maigre lien restant ne retrouve pas sa force pour me lier encore plus étroitement. Car je me disais : « Qu’il en soit ainsi, maintenant, qu’il en soit ainsi. »
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Et tandis que je parlais, j’étais presque en train de le réaliser : j’étais presque parvenu à le faire, et pourtant je ne l’ai pas fait ; pourtant je ne suis pas retourné à mon état antérieur, mais je suis resté ferme sur place et j’ai repris mon souffle. J’ai essayé encore, en ayant besoin un peu moins de cela, encore moins, et j’étais presque sur le point d’y toucher, de l’atteindre ; pourtant je n’y suis pas parvenu, ni ne l’ai touché, ni saisi ; hésitant entre mourir vraiment et vivre vraiment : et ce qui m’était familier devenait de plus en plus prédominant en moi par rapport à ce à quoi je n’étais pas habitué : et au moment même où j’allais devenir autre que je n’étais, plus cela s’approchait de moi, plus grand était l’horreur qu’il provoquait en moi ; pourtant il ne me repoussait pas, ne m’éloignait pas, mais me maintenait dans l’incertitude. Ces simples jouets, ces vanités, mes anciennes maîtresses, continuaient de me retenir ; elles arrachaient mes vêtements charnels et chuchotaient doucement : « Nous abandonnes-tu ? À partir de ce moment, ne serons-nous plus jamais avec toi ? Et à partir de ce moment, cela ou cela ne sera-t-il plus jamais permis pour toi ? » Et que suggéraient-elles en disant « cela ou cela » ? Que suggéraient-elles, ô mon Dieu ? Que Ta miséricorde éloigne cela de l’âme de Ton serviteur. Quelles souillures suggéraient-elles ! Quelle honte ! Et maintenant, je les entendais à peine, la moitié du moins, et elles ne se montraient pas ouvertement ni ne me contredisaient, mais murmuraient comme derrière mon dos, et me tiraient discrètement, alors que je m’éloignais, pour que je me retourne vers elles. Pourtant, elles me retardaient, si bien que j’hésitais à m’arracher à elles et à bondir là où j’étais appelé ; une habitude violente me disait : « Penses-tu pouvoir vivre sans elles ? » Mais maintenant, elle parlait très faiblement. Car du côté où j’avais tourné mon visage, et où je tremblais à l’idée d’aller, apparaissait devant moi la dignité chaste de la Tempérance, sereine, mais non relâchée, joyeuse, m’attirant honnêtement à venir sans hésiter ; et tendant les bras pour me recevoir et m’enlacer, ses mains saintes pleines de nombreux bons exemples : il y avait tant de jeunes hommes et de jeunes filles ici, une multitude de jeunes de tous âges, des veuves graves et des vierges âgées ; et la Tempérance elle-même était présente en tous, non stérile, mais mère féconde d’enfants de joie, par Toi, son Mari, ô Seigneur. Et elle me souriait avec une moquerie persuasive, comme pour dire : « Ne peux-tu pas faire ce que font ces jeunes gens, ces jeunes filles ? Ou le peuvent-ils eux-mêmes, et non plutôt grâce au Seigneur leur Dieu ? Le Seigneur leur Dieu me leur a donnée. Pourquoi restes-tu dans ton propre être, sans agir ? Jette-toi sur Lui, n’aie pas peur, Il ne se retirera pas pour que tu tombes ; jette-toi sur Lui sans crainte, Il te recevra et te guérira. » Et je rougis extrêmement, car j’entendais encore le murmure de ces jouets, et je restais dans l’incertitude. Et elle…
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Il semblait encore dire : « Boucher tes oreilles à ces membres impurs que tu as sur terre, afin qu’ils soient mortifiés. Ils te parlent de délices, mais non comme le fait la loi du Seigneur, ton Dieu. » Cette controverse en moi n’était qu’un conflit entre moi-même et moi-même. Mais Alypius, assis près de moi, attendait en silence l’issue de mon émotion inhabituelle.
Mais lorsque une profonde réflexion, venue du fond secret de mon âme, eut rassemblé et accumulé toute ma misère devant mes yeux ; là s’éleva une tempête violente, apportant une pluie abondante de larmes. Afin de les verser entièrement, dans leurs expressions naturelles, je me levai d’à côté d’Alypius : la solitude me parut plus appropriée pour pleurer ; je m’éloignai donc autant que sa présence ne pût être un fardeau pour moi. C’est ainsi que j’étais, et il en perçut quelque chose ; car je suppose que j’avais dit quelque chose, où les tons de ma voix semblaient étouffés par les larmes, et c’est ainsi que je m’étais levé. Il resta alors là où nous étions assis, extrêmement stupéfait. Je m’abattis, je ne sais comment, sous un certain figuier, laissant libre cours à mes larmes ; et les flots de mes yeux jaillirent en un sacrifice acceptable pour Toi. Et, non pas vraiment en ces mots, mais dans ce but, je Te parlai beaucoup : et Toi, ô Seigneur, jusqu’à quand ? Jusqu’à quand, Seigneur, resteras-Tu en colère à jamais ? N’ai pas souvenir de nos iniquités passées, car je sentais que j’en étais retenu. Je lançai ces paroles pleines de tristesse : Jusqu’à quand, jusqu’à quand, « demain, et demain ? » Pourquoi pas maintenant ? Pourquoi cette heure ne met-elle pas fin à ma souillure ?
C’est ainsi que je parlais et pleurais dans la plus amère contrition de mon cœur, quand, voilà ! j’entendis depuis une maison voisine une voix, celle d’un garçon ou d’une fille, je ne sais, qui chantait et répétait souvent : « Prends et lis ; prends et lis. » Aussitôt, mon visage changea, je commençai à réfléchir avec grande attention pour savoir si les enfants avaient l’habitude, dans quelque jeu que ce fût, de chanter de telles paroles : je ne pouvais me souvenir d’avoir jamais entendu quelque chose de semblable. Arrêtant ainsi le torrent de mes larmes, je me levai ; j’interprétai cela comme un ordre de Dieu de prendre le livre et de lire le premier chapitre que je trouverais. Car j’avais entendu parler d’Antoine, qui, arrivant pendant la lecture de l’Évangile, reçut cet avertissement, comme si ce qui était lu lui était adressé : « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor au ciel, viens et suis-moi : » et par ce oracle il se convertit aussitôt à Toi. Alors, avec empressement, je retournai à l’endroit où Alypius était assis ; car c’est là que j’avais posé le volume de l’Apôtre lorsque je m’étais levé. Je le saisis, l’ouvris, et lus en silence la section sur laquelle mes yeux tombèrent d’abord : Non en
Mais lorsque une profonde réflexion, venue du fond secret de mon âme, eut rassemblé et accumulé toute ma misère devant mes yeux ; là s’éleva une tempête violente, apportant une pluie abondante de larmes. Afin de les verser entièrement, dans leurs expressions naturelles, je me levai d’à côté d’Alypius : la solitude me parut plus appropriée pour pleurer ; je m’éloignai donc autant que sa présence ne pût être un fardeau pour moi. C’est ainsi que j’étais, et il en perçut quelque chose ; car je suppose que j’avais dit quelque chose, où les tons de ma voix semblaient étouffés par les larmes, et c’est ainsi que je m’étais levé. Il resta alors là où nous étions assis, extrêmement stupéfait. Je m’abattis, je ne sais comment, sous un certain figuier, laissant libre cours à mes larmes ; et les flots de mes yeux jaillirent en un sacrifice acceptable pour Toi. Et, non pas vraiment en ces mots, mais dans ce but, je Te parlai beaucoup : et Toi, ô Seigneur, jusqu’à quand ? Jusqu’à quand, Seigneur, resteras-Tu en colère à jamais ? N’ai pas souvenir de nos iniquités passées, car je sentais que j’en étais retenu. Je lançai ces paroles pleines de tristesse : Jusqu’à quand, jusqu’à quand, « demain, et demain ? » Pourquoi pas maintenant ? Pourquoi cette heure ne met-elle pas fin à ma souillure ?
C’est ainsi que je parlais et pleurais dans la plus amère contrition de mon cœur, quand, voilà ! j’entendis depuis une maison voisine une voix, celle d’un garçon ou d’une fille, je ne sais, qui chantait et répétait souvent : « Prends et lis ; prends et lis. » Aussitôt, mon visage changea, je commençai à réfléchir avec grande attention pour savoir si les enfants avaient l’habitude, dans quelque jeu que ce fût, de chanter de telles paroles : je ne pouvais me souvenir d’avoir jamais entendu quelque chose de semblable. Arrêtant ainsi le torrent de mes larmes, je me levai ; j’interprétai cela comme un ordre de Dieu de prendre le livre et de lire le premier chapitre que je trouverais. Car j’avais entendu parler d’Antoine, qui, arrivant pendant la lecture de l’Évangile, reçut cet avertissement, comme si ce qui était lu lui était adressé : « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor au ciel, viens et suis-moi : » et par ce oracle il se convertit aussitôt à Toi. Alors, avec empressement, je retournai à l’endroit où Alypius était assis ; car c’est là que j’avais posé le volume de l’Apôtre lorsque je m’étais levé. Je le saisis, l’ouvris, et lus en silence la section sur laquelle mes yeux tombèrent d’abord : Non en
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Émeutes et ivresse, non pas en matière de débauche et de licence, non plus en matière de querelles et d’envie ; mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et ne prévoyez rien pour la chair, dans la concupiscence. Je n’aurais pas lu davantage ; je n’en avais pas besoin : car aussitôt, à la fin de cette phrase, comme par une lumière de sérénité infusée dans mon cœur, toute l’obscurité du doute disparut. Alors, ayant mis mon doigt entre les pages ou un autre marqueur, je fermai le volume, et, avec un visage calme, je l’annonçai à Alypius. Ce qui se passa en lui, que je ne savais pas, il me le montra ainsi. Il demanda à voir ce que j’avais lu : je le lui montrai ; et il lut même au-delà de ce que j’avais lu, et je ne savais pas ce qui suivait. Ce qui suivait, c’est que celui qui est faible dans la foi doit être accueilli ; il l’appliqua à lui-même et me l’expliqua. Par cet avertissement, il fut renforcé ; et, par une bonne résolution et une intention très conforme à son caractère – dans lequel il différait toujours beaucoup de moi, mais à meilleur escient –, sans aucun retard tumultueux, il vint me rejoindre. Ensuite, nous allâmes voir ma mère ; nous le lui annonçâmes ; elle se réjouit : nous racontâmes dans le détail comment cela s’était passé ; elle sauta de joie, triompha et te bénit, Toi qui es capable de faire bien plus que ce que nous demandons ou pensons ; car elle comprit que Tu lui avais donné pour moi plus que ce qu’elle avait l’habitude de demander par ses gémissements pitoyables et les plus affligeants. Car Tu m’as converti à Toi, de sorte que je ne cherchais ni épouse, ni aucune espérance de ce monde, restant dans cette règle de foi que Tu m’avais montrée en vision, tant d’années auparavant. Et Tu as transformé son deuil en joie, bien plus abondante qu’elle ne l’avait souhaité, et d’une manière bien plus précieuse et pure qu’elle n’en avait d’abord exigé, en lui donnant des petits-enfants de mon corps.
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LIVRE IX
Ô Seigneur, je suis Ton serviteur ; je suis Ton serviteur, et le fils de Ta servante : Tu as brisé mes liens. Je t’offrirai le sacrifice de louange. Que mon cœur et ma langue Te louent ; oui, que tous mes os disent : Ô Seigneur, qui est semblable à Toi ? Qu’ils le disent, et réponds-moi, et dis à mon âme : Je suis ta sauvegarde. Qui suis-je, et qu’ai-je été ? Quel mal n’y a-t-il eu, soit dans mes actions, soit, s’il n’y en a pas eu, dans mes paroles, ou, s’il n’y en a pas eu non plus, dans ma volonté ? Mais Toi, ô Seigneur, es bon et miséricordieux, et Ta main droite a pris garde à la profondeur de ma mort, et du fond de mon cœur a vidé cet abîme de corruption. Et tout Ton don fut de faire naître en moi ce que Tu voulais, et de vouloir ce que Tu voulais. Mais comment, au cours de toutes ces années, et depuis quel recoin profond et obscur, ma volonté libre a-t-elle été appelée en un instant, afin que je soumette mon cou à Ton joug léger, et mes épaules à Ton fardeau léger, ô Christ Jésus, mon Auxiliaire et mon Rédempteur ? Comme cela devint aussitôt doux pour moi de renoncer aux douceurs de ces jouets ! Ce dont j’avais peur de me séparer devint alors une joie de m’en détacher. Car Tu les as chassés de moi, Toi, douceur vraie et suprême. Tu les as chassés, et à leur place Tu es entré en Toi-même, plus doux que tout plaisir, bien que non pour la chair et le sang ; plus brillant que toute lumière, mais plus caché que toutes les profondeurs ; plus élevé que toute gloire, mais non pour ceux qui se croient grands. Alors mon âme fut libérée des soucis pénibles de chercher et d’acquérir, de se noyer dans la saleté, de gratter l’envie de la luxure. Et ma langue enfantine parlait librement à Toi, ma lumière, ma richesse, ma santé, le Seigneur mon Dieu.
Et je décidai, devant Toi, non pas de rompre brutalement, mais de retirer doucement le service de ma langue des marchés du travail des lèvres : afin que les jeunes, non des étudiants de Ta loi ni de Ta paix, mais de vaines disputes et de querelles juridiques, ne achètent plus par ma bouche des armes pour leur folie.
Et justement, il ne restait plus que quelques jours avant les vacances de la vendange ; je décidai donc de les endurer, puis de prendre congé de manière régulière, et, ayant été racheté par Toi, de ne plus revenir à la vente. Nos
Ô Seigneur, je suis Ton serviteur ; je suis Ton serviteur, et le fils de Ta servante : Tu as brisé mes liens. Je t’offrirai le sacrifice de louange. Que mon cœur et ma langue Te louent ; oui, que tous mes os disent : Ô Seigneur, qui est semblable à Toi ? Qu’ils le disent, et réponds-moi, et dis à mon âme : Je suis ta sauvegarde. Qui suis-je, et qu’ai-je été ? Quel mal n’y a-t-il eu, soit dans mes actions, soit, s’il n’y en a pas eu, dans mes paroles, ou, s’il n’y en a pas eu non plus, dans ma volonté ? Mais Toi, ô Seigneur, es bon et miséricordieux, et Ta main droite a pris garde à la profondeur de ma mort, et du fond de mon cœur a vidé cet abîme de corruption. Et tout Ton don fut de faire naître en moi ce que Tu voulais, et de vouloir ce que Tu voulais. Mais comment, au cours de toutes ces années, et depuis quel recoin profond et obscur, ma volonté libre a-t-elle été appelée en un instant, afin que je soumette mon cou à Ton joug léger, et mes épaules à Ton fardeau léger, ô Christ Jésus, mon Auxiliaire et mon Rédempteur ? Comme cela devint aussitôt doux pour moi de renoncer aux douceurs de ces jouets ! Ce dont j’avais peur de me séparer devint alors une joie de m’en détacher. Car Tu les as chassés de moi, Toi, douceur vraie et suprême. Tu les as chassés, et à leur place Tu es entré en Toi-même, plus doux que tout plaisir, bien que non pour la chair et le sang ; plus brillant que toute lumière, mais plus caché que toutes les profondeurs ; plus élevé que toute gloire, mais non pour ceux qui se croient grands. Alors mon âme fut libérée des soucis pénibles de chercher et d’acquérir, de se noyer dans la saleté, de gratter l’envie de la luxure. Et ma langue enfantine parlait librement à Toi, ma lumière, ma richesse, ma santé, le Seigneur mon Dieu.
Et je décidai, devant Toi, non pas de rompre brutalement, mais de retirer doucement le service de ma langue des marchés du travail des lèvres : afin que les jeunes, non des étudiants de Ta loi ni de Ta paix, mais de vaines disputes et de querelles juridiques, ne achètent plus par ma bouche des armes pour leur folie.
Et justement, il ne restait plus que quelques jours avant les vacances de la vendange ; je décidai donc de les endurer, puis de prendre congé de manière régulière, et, ayant été racheté par Toi, de ne plus revenir à la vente. Nos
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Ce dessein était alors connu de Toi ; mais pour les hommes, autres que nos propres amis, il ne l’était pas. Car nous avions convenu entre nous de ne le révéler à personne à l’extérieur : bien que, à nous, maintenant montant de la vallée des larmes et chantant ce chant des degrés, Tu aies donné des flèches acérées et des charbons destructeurs contre la langue subtile, qui, comme pour nous conseiller, viendrait entraver et, par amour, nous dévorerait, comme elle dévore sa proie. Tu avais percé nos cœurs de Ta charité, et nous portions Tes paroles comme gravées dans nos entrailles : et les exemples de Tes serviteurs, que Tu avais rendus brillants là où ils étaient noirs, et vivants là où ils étaient morts, entassés dans le réceptacle de nos pensées, enflammaient et brûlaient notre lourde torpeur, afin que nous ne chutions pas dans l’abîme ; et ils nous enflammaient si violemment que tous les assauts des langues subtiles des contradicteurs ne faisaient que nous enflammer davantage, sans pouvoir nous éteindre. Néanmoins, parce que, pour l’amour de Ton nom que Tu as sanctifié sur toute la terre, ce serment et ce dessein nôtre puissent aussi trouver des gens pour les louer, il semblait ostentatoire de ne pas attendre la vacance maintenant si proche, mais de faire d’avance une profession publique, devant tous ; de sorte que tous, en voyant cet acte mien et en observant combien était proche le temps de la vendange que je souhaitais devancer, parleraient beaucoup de moi, comme si j’avais voulu paraître quelqu’un de grand. Et à quoi m’aurait servi que les gens jugent et discutent de mon dessein, et que notre bien fût mal parlé ? De plus, au début, cela m’a troublé : durant cet été même, mes poumons ont commencé à faiblir, à cause d’un travail littéraire trop intense, et j’avais du mal à respirer profondément ; la douleur dans ma poitrine montrait qu’ils étaient endommagés, et je refusais toute parole longue ou ample ; cela m’a troublé, car cela m’obligeait presque nécessairement à abandonner ce fardeau d’enseignement, ou, si je pouvais être guéri et me remettre, du moins à l’interrrompre. Mais quand le désir ardent de loisir, afin de voir comment Tu es le Seigneur, s’est levé en moi et s’y est ancré ; mon Dieu, Tu le sais, j’ai même commencé à me réjouir d’avoir cette excuse secondaire, et non feinte, qui pouvait quelque peu atténuer l’offense de ceux qui, pour leurs fils, voulaient que je n’aie jamais la liberté des Tes fils. Alors, plein de telle joie, j’ai enduré jusqu’à ce que ce laps de temps soit écoulé ; cela a pu durer une vingtaine de jours, mais je les ai endurés avec courage ; endurés, car l’avidité qui auparavant participait à cette lourde tâche m’avait quitté, et je restais seul, et j’aurais été submergé, si la patience n’avait pris sa place. Peut-être certains de Tes serviteurs, mes frères, diront-ils que j’ai péché en cela, en ayant un cœur…
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Entièrement dévoué à Ton service, je me suis laissé asseoir une heure au moins sur le siège du mensonge. Je ne voulais pas non plus être querelleur. Mais n’as-Tu pas, ô Seigneur très miséricordieux, pardonné et effacé ce péché aussi, avec mes autres péchés les plus horribles et les plus mortels, dans l’eau bénite ?
Verecundus était accablé par les soucis concernant notre béatitude, car, retenu par des chaînes qui le liaient étroitement, il voyait qu’il allait être séparé de nous. Lui-même n’était pas encore chrétien, tandis que sa femme l’était ; pourtant, c’est ainsi, plus rigoureusement que par n’importe quelle autre chaîne, qu’on l’empêchait de faire le voyage que nous entreprenions alors. Il disait qu’il ne voudrait pas devenir chrétien sous d’autres conditions que celles qu’il ne pouvait pas accepter. Néanmoins, il nous offrit poliment de rester dans sa maison de campagne tant que nous y resterions. Toi, ô Seigneur, Tu le récompenseras à la résurrection des justes, puisque Tu lui as déjà donné le sort des vertueux. Car, en notre absence, alors qu’il se trouvait à Rome, il fut frappé par une maladie physique ; c’est là qu’il devint chrétien et l’un des fidèles, avant de quitter cette vie. Pourtant, Tu as eu pitié non seulement de lui, mais aussi de nous : afin que, en nous souvenant de la grande bonté de notre ami envers nous, sans pouvoir pour autant le compter parmi Ton troupeau, nous ne soyons pas accablés d’une tristesse insupportable. Merci à Toi, notre Dieu, nous sommes à Toi : Tes suggestions et Tes consolations nous disent que, Fidèle à Tes promesses, Tu réclames maintenant Verecundus pour sa maison de Cassiacum, d’où, à l’abri de la fièvre du monde, nous avons trouvé repos en Toi, dans la fraîcheur éternelle de Ton Paradis ; car Tu as pardonné ses péchés sur terre, sur cette montagne riche, cette montagne qui produit du lait, Ta propre montagne.
À ce moment-là, Verecundus était affligé, mais Nebridius joyeux. Car, bien qu’il fût également, n’étant pas encore chrétien, tombé dans le piège de cette erreur extrêmement funeste, croyant que la chair de Ton Fils n’était qu’un fantôme, il en sortit et crut comme nous ; il n’avait pas encore reçu les sacrements de Ta Église, mais il était un chercheur ardent de la vérité. Peu de temps après notre conversion et notre régénération par Ton baptême, devenu lui aussi membre fidèle de l’Église catholique et servant Toi dans une chasteté et une continence parfaites parmi son peuple en Afrique, toute sa famille devenant grâce à lui chrétienne, Tu l’as libéré de la chair ; et maintenant il vit dans le giron d’Abraham. Quoi que signifie ce giron, c’est là que vit mon Nebridius, mon cher ami, et Ton enfant, ô Seigneur, adopté par un homme affranchi : c’est là qu’il vit. Car quel autre lieu peut-il y avoir pour une telle âme ? C’est là qu’il vit, chose dont il m’a beaucoup parlé, à moi, pauvre homme inexpérimenté.
Verecundus était accablé par les soucis concernant notre béatitude, car, retenu par des chaînes qui le liaient étroitement, il voyait qu’il allait être séparé de nous. Lui-même n’était pas encore chrétien, tandis que sa femme l’était ; pourtant, c’est ainsi, plus rigoureusement que par n’importe quelle autre chaîne, qu’on l’empêchait de faire le voyage que nous entreprenions alors. Il disait qu’il ne voudrait pas devenir chrétien sous d’autres conditions que celles qu’il ne pouvait pas accepter. Néanmoins, il nous offrit poliment de rester dans sa maison de campagne tant que nous y resterions. Toi, ô Seigneur, Tu le récompenseras à la résurrection des justes, puisque Tu lui as déjà donné le sort des vertueux. Car, en notre absence, alors qu’il se trouvait à Rome, il fut frappé par une maladie physique ; c’est là qu’il devint chrétien et l’un des fidèles, avant de quitter cette vie. Pourtant, Tu as eu pitié non seulement de lui, mais aussi de nous : afin que, en nous souvenant de la grande bonté de notre ami envers nous, sans pouvoir pour autant le compter parmi Ton troupeau, nous ne soyons pas accablés d’une tristesse insupportable. Merci à Toi, notre Dieu, nous sommes à Toi : Tes suggestions et Tes consolations nous disent que, Fidèle à Tes promesses, Tu réclames maintenant Verecundus pour sa maison de Cassiacum, d’où, à l’abri de la fièvre du monde, nous avons trouvé repos en Toi, dans la fraîcheur éternelle de Ton Paradis ; car Tu as pardonné ses péchés sur terre, sur cette montagne riche, cette montagne qui produit du lait, Ta propre montagne.
À ce moment-là, Verecundus était affligé, mais Nebridius joyeux. Car, bien qu’il fût également, n’étant pas encore chrétien, tombé dans le piège de cette erreur extrêmement funeste, croyant que la chair de Ton Fils n’était qu’un fantôme, il en sortit et crut comme nous ; il n’avait pas encore reçu les sacrements de Ta Église, mais il était un chercheur ardent de la vérité. Peu de temps après notre conversion et notre régénération par Ton baptême, devenu lui aussi membre fidèle de l’Église catholique et servant Toi dans une chasteté et une continence parfaites parmi son peuple en Afrique, toute sa famille devenant grâce à lui chrétienne, Tu l’as libéré de la chair ; et maintenant il vit dans le giron d’Abraham. Quoi que signifie ce giron, c’est là que vit mon Nebridius, mon cher ami, et Ton enfant, ô Seigneur, adopté par un homme affranchi : c’est là qu’il vit. Car quel autre lieu peut-il y avoir pour une telle âme ? C’est là qu’il vit, chose dont il m’a beaucoup parlé, à moi, pauvre homme inexpérimenté.
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Maintenant, il n’appuie plus son oreille sur ma bouche, mais sa bouche spirituelle sur Ta source, et il boit autant qu’il peut en recevoir, de la sagesse en proportion de sa soif, heureux à l’infini. Je ne pense pas non plus qu’il soit tellement enivré par elle qu’il m’oublie ; car Toi, Seigneur, que lui boit, Tu penses à nous. Ainsi étions-nous alors, consolant Verecundus, qui souffrait, autant que l’amitié le permettait, du fait que notre conversion fût de ce genre ; et nous l’exhortions à être fidèle, selon ses moyens, c’est-à-dire en tant que personne mariée ; et nous attendions que Nebridius nous rejoigne, ce qu’il était sur le point de faire, puisqu’il était si proche : et ainsi, voilà ! ces jours s’écoulèrent enfin ; ils semblèrent longs et nombreux, à cause de l’amour que je portais à cette liberté paisible, afin de pouvoir Te chanter, depuis les tréfonds de mon être : Mon cœur T’a dit : J’ai cherché Ton visage ; Ton visage, Seigneur, je le chercherai.
Le jour arriva où j’allais vraiment être libéré de ma chaire de rhétorique, dont j’étais déjà libéré dans mon esprit. Et cela fut fait. Tu as sauvé ma langue, après avoir déjà sauvé mon cœur. Et je T’ai béni, dans la joie ; je me suis retiré avec tout mon être à la villa. Ce que j’y ai écrit, désormais au service de Toi, bien que, encore, pendant ce temps de respiration, haletant sous l’emprise de l’orgueil, mes livres peuvent témoigner, tant de ce que j’ai débattu avec d’autres que de ce que j’ai débattu seul, devant Toi ; quant à Nebridius, qui était absent, mes Épîtres en sont témoins. Et quand aurai-je le temps de raconter tous Tes grands bienfaits envers nous à cette époque, surtout alors que Nous nous hâtons vers des grâces encore plus grandes ? Car ma mémoire me rappelle, et il est agréable pour moi, ô Seigneur, de Te confesser par quels motifs intérieurs Tu m’as dompté ; et comment Tu m’as équilibré, en abattant les montagnes et les collines de mes hauteurs imaginaires, en redressant mes tortuosités et en lissant mes chemins rugueux ; et comment Tu as aussi soumis le frère de mon cœur, Alypius, au nom de Ton Fils unique, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, que celui-ci ne voulait d’abord pas insérer dans nos écrits. Car il préférait plutôt qu’ils aient le goût des cèdres majestueux des Écoles, que le Seigneur a maintenant abattus, plutôt que celui des herbes bénéfiques de l’Église, l’antidote contre les serpents.
Oh, avec quels accents ai-je parlé à Toi, mon Dieu, lorsque je lisais les Psaumes de David, ces chants fidèles, ces sons de dévotion, qui ne permettent pas à l’esprit de s’enfler, alors que j’étais encore catéchumène, novice dans Ton véritable amour, reposant dans cette villa, avec Alypius, également catéchumène, ma mère auprès de nous, vêtue en femme mais avec une foi virile, avec la sérénité de l’âge, maternelle.
Le jour arriva où j’allais vraiment être libéré de ma chaire de rhétorique, dont j’étais déjà libéré dans mon esprit. Et cela fut fait. Tu as sauvé ma langue, après avoir déjà sauvé mon cœur. Et je T’ai béni, dans la joie ; je me suis retiré avec tout mon être à la villa. Ce que j’y ai écrit, désormais au service de Toi, bien que, encore, pendant ce temps de respiration, haletant sous l’emprise de l’orgueil, mes livres peuvent témoigner, tant de ce que j’ai débattu avec d’autres que de ce que j’ai débattu seul, devant Toi ; quant à Nebridius, qui était absent, mes Épîtres en sont témoins. Et quand aurai-je le temps de raconter tous Tes grands bienfaits envers nous à cette époque, surtout alors que Nous nous hâtons vers des grâces encore plus grandes ? Car ma mémoire me rappelle, et il est agréable pour moi, ô Seigneur, de Te confesser par quels motifs intérieurs Tu m’as dompté ; et comment Tu m’as équilibré, en abattant les montagnes et les collines de mes hauteurs imaginaires, en redressant mes tortuosités et en lissant mes chemins rugueux ; et comment Tu as aussi soumis le frère de mon cœur, Alypius, au nom de Ton Fils unique, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, que celui-ci ne voulait d’abord pas insérer dans nos écrits. Car il préférait plutôt qu’ils aient le goût des cèdres majestueux des Écoles, que le Seigneur a maintenant abattus, plutôt que celui des herbes bénéfiques de l’Église, l’antidote contre les serpents.
Oh, avec quels accents ai-je parlé à Toi, mon Dieu, lorsque je lisais les Psaumes de David, ces chants fidèles, ces sons de dévotion, qui ne permettent pas à l’esprit de s’enfler, alors que j’étais encore catéchumène, novice dans Ton véritable amour, reposant dans cette villa, avec Alypius, également catéchumène, ma mère auprès de nous, vêtue en femme mais avec une foi virile, avec la sérénité de l’âge, maternelle.
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Amour, piété chrétienne ! Oh, quels accents ai-je prononcés en Ton honneur dans ces Psaumes, et comment fui-je ainsi enflammé pour Toi, brûlant de les réciter, si possible, dans le monde entier, contre l’orgueil de l’humanité ! Et pourtant ils sont chantés dans le monde entier, et nul ne peut se cacher de Ta chaleur. Avec quelle douleur violente et amère fus-je indigné contre les Manichéens ! Et encore, je les plaignis, car ils ne connaissaient pas ces Sacrements, ces remèdes, et étaient fous face à l’antidote qui aurait pu les guérir de leur folie. Comme j’aurais voulu qu’ils soient alors quelque part près de moi, et que, sans que je le sache, ils puissent voir mon visage et entendre mes paroles, lorsque je lisais le quatrième Psaume en ce temps de repos, et voir l’effet que ce Psaume avait sur moi : « Quand j’ai crié, le Dieu de ma justice m’a entendu ; dans la détresse, Tu m’as élargi. Aie pitié de moi, ô Seigneur, et écoute ma prière. » J’aurais voulu qu’ils entendent ce que je disais, sans que je sache s’ils m’entendaient, afin qu’ils ne pensent pas que je parlais pour eux ! Car en vérité, je ne parlerais ni les mêmes choses, ni de la même manière, si je savais qu’ils m’entendaient et me voyaient ; et même si je les prononçais, ils ne les recevraient pas de la même façon que lorsqu je les disais pour moi-même devant Toi, issu des sentiments naturels de mon âme.
Je tremblais de peur, puis de nouveau enflammé d’espoir et de joie devant Ta miséricorde, ô Père ; et tout cela sortait à la fois de mes yeux et de ma voix, lorsque Ton bon Esprit, se tournant vers nous, dit : « Ô fils des hommes, jusqu’à quand cette lenteur de cœur ? Pourquoi aimez-vous la vanité et cherchez-vous le vain ? » Car j’avais aimé la vanité et cherché le vain. Et Toi, ô Seigneur, avais déjà exalté Ton Saint, le ressuscitant des morts et le plaçant à Ta droite, d’où, du haut, Il devait envoyer Sa promesse, le Consolateur, l’Esprit de vérité. Et Il l’avait déjà envoyé, mais je ne le savais pas ; Il l’avait envoyé parce qu’Il était maintenant exalté, ressuscitant des morts et montant au ciel. Car avant cela, l’Esprit n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. Et le prophète crie : « Jusqu’à quand, lenteur de cœur ? Pourquoi aimez-vous la vanité et cherchez-vous le vain ? Sachez ceci : le Seigneur a exalté Son Saint. » Il crie : « Jusqu’à quand ? » Il crie : « Sachez ceci : » Et moi, pendant si longtemps, sans le savoir, j’ai aimé la vanité et cherché le vain : c’est pourquoi j’ai entendu et tremblé, car cela était dit à ceux que je me souvenais avoir été. Car dans ces fantômes que je prenais pour des vérités, il y avait vanité et vain ; et j’ai parlé à haute voix de nombreuses choses avec force et conviction, dans l’amertume de mon
Je tremblais de peur, puis de nouveau enflammé d’espoir et de joie devant Ta miséricorde, ô Père ; et tout cela sortait à la fois de mes yeux et de ma voix, lorsque Ton bon Esprit, se tournant vers nous, dit : « Ô fils des hommes, jusqu’à quand cette lenteur de cœur ? Pourquoi aimez-vous la vanité et cherchez-vous le vain ? » Car j’avais aimé la vanité et cherché le vain. Et Toi, ô Seigneur, avais déjà exalté Ton Saint, le ressuscitant des morts et le plaçant à Ta droite, d’où, du haut, Il devait envoyer Sa promesse, le Consolateur, l’Esprit de vérité. Et Il l’avait déjà envoyé, mais je ne le savais pas ; Il l’avait envoyé parce qu’Il était maintenant exalté, ressuscitant des morts et montant au ciel. Car avant cela, l’Esprit n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. Et le prophète crie : « Jusqu’à quand, lenteur de cœur ? Pourquoi aimez-vous la vanité et cherchez-vous le vain ? Sachez ceci : le Seigneur a exalté Son Saint. » Il crie : « Jusqu’à quand ? » Il crie : « Sachez ceci : » Et moi, pendant si longtemps, sans le savoir, j’ai aimé la vanité et cherché le vain : c’est pourquoi j’ai entendu et tremblé, car cela était dit à ceux que je me souvenais avoir été. Car dans ces fantômes que je prenais pour des vérités, il y avait vanité et vain ; et j’ai parlé à haute voix de nombreuses choses avec force et conviction, dans l’amertume de mon
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Souvenir. Ce qu’ils auraient entendu, eux qui aiment encore la vanité et cherchent à s’enrichir ! Ils auraient peut-être été troublés et l’auraient rejeté ; et Tu aurais entendu leurs cris vers Toi ; car c’est par une véritable mort dans la chair qu’Il est mort pour nous, Celui qui maintenant intercède pour nous auprès de Toi.
J’ai lu en outre : « Sois en colère, mais ne pèche pas. » Et combien fui ému, ô mon Dieu, qui avais appris à m’irriter contre moi-même pour les choses passées, afin de ne pas pécher à l’avenir ! Oui, être justement en colère ; car ce n’était pas une autre nature de peuple des ténèbres qui péchait pour moi, comme le disent ceux qui ne s’irritent pas contre eux-mêmes et accumulent la colère jusqu’au jour de la colère et de la révélation de Ton jugement juste. Mes biens bons n’étaient pas non plus extérieurs, ni recherchés par les yeux de la chair sous ce soleil terrestre ; car ceux qui veulent trouver la joie à l’extérieur deviennent bientôt vains, se gaspillant sur les choses visibles et temporelles, et, dans leurs pensées affamées, léchant leurs propres ombres. Ah, qu’ils soient épuisés par leur faim et disent : « Qui nous montrera de bonnes choses ? » Et nous dirions, et ils entendraient : « La lumière de Ton visage est scellée sur nous. » Car nous ne sommes pas cette lumière qui éclaire chacun, mais nous sommes éclairés par Toi ; ayant été autrefois ténèbres, nous pouvons être lumière en Toi. Ah, qu’ils puissent voir l’Intérieur éternel, que j’ai goûté, et dont je fus affligé de ne pouvoir le leur montrer, tant qu’ils Me présentaient leur cœur avec des yeux errants loin de Toi, tout en disant : « Qui nous montrera de bonnes choses ? » Car là, où j’étais en colère en moi-même dans ma chambre, où j’étais intérieurement piqué, où j’avais sacrifié, tuant mon vieil homme et commençant le projet d’une nouvelle vie, mettant ma confiance en Toi — là, Tu avais commencé à devenir doux pour moi et avais mis de la joie dans mon cœur. Et je criai, en lisant cela extérieurement, en le découvrant intérieurement. Je ne voudrais pas m’accroître avec des biens mondains ; gaspiller le temps, être consumé par le temps ; alors que j’avais en Ta Essence éternelle simple d’autres céréales, du vin et de l’huile.
Et d’un cri fort de mon cœur, je criai dans le vers suivant : « Ô en paix, ô pour le Même ! » Ô que dit-Il : « Je m’allongerai et dormirai, car qui nous empêchera, quand viendra à s’accomplir cette parole écrite : La mort est dévorée par la victoire ? » Et Tu es infiniment le Même, Tu qui ne changes pas ; et en Toi il y a un repos qui fait oublier tout labeur, car il n’y a personne d’autre avec Toi, et nous ne devons pas chercher ces nombreuses autres choses qui ne sont pas ce que Tu es : mais Toi, Seigneur, seul, Tu m’as fait habiter dans l’espoir. J’ai lu, et j’ai été enflammé ; je n’ai pas trouvé quoi faire pour ces sourds et morts, parmi lesquels moi-même…
J’ai lu en outre : « Sois en colère, mais ne pèche pas. » Et combien fui ému, ô mon Dieu, qui avais appris à m’irriter contre moi-même pour les choses passées, afin de ne pas pécher à l’avenir ! Oui, être justement en colère ; car ce n’était pas une autre nature de peuple des ténèbres qui péchait pour moi, comme le disent ceux qui ne s’irritent pas contre eux-mêmes et accumulent la colère jusqu’au jour de la colère et de la révélation de Ton jugement juste. Mes biens bons n’étaient pas non plus extérieurs, ni recherchés par les yeux de la chair sous ce soleil terrestre ; car ceux qui veulent trouver la joie à l’extérieur deviennent bientôt vains, se gaspillant sur les choses visibles et temporelles, et, dans leurs pensées affamées, léchant leurs propres ombres. Ah, qu’ils soient épuisés par leur faim et disent : « Qui nous montrera de bonnes choses ? » Et nous dirions, et ils entendraient : « La lumière de Ton visage est scellée sur nous. » Car nous ne sommes pas cette lumière qui éclaire chacun, mais nous sommes éclairés par Toi ; ayant été autrefois ténèbres, nous pouvons être lumière en Toi. Ah, qu’ils puissent voir l’Intérieur éternel, que j’ai goûté, et dont je fus affligé de ne pouvoir le leur montrer, tant qu’ils Me présentaient leur cœur avec des yeux errants loin de Toi, tout en disant : « Qui nous montrera de bonnes choses ? » Car là, où j’étais en colère en moi-même dans ma chambre, où j’étais intérieurement piqué, où j’avais sacrifié, tuant mon vieil homme et commençant le projet d’une nouvelle vie, mettant ma confiance en Toi — là, Tu avais commencé à devenir doux pour moi et avais mis de la joie dans mon cœur. Et je criai, en lisant cela extérieurement, en le découvrant intérieurement. Je ne voudrais pas m’accroître avec des biens mondains ; gaspiller le temps, être consumé par le temps ; alors que j’avais en Ta Essence éternelle simple d’autres céréales, du vin et de l’huile.
Et d’un cri fort de mon cœur, je criai dans le vers suivant : « Ô en paix, ô pour le Même ! » Ô que dit-Il : « Je m’allongerai et dormirai, car qui nous empêchera, quand viendra à s’accomplir cette parole écrite : La mort est dévorée par la victoire ? » Et Tu es infiniment le Même, Tu qui ne changes pas ; et en Toi il y a un repos qui fait oublier tout labeur, car il n’y a personne d’autre avec Toi, et nous ne devons pas chercher ces nombreuses autres choses qui ne sont pas ce que Tu es : mais Toi, Seigneur, seul, Tu m’as fait habiter dans l’espoir. J’ai lu, et j’ai été enflammé ; je n’ai pas trouvé quoi faire pour ces sourds et morts, parmi lesquels moi-même…
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J’avais été une personne pestilentielle, un critique acerbe et aveugle envers ces écrits, qui sont adoucis par le miel du ciel et éclairés par Ta propre lumière ; et j’étais consumé de zèle contre les ennemis de cette Écriture.
Quand pourrai-je me remémorer tout ce qui s’est passé en ces jours saints ? Pourtant, je n’ai ni oublié, ni passer sous silence la sévérité de Ton châtiment et la merveilleuse rapidité de Ta miséricorde. Tu m’as alors tourmenté par des douleurs aux dents ; quand elles atteignirent un tel degré que je ne pouvais plus parler, il me vint à l’esprit de demander à tous mes amis présents de prier pour moi auprès de Toi, Dieu de toute sorte de santé. J’écrivis cela sur de la cire et le leur donnai à lire. Dès que, avec une dévotion humble, nous eûmes plié nos genoux, cette douleur disparut. Mais quelle douleur ? Et comment disparut-elle ? J’étais effrayé, ô mon Seigneur, mon Dieu ; car depuis mon enfance je n’avais jamais éprouvé rien de semblable. La puissance de Ton hochement de tête m’a profondément atteint, et, joyeux dans la foi, j’ai loué Ton Nom. Cette foi ne m’a pas permis de me sentir tranquille quant à mes péchés passés, qui n’avaient pas encore été pardonnés par Ton baptême.
La période de vacances terminée, j’annonçai aux Milanais qu’ils devaient trouver un autre maître pour enseigner à leurs élèves ; car j’avais choisi de Te servir, et en raison de mes difficultés à respirer et des douleurs dans ma poitrine, je n’étais pas apte à exercer la fonction de professeur. Par des lettres, je fis part à Ton prélat, le saint Ambroise, de mes erreurs passées et de mes désirs actuels, lui demandant conseil sur les Écritures que je devrais lire pour être mieux préparé à recevoir une grâce si grande. Il me recommanda le prophète Isaïe : « Je crois qu’il est, plus que tout autre, un précurseur clair du Évangile et de l’appel des païens. » Mais, ne comprenant pas la première leçon qu’il contenait et imaginant que tout y était semblable, je la mis de côté, afin de la reprendre lorsque je serais mieux familiarisé avec les paroles mêmes de Notre Seigneur.
Puis, quand vint le moment où je devais me présenter, nous quittâmes la région et retournâmes à Milan. Alypius aussi eut le désir de renaître en Toi avec moi, étant déjà revêtu de l’humilité convenant à Tes Sacrements ; c’était un maître très vaillant dans la maîtrise de son corps, au point de pouvoir, avec un courage extraordinaire, marcher pieds nus sur les sols gelés d’Italie. Nous rejoignîmes le garçon Adeodatus, né de mon péché selon la chair. Tu l’avais merveilleusement créé. Il n’avait pas encore quinze ans, mais en intelligence il surpassait de nombreux hommes graves et savants. Je Te confesse, ô Seigneur mon Dieu, Créateur de tout, Ta capacité infinie à corriger nos difformités : car je n’y avais aucune part.
Quand pourrai-je me remémorer tout ce qui s’est passé en ces jours saints ? Pourtant, je n’ai ni oublié, ni passer sous silence la sévérité de Ton châtiment et la merveilleuse rapidité de Ta miséricorde. Tu m’as alors tourmenté par des douleurs aux dents ; quand elles atteignirent un tel degré que je ne pouvais plus parler, il me vint à l’esprit de demander à tous mes amis présents de prier pour moi auprès de Toi, Dieu de toute sorte de santé. J’écrivis cela sur de la cire et le leur donnai à lire. Dès que, avec une dévotion humble, nous eûmes plié nos genoux, cette douleur disparut. Mais quelle douleur ? Et comment disparut-elle ? J’étais effrayé, ô mon Seigneur, mon Dieu ; car depuis mon enfance je n’avais jamais éprouvé rien de semblable. La puissance de Ton hochement de tête m’a profondément atteint, et, joyeux dans la foi, j’ai loué Ton Nom. Cette foi ne m’a pas permis de me sentir tranquille quant à mes péchés passés, qui n’avaient pas encore été pardonnés par Ton baptême.
La période de vacances terminée, j’annonçai aux Milanais qu’ils devaient trouver un autre maître pour enseigner à leurs élèves ; car j’avais choisi de Te servir, et en raison de mes difficultés à respirer et des douleurs dans ma poitrine, je n’étais pas apte à exercer la fonction de professeur. Par des lettres, je fis part à Ton prélat, le saint Ambroise, de mes erreurs passées et de mes désirs actuels, lui demandant conseil sur les Écritures que je devrais lire pour être mieux préparé à recevoir une grâce si grande. Il me recommanda le prophète Isaïe : « Je crois qu’il est, plus que tout autre, un précurseur clair du Évangile et de l’appel des païens. » Mais, ne comprenant pas la première leçon qu’il contenait et imaginant que tout y était semblable, je la mis de côté, afin de la reprendre lorsque je serais mieux familiarisé avec les paroles mêmes de Notre Seigneur.
Puis, quand vint le moment où je devais me présenter, nous quittâmes la région et retournâmes à Milan. Alypius aussi eut le désir de renaître en Toi avec moi, étant déjà revêtu de l’humilité convenant à Tes Sacrements ; c’était un maître très vaillant dans la maîtrise de son corps, au point de pouvoir, avec un courage extraordinaire, marcher pieds nus sur les sols gelés d’Italie. Nous rejoignîmes le garçon Adeodatus, né de mon péché selon la chair. Tu l’avais merveilleusement créé. Il n’avait pas encore quinze ans, mais en intelligence il surpassait de nombreux hommes graves et savants. Je Te confesse, ô Seigneur mon Dieu, Créateur de tout, Ta capacité infinie à corriger nos difformités : car je n’y avais aucune part.
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Fils, mais le péché. C’est pour cela que nous l’avons élevé dans Ta discipline ; c’était Toi, et nul autre, qui nous en avais inspiré l’idée. Je Te confesse Tes dons. Nous avons un livre intitulé Le Maître ; c’est un dialogue entre lui et moi. Tu sais que tout ce qui y est attribué à la personne qui converse avec moi étaient ses idées, à l’âge de seize ans. J’y ai trouvé bien plus encore, et de plus admirable. Ce talent m’a rempli d’admiration. Et qui, sinon Toi, pourrait être le créateur de telles merveilles ? Bientôt Tu as repris sa vie sur terre : et maintenant je me souviens de lui sans anxiété, ne craignant rien pour son enfance, sa jeunesse ou toute son existence. Nous l’avons joint à nous, notre contemporain en grâce, pour qu’il soit élevé dans Ta discipline : nous avons été baptisés, et l’anxiété concernant notre vie passée a disparu de nous. En ces jours-là, je n’étais pas rassasié de la douceur merveilleuse de contempler la profondeur de Tes conseils concernant le salut de l’humanité. Comme je pleurais, dans Tes hymnes et cantiques, profondément ému par les voix de Ta Église aux accents suaves ! Ces voix pénétraient mes oreilles, et la Vérité se distillait dans mon cœur, d’où débordaient les sentiments de ma dévotion, les larmes coulaient, et j’étais heureux en cela.
Peu de temps après que l’Église de Milan eut commencé à utiliser ce genre de consolation et d’exhortation, les frères se joignaient avec zèle, en harmonie de voix et de cœurs. Car il s’était écoulé un an, ou peu plus, depuis que Justine, mère de l’empereur Valentinien, alors enfant, persécutait Ton serviteur Ambroise, en faveur de son hérésie, à laquelle elle avait été séduite par les Ariens. Le peuple pieux veillait dans l’Église, prêt à mourir avec leur évêque, Ton serviteur. Là, ma mère, Ta servante, portant une grande partie de ces angoisses et de ces veilles, vivait pour prier. Nous, encore non réchauffés par la chaleur de Ton Esprit, étions néanmoins émus par le spectacle de la ville stupéfaite et inquiète. C’est alors que l’on institua pour la première fois, à l’imitation des Églises orientales, de chanter des hymnes et des psaumes, afin que le peuple ne s’épuise pas sous le poids de la tristesse : et depuis ce jour, cette coutume est restée, et diverses (voire presque toutes) Tes congrégations, dans d’autres parties du monde, suivent cette pratique.
Alors Tu révélas par une vision à Ton évêque susnommé où se trouvaient cachés les corps des martyrs Gervais et Protase (que Tu avais conservés intacts pendant tant d’années dans Ton trésor secret), afin de pouvoir les faire apparaître au moment opportun pour réprimer la fureur d’une femme, mais une impératrice. Car lorsqu’ils furent découverts et exhumés, puis transportés avec les honneurs dus dans la basilique ambroisienne, non seulement ceux qui étaient tourmentés par…
Peu de temps après que l’Église de Milan eut commencé à utiliser ce genre de consolation et d’exhortation, les frères se joignaient avec zèle, en harmonie de voix et de cœurs. Car il s’était écoulé un an, ou peu plus, depuis que Justine, mère de l’empereur Valentinien, alors enfant, persécutait Ton serviteur Ambroise, en faveur de son hérésie, à laquelle elle avait été séduite par les Ariens. Le peuple pieux veillait dans l’Église, prêt à mourir avec leur évêque, Ton serviteur. Là, ma mère, Ta servante, portant une grande partie de ces angoisses et de ces veilles, vivait pour prier. Nous, encore non réchauffés par la chaleur de Ton Esprit, étions néanmoins émus par le spectacle de la ville stupéfaite et inquiète. C’est alors que l’on institua pour la première fois, à l’imitation des Églises orientales, de chanter des hymnes et des psaumes, afin que le peuple ne s’épuise pas sous le poids de la tristesse : et depuis ce jour, cette coutume est restée, et diverses (voire presque toutes) Tes congrégations, dans d’autres parties du monde, suivent cette pratique.
Alors Tu révélas par une vision à Ton évêque susnommé où se trouvaient cachés les corps des martyrs Gervais et Protase (que Tu avais conservés intacts pendant tant d’années dans Ton trésor secret), afin de pouvoir les faire apparaître au moment opportun pour réprimer la fureur d’une femme, mais une impératrice. Car lorsqu’ils furent découverts et exhumés, puis transportés avec les honneurs dus dans la basilique ambroisienne, non seulement ceux qui étaient tourmentés par…
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Les esprits impurs (les démons qui se confessaient eux-mêmes) furent guéris, mais un certain homme qui était aveugle depuis de nombreuses années, citoyen et bien connu dans la ville, ayant demandé et compris la raison de cette joie confuse du peuple, se hâta de vouloir que son guide le conduise là-bas. Une fois conduit là, il supplia qu’on lui permette de toucher avec son mouchoir le cercueil de Tes saints, dont la mort est précieuse à Tes yeux. Lorsqu’il eut fait cela et le porta à ses yeux, ceux-ci s’ouvrirent aussitôt. De là, la renommée se répandit, de là Tes louanges brillèrent ; de là l’esprit de cet ennemi, bien qu’il ne se fût pas tourné vers une foi saine, fut cependant détourné de sa fureur persécutoire. Merci à Toi, ô mon Dieu. D’où et où as-Tu ainsi guidé ma mémoire, afin que je confesse aussi ces choses à Toi ? Car, bien qu’elles soient grandes, je les avais laissées dans l’oubli. Et pourtant, lorsque l’odeur de Tes onguents était si parfumée, n’avons-nous pas couru après Toi ? C’est pourquoi je pleure davantage au milieu du chant de Tes hymnes, ayant auparavant soupiré après Toi, et finalement respirant en Toi, autant que le souffle peut pénétrer dans cette maison de paille que nous sommes.
Toi qui fais habiter les hommes d’un même esprit dans une seule maison, Tu as joint à nous Euodius aussi, un jeune homme de notre propre ville. Étant fonctionnaire à la Cour, il s’était converti à Toi avant nous et avait été baptisé ; abandonnant ses luttes séculières, il s’est ceint de Ta cause. Nous étions ensemble, prêts à vivre ensemble dans notre dévouement. Nous cherchions où nous pourrions Te servir le plus utilement, et nous retournions ensemble en Afrique ; lorsqu nous fûmes arrivés jusqu’à Ostie, ma mère quitta cette vie. J’omets beaucoup de choses, car je suis pressé. Accepte mes confessions et mes actions de grâce, ô mon Dieu, pour d’innombrables choses dont je reste silencieux. Mais je n’omettrai rien de ce que mon âme voudrait exprimer au sujet de Ta servante, qui m’a donné naissance, tant dans la chair, afin que je sois né à cette lumière temporelle, que dans le cœur, afin que je sois né à la Lumière éternelle. Ce ne sont pas ses dons, mais les Tiens en elle que je voudrais mentionner ; car elle ne s’est ni créée ni éduquée elle-même. C’est Toi qui l’as créée ; ni son père ni sa mère ne savaient quelle personne naîtrait d’eux.
Et le sceptre de Ton Christ, la discipline de Ton Fils unique, dans une famille chrétienne, un bon membre de Ta Église, l’ont éduquée dans Ta crainte. Pourtant, en raison de sa bonne éducation, elle avait l’habitude de louer moins la diligence de sa mère que celle d’une certaine servante âgée, qui portait son père quand il était enfant, comme on portait les petits enfants sur le dos des filles plus âgées. Pour cette raison, ainsi que pour son grand âge et sa conduite exemplaire, elle était très respectée par les chefs de cette famille chrétienne.
Toi qui fais habiter les hommes d’un même esprit dans une seule maison, Tu as joint à nous Euodius aussi, un jeune homme de notre propre ville. Étant fonctionnaire à la Cour, il s’était converti à Toi avant nous et avait été baptisé ; abandonnant ses luttes séculières, il s’est ceint de Ta cause. Nous étions ensemble, prêts à vivre ensemble dans notre dévouement. Nous cherchions où nous pourrions Te servir le plus utilement, et nous retournions ensemble en Afrique ; lorsqu nous fûmes arrivés jusqu’à Ostie, ma mère quitta cette vie. J’omets beaucoup de choses, car je suis pressé. Accepte mes confessions et mes actions de grâce, ô mon Dieu, pour d’innombrables choses dont je reste silencieux. Mais je n’omettrai rien de ce que mon âme voudrait exprimer au sujet de Ta servante, qui m’a donné naissance, tant dans la chair, afin que je sois né à cette lumière temporelle, que dans le cœur, afin que je sois né à la Lumière éternelle. Ce ne sont pas ses dons, mais les Tiens en elle que je voudrais mentionner ; car elle ne s’est ni créée ni éduquée elle-même. C’est Toi qui l’as créée ; ni son père ni sa mère ne savaient quelle personne naîtrait d’eux.
Et le sceptre de Ton Christ, la discipline de Ton Fils unique, dans une famille chrétienne, un bon membre de Ta Église, l’ont éduquée dans Ta crainte. Pourtant, en raison de sa bonne éducation, elle avait l’habitude de louer moins la diligence de sa mère que celle d’une certaine servante âgée, qui portait son père quand il était enfant, comme on portait les petits enfants sur le dos des filles plus âgées. Pour cette raison, ainsi que pour son grand âge et sa conduite exemplaire, elle était très respectée par les chefs de cette famille chrétienne.
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C’est pourquoi la responsabilité des filles de son maître lui fut confiée ; elle s’en occupa avec diligence, les retenant avec une sévérité sainte lorsque c’était nécessaire, et les enseignant avec une grande prudence. En effet, sauf pendant les heures où elles étaient nourries temporairement à la table de leurs parents, elle ne leur permettait pas, même si elles avaient soif, de boire de l’eau ; elle empêchait ainsi une mauvaise habitude et ajoutait ce conseil salutaire : « Vous buvez de l’eau maintenant, parce que vous n’avez pas de vin à votre disposition ; mais quand vous vous marierez et deviendrez maîtresses des caves et des armoires, vous mépriserez l’eau, mais l’habitude de boire persistera. » Par cette méthode d’enseignement et par l’autorité qu’elle possédait, elle réprimait la gourmandise de l’enfance et modelait leur soif elle-même jusqu’à une modération si excellente que, ce qu’elles ne devaient pas faire, elles ne le faisaient pas.
Et pourtant (comme ta servante me l’a dit à propos de son fils), un amour pour le vin s’était insinué en elle. Car, comme c’était l’usage, alors qu’elle était comme une jeune fille sobre, ses parents lui demandaient de tirer du vin de la cave ; avant de verser le vin dans le flacon, elle en goûtait un peu du bout des lèvres ; car ses instincts refusaient davantage. Elle faisait cela non pas par désir de boire, mais à cause de l’exubérance de la jeunesse, qui se manifeste par des caprices joyeux, et que, chez les jeunes esprits, on a coutume de maîtriser grâce à la gravité de leurs aînés. Ainsi, en ajoutant petit à petit, jour après jour (car celui qui méprise les petites choses finit par tomber petit à petit), elle tomba dans l’habitude de boire avidement presque jusqu’au bord son petit verre rempli de vin. Où était donc cette vieille femme prudente, et ses interdictions sévères ? Quel bien pourrait-on espérer contre une maladie secrète, si ta main guérisseuse, ô Seigneur, ne veillait pas sur nous ? Père, mère et gouverneurs absents, Toi présent, qui as créé, qui appelles, qui aussi, par ceux que Tu as mis au-dessus de nous, œuvres quelque chose pour le salut de nos âmes, que fis-Tu alors, ô mon Dieu ? Comment la guéris-tu ? Comment la soignes-tu ? N’as-Tu pas tiré d’une autre âme une parole dure et acerbe, comme une lancette issue de Ton trésor secret, et, d’un seul toucher, éliminé toute cette impureté ? Car une servante avec qui elle allait souvent à la cave, ayant eu une altercation (comme cela arrive) avec sa petite maîtresse lorsqu’elles étaient seules, la railla à cause de ce défaut, avec les insultes les plus amères, en la traitant de buveuse de vin. Blessée au vif par cette insulte, elle vit la méchanceté de son défaut et le condamna aussitôt, le reniant. De même que les amis flatteurs corrompent, les ennemis réprobateurs corrigent le plus souvent. Cependant, ce n’est pas ce que Tu fais par eux, mais ce qu’ils ont eux-mêmes décidé, que Tu leur rends.
Et pourtant (comme ta servante me l’a dit à propos de son fils), un amour pour le vin s’était insinué en elle. Car, comme c’était l’usage, alors qu’elle était comme une jeune fille sobre, ses parents lui demandaient de tirer du vin de la cave ; avant de verser le vin dans le flacon, elle en goûtait un peu du bout des lèvres ; car ses instincts refusaient davantage. Elle faisait cela non pas par désir de boire, mais à cause de l’exubérance de la jeunesse, qui se manifeste par des caprices joyeux, et que, chez les jeunes esprits, on a coutume de maîtriser grâce à la gravité de leurs aînés. Ainsi, en ajoutant petit à petit, jour après jour (car celui qui méprise les petites choses finit par tomber petit à petit), elle tomba dans l’habitude de boire avidement presque jusqu’au bord son petit verre rempli de vin. Où était donc cette vieille femme prudente, et ses interdictions sévères ? Quel bien pourrait-on espérer contre une maladie secrète, si ta main guérisseuse, ô Seigneur, ne veillait pas sur nous ? Père, mère et gouverneurs absents, Toi présent, qui as créé, qui appelles, qui aussi, par ceux que Tu as mis au-dessus de nous, œuvres quelque chose pour le salut de nos âmes, que fis-Tu alors, ô mon Dieu ? Comment la guéris-tu ? Comment la soignes-tu ? N’as-Tu pas tiré d’une autre âme une parole dure et acerbe, comme une lancette issue de Ton trésor secret, et, d’un seul toucher, éliminé toute cette impureté ? Car une servante avec qui elle allait souvent à la cave, ayant eu une altercation (comme cela arrive) avec sa petite maîtresse lorsqu’elles étaient seules, la railla à cause de ce défaut, avec les insultes les plus amères, en la traitant de buveuse de vin. Blessée au vif par cette insulte, elle vit la méchanceté de son défaut et le condamna aussitôt, le reniant. De même que les amis flatteurs corrompent, les ennemis réprobateurs corrigent le plus souvent. Cependant, ce n’est pas ce que Tu fais par eux, mais ce qu’ils ont eux-mêmes décidé, que Tu leur rends.
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Dans sa colère, elle cherchait à contrarier sa jeune maîtresse, non pas pour la corriger ; et elle le faisait en privé, soit parce que le moment et le lieu de la dispute les y obligeaient, soit pour ne pas se mettre elle-même en colère en découvrant cela si tard. Mais Toi, Seigneur, Gouverneur de tout ce qui est dans le ciel et sur la terre, qui dirigeses vers Tes desseins les courants les plus profonds ainsi que les turbulences du cours des temps, Tu as guéri une âme par la seule maladie d’une autre ; afin que personne, en voyant cela, ne l’attribue à sa propre puissance, même lorsque quelqu’un d’autre, qu’il souhaitait voir se corriger, se corrige grâce à ses paroles. Élevée de cette manière, avec modestie et sobriété, et rendue plutôt soumise par Toi à ses parents qu’à l’inverse, dès qu’elle atteignit l’âge de se marier, elle fut donnée en mariage à un époux, auquel elle servit en tant que maîtresse ; elle s’efforça de le gagner pour Toi, en prêchant pour Toi par sa conversation ; par là, Tu l’ornas, en la rendant respectueusement aimable et admirable à ses yeux. Elle supporta ainsi les injustices commises dans son lit sans jamais avoir de querelle avec son mari à ce sujet. Car elle espérait Ta miséricorde envers lui, afin qu’en croyant en Toi, il devienne chaste. De plus, il était ardent, tant dans ses sentiments que dans sa colère ; mais elle avait appris à ne pas résister à un mari en colère, non seulement par des actes, mais même pas par des paroles. Ce n’est que lorsqu’il était apaisé et calme, prêt à écouter, qu’elle expliquait ses agissements, au cas où il se serait offensé trop hâtivement. En somme, tandis que de nombreuses femmes, dont les maris étaient plus doux, portaient pourtant sur leur visage des marques de honte et critiquaient ouvertement la vie de leurs maris, elle critiquait leur langue, leur donnant, en plaisantant, de sérieux conseils : « Depuis le moment où elles ont entendu lire les écrits du mariage, elles devraient les considérer comme des contrats par lesquels elles deviennent des servantes ; et donc, se rappelant leur condition, elles ne devraient pas s’opposer à leurs maîtres. » Et quand celles-ci, sachant quel mari colérique elle supportait, s’étonnaient qu’on n’ait jamais entendu parler, ni perçu aucun signe, que Patricius ait battu sa femme, ou qu’il y ait eu entre eux la moindre différend domestique, ne fût-ce qu’un seul jour, et qu’elles lui demandaient en confidence la raison, elle leur enseignait sa méthode mentionnée ci-dessus. Ces épouses qui la suivaient trouvaient du bienfait et rendaient grâces ; celles qui ne la suivaient pas ne trouvaient aucun soulagement et continuaient à souffrir. Sa belle-mère aussi, au début incitée contre elle par des murmures de serviteurs malveillants, fut vaincue par sa piété, sa persévérance et sa douceur, au point qu’elle révéla de son propre chef à son fils les langues perfides qui perturbaient la paix domestique entre elle et sa belle-fille.
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Elle avait été perturbée et lui demandait de les corriger. Puis, lorsqu’il obéit à sa mère et, pour le bon ordre de la famille, il corrigea par des coups ceux qui avaient été découverts, selon la volonté de celle qui les avait dénoncés, elle promit la même récompense à quiconque, afin de lui plaire, parlerait mal de sa belle-fille à son sujet : et comme personne n’osait plus le faire, elles vécurent ensemble dans une douceur remarquable de bonté mutuelle.
Ô mon Dieu, ma miséricorde, tu as également accordé ce grand don à cette bonne servante à toi, dans le ventre de laquelle tu m’as créé, afin que, là où se trouvaient des parties en désaccord ou en conflit, elle se montrât une véritable pacificatrice. Entendant de part et d’autre des paroles très amères – celles que provoquent l’orgueil et la colère lorsque les rancunes sont exprimées en paroles acerbes contre un ami présent ou un ennemi absent – elle ne révélait jamais rien de l’un à l’autre, si ce n’est ce qui pouvait contribuer à leur réconciliation. Cela pourrait me sembler un petit bien, si je ne savais pas, à ma grande tristesse, qu’il existe d’innombrables personnes qui, à cause d’une contagion horrible et généralisée du péché, non seulement révèlent aux personnes en colère contre elles des paroles prononcées dans la colère, mais ajoutent encore des choses jamais dites. Or, pour l’humanité, il devrait sembler facile de ne pas attiser ni augmenter la mauvaise volonté par de mauvaises paroles, à moins de chercher à l’éteindre par de bonnes paroles. Telle était-elle, toi-même étant son instructeur intime, lui enseignant dans l’école du cœur.
Enfin, son propre mari, vers la fin de sa vie terrestre, elle le gagna aussi pour Toi ; et elle n’eut rien à se plaindre de lui en tant que croyant, comparé à ce qu’elle avait enduré de lui avant qu’il ne devienne croyant. Elle était aussi la servante de Tes serviteurs ; quiconque de eux la connaissait, te louait, t’honorait et t’aimait beaucoup à travers les fruits d’une vie sainte qu’elle menait. Car elle avait été l’épouse d’un seul homme, avait rendu hommage à ses parents, gouvernait sa maison avec piété, était renommée pour ses bonnes actions, avait élevé des enfants, souffrant souvent pendant leurs naissances, car elle voyait qu’ils s’éloignaient de Toi. Enfin, parmi nous tous, Tes serviteurs, ô Seigneur (que, grâce à Ton don, tu permets parfois de parler), nous qui, avant de dormir en Toi, vivions unis ensemble, après avoir reçu la grâce de Ton baptême, elle prit soin de nous comme si elle avait été la mère de nous tous ; elle nous servit comme si elle avait été notre enfant.
Ô mon Dieu, ma miséricorde, tu as également accordé ce grand don à cette bonne servante à toi, dans le ventre de laquelle tu m’as créé, afin que, là où se trouvaient des parties en désaccord ou en conflit, elle se montrât une véritable pacificatrice. Entendant de part et d’autre des paroles très amères – celles que provoquent l’orgueil et la colère lorsque les rancunes sont exprimées en paroles acerbes contre un ami présent ou un ennemi absent – elle ne révélait jamais rien de l’un à l’autre, si ce n’est ce qui pouvait contribuer à leur réconciliation. Cela pourrait me sembler un petit bien, si je ne savais pas, à ma grande tristesse, qu’il existe d’innombrables personnes qui, à cause d’une contagion horrible et généralisée du péché, non seulement révèlent aux personnes en colère contre elles des paroles prononcées dans la colère, mais ajoutent encore des choses jamais dites. Or, pour l’humanité, il devrait sembler facile de ne pas attiser ni augmenter la mauvaise volonté par de mauvaises paroles, à moins de chercher à l’éteindre par de bonnes paroles. Telle était-elle, toi-même étant son instructeur intime, lui enseignant dans l’école du cœur.
Enfin, son propre mari, vers la fin de sa vie terrestre, elle le gagna aussi pour Toi ; et elle n’eut rien à se plaindre de lui en tant que croyant, comparé à ce qu’elle avait enduré de lui avant qu’il ne devienne croyant. Elle était aussi la servante de Tes serviteurs ; quiconque de eux la connaissait, te louait, t’honorait et t’aimait beaucoup à travers les fruits d’une vie sainte qu’elle menait. Car elle avait été l’épouse d’un seul homme, avait rendu hommage à ses parents, gouvernait sa maison avec piété, était renommée pour ses bonnes actions, avait élevé des enfants, souffrant souvent pendant leurs naissances, car elle voyait qu’ils s’éloignaient de Toi. Enfin, parmi nous tous, Tes serviteurs, ô Seigneur (que, grâce à Ton don, tu permets parfois de parler), nous qui, avant de dormir en Toi, vivions unis ensemble, après avoir reçu la grâce de Ton baptême, elle prit soin de nous comme si elle avait été la mère de nous tous ; elle nous servit comme si elle avait été notre enfant.
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Le jour qui approchait, jour où elle devait quitter cette vie (jour que Tu connaissais bien, mais que nous ne connaissions pas), il arriva, je crois, par Tes voies secrètes, que nous soyons seuls, elle et moi, penchés près d’une certaine fenêtre qui donnait sur le jardin de la maison où nous nous trouvions alors à Ostie ; là, éloignés du tumulte des hommes, nous nous remettions des fatigues d’un long voyage en vue de la traversée. Nous discutions alors ensemble, seuls, très tendrement ; oubliant ce qui est derrière et tournant nos pensées vers ce qui est devant, nous nous interrogeions mutuellement, en présence de la Vérité que Tu es, sur la nature de la vie éternelle des saints, vie que nul œil n’a vue, nulle oreille n’a entendue, et qui n’est pas entrée dans le cœur de l’homme. Pourtant, nous aspirions de tout notre cœur à ces flots célestes de Ta source, la source de vie qui est en Toi ; afin, selon nos capacités, d’être arrosés par elle et de pouvoir méditer d’une certaine manière sur un mystère si élevé. Et lorsque notre conversation arriva au point où le plus grand des plaisirs des sens terrestres, même sous la lumière matérielle la plus pure, n’était, en raison de la douceur de cette vie, non seulement pas digne de comparaison, mais pas même digne d’être mentionné ; nous nous élevâmes avec une affection encore plus ardente vers le « Même », et progressivement nous traversâmes toutes choses corporelles, y compris le ciel même d’où le soleil, la lune et les étoiles brillent sur la terre ; oui, nous montâmes encore plus haut, par la réflexion intérieure, la discussion et l’admiration de Tes œuvres ; et nous arrivâmes à notre propre esprit, puis au-delà, afin d’atteindre cette région de plénitude inépuisable, où Tu nourris Israël à jamais du pain de la vérité, et où la Vie est la Sagesse par qui toutes ces choses ont été faites, celles qui ont été, et celles qui seront ; elle n’est pas faite, mais elle est, telle qu’elle a toujours été, et ainsi elle sera toujours ; en effet, « avoir été » et « être à l’avenir » ne font pas partie d’elle, mais seulement « être », car elle est éternelle. Car « avoir été » et « être à l’avenir » ne sont pas éternels. Et tandis que nous discutions et aspirions après Elle, nous la touchâmes légèrement de toute la force de notre cœur ; nous soupirâmes, et là nous laissâmes les premiers fruits de l’Esprit ; puis nous retournâmes aux expressions verbales de notre bouche, où le mot prononcé a un début et une fin. Et quoi de semblable à Ton Verbe, notre Seigneur, qui demeure en Lui-même sans vieillir, et qui renouvelle toutes choses ? Nous disions alors : Si pour quelqu’un le tumulte de la chair s’apaisait, si les images de la terre, de l’eau et de l’air s’apaisaient, si même le pôle du ciel s’apaisait, oui, si l’âme elle-même se calmait en elle-même, en ne pensant pas à soi-même…
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Surmonter soi-même, faire taire tous les rêves et toutes les révélations imaginaires, toute langue et tout signe, ainsi que tout ce qui n’existe que dans la transition ; car si quelqu’un pouvait entendre, tout cela dirait : « Nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes, mais c’est Lui qui nous a faits pour que nous demeurions éternellement. » Si donc, après avoir prononcé ces paroles, eux aussi devaient se taire, ayant éveillé seulement nos oreilles vers Celui qui les a créés, et que seul Lui parle, non par leur intermédiaire mais par Lui-même, afin que nous puissions entendre Sa Parole, non à travers aucune langue de chair, ni la voix d’un ange, ni le bruit du tonnerre, ni dans l’énigme obscure d’une comparaison, mais pouvoir entendre Celui que nous aimons en ces choses, pouvoir entendre Son Être même sans ces intermédiaires (comme nous deux nous avons alors efforcés de le faire, et par une pensée rapide avons effleuré cette Sagesse Éternelle qui demeure au-dessus de tout) ; si cela pouvait se poursuivre, et que d’autres visions bien différentes soient retirées, et que celle-ci enlève, absorbe et enveloppe son spectateur au milieu de ces joies intérieures, afin que la vie soit pour toujours semblable à ce moment de compréhension dont nous soupirions maintenant ; n’est-ce pas là « Entrez dans la joie de votre Maître » ? Et quand cela arrivera-t-il ? Lorsque nous ressusciterons tous, bien que nous ne soyons pas tous transformés ?
C’étaient là les paroles que je tenais, et même si ce n’était pas exactement de cette manière, et pas avec ces mêmes mots, pourtant, Seigneur, Tu sais que, ce jour-là où nous parlions de ces choses, et que ce monde avec tous ses plaisirs devint, comme nous le disions, méprisable à nos yeux, ma mère dit : « Mon fils, de mon côté, je n’ai plus aucun plaisir en rien dans cette vie. Ce que je fais ici encore, et pourquoi je suis ici, je ne le sais pas, maintenant que mes espérances en ce monde sont accomplies. Il y avait une chose pour laquelle je désirais rester un peu plus longtemps dans cette vie, c’était pour te voir catholique chrétien avant de mourir. Mon Dieu l’a fait pour moi encore davantage, en me permettant de te voir maintenant, toi qui méprises le bonheur terrestre, devenu Son serviteur : que fais-je ici ? » Je ne me souviens pas de la réponse que je lui ai faite. Car à peine cinq jours plus tard, ou pas beaucoup plus, elle tomba malade de fièvre ; et durant cette maladie, un jour, elle s’évanouit et fut pendant un moment éloignée de ces choses visibles. Nous nous sommes empressés autour d’elle ; mais elle revint bientôt à elle ; et en regardant mon frère et moi debout près d’elle, elle nous demanda : « Où étais-je ? » Puis, en nous fixant du regard, avec une tristesse stupéfaite : « Ici », dit-elle, « vous enterrerez votre mère. » Je gardai le silence et retins mes larmes ; mais mon frère dit quelque chose, souhaitant pour elle, dans un sort plus heureux, qu’elle meure non pas en un lieu étranger, mais dans sa propre patrie. Alors, elle, d’un regard angoissé, le fit taire du regard, car il continuait à penser de telles choses, puis en me regardant : « Vois », dit-elle.
C’étaient là les paroles que je tenais, et même si ce n’était pas exactement de cette manière, et pas avec ces mêmes mots, pourtant, Seigneur, Tu sais que, ce jour-là où nous parlions de ces choses, et que ce monde avec tous ses plaisirs devint, comme nous le disions, méprisable à nos yeux, ma mère dit : « Mon fils, de mon côté, je n’ai plus aucun plaisir en rien dans cette vie. Ce que je fais ici encore, et pourquoi je suis ici, je ne le sais pas, maintenant que mes espérances en ce monde sont accomplies. Il y avait une chose pour laquelle je désirais rester un peu plus longtemps dans cette vie, c’était pour te voir catholique chrétien avant de mourir. Mon Dieu l’a fait pour moi encore davantage, en me permettant de te voir maintenant, toi qui méprises le bonheur terrestre, devenu Son serviteur : que fais-je ici ? » Je ne me souviens pas de la réponse que je lui ai faite. Car à peine cinq jours plus tard, ou pas beaucoup plus, elle tomba malade de fièvre ; et durant cette maladie, un jour, elle s’évanouit et fut pendant un moment éloignée de ces choses visibles. Nous nous sommes empressés autour d’elle ; mais elle revint bientôt à elle ; et en regardant mon frère et moi debout près d’elle, elle nous demanda : « Où étais-je ? » Puis, en nous fixant du regard, avec une tristesse stupéfaite : « Ici », dit-elle, « vous enterrerez votre mère. » Je gardai le silence et retins mes larmes ; mais mon frère dit quelque chose, souhaitant pour elle, dans un sort plus heureux, qu’elle meure non pas en un lieu étranger, mais dans sa propre patrie. Alors, elle, d’un regard angoissé, le fit taire du regard, car il continuait à penser de telles choses, puis en me regardant : « Vois », dit-elle.
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elle : « Ce qu’il dit ». Et peu après, à nous deux : « Posez », dit-elle, « ce corps n’importe où ; ne vous laissez en aucun cas troubler par cette préoccupation : c’est seulement cela que je demande, que vous vous souveniez de moi à l’autel du Seigneur, où que vous soyez. » Ayant exprimé ce sentiment avec les mots qu’elle pouvait trouver, elle garda le silence, accablée par sa maladie qui s’aggravait. Mais moi, contemplant Tes dons, ô Dieu invisible, que Tu insuffles dans les cœurs de Tes fidèles, d’où naissent des fruits merveilleux, je me réjouis et Te remercie, me remémorant ce que je savais déjà : combien elle avait toujours été attentive et inquiète quant au lieu de son enterrement, qu’elle avait préparé pour elle-même avec le corps de son mari. Car, comme ils avaient vécu ensemble dans une grande harmonie, elle désirait aussi – car l’esprit humain ne peut que difficilement embrasser les choses divines – avoir cet ajout à ce bonheur, et que l’on se souvienne parmi les hommes que, après son pèlerinage au-delà des mers, ce qui était terrestre de ce couple uni avait été autorisé à être réuni sous la même terre. Mais lorsque ce vide commença, grâce à la plénitude de Ta bonté, à disparaître de son cœur, je ne le savais pas, et je me réjouissais en admirant ce qu’elle m’avait révélé ; bien que, en effet, lors de notre conversation près de la fenêtre, quand elle dit : « Que fais-je ici encore ? », il n’y eût en elle aucun désir de mourir dans sa propre patrie. J’appris ensuite aussi que, alors que nous étions à Ostie, elle, avec la confiance d’une mère, un jour, en mon absence, parla avec certains de mes amis du mépris de cette vie et de la bénédiction de la mort ; et quand ils furent étonnés de ce courage que Tu avais donné à une femme et demandèrent : « N’avait-elle pas peur de laisser son corps si loin de sa propre ville ? », elle répondit : « Rien n’est loin de Dieu ; et il n’y avait pas à craindre qu’à la fin du monde, Il ne reconnaisse pas d’où Il devait me ressusciter. » Le neuvième jour de sa maladie, à l’âge de cinquante-six ans pour elle et de trente-trois pour moi, cette âme pieuse et sainte fut libérée du corps. Je lui fermai les yeux ; aussitôt, une profonde tristesse envahit mon cœur, se transformant en larmes ; mes yeux, sous l’ordre impérieux de mon esprit, asséchèrent complètement leur source ; et que de douleur en moi dans ce conflit ! Mais quand elle rendit son dernier souffle, le garçon Adeodatus éclata en sanglots bruyants ; puis, retenu par nous tous, il se tut. De même, un sentiment enfantin en moi, qui, à travers la voix juvénile de mon cœur, trouvait son exutoire dans les pleurs, fut maîtrisé et silencieux. Car nous jugeâmes indiqué de ne pas célébrer ces funérailles par des lamentations pleines de larmes et des gémissements ; car c’est ainsi que l’on exprime le plus souvent sa douleur pour…
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partie, comme si elle était malheureuse, ou complètement morte ; alors qu’elle n’était ni malheureuse dans sa mort, ni complètement morte. Nous en fûmes assurés pour de bonnes raisons : le témoignage de sa bonne conduite et de sa foi sincère. Qu’est-ce donc qui me causait une douleur si grande au fond de moi, sinon une nouvelle blessure causée par la rupture soudaine de cette coutume si douce et chère que nous avions de vivre ensemble ? Je me réjouissais certes de son témoignage, lorsqu’, dans sa dernière maladie, mêlant ses tendresses à mes actes de devoir, elle m’a appelé « dévoué », et a mentionné, avec une grande affection, qu’elle n’avait jamais entendu sortir de ma bouche aucun mot dur ou réprobateur envers elle. Mais pourtant, ô mon Dieu, Toi qui nous as créés, quelle est la comparaison entre l’honneur que je lui rendais et son esclavage envers moi ? Ayant ainsi perdu un tel réconfort en elle, mon âme fut blessée, et cette vie, qui était en réalité une seule, composée de la sienne et de la mienne, se déchira. Le garçon ayant cessé de pleurer, Eudius prit le Psaume et commença à chanter ; toute notre maison lui répondit en chantant le Psaume : « Je chanterai pour Toi, ô Seigneur, des louanges de miséricorde et de jugement ». Mais en entendant ce que nous faisions, de nombreux frères et femmes religieuses vinrent ensemble ; et tandis qu’ils préparaient les funérailles selon la coutume, moi, dans un coin de la maison, où je pouvais parler avec ceux qui jugeaient inapproprié de me laisser seul, je parlais de sujets appropriés à la situation ; et par ce baume de vérité, j’apaisais cette torture que Tu connais, tandis qu’eux, sans le savoir, écoutaient attentivement, croyant que je n’éprouvais aucune tristesse. Mais à Tes oreilles, où eux n’entendaient rien, je blâmais la faiblesse de mes sentiments et retenais mon flot de douleur, qui céda un peu, mais revint aussitôt, comme une marée, sans pour autant se transformer en larmes ni altérer mon visage ; je savais toujours ce que je retenais dans mon cœur. Très mécontent que ces choses humaines aient une telle emprise sur moi, alors qu’elles devaient nécessairement se produire selon l’ordre et les règles de notre condition naturelle, je me lamentais encore plus pour ma propre douleur, et ainsi j’étais accablé par une double tristesse. Et voilà, le corps fut porté pour être enterré ; nous sommes allés et revenus sans larmes. Car ni dans les prières que nous T’adressions, lorsque le sacrifice de notre rachat fut offert pour elle, ni maintenant, alors que le corps se trouvait au bord de la tombe, comme c’est la coutume avant qu’il y soit déposé, je n’ai pleuré pendant ces prières ; pourtant, toute la journée, en secret, j’étais profondément triste, et avec l’esprit agité, je T’ai prié autant que je le pouvais de guérir
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Ma tristesse… Pourtant Tu ne l’as pas fait ; Tu as, je crois, gravé dans ma mémoire, par cet exemple, à quel point le lien de l’habitude est fort, même sur une âme qui ne se nourrit plus de paroles trompeuses. Il m’a également semblé bon d’aller me baigner, ayant appris que le bain portait son nom (balneum) du grec Balaneion, car il chasse la tristesse de l’esprit. Et ceci aussi, je le confesse à Ta miséricorde, Père des orphelins : je me suis baignée, mais je suis restée la même qu’avant. Car l’amertume de la tristesse ne pouvait sortir de mon cœur. Alors je me suis endormie, puis je me suis réveillée, et j’ai constaté que ma douleur s’était quelque peu adoucie ; et tandis que j’étais seule dans mon lit, je me suis souvenue de ces véritables versets de Ton Ambroise. Car Tu es le « Créateur de tout, le Seigneur, et Souverain de la hauteur ; Celui qui, revêtant le jour de lumière, a répandu sur la nuit des sommeils doux, afin que nos membres retrouvent la force de travailler, que les cœurs abattus soient relevés, et que les tristesses soient maîtrisées ».
Et peu à peu, j’ai retrouvé mes pensées antérieures concernant Ta servante, sa sainte conversation envers Toi, sa sainte tendresse et sa piété envers nous, dont j’avais été soudainement privée ; j’ai eu envie de pleurer devant Toi, pour elle et pour moi-même, en son nom et au mien. J’ai alors laissé couler les larmes que j’avais auparavant retenues, leur permettant de déborder autant qu’elles le voulaient ; j’ai reposé mon cœur en elles, et il y a trouvé du réconfort, car il était entendu par Tes oreilles, non par celles des hommes, qui auraient interprété avec mépris mes larmes. Et maintenant, Seigneur, je le confesse par écrit. Que celui qui le veut le lise et l’interprète comme il le souhaite ; et s’il y trouve du péché, parce que j’ai pleuré ma mère pendant une courte heure (la mère qui, pour l’instant, était morte à mes yeux, celle qui avait pleuré pendant de nombreuses années pour que je vive à Tes yeux), qu’il ne se moque pas de moi ; mais plutôt, s’il est doté d’une grande charité, qu’il pleure lui-même pour mes péchés devant Toi, Père de tous les frères de Ton Christ.
Mais maintenant, avec un cœur guéri de cette blessure où un sentiment terrestre aurait pu paraître blâmable, je verse devant Toi, notre Dieu, au nom de Ta servante, un genre bien différent de larmes, issues d’un esprit ébranlé par les pensées des dangers de chaque âme qui meurt en Adam. Et bien qu’elle ait été vivifiée en Christ, même avant sa libération de la chair, elle a vécu pour la louange de Ton nom, grâce à sa foi et à sa conduite.
Et peu à peu, j’ai retrouvé mes pensées antérieures concernant Ta servante, sa sainte conversation envers Toi, sa sainte tendresse et sa piété envers nous, dont j’avais été soudainement privée ; j’ai eu envie de pleurer devant Toi, pour elle et pour moi-même, en son nom et au mien. J’ai alors laissé couler les larmes que j’avais auparavant retenues, leur permettant de déborder autant qu’elles le voulaient ; j’ai reposé mon cœur en elles, et il y a trouvé du réconfort, car il était entendu par Tes oreilles, non par celles des hommes, qui auraient interprété avec mépris mes larmes. Et maintenant, Seigneur, je le confesse par écrit. Que celui qui le veut le lise et l’interprète comme il le souhaite ; et s’il y trouve du péché, parce que j’ai pleuré ma mère pendant une courte heure (la mère qui, pour l’instant, était morte à mes yeux, celle qui avait pleuré pendant de nombreuses années pour que je vive à Tes yeux), qu’il ne se moque pas de moi ; mais plutôt, s’il est doté d’une grande charité, qu’il pleure lui-même pour mes péchés devant Toi, Père de tous les frères de Ton Christ.
Mais maintenant, avec un cœur guéri de cette blessure où un sentiment terrestre aurait pu paraître blâmable, je verse devant Toi, notre Dieu, au nom de Ta servante, un genre bien différent de larmes, issues d’un esprit ébranlé par les pensées des dangers de chaque âme qui meurt en Adam. Et bien qu’elle ait été vivifiée en Christ, même avant sa libération de la chair, elle a vécu pour la louange de Ton nom, grâce à sa foi et à sa conduite.
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Pourtant, ose-je dire que, depuis le moment où Tu l’as régénérée par le baptême, aucune parole n’est sortie de sa bouche contre Ton Commandement. Ton Fils, la Vérité, a dit : Quiconque dira à son frère : « Insensé ! », sera exposé au feu de l’enfer. Et malheur même à la vie louable des hommes, si, mettant de côté la miséricorde, Tu devais l’examiner. Mais comme Tu n’es pas excessif dans la recherche des péchés, nous espérons avec confiance trouver une place auprès de Toi. Mais quiconque compte devant Toi ses véritables mérites, que compte-t-il donc, sinon Tes propres dons ? Ah, que les hommes sussent qu’ils sont des hommes ; et que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur.
C’est pourquoi, ô mon Louange et ma Vie, Dieu de mon cœur, mettant de côté pour un instant ses bonnes actions, pour lesquelles je Te remercie avec joie, je T’en supplie maintenant pour les péchés de ma mère. Écoute-moi, je T’en prie, par le Remède de nos plaies, Celui qui est pendu à l’arbre et qui, assis maintenant à Ta droite, intercède pour nous. Je sais qu’elle a agi avec miséricorde et, du fond de son cœur, a pardonné à ses débiteurs leurs dettes ; pardonne aussi-lui ses dettes, quelles qu’elles aient pu être au cours de tant d’années, depuis l’eau du salut. Pardonne-lui, Seigneur, pardonne, je T’en supplie ; ne te livre pas à un jugement contre elle. Que Ta miséricorde soit élevée au-dessus de Ta justice, puisque Tes paroles sont vraies, et Tu as promis la miséricorde à ceux qui sont miséricordieux ; Tu leur as donné cette miséricorde pour ceux que Tu veux avoir en pitié, et pour ceux sur qui Tu as eu pitié.
Et je crois que Tu as déjà fait ce que je demande ; mais accepte, ô Seigneur, les offrandes volontaires de ma bouche. Car elle, alors que le jour de sa dissolution est proche, n’a pas pris la peine de faire embaumer somptueusement son corps avec des épices ; elle n’a pas non plus désiré un monument remarquable, ni être enterrée dans sa propre terre. Elle ne nous a pas ordonné ces choses ; elle a seulement voulu que son nom soit commémoré à Ton Autel, que celle-ci avait servi sans interruption un seul jour : d’où elle savait que le saint Sacrifice était dispensé, par lequel l’écriture qui était contre nous est effacée ; par lequel l’ennemi a été vaincu, celui qui, en additionnant nos offenses et cherchant ce qu’il pouvait nous imputer, n’a rien trouvé en Celui en Qui nous triomphons. Qui restituera à Lui le sang innocent ? Qui Lui rendra le prix avec lequel Il nous a rachetés, et nous a ainsi enlevés à Lui ? Au Sacrement dont notre rançon, Ta servante a lié son âme par le lien de la foi. Que personne ne la sépare de Ta protection : que ni le lion ni le dragon ne s’interposent par la force ou la ruse. Car elle ne voudra pas…
C’est pourquoi, ô mon Louange et ma Vie, Dieu de mon cœur, mettant de côté pour un instant ses bonnes actions, pour lesquelles je Te remercie avec joie, je T’en supplie maintenant pour les péchés de ma mère. Écoute-moi, je T’en prie, par le Remède de nos plaies, Celui qui est pendu à l’arbre et qui, assis maintenant à Ta droite, intercède pour nous. Je sais qu’elle a agi avec miséricorde et, du fond de son cœur, a pardonné à ses débiteurs leurs dettes ; pardonne aussi-lui ses dettes, quelles qu’elles aient pu être au cours de tant d’années, depuis l’eau du salut. Pardonne-lui, Seigneur, pardonne, je T’en supplie ; ne te livre pas à un jugement contre elle. Que Ta miséricorde soit élevée au-dessus de Ta justice, puisque Tes paroles sont vraies, et Tu as promis la miséricorde à ceux qui sont miséricordieux ; Tu leur as donné cette miséricorde pour ceux que Tu veux avoir en pitié, et pour ceux sur qui Tu as eu pitié.
Et je crois que Tu as déjà fait ce que je demande ; mais accepte, ô Seigneur, les offrandes volontaires de ma bouche. Car elle, alors que le jour de sa dissolution est proche, n’a pas pris la peine de faire embaumer somptueusement son corps avec des épices ; elle n’a pas non plus désiré un monument remarquable, ni être enterrée dans sa propre terre. Elle ne nous a pas ordonné ces choses ; elle a seulement voulu que son nom soit commémoré à Ton Autel, que celle-ci avait servi sans interruption un seul jour : d’où elle savait que le saint Sacrifice était dispensé, par lequel l’écriture qui était contre nous est effacée ; par lequel l’ennemi a été vaincu, celui qui, en additionnant nos offenses et cherchant ce qu’il pouvait nous imputer, n’a rien trouvé en Celui en Qui nous triomphons. Qui restituera à Lui le sang innocent ? Qui Lui rendra le prix avec lequel Il nous a rachetés, et nous a ainsi enlevés à Lui ? Au Sacrement dont notre rançon, Ta servante a lié son âme par le lien de la foi. Que personne ne la sépare de Ta protection : que ni le lion ni le dragon ne s’interposent par la force ou la ruse. Car elle ne voudra pas…
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Qu’elle réponde qu’elle ne doit rien, de peur d’être condamnée et saisie par l’accusateur rusé ; mais elle répondra que ses péchés lui ont été pardonnés par Celui à Qui personne ne peut rendre le prix que Lui, qui ne devait rien, a payé pour nous. Qu’elle puisse donc reposer en paix avec le mari avant et après lequel elle n’en a jamais eu aucun ; celui qu’elle a obéi, produisant avec patience du fruit pour Toi, afin de le gagner aussi pour Toi. Et inspire, ô Seigneur mon Dieu, inspire Tes serviteurs, mes frères, Tes fils, mes maîtres, que je sers de ma voix, de mon cœur et de ma plume, afin que tous ceux qui liront ces Confessions se souviennent, à Ton autel, de Monnica, Ta servante, avec Patricius, son époux tantôt, par les corps desquels Tu m’as fait entrer dans cette vie, comment je l’ignore. Qu’ils se souviennent avec dévotion de mes parents dans cette lumière éphémère, de mes frères sous Toi, notre Père, dans notre Mère catholique, et de mes concitoyens en cette Jérusalem éternelle que Ton peuple pèlerin aspire à retrouver depuis son Exode, jusqu’à son retour là-bas. Ainsi, la dernière demande de ma mère envers moi pourra, par mes confessions, plus encore que par mes prières, être comblée pour elle, grâce aux prières de nombreux autres.
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LIVRE X
Reconnais-moi, ô Seigneur, qui me connais : reconnais-moi tel que je suis connu. Puissance de mon âme, entre en elle et prépare-la pour Toi, afin que Tu puisses la posséder sans tache ni ride. Telle est ma hope, c’est pourquoi je parle ; et c’est dans cette hope que je me réjouis, lorsque je me réjouis sainement. Les autres choses de cette vie méritent moins de chagrin, plus on s’en afflige ; et plus elles méritent de chagrin, moins les hommes s’en affligent. Car voici, Tu aimes la vérité, et celui qui la pratique vient à la lumière. C’est ce que je voudrais faire dans mon cœur devant Toi en confession ; et dans mon écrit, devant de nombreux témoins.
Et de Toi, ô Seigneur, aux yeux duquel l’abîme de la conscience humaine est nu, que pourrait-il y avoir de caché en moi, même si je ne le confessais pas ? Car je cacherais Toi de moi, non pas moi de Toi. Mais maintenant, puisque mon gémissement témoigne que je suis mécontent de moi-même, Tu brilles, et Tu es agréable, aimé et désiré ; afin que je sois honteux de moi-même, que je me renie, que je Te choisisse, et que je ne plaise ni à Toi ni à moi-même, mais en Toi. C’est donc à Toi, ô Seigneur, que je m’ouvre, quel que soit mon état ; et j’ai dit avec quel fruit je Te confesse. Je ne le fais pas avec des mots et des sons de la chair, mais avec les mots de mon âme, et le cri de la pensée que Ton oreille connaît. Car lorsque je suis mauvais, confesser à Toi, c’est rien d’autre que être mécontent de moi-même ; mais lorsque je suis saint, c’est rien d’autre que ne pas l’attribuer à moi-même : car Toi, ô Seigneur, bénis les pieux, mais d’abord Tu les justifies lorsqu’ils sont impies. Ma confession, ô mon Dieu, à Tes yeux se fait en silence, et pourtant non en silence. Car en paroles, elle est silencieuse ; en sentiment, elle crie fort. Car je n’énonce rien aux hommes qui ne T’aies déjà entendu de moi ; et Tu n’entends rien de moi qui que Tu ne m’aies d’abord dit.
Que viens-je faire donc avec les hommes, pour qu’ils entendent mes confessions — comme s’ils pouvaient guérir toutes mes faiblesses — une race curieuse de connaître la vie des autres, paresseuse à corriger la sienne ? Pourquoi cherchent-ils à entendre de moi ce que je suis ; ceux qui ne veulent pas entendre de Toi ce qu’ils sont eux-mêmes ? Et comment le sauraient-ils ?
Reconnais-moi, ô Seigneur, qui me connais : reconnais-moi tel que je suis connu. Puissance de mon âme, entre en elle et prépare-la pour Toi, afin que Tu puisses la posséder sans tache ni ride. Telle est ma hope, c’est pourquoi je parle ; et c’est dans cette hope que je me réjouis, lorsque je me réjouis sainement. Les autres choses de cette vie méritent moins de chagrin, plus on s’en afflige ; et plus elles méritent de chagrin, moins les hommes s’en affligent. Car voici, Tu aimes la vérité, et celui qui la pratique vient à la lumière. C’est ce que je voudrais faire dans mon cœur devant Toi en confession ; et dans mon écrit, devant de nombreux témoins.
Et de Toi, ô Seigneur, aux yeux duquel l’abîme de la conscience humaine est nu, que pourrait-il y avoir de caché en moi, même si je ne le confessais pas ? Car je cacherais Toi de moi, non pas moi de Toi. Mais maintenant, puisque mon gémissement témoigne que je suis mécontent de moi-même, Tu brilles, et Tu es agréable, aimé et désiré ; afin que je sois honteux de moi-même, que je me renie, que je Te choisisse, et que je ne plaise ni à Toi ni à moi-même, mais en Toi. C’est donc à Toi, ô Seigneur, que je m’ouvre, quel que soit mon état ; et j’ai dit avec quel fruit je Te confesse. Je ne le fais pas avec des mots et des sons de la chair, mais avec les mots de mon âme, et le cri de la pensée que Ton oreille connaît. Car lorsque je suis mauvais, confesser à Toi, c’est rien d’autre que être mécontent de moi-même ; mais lorsque je suis saint, c’est rien d’autre que ne pas l’attribuer à moi-même : car Toi, ô Seigneur, bénis les pieux, mais d’abord Tu les justifies lorsqu’ils sont impies. Ma confession, ô mon Dieu, à Tes yeux se fait en silence, et pourtant non en silence. Car en paroles, elle est silencieuse ; en sentiment, elle crie fort. Car je n’énonce rien aux hommes qui ne T’aies déjà entendu de moi ; et Tu n’entends rien de moi qui que Tu ne m’aies d’abord dit.
Que viens-je faire donc avec les hommes, pour qu’ils entendent mes confessions — comme s’ils pouvaient guérir toutes mes faiblesses — une race curieuse de connaître la vie des autres, paresseuse à corriger la sienne ? Pourquoi cherchent-ils à entendre de moi ce que je suis ; ceux qui ne veulent pas entendre de Toi ce qu’ils sont eux-mêmes ? Et comment le sauraient-ils ?
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Lorsqu’ils apprennent à mon sujet par moi-même, que je dise la vérité ou non ; car nul ne connaît ce qu’il y a dans l’homme, sinon son esprit qui est en lui. Mais s’ils apprennent à votre sujet à leur sujet, ils ne peuvent pas dire : « Le Seigneur ment ». Car qu’est-ce à entendre de vous parler d’eux-mêmes, sinon à se connaître soi-même ? Et qui peut savoir et dire : « C’est faux », sans mentir lui-même ? Mais comme l’amour croit en toutes choses (c’est-à-dire chez ceux qu’il unit en un seul), moi aussi, ô Seigneur, je confesserai ainsi devant vous, afin que les hommes puissent entendre, à ceux à qui je ne peux pas démontrer si je confesse la vérité ; pourtant ils me croiront, dont l’amour ouvre les oreilles à moi.
Mais vous, mon Médecin intime, faites-moi comprendre quel fruit je puis récolter en le faisant. Car les confessions de mes péchés passés, que vous avez pardonnés et couverts, afin de me bénir en vous, changeant mon âme par la Foi et votre Sacrement, lorsqu’elles sont lues et entendues, éveillent le cœur, afin qu’il ne sombre pas dans le désespoir en disant « Je ne peux pas », mais qu’il s’éveille dans l’amour de votre miséricorde et la douceur de votre grâce, par laquelle celui qui est faible devient fort, lorsqu’il prend conscience de sa propre faiblesse. Et il y a un bon plaisir à entendre parler des maux passés de ceux qui en sont maintenant libérés, non pas parce que ce sont des maux, mais parce qu’ils ont existé et n’existent plus. Avec quel fruit donc, ô Seigneur mon Dieu, à qui ma conscience confesse chaque jour, en comptant davantage sur l’espoir de votre miséricorde que sur son propre innocence, avec quel fruit, je vous prie, confesse-t-il aux hommes aussi, en votre présence, ce que je suis maintenant, et non ce que j’ai été ? Car cet autre fruit, je l’ai vu et en ai parlé. Mais ce que je suis maintenant, au moment même où je fais ces confessions, beaucoup désirent le savoir, ceux qui m’ont connu ou non, ceux qui m’ont entendu ou parlé de moi ; mais leurs oreilles ne sont pas près de mon cœur, là où je suis, quoi que je sois. Ils veulent alors m’entendre confesser ce que je suis en moi ; là où ni leur œil, ni leur oreille, ni leur intelligence ne peuvent atteindre ; ils le souhaitent, prêts à croire — mais sauront-ils ? Car l’amour, par lequel ils sont bons, leur dit que je ne mens pas dans mes confessions ; et lui, à travers elles, me croit.
Mais avec quel fruit entendraient-ils cela ? Désirent-ils se réjouir avec moi, lorsqu’ils entendent combien, par votre don, je m’approche de vous ? Et prier pour moi, lorsqu’ils entendent combien je suis retenu par mon propre poids ? À eux, je me révélerai. Car ce n’est pas un fruit insignifiant, ô Seigneur mon Dieu, qui mérite que l’on vous remercie abondamment pour nous, et que l’on vous implore abondamment en notre faveur. Que l’esprit fraternel aime en moi ce que vous enseignez à aimer, et pleure en moi ce que vous enseignez à pleurer. Qu’un esprit fraternel, non pas étranger, non pas celui de l’étranger…
Mais vous, mon Médecin intime, faites-moi comprendre quel fruit je puis récolter en le faisant. Car les confessions de mes péchés passés, que vous avez pardonnés et couverts, afin de me bénir en vous, changeant mon âme par la Foi et votre Sacrement, lorsqu’elles sont lues et entendues, éveillent le cœur, afin qu’il ne sombre pas dans le désespoir en disant « Je ne peux pas », mais qu’il s’éveille dans l’amour de votre miséricorde et la douceur de votre grâce, par laquelle celui qui est faible devient fort, lorsqu’il prend conscience de sa propre faiblesse. Et il y a un bon plaisir à entendre parler des maux passés de ceux qui en sont maintenant libérés, non pas parce que ce sont des maux, mais parce qu’ils ont existé et n’existent plus. Avec quel fruit donc, ô Seigneur mon Dieu, à qui ma conscience confesse chaque jour, en comptant davantage sur l’espoir de votre miséricorde que sur son propre innocence, avec quel fruit, je vous prie, confesse-t-il aux hommes aussi, en votre présence, ce que je suis maintenant, et non ce que j’ai été ? Car cet autre fruit, je l’ai vu et en ai parlé. Mais ce que je suis maintenant, au moment même où je fais ces confessions, beaucoup désirent le savoir, ceux qui m’ont connu ou non, ceux qui m’ont entendu ou parlé de moi ; mais leurs oreilles ne sont pas près de mon cœur, là où je suis, quoi que je sois. Ils veulent alors m’entendre confesser ce que je suis en moi ; là où ni leur œil, ni leur oreille, ni leur intelligence ne peuvent atteindre ; ils le souhaitent, prêts à croire — mais sauront-ils ? Car l’amour, par lequel ils sont bons, leur dit que je ne mens pas dans mes confessions ; et lui, à travers elles, me croit.
Mais avec quel fruit entendraient-ils cela ? Désirent-ils se réjouir avec moi, lorsqu’ils entendent combien, par votre don, je m’approche de vous ? Et prier pour moi, lorsqu’ils entendent combien je suis retenu par mon propre poids ? À eux, je me révélerai. Car ce n’est pas un fruit insignifiant, ô Seigneur mon Dieu, qui mérite que l’on vous remercie abondamment pour nous, et que l’on vous implore abondamment en notre faveur. Que l’esprit fraternel aime en moi ce que vous enseignez à aimer, et pleure en moi ce que vous enseignez à pleurer. Qu’un esprit fraternel, non pas étranger, non pas celui de l’étranger…
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Des enfants dont la bouche parle de vanité, et dont la main droite est une main droite d’iniquité ; mais il y a aussi cet esprit fraternel qui, lorsqu’il approuve, se réjouit pour moi, et lorsqu’il me désapprouve, s’attriste pour moi ; car qu’il approuve ou qu’il désapprouve, il m’aime. À ceux-là je me révélerai : ils se réjouiront librement de mes bonnes actions, et soupireront pour mes mauvaises actions. Mes bonnes actions sont Tes dispositions, Tes dons ; mes mauvaises actions, ce sont mes fautes, Tes jugements. Qu’ils se réjouissent librement des unes, et soupirent pour les autres ; et que des hymnes et des larmes montent à Ta vue, issus du cœur de mes frères, Tes encensoirs. Et Toi, ô Seigneur, sois satisfait de l’encens de Ton temple saint, aie pitié de moi selon Ta grande miséricorde, pour le nom de Ton nom ; et ne renonçant en rien à ce que Tu as commencé, perfectionne mes imperfections.
C’est là le fruit de mes confessions sur ce que je suis, non sur ce que j’ai été ; confesser cela, non seulement devant Toi, dans une exultation secrète accompagnée de tremblements, et une tristesse secrète mêlée d’espoir ; mais aussi aux oreilles des fils des hommes croyants, compagnons de ma joie, associés à ma mortalité, mes concitoyens, mes compagnons de pèlerinage, qui sont partis avant moi ou qui viendront après, compagnons de mon chemin. Ce sont Tes serviteurs, mes frères, que Tu veux faire Tes fils ; mes maîtres, que Tu m’ordonnes de servir, si je veux vivre avec Toi, de Toi. Mais si Ta Parole se contentait seulement de commander par la parole, sans aller la première en action, alors je ferais cela en acte et en parole, je le ferais sous Tes ailes ; même face au plus grand péril, si mon âme n’était pas soumise à Toi sous Tes ailes, et si ma faiblesse n’était pas connue de Toi. Je suis petit, mais mon Père vit éternellement, et mon Protecteur me suffit. Car c’est Lui qui m’a engendré et qui me défend : et Toi, Tu es tout mon bien ; Toi, Tout-Puissant, qui es avec moi, oui, avant même que je sois avec Toi. À ceux donc que Tu m’ordonnes de servir, je révélerai non pas ce que j’ai été, mais ce que je suis maintenant et ce que je serai encore. Mais je ne me juge pas non plus moi-même. C’est pourquoi je voudrais être entendu.
Car c’est Toi, Seigneur, qui me juges : car, bien que personne ne connaisse les choses d’un homme, sinon son esprit qui est en lui, il y a pourtant en l’homme quelque chose que son propre esprit ne connaît pas. Mais Toi, Seigneur, Tu connais tout de celui que Tu as créé. Moi, bien que je me méprise à Tes yeux et me considère comme poussière et cendres, je connais néanmoins quelque chose de Toi, que je ne connais pas de moi-même. En vérité, nous voyons maintenant à travers un miroir, obscurément, et non face à face pour l’instant. Tant que je suis absent de Toi, je suis plus présent à moi-même qu’à Toi ; et
C’est là le fruit de mes confessions sur ce que je suis, non sur ce que j’ai été ; confesser cela, non seulement devant Toi, dans une exultation secrète accompagnée de tremblements, et une tristesse secrète mêlée d’espoir ; mais aussi aux oreilles des fils des hommes croyants, compagnons de ma joie, associés à ma mortalité, mes concitoyens, mes compagnons de pèlerinage, qui sont partis avant moi ou qui viendront après, compagnons de mon chemin. Ce sont Tes serviteurs, mes frères, que Tu veux faire Tes fils ; mes maîtres, que Tu m’ordonnes de servir, si je veux vivre avec Toi, de Toi. Mais si Ta Parole se contentait seulement de commander par la parole, sans aller la première en action, alors je ferais cela en acte et en parole, je le ferais sous Tes ailes ; même face au plus grand péril, si mon âme n’était pas soumise à Toi sous Tes ailes, et si ma faiblesse n’était pas connue de Toi. Je suis petit, mais mon Père vit éternellement, et mon Protecteur me suffit. Car c’est Lui qui m’a engendré et qui me défend : et Toi, Tu es tout mon bien ; Toi, Tout-Puissant, qui es avec moi, oui, avant même que je sois avec Toi. À ceux donc que Tu m’ordonnes de servir, je révélerai non pas ce que j’ai été, mais ce que je suis maintenant et ce que je serai encore. Mais je ne me juge pas non plus moi-même. C’est pourquoi je voudrais être entendu.
Car c’est Toi, Seigneur, qui me juges : car, bien que personne ne connaisse les choses d’un homme, sinon son esprit qui est en lui, il y a pourtant en l’homme quelque chose que son propre esprit ne connaît pas. Mais Toi, Seigneur, Tu connais tout de celui que Tu as créé. Moi, bien que je me méprise à Tes yeux et me considère comme poussière et cendres, je connais néanmoins quelque chose de Toi, que je ne connais pas de moi-même. En vérité, nous voyons maintenant à travers un miroir, obscurément, et non face à face pour l’instant. Tant que je suis absent de Toi, je suis plus présent à moi-même qu’à Toi ; et
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Je sais pourtant que Tu es en aucune façon sujette à la tentation ; mais moi, quelles tentations je peux résister, et lesquelles non, je ne le sais pas. Et il y a de l’espoir, car Tu es fidèle : Tu ne veux pas nous laisser être tentés au-delà de nos forces ; mais Tu fais aussi, avec la tentation, un chemin pour s’en échapper, afin que nous puissions la supporter. Je confesserai donc ce que je sais de moi-même, et je confesserai aussi ce que je ne sais pas de moi-même. Car ce que je sais de moi-même, je le sais par Ta lumière qui brille sur moi ; et ce que je ne sais pas de moi-même, je ne le sais pas tant que ma nuit n’aura pas été changée en midi par Ton visage.
Ce n’est pas avec le doute, mais avec une conscience assurée, que je T’aime, Seigneur. Tu as frappé mon cœur de Ta parole, et j’ai aimé Toi. Oui, même le ciel, la terre et tout ce qu’ils contiennent m’exhortent de T’aimer de tous côtés ; ils ne cessent de le dire à tous, afin qu’ils ne soient pas sans excuse. Mais Tu auras pitié de qui Tu voudras avoir pitié, et Tu montreras de la compassion à qui Tu as déjà montré de la compassion : sinon, le ciel et la terre proclament Tes louanges dans des oreilles sourdes. Mais que suis-je en train d’aimer, quand j’aime Toi ? Ni la beauté des corps, ni l’harmonie gracieuse du temps, ni l’éclat de la lumière si joyeux pour nos yeux, ni les douces mélodies des chants variés, ni le parfum des fleurs, des onguents et des épices, ni le manne et le miel, ni les membres propices aux étreintes charnelles. Rien de tout cela je n’aime, quand j’aime mon Dieu ; et pourtant j’aime une sorte de lumière, de mélodie, de parfum, de nourriture et d’étreinte, quand j’aime mon Dieu : la lumière, la mélodie, le parfum, la nourriture, l’étreinte de mon homme intérieur : là où brille pour mon âme ce que l’espace ne peut contenir, et où résonne ce que le temps ne peut emporter, et où se sent ce que la respiration ne disperse pas, et où se goûte ce que la nourriture ne diminue pas, et où s’accroche ce que la satiété ne sépare pas. C’est cela que j’aime, quand j’aime mon Dieu.
Et qu’est-ce donc ? J’ai demandé à la terre, et elle m’a répondu : « Je ne suis pas Lui » ; et tout ce qui s’y trouve a avoué la même chose. J’ai demandé à la mer et aux abîmes, ainsi qu’aux créatures rampantes vivantes, et elles ont répondu : « Nous ne sommes pas ton Dieu, cherche au-dessus de nous ». J’ai demandé à l’air en mouvement ; et tout l’air avec ses habitants ont répondu : « Anaximène s’est trompé, je ne suis pas Dieu ». J’ai demandé aux cieux, au soleil, à la lune, aux étoiles : « Nous non plus (disent-elles) ne sommes pas le Dieu que tu cherches ». Et j’ai répondu à toutes les choses qui entourent la porte de ma chair : « Vous m’avez dit de mon Dieu que vous n’êtes pas Lui ; dites-moi quelque chose à Son sujet ». Et elles ont crié d’une voix forte : « C’est Lui qui nous a créés ». Mon interrogation d’elles était ma pensée à leur sujet ; et leur forme belle a donné la réponse.
Et je me suis tourné vers moi-même, et je me suis dit : « Qui es-tu ? » Et je
Ce n’est pas avec le doute, mais avec une conscience assurée, que je T’aime, Seigneur. Tu as frappé mon cœur de Ta parole, et j’ai aimé Toi. Oui, même le ciel, la terre et tout ce qu’ils contiennent m’exhortent de T’aimer de tous côtés ; ils ne cessent de le dire à tous, afin qu’ils ne soient pas sans excuse. Mais Tu auras pitié de qui Tu voudras avoir pitié, et Tu montreras de la compassion à qui Tu as déjà montré de la compassion : sinon, le ciel et la terre proclament Tes louanges dans des oreilles sourdes. Mais que suis-je en train d’aimer, quand j’aime Toi ? Ni la beauté des corps, ni l’harmonie gracieuse du temps, ni l’éclat de la lumière si joyeux pour nos yeux, ni les douces mélodies des chants variés, ni le parfum des fleurs, des onguents et des épices, ni le manne et le miel, ni les membres propices aux étreintes charnelles. Rien de tout cela je n’aime, quand j’aime mon Dieu ; et pourtant j’aime une sorte de lumière, de mélodie, de parfum, de nourriture et d’étreinte, quand j’aime mon Dieu : la lumière, la mélodie, le parfum, la nourriture, l’étreinte de mon homme intérieur : là où brille pour mon âme ce que l’espace ne peut contenir, et où résonne ce que le temps ne peut emporter, et où se sent ce que la respiration ne disperse pas, et où se goûte ce que la nourriture ne diminue pas, et où s’accroche ce que la satiété ne sépare pas. C’est cela que j’aime, quand j’aime mon Dieu.
Et qu’est-ce donc ? J’ai demandé à la terre, et elle m’a répondu : « Je ne suis pas Lui » ; et tout ce qui s’y trouve a avoué la même chose. J’ai demandé à la mer et aux abîmes, ainsi qu’aux créatures rampantes vivantes, et elles ont répondu : « Nous ne sommes pas ton Dieu, cherche au-dessus de nous ». J’ai demandé à l’air en mouvement ; et tout l’air avec ses habitants ont répondu : « Anaximène s’est trompé, je ne suis pas Dieu ». J’ai demandé aux cieux, au soleil, à la lune, aux étoiles : « Nous non plus (disent-elles) ne sommes pas le Dieu que tu cherches ». Et j’ai répondu à toutes les choses qui entourent la porte de ma chair : « Vous m’avez dit de mon Dieu que vous n’êtes pas Lui ; dites-moi quelque chose à Son sujet ». Et elles ont crié d’une voix forte : « C’est Lui qui nous a créés ». Mon interrogation d’elles était ma pensée à leur sujet ; et leur forme belle a donné la réponse.
Et je me suis tourné vers moi-même, et je me suis dit : « Qui es-tu ? » Et je
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Il répondit : « Un homme. » Et voici, en moi se présentent l’âme et le corps, l’un à l’extérieur, l’autre à l’intérieur. Parmi lesquels dois-je chercher mon Dieu ? Je L’avais cherché dans le corps, de la terre au ciel, autant que je pouvais envoyer des messagers, les rayons de mes yeux. Mais le plus important est l’intérieur, car c’est à lui, en tant que principe dirigeant et jugeant, que tous les messagers corporels rapportaient les réponses du ciel et de la terre, ainsi que de toutes choses qui s’y trouvent, qui disaient : « Nous ne sommes pas Dieu, mais Il nous a créés. » Mon être intérieur connaissait ces choses par l’intermédiaire de celui qui est extérieur : moi, l’intérieur, je les connaissais ; moi, l’esprit, par les sens de mon corps. J’ai interrogé tout l’univers au sujet de mon Dieu ; et il m’a répondu : « Je ne suis pas Lui, mais Il m’a créé. »
Cette figure corporelle n’est-elle pas visible à tous ceux dont les sens sont parfaits ? Pourquoi alors ne parle-t-elle pas de la même manière à tous ? Les animaux, petits et grands, la voient, mais ils ne peuvent pas l’interroger, car aucune raison n’est mise à leur disposition pour juger de ce qu’ils rapportent. Mais les hommes peuvent interroger, afin que les choses invisibles de Dieu soient clairement vues, étant comprises à travers les choses créées ; mais par amour pour elles, celles-ci deviennent soumises à elles : or, les sujets ne peuvent juger. De même, les créatures ne répondent pas à ceux qui interrogent, à moins qu’elles ne puissent juger ; elles ne changent pas non plus de voix (c’est-à-dire d’apparence) si un homme seul voit, tandis qu’un autre, en interrogeant, voit autre chose, de sorte qu’elles semblent différentes à l’un et à l’autre ; mais si elles apparaissent de la même manière aux deux, elles restent muettes pour l’un, parlent à l’autre ; en réalité, elles parlent à tous ; mais seuls ceux qui comparent leur voix reçue de l’extérieur avec la vérité intérieure la comprennent. Car la vérité me dit : « Ni le ciel, ni la terre, ni aucun autre corps n’est ton Dieu. » C’est leur propre nature qui dit à celui qui les voit : « Ce ne sont qu’une masse ; une partie d’une masse est moins importante que le tout. »
Maintenant, je m’adresse à toi, ô mon âme, tu es ma meilleure partie : car tu animes la masse de mon corps, lui donnant la vie, que aucun corps ne peut donner à un autre corps ; mais ton Dieu est pour toi la Vie de ta vie.
Que puis-je donc aimer, lorsque j’aime mon Dieu ? Qui est-Il au-dessus de la tête de mon âme ? Par mon âme même, je monterai vers Lui. Je dépasserai ce pouvoir par lequel je suis uni à mon corps, et j’emplirai tout son être de vie.
Je ne peux pas non plus trouver mon Dieu par ce pouvoir ; car alors même les chevaux et les mules, qui n’ont pas de raison, pourraient Le trouver, puisque c’est le même pouvoir qui fait vivre leurs corps. Mais il existe un autre pouvoir, non seulement celui par lequel j’anime, mais aussi celui par lequel j’insuffle la sensation à ma chair, que le Seigneur a façonnée pour moi : Il ordonne à l’œil de ne pas entendre, et à l’oreille de ne pas voir ; mais à l’œil, afin que je voie par lui, et à l’oreille, afin que j’entende par elle ; et aux autres sens séparément, ce qui convient à chacun d’eux.
Cette figure corporelle n’est-elle pas visible à tous ceux dont les sens sont parfaits ? Pourquoi alors ne parle-t-elle pas de la même manière à tous ? Les animaux, petits et grands, la voient, mais ils ne peuvent pas l’interroger, car aucune raison n’est mise à leur disposition pour juger de ce qu’ils rapportent. Mais les hommes peuvent interroger, afin que les choses invisibles de Dieu soient clairement vues, étant comprises à travers les choses créées ; mais par amour pour elles, celles-ci deviennent soumises à elles : or, les sujets ne peuvent juger. De même, les créatures ne répondent pas à ceux qui interrogent, à moins qu’elles ne puissent juger ; elles ne changent pas non plus de voix (c’est-à-dire d’apparence) si un homme seul voit, tandis qu’un autre, en interrogeant, voit autre chose, de sorte qu’elles semblent différentes à l’un et à l’autre ; mais si elles apparaissent de la même manière aux deux, elles restent muettes pour l’un, parlent à l’autre ; en réalité, elles parlent à tous ; mais seuls ceux qui comparent leur voix reçue de l’extérieur avec la vérité intérieure la comprennent. Car la vérité me dit : « Ni le ciel, ni la terre, ni aucun autre corps n’est ton Dieu. » C’est leur propre nature qui dit à celui qui les voit : « Ce ne sont qu’une masse ; une partie d’une masse est moins importante que le tout. »
Maintenant, je m’adresse à toi, ô mon âme, tu es ma meilleure partie : car tu animes la masse de mon corps, lui donnant la vie, que aucun corps ne peut donner à un autre corps ; mais ton Dieu est pour toi la Vie de ta vie.
Que puis-je donc aimer, lorsque j’aime mon Dieu ? Qui est-Il au-dessus de la tête de mon âme ? Par mon âme même, je monterai vers Lui. Je dépasserai ce pouvoir par lequel je suis uni à mon corps, et j’emplirai tout son être de vie.
Je ne peux pas non plus trouver mon Dieu par ce pouvoir ; car alors même les chevaux et les mules, qui n’ont pas de raison, pourraient Le trouver, puisque c’est le même pouvoir qui fait vivre leurs corps. Mais il existe un autre pouvoir, non seulement celui par lequel j’anime, mais aussi celui par lequel j’insuffle la sensation à ma chair, que le Seigneur a façonnée pour moi : Il ordonne à l’œil de ne pas entendre, et à l’oreille de ne pas voir ; mais à l’œil, afin que je voie par lui, et à l’oreille, afin que j’entende par elle ; et aux autres sens séparément, ce qui convient à chacun d’eux.
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Sièges et fonctions ; qui, étant divers, je, d’un seul esprit, les fais exister par eux. Je dépasserai également ce pouvoir qui est le mien ; car j’ai aussi le cheval et la mule, car eux aussi perçoivent à travers le corps. Je dépasserai alors aussi ce pouvoir de ma nature, montant progressivement vers Celui qui m’a créé. Et je viens aux champs et aux vastes palais de ma mémoire, où se trouvent les trésors d’innombrables images, apportées en elle depuis toutes sortes de choses perçues par les sens. Y sont stockées toutes celles que nous pensons, que ce soit en les agrandissant ou en les réduisant, ou en les modifiant d’une autre manière, ainsi que tout ce qui a été confié et conservé, que l’oubli n’a pas encore englouti ni enterré. Lorsque j’y entre, je demande que ce que je veux soit fait apparaître, et quelque chose arrive aussitôt ; d’autres doivent être cherchés plus longtemps, et sont tirés, pour ainsi dire, d’un réceptacle intérieur ; d’autres surgissent en foule, et tandis qu’on désire une chose, elles partent, comme pour dire : « Suis-je peut-être celle-ci ? » Je les chasse de la main de mon cœur, loin du visage de ma mémoire, jusqu’à ce que ce que je souhaite soit révélé et apparaisse à la vue, hors de son lieu secret. D’autres choses apparaissent facilement, dans un ordre ininterrompu, dès qu’on en a besoin ; celles qui sont en avant font place à celles qui suivent ; et en faisant place, elles disparaissent de la vue, prêtes à venir quand je le voudrai. Tout cela se produit lorsque je mémorise quelque chose. Toutes choses y sont conservées distinctement et sous des catégories générales, chacune entrant par son propre chemin : la lumière, ainsi que toutes les couleurs et formes des corps par les yeux ; tous les sons par les oreilles ; tous les odeurs par le canal des narines ; tous les goûts par la bouche ; et par la sensation de tout le corps, ce qui est dur ou mou, chaud ou froid, rugueux, lourd ou léger, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur du corps. Tout cela est reçu par ce grand port de la mémoire, dans ses innombrables détours secrets et indescriptibles, afin de pouvoir être mis en usage au besoin ; chacun y entre par sa propre porte et y est conservé. Ce ne sont pas non plus les choses elles-mêmes qui entrent, mais seulement les images des choses perçues, prêtes à être rappelées par la pensée. Comment ces images se forment, qui peut le dire, bien qu’il soit clair par quel sens chacune a été introduite et stockée ? Car même lorsque je demeure dans l’obscurité et le silence, je peux, si je le veux, produire des couleurs dans ma mémoire, distinguer le noir du blanc, et toutes autres couleurs que je souhaite : de même, les sons ne viennent pas perturber l’image dessinée par mes yeux, que je suis en train de revisiter, bien qu’ils soient également là, endormis, comme conservés séparément. Car je les invoque aussi, et ils apparaissent aussitôt. Et bien que mon
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Ma langue reste silencieuse, ma gorge muette ; ainsi, je ne peux chanter autant que je le voudrais. De même, ces images de couleurs, bien qu’elles soient présentes, ne viennent pas perturber ou interrompre lorsque d’autres images doivent être appelées, celles qui arrivent par les oreilles. Ainsi, les autres choses, accumulées par les autres sens, je peux les rappeler à volonté. Oui, je distingue le parfum des lys de celui des violettes, sans pour autant rien sentir ; et je préfère le miel au vin doux, le lisse au rugueux, sans en goûter ni en toucher, mais en me souvenant seulement. C’est là, dans ce vaste domaine de ma mémoire, que je fais tout cela. Car le ciel, la terre, la mer, et tout ce à quoi je peux penser s’y trouvent, en plus de ce que j’ai oublié. C’est là aussi que je me rencontre moi-même, que je me rappelle qui je suis, quand, où et ce que j’ai fait, et sous quelles émotions. Tout ce que je me souviens, que ce soit d’après mon propre expérience ou celle des autres, provient de cette même source. À partir de là, je crée continuellement de nouvelles images des choses que j’ai vécues, ou auxquelles j’ai cru, et j’en déduis ensuite des actions, des événements et des espoirs futurs. Tous ces éléments, je les considère comme étant présents. « Je ferai ceci ou cela », me dis-je, dans ce grand réceptacle de mon esprit, rempli d’images si nombreuses et si importantes, « et puis cela ou cela suivra. » « Ah, si seulement cela ou cela pouvait arriver ! » « Que Dieu empêche cela ou cela ! » C’est ainsi que je me parle à moi-même. Lorsque je parle, les images de tout ce dont je parle sont présentes, issues du même trésor de la mémoire ; et je ne pourrais parler d’aucune d’entre elles sans ces images. Grande est cette force de la mémoire, extrêmement grande, ô mon Dieu ! C’est une chambre vaste et sans limites. Qui a jamais pu en sonder le fond ? Pourtant, c’est un pouvoir qui m’appartient, qui fait partie de ma nature ; et moi-même, je ne comprends pas tout ce que je suis. C’est pourquoi l’esprit est trop étroit pour se contenir lui-même. Et où serait-ce que l’esprit ne contient pas en lui-même ? Est-ce à l’extérieur, et non à l’intérieur ? Alors pourquoi ne se comprend-il pas lui-même ? Une admirable admiration m’étonne, une stupeur s’empare de moi face à cela. Les hommes partent admirer les hauteurs des montagnes, les vagues puissantes de la mer, les courants larges des rivières, l’étendue de l’océan, les trajectoires des étoiles, sans se rendre compte que, lorsque je parlais de toutes ces choses, je ne les voyais pas de mes propres yeux, pourtant je ne pouvais en parler que si j’avais réellement vu ces montagnes, ces vagues, ces rivières, ces étoiles, ainsi que cet océan, en moi-même, dans ma mémoire, avec les mêmes espaces immenses entre eux, comme si je les voyais de l’extérieur. Pourtant, en les voyant de mes yeux, je ne les ai pas attirés en moi ; et ils ne sont pas…
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eux-mêmes avec moi, mais seulement leurs images. Et je sais par quel sens du corps chacun m’a été imprimé.
Cependant, ce ne sont pas seulement ceux-là que la capacité incommensurable de ma mémoire retient.
Ici se trouvent aussi tout ce qui a été appris des sciences libérales et qui n’a pas encore été oublié ;
comme transporté en quelque lieu intérieur, qui n’est pourtant pas un lieu : ce ne sont pas non plus leurs images, mais les choses elles-mêmes. Car qu’est-ce que la littérature, qu’est-ce que l’art de débattre, combien de sortes de questions il y a, tout ce que je sais de cela existe dans ma mémoire de telle manière que je n’ai pas retenu l’image en omettant la chose, ou que cela ne soit passé comme une voix fixée à l’oreille par cette impression, afin qu’on puisse la rappeler comme si elle résonnait encore alors qu’elle ne résonne plus ; ou comme un parfum qui, en passant et en s’évaporant dans l’air, affecte le sens de l’odorat, d’où il transmet à la mémoire une image de lui-même, que, en nous en souvenant, nous renouvelons ; ou comme de la viande, qui certes n’a plus de goût dans l’estomac, mais qui, dans la mémoire, a encore un certain goût ; ou comme toute chose que le corps perçoit au toucher, et dont, lorsqu’elle est éloignée de nous, la mémoire continue de se faire une idée.
Car ces choses ne sont pas transmises à la mémoire, mais seulement leurs images sont saisies avec une vitesse admirable et stockées comme dans des armoires merveilleuses, d’où elles sont ensuite extraites merveilleusement par l’acte de la mémoire.
Mais maintenant, quand j’entends qu’il y a trois sortes de questions : « Est-ce que la chose existe ? Qu’est-ce que c’est ? De quelle sorte est-elle ? », je possède en effet les images des sons dont ces mots sont composés, et ces sons, avec un bruit propagé dans l’air, n’existent plus aujourd’hui. Mais les choses elles-mêmes que ces sons désignent, je ne les ai jamais atteintes par aucun sens de mon corps, ni jamais perçues autrement que dans mon esprit ; pourtant, dans ma mémoire, je n’y ai pas conservé leurs images, mais elles-mêmes. Comment elles sont entrées en moi, qu’ils disent s’ils le peuvent ; car j’ai parcouru tous les chemins de ma chair, mais je ne peux trouver par où elles sont entrées. Car les yeux disent : « Si ces images étaient colorées, nous en aurions parlé. » Les oreilles disent : « Si elles sonnaient, nous en aurions donné connaissance. » Les narines disent : « Si elles sentaient bon, elles seraient passées près de nous. » Le goût dit : « S’il n’y a pas de saveur, ne m’en parlez pas. » Le toucher dit : « S’il n’a pas de taille, je ne l’ai pas touché ; si je ne l’ai pas touché, je n’en ai pas donné connaissance. » D’où et comment ces choses sont-elles entrées dans ma mémoire ? Je ne sais pas comment. Car lorsque je les ai apprises, je n’ai pas cru à l’esprit d’un autre homme, mais je les ai reconnues dans le mien ; et les ayant jugées vraies, je les y ai confiées, les y ayant stockées comme on le fait, afin que je puisse
Cependant, ce ne sont pas seulement ceux-là que la capacité incommensurable de ma mémoire retient.
Ici se trouvent aussi tout ce qui a été appris des sciences libérales et qui n’a pas encore été oublié ;
comme transporté en quelque lieu intérieur, qui n’est pourtant pas un lieu : ce ne sont pas non plus leurs images, mais les choses elles-mêmes. Car qu’est-ce que la littérature, qu’est-ce que l’art de débattre, combien de sortes de questions il y a, tout ce que je sais de cela existe dans ma mémoire de telle manière que je n’ai pas retenu l’image en omettant la chose, ou que cela ne soit passé comme une voix fixée à l’oreille par cette impression, afin qu’on puisse la rappeler comme si elle résonnait encore alors qu’elle ne résonne plus ; ou comme un parfum qui, en passant et en s’évaporant dans l’air, affecte le sens de l’odorat, d’où il transmet à la mémoire une image de lui-même, que, en nous en souvenant, nous renouvelons ; ou comme de la viande, qui certes n’a plus de goût dans l’estomac, mais qui, dans la mémoire, a encore un certain goût ; ou comme toute chose que le corps perçoit au toucher, et dont, lorsqu’elle est éloignée de nous, la mémoire continue de se faire une idée.
Car ces choses ne sont pas transmises à la mémoire, mais seulement leurs images sont saisies avec une vitesse admirable et stockées comme dans des armoires merveilleuses, d’où elles sont ensuite extraites merveilleusement par l’acte de la mémoire.
Mais maintenant, quand j’entends qu’il y a trois sortes de questions : « Est-ce que la chose existe ? Qu’est-ce que c’est ? De quelle sorte est-elle ? », je possède en effet les images des sons dont ces mots sont composés, et ces sons, avec un bruit propagé dans l’air, n’existent plus aujourd’hui. Mais les choses elles-mêmes que ces sons désignent, je ne les ai jamais atteintes par aucun sens de mon corps, ni jamais perçues autrement que dans mon esprit ; pourtant, dans ma mémoire, je n’y ai pas conservé leurs images, mais elles-mêmes. Comment elles sont entrées en moi, qu’ils disent s’ils le peuvent ; car j’ai parcouru tous les chemins de ma chair, mais je ne peux trouver par où elles sont entrées. Car les yeux disent : « Si ces images étaient colorées, nous en aurions parlé. » Les oreilles disent : « Si elles sonnaient, nous en aurions donné connaissance. » Les narines disent : « Si elles sentaient bon, elles seraient passées près de nous. » Le goût dit : « S’il n’y a pas de saveur, ne m’en parlez pas. » Le toucher dit : « S’il n’a pas de taille, je ne l’ai pas touché ; si je ne l’ai pas touché, je n’en ai pas donné connaissance. » D’où et comment ces choses sont-elles entrées dans ma mémoire ? Je ne sais pas comment. Car lorsque je les ai apprises, je n’ai pas cru à l’esprit d’un autre homme, mais je les ai reconnues dans le mien ; et les ayant jugées vraies, je les y ai confiées, les y ayant stockées comme on le fait, afin que je puisse
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Je les fais apparaître quand je le veux. Dans mon cœur, ils étaient déjà là, même avant que je ne les apprenne, mais dans ma mémoire, ils n’y étaient pas. Où donc ? Ou pourquoi, lorsque ils étaient prononcés, les reconnaissais-je et disais-je : « C’est bien ainsi, c’est vrai », si ce n’est parce qu’ils se trouvaient déjà dans la mémoire, mais si profondément enfouis, comme si on les avait enterrés dans des recoins plus reculés, qu’à moins que l’inspiration d’autrui ne les fasse ressortir, j’aurais peut-être été incapable de les concevoir ? C’est pourquoi nous constatons que pour apprendre ces choses dont nous ne percevons pas les images par nos sens, mais que nous percevons en nous-mêmes, telles qu’elles sont, sans images, il n’y a rien d’autre que la conception, pour les recevoir, et la mémorisation, pour veiller à ce que ces choses que la mémoire contenait auparavant au hasard et de manière désordonnée soient rangées à portée de main, comme si elles se trouvaient dans cette même mémoire où auparavant elles gisaient inconnues, dispersées et négligées, et puissent ainsi facilement venir à l’esprit qui s’en est familiarisé. Et combien de choses de ce genre porte ma mémoire, qui ont déjà été découvertes et, comme je l’ai dit, mises à portée de main, que l’on dit que nous avons apprises et connues, mais que si, pendant un bref instant, j’arrêtais de les rappeler à mon esprit, elles sont de nouveau enfouies et retombent, comme si de rien n’était, dans des recoins plus profonds, de sorte qu’il faut les réfléchir à nouveau, comme s’il s’agissait de choses nouvelles, car elles n’ont pas d’autre demeure ; mais il faut les rassembler à nouveau afin de les connaître ; c’est-à-dire qu’il faut les collecter ensemble après leur dispersion : d’où provient le mot « cogitation ». Car cogo (rassembler) et cogito (ré-rassembler) ont entre eux la même relation que ago et agito, facio et factito. Mais l’esprit s’est approprié ce mot (cogitation), de sorte que ce n’est pas ce qui est « rassemblé » de quelque manière que ce soit, mais ce qui est « ré-rassemblé », c’est-à-dire rassemblé dans l’esprit, qui est proprement dit cogité, ou sur quoi on réfléchit. La mémoire contient aussi d’innombrables raisons et lois de nombres et de dimensions, aucune desquelles n’a été imprimée par aucun sens corporel ; car elles n’ont ni couleur, ni son, ni goût, ni odeur, ni toucher. J’ai entendu le son des mots par lesquels on les désigne lorsqu’on en discute : mais les sons sont différents des choses. En effet, les sons sont différents en grec qu’en latin ; mais les choses ne sont ni en grec, ni en latin, ni dans aucune autre langue. J’ai vu les lignes des architectes, les plus fines, semblables à des fils d’araignée ; mais celles-ci sont encore différentes, elles ne sont pas les images de ces lignes que l’œil charnel m’a montrées : celui qui, sans aucune conception quelconque d’un corps, les reconnaît en lui-même, les connaît. J’ai également perçu les nombres des choses avec lesquelles nous numérons tous les sens de mon corps ; mais ces nombres avec lesquels nous comptons sont différents, et ils ne sont pas non plus…
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Des images de celles-ci, et donc elles existent bel et bien. Que celui qui ne les voit pas se moque de moi pour avoir dit ces choses, et j’aurai pitié de lui tandis qu’il se moque de moi. Je me souviens de toutes ces choses, ainsi que de la manière dont je les ai apprises. J’ai aussi entendu et je me souviens de nombreuses objections fausses portées contre elles ; bien que ces objections soient fausses, il n’est pas faux que je m’en souvienne ; et je me souviens également avoir distingué entre ces vérités et ces faussetés qui leur sont opposées. Je perçois que cette capacité actuelle de discerner ces choses diffère du souvenir de les avoir souvent discernées, lorsque je y pensais fréquemment. Je me souviens alors avoir souvent compris ces choses ; et ce que je discerne et comprends maintenant, je le garde en mémoire, afin de pouvoir me rappeler plus tard que je le comprends aujourd’hui. Ainsi, je me souviens aussi avoir déjà eu des souvenirs ; comme si, plus tard, je devais me rappeler que j’ai pu me souvenir de ces choses, c’est par la force de la mémoire que je les rappellerai.
La même mémoire contient également les affections de mon esprit, non pas de la même manière que mon esprit les contient lui-même lorsqu’il les ressent, mais bien différemment, selon une faculté propre à elle. Car sans joie, je me souviens avoir été joyeux ; et sans tristesse, je me remémore ma tristesse passée. Et le fait que j’aie un jour eu peur, je le revois sans peur ; et sans désir, je me souviens d’un désir passé. Parfois, au contraire, avec joie, je me souviens de ma tristesse d’autrefois, et avec tristesse, de ma joie. Ce n’est pas étonnant, en ce qui concerne le corps, car l’esprit est une chose, le corps en est une autre. Si donc, avec joie, je me souviens d’une douleur physique passée, cela n’est pas si étonnant. Mais maintenant, puisque cette mémoire même est l’esprit (car lorsque nous confions quelque chose à la mémoire, nous disons : « Fais en sorte de le garder en tête » ; et lorsque nous oublions, nous disons : « Ça ne m’est pas venu à l’esprit », ou « Ça m’a échappé de l’esprit », en appelant la mémoire elle-même l’esprit) ; étant donné cela, comment se fait-il que, lorsque, avec joie, je me souviens de ma tristesse passée, l’esprit soit joyeux, mais la mémoire triste ? L’esprit, à cause de la joie qui est en lui, est joyeux, mais la mémoire, à cause de la tristesse qui est en elle, n’est pas triste ? La mémoire ne fait-elle pas partie de l’esprit ? Qui oserait le dire ? La mémoire est donc, pour ainsi dire, le ventre de l’esprit, et la joie et la tristesse, comme de la nourriture sucrée et amère ; celles-ci, une fois confiées à la mémoire, sont comme transférées dans le ventre, où elles peuvent être stockées, mais sans pouvoir être goûtées. Il est ridicule d’imaginer qu’elles soient semblables ; et pourtant, elles ne sont pas complètement différentes.
La même mémoire contient également les affections de mon esprit, non pas de la même manière que mon esprit les contient lui-même lorsqu’il les ressent, mais bien différemment, selon une faculté propre à elle. Car sans joie, je me souviens avoir été joyeux ; et sans tristesse, je me remémore ma tristesse passée. Et le fait que j’aie un jour eu peur, je le revois sans peur ; et sans désir, je me souviens d’un désir passé. Parfois, au contraire, avec joie, je me souviens de ma tristesse d’autrefois, et avec tristesse, de ma joie. Ce n’est pas étonnant, en ce qui concerne le corps, car l’esprit est une chose, le corps en est une autre. Si donc, avec joie, je me souviens d’une douleur physique passée, cela n’est pas si étonnant. Mais maintenant, puisque cette mémoire même est l’esprit (car lorsque nous confions quelque chose à la mémoire, nous disons : « Fais en sorte de le garder en tête » ; et lorsque nous oublions, nous disons : « Ça ne m’est pas venu à l’esprit », ou « Ça m’a échappé de l’esprit », en appelant la mémoire elle-même l’esprit) ; étant donné cela, comment se fait-il que, lorsque, avec joie, je me souviens de ma tristesse passée, l’esprit soit joyeux, mais la mémoire triste ? L’esprit, à cause de la joie qui est en lui, est joyeux, mais la mémoire, à cause de la tristesse qui est en elle, n’est pas triste ? La mémoire ne fait-elle pas partie de l’esprit ? Qui oserait le dire ? La mémoire est donc, pour ainsi dire, le ventre de l’esprit, et la joie et la tristesse, comme de la nourriture sucrée et amère ; celles-ci, une fois confiées à la mémoire, sont comme transférées dans le ventre, où elles peuvent être stockées, mais sans pouvoir être goûtées. Il est ridicule d’imaginer qu’elles soient semblables ; et pourtant, elles ne sont pas complètement différentes.
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Mais voici, je le rappelle de ma mémoire : il y a quatre perturbations de l’esprit, le désir, la joie, la peur, la tristesse ; et tout ce que je peux discuter à leur sujet, en les divisant chacune en leurs espèces subordonnées et en les définissant, je trouve dans ma mémoire ce que je dois dire, et c’est ainsi que je l’extrais. Pourtant, je ne suis pas troublé par aucune de ces perturbations, lorsque, en les rappelant à l’esprit, je m’en souviens ; oui, même avant que je ne les rappelle, elles étaient déjà là ; donc elles pouvaient être ainsi extraites par le souvenir. Peut-être, alors, de même que la nourriture est ramenée du ventre en mâchant, de même celles-ci sont-elles tirées de la mémoire par le souvenir. Pourquoi donc le disputant, en se remémorant ainsi, ne goûte-t-il pas dans la bouche de sa réflexion la douceur de la joie ou l’amertume de la tristesse ? La comparaison n’est-elle pas similaire en cela, parce qu’elle ne l’est pas sous tous les rapports ? Car qui voudrait en parler volontiers, si chaque fois que nous nommons la tristesse ou la peur, nous devions être contraints d’être tristes ou effrayés ? Et pourtant, nous ne pourrions pas en parler si nous ne trouvions dans notre mémoire, non seulement les sons des noms selon les images imprimées par les sens du corps, mais aussi des notions des choses mêmes, que nous n’avons jamais reçues par aucun canal du corps, mais que l’esprit lui-même, en percevant par l’expérience de ses propres passions, confie à la mémoire, ou que la mémoire elle-même retient, sans avoir été confiée à elle.
Mais avec ou sans images, qui peut le dire avec certitude ? Ainsi, je nomme une pierre, je nomme le soleil : les choses mêmes ne sont pas présentes à mes sens, mais leurs images le sont dans ma mémoire. Je nomme une douleur physique, mais elle n’est pas présente en moi lorsque rien ne fait mal ; pourtant, si son image n’était pas présente dans ma mémoire, je ne saurais pas quoi en dire, ni distinguer la douleur du plaisir en parlant. Je nomme la santé physique ; étant en bonne santé, la chose elle-même est présente en moi ; mais, si son image n’était pas également présente dans ma mémoire, je ne pourrais en aucun cas me rappeler ce que signifie le son de ce nom. De même, le malade, lorsque la santé est nommée, ne reconnaîtrait pas ce qui est dit, à moins que la même image ne soit conservée par la force de la mémoire, bien que la chose elle-même soit absente du corps. Je nomme les nombres par lesquels nous comptons ; et ce ne sont pas leurs images, mais eux-mêmes qui sont présents dans ma mémoire. Je nomme l’image du soleil, et cette image est présente dans ma mémoire. Car je ne me souviens pas de l’image de son image, mais l’image elle-même est présente à moi lorsque je la rappelle. Je nomme la mémoire, et je reconnais ce que je nomme. Et où la reconnais-je, sinon dans la mémoire elle-même ? Est-elle également présente en elle-même par son image, et non par elle-même ?
Mais avec ou sans images, qui peut le dire avec certitude ? Ainsi, je nomme une pierre, je nomme le soleil : les choses mêmes ne sont pas présentes à mes sens, mais leurs images le sont dans ma mémoire. Je nomme une douleur physique, mais elle n’est pas présente en moi lorsque rien ne fait mal ; pourtant, si son image n’était pas présente dans ma mémoire, je ne saurais pas quoi en dire, ni distinguer la douleur du plaisir en parlant. Je nomme la santé physique ; étant en bonne santé, la chose elle-même est présente en moi ; mais, si son image n’était pas également présente dans ma mémoire, je ne pourrais en aucun cas me rappeler ce que signifie le son de ce nom. De même, le malade, lorsque la santé est nommée, ne reconnaîtrait pas ce qui est dit, à moins que la même image ne soit conservée par la force de la mémoire, bien que la chose elle-même soit absente du corps. Je nomme les nombres par lesquels nous comptons ; et ce ne sont pas leurs images, mais eux-mêmes qui sont présents dans ma mémoire. Je nomme l’image du soleil, et cette image est présente dans ma mémoire. Car je ne me souviens pas de l’image de son image, mais l’image elle-même est présente à moi lorsque je la rappelle. Je nomme la mémoire, et je reconnais ce que je nomme. Et où la reconnais-je, sinon dans la mémoire elle-même ? Est-elle également présente en elle-même par son image, et non par elle-même ?
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Quoi, lorsque je nomme l’oubli, dois-je en même temps reconnaître ce que je nomme ? D’où pourrais-je le reconnaître, si je ne m’en souviens pas ? Je ne parle pas du son du nom, mais de la chose qu’il désigne : si je l’avais oubliée, je ne pourrais pas reconnaître ce que ce son signifie. Lorsque donc je me souviens, la mémoire elle-même est, par elle-même, présente à elle-même ; mais lorsque je me souviens de l’oubli, la mémoire et l’oubli sont tous deux présents : la mémoire par laquelle je me souviens, l’oubli que je me souviens. Mais qu’est-ce que l’oubli, sinon la privation de mémoire ? Comment donc est-il présent que je m’en souvienne, puisque, lorsqu’il est présent, je ne peux pas m’en souvenir ? Mais si ce que nous nous souvenons, nous le tenons en mémoire, cependant, à moins que nous ne nous souvenions de l’oubli, nous ne pourrions jamais, en entendant le nom, reconnaître la chose qu’il désigne ; donc l’oubli est retenu par la mémoire. Il est donc présent que nous n’oublions pas, et étant ainsi, nous oublions. Il faut comprendre de cela que l’oubli, lorsque nous nous en souvenons, n’est pas présent à la mémoire par lui-même, mais par son image : car s’il était présent par lui-même, il ne nous ferait pas nous souvenir, mais oublier. Qui donc pourra explorer cela ? Qui pourra comprendre comment cela se fait ? Seigneur, moi, en vérité, je peine en cela, oui, et je peine en moi-même ; je suis devenu un sol lourd qui exige beaucoup de sueur. Car nous ne cherchons pas maintenant les régions du ciel, ni à mesurer les distances des étoiles, ni à examiner l’équilibre de la terre. C’est moi-même qui me souviens, moi, l’esprit. Ce n’est pas si étonnant, si ce que je ne suis pas moi-même est loin de moi. Mais qu’y a-t-il de plus proche de moi que moi-même ? Et voici, la force de ma propre mémoire m’échappe ; bien que je ne puisse même pas me nommer sans elle. Car que dirai-je, puisqu’il est clair pour moi que je me souviens de l’oubli ? Dois-je dire que ce qui n’est pas dans ma mémoire est ce que je me souviens ? Ou dois-je dire que l’oubli est dans ma mémoire justement pour que je n’oublie pas ? Les deux propositions sont extrêmement absurdes. Quel troisième chemin existe-t-il ? Comment puis-je dire que l’image de l’oubli est retenue par ma mémoire, et non l’oubli lui-même, lorsque je m’en souviens ? Comment pourrais-je dire cela, puisque lorsque l’image de quelque chose est imprimée dans la mémoire, la chose elle-même doit d’abord être présente, afin que cette image puisse y être imprimée ? C’est ainsi que je me souviens de Carthage, ainsi de tous les lieux où je suis allé, ainsi des visages des hommes que j’ai vus, ainsi des choses rapportées par les autres sens ; ainsi de la santé ou de la maladie du corps. Car lorsque ces choses étaient présentes, ma mémoire en recevait des images, qui, étant présentes avec moi, je pouvais contempler et rappeler à mon esprit lorsque je m’en souvenais en leur absence.
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Alors cette oblivion est conservée dans la mémoire à travers son image, non pas à travers elle-même ; il est donc évident qu’elle était autrefois présente, afin que son image pût être prise. Mais lorsqu’elle était présente, comment a-t-elle pu inscrire son image dans la mémoire, puisque l’oubli, par sa présence, efface même ce qui est déjà enregistré ? Pourtant, d’une manière ou d’une autre, bien que cette manière soit au-delà de toute conception et explication, je suis certain de me souvenir aussi de l’oubli lui-même, c’est-à-dire de ce qui fait que ce que nous nous rappelons est effacé.
Grande est la puissance de la mémoire, chose redoutable, ô mon Dieu, profonde et infinie diversité ; et ceci, c’est l’esprit, et c’est moi-même.
Que suis-je donc, ô mon Dieu ? Quelle est ma nature ? Une vie variée et multiple, et extrêmement vaste. Vois dans les plaines, les grottes et les cavités de ma mémoire, d’innombrables choses, pleines à l’infini de toutes sortes de choses, soit par des images, comme tous les corps ; soit par une présence réelle, comme les arts ; soit par certaines notions ou impressions, comme les affections de l’esprit, que la mémoire conserve même lorsque l’esprit ne les ressent plus, tandis que tout ce qui est dans la mémoire est aussi dans l’esprit — sur tout cela je cours, je vole ; je plonge d’un côté et de l’autre, autant que je le peux, et il n’y a pas de fin. Si grande est la force de la mémoire, si grande est la force de la vie, même dans la vie mortelle de l’homme.
Que dois-je faire alors, ô Toi, ma vraie vie, mon Dieu ? Je vais même dépasser ce pouvoir qui est appelé mémoire : oui, je vais le dépasser, afin de m’approcher de Toi, ô douce Lumière. Que dis-Tu à moi ? Vois, je monte à travers mon esprit vers Toi qui demeures au-dessus de moi.
Oui, maintenant je vais dépasser ce pouvoir qui est appelé mémoire, désireux d’arriver jusqu’à Toi, d’où l’on peut arriver jusqu’à Toi ; et de m’unir à Toi, d’où l’on peut s’unir à Toi. Car même les bêtes et les oiseaux ont la mémoire ; sinon, ils ne pourraient pas retourner à leurs terriers et nids, ni accomplir tant d’autres choses auxquelles ils sont habitués : en effet, ils ne pourraient servir à rien sans la mémoire. Je vais donc dépasser aussi la mémoire, afin d’arriver à Celui qui m’a séparé des bêtes à quatre pattes et m’a rendu plus sage que les oiseaux du ciel. Je vais dépasser aussi la mémoire, mais où te trouverai-je, ô véritable bonté et douceur certaine ? Et où te trouverai-je ? Si je te trouve sans ma mémoire, alors je ne te garde pas dans ma mémoire. Et comment te trouverai-je, si je ne me souviens pas de toi ?
Car la femme qui avait perdu sa pièce et la cherchait avec une lampe, si elle ne s’en était pas souvenue, ne l’aurait jamais trouvée. Car lorsqu’elle l’a trouvée, d’où aurait-elle su si c’était bien la même, si elle ne s’en était pas souvenue ? Je me souviens avoir cherché et trouvé de nombreuses choses ; et c’est ainsi que…
Grande est la puissance de la mémoire, chose redoutable, ô mon Dieu, profonde et infinie diversité ; et ceci, c’est l’esprit, et c’est moi-même.
Que suis-je donc, ô mon Dieu ? Quelle est ma nature ? Une vie variée et multiple, et extrêmement vaste. Vois dans les plaines, les grottes et les cavités de ma mémoire, d’innombrables choses, pleines à l’infini de toutes sortes de choses, soit par des images, comme tous les corps ; soit par une présence réelle, comme les arts ; soit par certaines notions ou impressions, comme les affections de l’esprit, que la mémoire conserve même lorsque l’esprit ne les ressent plus, tandis que tout ce qui est dans la mémoire est aussi dans l’esprit — sur tout cela je cours, je vole ; je plonge d’un côté et de l’autre, autant que je le peux, et il n’y a pas de fin. Si grande est la force de la mémoire, si grande est la force de la vie, même dans la vie mortelle de l’homme.
Que dois-je faire alors, ô Toi, ma vraie vie, mon Dieu ? Je vais même dépasser ce pouvoir qui est appelé mémoire : oui, je vais le dépasser, afin de m’approcher de Toi, ô douce Lumière. Que dis-Tu à moi ? Vois, je monte à travers mon esprit vers Toi qui demeures au-dessus de moi.
Oui, maintenant je vais dépasser ce pouvoir qui est appelé mémoire, désireux d’arriver jusqu’à Toi, d’où l’on peut arriver jusqu’à Toi ; et de m’unir à Toi, d’où l’on peut s’unir à Toi. Car même les bêtes et les oiseaux ont la mémoire ; sinon, ils ne pourraient pas retourner à leurs terriers et nids, ni accomplir tant d’autres choses auxquelles ils sont habitués : en effet, ils ne pourraient servir à rien sans la mémoire. Je vais donc dépasser aussi la mémoire, afin d’arriver à Celui qui m’a séparé des bêtes à quatre pattes et m’a rendu plus sage que les oiseaux du ciel. Je vais dépasser aussi la mémoire, mais où te trouverai-je, ô véritable bonté et douceur certaine ? Et où te trouverai-je ? Si je te trouve sans ma mémoire, alors je ne te garde pas dans ma mémoire. Et comment te trouverai-je, si je ne me souviens pas de toi ?
Car la femme qui avait perdu sa pièce et la cherchait avec une lampe, si elle ne s’en était pas souvenue, ne l’aurait jamais trouvée. Car lorsqu’elle l’a trouvée, d’où aurait-elle su si c’était bien la même, si elle ne s’en était pas souvenue ? Je me souviens avoir cherché et trouvé de nombreuses choses ; et c’est ainsi que…
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Sachez que, lorsque je cherchais l’un d’eux et qu’on me demandait : « Est-ce cela ? Est-ce bien ça ? », je disais longtemps « Non », jusqu’à ce qu’on me présente ce que je cherchais. Même si je n’avais pas retenu en mémoire ce dont il s’agissait (quel qu’il fût), même s’il m’était présenté, je ne le trouverais pas, car je ne pourrais pas le reconnaître. Et c’est ainsi à chaque fois que nous cherchons et trouvons quelque chose de perdu. Cependant, quand quelque chose se perd par hasard de la vue, mais non de la mémoire (comme un corps visible), son image reste néanmoins conservée en nous, et on le cherche jusqu’à ce qu’il revienne à la vue ; et lorsqu’on le trouve, on le reconnaît grâce à l’image qui est en nous : on ne dit pas avoir retrouvé ce qui était perdu tant que l’on ne le reconnaît pas ; et on ne peut le reconnaître que si on s’en souvient. Mais cela était perdu aux yeux, tout en étant conservé dans la mémoire.
Mais que se passe-t-il lorsque la mémoire elle-même oublie quelque chose, comme cela arrive lorsque nous oublions et cherchons pour nous en souvenir ? Où cherchons-nous, au final, sinon dans la mémoire elle-même ? Et là, si par hasard on nous propose quelque chose à la place d’autre chose, nous le rejetons, jusqu’à ce que ce que nous cherchons nous apparaisse ; et lorsqu’il apparaît, nous disons : « C’est cela » ; ce que nous ne dirions pas sans l’avoir reconnu, et nous ne le reconnaîtrions pas sans nous en souvenir. Nous l’avons donc oublié. Ou bien, si ce n’est pas tout qui nous échappe, mais seulement la partie que nous tenons encore, c’est cette partie perdue que l’on cherche ; la mémoire alors sent qu’elle ne conserve plus ensemble tout ce qu’elle avait l’habitude de conserver, et, comme mutilée par la diminution de son ancienne habitude, elle demande la restauration de ce qui lui manque. Par exemple, si nous voyons ou pensons à quelqu’un que nous connaissons, et que nous avons oublié son nom, nous essayons de le retrouver ; tout ce qui survient ensuite ne s’y rattache pas, parce que cela n’avait pas l’habitude d’être associé à lui, et donc est rejeté, jusqu’à ce que ce qui correspond à sa connaissance apparaisse, sur quoi repose équitablement sa connaissance, comme sur son objet habituel.
Et d’où cela apparaît-il, sinon de la mémoire elle-même ? Car même lorsque nous le reconnaissons, lorsqu’on nous en rappelle, c’est d’elle que cela vient. En effet, nous ne le considérons pas comme quelque chose de nouveau, mais, par le rappel, nous reconnaissons que ce qui a été nommé est juste. Mais s’il était complètement effacé de l’esprit, nous ne nous en souviendrions pas, même si on nous en rappelait. Car nous n’avons pas encore complètement oublié ce dont nous nous souvenons nous-mêmes l’avoir oublié. Ce que nous avons donc complètement oublié, bien qu’il soit perdu, nous ne pouvons même pas le chercher.
Comment donc Te cherche-je, ô Seigneur ? Car lorsque je Te cherche, mon Dieu, je cherche une vie heureuse. Je Te chercherai afin que mon âme vive. Car mon corps vit par mon âme ; et mon âme, par Toi. Comment donc puis-je chercher une vie heureuse, puisque je ne l’ai pas, jusqu’à ce que je puisse dire, là où je devrais le dire, « C’est assez » ? Comment la cherche-t-on ? Par le souvenir, comme si je l’avais oubliée, en me rappelant que je l’avais…
Mais que se passe-t-il lorsque la mémoire elle-même oublie quelque chose, comme cela arrive lorsque nous oublions et cherchons pour nous en souvenir ? Où cherchons-nous, au final, sinon dans la mémoire elle-même ? Et là, si par hasard on nous propose quelque chose à la place d’autre chose, nous le rejetons, jusqu’à ce que ce que nous cherchons nous apparaisse ; et lorsqu’il apparaît, nous disons : « C’est cela » ; ce que nous ne dirions pas sans l’avoir reconnu, et nous ne le reconnaîtrions pas sans nous en souvenir. Nous l’avons donc oublié. Ou bien, si ce n’est pas tout qui nous échappe, mais seulement la partie que nous tenons encore, c’est cette partie perdue que l’on cherche ; la mémoire alors sent qu’elle ne conserve plus ensemble tout ce qu’elle avait l’habitude de conserver, et, comme mutilée par la diminution de son ancienne habitude, elle demande la restauration de ce qui lui manque. Par exemple, si nous voyons ou pensons à quelqu’un que nous connaissons, et que nous avons oublié son nom, nous essayons de le retrouver ; tout ce qui survient ensuite ne s’y rattache pas, parce que cela n’avait pas l’habitude d’être associé à lui, et donc est rejeté, jusqu’à ce que ce qui correspond à sa connaissance apparaisse, sur quoi repose équitablement sa connaissance, comme sur son objet habituel.
Et d’où cela apparaît-il, sinon de la mémoire elle-même ? Car même lorsque nous le reconnaissons, lorsqu’on nous en rappelle, c’est d’elle que cela vient. En effet, nous ne le considérons pas comme quelque chose de nouveau, mais, par le rappel, nous reconnaissons que ce qui a été nommé est juste. Mais s’il était complètement effacé de l’esprit, nous ne nous en souviendrions pas, même si on nous en rappelait. Car nous n’avons pas encore complètement oublié ce dont nous nous souvenons nous-mêmes l’avoir oublié. Ce que nous avons donc complètement oublié, bien qu’il soit perdu, nous ne pouvons même pas le chercher.
Comment donc Te cherche-je, ô Seigneur ? Car lorsque je Te cherche, mon Dieu, je cherche une vie heureuse. Je Te chercherai afin que mon âme vive. Car mon corps vit par mon âme ; et mon âme, par Toi. Comment donc puis-je chercher une vie heureuse, puisque je ne l’ai pas, jusqu’à ce que je puisse dire, là où je devrais le dire, « C’est assez » ? Comment la cherche-t-on ? Par le souvenir, comme si je l’avais oubliée, en me rappelant que je l’avais…
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L’avons-nous oublié ? Ou bien, désirant l’apprendre comme quelque chose d’inconnu, soit ne l’ayant jamais connu, soit l’ayant tellement oublié qu’on ne se souvient même pas d’avoir oublié ? N’est-ce pas là une vie heureuse que tout le monde souhaite, et personne ne la souhaite entièrement ? Où l’ont-ils connue pour la désirer ainsi ? Où l’ont-ils vue pour l’aimer autant ? En vérité, nous la possédons, mais comment, je l’ignore. Oui, il existe un autre chemin : lorsque quelqu’un la possède, alors il est heureux ; et il y a ceux qui sont bénis dans l’espoir. Ceux-là la possèdent d’une manière inférieure à ceux qui la possèdent réellement ; pourtant, ils sont dans une meilleure situation que ceux qui ne sont heureux ni en réalité ni dans l’espoir. Pourtant, même eux, s’ils ne la possédaient pas d’une certaine façon, ne souhaiteraient pas être heureux, ce qu’ils souhaitent vraiment, c’est certain. Ils l’ont donc connue, je ne sais comment, et la possèdent par une sorte de connaissance, laquelle, je ne sais pas, et je suis perplexe : est-ce dans la mémoire, car si c’est le cas, alors nous avons été heureux une fois ; soit chacun séparément, soit en cet homme qui a péché le premier, en qui aussi nous sommes tous morts, et de qui nous naquissons tous avec la misère – je ne m’en enquiers pas maintenant ; mais seulement, la vie heureuse est-elle dans la mémoire ? Car nous ne l’aimerions pas non plus si nous ne la connaissions pas. Nous entendons le nom, et nous reconnaissons tous que nous désirons cette chose ; car nous ne sommes pas émerveillés par le simple son. Car quand un Grec l’entend en latin, il n’est pas émerveillé, ne sachant pas ce qui est dit ; mais nous, Latins, le sommes, comme il le serait lui aussi s’il l’entendait en grec ; car la chose elle-même n’est ni grecque ni latine, que les Grecs, les Latins et les hommes de toutes les autres langues désirent si ardemment. Elle est donc connue de tous, car si l’on leur demandait à tous ensemble : « Voudraient-ils être heureux ? », ils répondraient sans aucun doute : « Oui. » Et cela ne pourrait être possible que si la chose même dont on parle était conservée dans leur mémoire.
Mais est-ce ainsi, comme on se souvient de Carthage qu’on a vue ? Non. Car une vie heureuse ne se voit pas avec les yeux, car ce n’est pas un corps. Alors, comment nous souvenons-nous des nombres ? Non. Car ceux-ci, celui qui les connaît ne cherche pas à les atteindre davantage ; mais une vie heureuse, nous la connaissons, et c’est pourquoi nous l’aimons, tout en désirant encore l’atteindre pour être heureux. Alors, comment nous souvenons-nous de l’éloquence ? Non. Car bien que, en entendant ce nom, certains se souviennent de cette chose, eux qui ne sont pas encore éloquents, et beaucoup qui le souhaitent, ce qui montre qu’elle est dans leur connaissance ; pourtant, ces derniers ont observé par leurs sens corporels d’autres personnes être éloquentes, ont été émerveillés et désirent être comme eux (bien qu’en réalité ils ne seraient pas émerveillés sans une certaine connaissance intérieure de cela, ni ne voudraient être comme eux, s’ils n’étaient pas ainsi émerveillés) ; tandis qu’une vie heureuse, nous ne l’expérimentons pas chez les autres par aucun sens corporel. Alors, comment nous souvenons-nous de la joie ? Peut-être ; car mon…
Mais est-ce ainsi, comme on se souvient de Carthage qu’on a vue ? Non. Car une vie heureuse ne se voit pas avec les yeux, car ce n’est pas un corps. Alors, comment nous souvenons-nous des nombres ? Non. Car ceux-ci, celui qui les connaît ne cherche pas à les atteindre davantage ; mais une vie heureuse, nous la connaissons, et c’est pourquoi nous l’aimons, tout en désirant encore l’atteindre pour être heureux. Alors, comment nous souvenons-nous de l’éloquence ? Non. Car bien que, en entendant ce nom, certains se souviennent de cette chose, eux qui ne sont pas encore éloquents, et beaucoup qui le souhaitent, ce qui montre qu’elle est dans leur connaissance ; pourtant, ces derniers ont observé par leurs sens corporels d’autres personnes être éloquentes, ont été émerveillés et désirent être comme eux (bien qu’en réalité ils ne seraient pas émerveillés sans une certaine connaissance intérieure de cela, ni ne voudraient être comme eux, s’ils n’étaient pas ainsi émerveillés) ; tandis qu’une vie heureuse, nous ne l’expérimentons pas chez les autres par aucun sens corporel. Alors, comment nous souvenons-nous de la joie ? Peut-être ; car mon…
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La joie, je m’en souviens, même dans la tristesse, comme d’une vie heureuse ; dans le malheur aussi. Je n’ai jamais vu, entendu, senti, goûté ou touché ma joie par les sens du corps ; mais je l’ai ressentie dans mon esprit, lorsque j’étais joyeux. La connaissance de cette joie est restée gravée dans ma mémoire, de sorte que je peux parfois m’en souvenir avec dégoût, et à d’autres moments avec désir, selon la nature des choses pour lesquelles je me souviens avoir été joyeux. Car même face à des choses méprisables, j’ai été envahi d’une sorte de joie ; en y repensant aujourd’hui, je la déteste et la maudis. D’autres fois, c’est face à des choses bonnes et honnêtes que je ressens ce désir, bien qu’elles ne soient peut-être plus présentes ; c’est pourquoi je me souviens de mes anciennes joies avec tristesse.
Alors, où et quand ai-je vécu cette vie heureuse, pour que je m’en souvienne, que je l’aime et que je la désire ? Ce n’est pas seulement moi, ni quelques-uns seulement, mais nous tous souhaiterions être heureux. Sans une connaissance certaine, nous ne désirerions pas cela avec une telle certitude. Mais comment se fait-il que, si l’on demande à deux hommes s’ils iraient à la guerre, l’un répondra peut-être qu’il ira, l’autre non ; mais si l’on leur demande s’ils veulent être heureux, tous deux diront immédiatement, sans hésiter, qu’ils le veulent. Et l’un irait à la guerre, l’autre non, non pas pour une autre raison, mais pour être heureux. Est-ce parce que l’un cherche sa joie dans ceci, l’autre dans cela, mais que tous sont d’accord sur le désir d’être heureux, tout comme ils diraient (si on le leur demandait) qu’ils souhaitent avoir de la joie, et que cette joie, ils l’appellent vie heureuse ? Bien que l’un obtienne cette joie par un moyen, l’autre par un autre, tous ont un même but qu’ils cherchent à atteindre, à savoir la joie. Comme c’est quelque chose que tous affirment avoir ressenti, on le trouve donc dans la mémoire, et on le reconnaît chaque fois que le nom de vie heureuse est mentionné.
Que cela soit loin, Seigneur, que cela soit loin du cœur de Ton serviteur qui Te confesse ici ! Que cela soit loin, quoi que puisse être cette joie, que je me pense heureux pour autant. Car il y a une joie qui n’est donnée ni aux impies, ni à ceux qui T’aiment pour Toi-même, mais à ceux dont la joie, c’est Toi-même. Et c’est là la vie heureuse : se réjouir de Toi, à cause de Toi, pour Toi. C’est bien cela, et il n’y en a pas d’autre. Car ceux qui pensent qu’il en existe une autre poursuivent une autre joie que la vraie. Pourtant, leur volonté n’est pas détournée d’une sorte de joie.
Il n’est donc pas certain que tous désirent être heureux, puisque ceux qui ne veulent pas se réjouir en Toi, qui est la seule vie heureuse, ne désirent pas vraiment la vie heureuse. Ou bien tous les hommes la désirent-ils, simplement parce que la chair convoite contre…
Alors, où et quand ai-je vécu cette vie heureuse, pour que je m’en souvienne, que je l’aime et que je la désire ? Ce n’est pas seulement moi, ni quelques-uns seulement, mais nous tous souhaiterions être heureux. Sans une connaissance certaine, nous ne désirerions pas cela avec une telle certitude. Mais comment se fait-il que, si l’on demande à deux hommes s’ils iraient à la guerre, l’un répondra peut-être qu’il ira, l’autre non ; mais si l’on leur demande s’ils veulent être heureux, tous deux diront immédiatement, sans hésiter, qu’ils le veulent. Et l’un irait à la guerre, l’autre non, non pas pour une autre raison, mais pour être heureux. Est-ce parce que l’un cherche sa joie dans ceci, l’autre dans cela, mais que tous sont d’accord sur le désir d’être heureux, tout comme ils diraient (si on le leur demandait) qu’ils souhaitent avoir de la joie, et que cette joie, ils l’appellent vie heureuse ? Bien que l’un obtienne cette joie par un moyen, l’autre par un autre, tous ont un même but qu’ils cherchent à atteindre, à savoir la joie. Comme c’est quelque chose que tous affirment avoir ressenti, on le trouve donc dans la mémoire, et on le reconnaît chaque fois que le nom de vie heureuse est mentionné.
Que cela soit loin, Seigneur, que cela soit loin du cœur de Ton serviteur qui Te confesse ici ! Que cela soit loin, quoi que puisse être cette joie, que je me pense heureux pour autant. Car il y a une joie qui n’est donnée ni aux impies, ni à ceux qui T’aiment pour Toi-même, mais à ceux dont la joie, c’est Toi-même. Et c’est là la vie heureuse : se réjouir de Toi, à cause de Toi, pour Toi. C’est bien cela, et il n’y en a pas d’autre. Car ceux qui pensent qu’il en existe une autre poursuivent une autre joie que la vraie. Pourtant, leur volonté n’est pas détournée d’une sorte de joie.
Il n’est donc pas certain que tous désirent être heureux, puisque ceux qui ne veulent pas se réjouir en Toi, qui est la seule vie heureuse, ne désirent pas vraiment la vie heureuse. Ou bien tous les hommes la désirent-ils, simplement parce que la chair convoite contre…
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L’Esprit, et l’Esprit contre la chair : ils ne peuvent faire ce qu’ils veulent, alors ils se tournent vers ce qu’ils peuvent faire et s’en contenter ; car pour ce qu’ils ne sont pas capables de faire, ils n’en ont pas assez envie pour y parvenir. Je demande à quiconque : préférerait-il la joie dans la vérité ou dans le mensonge ? Ils hésiteront autant à dire « dans la vérité » qu’à dire « qu’ils désirent être heureux », car une vie heureuse, c’est la joie dans la vérité : c’est une joie en Toi, ô Dieu, ma lumière, la santé de mon visage, mon Dieu. C’est cette vie heureuse que tous désirent ; seule cette vie est heureuse, tous la désirent ; tous désirent se réjouir dans la vérité. J’ai rencontré beaucoup de gens qui voulaient tromper ; personne ne voulait être trompé. D’où connaissent-ils donc cette vie heureuse, si ce n’est de là où ils connaissent aussi la vérité ? Car ils l’aiment aussi, puisqu’ils ne veulent pas être trompés. Et quand ils aiment une vie heureuse, qui n’est rien d’autre que la joie dans la vérité, alors ils aiment aussi la vérité ; or, ils ne l’aimeraient pas s’il n’y avait en leur mémoire quelque trace d’elle. Pourquoi donc ne se réjouissent-ils pas en elle ? Pourquoi ne sont-ils pas heureux ? Parce qu’ils sont plus absorbés par d’autres choses qui ont plus de pouvoir de les rendre misérables que par ce qu’ils se souviennent à peine pouvoir les rendre heureux. Car il y a encore un peu de lumière en les hommes ; qu’ils marchent, qu’ils marchent, afin que les ténèbres ne les rattrapent pas.
Mais pourquoi la « vérité engendre-t-elle la haine », et l’homme qui est à Toi, prêchant la vérité, devient-il son ennemi ? Alors que la vie heureuse est aimée, qui n’est rien d’autre que la joie dans la vérité ; sauf si cette vérité n’est pas aimée de cette manière, de sorte que ceux qui aiment autre chose voudraient volontiers que ce qu’ils aiment devienne la vérité : et parce qu’ils ne veulent pas être trompés, ils ne veulent pas être convaincus qu’ils le sont. C’est pourquoi ils haïssent la vérité à cause de ce qu’ils aimaient à la place de la vérité. Ils aiment la vérité quand elle éclaire, ils la haïssent quand elle les réprimande. Car comme ils ne veulent pas être trompés, mais veulent tromper, ils l’aiment quand elle se révèle à eux, et la haïssent quand elle les découvre. Elle leur rendra donc ainsi la pareille : ceux qui ne voulaient pas être révélés par elle, elle les rend manifestes contre leur volonté, et elle-même ne se révèle pas à eux.
Ainsi, ainsi, oui, ainsi agit l’esprit de l’homme, ainsi aveugle et malade, sale et dépourvu de grâce, qui souhaite être caché, mais il ne veut pas que quoi que ce soit soit caché à lui. Mais le contraire lui est rendu : lui-même ne doit pas être caché à la Vérité ; mais la Vérité est cachée à lui. Pourtant, même dans cette misère, il préférerait la joie dans les vérités plutôt que dans les mensonges. Heureux sera donc celui qui, sans aucune distraction, se réjouira uniquement en cette Vérité, par qui toutes choses sont vraies.
Mais pourquoi la « vérité engendre-t-elle la haine », et l’homme qui est à Toi, prêchant la vérité, devient-il son ennemi ? Alors que la vie heureuse est aimée, qui n’est rien d’autre que la joie dans la vérité ; sauf si cette vérité n’est pas aimée de cette manière, de sorte que ceux qui aiment autre chose voudraient volontiers que ce qu’ils aiment devienne la vérité : et parce qu’ils ne veulent pas être trompés, ils ne veulent pas être convaincus qu’ils le sont. C’est pourquoi ils haïssent la vérité à cause de ce qu’ils aimaient à la place de la vérité. Ils aiment la vérité quand elle éclaire, ils la haïssent quand elle les réprimande. Car comme ils ne veulent pas être trompés, mais veulent tromper, ils l’aiment quand elle se révèle à eux, et la haïssent quand elle les découvre. Elle leur rendra donc ainsi la pareille : ceux qui ne voulaient pas être révélés par elle, elle les rend manifestes contre leur volonté, et elle-même ne se révèle pas à eux.
Ainsi, ainsi, oui, ainsi agit l’esprit de l’homme, ainsi aveugle et malade, sale et dépourvu de grâce, qui souhaite être caché, mais il ne veut pas que quoi que ce soit soit caché à lui. Mais le contraire lui est rendu : lui-même ne doit pas être caché à la Vérité ; mais la Vérité est cachée à lui. Pourtant, même dans cette misère, il préférerait la joie dans les vérités plutôt que dans les mensonges. Heureux sera donc celui qui, sans aucune distraction, se réjouira uniquement en cette Vérité, par qui toutes choses sont vraies.
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Vois quelle étendue j’ai parcourue dans ma mémoire en Te cherchant, ô Seigneur ;
et je ne T’ai pas trouvé sans elle. Je n’ai trouvé rien à Ton sujet, si ce n’est ce que j’ai gardé en mémoire depuis que je T’ai connu.
Car depuis que je T’ai connu, je ne T’ai pas oublié. Car là où j’ai trouvé la Vérité, c’est là que j’ai trouvé mon Dieu, la Vérité même ; et depuis que je l’ai connue, je ne l’ai pas oubliée. Depuis que je T’ai connu, Tu résides dans ma mémoire ; et c’est là que je Te trouve, quand je Te fais revivre dans ma mémoire et que je me réjouis en Toi.
Ce sont mes saintes joies, que Tu m’as données par Ta miséricorde, compte tenu de ma pauvreté.
Mais où, dans ma mémoire, résides-Tu, ô Seigneur ? Où y résides-Tu ? Quel genre d’habitation as-Tu préparée pour Toi ? Quel genre de sanctuaire as-Tu construit pour Toi ? Tu as accordé cette honneur à ma mémoire, de T’y trouver ; mais dans quelle partie d’elle Tu résides, c’est ce que je considère. Car en pensant à Toi, j’ai dépassé ces parties qu’ont aussi les bêtes, car je ne T’y ai pas trouvé parmi les images des choses corporelles ; et je suis arrivé à ces parties auxquelles j’avais confié les affections de mon esprit, mais je ne T’y ai pas non plus trouvé. Et je suis entré dans le siège même de mon esprit (qui se trouve dans ma mémoire, puisque l’esprit se souvient aussi de lui-même), mais Tu n’y étais pas : car, puisque Tu n’es pas une image corporelle, ni l’affection d’un être vivant (comme lorsque nous nous réjouissons, nous pleurons, désirons, craignons, nous souvenons, oublions, ou choses semblables), Tu n’es pas non plus l’esprit lui-même ; car Tu es le Seigneur Dieu de l’esprit ; et tout cela change, mais Tu demeures immuable au-dessus de tout, et pourtant Tu as daigné habiter dans ma mémoire depuis que je T’ai connu. Et pourquoi cherche-je maintenant dans quelle partie d’elle Tu résides, comme s’il y avait des lieux en elle ? J’en suis certain : Tu y résides, puisque je me suis souvenu de Toi depuis que je T’ai connu, et c’est là que je Te trouve, quand je Te fais revivre dans ma mémoire.
Alors, où T’ai-je trouvé, afin de Te connaître ? Car dans ma mémoire, Tu n’étais pas, avant que je ne Te connaisse. Alors, où T’ai-je trouvé, afin de Te connaître, sinon en Toi, au-dessus de moi ? Il n’y a pas de lieu ; nous allons en arrière et en avant, et il n’y a pas de lieu. Partout, ô Vérité, Tu accordes ton attention à tous ceux qui Te demandent conseil, et Tu réponds aussitôt à tous, bien qu’ils te demandent conseil sur des sujets divers. Tu réponds clairement, bien que tous n’entendent pas clairement. Tout le monde Te demande conseil sur ce qu’il veut, bien qu’il n’entende pas toujours ce qu’il veut. Ton meilleur serviteur est celui qui ne cherche pas tant à entendre de Toi ce qu’il veut lui-même, que plutôt à vouloir ce qu’il entend de Toi.
et je ne T’ai pas trouvé sans elle. Je n’ai trouvé rien à Ton sujet, si ce n’est ce que j’ai gardé en mémoire depuis que je T’ai connu.
Car depuis que je T’ai connu, je ne T’ai pas oublié. Car là où j’ai trouvé la Vérité, c’est là que j’ai trouvé mon Dieu, la Vérité même ; et depuis que je l’ai connue, je ne l’ai pas oubliée. Depuis que je T’ai connu, Tu résides dans ma mémoire ; et c’est là que je Te trouve, quand je Te fais revivre dans ma mémoire et que je me réjouis en Toi.
Ce sont mes saintes joies, que Tu m’as données par Ta miséricorde, compte tenu de ma pauvreté.
Mais où, dans ma mémoire, résides-Tu, ô Seigneur ? Où y résides-Tu ? Quel genre d’habitation as-Tu préparée pour Toi ? Quel genre de sanctuaire as-Tu construit pour Toi ? Tu as accordé cette honneur à ma mémoire, de T’y trouver ; mais dans quelle partie d’elle Tu résides, c’est ce que je considère. Car en pensant à Toi, j’ai dépassé ces parties qu’ont aussi les bêtes, car je ne T’y ai pas trouvé parmi les images des choses corporelles ; et je suis arrivé à ces parties auxquelles j’avais confié les affections de mon esprit, mais je ne T’y ai pas non plus trouvé. Et je suis entré dans le siège même de mon esprit (qui se trouve dans ma mémoire, puisque l’esprit se souvient aussi de lui-même), mais Tu n’y étais pas : car, puisque Tu n’es pas une image corporelle, ni l’affection d’un être vivant (comme lorsque nous nous réjouissons, nous pleurons, désirons, craignons, nous souvenons, oublions, ou choses semblables), Tu n’es pas non plus l’esprit lui-même ; car Tu es le Seigneur Dieu de l’esprit ; et tout cela change, mais Tu demeures immuable au-dessus de tout, et pourtant Tu as daigné habiter dans ma mémoire depuis que je T’ai connu. Et pourquoi cherche-je maintenant dans quelle partie d’elle Tu résides, comme s’il y avait des lieux en elle ? J’en suis certain : Tu y résides, puisque je me suis souvenu de Toi depuis que je T’ai connu, et c’est là que je Te trouve, quand je Te fais revivre dans ma mémoire.
Alors, où T’ai-je trouvé, afin de Te connaître ? Car dans ma mémoire, Tu n’étais pas, avant que je ne Te connaisse. Alors, où T’ai-je trouvé, afin de Te connaître, sinon en Toi, au-dessus de moi ? Il n’y a pas de lieu ; nous allons en arrière et en avant, et il n’y a pas de lieu. Partout, ô Vérité, Tu accordes ton attention à tous ceux qui Te demandent conseil, et Tu réponds aussitôt à tous, bien qu’ils te demandent conseil sur des sujets divers. Tu réponds clairement, bien que tous n’entendent pas clairement. Tout le monde Te demande conseil sur ce qu’il veut, bien qu’il n’entende pas toujours ce qu’il veut. Ton meilleur serviteur est celui qui ne cherche pas tant à entendre de Toi ce qu’il veut lui-même, que plutôt à vouloir ce qu’il entend de Toi.
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Trop tard, ô Toi, Beauté des temps anciens, toujours nouvelle ! Trop tard je T’ai aimée ! Et voilà, Tu étais à l’intérieur, et moi à l’extérieur, et c’est là que je Te cherchais ; déformé, plongé au milieu de ces formes belles que Tu avais créées. Tu étais avec moi, mais je n’étais pas avec Toi. Des choses m’éloignaient de Toi, qui, s’il n’y avait pas Toi en elles, n’existaient pas du tout. Tu as appelé, crié, brisé ma surdité. Tu as brillé, éclairé, dissipé ma cécité. Tu as exhalé des parfums, et j’ai respiré, haletant pour Toi. J’ai goûté, et j’ai eu faim et soif. Tu m’as touché, et j’ai brûlé de désirer Ta paix.
Lorsque, de tout mon être, je m’unirai à Toi, je n’aurai nulle part tristesse ni peine ; et ma vie vivra entièrement, entièrement pleine de Toi. Mais maintenant, puisque c’est par Toi que Tu me remplis, Tu me soulèves, car je ne suis pas plein de Toi ; je suis un fardeau pour moi-même. Des joies lamentables luttent contre des tristesses joyeuses : et de quel côté se trouve la victoire, je ne le sais pas. Malheur à moi ! Seigneur, aie pitié de moi.
Mes tristesses mauvaises luttent contre mes joies bonnes ; et de quel côté se trouve la victoire, je ne le sais pas. Malheur à moi ! Seigneur, aie pitié de moi. Malheur à moi ! Vois, je ne cache pas mes blessures ; Tu es le Médecin, moi le malade ; Tu es miséricordieux, moi misérable. La vie de l’homme sur terre n’est-elle pas entièrement épreuve ? Qui désire des troubles et des difficultés ? Tu ordonnes qu’on les endure, non qu’on les aime. Personne n’aime ce qu’il endure, bien qu’il aime à endurer. Car, bien qu’il se réjouisse d’endurer, il préférerait qu’il n’y ait rien à endurer. Dans l’adversité, je désire la prospérité ; dans la prospérité, je crains l’adversité. Quel lieu intermédiaire existe entre ces deux extrêmes, où la vie de l’homme ne serait pas entièrement épreuve ? Malheur aux prospérités du monde, encore et encore, à cause de la crainte de l’adversité et de la corruption de la joie ! Malheur aux adversités du monde, encore et encore, et pour la troisième fois, à cause du désir de prospérité, et parce que l’adversité elle-même est chose difficile, et de peur qu’elle ne brise la résistance. La vie de l’homme sur terre n’est-elle pas entièrement épreuve, sans aucun répit ?
Et toute ma hope n’est nulle part que dans Ta miséricorde infinie. Donne ce que Tu ordonnes, et ordonne ce que Tu veux. Tu nous ordonnes la continence ; et quand j’ai su, dit-on, que personne ne peut être constant, si Dieu ne le donne pas, il a fallu aussi faire preuve de sagesse pour savoir de qui vient ce don. Par la continence, en vérité, nous sommes liés et ramenés en Un, d’où nous étions dispersés en beaucoup. Car celui qui aime quelque chose avec Toi, mais ne l’aime pas pour Toi, T’aime trop peu. Ô amour, qui brûles toujours sans jamais consumer ! Ô charité, mon Dieu, allume-moi. Tu ordonnes la continence : donne-moi ce que Tu ordonnes, et ordonne ce que Tu veux.
Lorsque, de tout mon être, je m’unirai à Toi, je n’aurai nulle part tristesse ni peine ; et ma vie vivra entièrement, entièrement pleine de Toi. Mais maintenant, puisque c’est par Toi que Tu me remplis, Tu me soulèves, car je ne suis pas plein de Toi ; je suis un fardeau pour moi-même. Des joies lamentables luttent contre des tristesses joyeuses : et de quel côté se trouve la victoire, je ne le sais pas. Malheur à moi ! Seigneur, aie pitié de moi.
Mes tristesses mauvaises luttent contre mes joies bonnes ; et de quel côté se trouve la victoire, je ne le sais pas. Malheur à moi ! Seigneur, aie pitié de moi. Malheur à moi ! Vois, je ne cache pas mes blessures ; Tu es le Médecin, moi le malade ; Tu es miséricordieux, moi misérable. La vie de l’homme sur terre n’est-elle pas entièrement épreuve ? Qui désire des troubles et des difficultés ? Tu ordonnes qu’on les endure, non qu’on les aime. Personne n’aime ce qu’il endure, bien qu’il aime à endurer. Car, bien qu’il se réjouisse d’endurer, il préférerait qu’il n’y ait rien à endurer. Dans l’adversité, je désire la prospérité ; dans la prospérité, je crains l’adversité. Quel lieu intermédiaire existe entre ces deux extrêmes, où la vie de l’homme ne serait pas entièrement épreuve ? Malheur aux prospérités du monde, encore et encore, à cause de la crainte de l’adversité et de la corruption de la joie ! Malheur aux adversités du monde, encore et encore, et pour la troisième fois, à cause du désir de prospérité, et parce que l’adversité elle-même est chose difficile, et de peur qu’elle ne brise la résistance. La vie de l’homme sur terre n’est-elle pas entièrement épreuve, sans aucun répit ?
Et toute ma hope n’est nulle part que dans Ta miséricorde infinie. Donne ce que Tu ordonnes, et ordonne ce que Tu veux. Tu nous ordonnes la continence ; et quand j’ai su, dit-on, que personne ne peut être constant, si Dieu ne le donne pas, il a fallu aussi faire preuve de sagesse pour savoir de qui vient ce don. Par la continence, en vérité, nous sommes liés et ramenés en Un, d’où nous étions dispersés en beaucoup. Car celui qui aime quelque chose avec Toi, mais ne l’aime pas pour Toi, T’aime trop peu. Ô amour, qui brûles toujours sans jamais consumer ! Ô charité, mon Dieu, allume-moi. Tu ordonnes la continence : donne-moi ce que Tu ordonnes, et ordonne ce que Tu veux.
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En vérité, Tu m’ordonnes de faire preuve de tempérance face à la convoitise de la chair, à la convoitise des yeux et à l’ambition du monde. Tu m’ordonnes de rester chaste vis-à-vis du concubinage ; quant au mariage lui-même, Tu as conseillé quelque chose de mieux que ce que Tu as permis. Et puisque Tu l’as accordé, cela s’est fait, même avant que je ne devienne celui qui dispense Ton Sacrement. Mais dans ma mémoire demeurent encore (et j’en ai beaucoup parlé) les images de telles choses que mes mauvaises habitudes y ont gravées ; elles me hantent, impuissantes, lorsque je suis éveillé ; mais pendant le sommeil, non seulement pour me procurer du plaisir, mais même pour obtenir mon assentiment, et une impression très proche de la réalité. Oui, l’illusion de ces images domine à tel point mon âme et ma chair que, endormi, des visions fausses persuadent à ce que, éveillé, la vérité ne peut pas faire. Ne suis-je donc pas moi-même, ô Seigneur mon Dieu ? Et pourtant, il y a une telle différence entre moi-même et moi-même, durant ce moment où je passe de l’éveil au sommeil, ou du sommeil à l’éveil ! Où est alors la raison, qui, éveillée, résiste à de telles suggestions ? Même si les choses mêmes étaient présentées à elle, elle demeurerait inchangée. Est-elle enfermée avec les yeux ? Est-elle endormie avec les sens du corps ? D’où vient-il alors que souvent, même pendant le sommeil, nous résistons, gardant à l’esprit notre but et restant extrêmement chastes, sans accorder notre assentiment à de telles tentations ? Et pourtant, il y a une telle différence que, lorsque cela se produit autrement, à l’éveil, nous retrouvons la paix de conscience : et c’est justement par cette différence que nous découvrons que nous n’avons pas agi ainsi, bien que nous soyons désolés que cela se soit produit en nous d’une manière ou d’une autre.
N’es-Tu pas puissant, Dieu Tout-Puissant, au point de guérir toutes les maladies de mon âme, et, par Ta grâce abondante, d’éteindre même les mouvements impurs de mon sommeil ! Ô Seigneur, Tu augmenteras de plus en plus Tes dons en moi, afin que mon âme puisse me suivre vers Toi, dégagée des liens de la concupiscence ; afin qu’elle ne se rebelle pas contre elle-même, et même en rêve, non seulement qu’elle ne commette pas, à travers les images des sens, ces corruptions dégradantes, jusqu’à la pollution de la chair, mais qu’elle n’y consente même pas. Car rien de ce genre ne doit avoir, sur les affections pures même d’un dormeur, la moindre influence, pas même celle qu’une pensée pourrait retenir — accomplir cela, non seulement durant la vie, mais même à mon âge actuel, n’est pas difficile pour le Tout-Puissant, qui est capable de faire tout ce que nous demandons ou imaginons. Mais ce que je suis encore en matière de mal, je l’ai confessé à mon bon Seigneur ; je me réjouis avec tremblement de ce que Tu m’as donné, et je déplore ce en quoi je suis encore imparfait ; j’espère que Tu perfectionneras Tes miséricordes en…
N’es-Tu pas puissant, Dieu Tout-Puissant, au point de guérir toutes les maladies de mon âme, et, par Ta grâce abondante, d’éteindre même les mouvements impurs de mon sommeil ! Ô Seigneur, Tu augmenteras de plus en plus Tes dons en moi, afin que mon âme puisse me suivre vers Toi, dégagée des liens de la concupiscence ; afin qu’elle ne se rebelle pas contre elle-même, et même en rêve, non seulement qu’elle ne commette pas, à travers les images des sens, ces corruptions dégradantes, jusqu’à la pollution de la chair, mais qu’elle n’y consente même pas. Car rien de ce genre ne doit avoir, sur les affections pures même d’un dormeur, la moindre influence, pas même celle qu’une pensée pourrait retenir — accomplir cela, non seulement durant la vie, mais même à mon âge actuel, n’est pas difficile pour le Tout-Puissant, qui est capable de faire tout ce que nous demandons ou imaginons. Mais ce que je suis encore en matière de mal, je l’ai confessé à mon bon Seigneur ; je me réjouis avec tremblement de ce que Tu m’as donné, et je déplore ce en quoi je suis encore imparfait ; j’espère que Tu perfectionneras Tes miséricordes en…
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moi, même jusqu’à une paix parfaite, que mon homme extérieur et intérieur aura avec Toi, lorsque la mort sera engloutie dans la victoire.
Il y a un autre mal de ce monde, pour lequel j’aimerais qu’il fût suffisant. Car en mangeant et en buvant, nous réparons les dégradations quotidiennes de notre corps, jusqu’à ce que Tu détruises à la fois l’estomac et la chair, lorsque Tu tueras ma vacuité par une plénitude merveilleuse, et que Tu vêtiras ce qui est incorruptible d’une incorruptibilité éternelle. Mais maintenant, cette nécessité m’est douce ; je lutte contre cette douceur pour ne pas être captif ; je mène chaque jour une guerre par des jeûnes, soumettant souvent mon corps ; et mes douleurs sont apaisées par le plaisir. Car la faim et la soif sont en quelque sorte des douleurs ; elles brûlent et tuent comme une fièvre, à moins que le remède des aliments ne vienne à notre secours. Et puisque celui-ci est à portée de main grâce aux consolations de Tes dons, par lesquels la terre, l’eau et l’air viennent en aide à notre faiblesse, notre calamité est appelée satisfaction.
C’est Toi qui m’as appris à considérer la nourriture comme un remède.
Mais tandis que je passe du désagrément de la vacuité à la satisfaction de la satiété, c’est justement au cours de ce passage que le piège de la concupiscence m’assaille. Car ce passage, c’est le plaisir, et il n’y a pas d’autre moyen d’atteindre là où nous devons nécessairement aller. Et comme la santé est la cause du fait de manger et de boire, un plaisir dangereux s’y joint comme accompagnateur, qui cherche le plus souvent à précéder la santé, afin que, pour son compte, je fasse ce que je prétends faire, ou que je souhaite faire, pour la santé. De plus, chacun n’a pas la même mesure : ce qui est suffisant pour la santé est trop peu pour le plaisir. Et souvent, il est incertain si c’est le soin nécessaire du corps qui demande encore de la nourriture, ou si c’est une trompeuse volupté de gourmandise qui offre ses services.
Dans cette incertitude, l’âme malheureuse se réjouit et y trouve une excuse pour se protéger, heureuse que ce qui est suffisant pour la modération de la santé ne soit pas apparent, afin de pouvoir dissimuler sous le manteau de la santé la véritable nature de la satisfaction. J’essaie chaque jour de résister à ces tentations ; j’invoque Ta main droite, et c’est à Toi que je confie mes perplexités, car je n’ai pas encore de conseil arrêté à ce sujet.
J’entends la voix de mon Dieu qui commande : Que vos cœurs ne soient pas accablés par la gloutonnerie et l’ivresse. L’ivresse est loin de moi ; aie pitié de moi, pour qu’elle ne s’approche pas de moi. Mais une alimentation excessive s’insinue parfois chez Ton serviteur ; aie pitié de moi, pour qu’elle reste loin de moi. Car personne ne peut être sobre sans que Tu le lui donnes. Tu nous donnes beaucoup de choses lorsque nous en prions ; et tout bien que nous ayons reçu auparavant
Il y a un autre mal de ce monde, pour lequel j’aimerais qu’il fût suffisant. Car en mangeant et en buvant, nous réparons les dégradations quotidiennes de notre corps, jusqu’à ce que Tu détruises à la fois l’estomac et la chair, lorsque Tu tueras ma vacuité par une plénitude merveilleuse, et que Tu vêtiras ce qui est incorruptible d’une incorruptibilité éternelle. Mais maintenant, cette nécessité m’est douce ; je lutte contre cette douceur pour ne pas être captif ; je mène chaque jour une guerre par des jeûnes, soumettant souvent mon corps ; et mes douleurs sont apaisées par le plaisir. Car la faim et la soif sont en quelque sorte des douleurs ; elles brûlent et tuent comme une fièvre, à moins que le remède des aliments ne vienne à notre secours. Et puisque celui-ci est à portée de main grâce aux consolations de Tes dons, par lesquels la terre, l’eau et l’air viennent en aide à notre faiblesse, notre calamité est appelée satisfaction.
C’est Toi qui m’as appris à considérer la nourriture comme un remède.
Mais tandis que je passe du désagrément de la vacuité à la satisfaction de la satiété, c’est justement au cours de ce passage que le piège de la concupiscence m’assaille. Car ce passage, c’est le plaisir, et il n’y a pas d’autre moyen d’atteindre là où nous devons nécessairement aller. Et comme la santé est la cause du fait de manger et de boire, un plaisir dangereux s’y joint comme accompagnateur, qui cherche le plus souvent à précéder la santé, afin que, pour son compte, je fasse ce que je prétends faire, ou que je souhaite faire, pour la santé. De plus, chacun n’a pas la même mesure : ce qui est suffisant pour la santé est trop peu pour le plaisir. Et souvent, il est incertain si c’est le soin nécessaire du corps qui demande encore de la nourriture, ou si c’est une trompeuse volupté de gourmandise qui offre ses services.
Dans cette incertitude, l’âme malheureuse se réjouit et y trouve une excuse pour se protéger, heureuse que ce qui est suffisant pour la modération de la santé ne soit pas apparent, afin de pouvoir dissimuler sous le manteau de la santé la véritable nature de la satisfaction. J’essaie chaque jour de résister à ces tentations ; j’invoque Ta main droite, et c’est à Toi que je confie mes perplexités, car je n’ai pas encore de conseil arrêté à ce sujet.
J’entends la voix de mon Dieu qui commande : Que vos cœurs ne soient pas accablés par la gloutonnerie et l’ivresse. L’ivresse est loin de moi ; aie pitié de moi, pour qu’elle ne s’approche pas de moi. Mais une alimentation excessive s’insinue parfois chez Ton serviteur ; aie pitié de moi, pour qu’elle reste loin de moi. Car personne ne peut être sobre sans que Tu le lui donnes. Tu nous donnes beaucoup de choses lorsque nous en prions ; et tout bien que nous ayons reçu auparavant
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Nous avons prié, c’est de Toi que nous l’avons reçu ; afin que, jusqu’à la fin, nous puissions savoir cela, même si nous l’avions déjà reçu auparavant. Je n’ai jamais été ivre, mais j’ai connu des ivrognes rendus sobres par Toi. C’est donc de Toi que ceux qui n’ont jamais été tels ne le deviennent pas, c’est aussi de Toi que ceux qui l’ont été ne le deviendront plus jamais ; et c’est encore de Toi que tous deux peuvent savoir De Qui cela vient. J’ai entendu une autre Voix de Toi : « Ne suis pas tes désirs, éloigne-toi de tes plaisirs. » Oui, par Ta grâce, j’ai entendu ce que j’ai beaucoup aimé ; car ni en mangeant nous ne serons abondants, ni en ne mangeant nous ne manquerons de rien ; ce qui signifie que ni l’un ni l’autre ne me rendra riche ni misérable. J’ai aussi entendu autre chose : j’ai appris, quel que soit mon état, à m’en contenter ; je sais comment être abondant et comment souffrir la nécessité. Je peux tout faire par Christ qui me fortifie. Voici un soldat du camp céleste, et non la poussière que nous sommes. Mais souviens-toi, Seigneur, que nous sommes poussière, et que c’est de poussière que Tu as fait l’homme ; il était perdu et il est retrouvé. Il ne pouvait pas le faire de lui-même, car celui que j’aimais tant, en disant cela par l’inspiration de Ta parole, était de la même poussière. Je peux tout faire (dit-il) par Celui qui me fortifie. Fortifie-moi pour que je puisse le faire. Donne ce que Tu ordonnes, et ordonne ce que Tu veux. Il avoue avoir reçu, et lorsqu’il se glorifie, c’est en le Seigneur qu’il se glorifie. J’ai aussi entendu quelqu’un supplier pour pouvoir recevoir. Prends de moi (dit-il) les désirs de l’estomac ; d’où il apparaît, ô mon Dieu saint, que Tu donnes lorsque l’on fait ce que Tu commandes. Tu m’as enseigné, bon Père, que pour les purs, tout est pur ; mais que c’est mal pour l’homme qui mange avec offense ; et que toute créature venue de Toi est bonne, et qu’il ne faut rien refuser, si ce n’est avec gratitude ; et que la nourriture ne nous recommande pas à Dieu ; et que personne ne doit nous juger au sujet de la nourriture ou de la boisson ; et que celui qui mange ne méprise pas celui qui ne mange pas ; et que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange. J’ai appris ces choses, grâce à Toi, louange à Toi, mon Dieu, mon Maître, qui frappent à mes oreilles, éclairent mon cœur ; délivre-moi de toute tentation. Je ne crains pas la saleté de la nourriture, mais la saleté du désir. Je sais que Noé avait permission de manger toutes sortes de viande bonne à manger ; qu’Élie fut nourri de viande ; qu’ayant une abstinence admirable, il ne fut pas souillé en se nourrissant d’êtres vivants, de sauterelles. Je sais aussi qu’Ésaü fut trompé par son désir de lentilles ; et que David s’accusa de désirer un verre d’eau ; et que notre Roi fut tenté, non au sujet de la viande, mais du pain. Et c’est pourquoi le peuple dans le désert aussi
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Elles méritaient d’être réprimandées, non pas pour avoir désiré la chair, mais parce qu’en désirant de la nourriture, elles se plaignaient contre le Seigneur. Placé donc au milieu de ces tentations, je lutte chaque jour contre la concupiscence en matière de nourriture et de boisson. Car il n’est pas dans ma nature de pouvoir décider de m’en priver définitivement, sans jamais y toucher ensuite, comme je le pourrais en ce qui concerne les relations conjugales. Il faut donc maintenir la bride qui contrôle les désirs entre laxité et rigidité. Et qui est-ce, ô Seigneur, qui ne soit pas un peu emporté au-delà des limites de la nécessité ? Quel qu’il soit, c’est quelqu’un de grand ; qu’il rende Ton nom grand ! Mais moi, je ne suis pas ainsi, car je suis un homme pécheur. Pourtant, moi aussi, je glorifie Ton nom ; et Celui qui a vaincu le monde intercède pour mes péchés, me comptant parmi les membres faibles de son corps ; car Tes yeux ont vu en Lui ce qui est imparfait, et tout sera écrit dans Ton livre. Quant aux séductions des odeurs, je m’y intéresse peu. En leur absence, je ne les regrette pas ; en leur présence, je ne les refuse pas ; mais je suis toujours prêt à m’en passer. C’est ainsi que je me perçois ; peut-être me trompe-je. Car c’est aussi une obscurité funeste qui cache à mes yeux mes propres capacités ; si bien que mon esprit, en s’interrogeant sur ses propres forces, n’ose pas facilement croire en lui-même, car même ce qui est en lui reste pour l’essentiel caché, à moins que l’expérience ne le révèle. Personne ne devrait être sûr dans cette vie, dont l’ensemble est appelée épreuve, afin que celui qui a été capable du pire puisse ne pas devenir pire à partir du meilleur. Notre seule espérance, notre seul recours, notre seule promesse assurée, c’est Ta miséricorde. Les délices de l’oreille m’avaient plus solidement enlacé et soumis ; mais Tu m’as détaché et libéré. Maintenant, dans ces mélodies auxquelles Tes paroles insufflent de l’âme, lorsqu’elles sont chantées d’une voix douce et harmonieuse, je trouve un peu de repos ; mais pas au point d’y rester attaché, afin de pouvoir m’en libérer quand je le souhaite. Mais avec les mots qui sont leur vie et par lesquels ils trouvent accès en moi, ils cherchent eux-mêmes dans mes sentiments une place d’estime, et je peine à leur en accorder une appropriée. Car parfois, il me semble leur accorder plus d’honneur qu’il n’est convenable, sentant que nos esprits sont élevés plus saintement et avec plus de ferveur vers une flamme de dévotion, grâce aux paroles sacrées elles-mêmes lorsqu’elles sont chantées ainsi, plutôt qu’en l’absence de chant ; et que les divers sentiments de notre esprit, par une douce variété, trouvent en la voix et dans le chant leurs mesures propres, grâce à une correspondance secrète qui les émeut. Mais cette satisfaction de la chair, à laquelle l’âme ne doit pas…
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Être livré à l’épuisement m’abuse souvent : le sens ne suit pas la raison avec patience, mais, admis uniquement pour elle, il cherche même à courir devant elle et à la guider. Ainsi, dans de telles circonstances, je pèche sans m’en rendre compte, avant de m’en apercevoir ensuite.
D’autres fois, en fuyant avec trop d’anxiété cette même tromperie, je commets une erreur par excès de rigueur ; et parfois à un tel point que je souhaite que toute la mélodie de la douce musique utilisée dans le Psaumeier de David soit bannie de mes oreilles, ainsi que celles de l’Église ; et ce mode me semble plus sûr, celui dont on m’a souvent parlé, selon Athanase, évêque d’Alexandrie, qui faisait réciter le psaume par le lecteur avec une intonation si légère que c’était plutôt parler que chanter. Pourtant, lorsque je me souviens des larmes que j’ai versées à la psalmodie de Ta Église, au début de ma foi retrouvée ; et de la manière dont, aujourd’hui, je suis ému non pas par le chant, mais par les paroles chantées, lorsqu’elles sont prononcées d’une voix claire et avec une modulation très appropriée, j’admets l’utilité immense de cette pratique. Ainsi, je vacille entre le péril du plaisir et la santé approuvée ; je penche plutôt (bien que sans formuler d’opinion irrévocable) en faveur de l’usage du chant dans l’église, afin que, par le plaisir des oreilles, les esprits plus faibles puissent être élevés au sentiment de dévotion. Cependant, quand il m’arrive d’être plus ému par la voix que par les paroles chantées, je reconnais avoir péché gravement, et alors je préférerais ne pas entendre de musique. Vois maintenant mon état ; pleurez avec moi, et pleurez pour moi, vous qui régulez vos sentiments intérieurement, afin que cette bonne action suive. Car vous qui n’agissez pas, ces choses ne vous touchent pas. Mais Toi, ô Seigneur mon Dieu, écoute ; regarde, vois, aie pitié de moi et guéris-moi, Toi, en présence de qui je suis devenu un problème pour moi-même ; et c’est là ma faiblesse.
Il reste encore le plaisir de ces yeux de ma chair, sur lesquels je fais mes confessions aux oreilles de Ton temple, ces oreilles fraternelles et dévotes ; et ainsi mettre fin aux tentations de la concupiscence charnelle, qui m’assaillent encore, gémissant ardemment, et désirant être revêtu de ma demeure céleste. Les yeux aiment les formes belles et variées, ainsi que les couleurs vives et douces. Qu’elles ne occupent pas mon âme ; qu’au contraire Dieu l’occupe, Lui qui a créé ces choses, certes très bonnes, mais qui est mon bien, et non elles. Et celles-ci m’affectent, pendant tout le jour, alors que je suis éveillé, et aucun repos ne m’est accordé, comme il y en a parfois du côté de la musique, dans le silence, face à toutes les voix. Car cette reine des couleurs, la lumière, qui baigne tout ce que nous voyons, où que je sois durant la journée, glissant à côté de moi sous des formes variées, me calme lorsque je suis occupé par d’autres choses et ne la remarque pas. Et elle s’enlace si fortement…
D’autres fois, en fuyant avec trop d’anxiété cette même tromperie, je commets une erreur par excès de rigueur ; et parfois à un tel point que je souhaite que toute la mélodie de la douce musique utilisée dans le Psaumeier de David soit bannie de mes oreilles, ainsi que celles de l’Église ; et ce mode me semble plus sûr, celui dont on m’a souvent parlé, selon Athanase, évêque d’Alexandrie, qui faisait réciter le psaume par le lecteur avec une intonation si légère que c’était plutôt parler que chanter. Pourtant, lorsque je me souviens des larmes que j’ai versées à la psalmodie de Ta Église, au début de ma foi retrouvée ; et de la manière dont, aujourd’hui, je suis ému non pas par le chant, mais par les paroles chantées, lorsqu’elles sont prononcées d’une voix claire et avec une modulation très appropriée, j’admets l’utilité immense de cette pratique. Ainsi, je vacille entre le péril du plaisir et la santé approuvée ; je penche plutôt (bien que sans formuler d’opinion irrévocable) en faveur de l’usage du chant dans l’église, afin que, par le plaisir des oreilles, les esprits plus faibles puissent être élevés au sentiment de dévotion. Cependant, quand il m’arrive d’être plus ému par la voix que par les paroles chantées, je reconnais avoir péché gravement, et alors je préférerais ne pas entendre de musique. Vois maintenant mon état ; pleurez avec moi, et pleurez pour moi, vous qui régulez vos sentiments intérieurement, afin que cette bonne action suive. Car vous qui n’agissez pas, ces choses ne vous touchent pas. Mais Toi, ô Seigneur mon Dieu, écoute ; regarde, vois, aie pitié de moi et guéris-moi, Toi, en présence de qui je suis devenu un problème pour moi-même ; et c’est là ma faiblesse.
Il reste encore le plaisir de ces yeux de ma chair, sur lesquels je fais mes confessions aux oreilles de Ton temple, ces oreilles fraternelles et dévotes ; et ainsi mettre fin aux tentations de la concupiscence charnelle, qui m’assaillent encore, gémissant ardemment, et désirant être revêtu de ma demeure céleste. Les yeux aiment les formes belles et variées, ainsi que les couleurs vives et douces. Qu’elles ne occupent pas mon âme ; qu’au contraire Dieu l’occupe, Lui qui a créé ces choses, certes très bonnes, mais qui est mon bien, et non elles. Et celles-ci m’affectent, pendant tout le jour, alors que je suis éveillé, et aucun repos ne m’est accordé, comme il y en a parfois du côté de la musique, dans le silence, face à toutes les voix. Car cette reine des couleurs, la lumière, qui baigne tout ce que nous voyons, où que je sois durant la journée, glissant à côté de moi sous des formes variées, me calme lorsque je suis occupé par d’autres choses et ne la remarque pas. Et elle s’enlace si fortement…
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Que si elle est soudainement retirée, on la cherche avec nostalgie, et son absence prolongée afflige l’esprit. Ô Lumière que Tobias vit, lorsqu’, les yeux fermés, il enseignait à son fils le chemin de la vie ; et lui-même allait en avant, guidé par les pas de la charité, sans jamais dévier. Ou celle que Isaac vit, lorsque ses yeux charnels, alourdis par la vieillesse, furent fermés, et qu’il lui fut donné, sans en avoir conscience, de bénir ses fils, mais de les connaître par cette bénédiction. Ou encore celle que Jacob vit, lui aussi aveugle à cause de son grand âge, mais dont le cœur était éclairé : il projeta sur les personnes de ses fils la lumière des différentes races du peuple futur, qu’il avait préfigurées en eux ; et il posa ses mains, mystiquement croisées, sur ses petits-enfants par l’intermédiaire de Joseph, non pas comme leur père qui les corrigeait par ses yeux extérieurs, mais comme celui qui les discernait intérieurement. C’est là la lumière, elle est une, et tous ceux qui la voient et l’aiment forment un seul corps. Mais cette lumière corporelle dont je parlais, elle adoucit la vie de ce monde pour ses amants aveugles, avec une douceur tentante et dangereuse. Mais ceux qui savent Te louer pour elle, « Ô Seigneur tout-créateur », l’incluent dans leurs hymnes, et ne se laissent pas emporter par elle dans leur sommeil. Je voudrais être ainsi. Je résiste à ces séductions des yeux, afin que mes pieds, par lesquels je marche sur Ton chemin, ne soient pas pris au piège ; et j’élève vers Toi mes yeux invisibles, afin que Tu arraches mes pieds du piège. Tu les arraches sans cesse, car ils sont pris au piège. Tu n’arrêtes pas de les arracher, tandis que moi, souvent, je m’enlise dans les pièges disposés de toutes parts ; car Toi, qui gardes Israël, ne somnoles ni ne dors. Quels jouets innombrables, fabriqués par divers arts et métiers, dans nos vêtements, chaussures, ustensiles et toutes sortes d’objets, ainsi que dans des tableaux et diverses images – et qui dépassent de loin toute utilité nécessaire et modérée, ainsi que tout sens pieux – les hommes ont-ils ajoutés pour tenter leurs propres yeux ? Extérieurement, ils suivent ce qu’ils ont créé eux-mêmes, mais intérieurement, ils abandonnent Celui par qui ils ont été créés, et détruisent ce pour quoi ils ont été créés ! Mais moi, mon Dieu et ma Gloire, je chante aussi un hymne à Toi, et je consacre ma louange à Celui qui me consacre, car ces beaux modèles qui, à travers les âmes des hommes, parviennent dans leurs mains habiles, proviennent de cette Beauté qui est au-dessus de nos âmes, que mon âme soupire jour et nuit de désirer. Mais ceux qui conçoivent et suivent les beautés extérieures en tirent la règle pour les juger, mais non pour les utiliser. Et Il est là, bien qu’ils ne Le perçoivent pas, afin qu’ils ne s’égarent pas, mais conservent leurs forces pour Toi, et ne les dispersent pas en vaines fatigues. Et moi, bien que je parle et que je voie cela, je m’enlise dans mes pas.
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Avec ces beautés extérieures ; mais Tu me arraches, ô Seigneur, Tu me
arraches ; car Ta bonté est devant mes yeux. Car je suis
emporté misérablement, et Tu me délivres avec miséricorde ; parfois sans
que je m’en aperçoive, lorsque je n’ai fait que m’y attarder un instant ;
d’autres fois avec douleur, parce que j’y étais fermement attaché.
À cela s’ajoute une autre forme de tentation, bien plus dangereuse.
Car outre la concupiscence de la chair, qui consiste dans le plaisir
de tous les sens et des plaisirs, où ses esclaves, qui s’éloignent de Toi,
se gaspillent et périssent, l’âme a, par les mêmes sens du corps,
un certain désir vain et curieux, voilé sous le nom de connaissance et
d’apprentissage, non pas pour se délecter dans la chair, mais pour faire
des expériences à travers elle.
Comme ce désir réside dans l’appétit de connaître, et que la vue est
le sens principalement utilisé pour acquérir la connaissance, il est,
dans le langage divin, appelé la convoitise des yeux. En effet, voir
appartient proprement aux yeux ; cependant nous utilisons ce mot aussi
pour les autres sens, lorsque nous les employons à chercher la connaissance.
Car nous ne disons pas : écoutez comment il brille, ou sentez comment il
luit, ou goûtez comment il resplendit, ou touchez comment il scintille ;
car tout cela est dit être vu.
Et pourtant nous disons non seulement : voyez comment il brille, ce que
seuls les yeux peuvent percevoir ; mais aussi : voyez comment il sonne,
voyez comment il sent, voyez comment il a goût, voyez combien il est dur.
Ainsi, l’expérience générale des sens, comme on l’a dit, est appelée
la convoitise des yeux, parce que la fonction de voir, dont les yeux
possèdent la prérogative, est reprise par les autres sens à titre de
similitude, lorsqu’ils cherchent toute connaissance.
Mais par cela, on peut discerner plus clairement en quoi le plaisir
et en quoi la curiosité sont l’objet des sens ; car le plaisir cherche
des objets beaux, mélodieux, parfumés, savoureux, doux ; mais la
curiosité, dans le but d’essayer, recherche aussi le contraire, non pas
pour souffrir d’ennui, mais par désir d’essayer et de les connaître.
Car quel plaisir y a-t-il à voir, dans un cadavre déchiqueté, ce qui
fait frissonner ? Et pourtant, s’il se trouve à proximité, ils s’y
rassemblent pour être attristés et pâlir. Même au sommeil, ils ont peur
de le voir. Comme si, éveillés, quelqu’un les forçait à le voir, ou
quelque récit de sa beauté les attirait là ! Il en va de même pour
les autres sens, ce dont il faudrait parler longuement. De cette maladie
de la curiosité proviennent toutes ces visions étranges présentées
au théâtre. C’est pourquoi les hommes cherchent à découvrir les pouvoirs
cachés de la nature (ce qui n’est d’ailleurs pas notre but), dont la
connaissance ne profite à personne, et où les hommes ne désirent rien
d’autre que de savoir. C’est aussi pour ce même but de connaissance
tordue que l’on étudie les arts magiques. C’est aussi
arraches ; car Ta bonté est devant mes yeux. Car je suis
emporté misérablement, et Tu me délivres avec miséricorde ; parfois sans
que je m’en aperçoive, lorsque je n’ai fait que m’y attarder un instant ;
d’autres fois avec douleur, parce que j’y étais fermement attaché.
À cela s’ajoute une autre forme de tentation, bien plus dangereuse.
Car outre la concupiscence de la chair, qui consiste dans le plaisir
de tous les sens et des plaisirs, où ses esclaves, qui s’éloignent de Toi,
se gaspillent et périssent, l’âme a, par les mêmes sens du corps,
un certain désir vain et curieux, voilé sous le nom de connaissance et
d’apprentissage, non pas pour se délecter dans la chair, mais pour faire
des expériences à travers elle.
Comme ce désir réside dans l’appétit de connaître, et que la vue est
le sens principalement utilisé pour acquérir la connaissance, il est,
dans le langage divin, appelé la convoitise des yeux. En effet, voir
appartient proprement aux yeux ; cependant nous utilisons ce mot aussi
pour les autres sens, lorsque nous les employons à chercher la connaissance.
Car nous ne disons pas : écoutez comment il brille, ou sentez comment il
luit, ou goûtez comment il resplendit, ou touchez comment il scintille ;
car tout cela est dit être vu.
Et pourtant nous disons non seulement : voyez comment il brille, ce que
seuls les yeux peuvent percevoir ; mais aussi : voyez comment il sonne,
voyez comment il sent, voyez comment il a goût, voyez combien il est dur.
Ainsi, l’expérience générale des sens, comme on l’a dit, est appelée
la convoitise des yeux, parce que la fonction de voir, dont les yeux
possèdent la prérogative, est reprise par les autres sens à titre de
similitude, lorsqu’ils cherchent toute connaissance.
Mais par cela, on peut discerner plus clairement en quoi le plaisir
et en quoi la curiosité sont l’objet des sens ; car le plaisir cherche
des objets beaux, mélodieux, parfumés, savoureux, doux ; mais la
curiosité, dans le but d’essayer, recherche aussi le contraire, non pas
pour souffrir d’ennui, mais par désir d’essayer et de les connaître.
Car quel plaisir y a-t-il à voir, dans un cadavre déchiqueté, ce qui
fait frissonner ? Et pourtant, s’il se trouve à proximité, ils s’y
rassemblent pour être attristés et pâlir. Même au sommeil, ils ont peur
de le voir. Comme si, éveillés, quelqu’un les forçait à le voir, ou
quelque récit de sa beauté les attirait là ! Il en va de même pour
les autres sens, ce dont il faudrait parler longuement. De cette maladie
de la curiosité proviennent toutes ces visions étranges présentées
au théâtre. C’est pourquoi les hommes cherchent à découvrir les pouvoirs
cachés de la nature (ce qui n’est d’ailleurs pas notre but), dont la
connaissance ne profite à personne, et où les hommes ne désirent rien
d’autre que de savoir. C’est aussi pour ce même but de connaissance
tordue que l’on étudie les arts magiques. C’est aussi
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Dans la religion même, Dieu est-il tenté, lorsqu’on exige de Lui des signes et des miracles, non pas dans un but louable, mais simplement pour le mettre à l’épreuve ? Dans ce vaste désert, plein de pièges et de dangers, voici que j’en ai éliminé beaucoup, et je les ai chassés de mon cœur, comme Tu me l’as donné, ô Dieu de ma salut. Et pourtant, comment oserais-je dire que, puisque tant de choses de ce genre envahissent notre vie quotidienne, rien de ce genre ne capte mon attention ou ne suscite en moi le moindre intérêt ? Certes, les théâtres ne m’attirent plus, je ne cherche pas à connaître les mouvements des étoiles, et mon âme n’a jamais consulté des esprits disparus ; je déteste tous ces mystères sacrilèges. Toi, ô Seigneur mon Dieu, à qui je dois un service humble et sincère, par quels artifices et suggestions l’ennemi tente-t-il de me faire désirer un signe ! Mais je T’en supplie, par notre Roi, et par notre patrie pure et sainte, Jérusalem, que celui qui serait prêt à y consentir reste loin de moi, et qu’il le reste toujours davantage. Mais lorsque je Te prie pour le salut de quelqu’un, mon but et mon intention sont bien différents. Tu me donnes, et Tu continueras de me donner, la capacité de Te suivre volontiers, en faisant ce que Tu veux. Néanmoins, en combien de choses insignifiantes et méprisables notre curiosité est-elle tentée chaque jour, et combien souvent cédons-nous, qui peut le dire ? Combien de fois commençons-nous par tolérer que des gens racontent des histoires vaines, de peur d’offenser les faibles ; puis peu à peu, nous prenons intérêt à cela ! Je ne vais pas au cirque pour voir un chien poursuivre un lièvre ; mais dans les champs, si je passe par là, cette poursuite risque de me distraire même de quelque pensée importante, et de m’attirer vers elle : ce n’est pas que mon corps s’éloigne, mais mon esprit penche néanmoins vers cela. Et à moins que Tu, après m’avoir fait voir ma faiblesse, ne m’exhorte rapidement, soit par la vision elle-même à travers une contemplation pour que je m’élève vers Toi, soit pour que je le méprise complètement et l’ignore, je reste immobile, absorbé par cela. Quoi, assis chez moi, un lézard attrapant des mouches, ou un araignée les enserrant dans ses toiles, attire-t-il souvent mon attention ? Est-ce différent parce qu’il s’agit de créatures petites ? Je passe ensuite à Te louer, toi, Créateur et Organisateur merveilleux de tout, mais ce n’est pas cela qui attire d’abord mon attention. Il est une chose de s’élever rapidement, une autre de ne pas tomber. Ma vie est pleine de telles choses ; et mon unique espoir est Ta grande miséricorde merveilleuse. Car lorsque notre cœur devient le réceptacle de telles choses, et est surchargé par cette abondance de vanité, alors nos prières aussi sont souvent interrompues et distraites ; et tandis que, en Ta présence, nous dirigeons la voix de notre cœur vers Tes oreilles, cette préoccupation immense est brisée par l’arrivée de pensées futiles que je ne connais pas. Devrions-nous…
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Considère donc cela aussi comme une chose de peu d’importance ; ou bien y a-t-il quelque chose qui puisse nous redonner espoir, sinon Ta miséricorde infinie, puisque Tu as commencé à nous transformer ? Tu sais à quel point Tu m’as déjà changé : Tu m’as d’abord guéri du désir de me venger, afin de pouvoir pardonner toutes les autres de mes fautes, de guérir toutes mes faiblesses, de racheter la vie de la corruption, de me couronner de miséricorde et de pitié, et de satisfaire mon désir par des biens bons. Tu as maîtrisé mon orgueil par Ta crainte et soumis mon cou à Ton joug. Maintenant, je le porte, et il m’est léger, car c’est ce que Tu as promis et réalisé ; en vérité, c’était bien ainsi, mais je ne le savais pas lorsque j’avais peur de l’accepter.
Mais, ô Seigneur, Toi seul, Seigneur sans orgueil, car Tu es le seul vrai Seigneur qui n’a pas de seigneur, cette troisième sorte de tentation a-t-elle également disparu de moi, ou peut-elle disparaître tout au long de cette vie ? Je veux dire, le désir d’être craint et aimé des hommes, pour aucun autre but que d’y trouver une joie qui n’en est pas une ? Quelle vie misérable et quelle vanité honteuse ! C’est précisément pour cela que les hommes ne T’aiment ni ne Te craignent vraiment. C’est pourquoi Tu résistes aux orgueilleux et donnes ta grâce aux humbles. Oui, Tu fais retentir ton tonnerre contre les ambitions du monde, et les fondements des montagnes tremblent. Comme certaines fonctions de la société humaine rendent nécessaire d’être aimé et craint des hommes, l’adversaire de notre véritable bénédiction s’acharne sur nous, répandant partout ses pièges du genre « bien fait, bien fait » ; en saisissant avidement ces pièges, nous pouvons être pris au dépourvu, et notre joie est séparée de Ta vérité pour être placée dans l’illusion des hommes ; ils se réjouissent d’être aimés et craints, non pour Toi, mais à Ta place. Ainsi, devenus semblables à lui, ils peuvent les posséder pour eux-mêmes, non dans les liens de la charité, mais dans ceux du châtiment. Celui-ci a voulu établir son trône au nord, afin que, dans l’obscurité et le froid, ils le servent en t’imitant de manière perverse et tortueuse. Mais nous, ô Seigneur, voici, nous sommes Ton petit troupeau ; possède-nous comme Tes propres enfants, étends Tes ailes sur nous et permets-nous de voler sous elles. Sois notre gloire ; que nous soyons aimés pour Toi, et que Ta parole soit crainte en nous. Celui qui veut être loué par les hommes lorsque Tu blâmes ne sera pas défendu par eux lorsque Tu jugeras, ni sauvé lorsque Tu condamneras. Mais lorsque — ni le pécheur n’est loué pour les désirs de son âme, ni celui qui agit impielement n’est béni, mais plutôt un homme est loué pour un don que Tu lui as donné, et il se réjouit plus de la louange qu’on lui adresse que du don même pour lequel il est loué, lui aussi est loué.
Mais, ô Seigneur, Toi seul, Seigneur sans orgueil, car Tu es le seul vrai Seigneur qui n’a pas de seigneur, cette troisième sorte de tentation a-t-elle également disparu de moi, ou peut-elle disparaître tout au long de cette vie ? Je veux dire, le désir d’être craint et aimé des hommes, pour aucun autre but que d’y trouver une joie qui n’en est pas une ? Quelle vie misérable et quelle vanité honteuse ! C’est précisément pour cela que les hommes ne T’aiment ni ne Te craignent vraiment. C’est pourquoi Tu résistes aux orgueilleux et donnes ta grâce aux humbles. Oui, Tu fais retentir ton tonnerre contre les ambitions du monde, et les fondements des montagnes tremblent. Comme certaines fonctions de la société humaine rendent nécessaire d’être aimé et craint des hommes, l’adversaire de notre véritable bénédiction s’acharne sur nous, répandant partout ses pièges du genre « bien fait, bien fait » ; en saisissant avidement ces pièges, nous pouvons être pris au dépourvu, et notre joie est séparée de Ta vérité pour être placée dans l’illusion des hommes ; ils se réjouissent d’être aimés et craints, non pour Toi, mais à Ta place. Ainsi, devenus semblables à lui, ils peuvent les posséder pour eux-mêmes, non dans les liens de la charité, mais dans ceux du châtiment. Celui-ci a voulu établir son trône au nord, afin que, dans l’obscurité et le froid, ils le servent en t’imitant de manière perverse et tortueuse. Mais nous, ô Seigneur, voici, nous sommes Ton petit troupeau ; possède-nous comme Tes propres enfants, étends Tes ailes sur nous et permets-nous de voler sous elles. Sois notre gloire ; que nous soyons aimés pour Toi, et que Ta parole soit crainte en nous. Celui qui veut être loué par les hommes lorsque Tu blâmes ne sera pas défendu par eux lorsque Tu jugeras, ni sauvé lorsque Tu condamneras. Mais lorsque — ni le pécheur n’est loué pour les désirs de son âme, ni celui qui agit impielement n’est béni, mais plutôt un homme est loué pour un don que Tu lui as donné, et il se réjouit plus de la louange qu’on lui adresse que du don même pour lequel il est loué, lui aussi est loué.
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Puisque Tu méprises ; celui qui loue vaut mieux que celui qui est loué. Car l’un s’est réjoui du don de Dieu en l’homme ; l’autre s’est plutôt réjoui du don de l’homme que de celui de Dieu.
Par ces tentations, nous sommes attaqués chaque jour, ô Seigneur ; sans cesse nous sommes assaillis. Notre fournaise quotidienne est la langue des hommes. C’est aussi pour cela que Tu nous commandes la tempérance. Donne ce que Tu ordonnes, et ordonne ce que Tu veux. Tu connais, en cette affaire, les gémissements de mon cœur et les larmes de mes yeux. Car je ne sais pas à quel point je suis purifié de cette plaie, et je crains beaucoup mes péchés secrets, que Tes yeux connaissent, mais que les miens ignorent. Car pour d’autres sortes de tentations, j’ai quelque moyen de m’examiner ; pour celle-ci, presque aucun. En effet, en retenant mon esprit des plaisirs de la chair et de la curiosité oisive, je vois combien j’ai progressé lorsque je m’en passe, en les évitant ou en ne les ayant pas. Alors je me demande à quel point il est plus ou moins pénible pour moi de ne pas les avoir.
Quant aux richesses, désirées afin de servir une ou deux, ou les trois concupiscences, si l’âme ne sait pas si, en les possédant, elle les méprise, elles peuvent être rejetées, afin qu’elle puisse se prouver elle-même. Mais être sans louange, et y éprouver nos forces, faut-il vivre mal, oui, de manière si abandonnée et atroce que personne ne nous connaisse sans nous haïr ? Quelle folie plus grande peut-on imaginer ? Mais si la louange sert et doit accompagner une bonne vie et de bonnes œuvres, nous devrions tout autant éviter de nous en passer que la bonne vie elle-même. Pourtant, je ne sais pas si je peux bien ou mal m’en passer, à moins qu’elle ne soit absente.
Alors, que confesse-je à Toi dans ce genre de tentation, ô Seigneur ? Rien d’autre que le fait que je me réjouis de la louange, mais de la vérité elle-même, plus encore que de la louange. Car si l’on me proposait de choisir entre être loué de tous, alors que je suis fou d’erreur en toutes choses, et être blâmé de tous, tout en restant constant et fermement attaché à la vérité, je sais ce que je choisirais. Pourtant, j’aimerais que l’approbation d’autrui n’accroisse même pas ma joie pour un bien en moi. Pourtant, je reconnais qu’elle l’accroît, et non seulement cela : le mépris la diminue. Et quand je suis troublé par cette misère, une excuse me vient, dont la valeur, Toi, Dieu, tu la connais, car elle me laisse indécis. Car puisque Tu nous as commandé non seulement la tempérance, c’est-à-dire de quoi retenir notre amour, mais aussi la justice, c’est-à-dire à qui le donner, et que Tu as voulu que nous aimions non seulement Toi, mais aussi notre prochain ; souvent, lorsqu’il m’arrive d’être satisfait d’une louange intelligente, il me semble que je suis satisfait de la compétence ou de la bienveillance de mon prochain, ou bien…
Par ces tentations, nous sommes attaqués chaque jour, ô Seigneur ; sans cesse nous sommes assaillis. Notre fournaise quotidienne est la langue des hommes. C’est aussi pour cela que Tu nous commandes la tempérance. Donne ce que Tu ordonnes, et ordonne ce que Tu veux. Tu connais, en cette affaire, les gémissements de mon cœur et les larmes de mes yeux. Car je ne sais pas à quel point je suis purifié de cette plaie, et je crains beaucoup mes péchés secrets, que Tes yeux connaissent, mais que les miens ignorent. Car pour d’autres sortes de tentations, j’ai quelque moyen de m’examiner ; pour celle-ci, presque aucun. En effet, en retenant mon esprit des plaisirs de la chair et de la curiosité oisive, je vois combien j’ai progressé lorsque je m’en passe, en les évitant ou en ne les ayant pas. Alors je me demande à quel point il est plus ou moins pénible pour moi de ne pas les avoir.
Quant aux richesses, désirées afin de servir une ou deux, ou les trois concupiscences, si l’âme ne sait pas si, en les possédant, elle les méprise, elles peuvent être rejetées, afin qu’elle puisse se prouver elle-même. Mais être sans louange, et y éprouver nos forces, faut-il vivre mal, oui, de manière si abandonnée et atroce que personne ne nous connaisse sans nous haïr ? Quelle folie plus grande peut-on imaginer ? Mais si la louange sert et doit accompagner une bonne vie et de bonnes œuvres, nous devrions tout autant éviter de nous en passer que la bonne vie elle-même. Pourtant, je ne sais pas si je peux bien ou mal m’en passer, à moins qu’elle ne soit absente.
Alors, que confesse-je à Toi dans ce genre de tentation, ô Seigneur ? Rien d’autre que le fait que je me réjouis de la louange, mais de la vérité elle-même, plus encore que de la louange. Car si l’on me proposait de choisir entre être loué de tous, alors que je suis fou d’erreur en toutes choses, et être blâmé de tous, tout en restant constant et fermement attaché à la vérité, je sais ce que je choisirais. Pourtant, j’aimerais que l’approbation d’autrui n’accroisse même pas ma joie pour un bien en moi. Pourtant, je reconnais qu’elle l’accroît, et non seulement cela : le mépris la diminue. Et quand je suis troublé par cette misère, une excuse me vient, dont la valeur, Toi, Dieu, tu la connais, car elle me laisse indécis. Car puisque Tu nous as commandé non seulement la tempérance, c’est-à-dire de quoi retenir notre amour, mais aussi la justice, c’est-à-dire à qui le donner, et que Tu as voulu que nous aimions non seulement Toi, mais aussi notre prochain ; souvent, lorsqu’il m’arrive d’être satisfait d’une louange intelligente, il me semble que je suis satisfait de la compétence ou de la bienveillance de mon prochain, ou bien…
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Je suis affligé par le mal qui est en lui, lorsque j’entends qu’il dénigre soit ce qu’il ne comprend pas, soit ce qui est bon. Car parfois je suis affligé par mes propres éloges, soit lorsque l’on loue en moi des choses que je n’aime pas en moi-même, soit encore lorsque des biens plus modestes et insignifiants sont estimés davantage qu’ils ne le devraient. Mais comment sais-je si je suis ainsi affecté parce que je ne veux pas que celui qui me loue diffère de moi à mon sujet ? Non pas sous l’influence de l’inquiétude pour lui, mais parce que ces mêmes biens qui me plaisent en moi me plaisent encore plus lorsqu’ils plaisent aussi à un autre ? Car d’une certaine manière, je ne suis pas loué lorsque mon jugement sur moi-même n’est pas loué ; car soit l’on loue des choses qui me déplaisent, soit encore celles qui me plaisent moins. Suis-je donc incertain de moi-même en cette matière ? Vois, en Toi, ô Vérité, je vois que je ne dois pas être ému par mes propres éloges, pour mon propre bien, mais pour le bien de mon prochain. Et si c’est bien le cas pour moi, je ne le sais pas. Car en cela, je connais moins moi-même que Toi. Je t’en prie maintenant, ô mon Dieu, révèle-moi aussi moi-même, afin que je puisse confesser à mes frères, qui doivent prier pour moi, où je me trouve mutilé. Laisse-moi m’examiner à nouveau avec plus de diligence. Si, dans les éloges qui me sont adressés, je suis ému pour le bien de mon prochain, pourquoi suis-je moins ému si un autre est injustement dénigré que si c’est moi-même ? Pourquoi suis-je plus blessé par les reproches dirigés contre moi que par ceux dirigés contre un autre, avec la même injustice, devant moi ? Ne le sais-je pas non plus ? Ou bien finis-je par me tromper, et ne dis-je pas la vérité devant Toi, dans mon cœur et sur ma langue ? Éloigne de moi cette folie, ô Seigneur, afin que ma propre bouche ne devienne pour moi l’huile du pécheur qui engraisse ma tête. Je suis pauvre et dans le besoin ; pourtant, il vaut mieux, tandis que je me déplais par de secrets gémissements, chercher Ta miséricorde, jusqu’à ce que ce qui manque dans mon état imparfait soit renouvelé et perfectionné, vers cette paix que l’œil des orgueilleux ne connaît pas. Cependant, la parole qui sort de la bouche, et les actes connus des hommes, apportent avec eux une tentation très dangereuse à cause de l’amour de la louange : celle-ci, afin d’établir une certaine excellence en nous, sollicite et rassemble les suffrages des hommes. Elle tente, même lorsqu’elle est réprochée en moi-même, justement parce qu’elle est réprochée ; et souvent elle se glorifie plus vainement du mépris même de la vanité ; et ainsi ce n’est plus un mépris de la vanité dont elle se glorifie, car elle ne méprise pas lorsqu’elle se glorifie. À l’intérieur aussi, il y a un autre mal, né d’une tentation similaire ; par lequel les hommes deviennent vaniteux, se plaisant en eux-mêmes, bien qu’ils ne plaisent pas, ou déplaisent, ou ne se soucient pas de plaire aux autres. Mais plaire
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Eux-mêmes Te déplaisent grandement, non seulement en prenant plaisir aux choses qui ne sont pas bonnes comme si elles l’étaient, mais aussi à Tes biens bons comme s’ils leur appartenaient ; ou même, s’ils te appartiennent, comme s’ils provenaient de leurs propres mérites ; ou encore, comme s’ils venaient de Ta grâce, sans pour autant se réjouir fraternellement, mais en enviant cette grâce aux autres. Dans tous ces dangers et épreuves semblables, Tu vois le tremblement de mon cœur ; et je préfère sentir mes blessures guéries par Toi, plutôt que de ne pas les avoir reçues de moi-même.
O Vérité, où n’as-Tu pas marché avec moi, m’apprenant ce qu’il fallait craindre et ce qu’il fallait désirer, lorsque je Te rapportais ce que je pouvais découvrir ici-bas et que je Te consultais ? Avec mes sens extérieurs, autant que je le pouvais, j’examinais le monde et observais la vie que mon corps a de moi, ainsi que mes sens. De là, j’entrais dans les recoins de ma mémoire, ces chambres multiples et vastes, merveilleusement meublées d’innombrables trésors ; et je réfléchissais, stupéfait, ne pouvant discerner rien de tout cela sans Toi, et ne trouvant rien de tout cela qui fût Toi. Je n’étais pas non plus celui qui découvrait ces choses, qui les examinait toutes, qui s’efforçait de distinguer et d’évaluer chaque chose selon sa dignité, en se fiant à certains éléments rapportés par mes sens, en interrogeant sur d’autres que je sentais être liés à moi-même, en comptant et en distinguant ceux qui rapportaient ces informations, et en faisant tourner certaines choses dans le grand trésor de ma mémoire, en y stockant d’autres, en en extrayant d’autres. Je n’étais pas non plus moi-même lorsque je faisais cela, c’est-à-dire mon pouvoir par lequel je le faisais ; ce n’était pas non plus Toi, car Tu es la lumière permanente, à laquelle je me consultais au sujet de tout cela : s’ils existaient, ce qu’ils étaient, et comment ils devaient être évalués ; et j’entendais Ta voix me diriger et me commander ; et je fais souvent cela, cela me plaît, et autant que je peux être libéré de mes devoirs nécessaires, je recours à ce plaisir. Et dans tout cela, en Te consultant, je ne trouve aucun lieu sûr pour mon âme, sinon en Toi ; là où mes membres dispersés peuvent être rassemblés, et où rien de moi ne s’éloigne de Toi. Parfois, Tu me permets d’éprouver une affection très inhabituelle dans mon âme profonde, montant vers une douceur étrange, qui, si elle était perfectionnée en moi, je ne sais pas ce qui ne ferait pas partie de la vie future. Mais à cause de mes fardeaux misérables, je retombe dans ces choses inférieures, emporté par mes habitudes antérieures, retenu, pleurant beaucoup, mais fortement retenu. Ainsi pèse lourdement sur nous le fardeau d’une mauvaise habitude. Ici, je peux rester, mais je ne le veux pas ; là-bas, je le voudrais, mais je ne peux pas ; dans les deux cas, c’est misérable.
O Vérité, où n’as-Tu pas marché avec moi, m’apprenant ce qu’il fallait craindre et ce qu’il fallait désirer, lorsque je Te rapportais ce que je pouvais découvrir ici-bas et que je Te consultais ? Avec mes sens extérieurs, autant que je le pouvais, j’examinais le monde et observais la vie que mon corps a de moi, ainsi que mes sens. De là, j’entrais dans les recoins de ma mémoire, ces chambres multiples et vastes, merveilleusement meublées d’innombrables trésors ; et je réfléchissais, stupéfait, ne pouvant discerner rien de tout cela sans Toi, et ne trouvant rien de tout cela qui fût Toi. Je n’étais pas non plus celui qui découvrait ces choses, qui les examinait toutes, qui s’efforçait de distinguer et d’évaluer chaque chose selon sa dignité, en se fiant à certains éléments rapportés par mes sens, en interrogeant sur d’autres que je sentais être liés à moi-même, en comptant et en distinguant ceux qui rapportaient ces informations, et en faisant tourner certaines choses dans le grand trésor de ma mémoire, en y stockant d’autres, en en extrayant d’autres. Je n’étais pas non plus moi-même lorsque je faisais cela, c’est-à-dire mon pouvoir par lequel je le faisais ; ce n’était pas non plus Toi, car Tu es la lumière permanente, à laquelle je me consultais au sujet de tout cela : s’ils existaient, ce qu’ils étaient, et comment ils devaient être évalués ; et j’entendais Ta voix me diriger et me commander ; et je fais souvent cela, cela me plaît, et autant que je peux être libéré de mes devoirs nécessaires, je recours à ce plaisir. Et dans tout cela, en Te consultant, je ne trouve aucun lieu sûr pour mon âme, sinon en Toi ; là où mes membres dispersés peuvent être rassemblés, et où rien de moi ne s’éloigne de Toi. Parfois, Tu me permets d’éprouver une affection très inhabituelle dans mon âme profonde, montant vers une douceur étrange, qui, si elle était perfectionnée en moi, je ne sais pas ce qui ne ferait pas partie de la vie future. Mais à cause de mes fardeaux misérables, je retombe dans ces choses inférieures, emporté par mes habitudes antérieures, retenu, pleurant beaucoup, mais fortement retenu. Ainsi pèse lourdement sur nous le fardeau d’une mauvaise habitude. Ici, je peux rester, mais je ne le veux pas ; là-bas, je le voudrais, mais je ne peux pas ; dans les deux cas, c’est misérable.
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Ainsi j’ai examiné les maladies de mes péchés dans cette triple concupiscence, et j’ai appelé Ta main droite à mon secours. Car, le cœur blessé, j’ai contemplé Ta splendeur, et en reculant j’ai dit : « Qui peut y parvenir ? Je suis rejeté hors du regard de Tes yeux. » Tu es la Vérité qui règnes sur tout, mais moi, à cause de ma cupidité, je ne voulais pas vraiment Te renoncer, mais posséder avec Toi un mensonge ; car nul homme ne parlerait ainsi en mentant, feignant d’ignorer la vérité. Ainsi je T’ai perdu, parce que Tu ne daignes pas être possédé par un mensonge. Qui pourrais-je trouver pour me réconcilier avec Toi ? Devais-je m’adresser aux anges ? Par quels prières ? Par quels sacrements ? Beaucoup, cherchant à retourner vers Toi mais incapables de le faire eux-mêmes, ont, d’après ce que j’entends, tenté cela, tombant dans le désir de visions étranges et se croyant dignes d’être trompés. Car, orgueilleux, ils Te cherchaient par l’orgueil de leur savoir, se gonflant plutôt que de frapper leur poitrine, et ainsi, par l’accord de leur cœur, attiraient à eux les princes des airs, complices de leur orgueil, par qui, par des influences magiques, ils étaient trompés, cherchant un médiateur qui pût les purifier, mais il n’y en avait point. C’était le diable, se transformant en Ange de lumière. Il séduisit grandement la chair orgueilleuse, parce qu’il n’avait pas de corps de chair. Car ils étaient mortels et pécheurs ; mais Toi, Seigneur, à qui ils cherchaient orgueilleusement à être réconciliés, Tu es immortel et sans péché. Mais un médiateur entre Dieu et l’homme doit avoir quelque chose de semblable à Dieu, quelque chose de semblable aux hommes ; sinon, étant semblable aux hommes dans les deux cas, il serait loin de Dieu ; ou, s’il est semblable à Dieu dans les deux cas, trop différent des hommes : et donc ne serait pas un médiateur. Ce médiateur trompeur, par qui, dans Tes jugements secrets, l’orgueil méritait d’être trompé, a une chose en commun avec l’homme, c’est le péché ; une autre semble-t-il qu’il ait en commun avec Dieu ; et ne portant pas la mortalité de la chair, il se vantait d’être immortel. Mais puisque la récompense du péché est la mort, il a cela en commun avec les hommes, qu’avec eux il sera condamné à mort. Mais le vrai Médiateur, que dans Ta miséricorde secrète Tu as montré aux humbles et que Tu as envoyé afin que, par Son exemple aussi, ils apprennent cette même humilité, ce Médiateur entre Dieu et l’homme, l’Homme Jésus-Christ, est apparu entre les pécheurs mortels et le Juste immortel ; mortel avec les hommes, juste avec Dieu : afin que, puisque la récompense de la justice est la vie et la paix, Il pût, par une justice unie à Dieu, annuler cette mort des pécheurs, maintenant rendus justes, qu’Il voulait partager avec eux. C’est pourquoi Il fut révélé aux hommes saints de jadis, afin qu’eux,
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Par la foi en Sa Passion à venir, de même que nous avons été sauvés par la foi en elle, nous pourrions l’être. Car en tant qu’Homme, Il était un Médiateur ; mais en tant que Verbe, non pas entre Dieu et l’homme, car égal à Dieu, et Dieu avec Dieu, et ensemble un seul Dieu.
Comme m’as-Tu aimé, bon Père, qui n’as pas épargné Ton Fils unique, mais L’as livré pour nous, impies ! Comme m’as-Tu aimé, pour qui Celui qui ne trouvait pas déshonneur à être égal à Toi s’est fait sujet jusqu’à la mort sur la croix, Lui seul, libre parmi les morts, ayant le pouvoir de donner sa vie et le pouvoir de la reprendre : pour nous, à Toi, à la fois Victorieux et Victime, et donc Victorieux parce que Victime ; pour nous, à Toi, Prêtre et Sacrifice, et donc Prêtre parce que Sacrifice ; faisant de nous, à Toi, des fils en naissant de Toi et en Te servant. Ma foi est donc forte en Lui, car je crois que Tu guériras toutes mes faiblesses, par Celui qui est assis à Ta droite et intercède pour nous ; sinon, je désespérerais. Car mes faiblesses sont nombreuses et grandes ; mais Ton remède est plus puissant. Nous pourrions imaginer que Ton Verbe était loin de toute union avec l’homme, et désespérer de nous-mêmes, si Lui n’avait pas pris chair et habité parmi nous.
Effrayé par mes péchés et le poids de ma misère, j’avais résolu de fuir dans le désert ; mais Tu m’en as empêché et m’as fortifié, disant : C’est pourquoi Christ est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui est mort pour eux. Vois, Seigneur, je confie mes soucis à Toi, afin de vivre et de contempler des choses merveilleuses dans Ta loi. Tu connais mon inexpérience et mes faiblesses ; enseigne-moi et guéris-moi. Lui, Ton Fils unique, en Qui sont cachés tous les trésors de sagesse et de connaissance, m’a racheté par son sang.
Que les orgueilleux ne parlent pas mal de moi, parce que je médite sur mon rachat, que je mange, que je bois, et que je le partage ; et que les pauvres désirent être rassasiés par Lui, parmi ceux qui mangent et sont rassasiés, et ils loueront le Seigneur qui Le cherche.
Comme m’as-Tu aimé, bon Père, qui n’as pas épargné Ton Fils unique, mais L’as livré pour nous, impies ! Comme m’as-Tu aimé, pour qui Celui qui ne trouvait pas déshonneur à être égal à Toi s’est fait sujet jusqu’à la mort sur la croix, Lui seul, libre parmi les morts, ayant le pouvoir de donner sa vie et le pouvoir de la reprendre : pour nous, à Toi, à la fois Victorieux et Victime, et donc Victorieux parce que Victime ; pour nous, à Toi, Prêtre et Sacrifice, et donc Prêtre parce que Sacrifice ; faisant de nous, à Toi, des fils en naissant de Toi et en Te servant. Ma foi est donc forte en Lui, car je crois que Tu guériras toutes mes faiblesses, par Celui qui est assis à Ta droite et intercède pour nous ; sinon, je désespérerais. Car mes faiblesses sont nombreuses et grandes ; mais Ton remède est plus puissant. Nous pourrions imaginer que Ton Verbe était loin de toute union avec l’homme, et désespérer de nous-mêmes, si Lui n’avait pas pris chair et habité parmi nous.
Effrayé par mes péchés et le poids de ma misère, j’avais résolu de fuir dans le désert ; mais Tu m’en as empêché et m’as fortifié, disant : C’est pourquoi Christ est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui est mort pour eux. Vois, Seigneur, je confie mes soucis à Toi, afin de vivre et de contempler des choses merveilleuses dans Ta loi. Tu connais mon inexpérience et mes faiblesses ; enseigne-moi et guéris-moi. Lui, Ton Fils unique, en Qui sont cachés tous les trésors de sagesse et de connaissance, m’a racheté par son sang.
Que les orgueilleux ne parlent pas mal de moi, parce que je médite sur mon rachat, que je mange, que je bois, et que je le partage ; et que les pauvres désirent être rassasiés par Lui, parmi ceux qui mangent et sont rassasiés, et ils loueront le Seigneur qui Le cherche.
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LIVRE XI
Seigneur, puisque l’éternité T’appartient, es-Tu ignorant de ce que je Te dis ? Ou bien vois-Tu dans le temps ce qui s’y passe ? Pourquoi donc présente-je devant Toi tant de récits ? Non certes pour que Tu les apprennes par moi, mais afin d’éveiller en moi-même et chez mes lecteurs une dévotion envers Toi, afin que nous puissions tous dire : Grand est le Seigneur, et il mérite d’être grandement loué. Je l’ai déjà dit ; et je le dirai encore : c’est par amour pour Ton amour que je fais cela. Car nous prions aussi, et pourtant la Vérité a dit : Votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant même que vous ne le demandiez. Ce sont donc nos affections que nous exposons à Toi, confessant nos propres misères et Tes miséricordes envers nous, afin que Tu puisses nous libérer entièrement, puisque Tu as commencé, afin que nous cessions d’être misérables en nous-mêmes et soyons bénis en Toi ; car Tu nous as appelés à devenir pauvres en esprit, doux, pleureurs, assoiffés et affamés de justice, miséricordieux, purs de cœur et faiseurs de paix. Vois, je T’ai dit beaucoup de choses, autant que je le pouvais et que je le voulais, parce que Tu as d’abord voulu que je Te confesse, ô mon Seigneur Dieu. Car Tu es bon, car Ta miséricorde dure éternellement. Mais comment pourrai-je suffire avec la langue de ma plume pour exprimer toutes Tes exhortations, tous Tes avertissements, Tes consolations et Tes guides, par lesquels Tu m’as amené à prêcher Ta Parole et à administrer Ton Sacrement à Ton peuple ? Et même si je parviens à les exprimer dans l’ordre, les instants du temps sont précieux pour moi ; depuis longtemps je brûle de méditer sur Ta loi, et de y confesser à Toi mes compétences et mes insuffisances, l’aube de Ta lumière et les restes de mes ténèbres, jusqu’à ce que la faiblesse soit engloutie par la force. Et je ne voudrais pas que quoi que ce soit, en dehors de cela, vole ces heures que je trouve libres des nécessités de rafraîchir mon corps et les facultés de mon esprit, ainsi que du service que nous devons aux hommes, ou que, bien que nous ne le devions pas, nous payons néanmoins. Ô Seigneur mon Dieu, écoute ma prière, et que Ta miséricorde entende mon désir : car il n’est pas seulement motivé par moi-même, mais veut servir la charité fraternelle ; et Tu vois mon cœur, car c’est bien ainsi. Je voudrais offrir en sacrifice…
Seigneur, puisque l’éternité T’appartient, es-Tu ignorant de ce que je Te dis ? Ou bien vois-Tu dans le temps ce qui s’y passe ? Pourquoi donc présente-je devant Toi tant de récits ? Non certes pour que Tu les apprennes par moi, mais afin d’éveiller en moi-même et chez mes lecteurs une dévotion envers Toi, afin que nous puissions tous dire : Grand est le Seigneur, et il mérite d’être grandement loué. Je l’ai déjà dit ; et je le dirai encore : c’est par amour pour Ton amour que je fais cela. Car nous prions aussi, et pourtant la Vérité a dit : Votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant même que vous ne le demandiez. Ce sont donc nos affections que nous exposons à Toi, confessant nos propres misères et Tes miséricordes envers nous, afin que Tu puisses nous libérer entièrement, puisque Tu as commencé, afin que nous cessions d’être misérables en nous-mêmes et soyons bénis en Toi ; car Tu nous as appelés à devenir pauvres en esprit, doux, pleureurs, assoiffés et affamés de justice, miséricordieux, purs de cœur et faiseurs de paix. Vois, je T’ai dit beaucoup de choses, autant que je le pouvais et que je le voulais, parce que Tu as d’abord voulu que je Te confesse, ô mon Seigneur Dieu. Car Tu es bon, car Ta miséricorde dure éternellement. Mais comment pourrai-je suffire avec la langue de ma plume pour exprimer toutes Tes exhortations, tous Tes avertissements, Tes consolations et Tes guides, par lesquels Tu m’as amené à prêcher Ta Parole et à administrer Ton Sacrement à Ton peuple ? Et même si je parviens à les exprimer dans l’ordre, les instants du temps sont précieux pour moi ; depuis longtemps je brûle de méditer sur Ta loi, et de y confesser à Toi mes compétences et mes insuffisances, l’aube de Ta lumière et les restes de mes ténèbres, jusqu’à ce que la faiblesse soit engloutie par la force. Et je ne voudrais pas que quoi que ce soit, en dehors de cela, vole ces heures que je trouve libres des nécessités de rafraîchir mon corps et les facultés de mon esprit, ainsi que du service que nous devons aux hommes, ou que, bien que nous ne le devions pas, nous payons néanmoins. Ô Seigneur mon Dieu, écoute ma prière, et que Ta miséricorde entende mon désir : car il n’est pas seulement motivé par moi-même, mais veut servir la charité fraternelle ; et Tu vois mon cœur, car c’est bien ainsi. Je voudrais offrir en sacrifice…
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Accorde-moi le service de ma pensée et de ma langue ; donne-moi ce que je puis t’offrir. Car je suis pauvre et dans le besoin, tandis que Tu es riche envers tous ceux qui T’invoquent ; Toi, inaccessible aux soucis, Tu te soucies de nous. Circoncis de toute imprudence et de tout mensonge, tant mes lèvres intérieures que celles extérieures : que Tes Écritures soient ma joie pure ; que je ne sois pas trompé par elles, ni ne trompe à leur sujet. Seigneur, écoute et aie pitié, ô Seigneur mon Dieu, Lumière des aveugles et Force des faibles ; oui, aussi Lumière de ceux qui voient et Force des forts ; écoute mon âme, et entends-la crier depuis les profondeurs. Car si Tes oreilles ne sont pas avec nous même dans les profondeurs, où irons-nous ? Où crier ? Le jour est à Toi, et la nuit est à Toi ; à Ton commandement, les instants s’envolent. Accorde-nous un temps pour méditer sur les choses cachées de Ta loi, et ne ferme pas cela contre nous qui frappons. Car ce n’est pas en vain que Tu as fait écrire les sombres secrets de tant de pages ; ces forêts n’ont pas non plus leurs cerfs qui s’y retirent, errent, marchent, se nourrissent, se couchent et ruminent. Perfectionne-moi, ô Seigneur, et révèle-les-moi. Vois, Ta voix est ma joie ; Ta voix dépasse l’abondance des plaisirs. Donne-moi ce que j’aime : car j’aime ; et c’est cela que Tu m’as donné : ne renonce pas à Tes dons, ni méprise cette herbe verte qui a soif. Laisse-moi te confesser tout ce que je trouverai dans Tes livres, entendre la voix de louange, boire en Toi, et méditer sur les choses merveilleuses de Ta loi ; depuis le commencement, où Tu as fait le ciel et la terre, jusqu’au règne éternel de Ta ville sainte avec Toi.
Seigneur, aie pitié de moi et écoute mon désir. Car il ne vient, je pense, ni de la terre, ni de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, ni de vêtements somptueux, ni d’honneurs ou de fonctions, ni des plaisirs de la chair, ni des nécessités pour le corps et pour cette vie de notre pèlerinage : tout cela sera ajouté à ceux qui cherchent Ton royaume et Ta justice. Vois, ô Seigneur mon Dieu, en quoi consiste mon désir. Les méchants m’ont parlé de plaisirs, mais pas de tels que Ta loi, ô Seigneur. Vois, en quoi consiste mon désir. Vois, Père, vois et approuve ; et qu’il plaise à Ta miséricorde que je trouve grâce devant Toi, afin que les parties intimes de Tes paroles s’ouvrent à moi qui frappe. Je supplie par notre Seigneur Jésus-Christ, Ton Fils, l’Homme de Ta droite, le Fils de l’homme, que Tu as établi pour Toi-même comme Médiateur à la fois pour Toi et pour nous, par Qui Tu nous as cherchés, non pas Te cherchant, mais nous cherchant, afin que nous puissions Te chercher — Ta Parole, par Qui Tu as fait toutes choses, et parmi elles, moi aussi ; — Ton Fils unique, par Qui Tu as appelés à l’adoption le peuple croyant, et moi aussi parmi eux.
Seigneur, aie pitié de moi et écoute mon désir. Car il ne vient, je pense, ni de la terre, ni de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, ni de vêtements somptueux, ni d’honneurs ou de fonctions, ni des plaisirs de la chair, ni des nécessités pour le corps et pour cette vie de notre pèlerinage : tout cela sera ajouté à ceux qui cherchent Ton royaume et Ta justice. Vois, ô Seigneur mon Dieu, en quoi consiste mon désir. Les méchants m’ont parlé de plaisirs, mais pas de tels que Ta loi, ô Seigneur. Vois, en quoi consiste mon désir. Vois, Père, vois et approuve ; et qu’il plaise à Ta miséricorde que je trouve grâce devant Toi, afin que les parties intimes de Tes paroles s’ouvrent à moi qui frappe. Je supplie par notre Seigneur Jésus-Christ, Ton Fils, l’Homme de Ta droite, le Fils de l’homme, que Tu as établi pour Toi-même comme Médiateur à la fois pour Toi et pour nous, par Qui Tu nous as cherchés, non pas Te cherchant, mais nous cherchant, afin que nous puissions Te chercher — Ta Parole, par Qui Tu as fait toutes choses, et parmi elles, moi aussi ; — Ton Fils unique, par Qui Tu as appelés à l’adoption le peuple croyant, et moi aussi parmi eux.
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— Je T’en supplie par Celui qui est assis à Ta droite et qui intercède pour nous auprès de Toi, en Qui sont cachés tous les trésors de sagesse et de connaissance. C’est cela que je cherche dans Tes livres. De Lui, Moïse a écrit ; c’est Lui-même qui le dit ; c’est la Vérité qui le dit.
Je voudrais entendre et comprendre comment « Au commencement, Tu as fait le ciel et la terre ». Moïse a écrit cela, a écrit puis est parti, s’est éloigné de Toi vers Toi ; il n’est plus maintenant devant moi. Car s’il était là, je le retiendrais, je lui demanderais, et je le supplierais par Toi d’ouvrir ces choses à moi, et je tendrais les oreilles de mon corps vers les sons qui sortiraient de sa bouche.
Et s’il parlait hébreu, cela frapperait en vain mes sens, et rien n’atteindrait mon esprit ; mais s’il parlait latin, je comprendrais ce qu’il disait. Mais d’où saurais-je s’il disait la vérité ? Oui, et même si je savais cela, le saurais-je de lui ? En vérité, en moi, au fond de la chambre de mes pensées, la Vérité, ni en hébreu, ni en grec, ni en latin, ni en langue barbare, sans organes de voix ou de langue, ni son de syllabes, dirait : « C’est la vérité », et j’affirmerais aussitôt avec confiance à cet homme qui vient de Toi : « Tu dis la vérité ». Puisque donc je ne peux pas l’interroger, c’est Toi que je supplie, ô Vérité, en Qui Il a parlé la vérité, c’est Toi, mon Dieu, que je supplie, pardonne mes péchés ; et Toi, qui as donné Ton serviteur pour dire ces choses, donne-moi aussi la capacité de les comprendre.
Vois, le ciel et la terre existent ; ils proclament qu’ils ont été créés, car ils changent et varient. Quant à tout ce qui n’a pas été fait, mais qui existe néanmoins, il n’y a en lui rien qui n’existait pas avant lui ; et cela, c’est de changer et de varier. Ils proclament aussi qu’ils ne se sont pas créés eux-mêmes : « C’est pourquoi nous existons, parce que nous avons été faits ; nous n’existions pas avant d’être faits, afin de nous créer nous-mêmes ». Or, la preuve de cela, c’est la voix de ceux qui parlent. Toi donc, Seigneur, Tu les as faits ; Tu es beau, car ils sont beaux ; Tu es bon, car ils sont bons ; Tu existes, car ils existent ; pourtant ils ne sont ni beaux ni bons, et ils ne sont pas, comme Tu es leur Créateur ; comparés à Toi, ils ne sont ni beaux, ni bons, ni existants. Nous le savons, grâce à Toi. Et notre connaissance, comparée à Ta connaissance, est ignorance.
Mais comment as-Tu fait le ciel et la terre ? Et quel est le moteur de cette création si puissante ? Car ce n’était pas comme un artisan humain, formant un corps à partir d’un autre, selon le jugement de son esprit, qui peut d’une certaine manière donner une telle forme, telle qu’il la voit en lui-même par son œil intérieur.
Je voudrais entendre et comprendre comment « Au commencement, Tu as fait le ciel et la terre ». Moïse a écrit cela, a écrit puis est parti, s’est éloigné de Toi vers Toi ; il n’est plus maintenant devant moi. Car s’il était là, je le retiendrais, je lui demanderais, et je le supplierais par Toi d’ouvrir ces choses à moi, et je tendrais les oreilles de mon corps vers les sons qui sortiraient de sa bouche.
Et s’il parlait hébreu, cela frapperait en vain mes sens, et rien n’atteindrait mon esprit ; mais s’il parlait latin, je comprendrais ce qu’il disait. Mais d’où saurais-je s’il disait la vérité ? Oui, et même si je savais cela, le saurais-je de lui ? En vérité, en moi, au fond de la chambre de mes pensées, la Vérité, ni en hébreu, ni en grec, ni en latin, ni en langue barbare, sans organes de voix ou de langue, ni son de syllabes, dirait : « C’est la vérité », et j’affirmerais aussitôt avec confiance à cet homme qui vient de Toi : « Tu dis la vérité ». Puisque donc je ne peux pas l’interroger, c’est Toi que je supplie, ô Vérité, en Qui Il a parlé la vérité, c’est Toi, mon Dieu, que je supplie, pardonne mes péchés ; et Toi, qui as donné Ton serviteur pour dire ces choses, donne-moi aussi la capacité de les comprendre.
Vois, le ciel et la terre existent ; ils proclament qu’ils ont été créés, car ils changent et varient. Quant à tout ce qui n’a pas été fait, mais qui existe néanmoins, il n’y a en lui rien qui n’existait pas avant lui ; et cela, c’est de changer et de varier. Ils proclament aussi qu’ils ne se sont pas créés eux-mêmes : « C’est pourquoi nous existons, parce que nous avons été faits ; nous n’existions pas avant d’être faits, afin de nous créer nous-mêmes ». Or, la preuve de cela, c’est la voix de ceux qui parlent. Toi donc, Seigneur, Tu les as faits ; Tu es beau, car ils sont beaux ; Tu es bon, car ils sont bons ; Tu existes, car ils existent ; pourtant ils ne sont ni beaux ni bons, et ils ne sont pas, comme Tu es leur Créateur ; comparés à Toi, ils ne sont ni beaux, ni bons, ni existants. Nous le savons, grâce à Toi. Et notre connaissance, comparée à Ta connaissance, est ignorance.
Mais comment as-Tu fait le ciel et la terre ? Et quel est le moteur de cette création si puissante ? Car ce n’était pas comme un artisan humain, formant un corps à partir d’un autre, selon le jugement de son esprit, qui peut d’une certaine manière donner une telle forme, telle qu’il la voit en lui-même par son œil intérieur.
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Et d’où pourrait-il faire cela, s’il n’était que Tu n’avais pas créé l’esprit ? Il donne une forme à ce qui existe déjà et a une existence, comme l’argile, la pierre, le bois, l’or ou des choses semblables. Et d’où existeraient-elles, si Tu ne les avais pas déterminées ? Tu as fait du artisan son corps, Toi l’esprit qui commande les membres, Toi la matière dont il fait toute chose ; Toi la compréhension par laquelle il saisit son art et voit à l’intérieur ce qu’il fait à l’extérieur ; Toi le sens de son corps, par lequel, tel un interprète, il peut, de l’esprit à la matière, transmettre ce qu’il fait et rapporter à son esprit ce qui a été fait, afin que celui-ci puisse consulter en lui-même la vérité qui le gouverne, pour savoir si c’est bien fait ou non. Tous ceux-là Te louent, Créateur de tout. Mais comment les crées-Tu ? Comment, ô Dieu, as-Tu créé le ciel et la terre ? En vérité, ni dans le ciel, ni sur la terre, Tu n’as créé le ciel et la terre ; ni dans l’air, ni dans les eaux, car celles-ci appartiennent aussi au ciel et à la terre ; ni dans le monde entier n’as-Tu créé le monde entier, car il n’y avait pas de lieu où le créer avant qu’il ne fût créé, afin qu’il pût exister. Tu n’avais non plus rien dans Ta main avec quoi créer le ciel et la terre. Car d’où aurais-Tu eu cela, que Tu n’avais pas créé, pour en faire quelque chose ? Car tout existe seulement parce que Tu existes. C’est pourquoi Tu as parlé, et ils furent créés, et par Ta Parole Tu les as faits.
Mais comment as-Tu parlé ? De la manière dont la voix est sortie des nuages, disant : « Voici mon Fils bien-aimé » ? Car cette voix est passée et s’est évanouie, elle a commencé et s’est terminée ; les syllabes ont retenti puis ont disparu, la seconde après la première, la troisième après la deuxième, et ainsi de suite dans l’ordre, jusqu’à la dernière après les autres, et le silence après la dernière. Il est donc clair et évident que c’était le mouvement d’une créature, elle-même temporelle, qui l’a exprimée, servant Ta volonté éternelle. Et ces paroles Tes, créées pour un temps, l’oreille extérieure les a rapportées à l’âme intelligente, dont l’oreille intérieure écoutait Ta Parole Éternelle. Mais elle a comparé ces paroles qui résonnent dans le temps à Ta Parole Éternelle dans le silence, et a dit : « C’est différent, très différent. Ces paroles sont bien en deçà de moi, et elles ne le sont que parce qu’elles fuient et disparaissent ; mais la Parole de mon Seigneur demeure au-dessus de moi pour toujours. » Si donc, par des paroles qui résonnent et disparaissent, Tu as dit que le ciel et la terre devaient être créés, et que Tu as ainsi créé le ciel et la terre, il y avait une créature corporelle avant le ciel et la terre, grâce aux mouvements de laquelle cette voix pouvait suivre son cours dans le temps. Mais il n’y avait rien de corporel avant le ciel et la terre ; ou s’il y en avait eu, certainement Tu aurais, sans une telle voix éphémère, créé ce dont…
Mais comment as-Tu parlé ? De la manière dont la voix est sortie des nuages, disant : « Voici mon Fils bien-aimé » ? Car cette voix est passée et s’est évanouie, elle a commencé et s’est terminée ; les syllabes ont retenti puis ont disparu, la seconde après la première, la troisième après la deuxième, et ainsi de suite dans l’ordre, jusqu’à la dernière après les autres, et le silence après la dernière. Il est donc clair et évident que c’était le mouvement d’une créature, elle-même temporelle, qui l’a exprimée, servant Ta volonté éternelle. Et ces paroles Tes, créées pour un temps, l’oreille extérieure les a rapportées à l’âme intelligente, dont l’oreille intérieure écoutait Ta Parole Éternelle. Mais elle a comparé ces paroles qui résonnent dans le temps à Ta Parole Éternelle dans le silence, et a dit : « C’est différent, très différent. Ces paroles sont bien en deçà de moi, et elles ne le sont que parce qu’elles fuient et disparaissent ; mais la Parole de mon Seigneur demeure au-dessus de moi pour toujours. » Si donc, par des paroles qui résonnent et disparaissent, Tu as dit que le ciel et la terre devaient être créés, et que Tu as ainsi créé le ciel et la terre, il y avait une créature corporelle avant le ciel et la terre, grâce aux mouvements de laquelle cette voix pouvait suivre son cours dans le temps. Mais il n’y avait rien de corporel avant le ciel et la terre ; ou s’il y en avait eu, certainement Tu aurais, sans une telle voix éphémère, créé ce dont…
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Fais que ce soit une voix éphémère, par laquelle on puisse dire : Que le ciel et la terre soient faits. Car tout ce dont une telle voix serait issue, à moins qu’elle ne le soit par Toi, ne pourrait exister du tout. Par quelle Parole as-Tu donc parlé, afin qu’un corps puisse être créé, et par lequel ces mots pourraient à leur tour être créés ?
Tu nous appelles donc à comprendre la Parole, Dieu, avec Toi Dieu, qui est prononcée éternellement, et par Elle toutes choses sont prononcées éternellement. Car ce qui fut prononcé ne l’a pas été successivement, une chose terminée pour que l’autre puisse être dite, mais tout ensemble et éternellement. Sinon, nous aurions le temps et le changement ; et non une véritable éternité ni une véritable immortalité. Cela, je le sais, ô mon Dieu, et je rends grâces. Je le sais, je te l’avoue, ô Seigneur, et avec moi celui qui n’est pas ingrat reconnaît et bénit Ta vérité. Nous savons, Seigneur, nous savons ; car puisque rien n’est ce qui n’était pas, et ce qui est n’est pas ce qui n’était pas, il meurt et renaît en cela. Rien donc de Ta Parole ne cède sa place ni n’est remplacé, car Elle est véritablement immortelle et éternelle. Et c’est pourquoi à la Parole coéternelle avec Toi Tu dis aussitôt et éternellement tout ce que Tu dis ; et tout ce que Tu dis est fait ; Tu ne fais rien autrement que par la parole ; et pourtant toutes les choses que Tu fais par la parole ne sont pas faites en même temps, ni éternelles.
Pourquoi, je T’en prie, ô Seigneur mon Dieu ? Je le vois d’une certaine manière ; mais comment l’exprimer, je ne le sais, sinon que tout ce qui commence à être et cesse d’être commence et cesse alors que, dans Ta raison éternelle, il est connu qu’il doit commencer ou cesser ; dans cette raison, rien ne commence ni ne cesse. C’est Ta Parole, qui est aussi « le commencement », car Elle nous parle aussi. Ainsi, dans l’Évangile, Il parle à travers la chair ; et cela résonna extérieurement aux oreilles des hommes, afin qu’on y croie et qu’on le cherche intérieurement, pour le trouver dans la vérité éternelle ; là où le bon et unique Maître enseigne tous Ses disciples. Là, Seigneur, j’entends Ta voix qui me parle ; car Il nous parle, Celui qui nous enseigne ; mais Celui qui ne nous enseigne pas, bien qu’Il parle, ne nous parle pas. Qui maintenant nous enseigne, si ce n’est la Vérité immuable ? Car même lorsque nous sommes avertis par une créature changeante, nous sommes seulement conduits vers la Vérité immuable ; là nous apprenons vraiment, tandis que nous restons debout et l’écoutons, et nous nous réjouissons grandement à cause de la voix du Mari, qui nous ramène à Lui, d’où nous venons. Et c’est pourquoi le commencement, car sans Lui, lorsque nous nous égarons, il n’y aurait pas de lieu où retourner. Mais lorsque nous revenons de l’erreur,
Tu nous appelles donc à comprendre la Parole, Dieu, avec Toi Dieu, qui est prononcée éternellement, et par Elle toutes choses sont prononcées éternellement. Car ce qui fut prononcé ne l’a pas été successivement, une chose terminée pour que l’autre puisse être dite, mais tout ensemble et éternellement. Sinon, nous aurions le temps et le changement ; et non une véritable éternité ni une véritable immortalité. Cela, je le sais, ô mon Dieu, et je rends grâces. Je le sais, je te l’avoue, ô Seigneur, et avec moi celui qui n’est pas ingrat reconnaît et bénit Ta vérité. Nous savons, Seigneur, nous savons ; car puisque rien n’est ce qui n’était pas, et ce qui est n’est pas ce qui n’était pas, il meurt et renaît en cela. Rien donc de Ta Parole ne cède sa place ni n’est remplacé, car Elle est véritablement immortelle et éternelle. Et c’est pourquoi à la Parole coéternelle avec Toi Tu dis aussitôt et éternellement tout ce que Tu dis ; et tout ce que Tu dis est fait ; Tu ne fais rien autrement que par la parole ; et pourtant toutes les choses que Tu fais par la parole ne sont pas faites en même temps, ni éternelles.
Pourquoi, je T’en prie, ô Seigneur mon Dieu ? Je le vois d’une certaine manière ; mais comment l’exprimer, je ne le sais, sinon que tout ce qui commence à être et cesse d’être commence et cesse alors que, dans Ta raison éternelle, il est connu qu’il doit commencer ou cesser ; dans cette raison, rien ne commence ni ne cesse. C’est Ta Parole, qui est aussi « le commencement », car Elle nous parle aussi. Ainsi, dans l’Évangile, Il parle à travers la chair ; et cela résonna extérieurement aux oreilles des hommes, afin qu’on y croie et qu’on le cherche intérieurement, pour le trouver dans la vérité éternelle ; là où le bon et unique Maître enseigne tous Ses disciples. Là, Seigneur, j’entends Ta voix qui me parle ; car Il nous parle, Celui qui nous enseigne ; mais Celui qui ne nous enseigne pas, bien qu’Il parle, ne nous parle pas. Qui maintenant nous enseigne, si ce n’est la Vérité immuable ? Car même lorsque nous sommes avertis par une créature changeante, nous sommes seulement conduits vers la Vérité immuable ; là nous apprenons vraiment, tandis que nous restons debout et l’écoutons, et nous nous réjouissons grandement à cause de la voix du Mari, qui nous ramène à Lui, d’où nous venons. Et c’est pourquoi le commencement, car sans Lui, lorsque nous nous égarons, il n’y aurait pas de lieu où retourner. Mais lorsque nous revenons de l’erreur,
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C’est par la connaissance ; et afin que nous puissions connaître, Il nous enseigne, car Il est le Début, et Il nous parle. En ce Début, ô Dieu, Tu as créé le ciel et la terre, par Ta Parole, par Ton Fils, par Ta Puissance, par Ta Sagesse, par Ta Vérité ; parlant de manière merveilleuse, et créant de manière merveilleuse. Qui pourra comprendre ? Qui le déclarera ? Qu’est-ce qui brille à travers moi, et frappe mon cœur sans le blesser ; et je frissonne et suis enflammé ? Je frissonne, puisque je ne lui ressemble pas ; je suis enflammé, puisque je lui ressemble. C’est la Sagesse, la Sagesse même qui brille à travers moi ; elle dissipe ma brume qui m’enveloppe encore, me faisant pâlir à cause des ténèbres qui se rassemblent sur moi comme punition. Car ma force s’affaiblit dans le besoin, si bien que je ne peux soutenir mes bénédictions, jusqu’à ce que Toi, Seigneur, qui as été clément envers toutes mes iniquités, guéris toutes mes faiblesses. Car Tu rachèteras aussi ma vie de la corruption, et tu me couronneras de bonté et de miséricorde tendre, et tu satisferas mon désir de biens, car ma jeunesse sera renouvelée comme celle d’un aigle. Car c’est par l’espérance que nous sommes sauvés, c’est pourquoi, par patience, nous attendons Tes promesses. Que celui qui en est capable entende Ta voix intérieure émanant de Ton oracle : J’appellerai hardiment : Comme sont merveilleuses Tes œuvres, ô Seigneur, par la Sagesse Tu les as toutes créées ; et cette Sagesse est le Début, et c’est en ce Début que Tu as créé le ciel et la terre.
Vois, ne sont-ils pas pleins de leur ancienne levure, ceux qui nous disent : « Que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre ? Car s’Il était oisif et ne créait rien, pourquoi ne le ferait-Il pas désormais, et pour toujours, comme Il l’a fait auparavant ? Si une nouvelle volonté est née en Dieu, une volonté de créer une créature qu’Il n’avait jamais créée auparavant, comment cela pourrait-il être une véritable éternité, là où naît une volonté qui n’existait pas ? Car la volonté de Dieu n’est pas une créature, mais elle précède la créature ; car rien ne pouvait être créé sans que la volonté du Créateur ne précède. La volonté de Dieu appartient donc à Sa substance même. Et si quelque chose est apparu dans la substance de Dieu, ce qui n’y était pas auparavant, cette substance ne peut être véritablement appelée éternelle. Mais si la volonté de Dieu a existé depuis l’éternité pour que la créature existe, pourquoi la créature n’a-t-elle pas existé depuis l’éternité ? »
Ceux qui parlent ainsi ne Te comprennent pas encore, ô Sagesse de Dieu, Lumière des âmes ; ils ne comprennent pas encore comment les choses sont créées, celles qui, par Toi et en Toi, sont créées : pourtant ils s’efforcent de comprendre les choses éternelles, tandis que leur cœur vacille entre les mouvements des choses passées et à venir, et reste immobile.
Vois, ne sont-ils pas pleins de leur ancienne levure, ceux qui nous disent : « Que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre ? Car s’Il était oisif et ne créait rien, pourquoi ne le ferait-Il pas désormais, et pour toujours, comme Il l’a fait auparavant ? Si une nouvelle volonté est née en Dieu, une volonté de créer une créature qu’Il n’avait jamais créée auparavant, comment cela pourrait-il être une véritable éternité, là où naît une volonté qui n’existait pas ? Car la volonté de Dieu n’est pas une créature, mais elle précède la créature ; car rien ne pouvait être créé sans que la volonté du Créateur ne précède. La volonté de Dieu appartient donc à Sa substance même. Et si quelque chose est apparu dans la substance de Dieu, ce qui n’y était pas auparavant, cette substance ne peut être véritablement appelée éternelle. Mais si la volonté de Dieu a existé depuis l’éternité pour que la créature existe, pourquoi la créature n’a-t-elle pas existé depuis l’éternité ? »
Ceux qui parlent ainsi ne Te comprennent pas encore, ô Sagesse de Dieu, Lumière des âmes ; ils ne comprennent pas encore comment les choses sont créées, celles qui, par Toi et en Toi, sont créées : pourtant ils s’efforcent de comprendre les choses éternelles, tandis que leur cœur vacille entre les mouvements des choses passées et à venir, et reste immobile.
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instable. Qui le retiendra et le fixera, afin qu’il reste stable un instant, et qu’en cet instant il puisse saisir la gloire de cette Éternité éternellement fixe, et la comparer aux temps qui ne sont jamais fixes, pour voir qu’on ne peut les comparer ; et que le long temps ne peut devenir long, mais seulement par de nombreux mouvements qui se succèdent, et qui ne peuvent être prolongés entièrement ; tandis que dans l’Éternel rien ne passe, mais le tout est présent ; alors que aucun temps n’est présent en même temps : et que tout le temps passé est poussé par le temps à venir, et tout ce qui vient suit le passé ;
et tout le passé et l’à-venir est créé, et provient de ce qui est toujours présent ? Qui retiendra le cœur de l’homme, afin qu’il reste immobile, et voie comment l’éternité, demeurant toujours immobile, ni passée ni future, produit les temps passés et à venir ? Ma main peut-elle faire cela, ou la main de ma bouche par la parole pouvoir réaliser une chose si grande ?
Voici, je réponds à celui qui demande : « Que faisait Dieu avant d’avoir créé le ciel et la terre ? » Je ne réponds pas comme on dit avoir fait joyeusement (en esquivant la pression de la question) : « Il préparait l’enfer (dit-on) pour ceux qui s’adonnent aux mystères. » C’est une chose de répondre aux questions, une autre de se moquer de ceux qui les posent. C’est pourquoi je ne réponds pas ; car j’aurais plutôt répondu : « Je ne sais pas », à ce que je ne sais pas, plutôt que de provoquer le rire de celui qui pose des questions profondes et d’obtenir des éloges pour celui qui répond des choses fausses. Mais je dis que Toi, notre Dieu, es le Créateur de toute créature : et si par le nom « ciel et terre » on entend toute créature, j’affirme hardiment que, avant que Dieu ait créé le ciel et la terre, Il n’a créé rien. Car s’Il a créé, qu’a-t-Il créé sinon une créature ? Et si je savais tout ce que je désire savoir pour mon profit, comme je sais qu’aucune créature n’a été créée avant qu’il y ait eu une créature.
Mais si quelque esprit vagabond erre sur les images des temps révolus, et s’étonne que Toi, Dieu Tout-Puissant, Créateur de tout et Soutien de tout, Créateur du ciel et de la terre, aies retardé pendant d’innombrables âges une œuvre si grande avant de la créer, qu’il se réveille et réfléchisse, car il s’étonne de vaines idées. Car d’où pourraient provenir d’innombrables âges qui n’ont pas été créés par Toi, Toi, Auteur et Créateur de tous les âges ? Ou quels temps pourraient-il y avoir qui n’aient pas été créés par Toi ? Ou comment pourraient-ils passer s’ils n’avaient jamais existé ? Puisque donc Tu es le Créateur de tous les temps, s’il y avait eu un temps avant que Tu aies créé le ciel et la terre, pourquoi disent-ils que Tu as renoncé à agir ? Car c’est justement ce temps que Tu as créé, et les temps ne pouvaient pas passer avant que Tu aies créé ces temps. Mais si avant le ciel
et tout le passé et l’à-venir est créé, et provient de ce qui est toujours présent ? Qui retiendra le cœur de l’homme, afin qu’il reste immobile, et voie comment l’éternité, demeurant toujours immobile, ni passée ni future, produit les temps passés et à venir ? Ma main peut-elle faire cela, ou la main de ma bouche par la parole pouvoir réaliser une chose si grande ?
Voici, je réponds à celui qui demande : « Que faisait Dieu avant d’avoir créé le ciel et la terre ? » Je ne réponds pas comme on dit avoir fait joyeusement (en esquivant la pression de la question) : « Il préparait l’enfer (dit-on) pour ceux qui s’adonnent aux mystères. » C’est une chose de répondre aux questions, une autre de se moquer de ceux qui les posent. C’est pourquoi je ne réponds pas ; car j’aurais plutôt répondu : « Je ne sais pas », à ce que je ne sais pas, plutôt que de provoquer le rire de celui qui pose des questions profondes et d’obtenir des éloges pour celui qui répond des choses fausses. Mais je dis que Toi, notre Dieu, es le Créateur de toute créature : et si par le nom « ciel et terre » on entend toute créature, j’affirme hardiment que, avant que Dieu ait créé le ciel et la terre, Il n’a créé rien. Car s’Il a créé, qu’a-t-Il créé sinon une créature ? Et si je savais tout ce que je désire savoir pour mon profit, comme je sais qu’aucune créature n’a été créée avant qu’il y ait eu une créature.
Mais si quelque esprit vagabond erre sur les images des temps révolus, et s’étonne que Toi, Dieu Tout-Puissant, Créateur de tout et Soutien de tout, Créateur du ciel et de la terre, aies retardé pendant d’innombrables âges une œuvre si grande avant de la créer, qu’il se réveille et réfléchisse, car il s’étonne de vaines idées. Car d’où pourraient provenir d’innombrables âges qui n’ont pas été créés par Toi, Toi, Auteur et Créateur de tous les âges ? Ou quels temps pourraient-il y avoir qui n’aient pas été créés par Toi ? Ou comment pourraient-ils passer s’ils n’avaient jamais existé ? Puisque donc Tu es le Créateur de tous les temps, s’il y avait eu un temps avant que Tu aies créé le ciel et la terre, pourquoi disent-ils que Tu as renoncé à agir ? Car c’est justement ce temps que Tu as créé, et les temps ne pouvaient pas passer avant que Tu aies créé ces temps. Mais si avant le ciel
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Et sur la terre, il n’y avait pas de temps ; pourquoi donc est-on en train de demander ce que Tu as fait ? Car il n’y avait pas de « alors », puisqu’il n’y avait pas de temps.
Tu n’es pas non plus antérieur au temps : sinon, Tu ne serais pas antérieur à tous les temps. Mais Tu es antérieur à toutes choses passées, par la sublimité d’une éternité toujours présente ; et Tu surpasses tout ce qui est futur, car cela est futur, et lorsque cela viendra, cela sera passé ; mais Tu es le Même, et Tes années ne finissent jamais.
Tes années ni ne viennent ni ne s’en vont ; tandis que les nôtres viennent et s’en vont, afin que toutes puissent venir. Tes années restent ensemble, car elles demeurent ; et celles qui partent ne sont pas évincées par celles qui viennent, car elles ne disparaissent pas ; mais les nôtres existeront toutes, lorsqu’elles ne seront plus. Tes années constituent un seul jour ; et Ton jour n’est pas quotidien, mais Cet-à-présent, car Ton Cet-à-présent ne laisse pas place au lendemain, car il ne remplace pas non plus hier. Ton Cet-à-présent, c’est l’Éternité ; c’est pourquoi Tu as engendré le Coéternel, à qui Tu as dit : « Aujourd’hui, je T’ai engendré. »
Tu as créé toutes choses ; et avant tous les temps, Tu existes : il n’y a eu de temps nulle part.
Donc, à aucun moment, Tu n’as manqué de créer quelque chose, car c’est le temps lui-même que Tu as créé. Et aucun temps n’est coéternel avec Toi, car Tu demeures ; mais s’ils demeuraient, ils ne seraient pas des temps. Car qu’est-ce que le temps ? Qui peut l’expliquer facilement et brièvement ? Qui peut même, dans sa pensée, le comprendre au point de prononcer un mot à son sujet ? Mais que mentionnons-nous plus familièrement et plus aisément dans nos discours que le temps ? Et nous comprenons, lorsque nous en parlons ; nous comprenons aussi, lorsque nous entendons quelqu’un en parler. Alors, qu’est-ce que le temps ?
Si personne ne me le demande, je le sais ; si je veux l’expliquer à celui qui le demande, je ne le sais pas : pourtant, j’affirme hardiment que je le sais, à savoir que si rien ne disparaissait, le temps passé n’existerait pas ; et si rien ne venait, un temps à venir n’existerait pas ; et si rien n’existait, le temps présent n’existerait pas. Ces deux temps, donc, le passé et l’à-venir, comment sont-ils, puisque le passé n’est pas maintenant, et que l’à-venir n’est pas encore ? Mais le présent, s’il devait toujours être présent et ne jamais devenir temps passé, vraiment il ne serait pas du temps, mais de l’éternité. Si le temps présent (s’il doit être du temps) n’apparaît que parce qu’il devient temps passé, comment pouvons-nous dire que c’est bien cela, dont la cause d’être est justement de ne pas être ? Ainsi, en réalité, nous ne pouvons pas dire que le temps existe, si ce n’est parce qu’il tend à ne pas exister ?
Pourtant, nous disons « un long temps » et « un court temps » ; et ce, uniquement pour le temps passé ou pour l’à-venir. Un long temps passé, par exemple, nous appelons cent ans écoulés ; et un long temps à venir, cent ans à venir. Mais un court temps passé, nous appelons (disons) souvent quelques jours écoulés ; et un court temps à venir, souvent quelques jours à venir.
Tu n’es pas non plus antérieur au temps : sinon, Tu ne serais pas antérieur à tous les temps. Mais Tu es antérieur à toutes choses passées, par la sublimité d’une éternité toujours présente ; et Tu surpasses tout ce qui est futur, car cela est futur, et lorsque cela viendra, cela sera passé ; mais Tu es le Même, et Tes années ne finissent jamais.
Tes années ni ne viennent ni ne s’en vont ; tandis que les nôtres viennent et s’en vont, afin que toutes puissent venir. Tes années restent ensemble, car elles demeurent ; et celles qui partent ne sont pas évincées par celles qui viennent, car elles ne disparaissent pas ; mais les nôtres existeront toutes, lorsqu’elles ne seront plus. Tes années constituent un seul jour ; et Ton jour n’est pas quotidien, mais Cet-à-présent, car Ton Cet-à-présent ne laisse pas place au lendemain, car il ne remplace pas non plus hier. Ton Cet-à-présent, c’est l’Éternité ; c’est pourquoi Tu as engendré le Coéternel, à qui Tu as dit : « Aujourd’hui, je T’ai engendré. »
Tu as créé toutes choses ; et avant tous les temps, Tu existes : il n’y a eu de temps nulle part.
Donc, à aucun moment, Tu n’as manqué de créer quelque chose, car c’est le temps lui-même que Tu as créé. Et aucun temps n’est coéternel avec Toi, car Tu demeures ; mais s’ils demeuraient, ils ne seraient pas des temps. Car qu’est-ce que le temps ? Qui peut l’expliquer facilement et brièvement ? Qui peut même, dans sa pensée, le comprendre au point de prononcer un mot à son sujet ? Mais que mentionnons-nous plus familièrement et plus aisément dans nos discours que le temps ? Et nous comprenons, lorsque nous en parlons ; nous comprenons aussi, lorsque nous entendons quelqu’un en parler. Alors, qu’est-ce que le temps ?
Si personne ne me le demande, je le sais ; si je veux l’expliquer à celui qui le demande, je ne le sais pas : pourtant, j’affirme hardiment que je le sais, à savoir que si rien ne disparaissait, le temps passé n’existerait pas ; et si rien ne venait, un temps à venir n’existerait pas ; et si rien n’existait, le temps présent n’existerait pas. Ces deux temps, donc, le passé et l’à-venir, comment sont-ils, puisque le passé n’est pas maintenant, et que l’à-venir n’est pas encore ? Mais le présent, s’il devait toujours être présent et ne jamais devenir temps passé, vraiment il ne serait pas du temps, mais de l’éternité. Si le temps présent (s’il doit être du temps) n’apparaît que parce qu’il devient temps passé, comment pouvons-nous dire que c’est bien cela, dont la cause d’être est justement de ne pas être ? Ainsi, en réalité, nous ne pouvons pas dire que le temps existe, si ce n’est parce qu’il tend à ne pas exister ?
Pourtant, nous disons « un long temps » et « un court temps » ; et ce, uniquement pour le temps passé ou pour l’à-venir. Un long temps passé, par exemple, nous appelons cent ans écoulés ; et un long temps à venir, cent ans à venir. Mais un court temps passé, nous appelons (disons) souvent quelques jours écoulés ; et un court temps à venir, souvent quelques jours à venir.
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Mais en quel sens est-ce long ou court, et quoi n’est-ce pas ? Le passé n’est pas le présent ; et l’avenir n’est pas encore. Ne disons donc pas : « c’est long » ; mais pour le passé : « cela a été long » ; et pour l’avenir : « cela sera long ». Ô mon Seigneur, ma Lumière, Ta Vérité ne se moquera-t-elle pas aussi de l’homme ici ? Car ce temps passé qui était long, était-il long lorsqu’il était déjà révolu, ou lorsqu’il était encore présent ? Car alors il pouvait être long, puisqu’il y avait ce qui peut être long ; mais une fois révolu, il n’était plus ; par conséquent, ce qui n’existait pas du tout ne pouvait pas non plus être long. Ne disons donc pas : « le temps passé a été long » : car nous ne trouverons pas ce qui a été long, puisqu’une fois révolu, il n’existe plus ; disons plutôt : « ce temps présent a été long », car lorsqu’il était présent, il était long. Il n’avait pas encore disparu, de sorte qu’il existait ; et donc il y avait ce qui pouvait être long ; mais après qu’il fut révolu, ce qui pouvait être long cessa également d’exister. Voyons donc, ô âme humaine, si le temps présent peut être long : car à toi il est donné de ressentir et de mesurer la durée du temps. Que vas-tu me répondre ? Cent ans, lorsqu’ils sont présents, sont-ils un long moment ? Voyons d’abord si cent ans peuvent être présents. Si le premier de ces ans est actuellement en cours, il est présent, mais les quatre-vingt-dix-neuf autres viendront, et donc ne sont pas encore présents ; mais si c’est le deuxième année qui est en cours, une année est déjà révolue, une autre est présente, et le reste viendra. Ainsi, si nous supposons que n’importe quelle année intermédiaire de ces cent années soit présente, toutes celles qui la précèdent sont révolues ; toutes celles qui la suivent viendront ; par conséquent, cent ans ne peuvent pas être présents. Mais voyons au moins si celle qui est actuellement en cours est elle-même présente ; car si le mois en cours est son premier, le reste viendra ; s’il s’agit du deuxième, le premier est déjà révolu, et le reste n’est pas encore là. Donc, l’année actuellement en cours n’est pas non plus présente ; et si elle n’est pas présente dans son ensemble, alors l’année n’est pas présente. Car douze mois font une année ; parmi eux, ce qui est présent grâce au mois en cours, le reste est révolu ou à venir. Bien que même ce mois en cours ne soit pas entièrement présent, mais seulement un jour ; le reste étant à venir, s’il s’agit du premier ; révolu, s’il s’agit du dernier ; s’il s’agit de l’un des mois intermédiaires, alors il est entre le révolu et l’à venir. Voyez comment le temps présent, que nous avons trouvé être le seul qui puisse être qualifié de long, est réduit à une durée à peine égale à un jour. Mais examinons aussi cela, car même un jour n’est pas entièrement présent. Car il est composé de vingt-quatre heures de nuit et de jour : parmi elles, la première comporte le reste à venir ; la dernière comporte ce qui est déjà révolu ; et n’importe quelle heure intermédiaire comporte ce qui la précède comme révolu, et ce qui la suit comme à venir. Oui, cette heure même s’écoule en particules volantes. Tout ce qui en a déjà disparu est révolu ; tout ce qui reste est à…
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Viens. Si l’on conçoit un instant de temps qui ne peut être divisé en les plus petites particules de moments, c’est lui seul qui peut être appelé présent. Or, il s’envole avec une telle vitesse du futur vers le passé qu’il ne peut être prolongé d’un seul instant. Car s’il existe, il est divisé en passé et en futur. Le présent n’a pas d’espace. Alors où se trouve le temps que nous pouvons qualifier de long ? Est-ce l’avenir ? À son sujet, nous ne disons pas : « Il est long », car il n’existe pas encore pour être long ; mais nous disons : « Il sera long ». Alors, quand le sera-t-il ? Car même alors, lorsqu’il est encore à venir, il ne sera pas long (car ce qui peut être long n’existe pas encore), et il le sera donc lorsque, du futur qui n’existe pas encore, il commencera à exister maintenant et deviendra présent, afin qu’il y ait là quelque chose qui puisse être long ; alors le temps présent crie par les mots ci-dessus qu’il ne peut être long.
Et pourtant, Seigneur, nous percevons des intervalles de temps, nous les comparons et disons que certains sont plus courts, d’autres plus longs. Nous mesurons aussi de combien plus long ou plus court ce temps est que celui-là ; et nous répondons : « Celui-ci est double, ou triple ; et celui-là, seulement une fois, ou juste autant que celui-là. » Mais nous mesurons les temps tels qu’ils passent, en les percevant ; mais le passé, qui n’existe plus maintenant, ou l’avenir, qui n’existe pas encore, qui peut le mesurer ? À moins qu’un homme ne prétende dire que ce qui n’existe pas peut être mesuré. Lorsque donc le temps passe, il peut être perçu et mesuré ; mais lorsqu’il est passé, il ne le peut pas, car il n’existe plus.
Je demande, Père, je n’affirme pas : Ô mon Dieu, gouverne-moi et guide-moi. « Qui me dira qu’il n’y a pas trois temps (comme nous l’avons appris enfants, et que nous enseignons aux enfants) : le passé, le présent et l’avenir ; mais seulement le présent, parce que ces deux autres n’existent pas ? Ou bien existent-ils aussi ; et lorsque, du futur, il devient présent, sort-il d’un lieu secret ; et ainsi, en s’éloignant, du présent il devient passé ? Car où ceux qui ont prédit les choses à venir les ont-ils vues, s’ils n’existent pas encore ? Car ce qui n’existe pas ne peut être vu. Et ceux qui racontent les choses passées ne pouvaient les raconter s’ils ne les distinguaient pas dans leur esprit, et s’ils n’existaient pas, ils ne pouvaient en aucun cas être distingués. Les choses donc passées et à venir existent. »
Permettez-moi, Seigneur, de chercher davantage. Ô ma sperance, ne laissez pas mon dessein être confus. Car si les temps passés et à venir existent, je voudrais savoir où ils se trouvent. Et même si je ne peux pas le savoir, je sais néanmoins que, où qu’ils soient, ils ne s’y trouvent pas en tant que futur ou passé, mais en tant que présent. Car s’ils y sont aussi en tant que futur, ils n’y sont pas encore ; s’ils y sont aussi en tant que passé, ils n’y sont plus. Partout donc où se trouve ce qui existe, c’est uniquement en tant que présent. Bien que, lorsque des faits passés sont rapportés,
Et pourtant, Seigneur, nous percevons des intervalles de temps, nous les comparons et disons que certains sont plus courts, d’autres plus longs. Nous mesurons aussi de combien plus long ou plus court ce temps est que celui-là ; et nous répondons : « Celui-ci est double, ou triple ; et celui-là, seulement une fois, ou juste autant que celui-là. » Mais nous mesurons les temps tels qu’ils passent, en les percevant ; mais le passé, qui n’existe plus maintenant, ou l’avenir, qui n’existe pas encore, qui peut le mesurer ? À moins qu’un homme ne prétende dire que ce qui n’existe pas peut être mesuré. Lorsque donc le temps passe, il peut être perçu et mesuré ; mais lorsqu’il est passé, il ne le peut pas, car il n’existe plus.
Je demande, Père, je n’affirme pas : Ô mon Dieu, gouverne-moi et guide-moi. « Qui me dira qu’il n’y a pas trois temps (comme nous l’avons appris enfants, et que nous enseignons aux enfants) : le passé, le présent et l’avenir ; mais seulement le présent, parce que ces deux autres n’existent pas ? Ou bien existent-ils aussi ; et lorsque, du futur, il devient présent, sort-il d’un lieu secret ; et ainsi, en s’éloignant, du présent il devient passé ? Car où ceux qui ont prédit les choses à venir les ont-ils vues, s’ils n’existent pas encore ? Car ce qui n’existe pas ne peut être vu. Et ceux qui racontent les choses passées ne pouvaient les raconter s’ils ne les distinguaient pas dans leur esprit, et s’ils n’existaient pas, ils ne pouvaient en aucun cas être distingués. Les choses donc passées et à venir existent. »
Permettez-moi, Seigneur, de chercher davantage. Ô ma sperance, ne laissez pas mon dessein être confus. Car si les temps passés et à venir existent, je voudrais savoir où ils se trouvent. Et même si je ne peux pas le savoir, je sais néanmoins que, où qu’ils soient, ils ne s’y trouvent pas en tant que futur ou passé, mais en tant que présent. Car s’ils y sont aussi en tant que futur, ils n’y sont pas encore ; s’ils y sont aussi en tant que passé, ils n’y sont plus. Partout donc où se trouve ce qui existe, c’est uniquement en tant que présent. Bien que, lorsque des faits passés sont rapportés,
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Ce qui est tiré de la mémoire, ce ne sont pas les choses elles-mêmes qui sont passées, mais des mots qui, formés à partir des images de ces choses, ont, en passant, laissé par les sens des traces dans l’esprit. Ainsi, mon enfance, qui n’existe plus maintenant, se trouve dans le temps passé, qui n’existe plus non plus ; mais maintenant, lorsque je me remémore son image et en parle, je la vois dans le présent, car elle est encore dans ma mémoire. S’il existe une cause similaire pour prévoir les choses à venir, c’est-à-dire que les images des choses qui n’existent pas encore puissent être perçues à l’avance, déjà existantes, je l’avoue, ô mon Dieu, je ne le sais pas. Ce que je sais, en revanche, c’est que nous pensons généralement à l’avance à nos actions futures, et que cette anticipation est présente, mais l’action que nous anticipons n’existe pas encore, car elle est à venir. Lorsque nous avons entrepris et commencé à faire ce que nous anticipions, alors cette action existe, car elle n’est plus future, mais présente.
Quelle que soit donc la nature de cette anticipation secrète des choses à venir, seul ce qui est peut être vu. Mais ce qui est maintenant n’est pas futur, mais présent. Lorsqu’on dit que les choses à venir sont vues, ce ne sont pas elles-mêmes, qui n’existent pas encore (c’est-à-dire qui doivent exister), mais peut-être leurs causes ou leurs signes, qui existent déjà. Par conséquent, elles ne sont pas futures, mais présentes pour ceux qui voient maintenant ce dont dépend la prévision du futur, conçu d’avance dans l’esprit. Ces conceptions existent également maintenant ; et ceux qui prédisent ces choses voient bien ces conceptions présentes devant eux. Que la grande variété des choses m’offre un exemple : je vois l’aube, j’anticipe que le soleil va se lever. Ce que je vois est présent ; ce que j’annonce à l’avance est futur ; non pas le soleil, qui existe déjà, mais le lever du soleil, qui n’a pas encore eu lieu. Et pourtant, si je n’avais pas imaginé dans mon esprit le lever du soleil lui-même (comme maintenant, en en parlant), je n’aurais pas pu le prédire. Mais ni cette aube que je discerne dans le ciel, ni cet imaginaire de mon esprit – ces deux choses étant vues maintenant comme présentes – ne permettent de prédire l’autre, qui doit venir. Les choses futures n’existent donc pas encore : et s’elles n’existent pas encore, elles n’existent pas ; et s’elles n’existent pas, elles ne peuvent être vues ; néanmoins, on peut les prédire à partir de choses présentes, qui existent déjà et sont visibles.
Toi donc, Souverain de ta création, par quel moyen enseignes-tu aux âmes les choses à venir ? Car tu as enseigné à tes prophètes. Par quel moyen, à Toi pour qui rien n’est à venir, enseignes-tu les choses à venir ? Ou plutôt, du futur, enseignes-tu des choses présentes ? Car ce qui n’existe pas ne peut être enseigné. Cette voie dépasse ma compréhension : elle est trop puissante pour moi, je ne peux l’atteindre.
Quelle que soit donc la nature de cette anticipation secrète des choses à venir, seul ce qui est peut être vu. Mais ce qui est maintenant n’est pas futur, mais présent. Lorsqu’on dit que les choses à venir sont vues, ce ne sont pas elles-mêmes, qui n’existent pas encore (c’est-à-dire qui doivent exister), mais peut-être leurs causes ou leurs signes, qui existent déjà. Par conséquent, elles ne sont pas futures, mais présentes pour ceux qui voient maintenant ce dont dépend la prévision du futur, conçu d’avance dans l’esprit. Ces conceptions existent également maintenant ; et ceux qui prédisent ces choses voient bien ces conceptions présentes devant eux. Que la grande variété des choses m’offre un exemple : je vois l’aube, j’anticipe que le soleil va se lever. Ce que je vois est présent ; ce que j’annonce à l’avance est futur ; non pas le soleil, qui existe déjà, mais le lever du soleil, qui n’a pas encore eu lieu. Et pourtant, si je n’avais pas imaginé dans mon esprit le lever du soleil lui-même (comme maintenant, en en parlant), je n’aurais pas pu le prédire. Mais ni cette aube que je discerne dans le ciel, ni cet imaginaire de mon esprit – ces deux choses étant vues maintenant comme présentes – ne permettent de prédire l’autre, qui doit venir. Les choses futures n’existent donc pas encore : et s’elles n’existent pas encore, elles n’existent pas ; et s’elles n’existent pas, elles ne peuvent être vues ; néanmoins, on peut les prédire à partir de choses présentes, qui existent déjà et sont visibles.
Toi donc, Souverain de ta création, par quel moyen enseignes-tu aux âmes les choses à venir ? Car tu as enseigné à tes prophètes. Par quel moyen, à Toi pour qui rien n’est à venir, enseignes-tu les choses à venir ? Ou plutôt, du futur, enseignes-tu des choses présentes ? Car ce qui n’existe pas ne peut être enseigné. Cette voie dépasse ma compréhension : elle est trop puissante pour moi, je ne peux l’atteindre.
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Cela ; mais de Toi je peux, quand Tu le daigneras, ô douce lumière de mes yeux cachés.
Ce qui est maintenant clair et évident, c’est que ni les choses à venir ni les choses passées n’existent.
On ne peut pas non plus dire correctement : « il y a trois temps, le passé, le présent et l’avenir » ; pourtant on pourrait dire correctement : « il y a trois présents : un présent des choses passées, un présent des choses présentes, et un présent des choses futures ». Car ces trois existent d’une certaine manière dans l’âme, mais ailleurs je ne les vois pas ; le présent des choses passées, c’est la mémoire ; le présent des choses présentes, c’est la vue ; le présent des choses futures, c’est l’attente. Si l’on nous permet de parler ainsi, je vois trois temps, et j’avoue qu’il y en a trois. Qu’on dise aussi : « il y a trois temps, le passé, le présent et l’avenir », à notre manière imparfaite. Vois, je ne m’oppose pas, je ne nie pas, je ne trouve rien à redire, pourvu que l’on comprenne bien que ni ce qui doit venir n’est présent, ni ce qui est passé. Car il y a peu de choses dont nous parlons correctement, la plupart de manière imparfaite ; néanmoins, les choses visées sont comprises.
J’ai donc dit tout à l’heure que nous mesurons les temps au fur et à mesure qu’ils passent, afin de pouvoir dire : ce temps est deux fois plus long que celui-là ; ou, ceci est exactement égal à cela ; et de même pour toutes les autres parties du temps qui peuvent être mesurées. C’est pourquoi, comme je l’ai dit, nous mesurons les temps au fur et à mesure qu’ils passent. Et si quelqu’un me demandait : « Comment le sais-tu ? », je pourrais répondre : « Je sais que nous mesurons, et que nous ne pouvons mesurer ce qui n’existe pas ; or les choses passées et futures n’existent pas. » Mais comment mesurons-nous le temps présent, puisqu’il n’a pas d’espace ? Il est mesuré pendant qu’il passe, mais une fois qu’il sera passé, il ne peut plus être mesuré, car il n’y aura plus rien à mesurer. Mais d’où, par quel chemin, et où passe-t-il pendant qu’il est mesurable ? D’où, sinon du futur ? Par quel chemin, sinon à travers le présent ? Où, sinon vers le passé ? Donc, de ce qui n’est pas encore, à travers ce qui n’a pas d’espace, vers ce qui n’est pas maintenant.
Mais que mesurons-nous, si ce n’est le temps dans un espace ? Car nous ne disons pas « un », « deux », « trois », « égal », ou aucune autre expression semblable pour parler du temps, sauf pour désigner des espaces de temps. Dans quel espace alors mesurons-nous le temps qui passe ? Dans le futur, d’où il passe ? Mais ce qui n’est pas encore, nous ne le mesurons pas. Ou dans le présent, par lequel il passe ? Mais sans espace, nous ne mesurons pas. Ou dans le passé, vers lequel il passe ? Mais nous ne mesurons pas non plus ce qui n’est pas maintenant.
Mon âme brûle de connaître ce mystère très complexe. Ne le cache pas, ô Seigneur mon Dieu, bon Père ; par Christ je t’en supplie, ne le cache pas.
Ce qui est maintenant clair et évident, c’est que ni les choses à venir ni les choses passées n’existent.
On ne peut pas non plus dire correctement : « il y a trois temps, le passé, le présent et l’avenir » ; pourtant on pourrait dire correctement : « il y a trois présents : un présent des choses passées, un présent des choses présentes, et un présent des choses futures ». Car ces trois existent d’une certaine manière dans l’âme, mais ailleurs je ne les vois pas ; le présent des choses passées, c’est la mémoire ; le présent des choses présentes, c’est la vue ; le présent des choses futures, c’est l’attente. Si l’on nous permet de parler ainsi, je vois trois temps, et j’avoue qu’il y en a trois. Qu’on dise aussi : « il y a trois temps, le passé, le présent et l’avenir », à notre manière imparfaite. Vois, je ne m’oppose pas, je ne nie pas, je ne trouve rien à redire, pourvu que l’on comprenne bien que ni ce qui doit venir n’est présent, ni ce qui est passé. Car il y a peu de choses dont nous parlons correctement, la plupart de manière imparfaite ; néanmoins, les choses visées sont comprises.
J’ai donc dit tout à l’heure que nous mesurons les temps au fur et à mesure qu’ils passent, afin de pouvoir dire : ce temps est deux fois plus long que celui-là ; ou, ceci est exactement égal à cela ; et de même pour toutes les autres parties du temps qui peuvent être mesurées. C’est pourquoi, comme je l’ai dit, nous mesurons les temps au fur et à mesure qu’ils passent. Et si quelqu’un me demandait : « Comment le sais-tu ? », je pourrais répondre : « Je sais que nous mesurons, et que nous ne pouvons mesurer ce qui n’existe pas ; or les choses passées et futures n’existent pas. » Mais comment mesurons-nous le temps présent, puisqu’il n’a pas d’espace ? Il est mesuré pendant qu’il passe, mais une fois qu’il sera passé, il ne peut plus être mesuré, car il n’y aura plus rien à mesurer. Mais d’où, par quel chemin, et où passe-t-il pendant qu’il est mesurable ? D’où, sinon du futur ? Par quel chemin, sinon à travers le présent ? Où, sinon vers le passé ? Donc, de ce qui n’est pas encore, à travers ce qui n’a pas d’espace, vers ce qui n’est pas maintenant.
Mais que mesurons-nous, si ce n’est le temps dans un espace ? Car nous ne disons pas « un », « deux », « trois », « égal », ou aucune autre expression semblable pour parler du temps, sauf pour désigner des espaces de temps. Dans quel espace alors mesurons-nous le temps qui passe ? Dans le futur, d’où il passe ? Mais ce qui n’est pas encore, nous ne le mesurons pas. Ou dans le présent, par lequel il passe ? Mais sans espace, nous ne mesurons pas. Ou dans le passé, vers lequel il passe ? Mais nous ne mesurons pas non plus ce qui n’est pas maintenant.
Mon âme brûle de connaître ce mystère très complexe. Ne le cache pas, ô Seigneur mon Dieu, bon Père ; par Christ je t’en supplie, ne le cache pas.
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Ces choses ordinaires, pourtant cachées, par mon désir qu’elles soient empêchées de pénétrer en elles ; mais qu’elles apparaissent grâce à Ta miséricorde éclairante, ô Seigneur. À qui dois-je demander des renseignements sur ces choses ? Et à qui puis-je avouer plus utilement mon ignorance que à Toi, à Qui mes études, si ardemment suscitées vers Tes Écritures, ne causent pas de tracas ? Donne ce que j’aime ; car je suis bien aimant, et c’est cela que Tu m’as donné. Donne, Père, qui sais vraiment donner de bons dons à Tes enfants. Donne, car j’ai entrepris de connaître, et la difficulté est devant moi jusqu’à ce que Tu la dissipes. Par Christ, je T’en supplie, en Son Nom, Saint des Saints, que personne ne me perturbe. Car j’ai cru, et c’est pourquoi je parle. C’est là mon espérance, c’est pour cela que je vis, afin de contempler les délices du Seigneur. Vois, Tu as rendu mes jours longs, et ils s’écoulent, et comment, je ne le sais pas. Et nous parlons du temps, encore et encore : « Depuis combien de temps a-t-il dit ceci » ; « depuis combien de temps a-t-il fait cela » ; « depuis combien de temps ai-je vu cela » ; et « cette syllabe a un temps double par rapport à cette syllabe courte ». Nous prononçons ces mots, nous les entendons, nous les comprenons. Ils sont très manifestes et ordinaires, et pourtant les mêmes choses restent profondément cachées, et leur découverte est nouvelle. J’ai entendu un jour d’un homme savant que les mouvements du soleil, de la lune et des étoiles constituaient le temps, et je n’étais pas d’accord. Pourquoi les mouvements de tous les corps ne seraient-ils pas eux-mêmes des temps ? Ou bien, si les lumières du ciel cessaient et que la roue d’un potier tournait, n’y aurait-il pas un temps par lequel nous pourrions mesurer ces rotations, et dire que soit elle se déplaçait avec des pauses égales, soit qu’elle tournait parfois plus lentement, parfois plus vite, que certaines rotations étaient plus longues, d’autres plus courtes ? Ou bien, tout en disant cela, ne parlerions-nous pas également dans le temps ? Ou bien y aurait-il dans nos paroles des syllabes courtes, d’autres longues, mais parce que celles-ci sonnent en moins de temps, celles-là en plus ? Dieu, accorde aux hommes de voir, dans une petite chose, des caractéristiques communes aux choses grandes et petites. Les étoiles et les lumières du ciel servent aussi de signes, pour les saisons, pour les années, pour les jours ; elles le font ; pourtant je ne dirais pas que la rotation de cette roue en bois constituait une journée, ni lui que ce n’était donc pas du temps. Je désire connaître la force et la nature du temps, par lequel nous mesurons les mouvements des corps, et disons (par exemple) que ce mouvement dure deux fois plus longtemps que celui-là. Car je demande : puisque « jour » ne désigne pas seulement le séjour du soleil sur la terre (selon quoi le jour est une chose, la nuit une autre) ; mais aussi tout son parcours d’est en est ; selon quoi nous disons : « il y a »
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« Tant de jours se sont écoulés », la nuit étant incluse lorsque nous disons « tant de jours », et les nuits ne étant pas comptées séparément ; — puisque donc une journée est complétée par le mouvement du soleil et par son parcours d’est en est à nouveau, je demande : est-ce le mouvement seul qui constitue la journée, ou bien le temps pendant lequel ce mouvement s’accomplit, ou les deux ? Car si c’est le premier, alors nous aurions une journée, même si le soleil terminait ce parcours en un laps de temps si court que ce soit une heure. Si c’est le second, alors cela ne constituerait pas une journée, s’il y avait entre un lever de soleil et l’autre seulement un si bref intervalle, comme une heure ; mais le soleil doit faire quarante-deux tours pour compléter une journée. Si c’est les deux, alors aucun de ces éléments ne pourrait être appelé journée ; si le soleil effectuait tout son tour en une heure ; ni non plus cela, si, tandis que le soleil restait immobile, autant de temps s’écoulait que le soleil met habituellement pour effectuer tout son parcours, du matin au matin. Je ne demanderai donc pas maintenant ce qu’est ce qu’on appelle journée ; mais quel est ce temps grâce auquel, en mesurant le parcours du soleil, nous pourrions dire qu’il a été accompli en moitié du temps habituel, à condition qu’il ait été accompli en un laps de temps aussi court que douze heures ; et en comparant ces deux temps, nous pourrions qualifier l’un de temps simple, l’autre de temps double ; même en supposant que le soleil fasse son tour d’est en est parfois en ce temps simple, parfois en ce temps double. Que personne ne me dise donc que les mouvements des corps célestes constituent des temps, car, lorsque, lors de la prière de quelqu’un, le soleil s’était immobilisé jusqu’à ce qu’il puisse remporter sa victoire, le soleil était bien immobile, mais le temps continuait de s’écouler. Car cette bataille s’est menée et terminée dans son propre intervalle de temps prévu. Je perçois donc le temps comme une certaine extension. Mais est-ce que je le perçois vraiment, ou est-ce que cela me semble seulement ? Toi, Lumière et Vérité, tu me le montreras. Me commandes-tu d’accepter l’idée que certains définissent le temps comme « le mouvement d’un corps » ? Tu ne me le commandes pas. Car j’entends dire que aucun corps ne se meut que dans le temps ; c’est ce que tu dis ; mais que le mouvement d’un corps est le temps, je n’entends pas cela ; tu ne le dis pas. Car lorsque un corps se meut, c’est par le temps que je mesure combien de temps il se meut, depuis le moment où il a commencé à se mouvoir jusqu’à ce qu’il cesse ? Et si je ne vois pas d’où il a commencé, et qu’il continue de se mouvoir de telle sorte que je ne vois pas quand il s’arrête, je ne peux pas mesurer, sauf peut-être depuis le moment où j’ai commencé, jusqu’à ce que j’arrête de voir. Et si j’observe longtemps, je ne peux que dire que c’est un long moment, mais pas combien de temps ; car lorsque nous disons « combien de temps », nous le faisons par comparaison ; comme « ceci est aussi long que cela », ou « deux fois plus long que cela », ou quelque chose de similaire. Mais lorsque nous pouvons marquer les distances des lieux d’où part et vers où va le corps en mouvement, ou ses parties, s’il se meut comme dans un tour, alors nous pouvons dire précisément en combien de temps le mouvement de ce corps ou de sa partie, de ce lieu à celui-là, s’est produit.
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Fini. Voir donc le mouvement d’un corps est une chose, ce par quoi nous mesurons sa durée en est une autre ; qui ne voit pas lequel des deux doit plutôt être appelé temps ? Car si un corps est tantôt en mouvement, tantôt immobile, alors nous mesurons, non seulement son mouvement, mais aussi son immobilité au moyen du temps ; et nous disons : « Il est resté immobile autant de temps qu’il a bougé » ; ou « Il est resté immobile deux ou trois fois plus longtemps qu’il n’a bougé » ; ou toute autre durée que notre mesure a déterminée ou estimée, plus ou moins, comme nous avons l’habitude de dire. Le temps n’est donc pas le mouvement d’un corps.
Et je te confesse, ô Seigneur, que je ne sais encore pas ce qu’est le temps, et je te confesse encore, ô Seigneur, que je sais que je parle en temps, et que, ayant parlé longuement du temps, ce même « longtemps » n’est pas long, mais par la pause du temps. Comment puis-je donc le savoir, puisque je ne sais pas ce qu’est le temps ? Ou est-ce peut-être que je ne sais pas comment exprimer ce que je sais ? Malheur à moi, qui ne sais même pas ce que je ne sais pas. Vois, ô mon Dieu, devant Toi je ne mens pas ; mais tel que je parle, tel est mon cœur. Tu allumeras ma bougie ; Toi, ô Seigneur mon Dieu, tu éclaireras mes ténèbres.
Ma âme ne te confesse-t-elle pas très véritablement que je mesure les temps ? Mesure-je donc, ô mon Dieu, sans savoir ce que je mesure ? Je mesure le mouvement d’un corps dans le temps ; et le temps lui-même, ne le mesure-je pas ? Ou pourrais-je vraiment mesurer le mouvement d’un corps, pendant combien de temps il dure, et sur quelle distance il peut aller de ce lieu à celui-là, sans mesurer le temps pendant lequel il se meut ? Ce même temps, comment le mesure-je ? Mesurons-nous un temps plus long par un temps plus court, comme on mesure une distance d’un coudée par une distance d’une toise ? Car en effet, il semble que, par la durée d’une syllabe courte, nous mesurions la durée d’une syllabe longue, et que nous disions que celle-ci est le double de l’autre. Ainsi mesurons-nous les distances des strophes par celles des vers, les distances des vers par celles des pieds, les distances des pieds par celles des syllabes, et les distances des syllabes longues par celles des syllabes courtes ; sans mesurer en pages (car alors nous mesurons des distances, non des temps) ; mais lorsque nous prononçons les mots et qu’ils s’écoulent, nous disons : « C’est une strophe longue, parce qu’elle est composée de tant de vers ; des vers longs, parce qu’ils contiennent tant de pieds ; des pieds longs, parce qu’ils sont prolongés par tant de syllabes ; une syllabe longue, parce qu’elle est le double d’une syllabe courte. » Mais de cette manière, nous n’obtenons aucune mesure certaine du temps ; car il se peut qu’un vers plus court, prononcé plus lentement, prenne plus de temps qu’un vers plus long, prononcé rapidement. Et il en va de même pour un vers, un pied, une syllabe. D’où il m’a semblé que le temps n’était rien d’autre qu’une prolongation ; mais de quoi, je…
Et je te confesse, ô Seigneur, que je ne sais encore pas ce qu’est le temps, et je te confesse encore, ô Seigneur, que je sais que je parle en temps, et que, ayant parlé longuement du temps, ce même « longtemps » n’est pas long, mais par la pause du temps. Comment puis-je donc le savoir, puisque je ne sais pas ce qu’est le temps ? Ou est-ce peut-être que je ne sais pas comment exprimer ce que je sais ? Malheur à moi, qui ne sais même pas ce que je ne sais pas. Vois, ô mon Dieu, devant Toi je ne mens pas ; mais tel que je parle, tel est mon cœur. Tu allumeras ma bougie ; Toi, ô Seigneur mon Dieu, tu éclaireras mes ténèbres.
Ma âme ne te confesse-t-elle pas très véritablement que je mesure les temps ? Mesure-je donc, ô mon Dieu, sans savoir ce que je mesure ? Je mesure le mouvement d’un corps dans le temps ; et le temps lui-même, ne le mesure-je pas ? Ou pourrais-je vraiment mesurer le mouvement d’un corps, pendant combien de temps il dure, et sur quelle distance il peut aller de ce lieu à celui-là, sans mesurer le temps pendant lequel il se meut ? Ce même temps, comment le mesure-je ? Mesurons-nous un temps plus long par un temps plus court, comme on mesure une distance d’un coudée par une distance d’une toise ? Car en effet, il semble que, par la durée d’une syllabe courte, nous mesurions la durée d’une syllabe longue, et que nous disions que celle-ci est le double de l’autre. Ainsi mesurons-nous les distances des strophes par celles des vers, les distances des vers par celles des pieds, les distances des pieds par celles des syllabes, et les distances des syllabes longues par celles des syllabes courtes ; sans mesurer en pages (car alors nous mesurons des distances, non des temps) ; mais lorsque nous prononçons les mots et qu’ils s’écoulent, nous disons : « C’est une strophe longue, parce qu’elle est composée de tant de vers ; des vers longs, parce qu’ils contiennent tant de pieds ; des pieds longs, parce qu’ils sont prolongés par tant de syllabes ; une syllabe longue, parce qu’elle est le double d’une syllabe courte. » Mais de cette manière, nous n’obtenons aucune mesure certaine du temps ; car il se peut qu’un vers plus court, prononcé plus lentement, prenne plus de temps qu’un vers plus long, prononcé rapidement. Et il en va de même pour un vers, un pied, une syllabe. D’où il m’a semblé que le temps n’était rien d’autre qu’une prolongation ; mais de quoi, je…
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Je ne sais pas ; et je m’étonne que ce ne soit pas de l’esprit lui-même ? Car, je t’en prie, ô mon Dieu, que mesure-je lorsque je dis, soit de manière indéfinie « c’est un temps plus long que cela », soit de manière définie « c’est le double de cela » ? Je sais que je mesure le temps ; pourtant je ne mesure ni le temps à venir, car il n’existe pas encore ; ni le présent, car il n’est prolongé par aucun espace ; ni le passé, car il n’est plus maintenant. Alors, que mesure-je ? Des moments qui passent, et non le passé ? Car c’est bien ce que j’ai dit. Du courage, mon esprit, et persévère avec force. Dieu est notre aideur, c’est Lui qui nous a créés, et non nous-mêmes. Persévère là où la vérité commence à poindre. Supposons maintenant que la voix d’un corps commence à résonner, qu’elle résonne, continue de résonner, puis s’arrête ; c’est alors le silence, et cette voix est passée, elle n’est plus une voix. Avant qu’elle ne résonne, elle était à venir, et ne pouvait être mesurée, car elle n’existait pas encore ; et maintenant elle ne peut pas l’être, car elle n’existe plus. Donc, pendant qu’elle résonnait, elle le pouvait ; car il y avait alors quelque chose qui pouvait être mesuré. Mais même alors, elle n’était pas immobile ; car elle continuait de passer et de disparaître. Peut-on la mesurer davantage pour cette raison ? Car en passant, elle s’étendait dans un certain espace de temps, afin de pouvoir être mesurée, puisque le présent n’a pas d’espace. Si donc elle le pouvait alors, supposons qu’une autre voix ait commencé à résonner et continue de résonner sans interruption ; mesurons-la tant qu’elle résonne ; car une fois qu’elle aura cessé de résonner, elle sera passée, et il ne restera plus rien à mesurer ; mesurons-la vraiment, et disons combien de temps elle dure. Mais elle résonne encore, et on ne peut la mesurer qu’à partir du moment où elle a commencé jusqu’à celui où elle a cessé. Car c’est précisément l’espace entre ces deux instants que nous mesurons, c’est-à-dire de un début à une fin. Par conséquent, une voix qui n’est pas encore terminée ne peut être mesurée, afin de savoir si elle est longue ou courte ; on ne peut pas non plus dire qu’elle est égale à une autre, ou le double d’une autre, ou quoi que ce soit de similaire. Mais une fois terminée, elle n’existe plus. Comment peut-elle alors être mesurée ? Et pourtant nous mesurons les temps ; mais ni ceux qui ne sont pas encore venus, ni ceux qui ne sont plus, ni ceux qui ne sont pas prolongés par une pause, ni ceux qui n’ont pas de limites. Nous ne mesurons ni les temps à venir, ni les passés, ni les présents, ni ceux qui passent ; et pourtant nous mesurons les temps.
« Deus Creator omnium », ce vers de huit syllabes alterne entre syllabes courtes et longues. Les quatre courtes, donc, la première, la troisième, la cinquième et la septième, ne sont que simples, par rapport aux quatre longues, la deuxième, la quatrième, la sixième et la huitième. Chacune de celles-ci a, par rapport à chacune de celles-là, un temps double : je les prononce, je les analyse, et je constate que c’est bien ainsi, comme le perçoit le sens commun. Par le sens commun donc, je mesure une syllabe longue par une syllabe courte, et je
« Deus Creator omnium », ce vers de huit syllabes alterne entre syllabes courtes et longues. Les quatre courtes, donc, la première, la troisième, la cinquième et la septième, ne sont que simples, par rapport aux quatre longues, la deuxième, la quatrième, la sixième et la huitième. Chacune de celles-ci a, par rapport à chacune de celles-là, un temps double : je les prononce, je les analyse, et je constate que c’est bien ainsi, comme le perçoit le sens commun. Par le sens commun donc, je mesure une syllabe longue par une syllabe courte, et je
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On peut raisonnablement penser qu’il s’agit de deux fois plus ; mais lorsque l’un sonne après l’autre, si le premier est bref et le second long, comment puis-je retenir le bref, et comment, en mesurant, puis-je l’appliquer au long afin de constater qu’il s’agit bien de deux fois plus ? Car le long ne commence à sonner que lorsque le bref cesse de sonner. Or, je mesure ce long comme étant présent, puisque je ne le mesure qu’une fois qu’il est terminé. Sa fin, c’est sa disparition. Alors, qu’est-ce que je mesure ? Où se trouve la syllabe brève que j’utilise pour mesurer ? Où se trouve celle qui est longue ? Toutes deux ont déjà sonné, elles sont parties, elles n’existent plus ; pourtant je mesure, et j’affirme avec certitude (dans la mesure où cela peut être déduit d’une perception exercée) que, du point de vue du temps, cette syllabe est unique, tandis que l’autre en est double. Pourtant, je ne pourrais pas faire cela si elles n’étaient pas déjà passées et terminées. Ce n’est donc pas elles-mêmes, qui n’existent plus maintenant, que je mesure, mais quelque chose dans ma mémoire, qui y reste fixé. C’est en toi, mon esprit, que je mesure les temps. Ne m’interromps pas, c’est-à-dire ne t’interromps pas toi-même avec le tumulte de tes impressions. C’est en toi que je mesure les temps ; l’impression que les choses, en passant, provoquent en toi, demeure même après leur départ ; c’est cela, toujours présent, que je mesure, et non les choses qui passent pour produire cette impression. C’est cela que je mesure lorsque je mesure les temps. Donc, soit c’est cela le temps, soit je ne mesure pas les temps. Que se passe-t-il lorsque nous mesurons le silence et que nous disons que ce silence a duré autant de temps que cette voix ? Ne prolongeons-nous pas notre pensée à la mesure d’une voix, comme si elle sonnait, afin de pouvoir décrire les intervalles de silence sur une période donnée ? Car, bien que la voix et la langue soient immobiles, dans notre pensée nous parcourons des poèmes, des vers, ou tout autre discours, ou encore des durées de mouvement, et nous indiquons, en termes de temps, quelle est leur durée par rapport à celle d’un autre, de la même manière que si nous les prononcions à haute voix. Si quelqu’un voulait émettre un son prolongé et avait déterminé dans son esprit combien de temps il devrait durer, il aurait déjà parcouru dans le silence une certaine durée de temps, et en la mémorisant, il commencerait à prononcer ce discours, qui continuera de sonner jusqu’à ce qu’il atteigne la fin prévue. Oui, il a déjà sonné, et continuera de sonner ; car la partie déjà achevée a déjà sonné, et le reste sonnera aussi. Ainsi, cela continue, jusqu’à ce que l’intention présente transporte l’avenir dans le passé ; le passé augmente à mesure que l’avenir diminue, jusqu’à ce que, par l’épuisement de l’avenir, tout devienne passé. Mais comment cet avenir, qui n’existe pas encore, peut-il diminuer ou s’épuiser ? Ou comment ce passé, qui n’existe plus, peut-il augmenter ? Sauf que, dans l’esprit qui perçoit tout cela, trois choses se produisent : il attend, il réfléchit…
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Il se souvient ; ainsi, ce qu’il attend, à travers ce qu’il considère, devient ce dont il se souvient. Qui donc nie que les choses à venir n’existent pas encore ? Pourtant, il y a dans l’esprit une attente des choses à venir. Et qui nie que les choses passées n’existent plus maintenant ? Pourtant, il y a encore dans l’esprit un souvenir des choses passées. Et qui nie que le temps présent n’ait pas de durée, puisqu’il s’évanouit en un instant ? Pourtant, notre réflexion continue, grâce à laquelle ce qui sera présent devient absent. Ce n’est donc pas le temps futur qui est long, car il n’existe pas encore ; mais un futur lointain, c’est « une longue attente du futur ». De même, ce n’est pas le temps passé, qui n’existe plus maintenant, qui est long ; mais un passé lointain, c’est « un long souvenir du passé ».
Je m’apprête à répéter un Psaume que je connais. Avant de commencer, mon attente s’étend sur l’ensemble ; mais une fois que j’ai commencé, quelle que soit la partie que je destine au passé, elle reste dans ma mémoire. Ainsi, la vie de cette action se divise entre ma mémoire concernant ce que j’ai déjà répété, et l’attente concernant ce que je vais répéter. Mais la « réflexion » est présente en moi, permettant ainsi à ce qui était futur de devenir passé. Plus cela se reproduit, plus l’attente diminue et plus le souvenir s’élargit, jusqu’à ce que toute attente soit épuisée, et que toute cette action, une fois terminée, devienne souvenir. Ce qui se passe dans l’ensemble du Psaume se produit également dans chacune de ses parties, et dans chacune de ses syllabes. Il en va de même pour cette action plus longue dont ce Psaume peut faire partie ; il en va de même pour toute la vie de l’homme, dont toutes les actions sont des parties ; il en va de même tout au long de l’âge des fils des hommes, dont toutes les vies sont des parties.
Mais comme Ta bonté est meilleure que toutes les vies, voici, ma vie n’est qu’une distraction. Ta main droite m’a soutenu, par mon Seigneur, le Fils de l’homme, le Médiateur entre Toi, l’Unique, et nous, nombreux. Grâce à Lui, je peux comprendre en Qui j’ai été compris, et me ressaisir après mes anciennes distractions, pour suivre l’Unique, oubliant ce qui est derrière, non pas distraitement, mais avec attention, non pas vers des choses qui viendront ou qui disparaîtront, mais vers celles qui existent déjà. Je poursuis mon chemin pour obtenir la récompense de mon appel céleste, afin d’y entendre la voix de Ta louange et de contempler Tes délices, qui ne viendront ni ne disparaîtront. Mais maintenant, mes années se passent dans le deuil. Et Toi, ô Seigneur, tu es mon réconfort.
Je m’apprête à répéter un Psaume que je connais. Avant de commencer, mon attente s’étend sur l’ensemble ; mais une fois que j’ai commencé, quelle que soit la partie que je destine au passé, elle reste dans ma mémoire. Ainsi, la vie de cette action se divise entre ma mémoire concernant ce que j’ai déjà répété, et l’attente concernant ce que je vais répéter. Mais la « réflexion » est présente en moi, permettant ainsi à ce qui était futur de devenir passé. Plus cela se reproduit, plus l’attente diminue et plus le souvenir s’élargit, jusqu’à ce que toute attente soit épuisée, et que toute cette action, une fois terminée, devienne souvenir. Ce qui se passe dans l’ensemble du Psaume se produit également dans chacune de ses parties, et dans chacune de ses syllabes. Il en va de même pour cette action plus longue dont ce Psaume peut faire partie ; il en va de même pour toute la vie de l’homme, dont toutes les actions sont des parties ; il en va de même tout au long de l’âge des fils des hommes, dont toutes les vies sont des parties.
Mais comme Ta bonté est meilleure que toutes les vies, voici, ma vie n’est qu’une distraction. Ta main droite m’a soutenu, par mon Seigneur, le Fils de l’homme, le Médiateur entre Toi, l’Unique, et nous, nombreux. Grâce à Lui, je peux comprendre en Qui j’ai été compris, et me ressaisir après mes anciennes distractions, pour suivre l’Unique, oubliant ce qui est derrière, non pas distraitement, mais avec attention, non pas vers des choses qui viendront ou qui disparaîtront, mais vers celles qui existent déjà. Je poursuis mon chemin pour obtenir la récompense de mon appel céleste, afin d’y entendre la voix de Ta louange et de contempler Tes délices, qui ne viendront ni ne disparaîtront. Mais maintenant, mes années se passent dans le deuil. Et Toi, ô Seigneur, tu es mon réconfort.
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Mon Père éternel, j’ai été séparé au milieu des temps, dont l’ordre m’est inconnu ; et mes pensées, même les profondeurs de mon âme, sont déchirées et bouleversées par une multitude de troubles, jusqu’à ce que je me fonds en Toi, purifié et fondu par le feu de Ton amour.
Et maintenant je resterai ferme en Toi, dans ma forme, Ta vérité ; je ne supporterai pas les questions des hommes, qui, atteints d’une maladie pénale, aspirent à plus qu’ils ne peuvent contenir, et disent : « Que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre ? » Ou encore : « Comment lui est-il venu à l’esprit de créer quoi que ce soit, n’ayant jamais rien créé auparavant ? » Ô Seigneur, fais-les bien réfléchir à ce qu’ils disent, et qu’ils comprennent que « jamais » ne peut être prédiqué lorsque « le temps » n’existe pas. Ce qu’on dit donc qu’Il n’a jamais créé, n’est-ce pas simplement dire qu’Il l’a créé « en aucun temps » ? Qu’ils voient donc que le temps ne peut exister sans être créé, et qu’ils cessent de parler cette vanité.
Qu’ils s’ouvrent également à ce qui existe avant tout, et qu’ils comprennent Toi avant tous les temps, le Créateur éternel de tous les temps, et que aucun temps ne soit coéternel avec Toi, ni aucune créature, même s’il y avait une créature avant tous les temps.
Ô Seigneur, mon Dieu, quelle profondeur est cette retraite de Tes mystères, et combien loin m’ont jeté les conséquences de mes transgressions ! Guéris mes yeux, afin que je partage la joie de Ta lumière. Certes, s’il existe une intelligence douée d’une telle connaissance et prescience immenses, capable de connaître toutes choses passées et à venir, comme je le sais d’un psaume bien connu, alors cette intelligence est vraiment merveilleuse et effrayamment admirable ; car rien du passé, rien de ce qui viendra plus tard ne lui reste caché, tout comme, lorsque je chantais ce psaume, rien de ce qui était parti depuis le commencement, ni de ce qui restait jusqu’à la fin, ne m’était caché. Mais loin de Toi, Créateur de l’Univers, Créateur des âmes et des corps, loin de Toi l’idée que Tu connaisses ainsi toutes choses passées et à venir.
Bien plus merveilleusement, bien plus mystérieusement, Tu les connais. Car, contrairement aux sentiments de celui qui chante ce qu’il sait ou écoute une chanson bien connue, où ses sens sont troublés par l’attente des paroles à venir et le souvenir de celles qui sont passées, rien ne se produit pour Toi, éternel et immuable, c’est-à-dire le Créateur éternel des esprits. De même, comme au commencement Tu connaissais le ciel et la terre sans aucune variation dans Ta connaissance, ainsi as-Tu créé le ciel et la terre au commencement, sans aucune distraction dans Ton action. Que celui qui comprend le confesse à Toi ; et que celui qui…
Et maintenant je resterai ferme en Toi, dans ma forme, Ta vérité ; je ne supporterai pas les questions des hommes, qui, atteints d’une maladie pénale, aspirent à plus qu’ils ne peuvent contenir, et disent : « Que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre ? » Ou encore : « Comment lui est-il venu à l’esprit de créer quoi que ce soit, n’ayant jamais rien créé auparavant ? » Ô Seigneur, fais-les bien réfléchir à ce qu’ils disent, et qu’ils comprennent que « jamais » ne peut être prédiqué lorsque « le temps » n’existe pas. Ce qu’on dit donc qu’Il n’a jamais créé, n’est-ce pas simplement dire qu’Il l’a créé « en aucun temps » ? Qu’ils voient donc que le temps ne peut exister sans être créé, et qu’ils cessent de parler cette vanité.
Qu’ils s’ouvrent également à ce qui existe avant tout, et qu’ils comprennent Toi avant tous les temps, le Créateur éternel de tous les temps, et que aucun temps ne soit coéternel avec Toi, ni aucune créature, même s’il y avait une créature avant tous les temps.
Ô Seigneur, mon Dieu, quelle profondeur est cette retraite de Tes mystères, et combien loin m’ont jeté les conséquences de mes transgressions ! Guéris mes yeux, afin que je partage la joie de Ta lumière. Certes, s’il existe une intelligence douée d’une telle connaissance et prescience immenses, capable de connaître toutes choses passées et à venir, comme je le sais d’un psaume bien connu, alors cette intelligence est vraiment merveilleuse et effrayamment admirable ; car rien du passé, rien de ce qui viendra plus tard ne lui reste caché, tout comme, lorsque je chantais ce psaume, rien de ce qui était parti depuis le commencement, ni de ce qui restait jusqu’à la fin, ne m’était caché. Mais loin de Toi, Créateur de l’Univers, Créateur des âmes et des corps, loin de Toi l’idée que Tu connaisses ainsi toutes choses passées et à venir.
Bien plus merveilleusement, bien plus mystérieusement, Tu les connais. Car, contrairement aux sentiments de celui qui chante ce qu’il sait ou écoute une chanson bien connue, où ses sens sont troublés par l’attente des paroles à venir et le souvenir de celles qui sont passées, rien ne se produit pour Toi, éternel et immuable, c’est-à-dire le Créateur éternel des esprits. De même, comme au commencement Tu connaissais le ciel et la terre sans aucune variation dans Ta connaissance, ainsi as-Tu créé le ciel et la terre au commencement, sans aucune distraction dans Ton action. Que celui qui comprend le confesse à Toi ; et que celui qui…
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Celui qui ne comprend pas, qu’il te le confesse. Ô combien Tu es élevé, et pourtant les humbles de cœur sont Ta demeure ; car Tu relèves ceux qui sont courbés, et ils ne tombent pas, car Tu es leur élévation.
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LIVRE XII
Mon cœur, ô Seigneur, ému par les paroles de Ta Sainte Écriture, est très occupé, au milieu de cette pauvreté de ma vie. C’est pourquoi, le plus souvent, la pauvreté de la compréhension humaine est abondante en paroles : car interroger a plus à dire que découvrir, demander dure plus longtemps que d’obtenir, et notre main qui frappe a plus de travail à faire que notre main qui reçoit. Nous tenons la promesse ; qui pourra la rendre nulle ? Si Dieu est pour nous, qui peut être contre nous ? Demandez, et vous recevrez ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et il vous sera ouvert. Car quiconque demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et à celui qui frappe, il sera ouvert. Ce sont là Tes propres promesses : et qui a besoin de craindre d’être trompé, quand la Vérité promet ?
La modestie de ma langue avoue à Ta Hauteur que Tu as créé le ciel et la terre ; ce ciel que je vois, et cette terre sur laquelle je marche ; d’où vient cette terre que je porte en moi ? C’est Toi qui l’as faite. Mais où est ce ciel des cieux, ô Seigneur, dont nous entendons parler dans les paroles du Psaume ? Le ciel des cieux appartient au Seigneur ; mais la terre, l’a-t-Il donnée aux enfants des hommes ? Où est ce ciel que nous ne voyons pas, auquel tout ce que nous voyons n’est que terre ? Car cet ensemble corporel, n’étant pas partout entièrement présent, a reçu sa part de beauté dans ces parties inférieures, dont la plus basse est notre terre ; mais pour ce ciel des cieux, même le ciel de notre terre n’est que terre : en effet, ces deux grands corps ne peuvent pas être absurdement appelés terre, par rapport à ce ciel inconnu qui appartient au Seigneur, et non aux fils des hommes.
Et alors cette terre était invisible et sans forme, et il y avait, je ne sais quelle profondeur d’abîme, sur laquelle il n’y avait pas de lumière, parce qu’elle n’avait pas de forme. C’est pourquoi Tu as ordonné qu’il soit écrit : « Il y avait ténèbres sur la face des abîmes » ; qu’est-ce d’autre que l’absence de lumière ? Car s’il y avait eu de la lumière, où aurait-elle pu être, sinon partout, en haut, éclairant ? Là où il n’y avait pas de lumière, quelle était donc la présence des ténèbres, si ce n’est l’absence de lumière ? Les ténèbres étaient donc sur elle, parce que la lumière…
Mon cœur, ô Seigneur, ému par les paroles de Ta Sainte Écriture, est très occupé, au milieu de cette pauvreté de ma vie. C’est pourquoi, le plus souvent, la pauvreté de la compréhension humaine est abondante en paroles : car interroger a plus à dire que découvrir, demander dure plus longtemps que d’obtenir, et notre main qui frappe a plus de travail à faire que notre main qui reçoit. Nous tenons la promesse ; qui pourra la rendre nulle ? Si Dieu est pour nous, qui peut être contre nous ? Demandez, et vous recevrez ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et il vous sera ouvert. Car quiconque demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et à celui qui frappe, il sera ouvert. Ce sont là Tes propres promesses : et qui a besoin de craindre d’être trompé, quand la Vérité promet ?
La modestie de ma langue avoue à Ta Hauteur que Tu as créé le ciel et la terre ; ce ciel que je vois, et cette terre sur laquelle je marche ; d’où vient cette terre que je porte en moi ? C’est Toi qui l’as faite. Mais où est ce ciel des cieux, ô Seigneur, dont nous entendons parler dans les paroles du Psaume ? Le ciel des cieux appartient au Seigneur ; mais la terre, l’a-t-Il donnée aux enfants des hommes ? Où est ce ciel que nous ne voyons pas, auquel tout ce que nous voyons n’est que terre ? Car cet ensemble corporel, n’étant pas partout entièrement présent, a reçu sa part de beauté dans ces parties inférieures, dont la plus basse est notre terre ; mais pour ce ciel des cieux, même le ciel de notre terre n’est que terre : en effet, ces deux grands corps ne peuvent pas être absurdement appelés terre, par rapport à ce ciel inconnu qui appartient au Seigneur, et non aux fils des hommes.
Et alors cette terre était invisible et sans forme, et il y avait, je ne sais quelle profondeur d’abîme, sur laquelle il n’y avait pas de lumière, parce qu’elle n’avait pas de forme. C’est pourquoi Tu as ordonné qu’il soit écrit : « Il y avait ténèbres sur la face des abîmes » ; qu’est-ce d’autre que l’absence de lumière ? Car s’il y avait eu de la lumière, où aurait-elle pu être, sinon partout, en haut, éclairant ? Là où il n’y avait pas de lumière, quelle était donc la présence des ténèbres, si ce n’est l’absence de lumière ? Les ténèbres étaient donc sur elle, parce que la lumière…
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pas dessus ; car là où il n’y a pas de son, il y a le silence. Et que signifie avoir du silence là-bas, sinon ne pas avoir de son là-bas ? N’as-Tu pas, ô Seigneur, enseigné à son âme qui Te confesse ? N’as-Tu pas m’enseigné, Seigneur, que avant que Tu n’aies formé et diversifié cette matière informe, il n’y avait rien, ni couleur, ni forme, ni corps, ni esprit ? Et pourtant pas complètement rien ; car il y avait une certaine informité, sans aucune beauté. Comment donc pourrait-on l’appeler, afin de pouvoir le transmettre, dans une certaine mesure, à ceux dont l’esprit est plus lent, autrement qu’avec un mot ordinaire ? Et parmi toutes les parties du monde, laquelle peut être considérée comme la plus proche d’une informité absolue que la terre et les profondeurs ? Car, occupant le niveau le plus bas, elles sont moins belles que les autres parties supérieures, toutes transparentes et brillantes. Pourquoi donc ne pourrais-je pas concevoir l’informatité de la matière (que Tu avais créée sans beauté, afin de former ce monde beau) comme étant convenablement indiquée aux hommes sous le nom de terre invisible et sans forme ?
Ainsi, lorsque la pensée cherche ce que les sens peuvent concevoir à ce sujet, et se dit : « Ce n’est pas une forme intellectuelle, comme la vie ou la justice ; car c’est la matière des corps ; ni un objet des sens, car étant invisible et sans forme, il n’y avait en elle aucun objet de la vue ou des sens » — tandis que la pensée humaine se dit ainsi, elle peut s’efforcer soit de la connaître en étant ignorante d’elle, soit d’être ignorante en la connaissant.
Mais moi, Seigneur, si je voulais, par ma langue et mon stylo, Te confesser tout ce que Toi-même m’as enseigné sur cette matière — dont j’avais entendu le nom auparavant sans le comprendre, lorsque ceux qui ne le comprenaient pas me en parlaient, si bien que je l’imaginais comme ayant d’innombrables formes et diverses, et donc je ne l’imaginais pas du tout, mon esprit produisant çà et là des « formes » sales et horribles, dépourvues de toute ordonnance, mais néanmoins des « formes » ; et je l’appelais sans forme non pas parce qu’elle manquait de toute forme, mais parce qu’elle en avait de telles que mon esprit, si elles lui étaient présentées, les repousserait comme inhabituelles et discordantes, et que la faiblesse humaine en serait troublée. Et pourtant ce que j’imaginais était sans forme, non pas parce qu’il était privé de toute forme, mais en comparaison avec des formes plus belles ; et la vraie raison m’a convaincu que je devais absolument le dépouiller de tous les restes de forme possibles, si je voulais concevoir la matière comme étant absolument sans forme ; et je ne pouvais pas ; car je préférerais imaginer qu’elle n’existe pas du tout, celle qui serait privée de toute forme, plutôt que de concevoir une chose entre la forme et le néant, ni formée, ni rien, un quasi-néant sans forme. Ainsi mon esprit abandonna la question à mon esprit, celui-ci étant rempli de…
Ainsi, lorsque la pensée cherche ce que les sens peuvent concevoir à ce sujet, et se dit : « Ce n’est pas une forme intellectuelle, comme la vie ou la justice ; car c’est la matière des corps ; ni un objet des sens, car étant invisible et sans forme, il n’y avait en elle aucun objet de la vue ou des sens » — tandis que la pensée humaine se dit ainsi, elle peut s’efforcer soit de la connaître en étant ignorante d’elle, soit d’être ignorante en la connaissant.
Mais moi, Seigneur, si je voulais, par ma langue et mon stylo, Te confesser tout ce que Toi-même m’as enseigné sur cette matière — dont j’avais entendu le nom auparavant sans le comprendre, lorsque ceux qui ne le comprenaient pas me en parlaient, si bien que je l’imaginais comme ayant d’innombrables formes et diverses, et donc je ne l’imaginais pas du tout, mon esprit produisant çà et là des « formes » sales et horribles, dépourvues de toute ordonnance, mais néanmoins des « formes » ; et je l’appelais sans forme non pas parce qu’elle manquait de toute forme, mais parce qu’elle en avait de telles que mon esprit, si elles lui étaient présentées, les repousserait comme inhabituelles et discordantes, et que la faiblesse humaine en serait troublée. Et pourtant ce que j’imaginais était sans forme, non pas parce qu’il était privé de toute forme, mais en comparaison avec des formes plus belles ; et la vraie raison m’a convaincu que je devais absolument le dépouiller de tous les restes de forme possibles, si je voulais concevoir la matière comme étant absolument sans forme ; et je ne pouvais pas ; car je préférerais imaginer qu’elle n’existe pas du tout, celle qui serait privée de toute forme, plutôt que de concevoir une chose entre la forme et le néant, ni formée, ni rien, un quasi-néant sans forme. Ainsi mon esprit abandonna la question à mon esprit, celui-ci étant rempli de…
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Des images des corps formés, et les faire changer et varier à Sa volonté ; et je me suis penché sur les corps eux-mêmes, et j’ai examiné plus en profondeur leur changabilité, par laquelle ils cessent d’être ce qu’ils étaient et commencent à être ce qu’ils n’étaient pas ; et ce même passage d’une forme à une autre, je soupçonnais qu’il s’opérait par un certain état sans forme, et non par un simple néant ; pourtant, je désirais le savoir, et non seulement le soupçonner. — Si donc ma voix et ma plume pouvaient Te confesser tout, tout ce que Tu as dénoué pour moi dans cette question, quel lecteur accepterait de comprendre l’ensemble ? Mon cœur, lui aussi, ne cesserait pas de Te rendre honneur et de Te chanter des louanges pour ces choses qu’il est incapable d’exprimer. Car la changabilité des choses changeantes est elle-même capable de toutes ces formes dans lesquelles ces choses changeantes se transforment. Et quelle est cette changabilité ? Est-ce l’âme ? Est-ce le corps ? Est-ce ce qui constitue l’âme ou le corps ? On pourrait dire : « un rien qui est quelque chose », un « est, n’est pas » ; je dirais que c’est bien cela : et pourtant, d’une certaine manière, cela existait déjà, car il était capable de recevoir ces figures visibles et composées. Mais d’où tenait-il ce degré d’être, sinon de Toi, De Qui proviennent toutes choses, pour autant qu’elles existent ? Mais plus on s’éloigne de Toi, plus on Te ressemble moins ; car il ne s’agit pas d’une distance géographique. Toi donc, Seigneur, qui n’es pas un en un lieu et différent en un autre, mais le Même, le Même, le Même, Saint, Saint, Saint, Seigneur Dieu Tout-Puissant, au commencement, qui vient de Toi, dans Ta Sagesse, née de Ta propre Substance, Tu as créé quelque chose, et ce, à partir du néant. Car Tu as créé le ciel et la terre ; non à partir de Toi-même, car alors ils auraient été égaux à Ton Fils unique, et donc aussi à Toi ; or, il n’était en aucun cas juste qu’une chose soit égale à Toi si elle n’était pas issue de Toi. Et il n’y avait rien d’autre que Toi dont Tu aurais pu les créer, ô Dieu, Une Trinité et Unité trine ; c’est pourquoi, à partir du néant, Tu as créé le ciel et la terre ; une chose grande et une chose petite ; car Tu es Tout-Puissant et Bon, afin de rendre toutes choses bonnes, même le grand ciel et la petite terre. Tu existais, et il n’y avait rien d’autre à partir de quoi Tu aies créé le ciel et la terre ; des choses de deux sortes : l’une proche de Toi, l’autre proche du néant ; l’une à laquelle seul Tu devrais être supérieur ; l’autre, à laquelle rien ne devrait être inférieur. Mais ce ciel des cieux était pour Toi, ô Seigneur ; mais la terre que Tu as donnée aux fils des hommes, pour qu’ils la voient et la sentent, n’était pas telle que nous la voyons et la sentons aujourd’hui. Car elle était invisible, sans forme, et il y avait un abîme, au-dessus…
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où il n’y avait pas de lumière ; ou plutôt, les ténèbres étaient au-dessus des abîmes, c’est-à-dire plus que dans les abîmes mêmes. Car ces abîmes d’eau, visibles maintenant, possèdent même en leurs profondeurs une lumière propre à leur nature ; perceptible, dans une certaine mesure, par les poissons et les créatures rampantes qui se trouvent au fond. Mais tout cet abîme n’était presque rien, car jusqu’alors il était entièrement sans forme ; pourtant il y avait déjà ce qui pouvait être formé. Car Toi, Seigneur, Tu as fait le monde à partir d’une matière sans forme, que Tu as, à partir de rien, transformée en quelque chose qui ressemble presque à rien, afin de créer ces grandes choses dont nous, fils des hommes, sommes émerveillés. Car ce ciel corporel est vraiment merveilleux ; ce firmament entre les eaux, le deuxième jour, après la création de la lumière, Tu as dit : Qu’il y ait un firmament, et il y en eut un. Ce firmament, Tu l’as appelé ciel ; le ciel, c’est-à-dire celui qui entoure cette terre et cette mer, que Tu as créés le troisième jour, en donnant une forme visible à la matière informe que Tu avais créée avant tous les jours. Car Tu avais déjà créé un ciel avant tous les jours ; mais c’était le ciel de ce ciel ; car au commencement Tu avais créé le ciel et la terre. Mais cette terre que Tu as créée était une matière informe, car elle était invisible et sans forme, et les ténèbres étaient sur les abîmes ; à partir de cette terre invisible et sans forme, de cette absence de forme, de ce presque rien, Tu as pu créer toutes ces choses dont se compose ce monde changeant, qui cependant ne persiste pas ; sa propre changabilité apparaît dans le fait que l’on puisse y observer et y compter les temps. Car les temps sont créés par les transformations des choses, tandis que les figures, dont la matière est cette terre invisible mentionnée précédemment, varient et se transforment. C’est pourquoi l’Esprit, le Maître de Ton serviteur, lorsqu’il raconte que Tu as créé au commencement le ciel et la terre, ne parle ni des temps ni des jours. Car en vérité, ce ciel des cieux que Tu as créé au commencement est une créature intellectuelle qui, bien qu’elle ne soit pas coéternelle avec Toi, la Trinité, participe néanmoins à Ta durée éternelle, et, grâce à la douceur de cette contemplation très heureuse de Toi-même, maîtrise fermement sa propre changabilité ; et, sans aucune chute depuis sa première création, restant étroitement attachée à Toi, elle se trouve au-delà de toutes les vicissitudes changeantes des temps. De même, cette même absence de forme de la terre, invisible et sans forme, n’est pas comptée parmi les jours. Car là où il n’y a ni forme ni ordre, rien ne vient ni ne s’en va ; et là où cela n’existe pas, il n’y a manifestement ni jours ni aucune alternance des espaces de temps. Ô, que la Lumière, la Vérité, la Lumière de mon cœur, et non mes propres ténèbres, parle à moi. Je suis tombé dans cela et je me suis assombri ; mais même de là,
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Même de là, je T’aimais. Je me suis égaré, et je me suis souvenu de Toi. J’ai entendu Ta voix derrière moi, m’appelant à revenir ; mais je l’ai à peine entendue, à cause du tumulte des ennemis de la paix. Et maintenant, voici, je reviens dans la détresse et haletant vers Ta source. Que personne ne m’en empêche ! C’est de cela que je boirai, et ainsi je vivrai. Ne me laisse pas être ma propre vie ; par moi-même, j’ai vécu mal ; la mort était pour moi ; et je renaîs en Toi. Parle-moi, converse avec moi. J’ai cru en Tes Livres, et leurs paroles sont pleines de mystère.
Déjà Tu m’as dit d’une voix forte, ô Seigneur, dans mon oreille intérieure, que Tu es éternel, Toi seul qui possèdes l’immortalité ; car Tu ne peux être changé ni en apparence ni en mouvement, et Ta volonté n’est pas altérée par le temps : car aucune volonté qui varie n’est immortelle. Cela m’est clair à Tes yeux, et que cela devienne de plus en plus clair pour moi, je T’en supplie ; et dans sa manifestation, que je demeure avec sobriété sous Tes ailes. Tu m’as aussi dit d’une voix forte, ô Seigneur, dans mon oreille intérieure, que Tu as créé toutes les natures et toutes les substances, qui ne sont pas ce que Tu es, et pourtant existent ; et que seul ce qui n’est pas issu de Toi n’existe pas, et que le mouvement de la volonté part de Toi, qui es, vers ce qui est à un degré inférieur, car un tel mouvement est transgression et péché ; et que le péché de personne ne Te fait de mal, ni ne perturbe l’ordre de Ton gouvernement, ni au début ni à la fin. Cela m’est clair à Tes yeux, et que cela devienne de plus en plus clair pour moi, je T’en supplie : et dans sa manifestation, que je demeure avec sobriété sous Tes ailes.
Tu m’as aussi dit d’une voix forte, dans mon oreille intérieure, que cette créature n’est pas coéternelle à Toi, Toi seul étant sa félicité ; elle, avec une pureté extrêmement persévérante, tirant sa nourriture de Toi, ne manifeste en aucun lieu ni en aucun moment sa nature changeante ; et, Toi étant toujours présent auprès d’elle, à Qui elle se garde entièrement par son affection, n’ayant ni futur à attendre, ni ne transportant dans le passé ce qu’elle se souvient, elle n’est ni changée par aucun changement, ni distraite par aucun temps. Ô créature bénie, s’il en existe une, pour s’attacher à Ta Béatitude ; bénie en Toi, Ton habitant éternel et Ton éclairateur ! Je ne trouve pas non plus de nom par lequel je puisse appeler davantage « le ciel des cieux », qui est celui du Seigneur, que Ta maison, qui contemple Tes délices sans jamais s’éloigner pour aller vers un autre ; une seule âme pure, parfaitement unie, grâce à cet état stable de paix des esprits saints, les citoyens de Ta ville dans les lieux célestes ; bien au-dessus de ces lieux célestes que nous voyons.
Déjà Tu m’as dit d’une voix forte, ô Seigneur, dans mon oreille intérieure, que Tu es éternel, Toi seul qui possèdes l’immortalité ; car Tu ne peux être changé ni en apparence ni en mouvement, et Ta volonté n’est pas altérée par le temps : car aucune volonté qui varie n’est immortelle. Cela m’est clair à Tes yeux, et que cela devienne de plus en plus clair pour moi, je T’en supplie ; et dans sa manifestation, que je demeure avec sobriété sous Tes ailes. Tu m’as aussi dit d’une voix forte, ô Seigneur, dans mon oreille intérieure, que Tu as créé toutes les natures et toutes les substances, qui ne sont pas ce que Tu es, et pourtant existent ; et que seul ce qui n’est pas issu de Toi n’existe pas, et que le mouvement de la volonté part de Toi, qui es, vers ce qui est à un degré inférieur, car un tel mouvement est transgression et péché ; et que le péché de personne ne Te fait de mal, ni ne perturbe l’ordre de Ton gouvernement, ni au début ni à la fin. Cela m’est clair à Tes yeux, et que cela devienne de plus en plus clair pour moi, je T’en supplie : et dans sa manifestation, que je demeure avec sobriété sous Tes ailes.
Tu m’as aussi dit d’une voix forte, dans mon oreille intérieure, que cette créature n’est pas coéternelle à Toi, Toi seul étant sa félicité ; elle, avec une pureté extrêmement persévérante, tirant sa nourriture de Toi, ne manifeste en aucun lieu ni en aucun moment sa nature changeante ; et, Toi étant toujours présent auprès d’elle, à Qui elle se garde entièrement par son affection, n’ayant ni futur à attendre, ni ne transportant dans le passé ce qu’elle se souvient, elle n’est ni changée par aucun changement, ni distraite par aucun temps. Ô créature bénie, s’il en existe une, pour s’attacher à Ta Béatitude ; bénie en Toi, Ton habitant éternel et Ton éclairateur ! Je ne trouve pas non plus de nom par lequel je puisse appeler davantage « le ciel des cieux », qui est celui du Seigneur, que Ta maison, qui contemple Tes délices sans jamais s’éloigner pour aller vers un autre ; une seule âme pure, parfaitement unie, grâce à cet état stable de paix des esprits saints, les citoyens de Ta ville dans les lieux célestes ; bien au-dessus de ces lieux célestes que nous voyons.
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Par cela, que l’âme, dont le pèlerinage est long et lointain, puisse comprendre : si elle aspire maintenant à Toi, si ses larmes deviennent son pain, tandis qu’on lui dit chaque jour : Où est Ton Dieu ? Si elle cherche maintenant une chose auprès de Toi et la désire, afin de demeurer dans Ta maison tous les jours de sa vie (et quelle est sa vie, sinon Toi ? Et quels sont Tes jours, sinon Ta éternité, comme Tes années qui ne finissent jamais, car Tu es toujours le même ?) ; par cela donc, que l’âme capable comprenne à quel point Tu es, au-delà de tous les temps, éternel ; voyant Ta maison qui, en aucun moment, n’a été transportée dans un pays lointain, bien qu’elle ne soit pas coéternelle avec Toi, elle ne subit cependant aucune variation des temps, en s’accrochant continuellement et sans faille à Toi. Cela m’est clair à Tes yeux, et je T’en supplie, qu’il devienne de plus en plus clair pour moi, et que, dans sa manifestation, je puisse demeurer avec sobriété sous Tes ailes.
Vois, il y a, je ne sais quelle amorphie dans ces transformations de ces créatures dernières et les plus basses ; et qui pourra me le dire (sauf celui qui, à travers le vide de son propre cœur, s’étonne et se balance au milieu de ses propres fantaisies ?) – qui d’autre que lui pourrait me dire que, si toute forme est ainsi détruite et consumée, au point qu’il ne reste que cette amorphie, par laquelle la chose a changé et est passée d’une forme à une autre, cela pourrait-il montrer les vicissitudes des temps ? Car manifestement non, car sans la variété des mouvements, il n’y a pas de temps : et sans variété, il n’y a pas de forme.
Ayant considéré ces choses, autant que Tu me le permets, ô mon Dieu, autant que Tu m’incites à frapper, et autant que Tu m’ouvres en réponse à mes coups, je constate que Tu as créé deux choses, ni dans le cadre du temps, ni l’une ni l’autre n’étant coéternelles avec Toi. L’une, qui est si formée que, sans cesse contemplative, sans aucun intervalle de changement, bien qu’elle soit changeante, elle n’est pourtant pas changée, et peut jouir pleinement de Ta durée éternelle et de Ton immuabilité ; l’autre, qui était si amorphe qu’elle n’avait pas ce qui permettrait de passer d’une forme à une autre, que ce soit par le mouvement ou par le repos, de sorte qu’elle devienne soumise au temps. Mais Tu n’as pas laissée celle-ci ainsi amorphe, car avant tous les jours, au commencement, Tu as créé le Ciel et la Terre, ces deux choses dont je parlais. Mais la Terre était invisible et sans forme, et l’obscurité régnait sur les profondeurs. En ces mots, l’amorphie nous est transmise (afin que des capacités puissent être progressivement développées par là, celles qui ne peuvent concevoir une privation totale de toute forme, sans pour autant en arriver au néant), à partir de laquelle en découle une autre.
Vois, il y a, je ne sais quelle amorphie dans ces transformations de ces créatures dernières et les plus basses ; et qui pourra me le dire (sauf celui qui, à travers le vide de son propre cœur, s’étonne et se balance au milieu de ses propres fantaisies ?) – qui d’autre que lui pourrait me dire que, si toute forme est ainsi détruite et consumée, au point qu’il ne reste que cette amorphie, par laquelle la chose a changé et est passée d’une forme à une autre, cela pourrait-il montrer les vicissitudes des temps ? Car manifestement non, car sans la variété des mouvements, il n’y a pas de temps : et sans variété, il n’y a pas de forme.
Ayant considéré ces choses, autant que Tu me le permets, ô mon Dieu, autant que Tu m’incites à frapper, et autant que Tu m’ouvres en réponse à mes coups, je constate que Tu as créé deux choses, ni dans le cadre du temps, ni l’une ni l’autre n’étant coéternelles avec Toi. L’une, qui est si formée que, sans cesse contemplative, sans aucun intervalle de changement, bien qu’elle soit changeante, elle n’est pourtant pas changée, et peut jouir pleinement de Ta durée éternelle et de Ton immuabilité ; l’autre, qui était si amorphe qu’elle n’avait pas ce qui permettrait de passer d’une forme à une autre, que ce soit par le mouvement ou par le repos, de sorte qu’elle devienne soumise au temps. Mais Tu n’as pas laissée celle-ci ainsi amorphe, car avant tous les jours, au commencement, Tu as créé le Ciel et la Terre, ces deux choses dont je parlais. Mais la Terre était invisible et sans forme, et l’obscurité régnait sur les profondeurs. En ces mots, l’amorphie nous est transmise (afin que des capacités puissent être progressivement développées par là, celles qui ne peuvent concevoir une privation totale de toute forme, sans pour autant en arriver au néant), à partir de laquelle en découle une autre.
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Le Ciel pourrait avoir été créé, ainsi qu’une terre visible et bien formée : et les eaux, disposées de diverses manières, ainsi que tout ce qui fait partie de la formation du monde, ont été créés, dit-on, non sans jours ; et c’est de telle nature que des changements successifs peuvent s’y produire, étant soumis à des modifications déterminées de leurs mouvements et de leurs formes. Voilà donc ce que je conçois, ô mon Dieu, lorsque j’entends Ta Sainte Écriture dire : « Au commencement, Dieu créa le Ciel et la Terre » ; et que la Terre était invisible et sans forme, et que l’obscurité régnait sur les abîmes, sans mentionner en quel jour Tu les as créés. Voilà ce que je conçois : c’est à cause du Ciel des cieux — ce Ciel intellectuel, dont les Intelligences connaissent tout d’un coup, non pas en partie, ni dans l’obscurité, ni à travers un intermédiaire, mais dans leur intégralité, en manifestation, face à face ; non pas « ceci maintenant, et cela ensuite », mais (comme je l’ai dit) connaître tout d’un coup, sans aucune succession de temps ; — et c’est aussi à cause de la terre invisible et sans forme, sans aucune succession de temps qui présente « ceci maintenant, et cela ensuite » ; car là où il n’y a pas de forme, il n’y a pas de distinction entre les choses. C’est donc, en raison de ces deux éléments, un principe formé et un principe informe : l’un, le Ciel, mais le Ciel des cieux ; l’autre, la terre, mais la terre invisible et sans forme. C’est pour ces deux raisons que je conçois que Ta Sainte Écriture ait dit, sans mentionner de jours : « Au commencement, Dieu créa le Ciel et la Terre ». Car aussitôt après, elle précise de quelle terre il est question ; et aussi, du fait que le Firmament est dit avoir été créé le deuxième jour, et appelé Ciel, elle nous indique de quel Ciel Il parlait auparavant, sans mentionner de jours.
Quelle profondeur merveilleuse dans Tes paroles ! Leur surface, voilà, est devant nous, invitante pour les simples ; pourtant, c’est une profondeur admirable. Ô mon Dieu, quelle profondeur merveilleuse ! Il est effrayant de y regarder ; une effrayante majesté, et un frisson d’amour. J’ai une haine violente pour ceux qui en sont les ennemis ; ah, que Tu veuilles les tuer de Ton épée à double tranchant, afin qu’ils ne soient plus leurs ennemis ! Car j’aime tant qu’ils soient tués pour eux-mêmes, afin qu’ils vivent pour Toi. Mais voici d’autres, qui ne cherchent pas à trouver des défauts, mais qui exaltent le livre de la Genèse : « L’Esprit de Dieu », disent-ils, « qui, par son serviteur Moïse, a écrit ces choses, n’aurait pas voulu que ces paroles soient comprises de cette manière ; Il n’aurait pas voulu qu’on les comprenne comme tu le dis, mais autrement, comme nous le disons. »
À Celui-là, Toi-même, ô Dieu tout-puissant, en tant que juge, je réponds ainsi.
Quelle profondeur merveilleuse dans Tes paroles ! Leur surface, voilà, est devant nous, invitante pour les simples ; pourtant, c’est une profondeur admirable. Ô mon Dieu, quelle profondeur merveilleuse ! Il est effrayant de y regarder ; une effrayante majesté, et un frisson d’amour. J’ai une haine violente pour ceux qui en sont les ennemis ; ah, que Tu veuilles les tuer de Ton épée à double tranchant, afin qu’ils ne soient plus leurs ennemis ! Car j’aime tant qu’ils soient tués pour eux-mêmes, afin qu’ils vivent pour Toi. Mais voici d’autres, qui ne cherchent pas à trouver des défauts, mais qui exaltent le livre de la Genèse : « L’Esprit de Dieu », disent-ils, « qui, par son serviteur Moïse, a écrit ces choses, n’aurait pas voulu que ces paroles soient comprises de cette manière ; Il n’aurait pas voulu qu’on les comprenne comme tu le dis, mais autrement, comme nous le disons. »
À Celui-là, Toi-même, ô Dieu tout-puissant, en tant que juge, je réponds ainsi.
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Affirmerez-vous que ce qui m’est dit avec une voix forte par la Vérité dans mon oreille intérieure, concernant l’Éternité du Créateur – à savoir que Sa substance n’est en aucune façon modifiée par le temps, ni que Sa volonté ne peut être séparée de Sa substance – est faux ? C’est pourquoi Il ne veut pas une chose maintenant et une autre un instant plus tard ; mais une fois, et immédiatement, et toujours, Il veut toutes les choses qu’Il veut ; ni encore et encore, ni maintenant ceci, maintenant cela ; ni ne veut-il ensuite ce qu’Il n’a pas voulu auparavant, ni ne refuse-t-Il ce qu’Il a voulu auparavant ; car une telle volonté existe, et rien de changeant n’est éternel : mais notre Dieu est éternel. De plus, ce qu’Il me dit dans mon oreille intérieure, à savoir que l’attente des choses à venir devient vision lorsque celles-ci arrivent, et que cette même vision devient mémoire lorsqu’elles sont passées, tout pensée qui varie ainsi est changeante ; et rien de changeant n’est éternel : mais notre Dieu est éternel. J’en déduis donc ces choses, je les rassemble, et je constate que mon Dieu, le Dieu éternel, n’a créé aucune créature selon une volonté nouvelle, et que Sa connaissance ne admet rien de transitoire. « Que direz-vous donc, ô vous qui niez ? Ces choses sont-elles fausses ? » « Non », disent-ils ; « Alors quoi ? Est-il faux que toute nature déjà formée, ou matière capable de forme, n’existe que par Celui qui est suprêmement bon, parce qu’Il est suprême ? » « Nous ne nions pas non plus cela », disent-ils. « Alors quoi ? Niez-vous donc qu’il existe une certaine créature sublime, attachée par un amour si pur au vrai et véritablement éternel Dieu, qu’elle, bien qu’non coéternelle avec Lui, n’est pas pour autant séparée de Lui, ni dissoute dans la variété et les vicissitudes des temps, mais demeure dans la contemplation la plus authentique de Lui seul ? » Car Toi, ô Dieu, Tu te montres à celui qui T’aime autant que Tu le commandes, et Tu lui suffis ; c’est pourquoi il ne s’éloigne ni de Toi, ni de lui-même. C’est là la maison de Dieu, non faite de matière terrestre, ni de masse céleste corporelle, mais spirituelle, et participante de Ton éternité, car elle est sans défaut pour l’éternité. Car Tu l’as rendue ferme pour toujours, Tu lui as donné une loi qu’elle ne pourra jamais transgresser. Elle n’est cependant pas coéternelle avec Toi, ô Dieu, car elle a un commencement ; car elle a été créée. Car, bien que nous ne trouvions aucun temps avant elle, la sagesse a été créée avant toutes choses ; non pas cette sagesse qui est entièrement égale et coéternelle avec Toi, notre Dieu, son Père, par Qui toutes choses ont été créées, et en Qui, en tant que Début, Tu as créé le ciel et la terre ; mais cette sagesse qui est créée, c’est-à-dire la nature intellectuelle, qui, en contemplant la lumière, devient lumière. Car celle-ci, bien qu’elle soit créée, est aussi appelée sagesse. Mais quelle différence y a-t-il entre la Lumière qui éclaire et celle qui est éclairée, autant y a-t-il de différence entre la Sagesse qui crée et celle qui est créée ; comme entre…
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La justice qui justifie, et la justice qui est produite par la justification. Car nous aussi sommes appelés ta justice ; car ainsi le dit un de tes serviteurs : afin que nous devenions la justice de Dieu en Lui. Donc, puisqu’une sagesse créée a été créée avant toutes choses, l’esprit rationnel et intellectuel de cette cité chaste à toi, notre mère qui est au-dessus, libre et éternelle dans les cieux (quels cieux, sinon ceux qui te louent, le Ciel des cieux ? Car c’est aussi le Ciel des cieux pour le Seigneur) ; — bien que nous ne trouvions pas de temps avant elle (car ce qui a été créé avant toutes choses précède également la créature du temps), l’Éternité du Créateur Lui-même est avant elle, De Qui, en étant créée, elle a tiré son commencement, non pas celui du temps (car le temps lui-même n’existait pas encore), mais celui de sa création. Ainsi en est-il de toi, notre Dieu, tu es entièrement autre que toi-même, et non le même : car bien que nous ne trouvions ni temps avant elle, ni même en elle (il convient toujours de contempler ton visage, et on n’en est jamais éloigné, c’est pourquoi elle n’est pas altérée par aucun changement), il y a en elle une propension au changement, d’où elle pourrait devenir sombre et froide, mais grâce à un attachement fort envers toi, comme un midi perpétuel, elle brille et resplendit de toi. Ô maison très lumineuse et délicieuse ! J’ai aimé ta beauté, et le lieu de demeure de la gloire de mon Seigneur, ton constructeur et possesseur. Que mon soupir errant te poursuive, et je dis À Celui qui t’a faite : qu’Il prenne aussi possession de moi en toi, puisqu’Il m’a fait de même. J’ai erré comme une brebis perdue : pourtant, sur les épaules de mon Berger, ton constructeur, j’espère être ramené à toi. « Que dites-vous à moi, ô vous qui niez ce dont je parlais, alors que vous croyez encore que Moïse était le saint serviteur de Dieu, et que ses livres sont les oracles du Saint-Esprit ? Cette maison de Dieu, certes non coéternelle avec Dieu, est cependant, selon sa mesure, éternelle dans les cieux, lorsque vous cherchez en vain des changements de temps, parce que vous ne les trouverez pas. Car ce à quoi il est toujours bon de s’accrocher fermement à Dieu dépasse toute étendue et tous les cycles du temps. » « C’est vrai », disent-ils. « Alors, que dire de tout ce que mon cœur a exprimé haut et fort à mon Dieu, lorsqu’il a entendu intérieurement la voix de son louange ? Quelle partie de cela affirmez-vous être fausse ? Est-ce que la matière était sans forme, et parce qu’il n’y avait pas de forme, il n’y avait pas d’ordre ? Mais là où il n’y avait pas d’ordre, il ne pouvait y avoir de vicissitudes des temps : et pourtant, ce “presque rien”, puisqu’il n’était pas complètement rien, venait de Lui. »
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Certes, de Celui dont provient tout ce qui existe, en quelque degré que ce soit. « Cela aussi », disent-ils, « n’est-ce pas que nous nions ? » Avec eux, je discute un peu en Ta présence, ô mon Dieu, Toi qui fais que toutes ces choses soient vraies, celles que Ta Vérité chuchote à mon âme. Quant à ceux qui nient ces choses, qu’ils aboient et se rendent sourds autant qu’ils le souhaitent ; j’essaierai de les convaincre de se taire et d’ouvrir en eux une voie pour Ta parole. Mais s’ils refusent et me repoussent, je t’en prie, ô mon Dieu, ne reste pas silencieux envers moi. Parle véritablement dans mon cœur ; car seul Toi parles ainsi : et je les laisserai là, soufflant sur la poussière extérieure et la soulevant dans leurs propres yeux ; quant à moi, j’entrerai dans ma chambre et y chanterai un chant d’amour pour Toi, gémissant de gémissements indicibles, durant mon voyage, en me remémorant Jérusalem, avec un cœur levé vers elle, Jérusalem, ma patrie, Jérusalem, ma mère, et Toi-même qui règnes sur elle, l’Éclairé, le Père, le Gardien, l’Époux, la joie pure et forte, la joie solide, et toutes les bonnes choses indescriptibles, oui, toutes en même temps, car Tu es le Unique Souverain et le vrai Bien. Je ne m’éloignerai pas, jusqu’à ce que Tu rassembles tout ce que je suis, de cet état dispersé et désordonné, dans la paix de cette mère si chère à nous, où les premiers fruits de mon esprit sont déjà (d’où je suis certain de ces choses), et que Tu le façonne et le confirmes pour toujours, ô mon Dieu, ma Miséricorde. Mais ceux qui ne déclarent pas toutes ces vérités fausses, qui honorent Ta Sainte Écriture, exposée par le saint Moïse, la plaçant, comme nous, au sommet de l’autorité à suivre, et qui pourtant me contredisent en quelque chose, je réponds ainsi : Juge-Toi Toi-même, ô notre Dieu, entre mes Confessions et les contradictions de ces hommes. Car ils disent : « Bien que ces choses soient vraies, Moïse n’avait pas en vue ces deux choses lorsqu’, par révélation du Saint-Esprit, il dit : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Il n’a pas, sous le nom de ciel, désigné cette créature spirituelle ou intellectuelle qui contemple toujours le visage de Dieu ; ni, sous le nom de terre, cette matière sans forme. » « Alors quoi ? » « Ce homme de Dieu », disent-ils, « voulait dire, comme nous le disons, c’est ce qu’il a exprimé par ces mots. » « Quoi ? » « Par le nom de ciel et de terre, il voulait d’abord désigner », disent-ils, « de manière universelle et concise, tout ce monde visible ; afin ensuite, en énumérant les différents jours, de détailler, pour ainsi dire, pièce par pièce, toutes ces choses que le Saint-Esprit a voulu ainsi énoncer. Car c’était un peuple grossier et charnel à qui il s’adressait, qu’il jugeait apte à recevoir la connaissance des œuvres de Dieu uniquement celles qui étaient visibles. » Ils s’accordent cependant sur le fait que sous le mot terre…
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Invisible et sans forme, et ces ténèbres profondes (d’où il est ensuite montré que toutes ces choses visibles que nous connaissons furent créées et organisées durant ces « jours ») peuvent, sans incohérence, être comprises comme cette matière première sans forme.
Que se passerait-il si quelqu’un disait que « cette même absence de forme et ce chaos de la matière furent d’abord désignés sous le nom de ciel et de terre, parce que c’est à partir d’eux que fut créé et perfectionné ce monde visible avec toutes ces natures qui y apparaissent de la manière la plus évidente, et qui sont souvent appelées ciel et terre ? » Ou encore, que si quelqu’un affirmait que « la nature invisible et visible ne sont pas en effet improprement appelées ciel et terre ; et donc que la création universelle, que Dieu a faite dans Sa Sagesse, c’est-à-dire au commencement, était comprise sous ces deux mots ? Cependant, puisque toutes choses ne sont pas faites de la substance de Dieu, mais du néant (car elles ne sont pas identiques à Dieu, et qu’il y a en elles une nature changeante, qu’elles demeurent, comme la demeure éternelle de Dieu, ou qu’elles changent, comme l’âme et le corps de l’homme) : par conséquent, la matière commune à toutes les choses visibles et invisibles (encore informe, bien qu’à même de prendre une forme), à partir de laquelle devaient être créés à la fois le ciel et la terre (c’est-à-dire les créatures invisibles et visibles une fois formées), fut désignée par les mêmes noms donnés à la terre invisible et sans forme ainsi qu’aux ténèbres sur les profondeurs, mais avec cette distinction que par la terre invisible et sans forme on entend la matière corporelle, antérieure à toute qualification par une forme ; et par les ténèbres sur les profondeurs, la matière spirituelle, avant qu’elle ne subisse aucune limitation de sa fluidité illimitée ou n’ait reçu quelque lumière de la Sagesse ? »
Il reste encore à quelqu’un, s’il le veut, de dire que « les natures déjà perfectionnées et formées, visibles et invisibles, ne sont pas désignées sous le nom de ciel et de terre lorsque nous lisons : Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre, mais que le commencement encore informe des choses, la matière apte à recevoir forme et à être façonnée, fut appelée par ces noms, parce que en elle étaient confusément contenues, sans encore être distinguées par leurs qualités et formes, toutes ces choses qui, maintenant ordonnées, sont appelées Ciel et Terre, l’un étant la création spirituelle, l’autre la création corporelle. »
Ayant entendu et bien considéré tout cela, je ne me livrerai pas à des disputes verbales : car cela ne sert à rien, sinon à troubler les auditeurs. Mais la loi est bonne pour édifier, si l’on s’en sert légitimement : car son but est…
Que se passerait-il si quelqu’un disait que « cette même absence de forme et ce chaos de la matière furent d’abord désignés sous le nom de ciel et de terre, parce que c’est à partir d’eux que fut créé et perfectionné ce monde visible avec toutes ces natures qui y apparaissent de la manière la plus évidente, et qui sont souvent appelées ciel et terre ? » Ou encore, que si quelqu’un affirmait que « la nature invisible et visible ne sont pas en effet improprement appelées ciel et terre ; et donc que la création universelle, que Dieu a faite dans Sa Sagesse, c’est-à-dire au commencement, était comprise sous ces deux mots ? Cependant, puisque toutes choses ne sont pas faites de la substance de Dieu, mais du néant (car elles ne sont pas identiques à Dieu, et qu’il y a en elles une nature changeante, qu’elles demeurent, comme la demeure éternelle de Dieu, ou qu’elles changent, comme l’âme et le corps de l’homme) : par conséquent, la matière commune à toutes les choses visibles et invisibles (encore informe, bien qu’à même de prendre une forme), à partir de laquelle devaient être créés à la fois le ciel et la terre (c’est-à-dire les créatures invisibles et visibles une fois formées), fut désignée par les mêmes noms donnés à la terre invisible et sans forme ainsi qu’aux ténèbres sur les profondeurs, mais avec cette distinction que par la terre invisible et sans forme on entend la matière corporelle, antérieure à toute qualification par une forme ; et par les ténèbres sur les profondeurs, la matière spirituelle, avant qu’elle ne subisse aucune limitation de sa fluidité illimitée ou n’ait reçu quelque lumière de la Sagesse ? »
Il reste encore à quelqu’un, s’il le veut, de dire que « les natures déjà perfectionnées et formées, visibles et invisibles, ne sont pas désignées sous le nom de ciel et de terre lorsque nous lisons : Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre, mais que le commencement encore informe des choses, la matière apte à recevoir forme et à être façonnée, fut appelée par ces noms, parce que en elle étaient confusément contenues, sans encore être distinguées par leurs qualités et formes, toutes ces choses qui, maintenant ordonnées, sont appelées Ciel et Terre, l’un étant la création spirituelle, l’autre la création corporelle. »
Ayant entendu et bien considéré tout cela, je ne me livrerai pas à des disputes verbales : car cela ne sert à rien, sinon à troubler les auditeurs. Mais la loi est bonne pour édifier, si l’on s’en sert légitimement : car son but est…
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la charité, issue d’un cœur pur et d’une bonne conscience, ainsi que d’une foi sincère. Et notre Maître savait bien sur quels deux commandements il fonda toute la Loi et les Prophètes. Quel mal y a-t-il pour moi, ô mon Dieu, lumière de mes yeux dans le secret, à confesser avec zèle ces choses, puisque diverses interprétations peuvent être données à ces mots qui restent tous vrais ? Que m’importe, dis-je, si je pense autrement que l’auteur ne l’a pensé ? Nous, lecteurs, nous nous efforçons vraiment de déterminer et de comprendre le sens de celui que nous lisons ; et, croyant qu’il parle vrai, nous n’osons pas imaginer qu’il ait dit quoi que ce soit que nous sachions ou pensions être faux. Puisque chacun s’efforce alors de comprendre dans les Saintes Écritures ce que l’auteur a compris, quel mal y a-t-il si quelqu’un comprend ce que Toi, lumière de toutes les âmes véridiques, lui montres comme étant vrai, même si celui qu’il lit ne l’a pas compris, lui aussi ayant compris une vérité, bien que ce ne soit pas cette vérité-là ? Car il est vrai, ô Seigneur, que Tu as créé le ciel et la terre ; il est aussi vrai que le Début est Ta Sagesse, en laquelle Tu crées tout ; il est encore vrai que ce monde visible comprend pour l’essentiel le ciel et la terre, qui englobent en somme toutes les natures créées. Il est également vrai que tout ce qui est changeant nous fait comprendre une certaine absence de forme, grâce à laquelle il reçoit une forme, ou est changé, ou transformé. Il est vrai que ce qui n’est soumis à aucun temps, et qui est lié à la Forme immuable, bien qu’apparenté au changement, ne peut jamais changer. Il est vrai que cette absence de forme, qui est presque rien, ne peut être soumise aux vicissitudes du temps. Il est vrai que ce dont une chose est faite peut, selon un certain mode de langage, être appelé du nom de la chose qui en est faite ; d’où cette absence de forme, dont le ciel et la terre ont été faits, pourrait être appelée ciel et terre. Il est vrai que, parmi les choses ayant une forme, aucune n’est plus proche de l’absence de forme que la terre et les abîmes. Il est vrai que non seulement toute chose créée et ayant une forme, mais aussi tout ce qui est capable d’être créé et de prendre une forme, Tu l’as créé, de Toi proviennent toutes choses. Il est vrai que tout ce qui est formé à partir de ce qui n’avait pas de forme était informe avant d’être formé. Parmi ces vérités, que ceux dont Tu as donné la capacité de voir de telles choses par leur œil intérieur ne mettent pas en doute, et qui croient sans hésiter que Ton serviteur Moïse a parlé dans l’Esprit de vérité, — de toutes celles-ci, l’un prend celle qui dit : Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre ; c’est-à-dire : « Dans Sa Parole coéternelle à Lui-même, Dieu a fait ce qui est intelligible et ce qui est sensible, ou les créatures spirituelles et celles qui sont corporelles ». Un autre prend celle qui dit : Au
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Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre ; c’est-à-dire : « En Son Verbe coéternel avec Lui-même, Dieu fit l’ensemble de ce monde corporel, ainsi que toutes ces créatures visibles et connues qu’il contient. » Un autre dit : Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre ; c’est-à-dire : « En Son Verbe coéternel avec Lui-même, Dieu fit la matière informe des créatures spirituelles et corporelles. » Un autre encore dit : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ; c’est-à-dire : « En Son Verbe coéternel avec Lui-même, Dieu créa la matière informe de la créature corporelle, dans laquelle le ciel et la terre se trouvaient encore confondus ; laquelle, étant maintenant distinguée et formée, nous la voyons aujourd’hui dans l’ensemble de ce monde. » Un autre dit : Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre ; c’est-à-dire : « Dès le tout début de la création et du travail divin, Dieu fit cette matière informe, contenant confusément en elle-même à la fois le ciel et la terre ; à partir de laquelle, une fois formés, ils se distinguent maintenant et apparaissent, avec tout ce qui s’y trouve. »
Quant à la compréhension des mots suivants, parmi toutes ces vérités, chacun choisit celle qui lui convient : un dit : Mais la terre était invisible, sans forme, et l’obscurité régnait sur les abîmes ; c’est-à-dire : « Cette chose corporelle que Dieu avait faite n’était encore qu’une matière informe de choses corporelles, sans ordre, sans lumière. » Un autre dit : La terre était invisible et sans forme, et l’obscurité régnait sur les abîmes ; c’est-à-dire : « Tout cela, ce qui est appelé ciel et terre, n’était encore qu’une matière informe et sombre, à partir de laquelle devaient être formés le ciel corporel et la terre corporelle, avec toutes les choses qui s’y trouvent et que nos sens corporels peuvent percevoir. » Un autre dit : La terre était invisible et sans forme, et l’obscurité régnait sur les abîmes ; c’est-à-dire : « Tout cela, ce qui est appelé ciel et terre, n’était encore qu’une matière informe et sombre ; à partir de laquelle devaient être formés tant ce ciel intelligible, appelé ailleurs le Ciel des cieux, que la terre, c’est-à-dire toute la nature corporelle, sous le nom de laquelle est également comprise ce ciel corporel ; en un mot, à partir de laquelle devait être créée toute créature visible et invisible. » Un autre dit : La terre était invisible et sans forme, et l’obscurité régnait sur les abîmes ; « Les Écritures n’ont pas donné à cette informité le nom de ciel et terre ; mais cette informité, dit-il, existait déjà, ce qu’il a appelé la terre invisible sans forme, et l’obscurité sur les abîmes ; à propos de laquelle il avait dit auparavant que Dieu avait fait le ciel et la terre, c’est-à-dire les créatures spirituelles et corporelles. » Un autre dit : La terre était invisible et sans forme, et l’obscurité régnait sur les abîmes ; c’est-à-dire : « Il y avait déjà… »
Quant à la compréhension des mots suivants, parmi toutes ces vérités, chacun choisit celle qui lui convient : un dit : Mais la terre était invisible, sans forme, et l’obscurité régnait sur les abîmes ; c’est-à-dire : « Cette chose corporelle que Dieu avait faite n’était encore qu’une matière informe de choses corporelles, sans ordre, sans lumière. » Un autre dit : La terre était invisible et sans forme, et l’obscurité régnait sur les abîmes ; c’est-à-dire : « Tout cela, ce qui est appelé ciel et terre, n’était encore qu’une matière informe et sombre, à partir de laquelle devaient être formés le ciel corporel et la terre corporelle, avec toutes les choses qui s’y trouvent et que nos sens corporels peuvent percevoir. » Un autre dit : La terre était invisible et sans forme, et l’obscurité régnait sur les abîmes ; c’est-à-dire : « Tout cela, ce qui est appelé ciel et terre, n’était encore qu’une matière informe et sombre ; à partir de laquelle devaient être formés tant ce ciel intelligible, appelé ailleurs le Ciel des cieux, que la terre, c’est-à-dire toute la nature corporelle, sous le nom de laquelle est également comprise ce ciel corporel ; en un mot, à partir de laquelle devait être créée toute créature visible et invisible. » Un autre dit : La terre était invisible et sans forme, et l’obscurité régnait sur les abîmes ; « Les Écritures n’ont pas donné à cette informité le nom de ciel et terre ; mais cette informité, dit-il, existait déjà, ce qu’il a appelé la terre invisible sans forme, et l’obscurité sur les abîmes ; à propos de laquelle il avait dit auparavant que Dieu avait fait le ciel et la terre, c’est-à-dire les créatures spirituelles et corporelles. » Un autre dit : La terre était invisible et sans forme, et l’obscurité régnait sur les abîmes ; c’est-à-dire : « Il y avait déjà… »
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une certaine matière informe, dont les Écritures ont dit précédemment que Dieu en fit le ciel et la terre ; à savoir, toute la masse corporelle du monde, divisée en deux grandes parties, supérieure et inférieure, avec toutes les créatures communes et connues qui s’y trouvent. » Car si quelqu’un tentait de contester ces deux dernières opinions, ainsi : « Si vous ne permettez pas que cette matière informe soit appelée ciel et terre ; par conséquent, il y avait quelque chose que Dieu n’avait pas créé, à partir de quoi il aurait pu faire le ciel et la terre ; car les Écritures ne nous disent pas non plus que Dieu a créé cette matière, à moins que nous ne l’entendions désignée par le nom de ciel et terre, ou seulement de terre, lorsque l’on dit : Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre ; de sorte que, dans ce qui suit, et la terre était invisible et sans forme (bien qu’il lui plût d’appeler ainsi la matière informe), nous ne devons comprendre aucune autre matière que celle que Dieu a créée, dont il est écrit plus haut : Dieu fit le ciel et la terre. » Les partisans de l’une ou l’autre de ces deux dernières opinions répondront, en entendant cela : « Nous ne nions pas que cette matière informe ait été véritablement créée par Dieu, ce Dieu dont proviennent toutes choses, très bonnes ; car tout comme nous affirmons que c’est un bien plus grand que ce qui est créé et formé, de même nous reconnaissons que c’est un bien moindre que ce qui est rendu capable de création et de forme, mais qui reste bon. Nous disons cependant que les Écritures n’ont pas indiqué que Dieu a créé cette matière informe, tout comme elles n’en ont pas mentionné beaucoup d’autres ; comme les Chérubins, les Séraphins, et ceux dont parle explicitement l’Apôtre : Trônes, Dominions, Principautés, Pouvoirs. Tout ce que Dieu a créé est parfaitement évident. Ou bien, si tout est compris dans ce qui est dit, Il fit le ciel et la terre, que dire des eaux sur lesquelles l’Esprit de Dieu se mouvait ? Car si elles sont comprises dans ce mot terre, comment la matière informe pourrait-elle être désignée par ce nom de terre, alors que nous voyons les eaux si belles ? Ou bien, si c’est ainsi interprété, pourquoi est-il écrit que c’est à partir de cette même matière informe que le firmament fut fait et appelé ciel ; et n’est-il pas écrit que les eaux furent faites ? Car les eaux ne restent pas informes et invisibles, puisque nous les voyons couler d’une manière si gracieuse. Mais si elles ont acquis cette beauté lorsque Dieu dit : Que les eaux sous le firmament se rassemblent, de sorte que ce rassemblement soit lui-même leur formation ; que dire alors de ces eaux au-dessus du firmament ? Car elles n’auraient pas été dignes d’un si honorable lieu si elles étaient restées informes, et il n’est pas non plus écrit par quel mot elles furent formées. Si donc la Genèse reste silencieuse quant à la création par Dieu de quelque chose que ce Dieu a pourtant créé…
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Aucune foi sincère ni aucune compréhension bien fondée ne doute, et de même aucun enseignement sensé n’ose affirmer que ces eaux soient coéternelles à Dieu, au motif que nous les trouvons mentionnées dans le début de la Genèse, mais non quand elles furent créées ; pourquoi donc (puisque la vérité nous l’enseigne) ne comprendrions-nous pas que cette matière informe (que cette Écriture appelle la terre invisible et sans forme, ainsi qu’une profondeur obscure) ait été créée par Dieu à partir de rien, et qu’elle ne soit donc pas coéternelle à Lui ? Néanmoins, cette histoire omet de préciser quand elle a été créée.
Ayant entendu et compris ces choses, selon la faiblesse de ma capacité (que j’avoue à Toi, ô Seigneur, qui la connais), je vois qu’il peut naître deux sortes de désaccords lorsque quelque chose est rapporté par des narrateurs fidèles : l’un concernant la vérité des faits, l’autre concernant le sens du narrateur. En effet, nous cherchons d’une part ce qui est vrai quant à la création de la créature, et d’autre part ce que Moïse, ce ministre excellent de Ta Foi, voulait que son lecteur et son auditeur comprenne à travers ces mots. Quant au premier type, qu’on élimine tous ceux qui s’imaginent connaître comme vérité ce qui est faux ; et pour le second, qu’on élimine aussi tous ceux qui pensent que Moïse a écrit des choses fausses. Mais permets-moi, ô Seigneur, de m’unir à Toi avec eux et de me réjouir en Toi avec ceux qui se nourrissent de Ta vérité, dans l’abondance de la charité ; et approchons-nous ensemble des mots de Ton livre, et cherchons-y Ton sens, à travers le sens de Ton serviteur, par la plume duquel Tu les as révélés.
Mais lequel d’entre nous, parmi tant de vérités que les chercheurs trouvent dans ces mots, selon les différentes interprétations, pourra découvrir ce sens unique, afin d’affirmer : « C’est cela que Moïse pensait », et « C’est cela qu’il voulait faire comprendre dans cette histoire » ; avec la même certitude avec laquelle on dirait : « C’est vrai », que Moïse ait pensé ceci ou cela ? Car voici, ô mon Dieu, moi Ton serviteur, qui ai fait dans ce livre le vœu de T’offrir un sacrifice d’aveu, et je prie pour que, par Ta miséricorde, je puisse tenir mes vœux envers Toi ; puis-je, avec la même certitude avec laquelle j’affirme que dans Ton monde immuable Tu as créé toutes choses visibles et invisibles, affirmer également que Moïse n’a voulu dire autre chose lorsqu’il a écrit : Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre ? Non. Car je ne vois pas dans son esprit qu’il ait pensé à cela en écrivant ces mots, tandis que je vois dans Ta vérité que c’est certain. Car il pouvait avoir en tête le début de la création de Dieu lorsqu’il a dit Au commencement ; et par ciel et terre, en ce lieu, il ne pouvait pas entendre une nature formée et achevée, qu’elle soit spirituelle ou corporelle, mais plutôt les deux ensemble.
Ayant entendu et compris ces choses, selon la faiblesse de ma capacité (que j’avoue à Toi, ô Seigneur, qui la connais), je vois qu’il peut naître deux sortes de désaccords lorsque quelque chose est rapporté par des narrateurs fidèles : l’un concernant la vérité des faits, l’autre concernant le sens du narrateur. En effet, nous cherchons d’une part ce qui est vrai quant à la création de la créature, et d’autre part ce que Moïse, ce ministre excellent de Ta Foi, voulait que son lecteur et son auditeur comprenne à travers ces mots. Quant au premier type, qu’on élimine tous ceux qui s’imaginent connaître comme vérité ce qui est faux ; et pour le second, qu’on élimine aussi tous ceux qui pensent que Moïse a écrit des choses fausses. Mais permets-moi, ô Seigneur, de m’unir à Toi avec eux et de me réjouir en Toi avec ceux qui se nourrissent de Ta vérité, dans l’abondance de la charité ; et approchons-nous ensemble des mots de Ton livre, et cherchons-y Ton sens, à travers le sens de Ton serviteur, par la plume duquel Tu les as révélés.
Mais lequel d’entre nous, parmi tant de vérités que les chercheurs trouvent dans ces mots, selon les différentes interprétations, pourra découvrir ce sens unique, afin d’affirmer : « C’est cela que Moïse pensait », et « C’est cela qu’il voulait faire comprendre dans cette histoire » ; avec la même certitude avec laquelle on dirait : « C’est vrai », que Moïse ait pensé ceci ou cela ? Car voici, ô mon Dieu, moi Ton serviteur, qui ai fait dans ce livre le vœu de T’offrir un sacrifice d’aveu, et je prie pour que, par Ta miséricorde, je puisse tenir mes vœux envers Toi ; puis-je, avec la même certitude avec laquelle j’affirme que dans Ton monde immuable Tu as créé toutes choses visibles et invisibles, affirmer également que Moïse n’a voulu dire autre chose lorsqu’il a écrit : Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre ? Non. Car je ne vois pas dans son esprit qu’il ait pensé à cela en écrivant ces mots, tandis que je vois dans Ta vérité que c’est certain. Car il pouvait avoir en tête le début de la création de Dieu lorsqu’il a dit Au commencement ; et par ciel et terre, en ce lieu, il ne pouvait pas entendre une nature formée et achevée, qu’elle soit spirituelle ou corporelle, mais plutôt les deux ensemble.
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lesquels étaient encore imparfaits et sans forme. Car je perçois que ce qui que ce fût des deux qui aurait été dit, cela aurait pu être dit véritablement ; mais lequel des deux il avait en vue dans ces paroles, je ne le perçois pas ainsi. Cependant, que ce fût l’un de ceux-ci, ou quelque autre sens (que je n’ai pas mentionné ici), que cet homme si grand vit dans son esprit lorsqu’il prononça ces paroles, je n’ai aucun doute qu’il le vit véritablement et l’exprima avec justesse.
Que personne ne m’importune donc en disant : « Moïse ne pensait pas comme vous le dites, mais comme je le dis » ; car s’il me demandait : « Comment savez-vous que Moïse pensait ce que vous déduisez de ses paroles ? », je devrais l’accepter avec bienveillance et répondrais peut-être comme je l’ai fait ci-dessus, ou plus en détail, s’il restait inflexible. Mais quand il dit : « Moïse ne voulait pas dire ce que vous dites, mais ce que je dis », il nie pourtant pas que ce que chacun de nous dit puisse être vrai à la fois. Ô mon Dieu, vie des pauvres, dans le sein duquel il n’y a point de contradiction, verse une rosée apaisante dans mon cœur, afin que je puisse supporter patiemment ceux qui me disent cela, non pas parce qu’ils ont un Esprit divin et ont vu dans le cœur de Ton serviteur ce qu’ils disent, mais parce qu’ils sont orgueilleux ; ne connaissant pas l’opinion de Moïse, mais aimant la leur, non pas parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle est la leur. Sinon, ils aimeraient également une autre opinion vraie, tout comme j’aime ce qu’ils disent lorsqu’ils disent vrai : non pas parce que c’est le leur, mais parce que c’est vrai ; et pour cette même raison, ce n’est pas le leur parce que c’est vrai. Mais s’ils l’aiment donc parce que c’est vrai, alors c’est à la fois le leur et le mien ; étant commun à tous ceux qui aiment la vérité. Mais puisqu’ils soutiennent que Moïse ne voulait pas dire ce que je dis, mais ce qu’ils disent, cela ne me plaît pas, je ne l’aime pas : car même si c’était le cas, leur témérité ne relève pas de la connaissance, mais de l’audace, et sa source n’est pas la perspicacité, mais la vanité. Et c’est pourquoi, ô Seigneur, Tes jugements sont terribles ; car Ta vérité n’est ni la mienne, ni la sienne, ni celle d’un autre ; mais elle appartient à nous tous, que Tu appelles publiquement à en participer, nous avertissant sévèrement de ne pas la considérer comme privée à nous seuls, de peur d’en être privés. Car quiconque revendique comme sien ce que Tu proposes à tous de jouir, et veut faire sien ce qui appartient à tous, est chassé de ce qui est commun vers ce qui est propre à lui-même ; c’est-à-dire, de la vérité vers le mensonge. Car celui qui dit un mensonge, il le dit de son propre chef.
Écoute, ô Dieu, meilleur juge ; la Vérité elle-même, écoute ce que je vais dire à cet opposant, écoute, car je parle devant Toi et devant mes frères, qui appliquent Ta loi légitimement dans le but de la charité : écoute et vois, si Tu le veux, ce que je vais lui dire. Car à ce frère et à cette parole pacifique, je réponds ceci : « Si nous voyons tous deux que c’est vrai que… »
Que personne ne m’importune donc en disant : « Moïse ne pensait pas comme vous le dites, mais comme je le dis » ; car s’il me demandait : « Comment savez-vous que Moïse pensait ce que vous déduisez de ses paroles ? », je devrais l’accepter avec bienveillance et répondrais peut-être comme je l’ai fait ci-dessus, ou plus en détail, s’il restait inflexible. Mais quand il dit : « Moïse ne voulait pas dire ce que vous dites, mais ce que je dis », il nie pourtant pas que ce que chacun de nous dit puisse être vrai à la fois. Ô mon Dieu, vie des pauvres, dans le sein duquel il n’y a point de contradiction, verse une rosée apaisante dans mon cœur, afin que je puisse supporter patiemment ceux qui me disent cela, non pas parce qu’ils ont un Esprit divin et ont vu dans le cœur de Ton serviteur ce qu’ils disent, mais parce qu’ils sont orgueilleux ; ne connaissant pas l’opinion de Moïse, mais aimant la leur, non pas parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle est la leur. Sinon, ils aimeraient également une autre opinion vraie, tout comme j’aime ce qu’ils disent lorsqu’ils disent vrai : non pas parce que c’est le leur, mais parce que c’est vrai ; et pour cette même raison, ce n’est pas le leur parce que c’est vrai. Mais s’ils l’aiment donc parce que c’est vrai, alors c’est à la fois le leur et le mien ; étant commun à tous ceux qui aiment la vérité. Mais puisqu’ils soutiennent que Moïse ne voulait pas dire ce que je dis, mais ce qu’ils disent, cela ne me plaît pas, je ne l’aime pas : car même si c’était le cas, leur témérité ne relève pas de la connaissance, mais de l’audace, et sa source n’est pas la perspicacité, mais la vanité. Et c’est pourquoi, ô Seigneur, Tes jugements sont terribles ; car Ta vérité n’est ni la mienne, ni la sienne, ni celle d’un autre ; mais elle appartient à nous tous, que Tu appelles publiquement à en participer, nous avertissant sévèrement de ne pas la considérer comme privée à nous seuls, de peur d’en être privés. Car quiconque revendique comme sien ce que Tu proposes à tous de jouir, et veut faire sien ce qui appartient à tous, est chassé de ce qui est commun vers ce qui est propre à lui-même ; c’est-à-dire, de la vérité vers le mensonge. Car celui qui dit un mensonge, il le dit de son propre chef.
Écoute, ô Dieu, meilleur juge ; la Vérité elle-même, écoute ce que je vais dire à cet opposant, écoute, car je parle devant Toi et devant mes frères, qui appliquent Ta loi légitimement dans le but de la charité : écoute et vois, si Tu le veux, ce que je vais lui dire. Car à ce frère et à cette parole pacifique, je réponds ceci : « Si nous voyons tous deux que c’est vrai que… »
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Tu dis, et nous voyons tous deux que ce que je dis est vrai ; mais où, je t’en prie, le voyons-nous ? Ni moi en toi, ni toi en moi ; mais tous deux dans la Vérité immuable elle-même, qui est au-dessus de nos âmes. Puisque donc nous ne nous disputons pas pour la lumière même du Seigneur Dieu, pourquoi nous disputons-nous pour les pensées de notre prochain, que nous ne pouvons voir aussi clairement que nous voyons la Vérité immuable ? Car même si Moïse lui-même était apparu à nous et avait dit : « C’est cela que je voulais dire », nous ne le verrions pas pour autant, mais nous le croirions. Ne soyons donc pas orgueilleux les uns envers les autres, au-delà de ce qui est écrit : aimons le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre intelligence, et notre prochain comme nous-mêmes. En vue de ces deux préceptes d’amour, à moins que nous ne croyions que Moïse ait voulu dire ce qu’il a voulu dire dans ces livres, nous ferons de Dieu un menteur, en imaginant autre chose concernant l’esprit de notre frère serviteur que ce qu’il nous a enseigné. Vois donc combien il est insensé, face à une telle abondance de sens très véridiques que l’on peut tirer de ces paroles, affirmer à la légère lequel de ces sens Moïse avait principalement en vue ; et, par des controverses nuisibles, offenser l’amour même, pour lequel il a parlé de toutes choses, dont nous cherchons à interpréter les paroles.
Et pourtant, ô mon Dieu, Toi qui éleves ma humilité et es le repos de mon labeur, Toi qui écoutes mes confessions et pardons mes péchés : puisque Tu m’ordonnes d’aimer mon prochain comme moi-même, je ne peux croire que Tu aies donné à Moïse, Ton fidèle serviteur, un don moindre que celui que j’aurais souhaité ou désiré que Tu me donnes, si j’étais né à son époque et que Tu m’aies confié cette mission, afin que, par le service de mon cœur et de ma langue, ces livres puissent être diffusés, pour profiter à toutes les nations bien plus tard, et, grâce à une autorité si éminente, surpasser tous les enseignements faux et arrogants. J’aurais vraiment souhaité, si j’avais été Moïse (car nous venons tous du même fond, et qu’est l’homme, sinon que Tu te souviens de lui ?), si j’avais été comme lui et que Tu m’aies chargé d’écrire le livre de la Genèse, que l’on m’accorde une telle puissance d’expression et un tel style, afin que ceux qui ne comprennent pas encore comment Dieu a créé ne rejettent pas ces paroles comme dépassant leur capacité ; et que ceux qui y sont parvenus trouvent, dans ces quelques mots de Ton serviteur, l’opinion vraie à laquelle ils sont parvenus par la réflexion ; et si un autre homme, à la lumière de la vérité, découvrait quelque chose d’autre, cela ne manquerait pas non plus d’être découvable dans ces mêmes mots.
Et pourtant, ô mon Dieu, Toi qui éleves ma humilité et es le repos de mon labeur, Toi qui écoutes mes confessions et pardons mes péchés : puisque Tu m’ordonnes d’aimer mon prochain comme moi-même, je ne peux croire que Tu aies donné à Moïse, Ton fidèle serviteur, un don moindre que celui que j’aurais souhaité ou désiré que Tu me donnes, si j’étais né à son époque et que Tu m’aies confié cette mission, afin que, par le service de mon cœur et de ma langue, ces livres puissent être diffusés, pour profiter à toutes les nations bien plus tard, et, grâce à une autorité si éminente, surpasser tous les enseignements faux et arrogants. J’aurais vraiment souhaité, si j’avais été Moïse (car nous venons tous du même fond, et qu’est l’homme, sinon que Tu te souviens de lui ?), si j’avais été comme lui et que Tu m’aies chargé d’écrire le livre de la Genèse, que l’on m’accorde une telle puissance d’expression et un tel style, afin que ceux qui ne comprennent pas encore comment Dieu a créé ne rejettent pas ces paroles comme dépassant leur capacité ; et que ceux qui y sont parvenus trouvent, dans ces quelques mots de Ton serviteur, l’opinion vraie à laquelle ils sont parvenus par la réflexion ; et si un autre homme, à la lumière de la vérité, découvrait quelque chose d’autre, cela ne manquerait pas non plus d’être découvable dans ces mêmes mots.
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Car tout comme une source située dans un espace restreint est plus abondante et fournit de l’eau à de nombreux cours d’eau sur de vastes étendues, que n’importe lequel de ces cours d’eau qui, après un long parcours, proviennent de cette même source ; de même, la parole de Celui qui veut bénéficier à beaucoup ceux qui en discutent déborde, malgré les limites du langage, en flots de vérité éclatante, permettant à chacun de puiser pour soi-même telle vérité qu’il peut comprendre sur ces sujets, une vérité après l’autre, grâce à des explications plus développées. En effet, certains, lorsqu’ils lisent ou entendent ces paroles, imaginent que Dieu, tel un homme ou une entité dotée d’un pouvoir illimité, par une décision soudaine et nouvelle, aurait créé, en dehors de lui-même, comme à une certaine distance, le ciel et la terre, deux grands corps au-dessus et en dessous, dans lesquels toutes choses devaient trouver leur place. Et lorsqu’ils entendent : « Que cela soit fait », et que cela soit fait, ils conçoivent des mots qui commencent et se terminent, qui résonnent dans le temps et disparaissent ; après leur départ, ce qui avait été commandé voit le jour ; et tout ce que l’expérience du monde matériel pourrait suggérer de similaire. Chez eux, alors qu’ils sont encore faibles et charnels, leur foi est solidement édifiée par ce langage humble, comme dans le giron d’une mère, ce qui leur permet de croire fermement que Dieu a créé toutes les naturelles que leurs yeux voient autour d’eux, dans une diversité admirable. Ceux qui méprisent ces paroles, les jugeant trop simples, et qui, par une fierté orgueilleuse, s’éloignent de ce refuge protecteur, tomberont malheureusement. Aie pitié, ô Seigneur Dieu, afin que ceux qui passent par là ne piétinent pas l’oiseau encore incapable de voler, et envoie Ton ange pour le ramener au nid, afin qu’il puisse vivre jusqu’à ce qu’il puisse voler. Mais d’autres, pour qui ces paroles ne sont plus un nid, mais plutôt de profonds arbres fruitiers ombragés, voient les fruits cachés à l’intérieur, volent joyeusement autour, et, avec des chants joyeux, cherchent à les cueillir. Car en lisant ou en entendant ces paroles, ils comprennent que tous les temps passés et à venir sont surpassés par Ta présence éternelle et stable ; et pourtant, il n’existe aucune créature formée dans le temps qui ne soit pas issue de Ta création. Ta volonté, étant identique à Ta nature, a fait naître toutes choses, non par un changement de volonté, ni par une volonté qui n’existait pas auparavant, et ces choses n’ont pas été créées à partir de Toi-même, selon Ta propre ressemblance, qui est la forme de toutes choses ; mais à partir de rien, d’une absence de forme, d’une imperfection qui doit être modelée selon Ta ressemblance (en revenant à Ta Unité, selon leur capacité respective, autant que chaque chose en son genre le permet), afin que tout puisse devenir parfaitement bon, que ce soit en demeurant autour de Toi, ou en étant séparé dans le temps et l’espace, en étant créé ou en subissant la beauté.
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Variations de l’Univers. Ils voient ces choses et se réjouissent, dans la mesure où ils le peuvent, à la lumière de Ta vérité. Un autre porte son esprit sur ce qui est dit : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » ; et il y voit la Sagesse, le commencement, car elle nous parle aussi. Un autre encore porte son esprit sur ces mêmes mots et entend par « commencement » le début des choses créées ; « Au commencement Il créa », comme si l’on disait : Il les créa d’abord. Parmi ceux qui comprennent que « Au commencement » signifie « En Ta Sagesse Tu as créé le ciel et la terre », l’un croit que la matière à partir de laquelle le ciel et la terre devaient être créés est elle-même appelée ciel et terre ; un autre, des natures déjà formées et distinctes ; un autre encore, une seule nature, spirituelle, sous le nom de Ciel, et l’autre, informe, une matière corporelle, sous le nom de Terre. Ceux qui, par les noms ciel et terre, comprennent une matière encore informe, à partir de laquelle le ciel et la terre devaient être formés, ne le comprennent pas non plus de la même manière : l’un, que cette matière est celle à partir de laquelle les créatures intelligibles et sensibles devaient être perfectionnées ; un autre, que c’est seulement celle à partir de laquelle cette masse corporelle sensible a été formée, contenant en son vaste sein ces natures visibles et ordinaires. Ceux qui croient que les créatures sont déjà ordonnées et organisées se trouvent également ici appelées ciel et terre, mais ils ne les comprennent pas de la même façon : l’un, tant l’invisible que le visible ; l’autre, seulement le visible, dans lequel nous voyons ce ciel lumineux et cette terre sombre, avec les choses qu’ils contiennent. Mais celui qui ne comprend « Au commencement Il créa » que comme s’il était dit « D’abord Il les créa », ne peut vraiment comprendre le ciel et la terre que par rapport à la matière du ciel et de la terre, c’est-à-dire à la création universelle, intelligible et corporelle. Car s’il voulait par là comprendre l’Univers tel qu’il est déjà formé, on peut légitimement lui demander : « Si Dieu a créé cela en premier, qu’a-t-il créé ensuite ? » Et après l’Univers, il ne trouvera rien ; il devra alors, contre sa volonté, entendre une autre question : « Comment Dieu a-t-il créé cela en premier, s’il n’y a rien après ? » Mais lorsqu’il dit que Dieu a d’abord créé la matière informe, puis l’a formée, il n’y a aucune absurdité, à condition qu’il soit capable de discerner ce qui précède par éternité, ce qui par le temps, ce qui par choix, et ce qui est originel. Par éternité, comme Dieu est avant toutes choses ; par le temps, comme la fleur avant le fruit ; par choix, comme le fruit avant la fleur ; par origine, comme le son avant la mélodie. De ces quatre, les premiers et les derniers mentionnés sont extrêmement difficiles à comprendre, tandis que les deux du milieu le sont facilement. Car c’est chose rare et trop…
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Quelle vision sublime est-ce, ô Seigneur, de contempler Ta Éternité qui, sans cesse, fait que les choses deviennent changeantes ; et donc, elles existent avant cela. Qui, d’ailleurs, possède une compréhension si perspicace qu’il puisse, sans grand effort, discerner comment le son existe avant la mélodie ; car une mélodie est un son organisé ; tandis qu’une chose non organisée peut exister ; mais ce qui n’existe pas ne peut être organisé. Ainsi, la matière existe avant la chose créée ; non pas parce qu’elle la crée, puisqu’elle-même est plutôt créée ; ni non plus avant elle par un intervalle de temps ; car nous ne produisons d’abord, dans le temps, des sons informes sans chanter, pour ensuite les adapter ou les modeler en forme de chant, comme du bois ou de l’argent dont on fabrique un coffre ou un récipient. Car de tels matériaux précèdent également, dans le temps, les formes des choses qui en sont faites, mais ce n’est pas le cas dans le chant ; car lorsqu’on chante, on entend son ; il n’y a d’abord pas de son informe qui serait ensuite transformé en chant. Chaque son, dès qu’il est produit, disparaît, et on ne peut rien retrouver pour le recréer par l’art. Ainsi, le chant est concentré dans son son, dont ce son est la matière. Et cette matière est bien organisée, afin de devenir une mélodie ; c’est pourquoi (comme je l’ai dit) la matière du son existe avant la forme de la mélodie ; non pas à cause d’un pouvoir qu’elle aurait de la transformer en mélodie ; car le son n’est en aucun cas le maître de la mélodie ; c’est plutôt quelque chose de corporel, soumis à l’âme qui chante, afin qu’en soit faite une mélodie. Elle n’existe pas non plus d’abord dans le temps ; car elle est émise en même temps que la mélodie ; ni non plus d’abord en termes de choix, car un son n’est pas meilleur qu’une mélodie, la mélodie étant non seulement un son, mais un son beau. Mais elle est première en origine, car c’est un son qui reçoit une forme pour devenir une mélodie, et non une mélodie qui reçoit une forme pour devenir un son. Par cet exemple, que celui qui en est capable comprenne comment la matière des choses a été créée en premier, et qu’on l’ait appelée ciel et terre, parce que le ciel et la terre ont été faits à partir d’elle. Pourtant, elle n’a pas été créée d’abord dans le temps ; car les formes des choses donnent naissance au temps ; mais elle était sans forme, tandis qu’aujourd’hui, dans le temps, elle est un objet des sens avec sa forme. Néanmoins, on ne peut rien dire de cette matière, sinon qu’elle semble précéder dans le temps, alors qu’en valeur elle est dernière (car les choses organisées sont supérieures aux choses sans forme) et qu’elle est précédée par l’Éternité du Créateur : afin qu’il puisse y avoir quelque chose créé à partir de rien.
Dans cette diversité des véritables opinions, que la Vérité elle-même fasse régner l’harmonie.
Et que notre Dieu ait pitié de nous, afin que nous puissions utiliser la loi légitimement, dont le but est la charité pure. Si quelqu’un me demandait : « Lequel de ces éléments représentait le sens de ton serviteur Moïse ? », ce ne serait pas le langage de mes Confessions, si je ne devais pas te confesser : « Je ne sais pas ».
Dans cette diversité des véritables opinions, que la Vérité elle-même fasse régner l’harmonie.
Et que notre Dieu ait pitié de nous, afin que nous puissions utiliser la loi légitimement, dont le but est la charité pure. Si quelqu’un me demandait : « Lequel de ces éléments représentait le sens de ton serviteur Moïse ? », ce ne serait pas le langage de mes Confessions, si je ne devais pas te confesser : « Je ne sais pas ».
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Et pourtant je sais que ces sens sont vrais, à l’exception de ceux qui sont charnels, au sujet desquels j’ai dit ce qui semblait nécessaire. Même ceux qui ont de telles espérances ont cet avantage : les paroles de Ton Livre ne les effraient pas, car elles expriment les choses sublimes avec simplicité, et transmettent un sens abondant en peu de mots. Et tous nous qui, je l’avoue, voyons et exprimons la vérité contenue dans ces paroles, aimons-nous les uns les autres, et aimons ensemble Toi, notre Dieu, source de vérité, si nous avons soif d’elle et non de vanités ; oui, honorons ainsi ce Ton serviteur, celui qui a transmis cette Écriture, pleine de Ton Esprit, au point de croire que, lorsqu’il a écrit ces choses par Ta révélation, il avait en vue celle qui, parmi elles, se distingue avant tout par la clarté de la vérité et la richesse du profit.
Ainsi, quand l’un dit : « Moïse a voulu dire ce que je dis » ; et un autre : « Non, mais ce que je dis », je pense qu’il vaut mieux dire avec plus de révérence : « Pourquoi pas plutôt ce que disent les deux, si les deux sont vrais ? » Et s’il y a un troisième, ou un quatrième, oui, si quelqu’un d’autre voit une autre vérité dans ces paroles, pourquoi ne pourrait-on pas croire qu’il a vu toutes celles-ci, par lesquelles le Dieu unique a adapté les Saintes Écritures aux sens de nombreux hommes, qui y verront des vérités différentes mais vraies ? Car je suis certain (et je le dis sans crainte, du fond du cœur) que, si je devais écrire quelque chose ayant autorité suprême, je préférerais écrire de telle manière que toute vérité que quiconque puisse comprendre sur ces sujets soit transmise par mes mots, plutôt que d’exposer ma propre interprétation de façon si claire qu’elle exclue les autres, lesquelles, n’étant pas fausses, ne pourraient pas m’offenser. Je ne serai donc pas, ô mon Dieu, assez imprudent pour ne pas croire que Tu as accordé autant à ce grand homme. Sans aucun doute, lorsqu’il a écrit ces paroles, il a perçu et réfléchi à toute vérité que nous ayons pu trouver, oui, même à celles que nous n’avons pas pu ni ne pouvons encore trouver, mais qui peuvent être trouvées en elles.
Enfin, ô Seigneur, qui es Dieu et non chair et sang, si l’homme voyait moins, pourrait-il y avoir quelque chose de caché à Ton bon Esprit (qui me mènera dans le pays de la droiture), que Tu-même étais sur le point de révéler aux lecteurs des temps à venir par ces paroles, même si celui par qui elles furent prononcées, peut-être parmi de nombreuses vérités, pensait à une seule ? Si c’est le cas, que ce qu’il pensait soit de tous les plus élevés. Mais à nous, ô Seigneur, révèle soit celle-là, soit une autre vérité que Tu veux ; afin que, que Tu nous la découvres comme à Ton serviteur, ou à quelqu’un d’autre par l’intermédiaire de ces paroles, Tu puisses néanmoins nous nourrir, sans que l’erreur ne nous trompe. Vois, ô Seigneur mon Dieu, combien nous avons écrit sur quelques mots, combien je T’en supplie ! Quelle force avons-nous, en vérité…
Ainsi, quand l’un dit : « Moïse a voulu dire ce que je dis » ; et un autre : « Non, mais ce que je dis », je pense qu’il vaut mieux dire avec plus de révérence : « Pourquoi pas plutôt ce que disent les deux, si les deux sont vrais ? » Et s’il y a un troisième, ou un quatrième, oui, si quelqu’un d’autre voit une autre vérité dans ces paroles, pourquoi ne pourrait-on pas croire qu’il a vu toutes celles-ci, par lesquelles le Dieu unique a adapté les Saintes Écritures aux sens de nombreux hommes, qui y verront des vérités différentes mais vraies ? Car je suis certain (et je le dis sans crainte, du fond du cœur) que, si je devais écrire quelque chose ayant autorité suprême, je préférerais écrire de telle manière que toute vérité que quiconque puisse comprendre sur ces sujets soit transmise par mes mots, plutôt que d’exposer ma propre interprétation de façon si claire qu’elle exclue les autres, lesquelles, n’étant pas fausses, ne pourraient pas m’offenser. Je ne serai donc pas, ô mon Dieu, assez imprudent pour ne pas croire que Tu as accordé autant à ce grand homme. Sans aucun doute, lorsqu’il a écrit ces paroles, il a perçu et réfléchi à toute vérité que nous ayons pu trouver, oui, même à celles que nous n’avons pas pu ni ne pouvons encore trouver, mais qui peuvent être trouvées en elles.
Enfin, ô Seigneur, qui es Dieu et non chair et sang, si l’homme voyait moins, pourrait-il y avoir quelque chose de caché à Ton bon Esprit (qui me mènera dans le pays de la droiture), que Tu-même étais sur le point de révéler aux lecteurs des temps à venir par ces paroles, même si celui par qui elles furent prononcées, peut-être parmi de nombreuses vérités, pensait à une seule ? Si c’est le cas, que ce qu’il pensait soit de tous les plus élevés. Mais à nous, ô Seigneur, révèle soit celle-là, soit une autre vérité que Tu veux ; afin que, que Tu nous la découvres comme à Ton serviteur, ou à quelqu’un d’autre par l’intermédiaire de ces paroles, Tu puisses néanmoins nous nourrir, sans que l’erreur ne nous trompe. Vois, ô Seigneur mon Dieu, combien nous avons écrit sur quelques mots, combien je T’en supplie ! Quelle force avons-nous, en vérité…
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Quelles âges suffiraient pour tous Tes livres de cette manière ? Permet-moi donc, en termes plus brefs, de Te confesser et de choisir un sens vrai, certain et bon que Tu m’inspireras, bien qu’il y en ait beaucoup qui puissent survenir ; telle est la loi de ma confession : si je dis ce que Ton ministre avait l’intention de dire, c’est cela qui est juste et le mieux ; c’est à cela que je devrais m’efforcer ; et même si je n’y parviens pas, je dirai néanmoins ce que Ta Vérité a voulu lui faire dire par ses paroles, laquelle lui a également révélé ce qu’Elle voulait.
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LIVRE XIII
Je t’invoque, ô mon Dieu, ma miséricorde, Toi qui m’as créé et ne m’as pas oublié en oubliant Toi-même. Je t’appelle dans mon âme, que Tu prépares pour Toi par le désir que Tu y inspires. Ne m’abandonne pas maintenant que je T’invoque, Toi que Tu as empêché d’être invoqué avant même que je ne l’appelasse, et qui m’as poussé par de multiples appels répétés à T’entendre de loin, à me convertir et à T’invoquer, Toi qui m’as appelé ; car Toi, Seigneur, as effacé toutes mes mauvaises actions, afin qu’elles ne retombent pas sur moi, cause de ma chute ; et Tu as empêché toutes mes bonnes actions, afin qu’elles ne servent pas à compenser l’œuvre de Tes mains par laquelle Tu m’as créé ; car avant que je n’existe, Tu existais déjà ; je n’étais rien dont Tu aurais pu accorder l’existence ; et pourtant, par Ta bonté, je suis là, malgré tout ce que Tu as fait de moi et à partir de quoi Tu m’as créé. Car Tu n’avais pas besoin de moi, et je ne suis pas assez bon pour être utile à Toi, mon Seigneur et mon Dieu ; ni pour Te servir, comme si Tu devais te lasser de travailler, ou comme si Ton pouvoir diminuerait sans mon service ; ni pour cultiver Ton service, comme une terre qui resterait incultivée si je ne la cultivais pas ; mais pour Te servir et T’adorer, afin de recevoir du bien de Toi, source de tout bien, et d’avoir ainsi une existence capable de bonheur.
Car c’est de la plénitude de Ta bonté que subsiste Ta créature, afin qu’un bien qui ne pourrait en aucune façon Te profiter, et qui n’était pas de Toi (afin de ne pas être égal à Toi), puisse néanmoins exister, puisqu’il peut être fait de Toi. Car que méritaient le ciel et la terre, que Tu as créés au commencement, auprès de Toi ? Que ces natures spirituelles et corporelles que Tu as créées par Ta Sagesse disent en quoi elles méritaient quelque chose de Toi, pour s’y fier (même dans leur état initial informe, qu’elles soient spirituelles ou corporelles, prêtes à tomber dans une liberté excessive et une éloignement grandissant par rapport à Toi ; — les spirituelles, bien qu’informes, étant supérieures aux corporelles, bien que formées, et les corporelles, bien qu’informes, étant meilleures que si elles n’étaient rien du tout) ; et ainsi se fier à Ton Verbe, qui est informe, à moins…
Je t’invoque, ô mon Dieu, ma miséricorde, Toi qui m’as créé et ne m’as pas oublié en oubliant Toi-même. Je t’appelle dans mon âme, que Tu prépares pour Toi par le désir que Tu y inspires. Ne m’abandonne pas maintenant que je T’invoque, Toi que Tu as empêché d’être invoqué avant même que je ne l’appelasse, et qui m’as poussé par de multiples appels répétés à T’entendre de loin, à me convertir et à T’invoquer, Toi qui m’as appelé ; car Toi, Seigneur, as effacé toutes mes mauvaises actions, afin qu’elles ne retombent pas sur moi, cause de ma chute ; et Tu as empêché toutes mes bonnes actions, afin qu’elles ne servent pas à compenser l’œuvre de Tes mains par laquelle Tu m’as créé ; car avant que je n’existe, Tu existais déjà ; je n’étais rien dont Tu aurais pu accorder l’existence ; et pourtant, par Ta bonté, je suis là, malgré tout ce que Tu as fait de moi et à partir de quoi Tu m’as créé. Car Tu n’avais pas besoin de moi, et je ne suis pas assez bon pour être utile à Toi, mon Seigneur et mon Dieu ; ni pour Te servir, comme si Tu devais te lasser de travailler, ou comme si Ton pouvoir diminuerait sans mon service ; ni pour cultiver Ton service, comme une terre qui resterait incultivée si je ne la cultivais pas ; mais pour Te servir et T’adorer, afin de recevoir du bien de Toi, source de tout bien, et d’avoir ainsi une existence capable de bonheur.
Car c’est de la plénitude de Ta bonté que subsiste Ta créature, afin qu’un bien qui ne pourrait en aucune façon Te profiter, et qui n’était pas de Toi (afin de ne pas être égal à Toi), puisse néanmoins exister, puisqu’il peut être fait de Toi. Car que méritaient le ciel et la terre, que Tu as créés au commencement, auprès de Toi ? Que ces natures spirituelles et corporelles que Tu as créées par Ta Sagesse disent en quoi elles méritaient quelque chose de Toi, pour s’y fier (même dans leur état initial informe, qu’elles soient spirituelles ou corporelles, prêtes à tomber dans une liberté excessive et une éloignement grandissant par rapport à Toi ; — les spirituelles, bien qu’informes, étant supérieures aux corporelles, bien que formées, et les corporelles, bien qu’informes, étant meilleures que si elles n’étaient rien du tout) ; et ainsi se fier à Ton Verbe, qui est informe, à moins…
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Par la même Parole, ils furent ramenés à Ta Unité, revêtus de forme, et de Toi, le Unique Bien Souverain, tout devint très bon. Comment ont-ils pu mériter de Toi d’être même sans forme, puisqu’ils n’étaient même pas cela, mais venaient de Toi ? Comment la matière corporelle a-t-elle pu mériter de Toi d’être même invisible et sans forme, puisqu’elle n’était même pas cela, mais que c’est Toi qui l’as faite, et donc, comme elle n’existait pas, elle ne pouvait mériter de Toi d’être créée ? Ou comment la créature spirituelle inachevée pourrait-elle mériter de Toi de fluctuer sombrement comme les profondeurs — contrairement à Toi —, s’il n’était pas par la même Parole qu’elle se tournait vers Celui par qui elle fut créée, et qu’Il l’éclairait ainsi pour qu’elle devienne lumière ; non pas de manière égale, mais conformément à cette Forme qui est égale à Toi ? Car, de même qu’en un corps, exister n’est pas identique à être beau, sinon il ne pourrait pas être déformé ; de même, pour un esprit créé, vivre n’est pas identique à vivre sagement, sinon il serait sages à jamais. Il est bon cependant qu’il s’accroche toujours à Toi, afin de ne pas perdre la lumière qu’il a obtenue en se tournant vers Toi en la quittant, et de ne pas retomber dans une vie semblable aux profondeurs sombres. Car nous-mêmes aussi, qui, quant à l’âme, sommes une créature spirituelle, ayant détourné de Toi notre lumière, nous étions parfois dans les ténèbres de cette vie ; et nous luttons encore au milieu des vestiges de nos ténèbres, jusqu’à ce que, en Ton Unicité, nous devenions Ta justice, comme les montagnes de Dieu. Car nous avons été Tes jugements, qui sont semblables aux grands abîmes. Ce que Tu as dit au commencement de la création : « Que la lumière soit », et il y eut lumière, je l’entends, non sans raison, au sujet de la créature spirituelle : car il existait déjà une sorte de vie que Tu pouvais éclairer. Mais comme elle n’avait aucun droit sur Toi pour une vie qui pût être éclairée, de même, maintenant qu’elle existait, elle n’en avait aucun pour être éclairée. Car son état sans forme ne pouvait être agréable à Toi, à moins qu’elle ne devienne lumière, et ce non pas simplement par son existence, mais en contemplant la lumière éclairante et en s’y attachant ; de sorte que, pour vivre et vivre heureusement, elle ne le doit qu’à Ta grâce, en étant transformée par un changement meilleur en Ce qui ne peut être changé en pire ou en mieux ; et Tu seul es cela, car Tu seul es simplement ; pour Toi, vivre n’est pas la même chose que vivre béatement, puisque Tu es toi-même Ta propre Béatitude. Qu’y aurait-il donc à manquer à Ton bien, que Tu es toi-même, même si ces choses n’avaient jamais existé ou étaient restées sans forme ; choses que Tu as créées, non par manque, mais par la plénitude de Ta
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Dieu tout-puissant, les retenir et les transformer pour leur donner une forme, ne serait-ce pas plutôt pour que Ta joie soit comblée par eux ? Car pour Toi, qui es parfait, leur imperfection est désagréable ; c’est pourquoi ils sont perfectionnés par Toi et Te plaisent. Ce n’est pas parce que Tu serais imparfait, et que leur perfectionnement te permettrait à toi aussi d’être perfectionné. En effet, Ton Esprit bon a vraiment flotté sur les eaux, sans être porté par elles, comme s’il reposait sur elles. Quant à ceux sur qui Ton Esprit bon est dit reposer, Il les fait reposer en Lui-même. Mais Ta volonté incorruptible et immuable, suffisante en elle-même, a été portée sur cette vie que Tu avais créée ; or, vivre pour elle ne signifie pas vivre heureusement, car elle vit aussi dans ses ténèbres propres : il lui reste donc à se tourner vers Celui par qui elle a été créée, afin de vivre de plus en plus par la source de la vie, de voir la lumière dans Sa lumière, d’être perfectionnée, éclairée et embellie.
Voici, maintenant, la Trinité m’apparaît vaguement comme dans un miroir obscur : c’est Toi, mon Dieu. Car Toi, ô Père, en Celui qui est le commencement de notre sagesse – c’est-à-dire Ta Sagesse, née de Toi-même, égale à Toi et coéternelle – c’est-à-dire en Ton Fils, Tu as créé le ciel et la terre. Nous avons beaucoup parlé du ciel des cieux, de la terre invisible et sans forme, ainsi que des profondeurs ténébreuses, en référence à l’instabilité et à la déformation spirituelle de celles-ci, à moins qu’elles ne se tournent vers Celui d’où elles tirent leur degré de vie ; alors, par Son éclairage, elles deviennent une vie belle. Et sous le nom de Dieu, je considérais le Père, qui a créé toutes ces choses ; et sous le nom de Commencement, le Fils, en qui Il a créé ces choses. Croyant, comme je le faisais, en mon Dieu en tant que Trinité, j’ai cherché davantage dans Ses paroles sacrées ; et voici, Ton Esprit flottait sur les eaux. Voici la Trinité, mon Dieu : le Père, le Fils et l’Esprit Saint, Créateur de toute création.
Mais quelle en était la raison, ô Lumière véridique ? Je lève mon cœur vers Toi : qu’il ne m’enseigne pas des vanités, chasse ses ténèbres ; et dis-moi, je t’en prie, par notre mère charité, dis-moi la raison, je t’en prie, pourquoi, après avoir parlé du ciel, de la terre invisible et sans forme, ainsi que des ténèbres dans les profondeurs, Tes Écritures mentionnent finalement Ton Esprit ? Était-ce parce qu’il était opportun de transmettre la connaissance de Lui, étant donné qu’Il était « porté au-dessus » ; et cela ne pouvait être dit que si l’on mentionnait d’abord ce sur quoi Ton Esprit était censé être porté. Car Il n’était pas porté au-dessus du Père, ni du Fils ; de plus, on ne pourrait pas dire correctement qu’Il était porté au-dessus de quelque chose s’il n’y avait rien au-dessus de quoi Il serait porté.
Voici, maintenant, la Trinité m’apparaît vaguement comme dans un miroir obscur : c’est Toi, mon Dieu. Car Toi, ô Père, en Celui qui est le commencement de notre sagesse – c’est-à-dire Ta Sagesse, née de Toi-même, égale à Toi et coéternelle – c’est-à-dire en Ton Fils, Tu as créé le ciel et la terre. Nous avons beaucoup parlé du ciel des cieux, de la terre invisible et sans forme, ainsi que des profondeurs ténébreuses, en référence à l’instabilité et à la déformation spirituelle de celles-ci, à moins qu’elles ne se tournent vers Celui d’où elles tirent leur degré de vie ; alors, par Son éclairage, elles deviennent une vie belle. Et sous le nom de Dieu, je considérais le Père, qui a créé toutes ces choses ; et sous le nom de Commencement, le Fils, en qui Il a créé ces choses. Croyant, comme je le faisais, en mon Dieu en tant que Trinité, j’ai cherché davantage dans Ses paroles sacrées ; et voici, Ton Esprit flottait sur les eaux. Voici la Trinité, mon Dieu : le Père, le Fils et l’Esprit Saint, Créateur de toute création.
Mais quelle en était la raison, ô Lumière véridique ? Je lève mon cœur vers Toi : qu’il ne m’enseigne pas des vanités, chasse ses ténèbres ; et dis-moi, je t’en prie, par notre mère charité, dis-moi la raison, je t’en prie, pourquoi, après avoir parlé du ciel, de la terre invisible et sans forme, ainsi que des ténèbres dans les profondeurs, Tes Écritures mentionnent finalement Ton Esprit ? Était-ce parce qu’il était opportun de transmettre la connaissance de Lui, étant donné qu’Il était « porté au-dessus » ; et cela ne pouvait être dit que si l’on mentionnait d’abord ce sur quoi Ton Esprit était censé être porté. Car Il n’était pas porté au-dessus du Père, ni du Fils ; de plus, on ne pourrait pas dire correctement qu’Il était porté au-dessus de quelque chose s’il n’y avait rien au-dessus de quoi Il serait porté.
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D’abord, il fallait parler de Celui qui pouvait être porté ; puis de Celui dont il n’était pas convenable de parler autrement que comme étant porté. Mais pourquoi n’était-il pas convenable que la connaissance de Lui fût transmise autrement qu’en disant qu’Il est porté au-dessus ? Que celui qui en est capable suive donc de son entendement Ton Apôtre, là où il dit : « Car Ton amour se répand dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » ; et là où, concernant les dons spirituels, il nous enseigne et nous montre une voie plus excellente de charité ; et là où il s’incline devant Toi pour nous, afin que nous connaissions la connaissance suprême de l’amour du Christ. C’est pourquoi, dès le commencement, Il fut porté au-dessus des eaux. À qui parlerai-je cela ? Comment parler du poids des désirs mauvais, descendant vers l’abîme profond, et comment parler de la charité qui relève à nouveau par Ton Esprit qui fut porté au-dessus des eaux ? À qui le dire ? Comment le dire ? Car ce n’est pas dans l’espace que nous sommes immergés et émergeons. Qu’y a-t-il de plus, et pourtant de moins semblable ? Ce sont des affections, ce sont des amours : l’impureté de notre esprit s’écoule vers le bas avec l’amour des soucis, tandis que la sainteté de Ta grâce nous élève vers le haut par l’amour d’un repos sans inquiétude, afin que nous levions nos cœurs vers Toi, là où Ton Esprit est porté au-dessus des eaux, et atteignions ce repos suprême, lorsque notre âme aura traversé les eaux qui ne donnent aucun soutien. Les anges se sont éloignés, l’âme de l’homme s’est éloignée, et ainsi l’abîme a montré sa profondeur sombre, prêt pour toute la création spirituelle, si Tu n’avais pas dit dès le commencement : « Que la lumière soit », et il y aurait eu lumière, et toute intelligence obéissante de Ta cité céleste se serait attachée à Toi et reposée dans Ton Esprit, qui est porté immuablement au-dessus de tout ce qui est changeant. Sinon, même le ciel des cieux aurait été en lui-même une profondeur obscure ; mais maintenant il y a lumière dans le Seigneur. Car même dans cette misérable agitation des esprits qui se sont éloignés et ont découvert leur propre obscurité, dépouillés du vêtement de Ta lumière, Tu révèles suffisamment combien noble Tu as fait la créature raisonnable ; pour laquelle rien ne suffira à lui donner un repos heureux, pas même elle-même. Car Toi, ô notre Dieu, tu illumineras notre obscurité : de Toi naît notre vêtement de lumière ; alors notre obscurité sera comme en plein jour. Donne-Toi à moi, ô mon Dieu, restaure-Toi à moi : voici, je t’aime, et si c’est trop peu, je voudrais aimer encore plus ardemment. Je ne peux mesurer pour savoir combien d’amour il me manque encore avant que ma vie ne se jette dans Tes bras, ni m’éloigner, jusqu’à ce que…
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Être caché dans le lieu secret de Ta Présence. C’est là tout ce que je sais : malheur à moi s’il n’y a que Toi ; non seulement en dehors de moi, mais aussi en moi-même ; et toute abondance qui n’est pas mon Dieu est vide pour moi. Mais le Père et le Fils n’ont-ils pas été portés au-dessus des eaux ? Si cela signifie en espace, comme un corps, alors le Saint-Esprit non plus ; mais si c’est l’excellence immuable de la Divinité au-dessus de toutes choses changeantes, alors le Père, le Fils et le Saint-Esprit furent tous portés au-dessus des eaux. Pourquoi donc cela est-il dit seulement de Ton Esprit, pourquoi est-ce dit seulement de Lui ? Comme s’Il avait eu une place, Lui qui n’a pas de place, de Qui il est écrit seulement qu’Il est Ton don ? Dans Ton Don nous reposons ; c’est là que nous Te goûtons. Notre repos est notre place. L’amour nous élève là-haut, et Ton bon Esprit élève notre humilité hors des portes de la mort. Dans Ta bonne volonté est notre paix. Le corps, par son propre poids, tend vers sa propre place. Le poids ne pousse pas seulement vers le bas, mais vers sa propre place. Le feu monte, la pierre descend. Ils sont poussés par leur propre poids, ils cherchent leur propre place. L’huile versée sous l’eau est soulevée au-dessus de l’eau ; l’eau versée sur l’huile coule au-dessous de l’huile. Ils sont poussés par leur propre poids à chercher leur propre place. Quand ils sortent de leur ordre, ils sont agités ; ramenés à l’ordre, ils sont en repos. Mon poids, c’est mon amour ; c’est par lui que je suis porté, où que je sois porté. Nous sommes enflammés, par Ton Don nous sommes enflammés ; et nous sommes portés vers le haut ; nous brillons intérieurement et avançons. Nous montons par Tes voies qui sont dans notre cœur, et nous chantons un chant de degrés ; nous brillons intérieurement par Ton feu, par Ton bon feu, et nous allons ; car nous montons vers la paix de Jérusalem : car j’étais joyeux en ceux qui m’ont dit : Nous monterons à la maison du Seigneur. C’est là que Ta bonne volonté nous a placés, afin que nous ne désirions rien d’autre que d’y demeurer éternellement.
Bénie créature, qui, étant elle-même autre que Toi, n’a connu aucune autre condition que celle-ci : dès qu’elle fut créée, elle fut, sans aucun intervalle, portée en hauteur par Ton Don, qui est porté au-dessus de toute chose changeante, portée en haut par cet appel par lequel Tu as dit : Que la lumière soit, et il y eut lumière. Alors que chez nous cela s’est produit à des moments différents, alors que nous étions ténèbres et sommes devenus lumière : mais de cela on ne dit que ce qu’il aurait été s’il n’avait pas été éclairé. Et cela est dit comme s’il avait été instable et sombre auparavant, afin que la cause pour laquelle il est devenu autre puisse apparaître, à savoir qu’en se tournant vers la Lumière inébranlable, il est devenu lumière. Que celui qui peut le comprenne le fasse ; qu’il interroge Toi. Pourquoi me troublerait-il, comme si je pouvais éclairer quiconque vient dans ce monde ?
Bénie créature, qui, étant elle-même autre que Toi, n’a connu aucune autre condition que celle-ci : dès qu’elle fut créée, elle fut, sans aucun intervalle, portée en hauteur par Ton Don, qui est porté au-dessus de toute chose changeante, portée en haut par cet appel par lequel Tu as dit : Que la lumière soit, et il y eut lumière. Alors que chez nous cela s’est produit à des moments différents, alors que nous étions ténèbres et sommes devenus lumière : mais de cela on ne dit que ce qu’il aurait été s’il n’avait pas été éclairé. Et cela est dit comme s’il avait été instable et sombre auparavant, afin que la cause pour laquelle il est devenu autre puisse apparaître, à savoir qu’en se tournant vers la Lumière inébranlable, il est devenu lumière. Que celui qui peut le comprenne le fasse ; qu’il interroge Toi. Pourquoi me troublerait-il, comme si je pouvais éclairer quiconque vient dans ce monde ?
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Lequel d’entre nous comprend la Trinité tout-puissante ? Et pourtant, lequel n’en parle pas, si c’est bien Elle ? Rares sont les âmes qui, en parlant d’Elle, savent de quoi elles parlent. Ils se disputent et luttent, mais sans paix, nul ne voit cette vision. J’aimerais que les hommes réfléchissent à ces trois choses qui sont en eux-mêmes. Ces trois sont en vérité bien différentes de la Trinité : je dis seulement où ils peuvent s’exercer, et là prouver et sentir à quel point ils en sont éloignés. Or, les trois dont je parle sont : Être, Connaître et Vouloir. Car Je Suis, Je Connais et Je Veux : Je Suis Connaissance et Volonté ; et Je Me connais comme étant, et voulant ; et Je Veux être, et connaître. Que celui qui peut discerne donc, dans ces trois, quelle vie est inséparable, oui, une seule vie, une seule pensée, une seule essence ; oui, enfin, quelle distinction est inséparable, et pourtant une distinction. Assurément, l’homme l’a devant lui ; qu’il regarde en lui-même, qu’il voie, et qu’il me le dise. Mais lorsqu’il découvre et peut dire quelque chose à leur sujet, qu’il ne pense pas pour autant avoir trouvé ce qui est au-delà de ces choses immuables, qui Est immuablement, et Connaît immuablement, et Veut immuablement ; et s’il y a, à cause de ces trois, aussi une Trinité en Dieu, ou si les trois sont en Chacun, de sorte que les trois appartiennent à Chacun ; ou si c’est les deux à la fois, merveilleusement, simplement et pourtant de multiples manières, Lui-même lié à Lui-même en Lui-même, et pourtant illimité ; par quoi Il est, et est connu de Lui-même et suffit à Lui-même, immuablement le Même, par la grande abondance de son Unité — qui peut facilement concevoir cela ? Qui pourrait l’exprimer d’une manière quelconque ? Qui oserait en parler imprudemment ? Continue ta confession, dis au Seigneur ton Dieu : Ô ma foi, Saint, Saint, Saint, ô Seigneur mon Dieu, en Ton Nom nous avons été baptisés, Père, Fils et Esprit Saint ; en Ton Nom nous baptisons, Père, Fils et Esprit Saint, car parmi nous aussi, en Son Christ, Dieu a fait ciel et terre, à savoir le peuple spirituel et charnel de Son Église. Oui, et notre terre, avant d’avoir reçu la forme de la doctrine, était invisible et sans forme ; et nous étions couverts des ténèbres de l’ignorance. Car Tu as châtié l’homme pour son iniquité, et Tes jugements lui semblaient comme les grands abîmes. Mais parce que Ton Esprit flottait au-dessus des eaux, Ta miséricorde n’a pas abandonné notre misère, et Tu as dit : Qu’il y ait de la lumière, Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. Repentez-vous, qu’il y ait de la lumière. Et parce que notre âme était troublée en nous, nous nous sommes souvenus de Toi, ô Seigneur, depuis la terre du Jourdain, et de cette montagne égale à Toi, mais trop petite pour nous ; et nos ténèbres nous déplaisaient, nous nous sommes tournés vers Toi, et il y eut de la lumière. Et voici, nous étions parfois ténèbres, mais maintenant lumière dans le Seigneur.
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Mais pour l’instant, par la foi et non par la vue, car c’est par l’espérance que nous sommes sauvés ; mais l’espérance qui se voit n’est pas une espérance. Pour l’instant, le profond appelle au profond, mais maintenant, à la voix de Tes geysers d’eau. Pour l’instant, celui qui dit : « Je ne pouvais vous parler comme à des esprits, mais comme à des charnels », lui aussi, pour l’instant, ne croit pas avoir saisi, et oublie les choses qui sont derrière, et tend vers celles qui sont devant, et gémit sous le poids, et son âme a soif du Dieu vivant, comme le cerf a soif des ruisseaux, et dit : « Quand viendrai-je ? » désirant être revêtu de sa maison qui vient du ciel, et il appelle ce profond inférieur, disant : « Ne vous conformez pas à ce monde, mais transformez-vous par le renouvellement de votre esprit. Et ne soyez pas enfants en intelligence, mais en méchanceté ; soyez enfants, afin que vous soyez parfaits en intelligence ; ô Galates insensés, qui vous a ensorcelés ? » Mais maintenant, plus dans sa propre voix ; mais dans la Tienne, qui as envoyé Ton Esprit d’en haut ; par Celui qui est monté haut, et a ouvert les vannes de Ses dons, afin que la force de Ses courants puisse réjouir la ville de Dieu. C’est Lui que cet ami du Époux aspire, ayant maintenant les premiers fruits de l’Esprit déposés auprès de Lui, tout en gémissant encore en lui-même, attendant l’adoption, c’est-à-dire la rédemption de son corps ; c’est Lui qu’il aspire, membre de la Épouse ; pour Lui il est jaloux, en tant qu’ami du Époux ; pour Lui il est jaloux, non pour lui-même ; car c’est à la voix de Tes geysers d’eau, non dans sa propre voix, qu’il appelle vers cet autre profond, au sujet duquel, étant jaloux, il craint que, comme le serpent a trompé Ève par sa ruse, leurs esprits ne soient corrompus de la pureté qui est dans notre Époux, Ton Fils unique. Ô quelle lumière de beauté ce sera, quand nous Le verrons tel qu’Il est, et que ces larmes disparaîtront, qui ont été ma nourriture jour et nuit, tandis qu’elles me disent chaque jour : « Où est ton Dieu ? » Vois, moi aussi je dis : Ô mon Dieu, où es-Tu ? Vois, où Tu es ! En Toi je respire un peu, lorsque je verse ma âme toute seule à la voix de la joie et de la louange, le son de celui qui garde le jour saint. Et pourtant, c’est encore triste, parce que cela retombe, devient un profond, ou plutôt se perçoit encore comme un profond. À cela parle ma foi que Tu as allumée pour éclairer mes pieds dans la nuit : « Pourquoi es-tu triste, ô mon âme, et pourquoi me tourmentes-tu ? Espère en le Seigneur ; Sa parole est une torche à tes pieds : espère et endure, jusqu’à la nuit, mère des méchants, jusqu’à ce que la colère du Seigneur soit passée, de laquelle nous avons aussi été autrefois des enfants, qui étions parfois ténèbres, dont nous portons les reliques en notre corps, morts.
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à cause du péché ; jusqu’au lever du jour, quand les ombres s’enfuiront. Espère en le Seigneur ; au matin, je me tiendrai en Ta présence et Te contemplerai : je T’avouerai éternellement. Au matin, je me tiendrai en Ta présence et verrai la santé de mon visage, ô mon Dieu, qui ressuscitera aussi nos corps mortels, par l’Esprit qui demeure en nous, car Il a eu pitié de nos ténèbres intérieures et de nos profondeurs flottantes : de Lui nous avons reçu, dans ce pèlerinage, une assurance que nous devons maintenant être lumière : tandis que nous sommes sauvés par l’espérance, et que nous sommes enfants de la lumière, enfants du jour, non enfants de la nuit ni des ténèbres, ce que nous étions pourtant parfois. Entre Lui et nous, dans cette incertitude de la connaissance humaine, c’est Toi seul qui sépares ; Toi qui examines nos cœurs et appelles la lumière jour, et les ténèbres nuit. Car qui nous discerne, sinon Toi ? Et qu’avons-nous que nous n’ayons reçu de Toi ? De la même masse sont faits des vases d’honneur, dont d’autres sont faits d’infamie.
Ou qui, à part Toi, notre Dieu, a créé pour nous ce firmament d’autorité au-dessus de nous dans Ta Sainte Écriture ? Comme il est dit : « Le ciel sera plié comme un rouleau ; et maintenant il est étendu au-dessus de nous comme une peau. » Car Ta Sainte Écriture a une autorité plus éminente, puisque ces mortels par lesquels Tu la nous transmets ont eux-mêmes connu la mort. Et Tu sais, Seigneur, Tu sais comment Tu as revêtu les hommes de peaux, lorsqu’ils sont devenus mortels à cause du péché. C’est pourquoi Tu as étendu comme une peau le firmament de Ton livre, c’est-à-dire Tes paroles harmonieuses, que, par l’intermédiaire d’hommes mortels, Tu répands sur nous. Car c’est par leur mort même que ce solide firmament d’autorité, exposé dans Tes paroles par eux, s’est étendu plus éminemment sur tout ce qui se trouve en dessous ; ce qui, tant qu’ils vivaient ici, ne s’étendait pas de manière aussi éminente. Tu n’avais pas encore étendu le ciel comme une peau ; Tu n’avais pas encore élargi en toutes directions la gloire de leurs morts.
Regardons, ô Seigneur, les cieux, œuvre de Tes doigts ; éloigne de nos yeux ce nuage que Tu as étendu sous eux. Voici Ton témoignage, qui donne la sagesse aux petits : perfectionne, ô mon Dieu, Ton louange par la bouche des enfants et des nourrissons. Car nous ne connaissons pas d’autres livres qui détruisent ainsi l’orgueil, qui détruisent ainsi l’ennemi et celui qui se défend, qui résiste à Ta réconciliation en défendant ses propres péchés. Je ne connais pas, Seigneur, je ne connais pas d’autres paroles si pures, qui me persuadent ainsi à confesser, qui rendent mon cou souple à Ton joug, et qui m’invitent à Te servir gratuitement. Fais-moi les comprendre, bon Père : accorde-moi cela.
Ou qui, à part Toi, notre Dieu, a créé pour nous ce firmament d’autorité au-dessus de nous dans Ta Sainte Écriture ? Comme il est dit : « Le ciel sera plié comme un rouleau ; et maintenant il est étendu au-dessus de nous comme une peau. » Car Ta Sainte Écriture a une autorité plus éminente, puisque ces mortels par lesquels Tu la nous transmets ont eux-mêmes connu la mort. Et Tu sais, Seigneur, Tu sais comment Tu as revêtu les hommes de peaux, lorsqu’ils sont devenus mortels à cause du péché. C’est pourquoi Tu as étendu comme une peau le firmament de Ton livre, c’est-à-dire Tes paroles harmonieuses, que, par l’intermédiaire d’hommes mortels, Tu répands sur nous. Car c’est par leur mort même que ce solide firmament d’autorité, exposé dans Tes paroles par eux, s’est étendu plus éminemment sur tout ce qui se trouve en dessous ; ce qui, tant qu’ils vivaient ici, ne s’étendait pas de manière aussi éminente. Tu n’avais pas encore étendu le ciel comme une peau ; Tu n’avais pas encore élargi en toutes directions la gloire de leurs morts.
Regardons, ô Seigneur, les cieux, œuvre de Tes doigts ; éloigne de nos yeux ce nuage que Tu as étendu sous eux. Voici Ton témoignage, qui donne la sagesse aux petits : perfectionne, ô mon Dieu, Ton louange par la bouche des enfants et des nourrissons. Car nous ne connaissons pas d’autres livres qui détruisent ainsi l’orgueil, qui détruisent ainsi l’ennemi et celui qui se défend, qui résiste à Ta réconciliation en défendant ses propres péchés. Je ne connais pas, Seigneur, je ne connais pas d’autres paroles si pures, qui me persuadent ainsi à confesser, qui rendent mon cou souple à Ton joug, et qui m’invitent à Te servir gratuitement. Fais-moi les comprendre, bon Père : accorde-moi cela.
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Ceux qui sont placés sous eux : car pour ceux qui sont placés sous eux, Tu les as établis.
Il y a d’autres eaux au-dessus de ce firmament, je crois immortelles, et séparées de la corruption terrestre. Qu’elles louent Ton Nom, qu’elles Te louent, peuple supracéleste, Tes anges, qui n’ont pas besoin de lever les yeux vers ce firmament, ni de lire pour connaître Ta Parole. Car ils voient toujours Ton visage, et y lisent sans aucune syllabe dans le temps ce que veut Ta volonté éternelle ; ils lisent, ils choisissent, ils aiment. Ils lisent constamment ; et ce qu’ils lisent ne disparaît jamais ; car en choisissant et en aimant, ils lisent l’inmutabilité même de Ton dessein. Leur livre n’est jamais fermé, ni leur rouleau plié ; car Toi-même, ô Seigneur, es cela pour eux, et es éternellement ; car Tu les as placés au-dessus de ce firmament, que Tu as solidement établi au-dessus de la faiblesse du peuple inférieur, afin qu’ils puissent lever les yeux et apprendre Ta miséricorde, annonçant dans le temps Celui qui a créé les temps. Car Ta miséricorde, ô Seigneur, est dans les cieux, et Ta vérité atteint les nuages. Les nuages disparaissent, mais le ciel demeure. Les prédicateurs de Ta parole quittent cette vie pour une autre ; mais Ta Sainte Écriture se répand parmi les peuples, jusqu’à la fin du monde. Pourtant le ciel et la terre disparaîtront aussi, mais Tes paroles ne disparaîtront pas. Car le rouleau sera roulé ensemble : et l’herbe sur laquelle il était étendu disparaîtra avec sa beauté ; mais Ta Parole demeurera à jamais, celle qui nous apparaît maintenant sous l’image sombre des nuages, et à travers le verre des cieux, non telle qu’elle est : car nous aussi, bien que bien-aimés de Ton Fils, ce n’est pas encore apparu ce que nous serons. Il regarde à travers la grille de notre chair, et Il nous a parlé avec tendresse, et Il nous a enflammés, et nous avons couru après Ses parfums. Mais quand Il apparaîtra, alors nous serons comme Lui, car nous Le verrons tel qu’Il est. Tel qu’Il est, ô Seigneur, sera notre vue.
Car en somme, tel que Tu es, seul Tu le sais ; Tu es immuable, et Tu sais immuablement, et Tu veux immuablement. Et Ton Essence sait et veut immuablement ; et Ta Connaissance est et veut immuablement ; et Ta Volonté est et sait immuablement. Il ne semble pas juste à Tes yeux que, de même que la Lumière immuable se connaît elle-même, elle soit connue par la chose éclairée et changeante. C’est pourquoi mon âme est comme une terre où il n’y a pas d’eau, car, puisqu’elle ne peut s’éclairer elle-même, elle ne peut pas non plus se satisfaire elle-même. Car ainsi est la source de vie avec Toi, de même que dans Ta lumière nous verrons la lumière.
Il y a d’autres eaux au-dessus de ce firmament, je crois immortelles, et séparées de la corruption terrestre. Qu’elles louent Ton Nom, qu’elles Te louent, peuple supracéleste, Tes anges, qui n’ont pas besoin de lever les yeux vers ce firmament, ni de lire pour connaître Ta Parole. Car ils voient toujours Ton visage, et y lisent sans aucune syllabe dans le temps ce que veut Ta volonté éternelle ; ils lisent, ils choisissent, ils aiment. Ils lisent constamment ; et ce qu’ils lisent ne disparaît jamais ; car en choisissant et en aimant, ils lisent l’inmutabilité même de Ton dessein. Leur livre n’est jamais fermé, ni leur rouleau plié ; car Toi-même, ô Seigneur, es cela pour eux, et es éternellement ; car Tu les as placés au-dessus de ce firmament, que Tu as solidement établi au-dessus de la faiblesse du peuple inférieur, afin qu’ils puissent lever les yeux et apprendre Ta miséricorde, annonçant dans le temps Celui qui a créé les temps. Car Ta miséricorde, ô Seigneur, est dans les cieux, et Ta vérité atteint les nuages. Les nuages disparaissent, mais le ciel demeure. Les prédicateurs de Ta parole quittent cette vie pour une autre ; mais Ta Sainte Écriture se répand parmi les peuples, jusqu’à la fin du monde. Pourtant le ciel et la terre disparaîtront aussi, mais Tes paroles ne disparaîtront pas. Car le rouleau sera roulé ensemble : et l’herbe sur laquelle il était étendu disparaîtra avec sa beauté ; mais Ta Parole demeurera à jamais, celle qui nous apparaît maintenant sous l’image sombre des nuages, et à travers le verre des cieux, non telle qu’elle est : car nous aussi, bien que bien-aimés de Ton Fils, ce n’est pas encore apparu ce que nous serons. Il regarde à travers la grille de notre chair, et Il nous a parlé avec tendresse, et Il nous a enflammés, et nous avons couru après Ses parfums. Mais quand Il apparaîtra, alors nous serons comme Lui, car nous Le verrons tel qu’Il est. Tel qu’Il est, ô Seigneur, sera notre vue.
Car en somme, tel que Tu es, seul Tu le sais ; Tu es immuable, et Tu sais immuablement, et Tu veux immuablement. Et Ton Essence sait et veut immuablement ; et Ta Connaissance est et veut immuablement ; et Ta Volonté est et sait immuablement. Il ne semble pas juste à Tes yeux que, de même que la Lumière immuable se connaît elle-même, elle soit connue par la chose éclairée et changeante. C’est pourquoi mon âme est comme une terre où il n’y a pas d’eau, car, puisqu’elle ne peut s’éclairer elle-même, elle ne peut pas non plus se satisfaire elle-même. Car ainsi est la source de vie avec Toi, de même que dans Ta lumière nous verrons la lumière.
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Qui a rassemblé les âmes amères en une seule société ? Car elles ont toutes le même but : une félicité temporelle et terrestre, à laquelle elles s’efforcent d’atteindre en faisant tout ce qu’elles peuvent, bien que leur volonté soit agitée par d’innombrables soucis. Qui, Seigneur, sinon Toi, as-tu dit : « Que les eaux se rassemblent en un seul lieu, et que paraissent les terres arides qui aspirent à Toi » ? Car la mer aussi est à Toi, Tu l’as créée, et Tes mains ont façonné les terres sèches. La amertume des volontés humaines n’est autre que le rassemblement des eaux, appelé mer ; car Tu maîtrises les désirs pervers des âmes humaines et leur fixes des limites, déterminant jusqu’où elles peuvent aller, afin que leurs vagues se heurtent les unes aux autres : c’est ainsi que Tu en fais une mer, par l’ordre de Ton règne sur toutes choses.
Mais les âmes qui aspirent à Toi et qui se présentent devant Toi (étant séparées de la société de la mer par d’autres limites), Tu les arroses d’une source douce, afin que la terre puisse porter ses fruits. Et Toi, Seigneur Dieu, en donnant cet ordre, permettras à notre âme de produire des actes de miséricorde selon leur nature, en aimant notre prochain pour soulager ses besoins corporels. Elle possède en elle-même la semence correspondante à sa nature ; lorsque nous ressentons notre propre faiblesse, nous éprouvons de la compassion et cherchons à soulager ceux qui sont dans le besoin, en les aidant comme nous le voudrions si nous étions dans la même situation. Non seulement en des choses simples, comme une plante qui produit des graines, mais aussi en offrant notre protection de toutes nos forces, comme un arbre qui porte du fruit : c’est-à-dire en agissant pour secourir celui qui subit l’injustice, des mains des puissants, et en lui assurant un abri grâce à la force puissante d’un jugement juste.
Ainsi, Seigneur, je t’en supplie, que, comme Tu le fais, que la vérité jaillisse de la terre, que la justice descende du ciel, et que des lumières apparaissent dans le firmament. Partageons notre pain avec les affamés, et accueillons chez nous les pauvres sans abri. Habillons les nus, et ne méprisons pas ceux de notre propre chair. Lorsque ces fruits auront poussé de la terre, voyons qu’ils sont bons ; et que notre lumière temporaire éclate ; et que, partant de cette fertilité pratique, nous atteignions la joie de la contemplation, obtenant ainsi la Parole de Vie au-dessus, pour apparaître comme des lumières dans le monde, attachés au firmament de Ta Sainte Écriture. Car c’est là que Tu nous enseignes à distinguer entre les choses intellectuelles et celles des sens, comme entre le jour et la nuit ; ou entre les âmes, destinées soit aux choses intellectuelles, soit à celles des sens. Ainsi, maintenant, ce n’est plus seulement dans le secret de Ton jugement, avant que le firmament ne soit créé, que Tu distingues la lumière de l’obscurité, mais aussi par Ta puissance spirituelle.
Mais les âmes qui aspirent à Toi et qui se présentent devant Toi (étant séparées de la société de la mer par d’autres limites), Tu les arroses d’une source douce, afin que la terre puisse porter ses fruits. Et Toi, Seigneur Dieu, en donnant cet ordre, permettras à notre âme de produire des actes de miséricorde selon leur nature, en aimant notre prochain pour soulager ses besoins corporels. Elle possède en elle-même la semence correspondante à sa nature ; lorsque nous ressentons notre propre faiblesse, nous éprouvons de la compassion et cherchons à soulager ceux qui sont dans le besoin, en les aidant comme nous le voudrions si nous étions dans la même situation. Non seulement en des choses simples, comme une plante qui produit des graines, mais aussi en offrant notre protection de toutes nos forces, comme un arbre qui porte du fruit : c’est-à-dire en agissant pour secourir celui qui subit l’injustice, des mains des puissants, et en lui assurant un abri grâce à la force puissante d’un jugement juste.
Ainsi, Seigneur, je t’en supplie, que, comme Tu le fais, que la vérité jaillisse de la terre, que la justice descende du ciel, et que des lumières apparaissent dans le firmament. Partageons notre pain avec les affamés, et accueillons chez nous les pauvres sans abri. Habillons les nus, et ne méprisons pas ceux de notre propre chair. Lorsque ces fruits auront poussé de la terre, voyons qu’ils sont bons ; et que notre lumière temporaire éclate ; et que, partant de cette fertilité pratique, nous atteignions la joie de la contemplation, obtenant ainsi la Parole de Vie au-dessus, pour apparaître comme des lumières dans le monde, attachés au firmament de Ta Sainte Écriture. Car c’est là que Tu nous enseignes à distinguer entre les choses intellectuelles et celles des sens, comme entre le jour et la nuit ; ou entre les âmes, destinées soit aux choses intellectuelles, soit à celles des sens. Ainsi, maintenant, ce n’est plus seulement dans le secret de Ton jugement, avant que le firmament ne soit créé, que Tu distingues la lumière de l’obscurité, mais aussi par Ta puissance spirituelle.
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Que les enfants, eux aussi, placés et rangés dans le même firmament (maintenant que Ta grâce est répandue partout dans le monde), puissent éclairer la terre, séparer le jour de la nuit, et servir de signes des temps : que les choses anciennes soient passées, et que voilà, tout devienne nouveau ; que notre salut soit plus proche qu’à l’époque où nous croyions ; que la nuit soit presque terminée et que le jour soit proche ; et que Tu couronnes Ton année de bénédictions, en envoyant les ouvriers de Ta bonté dans Ta récolte, pour semer là où d’autres ont déjà travaillé, et en envoyant aussi dans un autre champ, dont la récolte viendra à la fin. Ainsi, Tu exauces les prières de celui qui demande, et Tu bénis les années des justes ; mais Tu es le même, et dans Tes années qui ne finissent jamais, Tu prépares un grenier pour nos années passagères. Car par un dessein éternel, Tu accordes en leurs saisons appropriées des bénédictions célestes sur la terre. À l’un, l’Esprit donne la parole de sagesse, comme une lumière inférieure ; à un autre, la foi ; à un autre encore, le don de la vérité claire, comme pour guider le jour. À un autre, la parole de connaissance, par le même Esprit, comme une lumière inférieure ; à un autre, la foi ; à un autre, le don de guérison ; à un autre, le pouvoir de faire des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, la capacité de discerner les esprits ; à un autre, diverses sortes de langues. Et tous ces dons sont comme des étoiles. Car c’est le même Esprit qui opère tout cela, distribuant à chacun ce qu’Il veut, et faisant apparaître les étoiles afin que nous en tirions profit. Mais la parole de connaissance, qui contient tous les sacrements – qui varient selon leurs saisons, comme la lune –, ainsi que ces autres dons, qui sont énumérés dans l’ordre, comme des étoiles, puisqu’ils sont inférieurs à cette lumière de sagesse qui illumine le jour mentionné, ne servent qu’à guider la nuit. Car ils sont nécessaires à ceux à qui Ton serviteur très prudent ne pouvait s’adresser comme à des êtres spirituels, mais plutôt comme à des êtres charnels ; même lui, qui parle de sagesse parmi ceux qui sont parfaits. Mais l’homme naturel, tel un enfant en Christ, nourri de lait, jusqu’à ce qu’il soit fortifié pour manger de la viande solide et que ses yeux puissent contempler le Soleil, qu’il ne demeure pas dans une nuit dépourvue de toute lumière, mais qu’il se contente de la lumière de la lune et des étoiles. C’est ainsi que Tu nous parles, ô notre Dieu tout-sage, dans Ton Livre, Ton firmament, afin que nous puissions discerner toutes choses dans une contemplation admirable, bien que pour l’instant seulement à travers des signes, des temps, des jours et des années.
Mais d’abord, lavez-vous, soyez purs ; chassez le mal de vos âmes et de devant mes yeux, afin que la terre sèche apparaisse. Apprenez à faire le bien, défendez les orphelins, plaidez pour les veuves, afin que la terre produise des herbes vertes.
Mais d’abord, lavez-vous, soyez purs ; chassez le mal de vos âmes et de devant mes yeux, afin que la terre sèche apparaisse. Apprenez à faire le bien, défendez les orphelins, plaidez pour les veuves, afin que la terre produise des herbes vertes.
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Pour la viande, et l’arbre qui porte du fruit ; venez, raisonnons ensemble, dit le Seigneur, afin qu’il y ait des lumières dans le firmament du ciel, et qu’elles brillent sur la terre. Cet homme riche demanda au bon Maître ce qu’il devait faire pour obtenir la vie éternelle. Que le bon Maître lui dise (lui qui ne le considérait pas comme autre chose qu’un homme ; mais Il est bon parce qu’Il est Dieu) ; qu’Il lui dise que s’il veut entrer dans la vie, il doit observer les commandements : qu’il chasse de lui l’amertume de la méchanceté et du mal ; ne tuer point, ne commettre point d’adultère, ne voler point, ne porter point de faux témoignage ; afin que la terre sèche apparaisse, et qu’elle produise le respect envers le père et la mère, ainsi que l’amour envers notre prochain. Tout cela, dit-il, je l’ai observé. D’où viennent donc tant d’épines, si la terre est féconde ? Allez, arrachez ces broussailles de cupidité ; vendez ce que vous avez, et remplissez-vous de fruits en donnant aux pauvres, et vous aurez un trésor au ciel ; et suivez le Seigneur si vous voulez être parfaits, associés à ceux auprès desquels Il prononce la sagesse, Celui qui sait quoi distribuer au jour et à la nuit, afin que vous aussi vous le sachiez, et qu’il y ait des lumières dans le firmament du ciel ; ce qui ne sera pas possible si votre cœur n’y est pas ; ni cela non plus, si votre trésor n’y est pas ; comme vous l’avez entendu du bon Maître. Mais cette terre stérile fut affligée ; et les épines étouffèrent la parole. Mais vous, génération élue, vous, faibles créatures du monde, qui avez abandonné tout pour suivre le Seigneur ; allez après Lui, et confondez les puissants ; allez après Lui, vous, belles lumières, et brillez dans le firmament, afin que les cieux proclament Sa gloire, en distinguant la lumière des parfaits, bien que non comme celle des anges, de l’obscurité des petits, bien qu’ils ne soient pas méprisés. Brillez sur la terre ; et que le jour, éclairé par le soleil, prononce la parole de sagesse ; et que la nuit, brillante de la lune, montre la parole de connaissance. La lune et les étoiles brillent pour la nuit ; pourtant la nuit ne les obscurcit pas, car elles lui donnent de la lumière selon son degré. Car voici Dieu qui dit, pour ainsi dire : Qu’il y ait des lumières dans le firmament du ciel ; soudain un bruit vint du ciel, comme celui d’un vent violent, et il y apparut des langues fendues, semblables au feu, qui se posèrent sur chacun d’eux. Et il y eut des lumières dans le firmament du ciel, portant la parole de vie. Courez partout, vous flammes saintes, vous belles flammes ; car vous êtes la lumière du monde, et vous n’êtes pas enfermées dans un récipient ; Celui à qui vous vous attachez est exalté, et Il vous a exaltés. Courez partout, et soyez connues de toutes les nations.
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Que la mer aussi conçoive et enfante tes œuvres ; et que les eaux enfantent la créature vivante qui a vie. Car vous, en séparant le précieux du vil, devenez la bouche de Dieu, par qui Il dit : Que les eaux enfantent, non pas la créature que la terre enfante, mais la créature vivante qui a vie, et les oiseaux qui volent au-dessus de la terre. Car Tes sacrements, ô Dieu, par le ministère de Tes saints, ont agi au milieu des vagues des tentations du monde, pour sanctifier les païens en Ton nom, dans Ton baptême. Et au milieu de ces choses, de nombreux grands miracles furent accomplis, tels de grands requins ; et les voix de Tes messagers volant au-dessus de la terre, dans l’immensité de Ton Livre ; celui-ci étant posé au-dessus d’eux, comme leur autorité sous laquelle ils devaient voler, où qu’ils aillent. Car il n’y a ni parole ni langue où leur voix ne soit entendue : car leur son parcourt toute la terre, et leurs paroles atteignent les confins du monde, car Toi, Seigneur, Tu les as multipliés par Ta bénédiction. Parle-je faux, ou bien mélange-je et confonds-je, sans distinguer entre la connaissance claire de ces choses dans l’empyrée céleste, et les œuvres matérielles dans la mer ondulante, sous l’empyrée ? Car de ces choses dont la connaissance est substantielle et définie, sans aucun accroissement par génération, telles que des lumières de sagesse et de connaissance, même d’elles, les opérations matérielles sont nombreuses et diverses ; et une chose naissant d’une autre, elles se multiplient par Ta bénédiction, ô Dieu, qui as rafraîchi la prétention des sens mortels ; afin qu’une seule chose, dans la compréhension de notre esprit, puisse, par les mouvements du corps, être exprimée de multiples manières. Ces sacrements ont été enfantés par les eaux ; mais dans Ta parole. Les besoins des peuples éloignés de l’éternité de Ta vérité les ont enfantés, mais dans Ton Évangile ; car ce sont les eaux elles-mêmes qui les rejettent, à cause de l’amertume maladive qui était la cause pour laquelle ils furent envoyés dans Ta Parole. Maintenant, toutes choses que Tu as faites sont belles ; mais vois, Toi-même es infiniment plus beau, car Tu as créé tout cela ; si Adam n’avait pas péché, l’amertume de la mer n’aurait jamais jailli de lui, c’est-à-dire la race humaine, si profondément curieuse, tumultueusement agitée, et sans cesse ballotée d’avant en arrière ; et alors il n’y aurait eu besoin ni de Tes ministres pour agir dans de nombreuses eaux, d’une manière corporelle et sensible, accomplissant des actes et des paroles mystérieuses. Car c’est de telles créatures vivantes et volantes que je crois qu’il s’agit maintenant, par lesquelles les gens, initiés et consacrés par des moyens corporels…
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Les sacrements ne doivent plus profiter à ceux dont l’âme n’a pas de vie spirituelle, ni à ceux qui, après avoir entendu la parole d’admission, ne cherchent pas à atteindre la perfection. Ainsi, par Ta Parole, ce n’est pas la profondeur de la mer, mais la terre séparée de l’amertume des eaux qui produit, non pas les créatures vivantes, mais l’âme vivante. Car elle n’a plus besoin du baptême, comme le font les païens, ni comme elle en avait besoin lorsqu’elle était couverte d’eaux ; car il n’y a pas d’autre entrée dans le royaume des cieux, puisque Tu as décrété que c’en serait l’entrée. Elle ne cherche pas non plus à obtenir des miracles pour susciter la foi ; car elle n’est pas de celles qui, sans voir des signes et des merveilles, ne croiront pas, maintenant que la terre fidèle est séparée des eaux amères de l’infidélité. Les langues sont un signe, non pas pour ceux qui croient, mais pour ceux qui ne croient pas. De même, cette terre que Tu as fondée sur les eaux n’a pas besoin de ces créatures volantes que les eaux ont produites à Ta parole. Envoie Ta Parole en elle par Tes messagers : car nous parlons de leur action, mais c’est Toi qui agis en eux afin qu’ils puissent y produire une âme vivante. La terre la produit, car c’est elle qui fait en sorte que cela se produise dans l’âme ; tout comme la mer était la cause de la création des créatures vivantes et des oiseaux qui volent sous le firmament céleste, dont la terre n’a pas besoin, bien qu’elle se nourrisse du poisson tiré des profondeurs, de ce poisson que Tu as préparé en présence de ceux qui croient. C’est pourquoi Il a été tiré des profondeurs, afin de nourrir la terre ferme ; et les oiseaux, bien qu’ils naissent en mer, se multiplient sur la terre. Parmi les premières prédications des Évangélistes, l’infidélité de l’homme en était la cause ; pourtant, les fidèles sont également exhortés et bénis de multiples manières, jour après jour. Mais l’âme vivante trouve son origine dans la terre : car elle ne profite qu’à ceux qui sont déjà parmi les fidèles, pour qu’ils se détournent de l’amour de ce monde, afin que leur âme vive pour Toi, qui était morte tant qu’elle vivait dans les plaisirs mortels, ô Seigneur, car Toi, Seigneur, es la joie qui donne la vie au cœur pur. Que donc Tes ministres agissent sur la terre – non pas comme sur les eaux de l’infidélité, par la prédication, par des miracles, par les sacrements et par des paroles mystiques ; afin que l’ignorance, mère de l’admiration, puisse se concentrer sur eux, par respect pour ces signes secrets. Car telle est l’entrée dans la Foi pour les fils d’Adam qui T’ont oublié, alors qu’ils se cachent de Ton visage et deviennent une profondeur obscure. Mais que Tes ministres agissent maintenant comme sur la terre ferme, séparée des tourbillons de…
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Grand abîme : qu’ils soient un modèle pour les fidèles, en vivant devant eux et en les incitant à les imiter. Car c’est ainsi que les hommes entendent, afin de ne pas seulement entendre, mais aussi agir. Cherchez le Seigneur, et votre âme vivra, afin que la terre puisse produire une âme vivante. Ne vous conformez pas au monde. Restez en retrait de lui : l’âme vit en évitant ce qui la fait mourir lorsqu’elle y est soumise. Restez en retrait de la sauvagerie incontrôlée de la fierté, de la paresse luxurieuse du luxe, et du faux nom de la connaissance : ainsi, les bêtes sauvages pourront être apprivoisées, le bétail dompté, et les serpents devenir inoffensifs. Car ce sont là les mouvements de notre esprit, selon une allégorie ; c’est-à-dire que l’arrogance de la fierté, le plaisir de la concupiscence et le poison de la curiosité sont les mouvements d’une âme morte ; car l’âme ne meurt pas en perdant tout mouvement ; elle meurt en abandonnant la source de la vie, et est alors saisie par ce monde éphémère et s’y conforme.
Mais Ta parole, ô Dieu, est la source de la vie éternelle ; elle ne disparaît jamais. C’est pourquoi ce départ de l’âme est retenu par Ta parole, lorsque Tu nous dis : Ne vous conformez pas à ce monde ; afin que la terre puisse, dans la source de la vie, produire une âme vivante ; c’est-à-dire une âme rendue maîtrisée par Ta Parole, par Tes Évangélistes, en suivant les disciples de Ton Christ. Car cela correspond à leur nature ; car un homme a l’habitude d’imiter son ami. Soyez comme je suis, dit-il, car moi aussi je suis comme vous êtes. Ainsi, en cette âme vivante il y aura de bonnes bêtes, par la douceur de leurs actions (car Tu as commandé : Fais tes affaires avec douceur, ainsi tu seras aimé de tous) ; et de bon bétail, qui, s’il mange, n’aura pas de surabondance, et, s’il ne mange pas, n’aura rien à manquer ; et de bons serpents, non dangereux pour nuire, mais sages pour se méfier ; et il suffit de rechercher cette nature temporelle autant que nécessaire pour voir clairement l’éternité, en la comprenant à travers les choses créées. Car ces créatures obéissent à la raison, lorsqu’elles sont empêchées de l’emporter sur nous de manière mortelle ; elles vivent alors et sont bonnes.
Car voici, ô Seigneur, notre Dieu, notre Créateur, lorsque nos passions ont été retenues par l’amour du monde, à cause duquel nous sommes morts par une vie mauvaise ; et que nous avons commencé à devenir une âme vivante, par une vie bonne ; et Ta parole, que Tu as prononcée par Ton apôtre, s’accomplit en nous : Ne vous conformez pas à ce monde. Il en résulte également ce que Tu as ajouté aussitôt après, en disant : Mais soyez transformés par le renouvellement de votre esprit ; non plus selon votre nature, comme si vous suiviez votre prochain qui vous a précédés, ni en vivant selon l’exemple d’un homme meilleur (car Tu n’as pas dit : « Que l’homme soit fait selon sa nature », mais : « Faisons l’homme à notre image »).
Mais Ta parole, ô Dieu, est la source de la vie éternelle ; elle ne disparaît jamais. C’est pourquoi ce départ de l’âme est retenu par Ta parole, lorsque Tu nous dis : Ne vous conformez pas à ce monde ; afin que la terre puisse, dans la source de la vie, produire une âme vivante ; c’est-à-dire une âme rendue maîtrisée par Ta Parole, par Tes Évangélistes, en suivant les disciples de Ton Christ. Car cela correspond à leur nature ; car un homme a l’habitude d’imiter son ami. Soyez comme je suis, dit-il, car moi aussi je suis comme vous êtes. Ainsi, en cette âme vivante il y aura de bonnes bêtes, par la douceur de leurs actions (car Tu as commandé : Fais tes affaires avec douceur, ainsi tu seras aimé de tous) ; et de bon bétail, qui, s’il mange, n’aura pas de surabondance, et, s’il ne mange pas, n’aura rien à manquer ; et de bons serpents, non dangereux pour nuire, mais sages pour se méfier ; et il suffit de rechercher cette nature temporelle autant que nécessaire pour voir clairement l’éternité, en la comprenant à travers les choses créées. Car ces créatures obéissent à la raison, lorsqu’elles sont empêchées de l’emporter sur nous de manière mortelle ; elles vivent alors et sont bonnes.
Car voici, ô Seigneur, notre Dieu, notre Créateur, lorsque nos passions ont été retenues par l’amour du monde, à cause duquel nous sommes morts par une vie mauvaise ; et que nous avons commencé à devenir une âme vivante, par une vie bonne ; et Ta parole, que Tu as prononcée par Ton apôtre, s’accomplit en nous : Ne vous conformez pas à ce monde. Il en résulte également ce que Tu as ajouté aussitôt après, en disant : Mais soyez transformés par le renouvellement de votre esprit ; non plus selon votre nature, comme si vous suiviez votre prochain qui vous a précédés, ni en vivant selon l’exemple d’un homme meilleur (car Tu n’as pas dit : « Que l’homme soit fait selon sa nature », mais : « Faisons l’homme à notre image »).
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(similitude), afin que nous puissions découvrir quelle est Ta volonté. Car à cette fin, Tu as dit à celui qui dispense Ta volonté (qui a engendré des enfants par l’Évangile) qu’il ne devait pas les garder éternellement comme des nourrissons, qu’il fallait nourrir de lait et chérir comme une nourrice ; transformez-vous (dit-il) par le renouvellement de votre esprit, afin que vous puissiez découvrir quelle est cette volonté bonne, agréable et parfaite de Dieu. C’est pourquoi Tu dis pas : « Que l’homme soit fait », mais : Faisons l’homme. Tu n’as pas non plus dit : « selon sa sorte », mais : à notre image et à notre ressemblance. Car l’homme, étant renouvelé dans son esprit, voyant et comprenant Ta vérité, n’a pas besoin d’un guide pour suivre sa propre espèce ; mais, par Ta direction, il découvre quelle est cette volonté bonne, agréable et parfaite de Toi : oui, Tu lui enseignes, désormais capable, à discerner la Trinité dans l’Unité, et l’Unité dans la Trinité. C’est pourquoi à ce qui a été dit au pluriel, « Faisons l’homme », on ajoute au singulier : Et Dieu fit l’homme ; et à ce qui a été dit au pluriel, « à notre ressemblance », on ajoute au singulier : à l’image de Dieu. Ainsi l’homme est-il renouvelé dans la connaissance de Dieu, à l’image de Celui qui l’a créé : et devenu spirituel, il juge toutes choses (toutes celles qui doivent être jugées), tandis que lui-même n’est jugé par personne.
Mais le fait qu’il juge toutes choses correspond au fait qu’il a domination sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur tout bétail et bêtes sauvages, sur toute la terre, et sur tout ce qui rampe sur la terre. Il le fait par la compréhension de son esprit, par laquelle il perçoit les choses de l’Esprit de Dieu ; sinon, l’homme, placé dans l’honneur, n’aurait aucune compréhension, serait comparé aux bêtes brutes et deviendrait semblable à elles. Dans Ta Église donc, ô notre Dieu, selon Ta grâce que Tu y as accordée (car nous sommes Ton œuvre créée pour de bonnes œuvres), ce ne sont pas seulement ceux qui sont spirituellement à la tête, mais aussi ceux qui sont spirituellement soumis à ceux qui les dirigent — car c’est ainsi que Tu as fait l’homme mâle et femelle, dans Ta grâce spirituelle, où, selon le sexe du corps, il n’y a ni mâle ni femelle, car il n’y a ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre. Les personnes spirituelles (que ce soient celles qui dirigent ou celles qui obéissent) jugent spirituellement ; non pas selon cette connaissance spirituelle qui brille dans le firmament (car elles ne devraient pas juger en vertu d’une autorité si suprême), ni ne peuvent-elles juger du Livre même de Dieu, même si quelque chose y est exprimé de manière peu claire ; car nous soumettons notre compréhension à celui-ci, et tenons pour certain que même ce qui est caché à nos yeux est néanmoins dit justement et véritablement. Ainsi l’homme, bien qu’il soit maintenant spirituel…
Mais le fait qu’il juge toutes choses correspond au fait qu’il a domination sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur tout bétail et bêtes sauvages, sur toute la terre, et sur tout ce qui rampe sur la terre. Il le fait par la compréhension de son esprit, par laquelle il perçoit les choses de l’Esprit de Dieu ; sinon, l’homme, placé dans l’honneur, n’aurait aucune compréhension, serait comparé aux bêtes brutes et deviendrait semblable à elles. Dans Ta Église donc, ô notre Dieu, selon Ta grâce que Tu y as accordée (car nous sommes Ton œuvre créée pour de bonnes œuvres), ce ne sont pas seulement ceux qui sont spirituellement à la tête, mais aussi ceux qui sont spirituellement soumis à ceux qui les dirigent — car c’est ainsi que Tu as fait l’homme mâle et femelle, dans Ta grâce spirituelle, où, selon le sexe du corps, il n’y a ni mâle ni femelle, car il n’y a ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre. Les personnes spirituelles (que ce soient celles qui dirigent ou celles qui obéissent) jugent spirituellement ; non pas selon cette connaissance spirituelle qui brille dans le firmament (car elles ne devraient pas juger en vertu d’une autorité si suprême), ni ne peuvent-elles juger du Livre même de Dieu, même si quelque chose y est exprimé de manière peu claire ; car nous soumettons notre compréhension à celui-ci, et tenons pour certain que même ce qui est caché à nos yeux est néanmoins dit justement et véritablement. Ainsi l’homme, bien qu’il soit maintenant spirituel…
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et renouvelé dans la connaissance de Dieu à Son image qui l’a créé,
doit être celui qui met en pratique la loi, et non pas un juge. Il ne juge pas non plus cette distinction entre les hommes spirituels et ceux qui sont charnels, que Tes yeux connaissent, ô notre Dieu, et qui ne se sont pas encore révélés à nous par leurs œuvres, afin que nous puissions les reconnaître à leurs fruits ; mais Toi, Seigneur, Tu les connais déjà, et Tu les as divisés et appelés en secret, depuis même que le firmament fut créé. Il ne juge pas non plus, bien qu’il soit spirituel, le peuple agité de ce monde ; car quel intérêt aurait-il à juger ceux qui sont à l’extérieur, sans savoir lesquels d’entre eux entreront plus tard dans la douceur de Ta grâce, et lesquels resteront dans l’amertume éternelle de l’impiété ?
L’homme donc, que Tu as fait à Ta propre image, n’a reçu ni domination sur les lumière du ciel, ni sur ce ciel caché lui-même, ni sur le jour et la nuit, que Tu as appelés avant la fondation du ciel, ni sur la réunion des eaux, qui est la mer ; mais il a reçu domination sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur tout bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Car il juge et approuve ce qu’il trouve juste, et il rejette ce qu’il trouve erroné, que ce soit dans la célébration de ces sacrements par lesquels on initie les gens, comme Ta miséricorde le manifeste à travers de nombreuses manifestations, ou dans ce qui concerne le poisson, que, tiré des profondeurs, la terre pieuse consomme ; ou encore dans les expressions et les signes des mots, soumis à l’autorité de Ton Livre — tels signes qui proviennent de la bouche et qui résonnent, comme s’ils volaient sous le firmament, par l’interprétation, l’exposition, la discussion, la consécration ou la prière adressée à Toi, afin que le peuple puisse répondre : Amen. La prononciation vocale de tous ces mots est causée par les profondeurs de ce monde et par la cécité de la chair, qui ne peut voir les pensées ; il est donc nécessaire de parler à haute voix pour que les oreilles entendent ; ainsi, bien que les oiseaux volants soient nombreux sur la terre, ils tirent leur origine des eaux. L’homme spirituel juge également en approuvant ce qui est juste et en rejetant ce qu’il trouve erroné, dans les œuvres et la vie des fidèles : leurs aumônes, comme si la terre produisait des fruits, et l’âme vivante, qui vit en maîtrisant ses passions, dans la chasteté, le jeûne, les méditations saintes ; ainsi que dans celles des choses perçues par les sens du corps. On dit qu’il juge sur tout cela, et qu’il a aussi le pouvoir de corriger.
Mais qu’est-ce donc, et quel genre de mystère ? Vois, Tu bénis l’humanité, ô Seigneur, afin qu’elle croisse et se multiplie, et remplisse…
doit être celui qui met en pratique la loi, et non pas un juge. Il ne juge pas non plus cette distinction entre les hommes spirituels et ceux qui sont charnels, que Tes yeux connaissent, ô notre Dieu, et qui ne se sont pas encore révélés à nous par leurs œuvres, afin que nous puissions les reconnaître à leurs fruits ; mais Toi, Seigneur, Tu les connais déjà, et Tu les as divisés et appelés en secret, depuis même que le firmament fut créé. Il ne juge pas non plus, bien qu’il soit spirituel, le peuple agité de ce monde ; car quel intérêt aurait-il à juger ceux qui sont à l’extérieur, sans savoir lesquels d’entre eux entreront plus tard dans la douceur de Ta grâce, et lesquels resteront dans l’amertume éternelle de l’impiété ?
L’homme donc, que Tu as fait à Ta propre image, n’a reçu ni domination sur les lumière du ciel, ni sur ce ciel caché lui-même, ni sur le jour et la nuit, que Tu as appelés avant la fondation du ciel, ni sur la réunion des eaux, qui est la mer ; mais il a reçu domination sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur tout bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Car il juge et approuve ce qu’il trouve juste, et il rejette ce qu’il trouve erroné, que ce soit dans la célébration de ces sacrements par lesquels on initie les gens, comme Ta miséricorde le manifeste à travers de nombreuses manifestations, ou dans ce qui concerne le poisson, que, tiré des profondeurs, la terre pieuse consomme ; ou encore dans les expressions et les signes des mots, soumis à l’autorité de Ton Livre — tels signes qui proviennent de la bouche et qui résonnent, comme s’ils volaient sous le firmament, par l’interprétation, l’exposition, la discussion, la consécration ou la prière adressée à Toi, afin que le peuple puisse répondre : Amen. La prononciation vocale de tous ces mots est causée par les profondeurs de ce monde et par la cécité de la chair, qui ne peut voir les pensées ; il est donc nécessaire de parler à haute voix pour que les oreilles entendent ; ainsi, bien que les oiseaux volants soient nombreux sur la terre, ils tirent leur origine des eaux. L’homme spirituel juge également en approuvant ce qui est juste et en rejetant ce qu’il trouve erroné, dans les œuvres et la vie des fidèles : leurs aumônes, comme si la terre produisait des fruits, et l’âme vivante, qui vit en maîtrisant ses passions, dans la chasteté, le jeûne, les méditations saintes ; ainsi que dans celles des choses perçues par les sens du corps. On dit qu’il juge sur tout cela, et qu’il a aussi le pouvoir de corriger.
Mais qu’est-ce donc, et quel genre de mystère ? Vois, Tu bénis l’humanité, ô Seigneur, afin qu’elle croisse et se multiplie, et remplisse…
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Terre ; ne nous donnes-Tu pas ainsi un indice pour comprendre quelque chose ? Pourquoi n’as-Tu pas béni non plus la lumière que Tu as appelée jour, ni le firmament du ciel, ni les lumières, ni les étoiles, ni la terre, ni la mer ? Je pourrais dire que Toi, ô Dieu, qui nous as créés à Ta ressemblance, il aurait été de Ton bon plaisir d’accorder cette bénédiction spécialement à l’homme ; n’aurais-Tu pas de la même manière béni les poissons et les baleines, afin qu’ils se multiplient et remplissent les eaux de la mer, et que les oiseaux se multiplient sur la terre ? Je pourrais également dire que cette bénédiction appartenait proprement à ces créatures qui se reproduisent entre elles, si j’avais constaté qu’elle était donnée aux arbres fruitiers, aux plantes et aux bêtes de la terre. Mais maintenant, on ne dit ni aux herbes, ni aux arbres, ni aux bêtes, ni aux serpents : « Multipliez-vous » ; et pourtant, tous ceux-ci, tout comme les poissons, les oiseaux ou les hommes, se multiplient par reproduction et perpétuent leur espèce. Que dirai-je donc, ô Vérité, ma Lumière ? « Que cela a été dit en vain, sans signification ? » Non, ô Père de piété, il est loin d’un ministre de Ta parole de dire une telle chose. Et si je ne comprends pas ce que Tu veux dire par cette expression, que mes supérieurs, c’est-à-dire ceux qui ont plus de compréhension que moi, en fassent un meilleur usage, selon que Tu, mon Dieu, as donné à chacun la capacité de comprendre. Mais que ma confession soit également agréable à Tes yeux, dans laquelle je Te confesse que je crois, ô Seigneur, que Tu n’as pas parlé en vain ; et je n’étoufferai pas ce que cette leçon m’inspire. Car c’est vrai, et je ne vois rien qui puisse m’empêcher de comprendre ainsi les paroles figurées de Ta Bible. Car je sais qu’une chose peut être exprimée de multiples manières par des expressions corporelles, et être comprise d’une seule façon par l’esprit ; et que ce qui est compris de multiples façons par l’esprit peut être exprimé d’une seule façon par une expression corporelle. Vois, l’amour unique de Dieu et de notre prochain, par quels nombreux sacrements, en quelles langues innombrables, et dans chaque langue, en quels modes de parole innombrables, il est exprimé corporellement. Ainsi se multiplient les descendants des eaux. Observe encore, quiconque lit ceci ; vois ce que révèle l’Écriture, et la voix ne l’exprime qu’en une seule manière : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » ; n’est-ce pas compris de multiples manières, non par aucun piège de l’erreur, mais par divers types de sens véritables ? Ainsi se multiplient les descendants de l’homme. Si donc nous concevons les natures des choses elles-mêmes, non de manière allégorique, mais correctement, alors l’expression « multipliez-vous » est conforme.
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à toutes choses qui proviennent de semence. Mais si nous considérons ces paroles au sens figuré (ce que je suppose être le but des Écritures, qui certainement n’attribuent pas inutilement cette bénédiction uniquement aux descendants des animaux aquatiques et de l’homme) ; alors nous constatons que « multitude » s’applique aussi bien aux créatures spirituelles qu’aux créatures corporelles, comme au ciel et sur la terre, ainsi qu’aux justes et aux injustes, comme à la lumière et aux ténèbres ; et aux auteurs saints qui ont été les ministres de la Loi pour nous, comme au firmament situé entre les eaux ; et à la société des hommes encore plongés dans l’amertume de l’iniquité, comme à la mer ; et à l’ardeur des âmes saintes, comme à la terre ferme ; et aux œuvres de miséricorde propres à cette vie présente, comme aux herbes qui portent de la semence et aux arbres qui portent du fruit ; et aux dons spirituels destinés à l’édification, comme aux lumières du ciel ; et aux dispositions formées vers la tempérance, comme à l’âme vivante. Dans tous ces cas, nous rencontrons multitude, abondance et croissance ; mais ce qui peut croître et se multiplier de telle manière qu’une seule chose puisse être exprimée de multiples façons, et qu’une seule expression puisse être comprise de multiples manières, nous ne le trouvons que dans des signes exprimés corporellement et dans des choses conçues mentalement. Par les signes prononcés corporellement, nous entendons les générations des eaux, causées nécessairement par la profondeur de la chair ; par les choses conçues mentalement, les générations humaines, en raison de la fertilité de la raison. C’est pour cette raison que nous croyons, Seigneur, que Tu as dit à ces êtres : « Multipliez-vous ». Car dans cette bénédiction, je pense que Tu nous as accordé une puissance et une faculté, tant pour exprimer de diverses manières ce que nous comprenons comme étant un seul élément, que pour comprendre de diverses manières ce qui est exprimé de manière obscure mais en un seul texte. Ainsi les eaux de la mer sont renouvelées, non pas que par plusieurs significations : ainsi, avec la multiplication des hommes, la terre est également renouvelée, dont la sécheresse apparaît dans son désir, et la raison règne sur elle.
Je voudrais aussi dire, ô Seigneur mon Dieu, ce à quoi me font penser les Écritures suivantes ; oui, je le dirai, sans crainte. Car je dirai la vérité, car Toi-même m’inspires ce que Tu veux que j’exprime à partir de ces paroles. Mais ce n’est que par Ton inspiration que je crois parler la vérité, car Tu es la Vérité, et tout homme est menteur. Celui donc qui parle mensonge parle de lui-même ; afin que je puisse parler la vérité, je parlerai de Toi. Vois, Tu nous as donné pour nourriture toute herbe portant de la semence qui se trouve sur toute la terre, et tout arbre qui porte du fruit et de la semence. Et non seulement à nous, mais aussi à tous les oiseaux du ciel, et aux bêtes de la
Je voudrais aussi dire, ô Seigneur mon Dieu, ce à quoi me font penser les Écritures suivantes ; oui, je le dirai, sans crainte. Car je dirai la vérité, car Toi-même m’inspires ce que Tu veux que j’exprime à partir de ces paroles. Mais ce n’est que par Ton inspiration que je crois parler la vérité, car Tu es la Vérité, et tout homme est menteur. Celui donc qui parle mensonge parle de lui-même ; afin que je puisse parler la vérité, je parlerai de Toi. Vois, Tu nous as donné pour nourriture toute herbe portant de la semence qui se trouve sur toute la terre, et tout arbre qui porte du fruit et de la semence. Et non seulement à nous, mais aussi à tous les oiseaux du ciel, et aux bêtes de la
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la terre, et à tous les reptiles ; mais aux poissons et aux grands cétacés, tu ne les as pas donnés. Nous avons dit que par ces fruits de la terre étaient symbolisées, et représentées en allégorie, les œuvres de miséricorde qui sont fournies pour les besoins de cette vie à partir de la terre féconde. Un tel homme était le pieux Onesiphore, à qui tu as accordé ta miséricorde, car il rafraîchissait souvent ton Paul et n’avait pas honte de ses chaînes. De même firent les frères, et ils portèrent de tels fruits, eux qui, depuis la Macédoine, fournirent ce qui lui manquait. Mais combien fut-il affligé à cause de certains arbres qui ne lui donnaient pas le fruit qui lui revenait, comme il le dit : « À ma première demande, personne ne se tint à mes côtés, mais tous m’abandonnèrent. » Je prie Dieu que cela ne leur soit pas imputé. Car ces fruits reviennent à ceux qui nous enseignent la doctrine spirituelle, grâce à leur compréhension des mystères divins ; et ils leur reviennent en tant qu’hommes ; oui, et aussi en tant qu’âme vivante, qui se donne en exemple dans toute continence ; et ils leur reviennent également en tant qu’oiseaux, pour leurs bénédictions multipliées sur la terre, car leur voix s’est répandue dans tous les pays. Mais ce sont ceux qui se nourrissent de ces fruits qui en sont ravis ; et ceux dont Dieu est leur ventre n’en sont pas ravis. Car ce n’est pas dans ceux qui les produisent que réside le fruit, mais dans l’intention avec laquelle ils les produisent. Celui donc qui servait Dieu et non son propre ventre, je vois clairement pourquoi il se réjouissait ; je le vois, et je me réjouis avec lui. Car il avait reçu des Philippiens ce qu’ils lui avaient envoyé par Éphras, et pourtant je comprends pourquoi il se réjouissait. Il se réjouissait parce qu’il était nourri ; car, en vérité, je me réjouissais grandement dans le Seigneur, dit-il, que maintenant, enfin, votre sollicitude pour moi a de nouveau fleuri, alors que vous en aviez aussi pris soin, mais que cela était devenu fastidieux pour vous. Ces Philippiens, alors, s’étaient asséchés sous une longue fatigue, et avaient pour ainsi dire flétri en ce qui concerne la production de ce fruit d’une bonne œuvre ; et il se réjouit pour eux qu’ils aient de nouveau prospéré, non pour lui-même, puisqu’ils comblaient ses besoins. C’est pourquoi il ajoute : « Ce n’est pas par manque que je parle, car j’ai appris, quelle que soit ma situation, à m’en contenter. » Je sais à la fois comment être humble et comment être abondant ; partout et en toutes choses, on m’a enseigné à être rassasié et affamé, à être abondant et à souffrir le besoin. Je peux tout faire par Celui qui me fortifie. Alors, de quoi te réjouis-tu, ô grand Paul ? De quoi te réjouis-tu ? De quoi te nourris-tu, ô homme, renouvelé dans la connaissance de Dieu, à l’image de Celui qui t’a créé, toi, âme vivante, si pleine de continence ?
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Une langue comme celle des oiseaux volants, qui parle de mystères ? (Car à de tels êtres revient cette nourriture ;) Qu’est-ce qui te nourrit ? La joie. Écoutons ce qui suit :
Néanmoins, vous avez bien fait en partageant ma détresse. C’est en cela qu’il se réjouit, c’est de cela qu’il se nourrit ; non pas parce que son affliction s’est allégée, mais parce qu’ils ont bien agi. Qui te dit : « Tu m’as comblé lorsque j’étais dans le besoin » ? C’est parce qu’il savait abonder et souffrir la pénurie en Toi, qui le fortifies. Car vous aussi, Philippiens, vous savez (dit-il) que, au début de l’Évangile, lorsque je quittai la Macédoine, aucune Église ne partagea avec moi rien en matière de dons et de réceptions, si ce n’est vous seuls. Car même à Thessalonique, vous m’avez envoyé de l’aide à plusieurs reprises pour mes besoins.
Il se réjouit maintenant de ces bonnes actions, car elles sont revenues ; il est heureux qu’elles aient de nouveau prospéré, comme un champ fécond qui retrouve sa verdure.
Était-ce pour ses propres besoins, puisqu’il dit : « Vous m’avez envoyé de l’aide pour mes besoins » ? Se réjouit-il pour cela ? Certes non. Mais comment le savons-nous ?
Parce qu’il le dit lui-même immédiatement : non pas parce que je désire un don, mais je désire du fruit. J’ai appris de Toi, mon Dieu, à distinguer entre un don et un fruit. Un don, c’est la chose elle-même que l’on donne, celle qui nous procure ces nécessités : de l’argent, de la nourriture, à boire, des vêtements, un abri, de l’aide ; mais le fruit, c’est la bonne et juste volonté du donateur. Car le Bon Maître a dit non seulement : « Celui qui accueille un prophète », mais il a ajouté, au nom d’un prophète ; il n’a pas seulement dit : « Celui qui accueille un juste », mais il a ajouté, au nom d’un juste. Ainsi, l’un recevra la récompense d’un prophète, l’autre, la récompense d’un juste ; il n’a pas seulement dit : « Celui qui donnera à boire une coupe d’eau froide à l’un de mes petits », mais il a ajouté, au nom d’un disciple ; et il conclut : En vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. Le don, c’est accueillir un prophète, accueillir un juste, donner une coupe d’eau froide à un disciple ; mais le fruit, c’est faire cela au nom d’un prophète, au nom d’un juste, au nom d’un disciple. Avec du fruit, Élie fut nourri par la veuve qui savait qu’elle nourrissait un homme de Dieu, et c’est pourquoi elle le nourrissait ; mais par le corbeau, il fut nourri par un don. Ce n’était pas l’être intérieur d’Élie qui était ainsi nourri, mais seulement l’extérieur ; celui-ci aurait pu périr faute de cette nourriture.
Je parlerai donc de ce qui est vrai à Tes yeux, ô Seigneur : lorsque des hommes charnels et des infidèles (car pour les attirer et les initier, les sacrements d’initiation et les grands miracles sont nécessaires, ce que nous supposons être symbolisé par le nom des poissons et des baleines) entreprennent des choses corporelles…
Néanmoins, vous avez bien fait en partageant ma détresse. C’est en cela qu’il se réjouit, c’est de cela qu’il se nourrit ; non pas parce que son affliction s’est allégée, mais parce qu’ils ont bien agi. Qui te dit : « Tu m’as comblé lorsque j’étais dans le besoin » ? C’est parce qu’il savait abonder et souffrir la pénurie en Toi, qui le fortifies. Car vous aussi, Philippiens, vous savez (dit-il) que, au début de l’Évangile, lorsque je quittai la Macédoine, aucune Église ne partagea avec moi rien en matière de dons et de réceptions, si ce n’est vous seuls. Car même à Thessalonique, vous m’avez envoyé de l’aide à plusieurs reprises pour mes besoins.
Il se réjouit maintenant de ces bonnes actions, car elles sont revenues ; il est heureux qu’elles aient de nouveau prospéré, comme un champ fécond qui retrouve sa verdure.
Était-ce pour ses propres besoins, puisqu’il dit : « Vous m’avez envoyé de l’aide pour mes besoins » ? Se réjouit-il pour cela ? Certes non. Mais comment le savons-nous ?
Parce qu’il le dit lui-même immédiatement : non pas parce que je désire un don, mais je désire du fruit. J’ai appris de Toi, mon Dieu, à distinguer entre un don et un fruit. Un don, c’est la chose elle-même que l’on donne, celle qui nous procure ces nécessités : de l’argent, de la nourriture, à boire, des vêtements, un abri, de l’aide ; mais le fruit, c’est la bonne et juste volonté du donateur. Car le Bon Maître a dit non seulement : « Celui qui accueille un prophète », mais il a ajouté, au nom d’un prophète ; il n’a pas seulement dit : « Celui qui accueille un juste », mais il a ajouté, au nom d’un juste. Ainsi, l’un recevra la récompense d’un prophète, l’autre, la récompense d’un juste ; il n’a pas seulement dit : « Celui qui donnera à boire une coupe d’eau froide à l’un de mes petits », mais il a ajouté, au nom d’un disciple ; et il conclut : En vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. Le don, c’est accueillir un prophète, accueillir un juste, donner une coupe d’eau froide à un disciple ; mais le fruit, c’est faire cela au nom d’un prophète, au nom d’un juste, au nom d’un disciple. Avec du fruit, Élie fut nourri par la veuve qui savait qu’elle nourrissait un homme de Dieu, et c’est pourquoi elle le nourrissait ; mais par le corbeau, il fut nourri par un don. Ce n’était pas l’être intérieur d’Élie qui était ainsi nourri, mais seulement l’extérieur ; celui-ci aurait pu périr faute de cette nourriture.
Je parlerai donc de ce qui est vrai à Tes yeux, ô Seigneur : lorsque des hommes charnels et des infidèles (car pour les attirer et les initier, les sacrements d’initiation et les grands miracles sont nécessaires, ce que nous supposons être symbolisé par le nom des poissons et des baleines) entreprennent des choses corporelles…
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Rafraîchis, ou autrement, secoure Ton serviteur par quelque chose d’utile pour cette vie présente ; car ils ignorent pourquoi cela doit être fait et à quel but ; ils ne nourrissent pas ces créatures, et celles-ci ne sont pas non plus nourries par eux ; car ni les uns ne le font avec une intention sainte et juste, ni les autres ne se réjouissent de leurs dons, dont ils ne voient pas encore le fruit. Car c’est l’esprit qui est nourri, et c’est lui qui en est ravi. C’est pourquoi les poissons et les baleines ne se nourrissent pas de viandes que la terre ne produit qu’après avoir été séparée et dégagée de l’amertume des vagues de la mer.
Et Toi, ô Dieu, Tu as vu toute chose que Tu avais créée, et voici, elle était très bonne. Oui, nous aussi nous voyons la même chose, et voici, toutes choses sont très bonnes. Parmi les diverses sortes de Tes œuvres, lorsque Tu as dit : « Qu’elles soient », et qu’elles furent, Tu as vu que chacune était bonne. J’ai compté sept fois qu’il est écrit que Tu as vu que ce que Tu avais créé était bon ; et voici, c’est la huitième fois que Tu as vu toute chose que Tu avais créée, et voici, elle n’était pas seulement bonne, mais aussi très bonne, dans son ensemble. Car séparément, elles étaient seulement bonnes ; mais dans leur ensemble, elles étaient à la fois bonnes et très bonnes. Tous les corps beaux expriment la même chose ; car un corps composé de membres tous beaux est bien plus beau que ces mêmes membres pris séparément, grâce à l’harmonie bien ordonnée de leurs éléments qui perfectionne le tout ; bien que les membres pris séparément soient également beaux.
J’ai cherché avec attention à savoir si Tu as vu sept ou huit fois que Tes œuvres étaient bonnes, lorsqu’elles Te plaisaient ; mais dans Ta vision, je n’ai trouvé aucun moment qui permettrait de comprendre que Tu aies vu si souvent ce que Tu avais créé. Et j’ai dit : « Seigneur, n’est-ce pas là Ta Sainte Écriture, puisque Tu es vrai, et étant la Vérité, Tu l’as établie ? Pourquoi donc me dis-Tu : “Dans Ta vision, il n’y a pas de moments” ; alors que Ta Sainte Écriture me dit que pour chaque chose que Tu créais chaque jour, Tu voyais qu’elle était bonne : et lorsque je les ai comptées, j’ai vu à quelle fréquence. » À cela, Tu me réponds, car Tu es mon Dieu, et d’une voix forte Tu dis à Ton serviteur à l’intérieur de son oreille, perçant ma surdité et criant : « Ô homme, ce que dit Ma Sainte Écriture, c’est Moi qui le dis : et pourtant, cela parle dans le temps ; mais le temps n’a aucune relation avec Ma Parole ; car Ma Parole existe dans une éternité égale à la Mienne. Ainsi, les choses que vous voyez par Mon Esprit, Je les vois ; de même que ce que vous dites par Mon Esprit, Je le dis. Et donc, lorsque vous voyez ces choses dans le temps, Je ne les vois pas dans le temps ; de même que lorsque vous parlez dans le temps, Je ne les dis pas dans le temps. »
Et Toi, ô Dieu, Tu as vu toute chose que Tu avais créée, et voici, elle était très bonne. Oui, nous aussi nous voyons la même chose, et voici, toutes choses sont très bonnes. Parmi les diverses sortes de Tes œuvres, lorsque Tu as dit : « Qu’elles soient », et qu’elles furent, Tu as vu que chacune était bonne. J’ai compté sept fois qu’il est écrit que Tu as vu que ce que Tu avais créé était bon ; et voici, c’est la huitième fois que Tu as vu toute chose que Tu avais créée, et voici, elle n’était pas seulement bonne, mais aussi très bonne, dans son ensemble. Car séparément, elles étaient seulement bonnes ; mais dans leur ensemble, elles étaient à la fois bonnes et très bonnes. Tous les corps beaux expriment la même chose ; car un corps composé de membres tous beaux est bien plus beau que ces mêmes membres pris séparément, grâce à l’harmonie bien ordonnée de leurs éléments qui perfectionne le tout ; bien que les membres pris séparément soient également beaux.
J’ai cherché avec attention à savoir si Tu as vu sept ou huit fois que Tes œuvres étaient bonnes, lorsqu’elles Te plaisaient ; mais dans Ta vision, je n’ai trouvé aucun moment qui permettrait de comprendre que Tu aies vu si souvent ce que Tu avais créé. Et j’ai dit : « Seigneur, n’est-ce pas là Ta Sainte Écriture, puisque Tu es vrai, et étant la Vérité, Tu l’as établie ? Pourquoi donc me dis-Tu : “Dans Ta vision, il n’y a pas de moments” ; alors que Ta Sainte Écriture me dit que pour chaque chose que Tu créais chaque jour, Tu voyais qu’elle était bonne : et lorsque je les ai comptées, j’ai vu à quelle fréquence. » À cela, Tu me réponds, car Tu es mon Dieu, et d’une voix forte Tu dis à Ton serviteur à l’intérieur de son oreille, perçant ma surdité et criant : « Ô homme, ce que dit Ma Sainte Écriture, c’est Moi qui le dis : et pourtant, cela parle dans le temps ; mais le temps n’a aucune relation avec Ma Parole ; car Ma Parole existe dans une éternité égale à la Mienne. Ainsi, les choses que vous voyez par Mon Esprit, Je les vois ; de même que ce que vous dites par Mon Esprit, Je le dis. Et donc, lorsque vous voyez ces choses dans le temps, Je ne les vois pas dans le temps ; de même que lorsque vous parlez dans le temps, Je ne les dis pas dans le temps. »
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Et j’ai entendu, ô Seigneur mon Dieu, et j’ai bu une goutte de douceur issue de Ta vérité, et j’ai compris qu’il existe des hommes qui n’aiment pas Tes œuvres ; ils disent que Tu en as créé beaucoup par nécessité, comme la structure du ciel et l’harmonie des étoiles ; et que Tu ne les as pas créées à partir de ce qui T’appartenait, mais qu’elles existaient ailleurs et provenaient d’autres sources, afin que Tu puisses les rassembler, les unir et les combiner, lorsque Tu as érigé les murs de l’univers à partir de Tes ennemis vaincus ; ainsi, liées par cette structure, elles ne pourraient plus se rebeller contre Toi. Pour d’autres choses encore, ils disent que Tu ne les as ni créées ni même unies, comme toute chair et tous les êtres très petits, ainsi que tout ce qui a sa racine dans la terre ; mais qu’une intelligence en hostilité avec Toi, et une autre nature non créée par Toi, et contraire à Toi, ont engendré et façonné ces choses dans ces étapes inférieures du monde. Ceux qui disent cela sont fous, car ils ne voient pas Tes œuvres à travers Ton Esprit, ni ne Te reconnaissent en elles.
Mais ceux qui, par Ton Esprit, voient ces choses, Tu les vois en eux. Ainsi, quand ils voient que ces choses sont bonnes, Tu vois aussi qu’elles sont bonnes ; et tout ce qui Te plaît pour Ton propre bien, Tu y trouves du plaisir, et ce qui, par Ton Esprit, nous plaît, Te plaît en nous. Car quel homme connaît les affaires d’un homme, sinon l’esprit de cet homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les affaires de Dieu, sinon l’Esprit de Dieu. Or nous (dit-il), nous avons reçu non pas l’esprit de ce monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous puissions connaître les choses que Dieu nous a données gratuitement.
Et on m’a dit : « En vérité, personne ne connaît les affaires de Dieu, sinon l’Esprit de Dieu : comment donc pouvons-nous savoir quelles choses nous sont données par Dieu ? » On m’a répondu : « Car même celles que nous connaissons par Son Esprit, personne ne les connaît, sinon l’Esprit de Dieu. Car, comme il est justement dit à ceux qui doivent parler par l’Esprit de Dieu : “Ce n’est pas vous qui parlez”, de même il est justement dit à ceux qui connaissent par l’Esprit de Dieu : “Ce n’est pas vous qui connaissez”. Et il est tout aussi juste de dire à ceux qui voient par l’Esprit de Dieu : “Ce n’est pas vous qui voyez” ; ainsi, tout ce qu’ils voient comme étant bon par l’Esprit de Dieu, ce n’est pas eux, mais Dieu qui voit que c’est bon. » Il y a donc une chose pour un homme de penser que ce qui est bon est mauvais, comme le font ceux dont il a été question ; une autre chose, que celui qui voit ce qui est bon reconnaisse qu’il est bon (comme Tes créatures plaisent à beaucoup parce qu’elles sont bonnes, mais Tu ne trouves pas de plaisir en elles, lorsqu’elles préfèrent les jouir plutôt que Toi) ; et une autre chose encore, que lorsque quelqu’un voit qu’une chose est bonne, Dieu le voie en lui.
Mais ceux qui, par Ton Esprit, voient ces choses, Tu les vois en eux. Ainsi, quand ils voient que ces choses sont bonnes, Tu vois aussi qu’elles sont bonnes ; et tout ce qui Te plaît pour Ton propre bien, Tu y trouves du plaisir, et ce qui, par Ton Esprit, nous plaît, Te plaît en nous. Car quel homme connaît les affaires d’un homme, sinon l’esprit de cet homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les affaires de Dieu, sinon l’Esprit de Dieu. Or nous (dit-il), nous avons reçu non pas l’esprit de ce monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous puissions connaître les choses que Dieu nous a données gratuitement.
Et on m’a dit : « En vérité, personne ne connaît les affaires de Dieu, sinon l’Esprit de Dieu : comment donc pouvons-nous savoir quelles choses nous sont données par Dieu ? » On m’a répondu : « Car même celles que nous connaissons par Son Esprit, personne ne les connaît, sinon l’Esprit de Dieu. Car, comme il est justement dit à ceux qui doivent parler par l’Esprit de Dieu : “Ce n’est pas vous qui parlez”, de même il est justement dit à ceux qui connaissent par l’Esprit de Dieu : “Ce n’est pas vous qui connaissez”. Et il est tout aussi juste de dire à ceux qui voient par l’Esprit de Dieu : “Ce n’est pas vous qui voyez” ; ainsi, tout ce qu’ils voient comme étant bon par l’Esprit de Dieu, ce n’est pas eux, mais Dieu qui voit que c’est bon. » Il y a donc une chose pour un homme de penser que ce qui est bon est mauvais, comme le font ceux dont il a été question ; une autre chose, que celui qui voit ce qui est bon reconnaisse qu’il est bon (comme Tes créatures plaisent à beaucoup parce qu’elles sont bonnes, mais Tu ne trouves pas de plaisir en elles, lorsqu’elles préfèrent les jouir plutôt que Toi) ; et une autre chose encore, que lorsque quelqu’un voit qu’une chose est bonne, Dieu le voie en lui.
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Voyons qu’il est bon, c’est-à-dire que Lui-même doive être aimé dans ce qu’Il a créé ; car Celui qui ne peut être aimé que par l’Esprit Saint qu’Il a donné. Car l’amour de Dieu se répand dans nos cœurs par l’Esprit Saint, qui nous est donné : par Lui nous voyons que tout ce qui existe, en quelque degré que ce soit, est bon. Car cela vient de Lui, qui Lui-même n’est pas en degré, mais ce qu’Il est, c’est.
Grâces à Toi, ô Seigneur. Nous contemplons le ciel et la terre, que ce soit la partie corporelle, supérieure et inférieure, ou les créatures spirituelles et corporelles ; et dans l’ornement de ces parties, dont se compose l’ensemble du monde, ou plutôt la création universelle, nous voyons la lumière faite et séparée des ténèbres. Nous voyons le firmament du ciel, que ce soit ce corps premier du monde, entre les eaux spirituelles supérieures et les eaux corporelles inférieures, ou (puisque cela aussi est appelé ciel) cet espace d’air à travers lequel vagabondent les oiseaux du ciel, entre ces eaux qui, sous forme de vapeurs, flottent au-dessus d’eux et, lors des nuits claires, se transforment en rosée ; et ces eaux plus lourdes qui coulent le long de la terre. Nous voyons une surface d’eaux rassemblées dans les champs de la mer ; et la terre ferme, à la fois vide et façonnée de manière à être visible et harmonieuse, ainsi que la matière des herbes et des arbres. Nous voyons les lumières qui brillent d’en haut : le soleil pour éclairer le jour, la lune et les étoiles pour égayer la nuit ; et que, grâce à toutes celles-ci, les temps puissent être marqués et indiqués. Nous voyons de tous côtés un élément humide, peuplé de poissons, de bêtes et d’oiseaux ; car l’épaisseur de l’air, qui soutient le vol des oiseaux, s’épaissit par l’exhalaison des eaux. Nous voyons la terre couverte de créatures terrestres, et l’homme, créé à Ton image et à Ta ressemblance, même par cette image et cette ressemblance mêmes (c’est-à-dire la faculté de raison et de compréhension), placé au-dessus de toutes les créatures irrationnelles. Et comme dans son âme il y a une faculté qui domine en dirigeant, une autre rendue soumise afin qu’elle obéisse ; de même, pour l’homme, physiquement aussi, fut créée une femme, qui, dans l’esprit de sa raison, devait avoir une égalité de nature, mais, quant au sexe de son corps, devait être de même soumise au sexe de son mari, de même que l’appétit d’agir désire concevoir l’art de bien agir à partir de la raison de l’esprit. Nous voyons toutes ces choses, et elles sont chacune bonne, et ensemble très bonnes.
Que Tes œuvres Te louent, afin que nous puissions T’aimer ; et que nous T’aimions, afin que Tes œuvres Te louent, celles qui ont un commencement et une fin, un lever et un coucher, une croissance et une décadence, une forme et une privation. Elles ont
Grâces à Toi, ô Seigneur. Nous contemplons le ciel et la terre, que ce soit la partie corporelle, supérieure et inférieure, ou les créatures spirituelles et corporelles ; et dans l’ornement de ces parties, dont se compose l’ensemble du monde, ou plutôt la création universelle, nous voyons la lumière faite et séparée des ténèbres. Nous voyons le firmament du ciel, que ce soit ce corps premier du monde, entre les eaux spirituelles supérieures et les eaux corporelles inférieures, ou (puisque cela aussi est appelé ciel) cet espace d’air à travers lequel vagabondent les oiseaux du ciel, entre ces eaux qui, sous forme de vapeurs, flottent au-dessus d’eux et, lors des nuits claires, se transforment en rosée ; et ces eaux plus lourdes qui coulent le long de la terre. Nous voyons une surface d’eaux rassemblées dans les champs de la mer ; et la terre ferme, à la fois vide et façonnée de manière à être visible et harmonieuse, ainsi que la matière des herbes et des arbres. Nous voyons les lumières qui brillent d’en haut : le soleil pour éclairer le jour, la lune et les étoiles pour égayer la nuit ; et que, grâce à toutes celles-ci, les temps puissent être marqués et indiqués. Nous voyons de tous côtés un élément humide, peuplé de poissons, de bêtes et d’oiseaux ; car l’épaisseur de l’air, qui soutient le vol des oiseaux, s’épaissit par l’exhalaison des eaux. Nous voyons la terre couverte de créatures terrestres, et l’homme, créé à Ton image et à Ta ressemblance, même par cette image et cette ressemblance mêmes (c’est-à-dire la faculté de raison et de compréhension), placé au-dessus de toutes les créatures irrationnelles. Et comme dans son âme il y a une faculté qui domine en dirigeant, une autre rendue soumise afin qu’elle obéisse ; de même, pour l’homme, physiquement aussi, fut créée une femme, qui, dans l’esprit de sa raison, devait avoir une égalité de nature, mais, quant au sexe de son corps, devait être de même soumise au sexe de son mari, de même que l’appétit d’agir désire concevoir l’art de bien agir à partir de la raison de l’esprit. Nous voyons toutes ces choses, et elles sont chacune bonne, et ensemble très bonnes.
Que Tes œuvres Te louent, afin que nous puissions T’aimer ; et que nous T’aimions, afin que Tes œuvres Te louent, celles qui ont un commencement et une fin, un lever et un coucher, une croissance et une décadence, une forme et une privation. Elles ont
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puis leur succession du matin et du soir, en partie secrètement, en partie visiblement ;
car ils furent faits de rien, par Toi, non de Toi ; ni de matière qui ne soit pas
Ta, ou qui ait existé avant, mais de matière co- créée (c’est-à-dire créée en même
temps que par Toi), car à son état sans forme, Tu as donné forme sans
aucun intervalle de temps. Car voyant que la matière du ciel et de la terre est
une chose, et la forme une autre, Tu as fait de la matière simplement rien,
mais la forme du monde à partir de la matière sans forme : pourtant tous deux
ensemble, afin que la forme suive la matière, sans aucun retard.
Nous avons également examiné ce que Tu as voulu faire apparaître,
que ce soit par la création, ou par la relation des choses dans un tel ordre. Et nous
avons vu que les choses individuellement sont bonnes, et ensemble très bonnes, dans Ta Parole, dans Ton Fils unique, le ciel et la terre, la tête et le corps de l’Église, dans Ta prédestination avant tous les temps, sans matin ni soir. Mais lorsque Tu as commencé à exécuter dans le temps les choses prédestinées, afin de révéler les choses cachées et de corriger nos désordres ; car nos péchés pesaient sur nous, et nous étions tombés dans les profondeurs ténébreuses ; et Ton Esprit bon est descendu sur nous pour nous aider au moment opportun ; et Tu as justifié les impies, et les as séparés des méchants ; et Tu as fait le firmament de l’autorité de Ton Livre entre ceux qui étaient au-dessus, destinés à être dociles envers Toi, et ceux qui étaient en dessous, destinés à leur obéir : et Tu as rassemblé la société des incroyants en une seule conspiration, afin que le zèle des fidèles apparaisse, et qu’ils puissent accomplir des œuvres de miséricorde, en distribuant aux pauvres leurs richesses terrestres pour obtenir celles du ciel. Après cela, Tu as allumé certaines lumières dans le firmament, Tes Saints, possédant la parole de vie ; et brillant d’une autorité éminente, élevés haut par des dons spirituels ; ensuite, pour l’initiation des païens incroyants, Tu as produit à partir de matière corporelle les Sacrements, et des miracles visibles, et des formes de paroles selon le firmament de Ton Livre, par lesquels les fidèles devaient être bénis et multipliés. Ensuite, Tu as formé l’âme vivante des fidèles, par des affections bien ordonnées grâce à la force de la continence : et après cela, l’esprit soumis uniquement à Toi et n’ayant besoin d’imiter aucune autorité humaine, Tu l’as renouvelé à Ton image et à Ta ressemblance ; et Tu as soumis ses actions rationnelles à l’excellence de l’intelligence, comme la femme au homme ; et à tous les offices de Ton ministère, nécessaires pour perfectionner les fidèles en cette vie, Tu as voulu que, pour leurs besoins temporels, des biens, fructueux pour eux-mêmes à venir, soient donnés par
car ils furent faits de rien, par Toi, non de Toi ; ni de matière qui ne soit pas
Ta, ou qui ait existé avant, mais de matière co- créée (c’est-à-dire créée en même
temps que par Toi), car à son état sans forme, Tu as donné forme sans
aucun intervalle de temps. Car voyant que la matière du ciel et de la terre est
une chose, et la forme une autre, Tu as fait de la matière simplement rien,
mais la forme du monde à partir de la matière sans forme : pourtant tous deux
ensemble, afin que la forme suive la matière, sans aucun retard.
Nous avons également examiné ce que Tu as voulu faire apparaître,
que ce soit par la création, ou par la relation des choses dans un tel ordre. Et nous
avons vu que les choses individuellement sont bonnes, et ensemble très bonnes, dans Ta Parole, dans Ton Fils unique, le ciel et la terre, la tête et le corps de l’Église, dans Ta prédestination avant tous les temps, sans matin ni soir. Mais lorsque Tu as commencé à exécuter dans le temps les choses prédestinées, afin de révéler les choses cachées et de corriger nos désordres ; car nos péchés pesaient sur nous, et nous étions tombés dans les profondeurs ténébreuses ; et Ton Esprit bon est descendu sur nous pour nous aider au moment opportun ; et Tu as justifié les impies, et les as séparés des méchants ; et Tu as fait le firmament de l’autorité de Ton Livre entre ceux qui étaient au-dessus, destinés à être dociles envers Toi, et ceux qui étaient en dessous, destinés à leur obéir : et Tu as rassemblé la société des incroyants en une seule conspiration, afin que le zèle des fidèles apparaisse, et qu’ils puissent accomplir des œuvres de miséricorde, en distribuant aux pauvres leurs richesses terrestres pour obtenir celles du ciel. Après cela, Tu as allumé certaines lumières dans le firmament, Tes Saints, possédant la parole de vie ; et brillant d’une autorité éminente, élevés haut par des dons spirituels ; ensuite, pour l’initiation des païens incroyants, Tu as produit à partir de matière corporelle les Sacrements, et des miracles visibles, et des formes de paroles selon le firmament de Ton Livre, par lesquels les fidèles devaient être bénis et multipliés. Ensuite, Tu as formé l’âme vivante des fidèles, par des affections bien ordonnées grâce à la force de la continence : et après cela, l’esprit soumis uniquement à Toi et n’ayant besoin d’imiter aucune autorité humaine, Tu l’as renouvelé à Ton image et à Ta ressemblance ; et Tu as soumis ses actions rationnelles à l’excellence de l’intelligence, comme la femme au homme ; et à tous les offices de Ton ministère, nécessaires pour perfectionner les fidèles en cette vie, Tu as voulu que, pour leurs besoins temporels, des biens, fructueux pour eux-mêmes à venir, soient donnés par
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Mêmes fidèles. Tous ces choses que nous voyons, et elles sont très bonnes, car Tu les vois en nous, Toi qui nous as donné Ton Esprit, par lequel nous pouvons les voir et, à travers eux, T’aimer.
Ô Seigneur Dieu, donne-nous la paix : (car Tu nous as donné toutes choses ;) la paix du repos, la paix du Sabbat, qui n’a pas de soir. Car toute cette splendeur de choses très bonnes, ayant achevé leur course, doit disparaître, car il y avait en elles matin et soir.
Mais le septième jour n’a ni soir ni coucher du soleil ; car Tu l’as sanctifié pour une durée éternelle ; afin que ce que Tu as fait après Tes œuvres très bonnes, en te reposant le septième jour — bien que Tu les aies créées dans un repos ininterrompu — permette à la voix de Ton Livre de nous l’annoncer à l’avance, afin que nous aussi, après nos œuvres (donc très bonnes, car Tu nous les as données), nous reposions en Toi dans le Sabbat de la vie éternelle.
Car alors Tu te reposeras en nous, comme maintenant Tu œuvres en nous ; et ainsi ce sera Ton repos à travers nous, tout comme celles-ci sont Tes œuvres à travers nous. Mais Toi, Seigneur, Tu œuvres toujours, et Tu es toujours en repos. Tu ne vois pas dans le temps, ni ne te laisses émouvoir par le temps, ni ne te reposes dans le temps ; et pourtant Tu fais apparaître les choses dans le temps, oui, les temps eux-mêmes, et le repos qui en résulte.
Nous voyons donc ces choses que Tu as créées, parce qu’elles existent ; mais elles existent, parce que Tu les vois. Et nous voyons de l’extérieur qu’elles existent, et de l’intérieur qu’elles sont bonnes, mais Tu les as vues là, au moment de leur création, là où Tu les as vues, encore à créer. Plus tard, nous avons été poussés à faire le bien, après que nos cœurs eurent conçu Ton Esprit ; mais auparavant, nous étions poussés à faire le mal, en Te reniant ; mais Toi, l’Unique, le Bon Dieu, n’as jamais cessé de faire le bien. Nous avons aussi quelques bonnes œuvres, par Ton don, mais pas éternelles ; après elles, nous espérons nous reposer dans Ta grande saintification. Mais Toi, étant le Bien qui n’a besoin de rien de bon, es toujours en repos, car Ton repos, c’est Toi-même. Et quel homme peut enseigner à un homme à comprendre cela ? Ou quel Ange, un Ange ? Ou quel Ange, un homme ? Qu’on le demande à Toi, qu’on le cherche en Toi, qu’on frappe à Ta porte ; ainsi, il sera reçu, ainsi il sera trouvé, ainsi il sera ouvert. Amen.
GRATIAS TIBI DOMINE
Ô Seigneur Dieu, donne-nous la paix : (car Tu nous as donné toutes choses ;) la paix du repos, la paix du Sabbat, qui n’a pas de soir. Car toute cette splendeur de choses très bonnes, ayant achevé leur course, doit disparaître, car il y avait en elles matin et soir.
Mais le septième jour n’a ni soir ni coucher du soleil ; car Tu l’as sanctifié pour une durée éternelle ; afin que ce que Tu as fait après Tes œuvres très bonnes, en te reposant le septième jour — bien que Tu les aies créées dans un repos ininterrompu — permette à la voix de Ton Livre de nous l’annoncer à l’avance, afin que nous aussi, après nos œuvres (donc très bonnes, car Tu nous les as données), nous reposions en Toi dans le Sabbat de la vie éternelle.
Car alors Tu te reposeras en nous, comme maintenant Tu œuvres en nous ; et ainsi ce sera Ton repos à travers nous, tout comme celles-ci sont Tes œuvres à travers nous. Mais Toi, Seigneur, Tu œuvres toujours, et Tu es toujours en repos. Tu ne vois pas dans le temps, ni ne te laisses émouvoir par le temps, ni ne te reposes dans le temps ; et pourtant Tu fais apparaître les choses dans le temps, oui, les temps eux-mêmes, et le repos qui en résulte.
Nous voyons donc ces choses que Tu as créées, parce qu’elles existent ; mais elles existent, parce que Tu les vois. Et nous voyons de l’extérieur qu’elles existent, et de l’intérieur qu’elles sont bonnes, mais Tu les as vues là, au moment de leur création, là où Tu les as vues, encore à créer. Plus tard, nous avons été poussés à faire le bien, après que nos cœurs eurent conçu Ton Esprit ; mais auparavant, nous étions poussés à faire le mal, en Te reniant ; mais Toi, l’Unique, le Bon Dieu, n’as jamais cessé de faire le bien. Nous avons aussi quelques bonnes œuvres, par Ton don, mais pas éternelles ; après elles, nous espérons nous reposer dans Ta grande saintification. Mais Toi, étant le Bien qui n’a besoin de rien de bon, es toujours en repos, car Ton repos, c’est Toi-même. Et quel homme peut enseigner à un homme à comprendre cela ? Ou quel Ange, un Ange ? Ou quel Ange, un homme ? Qu’on le demande à Toi, qu’on le cherche en Toi, qu’on frappe à Ta porte ; ainsi, il sera reçu, ainsi il sera trouvé, ainsi il sera ouvert. Amen.
GRATIAS TIBI DOMINE
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*** FIN DU LIVRE ÉLECTRONIQUE PROJECT GUTENBERG LES CONFESSIONS DE SAINT AUGUSTIN ***
Des éditions mises à jour remplaceront les précédentes — les anciennes éditions seront renommées.
La création de ces œuvres à partir d’éditions imprimées non protégées par la loi américaine sur le droit d’auteur signifie que personne ne possède de droit d’auteur aux États-Unis sur ces œuvres ; par conséquent, la Fondation (et vous !) peut les copier et les distribuer aux États-Unis sans autorisation et sans payer de redevances de droit d’auteur. Des règles spéciales, énoncées dans les Conditions générales d’utilisation figurant dans cette licence, s’appliquent à la copie et à la distribution des œuvres électroniques Project Gutenberg™ afin de protéger le concept et la marque commerciale PROJECT GUTENBERG™. Project Gutenberg est une marque déposée et ne peut être utilisée si vous facturez pour un livre électronique, sauf en suivant les termes de la licence de la marque, y compris le paiement de redevances pour l’utilisation de la marque Project Gutenberg. Si vous ne facturez rien pour les copies de ce livre électronique, respecter la licence de la marque est très simple. Vous pouvez utiliser ce livre électronique à presque n’importe quel usage, comme pour créer des œuvres dérivées, des rapports, des représentations ou des recherches. Les livres électroniques Project Gutenberg peuvent être modifiés, imprimés et distribués gratuitement — vous pouvez pratiquement faire N’IMPORTE QUOI aux États-Unis avec des livres électroniques non protégés par la loi américaine sur le droit d’auteur. La redistribution est soumise à la licence de la marque, en particulier la redistribution commerciale.
DÉBUT : LICENCE COMPLÈTE
Des éditions mises à jour remplaceront les précédentes — les anciennes éditions seront renommées.
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1.B. « Project Gutenberg » est une marque déposée. Elle ne peut être utilisée sur ou associée d’une manière ou d’une autre à une œuvre électronique que par des personnes qui acceptent d’être liées par les conditions de cet accord. Il existe quelques choses que vous pouvez faire avec la plupart des œuvres électroniques de Project Gutenberg même sans respecter l’intégralité des conditions de cet accord. Voir le paragraphe 1.C ci-dessous. Il y a beaucoup de choses que vous pouvez faire avec les œuvres électroniques de Project Gutenberg si vous suivez les conditions de cet accord et contribuez ainsi à préserver un accès gratuit à ces œuvres à l’avenir. Voir le paragraphe 1.E ci-dessous.
1.C. La Project Gutenberg Literary Archive Foundation (« la Fondation » ou PGLAF) détient les droits d’auteur relatifs à la compilation des œuvres électroniques de Project Gutenberg. Presque toutes les œuvres individuelles de cette collection sont dans le domaine public aux États-Unis. Si une œuvre individuelle n’est pas protégée par la loi sur les droits d’auteur aux États-Unis et que vous…
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1.F.
1.F.1. Les bénévoles et les employés du Projet Gutenberg déploient des efforts considérables pour identifier, effectuer des recherches sur les droits d’auteur, transcrire et relire des œuvres non protégées par la loi américaine sur les droits d’auteur afin de créer la collection Project Gutenberg™. Malgré ces efforts, les œuvres électroniques Project Gutenberg™, ainsi que le support sur lequel elles peuvent être stockées, peuvent contenir des « défauts », tels que, mais sans s’y limiter, des données incomplètes, inexactes ou corrompues, des erreurs de transcription, une violation des droits d’auteur ou d’autres droits de propriété intellectuelle, un disque ou autre support défectueux ou endommagé, un virus informatique, ou des codes informatiques qui endommagent ou ne peuvent pas être lus par votre équipement.
1.F.2. GARANTIE LIMITÉE, RENONCIATION AUX DOMMAGES – À l’exception du « droit de remplacement ou de remboursement » décrit au paragraphe 1.F.3, la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg, propriétaire de la marque déposée Project Gutenberg™, ainsi que toute autre partie distribuant une œuvre électronique Project Gutenberg™ en vertu du présent accord, renoncent à toute responsabilité à votre égard pour les dommages, coûts et dépenses, y compris les frais juridiques. Vous acceptez de ne disposer d’aucune voie de recours en cas de négligence, de responsabilité stricte, de manquement à la garantie ou de rupture de contrat, à l’exception de celles prévues au paragraphe 1.F.3. Vous acceptez que la Fondation, le propriétaire de la marque déposée et tout distributeur en vertu du présent accord ne soient pas tenus pour responsables à votre égard des dommages réels, directs, indirects, conséquents, punitifs ou accessoires, même si vous signalez la possibilité de tels dommages.
1.F.3. DROIT LIMITÉ DE REMPLACEMENT OU DE REMBOURSEMENT – Si vous découvrez un défaut dans cette œuvre électronique dans un délai de 90 jours après l’avoir reçue, vous pouvez obtenir un remboursement de l’argent (le cas échéant) que vous avez payé en envoyant une explication écrite à la personne auprès de qui vous avez reçu l’œuvre. Si vous avez reçu l’œuvre sur un support physique, vous devez retourner ce support accompagné de votre explication écrite. La personne ou l’entité qui vous a fourni l’œuvre défectueuse peut choisir de vous fournir une copie de remplacement au lieu d’un remboursement. Si vous avez reçu l’œuvre électroniquement, la personne ou l’entité qui vous la fournit…
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Vous pouvez choisir de vous donner une deuxième opportunité de recevoir l’œuvre électroniquement à la place d’un remboursement. Si la deuxième copie est également défectueuse, vous pouvez demander un remboursement par écrit sans autres possibilités de résoudre le problème.
1.F.4. Sauf le droit limité de remplacement ou de remboursement mentionné au paragraphe 1.F.3, cette œuvre vous est fournie « TELLE QUEELLE », SANS AUCUNE AUTRE GARANTIE DE NATURE QUOI QUE CE SOIT, EXPRESSE OU IMPLIQUÉE, Y COMPRIS, MAIS NON SEULEMENT, LES GARANTIES DE COMMERCIABILITÉ OU D’ADÉQUATION POUR UN BUT DONNÉ.
1.F.5. Certains États ne permettent pas la renonciation à certaines garanties implicites ni l’exclusion ou la limitation de certains types de dommages. Si toute renonciation ou limitation énoncée dans ce contrat viole la loi de l’État applicable à ce contrat, le contrat sera interprété de manière à prévoir la renonciation ou la limitation maximale autorisée par la loi de cet État. L’invalidité ou l’inapplicabilité de toute disposition de ce contrat n’annulera pas les dispositions restantes.
1.F.6. INDEMNISATION – Vous acceptez d’indemniser et de tenir à l’écart de toute responsabilité la Fondation, le titulaire de la marque déposée, tout agent ou employé de la Fondation, toute personne fournissant des copies des œuvres électroniques Project Gutenberg™ conformément à ce contrat, ainsi que tous les bénévoles associés à la production, à la promotion et à la distribution des œuvres électroniques Project Gutenberg™, de toutes responsabilités, coûts et dépenses, y compris les frais juridiques, qui découlent directement ou indirectement de tout acte que vous entreprenez ou pour lequel vous êtes responsable : (a) la distribution de celle-ci ou de toute autre œuvre Project Gutenberg, (b) toute modification, altération, ajout ou suppression apportée à une œuvre Project Gutenberg, et (c) tout défaut que vous provoquez.
Section 2. Informations sur la mission de Project Gutenberg
Project Gutenberg est synonyme de distribution gratuite d’œuvres électroniques dans des formats lus par la plus grande variété d’ordinateurs, y compris ceux obsolètes, anciens, moyennement récents et nouveaux. Il existe grâce à
1.F.4. Sauf le droit limité de remplacement ou de remboursement mentionné au paragraphe 1.F.3, cette œuvre vous est fournie « TELLE QUEELLE », SANS AUCUNE AUTRE GARANTIE DE NATURE QUOI QUE CE SOIT, EXPRESSE OU IMPLIQUÉE, Y COMPRIS, MAIS NON SEULEMENT, LES GARANTIES DE COMMERCIABILITÉ OU D’ADÉQUATION POUR UN BUT DONNÉ.
1.F.5. Certains États ne permettent pas la renonciation à certaines garanties implicites ni l’exclusion ou la limitation de certains types de dommages. Si toute renonciation ou limitation énoncée dans ce contrat viole la loi de l’État applicable à ce contrat, le contrat sera interprété de manière à prévoir la renonciation ou la limitation maximale autorisée par la loi de cet État. L’invalidité ou l’inapplicabilité de toute disposition de ce contrat n’annulera pas les dispositions restantes.
1.F.6. INDEMNISATION – Vous acceptez d’indemniser et de tenir à l’écart de toute responsabilité la Fondation, le titulaire de la marque déposée, tout agent ou employé de la Fondation, toute personne fournissant des copies des œuvres électroniques Project Gutenberg™ conformément à ce contrat, ainsi que tous les bénévoles associés à la production, à la promotion et à la distribution des œuvres électroniques Project Gutenberg™, de toutes responsabilités, coûts et dépenses, y compris les frais juridiques, qui découlent directement ou indirectement de tout acte que vous entreprenez ou pour lequel vous êtes responsable : (a) la distribution de celle-ci ou de toute autre œuvre Project Gutenberg, (b) toute modification, altération, ajout ou suppression apportée à une œuvre Project Gutenberg, et (c) tout défaut que vous provoquez.
Section 2. Informations sur la mission de Project Gutenberg
Project Gutenberg est synonyme de distribution gratuite d’œuvres électroniques dans des formats lus par la plus grande variété d’ordinateurs, y compris ceux obsolètes, anciens, moyennement récents et nouveaux. Il existe grâce à
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les efforts de centaines de bénévoles et les dons de personnes issus de tous les milieux de la société.
Les bénévoles et le soutien financier, qui permettent de fournir aux bénévoles l’aide dont ils ont besoin, sont essentiels pour atteindre les objectifs du Projet Gutenberg et garantir que sa collection reste librement accessible pour les générations futures. En 2001, la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg a été créée afin d’assurer un avenir sûr et durable au Projet Gutenberg et aux générations à venir. Pour en savoir plus sur la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg et sur la manière dont vos efforts et vos dons peuvent aider, consultez les sections 3 et 4 ainsi que la page d’information sur la Fondation à l’adresse www.gutenberg.org.
Section 3. Informations sur la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg
La Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg est une organisation éducative à but non lucratif de type 501(c)(3), organisée conformément aux lois de l’État du Mississippi et ayant reçu le statut d’exonération fiscale de la part du Service des revenus intérieurs. Le numéro d’identification fiscale fédéral de la Fondation est 64-6221541. Les contributions versées à la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg sont déductibles d’impôts dans toute la mesure permise par les lois fédérales américaines et les lois de votre État.
Le bureau administratif de la Fondation se trouve au 41 Watchung Plaza #516, Montclair NJ 07042, États-Unis, +1 (862) 621-9288. Des liens pour contacter par e-mail ainsi que des informations de contact à jour peuvent être trouvés sur le site web de la Fondation et sur sa page officielle à l’adresse www.gutenberg.org/contact.
Section 4. Informations sur les dons à la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg
Project Gutenberg™ dépend d’un soutien public et de dons largement répandus pour pouvoir mener à bien sa mission consistant à augmenter le nombre d’œuvres en domaine public ou licenciées qui peuvent être distribuées librement sous une forme lisible par ordinateur, accessible par la plus grande variété d’équipements.
Les bénévoles et le soutien financier, qui permettent de fournir aux bénévoles l’aide dont ils ont besoin, sont essentiels pour atteindre les objectifs du Projet Gutenberg et garantir que sa collection reste librement accessible pour les générations futures. En 2001, la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg a été créée afin d’assurer un avenir sûr et durable au Projet Gutenberg et aux générations à venir. Pour en savoir plus sur la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg et sur la manière dont vos efforts et vos dons peuvent aider, consultez les sections 3 et 4 ainsi que la page d’information sur la Fondation à l’adresse www.gutenberg.org.
Section 3. Informations sur la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg
La Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg est une organisation éducative à but non lucratif de type 501(c)(3), organisée conformément aux lois de l’État du Mississippi et ayant reçu le statut d’exonération fiscale de la part du Service des revenus intérieurs. Le numéro d’identification fiscale fédéral de la Fondation est 64-6221541. Les contributions versées à la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg sont déductibles d’impôts dans toute la mesure permise par les lois fédérales américaines et les lois de votre État.
Le bureau administratif de la Fondation se trouve au 41 Watchung Plaza #516, Montclair NJ 07042, États-Unis, +1 (862) 621-9288. Des liens pour contacter par e-mail ainsi que des informations de contact à jour peuvent être trouvés sur le site web de la Fondation et sur sa page officielle à l’adresse www.gutenberg.org/contact.
Section 4. Informations sur les dons à la Fondation de l’Archivage Littéraire Project Gutenberg
Project Gutenberg™ dépend d’un soutien public et de dons largement répandus pour pouvoir mener à bien sa mission consistant à augmenter le nombre d’œuvres en domaine public ou licenciées qui peuvent être distribuées librement sous une forme lisible par ordinateur, accessible par la plus grande variété d’équipements.
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y compris du matériel obsolète. De nombreuses petites donations (de 1 à 5 000 dollars) sont particulièrement importantes pour maintenir le statut d’exemption fiscale auprès de l’IRS.
La Fondation s’engage à se conformer aux lois régissant les œuvres caritatives et les dons caritatifs dans les 50 États des États-Unis. Les exigences de conformité ne sont pas uniformes et il faut un effort considérable, beaucoup de paperasse et de frais pour y répondre et rester en conformité. Nous ne sollicitons pas de dons dans les régions où nous n’avons pas reçu de confirmation écrite de conformité. Pour FAIRE UN DON ou connaître le statut de conformité pour un État donné, veuillez visiter www.gutenberg.org/donate.
Bien que nous ne puissions pas et ne sollicitions pas de contributions des États où nous n’avons pas rempli les exigences de sollicitation, nous ne connaissons aucune interdiction d’accepter des dons non sollicités de donateurs de ces États qui nous contactent pour proposer un don.
Les dons internationaux sont acceptés avec gratitude, mais nous ne pouvons faire aucune déclaration concernant le traitement fiscal des dons reçus en dehors des États-Unis. Seules les lois américaines déjà représentent une charge énorme pour notre petit personnel.
Veuillez consulter les pages Web de Project Gutenberg pour connaître les méthodes et adresses de don actuelles. Les dons peuvent également être faits par divers moyens, notamment par chèque, paiement en ligne ou carte de crédit. Pour faire un don, veuillez visiter : www.gutenberg.org/donate.
Section 5. Informations générales sur Project Gutenberg – Œuvres électroniques
Le professeur Michael S. Hart est l’auteur de la conception de Project Gutenberg, une bibliothèque d’œuvres électroniques pouvant être partagées librement avec quiconque. Pendant quarante ans, il a produit et distribué des eBooks Project Gutenberg, avec uniquement un réseau limité de bénévoles pour l’aider.
Les eBooks Project Gutenberg sont souvent créés à partir de plusieurs éditions imprimées, toutes confirmées comme ne pas être protégées par le droit d’auteur aux États-Unis, sauf si…
La Fondation s’engage à se conformer aux lois régissant les œuvres caritatives et les dons caritatifs dans les 50 États des États-Unis. Les exigences de conformité ne sont pas uniformes et il faut un effort considérable, beaucoup de paperasse et de frais pour y répondre et rester en conformité. Nous ne sollicitons pas de dons dans les régions où nous n’avons pas reçu de confirmation écrite de conformité. Pour FAIRE UN DON ou connaître le statut de conformité pour un État donné, veuillez visiter www.gutenberg.org/donate.
Bien que nous ne puissions pas et ne sollicitions pas de contributions des États où nous n’avons pas rempli les exigences de sollicitation, nous ne connaissons aucune interdiction d’accepter des dons non sollicités de donateurs de ces États qui nous contactent pour proposer un don.
Les dons internationaux sont acceptés avec gratitude, mais nous ne pouvons faire aucune déclaration concernant le traitement fiscal des dons reçus en dehors des États-Unis. Seules les lois américaines déjà représentent une charge énorme pour notre petit personnel.
Veuillez consulter les pages Web de Project Gutenberg pour connaître les méthodes et adresses de don actuelles. Les dons peuvent également être faits par divers moyens, notamment par chèque, paiement en ligne ou carte de crédit. Pour faire un don, veuillez visiter : www.gutenberg.org/donate.
Section 5. Informations générales sur Project Gutenberg – Œuvres électroniques
Le professeur Michael S. Hart est l’auteur de la conception de Project Gutenberg, une bibliothèque d’œuvres électroniques pouvant être partagées librement avec quiconque. Pendant quarante ans, il a produit et distribué des eBooks Project Gutenberg, avec uniquement un réseau limité de bénévoles pour l’aider.
Les eBooks Project Gutenberg sont souvent créés à partir de plusieurs éditions imprimées, toutes confirmées comme ne pas être protégées par le droit d’auteur aux États-Unis, sauf si…
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Une notice de droit d’auteur est incluse. Par conséquent, nous n’assurons pas nécessairement que les eBooks soient conformes à une édition imprimée particulière.
La plupart des gens commencent par notre site web qui dispose de l’outil principal de recherche PG :
www.gutenberg.org.
Ce site contient des informations sur le Projet Gutenberg, y compris la manière de faire des dons à la Fondation du Archives littéraires du Projet Gutenberg, la façon d’aider à la création de nos nouveaux eBooks, ainsi que la manière de s’abonner à notre newsletter par e-mail pour être informé des nouveaux eBooks.
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